I. — HÔTEL ET MOBILIER.
Le duc,
la duchesse, la duchesse douairière, les enfants ont un compte d'hôtel
séparé. Quand les uns ou les autres vont avec le duc, leur service d'hôtel
cesse et la dépense est portée par le clerc dans celle d'Eudes IV[1]. Philippe
de B., nommé d'abord Mgr le jeune, puis Philippe-Monsieur,
avait déjà, en 1327, à l'âge de quatre ans, un service personnel et distinct,
au moment où il avait comme précepteur le chevalier Jean de Saint-Georges.
Philippe de Rouvre, nommé aussi Philippe-Monsieur à deux ans, eut sa
maison montée en sortant de nourrice. Les
livres de dépense marquent toujours sept ou huit services ; cuisine,
paneterie, bouteillerie, écurie, chambre, forge, messagerie, porte. Plus tard
le nombre des services fut ramené à six, comme à la cour de France. Le
chiffre total des officiers attachés à ces diverses fonctions est de 50 à 55
personnes, comme nous l'avons plusieurs fois constaté. Depuis 1337, Jean Bourgeoise,
de Dijon, Guillaume de Sauvigney et Guiot de Sainte-Savine furent
successivement dépensiers de l'hôtel d'Eudes IV. Jusqu'à sa mort, la duchesse
eut Simon de Beaufort comme chambellan et dépensier. La
maison ducale marchait sous les ordres de Guillaume, puis de Jean de Musigny,
qui se succédèrent comme chambellans. ils avaient la main sur les maîtres d'écurie,
les maîtres d'hôtel, etc. Les maîtres d'hôtel dont les noms paraissent le
plus souvent sous Eudes IV sont Ponce de Mussy, Jean de Bourdenay, Dreux
d'Aisey, Eudes de Vaubusin, Guillaume de Biais, Guillaume de Menans, Guiot de
Sauvigny, Eudes de Ragny, Jean de Genlis, Hugues de Montjeu, Jean de
Cussigny. Tout ce personnel est nourri, vêtu, hébergé aux frais du duc, et
fait pour ainsi dire partie de la famille. Le mariage des uns et des autres
est fait avec la participation et aux dépens du duc, qu'il s'agisse d'un
officier de service, d'un châtelain, comme celui de Montbard dont les noces
sont célébrées en 1330, d'un peintre, comme Laurent de Boulogne, marié en
1344 avec la fille de Jean d'Héricourt, d'une prise d'habit, d'un festin pour
une première messe, comme celle de Jean de Montbard, à Conflans, en 1330,
etc. Toutes
les résidences ducales ne sont pas suffisamment aménagées pour recevoir la
cour. Dans quelques-unes, comme à Argilly, Rouvre, Villaines, Aisey, Montbard,
Lantenay, Jugny ; on trouve les ressources que comporte le confortable de
l'époque. Dans les gîtes mal montés, et dont les salles ne sont pas munies de
nattes à demeure, on répand dans les chambres de la paille pendant l'hiver,
et dans l'été on fauche des herbes que l'on parfume avec quelques fleurs.
C'est sur cette « jonchée » que couchaient les hôtes momentanés,
qui ne s'en trouvaient pas plus mal. Ils s'y reposaient mieux que sur ces
immenses lits de plume que l'on trouvait partout. Un document mentionne un
lit du duc à Aisey, portant douze pieds de large sur huit de long, sur lequel
on montait au moyen d'un escabeau. Les
châteaux les plus fréquentés étaient entretenus avec soin, comme on le verra
à l'article des constructions. Des marchés passés avec des particuliers
assuraient à l'année le bon état des murs et des couvertures. Pour un prix
minime, un entrepreneur s'engageait à entretenir de tuiles les toitures d'un
ou de plusieurs châteaux. Dans les résidences plus négligées, il arrivait que
les foins étaient gâtés par les pluies et « l'orvalle » : ailleurs,
il fallait « estouper les fenestres pour les oisiaux et les coulions qui
honnissent tout le castel ». Dans
diverses localités le duc et la duchesse possédaient des troupeaux de vaches
et de moutons. Philippe-Monsieur, plus tard Philippe de Rouvre, a lui aussi
des vaches à l'âge de deux ans. Tous ces animaux sont tenus avec beaucoup de
soin. On s'étonne aujourd'hui de voir la tête des chevaux protégée par des chapeaux,
la méthode n'est pas nouvelle. En 1333, le châtelain de Salmaise relate une
dépense « pour VIII chapeauls achetez pour les buex de la charrue mgr à
Jugny » (Arch.
de la Côte-d'Or, B. 6034, fol. 7). On
n'avait pas en Bourgogne d'installation aussi complète qu'à Hesdin, où la
comtesse Mahaut avait fait des dépenses considérables qui furent continuées
par Eudes IV. On y nourrissait des animaux singuliers. Une immense volière
contenant des oiseaux rares, des « engins d'ebatements », une
horloge, des orgues à demeure causaient des surprises aux visiteurs. Les
résidences moins importantes étaient abandonnées à la garde d'un châtelain,
ayant parfois plusieurs domaines à gérer, et qui n'y faisait que des réparations
urgentes. En 1339, Mathieu Bérart était chargé de blanchir les chambres du
duc à Bellemotte, et le comptable facétieux le qualifie de « tueur d'araignes
et de mouches » (Bibl. nat., Colbert, 189). De plus les agents du duc en Artois ne
s'entendaient pas toujours avec les officiers du duché, « desquelz nous ne
savons les noms, disaient ils, pour ce qu'ils estoient de Bourgongne, et que
nous n'y poiens entendre » (Arch. Pas-de-Calais, A. 83). Le
mobilier des châteaux est assez sommaire, malgré la richesse et l'abondance
des joyaux, bijoux, vases d'or et d'argent dont les coffres sont garnis,
coffres qui renferment les ressources mobilisables de leurs pos- sesseurs.
Les huchiers ont soin d'entretenir les tables, sièges, pupitres et lambris.
Des lanternes à demeure, ou susceptibles de s'élever ou de s'abaisser à l’aide
de contrepoids, portent des chandeliers mobiles. Les cheminées sont munies de
« cramaulx », landiers, pelles et e estenailles ». On a soin d'orner les
dressoirs « de blancs kanevach pour faire essuoir les escuelles ». Les
bois de lit sont garnis de couvertures, coussins, tapis, carreaux. En voyage,
la literie suit les équipages, et Thibaut est porteur de la perche du lit de
mgr, perche destinée à supporter les tentures qui doivent protéger soit du
froid, soit des insectes. Les
écuelles, flacons, vases, coquemars sont de toute forme et de toute nature,
et on en achète de grandes quantités suivant les circonstances. En 1333, on
achète à La Verrière six cents écuelles pour le service de l'hôtel ; en 1328,
on en achète dix mille à Villars-Montroyer ; en 1340, pendant la chevauchée
en Flandre, on achète des flacons d'étain pour refroidir le vin de mgr ; en
1348, lors du mariage de la petite-fille d'Eudes IV, avec le comte de Savoie,
on envoie de Pontailler treize cents hanaps à Lantenay, Eudes de Fontaines
fait venir six mille hanaps de Troyes à Dijon où l'on n'en avait trouvé que
deux mille. Lors de l'arrivée de Jean le Bon en Bourgogne, on commande à Epoisses
mille écuelles destinées à l'hôtel de Montbard. Pour
les vignerons de Poligny, on achète deux douzaines de pots de terre, quatre
douzaines d'écuelles, deux douzaines de hanaps, deux douzaines de verres. Un
compte de seigneurie mentionne une douzaine d'écuelles d'étain et quatre
pintes carrées. En Artois, un potier fournît pour la garnison de Saint-Omer
trois douzaines d'écuelles d'étain, pesant cinquante-six livres et quatre
plats pesant onze livres, « lesquelx sont seignées des armes mgr » ; et
lors de l'arrivée du roi à Hesdin, en 1335, trois cents jattes à servir le
fruit. Les protocoles des notaires (B. 11.248) donnent le texte d'un marché
passé à Dijon pour la fabrication de cent écuelles à six tours, deux mille
écuelles doubles, en frêne, en cornier et en plane, et d'un demi-cent de formes
à fromages, le tout moyennant seize florins. Nous ne pouvons énumérer
d'autres objets, couteaux de table pour mgr, couteaux pour Philippe-Monsieur,
« rasoux » pour Jobelet, puis pour Simonnet, successivement barbiers du
duc, rasoir pour Jacot, barbier de Philippe, cors pour sonner du château,
marteaux à fleurs de lys, « pour seigner le bois que l'on vend dans les
forêts mgr, » etc. II. — JARDINS ET VERGERS.
Des
jardins potagers et des vergers plus ou moins importants entourent les
résidences ducales. Dans les jardins on cultive des cives, pourottes,
oignons, laitues, fèves, bourrache, pousselaine ou pourpier, choux blancs et
rouges, aulx, raves, oisillette, percin, espinaces, blettes. Le cresson, le
thym, la chicorée et la mâche n'étaient pas inconnus, mais ne se cultivaient
pas dans les jardins ; les pois se semaient dans les champs à la charrue. On ne
voit pas encore figurer les carottes, le céleri, le cerfeuil, le radis, le
salsifis, les artichauds et les asperges. Un
compte d'Hesdin, en 1331, donne le détail d'achats de graines achetées à
Paris, « betes, arraches, colete, espinarde, pressin, oignonnate, bourrache,
porote, cyboule ». (Arch. Pas-de-Calais, A, 513). Des plantes et des graines
sont achetées, en 1342 pour semer « ès curtils de Varnoul » (Arch.
Côte-d'Or, B. 6080).
Cette même année on fait des dépenses pour les « préauls, vergers et
courtilz » de Rouvre (B. 5742). En 1349, on remanie les vergers du grand jardin
de Villiers, les jardins de la Colombe et du Sauveur (id., B.
6595). Parmi
les fleurs, il faut citer la violette, le lys, la lavande, la sauge,
l'hysope, la pervenche, les rosiers blancs et rouges dont on fait une grande
culture, par suite de l'usage que l'on a de se couronner de fleurs dans les
festins d'apparat. Les roses sont en outre utilisées pour fabriquer l'eau
rose, rouge ou blanche ; l'extrait des fleurs de lys est conservé dans les
flacons, et la lavande est mise en tonneaux à l'état de fleurs. On
servait sur la table ducale des cerises, fraises, framboises, 'groseilles,
pommes, poires, prunes, noix, châtaignes, nèfles, raisins. On trouve les noms
des pommes de blandureau et de Girondot, des poires de Rousset, d'Angoisses,
de Saint-Rieule et de Vierville, des prunes de Damas. En 1339, Sacques
Poissenot, de Saulon-la-Chapelle, vend pour dix florins quatre mille pommes
de blandureau et Girondot (Protocole des notaires, B. 11220). En 1348, le vierg d'Autun achète
trois mille poires de Roussot par ordre d'Eudes IV (B. 318). En 1334, les comptes de
l'hôpital de Tonnerre indiquent un cadeau de deux mille poires d'Angoisse à
la comtesse de Tonnerre. Les
jardins potagers les plus hâtifs se trouvent dans les résidences situées en
plaine, Rouvre, Aisey, Jugny, Villaines, Vernot, etc., et les produits en
sont envoyés dans les châteaux d'origine féodale placés sur les hautes
montagnes, et entourés seulement de vergers. A Montbard on porte de Rouvre
des fraises, des framboises, des cerises ; en 1328, un messager y apporte les
poires d'Aisey (B. 2074)
; eu 1346, la duchesse se fait amener les cerises de son verger de Sarry, les
cerises et les noix de Conflans, près Paris. On
connaissait l'art du greffage et l'on savait enter, car, dès 1319, on
achetait un cent de pots de terre pour pendre aux entes des vergers. Les
jardins laissent un peu à désirer, et ne sont pas toujours bien entretenus.
Quand les maîtres viennent, quand « il y avoit trop maul chemin », il fallait
arracher les mauvaises herbes des allées, et des femmes à la journée,
chargées de ce soin, y répandaient du sable et de la grève. Le
principal ornement des jardins d'agrément consiste en tonnelles de vignes,
sous lesquelles on pouvait se promener à l'ombre, et où parfois il plaisait
au duc de dîner. Les fruits des vergers et les raisins de ces tonnelles
arrivaient rarement à maturité dans les résidences les plus fréquentées, car,
malgré les palissades et les barrières, les officiers de la pour et les
enfants s'y introduisaient, « et tout estoit gastez tant par les gens de
l'ostel de mgr et de madame comme d'autres » (B. 5742). Pour sauver les raisins de
Rouvre, on était obligé de les cueillir presque verts pour en faire du verjus[2]. III. — VOYAGES.
Les
itinéraires publiés pour le règne d'Eudes IV fournissent des renseignements
assez nombreux sans qu'il soit nécessaire d'insister beaucoup sur ce
chapitre. Ils nous promènent, non seulement dans les châteaux de Bourgogne,
mais dans les résidences ducales de l'Artois et de l'Ile-de-France, à
Sainte-Geneviève, Conflans, Gentilly, Chanteloup, Saint-Germain, Becoisel, Fontenay-
sous-Bois. Ils nous permettent de rejoindre le roi, et de fixer certaines
étapes de ses déplacements, à Château-Thierry, Essommes, Pontoise,
Juvisy-sur-Orge, Poissy, Tournan, Fontainebleau, Vincennes, Saint-Ouen,
Mantes, Broyai, etc. Ce qui
ne cesse de causer un profond étonnement, c'est la rapidité et la
multiplicité de ces voyages ; c'est de voir nos ducs toujours à cheval,
faisant chaque jour avec leur suite des trajets considérables, restant des mois
entiers sans prendre de repos, franchissant de grandes distances à marches
forcées, ne paraissant jamais fatigués, occupant les courts loisirs de
séjours par des chasses, joutes et tournois, ou bien jouant à la paume, et ne
se délassant de ces exercices violents que par quelques parties d'échecs ou
de dés. L'homme le plus robuste pourrait-il s'accommoder d'un tel genre de
vie, avec la facilité de locomotion que la civilisation moderne met à notre
disposition ? Malgré
des grossesses souvent renouvelées, des couches malheureuses et des pertes
d'enfants, la duchesse Jeanne de France n'hésite pas à entreprendre de longs et
pénibles voyages dans les provinces éloignées de son duché. Elle n'a que
vingt-deux ans à la mort de sa mère, et, à la nouvelle de ce malheur, elle
est obligée, sur l'ordre du duc, de faire trêve à sa douleur ; elle part sans
retard, en janvier 1330, par un froid rigoureux, pour prendre possession' du
comté de B., où les seigneurs lui réservaient un désagréable accueil. Eudes et
la duchesse furent beaucoup mieux reçus la même année dans leurs villes
d'Artois, où l'on arrivait à leur rencontre avec des « taboureurs » et des
ménestrels. C'était alors l'usage, et nous trouvons, en 1338, la même cérémonie
observée lorsque Marguerite de France et son fils Louis de Mâle arrivèrent à
Donzy, en Nivernais, avec une suite de 84 chevaux. La
rapidité de ces voyages pourrait faire supposer que les chemins, qui
n'étaient autres que d'anciennes voies romaines, ne se trouvaient pas trop
détériorés. Ceci est inexact, les chemins étaient généralement mauvais, quand
ils n'étaient pas impraticables. Lorsque le roi, le duc de Normandie ou un
grand personnage devait arriver, on envoyait les habitants du voisinage
réparer les plus mauvais pas, à Rouvre, à Argilly, à Volnay, à Lantenay, et
c'était tout. Les ponts n'étaient pas mieux entretenus ; à Montréal-en-Auxois
les charretiers faisaient leur prière avant de se risquer sur les ponts et
marécages qui entouraient cette localité. Divers testaments assignent des
sommes pour la réfection des ponts. Nous avons vu le déplorable état des
chemins dans le Quercy, lorsque les voitures et les bagages du duc furent
obligés à de grands détours pour se rendre à destination. La profondeur des
ornières n'empêchait pas les cavaliers de marchera une bonne allure, mais nous
savons qu'on ne perdait pas l'occasion de se faire transporter par eau
lorsque la chose était possible. Les chariots et les bagages s'en tiraient
comme ils pouvaient. Ce qui doit surtout surprendre, c'est la rapidité des
messagers chargés de porter une pressante nouvelle, des envois de marée ou
autres. Comprend-on comment, en 1342, Robert de Lugny, gouverneur d'Artois,
peut faire conduire à la duchesse en Bourgogne deux « escalletes » sur
une brouette ? (Arch. Pas-de- Calais, A. 621). Quand
les darnes n'allaient pas à cheval, on les conduisait en litière. La litière
de la duchesse était portée par des mulets, dont le trot, plus calme que
celui des chevaux, causait moins de secousses à l'équipage mobile. Pendant le
voyage en Languedoc, le duc achète pour cette destination un mulet rouge et
un mulet brun, qui furent expédiés de Montpellier en Bourgogne. Parfois il
fallait refaire « un huys de costé en la litiere madame » on achetait de
la toile pour faire « deux mantellez au char des damoiselles », et on «
raccoustrait » les petites échelles donnant accès dans ces véhicules. Les
itinéraires suivis par le duc pour aller d'une province dans une autre
n'avaient rien de fixe et variaient souvent. Il semble qu'en évitant le
passage de certaines grandes villes, on ôtait toute occasion de débauche aux
gens de la suite. Ou choisissait des étapes de moindre importance, dont les
gites offraient la meilleure table et le meilleur coucher, l'hôtel de la Festue
à Moret ; de l'Hopital, à Cerisiers ; de Massenois, à Cannes-sur-Yonne ; de
l'Échiquier, à Melun ; de Jean le Flamand, à Savigny ; du Lévrier, à
Villeneuve Saint-Georges ; de l'Epée, à la chapelle Saint-Nicolas ; de
Jacques Tirelieu, à Pont Sainte-Maxence ; de Chepoy, à Compiègne. Citons, à
Arras, l'hôtel de l'écu de France, du Croissant, du Mouton d'or, de la Fleur
de Lys, du Blanc-Rosier, de Saint-Georges ; Paris, les hôtels du Heaume et de
Pierre Dagone. Le pourboire laissé dans chaque localité « ès pucelles de l'hostel
» était en raison du bon accueil fait aux voyageurs. Dans ces diverses
maisons, on ne faisait pas mauvaise chère, et les hôtes de moindre importance
étaient également bien traités. Dans les comptes de dépenses de Mile de
Noyers, bouteiller de France, lime par le roi à Péronne, en 1338, on trouve
les frais de lits, nappes et « touailles », chandelles de suif, chandelles de
bœuf, mouton, faisan, volailles, venaison de biche, perdrix, anguilles,
carpes, brochets, quarreau, barbillon, poires, noix, amandes, verjus, riz, sucre,
gingembre, saugie, oblies, tartes et « flaonnes », tartelettes, « gastel »
pour mgr, etc. IV. — RELATIONS.
La
variété des comptes déjà publiés nous montre dans l'intimité le duc, la
duchesse, leur entourage, et nous permet pour ainsi dire de vivre avec eux.
Toutes leurs relations de famille, d'amitié, de politique ou de convenance
sont indiquées par les réceptions, les visites, les messages ou les présents.
On assiste à la réception de Philippe le Long à Lantenay, en 1316 ; à la
réception de sa veuve la reine Jeanne de Bourgogne-Comté (1327) ; à la réception de Jean le Bon
et de Philippe de Valois à Hesdin (1334-1335) ; à l'arrivée du roi en
Bourgogne, à Beaune, Rouvre, Argilly, Talant (1336) ; aux fêtes lors de la venue de
Jeanne de Boulogne, femme de Philippe-Monsieur (1339) ; au passage du duc de
Normandie allant avec Eudes IV au couronnement du pape Clément VI (1342) ; au voyage du même Jean le Bon
se rendant avec le duc en ambassade à Avignon (1344) ; au mariage d'Amédée, comte de
Savoie avec la fille de Philippe de B. (juin 1348), etc. Pour ce
qui regarde la cour de France, les documents nouveaux et inédits abondent. On
peut accompagner le duc, le 17 juillet 1317, lors de la discussion des droits
à la couronne avec Philippe le Long ; le suivre avec Charles le Bel, en 1326,
à Château-Thierry, Essommes, etc. ; prendre part aux chasses de Philippe de
Valois à Breval, Magny, Meulan, et aux divertissements de la cour à Paris et
dans les diverses résidences des environs. On assiste aux festins chez la
reine, chez Mahaut d'Artois, chez le comte de Flandre, chez le sire
d'Anglure, à Le Thoult, près Montmirail, chez le prieur de Coincy-l'Abbaye,
chez Hue de Peucheviller à Behencourt. En Bourgogne, le duc et la duchesse, partout
accueillis par leurs vassaux, reçoivent la plus cordiale hospitalité chez les
Mello, à Epoisses ; chez Robert de Bourgogne, comte de Tonnerre, Alexandre de
Blaisy, Jean de Bellenod, dans les diverses abbayes, et même chez de simples
receveurs de châtellenies. Entre
les dames, les relations ne sont pas moins agréables et courtoises. On
signale les visites réciproques que se font la duchesse, les dames d'Alençon,
d'Aumale, d'Athènes, de Thil, de La Roche, de Fley, de Rigny, de Ferrette, de
Beaujeu, de Grancey, de Noyers, de Saint-Phalle, de Dinteville, etc. La
reine, pleine d'attention pour sa belle-sœur, lui envoie des pâtés, des
esturgeons, des friandises, en échange de cette bonne moutarde qu'on ne fait
qu'à Dijon, et qui lui est expédiée dans des poinçons. Chaque
jour, les suzerains reçoivent des dons, un bœuf du maitre d'Epailly, des
poissons de l'évêque de Mâcon, des brochets du prieur de Saint-Léger, des pourceaux
de lait de l'abbé de Saint-Bénigne, des ombres du sire de Genlis, trois
chevreuils du châtelain d'Aisey, quatre anguilles de l'abbé de Fontenay,
vingt perdrix rouges du châtelain de Villaines, douze fromages de l'abbé de Cîteaux,
etc., sans compter des cadeaux plus rares, paons, grues, faisans, hérons, qui
leur sont offerts par les municipalités des villes. Les donateurs étaient
grandement indemnisés par les largesses du duc et de la duchesse, qui
envoyaient des présents en toute circonstance, soit pour les étrennes, soit à
l'occasion d'un mariage. Aux seigneurs ils donnaient des hanaps, gobelets,
joyaux, étoffes, marbrés de Bruxelles, chapeaux, fourrures, et aux
demoiselles des ceintures et des bourses. La duchesse envoie un petit «
chienet » à l'évêque de Chaton (1336) ; le duc donne à son clerc Pierre
Blanot, d'Arras, des draps et deux pièces de « gros vair » pour faire une
robe à sa fille Jeanne, « que il entend à marier briefment » (1347). Agnès de France fait un legs
aux nourrices, à Jeannette d'Etaules, nourrice de sa filleule Blanche ; à
Simone de Rouvre qui avait allaité le duc Hugues V pendant un an et demi, et
pendant deux ans sa fille Marguerite, la trop fameuse Marguerite, femme de
Louis le Hutin. En janvier 1348, l'aumônier Renaud de Gerland est chargé de
porter des étrennes au pape. Une
longue énumération de faits et de noms n'est pas moins fastidieuse que la
lecture des documents qui les fournissent. Des messagers attachés à l'hôtel sont
chargés de transmettre des dépêches, et établissent de fréquents rapports
entre les personnes alliées ou amies, avec la reine, avec le pape, le duc et
la duchesse de Normandie, les reines de Navarre, d'Aragon, les comtesses de
Savoie, de Boulogne, de Flandre, etc. L'objet
de ces messages est parfois indiqué, et la mention fournit une rectification
à la chronologie souvent fautive du XIVe siècle. C'est par des messages que nous
savons la naissance de la duchesse Jeanne de France, le 1er ou le 2 mai 1308
; que nous connaissons ses premières couches à l'âge de quatorze ans, en juin
1322 ; la naissance d'un fils Jean, en juillet 1324. Deux courriers du duc,
partis le 23 août 1328, annoncent la victoire de Cassel à la comtesse
d'Artois, ce qui avance d'un jour la date donnée pour cette bataille par les historiens.
C'est par un double message que l'on peut rectifier la date de la bataille de
Saint-Omer qui eut lieu le 26 juillet 1340. Les fêtes de relevailles de la duchesse
de Normandie à Châteauneuf-sur-Loire, après la naissance de sa fille Jeanne,
eurent lieu dans la quinzaine d'août 1312, puisque le duc revenait la semaine
suivante à Aignay avec tout son « tirez », après avoir assisté à la
cérémonie (Arch. Côte-d'Or, B. 2055). Le 27 décembre 1326, on donne 12 l. à un valet
qui apporte nouvelle de la naissance d'une fille de Marie de Hainaut, femme
de Louis, comte de Clermont. Un courrier vient annoncer, en 1331, la
naissance de Hugues de Chaton, fils de Jean de Chalon-Arlay. Marguerite de
France et sou fils Louis de Male, arrivant à Donzy, y reçoivent un message du
comte d'Auxerre, leur apprenant la naissance de son fils Louis de Chalon, Une
note de dépenses, du 6 février 1339, nous donne les frais des obsèques de
Jean de Châteauvillain, seigneur de Luzy (Arch. du Pas-de-Calais, A. 584). V. — PIÉTÉ ET CHARITÉ.
Le duc
et la duchesse sont les défenseurs des opprimés et des malheureux. Aucune
misère, aucune infortune ne leur est signalée sans qu'ils ne s'empressent d'y
apporter quelque soulagement. Cette pitié pour les souffrances et les
déshérités de ce monde est le meilleur côté du moyen âge, et la hiérarchie
féodale, en donnant au suzerain tout pouvoir et toute autorité sur ses
sujets, le constituait en même temps leur protecteur naturel. La cour
et l'hôtel ducal comptaient du reste beaucoup de clercs, prélats, chanoines
et hauts dignitaires ecclésiastiques an nombre des administrateurs, chargés les
uns et les autres de distribuer les secours d'une charité qui rachetait bien
des fautes. Hugues de Corabeuf, chancelier de Bourgogne, Jean Aubriot, Hugues
de Pommard, Robert de Lugny furent successivement chargés du gouvernement de
l'Artois, et plusieurs obtinrent des sièges épiscopaux par l'influence du
duc, qui payait avec les faveurs du Saint-Siège les services qu'on lui
rendait. La
plupart des chapelles castrales étaient desservies par un chapelain dont le
titulaire était distinct de celui de l'hôtel ducal. En voyage, le duc et la
duchesse avaient un autel ou chapelle portative, sur lequel la messe était
dite dans la localité où l'on prenait gîte, et quelquefois sur des bateaux,
quand on avait un trajet par eau à parcourir pendant plusieurs jours. En 1328,
Jean d'Autun était chapelain, et eut plus tard comme successeur Renaud de
Gerland, qui avait un valet et deux chevaux à son service. En 1330, le duc
accorde une exemption d'impôts à Gui de Rochefort, fils de maître Henri (Arch. du
Doubs, B. 436).
Mathieu de Laignes était chapelain du château d'Aiguay (1342, Arch. Côte-d'Or,
B. 2055).
Barthelemy était chapelain de l'hôtel d'Artois à Paris (1338-1342,
Arch. du Pas-de-Calais, A. 613 et 572). Robert Ghéluy, d'Arras, chanoine de Béthune,
desservant le château d'Hesdin, fut remplacé par Guillaume le Normand, et
comme il était devenu vieux et infirme, Eudes IV le nomma maitre de l'hôpital
d'Hesdin, à la place de Martin de Noyelette (26 octobre 1346, Arch. du
Pas-de-Calais, A. 83).
Dans les dernières années de sa vie, la duchesse eut pour chapelain Jean de
Cernon, Jean Joly, de Bourges, et Guillaume Bonotte (Arch. du
Doubs, B. 72 et 407 ; Arch. de la Côte-d'Or, Protocole des not., B. 11.244). Hugues était chapelain de
Philippe, comte de Boulogne, en 1314. Le duo Hugues V avait eu pour aumônier
Hugues de Villiers, ancien précepteur de la maison du Temple d'Epailly, et,
vers la même époque, Nicolas, Frère-Mineur, était confesseur de la duchesse Agnès
de France ; ces deux ecclésiastiques paraissent plusieurs fois dans le procès
des Templiers (t. II, p. 69, 106, 129, 350, 363). La
piété de la duchesse Jeanne se manifeste surtout à l'occasion de la mort de
ses parents et de ses enfants. Elle fait célébrer partout des services pour
sa grand'mère Mahaut d'Artois, pour son père Philippe le Long, pour sa mère
Jeanne de Bourgogne-Comté, pour ses enfants, pour ceux de la reine, à
Saint-Denis, Longchamp, Cîteaux, Brazey, Val-des-Choux, Fontenay, Gentilly,
Conflans, Saint-Maur des Fossés, etc. Eudes
IV n'est pas moins respectueux pour le souvenir des défunts, qu'il s'agisse
de ses parents, de ses officiers ou de ses serviteurs. A la mort de sa petite
cousine Jeanne de Flandre, duchesse de Bretagne, il fait porter trois cents
livres de cire pour célébrer des messes. Pour une autre cérémonie il offre
des chandelles de cire à Saint-Martin d'Hesdin. En 1326, il n'hésite pas à
faire un long déplacement pour assister aux funérailles de Guillaume de Mello,
seigneur d'Epoisses. C’est à ses frais que se font les services et les
obsèques de tous les officiers et valets de l'hôtel. Au mandé de chaque fête
de la Toussaint et au jeudi saint, suivant la pieuse coutume de ses
prédécesseurs, il lave les pieds des pauvres, les nourrit et leur fait
distribuer des aumônes. La pénurie des finances n'arrête pas l'élan de cette
charité ; indépendamment d'une somme de quarante sous donnée toutes les
semaines en aumône, chaque jour porte une dépense de dons aux pauvres, à des
pauvres femmes, à des pauvres manchots, à des pauvres prêtres, à des pauvres
gentilshommes, et il ne traverse pas une localité sans y laisser trace de sa
libéralité. En 1330, il fonde la chartreuse de Fontenay-les-Beaune. En 1337,
il établit une chapelle desservie par six chanoines à Talant, « pour
escroitre especiaument le service de N.-S. ». En 1339, il assure une
rente viagère à Nicolas de Billi, cordelier d'Arras, alors malade. En 1343,
il reçoit une lettre de remerciements du pape pour le don de reliques et d'un
reliquaire. En 1348, il lègue trois cents livres tournois pour l'achèvement
de la Sainte-Chapelle de Dijon. Les donations faites à un nombre considérable
d'hôpitaux, maladreries, maison-Dieu et d'établissements charitables pesaient
lourdement sur le budget ducal obéré par bien d'autres dépenses. Même
activité charitable de la duchesse et de sa bru la comtesse de Boulogne, qui
ne négligent aucune occasion de servir les religieux ou religieuses « qui ont
soutenu des pertes pour la guerre », et font faire des pèlerinages à
l'occasion de la maladie de leurs enfants, ou pour toute autre cause. A ces
œuvres qui indiquent de sérieuses pratiques de piété, il faut joindre les
fondations, constructions et entretien de monastères et de chapelles
castrales à Beaune, Villiers, Argilly, Vernot, Jugny, Brazey, Rouvre, Aignay,
Lantenay, Montbard, etc., dont le détail sera donné ailleurs. VI. — LIVRES ET ENLUMINEURS[3].
Le
sentiment de curiosité qui s'attache à l'histoire des imprimeurs ne nous a
rien laissé ignorer des faits principaux qui les concernent ; grâce à leurs
livres répandus à un certain nombre d'exemplaires, leurs noms sont connus, et
on en peut dresser la liste à peu près complète. La sagacité des chercheurs
n'a pas été aussi habile à découvrir les artistes dont les merveilleux
travaux manuscrits sont arrivés jusqu'à nous. C'est à peine si l'on en peut
citer quelques-uns ; les autres sont absolument inconnus malgré
l'incontestable mérite de leurs œuvres anonymes. Cependant ces calligraphes
sont les ancêtres des imprimeurs, de même que les livres ont pour aïeux les
manuscrits dont ils procèdent. Il y
eut au XIVe siècle, et dès l'origine de la guerre de cent ans, une décadence
dans les institutions monastiques, qui se fit sentir dans les abbayes
d'hommes comme dans les monastères de femmes. Les productions littéraires
élaborées dans les cloîtres, et les transcriptions de manuscrits diminuèrent
dans une notable proportion ; mais lorsque les moines travaillèrent moins,
les laïcs y suppléèrent, comme s'il ne pouvait y avoir de lacune dans la
culture de l'esprit. Des écrivains, des enlumineurs, des relieurs, des
parcheminiers, et enfin des libraires s'établirent peu à peu, et mirent leur
art au service du public lettré. La trans- formation ne se fit que
successivement, car si dans les grandes abbayes chaque religieux se
partageait le travail, et adoptait une spécialité, il est certain que les premiers
copistes laïcs furent à la fois enlumineurs, relieurs et colleurs. Sous le
duc Robert Il, dès la fin du XIIIe siècle et au commencement du XIVe, il y
avait à Dijon un écrivain du nom de LAURENT, dont la veuve vivait encore en 1338, et qui se
nomme Belette, « veuve de maistre Laurent, escripvain de Dijon. »
Il eut, comme nous le verrons, un fils du même nom, à la fois écrivain et enlumineur
de livres, qui l'aidait dans ses travaux et qui lui succéda[4]. Nous
constatons à Beaune, vers 1300, la présence d'un écrivain du nom de HUGUES, qui y possédait une maison, et
qui travaillait pour le public. Il avait fondé son anniversaire dans l'église
de Notre-Dame de Beaune : pro magistro Hugone scriptore, super domum
que fuit domini Stephani de Salinis, in qua moratur Jacobus de Rubeomonte[5]. PIERRE, de Dijon, écrivain,
travaillait pour Robert de Decise, évêque de Chalon-sur-Saône, qui l'appelle scriptor
noster, et lui lègue par testament, en 1315, une rente de cent sols[6]. En
1347, « maistre ROBERT, escripvain à Dijon, y demeurant, confesse que pour VI livres
monnoye courant maintenant, desquelx il ha eliu et recehu de M. Briete LXX
sols et L à la Nativité de St Jehan Baptiste, ycelui Robert doit pourfaire
enteurement ung Antiffonay, ou quel il faut environ X queers et plux,
se plux il falloit, tant d'escripteure et enlumineure et reloihure, comme de
autres chouses quelx quelles soient, liquelx doit entre enluminez d'azur et
de vermoillon, et les grosses lettres fluretées, et li doit rendre parfait
devers la Nativité St Jehan Baptiste prouchainement venant[7]. » Ce Robert,
écrivain et enlumineur, originaire d'Artois, était l'un des fils d'un artiste
du même nom et de la même profession plusieurs fois occupé par Mahaut, comtesse
d'Artois. Elle avait fait remettre, en 1303, à Robert, l'enlumineur, une
somme de quatre livres ; en 1328, elle lui avait acheté trois Kadrans
moyennant douze sols, « pour la chambre, pour les estuis et pour les
escriptions[8]. » JEAN était écrivain à Dijon en même
temps que Robert, et parait avoir été plus particulièrement attaché au duc et
à la duchesse, qui lui avaient donné dans la ville une maison qui fut mise en
souffrance, en 1347[9]. Dans
nombre d'autres localités de moindre importance on rencontre des écrivains
qui se déplacent et mettent leur talent au service de ceux qui les paient. En
1333, les administrateurs de l'hôpital de Tonnerre, voulant mettre en ordre
les papiers et les titres de leur maison, font venir de Flavigny l'écrivain JEAN, qui met une année à copier
leurs chartes, et à composer le cartulaire curieux et peu connu qui se trouve
encore dans les archives de cet hôpital « à khan, de Flaveny, escrivin, pour
escrire toutes les lettres de l'oppital, et y mit un an ou plus. » On fit en
même temps relier tous les manuscrits et on mentionne les frais « pour
III peaux de megiez et un dagorne pour relier les livres du moutier, V sols
IIII d. ; pour coleurs et fueille à poindre, pour cloz pour lesdits livres,
XII d. ; une peau de megiz et des cloz pour les livres nostre maistre, II
sols ; pour neuf assises de laiton pour mettre sur lesdits livres, VI d.[10]. » Poinçon-les-Grancey
possédait aussi un écrivain, JACQUES PERTUISET, qui s'engagea, en 1346, avec son fils, et promit de faire un
missel en deux volumes, partie d'hiver et partie d'été, dans un délai
déterminé, sous peine de cent sols d'amende. Ce missel était destiné au curé
du lieu[11]. Les
écrivains se succédaient de père en fils. Ils avaient une généalogie, et
peuvent servir d'exemple à la stabilité professionnelle, dont nos générations
actuelles ont depuis longtemps perdu la tradition. Le
premier écrivain dijonnais, Laurent, dont on a parlé plus haut, était à la
fois peintre et enlumineur. Il fut remplacé par Laurent II, son fils,
qui s'intitule seulement peintre, dans un acte de 1354, par lequel Berthelot
Morise, monnoyeur, met son fils en apprentissage chez Laurent le peintre, qui
s'engage à le nourrir, l'entretenir, le coucher, « et l'introduire bien et léaulment
en l'art de salure, de pointure, et en tous autres ars que monstrer li
pourroit[12]. » Ce même Laurent II est cité
dans une pièce postérieure comme ayant été exécuté pour ses démérites, et
ayant eu sa maison confisquée : « vente par Dimanche de Vitel, receveur
général de Bourgogne, d'une maison sise à Dijon, confisquée sur Laurent le
peintre exécuté pour ses démérites[13]. » Le motif de cette exécution
capitale ne nous est pas connu, et mérite de piquer la curiosité. Y avait-il
déjà peine de mort contre ceux qui répandaient certains écrits sans
autorisation ? Un en a des exemples. Le fils
de Laurent, nommé BELIN, était à la fois enlumineur, comme cela ressort d'un titre de
1357[14], et écrivain, ainsi que
l'atteste un document de 1359, par lequel le même Belin met son fils PERREAU en apprentissage chez JEAN, dit « le pareur », peintre,
pendant huit ans, avec obligation par ce dernier de lui enseigner son art et
de l'entretenir[15]. Pour
compléter ce qui concerne cette famille d'enlumineurs dijonnais, ajoutons que
Perreau a un frère aîné, nommé BELIN, comme son père, et que ce dernier fut plus d'une
fois chargé d'enluminer des livres pour Marguerite de Flandre, duchesse de
Bourgogne. En 1383, Belin est encore cité avec son frère Perreau comme
exerçant leur art à Dijon : « maistre Belin, escrivain de forme, Perreau, le
peintre, son frère[16]. » C'est la première fois
que nous trouvons le titre « d'écrivain de forme », c'est-à-dire
d'écriture gothique, la seule alors usitée. Perreau entré en apprentissage
d'enlumineur, en 1359, à l'âge d'environ quinze ans, en avait au moins
quarante en 1383. On le rencontre encore dans des actes notariés en 1389,
mais il disparaît après cette date. Les
documents qui se rapportent à ETIENNE D'AUNOIRE prouvent
qu'en sa qualité de prêtre et de religieux de Saint-Bénigne, les manuscrits
qu'il copiait avec tant de soin étaient par lui vendus à des religieux, et
principalement, à ceux de sa maison, comme au sous-prieur, en 1351, à frère
Pierre Girarde, en 1354, au curé de Minot, en 1358[17]. Gui Raby, gardien des chartes
de Talant, chargea Pâris, écrivain de Dijon, de relier et couvrir le
livre des inventaires des fiefs du domaine, et la même année 1357, il confia à
Jean de « Selongey » la reliure de quarante cahiers de papiers
contenant les terriers de plusieurs châtellenies du duché, et dix cahiers de
copies de fiefs[18]. Nos
ducs avaient une existence beaucoup trop nomade et mouvementée pour consacrer
beaucoup de temps à la lecture et à l'étude, et cependant leur éducation
intellectuelle n'était point négligée. Même au XIIIe siècle, on a pu
constater leur goût pour les romans de chevalerie et les productions
littéraires. Eudes de Bourgogne, fils d'Hugues IV, si malheureusement décédé
à Acre, n'avait pas oublié d'emporter des livres en Terre-Sainte, et dans son
curieux inventaire on trouve le Roman de Loherain, celui d'Outremer,
et un chansonnier qu'Erard de Valery ne voulut pas abandonner, et
qu'il racheta pour 31 besants[19]. Marguerite
de Bourgogne, reine de Jérusalem et de Sicile, dans le codicille de son
testament, en 1308, laissait à sa nièce Mahaut un Psautier provenant
de sa mère ; à la princesse d'Antioche qui restait avec elle à Tonnerre ses Heures
d'argent et son Livre blanc ; à son chapelain et aumônier Robert de
Luzarches un Bréviaire en deux parties « en quoy je lis » ; à
Gillette, nièce de cet aumônier, un autre Bréviaire « en quoy ele
m'ayde à lire mes heures »[20]. Le duc
Robert II avait donné à ses fils comme précepteur l'un des plus habiles
hommes de son temps, Gui de Prangey, seigneur de Beire, chargé de
l'équitation et des exercices physiques ; mais il avait confié leur éducation
intellectuelle à son clerc le plus intime Raoul de Beaune, dit Froichard,
et au chapelain de ce dernier que les familiers de la cour ducale avaient plaisamment
surnommé « Quoniam ». La duchesse Agnès de France, devenue veuve, avait eu la
main heureuse pour achever l'instruction de ses enfants fils ou filles, en
choisissant le clerc Jean Aubriot, dont la direction contribua à leur
inculquer des connaissances et des goûts qui n'étaient pas ordinaires à cette
époque. Le duc
Hugues V, plein de reconnaissance pour celui qu'il appelle « notre cher
maître Jehan Aubriot lui avait donné cinquante livrées de terre, et remplaça cette
donation dans son testament par l'abandon d'une maison sise en Champmol. Au
nombre des autres clercs d'Hugues V, citons Girard et Pierre de Jailly, ainsi
que Pierre de Semur, qui devint son chancelier après avoir été clerc de son
père. Robert
de Bourgogne, destiné par le duc Robert II à la cléricature comme son frère
Louis, avait été marié six ans après la mort de ce dernier, le 16 juin 1321, avec
Jeanne de Chalon, qui lui avait apporté le comté de Tonnerre. Ce grand
amateur de livres avait eu le temps de se livrer à l'étude pendant sa longue
détention en prison après la bataille de Varey ; il mourut en 1334, la veille
de Saint-Luc. Comme gardien de l'abbaye de Pothières, il est un de ceux
auxquels l'auteur du Roman de Girart de Rossillon recommande son livre : Hé
Robert de Bourgoigne, gentilz cuens de Tonnerre, Et Jehanne,
ta femme, seur le conte d'Ausserre, Vous
estes gardien de l'église qui garde Le
corps du duc Girart, vostre est pour voir la garde. Ce
roman fut donc composé avant 1334 et après 1330, date à laquelle le duc Eudes
IV est nommé dans le poème comte de Bourgogne et comte d'Artois. Jeanne
survécut vingt-six ans à Robert, et le curieux inventaire de ses biens et de
son mobilier relate plus de vingt volumes : « ung Messal qu'est nottez
à l'usaige de Paris ; ung Entiffonnier et Great nottez ; ung Breviaire
nottez à l'usaige de Langres, ensamble le Messal ; ung Breviaire
notiez à l'usaige de Paris en deux volumes ; ung autre Breviaire de
tout l'an, en ung volume à l'usaige de Romme, en lettre d'our dessus et
fermais d'our ; ung autre Breviaire à l'usaige de Rome ; deux grands
volumes esquels fu madite dame la contesse disoit ses Heures du jour.
Item, une Bible en françois en deux volumes ; ung livre en françois de
Vices et Vertus ; item, ung Romans de Godefroy de Buillon ;
ung autre Romans dou Roy Phelippe le Vaillant ; item, un livre
en françois de plusieurs medicennes ; ung livre en françois des Loys
de Bertaingne ; ung viez Romans d'Alexandre ; ung autre Romans
en papier ; ung Romans de Loheran ; ung petit Roman du roy Artu,
et un viez livre de Cyromancie ; item, deux Ours à fermaul
d'argent de po de pris, et ung livre d'Orisons...[21] » Une des
sœurs de nos ducs la reine Jeanne de Bourgogne, femme de Philippe de Valois,
s'intéressait au culte des lettres, aimait les livres et se plaisait à en faire
composer. Gille Mauléon, moine de Saint-Denis, avait écrit et enluminé pour
elle un livre d'Heures, décoré de peintures, qui se trouve au musée de
l'Ermitage à Saint-Pétersbourg[22]. C'est à la requête de la reine
Jeanne que Jean de Vignay traduisit en 1328 les Epitres et Evangiles
à l'usage de Paris[23], la Légende dorée[24], le recueil de Fables[25], le Miroir historial de
Vincent de Beauvais[26] ; on lui adresse le roman en
vers de Girard de Rossillon, le livre royal[27]. Par un testament du 11 mai
1329, cette princesse léguait ses livres à sa fille Marie, femme de Jean de
Brabant[28], mais la légataire mourut avant
sa mère, et les manuscrits passèrent en d'autres mains. Isabelle
de France, sœur de la duchesse de Bourgogne, légua, en 1345, son Bréviaire
aux frères Mineurs de Besançon, mais en réserva la possession sa vie durant à
Pierre de Batant, religieux de cet ordre, qui avait écrit ce volume, quia
scribit eum[29]. On ne
peut douter du degré d'instruction que possédait Eudes IV par les lettres
missives que nous connaissons, mais peut-être eut-il pour principal et plus intime
rédacteur son ancien maitre Aubriot, qualifié du titre de secrétaire du duc,
en 1331, puis son gouverneur d'Artois et maitre des comptes de B. Pendant
tout son règne Eudes sut utiliser les services de cet homme dévoué, qui fut
son premier exécuteur testamentaire et qui lui survécut trois ans. Parmi les autres
clercs attachés à sa personne, et qui ont pour principale mission de rédiger
les chartres, mandements et ordonnances, on peut citer Jean Chambellan,
chanoine de Beaune, 1331 ; Thibaut de Semur, archidiacre d'Auxerre, 1332 ;
Guillaume de Fouvent, qui fut envoyé à Avignon, en 1338 ; Guillaume de Chaumont,
plus tard gouverneur d'Artois[30], et principalement Anseau
Peaudoie, chanoine d'Autun, conseiller, maitre des comptes, secrétaire du
duc, et dont le nom parait sans interruption sous son règne. En 1346, Eudes
IV mande de donner de grâce spéciale vingt livres aux fils de Pierre Blanot,
son clerc, et envoie des draps et des fourrures à sa fille Jeanne lors de son
mariage[31]. En 1348, il donna à JEAN, «
nostre amé clerc et nostre escripvain », les revenus de la chapelle
fondée dans l'église de Chaussin[32]. On ne rencontre guère dans les
comptes que des achats de livres d'église, missels, psautiers, étuis pour les
missels de Mgr, fermaux pour son bréviaire. Robert Ghéluy, son chapelain
d'Hesdin, lui fait écrire et enluminer un bréviaire à Arras, en 1344,
et paie dix livres pour le parchemin et l'écriture[33]. Le chapelain de Saulx fait «
rappareiller le messaul » de la chapelle[34]. Nous ne
connaissons pas tous les manuscrits que pouvaient posséder Eudes IV et la
duchesse, mais ils avaient hérité de tous les livres que Mahaut d'Artois perdit
lors de l'invasion des confédérés flamands à Hesdin, et pour lesquels fut
adressée une réclamation au Parlement. Ces livres, dont on a l'inventaire[35], furent heureusement réintégrés
dans la librairie d'Hesdin, et comprenaient une douzaine de volumes :
Tristan, en trois volumes, le Roman des Faits d'Outremer, les Enfances
Ogier, Mestre Tancré (Tancrède), le Roman du Renart, le Roman
de la Violette, une Bible en françois, la Vie des Saints,
le Roman du Grant Kan[36]. Ces
ouvrages passèrent en la possession du dernier duc Philippe de Rouvre, qui,
malgré son jeune âge, aimait les livres et surtout les enluminures. En 1354, il
paie pour la chambre des comptes de Dijon, au prix de soixante sols tournois,
« ung Kalendrier à III evangiles tout reliez en deux aiselles,
couverts de parchemin et, à deux fermaux, ensemble un crucifiement d'or,
d'azur et d'autres coleurs »[37]. On voit que « son escripvain
», HUGUENIN LE FROIGUIER, de Dijon, ne pouvant enluminer un livre intitulé Vices
et Vertus, appartenant au duc, était obligé de s'adresser à Belin, fils
de feu Laurent, qui lui prit 24 florins pour ce travail d'ornementation[38]. La même année Raoul, chapelain
de Philippe de Rouvre, était chargé de réparer ses Heures dont la
reliure était en mauvais état[39]. Enfin, par ordonnance du 17
décembre 1359, le duc faisait payer quinze florins à Fourgues de Meaux,
chapelain de la reine de Navarre, pour un Roman de la Rose et le testament
de maître Jehan de Meun, « enluminés d'or et bien escripts »,
achetés pour le compte de Philippe[40]. Les
protocoles des notaires nous indiquent encore d'autres écrivains dijonnais
sous ce règne, comme JEAN DE SELONGEY, scriptor, demeurant à
Dijon[41] ; JEAN FABRICE, de Paris, enlumineur, illuminator
librorum, et sa femme Jeannette, qui vinrent s'installer à Dijon, en
1361, et prirent à loyer de Guillemette, veuve de Goule, une maison sise en
la rue du Bourg[42]. Il faut croire que les travaux
étaient alors nombreux puisque les artistes de la localité ne pouvaient
suffire aux besoins de la commande. Eudes
IV avait installé à l'hôtel d'Artois à Paris Guillaume Joly comme garde des
lettres et archives, office qu'occupait en Bourgogne Gui Raby, clerc des
comptes, garde du trésor de la tour carrée de Talant. Ce Gui Raby, personnage
assez notable, fut chargé de faire l'inventaire des titres et privilèges du
comté de B. déposé à Poligny, et d'en rapporter des copies à Talant[43] ; plus tard, en 1356, Jean le
Bon lui fit relever tous les titres relatifs à la monnaie d'Auxonne et aux
droits contentieux du roi, de l'archevêque et du chapitre de Besançon[44]. Les archives ducales étaient
en si mauvais état, et « si petitement hébergiées » que Gui Raby fut obligé
de commander à Collin, tonnelier de Dijon, en 1354, trente caisses en bois de
hêtre pour les mettre, et comme ces caisses ne suffisaient pas à dégager
l'encombrement de la tour de Talant, on en commanda douze autres l'année
suivante que l'on fit solidement ferrer[45]. On n'a
pas à rappeler les achats qui paraissent dans les comptes, cahiers de papier,
rames de papier à la forme, parchemins de veau, froncine, cire, bouteilles d'encre,
achetés à Dijon, Troyes, Paris, Arras, etc. Divers
documents mentionnent des prix de manuscrits, suivant leur importance et la
valeur de l'ornementation. Hugues de Bretenières, drapier à Dijon, achète un
missel recouvert en cuir rouge pour cent sols[46]. Guillaume de Mâcon, de l'ordre
des Frères-Prêcheurs, donne reçu de trois livres parisis pour avoir écrit un
livre d'église destiné aux religieuses d'Arras[47]. Un chanoine de Nevers, Laurent
de Mœrs, vend un bréviaire moyennant vingt florins[48]. Etienne, fils de Jean
Arnout, de Saint-Broin, prêtre, s'engage, pour l'église de Minot, à faire
écrire, noter, illustrer, illuminare, et relier un psaultier,
comprenant toutes les litanies, toutes les hymnes de l'année, avec le premier
verset noté, et un bréviaire d'été à l'usage du diocèse de Langres, le tout
en bon parchemin dit « frecine », et par marché fait de 28 florins de
Florence de bon or[49]. En 1354, Etienne d'Aunoire,
religieux de Saint-Bénigne, vend au sous-prieur de ce monastère un bréviaire
en deux volumes pour quarante florins, et l'acheteur lui laisse la faculté de
s'en servir pour dire ses heures[50]. Vers la même époque, Laurent
de Fontenelle s'engage envers Jean Le Lorrain, clerc et tabellion de la cour
de Langres, à demeurer avec lui, à le servir, lui obéir, lui rapporter tout
bénéfice pendant cinq ans, à condition que celui-ci le nourrira, le couchera,
l'entretiendra, et lui apprendra l'écriture et la pratique[51]. Pendant l'invasion anglaise en
Auxois, l'an 1359, un particulier ayant volé le bréviaire de l'église
d'Annay-la-Côte, prés Avallon, est taxé à 30 fr.[52]. L'inventaire de Jean de
Safres, doyen de Saint-Mammès de Langres, en 1349, indique un certain nombre de
volumes, un Ordo à l'usage de Langres, relié en peau rouge, estimé deux gros
; un beau bréviaire noté en deux volumes, ornés de fermoirs d'argent, estimé trente
florins ; un très beau missel noté en deux volumes, fermé par des agrafes
d'argent très bien travaillées, estimé quarante francs d'or[53]. Les
meilleures librairies se trouvaient dans les monastères, et quelques
catalogues nous en ont été conservés, comme celui des Dominicains de Dijon,
en 1307, qui possédaient 140 manuscrits, et dont la curieuse liste a été
publiée[54]. C'est
surtout par les testaments et les donations que l'on voit quel prix on
attachait aux manuscrits qui sont presque toujours des livres d'église. Jean
de Bourbon, archidiacre d'Avallon, lègue à Jean d'Autun, curé de Pouilly,
plusieurs volumes de Décrétales, un livre de Sermons pour les
dimanches, et des bréviaires en 2 volumes avec les psaumes (1299)[55]. Etienne de Limoges, clerc de
Jean de Rochefort, évêque de Langres, donne par testament son bréviaire
à Jean de Provenchère (1300)[56]. Gaucher de Saint-André lègue
son missel à Saint-Lazare d'Avallon (1301)[57], Jean, curé de Tazilly, laisse
ses décrétales à un de ses neveux, et son bréviaire à un autre (1304)[58]. Hugues de Pellerey lègue son psaultier
à l'église de Pellerey (1349)[59]. Hugues de Roussillon, moine de
Saint-Martin d'Autun, choisissant sa sépulture dans l'église de ce monastère,
l'enrichit d'ornements, de vases précieux et de manuscrits (1333)[60]. Gille de Paisy, clerc, atteste
que son oncle Félix de Coudun, chanoine d'Auxerre et lecteur de l'église,
ayant légué sa bibliothèque au chapitre, il a emprunté ses livres se
composant de dix-sept ouvrages, dont il donne l'énumération, avec distinction
de ceux qui sont en froncine ou en simple parchemin de veau (1324)[61]. Jean d'Arcis, évêque de
Langres, concède par testament quatre ouvrages à son église, un Collectaire
écrit en grandes lettres, un Pontificale, un livre contenant les Offices
des morts, et un autre contenant les Heures de la Sainte-Croix et
celles de la Vierge (1344)[62]. L'obituaire de Saint-Vincent
de Mâcon conserve le souvenir des bienfaiteurs qui ont laissé des livres à
cette église, comme le chanoine Guillaume, auquel on est redevable de quatre
ouvrages, le diacre Etienne de Vergisson, qui a donné un très beau bréviaire
en deux volumes attachés au chœur de l'église par une chaîne de fer. VII. — CUISINE ET TABLE.
Nous
avons déjà donné (t. IV, p. 146), d'après le récit contemporain du moine Salimbene, le curieux menu
d'un repas maigre offert à Sens au roi saint Louis, le 23 juin 1248 : d'abord
des cerises, ensuite des pois nouveaux cuits au lait, des poissons et des
écrevisses, des pâtés d'anguilles, du riz au lait d'amandes et au poivre
d'Ethiopie, des anguilles accommodées avec une excellente sauce, des
tartelettes, des tourtes, et une grande abondance de fruits, le tout ordonné
avec soin et rapidement servi. Un siècle s'est écoulé depuis cette date, et
nous possédons bien d'autres éléments d'informations sur la variété des mets
et sur le menu. On fait
et on fera longtemps encore deux repas par jour, le dîner et le souper, sans
compter le boire du matin souvent cité dans les comptes, mais auquel ou ne
paraît pas attacher d'importance. Le dîner avait lieu après la messe, entre
dix heures et midi ; le souper était presque toujours pris dans la localité
où couchait le duc. A ces deux repas l'apparat était le même, et l'importance
égale, au point de vue de l'honneur à faire aux invités. La cour
ducale trouvait dans chacune de ses résidences des approvisionnements, des «
garnisons », dont le maître d'hôtel de service dressait un état toutes les
semaines. Le porc y apparaît le plus souvent, et y figure sous toutes les
formes, jambons, « eschines, oroilles, andoilles », puis le bœuf, le veau, le
mouton ou chatron. Les veneurs ont soin d'entretenir à l'office des sangliers
que l'on fait saler, et dont la viande est traitée comme celle du porc. On
voit à l'article venerie que les cerfs, chevreuils, « connins » entrent pour une
large part dans l'alimentation. L'ours est moins commun, et nous ne le
trouvons mentionné que trois fois, de1327 â1357, dans la région rapprochée du
Jura. Les
vaches fournissent des ressources variées pour l'alimentation. Dans certaines
résidences où la duchesse entretient des troupeaux, des femmes sont
spécialement chargées du laitage ; à Jugny, Perrenette est appelée «
fromaigère de Madame ». Partout ailleurs on fabrique beaucoup de fromages, et
en temps de guerre, on en fait provision dans les places fortes pour les gens
d'armes chargés de les défendre. Pendant la dernière campagne du duc contre
les confédérés francs-comtois, on expédie d'une seule fois 465 fromages qui arrivent
à Poligny dans des tonneaux (Arch. du Doubs, B. 537). Le lait de brebis ne nous
parait pas utilisé si abondamment qu'au XIIIe siècle, alors que l'emploi en est
plusieurs fois signalé. La duchesse Alix de Vergy en faisait un fréquent
usage, et Béatrix, comtesse de Chalon, passant, en 1222, un acte de pariage
avec les religieux de La-Ferté-sous-Grosne, leur livrait 90 brebis, à
condition que les produits seraient communs, et qu'on lui servirait des
fromages sur sa table une fois par semaine. La
basse-cour des châteaux pouvait procurer des volailles pour les séjours de
peu de durée, mais dans les circonstances extraordinaires, et pour les
nombreuses réunions, les maîtres d'hôtel se mettaient en mesure de faire
venir les « garnisons » nécessaires. Poules ou gelines, poussins ou poulets,
oies, pigeons fournis par les colombiers du château, sont les mets les plus
ordinaires. Les perdrix grises sont assez communes, les perdrix rouges sont
plus rares et constituent un présent de choix. Mathieu Bedey, châtelain de
Salmaise, envoie à Villaines, en janvier 1339, lors de l'arrivée de Jeanne de
Boulogne, fiancée de Philippe de B., « vingt perdriz roiges. » (Arch.
Côte-d'Or, B. 6036). Dans
les festins d'apparat figurent des faisans et des grues de mer, des paons et
des cygnes, des hérons et butors. Jean de Thil offre deux cygnes à la
comtesse d'Artois. En septembre 1330, le duc et la duchesse, lors de leur
première entrée à Saint-Omer, reçoivent des bourgeois de la ville deux
douzaines de butors et de hérons. L'observation
rigoureuse du carême, et l'abstinence de tout aliment gras pendard les jours
maigres donne une grande importance à la poissonnerie. On achète des harengs
par milliers, et les fournisseurs de Calais en envoient chaque année
plusieurs centaines de mille à l'hôtel ducal. Pendant les dernières années du
règne d'Eudes IV, on a divers marchés passés par le dépensier Jean Bourgeoise
avec Jean Neus, de Calais, pour la fourniture de cent dix mille de harengs
qui reviennent à 412 l. rendus à destination. Quand il prend fantaisie au duc
d'envoyer un messager à Paris chercher des harengs frais, c'est un autre
prix. Citons encore les morues, bars, merlans, maquereaux, soles, turbots, congres,
pourpois, huîtres, et les plus estimés de tous, les esturgeons et les
lamproies qu'on ne voit figurer qu'en cadeaux ; à plusieurs fois la duchesse
en reçoit des expéditions, soit de la reine, soit du duc. Du château d'Hesdin
ce dernier lui envoie un esturgeon en B. ; d'Avignon il expédie à Gray un
autre esturgeon contenu dans deux barils. Ces expéditions, soigneusement emballées
dans la glace, arrivaient eu bon état à destination. La glace n'était pas à
l'usage de tout le monde, mais on peut mentionner le présent d'une charretée de
glace envoyée à Ornans par la daine de Chaussin à la comtesse Mahaut, en juin
1327 (Arch.
du Pas-de-Calais, Artois, A. 461). Les
nombreux cours d'eau et rivières du duché, les étangs d'Argilly, de
Pontailler, Lantenay, Etalante, Montréal, La Thoison ou Montjeu, etc., les
réservoirs ménagés dans chaque localité assurent les provisions de poissons
d'eau douce, carpes, brochets, perches, tanches, anguilles, brème, truites,
écrevisses. En 1349, la pêche de l'étang de Fondremand produit « roteille,
lancirons, bremates, rotes, plançons, toinches, perchates, boichoz » (Arch.
du Doubs, B. 122). Les
légumes et les fruits sont ceux dont nous parlons à l'article jardins, avec
quelques produits exotiques comme les citrons et les oranges. De temps en temps,
les forestiers apportent au duc des truffes trouvées par eux dans les forêts
du duché. Nous pouvons citer quatre mentions de truffes offertes, provenant
de Lantenay en 1344, de Châtel-Gérard en 1346, d'un cadeau offert en 1358 par
Robert de Flacey à la reine, et pour lequel il reçoit vingt sols (Arch.
Côte-d'Or, B. 318),
et d'une autre gratification de quarante sols faite également par la reine et
pour même objet à Etienne Jehannot, de Villiers-le-Duc (Idem,
B. 1405, fol. 67, année 1357-8). Vingt ans plus tard, Philippe le Hardi avait à Villiers deux
truffiers spéciaux, Nicolas Drouot et Thiébault, de Dijon. Les espices
de garnisons et les espices de chambre sont les mêmes que celles
énumérées sous la comtesse Mahaut, et dont il est fait une énorme
consommation. Mais parmi ces ingrédients épicés, il faut faire une place
spéciale à un produit essentiellement dijonnais, fabriqué pour la première
fois à Dijon, et dont les ordonnances municipales maintiennent avec soin le
monopole et la bonne fabrication : la moutarde. Pour le moment, les
officiers de la cuisine font eux-mêmes la provision de l'hôtel, et se chargent
même de la provision de la reine de France, et la lui expédient à Paris dans
des tonneaux (Arch. Côte-d'Or, B. 317). En 1354, Jean le Bon et la reine en font
fabriquer une grande quantité à Dijon ; on achète du senevé que l'on fait moudre
au moulin, du vinaigre, et quatre barils sont envoyés à Longchamp et à Paris (Arch.
Côte-d'Or, B. 1307, fol. 37). Les
pâtissiers et oublieurs attachés à l'hôtel sont renommés pour la confection
des tartes, tartelettes, pâtés, tourtes, oublies, galettes, « darioles,
flaons ». Les
vins sont pris dans les celliers des vignobles de Bourgogne. Les vignes sont
visitées et les caves soignées par des inspecteurs spéciaux : « à
Regnaut de Gillans qui hay esté à Saulmaise por veoir se les vignes sont bien
faites, et por visiter les vins en venoinges » (Arch. de la Côte-d'Or, B. 6036). Dans les grandes réceptions on
voit figurer le grenache, le « claré » fait à l'hôtel, et pour lequel on
emploie une poudre et des épices. On
fabrique aussi dans les cuisines du duc les torches et les chandelles, les
torches de cire, les chandelles de suif, les chandelles de bœuf, et même des bougies
avec des mèches de coton. On
connaît la composition des festins, la variété et l'amas considérable de mets
qui les composaient, en lisant le détail des provisions faites pour l'arrivée
de Philippe de Valois à Hesdin, en 1335, provisions dont beaucoup furent
perdues par suite du retard de l'arrivée du roi : 55 bœufs, 64 porcs, 117
cochets, 194 moutons, 800 lapins, des milliers de volailles et de perdrix,
200 brochets, 422 brèmes, 500 carpes, 762 anguilles, 800 pipreniaus, 2.500
écrevisses, 450 fromages de Brie, 210 pâtés de mulets, 35 pâtés de brèmes
d'eau douce, 242 pâtés de brèmes de mer et de lapins, etc. (Arch. du
Pas-de-Calais, A. 548 et 549). Six voitures de « gelines » sont envoyées d'une seule
localité, lorsque le roi vient à Dijon en 1336 (Arch. de la Côte-d'Or, B. 6034). On peut aussi voir les frais
des festins donnés à Montréal. en 1348, lors des fiançailles de Jeanne,
petite-fille du duc, avec le comte de Savoie. Aux
officiers de cuisine cités ailleurs on peut ajouter les noms de maitre Jean,
de Guillaume, sire du Breuil, queux du duc, 1326 ; ale Perrenot le Guenelat,
d'abord queux de la duchesse Agnès de France ; de Guédain, queux du duc en
1338 ; de Jean de Talant, maitre queux du duc, puis de son fils Philippe, en
1340. Eudes IV, voulant récompenser les services de cet habile cuisinier,
l'exempta de taille, lui et les siens. Citons encore Robert de Roone, maitre
de la cuisine, 1342 ; Jean de Bonestat, bouteiller, 1340-1360, qui reçut pour
retraite la place de châtelain de Montbard ; Jacques de Vaudrey, bouteiller,
1344 ; Girard du Meix, bouteiller et maitre de la cuisine de la duchesse
Jeanne, 1346-1347 ; Oudot de Léry, cuisinier de la reine Jeanne de Boulogne,
1354-1356. VIII. — JEUX ET DIVERTISSEMENTS.
Les
seuls jeux signalés dans nos comptes sont ceux de la paume, des échecs, des
dés et des taubles, qui correspondait à notre trictrac ; le plus souvent la nature
du jeu n'est pas indiquée. Le 10
octobre 1326, le duc perd en jouant avec le roi Charles IV, à
Château-Thierry. Le 31 du même mois, il perd 27 livres à Essommes avec te
même (p.
118). Le 15 et le
25 mars 1327, il perd de nouveau deux fois, 20 florins de Florence et 30 l.
t. (p.
123). Le 12 août
1344, Ph., comte de Boulogne, pour passer le temps à Toulouse avec Jean le Bon,
perdit 14 écus d'or qui lui furent remis par Hugues de Vienne (p. 410). On
n'indique pas les personnages avec lesquels Philippe jouait aux taubles à Aire,
Desvres, etc. (p. 363-364). Les
achats et les réparations de jeux sont souvent mentionnés ; on achète un
échiquier, un taublier, des bourses en cuir pour mettre les échecs, deux
paires de taubles pour Jugny, un jeu d'échecs pour Hesdin, trois paires de
jeux pour le château d'Aisey, des pois à peser florins, cent jetons, et comme
ces jeux suivent le duc en voyage, on est forcé assez souvent de les faire «
raccoustrer ». Au
château, les gentilshommes et les damoiselles se piquent tous de connaitre
les échecs. Pendant les longs sièges de forteresses, les chevaliers «
s'ébattent à joer aux dés, et vont de tente en tente pour soy esbattre en
leurs belles robes ». La Chronique de Jean le Bel, chap. LI, et Froissart,
chap. CLXVIII, racontent une curieuse partie d'échecs entre Edouard, roi
d'Angleterre, et la belle comtesse de Salisbury, qui avaient mis chacun leur
anneau d'or en gage. Par galanterie, le roi s'arrangea pour perdre la partie,
et l'on fit ensuite venir les épices et le vin que les deux partenaires
prirent ensemble ; mais la comtesse refusa de prendre l'anneau du roi qui fut
donné à l'une des dames de compagnie. Le duc
et tous les seigneurs ont des musiciens attitrés qui font partie de la
domesticité et sont chargés de charmer les loisirs de leur entourage. Il
n'est pas de fête, de festin et de solennité quelconque sans la participation
des ménestrels, trompeurs, harpeurs, taboureurs, corneurs, chanteresses,
bateleurs, joueurs de vielle, d'orgues, de harpe, de fretel ou flûte de pan, balestiaus
ou montreurs de bêtes sauvages, etc., suivant l'importance de la cérémonie,
et le nombre de ceux qui y prennent part. Il y avait encore beaucoup d'autres
instruments de musique à cette époque, si l'on s'en rapporte à la pièce de
Guillaume de Machault, intitulée le Temps pastour (V. Ann. de la
Soc. de l'hist. de Fr., 1839, p. 186). En
1315, le duc Hugues V léguait par testament 60 l. à son ménestrel Quarré, et
30 l. à Humbelot, ménétrier de Robert de B., son frère. Nous connaissons les noms
de plusieurs ménétriers d'Eudes IV, Brisegan, en 1327 ; Morand, en 1338 ;
Chantereau d'Estalante, en 1344 ; Robin ou Robert de Cayrol', d'abord
ménétrier du roi, en 13.20, et que l'on appelle ensuite le roi des
ménestrels, en 1344. Le duc possédait dans son château d'Hesdin des orgues à
demeure, installées depuis longtemps sous la comtesse Mahaut, et dont on fait
à diverses reprises réparer les soufflets. Le manuscrit 701, supp. lat. Bibl.
nat. conserve un dessin de ces petites orgues portatives. Le duc traitant
Jean le Bon à Toulouse le 16 août 1344, fait donner trois écus d'or au maitre
des orgues ; en 1348, Laurent, maitre des orgues de Dijon, achète une maison
rue « ès Noirots ». Lorsqu'un
seigneur entrait pour la première fois dans une ville, ou prenait possession
d'un domaine, on venait au-devant de lui avec des ménétriers, trompeurs,
corneurs ou nacaireurs pour lui donner une aubade. Une compagnie allant en
chevauchée était toujours accompagnée de joueurs d'instruments. En 1341, un
ménétrier et un corneur précèdent une compagnie de 68 hommes, et deux ans
après, on retient un ménétrier pour desservir les gentilshommes de la
garnison de Vesoul perdant tout le temps de la guerre. Nous
avons donné le détail des fêtes et festins auxquels assistaient des musiciens
; les « chanteresses » agrémentaient le repas des hommes, tandis
que les dames applaudissaient le roi des ménétriers et ses compagnons. Nous
avons même l'exemple de poésie débitée au tournoi de Villeneuve-les-Béziers,
et d'un motet, dont le duc avait récompensé l'auteur. Quand les seigneurs allaient
en déplacement rendre visite dans les châteaux du voisinage, les ménétriers
de leur maison faisaient partie de l'escorte et étaient les bienvenus dans la
société de ces demeures hospitalières, où ils trouvaient bon gite et bon
accueil, et où ils étaient certains de trouver une honnête récompense. C'est
ainsi que les dépenses signalent des dons à Surbiat, ménétrier d'Hugues de
Bourgogne-Comté ; aux ménestrels du roi Charles le Bel, à Pontoise et à Juvisy-sur-Orge
(1327), à Imber de Beauvais et Lucas, ménétriers
venus du château d'Hesdin pour fêter l'arrivée du duc et de la duchesse de B.
(1328) ; aux ménétriers du sire de
Luzy, du sire de Montmartin, du roi de Bohème de G. de Frise, du comte de
Bar, du duc de Bourbon, etc. Avec
les joueurs d'arbalètes, d'épée et d'autres instruments qui procurent à la
société des distractions après les repas, on trouvait encore dans certaines
résidences bien montées des pièces articulées, « des engins d'ébattement »,
destinés à faire des surprises aux personnes présentes et que l'on mettait en
mouvement, au moyen de ressorts cachés. Il existe encore, à notre
connaissance, un monument de ce genre au musée de Soleure ; c'est un
chevalier de grandeur naturelle, armé de toutes pièces, qui arrose irrévérencieusement
les personnes qui s'en approchent, lorsqu'on fait mouvoir un ressort
dissimulé sous la cuirasse. Les
engins de ce genre qu'Eudes IV possédait à Hesdin lui venaient de la comtesse
d'Artois ; un arbre, un éléphant, un bouc, des singes relégués dans un pavillon
spécial. Le tout était peint, habillé et entretenu par le peintre Laurent de
Boulogne, et les comptes relatent la sollicitude du duc pour la mise en état
de ces pièces : « à Laurent de Boulogne, maitre des engins et des pointures
du castel d'Hesdin » (1332) ; au même « pour ouvrer à l'otiffant et au bouk tant de pointure
comme d'estoffes » (1335) (Arch. du Pas-de-Calais, Artois, A. 521 et A. 548), etc. Doit-on
compter au nombre des divertissements, les joutes et tournois, puisque ces
exercices étaient le complément de toute fête sérieuse ? Mais on indique rarement
s'il s'agit d'une joute ou d'un tournoi, malgré la différence entre ces
luttes chevaleresques. On ne peut que rappeler un tournoi à Compiègne, en 1316
(Artois,
A. 342), des joutes
à Lambres, en 1339 (Artois, A. 581). En 1340, Jean de Fontaines et Renaud d'Aubigny
accompagnent le duc au tournoi de Meaux (Artois, A. 613). Tournoi à Compiègne, février 1344
; tournoi à Villeneuve-lès-Avignon, juin 1344 ; joutes à
Villeneuve-les-Béziers, juillet 1344 ; projet de joutes à Toulouse non mis à
exécution, août 1311 ; tournoi de Compiègne, février 1345, et assurément beaucoup
d'autres que l'absence des comptes ne permet pas de signaler. IX. — VÉNERIE ET FAUCONNERIE.
Le duc
Eudes IV eut une influence trop prépondérante sur la direction de la conduite
et de la jeunesse de Jean le Bon, son neveu, pour ne pas lui avoir inculqué
de bonne heure la passion extrêmement vive qu'il éprouvait pour la chasse, la
vénerie et la fauconnerie, passion que possédait également à un très haut
degré Philippe, comte de Boulogne. Gasse de la Bigne eût pu appliquer à
chacun d'eux les vers qui terminent son poème des Déduicts de la chasse
: Quo
Diou li pardoint ses deffauts Car moult ama chiens et oyseauts. Les
officiers de la vénerie ducale regardaient leur charge comme une création
d'intérêt public, car le peuple « estoit si foulé qu'il ne leur demouroit
nuls vivres aux chans pour la multitude des pestes saulvages ». Aussi de
temps immémorial, leurs droits s'étendaient sur les habitants des villages
voisins de la chasse, qui étaient tenus à toute réquisition de faire le service
de traqueurs et de transporter le gibier. Ces chasses étaient fréquentes, et,
dans les circonstances particulières, on mobilisait une partie du personnel, lors
d'une chasse au chevreuil pour la venue du roi, pour la gésine de madame,
pour un mariage, etc. En 1350, après la mort d'Eudes IV, la reine tutrice de Ph.
de Rouvre envoie son veneur Perrin de Chivres en Bourgogne ; la même année
Jean le Bon fait venir ses veneurs Guillaume Poulain, chevalier, Huet de Ventes,
Paignole et Robert de Mondetour pour chasser le cerf dans la forêt de
Villiers, avec l'aide de Guillaume Maillart et de Jean Abraham, anciens
veneurs d'Eudes IV (Arch. Côte-d'Or, B. 6596). Les
chiens de la vénerie ducale étaient de nature différente, suivant l'usage
auquel on les destinait ; chiens de Bourgogne et chiens d'Artois, chiens pour
le cerf, mâtins pour sangliers, petits chiens pour le renard et le lapin,
etc. L'ensemble de ces meutes, comprenant plusieurs centaines de chiens,
n'était jamais au même endroit, mais disséminé dans les divers bailliages du
duché, et se déplaçait suivant les circonstances ; on avait des meutes à
Argilly, Aisey, Lantenay, Aignay, Sarry, Salmaise, etc. Les
veneurs, chargés du recrutement et de l'accroissement des meutes,
renouvelaient les races que l'on faisait venir de loin. Nous constatons des
achats en Artois de 13 chiens de pays, en 1332 ; un achat de 10 chiens
courants à Avesne, un autre de 84 chiens de même provenance, en 1336. On
envoyait de tous côtés chercher des chiens « pour le porc », car à chaque attaque
de sangliers, on perdait les meilleurs et les plus vigoureux sujets, dont
l'absence compromettait la résistance de la meute. Le duc
ne voyage jamais sans ses lévriers qu'il emmène ainsi que ses faucons, soit
dans ses promenades, soit dans ses chevauchées. Et quand un de ses chiens favoris
est égaré, il envoie à sa recherche. C'est l'usage au moyen âge pour les
chevaliers de se faire accompagner par l'équipage de chasse. Mile de Noyers,
se rendant, en 1338, au mandement du roi à Péronne, est suivi de ses
fauconniers Rennequin et Henriet, et de ses veneurs. La dépense porte les
frais des valets de chiens, l'achat de poules et de cœurs de porcs pour les
faucons. Les
chiens sont nourris avec de la farine d'orge et des viandes diverses. Le plus
souvent on achète des chevaux hors de service ; on envoie de Montbard des vaches
pour les chiens courants à Salmaise (1339). Les valets de service, ayant droit aux cous des
cerfs pris les cèdent quelquefois pour la pâture des chiens ; en 1346, les
valets de Sarry cèdent 19 cous de cerfs aux veneurs Géofroy et Abraham, «
pour ce que les chiens n'ont plus de pain ». Certains seigneurs avaient des équipages
bien montés. Il fallait plus de 500 bichets d'orge au château de Noyers pour
nourrir la meute. Au
nombre des veneurs, citons Pierre et Hugues, auxquels le duc Hugues V lègue
par testament, en 1315, une somme de 100 livres ; Jean de Quarrées (1326-1340), Jean Abraham (1330-1335), dont le sceau portait un
limier passant devant un arbre ; Guillaume Maillart (1349), Perrenot Compagnot, Géofroi,
dit Mottot, de Perrigny (1335-1343), auquel Eudes IV donna, en considération de ses
services, la chapelle, la maison et les dépendances de Villiers. Les
veneurs étaient aidés par les forestiers de la gruerie répartis dans les
diverses régions boisées, dont le personnel se composait de 88 forestiers, en
y comprenant 9 maîtres. Le duc avait encore à son service des louvetiers,
goupilleurs, ostriciers, oiseleurs, laceurs, tendeurs, loutriers, qui tous
avaient des petits sceaux particuliers et distincts. Dans
une cour aussi nombreuse que la cour de Bourgogne, les plus gros animaux ont
de la valeur. On tue une grande quantité de sangliers ; 6 cerfs sont pris
dans une seule chasse ; au relais de Sarry seulement une vingtaine de ces
animaux sont le résultat de quelques chasses. En 1353, on envoie à Adam de
Cocherel, chevalier, maître d'hôtel de la reine, alors à Pont-Sainte-Maxence,
25 sangliers et 6 cerfs provenant des forêts de Bourgogne (Arch. de la
Côte-d'Or, Peincedé, t. XXIII, p. 63). Les cerfs étaient salés comme les sangliers, et
leur peau servait à faire les gants des officiers de la vénerie. Chaque
semaine, le maître d'hôtel de service faisait l'inventaire des provisions et
garnisons de l'hôtel. Lors des déplacements de longue durée, le duc emmenait
le gibier salé pour la nourriture de la suite ; dans une des chevauchées de
Flandre on charge sur des chariots « XLIX bacons de sangliers, VI
couharz de cer, VII arnpes de cerf, VIII costez de cer », etc., on embarque 6
sangliers lors du voyage d'Avignon, en 1344. D'autres animaux étaient nourris
dans des parcs où il était facile de les prendre ; à Aisey, le bois de la
montagne voisine était entouré de murs, et peuplé de daims, de cerfs et de
toute espèce de gibier. Nous n'avons que trois mentions d'ours dans la région
de l’Ain ; la première est de 1327, la dernière est fournie en 1357, par
le châtelain de Leaz qui signale la prise d'animaux sauvages et d'ours, dont
le fisc prenait les quatre pieds et les boyaux (Arch. de la Côte-d'Or, B. 6962). Les
dons et cadeaux de « venoison », toujours bien accueillis par les
destinataires, figurent très souvent dans les comptes : daim offert à la
comtesse Mahaut, 1328 ; 5 daims offerts au comte de Flandre, 1329 ; sangliers
envoyés au duc à Arras, 1332 ; valet de Mme d'Alençon apportant présent de
venoison, 1330 ; 4 sangliers donnés au cardinal de Boulogne, envoi de
venoison de cerf à Mme d'Athènes, etc. Les
tendeurs et laceurs faisaient des panneaux et des pièges pour prendre les
lapins et renards « connins et goupilz ». Ceps panneaux de grandes
dimensions avaient parfois 45 toises de long, et plusieurs mis bout à bout
embrassaient une large étendue de terrain. Pour les lapins, on employait
aussi les furets, « pour ce que le bois estant couppé on ne pouvoit prendre
les convins sans fuirès ». On prenait les lièvres de la même manière quand on
n'employait pas les lévriers ; le pelage de leurs cuisses servait à faire des
couvertures et des fourrures « de blanches cuisses de lièvres blancs ». Les
loups fort nombreux à cette époque étaient les ennemis les plus redoutables
des forêts. Ils s'attaquaient non seulement au gibier et au bétail, mais à
l'homme qui n'était pas suffisamment armé pour se défendre. Longtemps plus
tard, en 1378, on voit Philippe le Hardi donner vingt sous « à un povre home
qui avoit le bras mangié des loups ». On comprend donc quel intérêt les
populations portaient à la destruction de ces malfaiteurs dont la tête était
mise à prix ; on payait une prime de 12 sols pour une louve, dix sols pour un
loup, et trois sols pour un louvard. Les
louiers ou louvetiers spéciaux, plus particulièrement chargés de ce soin, se
servaient soit de ceps ou pièges, soit de poudres empoisonnées dont la com- position
nous est inconnue. En 1354, on commande à Saint-Florentin dix panneaux « à
pranre loups », que l'on conduit à Montbard ; mais le plus sûr moyen de s'emparer
de ces animaux consistait à creuser des trous très profonds recouverts par de
légères baguettes et par du feuillage, sur lesquels on attachait, des
volailles, et principalement des oies ; on tuait à l'épieu les animaux tombés
dans la fosse. C'est ainsi que l'on prend 106 loups, louves et louvards,
pendant six mois de l'année 1354 ; 4 à Villiers, 2 à Vanvey, 7 à Châtel-Gérard,
11 dans les bois d'Autun, etc. Dans le petit parc d'Aisey, il y avait un
piège à loups appelé « cognissière », consistant en une enceinte de
murs, munie d'une seule porte qui se fermait exactement, en tirant une corde
attachée à une bête morte. Les loups, attirés par un appât qu'ils trairaient,
s'enfermaient eux-mêmes dans cette enceinte. La
fauconnerie n'était pas moins en honneur que la vénerie, et Eudes IV parait
avoir mis autant d'ardeur à se procurer des « oyseaulx » qu'à se procurer des
chiens. La perte d'un faucon lui cause la même inquiétude que celle d'un lévrier.
En 1326, alors qu'il a pour fauconnier Guiot de Villenaut, il donne 41 sols 6
deniers pour envoyer à la recherche d'un faucon perdu. En 1340, c'est
Alexandre de Blaisy qui lui retrouve un autre faucon dont il regrettait
vivement la perte. C'est
que les oiseaux de haute volerie dressés pour la chasse avaient une grande
valeur, on les payait cher. En 1352, le gouverneur de Bourgogne achète six
livres un « faulcon gentil » et quarante sols un tiercelet. Les rochers de
Baume-les-Dames fournissaient depuis longtemps des oiseaux de chasse aux
chevaliers bisontins ; cette localité fut utilisée par Eudes IV, lorsqu'il
prit possession du comté, et il y mit son fauconnier, qui devait surveiller
les nids de l'aire de Baume, et au besoin nourrir les petits. Le duc
Robert Il avait établi une fauconnerie près de Beaune ; Eudes IV en avait
également une à Maisey, « la mue de Maisey » ; les oiseaux qu'on y
élevait étaient conduits à Villiers, où le dressage et l'éducation avaient
lieu. En 1348, Colinet de Verrey était chargé de « muer les faulcons et
oyteurs de Maisey », depuis le 15 mai jusqu'au let septembre, sous
l'inspection des fauconniers du duc. Près d'Aisey s'élevait un bâtiment
appelé « les loges », habité par les oiseleurs et les gardes des bêtes du
parc. On
faisait aussi venir des oiseaux bien dressés des pays éloignés. En 1343,
Martin de Chartres, lieutenant du bailli d'Arras, reçoit 16 florins pour
aller à Bruges acheter deux autours ; l'année suivante, on en fait venir du
Languedoc. Ceux que l'on prenait en Bourgogne et qui étaient assez jeunes
pour être dressés et « affaitiez » étaient également recherchés. En 1334, Hue
Roussel reçoit une prime pour avoir apporté un faucon « qui estoit bien
et sauvement » en 1336, un valet porte de Salmaise à la duchesse, alors à
Montcenis, deux éperviers et un émouchet pris dans les bois. Chaque compte
mentionne diverses indemnités accordées pour des oiseaux de proie saisis dans
les forêts. On
trouve, au nombre des fauconniers d'Eudes IV, Guiot de Villenaut, 1326 ;
Baudoin, 1340 ; Guiot de Quarrées, 1348-1351 ; Baudey, 1337-1348. Deux de ses
fauconniers sont cités en Artois, Thomas, 1338, et Bernard, 1342. Philippe,
comte de Boulogne, dont la passion pour la fauconnerie n'était pas moindre
que pour la vénerie, eut pour « bien amé ostricier » Jean de Manville, qui
parait avoir eu une certaine célébrité, et était chargé de lui procurer à
tout prix les faucons et autours qui lui étaient signalés. Nous ne citerons que
ce billet de Philippe à Robert de Lugny, gouverneur d'Artois « on nous a
donné à entendre qu'il ha un blanc hostier à Bruges, et mandons au receveur
qu'il delivre notre bien amé valet Manville, afin qu'il le puisse aller
guerre » (Arch.
du Pas-de-Calais, Artois, A. 639). Pour
s'attirer les bonnes grâces du suzerain, les seigneurs avaient soin d'offrir
parfois des oiseaux de haute volerie. En 13e, le duc reçoit un faucon de Marie
de Châteauvilain, dame d'Epoisses, veuve de Guillaume de Mello ; ailleurs on
lui offre des faucons pris en l'aire de Baume, des autours, des éperviers, des
émouchets ; d'Auxerre on lui envoie un autour ; Thomas le fauconnier lui
apporte un faucon. La veuve de Philippe, devenue reine de France, lors de sa
venue à La Perrière, donne six florins à un oiseleur, « pour cause d'un
faulcon gentil » qui lui est présenté. Les
tendeurs étaient chargés de détruire les oiseaux de proie qui faisaient la
guerre au petit gibier, et leur profession, qui n'était pas une sinécure,
était assimilée à celle des officiers de la fauconnerie. On n'avait pas seulement
à redouter les faucons, les autours, tiercelets et éperviers, les aigles
étaient communs, et commettaient des ravages dans les plaines, les forêts et surtout
les étangs. Chaque année on en prenait à Argilly, Montréal, La Toison,
Estalante, etc., et une prime était due à ceux qui parvenaient à s'en emparer
: « V sols à Pourot Menu, pour une grosse aigle prise seur l'estan d'Argilley
; VI gros au forestier de Villiers pour la prise de deux petits aigles de la
maulvaise aigle qui mangent et dégastent les poissons des estans de la forêt
de Villiers » (Arch. de la Côte- d'Or, B. 10.421). Si les
loups étaient les animaux les plus dangereux pour les plaines et les forêts,
les loutres étaient les plus redoutables braconniers des rivières et des
étangs, et l'administration ducale avait un service organisé pour en faire la
chasse. La prime de chaque animal détruit était de dix sols ; on les prenait,
soit avec des chiens, soit avec des claies ou engins que l'on tendait sur les
cours d'eau. Vienot d'Arceau et Jean le Bouquerat, pie Fouchange, « lourriers
mgr le duc », faisaient, rarement des déplacements infructueux, et
réussissaient parfois à prendre sept ou huit de ces amphibies dans une seule
séance. (Voir
aussi E. Picard, La Vénerie et la fauconnerie des ducs de B.). X. — ÉCURIE.
Dans
une cour aussi nomade que celle du duc le service de l'écurie avait une
extrême importance, et dans les voyages incessants hors du duché, le logement
et le soin des chevaux étaient une grosse affaire. Les chevaux prenaient des
noms différents suivant l'emploi auquel ils étaient destinés ; les grands
chevaux, destriers pour la bataille, coursiers de tournois, palefrois et
haquenées pour les dames, roncin et chevaux communs pour les hommes de
service, mulets pour les litières et les sommiers. On
désignait les chevaux par les marques extérieures qui pouvaient les
reconnaître, et principalement par la couleur de leur robe, bai, bai-brun,
estellé, morel ou noir, roux, roux liart, brun, fauve, pommelé, etc. C'est
ainsi du reste que l'on distingue les bêtes à cornes. Voici un marché passé
moyennant vingt livres pour l'achat de deux vaches, trois veaux et six bœufs,
indiqués de cette manière, un a genellum », un charbonneau, un fromentin, un
rouge, un feuillé et un rose rouge (Arch. de la Côte-d'Or, Protocole des
notaires, B. 11.232). Les
chevaux communs sont d'un prix qui ne dépasse guère 30 ou 40 livres, mais les
destriers et les grands chevaux se vendent cher. Le chiffre maximum que nous
ayons relevé est le cheval bai de 300 livres acheté, en 1313, par Hugues V,
lors de sa promotion à la chevalerie. Eudes IV, grand amateur de chevaux,
était obligé de les renouveler souvent à la suite de ses chevauchées, sans
compter ceux qu'il devait remplacer aux vassaux qui participaient à ces
expéditions. A la bataille de Saint-Omer, il eut 403 chevaux tués appartenant
à ses féodaux, d'après le compte de Barthélemi du Drac. En 1340, il avait
quarante-trois valets pour ses grands chevaux à Arras, et vingt-deux de ces
coursiers furent conduits de cette ville devant Angers un peu plus tard. En
1325, Eudes IV était en relation avec Saladin, marchand de Lucques, qui lui
faisait venir des chevaux de Milan ; en 1345, il achète d'un marchand de
Navarre, moyennant 260 1., deux chevaux, l'un gris, l'autre morel, destinés
au tournoi de Compiègne ; il mande aux échevins de Béthune de payer 200 l. p.
pour un autre cheval. Le
jeune et intrépide Philippe, comte de Boulogne, était encore plus entraîné
que son père par l'amour des chevaux, et faisait payer à tout prix les plus
beaux qui lui étaient signalés. En 1342, il mande au gouverneur d'Artois de
verser 400 l. p. à Englebert et à la veuve de Gille Crespin pour prix de deux
coursiers qui lui avaient été livrés ; une autre fois il fait donner à Jean
Annecy, bourgeois d'Arras, 220 l. p. pour un cheval « bai brun bausain d'un
pié d'arrier ». Le 26 juin 1344, il prête à Laurent de Hardentun un grand cheval
morel « pour sir sus au tournoy à Aire » (Arch. du Pas-de-Calais, Artois, A.
639). Les
montures des officiers du duc étaient d'un prix beaucoup plus modéré. Eudes IV
fait payer à son dépensier Hélie Bourgeoise 44 l. p. pour le roncin sur lequel
il chevauchait pendant la guerre du comté, et qui fut tué à « Grant
Fontaigne » : en 1310, il autorise un de ses baillis a mettre
jusqu'à 90 l. pour un palefroi destiné au même Hélie Bourgeoise. Jean
d'Andresel, chevalier et chambellan du roi, servant le duc au siège de
Chaussin, est remboursé de cent livres pour un cheval qu'il y perdit.
Philippe, comte de Boulogne, fait remettre à Dantot, son ménétrier, un roncin
de 20 l. ; le duc donne à un autre un roncin tout brun de 22 l., etc. Un beau
coursier est le plus agréable présent que l'on puisse faire dans des
circonstances solennelles. On a vu le pape Clément V1 en offrir deux au duc
et un à son fils ; le comte de Flandre en donne un à chacun d'eux ; Gautier
de Brienne, duc d'Athènes, également ; Gui de Montfaucon, le cardinal des
Ursins en donnent un au comte de Boulogne, etc. Les
valets d'écurie sont nombreux, car dans certaines solennités, comme au
mariage de Jeanne de Bourgogne à Montréal, le jour de la Pentecôte 1348, le
comptable accuse la présence de 450 chevaux, et il faut doubler et tripler le
personnel de service ordinaire. On exige de ces valets le plus grand soin
pour les animaux dont ils ont la garde, et les dépenses portent, des achats
de miel, de saindoux, d' « oignements », poudres, épices, et même d'une
grande quantité de vin, qui n'était peut-être pas entièrement utilisé, comme
cela est dit, « pour laver les gambes des chevauls ». Parmi
les officiers d'écurie citons Pierre d'Epinay, écuyer de la duchesse, 1327 ;
Henriet d'Argilly, valet de sa litière, 1334 ; Thibaut de Villerval, maitre
de l'écurie de Philippe, 1342 ; Hugues de Chaton, maréchal et garde des
chevaux, 1331 ; Gauterot de Dijon, maréchal du duc, 1338 ; Jean de Coublanc,
maitre de l'écurie, 1338-1340 ; Jacques de Corbie, maréchal du duc, 1336-1340
; Gautier, maréchal des grands chevaux, 1340 ; Milot Forgeot, Jacques de
Saint-Loup, maréchaux de l'écurie, 1347 et 1349. XI. — MÉDEC1NS ET APOTHICAIRES.
Les
habitudes d'une nourriture substantielle, de mets extrêmement épicés, de vins
capiteux qu'il était alors malséant de mouiller, déterminaient des attaques
de goutte chez les grands seigneurs du XIVe siècle, malgré l'activité d'une
vie mouvementée et des exercices violents. C'est ce que nous avons constaté
pour Philippe le Hardi, qui fut fréquemment atteint de douleurs occasionnées
par cette maladie ; il en mourut, ainsi que sa femme, Marguerite de Flandre.
A l'âge de trente-sept ans, Jean sans Peur était déjà arrêté par la même
maladie, et fut retenu deux mois à Bruges par « un maul de jambe ». Antérieurement,
Mahaut, comtesse d'Artois, était décédée, en 1329, à la suite d'attaques
répétées qui paraissent avoir la goutte pour cause. Eudes IV en était aussi
atteint ; les blessures reçues au Mont de Cassel, en 1328, à la bataille de
Saint-Omer, en 1340, n'avaient fait qu'aggraver la violence des attaques qui
se reproduisaient si souvent dans les dernières années de sa vie. Ces
fâcheuses prédispositions, jointes au fléau épidémique qui sévissait avec
tant de violence, l'emportèrent presque subitement à Sens, le 3 avril 1349. Les
abondantes saignées que l'on faisait plusieurs fois par an, et qui n'étaient
pas pratiquées avec assez de discernement par le barbier, produisaient des
effets contraires à ceux que l'on attendait. La
science des médecins n'était guère plus efficace que celle des barbiers. Ce
n'est pas le sang de dragon ou l'extrait des peaux de renard, dont le
physicien se faisait de belles fourrures et de chaudes couvertures, qui
pouvaient avoir de l'action sur le malade. Que penser de la crédulité de
cette époque, quand une duchesse envoyait consulter des devins pour savoir
qui lui avait dérobé ses joyaux, et croyait à l'efficacité du livre de St
Vivant de Vergy auprès de son lit pour la bonne réussite de ses couches. Le duc
Hugues V avait pour médecins Jean de Vézelay, en 1311, Lambert de Vitteaux,
en 1312, et dans son testament fait des legs aux chirurgiens Gautier, Gui
Baudot, Hugues de Nogent, et aux physiciens Guillaume de Champdivers et
Martin de Fleurey, « por lour poines et lour labours que il hont sustenu
à nos visiter ». Plusieurs
de ces personnages continuèrent leur service à la cour ducale, et eurent une
certaine célébrité. Hugues de Nogent est gratifié d'une donation par les dernières
volontés de la duchesse douairière, Agnès de France, en 1323, et fut appelé
plusieurs fois pendant les dernières maladies d'Eudes IV. Martin de Pâques, qui
est peut-être le même que Martin de Fleurey, figure aussi comme physicien de
la fille de saint Louis, en 1325. Vers la même époque, Guillaume de
Champdivers était passé au service de la duchesse Jeanne. Le physicien
Girard, originaire de Bar-le-Duc, nommé parfois le Lorrain, est souvent cité
dans nos comptes ; il accompagnait le duc Eudes IV dans ses voyages, et ne le
quitta guère à la fin de sa vie, alors qu'il était arrêté par des douleurs
pendant plusieurs mois dans ses domaines de Bourgogne. Le duc avait la plus
grande confiance dans le talent et l'habileté de cet opérateur, et l'envoyait
en consultation pour soigner les personnes notables de la famille. En 1340,
il lui avait donné le soin de guérir les blessés à Lens après la chevauchée de
Saint-Omer. En 1341, il l'avait envoyé auprès du comte de Bar, très gravement
malade à Vincennes. L'année suivante, il manda au bailli d'Aire de payer les
frais de maladie de son cousin le sire de Châteauvilain, auprès duquel il
laissait son physicien Girard de Bar. Eudes IV fit diverses donations à ce
fidèle serviteur qui n'était pas encore décédé, en 1354, et lui abandonna une
maison et dépendances, le Val-Suzon, etc. Tous
les officiers et les valets de l'hôtel étaient soignés aux frais du duc, et
envoyés dans des résidences isolées où l'on pouvait les guérir plus
commodément. Parfois, on passait un marché à forfait, témoin ce contrat
négocié par le maitre d'hôtel Hugues de Montjeu avec un chirurgien, qui,
moyennant cinquante sous, s'offrait de guérir le messager Le Piquart, qui du
reste ne put être guéri. La
pratique de la médecine n'exigeait pas une grande préparation et de longues
études, et ceux qui l'exerçaient ne nous inspirent pas beaucoup de confiance.
Voici un contrat d'apprentissage passé par Pierre, de Dijon, médecin, qui,
moyennant trois années de service que lui promet Alardet, fils de Jean de
Fauverney, aussi médecin, s'engage à le nourrir, à le coucher, à l'entretenir
de chaussures, et à lui apprendre l'art de la médecine (Arch. de la
Côte-d'Or, Protocole des notaires, B. 11,233, acte de 1343). Le même Pierre, physicien,
voulant émanciper son dernier fils, se présenta, selon la coutume, devant le
lieutenant du chancelier, et le dota d'un florin d'or et d'une émine de froment
(Arch.
de la Côte-d'Or, Protocole des notaires, B. 11,242). Trois ans d'études, c'était
peu pour une telle profession, alors que nous avons des contrats d'apprentissage
de bien plus longue durée pour des tisserands, cloutiers, chaudronniers,
boulangers, bourreliers, etc. (Voir les Protocoles des notaires). D'autres
praticiens paraissent dans nos comptes : Guillaume Goux, chirurgien à
Poligny, 1336 ; Mairet, physicien, 1336 ; Jean de Vesoul, chirurgien, qui
soigne le valet de Guillaume de Vienne, sire de Roulans, « qui avoit brisié
la chambe », 1345 ; Nicolas, physicien de l'hôpital de Tonnerre, 1344 ;
Pierre Bérart, physicien de Troyes, qui guérit Mile de Noyers, bouteiller de France,
des blessures reçues à la bataille de Crécy ; André de Poiseul, Hugues de
Mérey, physiciens à Dijon. Les
apothicaires ne sont pas moins nombreux. Guichard occupait à Dijon, en 1315,
une maison rue des Changeurs, sise près de celle de Guillaume Aubriot ; Aimonin
Longin, 1316 ; Jacques de Trocheres, apothicaire à Dijon, 1343 ; Guéniot,
épicier et apothicaire à Dijon, auquel succéda sa veuve Marguerite, en 1347 ;
c'est chez elle que l'on se servait à l'hôtel ducal, et que l'on prenait des
remèdes « contre l'epedimie ». Quand
on avait besoin de produits moins communs et plus difficiles à se procurer,
on s'adressait à Paris. Renier Johannin, originaire d'Italie, s'intitule, en
1329, apothicaire du duc à Paris. Mais l'apothicaire le plus achalandé de
cette ville était Pierre Pommier, qui avait une grande réputation et une
maison déjà ancienne, car il parait plus d'une fois dans les comptes de
Mahaut d'Artois, et dès 1312, lorsque cette comtesse lui fit cadeau de deux
hanaps pour donner à ses deux filles. Pierre Pommier prolongea longtemps son
existence, et conservait encore la pratique de l'hôtel d'Eudes IV, en 1344. Nous ne
nous chargeons pas d'indiquer la composition des sirops, poudres, laxatifs, «
électuaires, oignemens, tisaignes », et autres ingrédients d'« apoticarerie ». XII. — ÉTOFFES ET VÊTEMENTS.
Le luxe
des vêtements à la cour ducale nécessitait un service spécial de tailleurs,
merciers, brodeurs, fourreurs, dont la dépense entrait pour une large part dans
les comptes du budget. Nous croyons qu'à la fin du XIVe siècle le luxe des
costumes n'était pas aussi grand et que la dépense était moins considérable
qu'à l'époque dont nous nous occupons ; la guerre de cent ans n'a pas dû
profiter à des industries que les seigneurs n'étaient plus assez riches pour
favoriser. On a
parlé des robes à trois, quatre et cinq « garnemens » dont la mention se
reproduit à chaque fête, à chaque cérémonie. Le duc portait les dimanches et les
petites fêtes des robes à trois garnements couvertes d'écarlate sanguine ;
aux grandes fêtes des robes d'écarlate vermeille a quatre ou cinq garnements
; aux fêtes de Pâques de l'année 1344, on lui avait fait un chapeau d'agneau
blanc, comme symbole de l'agneau pascal. Toute solennité nouvelle exigeait un
nouveau costume qui ne servait qu'une fois le plus souvent, et devenait la
propriété de certains officiers ; cette aubaine constituait ainsi un bénéfice
attaché à leur charge, et ils avaient tout intérêt au fréquent renouvellement
de la garde-robe de leur maitre. Nous
avons également donné le détail de la toilette de Jeanne de France, en 1318,
lors de son mariage avec Eudes IV et de son entrée à Paris (t. VII). En 1332, Chrétien de Gosnans, tailleur
de la duchesse, achetait pour elle des draps du lombard Laude Belun, et le
duc, désireux de lui être agréable, faisait confectionner par le brodeur
Ogier de Gand « un chapperon ouvré de brodure àoyseaus et à escus armoiiés »
coûtant 62 l. (Arch. du Pas-de-Calais, Artois, A. 526). Après ses premières couches,
et au moment de ses relevailles, sa grand'mère lui donne « V pièces de marramais
», achetés chez le même lombard, à la date du 14 juin 1322. Lors d'un voyage
en Artois et des fiançailles de Philippe-Monsieur, son fils, avec Jeanne de
Boulogne, Eudes IV paye 240 1. p. « pour une keutepointe ouverte, un auqueton
broudé et une couverture de drap à palefroy », le tout fourni par Jean de
Savoie, bourgeois de Paris, « ouvrier d'armoierie, de broudure et de
keute pointerie » (Arch. du Pas-de-Calais, Artois, A. 572). Vers la
même époque, le duc et la duchesse donnaient obligation de diverses sommes
pour achats d'étoffes de soie et de velours, souscrites au profit de Porcelet,
de Besançon (Arch. du Doubs, B. 422), ce qui n'empêchait pas d'autres achats
considérables chez Jacques de Douai et Jean de Morcamp, drapiers et bourgeois
de Saint-Omer. Il serait fastidieux d'énumérer toutes les acquisitions faites
sans interruption par l'intermédiaire des tailleurs du duc, Jean et Monnot
Lescot, de Rouvre, 1330-1345 ; Minet ou Oudinot, 1344-1349 ; Guillaume
Langlois, tailleur de la duchesse ; Thomas, tailleur de Philippe, etc. Nous
renvoyons à nos documents pour le détail des draps, manteaux, robes,
chapeaux, estivaux et souliers, etc. Lorsqu'Eudes
IV se rendit en 1328 à la chevauchée de Flandre, la comtesse d'Artois voulant
lui faire fête, ainsi qu'aux gens de sa suite, combla les uns et les autres
de cadeaux. Au duc elle donne « une escallate roulé de Gand et destainte »,
à la reine Jeanne et à ses filles « des marbrés de Brucelles de la grant
moison » ; aux écuyers du due, des camelins blancs et des draps rayés pour
faire des corsets d'été ; aux damoiselles, des hanaps, bourses, ceintures et
tapis. Isabelle de France, veuve de Guigues, dauphin de Viennois, arrivant en
Bourgogne, l'an 1345, reçoit en présent des draps d'écarlate vermeille pour
son habillement, des draps rayés et mêlés pour les gens de sa suite. Au moment
du sacre du pape Clément VI, en 1352, la reine Jeanne envoie des pièces
d'écarlate aux cardinaux. Les
costumes de Philippe de Rouvre ne diffèrent pas comme nuance de ceux d'Eudes
IV. En 1358, on lui fait un manteau d'écarlate à quatre garnements, et un
autre « en drap verdelet de la livrée dou cardinaul de Bouloigne, son oncle
». Il porte un chapeau de bièvre « garni d'une plume d'otoure et d'un tuel d'argent
doré », acheté à Paris 5 florinspar Guillaume du Chesnay (B. 1405, fol.
69). Lorsque
Jeanne, reine de Navarre, et sa sœur Marie, filles de Jean le Bon, viennent à
Dijon, en janvier 1358, on achète à cette occasion « deux draps de Brucelles
de la grant moison pour robes à nosdites dames, deux autres draps de la petite
moison pour foire robes à leurs deux damoiselles et à leurs trois fames de
chambre », le tout pris de Jean Perrine à la foire chaude de Chaton, pour la
somme de 205 écus ; les vêtements furent confectionnés à Dijon, et garnis de
menus vairs et de fourrures prises à Troyes (B. 1405, fol. 67). Les
draps, les étoffes, les fourrures et les ornements n'étaient pas portés
indistinctement par tout le monde. Les écuyers n'avaient pas droit de se
vêtir avec les draps réservés aux chevaliers. Les draps de couleur ou rayés
des valets ne pouvaient entrer en comparaison avec les riches costumes de
leurs maîtres. Il en était de même des fourrures. Le gros vair ou petit gris et
le menu vair, fourrures faites, l'un avec le dos, l'autre avec le ventre de
l'écureuil du Nord, étaient portés par les grandes dames, de même que
l'hermine et parfois les blanches cuisses de lièvre. Les fourrures de « connins »
étaient délaissées aux chambrières et aux particuliers. Les
écuyers n'avaient droit qu'aux fourrures de peaux d'agneau, et un acte
notarié de 1358 constate que le doyen de Gevrey, mandataire de l'abbé de Cluny,
a remis à Guibert, maire de Gevrey, à cause de son office, une robe de drap
rayé, fourrée d'agneau comme celle des écuyers (Arch. de la Côte-d'Or,
Protocole des notaires, B. 11.259). XIII. — COSTUMES DE GUERRE.
Les
exercices du corps, l'équitation et le maniement des armes étaient la
préoccupation constante de ceux qui, par leur naissance et leur situation,
aspiraient à la chevalerie. Aussi, dès leur plus tendre jeunesse, on habituait
les enfants aux pratiques de l'art militaire et au métier qui, devait être
celui de toute leur vie. Sous ce
rapport, il est fort intéressant de lire le détail de l'équipement donné, en
1327, par Mahaut d'Artois, bisaïeule de Philippe Monsieur, fils d'Eudes IV, alors
âgé de quatre ans. Cet équipement de guerre comprend le costume, l'armure ;
le harnachement du cheval, et même le petit palefroi que Mahaut avait elle-même
reçu en don de Girard de Vienne. « A
Estene Chevalier pour les joyaus que furent donnez au filz le duc de
Bourgogne, premiers, pour VI aunes et I quartier de velua à faire une cote
hardie, 1 mantelet, la garnissure de l'espée, la fourure du chapeau de feutre
et la selle, LX s. l'aune, XVIII l. XV s. « A li
pour la broudure de la cote hardie, du chaperon, du mantelet et du chapeau de
feutre, pour soie et pour fachon et pour I petit chendal vermeil pour ousier
la broudure, XXII l. « A
li pour III trecons d'orfrois à pelles mis aus dis gurnes mens, VII l. X s.,
une douzaine de boutons mis dans la cote hardie, XII s., font en somme VIII l.
II s. « A
Gellebert Lescot pour CCCXXII ventres de menus vairs à fourrer le cote
hardie, le mantelet et le chaperon, XIIII d. pour ventre, vallent XVIII l. XV
s. VIII d. « Au
dit Estene pour une gibesere à camp d'or ouvrée à pelles et une sourchainte,
VI l. X s. « A
li pour un esprevier de broudure, XVI l. « A
li pour un chape de bièvre, XII s., pour les las du chapel, pour les boutons
et les quoquerilles faites de pelles XX s., font en somme XXXII s. « A
li pour une espée, VIII s., pour ouvrage de broudure fait sur la gaine et la
renge de l'espée, pour or et pour soie, IIII l. X s., pour I marc et demi XI
estellins et ob. d'argent à faire la garniture de l'espée, VI lb. III s. II
d., pour la faction de la garniture, pour la esmaillier et dorer, III lb. VI
s., font en somme XV l. VII s. Il d. « A
li pour II aunes et deiny d'escallate à faire la couverture du cheval, LIIII
s. l'aune, valent VI lb. XV s., une aune de drap blanc et de jaune pour
armoiier la dicte couverture, XXVIII s., pour la tonture XV d., pour la
façon, pour soie et pour la destaindre, XIII l., pour III aunes de toille ynde
à la fourer IX s., font en somme XXI l. XIII s. III d. « A
Renier du Tré, pour une selle, frain et lorrain que fut donnés audit enfant
aveuc un petit palefroi que Girart de Viane avoit donné à madame, XXXII l. » Arch.
du Pas-de-Calais, Artois, A. 458 ; Voir Richard, Mahaut d'Artois, p.
208. C'est
avec ce costume que Jean de Saint-Georges, précepteur de Philippe, devait
donner à son élève les premières leçons d'équitation et de maniement des
armes. La plus
ancienne mention, datant du commencement du règne d'Eudes IV, relate l'achat
de bacinets « à visière et à ventaille, d'une gorgière et d'un haubergeon ».
En 1315, Mile de Noyers reçoit en présent une selle de palefroi à ses armes «
de lormerie (maroquinerie)
et de vermet soie ». En 1331, Jacquemard, de Dijon, « armoiieur de Mgr.
le duc de Bourgoigne », donne reçu des armures et « harnois » qui se trouvent
chez les armuriers d'Arras, et dont le receveur de cette ville avait payé les
frais. Les
accessoires de l'équipement s'achetaient aussi à Troyes, « frais de sandaulx,
veluauz, soie, fil, bouqueranz ardans et blanz, des paupiers d'or, frainges et
autres choses necessaires pour faire armure pour Mgr. achetés à Troies » (en 1336, Arch.
de la Côte-d'Or, B. 3849).
Jean de Savoie, armurier et bourgeois de Paris, fournit un hoqueton brodé et
une couverture de palefroi. Sauvale de Linton, receveur d'Artois, paie pour
Philippe un heaume, un bacinet d'acier, une selle, trois pavillons, deux
coffres et un sac de cuir jaune. Tous ces « harnois » furent ramenés d'Arras
en Bourgogne, au mois d'avril 1338. Les
chevauchées de Flandre qui ont lieu cette même année et les suivantes donnent
lieu à de grands achats, Gadifer de Harmaville, d'Arras, confectionne pour le
duc « un harnois d'armoierie, trois timbres, deux cotes à armes de bature et
deux targes ». A Paris, on achète trois paires d'éperons dorés et une épée ;
à Arras, on prend du drap « pour couvrir le chapeau de fer Mgr. » Barthelemi,
armurier, se procure à Cambrai des soies rouges et des ornements destinés aux
costumes de guerre. On commande à Jacot, autre armurier, « doues paires
de harnois, VI bannieres, IIII penunceaulx, I pourpoint, une garnison
d'argent pour le bacinet, et un cent de petiz penunceaulx ». Jean de
Coublanc, maure de l'écurie, conduit tous ces équipements d'Arras à Béthune,
en 1340. Les
dépenses faites par le comte de Boulogne ne sont pas moindres. Brabant,
heaumier d'Arras, lui fournit « un harnois garny » ; Carpentier, « le lormier »,
une selle dorée pour son grand cheval ; Gaudifer, un timbre ; d'autres
marchands, des harnais, une épée, etc. En 1342, Philippe charge les
gouverneurs d'Artois de solder 400 l. p. pour deux chevaux, de payer la somme
due à Jean de Drenart « pour uns pans, unes manches, un bacinet et un camail
». Jacques, de Dijon, armurier, donne quittance de quatre bannières aux armes
du duc et de son fils, de panonceaux pour lances et pour trompes. En
1343, les équipements de guerre sont conduits à Rennes, mais l'armurier
Gaudifer d'Arras étant décédé, sa veuve Catherine livra « plusiours ouvraiges
de brodure et de bature ». A Paris, on fit blanchir le harnais de Mgr, on «
apparoille » l'épée de Philippe et on lui remet un fourreau, on achète des
boucles d'éperons, des selles de palefroi ; d'autres boucles en laiton. En
1345, Jacquemard, de Dijon, fournit des draps de velours, de soie, des
éperons et brides dorés, jambières, lances, bannières. Carpentier livre deux selles
dorées pour les grands chevaux, des brides dorées, des brides blanches et
d'autres selles. On paie à Jean le sellier « une sele de corduan vermeil,
unes brides tertoise ». Nous
renvoyons à nos documents pour les achats répétés d'éperons dorés, selles de
palefroi, selles de cuir, selles de soie, selles en bois, armures, bacinets, gantelets,
courroies, boucles d'or, lances, aiguillettes, etc. Le
transport de ces équipements exigeait un nombreux personnel. Déjà au mile
siècle on a des indications exactes sur la quantité prodigieuse de bagages dont
se faisait suivre un chevalier d'importance partant pour une expédition. On a
l'inventaire entier fort curieux des costumes, armes, bijoux, hanaps,
vaisselle, draps, linge et provisions de toute nature qui accompagnaient
Eudes de Bourgogne, fils du duc Hugues IV, partant pour le voyage d'Outremer,
où il mourut en 1266 (Voir Chazaud, Mém. de la Soc. des Antiquaires de
Fr., t. XXXII, p. 64 et suiv.). A la
fin du règne d'Eudes IV, on ne trouve plus de dépenses somptuaires pour les
équipements et les armures de luxe. La mort de la duchesse et de son fils a
jeté le deuil dans cette cour ducale jadis si animée, et le duc, frappé au
cœur, passe dans l'isolement et dans la tristesse les dernières années de sa
vie. XIV. — ORFÈVRERIE.
Dans la
première moitié du XIVe siècle, l'art de l'orfèvrerie avait atteint un
développement que la guerre de cent ans n'a pas dû favoriser, et qui n'a
guère été dépassé à la fin de ce siècle. Cette époque agitée et désastreuse
de notre histoire a entraîné la destruction des objets d'art dont l'or et
l'argent faisaient la base. Les comptes de l'Artois, si riches en documents
relevés par M. Richard dans son livre sur Mahaut d'Artois, sont une
source d'indications précieuses pour la période qui précède celle dont nous
nous occupons. En
1307, Mahaut donne à la princesse de Tripoli, Marguerite de Beaumont, fille
de Louis de Brienne, retirée à Tonnerre, un anneau d'or ; aux chapelains et aux
demoiselles de compagnie de Marguerite de Bourgogne, reine de Sicile, des
ceintures et des bourses ; à un chevalier de leur suite, un hanap doré. Par
le testament de cette même reine de Jérusalem et de Sicile, en 1308, dont
l'original est aux Archives de l'hôpital de Tonnerre, elle laisse à la reine
Marie de Brabant son beau saphir qui pend à une petite croix d'or ; à Louis,
comte de Nevers, une croix de cristal avec son pied ; Robert, frère de Louis,
une image de Notre-Darne d'argent doré ; à Robert, comte de Flandre, sa
petite croix provenant de son mari, Charles d'Anjou ; à Jeanne, dame de
Coucy, sa nièce, un rubis ; à Mahaut, sa nièce, ses bassins d'argent doré
pour laver les mains ; à Yolande, dame de Saint-Aignan, un vaisseau d'argent. Trois
marchands de Florence reconnaissent, en 1309, être obligés de rendre à Hugues
V, duc de D., les joyaux qu'Emonot, orfèvre de Dijon, leur a remis en son nom
comme gage de 348 1. p. : « c'est assavoir un pot qui tient environ une
quarte, un pot qui tient environ une pinte de euvre plaine, et une chopine quarrée
tout d'or, et poise tout ensemble X mars et VII onces d'or. » Aucun des
comptes d'Hugues V ne nous reste, et ses dépenses de bijoux et joyaux ne nous
sont connues que par quelques quittances, comme celle de 1313, lors de sa
promotion à la chevalerie, lorsqu'il ordonne le paiement d'une fleur de lys
et d'un chapeau, au prix énorme de 440 l. En 1323,
l'abbé de Saint-Bénigne remet à Jean d'Auxonne, précepteur de l'hôpital de
Saint-Jean de Jérusalem
à Dijon, cinq anneaux d'or, deux pierres précieuses, un fermail d'or et deux
calices d'argent doré, que le précepteur d'Uncey avait mis en gage pour 50
francs (Arch.
de la Côte-d'Or, Protoc. Des notaires, B. 11,227). Deux ans après, Richard de Montbéliard,
sire d'Antigny, et sa femme, Isabelle de Pontailler, mettent également en
gage une coupe d'argent doré, deux bassins à main, deux plateaux d'argent,
pesant 27 marcs 7 onces (Protoc. des notaires, B. 11,224). La
comtesse Mahaut, qui avait gratifié d'un équipement de guerre le fils ainé
d'Eudes IV, en 1327, donne en même temps à la nourrice de son frère Jean un hanap
de vermeil à couvercle, et un autre sans couvercle à la berceuse. Le duc
achète à Troyes, en 1326, une coupe d'argent doré pesant trois marcs pour le
prix de 17 l. 10 s., et fit quelque temps après confectionner des étuis de
cuir pour loger sa vaisselle et ses pots d'argent. Une autre fois, il achète
six coupes d'argent pesant seize marcs ; huit coupes pesant treize marcs chez
Jean de Sailly, et commande à Simon de Chrese deux écuelles d'argent du prix
de 25 1. Etienne de Salins, orfèvre, lui livre, en 1330, « une ymaige de St
Loys et 11 angeloz assis sur un entablement d'argent ». On ne peut énumérer toutes
les acquisitions de bassins d'argent, hanaps en argent ou en madre,
chasubles, tableaux et images, étuis de cuir pour écrins, bourses à mettre
argent, rubis d'orient, ceintures, coffres et mallettes, souvent indiqués
dans nos comptes, ni les bijoux et joyaux donnés en présent, comme cet agneau
d'or envoyé par le duc à son fils le jour de Pâques. Dans son testament Eudes
IV donne à la Sainte-Chapelle de Dijon sa petite croix d'or et la meilleure
de ses chapelles portatives ; mais dans son codicille, il remplace la croix
d'or par la donation « du grant ymaige de Notre-Dame d'argent ». La
vaisselle et les bassins dorés de la duchesse étaient également renfermés
dans des étuis en cuir, dont plusieurs avaient été faits à Paris, par Jacques
Huré et Jean de Bourd. Cette princesse, désireuse d'augmenter ses joyaux, ne
négligeait pas de s'attribuer certaines confiscations ; le juif Héliet,
d'Auxonne, ayant été saisi et ses biens confisqués, elle fit déposer dans ses
coffres six plats d'argent provenant de la confiscation. En 1347, on trouva
entre Duesme et Quemignerot, dans le bois de Foisselot, 360 pièces d'argent,
un anneau et une verge d'or ; les monnaies furent données au duc, et les deux
objets en or furent remis à la duchesse à Vernot. Après la mort de celle-ci,
on fit l'inventaire des bijoux trouvés dans ses domaines d'Artois ; on a
relevé des trésors de la chapelle de Lens, dont Laurent de Boulogne reçut en
dépôt les joyaux, parmi lesquels on remarque « un ymaige de St Loys D, avec des
cheveux et des os de ce pieux monarque, le tout sur un piédestal en argent
doré aux armes de Bourgogne et d'Artois. Cet objet précieux nous parait le même
que celui dont il est plus haut question, et qui avait été livré par Etienne
de Salins, en 1330. Jean de Gerland, chanoine de Langres, dès 1347, donna au grand
autel de Saint-Mammès de cette ville plusieurs ornements d'or et d'argent,
deux aiguières d'argent et plusieurs autres objets précieux (Roussel, Hist.
du dioc. de Langres, t. IV, p. 84). Un
certain nombre de pièces d'orfèvrerie étaient couvertes d'émaux ; les vases
et même les épées en étaient souvent revêtus ; l'épée de Philippe Monsieur, fournie
en 1327, par Etienne Chevalier, en était ornée ; l'émail et la dorure avaient
coûté quatre livres dix sols. Jeanne de B., reine de France, après la maladie
de Jean le Bon, son fils, en 1335, avait donné à l'église d'Auxerre une
statue d'argent qui représentait la figure du duc de Normandie, avec un
piédestal également en argent. Si l'on
veut se rendre compte des joyaux que possédait un château féodal à cette
époque, on lira le curieux inventaire des trésors renfermés dans la grosse
tour du château de Noyers, possédé par le bouteiller de France (Voir Les
Sires de Noyers, p. 279-282). Jeanne de Chalon, veuve de Robert de B., a laissé aussi un intéressant
inventaire de joyaux que sa longueur ne permet pas de reproduire (Voir Arch. de
la Côte-d'Or, B. 309).
Pierre l'orfèvre, chanoine de Paris, devint maitre de la Chambre aux deniers
de la reine Jeanne de Boulogne, veuve de Philippe de Bourgogne, remariée à
Jean le Bon. Lorsque Jeanne, reine de Navarre et Marie, filles de ce dernier,
furent reçues à Dijon, en janvier 1358, le duc fit acheter à leur intention
chez Perrenette, « orfaveresse à Dijon, VI gobelés et l'aguier touz d'argent,
dou pois de V mars et VII esterlins d'argent ». L'une de ces pièces
d'argenterie fut offerte vers le même moment à Guillaume d'Estrade, chevalier
du comte de Flandre, à son retour de Terre-Sainte (B. 1405, fol.
67). Voici
quelques prix de joyaux, d'après les protocoles des notaires Guyonnet Roussot
vend, pour 60 florins, trois hanaps d'argent, dont un doré pesant trois
marcs, deux couronnes d'argent pesant deux marcs, trois autres couronnes
d'argent du même poids, une boucle d'or, trois fermaux en or garnis de
pierres et de perles, pesant quatre onces, une courroie d'argent du poids de
trois marcs, valant 18 florins (Arch. de la Côte-d'Or, B. 11,251). Jean de La Rue, de Beaune,
reçoit, en nantissement d'une somme de cent florins, un « fermail d'or orné
de pierres » (idem, B. 11, 256). Jean Amé, bourgeois de Dijon, ayant fondé une
chapelle, ordonne que deux sautoirs dorés et sa robe d'écarlate fourrée de
gris, soient convertis en calice pour cette fondation (idem,
B. 11,251). Les
guerres malheureuses sous le règne de Philippe de Rouvre, la défaite de
Poitiers, où tant de chevaliers furent rachetés par une lourde rançon, où
Mile de Noyers, prisonnier, retira pour 250 l. sa ceinture pesant 12 marcs,
les invasions anglaises qui suivirent, furent une cause de destruction des
joyaux de l'époque antérieure. Jean de Rougemont, damoiseau, sire de Til-Châtel,
mis à rançon de 400 fr. d'or, donne en gage sa vaisselle d'argent fin pesant
37 marcs, trois courroies ferrées d'argent pesant 18 marcs, trois coursiers
estimés 300 florins et trois draps de soie (Protoc. Des notaires, B.
11,257). L'abbaye
de Saint-Germain d'Auxerre, taxée à 500 florins, donne un certain nombre de
joyaux en garantie, « un frontal enlevé à la chasse de St Germain, garny de
saphirs, de perles et d'escarboucles, un taublet d'or pesant X mars et demi en
forme de croix, orné de saphirs, d'émeraudes et de perles » (Protoc. des
notaires, B. 11,265).
Lors de sa première entrée à Chaloir-sur-Saône, en juillet 1358, Philippe de
Rouvre reçut en cadeau des habitants des hanaps et écuelles d'argent pesant
29 marcs (B.
1407, fol. 26). Au
moment de ses noces, la reine lui avait fait présent d'une « couppe d'argent
cerclée et dorée pesant III mars et demy » (B. 1402, fol. 64). XV. — CONSTRUCTIONS.
Nous
n'entrerons pas dans le détail des constructions concernant les résidences
ducales dans l’Ile-de-France, Chanteloup, l'hôtel Sainte-Geneviève, Fontenay
près Vincennes, Conflans et principalement l'hôtel d'Artois, dans lequel
Eudes IV dépensa 200 l. p. pour frais de réparations, en 1342. Nous
laisserons de côté les dépenses nécessitées par les châteaux des comtés
d'Artois et de Bourgogne, pour ne nous occuper que des constructions
entreprises dans le duché, qu'il s'agisse de monuments religieux ou de monuments
civils[63]. Aignay-le-Duc. — Ce château était une des
résidences fréquentées par la Cour de Bourgogne au XIIIe s. Il ne reste rien
de la construction qui dominait le village et un vallon assez sauvage arrosé
par un ruisseau auquel la Coquille donne naissance. On ne constate que des remaniements
sous Eudes IV ; en 1342, réfection du pignon de la chapelle du château dont
Mathieu de Laignes était chapelain ; réfection du bief et de l'écluse fort
endommagés « par l’orvalle d'eau » qui eut lieu la semaine de la
Chandeleur ; réparation de la « chambre de retrait » de Madame ;
couvertures en tuiles fournies par la tuilerie de Saint-Marc (Arch. de la
Côte-d'Or, Comptes d'Aignay, B. 2055). En 1345, des travaux plus importants furent
entrepris, et toutes les chambres furent remises à neuf ; chambre « es
maistres panestiers », chambre « ou on met le fruit », chambre madame,
chambre « ès damoiselles ab, chambre Mgr. le chancelier, chambre « ès
Courdeliers ». On refit également les verrières de la grande salle et
des autres pièces du château (Idem, B. 2056). Geoffroi de Blaisy, maitre
visiteur des œuvres du duché, surveilla la réfection des moulins d'Aignay, de
1355 à 1357 (Côte-d'Or, B. 1399, fol. 49, et B. 1405, fol. 55). Aisey-le-Duc. — Cette importante
construction a complètement disparu : elle était comme Aignay située sur le
bord de la Seine qui n'est ici qu'un ruisseau ; c'est à peine si l'on peut
reconnaître l'emplacement du manoir. Le compte de 1328 donne le détail des
travaux qui y furent entrepris à cette époque ; les murs du parc, les murs du
château, les couvertures en tuiles provenant de Saint-Marc, les verrières, la
chaussée de l'étang de Vaux et la confection de deux bateaux pour permettre
de se promener sur la rivière (Arch. de la Côte-d'Or, Comptes
d'Aisey, B. 2074).
En 1341, les murs du parc fort étendu donnent lieu à de nouvelles dépenses,
on refait la chaussée de Buxeuil (Idem, B. 2075). Les travaux des murs du parc
se poursuivent, de 1343 à 1346, ainsi que les œuvres du château, les fossés
qui l'entourent et la construction de la chapelle castrale, dont le curé
d'Étalante avait la surveillance (Idem, B. 2076). Guyot de Gy, châtelain
d'Aisey, mentionne encore, en 1347, les « missions des euvres du chastel »,
sous la direction du charpentier Robert ; la réfection de la chambre du duc,
la pose des verrières par Enfer, de Châteauvillain, l'achat d'un autre bateau
(Idem,
B. 2077). — Dans l'enceinte
du parc existait une chapelle de la même époque, dont les fondations ont été
relevées lors des fouilles faites en 1827. Cette chapelle, bâtie par ordre d'Eudes
IV, avait 36 pieds de long sur 18 de large, et était contiguë aux loges, où
demeuraient les veneurs et les oiseleurs. On y rencontra des claveaux à
nervures provenant de voûtes ogivales, des rinceaux de fenêtres gothiques
sculptés, et une rosace qui devait être l'extrémité d'une clef pendante. Argilly.
— Ce château fut reconstruit par Robert II qui y fit son testament, en 1297 ;
Hugues V y mourut, en 1315 ; son frère Eudes IV fit bâtir la chapelle et eu posa
la première pierre le 14 juillet 1345, d'après la longue inscription
lapidaire dont on peut voir le texte à la Bibl. nat., collect. Bourgogne, t.
XCIV, p. 791. Cette construction était, parait-il, l'une des plus belles exécutées
à cette époque. Perry (Hist. de Chalon, p. 206) raconte que l'édifice ruiné au
milieu du XVIIe s. offrait encore les traces d'une grande magnificence, et servait
seulement de retraite aux hiboux et aux chouettes. Les travaux qui furent
faits au clocher, en 1355, donnent une idée de l'intérêt que présentait ce monument
: œuvres « pour couvrir de plonc toute la chaere dou cloichier de la chapelle
d'Argilley, dedans et dehors, pour ce que tout le merrien des fenestraiges se
pourrissoit, et pour couvrir aussi les croisies qui sont au dessouz des
fenestraiges, les pignacles et XXXII faillolles illec, les arretiers de l'aiguille
doudit cloichier, la planche doudit cloichier et le beffroy fait illec, pour
porter 11 cloiches, ledit cloichier portant dessus les armes de Bourgongne,
et d'autres choses plaisans sanz couleurs, ensemble plusieurs choses illec,
si comme il est contenu en une escrœ de ce marchié fait par Mgr. Geuffroy de
Blaisey, chevalier, gruyer et maistre des œuvres dou duchié » (Arch. de la Côte-d’Or,
B. 1399, fol. 37).
Suivent les détails des travaux de charpente, faits par Guillaume Le Musnier,
les achats de plomb, étain, fers, clous, les charrois de matériaux, etc. Deux
ans plus tard, on fut obligé de boucher les fenêtres jusqu'à une certaine
hauteur « pour le vent qui entroit dedenz » ; on employa des tuiles
recouvertes de chaux et de sable. Cette opération exécutée par ordre de la
reine, « pour ce que l'on peust chanter les messes en ladite chapelle », fut
entreprise par les soins du receveur, de Jean de Baubigny, de Pierre Curet et
de Pierre l'orfèvre (Côte-d'Or, B. 1405, fol. 43). Arnay-le-Duc. — Richard de Montbéliard, sire
d'Antigny, lègue, en 1333, 10 sols à « l'œuvre » de Saint-Jacques d'Arnay (de Charmasse, Cartul.
d'Autun, t. III, p. 200). Arran. — Le petit manoir d'Arran,
près Montbard, acheté par le duc Robert II, en 1299 fut une maison de peu
d'importance qui parait n'avoir servi que pendant les chasses, en offrant un
refuge aux veneurs. Eudes IV en ordonna la restauration, en 1344 (Arch. de la
Côte-d'Or, B. 5302). Athée. — L'église d'Athée, près
Dijon, était en contruction au milieu du XIVe s., et Guillaume Pautin, clerc,
fit encore un legs, en 1363, pour « l'œuvre » de cette église (Protoc. des
notaires, B. 11.265). Autun.
— Un compte de Gui de Marigny, vier d'Autun, relate les dépenses faites pour
les constructions exécutées au château de Riveau, près Autun, en 1353, et les
réparations des halles de Marchaux (Arch. Côte-d'Or, B. 3825) dont Hugues de Broisse,
chevalier, bailli de cette ville, fit boucher les « pertuis », en 1357 (idem,
B. 1405, fol. 50).
L'invasion anglaise nécessita de grands travaux pour la mise en état des
fortifications de la ville, en 1358 (Idem, B. 2287). Girard de Châtillon, seigneur
de la Roche-Milay, avait fait construire, en 1307, une importante maison près
du champ de Saint-Ladre. — L'antique église de Saint-Nazaire, dont la
construction était depuis longtemps commencée, et pour laquelle les papes avaient
accordé cent jours d'indulgence, ne se terminait pas vite. L'évêque Gui de la
Chaume décida, en 1345, d'y employer les revenus d'une année de tous les
bénéfices du diocèse. Marguerite de Crux, dame de Pierre-Perthuis, veuve de
Guillaume de Bazarne, donna par testament, en 1308, une rente de 10 sols à la
fabrique (Orig.,
Arch. de Vausse). —
En 1333, Hugues de Roussillon, moine de Saint-Martin d'Autun, fit construire
dans cette église une chapelle dédiée à saint Antoine, et voulut y être
inhumé (Bulliot,
Hist. de Saint-Martin d'Autun, t. II, p. 174). Les fils de Lombard le Fort,
d'Autun, y firent également la fondation de la chapelle de Saint-Christophe,
en 1336. Auxonne. — D'après l'abbé Courtépée,
l'église paroissiale de Notre-Dame avait été commencée par Jeanne de France,
femme du duc Eudes IV. Ce monument encore debout paraît une imitation de
Notre-Dame de Dijon. En 1351, on répare les moulins de la ville (Arch.
Côte-d'Or, B. 1892). Avallon. — Le château, situé en face de
l'église Saint-Lazare, occupait tout l'emplacement qui comprend aujourd'hui
le tribunal et les prisons. Les bâtiments, alors fort anciens, étaient en si
mauvais état que l'on fut obligé d'y faire des réparations urgentes pour
permettre à Eudes IV et à son fils Philippe d'y loger quelques jours, lors du
mandement du 8 janvier 1346, avant le départ pour la Guienne et l'Agenais.
Hugues des Granges, châtelain de Montréal et d'Avallon, fit recouvrir l'hôtel
de laves, rebâtit la porte vers le bourg, la porte du marché, refit les
portes dessus Courbeval, la porte « devers l'huis au Gobeletat »,
ordonna le nettoyage complet des chambres. Puis, comme les fenêtres étaient à
jour, on entreprit les verrières à Renaud, verrier de la Brie, qui entreprit
les clôtures des fenêtres de la salle, de la chambre du duc, etc., à raison
de cinq sols le pied (Arch. Côte-d'Or, B. 5400). — Gui de Limanton, chanoine de
Saint-Lazare d'Avallon, donne par testament, en 1315, une rente de vingt sols
pour l'œuvre de cette église. Thibaut de Semur, doyen du chapitre d'Autun,
lègue, en 1338, cent sols pour l'œuvre de la même collégiale d'Avallon (de Charmasse, Cartul.
de l'église d'Autun, t. III, p. 155 et 229). Beaune. — L'hôtel ducal, bien des fois
modifié, et dont nous donnons un dessin d'après ce qui subsistait encore il y
a près d'un siècle, avait subi de fortes réparations en novembre 1347,
lorsqu'Eudes IV y tint le parlement auquel assistait le cardinal Gui de
Boulogne (Arch.
de la Côte-d'Or, B. 3136).
Chaque année du reste, on y réunissait le conseil, on nettoyait la grande salle
et les pièces de réception, on « apparoilloit » les sièges et les tables. —
L'église de Notre-Dame de Beaune n'était pas terminée sous Eudes IV ; le
porche de cet édifice commencé en 1332 n'était point achevé à l'époque de sa
mort. En 1338, Thibaut de Semur, doyen du chapitre d'Autun, légua cent sols
tournois à l'œuvre de Sainte-Marie de Beaune. Dix ans plus tard, Gui le
changeur de Beaune, et Girard Baudouin contribuèrent à son érection, l'un par
une donation de quinze livres tournois, l'autre par une somme de 12 l., sommes
destinées à !'œuvre du portail, ad opus fabricæ portalis, en
compensation de dettes dont l'église n'avait point été payée (Rossignol,
Hist. de Beaune, p. 213-214). — Le projet de la fondation d'une chartreuse à
Fontenay-les-Beaune par le duc Eudes IV remontait à 1327, époque à laquelle
il avait reçu une autorisation du pape pour cette fondation. Mais l'exécution
du projet n'eut lieu qu'après 1329, à la suite des blessures et d'un' vœu
qu'il fit à la bataille de Cassel. Nous avons indiqué les donations faites
aux Chartreux par le fondateur qui se fit bâtir un logement près de l'église,
et qui stipula dans ses dernières volontés d'y faire déposer son cœur. On
conservait dans le monastère un parchemin sur lequel était transcrite une
longue pièce de vers assez mauvais, dont voici le commencement : Le
dux Eudes fist cest ouvraige Sans
grand deffaut et sans outraige. Plus
bel voulsit avoir eu Si
le prieur le heust crehu... L'hôpital
était loin d'être achevé en 1346, et Eudes IV disait dans son testament : « nous
voulons et ordonnons que, ou casou nous tres pas seriens de cent siecle, avant
ce que l'eglise et les autres maisons et ediffices necessaires de nostre
maison et chartreuse fussent asuivy et parfaix, toutes les revenues et
ysseues et emoluments de la prevosté de Beaune soient mises despensées et
convertyes par nos executeurs en la perfection et ouvraige dudit monastère
jusques tout soit parfait. » Brazey. — Ce château était une des
résidences bien montées et dans laquelle on pouvait séjourner quelque temps ;
on y hébergeait les « grands chevaux » parqués dans les prairies qui
dépendaient de ce domaine. En 1337, Eudes IV fit curer les fossés du château
et la rivière, réparer le moulin sur la Vouge, ainsi que le moulin Saint-Jean
(Arch.
de la Côte-d'Or, B. 3431).
A la fin du règne de Philippe de Rouvre, on remit en état les logements et la
chapelle, la garde-robe du duc, la chambre verte, la chambre de la «
nourricerie » (Arch. de la Côte-d'Or, B. 3434). Brouillard. — Hugues V, duc de Bourgogne,
autorisa, en 1311, Jean du Brouillard à fortifier sa maison forte du
Brouillard, laquelle était « jurable et rendable ». Chablis. — La ville est fortifiée, en
1331, par Mile de Noyers. En 1359, Félicet, dit le Maçon, et sa Femme,
Jeanne, y érigent une chapelle derrière le maître autel de l'église, chapelle
qui doit être desservie par trois chapelains (cabinet de l'auteur, mss.
Maret). Chalon-sur-Saône. — Des réparations à l'église
cathédrale de Saint-Vincent de Chalon furent commencées sous le règne du duc
Hugues V. L'évêque de cette ville, Robert de Decize, en ordonna les travaux, en
1310, et déclara que les ressources dont il disposait n'étant pas
suffisantes, on y appliquerait tous les revenus disponibles des autres
églises du diocèse. — L'église paroissiale de Saint-Georges de Chalon fut
transformée en un collège de douze chanoines par Odard de Montagu, en 1323,
et plus tard, le duc Eudes IV amortit les biens (Courtépée,
art. Chalon). Odard
de Montagu venait de se faire construire une maison à Chalon, et avait obtenu
à cet effet de la duchesse Agnès, en 1321, le droit pour trois ans de mettre en
activité hors des murs de la ville un fourneau pour fabriquer les carreaux
destinés à cette construction (Peincedé, t. X, p. 54). — Le 11 juin 1355, la reine Jeanne
de Boulogne fait don de vingt écus aux cordelières de Chalon, « pour tourner
et convertir en l’ouvraige et édifice de leur moustier et non ailleurs » (Côte-d'Or, B.
1399, fol. 53). —
Sous Philippe de Rouvre des réparations furent entreprises au château de
Chalon, et notamment à la haute tour, où des travaux importants furent
exécutés (Arch.
de la Côte-d'Or, B. 3561). Châtel-Gérard. — Le château fort date du
milieu du mye siècle, et remplaçait une petite forteresse attribuée à Girart
de Rossillon, qui aurait élevé cette construction au milieu des bois à égale
distance de Pothières et de Vézelay, et aurait donné son nom au pays. Cette dernière
ruine, contiguë au château, est représentée par un amas de pierres liées par
un ciment tort dur. Quant au château encore debout dont les murs ont deux
mètres d'épaisseur, il est flanqué de quatre grosses tours, dont trois sont
octogonales et une ronde ; ces tours ont été surbaissées, comme le château,
et les coiffes n'existent plus ; quoique mutilée, cette construction est
l'une des plus anciennes qui subsiste de l'époque dont nous nous occupons[64]. En 1346, on refit « un pan des
murs du belle », on termina la coiffe de deux tours (Arch. de la
Côte-d'Or, B. 5400).
Les travaux se continuent jusqu'à l'invasion anglaise ; les fossés sont
creusés, la tour Sainte-Catherine est édifiée, ainsi que le guichet du
pont-levis, les murs et les créneaux (idem, B. 5101 et 5402). Droiri de Salmaise, maitre charpentier,
construit une chambre en appentis contre les murs du donjon, « pour ce
qu'il n'y avoit aucune abitation ou l'on se peust abriter pour ycelui garder et
deffendre » ; on fait les allées entre les deux tours de devant (idem,
B. 5403). Les
comptes des années suivantes indiquent encore des travaux de charpente au
pont-levis, au couronnement des trois tours, au couronnement de la porte du
donjon (idem,
B. 5404). Charolles. — Jean d'Armagnac, qui
jouissait des revenus de la terre du Charollais, en 1358, fit exécuter des
travaux au château de Charolles vers la même époque (Arch. de la
Côte-d'Or, B. 3879). Châtillon-sur-Seine. — Le château était plutôt une forteresse
qu'une demeure de plaisance ; des tours massives, des appartements mal
distribués et mal éclairés n'en faisaient pas une résidence agréable, et ne
se prêtaient pas à un séjour de longue durée. En 1347, on fit refaire à neuf
les portes du château et le pontot ; le marché en fut passé avec Jean, de
Fontaine-les-Sèches, charpentier (Arch. de la Côte-d'Or, B. 6081). Chaudenay. — L'église de Chaudenay, près
Chagny, fut bâtie vers 1310, au dire de Courtépée (art.
Chaudenay). Ciel. — Guillaume de Verdun
construisit, en 1340, l'église de Ciel, près Verdun, où sa femme fut enterrée
(l'abbé
Courtépée, art. Verdun). Cîteaux. — Eudes IV commença de
construire dans l'abbaye de Cîteaux une chapelle qui n'était pas terminée à
l'époque de sa mort, et dont il recommande l'achèvement dans son dernier
codicille, en 1349 : « item, volons et ordonons que pour faire et
parfaire et adcomplir la chapelle que nous avons encommencié à faire en
ladite abbaye de Cisteaux, tous les emolumens, ysseues et deniers qui seront
receus chacun au de nos bois de la duchief de Bourgoigne soient converti et
délivré par nos executeurs ci-après nommez pour les ouvraiges et
accomplissement de ladite chapelle ». Coyon, auj. Sainte-Marie-sur-Ouche.
— La forteresse de Coyon fut donnée, en 1347, par Jeanne de Verdun, veuve
d'Etienne de Montagu, sire de Sombernon, à Peritiet Cornu, de Coyon et à sa
lemme Azarie de Villarnout, à condition d'en réparer la maison-torve et les
murailles, le pont-levis et de mettre en état l'étang et les fossés qui
entouraient cette motte (Invent. des titres de Villarnout, 1736 ; ms. de
notre cabinet). Cuisery. — Le château, qui était le
chef-lieu d'une assez importante châtellenie, subit des restaurations au moment
de l'invasion anglaise sous Philippe de Rouvre (Voir Arch. de la Côte-d'Or, B.
4393). — Girard de Thurey,
chevalier, plus tard maréchal de Bourgogne, et son frère Guillaume, doyen de
Lyon, fondèrent en 1348, dans l'église de Cuisery, une chapelle qui devait être
desservie par dix chapelains (Courtépée, art. Cuisery). Culètre. — Richard de Montbéliard, sire
de Montrond et d'Antigny, légua, en 1333, 20 sols à « l’œuvre » de l'église
de Culètre, près Arnay-le-Duc (de Charmasse, Cartul. d'Autun,
t. III, p. 200). Dijon. — Le vieux château des ducs
était assez abandonné sous Eudes IV qui n'y résida qu'à de longs intervalles.
Simon de Montmirel, maitre maçon du duché pendant ce règne, ne paraît pas y
avoir fait de travaux. Pour en étendre les dépendances, on avait acheté
diverses maisons et masures voisines, en y comprenant l'hôtel des sires de
Neuilly et celui de Jean de Rouvre, mais ces constructions étaient délabrées et
en mauvais état, « toutes désertes et les toits cheoiz et porriz » (Arch. de la
Côte-d'Or, B. 1405, fol. 42). Nommé receveur général de Bourgogne avant la Toussaint 1352,
Dimanche de Vitel s'installa comme il put à l'hôtel Jean de Rouvre, tandis
que les officiers de la chambre des comptes occupaient près de là, et à
l'extrémité du château, en face de l'église Notre-Dame, une partie très
exiguë de bâtiments, où ils tenaient leurs séances, où ils mangeaient, et où,
suivant les naïves doléances du comptable, les fenêtres laissaient passer «
le vent qui ventoit trop fort » (idem, B. 1394, fol. 36). Mais l'insuffisance du local
n'était pas ce qui touchait le plus ces pauvres gens, et, ce qui montre
l'absence de toute idée de confortable à cette époque, c'est qu'ils n'avaient
pas d'endroit pour faire leurs nécessités, « pour ce que l'on n'avoit ou
aler esbattre priveement », sauf « des chambres aisies lesquelles estoient
trop près de la chambre de Mgr le duc », et dans lesquelles on ne pouvait
passer « sans entrer par devers le duc, et pour ce que en tout ledit
hostel n'en n'a que unes ou ceuls de la chambre ne pouvoient aler » (idem, B.
1397, fol. 64). Il fallut donc au plus vite
parer à cet inconvénient, et établir « unes necessaire », que l'on nomme ailleurs
des « chambres cortoises » (Idem, B. 1395. fol. 36). Jean de Hangest et Pierre
d'Orgemont firent placer des verrières, réparer celles qui étaient
défectueuses (B. 1394, fol. 35 v°), et de 1353 à 1356, des travaux poursuivis sans discontinuité
mirent en ordre cette partie de bâtiments inoccupée jusque-là. On refit le
gros mur près de la salle et de la vieille chapelle, les longues allées, le
logement « des escrips de la chambre des comptes pour ce que ladite chambre
estoit trop dedenz d'ostel » (B. 4397. fol. 36 v°). Hugues Maluot, charpentier, rappareilla »
avec ses valets les pièces situées du côté de Notre-Darne, ainsi que les cuisines
et le garde-manger. On recouvrit la maréchalerie, la grande salle de l'hôtel
Jean de Rouvre, ainsi que les chambres de la maison des sires de Neuilly (idem,
fol. 37). Un puits
de 7 toises de profondeur et de 5 pieds de large fut creusé dans la cour par
Gui, le maçon, qui entreprit en même temps des margelles. Jean Boursé posa
les verrières. Jean Giraud, couvreur, relit les toitures (B. 1399, fol.
36-40). Les travaux
continuent pendant le carême de l'année 1356, pendant le séjour de Philippe
de Rouvre à Dijon (B. 1401, fol. 37-39). Les dalles de pierre de la chambre des comptes furent remplacées par « un
planchier de bonnes aiz de chesne ». L'oratoire fut muni de livres et d'ornements, et l'on fit pour
l'autel « un scabelle sur lequel repose l'ymaigne d'alabastre de Notre-Dame »
(B.
1402, fol. 42 et 64)
Jean de Saint-Julien, maitre charpentier du duché, fut chargé de la réfection
de diverses autres pièces, de la construction de deux chaussées en pierre,
contre lesquelles quatre armoires furent fixées. On refit les « huisseries de
la tour quarrée des escrips », et les fenêtres furent protégées par des «
yraignées » (Idem, fol. 43). Le tremblement de terre qui eut lieu dans l'été de 1356, et qui
se reproduisit à diverses reprises, nécessita bien d'autres travaux, et mit
en mouvement les visiteurs des œuvres du duché et Raoulin de Fauverney,
gardien des hôtels du duc à Dijon. Cet événement extraordinaire causa des
dégâts considérables « pour cause dou tramble de la terre et depuis par
plusieurs fois » (Idem, B. 1405, fol. 42). Les secousses furent si violentes qu'il fallut
consolider les maisons et retenir toutes les toitures. L'une des commotions
fut même telle que la muraille reliant la tour de Brancion à la tour Girard
Pougeot s'écroula sur une longueur de 12 toises, que l'on fut obligé de
reconstruire au prix de 1 florin la toise (Idem, B. 1402., fol. 43). On peut voir le détail des
autres travaux, maçonnerie, charpente, toitures, verrières dans les comptes de
Dimanche de Vitel, receveur général (B. 1402, fol. 66 à 70), ainsi que la destruction d'un
gros noyer placé dans la cour derrière l'hôtel ducal, « pour ce qu'il ne hissait
voir le jour ne la clarté en la chambre des comptes » (B. 1405, fol. 44). — L'église de Saint-Bénigne, dont
la construction avait été entreprise à la fin du XIIIe s. par l'abbé Hugues d'Arc, n'était point
terminée en 1317, puisque André de Gevrey se dit encore maitre des œuvres de cette
église, et que son plus jeune frère Etienne s'engage à rester 3 ans avec lui.
André doit garder la totalité de l'héritage venant de son père Hugues, et
promet d'indemniser Etienne de cet abandon, ainsi que du temps qu'il lui
consacrera, en prenant l'obligation de le nourrir et de l'entretenir (Protocole des
notaires, B. 11.223).
— L'église de Notre-Dame de Dijon, bâtie au XIIIe s., fut consacrée seulement
en 4334 par Hugues, évêque de Tabarie, coadjuteur de Jean de Chaton, évêque
de Langres. — Les travaux de la Sainte-Chapelle de Dijon se poursuivaient
encore sous Eudes IV, et n'étaient point terminés à sa mort. En 1323, la
duchesse douairière Agnès de France léguait 10 livres dij. pour « l'euvre »
de cette église, et son fils dans son testament de 1348, assignait 300 livres
tournois sur la prévôté de Dijon pour l'œuvre de la Sainte-Chapelle « jusqu'à
ce qu'elle soit faite et parfaite entièrement ». En 1345, le même duc donna
ordre de payer à Regnier, épicier à Paris, 100 l. p. pour 2 pierres d'albâtre
« que nous avons fait ouvrer et mettre en notre dite chapelle de Dijon (Arch. du
Pas-de-Calais, Comptes d'Artois, A. 646). Mentionnons encore la chapelle particulière qui y
fut fondée, en 1347, par Geofroi de Blaisy, gruyer de Bourgogne (Arch. de la
Côte-d'Or, Protocole des notaires, B. 11.250). En 1340, les chanoines de la Sainte-Chapelle
bâtirent l'hôpital de Saint-Fiacre pour les pèlerins malades, que soignaient
quelques filles pieuses agréées par le chapitre. — Les bâtiments des Dominicains
de Dijon avaient besoin de réparations sous Philippe de Rouvre, et à la fin
de son règne, Bertrand d'Uncey, chancelier du duc, léguait 20 florins pour l'œuvre de
cet établissement (Protoc. des notaires, B. 11.260). — A la même époque,
s'élevaient les constructions de l'hôpital de Dijon, pour lequel Hugues V avait
assigné 201. t. dans son second codicille, en 1315. Calmelet, dans son Histoire
manuscrite de l'hôpital de Dijon, dit qu'en 1334, Frère Pierre d'Auxonne,
maitre de cette maison, fit placer une image de Notre-Dame de Pitié sur
l'autel principal, et qu'en 1337, le maître Frère Urbain fit élever des
bâtiments contigus à la maison conventuelle, afin de pouvoir s'y loger. — Le 13
mai 1354, le roi Jean autorisa Etienne de Musigny, chevalier, à commencer la
construction d'un couvent pour les religieux du Montcarmel dans l'emplacement
qu'il possédait sur la paroisse de Saint-Jean (Arch. nat., jj. 82, n° 174). Les fortifications de la ville
ne furent terminées que sous le gouvernement de la reine Jeanne de Boulogne.
On peut voir le marché passé pour la construction des murailles, pour la
fourniture des pierres prises à la carrière d’Is-sur-Tille, etc. (Protoc. des
notaires, B.11.255).
L'abbaye de Saint-Etienne devait, pour sa part, faire 40 toises de ces murs «
entablés et enchaperunnés », qui furent marchandés à l'entreprise par
Philippe Pougeon, de Dijon (Protoc. des notaires, B 11.228). — En 1350, la municipalité de
la ville acheta la « maison au singe », pour y établir l'hôtel de ville. — Il
n'est pas sans intérêt d'indiquer quelques marchés et engagements passés pour
des constructions de particuliers. En 1342, Guillaume Clerget s'engage à «
sabloner, blainchir, arroichier et torchier » la tour appartenant à Mermet, mercier
à Dijon, sise prés de Notre-Dame,
et dont les carreaux devront être faits avec la terre de Saint-Apollinaire (Protoc. des notaires,
B. 11.240).
Entreprise d'une maison à bâtir près de Saint-Michel par Simon de Montreuil (Protoc. des
not. B. 11.251).
Marché par Poinçart Bourgeoise avec les tuiliers de Remilly, pour la fourniture
du carrelage en carreaux plombés dans la salle de la tour neuve qu'il fait
bâtir (Protoc.
des not., B. 11.254). Duesme. — Le château jadis important
avait donné le nom au pagus Duesmensis, et était devenu l'apanage de
Louis, prince de Morée, frère du duc, qui avait fondé, en 1315, une église
paroissiale en l'honneur de saint Maurice (Arch. de la Côte-d'Or, Peincedé, t. I,
p. 665). Eudes IV,
devenu possesseur du château après la mort de Louis, y fit diverses
réparations. En 1342, Girard, couvreur de Duesme, répara les toitures (Arch. de la
Côte-d'Or, B. 2056).
Le tuilier de Saint-Marc passa aussi un marché pour la fourniture des tuiles employées
à Duesme et dans les châteaux du voisinage (Arch. de la Côte-d'Or, B. 2055). Flagey-lès-Auxonne. — L'église était en
construction sous Eudes IV, et Guillaume Pautin, clerc d'Auxonne, fit, en
1363, un legs pour l'œuvre de cette église (Proton., B. 11,265). Flavigny. — L'église était en
construction en 1338, alors que Thibaut de Semur, doyen du chapitre d'Autun,
lègue une rente de cent s. t. pour l'œuvre de ce monument (de Charmasse, Cartul.
d'Autun, t. III, p. 229). Foissy. — Gui de Limanton, prévôt de
l'église d'Autun, lègue, en 1315, une rente de 20 s. pour l'œuvre de l'église
de Foissy, prés Arnay-le-Duc (de Charmasse, Cartul. d'Autun, t. III, p.
155). Ce monument,
quoique modifié dans quelques-unes de ses parties, laisse encore voir un
ensemble important des constructions premières. Fontaines-lès-Dijon. Le château historique qui avait
vu naître saint Bernard fut fortifié, en 1310, par Gilles, seigneur de
Fontaines, auquel le duc Hugues V avait donné autorisation de créneler sa
maison. Ce Gilles, fils de Jean de Fontaines, mourut en 1312, et fut enterré
aux Cordeliers de Dijon. Cerneaux. — Le duc de B. ayant permis,
en 1305, à Guillaume de Grancey, seigneur de Gemeaux, d'y construire une
forteresse près de l'église, les travaux furent exécutés pendant le règne
d'Hugues V, mais la forteresse a été en partie démolie, en 1433, lors de la guerre
des Vergy contre les sires de Châteauvilain. Gevrey. — Marché passé en 1359 et
entrepris à Gevrey d'une maison en charpente, de 6 toises de long sur 21
pieds de large, avec galerie et volerie, moyennant la somme de 15 florins (Protoc. des
notaires, B. 11,259). Givry. — Guillaume de Mello et
Isabelle de Bourbon, sa femme, autorisent les habitants de Givry à clore le bourg
de murailles. Jean de Mello, évêque de Chalon, commença, en 1354, un beau
bâtiment pour les religieuses de Notre-Dame de Marloux, qui dépendaient de
celles de Remiremont (Courtépée, art. Givry). Grancey. — L'hôpital, sous le vocable
de Saint-Jean-Baptiste, avait été établi et doté par les puissants seigneurs
de ce nom. Eudes de Grancey y bâtit une chapelle, en 1309 (Arch.
Haute-Marne, Rég. des insinuations). Grignon. — L'église était en
construction sous Eudes IV ; Thibaut de Semur, doyen du chapitre d’Autun,
lègue, en 1338, une t'ente pour l'œuvre de cette église, où ses parents
avaient été enterrés (de Charmasse, Cartul. d'Autun, t. III, p.
229). Jugny. — Cette maison de plaisance,
sise près de Chanceaux, ne laisse rien deviner de son ancienne splendeur, et
servait surtout de résidence aux duchesses. Jeanne de France y fit des
embellissements, en 1335, restaura la chapelle, les cuisines, la chambre mons.
de Blaisy, la garde-robe madame, « l'appendise desouz la saule qui estait
fandue », la chambre de la « nourricerie », les garde-fous du pont
près le pont-levis (Arche de la Côte-d'Or, B. 6034). En 1339, la duchesse fit orner
la chapelle de peintures représentant les évangélistes, exécutées par la main
de Coustan, fils, et par maitre Etienne, son cousin ; fit restaurer les
verrières, renouveler les panneaux de la salle (Idem, B. 6037). En 1312, on couvrit la grange
neuve, la grange au foin, la chambre peinte et la grosse tour (Idem,
B. 6038). Jully-sur-Sarce. — Ce domaine faisait partie de
la châtellenie de Champagne appartenant au duc ; on y entretenait comme à
Brazey les grands chevaux d'Eudes IV, et lors de son voyage en France, en
1336, Jacques de Corbie, maréchal de l'écurie, y conduisit vingt grands
chevaux et quatre roncins. Cette même année, on refit les allées sur les murs
du château (Arch. de la Côte-d'Or, B. 3849). Lantenay. — Une des résidences préférées
de la duchesse douairière, Agnès de France, qui y avait fondé une chapelle
dédiée à saint Louis, appelée aussi Notre-Dame-la-Noire, à cause d'une
statue de la Vierge qui y était placée. Eudes IV légua par testament vingt livres
de rente à cette chapelle. — Les comptes de cette châtellenie n'ont pas été
conservés sous le gouvernement de ce prince. Pendant le règne de Philippe de
Rouvre, le château fut l'objet de travaux que Jean de Semur, curé de Montigny-sur-Armançon,
eut pour mission de surveiller (Arch. de la Côte-d'Or, B. 5040) ; les écuries furent
reconstruites (Idem, B. 5043) ; un « chahut » fut élevé sur l'angle du mur du château, et un
grand escalier y donnait accès (Idem, B. 5041) ; les ouvriers charpentiers
firent un ouvrage de défense, nommé « bretaiche », de 8 pieds de long et de
large ; on compléta le système de défense par de grands murs en pierres de
taille construits à chaux et à sable (Idem, B. 5042). La
Perrière. — Forteresse
assez importante, puisqu'on y entretenait, en 1335, un maitre arbalétrier, et
qu'on pouvait en faire une place de résistance. La même année, on
reconstruisit le pont du faubourg pour la défense du château (Arch. de la
Côte-d'Or, B. 5051 bis).
Des travaux plus considérables y furent exécutés sous Philippe de Rouvre (Idem,
B. 5054). Il ne
reste du château que des fossés pleins d'eau. Mâcon. — Un clerc de cette ville
ayant bâti une maison sur les murs royaux appelés « murs des Sarrazins », fut
condamné par le bailli à une amende qui fut confirmée par le roi, en avril 1345
(Arch.
JJ. 75, n° 326). Maisey. — Le duc Hugues IV avait
autorisé Mile, sire de Noyers, à y construire une forteresse « jurable et
rendable », en 1247. C'est cette forteresse, dont il ne reste plus trace, qui
devint plus tard une des résidences passagères des dues, où ils logeaient
surtout des veneurs et des oiseleurs, chargés de veiller à « la mue de Maisey
». Eudes IV fit refaire les murs des grands vergers (Arch. de la
Côte-d'Or, B. 2076)
; l'aire de la garde-robe de la tournelle, les étables du belle, la
colombière, l'appentis devant la cave, la chambre des Cordeliers. Les
derniers travaux furent faits en 1347 (Idem, B. 6595). Meursault. — Domaine ayant appartenu aux
premiers ducs au XIIe siècle, transmis par alliance à Anséric de Montréal,
marié à Sibille de B. ; puis à Elisabeth, mariée à Philippe, sire d'Antigny ;
puis à leur fille Flore, mariée à Philippe de Montagu ; puis à leur fille Jeanne,
mariée à Thierry de Montbéliard, puis enfin à leur fille Jacquette, mariée à
Robert de Grancey. Ces derniers seigneurs étendirent les bâtiments du
château, construisirent une forteresse et un donjon à l'extrémité occidentale
de l'escarpement occupé par le manoir, et l'entourèrent d'une forte muraille
terminée par une tour rectangulaire à quatre étages. Le monument, construit
en 1337, porte sa date et le nom des fondateurs, et le fait est assez rare
pour qu'il soit intéressant à signaler. L'inscription, gravée sur une pierre
de 1m,80 de long et noyée dans l'équarrie en bas du donjon, a été relevée par
la Comm. des Antiq. de la Côte-d'Or, t. VII, p. 247. Montagu. — Le château de Montagu avait
été acheté par Eudes IV aux derniers descendants de la branche de Bourgogne
du nom de Montagu. Des travaux y furent entrepris à la fin du règne de
Philippe de Rouvre, d'accord avec les dames de Crux et de Marcilly, qui
avaient leur part de ce domaine ; on rebâtit la première porte du château ;
des eschiffes furent construites sur cette porte et sur la grande tour des
terreaux (Arch.
de la Côte-d'Or, B. 5251). Montbard, — L'une des résidences
préférées de nos ducs, avait déjà subi des transformations importantes au XIIIe
siècle. Eudes IV, sous la direction du châtelain Perreau de Bois-Thierry, y
ordonna de grands travaux. En 1340, Colin le chappuis, qui parait être le
maitre des œuvres, refit la chapelle que l'on recouvrit de tuiles (Arch. de la
Côte-d'Or, B. 5300).
Maitre Thierry, pointre Mgr le duc, et d'autres peintres Jean de
Granson, Nicolier et leurs valets mirent quatre ou cinq ans « en poignant la chapelle
à la décorer entièrement (Idem, B. 5302). Nous aurons occasion de reparler
ailleurs plus longuement de ces artistes. En 1341, on pose les verrières, non
seulement dans la chapelle, dans la grande salle, dans les chambres « ès
maîtres d'ostel », dans le retrait de madame, mais dans toutes les pièces du
château, par suite d'un marché en tâche passé avec les enfants de maître
Simon, le verrier de Dijon (idem, B. 5301). Les années 1344-1345, pendant
lesquelles fut déployée la plus grande activité, furent consacrées à la
réfection de la grosse tour du pont du donjon (idem, B. 5302). Les travaux se continuèrent
sans interruption jusqu'à la mort de la duchesse Jeanne, dont on avait
terminé l'oratoire, en 1347 ; on acheta divers meubles pour la chapelle et
pour la chambre du duc (Idem, B. 5303). La lacune des comptes nous
fait perdre la suite de ces intéressants travaux, mais ils reprennent, en
1353, lorsque Geofroi de Blaisy, gruyer de Bourgogne, commis pour la
réparation des maisons ducales, ordonne l'établissement d'une tuilerie sous
le château de Montbard, parce qu'on ne trouvait pas de tuiles dans le
voisinage, et qu'il en fallait pour l'entretien des maisons de Semur,
Vilaines, etc. (Idem, B. 5305). On ne négligeait aucune occasion d'augmenter les dépendances de
cette résidence, et Guillaume de Chauvirey, prévôt de Montbard, consentit à
céder au duc sa maison du Couhard, sise près du château, contre des terres à
Sampans (Arch.
de la Côte-d'Or, Protocole des notaires, B. 11,229). L'invasion anglaise nécessita
plus tard bien d'autres travaux de défense ; Philippe le Hardi y consacra des
sommes considérables, y installa, en 1379, une horloge faite à l'abbaye de
Fontenay (Voir
B. 5306, 5307, 5308, 5309, 5312, 5314). Montcenis. — Bernard de Neuville,
chevalier, bailli d'Autun et de Montcenis, fit exécuter des travaux dans cette
dernière résidence, en 1354, et reçut diverses sommes « pour les ouvraiges
dou chastel et des murs de la fermeté dou chastel de Moncenis (Arch.
Côte-d'Or, B. 1399, fol. 58). Son successeur, Hugues de Broisse, poursuivit les années
suivantes les réparations commencées, fit bâtir une halle, recouvrir les
tours de tuiles, etc. (B. 1402, fol. 56 et B. 1405, fol. 50). Montelon. — L'église de Montelon, près
Autun, était en construction sous Hugues V et Eudes IV. Gui de Liman ton,
prévôt de l'église d'Autun, légua une rente, en 1315, pour l'œuvre de cette
église (de
Charmasse, Cartul. d'Autun, t. III, p. 155). Montréal-en-Auxois. —Cette importante forteresse, dont
Hugues IV avait pris possession après la forfaiture du dernier seigneur de ce
nom, nécessitait de fréquentes réparations. En 1346, le châtelain Hugues des
Granges fit nettoyer et curer les fossés, en employant tous les hommes de la
châtellenie, auxquels on donnait seulement du pain pour salaire. Il entreprit
la réfection à neuf des tours d'entrée du château, les guérites des tours,
les eschiffes, les créneaux des murailles (lu côté de la rivière, les cheminées,
les fenêtres des chambres basses, et donnait 18 d. aux maçons et 7 d. aux
manœuvres (Arch. de la Côte-d'Or, B. 5400). Les années suivantes, les travaux qui se
continuent sont visités par Geofroi Blaisy et Jean Girard, curé de Montigny.
La grosse tour du donjon est réparée et surmontée d'une bannière aux armes ducales
; les grandes portes d'entrée du château — qui subsistent encore — et la
porte de la tournelle sont refaites à neuf (idem, B. 5401) ; ou emploie des tuiles
provenant d'Ancy et d'Etaules. Sous Philippe de Rouvre, on acheva de mettre
en état la tour l'Évêque, la grosse tour, la tour de Marmeaux, la tour de la
Cigogne, la tour Denisot, la porte Saint-Bernard, la porte au Roy, la porte
vers Froideville, « l'engive de la première porte du belle devant la maison
au curé », les créneaux, la grande salle, la chambre de Mgr, les eschiffes
sur les murs du belle (idem, B. 5402). Ensuite on répare les deux
grosses tours sous le donjon, la tournelle de la chapelle, la tournelle « lez
la chambre de la norricerie », dix eschiffes qui furent données en tâche à
Olivier de Bretaigne et à Pernot de Soissons (Idem, B. 5403) ; on acheva les lanternes de
bois sur la tour de la porte du donjon, le couronnement de la tour Saverault,
le pont-levis, les allées de bois, les garde-fous (idem,
B. 5404). On voit
que ce château présentait un ensemble de constructions considérables. Mussy. — La duchesse douairière Agnès
de France lègue, en 1323, 100 sols dij. à l'œuvre du prieuré de Mussy-sur-Seine. Noyers. — Château important, d'où
relevaient de nombreux villages de la vallée du Serain, appartenait depuis
trois siècles aux seigneurs de ce nom, et était féodalement soumis aux ducs
depuis 1296. Mile de Noyers, ancien maréchal, bouteiller et porte oriflamme de
France, y avait fait beaucoup de travaux, fondé trois chapelles castrales,
avec l'autorisation du pape Clément V, fortifié la ville de Chablis, en 1331,
construit le four banal de la ville, aujourd'hui détruit et dont nous donnons
un dessin. On a récemment mis à nu la base du donjon carré construit en bel appareil,
retrouvé des gargouilles représentant des aigles — les armes des Noyers —,
des fûts de colonne, des arcs de rosaces de la chapelle Saint-Georges, des
boulets de pierre de divers calibres, etc. Pacy-sur-Armançon. — Jean de Saint-Verain,
chevalier, et Marguerite de Pacy, sa femme, sont fondateurs des chapelles de
la Trinité et de Saint-Jean-Baptiste érigées dans l'église de Pacy (Arch. de la
Côte-d'Or, B. 11.636). Pontailler. — Nous avons parlé (t. VI, p.
204-206) de l'acquisition de cette forteresse, et des grands travaux faits
par ordre de Robert IL En 1350, il fallut reprendre du haut en bas la grande
tour carrée, « qui est fendue en long et cherra, s'elle n'est secourue,
et en sont en grant peril pour les habitants d'environ » ; Etienne de Musigny
et Gui Raby surveillèrent les ouvriers (Idem, B. 5612). Le premier ayant été nommé ensuite
châtelain de Pontailler après Girard de Vauretes, y fit exécuter des travaux et
compléter le système de défense, refaire à neuf le pont, des barrières sur le
grand pont, celles du pont-levis sur la Saône, etc. (idem,
B. 5616). Ronchaux.
— Richard de Montbéliard, sire d'Antigny, lègue, en 1333, cinquante sols pour
l'œuvre de l'église de Ronchaux, près Quingey (de Charmasse, Cartul.
d'Autun, t. III, p. 200). Rosières. — Ce château-fort qu'on voit
encore près de Fontaine-Française, fut construit peu après 1322, par Pierre
de Saint-Seine, auquel il avait été cédé par le duc et le sire d'Autrey. Rouvre. — L'une des principales
résidences ducales, subit des restaurations, en 1342, lorsque Jean le Bon, auquel
on voulut en faire les honneurs, vint prendre Eudes IV pour se rendre à
Avignon au couronnement du pape Clément VI. Les préparatifs furent ordonnés
par Eudes de Fontaines et Dreux d'Aisey. Henry le « chappuis » arrangea la
grande salle qui fut despeciée par le ny de la ciconne qui chuit sus la dite
saule » ; autres dépenses furent faites pour les verrières de la chapelle et
de l'oratoire de Mgr. ; on y fit mettre « une ymaige de Saint-Pierre » (Arch. de la Côte-d'Or,
B. 5742). Cette
demeure qui a donné son nom à Philippe, dernier des ducs de la première race,
fut entretenue avec soin sous son règne. En 1357, Girard Bonami, charpentier,
y fit divers travaux, répara la chambre de la reine Jeanne de Boulogne,
construisit une garde-robe contiguë à cette chambre (B. 1405, fol.
42). Il parait que
les cigognes y faisaient de longues stations, puisqu'en 1363, on réparait
encore les cheminées « que les gens Mgr. avoient depeciées pour panre les
saoingnez » (Idem, B. 5747). L'invasion anglaise nécessita de nombreux travaux de défense,
et la façon d'engins d'artillerie (Idem, B. 5744). — Sous Eudes IV, on
construisit les bâtiments du prieuré de Rouvre, et en 1323, la duchesse
douairière Agnès de France légua 100 sols pour l’œuvre de ce prieuré, dont l'église,
qui subsiste encore, n'était pas terminée. Saint-Seine-sur-Vingeanne. — Le château subit des restaurations
sous Eudes IV, et, en 1350, on réparait les murs du a berle s dont les
travaux furent visités par Gui Raby (Arch. de la Côte-d'Or, B. 5612). Deux ans après, on refit
entièrement la couverture et la coiffe du donjon (idem,
B. 5613). —
L'église est de la fin du mue s., comme l'atteste une inscription lapidaire portant
la date de 1300 (Voir Répertoire archéolog., p. 79). Saint-Thibaut-en-Auxois. — L'église et le prieuré de
Saint-Thibaut dont nous avons déjà parlé, étaient depuis longtemps en
construction, et n'étaient point achevés sous Eudes IV. En 1323, la duchesse
douairière Agnès léguait encore une rente à l'œuvre de l'église. Salive. — Maison ducale de peu
d'importance et mal entretenue. En 1344, on refait une grange (Arch. de la
Côte-d'Or, B. 6080)
; en 1347, on répare les couvertures et on relève le pignon « de Postel Mgr.
à Salive » (Idem, B. 6081). On voit encore les ruines des tours, portes et murailles (Répertoire
archéolog.). Salmaise. — Château dont on aperçoit les
ruines au-dessus d'un rocher escarpé en suivant la ligne du chemin de fer de
Lyon, non loin de Verrey, était entré en la possession du duc Eudes IV par
une confiscation sur un vassal rebelle Etienne de Mont-Saint-Jean. On y
entreprit des travaux, en 1335 (Arch. de la Côte-d'Or, B. 6034). Des constructions plus
importantes y furent faites, en 1348, lorsqu'on restaura « la chambre Mgr, la
chambre de la norricerie qui estoit chiet, le grant celier vers la salle qui
effondra » (idem, B. 6039). Sous Philippe de Rouvre, le mur du donjon fut édifié, et la
fontaine venant du parc, « si quelle estoit en ruyne de lontems », fut mise
en état au moyen de 300 journées d'ouvriers (Idem, B. 6041). Sanvigne. — L'église était en
construction sous Hugues V et Eudes IV ; Gui de Limanton, prévôt d'Autun,
lègue, en 1315, une rente pour l'œuvre de l'église de Sanvigne, prés
Toulon-sur-Arroux (de Charmasse, Cartul. d'Autun, t. III, p.
155). Sarry. — Appartenait aux ducs depuis
1297, date de l'acquisition faite à Anseau, sire de Trainel, et à sa femme
Béatrix de Maligny par Robert II, qui avait annexé au duché, moyennant 4.000 l.,
les domaines de Sarry, Villiers-les-Hauts, Soulangis et Méreuil, incorporés
ensuite à la châtellenie de Châtel-Gérard (Arch. de la Côte-d'Or, B. 983). Le petit château de Sarry avait
été transformé en maison de chasse, dans laquelle logeaient des veneurs et
leur suite. Les dépendances étaient occupées par les « chiens dou cer ». En
1346, on refit à neuf cette vieille demeure, on recouvrit en laves les
toitures des étables, de la cuisine, des greniers ; on recouvrit en tuiles la
salle, la chambre de Mgr et le logis ; on refit les murs du verger « qui estoient
cheus », les cheminées de la grande chambre et de la garde-robe ; ces travaux
furent exécutés en tâche par Nicolas de Blacy, qui prenait les tuiles à la tuilerie
d'Ancy (idem,
B. 5400). En 1356,
on construit la grosse tour du château de Sarry, dont les, pierres de taille
proviennent des carrières d'Annoux (Idem, B. 5401). Saulieu. —Thibaut de Semur, doyen
d'Autun, lègue, en 1338, cent s. t. à l'œuvre de l'église collégiale de cette
ville (de
Charmasse, Cartul. d'Autun, t. III, p. 229). Saulx-le-Duc. — Des travaux sont exécutés au
château, dès 1330 ; réfection de murs ; six lampes achetées pour la chapelle
du donjon (Arch. de la Côte-d'Or, B. 6078). En 1342, suite de la réfection des murs du bourg
par Jean de Cussey et Pierre Pagot, maîtres maçons ; réparation des écluses
du moulin de Tarsul ; lanterne de verre pour la chapelle, faite par Jean le peintre,
de Mairey (Idem, B. 6080). En 1347, le maitre maçon Pierre Pagot bâtit une maison sur la
porte du donjon, répare les pignons, rebâtit la partie des murailles
anciennes et détériorées ; on rétablit les barrières en bois, l'escalier en
bois donnant accès sur les murs du donjon devant la chapelle, les portes,
huit fenêtres dans la grande salle ; la coiffe du four est recouverte en
pierre blanche ; Jean le peintre, de Mairey, fait six bannières aux armes du
duc pour mettre sur le château B. (Idem, 6081). Saussey. — L'église était en
construction sous Hugues V et sous Eudes IV, puisque Gui de Limanton, prévôt
d'Autun, lègue, en 1315, une rente pour l'œuvre de l'église de Saussey, près
Bligny-sur-Ouche (de Charmasse, Cartul. d'Autun, t. III, p. 155). Savigny-lès-Beaune. — Le château aurait été
construit, en 1340, par Jean de Frolois, maréchal de B., déjà possesseur du
domaine en 1317 (Courtépée, art. Savigny). Savigny-le-Sec.
— L'église était en construction sous Eudes IV, et Guillaume Pautin, clerc
d'Auxonne, fait, en 1363, un legs pieux à l'œuvre de cette église (Arch. de la
Côte-d'Or, Protocole des notaires, B. 11,265). Semur-en-Auxois. — Nous avons dit que
l'achèvement de l'église de Notre-Dame de Semur n'était peut-être pas complet
au commencement du XIVe siècle. Le fait est certain, car la duchesse Agnès faisait
encore un legs, en 1323, pour l'œuvre de ce monument, et, en 1338, Thibaut de
Semur, doyen d'Autun, insérait également dans son testament une autre
donation pour l'œuvre de la même église. — Le château de Semur fut l'objet de
divers travaux sous le règne de Philippe de Rouvre. Dès 1351, Geofroi de Blaisy,
chevalier, et Jean Girard, prêtre, en firent la visite (Arch. de la
Côte-d'Or, B. 6198).
En 1354, on répara la tour Lourdeau (idem, B. 6201), et lors de l'invasion
anglaise, on mit des « eschiffes » à la tour carrée, sur la porte Pierre
Fournier, au « belle » de la tour feu Renaud de Jully, etc. (Idem,
B. 6202). Thil-en-Auxois. — La collégiale de Thil, sous
le vocable de La Trinité, fut fondée, en 1340, par Jean de Thil, connétable
de Bourgogne, qui établit cinq chanoines et un doyen. Il exigea que les
bénéficiaires fussent obligés, le jour de leur réception, de faire serment de
ne vendre ni aliéner les livres de la chapelle. Le roi Philippe de Valois
ratifia la fondation, en 1343, et se recommanda, ainsi que la reine, aux
prières qui se feraient dans cet établissement. Tillenay. — L'église était en
construction sous Eudes IV, et Guillaume Pantin, clerc, faisait encore, en
1363, un legs pour l’œuvre de cette église (Arch. de la Côte-d'Or, Protoc.
des notaires, B. 11,263). Thoires. — En 1319, Gui de Thoires,
chevalier, fonda une chapelle bénéficiale dans l'église de ce village, à la
collation de sa famille, qui était en possession de la seigneurie du lieu. Vandenesse. — Guillaume de Châteauneuf
fonde et dote la chapelle Saint-Nicolas de Vandenesse, en 1336, et y établit
quatre chapelains résidents (Courtépée). Les parties intéressantes de l'église bâtie à
cette époque existent encore. Varanges. — L'église de ce village, qui
n'était primitivement qu'une simple chapelle, fut fondée par le testament de
Gui de Grosbois, propriétaire du lieu, et bâtie en 1348, avec l'autorisation
de Hugues de Mirebeau, vicaire général de l'évêque de Langres (Arch. de la
Haute-Marne, Rég. des insinuations). Veilly. — Richard de Montbéliard, sire
d'Antigny, lègue, en 1333, vingt sols à l' « euvre » de l'église de
Veilly, près Bligny. Vergy. — Le château qui avait eu
jadis une si exceptionnelle importance était bien abandonné et négligé sous
Eudes IV. Les mu- railles étaient en mauvais état, les fenêtres n'avaient plus
de vitrage, les clefs manquaient à la plupart des portes. En 1347, on répare
la tour, les murs du parc, la salle, l'étable ; on refait des clefs pour les
« huis ». Michel de Poiseul, « chambroilleur », fut chargé de « chambroillier
la chambre Mgr le duc et le pavoillon ». Le moulin de l'étang n'était pas
mieux entretenu, et un charpentier en refit les portes (Arch. de la
Côte-d'Or, B. 6475).
En 1352, on continue les réparations aux murs du parc et on enlève les
créneaux du château qui sont sur le point de tomber (Idem, B.
6476). Vernot. — Cette maison de campagne,
dans laquelle la duchesse Agnès séjournait fréquemment, fut embellie par la
duchesse Jeanne, sa bru, qui en fit reconstruire la chapelle, en 1330,
aussitôt après la mort de Mahaut d'Artois. Cette chapelle, ayant 30 pieds de long
sur 24 de « gros dedans evre », fut entreprise à tâche par le maître des
œuvres Laurent de Ys (Arch. de la Côte-d'Or, B. 6078). Les comptes de 1333 portent la
suite des « missions pour les euvres de Varnoul » ; jointoyage des murs,
nettoyage de la salle ; pierres prises dans la perrière pour la paver ;
arrangement de la chambre maître Anseau (idem, B. 6079). En 1342, continuation des
travaux et réfection à neuf du colombier (Idem, B. 6080). Il ne reste du château que de vastes
souterrains. Villaines-en-Duesmois. — Résidence très fréquentée de
nos ducs, et dont les ruines se voient encore, avait 90 chambres à feu, et
était flanquée de sept tours avec pont-levis. Cette construction du XIIIe
siècle fut modifiée au XIVe. Hugues IV y fit son testament, en 1272, et y mourut
ainsi que sa veuve Béatrix de Champagne. Le château était en très bon état
d'entretien sous Eudes IV, mais les comptes de cette châtellenie manquent
pour cette période. Villiers-le-Duc. — Château servant de maison de
chasse et occupé principalement par les veneurs et les fauconniers ; ces
derniers y pratiquaient le dressage des oiseaux que l'on avait commencé à
élever à « la mue de Maisey ». En 1347, on refait le « gouterot du retrait
Mgr qui estoit cheust », et une autre partie de murailles à neuf, la maison
du Val-des-Choux à Villiers et le manteau de la cheminée (Arch. de la
Côte-d'Or, B. 6595). Cette maison et cette cheminée existent encore, et sont
l'objet d'intéressantes restaurations par les soins de M. Morel de Villiers,
le possesseur actuel. Les années suivantes, on rebâtit les murs des grands jardins,
des jardins de la Colombe et du Sauveur (idem, B. 6596). En 1348, Eudes IV renouvela
une donation faite antérieurement à son veneur Geofroi le Mottot, de
Perrigny, et lui concéda la chapelle à condition d'y assurer le service divin
(Bibl.
nat., Collect. Bourgogne, t. LXXII, fol. 85). Vitteaux. — Cette terre appartenant
d'abord à Jean de Chalon, sire d'Arlay, était assez abandonnée lorsqu'elle
fut donnée en douaire à la duchesse Jeanne de Boulogne. On y avait seulement
« appareillé » une chambre auprès de la porte du donjon, en 1347 (Arch. de la
Côte-d'Or, B. 6669 ter). Volnay. — La duchesse Agnès de France
avait dans son douaire la terre et les vignobles de Volnay, où elle possédait
une maison-forte avec tour et chapelle. Elle y ordonna, en 1316, de grandes
restaurations, qui furent faites par Martin Chauvin, l'administrateur de ce
domaine, et sous la surveillance de Simon Jobert. On recouvrit les salles,
les cuisines, les chambres « cortoises », on exhaussa les murs de la
chapelle, et l'on fit cimenter « les grez » de la tour (Comptes de Volnay,
1316, pièces de notre cabinet). XVI. — PEINTURE ET SCULPTURE.
Pierre
de Semur, chanoine de Langres, et chancelier du duc Hugues V, avait donné par
testament au chapitre de Langres, en 1320, une somme de 100 florins, et un
tableau du Jugement dernier qui était réputé un chef-d'œuvre (Arch. de la
Haute-Marne, Rég. Des insinuat., voir Roussel, Hist. du dioc. de Langres,
t. IV, p. 81). Les
travaux qu'entreprit Eudes IV au château de Jugny, en 1335, et notamment la
chapelle castrale, étaient en partie achevés, en 130, lorsqu'on posa les verrières.
C'est alors que l'on fit « poindre et refaire les Evangelistres par la main
Cousin filz, et maistre Simon Estienne, son cosin », qui furent également chargés
« d'appareiller » les panneaux de la salle (Comptes de Salmaise, de Mathieu
Bedey, B. 6037). Les
comptes de la châtellenie de Montbard nous fournissent des renseignements
plus intéressants et plus détaillés. Le gros œuvre de la chapelle du château étant
achevé en 1341, on posa les verrières, puis on livra l'édifice aux peintres
qui devaient contribuer à l'ornementation. Tous les travaux étaient
surveillés et les dépenses ordonnancées par Renaud de Gerland, chapelain du
duc. Le peintre Jean de Granson se mit à l’œuvre, le 17 octobre 1343, avec
son frère Nicholier et un valet qui préparait leurs couleurs. Ils se firent aider
par des peintres de la localité Berthelot Grenier, de Montbard, et son fils
Jacot[65]. Mais ces premiers artistes
n'eurent sans doute à faire que la partie de décoration la moins difficile.
Au moment où Jean de Granson et son frère Nicholier terminaient le travail qu'ils
avaient entrepris, un autre artiste s'installa le 13 juin 1345, pour y mettre
la dernière main, et très probablement pour peindre les personnages figurant dans
l'ornementation de la chapelle. Cet artiste, dont le nom parait pour la
première fois dans nos comptes, est maitre Thierry, peintre de Mgr. le duc,
qui était accompagné de « Gellequin de Brucelles, de Enry Larlemant » et d'un
valet. Ils passèrent trois hivers à Montbard, et ne terminèrent leur travail
que le 11 mai 1347[66]. Nous
insisterons sur la situation de ces artistes que l'on traitait avec soin et
déférence, et pour lesquels le duc et la duchesse avaient probablement
recommandé les plus grands égards. D'après les ordres formels qu'il avait
reçus, le châtelain leur fournissait abondamment tout ce qui leur était
nécessaire, non seulement la nourriture, le vin pour eux et leurs valets,
l'avoine pour leurs chevaux, mais des marbres polis pour broyer leurs
couleurs, des huiles prises à Rougemont, « des doux de quoy les pointres
cloient lors foilles de papier d'our pour mestre sechier », des toiles pour
leur faire des tabliers, des œufs, du verjus, de la cire « pour la nécessité
de l'ovre », du charbon « pour sechier les colours pour 3 yvers, » etc. Chaque
jour on leur servait largement du vin pris dans les approvisionnements du
château ; on leur donnait 4 pintes, dont 8 faisaient le setier, et 16 setiers
le muid, de sorte que la consommation totale pour Jean de Granson et ses
compagnons monta à 21 muids, et celle de Thierry et de ses hommes à plus de
25. Depuis la Chandeleur 1347 jusqu'au 11 mai de la même année le peintre du
duc resta seul avec un valet pour terminer le travail[67]. Ces peintres entourés d'une
considération particulière étaient traités comme des grands seigneurs ; il
est à croire que, comme beaucoup d'artistes, ils ne mettaient pas trop
d'empressement à terminer leur œuvre. Le châtelain Perreau de Bois Thierry, que
ce séjour prolongé fatiguait sans doute, en laisse percer une pointe discrète
de mécontentement, et, à la suite de la longue énumération, il ajoute : « ne compte
riens li diz chastellain des colours achetées pour la chapelle, quar Mes.
Jehanz et mes. Thierriz les hont achetées et distribuées ; auxi ne compte
riens dou charbon, que hon hay delivrés ès pointres pour la necessité de la
chapelle, quar encor lor en délivre on touz les jours, ne ne compte riens de
la chambelière qui hay servi les diz pointres, quar encor les faut chascun
jour servir » (Idem, B. 5302). Après
1347 nous ne trouvons plus mention de Thierry, soit que les travaux soient
achevés, soit que la mort de Philippe, celle de la duchesse, le désastre de
Crécy, et les fléaux épidémiques qui affligèrent la fin du règne, aient fait
suspendre tout ouvrage d'art[68]. Un
autre peintre, qualifié aussi de maitre, parait dans les comptes de
Saulx-le-Duc (1342-1346),
mais nous n'oserions lui donner la qualité d'artiste, bien qu'à cette époque
les peintres de talent n'aient montré aucune répugnance pour appliquer leur
art et leur industrie à des ouvrages d'un ordre moins relevé, écussons pour obsèques,
écussons pour cérémonies, bannières, girouettes, épis. Maitre Jean, «
pointurier » de Marey, est sans doute marchand en même temps que peintre, car
si on lui paie « la façon de VI gratis pevaiz armoiés des armes Mgr. le duc
pour mettre ou chasteaul de Saulx » (Arch. de la Côte-d'Or, B. 6081), on lui achète une lanterne de
« voire » pour la chapelle (Idem, B. 6080). Il est aussi chargé de placer
« les 11 espingaules... de visiter et netoier les arbalestes et empenner
plusieurs garroz, faire garroz pour les espingueles. IIIc fers de querriaux
et Ic de garroz » (Idem, B. 6081). Ainsi, à Vaulx-le-Duc, le
maître des engins était un peintre comme les Boulogne à Hesdin. En
Artois, Eudes IV est servi par des peintres de talent qui ont été employés
par Mahaut d'Artois. Laurent de Boulogne et son fils Vincent appartiennent à une
lignée d'artistes qui se succèdent de père en fils, et qui pendant deux
siècles sont attachés au château de Hesdin, prouvant ainsi cette stabilité
professionnelle dont nous avons déjà trouvé de remarquables exemples parmi
les écrivains et les enlumineurs. Laurent et Vincent de Boulogne travaillent
pour Eudes IV, pour Philippe, son fils, pour Philippe de Rouvre et pour Philippe
le Hardi. Leurs œuvres sont longuement décrites dans le livre de M. Richard
sur Mahaut d'Artois. Nous n'y reviendrons pas dans ce rapide exposé,
ni sur les travaux entrepris dans d'autres châteaux de l'Artois par Roussel
de Harmaville, Colard de Closcamp, Eloy de Clokemacre, Jean et Guillaume
Acart[69], etc. Les travaux de ccs
artistes ne sont pas arrivés jusqu'à nous, et n'ont pu résister à l'action du
temps, mais quels intéressants spécimens n'aurions-nous pas de cette époque, alors
que les murailles des châteaux, des églises, les statues, les images de
saints étaient couverts de peintures, alors que les retables des autels
étaient de véritables tableaux sur bois à fond d'or. Eudes
IV employa non seulement les peintres qui avaient servi Mahaut, mais ses
imagiers et sculpteurs, comme Jean Pepin de Huy ou de Wit, installé à Paris, qui
avait fait le tombeau de Robert l'Enfant, aujourd'hui déposé à Saint-Denis,
le mausolée d'Othon, comte de Bourgogne, et d'autres monuments qui ne sont
pas arrivés jusqu'à nous (Voir Richard, Mahaut d'Artois, p. 312 et
suiv.). L'année
même de la mort de la comtesse d'Artois, on payait ce qui était dû à Jean de
Huy, « entailleur d'albâtre », pour une « ymaige de Notre-Dame » et une
de Saint-Jacques (Arch. du Pas-de-Calais, A. 496). On peut
encore signaler pendant le règne de Philippe de Rouvre plusieurs peintres
exerçant leur art à Dijon, mais sur lesquels on a peu de renseignements :
Jean dit Le Boceux, de Langres, Iohannin Le Pareur, Jean de
Melun, Jean de Paris. (Voir Bernard Prost, Inventaires mobiliers et
extraits des comptes des ducs de B. de la maison de Valois, t. I, p. 154,
note 4.) Sous le
duc Hugues V, Geofroi, imagier, résidait en sa maison de Mussy-sur-Seine, et
était décédé en 1319, époque à laquelle son neveu du même nom Geofroi, également
imagier, eut des difficultés avec Sibille, fille de Geofroi Ier, mariée à
Nivot de Gyé. En 1334,
maître Pierre d'Auxonne faisait placer sur le grand autel de l'hôpital de
Dijon « une ymaige de Notre-Dame de Pitié » (Calmement, Hist. ms. de
l'hôpital de Dijon). En
1345, le duc Eudes IV manda de payer à Regnier, épicier de Paris, 400 l. p. « pour
Lause de 11 pierres d'alebastre que nos genz prirent de li, lesquelles nous
avons fait ovrer et mettre en notre chapelle de Dyjon » (Arch. du
Pas-de-Calais, Artois, A. 646). La destination de ces pierres n'est pas indiquée ; il s'agit
sans doute de tombeaux qui procuraient les plus nombreuses occupations aux
artistes de l'époque. On possède la reproduction d'un assez grand nombre de monuments
de ce genre ; les croquis de pierres tombales qui nous ont été conservés par
Palliot donnent une idée de la variété de facture. Les tombes avec simples
traits ne coûtaient pas cher. Huguenin de Bellenot entreprend par marché
ferme de tailler une sépulture à Guyot, de Fleurey, pour la somme de 17 sous (Arch. mun. de
la ville de Dijon, B. 129). Après
la mort de Gui Baudet, évêque de Langres et chancelier de France, en 1338,
Philippe de Valois voulant remplir les clauses testamentaires du défunt, fit
exécuter en albâtre une statue de la sainte Vierge, d'abord fixée à un pilier
de la nef de Saint-Mammès, puis transférée dans la chapelle de Notre-Dame-la Blanche,
et que l'on conserve encore sur l'autel de la Vierge à la cathédrale de
Langres. Aux pieds de la statue on voyait jadis le mausolée de Gui Baudet, représenté
à genoux, revêtu de ses habits pontificaux. L'ouvrage exécuté par ordre de
Philippe VI avait coûté 140 l. On ne doit pas confondre cette statue avec
celle de Notre-Dame de Confort, qui se rapproche de la même époque, mais dont
la tête est séparée du tronc, et qui est reléguée dans les bâtiments de
l'évêché[70]. Le 4
août 1353, Jean le Bon donna ordre au gouverneur et au receveur de Bourgogne
de faire venir à Paris les pierres de marbre et d'albâtre qu'il avait fait acheter
pour élever un mausolée à Philippe de Valois et à la reine Jeanne de
Bourgogne, ses parents (Bibl. nat., Collect. Bourg., t. XXI, fol. 2). Ces ordres furent exécutés,
car dans le compte de Dimanche de Vitel de la même année on trouve mention de
pierres d'albâtre, colonnes, colonnettes, amenées de Chalon à Cravan avec
d'autres pierres prises à Vitteaux, formant un total de 74 pierres de petite
dimension sans compter les grosses pour faire les sépultures du roi et de la reine.
La tombe représentant Philippe VI est la seule qui subsiste encore à
Saint-Denis ; mais le monument devait être considérable, d'après le nombre et
l'importance des matériaux qui servirent à son érection : « A
Mathé et Huguenin Bouyers, freres, de Semur, pour mener dès Chalon à Cravant
suz le port d'Yonne, XX pierres d'alabastre, des pierres qui illec estoient pour
la sepoulture a dou rov Philippe et de la royne Jehanne de Bourgoigne darrierement
trespassez, que Dieux absoille, par marchié fait à tasche à eux, si comme il
appert par plusieurs lettres sous le scel des causes de Chalon, LXII florins. « Pour
Benoite, de Viteau en Auxois, et Thiebaut et 6.t illea min de Seinur, pur
mener XXXIX pierres desdites pierres, XVI pièces de colonnes, VII tronçons de
colonetes et deux petites pierres, tout pesant IIIIm VIIc et XXXV l., par
marchié fait en tasche à eux, et lours lettres sous ledit scel, en tout XVI
florins. « Audit
Perrin Benoite, Perrenot Moissonier, de Viteau, et à Nicolas Jobert de St
Thiebaut, pour mener audit lieu trois grosses pierres, dont chacune pezoit
III tonneaux de vin, et plut, par extimation, par marchié fait à eux comme
dessus, et par lettres souz le dit steel, XLVII florins, faiz dou commandement
dou roy, par ses lettres, données le IIIe jour d'aoust CCCLIII, contenant que
l'on face mener ycelles pierres à Paris, pour ce XLVII for. « Pour
osier LXXIIII desdites pierres d'une maison sur la rivière, ou elles furent
mises, pour ce qu'elles estoient petites, et que legierement les peust en
embler, si elles feussent demorées sur la riviere avec les grosses, et pour
icelles peur et mettre en place, et chargier, et pour estrain acheté pour enfardeler
les colonetes pour double de [les] brisier, pour tout XXV s. t. « Pour
desterrer une table d'alabastre pour un autel sur laquelle on avoit gitté
terre, flans et ordures, plus de IIII piez de haut, IIII s. t. « Pour
les despens de Jehan de Bonestat et de son cheval, en aient de Montbar à Chalon,
dou commandement dou receveur, pour panre clou chacun venant à la foire
chaulde, pour marchander à eux de charroier les dites pierres, et demoura
iller IIII jours en attendant ledit charrov, et depuis convoia les harnois
jusques à Cravant, ou il fit deschargier les grosses pierres sur le port, ou
plus près qu'il pot pour mettre sur l'Yonne, et les petites fit deschargier
en une maison fermant sur le pont, et demora en ce faisant XII jours entiers,
dont il fu par lesdits 1111 jours dessusdits aux des« gens de la loige a
Chaton, pour le demourant VIII jours, XII s. t. par jour, pour tout IIII l.
XVI s. t. Arch. de la Côte-d'Or, B. 1394, fol. 46. Les
officiers de la Chambre des Comptes, installés sous Philippe de Rouvre dans
une partie de l'hôtel ducal à Dijon, avaient sur l'autel de leur oratoire «
une ymaige de Notre-Dame d'alabastre », plusieurs fois citée (B. 1402, fol.
64). La remarquable
statue de saint Jean-Baptiste, en pierre blanche, de plus de 2 mètres de
haut, que l'on vient Lie trouver dans une maçonnerie de l'église de Rouvre,
parait dater de cette époque, ainsi que la statue de saint Jean-Baptiste de
Mussy-l'Évêque (V. Mém. de la commission des antiq. de la Côte-d'Or, art.
de M. Chabeuf, t. XIII, p. CX et CLV). Une remarque mérite d'être signalée aux érudits.
La duchesse Agnès, fille de saint Louis, était bienfaitrice des prieurés de
Rouvre et de Mussy, et lègue dans son testament, en 1323, une somme pour
l'œuvre de ces deux monastères, et tous deux possèdent des statues de saint
Jean-Baptiste qui paraissent contemporaines de ces donations. Les
statues d'Eudes IV et de la duchesse Jeanne existaient jadis dans l'église
Notre-Dame de Dijon qu'ils avaient contribué à ériger. Elles furent détruites
à la révolution. Dans un
terrier de 1519, fournissant une description sommaire du château d'Argilly,
on trouve cette mention : « environ le milieu dud. Chastel y a une belle chappelle,
faicte de carrons plombés pour la pluspart, deans laquelle sont les douze
appostres eslevez et plusieurs aultres imaiges et painctures bien somptueuses,
ensemble deux oratoires qui sont fort ruyneuses tant en painctures que
aultrement... » (Voir Bernard Prost, Inventaires mobiliers,
t. I, p. 22, note 4.) Le 18
septembre 1358, Jean de Baubigny et Dimanche de Vitel, sur l'ordre de la
reine Jeanne de Boulogne, passèrent un marché avec Jean de Soignolles, «
macon et ymageur de Paris », pour la façon d'un tombeau en marbre noir de
Dinant, à ériger dans la Sainte-Chapelle de Dijon, devant représenter « les
deux ymaiges ou ressemblances » de la reine et de Philippe de Bourgogne, la
tête appuyée sur 2 oreillers, avec 2 tabernacles, 1 lion et 2 chiens, le tout
pour le prix de 350 florins et une robe de 20 florins (Arch.
Côte-d'Or, Protocole de Guillaume, dit Gigonier, B. 11.255). Le 28 décembre 1358, Hennequin
Arion, de Bruxelles, apprenti de Jean de Soignoles, désirant revoir son pays,
fit un arrangement avec son maitre qui l'autorisa à partir, en lui faisant
signer un engagement de 6années de service, une reconnaissance de 60 florins
qui lui étaient dus, et la promesse de revenir travailler avec lui à Dijon (Voir Revue
des soc. savantes, 1861, 1er sem., p. 23, et 2e sem., p. 453-455), communication de M. d'Arbaumont. XVII. — VERRERIE.
Nous
avons donné dans notre t. VI des fragments de verrières de l'hôpital de
Tonnerre, représentant assez grossièrement Charles Ier d'Anjou et la reine
Marguerite de Bourgogne, reine de Jérusalem et de Sicile, qui les avait fait
poser à la fin du XIIIe s., après la construction de la célèbre maison
hospitalière fondée par elle. Les
travaux qu'Eudes IV entreprit au château d'Aisey, sous la direction du curé
d'Etalante, furent complétés, en 1328, par la pose de verrières « à Garnier, le
verrier, pour faire XXXV piez de verrières mises ès fenestres des chambres
Mgr., lou pié III s. vaillent IIII lb. XV s. » Les réfections se
continuent l'année suivante à Aisey et à la chapelle, où les verrières furent
« affaitiées » par Enfer, de Châteauvillain (Comptes de Guyot de Gy,
châtelain d'Aisey 1347-8, B. 2077). Les verrières de la chapelle de Jugny sont posées en 1340 (Compte de
Mathieu Bedey, châtelain de Salmaise, B. 6037). L'année
suivante, les verrières du château de Montbard, de la chapelle et de diverses
pièces furent entreprises en tâche « ès enfans maistre Symon, le voirrier de
Dijon », pour le prix de 25 1. On entreprit aux mêmes 29 pieds de verrières
destinées aux fenêtres de la grande salle et du retrait de la duchesse (Comptes de Perreau
de Bois-Thierry, B. 5301). L'an
1312, lors de la venue en Bourgogne de Jean le Bon, qui devait se rendre avec
Eudes IV au sacre de Clément VI à Avignon, on mit en état les châteaux du duché
qu'il devait honorer de sa visite. Le château de Rouvre était de ce nombre ;
on fit « affaitier » les verrières de la chapelle et de l'oratoire du duc,
dans lequel on plaça une ymaige de Saint-Pierre », qui était assurément une
œuvre d'art (Compte de Philippe de Penetex, B. 5742). En 1345, le lundi avant
Saint-Simon et Saint-Jude, on envoya quérir à Châteauvillain « maistre Enfer,
voirrier doudit lieu », dont on a parlé plus haut, pour venir à Aignay poser
les verrières des fenêtres du château, comprenant celles de la chapelle, de
la chambre du duc et de la grande salle (Compte d'André Fourgue, châtelain
d'Aignay et de Duesme 1344-6, B. 2056). Le
château de Dijon, assez mal entretenu sous Eudes IV, fut l'objet de
modifications sous Philippe de Rouvre. En 1352, on y posa des verrières
d'après les indications qui suivent : « à Constantin, le voirrier de Dijon,
pour VI piez de voirre neuf ès deux verrieres de l'oratoir dou duc, delez la
chappelle dou chastel, en laquelle Jehan de Hangest et maistre Pierre
d'Orgemont, commissaires sur le fait des debtes de Bourgoigne tenoient leur
siège » (Côte-d'Or,
B, 1391, fol. 35 v°).
L'année suivante, Jean 13oursé, verrier de Dijon, refait les verrières de la
garde-robe et de la chambre ducale, ainsi que celles de l'hôtel de Jean de
Rouyre, annexé au château, « lesquelles estoient despeciées et gastées »
(Côte-d'Or,
B. 1397, fol. 37).
Jean Boursé fit encore, en 1356, des verrières « pour donner clairté à
l'entrée de la Chambre des Comptes » dans cette partie d'hôtel qui avait été
assignée pour demeure aux officiers (Côte-d'Or, B. 1402, fol. 43). Les
menus comptes du château de Montjustin fournissent les dépenses des ouvrages
faits dans cette résidence ducale et notamment les verrières de deux
fenêtres, en 1343 (Arch. du Doubs, B. 133). On fait venir de la Brie, en
1317, un verrier nommé Regnault, pour refaire les verrières du château
d'Avallon, celles de la salle et de la « chambre Mgr », au prix de 5 sols le pied,
et le tout coûta 6 liv. (Comptes de Jean des Granges, B. 5400). Les
artistes verriers qui ont travaillé pour la comtesse Mahaut dans les châteaux
de l'Artois sont également employés par Eudes IV. A Hesdin, on trouve le nom
de Jean le Sauvage jusqu'en 1333, puis celui de son frère Jacques, qui
avaient leur atelier à Arras (Voir Richard, Mahaut d'Artois, p. 299-305). Jean Coispel pose de nouvelles
verrières, en 1338 (Arch. du Pas-de-Calais, A. 578), et Oudart refait les verrières
de la chambre aux fleurs de lys, en 1342 (Idem, A. 610). Un verrier de
Saint-Omer, nommé Jean, exécute divers travaux à Eperlecques en 1338, et à
Saint-Omer, en 13I3. Par un marché passé avec « Jehan as Coquelés verrier de
Béthune, on refait, par ordre d'Eudes IV, d'importants travaux aux châteaux
d'Aire, en 1344 a toutes les verrières de la grant salle, de la cappelle de
la cambre Mgr le duc, et celles de la cambre Mgr de Bouloigne... » (Idem,
A. 636). Au château
de Bellemotte qui était moins bien entretenu, on se contentait, en 1313, « de
toille et ruban vert et petis clous à faire verrière pour oster le vent es
fenestres de l'hostel Mgr le gouverneur » (Idem, A. 625). C'est là que séjournait
Berart, chargé de blanchir les murs, que le comptable qualifie de « tueur
d'araignes et de mouches ». En
1327, le duc fait monter les verrières de son hôtel de Sainte-Geneviève à
Paris (Arch.
Côte-d'Or, B. 314)
: en 1344, Guillaume Donex pose les verrières de sa chambre à
Fontenay-sous-Bois (Idem, B. 316), et l'on voit qu'à Conflans, les fenêtres
des chambres et de la garde-robe sont munies de verre blanc, celles de la chapelle
de « voirre vigneté » et de panneaux de « voirre d'ymagerie » (Arch. du
Pas-de-Calais, A. 372). XVIII. — ARTILLERIE.
La
plupart des châteaux de quelque importance possédaient une chambre de
l'artillerie, contenant des engins de nature peu variée que l'on rencontre
partout. Il parait intéressant de savoir à quelle époque le duc Eudes IV
avait utilisé les armes à feu et la poudre. Pendant toute la chevauchée du
comté de Bourgogne contre Jean de Chalon, en 1336, il n'en est pas une fois
fait mention, mais la lutte contre le roi Edouard III sur les frontières de
Flandre devait donner lieu à de nouvelles inventions et à l'emploi de
machines plus meurtrières qui nous sont connues par les comptes d'Artois. On a
pour la première fois l'indication d'armes à feu, le 12 mai 1341, peu de
temps après la bataille de Saint-Omer, où le duc avait couru de si grands
dangers, et dont il était sorti victorieux. Eudes IV avait pris à gages pour
son château de Rihout Jean de Hesdin et son frère Pierre « maistres traieurs
de garoz à feu » (Arch. du Pas-de-Calais, A. 60). Nous ne savons si ces artilleurs avaient été
occupés auparavant, n'ayant que nos documents comme source d'information. Il
est probable que les premières machines ne devaient pas être d'un usage
facile, et que des modifications permirent d'en généraliser l'emploi, car
cinq ans plus tard, nous trouvons des canons dans la plupart des places
fortes du comté d'Artois. Le duc fait acheter de la poudre pour les canons du
château de Hesdin, en 1346, fait transporter à Calais un engin nommé « teste
de sanglier », que l'on avait probablement fait prendre à Hesdin (Arch. du
Pas-de-Calais, A. 648 et 650). En
1347, « trois canons à traire fu et, trois livres de poudre » sont achetés
pour le château de la Montoire (idem, A. 654). On constate à Saint-Orner «
IIII boistes de canon prisiées XXV s. t. » (Idem, A. 84). Trois engins neufs, dits «
bricoles », sont destinés à défendre la ville de Béthune, fort endettée et
éprouvée par les ravages de la guerre précédente (idem,
A. 85). Les
engins à feu n'apparaissent en Bourgogne que la dernière année du règne
d'Eudes IV. Le compte de Renaud de Verrey, châtelain de Cuisery, relate, en 1350,
une dépense de 5 florins. « pur V poz à gîter feu qui sont en garnison oud.
Chastel (Arch.
de la Côte-d'Or, B. 4390).
Ces premières machines d'un maniement dangereux furent construites dans un
plus grand format, lors de l'invasion anglaise, en 1359. Jean Belier fabriqua
plusieurs engins pour le château de Rouvre ; dont l'un était nommé « perdrix
» et l'autre « sanglier » (Compte de Girard de Longchamp, B. 5744). Le château de Lantenay était
muni de six canons et de poudre « pour faire getier garroz » (B. 5042), et la ville de Dijon possédait
treize carions, dont neuf de cuivre (Garnier, l'Artillerie des ducs de B.,
p. 7). Vers
la- même époque, on construisait à Montréal-en-Auxois deux énormes engins « à
getier », d'inégale grandeur, dont le plus petit était appelé « Couillart » Le
travail avait été entrepris à tâche, mais le charpentier qui passa le marché
ne put dresser que l'une des pièces. Les gens du conseil ducal donnèrent
ordre d'en faire monter une autre, pour laquelle il fallut 78 pièces
d'arbres, 3000 clous et que 26 hommes mirent deux jours à « dressier ». On
fit tailler un demi-cent de pierres « à getier ». Il ne semble pas que ces
machines aient été mues par la poudre, puisque les dépenses relatent « la
façon des frondes des dits engins » (Comptes de Jean de Mussy, châtelain de
Montréal, B. 5403). En
somme, les armes à feu ne furent pas employées en Bourgogne d'une manière
sérieuse sous le règne d'Eudes IV. L'usage ne s'en généralisa que sous le règne
de Philippe le Hardi, ainsi que l'a établi M. Garnier dans son curieux livre
: L'Artillerie en Bourgogne. Dans la
première moitié du mye s. on ne trouve mention dans les comptes que des
engins qui serviront longtemps encore, les arbalètes faites avec des cornes de
bouc (Arch.
Côte-d'Or, B. 11.837),
les arbalètes à pied, avec affut, à tour où « à cauques », les espingales,
garrots, carreaux, perriers, mangeonneaux, flèches, « floichons enpennés
d'airain », etc. Nous
trouvons les noms de divers artilleurs du duc. Jean Espiard, de Jussey, prend
part à la campagne de 1336 en Franche-Comté, et livre « plusieurs ouvraiges qu'il
hay fait de son mestier » pour le siège de Château Lambert, en 1347. Jean de
Porrentrui est artilleur du duc à Vesoul, en 1338. Dimanche de Vitel,
receveur du duché, passe marché avec Jean de Hainaut, artilleur, pour la
fabrication d'arbalètes à raison de 6 fr. la douzaine (Protoc. des
notaires, B. 11255).
En 1347, Jacques, arbalétrier de Chalency, vient à Vernot pour réparer les
espingoles et les transporter à Saulx-le-Duc, on lui fait aussi nettoyer les
arbalètes, « empenner les garroz », il livre « He fers de quarriaus et le de garroz
» (Comptes de Saulx-le-Duc, B. 6081). Au moment de l'invasion anglaise, on
met en ordre l'artillerie de Pontailler, comprenant 18 arbalètes, 300
garrots, mille floichons et les empennes » ; on y ajoute 5000 autres
floichons et 3000 fers de floichons (Comptes de Pontailler, B. 5616). Perrot, arbalétrier de Volnay,
répare les arcs et arbalètes de Saint-Romain-les-Beaune (B. 5906). Jean, arbalétrier de Quingey,
travaille avec ses enfants à La Perrière pour mettre en état 34 grosses arbalètes,
3 espingoles et une poulie pour les monter (B. 5055). Pierre de Chassenay, châtelain
de Villaines et de Lucenay, achète à Dijon « VIII arbalètes, III baudrez, IIII
carcois, IIm IIc viretons et, les fers pour y mettre, XXXVI fuit de lances et
les fers pour y mettre... VI targes et II pavas de Lombardie, couverts de
cuir » (B. 6556), etc.[71]. FIN DU HUITIÈME VOLUME
|
[1]
Le premier compte d'hôtel que nous possédions date de 1326, et fut rendu par
Demoingeot, de Talant. C'est un petit cahier en papier in-4° qui relate les
itinéraires et les dépenses d'une manière très sommaire. Les dépenses de la
duchesse pour l'année suivante sont inscrites sur un rouleau, dont on n'a plus
qu'une partie ; la prise de possession des comtes d'Artois et de Bourgogne, qui
lui échurent en 1330, augmentèrent beaucoup ses dépenses qui, comme ses
déplacements, furent inscrits sur des cahiers in-4° semblables à ceux du duc.
Après, 1340, les registres deviennent d'énormes in-folio en papier, dont nous
avons extrait les documents utiles.
[2]
Pour autres détails, voir E. Picard, Les Jardins de Rouvre, extrait des Mémoires
de la Société Eduenne.
[3]
Tout ce paragraphe est le chapitre premier d'un travail inédit : Enlumineurs
et Ecrivains de forme en Bourgogne (du XIIIe au XVe siècle).
[4]
Arch. de la Côte-d'Or, Protocole du notaire Hugues Poissenet, B. 11.230, n° 8.
[5]
Obituaire de Beaune, manuscrit de notre cabinet.
[6]
Bibl. nat., Cartulaire de l'évêché de Chalon, lat. 17.089, f. 36-51.
[7]
Arch. de la Côte-d'Or, Protocole du notaire Guy Cossenet, de Dijon. B. 11,250,
n° 19. Cette mention a été plusieurs fois publiée par G. Peignot, Catalogue
des livres des ducs de B., p. 24 ; Simonnet, Droit public en B. ;
l'abbé Marcel, Les livres liturgiques du diocèse de Langres, p. 34, etc.
[8]
Arch. du Pas-de-Calais, comptes de l'Artois, A. 480.
[9]
Arch. de la Côte-d'Or, Chambre des Comptes, B. 3136 : « mons. Jehan,
l'escripvain, mis en suffre de la maison qui tient de Mgr et dou commandement
madame, cui Dieu pardoint. »
[10]
Arch. de l'hôpital de Tonnerre, Comptes dudit hôpital depuis le 19e jour de
septembre 1333 au 20e jour de février 1334.
[11]
Arch. de la Côte-d'Or, Protocole du notaire d'Is-sur-Tille, B. 11,243, n° 15.
[12]
Arch. de la Côte-d'Or, Protocole de Jean d'Acey, prêtre coadjuteur de Hugues
Poissenet, notaire à Dijon, pour le duc, B. 11,254.
[13]
Arch. de la Côte-d'Or, Protocole des notaires, B 11,255, registre de 1354-1360.
[14]
Arch. de la Côte-d'Or. Protocole des notaires, B. 11,234.
[15]
Arch. de la Côte-d'Or, Protocole de Simon Geliot, de Blaisy, coadjuteur de Jean
Poissenet, tabellion de Dijon, pour le duc, B. 11,256. Le texte latin de ce
marché d'apprentissage a été donné par Peignot, Simonnet et l'abbé Marcel dans
les brochures précitées.
[16]
Arch. de la Côte-d'Or, Protocole de Pierre de Layer, prêtre notaire à Dijon, B.
11,284, n° 66.
[17]
Il en sera parlé plus loin en citant le prix des livres.
[18]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 1402, fol. 44.
[19]
Voir Chazaud, Mém. de la Soc. des Antiq. de Fr., t. XXXII. p. 64 et
suiv.
[20]
Orig., Arch. de l'Hôpital de Tonnerre.
[21]
Orig., Arch, de la Côte-d'Or, B. 309.
[22]
Léopold Delisle, Cabinet des mss. de la Bibl. nat., t. I, p. 14-15.
[23]
Bibl. nat. fr. 22890.
[24]
Bibl. nat. fr. 6845.
[25]
Bibl. nat. fr. 1294.
[26]
Bibl. nat. , fr. 316.
[27]
Voir L. Delisle, Cabinet des mss. de la Bibl. nat., t. I, p. 14-15.
[28]
Bibl. nat., fr. 20,367, fol. 57.
[29]
Dom Plancher, t. II, pr. CCLXXVII.
[30]
Arch. du Pas-de-Calais, A. 518, 529, 572, 670, 670.
[31]
Arch. du Pas-de-Calais, Comptes de l'Artois, A. 658 et 658.
[32]
Arch. du Doubs, B. 72.
[33]
Arch. du Pas-de-Calais, comptes de d'Artois, A. 639.
[34]
Arch. de la Côte-d'Or, comptes de Saulx-le-Duc, B. 6078.
[35]
Le Roux de Lincy, Bibl. de l'Ecole des chartes, 3e série, III, p. 63.
[36]
Voir Richard, Mahaut, comtesse d'Artois, p. 102.
[37]
Arch. de la Côte-d'Or, Compte de Dimanche de Vitel, 1357, B. 1397, f. 38.
[38]
Arch. de la Côte-d'Or, Protocole des notaires, B. H, 234.
[39]
Arch. de la Côte-d'Or, Compte de Dimanche de Vitel, 1357. B. 1405, fol. 68.
[40]
Arch. de la Côte-d'Or, Compte de Dimanche de Vitel, 1359, B. 4406.
[41]
Arch. de la Côte-d'Or, Protocole de Jean d'Acey, prêtre notaire, B. 11.256, n°
27.
[42]
Arch. de la Côte-d'Or, Protocole de Henri-Etienne Fenay, B. 11.260, n° 37.
[43]
Arch. de la Côte-d'Or, Comptes de Talant, B. 5.053.
[44]
Arch. du Doubs, B. 63². Cette famille Raby ou Rabby, de Dijon, faisait alors
partie de la riche bourgeoisie de la ville ; l'un de ses membres, Jean Raby,
était assez riche pour acheter, en 1354, moyennant cent florins de Florence, un
troupeau de 350 moutons, que lui vendirent Jean de Rougemont et sa femme (Arch.
de la Côte-d'Or, Protocole des notaires. B. 11.255).
[45]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 1397, fol. 37, et B. 1399, fol. 40.
[46]
Arch. de la Côte-d'Or, Protocole des notaires, B. 11.240 (1342-6).
[47]
Arch, du Pas-de-Calais, Artois, A. 443.
[48]
Arch, du Pas-de-Calais, Artois, A. 495.
[49]
Arch. de la Côte-d'Or, Protoc. B. 11.243 ; Simonnet, le Clergé en B., Mém.
de l'Ac. de Dijon, 2e série, t. XIII. p. 105 ; L’abbé Marcel, les Livres
liturgiques du diocèse de Langres, p. 33.
[50]
Arch. de la Côte-d'Or, Protoc. B. 11.234.
[51]
Arch. de la Côte-d'Or, Protoc. B. 11.234.
[52]
Arch. de la Côte-d'Or, chambre des Comptes, Auxois, B. 2769.
[53]
Roussel, Histoire du diocèse de Langres, t. I, p. 44.
[54]
Peignot, De l’ancienne bibliothèque des ducs de Bourgogne, p. 117-132.
[55]
De Charmasse, Cartulaire de l'église d'Autun, t. II, p. 325.
[56]
Roussel, Histoire du diocèse de Langres, t. I, p. 217.
[57]
Manuscrit de notre cabinet.
[58]
De Charmasse, Cartulaire de l'église d'Autun, t. II, p. 124.
[59]
Arch. de la Côte d'Or, Protocole des notaires, B. 11. 253.
[60]
Bulliot, Histoire de Saint-Martin d'Autun, t. II, p, 174-176.
[61]
Lebeuf, Histoire d'Auxerre, anc. éd., t. II, p. 297.
[62]
Orig., Arch. de la Haute-Marrie, G. 13.
[63]
Les travailleurs et les curieux pourront consulter avec fruit les Arch. de la
Côte-d'Or, qui renferment d'utiles et d'importants documents, pendant la
période qui nous occupe, sur la région de l'Ain, du Jura, du Doubs, de la
Haute-Saône. Ces documents sont surtout fournis par les comptes particuliers
des châtellenies.
[64]
Les fossés ont été en partie comblés par mou père, avant 1834, époque à
laquelle le domaine est sorti de ses mains par suite de partages de famille.
[65]
« Despans faiz à Montbar pour maistre Jehan de Granson, pointre et pour
Nicholier, son frère, ensemble ung autre vallet avec aulz, qui hont demoré à
Mombar en poignant la chapelle doudit lieu doiz le vendredi avant la Saint-Luc
M.CCC.XLIII (17 octobre 1343) que li diz maistres Jehanz vint à Mombar, jusques
au jeudi après la Nativité Nostre-Seigneur XLV (30 juin 1345), ouquel terme li
dessus diz ont demoré oudit Mombar mil et XVIII jornées, l'un parmi l'autre, et
y sont comptées l'estes et diemoinges, esquelx li chastellains ay aministrez
despans par le dit terme, c'est à savoir pour chars, potaige, saul, espices,
eaulz, oignons, mostarde, oille, olz, fromaigo, poison, limères de chandoilles,
tiares, draps des !à, covertes a et autres nécessitez pour eux, senz.pain et
senz vin, de quoy ils hont heu des garnisons de Mgr.
Autres travaux faits à la chapelle par « Berthelot
Grenier, de Mombar, et Jacot, son filz, dou temps que Me Jehan de Granson,
pointres i ouvroit ». (Arch. de la Côte-d'Or, Comptes de Perreau de Bois
Thierry, châtelain de Montbar, B. 5302).
[66]
Arch. de la Côte-d'Or, Comptes de Perreau de Bois Thierry, châtelain de
Montbar, B. 5302.
[67]
Comptes de Montbar, B. 5303.
[68]
Arrivé à Montbard, en juin 1345, en qualité de peintre du duc. Thierry devait
être depuis un certain temps au service d'Eudes IV, et avant 1312, époque à
laquelle Jean le Bon se rendit à Avignon au sacre de Clément VI, il fut reçu à
Rouvre, où les maitres d'hôtel Eudes de Fontaines et Dreux d'Aisey avaient fait
de grands préparatifs pour le recevoir (Comptes de Rouvre, 1342, B. 5742). Dans
le tableau de la Sainte-Chapelle de Paris, Eudes IV présentant un diptyque au
pape, est le seul personnage agissant, en présence de Jean le Bon assis. On
doit supposer que ce tableau a été fait par un peintre de la cour de Bourgogne.
En l'absence de toute preuve certaine, si un nom d'auteur pouvait être mis en
avant, c'est celui de maitre Thierry, peintre du duc, qui paraîtrait le plus
vraisemblable.
[69]
On a une dernière mention de Guillaume Acart, peintre, fils lui-même de Jean
Acart, également peintre, par un mandement de Philippe de B., comte de
Boulogne, qui ordonne de lui payer 14 l. p. (Arch. du Pas-de-Calais, Comptes de
l'Artois. A. 646).
[70]
Voir Palustre, Gazette archéologique, n° 7 et 8 ; l'abbé Louis,
Notre-Dame-la-Blanche, Mém. hist. et archéol. de Langres, 1887, p.
231-256, bonne reproduction de la statue de la Vierge.
[71]
Au moment où nous corrigeons cette feuille, M. Bernard Prost fait paraitre le
premier fascicule des Inventaires mobiliers et extraits des comptes des ducs de
Bourgogne de la maison de Valois, Paris, Ernest Leroux. On trouvera dans ces
curieux documents, si savamment annotés par l'auteur, bien d'autres
renseignements du plus haut intérêt pour la période qui suit celle dont nous
nous occupons.