HISTOIRE DES DUCS DE BOURGOGNE DE LA RACE CAPÉTIENNE

TOME HUITIÈME

 

CHAPITRE LV. — LA VIE PRIVÉE EN BOURGOGNE SOUS EUDES IV (PREMIÈRE MOITIÉ DU XIVE SIÈCLE).

 

 

I. — HÔTEL ET MOBILIER.

Le duc, la duchesse, la duchesse douairière, les enfants ont un compte d'hôtel séparé. Quand les uns ou les autres vont avec le duc, leur service d'hôtel cesse et la dépense est portée par le clerc dans celle d'Eudes IV[1].

Philippe de B., nommé d'abord Mgr le jeune, puis Philippe-Monsieur, avait déjà, en 1327, à l'âge de quatre ans, un service personnel et distinct, au moment où il avait comme précepteur le chevalier Jean de Saint-Georges. Philippe de Rouvre, nommé aussi Philippe-Monsieur à deux ans, eut sa maison montée en sortant de nourrice.

Les livres de dépense marquent toujours sept ou huit services ; cuisine, paneterie, bouteillerie, écurie, chambre, forge, messagerie, porte. Plus tard le nombre des services fut ramené à six, comme à la cour de France. Le chiffre total des officiers attachés à ces diverses fonctions est de 50 à 55 personnes, comme nous l'avons plusieurs fois constaté. Depuis 1337, Jean Bourgeoise, de Dijon, Guillaume de Sauvigney et Guiot de Sainte-Savine furent successivement dépensiers de l'hôtel d'Eudes IV. Jusqu'à sa mort, la duchesse eut Simon de Beaufort comme chambellan et dépensier.

La maison ducale marchait sous les ordres de Guillaume, puis de Jean de Musigny, qui se succédèrent comme chambellans. ils avaient la main sur les maîtres d'écurie, les maîtres d'hôtel, etc. Les maîtres d'hôtel dont les noms paraissent le plus souvent sous Eudes IV sont Ponce de Mussy, Jean de Bourdenay, Dreux d'Aisey, Eudes de Vaubusin, Guillaume de Biais, Guillaume de Menans, Guiot de Sauvigny, Eudes de Ragny, Jean de Genlis, Hugues de Montjeu, Jean de Cussigny. Tout ce personnel est nourri, vêtu, hébergé aux frais du duc, et fait pour ainsi dire partie de la famille. Le mariage des uns et des autres est fait avec la participation et aux dépens du duc, qu'il s'agisse d'un officier de service, d'un châtelain, comme celui de Montbard dont les noces sont célébrées en 1330, d'un peintre, comme Laurent de Boulogne, marié en 1344 avec la fille de Jean d'Héricourt, d'une prise d'habit, d'un festin pour une première messe, comme celle de Jean de Montbard, à Conflans, en 1330, etc.

Toutes les résidences ducales ne sont pas suffisamment aménagées pour recevoir la cour. Dans quelques-unes, comme à Argilly, Rouvre, Villaines, Aisey, Montbard, Lantenay, Jugny ; on trouve les ressources que comporte le confortable de l'époque. Dans les gîtes mal montés, et dont les salles ne sont pas munies de nattes à demeure, on répand dans les chambres de la paille pendant l'hiver, et dans l'été on fauche des herbes que l'on parfume avec quelques fleurs. C'est sur cette « jonchée » que couchaient les hôtes momentanés, qui ne s'en trouvaient pas plus mal. Ils s'y reposaient mieux que sur ces immenses lits de plume que l'on trouvait partout. Un document mentionne un lit du duc à Aisey, portant douze pieds de large sur huit de long, sur lequel on montait au moyen d'un escabeau.

Les châteaux les plus fréquentés étaient entretenus avec soin, comme on le verra à l'article des constructions. Des marchés passés avec des particuliers assuraient à l'année le bon état des murs et des couvertures. Pour un prix minime, un entrepreneur s'engageait à entretenir de tuiles les toitures d'un ou de plusieurs châteaux. Dans les résidences plus négligées, il arrivait que les foins étaient gâtés par les pluies et « l'orvalle » : ailleurs, il fallait « estouper les fenestres pour les oisiaux et les coulions qui honnissent tout le castel ».

Dans diverses localités le duc et la duchesse possédaient des troupeaux de vaches et de moutons. Philippe-Monsieur, plus tard Philippe de Rouvre, a lui aussi des vaches à l'âge de deux ans. Tous ces animaux sont tenus avec beaucoup de soin. On s'étonne aujourd'hui de voir la tête des chevaux protégée par des chapeaux, la méthode n'est pas nouvelle. En 1333, le châtelain de Salmaise relate une dépense « pour VIII chapeauls achetez pour les buex de la charrue mgr à Jugny » (Arch. de la Côte-d'Or, B. 6034, fol. 7).

On n'avait pas en Bourgogne d'installation aussi complète qu'à Hesdin, où la comtesse Mahaut avait fait des dépenses considérables qui furent continuées par Eudes IV. On y nourrissait des animaux singuliers. Une immense volière contenant des oiseaux rares, des « engins d'ebatements », une horloge, des orgues à demeure causaient des surprises aux visiteurs. Les résidences moins importantes étaient abandonnées à la garde d'un châtelain, ayant parfois plusieurs domaines à gérer, et qui n'y faisait que des réparations urgentes. En 1339, Mathieu Bérart était chargé de blanchir les chambres du duc à Bellemotte, et le comptable facétieux le qualifie de « tueur d'araignes et de mouches » (Bibl. nat., Colbert, 189). De plus les agents du duc en Artois ne s'entendaient pas toujours avec les officiers du duché, « desquelz nous ne savons les noms, disaient ils, pour ce qu'ils estoient de Bourgongne, et que nous n'y poiens entendre » (Arch. Pas-de-Calais, A. 83).

Le mobilier des châteaux est assez sommaire, malgré la richesse et l'abondance des joyaux, bijoux, vases d'or et d'argent dont les coffres sont garnis, coffres qui renferment les ressources mobilisables de leurs pos- sesseurs. Les huchiers ont soin d'entretenir les tables, sièges, pupitres et lambris. Des lanternes à demeure, ou susceptibles de s'élever ou de s'abaisser à l’aide de contrepoids, portent des chandeliers mobiles. Les cheminées sont munies de « cramaulx », landiers, pelles et e estenailles ». On a soin d'orner les dressoirs « de blancs kanevach pour faire essuoir les escuelles ». Les bois de lit sont garnis de couvertures, coussins, tapis, carreaux. En voyage, la literie suit les équipages, et Thibaut est porteur de la perche du lit de mgr, perche destinée à supporter les tentures qui doivent protéger soit du froid, soit des insectes.

Les écuelles, flacons, vases, coquemars sont de toute forme et de toute nature, et on en achète de grandes quantités suivant les circonstances. En 1333, on achète à La Verrière six cents écuelles pour le service de l'hôtel ; en 1328, on en achète dix mille à Villars-Montroyer ; en 1340, pendant la chevauchée en Flandre, on achète des flacons d'étain pour refroidir le vin de mgr ; en 1348, lors du mariage de la petite-fille d'Eudes IV, avec le comte de Savoie, on envoie de Pontailler treize cents hanaps à Lantenay, Eudes de Fontaines fait venir six mille hanaps de Troyes à Dijon où l'on n'en avait trouvé que deux mille. Lors de l'arrivée de Jean le Bon en Bourgogne, on commande à Epoisses mille écuelles destinées à l'hôtel de Montbard.

Pour les vignerons de Poligny, on achète deux douzaines de pots de terre, quatre douzaines d'écuelles, deux douzaines de hanaps, deux douzaines de verres. Un compte de seigneurie mentionne une douzaine d'écuelles d'étain et quatre pintes carrées. En Artois, un potier fournît pour la garnison de Saint-Omer trois douzaines d'écuelles d'étain, pesant cinquante-six livres et quatre plats pesant onze livres, « lesquelx sont seignées des armes mgr » ; et lors de l'arrivée du roi à Hesdin, en 1335, trois cents jattes à servir le fruit. Les protocoles des notaires (B. 11.248) donnent le texte d'un marché passé à Dijon pour la fabrication de cent écuelles à six tours, deux mille écuelles doubles, en frêne, en cornier et en plane, et d'un demi-cent de formes à fromages, le tout moyennant seize florins. Nous ne pouvons énumérer d'autres objets, couteaux de table pour mgr, couteaux pour Philippe-Monsieur, « rasoux » pour Jobelet, puis pour Simonnet, successivement barbiers du duc, rasoir pour Jacot, barbier de Philippe, cors pour sonner du château, marteaux à fleurs de lys, « pour seigner le bois que l'on vend dans les forêts mgr, » etc.

 

II. — JARDINS ET VERGERS.

Des jardins potagers et des vergers plus ou moins importants entourent les résidences ducales. Dans les jardins on cultive des cives, pourottes, oignons, laitues, fèves, bourrache, pousselaine ou pourpier, choux blancs et rouges, aulx, raves, oisillette, percin, espinaces, blettes. Le cresson, le thym, la chicorée et la mâche n'étaient pas inconnus, mais ne se cultivaient pas dans les jardins ; les pois se semaient dans les champs à la charrue.

On ne voit pas encore figurer les carottes, le céleri, le cerfeuil, le radis, le salsifis, les artichauds et les asperges.

Un compte d'Hesdin, en 1331, donne le détail d'achats de graines achetées à Paris, « betes, arraches, colete, espinarde, pressin, oignonnate, bourrache, porote, cyboule ». (Arch. Pas-de-Calais, A, 513). Des plantes et des graines sont achetées, en 1342 pour semer « ès curtils de Varnoul » (Arch. Côte-d'Or, B. 6080). Cette même année on fait des dépenses pour les « préauls, vergers et courtilz » de Rouvre (B. 5742). En 1349, on remanie les vergers du grand jardin de Villiers, les jardins de la Colombe et du Sauveur (id., B. 6595).

Parmi les fleurs, il faut citer la violette, le lys, la lavande, la sauge, l'hysope, la pervenche, les rosiers blancs et rouges dont on fait une grande culture, par suite de l'usage que l'on a de se couronner de fleurs dans les festins d'apparat. Les roses sont en outre utilisées pour fabriquer l'eau rose, rouge ou blanche ; l'extrait des fleurs de lys est conservé dans les flacons, et la lavande est mise en tonneaux à l'état de fleurs.

On servait sur la table ducale des cerises, fraises, framboises, 'groseilles, pommes, poires, prunes, noix, châtaignes, nèfles, raisins. On trouve les noms des pommes de blandureau et de Girondot, des poires de Rousset, d'Angoisses, de Saint-Rieule et de Vierville, des prunes de Damas. En 1339, Sacques Poissenot, de Saulon-la-Chapelle, vend pour dix florins quatre mille pommes de blandureau et Girondot (Protocole des notaires, B. 11220). En 1348, le vierg d'Autun achète trois mille poires de Roussot par ordre d'Eudes IV (B. 318). En 1334, les comptes de l'hôpital de Tonnerre indiquent un cadeau de deux mille poires d'Angoisse à la comtesse de Tonnerre.

Les jardins potagers les plus hâtifs se trouvent dans les résidences situées en plaine, Rouvre, Aisey, Jugny, Villaines, Vernot, etc., et les produits en sont envoyés dans les châteaux d'origine féodale placés sur les hautes montagnes, et entourés seulement de vergers. A Montbard on porte de Rouvre des fraises, des framboises, des cerises ; en 1328, un messager y apporte les poires d'Aisey (B. 2074) ; eu 1346, la duchesse se fait amener les cerises de son verger de Sarry, les cerises et les noix de Conflans, près Paris.

On connaissait l'art du greffage et l'on savait enter, car, dès 1319, on achetait un cent de pots de terre pour pendre aux entes des vergers.

Les jardins laissent un peu à désirer, et ne sont pas toujours bien entretenus. Quand les maîtres viennent, quand « il y avoit trop maul chemin », il fallait arracher les mauvaises herbes des allées, et des femmes à la journée, chargées de ce soin, y répandaient du sable et de la grève.

Le principal ornement des jardins d'agrément consiste en tonnelles de vignes, sous lesquelles on pouvait se promener à l'ombre, et où parfois il plaisait au duc de dîner. Les fruits des vergers et les raisins de ces tonnelles arrivaient rarement à maturité dans les résidences les plus fréquentées, car, malgré les palissades et les barrières, les officiers de la pour et les enfants s'y introduisaient, « et tout estoit gastez tant par les gens de l'ostel de mgr et de madame comme d'autres » (B. 5742). Pour sauver les raisins de Rouvre, on était obligé de les cueillir presque verts pour en faire du verjus[2].

 

III. — VOYAGES.

Les itinéraires publiés pour le règne d'Eudes IV fournissent des renseignements assez nombreux sans qu'il soit nécessaire d'insister beaucoup sur ce chapitre. Ils nous promènent, non seulement dans les châteaux de Bourgogne, mais dans les résidences ducales de l'Artois et de l'Ile-de-France, à Sainte-Geneviève, Conflans, Gentilly, Chanteloup, Saint-Germain, Becoisel, Fontenay- sous-Bois. Ils nous permettent de rejoindre le roi, et de fixer certaines étapes de ses déplacements, à Château-Thierry, Essommes, Pontoise, Juvisy-sur-Orge, Poissy, Tournan, Fontainebleau, Vincennes, Saint-Ouen, Mantes, Broyai, etc.

Ce qui ne cesse de causer un profond étonnement, c'est la rapidité et la multiplicité de ces voyages ; c'est de voir nos ducs toujours à cheval, faisant chaque jour avec leur suite des trajets considérables, restant des mois entiers sans prendre de repos, franchissant de grandes distances à marches forcées, ne paraissant jamais fatigués, occupant les courts loisirs de séjours par des chasses, joutes et tournois, ou bien jouant à la paume, et ne se délassant de ces exercices violents que par quelques parties d'échecs ou de dés. L'homme le plus robuste pourrait-il s'accommoder d'un tel genre de vie, avec la facilité de locomotion que la civilisation moderne met à notre disposition ?

Malgré des grossesses souvent renouvelées, des couches malheureuses et des pertes d'enfants, la duchesse Jeanne de France n'hésite pas à entreprendre de longs et pénibles voyages dans les provinces éloignées de son duché. Elle n'a que vingt-deux ans à la mort de sa mère, et, à la nouvelle de ce malheur, elle est obligée, sur l'ordre du duc, de faire trêve à sa douleur ; elle part sans retard, en janvier 1330, par un froid rigoureux, pour prendre possession' du comté de B., où les seigneurs lui réservaient un désagréable accueil. Eudes et la duchesse furent beaucoup mieux reçus la même année dans leurs villes d'Artois, où l'on arrivait à leur rencontre avec des « taboureurs » et des ménestrels. C'était alors l'usage, et nous trouvons, en 1338, la même cérémonie observée lorsque Marguerite de France et son fils Louis de Mâle arrivèrent à Donzy, en Nivernais, avec une suite de 84 chevaux.

La rapidité de ces voyages pourrait faire supposer que les chemins, qui n'étaient autres que d'anciennes voies romaines, ne se trouvaient pas trop détériorés. Ceci est inexact, les chemins étaient généralement mauvais, quand ils n'étaient pas impraticables. Lorsque le roi, le duc de Normandie ou un grand personnage devait arriver, on envoyait les habitants du voisinage réparer les plus mauvais pas, à Rouvre, à Argilly, à Volnay, à Lantenay, et c'était tout. Les ponts n'étaient pas mieux entretenus ; à Montréal-en-Auxois les charretiers faisaient leur prière avant de se risquer sur les ponts et marécages qui entouraient cette localité. Divers testaments assignent des sommes pour la réfection des ponts. Nous avons vu le déplorable état des chemins dans le Quercy, lorsque les voitures et les bagages du duc furent obligés à de grands détours pour se rendre à destination. La profondeur des ornières n'empêchait pas les cavaliers de marchera une bonne allure, mais nous savons qu'on ne perdait pas l'occasion de se faire transporter par eau lorsque la chose était possible. Les chariots et les bagages s'en tiraient comme ils pouvaient. Ce qui doit surtout surprendre, c'est la rapidité des messagers chargés de porter une pressante nouvelle, des envois de marée ou autres. Comprend-on comment, en 1342, Robert de Lugny, gouverneur d'Artois, peut faire conduire à la duchesse en Bourgogne deux « escalletes » sur une brouette ? (Arch. Pas-de- Calais, A. 621).

Quand les darnes n'allaient pas à cheval, on les conduisait en litière. La litière de la duchesse était portée par des mulets, dont le trot, plus calme que celui des chevaux, causait moins de secousses à l'équipage mobile. Pendant le voyage en Languedoc, le duc achète pour cette destination un mulet rouge et un mulet brun, qui furent expédiés de Montpellier en Bourgogne. Parfois il fallait refaire « un huys de costé en la litiere madame » on achetait de la toile pour faire « deux mantellez au char des damoiselles », et on « raccoustrait » les petites échelles donnant accès dans ces véhicules.

Les itinéraires suivis par le duc pour aller d'une province dans une autre n'avaient rien de fixe et variaient souvent. Il semble qu'en évitant le passage de certaines grandes villes, on ôtait toute occasion de débauche aux gens de la suite. Ou choisissait des étapes de moindre importance, dont les gites offraient la meilleure table et le meilleur coucher, l'hôtel de la Festue à Moret ; de l'Hopital, à Cerisiers ; de Massenois, à Cannes-sur-Yonne ; de l'Échiquier, à Melun ; de Jean le Flamand, à Savigny ; du Lévrier, à Villeneuve Saint-Georges ; de l'Epée, à la chapelle Saint-Nicolas ; de Jacques Tirelieu, à Pont Sainte-Maxence ; de Chepoy, à Compiègne. Citons, à Arras, l'hôtel de l'écu de France, du Croissant, du Mouton d'or, de la Fleur de Lys, du Blanc-Rosier, de Saint-Georges ; Paris, les hôtels du Heaume et de Pierre Dagone. Le pourboire laissé dans chaque localité « ès pucelles de l'hostel » était en raison du bon accueil fait aux voyageurs. Dans ces diverses maisons, on ne faisait pas mauvaise chère, et les hôtes de moindre importance étaient également bien traités. Dans les comptes de dépenses de Mile de Noyers, bouteiller de France, lime par le roi à Péronne, en 1338, on trouve les frais de lits, nappes et « touailles », chandelles de suif, chandelles de bœuf, mouton, faisan, volailles, venaison de biche, perdrix, anguilles, carpes, brochets, quarreau, barbillon, poires, noix, amandes, verjus, riz, sucre, gingembre, saugie, oblies, tartes et « flaonnes », tartelettes, « gastel » pour mgr, etc.

 

IV. — RELATIONS.

La variété des comptes déjà publiés nous montre dans l'intimité le duc, la duchesse, leur entourage, et nous permet pour ainsi dire de vivre avec eux. Toutes leurs relations de famille, d'amitié, de politique ou de convenance sont indiquées par les réceptions, les visites, les messages ou les présents. On assiste à la réception de Philippe le Long à Lantenay, en 1316 ; à la réception de sa veuve la reine Jeanne de Bourgogne-Comté (1327) ; à la réception de Jean le Bon et de Philippe de Valois à Hesdin (1334-1335) ; à l'arrivée du roi en Bourgogne, à Beaune, Rouvre, Argilly, Talant (1336) ; aux fêtes lors de la venue de Jeanne de Boulogne, femme de Philippe-Monsieur (1339) ; au passage du duc de Normandie allant avec Eudes IV au couronnement du pape Clément VI (1342) ; au voyage du même Jean le Bon se rendant avec le duc en ambassade à Avignon (1344) ; au mariage d'Amédée, comte de Savoie avec la fille de Philippe de B. (juin 1348), etc.

Pour ce qui regarde la cour de France, les documents nouveaux et inédits abondent. On peut accompagner le duc, le 17 juillet 1317, lors de la discussion des droits à la couronne avec Philippe le Long ; le suivre avec Charles le Bel, en 1326, à Château-Thierry, Essommes, etc. ; prendre part aux chasses de Philippe de Valois à Breval, Magny, Meulan, et aux divertissements de la cour à Paris et dans les diverses résidences des environs. On assiste aux festins chez la reine, chez Mahaut d'Artois, chez le comte de Flandre, chez le sire d'Anglure, à Le Thoult, près Montmirail, chez le prieur de Coincy-l'Abbaye, chez Hue de Peucheviller à Behencourt. En Bourgogne, le duc et la duchesse, partout accueillis par leurs vassaux, reçoivent la plus cordiale hospitalité chez les Mello, à Epoisses ; chez Robert de Bourgogne, comte de Tonnerre, Alexandre de Blaisy, Jean de Bellenod, dans les diverses abbayes, et même chez de simples receveurs de châtellenies.

Entre les dames, les relations ne sont pas moins agréables et courtoises. On signale les visites réciproques que se font la duchesse, les dames d'Alençon, d'Aumale, d'Athènes, de Thil, de La Roche, de Fley, de Rigny, de Ferrette, de Beaujeu, de Grancey, de Noyers, de Saint-Phalle, de Dinteville, etc. La reine, pleine d'attention pour sa belle-sœur, lui envoie des pâtés, des esturgeons, des friandises, en échange de cette bonne moutarde qu'on ne fait qu'à Dijon, et qui lui est expédiée dans des poinçons.

Chaque jour, les suzerains reçoivent des dons, un bœuf du maitre d'Epailly, des poissons de l'évêque de Mâcon, des brochets du prieur de Saint-Léger, des pourceaux de lait de l'abbé de Saint-Bénigne, des ombres du sire de Genlis, trois chevreuils du châtelain d'Aisey, quatre anguilles de l'abbé de Fontenay, vingt perdrix rouges du châtelain de Villaines, douze fromages de l'abbé de Cîteaux, etc., sans compter des cadeaux plus rares, paons, grues, faisans, hérons, qui leur sont offerts par les municipalités des villes. Les donateurs étaient grandement indemnisés par les largesses du duc et de la duchesse, qui envoyaient des présents en toute circonstance, soit pour les étrennes, soit à l'occasion d'un mariage. Aux seigneurs ils donnaient des hanaps, gobelets, joyaux, étoffes, marbrés de Bruxelles, chapeaux, fourrures, et aux demoiselles des ceintures et des bourses. La duchesse envoie un petit « chienet » à l'évêque de Chaton (1336) ; le duc donne à son clerc Pierre Blanot, d'Arras, des draps et deux pièces de « gros vair » pour faire une robe à sa fille Jeanne, « que il entend à marier briefment » (1347). Agnès de France fait un legs aux nourrices, à Jeannette d'Etaules, nourrice de sa filleule Blanche ; à Simone de Rouvre qui avait allaité le duc Hugues V pendant un an et demi, et pendant deux ans sa fille Marguerite, la trop fameuse Marguerite, femme de Louis le Hutin. En janvier 1348, l'aumônier Renaud de Gerland est chargé de porter des étrennes au pape.

Une longue énumération de faits et de noms n'est pas moins fastidieuse que la lecture des documents qui les fournissent. Des messagers attachés à l'hôtel sont chargés de transmettre des dépêches, et établissent de fréquents rapports entre les personnes alliées ou amies, avec la reine, avec le pape, le duc et la duchesse de Normandie, les reines de Navarre, d'Aragon, les comtesses de Savoie, de Boulogne, de Flandre, etc.

L'objet de ces messages est parfois indiqué, et la mention fournit une rectification à la chronologie souvent fautive du XIVe siècle. C'est par des messages que nous savons la naissance de la duchesse Jeanne de France, le 1er ou le 2 mai 1308 ; que nous connaissons ses premières couches à l'âge de quatorze ans, en juin 1322 ; la naissance d'un fils Jean, en juillet 1324. Deux courriers du duc, partis le 23 août 1328, annoncent la victoire de Cassel à la comtesse d'Artois, ce qui avance d'un jour la date donnée pour cette bataille par les historiens. C'est par un double message que l'on peut rectifier la date de la bataille de Saint-Omer qui eut lieu le 26 juillet 1340. Les fêtes de relevailles de la duchesse de Normandie à Châteauneuf-sur-Loire, après la naissance de sa fille Jeanne, eurent lieu dans la quinzaine d'août 1312, puisque le duc revenait la semaine suivante à Aignay avec tout son « tirez », après avoir assisté à la cérémonie (Arch. Côte-d'Or, B. 2055). Le 27 décembre 1326, on donne 12 l. à un valet qui apporte nouvelle de la naissance d'une fille de Marie de Hainaut, femme de Louis, comte de Clermont. Un courrier vient annoncer, en 1331, la naissance de Hugues de Chaton, fils de Jean de Chalon-Arlay. Marguerite de France et sou fils Louis de Male, arrivant à Donzy, y reçoivent un message du comte d'Auxerre, leur apprenant la naissance de son fils Louis de Chalon, Une note de dépenses, du 6 février 1339, nous donne les frais des obsèques de Jean de Châteauvillain, seigneur de Luzy (Arch. du Pas-de-Calais, A. 584).

 

V. — PIÉTÉ ET CHARITÉ.

Le duc et la duchesse sont les défenseurs des opprimés et des malheureux. Aucune misère, aucune infortune ne leur est signalée sans qu'ils ne s'empressent d'y apporter quelque soulagement. Cette pitié pour les souffrances et les déshérités de ce monde est le meilleur côté du moyen âge, et la hiérarchie féodale, en donnant au suzerain tout pouvoir et toute autorité sur ses sujets, le constituait en même temps leur protecteur naturel.

La cour et l'hôtel ducal comptaient du reste beaucoup de clercs, prélats, chanoines et hauts dignitaires ecclésiastiques an nombre des administrateurs, chargés les uns et les autres de distribuer les secours d'une charité qui rachetait bien des fautes. Hugues de Corabeuf, chancelier de Bourgogne, Jean Aubriot, Hugues de Pommard, Robert de Lugny furent successivement chargés du gouvernement de l'Artois, et plusieurs obtinrent des sièges épiscopaux par l'influence du duc, qui payait avec les faveurs du Saint-Siège les services qu'on lui rendait.

La plupart des chapelles castrales étaient desservies par un chapelain dont le titulaire était distinct de celui de l'hôtel ducal. En voyage, le duc et la duchesse avaient un autel ou chapelle portative, sur lequel la messe était dite dans la localité où l'on prenait gîte, et quelquefois sur des bateaux, quand on avait un trajet par eau à parcourir pendant plusieurs jours. En 1328, Jean d'Autun était chapelain, et eut plus tard comme successeur Renaud de Gerland, qui avait un valet et deux chevaux à son service. En 1330, le duc accorde une exemption d'impôts à Gui de Rochefort, fils de maître Henri (Arch. du Doubs, B. 436). Mathieu de Laignes était chapelain du château d'Aiguay (1342, Arch. Côte-d'Or, B. 2055). Barthelemy était chapelain de l'hôtel d'Artois à Paris (1338-1342, Arch. du Pas-de-Calais, A. 613 et 572). Robert Ghéluy, d'Arras, chanoine de Béthune, desservant le château d'Hesdin, fut remplacé par Guillaume le Normand, et comme il était devenu vieux et infirme, Eudes IV le nomma maitre de l'hôpital d'Hesdin, à la place de Martin de Noyelette (26 octobre 1346, Arch. du Pas-de-Calais, A. 83). Dans les dernières années de sa vie, la duchesse eut pour chapelain Jean de Cernon, Jean Joly, de Bourges, et Guillaume Bonotte (Arch. du Doubs, B. 72 et 407 ; Arch. de la Côte-d'Or, Protocole des not., B. 11.244). Hugues était chapelain de Philippe, comte de Boulogne, en 1314. Le duo Hugues V avait eu pour aumônier Hugues de Villiers, ancien précepteur de la maison du Temple d'Epailly, et, vers la même époque, Nicolas, Frère-Mineur, était confesseur de la duchesse Agnès de France ; ces deux ecclésiastiques paraissent plusieurs fois dans le procès des Templiers (t. II, p. 69, 106, 129, 350, 363).

La piété de la duchesse Jeanne se manifeste surtout à l'occasion de la mort de ses parents et de ses enfants. Elle fait célébrer partout des services pour sa grand'mère Mahaut d'Artois, pour son père Philippe le Long, pour sa mère Jeanne de Bourgogne-Comté, pour ses enfants, pour ceux de la reine, à Saint-Denis, Longchamp, Cîteaux, Brazey, Val-des-Choux, Fontenay, Gentilly, Conflans, Saint-Maur des Fossés, etc.

Eudes IV n'est pas moins respectueux pour le souvenir des défunts, qu'il s'agisse de ses parents, de ses officiers ou de ses serviteurs. A la mort de sa petite cousine Jeanne de Flandre, duchesse de Bretagne, il fait porter trois cents livres de cire pour célébrer des messes. Pour une autre cérémonie il offre des chandelles de cire à Saint-Martin d'Hesdin. En 1326, il n'hésite pas à faire un long déplacement pour assister aux funérailles de Guillaume de Mello, seigneur d'Epoisses. C’est à ses frais que se font les services et les obsèques de tous les officiers et valets de l'hôtel. Au mandé de chaque fête de la Toussaint et au jeudi saint, suivant la pieuse coutume de ses prédécesseurs, il lave les pieds des pauvres, les nourrit et leur fait distribuer des aumônes. La pénurie des finances n'arrête pas l'élan de cette charité ; indépendamment d'une somme de quarante sous donnée toutes les semaines en aumône, chaque jour porte une dépense de dons aux pauvres, à des pauvres femmes, à des pauvres manchots, à des pauvres prêtres, à des pauvres gentilshommes, et il ne traverse pas une localité sans y laisser trace de sa libéralité. En 1330, il fonde la chartreuse de Fontenay-les-Beaune. En 1337, il établit une chapelle desservie par six chanoines à Talant, « pour escroitre especiaument le service de N.-S. ». En 1339, il assure une rente viagère à Nicolas de Billi, cordelier d'Arras, alors malade. En 1343, il reçoit une lettre de remerciements du pape pour le don de reliques et d'un reliquaire. En 1348, il lègue trois cents livres tournois pour l'achèvement de la Sainte-Chapelle de Dijon. Les donations faites à un nombre considérable d'hôpitaux, maladreries, maison-Dieu et d'établissements charitables pesaient lourdement sur le budget ducal obéré par bien d'autres dépenses.

Même activité charitable de la duchesse et de sa bru la comtesse de Boulogne, qui ne négligent aucune occasion de servir les religieux ou religieuses « qui ont soutenu des pertes pour la guerre », et font faire des pèlerinages à l'occasion de la maladie de leurs enfants, ou pour toute autre cause.

A ces œuvres qui indiquent de sérieuses pratiques de piété, il faut joindre les fondations, constructions et entretien de monastères et de chapelles castrales à Beaune, Villiers, Argilly, Vernot, Jugny, Brazey, Rouvre, Aignay, Lantenay, Montbard, etc., dont le détail sera donné ailleurs.

 

VI. — LIVRES ET ENLUMINEURS[3].

Le sentiment de curiosité qui s'attache à l'histoire des imprimeurs ne nous a rien laissé ignorer des faits principaux qui les concernent ; grâce à leurs livres répandus à un certain nombre d'exemplaires, leurs noms sont connus, et on en peut dresser la liste à peu près complète. La sagacité des chercheurs n'a pas été aussi habile à découvrir les artistes dont les merveilleux travaux manuscrits sont arrivés jusqu'à nous. C'est à peine si l'on en peut citer quelques-uns ; les autres sont absolument inconnus malgré l'incontestable mérite de leurs œuvres anonymes. Cependant ces calligraphes sont les ancêtres des imprimeurs, de même que les livres ont pour aïeux les manuscrits dont ils procèdent.

Il y eut au XIVe siècle, et dès l'origine de la guerre de cent ans, une décadence dans les institutions monastiques, qui se fit sentir dans les abbayes d'hommes comme dans les monastères de femmes. Les productions littéraires élaborées dans les cloîtres, et les transcriptions de manuscrits diminuèrent dans une notable proportion ; mais lorsque les moines travaillèrent moins, les laïcs y suppléèrent, comme s'il ne pouvait y avoir de lacune dans la culture de l'esprit. Des écrivains, des enlumineurs, des relieurs, des parcheminiers, et enfin des libraires s'établirent peu à peu, et mirent leur art au service du public lettré. La trans- formation ne se fit que successivement, car si dans les grandes abbayes chaque religieux se partageait le travail, et adoptait une spécialité, il est certain que les premiers copistes laïcs furent à la fois enlumineurs, relieurs et colleurs.

Sous le duc Robert Il, dès la fin du XIIIe siècle et au commencement du XIVe, il y avait à Dijon un écrivain du nom de LAURENT, dont la veuve vivait encore en 1338, et qui se nomme Belette, « veuve de maistre Laurent, escripvain de Dijon. » Il eut, comme nous le verrons, un fils du même nom, à la fois écrivain et enlumineur de livres, qui l'aidait dans ses travaux et qui lui succéda[4].

Nous constatons à Beaune, vers 1300, la présence d'un écrivain du nom de HUGUES, qui y possédait une maison, et qui travaillait pour le public. Il avait fondé son anniversaire dans l'église de Notre-Dame de Beaune : pro magistro Hugone scriptore, super domum que fuit domini Stephani de Salinis, in qua moratur Jacobus de Rubeomonte[5]. PIERRE, de Dijon, écrivain, travaillait pour Robert de Decise, évêque de Chalon-sur-Saône, qui l'appelle scriptor noster, et lui lègue par testament, en 1315, une rente de cent sols[6].

En 1347, « maistre ROBERT, escripvain à Dijon, y demeurant, confesse que pour VI livres monnoye courant maintenant, desquelx il ha eliu et recehu de M. Briete LXX sols et L à la Nativité de St Jehan Baptiste, ycelui Robert doit pourfaire enteurement ung Antiffonay, ou quel il faut environ X queers et plux, se plux il falloit, tant d'escripteure et enlumineure et reloihure, comme de autres chouses quelx quelles soient, liquelx doit entre enluminez d'azur et de vermoillon, et les grosses lettres fluretées, et li doit rendre parfait devers la Nativité St Jehan Baptiste prouchainement venant[7]. » Ce

Robert, écrivain et enlumineur, originaire d'Artois, était l'un des fils d'un artiste du même nom et de la même profession plusieurs fois occupé par Mahaut, comtesse d'Artois. Elle avait fait remettre, en 1303, à Robert, l'enlumineur, une somme de quatre livres ; en 1328, elle lui avait acheté trois Kadrans moyennant douze sols, « pour la chambre, pour les estuis et pour les escriptions[8]. »

JEAN était écrivain à Dijon en même temps que Robert, et parait avoir été plus particulièrement attaché au duc et à la duchesse, qui lui avaient donné dans la ville une maison qui fut mise en souffrance, en 1347[9].

Dans nombre d'autres localités de moindre importance on rencontre des écrivains qui se déplacent et mettent leur talent au service de ceux qui les paient. En 1333, les administrateurs de l'hôpital de Tonnerre, voulant mettre en ordre les papiers et les titres de leur maison, font venir de Flavigny l'écrivain JEAN, qui met une année à copier leurs chartes, et à composer le cartulaire curieux et peu connu qui se trouve encore dans les archives de cet hôpital « à khan, de Flaveny, escrivin, pour escrire toutes les lettres de l'oppital, et y mit un an ou plus. » On fit en même temps relier tous les manuscrits et on mentionne les frais « pour III peaux de megiez et un dagorne pour relier les livres du moutier, V sols IIII d. ; pour coleurs et fueille à poindre, pour cloz pour lesdits livres, XII d. ; une peau de megiz et des cloz pour les livres nostre maistre, II sols ; pour neuf assises de laiton pour mettre sur lesdits livres, VI d.[10]. »

Poinçon-les-Grancey possédait aussi un écrivain, JACQUES PERTUISET, qui s'engagea, en 1346, avec son fils, et promit de faire un missel en deux volumes, partie d'hiver et partie d'été, dans un délai déterminé, sous peine de cent sols d'amende. Ce missel était destiné au curé du lieu[11].

Les écrivains se succédaient de père en fils. Ils avaient une généalogie, et peuvent servir d'exemple à la stabilité professionnelle, dont nos générations actuelles ont depuis longtemps perdu la tradition.

Le premier écrivain dijonnais, Laurent, dont on a parlé plus haut, était à la fois peintre et enlumineur. Il fut remplacé par Laurent II, son fils, qui s'intitule seulement peintre, dans un acte de 1354, par lequel Berthelot Morise, monnoyeur, met son fils en apprentissage chez Laurent le peintre, qui s'engage à le nourrir, l'entretenir, le coucher, « et l'introduire bien et léaulment en l'art de salure, de pointure, et en tous autres ars que monstrer li pourroit[12]. » Ce même Laurent II est cité dans une pièce postérieure comme ayant été exécuté pour ses démérites, et ayant eu sa maison confisquée : « vente par Dimanche de Vitel, receveur général de Bourgogne, d'une maison sise à Dijon, confisquée sur Laurent le peintre exécuté pour ses démérites[13]. » Le motif de cette exécution capitale ne nous est pas connu, et mérite de piquer la curiosité. Y avait-il déjà peine de mort contre ceux qui répandaient certains écrits sans autorisation ? Un en a des exemples.

Le fils de Laurent, nommé BELIN, était à la fois enlumineur, comme cela ressort d'un titre de 1357[14], et écrivain, ainsi que l'atteste un document de 1359, par lequel le même Belin met son fils PERREAU en apprentissage chez JEAN, dit « le pareur », peintre, pendant huit ans, avec obligation par ce dernier de lui enseigner son art et de l'entretenir[15].

Pour compléter ce qui concerne cette famille d'enlumineurs dijonnais, ajoutons que Perreau a un frère aîné, nommé BELIN, comme son père, et que ce dernier fut plus d'une fois chargé d'enluminer des livres pour Marguerite de Flandre, duchesse de Bourgogne. En 1383, Belin est encore cité avec son frère Perreau comme exerçant leur art à Dijon : « maistre Belin, escrivain de forme, Perreau, le peintre, son frère[16]. » C'est la première fois que nous trouvons le titre « d'écrivain de forme », c'est-à-dire d'écriture gothique, la seule alors usitée. Perreau entré en apprentissage d'enlumineur, en 1359, à l'âge d'environ quinze ans, en avait au moins quarante en 1383. On le rencontre encore dans des actes notariés en 1389, mais il disparaît après cette date.

Les documents qui se rapportent à ETIENNE D'AUNOIRE prouvent qu'en sa qualité de prêtre et de religieux de Saint-Bénigne, les manuscrits qu'il copiait avec tant de soin étaient par lui vendus à des religieux, et principalement, à ceux de sa maison, comme au sous-prieur, en 1351, à frère Pierre Girarde, en 1354, au curé de Minot, en 1358[17]. Gui Raby, gardien des chartes de Talant, chargea Pâris, écrivain de Dijon, de relier et couvrir le livre des inventaires des fiefs du domaine, et la même année 1357, il confia à Jean de « Selongey » la reliure de quarante cahiers de papiers contenant les terriers de plusieurs châtellenies du duché, et dix cahiers de copies de fiefs[18].

Nos ducs avaient une existence beaucoup trop nomade et mouvementée pour consacrer beaucoup de temps à la lecture et à l'étude, et cependant leur éducation intellectuelle n'était point négligée. Même au XIIIe siècle, on a pu constater leur goût pour les romans de chevalerie et les productions littéraires. Eudes de Bourgogne, fils d'Hugues IV, si malheureusement décédé à Acre, n'avait pas oublié d'emporter des livres en Terre-Sainte, et dans son curieux inventaire on trouve le Roman de Loherain, celui d'Outremer, et un chansonnier qu'Erard de Valery ne voulut pas abandonner, et qu'il racheta pour 31 besants[19].

Marguerite de Bourgogne, reine de Jérusalem et de Sicile, dans le codicille de son testament, en 1308, laissait à sa nièce Mahaut un Psautier provenant de sa mère ; à la princesse d'Antioche qui restait avec elle à Tonnerre ses Heures d'argent et son Livre blanc ; à son chapelain et aumônier Robert de Luzarches un Bréviaire en deux parties « en quoy je lis » ; à Gillette, nièce de cet aumônier, un autre Bréviaire « en quoy ele m'ayde à lire mes heures »[20].

Le duc Robert II avait donné à ses fils comme précepteur l'un des plus habiles hommes de son temps, Gui de Prangey, seigneur de Beire, chargé de l'équitation et des exercices physiques ; mais il avait confié leur éducation intellectuelle à son clerc le plus intime Raoul de Beaune, dit Froichard, et au chapelain de ce dernier que les familiers de la cour ducale avaient plaisamment surnommé « Quoniam ». La duchesse Agnès de France, devenue veuve, avait eu la main heureuse pour achever l'instruction de ses enfants fils ou filles, en choisissant le clerc Jean Aubriot, dont la direction contribua à leur inculquer des connaissances et des goûts qui n'étaient pas ordinaires à cette époque.

Le duc Hugues V, plein de reconnaissance pour celui qu'il appelle « notre cher maître Jehan Aubriot lui avait donné cinquante livrées de terre, et remplaça cette donation dans son testament par l'abandon d'une maison sise en Champmol. Au nombre des autres clercs d'Hugues V, citons Girard et Pierre de Jailly, ainsi que Pierre de Semur, qui devint son chancelier après avoir été clerc de son père.

Robert de Bourgogne, destiné par le duc Robert II à la cléricature comme son frère Louis, avait été marié six ans après la mort de ce dernier, le 16 juin 1321, avec Jeanne de Chalon, qui lui avait apporté le comté de Tonnerre. Ce grand amateur de livres avait eu le temps de se livrer à l'étude pendant sa longue détention en prison après la bataille de Varey ; il mourut en 1334, la veille de Saint-Luc. Comme gardien de l'abbaye de Pothières, il est un de ceux auxquels l'auteur du Roman de Girart de Rossillon recommande son livre :

Hé Robert de Bourgoigne, gentilz cuens de Tonnerre,

Et Jehanne, ta femme, seur le conte d'Ausserre,

Vous estes gardien de l'église qui garde

Le corps du duc Girart, vostre est pour voir la garde.

Ce roman fut donc composé avant 1334 et après 1330, date à laquelle le duc Eudes IV est nommé dans le poème comte de Bourgogne et comte d'Artois. Jeanne survécut vingt-six ans à Robert, et le curieux inventaire de ses biens et de son mobilier relate plus de vingt volumes : « ung Messal qu'est nottez à l'usaige de Paris ; ung Entiffonnier et Great nottez ; ung Breviaire nottez à l'usaige de Langres, ensamble le Messal ; ung Breviaire notiez à l'usaige de Paris en deux volumes ; ung autre Breviaire de tout l'an, en ung volume à l'usaige de Romme, en lettre d'our dessus et fermais d'our ; ung autre Breviaire à l'usaige de Rome ; deux grands volumes esquels fu madite dame la contesse disoit ses Heures du jour. Item, une Bible en françois en deux volumes ; ung livre en françois de Vices et Vertus ; item, ung Romans de Godefroy de Buillon ; ung autre Romans dou Roy Phelippe le Vaillant ; item, un livre en françois de plusieurs medicennes ; ung livre en françois des Loys de Bertaingne ; ung viez Romans d'Alexandre ; ung autre Romans en papier ; ung Romans de Loheran ; ung petit Roman du roy Artu, et un viez livre de Cyromancie ; item, deux Ours à fermaul d'argent de po de pris, et ung livre d'Orisons...[21] »

Une des sœurs de nos ducs la reine Jeanne de Bourgogne, femme de Philippe de Valois, s'intéressait au culte des lettres, aimait les livres et se plaisait à en faire composer. Gille Mauléon, moine de Saint-Denis, avait écrit et enluminé pour elle un livre d'Heures, décoré de peintures, qui se trouve au musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg[22]. C'est à la requête de la reine Jeanne que Jean de Vignay traduisit en 1328 les Epitres et Evangiles à l'usage de Paris[23], la Légende dorée[24], le recueil de Fables[25], le Miroir historial de Vincent de Beauvais[26] ; on lui adresse le roman en vers de Girard de Rossillon, le livre royal[27]. Par un testament du 11 mai 1329, cette princesse léguait ses livres à sa fille Marie, femme de Jean de Brabant[28], mais la légataire mourut avant sa mère, et les manuscrits passèrent en d'autres mains.

Isabelle de France, sœur de la duchesse de Bourgogne, légua, en 1345, son Bréviaire aux frères Mineurs de Besançon, mais en réserva la possession sa vie durant à Pierre de Batant, religieux de cet ordre, qui avait écrit ce volume, quia scribit eum[29].

On ne peut douter du degré d'instruction que possédait Eudes IV par les lettres missives que nous connaissons, mais peut-être eut-il pour principal et plus intime rédacteur son ancien maitre Aubriot, qualifié du titre de secrétaire du duc, en 1331, puis son gouverneur d'Artois et maitre des comptes de B. Pendant tout son règne Eudes sut utiliser les services de cet homme dévoué, qui fut son premier exécuteur testamentaire et qui lui survécut trois ans. Parmi les autres clercs attachés à sa personne, et qui ont pour principale mission de rédiger les chartres, mandements et ordonnances, on peut citer Jean Chambellan, chanoine de Beaune, 1331 ; Thibaut de Semur, archidiacre d'Auxerre, 1332 ; Guillaume de Fouvent, qui fut envoyé à Avignon, en 1338 ; Guillaume de Chaumont, plus tard gouverneur d'Artois[30], et principalement Anseau Peaudoie, chanoine d'Autun, conseiller, maitre des comptes, secrétaire du duc, et dont le nom parait sans interruption sous son règne. En 1346, Eudes IV mande de donner de grâce spéciale vingt livres aux fils de Pierre Blanot, son clerc, et envoie des draps et des fourrures à sa fille Jeanne lors de son mariage[31]. En 1348, il donna à JEAN, « nostre amé clerc et nostre escripvain », les revenus de la chapelle fondée dans l'église de Chaussin[32]. On ne rencontre guère dans les comptes que des achats de livres d'église, missels, psautiers, étuis pour les missels de Mgr, fermaux pour son bréviaire. Robert Ghéluy, son chapelain d'Hesdin, lui fait écrire et enluminer un bréviaire à Arras, en 1344, et paie dix livres pour le parchemin et l'écriture[33]. Le chapelain de Saulx fait « rappareiller le messaul » de la chapelle[34].

Nous ne connaissons pas tous les manuscrits que pouvaient posséder Eudes IV et la duchesse, mais ils avaient hérité de tous les livres que Mahaut d'Artois perdit lors de l'invasion des confédérés flamands à Hesdin, et pour lesquels fut adressée une réclamation au Parlement. Ces livres, dont on a l'inventaire[35], furent heureusement réintégrés dans la librairie d'Hesdin, et comprenaient une douzaine de volumes : Tristan, en trois volumes, le Roman des Faits d'Outremer, les Enfances Ogier, Mestre Tancré (Tancrède), le Roman du Renart, le Roman de la Violette, une Bible en françois, la Vie des Saints, le Roman du Grant Kan[36].

Ces ouvrages passèrent en la possession du dernier duc Philippe de Rouvre, qui, malgré son jeune âge, aimait les livres et surtout les enluminures. En 1354, il paie pour la chambre des comptes de Dijon, au prix de soixante sols tournois, « ung Kalendrier à III evangiles tout reliez en deux aiselles, couverts de parchemin et, à deux fermaux, ensemble un crucifiement d'or, d'azur et d'autres coleurs »[37]. On voit que « son escripvain », HUGUENIN LE FROIGUIER, de Dijon, ne pouvant enluminer un livre intitulé Vices et Vertus, appartenant au duc, était obligé de s'adresser à Belin, fils de feu Laurent, qui lui prit 24 florins pour ce travail d'ornementation[38]. La même année Raoul, chapelain de Philippe de Rouvre, était chargé de réparer ses Heures dont la reliure était en mauvais état[39]. Enfin, par ordonnance du 17 décembre 1359, le duc faisait payer quinze florins à Fourgues de Meaux, chapelain de la reine de Navarre, pour un Roman de la Rose et le testament de maître Jehan de Meun, « enluminés d'or et bien escripts », achetés pour le compte de Philippe[40].

Les protocoles des notaires nous indiquent encore d'autres écrivains dijonnais sous ce règne, comme JEAN DE SELONGEY, scriptor, demeurant à Dijon[41] ; JEAN FABRICE, de Paris, enlumineur, illuminator librorum, et sa femme Jeannette, qui vinrent s'installer à Dijon, en 1361, et prirent à loyer de Guillemette, veuve de Goule, une maison sise en la rue du Bourg[42]. Il faut croire que les travaux étaient alors nombreux puisque les artistes de la localité ne pouvaient suffire aux besoins de la commande.

Eudes IV avait installé à l'hôtel d'Artois à Paris Guillaume Joly comme garde des lettres et archives, office qu'occupait en Bourgogne Gui Raby, clerc des comptes, garde du trésor de la tour carrée de Talant. Ce Gui Raby, personnage assez notable, fut chargé de faire l'inventaire des titres et privilèges du comté de B. déposé à Poligny, et d'en rapporter des copies à Talant[43] ; plus tard, en 1356, Jean le Bon lui fit relever tous les titres relatifs à la monnaie d'Auxonne et aux droits contentieux du roi, de l'archevêque et du chapitre de Besançon[44]. Les archives ducales étaient en si mauvais état, et « si petitement hébergiées » que Gui Raby fut obligé de commander à Collin, tonnelier de Dijon, en 1354, trente caisses en bois de hêtre pour les mettre, et comme ces caisses ne suffisaient pas à dégager l'encombrement de la tour de Talant, on en commanda douze autres l'année suivante que l'on fit solidement ferrer[45].

On n'a pas à rappeler les achats qui paraissent dans les comptes, cahiers de papier, rames de papier à la forme, parchemins de veau, froncine, cire, bouteilles d'encre, achetés à Dijon, Troyes, Paris, Arras, etc.

Divers documents mentionnent des prix de manuscrits, suivant leur importance et la valeur de l'ornementation. Hugues de Bretenières, drapier à Dijon, achète un missel recouvert en cuir rouge pour cent sols[46]. Guillaume de Mâcon, de l'ordre des Frères-Prêcheurs, donne reçu de trois livres parisis pour avoir écrit un livre d'église destiné aux religieuses d'Arras[47]. Un chanoine de Nevers, Laurent de Mœrs, vend un bréviaire moyennant vingt florins[48]. Etienne, fils de Jean Arnout, de Saint-Broin, prêtre, s'engage, pour l'église de Minot, à faire écrire, noter, illustrer, illuminare, et relier un psaultier, comprenant toutes les litanies, toutes les hymnes de l'année, avec le premier verset noté, et un bréviaire d'été à l'usage du diocèse de Langres, le tout en bon parchemin dit « frecine », et par marché fait de 28 florins de Florence de bon or[49]. En 1354, Etienne d'Aunoire, religieux de Saint-Bénigne, vend au sous-prieur de ce monastère un bréviaire en deux volumes pour quarante florins, et l'acheteur lui laisse la faculté de s'en servir pour dire ses heures[50]. Vers la même époque, Laurent de Fontenelle s'engage envers Jean Le Lorrain, clerc et tabellion de la cour de Langres, à demeurer avec lui, à le servir, lui obéir, lui rapporter tout bénéfice pendant cinq ans, à condition que celui-ci le nourrira, le couchera, l'entretiendra, et lui apprendra l'écriture et la pratique[51]. Pendant l'invasion anglaise en Auxois, l'an 1359, un particulier ayant volé le bréviaire de l'église d'Annay-la-Côte, prés Avallon, est taxé à 30 fr.[52]. L'inventaire de Jean de Safres, doyen de Saint-Mammès de Langres, en 1349, indique un certain nombre de volumes, un Ordo à l'usage de Langres, relié en peau rouge, estimé deux gros ; un beau bréviaire noté en deux volumes, ornés de fermoirs d'argent, estimé trente florins ; un très beau missel noté en deux volumes, fermé par des agrafes d'argent très bien travaillées, estimé quarante francs d'or[53].

Les meilleures librairies se trouvaient dans les monastères, et quelques catalogues nous en ont été conservés, comme celui des Dominicains de Dijon, en 1307, qui possédaient 140 manuscrits, et dont la curieuse liste a été publiée[54].

C'est surtout par les testaments et les donations que l'on voit quel prix on attachait aux manuscrits qui sont presque toujours des livres d'église. Jean de Bourbon, archidiacre d'Avallon, lègue à Jean d'Autun, curé de Pouilly, plusieurs volumes de Décrétales, un livre de Sermons pour les dimanches, et des bréviaires en 2 volumes avec les psaumes (1299)[55]. Etienne de Limoges, clerc de Jean de Rochefort, évêque de Langres, donne par testament son bréviaire à Jean de Provenchère (1300)[56]. Gaucher de Saint-André lègue son missel à Saint-Lazare d'Avallon (1301)[57], Jean, curé de Tazilly, laisse ses décrétales à un de ses neveux, et son bréviaire à un autre (1304)[58]. Hugues de Pellerey lègue son psaultier à l'église de Pellerey (1349)[59]. Hugues de Roussillon, moine de Saint-Martin d'Autun, choisissant sa sépulture dans l'église de ce monastère, l'enrichit d'ornements, de vases précieux et de manuscrits (1333)[60]. Gille de Paisy, clerc, atteste que son oncle Félix de Coudun, chanoine d'Auxerre et lecteur de l'église, ayant légué sa bibliothèque au chapitre, il a emprunté ses livres se composant de dix-sept ouvrages, dont il donne l'énumération, avec distinction de ceux qui sont en froncine ou en simple parchemin de veau (1324)[61]. Jean d'Arcis, évêque de Langres, concède par testament quatre ouvrages à son église, un Collectaire écrit en grandes lettres, un Pontificale, un livre contenant les Offices des morts, et un autre contenant les Heures de la Sainte-Croix et celles de la Vierge (1344)[62]. L'obituaire de Saint-Vincent de Mâcon conserve le souvenir des bienfaiteurs qui ont laissé des livres à cette église, comme le chanoine Guillaume, auquel on est redevable de quatre ouvrages, le diacre Etienne de Vergisson, qui a donné un très beau bréviaire en deux volumes attachés au chœur de l'église par une chaîne de fer.

 

VII. — CUISINE ET TABLE.

Nous avons déjà donné (t. IV, p. 146), d'après le récit contemporain du moine Salimbene, le curieux menu d'un repas maigre offert à Sens au roi saint Louis, le 23 juin 1248 : d'abord des cerises, ensuite des pois nouveaux cuits au lait, des poissons et des écrevisses, des pâtés d'anguilles, du riz au lait d'amandes et au poivre d'Ethiopie, des anguilles accommodées avec une excellente sauce, des tartelettes, des tourtes, et une grande abondance de fruits, le tout ordonné avec soin et rapidement servi. Un siècle s'est écoulé depuis cette date, et nous possédons bien d'autres éléments d'informations sur la variété des mets et sur le menu.

On fait et on fera longtemps encore deux repas par jour, le dîner et le souper, sans compter le boire du matin souvent cité dans les comptes, mais auquel ou ne paraît pas attacher d'importance. Le dîner avait lieu après la messe, entre dix heures et midi ; le souper était presque toujours pris dans la localité où couchait le duc. A ces deux repas l'apparat était le même, et l'importance égale, au point de vue de l'honneur à faire aux invités.

La cour ducale trouvait dans chacune de ses résidences des approvisionnements, des « garnisons », dont le maître d'hôtel de service dressait un état toutes les semaines. Le porc y apparaît le plus souvent, et y figure sous toutes les formes, jambons, « eschines, oroilles, andoilles », puis le bœuf, le veau, le mouton ou chatron. Les veneurs ont soin d'entretenir à l'office des sangliers que l'on fait saler, et dont la viande est traitée comme celle du porc. On voit à l'article venerie que les cerfs, chevreuils, « connins » entrent pour une large part dans l'alimentation. L'ours est moins commun, et nous ne le trouvons mentionné que trois fois, de1327 â1357, dans la région rapprochée du Jura.

Les vaches fournissent des ressources variées pour l'alimentation. Dans certaines résidences où la duchesse entretient des troupeaux, des femmes sont spécialement chargées du laitage ; à Jugny, Perrenette est appelée « fromaigère de Madame ». Partout ailleurs on fabrique beaucoup de fromages, et en temps de guerre, on en fait provision dans les places fortes pour les gens d'armes chargés de les défendre. Pendant la dernière campagne du duc contre les confédérés francs-comtois, on expédie d'une seule fois 465 fromages qui arrivent à Poligny dans des tonneaux (Arch. du Doubs, B. 537). Le lait de brebis ne nous parait pas utilisé si abondamment qu'au XIIIe siècle, alors que l'emploi en est plusieurs fois signalé. La duchesse Alix de Vergy en faisait un fréquent usage, et Béatrix, comtesse de Chalon, passant, en 1222, un acte de pariage avec les religieux de La-Ferté-sous-Grosne, leur livrait 90 brebis, à condition que les produits seraient communs, et qu'on lui servirait des fromages sur sa table une fois par semaine.

La basse-cour des châteaux pouvait procurer des volailles pour les séjours de peu de durée, mais dans les circonstances extraordinaires, et pour les nombreuses réunions, les maîtres d'hôtel se mettaient en mesure de faire venir les « garnisons » nécessaires. Poules ou gelines, poussins ou poulets, oies, pigeons fournis par les colombiers du château, sont les mets les plus ordinaires. Les perdrix grises sont assez communes, les perdrix rouges sont plus rares et constituent un présent de choix. Mathieu Bedey, châtelain de Salmaise, envoie à Villaines, en janvier 1339, lors de l'arrivée de Jeanne de Boulogne, fiancée de Philippe de B., « vingt perdriz roiges. » (Arch. Côte-d'Or, B. 6036).

Dans les festins d'apparat figurent des faisans et des grues de mer, des paons et des cygnes, des hérons et butors. Jean de Thil offre deux cygnes à la comtesse d'Artois. En septembre 1330, le duc et la duchesse, lors de leur première entrée à Saint-Omer, reçoivent des bourgeois de la ville deux douzaines de butors et de hérons.

L'observation rigoureuse du carême, et l'abstinence de tout aliment gras pendard les jours maigres donne une grande importance à la poissonnerie. On achète des harengs par milliers, et les fournisseurs de Calais en envoient chaque année plusieurs centaines de mille à l'hôtel ducal. Pendant les dernières années du règne d'Eudes IV, on a divers marchés passés par le dépensier Jean Bourgeoise avec Jean Neus, de Calais, pour la fourniture de cent dix mille de harengs qui reviennent à 412 l. rendus à destination. Quand il prend fantaisie au duc d'envoyer un messager à Paris chercher des harengs frais, c'est un autre prix. Citons encore les morues, bars, merlans, maquereaux, soles, turbots, congres, pourpois, huîtres, et les plus estimés de tous, les esturgeons et les lamproies qu'on ne voit figurer qu'en cadeaux ; à plusieurs fois la duchesse en reçoit des expéditions, soit de la reine, soit du duc. Du château d'Hesdin ce dernier lui envoie un esturgeon en B. ; d'Avignon il expédie à Gray un autre esturgeon contenu dans deux barils. Ces expéditions, soigneusement emballées dans la glace, arrivaient eu bon état à destination. La glace n'était pas à l'usage de tout le monde, mais on peut mentionner le présent d'une charretée de glace envoyée à Ornans par la daine de Chaussin à la comtesse Mahaut, en juin 1327 (Arch. du Pas-de-Calais, Artois, A. 461).

Les nombreux cours d'eau et rivières du duché, les étangs d'Argilly, de Pontailler, Lantenay, Etalante, Montréal, La Thoison ou Montjeu, etc., les réservoirs ménagés dans chaque localité assurent les provisions de poissons d'eau douce, carpes, brochets, perches, tanches, anguilles, brème, truites, écrevisses. En 1349, la pêche de l'étang de Fondremand produit « roteille, lancirons, bremates, rotes, plançons, toinches, perchates, boichoz » (Arch. du Doubs, B. 122).

Les légumes et les fruits sont ceux dont nous parlons à l'article jardins, avec quelques produits exotiques comme les citrons et les oranges. De temps en temps, les forestiers apportent au duc des truffes trouvées par eux dans les forêts du duché. Nous pouvons citer quatre mentions de truffes offertes, provenant de Lantenay en 1344, de Châtel-Gérard en 1346, d'un cadeau offert en 1358 par Robert de Flacey à la reine, et pour lequel il reçoit vingt sols (Arch. Côte-d'Or, B. 318), et d'une autre gratification de quarante sols faite également par la reine et pour même objet à Etienne Jehannot, de Villiers-le-Duc (Idem, B. 1405, fol. 67, année 1357-8). Vingt ans plus tard, Philippe le Hardi avait à Villiers deux truffiers spéciaux, Nicolas Drouot et Thiébault, de Dijon.

Les espices de garnisons et les espices de chambre sont les mêmes que celles énumérées sous la comtesse Mahaut, et dont il est fait une énorme consommation. Mais parmi ces ingrédients épicés, il faut faire une place spéciale à un produit essentiellement dijonnais, fabriqué pour la première fois à Dijon, et dont les ordonnances municipales maintiennent avec soin le monopole et la bonne fabrication : la moutarde. Pour le moment, les officiers de la cuisine font eux-mêmes la provision de l'hôtel, et se chargent même de la provision de la reine de France, et la lui expédient à Paris dans des tonneaux (Arch. Côte-d'Or, B. 317). En 1354, Jean le Bon et la reine en font fabriquer une grande quantité à Dijon ; on achète du senevé que l'on fait moudre au moulin, du vinaigre, et quatre barils sont envoyés à Longchamp et à Paris (Arch. Côte-d'Or, B. 1307, fol. 37).

Les pâtissiers et oublieurs attachés à l'hôtel sont renommés pour la confection des tartes, tartelettes, pâtés, tourtes, oublies, galettes, « darioles, flaons ».

Les vins sont pris dans les celliers des vignobles de Bourgogne. Les vignes sont visitées et les caves soignées par des inspecteurs spéciaux : « à Regnaut de Gillans qui hay esté à Saulmaise por veoir se les vignes sont bien faites, et por visiter les vins en venoinges » (Arch. de la Côte-d'Or, B. 6036). Dans les grandes réceptions on voit figurer le grenache, le « claré » fait à l'hôtel, et pour lequel on emploie une poudre et des épices.

On fabrique aussi dans les cuisines du duc les torches et les chandelles, les torches de cire, les chandelles de suif, les chandelles de bœuf, et même des bougies avec des mèches de coton.

On connaît la composition des festins, la variété et l'amas considérable de mets qui les composaient, en lisant le détail des provisions faites pour l'arrivée de Philippe de Valois à Hesdin, en 1335, provisions dont beaucoup furent perdues par suite du retard de l'arrivée du roi : 55 bœufs, 64 porcs, 117 cochets, 194 moutons, 800 lapins, des milliers de volailles et de perdrix, 200 brochets, 422 brèmes, 500 carpes, 762 anguilles, 800 pipreniaus, 2.500 écrevisses, 450 fromages de Brie, 210 pâtés de mulets, 35 pâtés de brèmes d'eau douce, 242 pâtés de brèmes de mer et de lapins, etc. (Arch. du Pas-de-Calais, A. 548 et 549). Six voitures de « gelines » sont envoyées d'une seule localité, lorsque le roi vient à Dijon en 1336 (Arch. de la Côte-d'Or, B. 6034). On peut aussi voir les frais des festins donnés à Montréal. en 1348, lors des fiançailles de Jeanne, petite-fille du duc, avec le comte de Savoie.

Aux officiers de cuisine cités ailleurs on peut ajouter les noms de maitre Jean, de Guillaume, sire du Breuil, queux du duc, 1326 ; ale Perrenot le Guenelat, d'abord queux de la duchesse Agnès de France ; de Guédain, queux du duc en 1338 ; de Jean de Talant, maitre queux du duc, puis de son fils Philippe, en 1340. Eudes IV, voulant récompenser les services de cet habile cuisinier, l'exempta de taille, lui et les siens. Citons encore Robert de Roone, maitre de la cuisine, 1342 ; Jean de Bonestat, bouteiller, 1340-1360, qui reçut pour retraite la place de châtelain de Montbard ; Jacques de Vaudrey, bouteiller, 1344 ; Girard du Meix, bouteiller et maitre de la cuisine de la duchesse Jeanne, 1346-1347 ; Oudot de Léry, cuisinier de la reine Jeanne de Boulogne, 1354-1356.

 

VIII. — JEUX ET DIVERTISSEMENTS.

Les seuls jeux signalés dans nos comptes sont ceux de la paume, des échecs, des dés et des taubles, qui correspondait à notre trictrac ; le plus souvent la nature du jeu n'est pas indiquée.

Le 10 octobre 1326, le duc perd en jouant avec le roi Charles IV, à Château-Thierry. Le 31 du même mois, il perd 27 livres à Essommes avec te même (p. 118). Le 15 et le 25 mars 1327, il perd de nouveau deux fois, 20 florins de Florence et 30 l. t. (p. 123). Le 12 août 1344, Ph., comte de Boulogne, pour passer le temps à Toulouse avec Jean le Bon, perdit 14 écus d'or qui lui furent remis par Hugues de Vienne (p. 410). On n'indique pas les personnages avec lesquels Philippe jouait aux taubles à Aire, Desvres, etc. (p. 363-364).

Les achats et les réparations de jeux sont souvent mentionnés ; on achète un échiquier, un taublier, des bourses en cuir pour mettre les échecs, deux paires de taubles pour Jugny, un jeu d'échecs pour Hesdin, trois paires de jeux pour le château d'Aisey, des pois à peser florins, cent jetons, et comme ces jeux suivent le duc en voyage, on est forcé assez souvent de les faire « raccoustrer ».

Au château, les gentilshommes et les damoiselles se piquent tous de connaitre les échecs. Pendant les longs sièges de forteresses, les chevaliers « s'ébattent à joer aux dés, et vont de tente en tente pour soy esbattre en leurs belles robes ». La Chronique de Jean le Bel, chap. LI, et Froissart, chap. CLXVIII, racontent une curieuse partie d'échecs entre Edouard, roi d'Angleterre, et la belle comtesse de Salisbury, qui avaient mis chacun leur anneau d'or en gage. Par galanterie, le roi s'arrangea pour perdre la partie, et l'on fit ensuite venir les épices et le vin que les deux partenaires prirent ensemble ; mais la comtesse refusa de prendre l'anneau du roi qui fut donné à l'une des dames de compagnie.

Le duc et tous les seigneurs ont des musiciens attitrés qui font partie de la domesticité et sont chargés de charmer les loisirs de leur entourage. Il n'est pas de fête, de festin et de solennité quelconque sans la participation des ménestrels, trompeurs, harpeurs, taboureurs, corneurs, chanteresses, bateleurs, joueurs de vielle, d'orgues, de harpe, de fretel ou flûte de pan, balestiaus ou montreurs de bêtes sauvages, etc., suivant l'importance de la cérémonie, et le nombre de ceux qui y prennent part. Il y avait encore beaucoup d'autres instruments de musique à cette époque, si l'on s'en rapporte à la pièce de Guillaume de Machault, intitulée le Temps pastour (V. Ann. de la Soc. de l'hist. de Fr., 1839, p. 186).

En 1315, le duc Hugues V léguait par testament 60 l. à son ménestrel Quarré, et 30 l. à Humbelot, ménétrier de Robert de B., son frère. Nous connaissons les noms de plusieurs ménétriers d'Eudes IV, Brisegan, en 1327 ; Morand, en 1338 ; Chantereau d'Estalante, en 1344 ; Robin ou Robert de Cayrol', d'abord ménétrier du roi, en 13.20, et que l'on appelle ensuite le roi des ménestrels, en 1344. Le duc possédait dans son château d'Hesdin des orgues à demeure, installées depuis longtemps sous la comtesse Mahaut, et dont on fait à diverses reprises réparer les soufflets. Le manuscrit 701, supp. lat. Bibl. nat. conserve un dessin de ces petites orgues portatives. Le duc traitant Jean le Bon à Toulouse le 16 août 1344, fait donner trois écus d'or au maitre des orgues ; en 1348, Laurent, maitre des orgues de Dijon, achète une maison rue « ès Noirots ».

Lorsqu'un seigneur entrait pour la première fois dans une ville, ou prenait possession d'un domaine, on venait au-devant de lui avec des ménétriers, trompeurs, corneurs ou nacaireurs pour lui donner une aubade. Une compagnie allant en chevauchée était toujours accompagnée de joueurs d'instruments. En 1341, un ménétrier et un corneur précèdent une compagnie de 68 hommes, et deux ans après, on retient un ménétrier pour desservir les gentilshommes de la garnison de Vesoul perdant tout le temps de la guerre.

Nous avons donné le détail des fêtes et festins auxquels assistaient des musiciens ; les « chanteresses » agrémentaient le repas des hommes, tandis que les dames applaudissaient le roi des ménétriers et ses compagnons. Nous avons même l'exemple de poésie débitée au tournoi de Villeneuve-les-Béziers, et d'un motet, dont le duc avait récompensé l'auteur. Quand les seigneurs allaient en déplacement rendre visite dans les châteaux du voisinage, les ménétriers de leur maison faisaient partie de l'escorte et étaient les bienvenus dans la société de ces demeures hospitalières, où ils trouvaient bon gite et bon accueil, et où ils étaient certains de trouver une honnête récompense.

C'est ainsi que les dépenses signalent des dons à Surbiat, ménétrier d'Hugues de Bourgogne-Comté ; aux ménestrels du roi Charles le Bel, à Pontoise et à Juvisy-sur-Orge (1327), à Imber de Beauvais et Lucas, ménétriers venus du château d'Hesdin pour fêter l'arrivée du duc et de la duchesse de B. (1328) ; aux ménétriers du sire de Luzy, du sire de Montmartin, du roi de Bohème de G. de Frise, du comte de Bar, du duc de Bourbon, etc.

Avec les joueurs d'arbalètes, d'épée et d'autres instruments qui procurent à la société des distractions après les repas, on trouvait encore dans certaines résidences bien montées des pièces articulées, « des engins d'ébattement », destinés à faire des surprises aux personnes présentes et que l'on mettait en mouvement, au moyen de ressorts cachés. Il existe encore, à notre connaissance, un monument de ce genre au musée de Soleure ; c'est un chevalier de grandeur naturelle, armé de toutes pièces, qui arrose irrévérencieusement les personnes qui s'en approchent, lorsqu'on fait mouvoir un ressort dissimulé sous la cuirasse.

Les engins de ce genre qu'Eudes IV possédait à Hesdin lui venaient de la comtesse d'Artois ; un arbre, un éléphant, un bouc, des singes relégués dans un pavillon spécial. Le tout était peint, habillé et entretenu par le peintre Laurent de Boulogne, et les comptes relatent la sollicitude du duc pour la mise en état de ces pièces : « à Laurent de Boulogne, maitre des engins et des pointures du castel d'Hesdin » (1332) ; au même « pour ouvrer à l'otiffant et au bouk tant de pointure comme d'estoffes » (1335) (Arch. du Pas-de-Calais, Artois, A. 521 et A. 548), etc.

Doit-on compter au nombre des divertissements, les joutes et tournois, puisque ces exercices étaient le complément de toute fête sérieuse ? Mais on indique rarement s'il s'agit d'une joute ou d'un tournoi, malgré la différence entre ces luttes chevaleresques. On ne peut que rappeler un tournoi à Compiègne, en 1316 (Artois, A. 342), des joutes à Lambres, en 1339 (Artois, A. 581). En 1340, Jean de Fontaines et Renaud d'Aubigny accompagnent le duc au tournoi de Meaux (Artois, A. 613). Tournoi à Compiègne, février 1344 ; tournoi à Villeneuve-lès-Avignon, juin 1344 ; joutes à Villeneuve-les-Béziers, juillet 1344 ; projet de joutes à Toulouse non mis à exécution, août 1311 ; tournoi de Compiègne, février 1345, et assurément beaucoup d'autres que l'absence des comptes ne permet pas de signaler.

 

IX. — VÉNERIE ET FAUCONNERIE.

Le duc Eudes IV eut une influence trop prépondérante sur la direction de la conduite et de la jeunesse de Jean le Bon, son neveu, pour ne pas lui avoir inculqué de bonne heure la passion extrêmement vive qu'il éprouvait pour la chasse, la vénerie et la fauconnerie, passion que possédait également à un très haut degré Philippe, comte de Boulogne. Gasse de la Bigne eût pu appliquer à chacun d'eux les vers qui terminent son poème des Déduicts de la chasse :

Quo Diou li pardoint ses deffauts

Car moult ama chiens et oyseauts.

Les officiers de la vénerie ducale regardaient leur charge comme une création d'intérêt public, car le peuple « estoit si foulé qu'il ne leur demouroit nuls vivres aux chans pour la multitude des pestes saulvages ». Aussi de temps immémorial, leurs droits s'étendaient sur les habitants des villages voisins de la chasse, qui étaient tenus à toute réquisition de faire le service de traqueurs et de transporter le gibier. Ces chasses étaient fréquentes, et, dans les circonstances particulières, on mobilisait une partie du personnel, lors d'une chasse au chevreuil pour la venue du roi, pour la gésine de madame, pour un mariage, etc. En 1350, après la mort d'Eudes IV, la reine tutrice de Ph. de Rouvre envoie son veneur Perrin de Chivres en Bourgogne ; la même année Jean le Bon fait venir ses veneurs Guillaume Poulain, chevalier, Huet de Ventes, Paignole et Robert de Mondetour pour chasser le cerf dans la forêt de Villiers, avec l'aide de Guillaume Maillart et de Jean Abraham, anciens veneurs d'Eudes IV (Arch. Côte-d'Or, B. 6596).

Les chiens de la vénerie ducale étaient de nature différente, suivant l'usage auquel on les destinait ; chiens de Bourgogne et chiens d'Artois, chiens pour le cerf, mâtins pour sangliers, petits chiens pour le renard et le lapin, etc. L'ensemble de ces meutes, comprenant plusieurs centaines de chiens, n'était jamais au même endroit, mais disséminé dans les divers bailliages du duché, et se déplaçait suivant les circonstances ; on avait des meutes à Argilly, Aisey, Lantenay, Aignay, Sarry, Salmaise, etc.

Les veneurs, chargés du recrutement et de l'accroissement des meutes, renouvelaient les races que l'on faisait venir de loin. Nous constatons des achats en Artois de 13 chiens de pays, en 1332 ; un achat de 10 chiens courants à Avesne, un autre de 84 chiens de même provenance, en 1336. On envoyait de tous côtés chercher des chiens « pour le porc », car à chaque attaque de sangliers, on perdait les meilleurs et les plus vigoureux sujets, dont l'absence compromettait la résistance de la meute.

Le duc ne voyage jamais sans ses lévriers qu'il emmène ainsi que ses faucons, soit dans ses promenades, soit dans ses chevauchées. Et quand un de ses chiens favoris est égaré, il envoie à sa recherche. C'est l'usage au moyen âge pour les chevaliers de se faire accompagner par l'équipage de chasse. Mile de Noyers, se rendant, en 1338, au mandement du roi à Péronne, est suivi de ses fauconniers Rennequin et Henriet, et de ses veneurs. La dépense porte les frais des valets de chiens, l'achat de poules et de cœurs de porcs pour les faucons.

Les chiens sont nourris avec de la farine d'orge et des viandes diverses. Le plus souvent on achète des chevaux hors de service ; on envoie de Montbard des vaches pour les chiens courants à Salmaise (1339). Les valets de service, ayant droit aux cous des cerfs pris les cèdent quelquefois pour la pâture des chiens ; en 1346, les valets de Sarry cèdent 19 cous de cerfs aux veneurs Géofroy et Abraham, « pour ce que les chiens n'ont plus de pain ». Certains seigneurs avaient des équipages bien montés. Il fallait plus de 500 bichets d'orge au château de Noyers pour nourrir la meute.

Au nombre des veneurs, citons Pierre et Hugues, auxquels le duc Hugues V lègue par testament, en 1315, une somme de 100 livres ; Jean de Quarrées (1326-1340), Jean Abraham (1330-1335), dont le sceau portait un limier passant devant un arbre ; Guillaume Maillart (1349), Perrenot Compagnot, Géofroi, dit Mottot, de Perrigny (1335-1343), auquel Eudes IV donna, en considération de ses services, la chapelle, la maison et les dépendances de Villiers.

Les veneurs étaient aidés par les forestiers de la gruerie répartis dans les diverses régions boisées, dont le personnel se composait de 88 forestiers, en y comprenant 9 maîtres. Le duc avait encore à son service des louvetiers, goupilleurs, ostriciers, oiseleurs, laceurs, tendeurs, loutriers, qui tous avaient des petits sceaux particuliers et distincts.

Dans une cour aussi nombreuse que la cour de Bourgogne, les plus gros animaux ont de la valeur. On tue une grande quantité de sangliers ; 6 cerfs sont pris dans une seule chasse ; au relais de Sarry seulement une vingtaine de ces animaux sont le résultat de quelques chasses. En 1353, on envoie à Adam de Cocherel, chevalier, maître d'hôtel de la reine, alors à Pont-Sainte-Maxence, 25 sangliers et 6 cerfs provenant des forêts de Bourgogne (Arch. de la Côte-d'Or, Peincedé, t. XXIII, p. 63). Les cerfs étaient salés comme les sangliers, et leur peau servait à faire les gants des officiers de la vénerie. Chaque semaine, le maître d'hôtel de service faisait l'inventaire des provisions et garnisons de l'hôtel. Lors des déplacements de longue durée, le duc emmenait le gibier salé pour la nourriture de la suite ; dans une des chevauchées de Flandre on charge sur des chariots « XLIX bacons de sangliers, VI couharz de cer, VII arnpes de cerf, VIII costez de cer », etc., on embarque 6 sangliers lors du voyage d'Avignon, en 1344. D'autres animaux étaient nourris dans des parcs où il était facile de les prendre ; à Aisey, le bois de la montagne voisine était entouré de murs, et peuplé de daims, de cerfs et de toute espèce de gibier. Nous n'avons que trois mentions d'ours dans la région de l’Ain ; la première est de 1327, la dernière est fournie en 1357, par le châtelain de Leaz qui signale la prise d'animaux sauvages et d'ours, dont le fisc prenait les quatre pieds et les boyaux (Arch. de la Côte-d'Or, B. 6962).

Les dons et cadeaux de « venoison », toujours bien accueillis par les destinataires, figurent très souvent dans les comptes : daim offert à la comtesse Mahaut, 1328 ; 5 daims offerts au comte de Flandre, 1329 ; sangliers envoyés au duc à Arras, 1332 ; valet de Mme d'Alençon apportant présent de venoison, 1330 ; 4 sangliers donnés au cardinal de Boulogne, envoi de venoison de cerf à Mme d'Athènes, etc.

Les tendeurs et laceurs faisaient des panneaux et des pièges pour prendre les lapins et renards « connins et goupilz ». Ceps panneaux de grandes dimensions avaient parfois 45 toises de long, et plusieurs mis bout à bout embrassaient une large étendue de terrain. Pour les lapins, on employait aussi les furets, « pour ce que le bois estant couppé on ne pouvoit prendre les convins sans fuirès ». On prenait les lièvres de la même manière quand on n'employait pas les lévriers ; le pelage de leurs cuisses servait à faire des couvertures et des fourrures « de blanches cuisses de lièvres blancs ».

Les loups fort nombreux à cette époque étaient les ennemis les plus redoutables des forêts. Ils s'attaquaient non seulement au gibier et au bétail, mais à l'homme qui n'était pas suffisamment armé pour se défendre. Longtemps plus tard, en 1378, on voit Philippe le Hardi donner vingt sous « à un povre home qui avoit le bras mangié des loups ». On comprend donc quel intérêt les populations portaient à la destruction de ces malfaiteurs dont la tête était mise à prix ; on payait une prime de 12 sols pour une louve, dix sols pour un loup, et trois sols pour un louvard.

Les louiers ou louvetiers spéciaux, plus particulièrement chargés de ce soin, se servaient soit de ceps ou pièges, soit de poudres empoisonnées dont la com- position nous est inconnue. En 1354, on commande à Saint-Florentin dix panneaux « à pranre loups », que l'on conduit à Montbard ; mais le plus sûr moyen de s'emparer de ces animaux consistait à creuser des trous très profonds recouverts par de légères baguettes et par du feuillage, sur lesquels on attachait, des volailles, et principalement des oies ; on tuait à l'épieu les animaux tombés dans la fosse. C'est ainsi que l'on prend 106 loups, louves et louvards, pendant six mois de l'année 1354 ; 4 à Villiers, 2 à Vanvey, 7 à Châtel-Gérard, 11 dans les bois d'Autun, etc. Dans le petit parc d'Aisey, il y avait un piège à loups appelé « cognissière », consistant en une enceinte de murs, munie d'une seule porte qui se fermait exactement, en tirant une corde attachée à une bête morte. Les loups, attirés par un appât qu'ils trairaient, s'enfermaient eux-mêmes dans cette enceinte.

La fauconnerie n'était pas moins en honneur que la vénerie, et Eudes IV parait avoir mis autant d'ardeur à se procurer des « oyseaulx » qu'à se procurer des chiens. La perte d'un faucon lui cause la même inquiétude que celle d'un lévrier. En 1326, alors qu'il a pour fauconnier Guiot de Villenaut, il donne 41 sols 6 deniers pour envoyer à la recherche d'un faucon perdu. En 1340, c'est Alexandre de Blaisy qui lui retrouve un autre faucon dont il regrettait vivement la perte.

C'est que les oiseaux de haute volerie dressés pour la chasse avaient une grande valeur, on les payait cher. En 1352, le gouverneur de Bourgogne achète six livres un « faulcon gentil » et quarante sols un tiercelet. Les rochers de Baume-les-Dames fournissaient depuis longtemps des oiseaux de chasse aux chevaliers bisontins ; cette localité fut utilisée par Eudes IV, lorsqu'il prit possession du comté, et il y mit son fauconnier, qui devait surveiller les nids de l'aire de Baume, et au besoin nourrir les petits.

Le duc Robert Il avait établi une fauconnerie près de Beaune ; Eudes IV en avait également une à Maisey, « la mue de Maisey » ; les oiseaux qu'on y élevait étaient conduits à Villiers, où le dressage et l'éducation avaient lieu. En 1348, Colinet de Verrey était chargé de « muer les faulcons et oyteurs de Maisey », depuis le 15 mai jusqu'au let septembre, sous l'inspection des fauconniers du duc. Près d'Aisey s'élevait un bâtiment appelé « les loges », habité par les oiseleurs et les gardes des bêtes du parc.

On faisait aussi venir des oiseaux bien dressés des pays éloignés. En 1343, Martin de Chartres, lieutenant du bailli d'Arras, reçoit 16 florins pour aller à Bruges acheter deux autours ; l'année suivante, on en fait venir du Languedoc. Ceux que l'on prenait en Bourgogne et qui étaient assez jeunes pour être dressés et « affaitiez » étaient également recherchés. En 1334, Hue Roussel reçoit une prime pour avoir apporté un faucon « qui estoit bien et sauvement » en 1336, un valet porte de Salmaise à la duchesse, alors à Montcenis, deux éperviers et un émouchet pris dans les bois. Chaque compte mentionne diverses indemnités accordées pour des oiseaux de proie saisis dans les forêts.

On trouve, au nombre des fauconniers d'Eudes IV, Guiot de Villenaut, 1326 ; Baudoin, 1340 ; Guiot de Quarrées, 1348-1351 ; Baudey, 1337-1348. Deux de ses fauconniers sont cités en Artois, Thomas, 1338, et Bernard, 1342. Philippe, comte de Boulogne, dont la passion pour la fauconnerie n'était pas moindre que pour la vénerie, eut pour « bien amé ostricier » Jean de Manville, qui parait avoir eu une certaine célébrité, et était chargé de lui procurer à tout prix les faucons et autours qui lui étaient signalés. Nous ne citerons que ce billet de Philippe à Robert de Lugny, gouverneur d'Artois « on nous a donné à entendre qu'il ha un blanc hostier à Bruges, et mandons au receveur qu'il delivre notre bien amé valet Manville, afin qu'il le puisse aller guerre » (Arch. du Pas-de-Calais, Artois, A. 639).

Pour s'attirer les bonnes grâces du suzerain, les seigneurs avaient soin d'offrir parfois des oiseaux de haute volerie. En 13e, le duc reçoit un faucon de Marie de Châteauvilain, dame d'Epoisses, veuve de Guillaume de Mello ; ailleurs on lui offre des faucons pris en l'aire de Baume, des autours, des éperviers, des émouchets ; d'Auxerre on lui envoie un autour ; Thomas le fauconnier lui apporte un faucon. La veuve de Philippe, devenue reine de France, lors de sa venue à La Perrière, donne six florins à un oiseleur, « pour cause d'un faulcon gentil » qui lui est présenté.

Les tendeurs étaient chargés de détruire les oiseaux de proie qui faisaient la guerre au petit gibier, et leur profession, qui n'était pas une sinécure, était assimilée à celle des officiers de la fauconnerie. On n'avait pas seulement à redouter les faucons, les autours, tiercelets et éperviers, les aigles étaient communs, et commettaient des ravages dans les plaines, les forêts et surtout les étangs. Chaque année on en prenait à Argilly, Montréal, La Toison, Estalante, etc., et une prime était due à ceux qui parvenaient à s'en emparer : « V sols à Pourot Menu, pour une grosse aigle prise seur l'estan d'Argilley ; VI gros au forestier de Villiers pour la prise de deux petits aigles de la maulvaise aigle qui mangent et dégastent les poissons des estans de la forêt de Villiers » (Arch. de la Côte- d'Or, B. 10.421).

Si les loups étaient les animaux les plus dangereux pour les plaines et les forêts, les loutres étaient les plus redoutables braconniers des rivières et des étangs, et l'administration ducale avait un service organisé pour en faire la chasse. La prime de chaque animal détruit était de dix sols ; on les prenait, soit avec des chiens, soit avec des claies ou engins que l'on tendait sur les cours d'eau. Vienot d'Arceau et Jean le Bouquerat, pie Fouchange, « lourriers mgr le duc », faisaient, rarement des déplacements infructueux, et réussissaient parfois à prendre sept ou huit de ces amphibies dans une seule séance. (Voir aussi E. Picard, La Vénerie et la fauconnerie des ducs de B.).

 

X. — ÉCURIE.

Dans une cour aussi nomade que celle du duc le service de l'écurie avait une extrême importance, et dans les voyages incessants hors du duché, le logement et le soin des chevaux étaient une grosse affaire. Les chevaux prenaient des noms différents suivant l'emploi auquel ils étaient destinés ; les grands chevaux, destriers pour la bataille, coursiers de tournois, palefrois et haquenées pour les dames, roncin et chevaux communs pour les hommes de service, mulets pour les litières et les sommiers.

On désignait les chevaux par les marques extérieures qui pouvaient les reconnaître, et principalement par la couleur de leur robe, bai, bai-brun, estellé, morel ou noir, roux, roux liart, brun, fauve, pommelé, etc. C'est ainsi du reste que l'on distingue les bêtes à cornes. Voici un marché passé moyennant vingt livres pour l'achat de deux vaches, trois veaux et six bœufs, indiqués de cette manière, un a genellum », un charbonneau, un fromentin, un rouge, un feuillé et un rose rouge (Arch. de la Côte-d'Or, Protocole des notaires, B. 11.232).

Les chevaux communs sont d'un prix qui ne dépasse guère 30 ou 40 livres, mais les destriers et les grands chevaux se vendent cher. Le chiffre maximum que nous ayons relevé est le cheval bai de 300 livres acheté, en 1313, par Hugues V, lors de sa promotion à la chevalerie. Eudes IV, grand amateur de chevaux, était obligé de les renouveler souvent à la suite de ses chevauchées, sans compter ceux qu'il devait remplacer aux vassaux qui participaient à ces expéditions. A la bataille de Saint-Omer, il eut 403 chevaux tués appartenant à ses féodaux, d'après le compte de Barthélemi du Drac. En 1340, il avait quarante-trois valets pour ses grands chevaux à Arras, et vingt-deux de ces coursiers furent conduits de cette ville devant Angers un peu plus tard. En 1325, Eudes IV était en relation avec Saladin, marchand de Lucques, qui lui faisait venir des chevaux de Milan ; en 1345, il achète d'un marchand de Navarre, moyennant 260 1., deux chevaux, l'un gris, l'autre morel, destinés au tournoi de Compiègne ; il mande aux échevins de Béthune de payer 200 l. p. pour un autre cheval.

Le jeune et intrépide Philippe, comte de Boulogne, était encore plus entraîné que son père par l'amour des chevaux, et faisait payer à tout prix les plus beaux qui lui étaient signalés. En 1342, il mande au gouverneur d'Artois de verser 400 l. p. à Englebert et à la veuve de Gille Crespin pour prix de deux coursiers qui lui avaient été livrés ; une autre fois il fait donner à Jean Annecy, bourgeois d'Arras, 220 l. p. pour un cheval « bai brun bausain d'un pié d'arrier ». Le 26 juin 1344, il prête à Laurent de Hardentun un grand cheval morel « pour sir sus au tournoy à Aire » (Arch. du Pas-de-Calais, Artois, A. 639).

Les montures des officiers du duc étaient d'un prix beaucoup plus modéré. Eudes IV fait payer à son dépensier Hélie Bourgeoise 44 l. p. pour le roncin sur lequel il chevauchait pendant la guerre du comté, et qui fut tué à « Grant Fontaigne » : en 1310, il autorise un de ses baillis a mettre jusqu'à 90 l. pour un palefroi destiné au même Hélie Bourgeoise. Jean d'Andresel, chevalier et chambellan du roi, servant le duc au siège de Chaussin, est remboursé de cent livres pour un cheval qu'il y perdit. Philippe, comte de Boulogne, fait remettre à Dantot, son ménétrier, un roncin de 20 l. ; le duc donne à un autre un roncin tout brun de 22 l., etc.

Un beau coursier est le plus agréable présent que l'on puisse faire dans des circonstances solennelles. On a vu le pape Clément V1 en offrir deux au duc et un à son fils ; le comte de Flandre en donne un à chacun d'eux ; Gautier de Brienne, duc d'Athènes, également ; Gui de Montfaucon, le cardinal des Ursins en donnent un au comte de Boulogne, etc.

Les valets d'écurie sont nombreux, car dans certaines solennités, comme au mariage de Jeanne de Bourgogne à Montréal, le jour de la Pentecôte 1348, le comptable accuse la présence de 450 chevaux, et il faut doubler et tripler le personnel de service ordinaire. On exige de ces valets le plus grand soin pour les animaux dont ils ont la garde, et les dépenses portent, des achats de miel, de saindoux, d' « oignements », poudres, épices, et même d'une grande quantité de vin, qui n'était peut-être pas entièrement utilisé, comme cela est dit, « pour laver les gambes des chevauls ».

Parmi les officiers d'écurie citons Pierre d'Epinay, écuyer de la duchesse, 1327 ; Henriet d'Argilly, valet de sa litière, 1334 ; Thibaut de Villerval, maitre de l'écurie de Philippe, 1342 ; Hugues de Chaton, maréchal et garde des chevaux, 1331 ; Gauterot de Dijon, maréchal du duc, 1338 ; Jean de Coublanc, maitre de l'écurie, 1338-1340 ; Jacques de Corbie, maréchal du duc, 1336-1340 ; Gautier, maréchal des grands chevaux, 1340 ; Milot Forgeot, Jacques de Saint-Loup, maréchaux de l'écurie, 1347 et 1349.

 

XI. — MÉDEC1NS ET APOTHICAIRES.

Les habitudes d'une nourriture substantielle, de mets extrêmement épicés, de vins capiteux qu'il était alors malséant de mouiller, déterminaient des attaques de goutte chez les grands seigneurs du XIVe siècle, malgré l'activité d'une vie mouvementée et des exercices violents. C'est ce que nous avons constaté pour Philippe le Hardi, qui fut fréquemment atteint de douleurs occasionnées par cette maladie ; il en mourut, ainsi que sa femme, Marguerite de Flandre. A l'âge de trente-sept ans, Jean sans Peur était déjà arrêté par la même maladie, et fut retenu deux mois à Bruges par « un maul de jambe ».

Antérieurement, Mahaut, comtesse d'Artois, était décédée, en 1329, à la suite d'attaques répétées qui paraissent avoir la goutte pour cause. Eudes IV en était aussi atteint ; les blessures reçues au Mont de Cassel, en 1328, à la bataille de Saint-Omer, en 1340, n'avaient fait qu'aggraver la violence des attaques qui se reproduisaient si souvent dans les dernières années de sa vie. Ces fâcheuses prédispositions, jointes au fléau épidémique qui sévissait avec tant de violence, l'emportèrent presque subitement à Sens, le 3 avril 1349.

Les abondantes saignées que l'on faisait plusieurs fois par an, et qui n'étaient pas pratiquées avec assez de discernement par le barbier, produisaient des effets contraires à ceux que l'on attendait.

La science des médecins n'était guère plus efficace que celle des barbiers. Ce n'est pas le sang de dragon ou l'extrait des peaux de renard, dont le physicien se faisait de belles fourrures et de chaudes couvertures, qui pouvaient avoir de l'action sur le malade. Que penser de la crédulité de cette époque, quand une duchesse envoyait consulter des devins pour savoir qui lui avait dérobé ses joyaux, et croyait à l'efficacité du livre de St Vivant de Vergy auprès de son lit pour la bonne réussite de ses couches.

Le duc Hugues V avait pour médecins Jean de Vézelay, en 1311, Lambert de Vitteaux, en 1312, et dans son testament fait des legs aux chirurgiens Gautier, Gui Baudot, Hugues de Nogent, et aux physiciens Guillaume de Champdivers et Martin de Fleurey, « por lour poines et lour labours que il hont sustenu à nos visiter ».

Plusieurs de ces personnages continuèrent leur service à la cour ducale, et eurent une certaine célébrité. Hugues de Nogent est gratifié d'une donation par les dernières volontés de la duchesse douairière, Agnès de France, en 1323, et fut appelé plusieurs fois pendant les dernières maladies d'Eudes IV. Martin de Pâques, qui est peut-être le même que Martin de Fleurey, figure aussi comme physicien de la fille de saint Louis, en 1325. Vers la même époque, Guillaume de Champdivers était passé au service de la duchesse Jeanne. Le physicien Girard, originaire de Bar-le-Duc, nommé parfois le Lorrain, est souvent cité dans nos comptes ; il accompagnait le duc Eudes IV dans ses voyages, et ne le quitta guère à la fin de sa vie, alors qu'il était arrêté par des douleurs pendant plusieurs mois dans ses domaines de Bourgogne. Le duc avait la plus grande confiance dans le talent et l'habileté de cet opérateur, et l'envoyait en consultation pour soigner les personnes notables de la famille. En 1340, il lui avait donné le soin de guérir les blessés à Lens après la chevauchée de Saint-Omer. En 1341, il l'avait envoyé auprès du comte de Bar, très gravement malade à Vincennes. L'année suivante, il manda au bailli d'Aire de payer les frais de maladie de son cousin le sire de Châteauvilain, auprès duquel il laissait son physicien Girard de Bar. Eudes IV fit diverses donations à ce fidèle serviteur qui n'était pas encore décédé, en 1354, et lui abandonna une maison et dépendances, le Val-Suzon, etc.

Tous les officiers et les valets de l'hôtel étaient soignés aux frais du duc, et envoyés dans des résidences isolées où l'on pouvait les guérir plus commodément. Parfois, on passait un marché à forfait, témoin ce contrat négocié par le maitre d'hôtel Hugues de Montjeu avec un chirurgien, qui, moyennant cinquante sous, s'offrait de guérir le messager Le Piquart, qui du reste ne put être guéri.

La pratique de la médecine n'exigeait pas une grande préparation et de longues études, et ceux qui l'exerçaient ne nous inspirent pas beaucoup de confiance. Voici un contrat d'apprentissage passé par Pierre, de Dijon, médecin, qui, moyennant trois années de service que lui promet Alardet, fils de Jean de Fauverney, aussi médecin, s'engage à le nourrir, à le coucher, à l'entretenir de chaussures, et à lui apprendre l'art de la médecine (Arch. de la Côte-d'Or, Protocole des notaires, B. 11,233, acte de 1343). Le même Pierre, physicien, voulant émanciper son dernier fils, se présenta, selon la coutume, devant le lieutenant du chancelier, et le dota d'un florin d'or et d'une émine de froment (Arch. de la Côte-d'Or, Protocole des notaires, B. 11,242). Trois ans d'études, c'était peu pour une telle profession, alors que nous avons des contrats d'apprentissage de bien plus longue durée pour des tisserands, cloutiers, chaudronniers, boulangers, bourreliers, etc. (Voir les Protocoles des notaires).

D'autres praticiens paraissent dans nos comptes : Guillaume Goux, chirurgien à Poligny, 1336 ; Mairet, physicien, 1336 ; Jean de Vesoul, chirurgien, qui soigne le valet de Guillaume de Vienne, sire de Roulans, « qui avoit brisié la chambe », 1345 ; Nicolas, physicien de l'hôpital de Tonnerre, 1344 ; Pierre Bérart, physicien de Troyes, qui guérit Mile de Noyers, bouteiller de France, des blessures reçues à la bataille de Crécy ; André de Poiseul, Hugues de Mérey, physiciens à Dijon.

Les apothicaires ne sont pas moins nombreux. Guichard occupait à Dijon, en 1315, une maison rue des Changeurs, sise près de celle de Guillaume Aubriot ; Aimonin Longin, 1316 ; Jacques de Trocheres, apothicaire à Dijon, 1343 ; Guéniot, épicier et apothicaire à Dijon, auquel succéda sa veuve Marguerite, en 1347 ; c'est chez elle que l'on se servait à l'hôtel ducal, et que l'on prenait des remèdes « contre l'epedimie ».

Quand on avait besoin de produits moins communs et plus difficiles à se procurer, on s'adressait à Paris. Renier Johannin, originaire d'Italie, s'intitule, en 1329, apothicaire du duc à Paris. Mais l'apothicaire le plus achalandé de cette ville était Pierre Pommier, qui avait une grande réputation et une maison déjà ancienne, car il parait plus d'une fois dans les comptes de Mahaut d'Artois, et dès 1312, lorsque cette comtesse lui fit cadeau de deux hanaps pour donner à ses deux filles. Pierre Pommier prolongea longtemps son existence, et conservait encore la pratique de l'hôtel d'Eudes IV, en 1344.

Nous ne nous chargeons pas d'indiquer la composition des sirops, poudres, laxatifs, « électuaires, oignemens, tisaignes », et autres ingrédients d'« apoticarerie ».

 

XII. — ÉTOFFES ET VÊTEMENTS.

Le luxe des vêtements à la cour ducale nécessitait un service spécial de tailleurs, merciers, brodeurs, fourreurs, dont la dépense entrait pour une large part dans les comptes du budget. Nous croyons qu'à la fin du XIVe siècle le luxe des costumes n'était pas aussi grand et que la dépense était moins considérable qu'à l'époque dont nous nous occupons ; la guerre de cent ans n'a pas dû profiter à des industries que les seigneurs n'étaient plus assez riches pour favoriser.

On a parlé des robes à trois, quatre et cinq « garnemens » dont la mention se reproduit à chaque fête, à chaque cérémonie. Le duc portait les dimanches et les petites fêtes des robes à trois garnements couvertes d'écarlate sanguine ; aux grandes fêtes des robes d'écarlate vermeille a quatre ou cinq garnements ; aux fêtes de Pâques de l'année 1344, on lui avait fait un chapeau d'agneau blanc, comme symbole de l'agneau pascal. Toute solennité nouvelle exigeait un nouveau costume qui ne servait qu'une fois le plus souvent, et devenait la propriété de certains officiers ; cette aubaine constituait ainsi un bénéfice attaché à leur charge, et ils avaient tout intérêt au fréquent renouvellement de la garde-robe de leur maitre.

Nous avons également donné le détail de la toilette de Jeanne de France, en 1318, lors de son mariage avec Eudes IV et de son entrée à Paris (t. VII). En 1332, Chrétien de Gosnans, tailleur de la duchesse, achetait pour elle des draps du lombard Laude Belun, et le duc, désireux de lui être agréable, faisait confectionner par le brodeur Ogier de Gand « un chapperon ouvré de brodure àoyseaus et à escus armoiiés » coûtant 62 l. (Arch. du Pas-de-Calais, Artois, A. 526). Après ses premières couches, et au moment de ses relevailles, sa grand'mère lui donne « V pièces de marramais », achetés chez le même lombard, à la date du 14 juin 1322. Lors d'un voyage en Artois et des fiançailles de Philippe-Monsieur, son fils, avec Jeanne de Boulogne, Eudes IV paye 240 1. p. « pour une keutepointe ouverte, un auqueton broudé et une couverture de drap à palefroy », le tout fourni par Jean de Savoie, bourgeois de Paris, « ouvrier d'armoierie, de broudure et de keute pointerie » (Arch. du Pas-de-Calais, Artois, A. 572).

Vers la même époque, le duc et la duchesse donnaient obligation de diverses sommes pour achats d'étoffes de soie et de velours, souscrites au profit de Porcelet, de Besançon (Arch. du Doubs, B. 422), ce qui n'empêchait pas d'autres achats considérables chez Jacques de Douai et Jean de Morcamp, drapiers et bourgeois de Saint-Omer. Il serait fastidieux d'énumérer toutes les acquisitions faites sans interruption par l'intermédiaire des tailleurs du duc, Jean et Monnot Lescot, de Rouvre, 1330-1345 ; Minet ou Oudinot, 1344-1349 ; Guillaume Langlois, tailleur de la duchesse ; Thomas, tailleur de Philippe, etc. Nous renvoyons à nos documents pour le détail des draps, manteaux, robes, chapeaux, estivaux et souliers, etc.

Lorsqu'Eudes IV se rendit en 1328 à la chevauchée de Flandre, la comtesse d'Artois voulant lui faire fête, ainsi qu'aux gens de sa suite, combla les uns et les autres de cadeaux. Au duc elle donne « une escallate roulé de Gand et destainte », à la reine Jeanne et à ses filles « des marbrés de Brucelles de la grant moison » ; aux écuyers du due, des camelins blancs et des draps rayés pour faire des corsets d'été ; aux damoiselles, des hanaps, bourses, ceintures et tapis. Isabelle de France, veuve de Guigues, dauphin de Viennois, arrivant en Bourgogne, l'an 1345, reçoit en présent des draps d'écarlate vermeille pour son habillement, des draps rayés et mêlés pour les gens de sa suite. Au moment du sacre du pape Clément VI, en 1352, la reine Jeanne envoie des pièces d'écarlate aux cardinaux.

Les costumes de Philippe de Rouvre ne diffèrent pas comme nuance de ceux d'Eudes IV. En 1358, on lui fait un manteau d'écarlate à quatre garnements, et un autre « en drap verdelet de la livrée dou cardinaul de Bouloigne, son oncle ». Il porte un chapeau de bièvre « garni d'une plume d'otoure et d'un tuel d'argent doré », acheté à Paris 5 florinspar Guillaume du Chesnay (B. 1405, fol. 69). Lorsque Jeanne, reine de Navarre, et sa sœur Marie, filles de Jean le Bon, viennent à Dijon, en janvier 1358, on achète à cette occasion « deux draps de Brucelles de la grant moison pour robes à nosdites dames, deux autres draps de la petite moison pour foire robes à leurs deux damoiselles et à leurs trois fames de chambre », le tout pris de Jean Perrine à la foire chaude de Chaton, pour la somme de 205 écus ; les vêtements furent confectionnés à Dijon, et garnis de menus vairs et de fourrures prises à Troyes (B. 1405, fol. 67).

Les draps, les étoffes, les fourrures et les ornements n'étaient pas portés indistinctement par tout le monde. Les écuyers n'avaient pas droit de se vêtir avec les draps réservés aux chevaliers. Les draps de couleur ou rayés des valets ne pouvaient entrer en comparaison avec les riches costumes de leurs maîtres. Il en était de même des fourrures. Le gros vair ou petit gris et le menu vair, fourrures faites, l'un avec le dos, l'autre avec le ventre de l'écureuil du Nord, étaient portés par les grandes dames, de même que l'hermine et parfois les blanches cuisses de lièvre. Les fourrures de « connins » étaient délaissées aux chambrières et aux particuliers.

Les écuyers n'avaient droit qu'aux fourrures de peaux d'agneau, et un acte notarié de 1358 constate que le doyen de Gevrey, mandataire de l'abbé de Cluny, a remis à Guibert, maire de Gevrey, à cause de son office, une robe de drap rayé, fourrée d'agneau comme celle des écuyers (Arch. de la Côte-d'Or, Protocole des notaires, B. 11.259).

 

XIII. — COSTUMES DE GUERRE.

Les exercices du corps, l'équitation et le maniement des armes étaient la préoccupation constante de ceux qui, par leur naissance et leur situation, aspiraient à la chevalerie. Aussi, dès leur plus tendre jeunesse, on habituait les enfants aux pratiques de l'art militaire et au métier qui, devait être celui de toute leur vie.

Sous ce rapport, il est fort intéressant de lire le détail de l'équipement donné, en 1327, par Mahaut d'Artois, bisaïeule de Philippe Monsieur, fils d'Eudes IV, alors âgé de quatre ans. Cet équipement de guerre comprend le costume, l'armure ; le harnachement du cheval, et même le petit palefroi que Mahaut avait elle-même reçu en don de Girard de Vienne.

« A Estene Chevalier pour les joyaus que furent donnez au filz le duc de Bourgogne, premiers, pour VI aunes et I quartier de velua à faire une cote hardie, 1 mantelet, la garnissure de l'espée, la fourure du chapeau de feutre et la selle, LX s. l'aune, XVIII l. XV s.

« A li pour la broudure de la cote hardie, du chaperon, du mantelet et du chapeau de feutre, pour soie et pour fachon et pour I petit chendal vermeil pour ousier la broudure, XXII l.

« A li pour III trecons d'orfrois à pelles mis aus dis gurnes mens, VII l. X s., une douzaine de boutons mis dans la cote hardie, XII s., font en somme VIII l. II s.

« A Gellebert Lescot pour CCCXXII ventres de menus vairs à fourrer le cote hardie, le mantelet et le chaperon, XIIII d. pour ventre, vallent XVIII l. XV s. VIII d.

« Au dit Estene pour une gibesere à camp d'or ouvrée à pelles et une sourchainte, VI l. X s.

« A li pour un esprevier de broudure, XVI l.

« A li pour un chape de bièvre, XII s., pour les las du chapel, pour les boutons et les quoquerilles faites de pelles XX s., font en somme XXXII s.

« A li pour une espée, VIII s., pour ouvrage de broudure fait sur la gaine et la renge de l'espée, pour or et pour soie, IIII l. X s., pour I marc et demi XI estellins et ob. d'argent à faire la garniture de l'espée, VI lb. III s. II d., pour la faction de la garniture, pour la esmaillier et dorer, III lb. VI s., font en somme XV l. VII s. Il d.

« A li pour II aunes et deiny d'escallate à faire la couverture du cheval, LIIII s. l'aune, valent VI lb. XV s., une aune de drap blanc et de jaune pour armoiier la dicte couverture, XXVIII s., pour la tonture XV d., pour la façon, pour soie et pour la destaindre, XIII l., pour III aunes de toille ynde à la fourer IX s., font en somme XXI l. XIII s. III d.

« A Renier du Tré, pour une selle, frain et lorrain que fut donnés audit enfant aveuc un petit palefroi que Girart de Viane avoit donné à madame, XXXII l. »

Arch. du Pas-de-Calais, Artois, A. 458 ; Voir Richard, Mahaut d'Artois, p. 208.

 

C'est avec ce costume que Jean de Saint-Georges, précepteur de Philippe, devait donner à son élève les premières leçons d'équitation et de maniement des armes.

La plus ancienne mention, datant du commencement du règne d'Eudes IV, relate l'achat de bacinets « à visière et à ventaille, d'une gorgière et d'un haubergeon ». En 1315, Mile de Noyers reçoit en présent une selle de palefroi à ses armes « de lormerie (maroquinerie) et de vermet soie ». En 1331, Jacquemard, de Dijon, « armoiieur de Mgr. le duc de Bourgoigne », donne reçu des armures et « harnois » qui se trouvent chez les armuriers d'Arras, et dont le receveur de cette ville avait payé les frais.

Les accessoires de l'équipement s'achetaient aussi à Troyes, « frais de sandaulx, veluauz, soie, fil, bouqueranz ardans et blanz, des paupiers d'or, frainges et autres choses necessaires pour faire armure pour Mgr. achetés à Troies » (en 1336, Arch. de la Côte-d'Or, B. 3849). Jean de Savoie, armurier et bourgeois de Paris, fournit un hoqueton brodé et une couverture de palefroi. Sauvale de Linton, receveur d'Artois, paie pour Philippe un heaume, un bacinet d'acier, une selle, trois pavillons, deux coffres et un sac de cuir jaune. Tous ces « harnois » furent ramenés d'Arras en Bourgogne, au mois d'avril 1338.

Les chevauchées de Flandre qui ont lieu cette même année et les suivantes donnent lieu à de grands achats, Gadifer de Harmaville, d'Arras, confectionne pour le duc « un harnois d'armoierie, trois timbres, deux cotes à armes de bature et deux targes ». A Paris, on achète trois paires d'éperons dorés et une épée ; à Arras, on prend du drap « pour couvrir le chapeau de fer Mgr. » Barthelemi, armurier, se procure à Cambrai des soies rouges et des ornements destinés aux costumes de guerre. On commande à Jacot, autre armurier, « doues paires de harnois, VI bannieres, IIII penunceaulx, I pourpoint, une garnison d'argent pour le bacinet, et un cent de petiz penunceaulx ». Jean de Coublanc, maure de l'écurie, conduit tous ces équipements d'Arras à Béthune, en 1340.

Les dépenses faites par le comte de Boulogne ne sont pas moindres. Brabant, heaumier d'Arras, lui fournit « un harnois garny » ; Carpentier, « le lormier », une selle dorée pour son grand cheval ; Gaudifer, un timbre ; d'autres marchands, des harnais, une épée, etc. En 1342, Philippe charge les gouverneurs d'Artois de solder 400 l. p. pour deux chevaux, de payer la somme due à Jean de Drenart « pour uns pans, unes manches, un bacinet et un camail ». Jacques, de Dijon, armurier, donne quittance de quatre bannières aux armes du duc et de son fils, de panonceaux pour lances et pour trompes.

En 1343, les équipements de guerre sont conduits à Rennes, mais l'armurier Gaudifer d'Arras étant décédé, sa veuve Catherine livra « plusiours ouvraiges de brodure et de bature ». A Paris, on fit blanchir le harnais de Mgr, on « apparoille » l'épée de Philippe et on lui remet un fourreau, on achète des boucles d'éperons, des selles de palefroi ; d'autres boucles en laiton. En 1345, Jacquemard, de Dijon, fournit des draps de velours, de soie, des éperons et brides dorés, jambières, lances, bannières. Carpentier livre deux selles dorées pour les grands chevaux, des brides dorées, des brides blanches et d'autres selles. On paie à Jean le sellier « une sele de corduan vermeil, unes brides tertoise ».

Nous renvoyons à nos documents pour les achats répétés d'éperons dorés, selles de palefroi, selles de cuir, selles de soie, selles en bois, armures, bacinets, gantelets, courroies, boucles d'or, lances, aiguillettes, etc.

Le transport de ces équipements exigeait un nombreux personnel. Déjà au mile siècle on a des indications exactes sur la quantité prodigieuse de bagages dont se faisait suivre un chevalier d'importance partant pour une expédition. On a l'inventaire entier fort curieux des costumes, armes, bijoux, hanaps, vaisselle, draps, linge et provisions de toute nature qui accompagnaient Eudes de Bourgogne, fils du duc Hugues IV, partant pour le voyage d'Outremer, où il mourut en 1266 (Voir Chazaud, Mém. de la Soc. des Antiquaires de Fr., t. XXXII, p. 64 et suiv.).

A la fin du règne d'Eudes IV, on ne trouve plus de dépenses somptuaires pour les équipements et les armures de luxe. La mort de la duchesse et de son fils a jeté le deuil dans cette cour ducale jadis si animée, et le duc, frappé au cœur, passe dans l'isolement et dans la tristesse les dernières années de sa vie.

 

XIV. — ORFÈVRERIE.

Dans la première moitié du XIVe siècle, l'art de l'orfèvrerie avait atteint un développement que la guerre de cent ans n'a pas dû favoriser, et qui n'a guère été dépassé à la fin de ce siècle. Cette époque agitée et désastreuse de notre histoire a entraîné la destruction des objets d'art dont l'or et l'argent faisaient la base. Les comptes de l'Artois, si riches en documents relevés par M. Richard dans son livre sur Mahaut d'Artois, sont une source d'indications précieuses pour la période qui précède celle dont nous nous occupons.

En 1307, Mahaut donne à la princesse de Tripoli, Marguerite de Beaumont, fille de Louis de Brienne, retirée à Tonnerre, un anneau d'or ; aux chapelains et aux demoiselles de compagnie de Marguerite de Bourgogne, reine de Sicile, des ceintures et des bourses ; à un chevalier de leur suite, un hanap doré. Par le testament de cette même reine de Jérusalem et de Sicile, en 1308, dont l'original est aux Archives de l'hôpital de Tonnerre, elle laisse à la reine Marie de Brabant son beau saphir qui pend à une petite croix d'or ; à Louis, comte de Nevers, une croix de cristal avec son pied ; Robert, frère de Louis, une image de Notre-Darne d'argent doré ; à Robert, comte de Flandre, sa petite croix provenant de son mari, Charles d'Anjou ; à Jeanne, dame de Coucy, sa nièce, un rubis ; à Mahaut, sa nièce, ses bassins d'argent doré pour laver les mains ; à Yolande, dame de Saint-Aignan, un vaisseau d'argent.

Trois marchands de Florence reconnaissent, en 1309, être obligés de rendre à Hugues V, duc de D., les joyaux qu'Emonot, orfèvre de Dijon, leur a remis en son nom comme gage de 348 1. p. : « c'est assavoir un pot qui tient environ une quarte, un pot qui tient environ une pinte de euvre plaine, et une chopine quarrée tout d'or, et poise tout ensemble X mars et VII onces d'or. » Aucun des comptes d'Hugues V ne nous reste, et ses dépenses de bijoux et joyaux ne nous sont connues que par quelques quittances, comme celle de 1313, lors de sa promotion à la chevalerie, lorsqu'il ordonne le paiement d'une fleur de lys et d'un chapeau, au prix énorme de 440 l.

En 1323, l'abbé de Saint-Bénigne remet à Jean d'Auxonne, précepteur de l'hôpital de Saint-Jean de

Jérusalem à Dijon, cinq anneaux d'or, deux pierres précieuses, un fermail d'or et deux calices d'argent doré, que le précepteur d'Uncey avait mis en gage pour 50 francs (Arch. de la Côte-d'Or, Protoc. Des notaires, B. 11,227). Deux ans après, Richard de Montbéliard, sire d'Antigny, et sa femme, Isabelle de Pontailler, mettent également en gage une coupe d'argent doré, deux bassins à main, deux plateaux d'argent, pesant 27 marcs 7 onces (Protoc. des notaires, B. 11,224).

La comtesse Mahaut, qui avait gratifié d'un équipement de guerre le fils ainé d'Eudes IV, en 1327, donne en même temps à la nourrice de son frère Jean un hanap de vermeil à couvercle, et un autre sans couvercle à la berceuse.

Le duc achète à Troyes, en 1326, une coupe d'argent doré pesant trois marcs pour le prix de 17 l. 10 s., et fit quelque temps après confectionner des étuis de cuir pour loger sa vaisselle et ses pots d'argent. Une autre fois, il achète six coupes d'argent pesant seize marcs ; huit coupes pesant treize marcs chez Jean de Sailly, et commande à Simon de Chrese deux écuelles d'argent du prix de 25 1. Etienne de Salins, orfèvre, lui livre, en 1330, « une ymaige de St Loys et 11 angeloz assis sur un entablement d'argent ». On ne peut énumérer toutes les acquisitions de bassins d'argent, hanaps en argent ou en madre, chasubles, tableaux et images, étuis de cuir pour écrins, bourses à mettre argent, rubis d'orient, ceintures, coffres et mallettes, souvent indiqués dans nos comptes, ni les bijoux et joyaux donnés en présent, comme cet agneau d'or envoyé par le duc à son fils le jour de Pâques. Dans son testament Eudes IV donne à la Sainte-Chapelle de Dijon sa petite croix d'or et la meilleure de ses chapelles portatives ; mais dans son codicille, il remplace la croix d'or par la donation « du grant ymaige de Notre-Dame d'argent ».

La vaisselle et les bassins dorés de la duchesse étaient également renfermés dans des étuis en cuir, dont plusieurs avaient été faits à Paris, par Jacques Huré et Jean de Bourd. Cette princesse, désireuse d'augmenter ses joyaux, ne négligeait pas de s'attribuer certaines confiscations ; le juif Héliet, d'Auxonne, ayant été saisi et ses biens confisqués, elle fit déposer dans ses coffres six plats d'argent provenant de la confiscation. En 1347, on trouva entre Duesme et Quemignerot, dans le bois de Foisselot, 360 pièces d'argent, un anneau et une verge d'or ; les monnaies furent données au duc, et les deux objets en or furent remis à la duchesse à Vernot. Après la mort de celle-ci, on fit l'inventaire des bijoux trouvés dans ses domaines d'Artois ; on a relevé des trésors de la chapelle de Lens, dont Laurent de Boulogne reçut en dépôt les joyaux, parmi lesquels on remarque « un ymaige de St Loys D, avec des cheveux et des os de ce pieux monarque, le tout sur un piédestal en argent doré aux armes de Bourgogne et d'Artois. Cet objet précieux nous parait le même que celui dont il est plus haut question, et qui avait été livré par Etienne de Salins, en 1330. Jean de Gerland, chanoine de Langres, dès 1347, donna au grand autel de Saint-Mammès de cette ville plusieurs ornements d'or et d'argent, deux aiguières d'argent et plusieurs autres objets précieux (Roussel, Hist. du dioc. de Langres, t. IV, p. 84).

Un certain nombre de pièces d'orfèvrerie étaient couvertes d'émaux ; les vases et même les épées en étaient souvent revêtus ; l'épée de Philippe Monsieur, fournie en 1327, par Etienne Chevalier, en était ornée ; l'émail et la dorure avaient coûté quatre livres dix sols. Jeanne de B., reine de France, après la maladie de Jean le Bon, son fils, en 1335, avait donné à l'église d'Auxerre une statue d'argent qui représentait la figure du duc de Normandie, avec un piédestal également en argent.

Si l'on veut se rendre compte des joyaux que possédait un château féodal à cette époque, on lira le curieux inventaire des trésors renfermés dans la grosse tour du château de Noyers, possédé par le bouteiller de France (Voir Les Sires de Noyers, p. 279-282). Jeanne de Chalon, veuve de Robert de B., a laissé aussi un intéressant inventaire de joyaux que sa longueur ne permet pas de reproduire (Voir Arch. de la Côte-d'Or, B. 309). Pierre l'orfèvre, chanoine de Paris, devint maitre de la Chambre aux deniers de la reine Jeanne de Boulogne, veuve de Philippe de Bourgogne, remariée à Jean le Bon. Lorsque Jeanne, reine de Navarre et Marie, filles de ce dernier, furent reçues à Dijon, en janvier 1358, le duc fit acheter à leur intention chez Perrenette, « orfaveresse à Dijon, VI gobelés et l'aguier touz d'argent, dou pois de V mars et VII esterlins d'argent ». L'une de ces pièces d'argenterie fut offerte vers le même moment à Guillaume d'Estrade, chevalier du comte de Flandre, à son retour de Terre-Sainte (B. 1405, fol. 67).

Voici quelques prix de joyaux, d'après les protocoles des notaires Guyonnet Roussot vend, pour 60 florins, trois hanaps d'argent, dont un doré pesant trois marcs, deux couronnes d'argent pesant deux marcs, trois autres couronnes d'argent du même poids, une boucle d'or, trois fermaux en or garnis de pierres et de perles, pesant quatre onces, une courroie d'argent du poids de trois marcs, valant 18 florins (Arch. de la Côte-d'Or, B. 11,251). Jean de La Rue, de Beaune, reçoit, en nantissement d'une somme de cent florins, un « fermail d'or orné de pierres » (idem, B. 11, 256). Jean Amé, bourgeois de Dijon, ayant fondé une chapelle, ordonne que deux sautoirs dorés et sa robe d'écarlate fourrée de gris, soient convertis en calice pour cette fondation (idem, B. 11,251).

Les guerres malheureuses sous le règne de Philippe de Rouvre, la défaite de Poitiers, où tant de chevaliers furent rachetés par une lourde rançon, où Mile de Noyers, prisonnier, retira pour 250 l. sa ceinture pesant 12 marcs, les invasions anglaises qui suivirent, furent une cause de destruction des joyaux de l'époque antérieure. Jean de Rougemont, damoiseau, sire de Til-Châtel, mis à rançon de 400 fr. d'or, donne en gage sa vaisselle d'argent fin pesant 37 marcs, trois courroies ferrées d'argent pesant 18 marcs, trois coursiers estimés 300 florins et trois draps de soie (Protoc. Des notaires, B. 11,257). L'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre, taxée à 500 florins, donne un certain nombre de joyaux en garantie, « un frontal enlevé à la chasse de St Germain, garny de saphirs, de perles et d'escarboucles, un taublet d'or pesant X mars et demi en forme de croix, orné de saphirs, d'émeraudes et de perles » (Protoc. des notaires, B. 11,265). Lors de sa première entrée à Chaloir-sur-Saône, en juillet 1358, Philippe de Rouvre reçut en cadeau des habitants des hanaps et écuelles d'argent pesant 29 marcs (B. 1407, fol. 26). Au moment de ses noces, la reine lui avait fait présent d'une « couppe d'argent cerclée et dorée pesant III mars et demy » (B. 1402, fol. 64).

 

XV. — CONSTRUCTIONS.

Nous n'entrerons pas dans le détail des constructions concernant les résidences ducales dans l’Ile-de-France, Chanteloup, l'hôtel Sainte-Geneviève, Fontenay près Vincennes, Conflans et principalement l'hôtel d'Artois, dans lequel Eudes IV dépensa 200 l. p. pour frais de réparations, en 1342. Nous laisserons de côté les dépenses nécessitées par les châteaux des comtés d'Artois et de Bourgogne, pour ne nous occuper que des constructions entreprises dans le duché, qu'il s'agisse de monuments religieux ou de monuments civils[63].

Aignay-le-Duc. — Ce château était une des résidences fréquentées par la Cour de Bourgogne au XIIIe s. Il ne reste rien de la construction qui dominait le village et un vallon assez sauvage arrosé par un ruisseau auquel la Coquille donne naissance. On ne constate que des remaniements sous Eudes IV ; en 1342, réfection du pignon de la chapelle du château dont Mathieu de Laignes était chapelain ; réfection du bief et de l'écluse fort endommagés « par l’orvalle d'eau » qui eut lieu la semaine de la Chandeleur ; réparation de la « chambre de retrait » de Madame ; couvertures en tuiles fournies par la tuilerie de Saint-Marc (Arch. de la Côte-d'Or, Comptes d'Aignay, B. 2055). En 1345, des travaux plus importants furent entrepris, et toutes les chambres furent remises à neuf ; chambre « es maistres panestiers », chambre « ou on met le fruit », chambre madame, chambre « ès damoiselles ab, chambre Mgr. le chancelier, chambre « ès Courdeliers ». On refit également les verrières de la grande salle et des autres pièces du château (Idem, B. 2056). Geoffroi de Blaisy, maitre visiteur des œuvres du duché, surveilla la réfection des moulins d'Aignay, de 1355 à 1357 (Côte-d'Or, B. 1399, fol. 49, et B. 1405, fol. 55).

Aisey-le-Duc. — Cette importante construction a complètement disparu : elle était comme Aignay située sur le bord de la Seine qui n'est ici qu'un ruisseau ; c'est à peine si l'on peut reconnaître l'emplacement du manoir. Le compte de 1328 donne le détail des travaux qui y furent entrepris à cette époque ; les murs du parc, les murs du château, les couvertures en tuiles provenant de Saint-Marc, les verrières, la chaussée de l'étang de Vaux et la confection de deux bateaux pour permettre de se promener sur la rivière (Arch. de la Côte-d'Or, Comptes d'Aisey, B. 2074). En 1341, les murs du parc fort étendu donnent lieu à de nouvelles dépenses, on refait la chaussée de Buxeuil (Idem, B. 2075). Les travaux des murs du parc se poursuivent, de 1343 à 1346, ainsi que les œuvres du château, les fossés qui l'entourent et la construction de la chapelle castrale, dont le curé d'Étalante avait la surveillance (Idem, B. 2076). Guyot de Gy, châtelain d'Aisey, mentionne encore, en 1347, les « missions des euvres du chastel », sous la direction du charpentier Robert ; la réfection de la chambre du duc, la pose des verrières par Enfer, de Châteauvillain, l'achat d'un autre bateau (Idem, B. 2077). — Dans l'enceinte du parc existait une chapelle de la même époque, dont les fondations ont été relevées lors des fouilles faites en 1827. Cette chapelle, bâtie par ordre d'Eudes IV, avait 36 pieds de long sur 18 de large, et était contiguë aux loges, où demeuraient les veneurs et les oiseleurs. On y rencontra des claveaux à nervures provenant de voûtes ogivales, des rinceaux de fenêtres gothiques sculptés, et une rosace qui devait être l'extrémité d'une clef pendante.

Argilly. — Ce château fut reconstruit par Robert II qui y fit son testament, en 1297 ; Hugues V y mourut, en 1315 ; son frère Eudes IV fit bâtir la chapelle et eu posa la première pierre le 14 juillet 1345, d'après la longue inscription lapidaire dont on peut voir le texte à la Bibl. nat., collect. Bourgogne, t. XCIV, p. 791. Cette construction était, parait-il, l'une des plus belles exécutées à cette époque. Perry (Hist. de Chalon, p. 206) raconte que l'édifice ruiné au milieu du XVIIe s. offrait encore les traces d'une grande magnificence, et servait seulement de retraite aux hiboux et aux chouettes. Les travaux qui furent faits au clocher, en 1355, donnent une idée de l'intérêt que présentait ce monument : œuvres « pour couvrir de plonc toute la chaere dou cloichier de la chapelle d'Argilley, dedans et dehors, pour ce que tout le merrien des fenestraiges se pourrissoit, et pour couvrir aussi les croisies qui sont au dessouz des fenestraiges, les pignacles et XXXII faillolles illec, les arretiers de l'aiguille doudit cloichier, la planche doudit cloichier et le beffroy fait illec, pour porter 11 cloiches, ledit cloichier portant dessus les armes de Bourgongne, et d'autres choses plaisans sanz couleurs, ensemble plusieurs choses illec, si comme il est contenu en une escrœ de ce marchié fait par Mgr. Geuffroy de Blaisey, chevalier, gruyer et maistre des œuvres dou duchié » (Arch. de la Côte-d’Or, B. 1399, fol. 37). Suivent les détails des travaux de charpente, faits par Guillaume Le Musnier, les achats de plomb, étain, fers, clous, les charrois de matériaux, etc. Deux ans plus tard, on fut obligé de boucher les fenêtres jusqu'à une certaine hauteur « pour le vent qui entroit dedenz » ; on employa des tuiles recouvertes de chaux et de sable. Cette opération exécutée par ordre de la reine, « pour ce que l'on peust chanter les messes en ladite chapelle », fut entreprise par les soins du receveur, de Jean de Baubigny, de Pierre Curet et de Pierre l'orfèvre (Côte-d'Or, B. 1405, fol. 43).

Arnay-le-Duc. — Richard de Montbéliard, sire d'Antigny, lègue, en 1333, 10 sols à « l'œuvre » de Saint-Jacques d'Arnay (de Charmasse, Cartul. d'Autun, t. III, p. 200).

Arran. — Le petit manoir d'Arran, près Montbard, acheté par le duc Robert II, en 1299 fut une maison de peu d'importance qui parait n'avoir servi que pendant les chasses, en offrant un refuge aux veneurs. Eudes IV en ordonna la restauration, en 1344 (Arch. de la Côte-d'Or, B. 5302).

Athée. — L'église d'Athée, près Dijon, était en contruction au milieu du XIVe s., et Guillaume Pautin, clerc, fit encore un legs, en 1363, pour « l'œuvre » de cette église (Protoc. des notaires, B. 11.265).

Autun. — Un compte de Gui de Marigny, vier d'Autun, relate les dépenses faites pour les constructions exécutées au château de Riveau, près Autun, en 1353, et les réparations des halles de Marchaux (Arch. Côte-d'Or, B. 3825) dont Hugues de Broisse, chevalier, bailli de cette ville, fit boucher les « pertuis », en 1357 (idem, B. 1405, fol. 50). L'invasion anglaise nécessita de grands travaux pour la mise en état des fortifications de la ville, en 1358 (Idem, B. 2287). Girard de Châtillon, seigneur de la Roche-Milay, avait fait construire, en 1307, une importante maison près du champ de Saint-Ladre. — L'antique église de Saint-Nazaire, dont la construction était depuis longtemps commencée, et pour laquelle les papes avaient accordé cent jours d'indulgence, ne se terminait pas vite. L'évêque Gui de la Chaume décida, en 1345, d'y employer les revenus d'une année de tous les bénéfices du diocèse. Marguerite de Crux, dame de Pierre-Perthuis, veuve de Guillaume de Bazarne, donna par testament, en 1308, une rente de 10 sols à la fabrique (Orig., Arch. de Vausse). — En 1333, Hugues de Roussillon, moine de Saint-Martin d'Autun, fit construire dans cette église une chapelle dédiée à saint Antoine, et voulut y être inhumé (Bulliot, Hist. de Saint-Martin d'Autun, t. II, p. 174). Les fils de Lombard le Fort, d'Autun, y firent également la fondation de la chapelle de Saint-Christophe, en 1336.

Auxonne. — D'après l'abbé Courtépée, l'église paroissiale de Notre-Dame avait été commencée par Jeanne de France, femme du duc Eudes IV. Ce monument encore debout paraît une imitation de Notre-Dame de Dijon. En 1351, on répare les moulins de la ville (Arch. Côte-d'Or, B. 1892).

Avallon. — Le château, situé en face de l'église Saint-Lazare, occupait tout l'emplacement qui comprend aujourd'hui le tribunal et les prisons. Les bâtiments, alors fort anciens, étaient en si mauvais état que l'on fut obligé d'y faire des réparations urgentes pour permettre à Eudes IV et à son fils Philippe d'y loger quelques jours, lors du mandement du 8 janvier 1346, avant le départ pour la Guienne et l'Agenais. Hugues des Granges, châtelain de Montréal et d'Avallon, fit recouvrir l'hôtel de laves, rebâtit la porte vers le bourg, la porte du marché, refit les portes dessus Courbeval, la porte « devers l'huis au Gobeletat », ordonna le nettoyage complet des chambres. Puis, comme les fenêtres étaient à jour, on entreprit les verrières à Renaud, verrier de la Brie, qui entreprit les clôtures des fenêtres de la salle, de la chambre du duc, etc., à raison de cinq sols le pied (Arch. Côte-d'Or, B. 5400). — Gui de Limanton, chanoine de Saint-Lazare d'Avallon, donne par testament, en 1315, une rente de vingt sols pour l'œuvre de cette église. Thibaut de Semur, doyen du chapitre d'Autun, lègue, en 1338, cent sols pour l'œuvre de la même collégiale d'Avallon (de Charmasse, Cartul. de l'église d'Autun, t. III, p. 155 et 229).

Beaune. — L'hôtel ducal, bien des fois modifié, et dont nous donnons un dessin d'après ce qui subsistait encore il y a près d'un siècle, avait subi de fortes réparations en novembre 1347, lorsqu'Eudes IV y tint le parlement auquel assistait le cardinal Gui de Boulogne (Arch. de la Côte-d'Or, B. 3136). Chaque année du reste, on y réunissait le conseil, on nettoyait la grande salle et les pièces de réception, on « apparoilloit » les sièges et les tables. — L'église de Notre-Dame de Beaune n'était pas terminée sous Eudes IV ; le porche de cet édifice commencé en 1332 n'était point achevé à l'époque de sa mort. En 1338, Thibaut de Semur, doyen du chapitre d'Autun, légua cent sols tournois à l'œuvre de Sainte-Marie de Beaune. Dix ans plus tard, Gui le changeur de Beaune, et Girard Baudouin contribuèrent à son érection, l'un par une donation de quinze livres tournois, l'autre par une somme de 12 l., sommes destinées à !'œuvre du portail, ad opus fabricæ portalis, en compensation de dettes dont l'église n'avait point été payée (Rossignol, Hist. de Beaune, p. 213-214). — Le projet de la fondation d'une chartreuse à Fontenay-les-Beaune par le duc Eudes IV remontait à 1327, époque à laquelle il avait reçu une autorisation du pape pour cette fondation. Mais l'exécution du projet n'eut lieu qu'après 1329, à la suite des blessures et d'un' vœu qu'il fit à la bataille de Cassel. Nous avons indiqué les donations faites aux Chartreux par le fondateur qui se fit bâtir un logement près de l'église, et qui stipula dans ses dernières volontés d'y faire déposer son cœur. On conservait dans le monastère un parchemin sur lequel était transcrite une longue pièce de vers assez mauvais, dont voici le commencement :

Le dux Eudes fist cest ouvraige

Sans grand deffaut et sans outraige.

Plus bel voulsit avoir eu

Si le prieur le heust crehu...

L'hôpital était loin d'être achevé en 1346, et Eudes IV disait dans son testament : « nous voulons et ordonnons que, ou casou nous tres pas seriens de cent siecle, avant ce que l'eglise et les autres maisons et ediffices necessaires de nostre maison et chartreuse fussent asuivy et parfaix, toutes les revenues et ysseues et emoluments de la prevosté de Beaune soient mises despensées et convertyes par nos executeurs en la perfection et ouvraige dudit monastère jusques tout soit parfait. »

Brazey. — Ce château était une des résidences bien montées et dans laquelle on pouvait séjourner quelque temps ; on y hébergeait les « grands chevaux » parqués dans les prairies qui dépendaient de ce domaine. En 1337, Eudes IV fit curer les fossés du château et la rivière, réparer le moulin sur la Vouge, ainsi que le moulin Saint-Jean (Arch. de la Côte-d'Or, B. 3431). A la fin du règne de Philippe de Rouvre, on remit en état les logements et la chapelle, la garde-robe du duc, la chambre verte, la chambre de la « nourricerie » (Arch. de la Côte-d'Or, B. 3434).

Brouillard. — Hugues V, duc de Bourgogne, autorisa, en 1311, Jean du Brouillard à fortifier sa maison forte du Brouillard, laquelle était « jurable et rendable ».

Chablis. — La ville est fortifiée, en 1331, par Mile de Noyers. En 1359, Félicet, dit le Maçon, et sa Femme, Jeanne, y érigent une chapelle derrière le maître autel de l'église, chapelle qui doit être desservie par trois chapelains (cabinet de l'auteur, mss. Maret).

Chalon-sur-Saône. — Des réparations à l'église cathédrale de Saint-Vincent de Chalon furent commencées sous le règne du duc Hugues V. L'évêque de cette ville, Robert de Decize, en ordonna les travaux, en 1310, et déclara que les ressources dont il disposait n'étant pas suffisantes, on y appliquerait tous les revenus disponibles des autres églises du diocèse. — L'église paroissiale de Saint-Georges de Chalon fut transformée en un collège de douze chanoines par Odard de Montagu, en 1323, et plus tard, le duc Eudes IV amortit les biens (Courtépée, art. Chalon). Odard de Montagu venait de se faire construire une maison à Chalon, et avait obtenu à cet effet de la duchesse Agnès, en 1321, le droit pour trois ans de mettre en activité hors des murs de la ville un fourneau pour fabriquer les carreaux destinés à cette construction (Peincedé, t. X, p. 54). — Le 11 juin 1355, la reine Jeanne de Boulogne fait don de vingt écus aux cordelières de Chalon, « pour tourner et convertir en l’ouvraige et édifice de leur moustier et non ailleurs » (Côte-d'Or, B. 1399, fol. 53). — Sous Philippe de Rouvre des réparations furent entreprises au château de Chalon, et notamment à la haute tour, où des travaux importants furent exécutés (Arch. de la Côte-d'Or, B. 3561).

Châtel-Gérard. — Le château fort date du milieu du mye siècle, et remplaçait une petite forteresse attribuée à Girart de Rossillon, qui aurait élevé cette construction au milieu des bois à égale distance de Pothières et de Vézelay, et aurait donné son nom au pays. Cette dernière ruine, contiguë au château, est représentée par un amas de pierres liées par un ciment tort dur. Quant au château encore debout dont les murs ont deux mètres d'épaisseur, il est flanqué de quatre grosses tours, dont trois sont octogonales et une ronde ; ces tours ont été surbaissées, comme le château, et les coiffes n'existent plus ; quoique mutilée, cette construction est l'une des plus anciennes qui subsiste de l'époque dont nous nous occupons[64]. En 1346, on refit « un pan des murs du belle », on termina la coiffe de deux tours (Arch. de la Côte-d'Or, B. 5400). Les travaux se continuent jusqu'à l'invasion anglaise ; les fossés sont creusés, la tour Sainte-Catherine est édifiée, ainsi que le guichet du pont-levis, les murs et les créneaux (idem, B. 5101 et 5402). Droiri de Salmaise, maitre charpentier, construit une chambre en appentis contre les murs du donjon, « pour ce qu'il n'y avoit aucune abitation ou l'on se peust abriter pour ycelui garder et deffendre » ; on fait les allées entre les deux tours de devant (idem, B. 5403). Les comptes des années suivantes indiquent encore des travaux de charpente au pont-levis, au couronnement des trois tours, au couronnement de la porte du donjon (idem, B. 5404).

Charolles. — Jean d'Armagnac, qui jouissait des revenus de la terre du Charollais, en 1358, fit exécuter des travaux au château de Charolles vers la même époque (Arch. de la Côte-d'Or, B. 3879).

Châtillon-sur-Seine. — Le château était plutôt une forteresse qu'une demeure de plaisance ; des tours massives, des appartements mal distribués et mal éclairés n'en faisaient pas une résidence agréable, et ne se prêtaient pas à un séjour de longue durée. En 1347, on fit refaire à neuf les portes du château et le pontot ; le marché en fut passé avec Jean, de Fontaine-les-Sèches, charpentier (Arch. de la Côte-d'Or, B. 6081).

Chaudenay. — L'église de Chaudenay, près Chagny, fut bâtie vers 1310, au dire de Courtépée (art. Chaudenay).

Ciel. — Guillaume de Verdun construisit, en 1340, l'église de Ciel, près Verdun, où sa femme fut enterrée (l'abbé Courtépée, art. Verdun).

Cîteaux. — Eudes IV commença de construire dans l'abbaye de Cîteaux une chapelle qui n'était pas terminée à l'époque de sa mort, et dont il recommande l'achèvement dans son dernier codicille, en 1349 : « item, volons et ordonons que pour faire et parfaire et adcomplir la chapelle que nous avons encommencié à faire en ladite abbaye de Cisteaux, tous les emolumens, ysseues et deniers qui seront receus chacun au de nos bois de la duchief de Bourgoigne soient converti et délivré par nos executeurs ci-après nommez pour les ouvraiges et accomplissement de ladite chapelle ».

Coyon, auj. Sainte-Marie-sur-Ouche. — La forteresse de Coyon fut donnée, en 1347, par Jeanne de Verdun, veuve d'Etienne de Montagu, sire de Sombernon, à Peritiet Cornu, de Coyon et à sa lemme Azarie de Villarnout, à condition d'en réparer la maison-torve et les murailles, le pont-levis et de mettre en état l'étang et les fossés qui entouraient cette motte (Invent. des titres de Villarnout, 1736 ; ms. de notre cabinet).

Cuisery. — Le château, qui était le chef-lieu d'une assez importante châtellenie, subit des restaurations au moment de l'invasion anglaise sous Philippe de Rouvre (Voir Arch. de la Côte-d'Or, B. 4393). — Girard de Thurey, chevalier, plus tard maréchal de Bourgogne, et son frère Guillaume, doyen de Lyon, fondèrent en 1348, dans l'église de Cuisery, une chapelle qui devait être desservie par dix chapelains (Courtépée, art. Cuisery).

Culètre. — Richard de Montbéliard, sire de Montrond et d'Antigny, légua, en 1333, 20 sols à « l’œuvre » de l'église de Culètre, près Arnay-le-Duc (de Charmasse, Cartul. d'Autun, t. III, p. 200).

Dijon. — Le vieux château des ducs était assez abandonné sous Eudes IV qui n'y résida qu'à de longs intervalles. Simon de Montmirel, maitre maçon du duché pendant ce règne, ne paraît pas y avoir fait de travaux. Pour en étendre les dépendances, on avait acheté diverses maisons et masures voisines, en y comprenant l'hôtel des sires de Neuilly et celui de Jean de Rouvre, mais ces constructions étaient délabrées et en mauvais état, « toutes désertes et les toits cheoiz et porriz » (Arch. de la Côte-d'Or, B. 1405, fol. 42). Nommé receveur général de Bourgogne avant la Toussaint 1352, Dimanche de Vitel s'installa comme il put à l'hôtel Jean de Rouvre, tandis que les officiers de la chambre des comptes occupaient près de là, et à l'extrémité du château, en face de l'église Notre-Dame, une partie très exiguë de bâtiments, où ils tenaient leurs séances, où ils mangeaient, et où, suivant les naïves doléances du comptable, les fenêtres laissaient passer « le vent qui ventoit trop fort » (idem, B. 1394, fol. 36). Mais l'insuffisance du local n'était pas ce qui touchait le plus ces pauvres gens, et, ce qui montre l'absence de toute idée de confortable à cette époque, c'est qu'ils n'avaient pas d'endroit pour faire leurs nécessités, « pour ce que l'on n'avoit ou aler esbattre priveement », sauf « des chambres aisies lesquelles estoient trop près de la chambre de Mgr le duc », et dans lesquelles on ne pouvait passer « sans entrer par devers le duc, et pour ce que en tout ledit hostel n'en n'a que unes ou ceuls de la chambre ne pouvoient aler » (idem, B. 1397, fol. 64). Il fallut donc au plus vite parer à cet inconvénient, et établir « unes necessaire », que l'on nomme ailleurs des « chambres cortoises » (Idem, B. 1395. fol. 36). Jean de Hangest et Pierre d'Orgemont firent placer des verrières, réparer celles qui étaient défectueuses (B. 1394, fol. 35 v°), et de 1353 à 1356, des travaux poursuivis sans discontinuité mirent en ordre cette partie de bâtiments inoccupée jusque-là. On refit le gros mur près de la salle et de la vieille chapelle, les longues allées, le logement « des escrips de la chambre des comptes pour ce que ladite chambre estoit trop dedenz d'ostel » (B. 4397. fol. 36 v°). Hugues Maluot, charpentier, rappareilla » avec ses valets les pièces situées du côté de Notre-Darne, ainsi que les cuisines et le garde-manger. On recouvrit la maréchalerie, la grande salle de l'hôtel Jean de Rouvre, ainsi que les chambres de la maison des sires de Neuilly (idem, fol. 37). Un puits de 7 toises de profondeur et de 5 pieds de large fut creusé dans la cour par Gui, le maçon, qui entreprit en même temps des margelles. Jean Boursé posa les verrières. Jean Giraud, couvreur, relit les toitures (B. 1399, fol. 36-40). Les travaux continuent pendant le carême de l'année 1356, pendant le séjour de Philippe de Rouvre à Dijon (B. 1401, fol. 37-39). Les dalles de pierre de la chambre des comptes furent remplacées par « un planchier de bonnes aiz de chesne ». L'oratoire fut muni de livres et d'ornements, et l'on fit pour l'autel « un scabelle sur lequel repose l'ymaigne d'alabastre de Notre-Dame » (B. 1402, fol. 42 et 64) Jean de Saint-Julien, maitre charpentier du duché, fut chargé de la réfection de diverses autres pièces, de la construction de deux chaussées en pierre, contre lesquelles quatre armoires furent fixées. On refit les « huisseries de la tour quarrée des escrips », et les fenêtres furent protégées par des « yraignées » (Idem, fol. 43). Le tremblement de terre qui eut lieu dans l'été de 1356, et qui se reproduisit à diverses reprises, nécessita bien d'autres travaux, et mit en mouvement les visiteurs des œuvres du duché et Raoulin de Fauverney, gardien des hôtels du duc à Dijon. Cet événement extraordinaire causa des dégâts considérables « pour cause dou tramble de la terre et depuis par plusieurs fois » (Idem, B. 1405, fol. 42). Les secousses furent si violentes qu'il fallut consolider les maisons et retenir toutes les toitures. L'une des commotions fut même telle que la muraille reliant la tour de Brancion à la tour Girard Pougeot s'écroula sur une longueur de 12 toises, que l'on fut obligé de reconstruire au prix de 1 florin la toise (Idem, B. 1402., fol. 43). On peut voir le détail des autres travaux, maçonnerie, charpente, toitures, verrières dans les comptes de Dimanche de Vitel, receveur général (B. 1402, fol. 66 à 70), ainsi que la destruction d'un gros noyer placé dans la cour derrière l'hôtel ducal, « pour ce qu'il ne hissait voir le jour ne la clarté en la chambre des comptes » (B. 1405, fol. 44). — L'église de Saint-Bénigne, dont la construction avait été entreprise à la fin du XIIIe s. par l'abbé Hugues d'Arc, n'était point terminée en 1317, puisque André de Gevrey se dit encore maitre des œuvres de cette église, et que son plus jeune frère Etienne s'engage à rester 3 ans avec lui. André doit garder la totalité de l'héritage venant de son père Hugues, et promet d'indemniser Etienne de cet abandon, ainsi que du temps qu'il lui consacrera, en prenant l'obligation de le nourrir et de l'entretenir (Protocole des notaires, B. 11.223). — L'église de Notre-Dame de Dijon, bâtie au XIIIe s., fut consacrée seulement en 4334 par Hugues, évêque de Tabarie, coadjuteur de Jean de Chaton, évêque de Langres. — Les travaux de la Sainte-Chapelle de Dijon se poursuivaient encore sous Eudes IV, et n'étaient point terminés à sa mort. En 1323, la duchesse douairière Agnès de France léguait 10 livres dij. pour « l'euvre » de cette église, et son fils dans son testament de 1348, assignait 300 livres tournois sur la prévôté de Dijon pour l'œuvre de la Sainte-Chapelle « jusqu'à ce qu'elle soit faite et parfaite entièrement ». En 1345, le même duc donna ordre de payer à Regnier, épicier à Paris, 100 l. p. pour 2 pierres d'albâtre « que nous avons fait ouvrer et mettre en notre dite chapelle de Dijon (Arch. du Pas-de-Calais, Comptes d'Artois, A. 646). Mentionnons encore la chapelle particulière qui y fut fondée, en 1347, par Geofroi de Blaisy, gruyer de Bourgogne (Arch. de la Côte-d'Or, Protocole des notaires, B. 11.250). En 1340, les chanoines de la Sainte-Chapelle bâtirent l'hôpital de Saint-Fiacre pour les pèlerins malades, que soignaient quelques filles pieuses agréées par le chapitre. — Les bâtiments des Dominicains de Dijon avaient besoin de réparations sous Philippe de Rouvre, et à la fin de son règne, Bertrand d'Uncey, chancelier du duc, léguait 20 florins pour l'œuvre de cet établissement (Protoc. des notaires, B. 11.260). — A la même époque, s'élevaient les constructions de l'hôpital de Dijon, pour lequel Hugues V avait assigné 201. t. dans son second codicille, en 1315. Calmelet, dans son Histoire manuscrite de l'hôpital de Dijon, dit qu'en 1334, Frère Pierre d'Auxonne, maitre de cette maison, fit placer une image de Notre-Dame de Pitié sur l'autel principal, et qu'en 1337, le maître Frère Urbain fit élever des bâtiments contigus à la maison conventuelle, afin de pouvoir s'y loger. — Le 13 mai 1354, le roi Jean autorisa Etienne de Musigny, chevalier, à commencer la construction d'un couvent pour les religieux du Montcarmel dans l'emplacement qu'il possédait sur la paroisse de Saint-Jean (Arch. nat., jj. 82, n° 174). Les fortifications de la ville ne furent terminées que sous le gouvernement de la reine Jeanne de Boulogne. On peut voir le marché passé pour la construction des murailles, pour la fourniture des pierres prises à la carrière d’Is-sur-Tille, etc. (Protoc. des notaires, B.11.255). L'abbaye de Saint-Etienne devait, pour sa part, faire 40 toises de ces murs « entablés et enchaperunnés », qui furent marchandés à l'entreprise par Philippe Pougeon, de Dijon (Protoc. des notaires, B 11.228). — En 1350, la municipalité de la ville acheta la « maison au singe », pour y établir l'hôtel de ville. — Il n'est pas sans intérêt d'indiquer quelques marchés et engagements passés pour des constructions de particuliers. En 1342, Guillaume Clerget s'engage à « sabloner, blainchir, arroichier et torchier » la tour appartenant à Mermet, mercier à Dijon, sise prés de Notre-Dame, et dont les carreaux devront être faits avec la terre de Saint-Apollinaire (Protoc. des notaires, B. 11.240). Entreprise d'une maison à bâtir près de Saint-Michel par Simon de Montreuil (Protoc. des not. B. 11.251). Marché par Poinçart Bourgeoise avec les tuiliers de Remilly, pour la fourniture du carrelage en carreaux plombés dans la salle de la tour neuve qu'il fait bâtir (Protoc. des not., B. 11.254).

Duesme. — Le château jadis important avait donné le nom au pagus Duesmensis, et était devenu l'apanage de Louis, prince de Morée, frère du duc, qui avait fondé, en 1315, une église paroissiale en l'honneur de saint Maurice (Arch. de la Côte-d'Or, Peincedé, t. I, p. 665). Eudes IV, devenu possesseur du château après la mort de Louis, y fit diverses réparations. En 1342, Girard, couvreur de Duesme, répara les toitures (Arch. de la Côte-d'Or, B. 2056). Le tuilier de Saint-Marc passa aussi un marché pour la fourniture des tuiles employées à Duesme et dans les châteaux du voisinage (Arch. de la Côte-d'Or, B. 2055).

Flagey-lès-Auxonne. — L'église était en construction sous Eudes IV, et Guillaume Pautin, clerc d'Auxonne, fit, en 1363, un legs pour l'œuvre de cette église (Proton., B. 11,265).

Flavigny. — L'église était en construction en 1338, alors que Thibaut de Semur, doyen du chapitre d'Autun, lègue une rente de cent s. t. pour l'œuvre de ce monument (de Charmasse, Cartul. d'Autun, t. III, p. 229).

Foissy. — Gui de Limanton, prévôt de l'église d'Autun, lègue, en 1315, une rente de 20 s. pour l'œuvre de l'église de Foissy, prés Arnay-le-Duc (de Charmasse, Cartul. d'Autun, t. III, p. 155). Ce monument, quoique modifié dans quelques-unes de ses parties, laisse encore voir un ensemble important des constructions premières.

Fontaines-lès-Dijon. Le château historique qui avait vu naître saint Bernard fut fortifié, en 1310, par Gilles, seigneur de Fontaines, auquel le duc Hugues V avait donné autorisation de créneler sa maison. Ce Gilles, fils de Jean de Fontaines, mourut en 1312, et fut enterré aux Cordeliers de Dijon.

Cerneaux. — Le duc de B. ayant permis, en 1305, à Guillaume de Grancey, seigneur de Gemeaux, d'y construire une forteresse près de l'église, les travaux furent exécutés pendant le règne d'Hugues V, mais la forteresse a été en partie démolie, en 1433, lors de la guerre des Vergy contre les sires de Châteauvilain.

Gevrey. — Marché passé en 1359 et entrepris à Gevrey d'une maison en charpente, de 6 toises de long sur 21 pieds de large, avec galerie et volerie, moyennant la somme de 15 florins (Protoc. des notaires, B. 11,259).

Givry. — Guillaume de Mello et Isabelle de Bourbon, sa femme, autorisent les habitants de Givry à clore le bourg de murailles. Jean de Mello, évêque de Chalon, commença, en 1354, un beau bâtiment pour les religieuses de Notre-Dame de Marloux, qui dépendaient de celles de Remiremont (Courtépée, art. Givry).

Grancey. — L'hôpital, sous le vocable de Saint-Jean-Baptiste, avait été établi et doté par les puissants seigneurs de ce nom. Eudes de Grancey y bâtit une chapelle, en 1309 (Arch. Haute-Marne, Rég. des insinuations).

Grignon. — L'église était en construction sous Eudes IV ; Thibaut de Semur, doyen du chapitre d’Autun, lègue, en 1338, une t'ente pour l'œuvre de cette église, où ses parents avaient été enterrés (de Charmasse, Cartul. d'Autun, t. III, p. 229).

Jugny. — Cette maison de plaisance, sise près de Chanceaux, ne laisse rien deviner de son ancienne splendeur, et servait surtout de résidence aux duchesses. Jeanne de France y fit des embellissements, en 1335, restaura la chapelle, les cuisines, la chambre mons. de Blaisy, la garde-robe madame, « l'appendise desouz la saule qui estait fandue », la chambre de la « nourricerie », les garde-fous du pont près le pont-levis (Arche de la Côte-d'Or, B. 6034). En 1339, la duchesse fit orner la chapelle de peintures représentant les évangélistes, exécutées par la main de Coustan, fils, et par maitre Etienne, son cousin ; fit restaurer les verrières, renouveler les panneaux de la salle (Idem, B. 6037). En 1312, on couvrit la grange neuve, la grange au foin, la chambre peinte et la grosse tour (Idem, B. 6038).

Jully-sur-Sarce. — Ce domaine faisait partie de la châtellenie de Champagne appartenant au duc ; on y entretenait comme à Brazey les grands chevaux d'Eudes IV, et lors de son voyage en France, en 1336, Jacques de Corbie, maréchal de l'écurie, y conduisit vingt grands chevaux et quatre roncins. Cette même année, on refit les allées sur les murs du château (Arch. de la Côte-d'Or, B. 3849).

Lantenay. — Une des résidences préférées de la duchesse douairière, Agnès de France, qui y avait fondé une chapelle dédiée à saint Louis, appelée aussi Notre-Dame-la-Noire, à cause d'une statue de la Vierge qui y était placée. Eudes IV légua par testament vingt livres de rente à cette chapelle. — Les comptes de cette châtellenie n'ont pas été conservés sous le gouvernement de ce prince. Pendant le règne de Philippe de Rouvre, le château fut l'objet de travaux que Jean de Semur, curé de Montigny-sur-Armançon, eut pour mission de surveiller (Arch. de la Côte-d'Or, B. 5040) ; les écuries furent reconstruites (Idem, B. 5043) ; un « chahut » fut élevé sur l'angle du mur du château, et un grand escalier y donnait accès (Idem, B. 5041) ; les ouvriers charpentiers firent un ouvrage de défense, nommé « bretaiche », de 8 pieds de long et de large ; on compléta le système de défense par de grands murs en pierres de taille construits à chaux et à sable (Idem, B. 5042).

La Perrière. — Forteresse assez importante, puisqu'on y entretenait, en 1335, un maitre arbalétrier, et qu'on pouvait en faire une place de résistance. La même année, on reconstruisit le pont du faubourg pour la défense du château (Arch. de la Côte-d'Or, B. 5051 bis). Des travaux plus considérables y furent exécutés sous Philippe de Rouvre (Idem, B. 5054). Il ne reste du château que des fossés pleins d'eau.

Mâcon. — Un clerc de cette ville ayant bâti une maison sur les murs royaux appelés « murs des Sarrazins », fut condamné par le bailli à une amende qui fut confirmée par le roi, en avril 1345 (Arch. JJ. 75, n° 326).

Maisey. — Le duc Hugues IV avait autorisé Mile, sire de Noyers, à y construire une forteresse « jurable et rendable », en 1247. C'est cette forteresse, dont il ne reste plus trace, qui devint plus tard une des résidences passagères des dues, où ils logeaient surtout des veneurs et des oiseleurs, chargés de veiller à « la mue de Maisey ». Eudes IV fit refaire les murs des grands vergers (Arch. de la Côte-d'Or, B. 2076) ; l'aire de la garde-robe de la tournelle, les étables du belle, la colombière, l'appentis devant la cave, la chambre des Cordeliers. Les derniers travaux furent faits en 1347 (Idem, B. 6595).

Meursault. — Domaine ayant appartenu aux premiers ducs au XIIe siècle, transmis par alliance à Anséric de Montréal, marié à Sibille de B. ; puis à Elisabeth, mariée à Philippe, sire d'Antigny ; puis à leur fille Flore, mariée à Philippe de Montagu ; puis à leur fille Jeanne, mariée à Thierry de Montbéliard, puis enfin à leur fille Jacquette, mariée à Robert de Grancey. Ces derniers seigneurs étendirent les bâtiments du château, construisirent une forteresse et un donjon à l'extrémité occidentale de l'escarpement occupé par le manoir, et l'entourèrent d'une forte muraille terminée par une tour rectangulaire à quatre étages. Le monument, construit en 1337, porte sa date et le nom des fondateurs, et le fait est assez rare pour qu'il soit intéressant à signaler. L'inscription, gravée sur une pierre de 1m,80 de long et noyée dans l'équarrie en bas du donjon, a été relevée par la Comm. des Antiq. de la Côte-d'Or, t. VII, p. 247.

Montagu. — Le château de Montagu avait été acheté par Eudes IV aux derniers descendants de la branche de Bourgogne du nom de Montagu. Des travaux y furent entrepris à la fin du règne de Philippe de Rouvre, d'accord avec les dames de Crux et de Marcilly, qui avaient leur part de ce domaine ; on rebâtit la première porte du château ; des eschiffes furent construites sur cette porte et sur la grande tour des terreaux (Arch. de la Côte-d'Or, B. 5251).

Montbard, — L'une des résidences préférées de nos ducs, avait déjà subi des transformations importantes au XIIIe siècle. Eudes IV, sous la direction du châtelain Perreau de Bois-Thierry, y ordonna de grands travaux. En 1340, Colin le chappuis, qui parait être le maitre des œuvres, refit la chapelle que l'on recouvrit de tuiles (Arch. de la Côte-d'Or, B. 5300). Maitre Thierry, pointre Mgr le duc, et d'autres peintres Jean de Granson, Nicolier et leurs valets mirent quatre ou cinq ans « en poignant la chapelle à la décorer entièrement (Idem, B. 5302). Nous aurons occasion de reparler ailleurs plus longuement de ces artistes. En 1341, on pose les verrières, non seulement dans la chapelle, dans la grande salle, dans les chambres « ès maîtres d'ostel », dans le retrait de madame, mais dans toutes les pièces du château, par suite d'un marché en tâche passé avec les enfants de maître Simon, le verrier de Dijon (idem, B. 5301). Les années 1344-1345, pendant lesquelles fut déployée la plus grande activité, furent consacrées à la réfection de la grosse tour du pont du donjon (idem, B. 5302). Les travaux se continuèrent sans interruption jusqu'à la mort de la duchesse Jeanne, dont on avait terminé l'oratoire, en 1347 ; on acheta divers meubles pour la chapelle et pour la chambre du duc (Idem, B. 5303). La lacune des comptes nous fait perdre la suite de ces intéressants travaux, mais ils reprennent, en 1353, lorsque Geofroi de Blaisy, gruyer de Bourgogne, commis pour la réparation des maisons ducales, ordonne l'établissement d'une tuilerie sous le château de Montbard, parce qu'on ne trouvait pas de tuiles dans le voisinage, et qu'il en fallait pour l'entretien des maisons de Semur, Vilaines, etc. (Idem, B. 5305). On ne négligeait aucune occasion d'augmenter les dépendances de cette résidence, et Guillaume de Chauvirey, prévôt de Montbard, consentit à céder au duc sa maison du Couhard, sise près du château, contre des terres à Sampans (Arch. de la Côte-d'Or, Protocole des notaires, B. 11,229). L'invasion anglaise nécessita plus tard bien d'autres travaux de défense ; Philippe le Hardi y consacra des sommes considérables, y installa, en 1379, une horloge faite à l'abbaye de Fontenay (Voir B. 5306, 5307, 5308, 5309, 5312, 5314).

Montcenis. — Bernard de Neuville, chevalier, bailli d'Autun et de Montcenis, fit exécuter des travaux dans cette dernière résidence, en 1354, et reçut diverses sommes « pour les ouvraiges dou chastel et des murs de la fermeté dou chastel de Moncenis (Arch. Côte-d'Or, B. 1399, fol. 58). Son successeur, Hugues de Broisse, poursuivit les années suivantes les réparations commencées, fit bâtir une halle, recouvrir les tours de tuiles, etc. (B. 1402, fol. 56 et B. 1405, fol. 50).

Montelon. — L'église de Montelon, près Autun, était en construction sous Hugues V et Eudes IV. Gui de Liman ton, prévôt de l'église d'Autun, légua une rente, en 1315, pour l'œuvre de cette église (de Charmasse, Cartul. d'Autun, t. III, p. 155).

Montréal-en-Auxois. —Cette importante forteresse, dont Hugues IV avait pris possession après la forfaiture du dernier seigneur de ce nom, nécessitait de fréquentes réparations. En 1346, le châtelain Hugues des Granges fit nettoyer et curer les fossés, en employant tous les hommes de la châtellenie, auxquels on donnait seulement du pain pour salaire. Il entreprit la réfection à neuf des tours d'entrée du château, les guérites des tours, les eschiffes, les créneaux des murailles (lu côté de la rivière, les cheminées, les fenêtres des chambres basses, et donnait 18 d. aux maçons et 7 d. aux manœuvres (Arch. de la Côte-d'Or, B. 5400). Les années suivantes, les travaux qui se continuent sont visités par Geofroi Blaisy et Jean Girard, curé de Montigny. La grosse tour du donjon est réparée et surmontée d'une bannière aux armes ducales ; les grandes portes d'entrée du château — qui subsistent encore — et la porte de la tournelle sont refaites à neuf (idem, B. 5401) ; ou emploie des tuiles provenant d'Ancy et d'Etaules. Sous Philippe de Rouvre, on acheva de mettre en état la tour l'Évêque, la grosse tour, la tour de Marmeaux, la tour de la Cigogne, la tour Denisot, la porte Saint-Bernard, la porte au Roy, la porte vers Froideville, « l'engive de la première porte du belle devant la maison au curé », les créneaux, la grande salle, la chambre de Mgr, les eschiffes sur les murs du belle (idem, B. 5402). Ensuite on répare les deux grosses tours sous le donjon, la tournelle de la chapelle, la tournelle « lez la chambre de la norricerie », dix eschiffes qui furent données en tâche à Olivier de Bretaigne et à Pernot de Soissons (Idem, B. 5403) ; on acheva les lanternes de bois sur la tour de la porte du donjon, le couronnement de la tour Saverault, le pont-levis, les allées de bois, les garde-fous (idem, B. 5404). On voit que ce château présentait un ensemble de constructions considérables.

Mussy. — La duchesse douairière Agnès de France lègue, en 1323, 100 sols dij. à l'œuvre du prieuré de Mussy-sur-Seine.

Noyers. — Château important, d'où relevaient de nombreux villages de la vallée du Serain, appartenait depuis trois siècles aux seigneurs de ce nom, et était féodalement soumis aux ducs depuis 1296. Mile de Noyers, ancien maréchal, bouteiller et porte oriflamme de France, y avait fait beaucoup de travaux, fondé trois chapelles castrales, avec l'autorisation du pape Clément V, fortifié la ville de Chablis, en 1331, construit le four banal de la ville, aujourd'hui détruit et dont nous donnons un dessin. On a récemment mis à nu la base du donjon carré construit en bel appareil, retrouvé des gargouilles représentant des aigles — les armes des Noyers —, des fûts de colonne, des arcs de rosaces de la chapelle Saint-Georges, des boulets de pierre de divers calibres, etc.

Pacy-sur-Armançon. — Jean de Saint-Verain, chevalier, et Marguerite de Pacy, sa femme, sont fondateurs des chapelles de la Trinité et de Saint-Jean-Baptiste érigées dans l'église de Pacy (Arch. de la Côte-d'Or, B. 11.636).

Pontailler. — Nous avons parlé (t. VI, p. 204-206) de l'acquisition de cette forteresse, et des grands travaux faits par ordre de Robert IL En 1350, il fallut reprendre du haut en bas la grande tour carrée, « qui est fendue en long et cherra, s'elle n'est secourue, et en sont en grant peril pour les habitants d'environ » ; Etienne de Musigny et Gui Raby surveillèrent les ouvriers (Idem, B. 5612). Le premier ayant été nommé ensuite châtelain de Pontailler après Girard de Vauretes, y fit exécuter des travaux et compléter le système de défense, refaire à neuf le pont, des barrières sur le grand pont, celles du pont-levis sur la Saône, etc. (idem, B. 5616).

Ronchaux. — Richard de Montbéliard, sire d'Antigny, lègue, en 1333, cinquante sols pour l'œuvre de l'église de Ronchaux, près Quingey (de Charmasse, Cartul. d'Autun, t. III, p. 200).

Rosières. — Ce château-fort qu'on voit encore près de Fontaine-Française, fut construit peu après 1322, par Pierre de Saint-Seine, auquel il avait été cédé par le duc et le sire d'Autrey.

Rouvre. — L'une des principales résidences ducales, subit des restaurations, en 1342, lorsque Jean le Bon, auquel on voulut en faire les honneurs, vint prendre Eudes IV pour se rendre à Avignon au couronnement du pape Clément VI. Les préparatifs furent ordonnés par Eudes de Fontaines et Dreux d'Aisey. Henry le « chappuis » arrangea la grande salle qui fut despeciée par le ny de la ciconne qui chuit sus la dite saule » ; autres dépenses furent faites pour les verrières de la chapelle et de l'oratoire de Mgr. ; on y fit mettre « une ymaige de Saint-Pierre » (Arch. de la Côte-d'Or, B. 5742). Cette demeure qui a donné son nom à Philippe, dernier des ducs de la première race, fut entretenue avec soin sous son règne. En 1357, Girard Bonami, charpentier, y fit divers travaux, répara la chambre de la reine Jeanne de Boulogne, construisit une garde-robe contiguë à cette chambre (B. 1405, fol. 42). Il parait que les cigognes y faisaient de longues stations, puisqu'en 1363, on réparait encore les cheminées « que les gens Mgr. avoient depeciées pour panre les saoingnez » (Idem, B. 5747). L'invasion anglaise nécessita de nombreux travaux de défense, et la façon d'engins d'artillerie (Idem, B. 5744). — Sous Eudes IV, on construisit les bâtiments du prieuré de Rouvre, et en 1323, la duchesse douairière Agnès de France légua 100 sols pour l’œuvre de ce prieuré, dont l'église, qui subsiste encore, n'était pas terminée.

Saint-Seine-sur-Vingeanne. — Le château subit des restaurations sous Eudes IV, et, en 1350, on réparait les murs du a berle s dont les travaux furent visités par Gui Raby (Arch. de la Côte-d'Or, B. 5612). Deux ans après, on refit entièrement la couverture et la coiffe du donjon (idem, B. 5613). — L'église est de la fin du mue s., comme l'atteste une inscription lapidaire portant la date de 1300 (Voir Répertoire archéolog., p. 79).

Saint-Thibaut-en-Auxois. — L'église et le prieuré de Saint-Thibaut dont nous avons déjà parlé, étaient depuis longtemps en construction, et n'étaient point achevés sous Eudes IV. En 1323, la duchesse douairière Agnès léguait encore une rente à l'œuvre de l'église.

Salive. — Maison ducale de peu d'importance et mal entretenue. En 1344, on refait une grange (Arch. de la Côte-d'Or, B. 6080) ; en 1347, on répare les couvertures et on relève le pignon « de Postel Mgr. à Salive » (Idem, B. 6081). On voit encore les ruines des tours, portes et murailles (Répertoire archéolog.).

Salmaise. — Château dont on aperçoit les ruines au-dessus d'un rocher escarpé en suivant la ligne du chemin de fer de Lyon, non loin de Verrey, était entré en la possession du duc Eudes IV par une confiscation sur un vassal rebelle Etienne de Mont-Saint-Jean. On y entreprit des travaux, en 1335 (Arch. de la Côte-d'Or, B. 6034). Des constructions plus importantes y furent faites, en 1348, lorsqu'on restaura « la chambre Mgr, la chambre de la norricerie qui estoit chiet, le grant celier vers la salle qui effondra » (idem, B. 6039). Sous Philippe de Rouvre, le mur du donjon fut édifié, et la fontaine venant du parc, « si quelle estoit en ruyne de lontems », fut mise en état au moyen de 300 journées d'ouvriers (Idem, B. 6041).

Sanvigne. — L'église était en construction sous Hugues V et Eudes IV ; Gui de Limanton, prévôt d'Autun, lègue, en 1315, une rente pour l'œuvre de l'église de Sanvigne, prés Toulon-sur-Arroux (de Charmasse, Cartul. d'Autun, t. III, p. 155).

Sarry. — Appartenait aux ducs depuis 1297, date de l'acquisition faite à Anseau, sire de Trainel, et à sa femme Béatrix de Maligny par Robert II, qui avait annexé au duché, moyennant 4.000 l., les domaines de Sarry, Villiers-les-Hauts, Soulangis et Méreuil, incorporés ensuite à la châtellenie de Châtel-Gérard (Arch. de la Côte-d'Or, B. 983). Le petit château de Sarry avait été transformé en maison de chasse, dans laquelle logeaient des veneurs et leur suite. Les dépendances étaient occupées par les « chiens dou cer ». En 1346, on refit à neuf cette vieille demeure, on recouvrit en laves les toitures des étables, de la cuisine, des greniers ; on recouvrit en tuiles la salle, la chambre de Mgr et le logis ; on refit les murs du verger « qui estoient cheus », les cheminées de la grande chambre et de la garde-robe ; ces travaux furent exécutés en tâche par Nicolas de Blacy, qui prenait les tuiles à la tuilerie d'Ancy (idem, B. 5400). En 1356, on construit la grosse tour du château de Sarry, dont les, pierres de taille proviennent des carrières d'Annoux (Idem, B. 5401).

Saulieu. —Thibaut de Semur, doyen d'Autun, lègue, en 1338, cent s. t. à l'œuvre de l'église collégiale de cette ville (de Charmasse, Cartul. d'Autun, t. III, p. 229).

Saulx-le-Duc. — Des travaux sont exécutés au château, dès 1330 ; réfection de murs ; six lampes achetées pour la chapelle du donjon (Arch. de la Côte-d'Or, B. 6078). En 1342, suite de la réfection des murs du bourg par Jean de Cussey et Pierre Pagot, maîtres maçons ; réparation des écluses du moulin de Tarsul ; lanterne de verre pour la chapelle, faite par Jean le peintre, de Mairey (Idem, B. 6080). En 1347, le maitre maçon Pierre Pagot bâtit une maison sur la porte du donjon, répare les pignons, rebâtit la partie des murailles anciennes et détériorées ; on rétablit les barrières en bois, l'escalier en bois donnant accès sur les murs du donjon devant la chapelle, les portes, huit fenêtres dans la grande salle ; la coiffe du four est recouverte en pierre blanche ; Jean le peintre, de Mairey, fait six bannières aux armes du duc pour mettre sur le château B. (Idem, 6081).

Saussey. — L'église était en construction sous Hugues V et sous Eudes IV, puisque Gui de Limanton, prévôt d'Autun, lègue, en 1315, une rente pour l'œuvre de l'église de Saussey, près Bligny-sur-Ouche (de Charmasse, Cartul. d'Autun, t. III, p. 155).

Savigny-lès-Beaune. — Le château aurait été construit, en 1340, par Jean de Frolois, maréchal de B., déjà possesseur du domaine en 1317 (Courtépée, art. Savigny).

Savigny-le-Sec. — L'église était en construction sous Eudes IV, et Guillaume Pautin, clerc d'Auxonne, fait, en 1363, un legs pieux à l'œuvre de cette église (Arch. de la Côte-d'Or, Protocole des notaires, B. 11,265).

Semur-en-Auxois. — Nous avons dit que l'achèvement de l'église de Notre-Dame de Semur n'était peut-être pas complet au commencement du XIVe siècle. Le fait est certain, car la duchesse Agnès faisait encore un legs, en 1323, pour l'œuvre de ce monument, et, en 1338, Thibaut de Semur, doyen d'Autun, insérait également dans son testament une autre donation pour l'œuvre de la même église. — Le château de Semur fut l'objet de divers travaux sous le règne de Philippe de Rouvre. Dès 1351, Geofroi de Blaisy, chevalier, et Jean Girard, prêtre, en firent la visite (Arch. de la Côte-d'Or, B. 6198). En 1354, on répara la tour Lourdeau (idem, B. 6201), et lors de l'invasion anglaise, on mit des « eschiffes » à la tour carrée, sur la porte Pierre Fournier, au « belle » de la tour feu Renaud de Jully, etc. (Idem, B. 6202).

Thil-en-Auxois. — La collégiale de Thil, sous le vocable de La Trinité, fut fondée, en 1340, par Jean de Thil, connétable de Bourgogne, qui établit cinq chanoines et un doyen. Il exigea que les bénéficiaires fussent obligés, le jour de leur réception, de faire serment de ne vendre ni aliéner les livres de la chapelle. Le roi Philippe de Valois ratifia la fondation, en 1343, et se recommanda, ainsi que la reine, aux prières qui se feraient dans cet établissement.

Tillenay. — L'église était en construction sous Eudes IV, et Guillaume Pantin, clerc, faisait encore, en 1363, un legs pour l’œuvre de cette église (Arch. de la Côte-d'Or, Protoc. des notaires, B. 11,263).

Thoires. — En 1319, Gui de Thoires, chevalier, fonda une chapelle bénéficiale dans l'église de ce village, à la collation de sa famille, qui était en possession de la seigneurie du lieu.

Vandenesse. — Guillaume de Châteauneuf fonde et dote la chapelle Saint-Nicolas de Vandenesse, en 1336, et y établit quatre chapelains résidents (Courtépée). Les parties intéressantes de l'église bâtie à cette époque existent encore.

Varanges. — L'église de ce village, qui n'était primitivement qu'une simple chapelle, fut fondée par le testament de Gui de Grosbois, propriétaire du lieu, et bâtie en 1348, avec l'autorisation de Hugues de Mirebeau, vicaire général de l'évêque de Langres (Arch. de la Haute-Marne, Rég. des insinuations).

Veilly. — Richard de Montbéliard, sire d'Antigny, lègue, en 1333, vingt sols à l' « euvre » de l'église de Veilly, près Bligny.

Vergy. — Le château qui avait eu jadis une si exceptionnelle importance était bien abandonné et négligé sous Eudes IV. Les mu- railles étaient en mauvais état, les fenêtres n'avaient plus de vitrage, les clefs manquaient à la plupart des portes. En 1347, on répare la tour, les murs du parc, la salle, l'étable ; on refait des clefs pour les « huis ». Michel de Poiseul, « chambroilleur », fut chargé de « chambroillier la chambre Mgr le duc et le pavoillon ». Le moulin de l'étang n'était pas mieux entretenu, et un charpentier en refit les portes (Arch. de la Côte-d'Or, B. 6475). En 1352, on continue les réparations aux murs du parc et on enlève les créneaux du château qui sont sur le point de tomber (Idem, B. 6476).

Vernot. — Cette maison de campagne, dans laquelle la duchesse Agnès séjournait fréquemment, fut embellie par la duchesse Jeanne, sa bru, qui en fit reconstruire la chapelle, en 1330, aussitôt après la mort de Mahaut d'Artois. Cette chapelle, ayant 30 pieds de long sur 24 de « gros dedans evre », fut entreprise à tâche par le maître des œuvres Laurent de Ys (Arch. de la Côte-d'Or, B. 6078). Les comptes de 1333 portent la suite des « missions pour les euvres de Varnoul » ; jointoyage des murs, nettoyage de la salle ; pierres prises dans la perrière pour la paver ; arrangement de la chambre maître Anseau (idem, B. 6079). En 1342, continuation des travaux et réfection à neuf du colombier (Idem, B. 6080). Il ne reste du château que de vastes souterrains.

Villaines-en-Duesmois. — Résidence très fréquentée de nos ducs, et dont les ruines se voient encore, avait 90 chambres à feu, et était flanquée de sept tours avec pont-levis. Cette construction du XIIIe siècle fut modifiée au XIVe. Hugues IV y fit son testament, en 1272, et y mourut ainsi que sa veuve Béatrix de Champagne. Le château était en très bon état d'entretien sous Eudes IV, mais les comptes de cette châtellenie manquent pour cette période.

Villiers-le-Duc. — Château servant de maison de chasse et occupé principalement par les veneurs et les fauconniers ; ces derniers y pratiquaient le dressage des oiseaux que l'on avait commencé à élever à « la mue de Maisey ». En 1347, on refait le « gouterot du retrait Mgr qui estoit cheust », et une autre partie de murailles à neuf, la maison du Val-des-Choux à Villiers et le manteau de la cheminée (Arch. de la Côte-d'Or, B. 6595). Cette maison et cette cheminée existent encore, et sont l'objet d'intéressantes restaurations par les soins de M. Morel de Villiers, le possesseur actuel. Les années suivantes, on rebâtit les murs des grands jardins, des jardins de la Colombe et du Sauveur (idem, B. 6596). En 1348, Eudes IV renouvela une donation faite antérieurement à son veneur Geofroi le Mottot, de Perrigny, et lui concéda la chapelle à condition d'y assurer le service divin (Bibl. nat., Collect. Bourgogne, t. LXXII, fol. 85).

Vitteaux. — Cette terre appartenant d'abord à Jean de Chalon, sire d'Arlay, était assez abandonnée lorsqu'elle fut donnée en douaire à la duchesse Jeanne de Boulogne. On y avait seulement « appareillé » une chambre auprès de la porte du donjon, en 1347 (Arch. de la Côte-d'Or, B. 6669 ter).

Volnay. — La duchesse Agnès de France avait dans son douaire la terre et les vignobles de Volnay, où elle possédait une maison-forte avec tour et chapelle. Elle y ordonna, en 1316, de grandes restaurations, qui furent faites par Martin Chauvin, l'administrateur de ce domaine, et sous la surveillance de Simon Jobert. On recouvrit les salles, les cuisines, les chambres « cortoises », on exhaussa les murs de la chapelle, et l'on fit cimenter « les grez » de la tour (Comptes de Volnay, 1316, pièces de notre cabinet).

 

XVI. — PEINTURE ET SCULPTURE.

Pierre de Semur, chanoine de Langres, et chancelier du duc Hugues V, avait donné par testament au chapitre de Langres, en 1320, une somme de 100 florins, et un tableau du Jugement dernier qui était réputé un chef-d'œuvre (Arch. de la Haute-Marne, Rég. Des insinuat., voir Roussel, Hist. du dioc. de Langres, t. IV, p. 81).

Les travaux qu'entreprit Eudes IV au château de Jugny, en 1335, et notamment la chapelle castrale, étaient en partie achevés, en 130, lorsqu'on posa les verrières. C'est alors que l'on fit « poindre et refaire les Evangelistres par la main Cousin filz, et maistre Simon Estienne, son cosin », qui furent également chargés « d'appareiller » les panneaux de la salle (Comptes de Salmaise, de Mathieu Bedey, B. 6037).

Les comptes de la châtellenie de Montbard nous fournissent des renseignements plus intéressants et plus détaillés. Le gros œuvre de la chapelle du château étant achevé en 1341, on posa les verrières, puis on livra l'édifice aux peintres qui devaient contribuer à l'ornementation. Tous les travaux étaient surveillés et les dépenses ordonnancées par Renaud de Gerland, chapelain du duc. Le peintre Jean de Granson se mit à l’œuvre, le 17 octobre 1343, avec son frère Nicholier et un valet qui préparait leurs couleurs. Ils se firent aider par des peintres de la localité Berthelot Grenier, de Montbard, et son fils Jacot[65]. Mais ces premiers artistes n'eurent sans doute à faire que la partie de décoration la moins difficile. Au moment où Jean de Granson et son frère Nicholier terminaient le travail qu'ils avaient entrepris, un autre artiste s'installa le 13 juin 1345, pour y mettre la dernière main, et très probablement pour peindre les personnages figurant dans l'ornementation de la chapelle. Cet artiste, dont le nom parait pour la première fois dans nos comptes, est maitre Thierry, peintre de Mgr. le duc, qui était accompagné de « Gellequin de Brucelles, de Enry Larlemant » et d'un valet. Ils passèrent trois hivers à Montbard, et ne terminèrent leur travail que le 11 mai 1347[66].

Nous insisterons sur la situation de ces artistes que l'on traitait avec soin et déférence, et pour lesquels le duc et la duchesse avaient probablement recommandé les plus grands égards. D'après les ordres formels qu'il avait reçus, le châtelain leur fournissait abondamment tout ce qui leur était nécessaire, non seulement la nourriture, le vin pour eux et leurs valets, l'avoine pour leurs chevaux, mais des marbres polis pour broyer leurs couleurs, des huiles prises à Rougemont, « des doux de quoy les pointres cloient lors foilles de papier d'our pour mestre sechier », des toiles pour leur faire des tabliers, des œufs, du verjus, de la cire « pour la nécessité de l'ovre », du charbon « pour sechier les colours pour 3 yvers, » etc.

Chaque jour on leur servait largement du vin pris dans les approvisionnements du château ; on leur donnait 4 pintes, dont 8 faisaient le setier, et 16 setiers le muid, de sorte que la consommation totale pour Jean de Granson et ses compagnons monta à 21 muids, et celle de Thierry et de ses hommes à plus de 25. Depuis la Chandeleur 1347 jusqu'au 11 mai de la même année le peintre du duc resta seul avec un valet pour terminer le travail[67]. Ces peintres entourés d'une considération particulière étaient traités comme des grands seigneurs ; il est à croire que, comme beaucoup d'artistes, ils ne mettaient pas trop d'empressement à terminer leur œuvre. Le châtelain Perreau de Bois Thierry, que ce séjour prolongé fatiguait sans doute, en laisse percer une pointe discrète de mécontentement, et, à la suite de la longue énumération, il ajoute : « ne compte riens li diz chastellain des colours achetées pour la chapelle, quar Mes. Jehanz et mes. Thierriz les hont achetées et distribuées ; auxi ne compte riens dou charbon, que hon hay delivrés ès pointres pour la necessité de la chapelle, quar encor lor en délivre on touz les jours, ne ne compte riens de la chambelière qui hay servi les diz pointres, quar encor les faut chascun jour servir » (Idem, B. 5302).

Après 1347 nous ne trouvons plus mention de Thierry, soit que les travaux soient achevés, soit que la mort de Philippe, celle de la duchesse, le désastre de Crécy, et les fléaux épidémiques qui affligèrent la fin du règne, aient fait suspendre tout ouvrage d'art[68].

Un autre peintre, qualifié aussi de maitre, parait dans les comptes de Saulx-le-Duc (1342-1346), mais nous n'oserions lui donner la qualité d'artiste, bien qu'à cette époque les peintres de talent n'aient montré aucune répugnance pour appliquer leur art et leur industrie à des ouvrages d'un ordre moins relevé, écussons pour obsèques, écussons pour cérémonies, bannières, girouettes, épis. Maitre Jean, « pointurier » de Marey, est sans doute marchand en même temps que peintre, car si on lui paie « la façon de VI gratis pevaiz armoiés des armes Mgr. le duc pour mettre ou chasteaul de Saulx » (Arch. de la Côte-d'Or, B. 6081), on lui achète une lanterne de « voire » pour la chapelle (Idem, B. 6080). Il est aussi chargé de placer « les 11 espingaules... de visiter et netoier les arbalestes et empenner plusieurs garroz, faire garroz pour les espingueles. IIIc fers de querriaux et Ic de garroz » (Idem, B. 6081). Ainsi, à Vaulx-le-Duc, le maître des engins était un peintre comme les Boulogne à Hesdin.

En Artois, Eudes IV est servi par des peintres de talent qui ont été employés par Mahaut d'Artois. Laurent de Boulogne et son fils Vincent appartiennent à une lignée d'artistes qui se succèdent de père en fils, et qui pendant deux siècles sont attachés au château de Hesdin, prouvant ainsi cette stabilité professionnelle dont nous avons déjà trouvé de remarquables exemples parmi les écrivains et les enlumineurs. Laurent et Vincent de Boulogne travaillent pour Eudes IV, pour Philippe, son fils, pour Philippe de Rouvre et pour Philippe le Hardi. Leurs œuvres sont longuement décrites dans le livre de M. Richard sur Mahaut d'Artois. Nous n'y reviendrons pas dans ce rapide exposé, ni sur les travaux entrepris dans d'autres châteaux de l'Artois par Roussel de Harmaville, Colard de Closcamp, Eloy de Clokemacre, Jean et Guillaume Acart[69], etc. Les travaux de ccs artistes ne sont pas arrivés jusqu'à nous, et n'ont pu résister à l'action du temps, mais quels intéressants spécimens n'aurions-nous pas de cette époque, alors que les murailles des châteaux, des églises, les statues, les images de saints étaient couverts de peintures, alors que les retables des autels étaient de véritables tableaux sur bois à fond d'or.

Eudes IV employa non seulement les peintres qui avaient servi Mahaut, mais ses imagiers et sculpteurs, comme Jean Pepin de Huy ou de Wit, installé à Paris, qui avait fait le tombeau de Robert l'Enfant, aujourd'hui déposé à Saint-Denis, le mausolée d'Othon, comte de Bourgogne, et d'autres monuments qui ne sont pas arrivés jusqu'à nous (Voir Richard, Mahaut d'Artois, p. 312 et suiv.). L'année même de la mort de la comtesse d'Artois, on payait ce qui était dû à Jean de Huy, « entailleur d'albâtre », pour une « ymaige de Notre-Dame » et une de Saint-Jacques (Arch. du Pas-de-Calais, A. 496).

On peut encore signaler pendant le règne de Philippe de Rouvre plusieurs peintres exerçant leur art à Dijon, mais sur lesquels on a peu de renseignements : Jean dit Le Boceux, de Langres, Iohannin Le Pareur, Jean de Melun, Jean de Paris. (Voir Bernard Prost, Inventaires mobiliers et extraits des comptes des ducs de B. de la maison de Valois, t. I, p. 154, note 4.)

Sous le duc Hugues V, Geofroi, imagier, résidait en sa maison de Mussy-sur-Seine, et était décédé en 1319, époque à laquelle son neveu du même nom Geofroi, également imagier, eut des difficultés avec Sibille, fille de Geofroi Ier, mariée à Nivot de Gyé.

En 1334, maître Pierre d'Auxonne faisait placer sur le grand autel de l'hôpital de Dijon « une ymaige de Notre-Dame de Pitié » (Calmement, Hist. ms. de l'hôpital de Dijon).

En 1345, le duc Eudes IV manda de payer à Regnier, épicier de Paris, 400 l. p. « pour Lause de 11 pierres d'alebastre que nos genz prirent de li, lesquelles nous avons fait ovrer et mettre en notre chapelle de Dyjon » (Arch. du Pas-de-Calais, Artois, A. 646). La destination de ces pierres n'est pas indiquée ; il s'agit sans doute de tombeaux qui procuraient les plus nombreuses occupations aux artistes de l'époque. On possède la reproduction d'un assez grand nombre de monuments de ce genre ; les croquis de pierres tombales qui nous ont été conservés par Palliot donnent une idée de la variété de facture. Les tombes avec simples traits ne coûtaient pas cher. Huguenin de Bellenot entreprend par marché ferme de tailler une sépulture à Guyot, de Fleurey, pour la somme de 17 sous (Arch. mun. de la ville de Dijon, B. 129).

Après la mort de Gui Baudet, évêque de Langres et chancelier de France, en 1338, Philippe de Valois voulant remplir les clauses testamentaires du défunt, fit exécuter en albâtre une statue de la sainte Vierge, d'abord fixée à un pilier de la nef de Saint-Mammès, puis transférée dans la chapelle de Notre-Dame-la Blanche, et que l'on conserve encore sur l'autel de la Vierge à la cathédrale de Langres. Aux pieds de la statue on voyait jadis le mausolée de Gui Baudet, représenté à genoux, revêtu de ses habits pontificaux. L'ouvrage exécuté par ordre de Philippe VI avait coûté 140 l. On ne doit pas confondre cette statue avec celle de Notre-Dame de Confort, qui se rapproche de la même époque, mais dont la tête est séparée du tronc, et qui est reléguée dans les bâtiments de l'évêché[70].

Le 4 août 1353, Jean le Bon donna ordre au gouverneur et au receveur de Bourgogne de faire venir à Paris les pierres de marbre et d'albâtre qu'il avait fait acheter pour élever un mausolée à Philippe de Valois et à la reine Jeanne de Bourgogne, ses parents (Bibl. nat., Collect. Bourg., t. XXI, fol. 2). Ces ordres furent exécutés, car dans le compte de Dimanche de Vitel de la même année on trouve mention de pierres d'albâtre, colonnes, colonnettes, amenées de Chalon à Cravan avec d'autres pierres prises à Vitteaux, formant un total de 74 pierres de petite dimension sans compter les grosses pour faire les sépultures du roi et de la reine. La tombe représentant Philippe VI est la seule qui subsiste encore à Saint-Denis ; mais le monument devait être considérable, d'après le nombre et l'importance des matériaux qui servirent à son érection :

« A Mathé et Huguenin Bouyers, freres, de Semur, pour mener dès Chalon à Cravant suz le port d'Yonne, XX pierres d'alabastre, des pierres qui illec estoient pour la sepoulture a dou rov Philippe et de la royne Jehanne de Bourgoigne darrierement trespassez, que Dieux absoille, par marchié fait à tasche à eux, si comme il appert par plusieurs lettres sous le scel des causes de Chalon, LXII florins.

« Pour Benoite, de Viteau en Auxois, et Thiebaut et 6.t illea min de Seinur, pur mener XXXIX pierres desdites pierres, XVI pièces de colonnes, VII tronçons de colonetes et deux petites pierres, tout pesant IIIIm VIIc et XXXV l., par marchié fait en tasche à eux, et lours lettres sous ledit scel, en tout XVI florins.

« Audit Perrin Benoite, Perrenot Moissonier, de Viteau, et à Nicolas Jobert de St Thiebaut, pour mener audit lieu trois grosses pierres, dont chacune pezoit III tonneaux de vin, et plut, par extimation, par marchié fait à eux comme dessus, et par lettres souz le dit steel, XLVII florins, faiz dou commandement dou roy, par ses lettres, données le IIIe jour d'aoust CCCLIII, contenant que l'on face mener ycelles pierres à Paris, pour ce XLVII for.

« Pour osier LXXIIII desdites pierres d'une maison sur la rivière, ou elles furent mises, pour ce qu'elles estoient petites, et que legierement les peust en embler, si elles feussent demorées sur la riviere avec les grosses, et pour icelles peur et mettre en place, et chargier, et pour estrain acheté pour enfardeler les colonetes pour double de [les] brisier, pour tout XXV s. t.

« Pour desterrer une table d'alabastre pour un autel sur laquelle on avoit gitté terre, flans et ordures, plus de IIII piez de haut, IIII s. t.

« Pour les despens de Jehan de Bonestat et de son cheval, en aient de Montbar à Chalon, dou commandement dou receveur, pour panre clou chacun venant à la foire chaulde, pour marchander à eux de charroier les dites pierres, et demoura iller IIII jours en attendant ledit charrov, et depuis convoia les harnois jusques à Cravant, ou il fit deschargier les grosses pierres sur le port, ou plus près qu'il pot pour mettre sur l'Yonne, et les petites fit deschargier en une maison fermant sur le pont, et demora en ce faisant XII jours entiers, dont il fu par lesdits 1111 jours dessusdits aux des« gens de la loige a Chaton, pour le demourant VIII jours, XII s. t. par jour, pour tout IIII l. XVI s. t.

Arch. de la Côte-d'Or, B. 1394, fol. 46.

 

Les officiers de la Chambre des Comptes, installés sous Philippe de Rouvre dans une partie de l'hôtel ducal à Dijon, avaient sur l'autel de leur oratoire « une ymaige de Notre-Dame d'alabastre », plusieurs fois citée (B. 1402, fol. 64). La remarquable statue de saint Jean-Baptiste, en pierre blanche, de plus de 2 mètres de haut, que l'on vient Lie trouver dans une maçonnerie de l'église de Rouvre, parait dater de cette époque, ainsi que la statue de saint Jean-Baptiste de Mussy-l'Évêque (V. Mém. de la commission des antiq. de la Côte-d'Or, art. de M. Chabeuf, t. XIII, p. CX et CLV). Une remarque mérite d'être signalée aux érudits. La duchesse Agnès, fille de saint Louis, était bienfaitrice des prieurés de Rouvre et de Mussy, et lègue dans son testament, en 1323, une somme pour l'œuvre de ces deux monastères, et tous deux possèdent des statues de saint Jean-Baptiste qui paraissent contemporaines de ces donations.

Les statues d'Eudes IV et de la duchesse Jeanne existaient jadis dans l'église Notre-Dame de Dijon qu'ils avaient contribué à ériger. Elles furent détruites à la révolution.

Dans un terrier de 1519, fournissant une description sommaire du château d'Argilly, on trouve cette mention : « environ le milieu dud. Chastel y a une belle chappelle, faicte de carrons plombés pour la pluspart, deans laquelle sont les douze appostres eslevez et plusieurs aultres imaiges et painctures bien somptueuses, ensemble deux oratoires qui sont fort ruyneuses tant en painctures que aultrement... » (Voir Bernard Prost, Inventaires mobiliers, t. I, p. 22, note 4.)

Le 18 septembre 1358, Jean de Baubigny et Dimanche de Vitel, sur l'ordre de la reine Jeanne de Boulogne, passèrent un marché avec Jean de Soignolles, « macon et ymageur de Paris », pour la façon d'un tombeau en marbre noir de Dinant, à ériger dans la Sainte-Chapelle de Dijon, devant représenter « les deux ymaiges ou ressemblances » de la reine et de Philippe de Bourgogne, la tête appuyée sur 2 oreillers, avec 2 tabernacles, 1 lion et 2 chiens, le tout pour le prix de 350 florins et une robe de 20 florins (Arch. Côte-d'Or, Protocole de Guillaume, dit Gigonier, B. 11.255). Le 28 décembre 1358, Hennequin Arion, de Bruxelles, apprenti de Jean de Soignoles, désirant revoir son pays, fit un arrangement avec son maitre qui l'autorisa à partir, en lui faisant signer un engagement de 6années de service, une reconnaissance de 60 florins qui lui étaient dus, et la promesse de revenir travailler avec lui à Dijon (Voir Revue des soc. savantes, 1861, 1er sem., p. 23, et 2e sem., p. 453-455), communication de M. d'Arbaumont.

 

XVII. — VERRERIE.

Nous avons donné dans notre t. VI des fragments de verrières de l'hôpital de Tonnerre, représentant assez grossièrement Charles Ier d'Anjou et la reine Marguerite de Bourgogne, reine de Jérusalem et de Sicile, qui les avait fait poser à la fin du XIIIe s., après la construction de la célèbre maison hospitalière fondée par elle.

Les travaux qu'Eudes IV entreprit au château d'Aisey, sous la direction du curé d'Etalante, furent complétés, en 1328, par la pose de verrières « à Garnier, le verrier, pour faire XXXV piez de verrières mises ès fenestres des chambres Mgr., lou pié III s. vaillent IIII lb. XV s. » Les réfections se continuent l'année suivante à Aisey et à la chapelle, où les verrières furent « affaitiées » par Enfer, de Châteauvillain (Comptes de Guyot de Gy, châtelain d'Aisey 1347-8, B. 2077). Les verrières de la chapelle de Jugny sont posées en 1340 (Compte de Mathieu Bedey, châtelain de Salmaise, B. 6037).

L'année suivante, les verrières du château de Montbard, de la chapelle et de diverses pièces furent entreprises en tâche « ès enfans maistre Symon, le voirrier de Dijon », pour le prix de 25 1. On entreprit aux mêmes 29 pieds de verrières destinées aux fenêtres de la grande salle et du retrait de la duchesse (Comptes de Perreau de Bois-Thierry, B. 5301).

L'an 1312, lors de la venue en Bourgogne de Jean le Bon, qui devait se rendre avec Eudes IV au sacre de Clément VI à Avignon, on mit en état les châteaux du duché qu'il devait honorer de sa visite. Le château de Rouvre était de ce nombre ; on fit « affaitier » les verrières de la chapelle et de l'oratoire du duc, dans lequel on plaça une ymaige de Saint-Pierre », qui était assurément une œuvre d'art (Compte de Philippe de Penetex, B. 5742). En 1345, le lundi avant Saint-Simon et Saint-Jude, on envoya quérir à Châteauvillain « maistre Enfer, voirrier doudit lieu », dont on a parlé plus haut, pour venir à Aignay poser les verrières des fenêtres du château, comprenant celles de la chapelle, de la chambre du duc et de la grande salle (Compte d'André Fourgue, châtelain d'Aignay et de Duesme 1344-6, B. 2056).

Le château de Dijon, assez mal entretenu sous Eudes IV, fut l'objet de modifications sous Philippe de Rouvre. En 1352, on y posa des verrières d'après les indications qui suivent : « à Constantin, le voirrier de Dijon, pour VI piez de voirre neuf ès deux verrieres de l'oratoir dou duc, delez la chappelle dou chastel, en laquelle Jehan de Hangest et maistre Pierre d'Orgemont, commissaires sur le fait des debtes de Bourgoigne tenoient leur siège » (Côte-d'Or, B, 1391, fol. 35 v°). L'année suivante, Jean 13oursé, verrier de Dijon, refait les verrières de la garde-robe et de la chambre ducale, ainsi que celles de l'hôtel de Jean de Rouyre, annexé au château, « lesquelles estoient despeciées et gastées » (Côte-d'Or, B. 1397, fol. 37). Jean Boursé fit encore, en 1356, des verrières « pour donner clairté à l'entrée de la Chambre des Comptes » dans cette partie d'hôtel qui avait été assignée pour demeure aux officiers (Côte-d'Or, B. 1402, fol. 43).

Les menus comptes du château de Montjustin fournissent les dépenses des ouvrages faits dans cette résidence ducale et notamment les verrières de deux fenêtres, en 1343 (Arch. du Doubs, B. 133). On fait venir de la Brie, en 1317, un verrier nommé Regnault, pour refaire les verrières du château d'Avallon, celles de la salle et de la « chambre Mgr », au prix de 5 sols le pied, et le tout coûta 6 liv. (Comptes de Jean des Granges, B. 5400).

Les artistes verriers qui ont travaillé pour la comtesse Mahaut dans les châteaux de l'Artois sont également employés par Eudes IV. A Hesdin, on trouve le nom de Jean le Sauvage jusqu'en 1333, puis celui de son frère Jacques, qui avaient leur atelier à Arras (Voir Richard, Mahaut d'Artois, p. 299-305). Jean Coispel pose de nouvelles verrières, en 1338 (Arch. du Pas-de-Calais, A. 578), et Oudart refait les verrières de la chambre aux fleurs de lys, en 1342 (Idem, A. 610). Un verrier de Saint-Omer, nommé Jean, exécute divers travaux à Eperlecques en 1338, et à Saint-Omer, en 13I3. Par un marché passé avec « Jehan as Coquelés verrier de Béthune, on refait, par ordre d'Eudes IV, d'importants travaux aux châteaux d'Aire, en 1344 a toutes les verrières de la grant salle, de la cappelle de la cambre Mgr le duc, et celles de la cambre Mgr de Bouloigne... » (Idem, A. 636). Au château de Bellemotte qui était moins bien entretenu, on se contentait, en 1313, « de toille et ruban vert et petis clous à faire verrière pour oster le vent es fenestres de l'hostel Mgr le gouverneur » (Idem, A. 625). C'est là que séjournait Berart, chargé de blanchir les murs, que le comptable qualifie de « tueur d'araignes et de mouches ».

En 1327, le duc fait monter les verrières de son hôtel de Sainte-Geneviève à Paris (Arch. Côte-d'Or, B. 314) : en 1344, Guillaume Donex pose les verrières de sa chambre à Fontenay-sous-Bois (Idem, B. 316), et l'on voit qu'à Conflans, les fenêtres des chambres et de la garde-robe sont munies de verre blanc, celles de la chapelle de « voirre vigneté » et de panneaux de « voirre d'ymagerie » (Arch. du Pas-de-Calais, A. 372).

 

XVIII. — ARTILLERIE.

La plupart des châteaux de quelque importance possédaient une chambre de l'artillerie, contenant des engins de nature peu variée que l'on rencontre partout. Il parait intéressant de savoir à quelle époque le duc Eudes IV avait utilisé les armes à feu et la poudre. Pendant toute la chevauchée du comté de Bourgogne contre Jean de Chalon, en 1336, il n'en est pas une fois fait mention, mais la lutte contre le roi Edouard III sur les frontières de Flandre devait donner lieu à de nouvelles inventions et à l'emploi de machines plus meurtrières qui nous sont connues par les comptes d'Artois.

On a pour la première fois l'indication d'armes à feu, le 12 mai 1341, peu de temps après la bataille de Saint-Omer, où le duc avait couru de si grands dangers, et dont il était sorti victorieux. Eudes IV avait pris à gages pour son château de Rihout Jean de Hesdin et son frère Pierre « maistres traieurs de garoz à feu » (Arch. du Pas-de-Calais, A. 60). Nous ne savons si ces artilleurs avaient été occupés auparavant, n'ayant que nos documents comme source d'information. Il est probable que les premières machines ne devaient pas être d'un usage facile, et que des modifications permirent d'en généraliser l'emploi, car cinq ans plus tard, nous trouvons des canons dans la plupart des places fortes du comté d'Artois. Le duc fait acheter de la poudre pour les canons du château de Hesdin, en 1346, fait transporter à Calais un engin nommé « teste de sanglier », que l'on avait probablement fait prendre à Hesdin (Arch. du Pas-de-Calais, A. 648 et 650).

En 1347, « trois canons à traire fu et, trois livres de poudre » sont achetés pour le château de la Montoire (idem, A. 654). On constate à Saint-Orner « IIII boistes de canon prisiées XXV s. t. » (Idem, A. 84). Trois engins neufs, dits « bricoles », sont destinés à défendre la ville de Béthune, fort endettée et éprouvée par les ravages de la guerre précédente (idem, A. 85).

Les engins à feu n'apparaissent en Bourgogne que la dernière année du règne d'Eudes IV. Le compte de Renaud de Verrey, châtelain de Cuisery, relate, en 1350, une dépense de 5 florins. « pur V poz à gîter feu qui sont en garnison oud. Chastel (Arch. de la Côte-d'Or, B. 4390). Ces premières machines d'un maniement dangereux furent construites dans un plus grand format, lors de l'invasion anglaise, en 1359. Jean Belier fabriqua plusieurs engins pour le château de Rouvre ; dont l'un était nommé « perdrix » et l'autre « sanglier » (Compte de Girard de Longchamp, B. 5744). Le château de Lantenay était muni de six canons et de poudre « pour faire getier garroz » (B. 5042), et la ville de Dijon possédait treize carions, dont neuf de cuivre (Garnier, l'Artillerie des ducs de B., p. 7).

Vers la- même époque, on construisait à Montréal-en-Auxois deux énormes engins « à getier », d'inégale grandeur, dont le plus petit était appelé « Couillart » Le travail avait été entrepris à tâche, mais le charpentier qui passa le marché ne put dresser que l'une des pièces. Les gens du conseil ducal donnèrent ordre d'en faire monter une autre, pour laquelle il fallut 78 pièces d'arbres, 3000 clous et que 26 hommes mirent deux jours à « dressier ». On fit tailler un demi-cent de pierres « à getier ». Il ne semble pas que ces machines aient été mues par la poudre, puisque les dépenses relatent « la façon des frondes des dits engins » (Comptes de Jean de Mussy, châtelain de Montréal, B. 5403).

En somme, les armes à feu ne furent pas employées en Bourgogne d'une manière sérieuse sous le règne d'Eudes IV. L'usage ne s'en généralisa que sous le règne de Philippe le Hardi, ainsi que l'a établi M. Garnier dans son curieux livre : L'Artillerie en Bourgogne.

Dans la première moitié du mye s. on ne trouve mention dans les comptes que des engins qui serviront longtemps encore, les arbalètes faites avec des cornes de bouc (Arch. Côte-d'Or, B. 11.837), les arbalètes à pied, avec affut, à tour où « à cauques », les espingales, garrots, carreaux, perriers, mangeonneaux, flèches, « floichons enpennés d'airain », etc.

Nous trouvons les noms de divers artilleurs du duc. Jean Espiard, de Jussey, prend part à la campagne de 1336 en Franche-Comté, et livre « plusieurs ouvraiges qu'il hay fait de son mestier » pour le siège de Château Lambert, en 1347. Jean de Porrentrui est artilleur du duc à Vesoul, en 1338. Dimanche de Vitel, receveur du duché, passe marché avec Jean de Hainaut, artilleur, pour la fabrication d'arbalètes à raison de 6 fr. la douzaine (Protoc. des notaires, B. 11255). En 1347, Jacques, arbalétrier de Chalency, vient à Vernot pour réparer les espingoles et les transporter à Saulx-le-Duc, on lui fait aussi nettoyer les arbalètes, « empenner les garroz », il livre « He fers de quarriaus et le de garroz » (Comptes de Saulx-le-Duc, B. 6081). Au moment de l'invasion anglaise, on met en ordre l'artillerie de Pontailler, comprenant 18 arbalètes, 300 garrots, mille floichons et les empennes » ; on y ajoute 5000 autres floichons et 3000 fers de floichons (Comptes de Pontailler, B. 5616). Perrot, arbalétrier de Volnay, répare les arcs et arbalètes de Saint-Romain-les-Beaune (B. 5906). Jean, arbalétrier de Quingey, travaille avec ses enfants à La Perrière pour mettre en état 34 grosses arbalètes, 3 espingoles et une poulie pour les monter (B. 5055). Pierre de Chassenay, châtelain de Villaines et de Lucenay, achète à Dijon « VIII arbalètes, III baudrez, IIII carcois, IIm IIc viretons et, les fers pour y mettre, XXXVI fuit de lances et les fers pour y mettre... VI targes et II pavas de Lombardie, couverts de cuir » (B. 6556), etc.[71].

 

FIN DU HUITIÈME VOLUME

 

 

 



[1] Le premier compte d'hôtel que nous possédions date de 1326, et fut rendu par Demoingeot, de Talant. C'est un petit cahier en papier in-4° qui relate les itinéraires et les dépenses d'une manière très sommaire. Les dépenses de la duchesse pour l'année suivante sont inscrites sur un rouleau, dont on n'a plus qu'une partie ; la prise de possession des comtes d'Artois et de Bourgogne, qui lui échurent en 1330, augmentèrent beaucoup ses dépenses qui, comme ses déplacements, furent inscrits sur des cahiers in-4° semblables à ceux du duc. Après, 1340, les registres deviennent d'énormes in-folio en papier, dont nous avons extrait les documents utiles.

[2] Pour autres détails, voir E. Picard, Les Jardins de Rouvre, extrait des Mémoires de la Société Eduenne.

[3] Tout ce paragraphe est le chapitre premier d'un travail inédit : Enlumineurs et Ecrivains de forme en Bourgogne (du XIIIe au XVe siècle).

[4] Arch. de la Côte-d'Or, Protocole du notaire Hugues Poissenet, B. 11.230, n° 8.

[5] Obituaire de Beaune, manuscrit de notre cabinet.

[6] Bibl. nat., Cartulaire de l'évêché de Chalon, lat. 17.089, f. 36-51.

[7] Arch. de la Côte-d'Or, Protocole du notaire Guy Cossenet, de Dijon. B. 11,250, n° 19. Cette mention a été plusieurs fois publiée par G. Peignot, Catalogue des livres des ducs de B., p. 24 ; Simonnet, Droit public en B. ; l'abbé Marcel, Les livres liturgiques du diocèse de Langres, p. 34, etc.

[8] Arch. du Pas-de-Calais, comptes de l'Artois, A. 480.

[9] Arch. de la Côte-d'Or, Chambre des Comptes, B. 3136 : « mons. Jehan, l'escripvain, mis en suffre de la maison qui tient de Mgr et dou commandement madame, cui Dieu pardoint. »

[10] Arch. de l'hôpital de Tonnerre, Comptes dudit hôpital depuis le 19e jour de septembre 1333 au 20e jour de février 1334.

[11] Arch. de la Côte-d'Or, Protocole du notaire d'Is-sur-Tille, B. 11,243, n° 15.

[12] Arch. de la Côte-d'Or, Protocole de Jean d'Acey, prêtre coadjuteur de Hugues Poissenet, notaire à Dijon, pour le duc, B. 11,254.

[13] Arch. de la Côte-d'Or, Protocole des notaires, B 11,255, registre de 1354-1360.

[14] Arch. de la Côte-d'Or. Protocole des notaires, B. 11,234.

[15] Arch. de la Côte-d'Or, Protocole de Simon Geliot, de Blaisy, coadjuteur de Jean Poissenet, tabellion de Dijon, pour le duc, B. 11,256. Le texte latin de ce marché d'apprentissage a été donné par Peignot, Simonnet et l'abbé Marcel dans les brochures précitées.

[16] Arch. de la Côte-d'Or, Protocole de Pierre de Layer, prêtre notaire à Dijon, B. 11,284, n° 66.

[17] Il en sera parlé plus loin en citant le prix des livres.

[18] Arch. de la Côte-d'Or, B. 1402, fol. 44.

[19] Voir Chazaud, Mém. de la Soc. des Antiq. de Fr., t. XXXII. p. 64 et suiv.

[20] Orig., Arch. de l'Hôpital de Tonnerre.

[21] Orig., Arch, de la Côte-d'Or, B. 309.

[22] Léopold Delisle, Cabinet des mss. de la Bibl. nat., t. I, p. 14-15.

[23] Bibl. nat. fr. 22890.

[24] Bibl. nat. fr. 6845.

[25] Bibl. nat. fr. 1294.

[26] Bibl. nat. , fr. 316.

[27] Voir L. Delisle, Cabinet des mss. de la Bibl. nat., t. I, p. 14-15.

[28] Bibl. nat., fr. 20,367, fol. 57.

[29] Dom Plancher, t. II, pr. CCLXXVII.

[30] Arch. du Pas-de-Calais, A. 518, 529, 572, 670, 670.

[31] Arch. du Pas-de-Calais, Comptes de l'Artois, A. 658 et 658.

[32] Arch. du Doubs, B. 72.

[33] Arch. du Pas-de-Calais, comptes de d'Artois, A. 639.

[34] Arch. de la Côte-d'Or, comptes de Saulx-le-Duc, B. 6078.

[35] Le Roux de Lincy, Bibl. de l'Ecole des chartes, 3e série, III, p. 63.

[36] Voir Richard, Mahaut, comtesse d'Artois, p. 102.

[37] Arch. de la Côte-d'Or, Compte de Dimanche de Vitel, 1357, B. 1397, f. 38.

[38] Arch. de la Côte-d'Or, Protocole des notaires, B. H, 234.

[39] Arch. de la Côte-d'Or, Compte de Dimanche de Vitel, 1357. B. 1405, fol. 68.

[40] Arch. de la Côte-d'Or, Compte de Dimanche de Vitel, 1359, B. 4406.

[41] Arch. de la Côte-d'Or, Protocole de Jean d'Acey, prêtre notaire, B. 11.256, n° 27.

[42] Arch. de la Côte-d'Or, Protocole de Henri-Etienne Fenay, B. 11.260, n° 37.

[43] Arch. de la Côte-d'Or, Comptes de Talant, B. 5.053.

[44] Arch. du Doubs, B. 63². Cette famille Raby ou Rabby, de Dijon, faisait alors partie de la riche bourgeoisie de la ville ; l'un de ses membres, Jean Raby, était assez riche pour acheter, en 1354, moyennant cent florins de Florence, un troupeau de 350 moutons, que lui vendirent Jean de Rougemont et sa femme (Arch. de la Côte-d'Or, Protocole des notaires. B. 11.255).

[45] Arch. de la Côte-d'Or, B. 1397, fol. 37, et B. 1399, fol. 40.

[46] Arch. de la Côte-d'Or, Protocole des notaires, B. 11.240 (1342-6).

[47] Arch, du Pas-de-Calais, Artois, A. 443.

[48] Arch, du Pas-de-Calais, Artois, A. 495.

[49] Arch. de la Côte-d'Or, Protoc. B. 11.243 ; Simonnet, le Clergé en B., Mém. de l'Ac. de Dijon, 2e série, t. XIII. p. 105 ; L’abbé Marcel, les Livres liturgiques du diocèse de Langres, p. 33.

[50] Arch. de la Côte-d'Or, Protoc. B. 11.234.

[51] Arch. de la Côte-d'Or, Protoc. B. 11.234.

[52] Arch. de la Côte-d'Or, chambre des Comptes, Auxois, B. 2769.

[53] Roussel, Histoire du diocèse de Langres, t. I, p. 44.

[54] Peignot, De l’ancienne bibliothèque des ducs de Bourgogne, p. 117-132.

[55] De Charmasse, Cartulaire de l'église d'Autun, t. II, p. 325.

[56] Roussel, Histoire du diocèse de Langres, t. I, p. 217.

[57] Manuscrit de notre cabinet.

[58] De Charmasse, Cartulaire de l'église d'Autun, t. II, p. 124.

[59] Arch. de la Côte d'Or, Protocole des notaires, B. 11. 253.

[60] Bulliot, Histoire de Saint-Martin d'Autun, t. II, p, 174-176.

[61] Lebeuf, Histoire d'Auxerre, anc. éd., t. II, p. 297.

[62] Orig., Arch. de la Haute-Marrie, G. 13.

[63] Les travailleurs et les curieux pourront consulter avec fruit les Arch. de la Côte-d'Or, qui renferment d'utiles et d'importants documents, pendant la période qui nous occupe, sur la région de l'Ain, du Jura, du Doubs, de la Haute-Saône. Ces documents sont surtout fournis par les comptes particuliers des châtellenies.

[64] Les fossés ont été en partie comblés par mou père, avant 1834, époque à laquelle le domaine est sorti de ses mains par suite de partages de famille.

[65] « Despans faiz à Montbar pour maistre Jehan de Granson, pointre et pour Nicholier, son frère, ensemble ung autre vallet avec aulz, qui hont demoré à Mombar en poignant la chapelle doudit lieu doiz le vendredi avant la Saint-Luc M.CCC.XLIII (17 octobre 1343) que li diz maistres Jehanz vint à Mombar, jusques au jeudi après la Nativité Nostre-Seigneur XLV (30 juin 1345), ouquel terme li dessus diz ont demoré oudit Mombar mil et XVIII jornées, l'un parmi l'autre, et y sont comptées l'estes et diemoinges, esquelx li chastellains ay aministrez despans par le dit terme, c'est à savoir pour chars, potaige, saul, espices, eaulz, oignons, mostarde, oille, olz, fromaigo, poison, limères de chandoilles, tiares, draps des !à, covertes a et autres nécessitez pour eux, senz.pain et senz vin, de quoy ils hont heu des garnisons de Mgr.

Autres travaux faits à la chapelle par « Berthelot Grenier, de Mombar, et Jacot, son filz, dou temps que Me Jehan de Granson, pointres i ouvroit ». (Arch. de la Côte-d'Or, Comptes de Perreau de Bois Thierry, châtelain de Montbar, B. 5302).

[66] Arch. de la Côte-d'Or, Comptes de Perreau de Bois Thierry, châtelain de Montbar, B. 5302.

[67] Comptes de Montbar, B. 5303.

[68] Arrivé à Montbard, en juin 1345, en qualité de peintre du duc. Thierry devait être depuis un certain temps au service d'Eudes IV, et avant 1312, époque à laquelle Jean le Bon se rendit à Avignon au sacre de Clément VI, il fut reçu à Rouvre, où les maitres d'hôtel Eudes de Fontaines et Dreux d'Aisey avaient fait de grands préparatifs pour le recevoir (Comptes de Rouvre, 1342, B. 5742). Dans le tableau de la Sainte-Chapelle de Paris, Eudes IV présentant un diptyque au pape, est le seul personnage agissant, en présence de Jean le Bon assis. On doit supposer que ce tableau a été fait par un peintre de la cour de Bourgogne. En l'absence de toute preuve certaine, si un nom d'auteur pouvait être mis en avant, c'est celui de maitre Thierry, peintre du duc, qui paraîtrait le plus vraisemblable.

[69] On a une dernière mention de Guillaume Acart, peintre, fils lui-même de Jean Acart, également peintre, par un mandement de Philippe de B., comte de Boulogne, qui ordonne de lui payer 14 l. p. (Arch. du Pas-de-Calais, Comptes de l'Artois. A. 646).

[70] Voir Palustre, Gazette archéologique, n° 7 et 8 ; l'abbé Louis, Notre-Dame-la-Blanche, Mém. hist. et archéol. de Langres, 1887, p. 231-256, bonne reproduction de la statue de la Vierge.

[71] Au moment où nous corrigeons cette feuille, M. Bernard Prost fait paraitre le premier fascicule des Inventaires mobiliers et extraits des comptes des ducs de Bourgogne de la maison de Valois, Paris, Ernest Leroux. On trouvera dans ces curieux documents, si savamment annotés par l'auteur, bien d'autres renseignements du plus haut intérêt pour la période qui suit celle dont nous nous occupons.