HISTOIRE DES DUCS DE BOURGOGNE DE LA RACE CAPÉTIENNE

TOME NEUVIÈME ET DERNIER

 

CHAPITRE LIX. — EMBARRAS FINANCIERS ET MAUVAISE ADMINISTRATION DE LA REINE - ARRIVÉE DES GRANDES COMPAGNIES - année 1358 entière.

 

 

Réunion des députés des Trois-Etats à Dijon pour subvenir aux frais de la guerre. — Pénurie de ressources pour subvenir à toutes les dépenses. — Prodigalités inopportunes. — Gaspillages des officiers de l'hôtel de la reine. — Démarches afin de trouver des fonds pour les dépenses les plus minimes. — Déplorable système d'administration financière de la cour et des seigneurs. — Gêne incessante qui ne modifie en rien le train de l'hôtel. — Cadeaux au jour de l'an et à chaque occasion. — Jeanne, reine de Navarre, et sa sœur Marie de France, à la cour de Bourgogne, hébergées et entretenues aux frais de la reine. —Fêtes et réceptions. — Grand dîner offert par Dimanche de Vitel, receveur général, et laissé pour compte. — Petits camarades de Philippe de Rouvre, mis en pension chez Renaud de Grand-Failli, recteur des écoles de Dijon. — Le cousin germain et ami intime du duc, Amé de Genève, fils du comte de Genève, reçoit en don trois châteaux pour tenir les frais de sa maison. — Difficultés de payer à Jean de Bourgogne-Comté ce qui était dû à son frère Henri. — Séditions de Paris et confédérations rurales contre les nobles. — Révoltes contre le vieux monde féodal. — Confédération des nobles ; Eudes de Grancey et autres font la guerre aux révoltés. — Alliances du duc avec Jean de France, duc de Berry et avec le comte de Savoie. — Première entrée du duc à Chalon au retour de Cuisery. — Dons de joyeuse entrée. — Arrivée des bandes anglo-navarraises en Orléanais, Gâtinais et Nivernais. — Places occupées par l'ennemi. — Robert Knolles. — Prise et occupation de Malicorne, dont Arnaud de Cervole, l'archiprêtre, refuse de tenter l'assaut. — Pillages à Saint-Martin-sur-Ouanne, Champignelles. — Prise de Régennes, près Auxerre. — Frontières bourguignonnes envahies par les compagnies, Ligny-le-Châtel, Champlost, Aix-en-Othe, la Motte-de-Champlay, Gyé-sur-Seine. — Contributions et pillages à Chitry, Chablis, Sacy, Coulanges-la-Vineuse, Cravan, Vermanton, Saint-Florentin, etc. — Mutuel appui que se prêtent les compagnies, et prise des forteresses mal gardées appartenant à des femmes ou à des prélats. — Occupation du château de Montsaugeon par Jean de Neufchâtel-sur-le-Lac, attiré par Thibaud et Jean de Chauffeur. — Ravages dans le Langrois et dans le domaine épiscopal. — Rôle de l'évêque Guillaume de Poitiers. — Opposition des officiers du prélat à la levée sur ses terres des subsides votés par les Trois Etats du duché. — Révolte contre l'autorité ducale à Châtillon-sur-Seine. — Interdit jeté sur la ville. — Guerre privée entre Philippe de Bourgogne-Comté et Girard de Marey. — Ravages à Brion-sur-Ource.

 

La réunion des députés des Trois-Etats avait eu lieu à Dijon, le 28 décembre 1357, mais cette assemblée s'était séparée sans donner tout ce que l'on espérait en obtenir. On la convoqua de nouveau pour le jour des Bordes, dimanche 18 février 1358, et l'on fit savoir aux membres qui la composaient la volonté formelle de la reine et du duc, qui désiraient y assister[1]. Afin de subvenir aux frais de la guerre, on obtint le vote d'une imposition d'un demi-florin, c'est-à-dire de sept sols et demi par feu, à prélever sur tous les domaines de Bourgogne, et des receveurs spéciaux furent aussitôt nommés pour la perception de cette taille.

On verra bientôt que le duché de Bourgogne, menacé du côté du Nivernais, agité par les turbulents seigneurs du comté, envahi par les Anglo-Navarrais dans le Langrois, n'avait pas les ressources suffisantes pour résister à tant d'ennemis. Mais la pénurie du trésor n'arrêtait en rien les dépenses de la reine, et l'entourage de la cour ducale entretenait des habitudes de prodigalité, auxquelles le jeune duc était assurément étranger. Les cérémonies du mariage de Philippe de Rouvre, célébrées à Arras l'année précédente, avaient coûté de fortes sommes, et le nombreux personnel dont il avait fallu se faire suivre en Artois en avait encore augmenté le chiffre. Quand le pays est menacé de toutes parts, quand le roi est prisonnier, on ne voit pas la nécessité d'entretenir une affluence coûteuse de serviteurs, chambellans, secrétaires, aumôniers, chapelains, barbiers, fourriers, valets de garde-robe, d'écurie, de fruiterie, de panneterie, et même des ménestrels, etc.

Si la plupart de ces officiers de cour sont d'une honnêteté recommandable, il en est d'autres qui n'inspirent pas la même confiance, à commencer par ce Josseran de Mâcon, trésorier de la reine, qui, après être passé au service du roi de Navarre, devint un des affidés d'Etienne Marcel et fut ensuite décapité par les Parisiens et jeté à la Seine[2]. Au lieu d'administrer avec économie, les maîtres d'hôtel de service ne surveillaient pas suffisamment et fermaient les yeux sur les irrégularités commises par leurs subordonnés. Il en résultait un gaspillage d'autant plus grand que le nombre des serviteurs était plus considérable. Les comptes d'hôtel de la reine pendant deux mois, publiés à la suite de ce chapitre, donneront une idée des frais occasionnés seulement par les dépenses de bouche. Il ne faut pas s'étonner après cela, si le receveur déclare qu'il n'y a plus rien en caisse ; ou annonce, pour masquer le déficit, qu'il reste cent sols « de deniers en couffres ».

Pierre l'Orfèvre, maître de la chambre aux deniers, est souvent occupé « à pourchacier argent pour la despense de l'ostel ». Quand on ne le charge pas de cette commission, ce sont des écuyers qui sont expédiés de tous côtés afin de recueillir des fonds « pour la despense de l'ostel madame ». Ailleurs, c'est un lombard, Othenin de Galère, fermier de la boîte aux Lombards au bailliage de Màcon, qui reçoit mandement de livrer cinq cents florins, « pour la nécessité de vivre de madame la royne et de mesdames ses filles de France qui estoient avec elles »[3]. Parfois, on n'a pas même de quoi payer au chevaucheur les menus frais nécessaires pour exécuter les ordres. Guillemin de Nevers est envoyé à Avignon « pourter lettres de par madame au Saint-Père et à plusieurs cardinauls, pour ce que en la chambre des deniers n'avait pas assez d'argent». On n'a que vingt sous à lui donner, mais on l'expédie vers Pierre Curet, à la foire chaude de Chalon, afin de lui faire délivrer le supplément indispensable pour effectuer son voyage.

La reine, n'ayant jamais d'argent à sa disposition, est obligée d'emprunter les sommes les plus minimes pour des dépenses courantes. Elle emprunte pour payer un courrier envoyé, un message reçu ; elle emprunte quarante florins pour le baptême de l'enfant de Jean de Vergy, dont elle est marraine à Argilly[4] ; elle emprunte pour donner à des ménestrels ; elle emprunte à l'évêque de Chalon, pour donner à Amé de la Rochette, écuyer de Bonne de Bourbon, comtesse de Savoie, « qui lui avoit appourtées lettres de la délivrance d'un bel filz dont elle estoit accouchée »[5].

Tel était le déplorable système d'administration financière des grands seigneurs, sans cesse obérés, sans cesse à la recherche d'expédients pour se procurer de l'argent. Il en était de même à la cour de France. On met quelques années à solder un prêt de cinq cent quatre-vingts écus fait au roi par Pierre l'Orfèvre, chanoine d'Auxerre et maître de la chambre aux deniers de la reine[6]. Celle-ci ne peut payer qu'en 1353 les dettes contractées envers Denis de Duclerc, chanoine de Paris, alors qu'elle n'était encore que comtesse de Bourgogne[7]. Charles, fils aîné de Jean le Bon, aimait déjà les manuscrits, et cependant l'époque agitée de la régence ne lui laissait guère le loisir de les admirer et de les lire. Il avait pris à son service et à celui du roi l'enlumineur Jean le Noir, sa femme Bougotte et leur fille « enlumineresse de livres » qui travaillaient auparavant pour Yolande de Flandre, comtesse de Bar, et qui n'eurent pas à se féliciter de ce changement de maîtres, car ne recevant pas le salaire promis à leur labeur, ils se disposaient à partir, éprouvant de grandes « souffrances et nécessitez... car il ne ont esté aucunement remunerez, mais grandement leur est deu de leurs gaiges ». Charles, régent, n'ayant pas d'argent à leur donner et désirant les garder, leur fit don d'une maison, sise à Paris, rue Troussevache, maison qui avait été confisquée après la forfaiture de Charles Toussac, « traitre et rebelle »[8].

L'état de gêne perpétuelle n'arrête en rien les dépenses et ne modifie pas le train d'hôtel de la reine ; on y est habitué. Si des domaines à la convenance du duc sont en vente, on les achète en son nom, sans se préoccuper de l'époque à laquelle il faudra les payer. Les mêmes largesses se reproduisent à l'occasion d'un mariage d'un des officiers, à l'occasion d'un baptême, d'une première messe, comme celle d'Hugues de Clugny, chapelain de la reine, qui en reçoit un gobelet d'argent[9] ou encore à l'occasion de visites qui exigent des cadeaux réciproques : dons à des religieux, à des Frères-Prêcheurs, à des ménestrels, à des jongleurs, à des fauconniers qui présentent un tiercelet ou un faucon « jantilz »[10] ; à Guillaume d'Estrades, chevalier du comte de Flandre, arrivant d'Outremer, auquel on offre de la vaisselle d'argent. Dons à des artistes, à Jean de Soignoles, « maçon et ymaijeur » pour un monument en marbre noir de Dinan à ériger dans la Sainte-Chapelle de Dijon sur le mausolée de Philippe de Bourgogne et de la reine Jeanne[11]. Dépenses pour des manuscrits, pour le Roman de la Rose, pour le testament de Jehan de Meun, enluminé d'or et bien écrit, acheté à Fourques de Meaux, chapelain de la reine, et payé quinze florins[12].

Mêmes prodigalités au premier jour de l'année. C'est une profusion de gobelets, d'aiguières, de buires, d'étoffes variées. La présence des belles filles de la reine, Jeanne, reine de Navarre et sa sœur Marie de France, qui sont venues se réfugier à la cour de Bourgogne pour se soustraire aux révolutions qui agitaient Paris et Meaux, entraîne pour le temps de leur séjour un notable surcroît de dépenses. Au jour de l'an 1358, on leur offre des draps de Bruxelles, pour leur faire des robes, des draps pour leurs dames d'honneur et pour leurs femmes de chambre[13]. Les cadeaux offerts à ces seules personnes nécessitent une somme d'achats de deux cent cinq écus, et il faudrait y ajouter les frais de façons, de fourrures, d'ornements et d'accessoires de toute nature. Une autre fois, le duc offre à ces mêmes dames des couteaux du prix de treize florins[14].

Pendant les deux années que la reine de Navarre et sa sœur Marie, fiancée à Robert, comte puis duc de Bar, séjournèrent en Bourgogne, elles furent, ainsi que leur suite, défrayées aux frais de la reine Jeanne de Boulogne et du duc. Non seulement on paie leur dépense, mais toutes les offrandes aux églises, aux couvents et aux particuliers sont versées pour elles. Si l'on va en pèlerinage à Saint-Denis de Vergy[15], il est offert un florin aux reliques du monastère pour chacune de ces dames ; même somme est délivrée aux reliques de Notre-Dame de Beaune, aux Chartreux de cette ville, à Notre-Dame de Montroland, où elles se rendent également en pèlerinage[16].

Les achats de chevaux et d'équipages, les frais de transports sont à la charge du trésor ducal. Si on achète un palefroi noir du prix de cent florins pour la reine de France, on en achète un semblable pour la reine de Navarre, et un palefroi « liard » pour madame Marie de France[17]. Des chasses sont organisées en leur honneur, et les produits de ces chasses ne sont pas sans utilité pour le ravitaillement d'une cour aussi nombreuse. Les veneurs sont en permanence dans les forêts d'Argilly pendant près de trois mois[18] ; les équipages de Jacques de Vienne et de Jeanne de Montagu, dame de Villey, prennent deux sangliers en présence de ces princesses[19]. Perrenot Menant et autres officiers de vénerie chassent la bête rousse dans les forêts du Jailly, près de Montbard[20]. Les étangs procurent les provisions pour les jours maigres ; l'étang d'Argilly fournit tout le poisson consommé dans cette localité pendant le carême[21], et alimente également l'hôtel de Jeanne de Bourgogne, à Lantenay.

Les princesses parcourent les principales résidences du duché, et séjournent dans chacune d'elles[22], partout accueillies et bien reçues par les seigneurs du pays. Le receveur général Dimanche de Vitel, ne voulant pas rester en arrière de ces prévenances, s'avisa d'organiser une cérémonie de réception aux fêtes de Pâques 1359 : « Pour un dyner fait chièz le receveur, ouquel furent madame la royne, madame de Navarre, madame Marie de France, sa suer, mgr le duc et leurs gens, mgr l'abbé de Fontenay, le doyen d'Ostun, mgr de Montferrant, le chancelier du duché de Bourgoigne, mgr de Mavoilly, mgr de Musigny, maistre Jehan Rosier, maistre Philibert Paillart, mgr Hugues Aubot, maistre Jehan Curet, mgr Jehan de Baubigny, maistre Jehan Biset et plusieurs autres ; pour poisson, pain et VIII bois et charbon, XXIIII florins » [autres dépenses pour même fête][23]. L'amphitryon dut recevoir beaucoup de compliments pour une telle munificence, mais ces dépenses, qui n'avaient rien d'officiel, portées cependant aux frais généraux du duché, causèrent quelque surprise aux officiers de la chambre des comptes qui en avaient pourtant bénéficié, et qui trouvèrent la réclamation de mauvais goût : aussi tous les articles furent-ils impitoyablement biffés.

L'invasion des ennemis dans le Nivernais, l'Auxerrois et la Champagne, les courses des Anglo-Navarrais dans le nord du duché, les compagnies de pillards dont on annonçait partout la présence, ne rendaient pas aux princesses le duché plus habitable et plus sûr que les autres provinces. On était en droit de demander aussi comment la reine de France pouvait sans inconvenance héberger si largement la reine de Navarre, alors que des troupes guerroyaient au nom de son mari, allié à l'Angleterre, et commettaient d'affreux ravages en Bourgogne. Ces considérations et d'autres firent sans doute décider le départ des princesses pendant l'intervalle d'accalmie qui suivit le combat de Brion et le traité de la Chassagne. En septembre 1359, la reine se décida à faire partir Jeanne et Marie, et les fit escorter d'Argilly en France, avec leurs bagages et « harnois »[24].

On ne peut être surpris de voir que les multiples emprunts n'étaient pas toujours exactement remboursés. Outre les emprunts en argent, on prenait souvent dans les monastères des produits en nature, du pain, du vin, du foin, de la paille, de l'avoine. Même dans l'Ile-de-France, comme à Saint-Martin de Pontoise, les denrées prises par la reine dans l'abbaye ne sont pas toujours biffées sur le livre de raison[25].

Il était encore plus difficile de payer les dettes en argent. Le dernier représentant mâle de la branche des comtes palatins issus de Jean de Chalon l'Antique, Jean de Bourgogne-Comté, ne réclamait pas sans motif les sommes dues et promises à Henri de Bourgogne, son père. Il avait bien reçu, le 17 août 1357, la restitution du château et de la terre de Montrond, dont une transaction antérieure de trente-quatre années aurait dû lui assurer la possession, mais beaucoup de redevances restaient en litige. En 1358, des arbitres choisis parmi les officiers du duché furent chargés de recevoir et de vérifier ses réclamations. La liste en est longue, et le plus grand nombre des articles sont suivis de cette mention des experts du duc : « et sur cet article n'a esté fait aucune diligence »[26]. Nous ne voyons pas dans la suite qu'on ait apporté plus de diligence, et que satisfaction ait été donnée au réclamant.

A mesure que Philippe de Rouvre avançait en âge, sa dépense augmentait aussi. On lui avait donné pour petits camarades quatre enfants de son âge, c'est-à-dire ayant une douzaine d'années, et on les avait mis en pension chez Renaud de Grand Failli, maître des écoles de Dijon, pour leur apprendre à lire et à écrire[27]. La reine avait passé un marché pour leur nourriture et leur entretien ; elle avait pris à sa charge leur habillement, chausses, courtepointes, draps, lits, coussins ; « papiers à la grande forme », etc., et Jacquot d'Aisey, tailleur du duc, confectionnait leurs vêtements ; ils avaient en outre un valet spécialement attaché à leur personne.

Mais l'ami le plus intime du jeune duc était son cousin Amé de Genève, second fils d'Amé III, comte de Genève et de Mathilde de Boulogne. Cet enfant, plus âgé, croyons-nous, que Philippe de Rouvre, devait plus tard remplacer son père, en 1367, comme seigneur, du comté de Genève, dont il ne fut pas longtemps titulaire. Pour le moment, Amé fut hébergé à la cour du duc de Bourgogne et traité de la même manière que le duc. Son entretien, sa nourriture, ses vêtements, son personnel étaient aux frais du trésor, et le receveur général mentionne toutes les dépenses qui le concernent. Les années suivantes, mêmes dépenses pour les camarades du duc et pour Amé de Genève sont reproduites dans les comptes[28]. Un mémoire sans date, mais bien postérieur à l'époque qui nous occupe[29], atteste que lorsque la reine Jeanne de Boulogne avait le gouvernement du duché, Philippe de Rouvre avait donné à son cousin germain Amé, jadis comte de Genève, pour le temps qu'il demeura avec lui, et avant qu'il ne fût comte ni chevalier, trois châteaux ou forteresses, « pour lui permettre de tenir son état », attendu que le comte Amé son père, vivait encore[30], et avait assez d'enfants, fils et filles. Ces trois châteaux sont la Borde de Reulée, aujourd'hui la Borde-au-Château, près de Beaune, Montmirey, au comté de Bourgogne et Pierre-Perthuis, près de Vézelay. C'est probablement par l'intervention du duc qu'Amé épousa Jeanne de Frolois, dame de Savoisy, puis Jeanne de Vergy, veuve de Géofroi I de Charny, tué à Poitiers[31].

N'était-ce point une singulière administration financière que celle de la reine Jeanne de Boulogne ? On crée des dépenses nouvelles alors qu'on n'a pas de quoi payer les frais de la vie courante, alors qu'on n'a pas d'argent pour solder les gens d'armes et les garnisons dont il faudra sans cesse augmenter le nombre. Nous ne sommes pas encore dans la période la plus aiguë de l'invasion, comment fera-t-on plus tard, lorsque la province entièrement occupée par l'ennemi sera dans la nécessité de créer des ressources exceptionnelles. La reine comprend que l'on a été imprudent, car, le 2 mai 1358, lorsqu'il n'y a plus un denier en caisse, elle ordonne aux gens des comptes de ne délivrer aucune somme et de ne faire aucune dépense sans un mandement formel[32].

Au milieu de cette année 1358, la noblesse bourguignonne, comme celle des autres provinces, était plongée dans la stupeur ; les séditions de Paris, les confédérations rurales, les dangers auxquels étaient exposées les duchesses d'Orléans, de Normandie et plus de trois cents dames qui s'étaient réfugiées à Meaux, jetaient partout l'épouvante. De ces centres d'agitation soufflait un vent de tempête et de révolte contre le vieux monde féodal. Les plus sinistres rumeurs couraient sur les agissements de ces populations entraînées par d'ardents meneurs.

On craignait de voir de semblables mouvements se propager dans nos régions. Déjà à Bussy-le-Repos dans la Marne, appartenant au sire de Hangest, les habitants étaient accourus « aux effrois et à la guerre déclarée par les gens du plat pays aux nobles et au clergé »[33]. Gui de Valéry, seigneur de Champlay et Jean du Martroy avaient combattu et tué divers révoltés en Auxerrois, du côté de Gien[34]. Les habitants d'Escamp Saint-Germain avaient sonné les cloches, assemblé les communes, « couru sus et battu outrageusement » les seigneurs du pays. Jacques, sire de Serin, maître de l'écurie du régent, voulant les venger, tua un certain nombre de rebelles[35]. Au centre du duché, Dreux de Chappes, chevalier, avait vu son château de Dracy attaqué et pillé par les habitants de Vitteaux, ses meubles enlevés, et l'un des pillards monté sur son propre cheval[36]. Dans le Langrois, de semblables commotions s'étaient produites, « des maisons avaient été arses, pillées et gastées » et plusieurs nobles à la suite de représailles furent emprisonnés au château de Coiffy[37].

Les seigneurs les plus notables n'avaient pas attendu jusque-là pour conjurer le péril qui les menaçait. Les conspirations des Jacques et la confédération des paysans révoltés avaient amené la confédération des barons. Plusieurs personnages bourguignons y avaient pris part et participèrent aux répressions exercées à Meaux et ailleurs. Eudes, sire de Grancey, et Jean de Saint-Dizier, sire de Vignory, queux de France, avaient tiré une éclatante vengeance de ces excès, tué grand nombre de révoltés, mis le feu aux villages et commis de tels ravages qu'ils avaient jugé prudent de se faire délivrer, en juillet 1358, des lettres d'absolution et de rémission, « pour avoir massacré les habitants du plat pays, assemblés au son des cloches et ayant conspiré contre les nobles pour les détruire »[38]. Dreux de Mello, sire de Saint-Bris, reçut du régent les biens confisqués sur Raoul le Perrier, bourgeois de Paris, condamné pour crime de lèse-majesté dans sa révolte et complicité avec Etienne Marcel[39]. Jean de Charny, seigneur de Marrault, près d'Avallon, frère du fameux Géofroi de Charny, se signala aussi dans la lutte des partisans du régent contre les émeutiers parisiens[40].

Les grands vassaux avaient eu également leur confédération. Sur le conseil de la reine, le duc avait passé à Rouvre, le 12 mai, un traité d'alliance avec Jean de France, fils du roi, et, en vertu de leur proximité de lignage, ils avaient réciproquement promis de se porter secours en toute occasion, sauf contre le roi et le duc de Normandie[41]. Une autre association non moins importante est celle qui fut négociée entre Philippe de Rouvre et Amé, comte de Savoie, La reine, qui avait également préparé les bases de cet accord, fit partir d'Argilly, sous bonne escorte, le jeune duc qui arriva, le 17 juin, à Cuisery[42], et conclut avec le comte de Savoie un traité d'alliance offensive et défensive contre tous leurs ennemis, sauf contre l'empereur et le roi de France. Le comte promettait de fournir deux cent cinquante hommes d'armes pendant trois mois, et le duc s'engageait, pour la même durée de service, avec trois cents hommes. Les conseillers de la cour ducale qui mirent leur sceau à cette association sont Godefroi de Boulogne, Jacques et Henri de Vienne, Jean de Rye, Pierre de Sombernon, Girard de Thurey, maréchal de Bourgogne, Anseau de Salins, Philibert de Lespinasse, Hugues de Montjeu, Guillaume de Thoraise, etc.

Au retour de ce voyage de Cuisery, le duc et son escorte firent leur entrée à Chalon-sur-Saône, dans les premiers jours de juillet. Les habitants vinrent au-devant d'eux pour leur souhaiter la bienvenue, et offrirent en présent des écuelles et des hanaps d'argent du poids de vingt-neuf marcs[43]. Ces premières entrées dans les villes, toujours indiquées comme « joyeux avènement », étaient l'occasion de fêtes et procuraient des cadeaux qui n'étaient pas à dédaigner dans l'état de gêne où l'on se trouvait. La reine paraît en avoir largement usé, car vers le même temps, elle reçoit des dons de localités très peu importantes. Le 2 mars, elle fait à Gevrey-en-Montagne son entrée et premier avènement, et accorde la grâce des prisonniers qui y étaient détenus[44]. Le 16 juillet, elle fait mettre en liberté les prisonniers de Chenôve, près de Dijon pour sa « joyeuse entrée »[45], et les dons en nature octroyés par les habitants, à défaut de vaisselle d'argent, avaient aussi leur valeur.

L'écrasement de la Jacquerie et la mort d'Etienne Marcel mettaient fin à la guerre intestine, mais ne rendaient pas la situation moins alarmante, car les aventuriers de toutes nations entraient en campagne, et les Anglais eux-mêmes, engagés par les trêves de Bordeaux, en étaient quittes pour marcher sous l'étendard du roi de Navarre. Après Poitiers, les bandes anglo-navarraises avaient déjà rayonné au loin, sans que ; l'on ait pu rien entreprendre pour les arrêter, dans le désarroi qui avait suivi le grand désastre. Au milieu de l'année 1358, elles se rapprochaient de nos frontières occidentales ; le Nivernais était en partie envahi ; elles occupaient un grand nombre de forteresses autour de Decize[46], Druy-Parigny, Beauvoir près de Saint-Germain, Chassenay, Vitry, Isenay près de Moulins-en-Gilbert, Saint-Gratien-Savigny. Elles se seraient même emparé de Decize, sans la vigilance des châtelains Pierre de Chandio et la vigoureuse défense de ses hommes d'armes. Plusieurs tentatives pour « eschiéler et embler » la ville furent infructueuses.

En l'absence de toute résistance, ces troupes pénétrèrent dans le bassin de l'Yonne, vinrent se fixer à Corvol-l'Orgueilleux, et, de ce centre qu'elles occupèrent deux ans, toute la région voisine fut mise à contribution pour le ravitaillement de la place. Le château de Varzy fut épargné, grâce aux démarches de Jean Grasset, qui pactisa avec les Anglais et leur fournit des vivres[47]. Certains Français n'étaient pas plus scrupuleux que les Anglais, car Guillaume Pelette et ses complices, qui s'étaient emparés du château de Prémery, par hostilité contre l’évêque de Nevers, auquel il appartenait, et qui retenaient en prison Jean du Molin, neveu de cet évêque, ne se faisaient pas faute de ravager le pays, sous prétexte de guerre, et de commettre « meurtres, violements et enlèvement de femmes et de filles »[48].

Vers le même moment, une autre compagnie commandée par Robert Knolles, capitaine de forteresses anglaises en Bretagne et en Normandie, se dirigeait de ce côté, chevauchant en Orléanais et en Gâtinais, s'emparait de Châteauneuf-sur-Loire, puis de Châtillon-sur-Loing[49]. De là, s'avançant dans la direction de l'Auxerrois, Robert Knolles vint camper dans la forteresse de Malicorne, dont il fit sou quartier général, et où il recélait le butin provenant du pillage des contrées voisines[50].

Marguerite de France, comtesse de Flandre, fille de Philippe le Long, dont le douaire était assis sur le Nivernais, avait nommé Arnaud de Gervole, dit l'Archiprêtre, pour protéger ses domaines, mais ce dernier, retenu en Provence par des intérêts particuliers, n'avait pu venir de suite à son appel. Il n'arriva, selon toute apparence, qu'à la fin d'octobre, sur un mandement du régent, avec une nombreuse compagnie de gens d'armes, et se présenta devant Malicorne, d'où il se retira sans même tenter l'assaut[51]. Il est probable que les recrues de nationalités diverses marchant sous la bannière de l'archiprêtre, refusèrent de chevaucher contre des compagnies avec lesquelles elles guerroyaient précédemment d'un commun accord, et qu'il y eut entente entre les capitaines. La place, située en rase campagne, n'eût pas été tenable. On n'en peut douter en visitant les ruines de cette forteresse, qui, malgré des fossés larges et profonds, n'était pas dans une situation assez avantageuse pour résister à une attaque sérieuse[52].

Robert Knolles, n'étant pas inquiété à Malicorne, continua le pillage dans les villages voisins, et particulièrement à Saint-Martin-sur-Ouanne et Champignelles, dont les habitants furent contraints de se racheter à prix d'argent pour éviter le massacre et l'incendie[53]. Un capitaine français, Béraud de Bellegarde, occupant non loin de là pour le roi le château de Courferaut, entre Triguières et Charny, voulut punir les habitants de ces villages pour avoir pactisé avec l'ennemi, et s'avisa de saccager et de brûler ce qui leur restait. Les malheureux obtinrent seulement, quelques mois après, une lettre de rémission du régent[54] pour éviter les représailles de ces hommes de guerre non moins terribles que les Anglais.

Après quelques incursions dans l'Auxerrois, Robert Knolles réussit, avec l'aide de garnisons voisines, à s'emparer, le samedi 8 décembre 1358, du château de Régennes, près d'Auxerre, résidence d'été des évêques de cette ville.

Diverses compagnies anglaises, déjà installées dans la région, devaient manœuvrer d'un accord commun pour exploiter les villages, mettre entre elles assez de distance pour ne pas se gêner dans leurs réquisitions, et se prêter main-forte, en cas de besoin. Eustache d'Auberchicourt, à Nogent-sur-Seine, Albrech l'Allemand, à Gyé-sur-Seine, Guillaume Starqui, à Ligny-le-Châtel, en Tonnerrois, d'autres à Aix-en-Othe, à Champlost qu'il ne faut pas confondre avec la Motte de Champlay, également occupée par l'ennemi, menaçaient les frontières bourguignonnes.

Le moins connu de tous, celui qui était probablement arrivé le premier, servant d'avant-garde aux envahisseurs et qui séjourna le plus longtemps, fut Guillaume Star qui, installé à Ligny, dans un château situé en rase campagne, et qui n'avait pas dû lui opposer la moindre résistance. Ce château appartenait à une dame âgée, Jeanne de Chalon, veuve de Robert de Bourgogne[55], comte de Tonnerre, qui avait confié la garde de la place à un capitaine et à quelques gens d'armes faciles à surprendre.

Guillaume Star qui mit à contribution tous les villages du voisinage. Les habitants de Chitry furent particulièrement grevés ; on les força de livrer à plusieurs fois des vivres, des fourrages, trois cents moutons d'or, neuf cents livres de chandelles, et finalement ils payèrent trois cent cinquante écus pour acquitter les taxes[56]. Chablis tomba au pouvoir de cette compagnie qui ne put s'y maintenir que huit jours[57]. Le village de Sacy, ne possédant pas de forteresse, fut envahi à diverses reprises ; plusieurs des habitants furent rançonnés, tués et incendiés ; les survivants payèrent une somme pour se racheter, et reçurent des lettres de rémission pour ce fait[58], ainsi que les habitants de Rouvray, près de Ligny[59], de Coulanges-la-Vineuse[60], et de Saint-Bris, près d'Auxerre[61].

Après avoir ruiné les villages des rives du Serain, Star qui lança ses hommes dans la vallée de la Cure, fit des incursions à Cravan, dont les marchands à différentes reprises furent « gastez et robez »[62], envahit Vermanton, et partie de ce bourg important fut incendiée ; un certain nombre des habitants, emmenés prisonniers, furent employés au service des ennemis et durent livrer un millier de harengs, indépendamment d'une rançon pécuniaire[63]. Ensuite Starqui pilla les religieux de Reigny et poussa des reconnaissances jusqu'à Voutenay dont il ne put se rendre maître.

Les malheureux habitants affolés ne savaient comment se soustraire à ces persécutions, et croyaient voir des ennemis partout. A Cravan, ils avaient attaqué de bons Français traversant le pays, entre autres Heudebert de Castelnau, sénéchal de Beaucaire, blessé ses hommes et pillé ses équipages[64]. Ceux de Vermanton avaient emprisonné cinq hommes de la garnison française de Saint-Maurice-sur-Thizouaille[65].

Nous ignorons quel capitaine anglais occupait Champlost, mais la prise de cette place était bien antérieure à la fin de l'année 1358, puisque déjà les habitants de Saint-Florentin avaient fait requête au régent afin d'éviter des poursuites pour s'être rachetés du pillage moyennant une somme de quatre-vingts deniers d'or au mouton[66], et qu'à la même date, les habitants d'Avrolles et de Vauchery avaient obtenu une grâce semblable, à cause des contributions qu'ils avaient été forcés de livrer[67].

Plus au nord, Eustache d'Auberchicourt, « chevaliers moultables et moult vighoreus », originaire du Hainaut, occupait Nogent-sur-Seine, où nous le retrouverons encore l'année suivante. Une autre bande non moins importante, campée au château d'Aix-en-Othe, appartenant à l'évêque de Troyes, portait la désolation et le pillage dans les riches vallées de la Vanne et de la Nosle. Les bourgs de Villemaur et de Maraye-en-Othe avaient été dans la nécessité de verser de lourdes rançons pour échapper au pillage[68].

Aux portes de la Bourgogne sur les frontières du Châtillonnais, un écuyer du duché de Gueldre, Albrecht l'Allemand, « appert homme d'armes malement », avait établi son quartier général à Gyé-sur-Seine, qui faisait alors partie du douaire de la reine Blanche, veuve de Philippe de Valois. La place étant sans murailles et sans défense, Germain de Bure, bailli de cette châtellenie pour le compte de la reine, avait traité avec l'ennemi, qui s'y était installé après avoir levé de fortes contributions sur les habitants[69]. Albrecht avait pour compagnon de guerre le fameux Pierre d'Audley, « grans et saiges », cité parmi les preux d'Angleterre, et lui avait prêté main-forte dans diverses circonstances. Ce dernier avait son principal centre d'action au château de Beaufort, aujourd'hui Montmorency, près de Chavanges (Aube), domaine dépendant de l'héritage du duc de Lancastre.

Robert Knolles, Eustache d'Auberchicourt, Pierre d'Audley et Albrecht l'Allemand étaient, en somme, les principaux et les plus renommés capitaines de ces compagnies, qui se subdivisaient elles-mêmes en une foule de bandes occupant militairement la région envahie, et se prêtant un mutuel secours dans les circonstances difficiles ; elles pouvaient, le cas échéant, mettre sur pied plusieurs milliers de combattants, mais la désorganisation était telle que nulle part elles n'avaient encore eu à lutter contre une résistance sérieuse. Du reste, on a pu remarquer que l'ennemi prenait surtout possession des forteresses appartenant à des femmes ou à des prélats, qui généralement n'y mettaient pas une garnison suffisante pour les défendre, comme Marguerite de Courtenay à Malicorne, l'évêque de Nevers, à Premery, l'évêque d'Auxerre à Régennes, la comtesse de Tonnerre à Ligny, l'évêque de Troyes à Aix-en-Othe, la reine Blanche à Gyé-sur-Seine, l'évêque de Langres à Montsaugeon.

L'occupation de Montsaugeon était bien autrement grave et inquiétante pour la sécurité du duché, mais la prise de cette place était le résultat de guerres privées auxquelles était mêlé l'évêque Guillaume de Poitiers. Le terrible Jean de Neufchâtel-sur-le-Lac, « apers chevaliers et fort guerrieur durement », si souvent cité précédemment et dont l'hostilité ne s'était jamais démentie, en avait fait sa principale résidence. Après avoir été l'allié du roi d'Angleterre, il s'était mis au service du roi de Navarre, et en avait obtenu, en mars de cette année, ainsi qu'Henri de Longvy, seigneur de Rahon, un sauf-conduit lui permettant de traverser en toute sécurité les terres de France[70]. Il avait été attiré à Montsaugeon par Thibaud de Chauffour et par Jean, son frère, coseigneur de Marey et d'Eschalot[71]. Ceux-ci ayant réussi à s'échapper après l'affaire de Grattedos, et étant toujours en guerre avec Guillaume de Poitiers, évêque de Langres, qui avait fait confisquer leurs domaines, s'étaient par représailles emparés de Montsaugeon, mais comme ils n'étaient pas en force pour protéger une telle forteresse, ils avaient fait appel à Jean de Neufchâtel, et lui en avaient confié la garde.

Les difficultés de cette querelle et dé cette guerre privée, venant se greffer sur la lutte nationale et dynastique, aggravaient les dangers de la situation. Les gentilshommes champenois-bourguignons avaient environ mille hommes d'armes à leur service, pillaient Til-Châtel et Chaumont, portaient la désolation et le ravage dans le diocèse de Langres, mais principalement dans les domaines de l'évêque : « et couroient jusqu'à l'eveschié de Verdun, et rançonnoient tout, ne riens ne duroit devant yaus, ne ossi nuls ne leur aloitau devant mès estoient li baron, li chevalier et li escuier tout ensonnyet de garder leurs maisons et leurs forteresses » (Froissart). Ils ne se contentaient pas de rançonner les habitants, ils s'attaquaient aussi aux religieux, témoin ce Jean d'Auberive, chanoine de Langres et d'Autun, qu'ils emmenèrent prisonnier avec plusieurs autres dans la forteresse de Frasne-le-Vaucaire. Nous ne savons si c'est à ce moment que Jean et Thibaud de Chauffour furent, ainsi que leurs complices, bannis du royaume « pour leurs démérites »[72].

Guillaume de Poitiers, évêque de Langres, n'était pas étranger à ces désordres, car malgré l'éloge immérité qui a été fait de ce prélat, dont la conduite fut peu recommandable et qui eût quatre enfants naturels, il n'avait rien fait pour ramener la paix dans son diocèse. C'est par son ordre que les officiers de l'évêché empêchaient la perception des impôts extraordinaires votés par décision des Trois-Etats du duché, en février puis en novembre 1358 : « le bailli de la Montagne escripvit à la reyne qui estoit à Rouvre que les gens de l'evesque de Langres ne vouloient consentir lever en la ville de Chastoillon, ne crier l'imposition de douze deniers pour livre, et l'on ne peut ne doibt crier en ladite ville sans l'evesque, laquelle reyne manda au dit bailli qu'il allat parler audit evesque de par elle, et si il mettoit contradiction qu'il en escrivit affin de y pourveoir »[73].

L'opposition des officiers du prélat à la levée des taxes avait été accueillie avec enthousiasme par les populations toujours désireuses d'échapper à l'impôt. Il en était même résulté une révolte contre l'autorité des gens du duc, une sédition sérieuse à la suite de laquelle Girard Labougrey, de Mesnil-Lambert, prévôt de Châtillon, avait été massacré en voulant exercer son office avec le châtelain[74]. Le meurtrier, aussitôt saisi, avait été enfermé dans les prisons ducales, mais le criminel était clerc et le caractère religieux dont il était revêtu entravait l'action de la justice ; il fut réclamé par les justiciers de l'évêque, lequel pour ce fait, lança l'interdit sur la ville de Châtillon[75]. Ce nouvel élément de trouble ne paraît pas avoir pesé longtemps sur la population, et l'on dut s'interposer pour mettre un terme à l'agitation qui s'ensuivit ; mais les habitants, surexcités par les meneurs de l'évêque, s'insurgèrent contre les percepteurs des subsides et lancèrent des imprécations et des injures, dont les chefs du gouvernement recevaient la meilleure part. De là des condamnations sévères et des amendes, qui ne calmaient guère les récalcitrants[76].

Une autre guerre privée devait entraîner plus tard de désastreuses conséquences pour nos pays. Au commencement de l'année 1358, Philippe de Bourgogne-Comté était en lutte avec Girard de Marey-sur-Tille, seigneur en partie de Brion-sur-Ource[77], et avait réussi à se rendre maître de ce dernier château, sous prétexte que Girard avait commencé les hostilités dans son propre domaine à Faverney[78]. Philippe avait été aidé dans cette expédition par Jean de Ville seigneur de Montmoyen, « et li diz chevaliers, ensemble de plusieurs malfaicteurs, fut à Brion bouter le feu en icely lieu sur mgr Girart de Marey ». Il en résulta pour Jean de Ville la confiscation de la terre de Montmoyen, « mise en la main de madame la reyne, à cause que depuis les armes deffendues nuls ne boutat le feu en tout le roiaume de France, si n'estoit sur les ennemis d'iceli »[79].

Le domaine de Brion avait appartenu en dernier lieu à Anseau de Brion, récemment décédé, dont les filles Agnès et Marguerite avaient épousé Girard et Guillaume de Marey, chevaliers[80]. Nous verrons bientôt la funeste intervention de ces dames dans les événements qui suivirent.

Les invasions qui menaçaient les frontières bourguignonnes étaient devenues si alarmantes, à la fin de l'année 1358, que le conseil ducal prit parti de munir de fortes garnisons les places fortes qui pouvaient les défendre. Les pèlerinages que la reine, ainsi que ses belles filles Jeanne, reine de Navarre, et Marie-faisaient à Vergy, à Beaune et à Montroland étaient sans efficacité pour conjurer le péril. En novembre et décembre, des messages étaient hâtivement envoyés dans toutes les directions, les uns à la reine douairière, les autres au duc de Normandie ; de nouveaux capitaines étaient installés à Avallon, Montbard, Semur, Montréal, Aisey, etc.[81]

 

 

 



[1] Comptes de l'Auxois de Guillaume de Clugny, B. 2747.

[2] Josseran de Mâcon était trésorier de la reine avant la prise du gouvernement du duché par Jean le Bon (Comptes de Vitel, 1394, fol. 58 et suiv.). — Voir sur ce personnage les Grandes Chroniques, éd. P. Paris, t. VI, p. 432 et suiv. et Kervyn de Lettenhove, Froissart, tables. Il avait obtenu, en 1357, des lettres de rémission comme partisan du roi de Navarre.

[3] Comptes d'Hugues de Vercel, bailli de Chalon, B. 3564, mandement daté de Dijon, dernier mars 1358.

[4] Décembre 1357, Comptes de Vitel, B. 1405, fol. 68.

[5] Lettre du 13 mars 1369, pour le remboursement de la somme prêtée par l'évêque de Chalon (Comptes de Vitel, B. 1408, fol. 60).

[6] Quittance de 1356 donnée à Dimanche de Vitel ; Orig., Arch. de la Côte-d'Or, B. 340 2e supplément.

[7] Quittance Orig., Arch. de la Côte-d'Or, B. 340 2e supplément.

[8] Paris, 1358, 10 décembre ; Arch. nat., JJ. 90, n° 4, fol. 2.

[9] 4 janvier 1359, Comptes de Vitel, B. 5407, fol. 62.

[10] Comptes de Guillaume de Chivres, châtelain d'Argilly, B. 2146, voir aussi comptes de Vitel, B. 1408, fol. 54.

[11] Comptes de Vitel, B. 1407, fol. 38 v°.

[12] Comptes de Vitel, B. 1407, fol. 62.

[13] Comptes de Vitel, B. 1405, fol. 67.

[14] Comptes de Vitel, B. 1405, fol. 70.

[15] Les princesses sont à Vergy le 15 octobre 1358 : Arch. de la Côte-d'Or, B. 318.

[16] Toutes ces dames sont à Beaune, le 21 octobre 1358, et vont de Dôle à Montroland, le 27 octobre (Comptes de Vitel, B. 3I8).

[17] Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1405, fol. 68.

[18] Du 23 novembre 1357 au 18 février 1358, il y a trente-huit chasses à Argilly (Comptes de Guillaume de Chivres, châtelain d'Argilly, B. 2146).

[19] Octobre 1358, B. 318.

[20] Comptes de Montbard, B. 5307, fol. 7.

[21] Année 1358 ; comptes d'Argilly, B. 2146.

[22] Voici pendant cette période les séjours des princesses et de la reine. — Décembre 1357, Argilly, Rouvre, Dijon. — De janvier à mars 1358, Dijon. — Avril à juillet, Argilly avec quelques déplacements à Vergy et ailleurs. — Août, Talant et Argilly. — Septembre, Rouvre et Argilly. — Octobre, Argilly, Vergy, Beaune, Dôle. — Novembre et décembre, Rouvre. — Janvier 1359, Dijon. — Février, Dijon et Rouvre. — De mars à mai, Rouvre. — Juin, Gray. — Juillet, Montbard. — Août, Talant, Dijon, Argilly. — Septembre 1359, Argilly.

[23] Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1408, fol. 58 v°.

[24] Lettre de la reine, Argilly, 24 septembre 1359 (Comptes de Vitel, B. 1407, fol. 43).

[25] Voir J. Depoin. Le livre de raison de l'abbaye de Pontoise, p. 316-317, pour les années 1351-1353.

[26] Dom Plancher, t. II, p. 219, 222, 223 et pr. 292.

[27] Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1405, fol. 44 v°.

[28] Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1405, fol. 69, r° et v°.

[29] Peincedé, t. XXV, p. 315, mémoire de l'an 1400 environ, et en tous cas postérieur au 4 décembre 1369, date de la mort de cet Amé IV de Genève.

[30] Amé III, père d'Amé IV, mourut le 18 janvier 1367, et avait eu de Mathilde de Boulogne cinq fils et cinq filles.

[31] Les renseignements fournis jusqu'ici par les auteurs qui ont parlé d'Amé IV sont peu nombreux. Ch. Le Fort, les Derniers Comtes de Genevois dans les Mémoires et Doc. de la Soc. d'hist. et d'arch. de Genève, 1888-1894, p. 122 et suiv, nous apprennent sa première alliance avec Jeanne de Frolois, dont nous ne connaissons pas les auteurs. Le second mariage avec Jeanne de Vergy nous est indiqué par un acte du 28 juin 1361. Amé de Genève avait le bail de Géofroi de Charni, mineur, à cause de Jeanne de Charny, sa femme, mère dudit Géofroi, et reprend en fief la châtellenie de Beaumont-sur-Vingeanne, à cause de la mort de. Guillaume de Vergy, sire de Mirebeau, père de sa femme Jeanne (Orig., Arch. de la Côte-d'Or, B. 1275). Dans la prisée du comté de Vertus, vers 1366 (Auguste Longnon, Documents sur le comté de Champagne et de Brie, t. II, p. 558), on lit : « Par le « denommement de messire Aymé de Genève, à cause de madame Jehanne de Vergi, sa femme, comme ayant le bail de Geoffroy de Charny, escuyer, maindre d'aage, de ce qu'ils tiennent en la ville de Ricy... XLII lb. X s.t. » — La fin du mémoire cité plus haut apprend qu'Amé ayant marié une de ses sœurs avec un Chalon (Blanche de Genève, mariée à Hugues de Chalon-Arlay), lui donna en dot Montmirey et Pierre-Perthuis. C'est ainsi que Pierre-Perthuis fut longtemps un domaine appartenant à cette branche des Chalon.

[32] Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. XXI, fol, 2.

[33] Lettre de rémission d'août 1359 ; Arch. nat., JJ. 90, n° 271.

[34] Rémission pour Gui de Valéry, 1379 juillet ; Arch. nat., JJ. 115, n° 298.

[35] Rémission pour Jacques de Serin, octobre 1360 ; Arch. nat., JJ. 89, n° 443.

[36] Rémission du roi Jean, Aignay, février 1362 ; Arch. nat., JJ. 91, n° 71.

[37] Rémission du roi Jean, Beaune, octobre 1362 ; Arch. nat., JJ. 93, n° 20.

[38] Rémission du régent, Marché de Meaux, juillet 1358 ; Arch. nat., JJ. 86, n° 142.

[39] Août 1358 ; Arch. nat., JJ. 86, n° 210.

[40] Voir Luce, Froissart, ms. A, t. V, p. 337, et sommaire, p. XXXIII-XXXIV. Les discussions de Dacier, Mém. de l'Acad. des Inscrip., t. XLIII, p, 563 ; de Lacabane, Bibl. de l'éc. des Chartes, t. I, p. 79-98, et de Luce, loc. cit., ne nous paraissent pas concluantes au sujet de Jean de Charny. L'absence de son nom dans les registres du Trésor des chartes ne prouve absolument rien ; ce personnage a dû mourir vers cette époque, car on ne retrouve plus son nom nulle part après les événements précités.

[41] Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. 94, fol. 900.

[42] Arch. du Nord, B. 270 et B. 839 ; Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. 94, p. 900.

[43] Comptes de Vitel, B. 1407, fol. 26.

[44] Arch. nat., JJ. 89, n° 433.

[45] Arch. nat., JJ. 89, n° 434.

[46] Arch. de la Côte-d'Or, Comptes de Decize, B. 4406. Le-receveur dit qu'antérieurement au 1er novembre 1358, c'est-à-dire à la date qui termine son compte, les Anglo-Navarrais étaient déjà en possession de plus de cent forteresses. Ce chiffre est exagéré. Il vaut mieux s'en rapporter à un passage de Froissart, passage cité à une date postérieure, mais qui ne peut être appliqué qu'à l'année 1358-1359. Bascot de Mauléon, l'un des meneurs de l'invasion dans le Nivernais, interrogé par le chroniqueur, lui répond : « et estoit tout nostre dessus Loire.... car nous tenions bien en la marche, que villes, que chastels, plus de vingt-sept. Ni il n'estoit chevalier, ni écuyer, ni riche homme, s'il n'estoit a pacti à nous, qui osat issir hors de sa maison ». Voir Froissard et Cherest, l'Archiprêtre, p. 75-76.

[47] Rémission du roi Jean pour Jean Grasset ; Paris, mars 1361 ; Arch. nat., JJ. 89, n° 567. La destruction du château de Varzy dont parle Cherest, l'Archiprêtre, p. 82, n'a lieu que l'année suivante.

[48] Rémission du régent, Paris, juillet 1360 ; Arch. nat., JJ. 90, n° 595.

[49] Pour l'expédition de Robert Knolles consulter le récit de l'Anglais Henri de Knighton, chanoine de Leicester, imprimé dans les Decem Scriptores de Twisdem, p 2619-2620. Il est probable que c'est l'une ou plusieurs des bandes séparées des compagnies de Knolles qui s'emparèrent de Chantecoy, de Palay et s'y fixèrent assez longtemps pour inquiéter vivement les habitants de Ferrières-en-Gâtinais, de Tigy, de Flagy, lesquels eurent à verser de lourdes contributions pour échapper au pillage (Rémission du régent pour les habitants de Ferrières-en-Gâtinais, janvier 1359 ; Arch. nat., JJ, 90, n° 76 — autre rémission pour Tigy, même date ; Arch. nat., JJ. 90, n° 67 — autre pour Ferrières, 9 janvier 1359 ; JJ. 86, n° 572 — autre pour Flagy en Gâtinais ; JJ. 86, n° 573).

[50] Malicorne (Yonne), arrondissement Joigny, canton Charny. — La haute seigneurie appartenait à Marguerite de Courtenay, sur laquelle elle fut saisie prétexte que cette dame avait pactisé avec les Anglais. Pierre de Beaumont, seigneur de Charny (Yonne) et de partie de Malicorne, se fit donner la totalité de ce dernier domaine en récompense de ses services pendant la guerre, juin 1360, Arch. nat., JJ. 90, n° 566.

[51] Grandes Chroniques, t. VI, p. 142. Voir aussi Cherest, l'Archiprêtre, p. 70-75.

[52] Une inscription se voyait encore, il y a soixante ans, dans l'église de Malicorne, sise près de la forteresse et portait : « en l'an M. CCC. L [VIII] le chasteau de Malicorne par les Anglois fut destruict ».

[53] Bulletin de la Société des Sc. hist. et nat. de l'Yonne, t. 67, p. XXXVII-XXXVIII, d'après le Trésor des chartes.

[54] Mars 1359, Bulletin de la Société des Sciences de l'Yonne, loco cit.

[55] Robert de Bourgogne, comte de Tonnerre, fils du duc Robert II, était mort le 13 octobre 1334, et Jeanne de Chalon lui survécut 26 ans, étant décédée le 26 octobre 1360.

[56] Rémission du régent, mai 1359 ; Arch. de l'Yonne, E. 548 ; Arch. de la commune de Chitry et Arch. nat., JJ. 90, n° 111, fol. 61. C'est à cette époque que l'on fit fortifier l'église de Chitry, et nous reproduisons l'une des tours qui existe encore.

[57] Rémission accordée à deux laboureurs de Chitry, qui ont tué des hommes pour des espions, lorsque les Anglais séjournaient à Chablis, septembre 1359 ; Arch. nat., JJ. 90, n° 269.

[58] Rémission pour les habitants de Sacy, mai 1359 ; Arch. nat., JJ. 90, n° 105, fol. 56.

[59] Arch. nat., JJ. 90, n° 395 et 443.

[60] Rémission du régent, 19 juin 1359 ; Arch. nat., JJ. 90, n° 187, fol. 103.

[61] Voir Annuaire de l'Yonne, 1858, art. de Quantin, sur Saint-Bris.

[62] Arch. de l'Yonne, fonds de l'évêché d'Auxerre, liasse 43, s. l. 1, pièce A.

[63] Rémission délivrée en mai 1359 ; Arch. nat., JJ. 90, n° 110.

[64] Rémission du 2 avril 1339 accordée aux habitants de Cravan ; Arch. nat., JJ. 86, n° 424.

[65] Rémission pour les habitants de Vermanton, septembre. 1359 ; Arch. nat., JJ. 90, n° 279.

[66] Rémission de janvier 1359 pour Saint-Florentin ; Arch. nat., JJ. 86, n° 563.

[67] Rémissions de janvier 1359 ; Arch. nat., JJ, 86, n° 544 et 566.

[68] Rémissions de janvier 1359 ; Arch. nat., JJ. 86, n° 66 et 67.

[69] Rémission délivrée par le roi Jean, Châtillon-sur-Seine, octobre 1362 ; Arch. nat., JJ. 93, n° 14.

[70] Lettre du roi de Navarre, datée de Paris, 12 mars 1358 (Grandes Chroniques, t. VI, p. 96-97, in ext.). — Henri, sire de Rahon, le compagnon d'armes de Jean de Neufchâtel, devait plus tard épouser sa veuve Jeanne de Faucogney.

[71] Jean de Chauffour [près Montigny, Haute-Marne] était en 1331 à la solde d'Edouard, comte de Bar, qui lui fit payer ses gages pour services pendant un an (Arch. du Nord, B. 825) — En octobre 1357, Jean de Chauffour n'était pas encore considéré comme ennemi, puisque le dauphin lui donnait la jouissance d'une maison à Dijon, dans laquelle on avait battu monnaie (Arch. nat., JJ. 89, n° 158). Il était seigneur en partie de Marey et d'Echalot (Voir comte de Chastellux, Généalogie des Jaucourt, branche de Dinteville). Il avait épousé Jeanne de Dinteville ; Thibaud, son frère, continua la postérité mâle qui posséda Marac (Jolibois, la Haute-Marne, art. Chauffour). C'est au moment de cette lutte avec l'évêque de Langres que la terre de Chauffour fut confisquée.

[72] Lettre de Guichard d'Ars, bailli de Sens, dans Ed. Clerc, Essai sur l'histoire de la Franche-Comté, t. II, p. 108.

[73] Comptes du Châtillonnais, Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. CVII, fol. 184, copie de Pérard.

[74] Comptes de Dimanche de Vitel, B. 1405, fol.68.

[75] Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. CVII, fol. 183. La reine indemnisa la veuve et les héritiers de son prévôt Girard Labougrey. Cette veuve, nommée Anne, ayant épousé Jean Paris, de Chaource, qui tenait à bail la ferme de la prévôté de Châtillon, fut exonérée, ainsi que ses enfants, de ce qui restait dû pour le fermage (Arch. de la Côte-d'Or, Recueil de Peincedé, t. XXIII, p. 90).

[76] Comptes de Pâris de la Jaisse, bailli de la Montagne ; Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. CVII, fol. 183.

[77] Brion-sur-Ource, Côte-d’Or, arr. Châtillon-sur-Seine, canton Montigny-sur-Aube.

[78] Philippe de Bourgogne-Comté avait obtenu du régent pour ces méfaits une lettre de rémission en février 1358 (Arch. nat., JJ. 89, n° 81). Lorsque j'ai fourni, il y a trente ans, à mon regrettable ami Aimé Cherest les documents que j'avais recueillis sur cette période, et qui ont servi à son livre sur l'Archiprêtre, je ne pensais guère retrouver plus tard tant de pièces destinées à jeter plus de lumière sur les événements dont les causes n'étaient pas suffisamment connues. Malgré les nombreux documents cités ici, je n'ai pas la prétention de les avoir tous connus ; on en retrouvera après nous.

[79] Comptes du Châtillonnais, Collection Bourgogne, t. CVII, fol. 184.

[80] Information relative aux affaires de Brion (Arch.de la Côte-d'Or, Peincedé, t. XXV, p. 497). Girard de Marey fournit quittance du duc de B., en 1334, pour sa terre de Champagne, sceau portant une croix. Par un acte du 7 mars 1334, donné à Pontoise, Girard de Marey, chevalier, sire d'Aprey, reconnaît devoir foi et hommage à Mile, sire de Noyers, pour son fief de Villemereuil (Bibl. nat., Collection Moreau, t. 228, fol. 200). Nous croyons que ce Girard était le père de Girard, Guillaume et Anseau, moine de Molème, qui reparaîtront l'année suivante. Agnès et Marguerite de Brion déjà mariées en 1331, malgré leur jeune âge, furent émancipées parle roi Jean, en juin de cette même année, par un diplôme donné à Saint-Ouen (Arch. nat., JJ, 80, n° 449).

[81] Garnison mise au château de Montbard à la Toussaint « pour ce que les ennemis s'approchent moult » (Comptes d'Eudes de Mussy, bailli d'Auxois et châtelain de Montbard, B. 5307, fol. 4). Autre garnison du 13 au 21 novembre (Idem, fol. 38 et Peincedé, t. XXIV, p. 593) ; Garnison à Semur et achats d'artillerie depuis Noël 1358 à Saint-Jean-Bapt. 1359 (Comptes de Semur, B. 6202). — Ordre de la reine de garder le château d'Aisey, 27 décembre 1358 (Comptes d'Aisey, B. 2079, fol. 115). — Autres garnisons de décembre 1358 au 22 avril 1361 (Comptes de Jean de Recey, châtelain de Villiers-le-Duc et Maisey, B. 6599, fol. 7 v°)