Accouchement de
Jeanne, comtesse de Boulogne, après la mort de Philippe de Bourgogne. —
Condoléances du pape Clément VI à la duchesse. — Légende et roman du chevaleureux
comte d'Artois. — Testament et dispositions d'Eudes IV. — Donations. —
Sommes attribuées au voyage en Terre-Sainte, et fondations pieuses. —
Excommunication du duc par l'archevêque de Besançon au sujet de la monnaie
d'Auxonne. — Absolution temporaire sans cesse renouvelée par Clément VI. —
Convocation des troupes à Compiègne. — Séjour du duc dans l’Île-de-France. —
Codicille à son testament. — Double traité passé à Chalon-sur-Saône avec
Blanche de Bourgogne, comtesse de Savoie, et son fils. — Projets de mariage
entre le jeune comte de Savoie et Jeanne de Bourgogne. — Défaite en Piémont
du duc de Milan par le comte de Savoie allié aux Bourguignons. — Démarches du
pape pour amener la paix entre les rois de France et d'Angleterre. — Maladie
et mort de Jeanne de France, duchesse de Bourgogne ; son enterrement à
l'abbaye de Fontenay. — Parlement de Beaune auquel assistent le duc et le
cardinal Gui de Boulogne, oncle des enfants mineurs Philippe et Jeanne de
Bourgogne. — Traité de mariage passé à Montréal-en-Auxois, entre le comte de
Savoie et Jeanne de Bourgogne ; fêtes à cette occasion. — Dettes de la
duchesse défunte. — Triste situation financière et déplorable administration
du duc et des barons. — Usuriers, juifs, lombards, cahorsins. — Dernières
années du duc ; maladies fréquentes. — Le fléau épidémique en Bourgogne. —
Poursuites contre les juifs. — Second testament d'Eudes ÎV. — Débats en
Parlement et revendications de la comtesse de Flandre et de Jeanne de
Boulogne. — Arbitrage confié par le roi à Jean le Bon, et passé à Sens. —
Mort inopinée d'Eudes IV, à Sens, le 3 avril 1349. — Accord signé le
lendemain entre les parties intéressées. — Caractère d'Eudes IV ; défauts et
qualités. — Accroissement du domaine ducal. — Influence du règne qui a
préparé la fortune des Grands ducs d'Occident.
La
lutte acharnée des barons francs-comtois nous a fait perdre de vue les
événements accomplis depuis la mort de Philippe, comte de Boulogne. Le corps
de l'infortuné jeune homme fut ramené d'Agen en Bourgogne vers le milieu du
mois d'août 1346. Le 20, la levée du siège d'Aiguillon ayant été décidée, les
troupes se dispersèrent. Quelques jours après, le 20, eut lieu le désastre de
Crécy, et la nouvelle en parvint au moment où le cortège funèbre arrivait à Montbard.
Eudes IV, plongé dans un sombre abattement, reçut un nouveau coup à l'annonce
de cette fatale journée. On ne prit pas le temps de se rendre à Cîteaux pour
donner la sépulture à Philippe auprès de ses ancêtres ; sa dépouille mortelle
fut déposée dans l'abbaye cistercienne de Fontenay, où eut lieu la cérémonie
funèbre. Pour
comble d'ennui, la comtesse de Boulogne, veuve du défunt, était sur le point
d'accoucher, et l'on craignait que l'excès de sa douleur n'eût une fâcheuse
influence sur son état. II est vraisemblable que les circonstances
précipitèrent l'échéance de cet événement, car très peu de jours après, en
août, Jeanne de Bourgogne accoucha d'un fils qui fut nommé Philippe, comme
son père. Cette naissance était un heureux incident, qui venait en temps
utile pour foire diversion ans funèbres impressions de deuil récent. Le pape
Clément VI, écrivant à la duchesse de Bourgogne pour lui manifester ses
sentiments de condoléance, au sujet de la mort de son fils, s'exprimait en
termes émus, cherchait à la consoler de ce malheur, lui représentait quelle
compensation le ciel lui envoyait par cet heureux événement, puisque la
veuve, sa bru, laissée enceinte, venait d'accoucher d'un fils qui allait
remplacer le père, et apporter la consolation et la joie dans cette noble
maison de Bourgogne, si éprouvée[1]. Il est
certain que la mort de Philippe eut un grand retentissement, et que les
chroniqueurs du temps ne firent que traduire les sentiments de la cour et des
grands seigneurs, lorsqu'ils font l'éloge du défunt. Jean le Bel dit que
c'était « le plus beau bachelier de toute France » ; Froissart rapporte
également que c'était « li ungs des biaux chevaliers de son eage ». Ses
succès dans les tournois, son intrépidité à la guerre, sa passion pour les
chevaux, la vénerie et la fauconnerie, sa magnificence exceptionnelle
valurent à sa mémoire un haut renom de chevalerie, et attachèrent à sa
personne une légende, dont le souvenir n'était point oublié plus de cent ans
après, lorsqu'un auteur inconnu composa un roman intitulé : La livre du
très chevaleureux conte d'Artois et de sa femme, fille au conte de Boulogne
(1)[2]. Accablé
par les infortunes, vieilli avant l'âge par la fatigue d'une vie trop
mouvementée, poursuivi sans trêve ni merci par la haine de Jean de
Chalon-Arlay et par le souvenir de son fils expirant, Eudes IV résolut de
dicter ses dernières volontés, et deux mois après la mort de Philippe, il
réunissait à Maisey, le 12 octobre, les personnages qui devaient être ses
exécuteurs testamentaires et ses témoins, la duchesse, l'évêque de Chalon
Jean Aubriot, les abbés de Cîteaux et de Saint-Etienne de Dijon, Jean, sire
de Châteauvillain, le chancelier Jacques d'Audeloncourt, le connétable Jean
de Thil, le maréchal Jean de Frolois, Geofroi de Blaisy, Gaucher de
Pacy-sur-Armançon, Hugues de Monetoy, Guillaume de Vergy, sire de Mirebeau.
Le duc exigeait que son corps fût enterré près de ses ancêtres à Cîteaux, ses
entrailles à la Sainte-Chapelle de Dijon et son cœur à la chartreuse de
Beaune. Il ne lui restait plus d'enfants, mais il ne désespérait pas d'en
avoir, car il désignait comme héritier du duché l'aîné de ses fils qui
survivrait, ou la fille aînée à défaut de fils. Dans le cas où il ne
laisserait pas d'enfants directs, l'héritage ducal serait dévolu à son
petit-fils Philippe, qui venait de naître, et à son défaut à sa petite fille
Jeanne. Si ceux-ci venaient eux-mêmes à décéder sans hoirs, Blanche de
Bourgogne, comtesse de Savoie, prendrait possession du duché, et à son défaut
Jeanne, reine de France. Des attributions de domaines étaient faites à chacun
des héritiers dans les différents cas qui pourraient se présenter. Par une
étrange fatalité, aucune de ces éventualités ne devait se produire, et pas un
des légataires ne devait bénéficier des chances qui leur étaient réservées.
Tous, emportés par une mort prématurée, ne survécurent pas longtemps au
testateur. Le duc
donnait pour le passage en Terre Sainte et le voyage de Jérusalem une somme
de 12.600 l. t., au cas où le passage général serait effectué par le roi. Le
possesseur du duché garderait l'argent en main, et s'il ne pouvait remplir
l'obligation de la croisade, il la ferait exécuter par vingt chevaliers. Il
confirma l'attribution de 400 livrées de terre pour la fondation de l'hôpital
de Beaune, et arrêta le règlement pour le service des pauvres et des malades. L'abbaye
de Cîteaux est gratifiée d'une rente de 40 L. La Sainte-Chapelle de Dijon est
avantagée de pareille dotation, et reçoit en plus une croix d'or et la
meilleure des chapelles portatives. Les autres établissements religieux de B.
ne sont pas oubliés et on leur servira des legs proportionnels à leur
importance, Cordeliers, Jacobins, Frères-Mineurs, Chartreux, chapitres, etc.
Mais le duc insiste principalement sur la nécessité d'achever les travaux de
la Chartreuse de Beaune ; 4.000 l. t. sont destinées à marier « deux cens
pucelles » du duché avec une dot de 20 L. chacune. Une autre somme de 100
livres servira à fournir des draps pour les pauvres. Le testament est mis
sous la garde du roi, et les exécuteurs seront frappés d'une sentence
d'excommunication, dans le cas où les clauses n'en seraient pas exécutées. A ce
moment, Eudes IV était lui-même sous le coup de l'excommunication lancée
contre sa personne par l'archevêque de Besançon ; mais cette interdiction
était intermittente, car le pape Clément VI lui accordait des absolutions
temporaires souvent renouvelées qui suspendaient indéfiniment l'effet de la
sentence. Les
débats relatifs à cette affaire remontaient à une date lointaine. Avant
d'avoir pris possession de l'Artois, le duc était déjà en pourparlers avec
les religieux le Saint-Bénigne de Dijon, qui ne voyaient pas avec
satisfaction l'établissement à Auxonne d'un atelier monétaire qui leur
portait préjudice. Les commissaires nommés de part et d'autre dans ces débats
n'avaient pu que constater les droits des religieux, et Eudes, après avoir
ratifié leurs chartes et privilèges, avait fini par prendre à ferme la monnaie
de Dijon, sa vie durant, moyennant une rente de 100 l. t.[3]. Il était libre désormais
d'agir à sa guise ; mais il n'avait pas attendu jusque-là pour battre monnaie
à Auxonne, car, en novembre 1327, aux grands jours de Beaune, il avait passé
un traité avec maître Bonin de Chivaux pour la fabrication de monnaie dans
cette ville et pour la frappe de florins au coin de Florence, à 70 par marc,
au marc de Paris, des deniers doubles, des mailles blanches, etc.[4]. L'archevêque de Besançon, dont
l'atelier monétaire était ébranlé par la concurrence de celui d'Auxonne,
réclamait vainement contre la violation de ses droits, et montrait partout
les privilèges exclusifs qui lui avaient été concédés par les Empereurs. Leduc
n'en tint pas compte, maintint son atelier en pleine activité et en appela au
Saint-Siège quand il fut excommunié et Auxonne mis en interdit. Ce
fâcheux exemple encouragea l'audace des barons. Jean de Chalon, comte
d'Auxerre, battit monnaie à Orgelet, fut excommunié, et porta le fer et le
feu dans les terres du prélat. Hugues de Vienne, oncle de l'archevêque, monta
un atelier dans son château de Pimont, et fut également frappé par les
foudres ecclésiastiques. Le duc
abusait des bonnes relations d'amitié qu'il avait avec le pape Clément VI, en
obtenant des ajournements qui se succédaient sans interruption et annulaient
l'effet des sentences lancées contre lui. L'interdiction durait encore au
moment de sa mort, fut maintenue contre Philippe de Rouvre, et ne fut levée
que sous le règne de Philippe le Hardi. Les
succès du comte de Derby dans le Poitou ouvert à l'invasion anglaise, le
siège de Galais soutenu par Jean de Vienne, les ravages commis dans le Nord
par les troupes d'Edouard III, les provinces abandonnées sans défense à
l'ennemi, alors que les débris de l'armée française étaient licenciés,
plongeaient Philippe de Valois dans un grand embarras. Il fit encore appel à
ses vassaux, convoqua Eudes IV et ses féodaux pour une « semonce » à
Compiègne, le 1er octobre 1346, afin de marcher sous les ordres de Jean le
Bon à la rencontre du comte de Derby, qui menaçait, disait-on, la Touraine.
Le duc de Bourgogne reçut, le 10 du même mois, à Châtillon-sur-Seine, la
somme de 3.000 l. de Barthélémy du Drac, trésorier des guerres, pour faire
face aux premières dépenses de ses hommes ; et c'est la veille de son départ
qu'il avait voulu mettre ses affaires en ordre, et dicter son testament. L'arrivée
des chevaliers bourguignons à Compiègne s’échelonne pendant une partie du
mois d'octobre, Guillaume de Mello, sire d'Epoisses, le connétable Jean de
Thil et de Marigny, Guillaume de Vergy, sire le Mirebeau, Jean de Noyers,
comte de Joigny, Erard de Joinville, bailli de Vitry, Jean de Trainel,
Etienne de Flavigny, etc. Le duc était lui-même arrivé au rendez-vous dans
cette ville le 26, et reçut encore, du trésor royal, le 2 novembre, une somme
de 4.600 l. Jean de Chalon-Arlay avait refusé de se rendre à la convocation,
et profilait de l'absence du duc pour armer contre lui et faire alliance avec
l'Angleterre (traité du 9 octobre 1346). Cette inqualifiable félonie lui valut la confiscation
de ses terres situées dans le domaine royal. On
n'utilisa pas les services des chevaliers qui s'étaient mis en route pour
cette chevauchée, la plupart furent contre mandés et renvoyés dans leurs
loyers. Le duc séjourna dans l'Ile-de-France, et resta dans la compagnie du
roi depuis le mois de novembre jusqu'à la première quinzaine de janvier 1347,
époque à laquelle il fut rappelé en toute hâte en Bourgogne pour tenir tête à
l'insurrection franc-comtoise que nous avons racontée. Au
moment de ces tribulations, la duchesse était tombée malade à Montbard dès le
mois de mars, et ne parait pas avoir quitté cette résidence pendant les cinq
mois qui précédèrent son décès « missions par le mandement mgr pour le séjour
de madame, cui Deu pardoint, faiz à Montbar dès le mardi après le diemoinge
que l'on chante oculi mei l'an XLVI (1347) jusqu'à la voille St Bartholemi
l'an XLVII »[5]. Le 10 juin, Eudes IV ajouta un
codicille à son testament, et assigna 40.000 l. t. pour la dot de sa petite
fille Jeanne, qu'il avait fait offrir en mariage à Amé, comte de Savoie. Il
avait bien des torts à se reprocher à l'égard de sa sœur Blanche, comtesse de
Savoie, à laquelle on avait promis lors de son mariage, en 1307, une dot de
20.000 l. Telle était la triste situation financière de nos ducs, que jamais
on n'avait pu remplir cette obligation. Ni la duchesse douairière Agnès de
France, ni Hugues V, ni Eudes IV ne trouvèrent l'occasion et les moyens de
s'acquitter. Blanche en avait fait des plaintes à la reine Jeanne, qui
détermina son frère à céder le château de Duesme avec une rente de 500 l.
Dans la certitude de ne pouvoir obtenir autre chose, Blanche fut forcée
d'accepter ce qu'on lui offrait[6]. Malgré
cette incorrection, le duc réussit à passer, le 16 juin 1347, avec sa sœur et
Amé, comte de Savoie, un double traité qui fut scellé dans l'église de Chalon
sur-Saône. C'était d'abord un traité d'alliance offensive et défensive, par
lequel on s'engageait de part et d'autre à s'entr'aider pendant trois mois à
toute réquisition, avec 300 hommes d'armes, excepté contre le roi, la reine,
le duc de Normandie, Philippe de France et leurs fils. Le duc allait
immédiatement bénéficier de ces conventions, en utilisant les secours de ses
alliés dans sa lutte contre les confédérés. Un second traité, différent du
premier, relatait les projets de mariage entre Jeanne de B., petite-fille
d'Eudes IV, lorsqu'elle serait en âge, avec le jeune comte de Savoie alors
proche de la puberté, puisqu'il était dans sa quatorzième année. Ces
contrats eurent une certaine solennité par suite lu concours de personnages
qui prirent part à ces conventions. Les grands officiers et les conseillers
du comte de Savoie et de la cour de Bourgogne y assistèrent[7]. Muratori (Ann. d'Ital.,
t. VIII, p. 255)
raconte qu'avec les secours envoyés par Eudes IV, le comte de Genevois et le
prince de Morée, une expédition fut entreprise au mois de juillet suivant
dans la province de Piémont, et que le comte de Savoie mit en déroute les
troupes du duc de Milan et du marquis le Montferrat, dont il voulait arrêter
les empiétements. En ce
moment, le pape Clément VI, qui n'avait pas cessé, depuis le commencement des
hostilités entre la France et l'Angleterre, d'intervenir pour la conclusion
d'un traité de paix entre les deux rois, venait d'envoyer deux de ses
cardinaux pour arriver à ce résultat. Philippe de Valois désigna pour les accompagner
les ducs de Bourgogne, de Bourbon, Louis de Savoie et Jean de Hainaut[8]. Les séjours d'Eudes IV nous
manquent du 13 juillet au 10 août 1347, mais il ne semble pas que le duc ait
accepté cet honneur au milieu des embarras dont il était assailli, et au
moment où la duchesse allait rendre le dernier soupir. D'après une lettre du
roi d'Angleterre[9], les plénipotentiaires français
qui prirent part à la négociation furent les ducs de Bourbon et d'Athènes, le
chancelier Guillaume Flotte, sire de Revel, Gui de Nesle et le fameux Géofroi
de Charny. Les Grandes
Chroniques de France (t. V, p. 485) disent à propos de la mort de la duchesse : « au
mois d'aoust dedens les octaves de l'Assomption Notre-Dame trespassa madame
Jehanne, duchesse de Bourgoighe ». C'est en effet vers le milieu d'août
qu'eut lieu ce décès, car la nouvelle de la mort était connue en Artois au
château de Bellemotte, à la date du 20[10]. Si l'on tient compte des
distances et des transmissions de dépêches par les messagers envoyés d'abord
à Arras, puis à Hesdin, on ne doit pas se tromper de plus d'un jour ou deux,
en rapprochant du 15 août la date de cette mort, qui n'est donnée nulle part
d'une manière certaine. Il y avait un an, à pareil mois, que Philippe, comte
de Boulogne, était décédé. Le duc
manda au maréchal Jean de Frolois de venir le rejoindre le 12 à Argilly, d'où
ils passèrent à Volnay pour se rendre à Montbard, ainsi que Jean Aubriot,
évêque de Chalon. Mile, receveur de Champagne, fut chargé d'acheter à Troyes
les « brunettes noires » et les autres draps de deuil[11]. Le trésor ducal était
tellement à sec que l'on ne trouvait pas les fonds suffisants pour payer les
frais de l'enterrement, et que le duc se vit obligé de vendre à Jean Aubriot
la terre de Palleau, pour le prix de 1000 l., jointes à des redevances
arriérées dont Eudes était débiteur[12]. Le 23,
le corps de la duchesse fut relevé à Montbard, et enterré à l'abbaye
cistercienne de Fontenay[13] auprès de son fils. Le duc se
rendit le lendemain à Villaines-en-Duesmois, et y séjourna plusieurs jours ;
divers officiers de la duchesse reçurent des récompenses pour les services
rendus pendant sa maladie, comme Jean de la Forge, maréchal de son écurie,
Richard de Salins, son huissier de salle[14], son confesseur frère Jean de
Montbard, de l'ordre des Frères Mineurs, qui fut gratifié d'une rente de
vingt livres ; Jacquette de Lantil, une de ses dames de compagnie, qui reçut
quarante livres de revenus annuels. En même
temps, Jean de Frolois avait été envoyé à Oiselet pour passer des trêves avec
les belligérants francs-comtois. La suspension d'armes fut mise à profit pour
réunir le Parlement de Beaune aux fêtes de la Toussaint. Des ordres furent
donnés pour préparer l'hôtel, aménager la grande salle du conseil et préparer
les sièges. Le duc était arrivé le 30 octobre à Beaune ; le cardinal Gui de
Boulogne, oncle de la duchesse défunte, et, à ce titre, membre du conseil de
famille, et intéressé à la tutelle de ses enfants, fit son entrée quelques
jours après. La session du Parlement commença le lundi 5 novembre et dura
jusqu'au mercredi[15]. On y discuta sans doute les
droits du jeune Philippe et de sa sœur Jeanne sur le comté d'Artois, que le
roi venait de mettre en sa main après la mort de leur mère, et pour lequel
Marguerite, comtesse de Flandre, de Nevers et de Rethel, et le comte de
Flandre, son fils, élevaient des prétentions soumises à l'arbitrage du
Parlement de France. Le 10 octobre, Philippe de Valois avait ordonné
l'ajournement des causes pendantes à ce sujet[16], et renouvela ces lettres, le 4
décembre, en considération des pertes subies par le duc pendant les guerres
précédentes[17]. Les
ravages commis dans le comté de B. furent encore suspendus par de nouvelles
trêves passées à Etobon, le 7 décembre, pendant lesquelles le duc se rendit à
la cour de France, pour soumettre au roi son beau-frère un projet
d'arrangement avec les confédérés' dont Philippe de Valois serait l'arbitre.
Ce voyage dans l'Ile-de-France fut le dernier qu'Eudes IV entreprit dans
cette province, et c'était pour la dernière fois qu'il quittait la reine
Jeanne, sa sœur. Il vint attendre à Dijon la décision du roi relativement au
traité de paix ménagé au mois de mars, et dont on a parlé précédemment.
L'itinéraire que nous donnons à partir de cette époque permet de le suivre
dans ses diverses résidences. Le jour
de la fête de la Pentecôte, 8 juin 1348, une foule de chevaliers se pressait
dans la petite ville de Montréal-en-Auxois, et tenait séance dans cette vaste
salle du château, qui, au dire de Courtépée, avait cent pieds de long, pour y
célébrer une grande cérémonie. On scellait le contrat de mariage arrêté
l'année précédente entre Jeanne, petite-fille du duc, et Amé, comte de
Savoie, qui venait d'atteindre sa quinzième année. Les mêmes personnages,
présents au traité de 1347, figurent encore dans celui-ci avec quelques noms
en plus, Mile de Noyers, bouteiller de France, Mile, son fils, seigneur de
Montcornet, Eudes d'Etaules, grand maître d'hôtel du roi, Geofroi de Blaisy,
maître d'hôtel de la reine, Hugues de Montrond, Jean de Saint-Amour.
L'épidémie qui sévissait ailleurs en Bourgogne n'avait point encore fait
autant de victimes à Montréal, mais il y avait un certain nombre de malades
dans des localités dont on évitait le passage. Le mercredi 4 juin, le duc
déjeune à Villaines, dîne au parc d'Aisey, se rend le lendemain à Etais, et
au lieu de prendre gite le soir à Montbard, où le fléau décimait la
population, il coucha à Saint-Remy, petit village voisin. Gagnant ensuite le
prieuré de Thisy, dépendant de Moutier-Saint-Jean, il fut hébergé par les
religieux le 6, et arriva le samedi à Montréal avec une suite de 362 chevaux.
Les comptes qui suivent donnent quelques détails sur les préparatifs
considérables que nécessitait une cérémonie de ce genre. Les garnisons de
vivres sont de provenances diverses, et sont expédiées de Troyes, Auxerre,
Dijon, Avallon, Chalon. On est obligé de louer deux maisons pour loger les
volailles seulement. Le festin le plus important a lieu le dimanche 8 juin,
avec accompagnement de musique et de ménétriers. Nous ne savons comment on
put ce jour-là installer 450 chevaux dans une petite bourgade peu importante,
avec le personnel et les valets à gages recrutés dans tous les villages pour
assurer le service. La fête se prolongea le lundi, et on se sépara le mardi,
en suivant des directions différentes pour éviter l'encombrement. Le duc
gagna Viserny, le comte de Savoie, ne pouvant s'arrêter à Montbard, poursuit
sa route jusqu'à Grignon, et tous deux se retrouvèrent à Villaines, pendant
que les chevaliers et les personnages invités reprenaient le chemin de leurs
demeures respectives. Dans ce
même mois, Philippe de Valois donna pouvoir au receveur d'Arras de vendre les
meubles et les biens de la défunte duchesse dans son comté d'Artois, pour
payer ses legs, ses pensions à vie et ses dettes[18]. Car les grandes dames avaient
aussi des dettes comme les grands seigneurs, et il ne pouvait guère en être
autrement. Les trésoriers ont toujours leur recette absorbée d'avance, et
sont toujours créanciers de leurs maîtres. Dès le commencement du règne d'Eudes
IV il en était ainsi, et la duchesse, dans son compte de 1319, doit déjà à
son trésorier, pour moitié d'une année, plus de 2.700 l. Lorsque
les barons, presque tous obérés, étaient obligés de contracter des emprunts,
ils se servaient du crédit de ceux qui pouvaient offrir des garanties aux
prêteurs. On a déjà vu le déplorable système d'administration financière de
nos ducs, sans cesse à la recherche d'expédients pour se procurer de
l'argent. En 1319, Eudes IV se rend à Vienne, et emprunte 5000 florins à des
marchands de cette ville ; il donne comme caution Guillaume de Mello, sire
d'Epoisses et autres[19]. Pendant la guerre contre Jean
de Chalon, il engage son comté d'Artois pour 40.000 l., emprunte au roi son
beau-frère 18.000 l., qu'il ne peut rendre, et dont Philippe de Valois fut
obligé de lui faire cadeau[20]. Plus tard, il donne pour
caution Mile de Noyers, Jean de Frolois et Alexandre de Blaisy pour une somme
de 600L. empruntée à Lancelin d'Angoissoles, de la compagnie des Angoissoles de
Plaisance[21]. A la fin de son règne, il
était tellement gêné, que n'ayant pas les ressources pour défendre ses
châteaux d'Artois et payer les soudoyers qui s'y trouvaient il employait le
crédit de Sauvalle de Linton, d'Arras, gouverneur d'Artois, de Jean de
Fosseux et de Robert de Lugny, trésorier de Chalon, pour faire face à ces
dépenses[22]. A sa mort, il redevait encore
à Liébaut de Bauffremont, « pour restors de chevaulx, gaiges de genz d'armes
et droits de mareschaucie » des sommes dues depuis le siège de Chaussin en
1336, et cette dette ne fut acquittée qu'en 1358, sous Philippe de Rouvre[23]. Chaque année et à toute
occasion, des emprunts sont contractés, et nous n'en poursuivrons pas
l'énumération. Les
seigneurs ne sont pas moins surchargés de dettes, par suite des frais de la
guerre et souvent par les lourdes rançons auxquelles ils sont taxés. Robert
de Bourgogne, Jean de Chalon-Auxerre, Guichard de Beaujeu vendent leurs
terres pour sortir de prison après l'affaire de Varey. Mile de Noyers,
bouteiller de France, emprunte pour payer la rançon d'un de ses fils Gautier,
sire de Picquigny, et affranchit diverses châtellenies pour se procurer de
l'argent ; son autre fils Jean, comte de Joigny, et son petit-fils Mile sont prisonniers
des Anglais à Poitiers. Le sénéchal Henri de Vergy ne peut remplir ses
engagements passés avec les juifs. Robert de Châtillon-en-Bazois, gardien du
comté, doit des sommes énormes aux Lombards et aux Cahorsins. Les sires de
Touci multiplient les affranchissements à Vermanton, Buzarne, etc., pour
payer leurs dettes, et n'y parviennent qu'en aliénant leurs domaines aux
ducs. Jean de Saffres, Pierre de Mailly, Guillaume et Renier d'Aigremont,
Jean de Rougemont, seigneur de Til-Châtel, les sires de Choiseul, de Châteauvillain
sont ruinés par les usuriers. La maison de Vienne, si riche un siècle
auparavant, a vendu successivement ses principales terres. Hugues de Vienne,
momentanément maréchal de B. sous Hugues V, dont il était cousin, car il
avait épousé une fille de Pierre de Chambli et d'Isabeau de B., fille
l'Hugues IV, avait rattaché aux intérêts de nos ducs la plupart des membres
de cette illustre famille, qui perdit une partie de son indépendance en
perdant sa fortune. Il faudrait passer en revue toutes les maisons féodales
de l'époque qui nous occupe, pour se rendre compte des crises qu'elles
subissent, des transformations qui se produisent, alors que l'on n'a point
encore atteint la période la plus aiguë de cette terrible guerre de cent ans,
qui dévora tant de familles, comme si elles étaient destinées à disparaître
au moment où la France tombait en ruines. Plus
d'un officier profitait de cette gêne et abusait de la situation. En 1343,
Hélie Bourgeoise, clerc du sceau secret, était accusé d'avoir volé 50.000 l.
à la caisse ducale[24]. Au mois
de juillet 1348, Eudes IV tomba malade au château de Jully-sur-Sarce, où l'on
fit venir les médecins Hugues, de Nogent, et Girard, de Bar-le-Duc, ainsi que
des médicaments fournis par les apothicaires de Troyes et de Beaune. Il y fut
retenu pendant trois semaines, et y reçut la nouvelle de la mort de sa sœur
Blanche, comtesse de Savoie. Ce n'était pas la première fois qu'il était
frappé par les atteintes du mal qui faisait tant de victimes ; l'année
précédente, les comptes relatent des dépenses faites à diverses reprises chez
Guéniot, épicier de Dijon, et chez sa veuve Marguerite, pour les achats «
d'apotecarie et d'électuaires contre l'epedimie »[25] ; et antérieurement, aux fêtes
de la Toussaint 1347, c'est-à-dire peu après la mort de la duchesse, il avait
déjà été malade à Jugny. Le
fléau épidémique exerçait alors des ravages dans toutes les localités de la
province. Dijon, Beaune, Montbard étaient décimés, et la moitié de la
population avait disparu. A Bure, on ne comptait plus que trois ménages, et
beaucoup de villages étaient entièrement abandonnés. Partout on se plaint «
du grant esclandre de la mortalité ». Les survivants accusaient les juifs
d'avoir empoisonné les fontaines, leur faisaient une poursuite acharnée et
leur infligeaient des supplices immérités. Les registres de la châtellenie de
Vergy portent contre eux de nombreuses condamnations « pour suspicions de
poisons »[26]. Dans le comté de Bourgogne la
désolation n'était pas moindre. Gui de Vy, chevalier, et Jean de Coublanc,
maître de l'écurie du duc, sur l'ordre d'Eudes IV, mettaient la main sur tous
les juifs de la province, leur faisaient subir les plus affreux traitements,
lorsque ceux-ci « avoient estei mis en jayne et questionei pour savoir
la veritai des poudres que l'on disoit qu'ils avoient jetei aux poix et
fontainnes »[27]. Le duc
était à Lantenay la veille de la Toussaint 1348 et conformément à la coutume
de ses prédécesseurs, il hébergea les pauvres qui se présentèrent et y reçut
les deux jours suivants Jean de Chalon, comte d'Auxerre, Jean Aubriot, évêque
de Chalon, Jean de la Roche, divers chevaliers, châtelains et abbés qui
assistèrent à l'office des morts. Le nombre des visiteurs était assez
considérable, puisqu'il fallut loger 290 chevaux. Eudes IV passa ensuite près
de trois mois dans son château d'Aignay, d'où le chambellan Jean de Musigny
envoya un messager Adam de Boux à la cour de France, au duc et à la duchesse
de Normandie. C'est à
Lantenay que le duc dicta, le 8 janvier 1349, un second testament rendu
nécessaire après le décès de différentes personnes qui figuraient dans le
premier. Son petit-fils Philippe fut déclaré héritier et successeur universel
du duché, sauf l'apanage qui serait réservé à sa sœur Jeanne. Les deux
enfants devaient se substituer l'un à l'autre en cas de mort. A leur défaut,
Jeanne de B., reine de France, serait proclamée duchesse de B. Si cette
dernière éventualité se produisait, on réserverait au comte de Bar et à son
frère, neveux d'Eudes IV, les droits auxquels ils avaient droit de prétendre
pour cause de succession. Jacques d'Audeloncourt devait garder toute sa vie
la chancellerie de B. avec les émoluments attachés à cette charge. Il est
expressément ordonné de poursuivre les constructions commencées à la chapelle
de l'abbaye de Cîteaux, ainsi que les travaux de la Sainte-Chapelle de Dijon.
L'évêque d'Autun, les abbés de Saint-Etienne, d'Ogny, de Fontenay, de
Châtillon-sur-Seine, de Cîteaux et le prieur de Saint-Symphorien d'Autun
mettent leur sceau à ce testament. Pendant
les premiers mois de 1349, Eudes fit de nombreuses donations à plusieurs des
officiers qui se recommandaient par de longs services, à son maître d'hôtel
Eudes de Fontaines-en-Duesmois, à Olivier de Jussy qui avait vigoureusement
défendu ses intérêts dans la guerre de Franche-Comté, à Jacques d'Etais,
châtelain de Villaines, Eudes, fils de Guillaume de Menans, etc. Le roi
Philippe de Valois n'avait point encore rendu son arrêt dans les débats qui
s'agitaient depuis longtemps au Parlement, relativement aux réclamations de
Marguerite, comtesse de Flandre, avec le duc de. B., son beau-frère. D'autre
part Jeanne de Boulogne, veuve de Philippe, demandait ses droits, et
revendiquait la tutelle de ses enfants mineurs. Jean le Bon, duc de
Normandie, mandataire du roi, eut pour mission de mettre les parties
d'accord, et proposa un rendez-vous qui fut fixé non à Paris mais à Sens,
localité intermédiaire, située en dehors des domaines en litige, et qui
permettait à Eudes IV, alors bien fatigué, de s'y transporter plus
facilement. Les
personnages convoqués s'y trouvèrent réunis pendant la semaine qui précédait
la fête des Rameaux 1349. Faut-il attribuer aux secousses du voyage, aux
atteintes de la peste, ou à toute autre cause particulière la mort inattendue
et presque subite du duc de Bourgogne ? Aucun document ne nous renseigne sur
ce point. Il mourut à Sens, le vendredi 3 avril 1349[28], alors que les parties
intéressées n'avaient point encore approuvé le texte des conventions
préparées par les arbitres. En tous cas, si l'on était parvenu à s'entendre
sur divers articles, cet événement inopiné nécessita des modifications et un
accord général, qui fut accepté par les uns et par les autres, le lendemain
samedi 4 avril, « pour ce que ce pendent nostre dit oncle est trespassé de
cest siecle ». Jean le Bon, chargé de rendre le jugement, au nom du roi son
père, attribua à Jeanne, comtesse de Boulogne, la garde et le bail de ses
enfants Philippe et Jeanne, ainsi que le comté d'Artois, dont elle devait
rendre loi et hommage à la comtesse de Flandre, sa tante. Il est fait droit à
cette dernière pour les nombreuses réclamations pécuniaires dues par Eudes
IV, et dont les sommes ne lui avaient jamais été payées. Il est également
statué sur les revendications des domaines provenant soit de la reine, sa
mère, fille de Philippe le Long, soit de l'héritage de Hugues de
Bourgogne-Comté. Cette longue et importante pièce, faite à Senz en
Bourgoigne, « le quart jour d'avril », est scellée des sceaux de
Jean le Bon, de la comtesse de Flandre et de la veuve de Philippe de B.[29]. Aussitôt
après la mort d'Eudes IV, dont la nouvelle arriva le lendemain à Dijon, les
gens du conseil ordonnèrent la garde des châteaux du duché dans la crainte
d'une surprise : « Joffroy d'Estivey vint à Vergey pour garder le chastel par
le commandement des gens du conseil, pour le trespaissement de Mgr le duc, et
y vint le jour de Pasques Flories, et y demorey par XVII jours »[30]. Ensuite, on procéda aux
cérémonies des funérailles. Suivant ses dernières volontés, le corps du
défunt fut déposé à Cîteaux, son cœur dans le chapitre de la chartreuse de
Beaune, et ses entrailles à la Sainte-Chapelle de Dijon. Le connétable Jean,
sire de Thil et de Marigny, après avoir conduit le cortège, revint au château
de Vergy avec les hommes d'armes qui l'avaient accompagné[31]. Eudes IV, mort à l'âge de 55 ans, après un règne de 34 ans qui n'était pas sans éclat, laissait le souvenir d'un des brillants chevaliers de l'époque. Actif, entreprenant, courageux dans les combats, habile dans les négociations, heureux dans les tournois, autoritaire, énergique et obstiné, très jaloux de ses droits et peu respectueux de ceux des autres, il avait largement usé de l'influence qu'il avait sur Philippe de Valois et sur la reine Jeanne, sa sœur. Il avait réuni au domaine ducal les comtés de Bourgogne et d'Artois, et était parvenu, par des procédés qui n'étaient pas toujours très recommandables, à donner au duché une importance territoriale qu'il n'avait point encore atteinte. Il disparaissait assez tôt pour ne pas voir la suite de ces guerres désastreuses qui préparaient la désagrégation féodale, pour ne pas assister à des maux pires encore, à la mort de ses petits-enfants, et à l'agonie de cette maison ducale de la race Capétienne, qui avait préparé la fortune des Grands Ducs d'Occident de la lignée des Valois. |
[1]
Baluze, Maison d’Auvergne, t. II, pr. p. 192, publie cette lettre de
Clément VI, à la date de 1345, alors qu'elle doit être d'août ou de septembre
1346. Les Reg. de Cléments VI publiés par M. Eugène Duprez, nous
donneront sans doute le teste entier de cette intéressante pièce.
[2]
Ce curieux manuscrit in-4°, orné de 83 miniatures, de majuscules richement
enjolivées, de peintures marginales, d'animaux, de fleurs, de blasons et de
sujets fantastiques, a été composé et écrit pour Raoul, marquis d'Hochberg,
comte de Rothelin, de Neuchâtel et de Luxembourg, dont le blason est reproduit
dans les ornements de l'entourage. Le marquis d'Hochberg, marié à Marguerite de
Vienne, fille de Guillaume de Vienne, mourut en 1487, à Dijon. La provenance
bourguignonne du manuscrit nous paraît donc probable, et peut-être sera-t-il
permis d'en retrouver l'auteur. Ce manuscrit appartenait, en 1837, à J.
Barrois, qui le publia dans un vol. in-4° de même format que l'original, et fit
reproduire au trait 38 des planches les plus curieuses. Vendu ensuite en Angleterre,
il reparut cette année dans la vente de lord Ashburnham, n° 25 du catalogue, et
rentra en France, acheté par le libraire Belin, pour 455 l. st., c'est-à-dire
41.375 f. Une copie de ce ms. provenant de Gaignères se trouve à la Bibl. nat.,
fr. 41.610. C'est un petit in-4° du XVe s. de 119 folios portant de petites
miniatures à mi-pages, mais beaucoup moins soigné que le précédent, et ne
présentant pas le même intérêt d'ornementation, qui a été reproduit ou plutôt
traduit par Mme Alice Hurtrel : les Aventures romanesques d'un comte
d’Artois, Paris, 1884, in-12 carré de 232 p. avec petites planches. Le
roman avait eu quelque célébrité puisque deux exemplaires figuraient dans la
Bibl. des ducs de B., et antérieurement à la confection du ms. que l'on vient
de citer, dans lequel l'auteur annonce qu'il a trouvé « les biaux fais d'armes
d'ung conte d'Artois » dans un ancien écrit faisant mention de ses hautes
entreprises. Nous ne discuterons pas longuement le fonds de ce roman, dont les
faits ne sont pas toujours d'accord avec la réalité historique, à commencer par
ce titre de comte d'Artois, qui n'appartenait pas encore à Philippe, comte de
Boulogne et d'Auvergne, mais à son père le duc Eudes IV. Mais encore faut-il
tenir compte de certains chapitres, qui relatent les prouesses et les exploits
du héros en Espagne, à Grenade et auprès du roi de Castille, bien que nos
annales bourguignonnes soient muettes sur ce point, car dans un compte de la
châtellenie de Salmaise, de 1341-1343, rendu par Mathieu Bedey (Arch. de la
Côte-d'Or, B. 6638) je trouve l'indication de frais et dépenses d'un voyage «
d'Espaigne » pour Lorent le Chat, « valet des levriers Mgr de Bouloigne ». Tant
de faits restent à connaître dans l'histoire du moyen âge qu'il serait
imprudent de conclure. Quoique le manuscrit précité ne soit pis contemporain de
l'époque qui nous occupe, comme il a pour héros le fils du duc Eudes IV, nous
reproduisons la première planche dans laquelle l'auteur s'est représenté
composant et écrivant son livre.
[3]
Chartes de 1328 et 1339 ; Dom Plancher, t. II, p. 178 et 179.
[4]
Dom Plancher, t. II, pr. 246.
[5]
Arch. de la Côte-d'Or, comptes de Montbard, B. 5303.
[6]
Ces dernières conventions au sujet de Duesme ne datent que de janvier 1348
(Bibl. nat., collection Bourgogne, t. XCIV, p. 800, voir Plancher, t. Il, pr.
279).
[7]
Parmi les officiers du duc figurent Jean Aubriot, évêque de Chalon, qui parait
être le principal rédacteur de ces traités, le chancelier Jacques
d'Audeloncourt, Jean, seigneur de Châteauvillain, le connétable Jean de Thil.
Guillaume d'Antigny, sire de Sainte-Croix, e maréchal Jean de Frolois, sire de
Molinot, Philippe de Vienne, sire le Pimont, Guillaume de Montagu, sire de
Sombernon, Philippe de Vienne, sire de Pagnv, Hugues de Vienne, sire de
Saint-Georges, Jacques de Vienne, Jean, sire de Luzy, Henri, seigneur de
Montagu, Jean, seigneur de Loisi, Girard de Thurey. Vingt-quatre grands
officiers assistaient Blanche de Savoie et son fils.
[8]
Luce, Froissart, sommaire, p. XXIII et p. 52.
[9]
Robert de Avesbury, Histoire d'Édouard III, p. 164.
[10]
Arch. du Pas-de-Calais, comptes de l'Artois, A. 666.
[11]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 317.
[12]
Bibl. nat., lat. 17.089, p. 385, Acte du 17 août 1347, c'est-à-dire 7 jours
après la mort de la duchesse et 6 jours avant l'enterrement.
[13]
Ceci ressort de la mention citée plus haut (Arch. de la Côte-d'Or, B. 5303), et
c'est ce même jour 23 août 1347 que l'hôtel de la duchesse fut « rompu ».
[14]
Bibl. nat., collection Bourgogne, t. XXIII, fol. 64 ; Arch. du Doubs, A, 214.
[15]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 317.
[16]
Bibl. nat., Parlement 12, fol. 288 r° ; J. Viard, Lettres d'État, n°
501.
[17]
Idem, t. XII, fol. 296 v° ; J. Viard, Lettres d'État, n° 518.
[18]
Arch. du Pas-de-Calais, comptés d'Artois, A. 84.
[19]
Orig., Arch. du château d'Epoisses, communiqué par M. le comte de
Chastellux.
[20]
Arch. de la Côte-d'Or, B, 399 ; Arch. du Pas-de-Calais, A. 77.
[21]
Vidimus, Arch. de Vausse. — Pour la société des Angoissoles, de
Plaisance, voir J. Viard, Les Journaux du Trésor de Philippe de Valois,
n° 653, 655, 1562, 3841.
[22]
Arch. du Pas-de-Calais, comptes de l'Artois, A. 664.
[23]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 4405, fol. 64.
[24]
Archives municipales de la ville de Dijon, B. 125.
[25]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 317.
[26]
Arch. de la Côte d'Or, compte de Guillaume de Sauvoigny, B. 6475.
[27]
Voir Arch. du Doubs, comptes d'Arbois, B. 108 ; comptes de l'oudremant, B. 121
; confiscation des juifs de la prévôté de Gray, B. 127 ; tortures infligées aux
Juifs de la prévôté de Vesoul, B. 151.
[28]
L'Art de vérifier les dates, dont les dates sont rarement exactes pour
ce qui regarde la Bourgogne, fait mourir Eudes IV en 1380, suivant en cela Dom
Plancher, qui n'a pas suffisamment étudié les documents qu'il avait à sa
disposition. Cette date est cependant fournie par de nombreuses pièces
originales, obituaires, comptes de châtellenies, etc. Voici la mention du
Nécrologe d'Autun : Pridie Kal. Aprilis die veneris ante Ramos, obiit Odo,
dux B. Senonis, et fuit inhumatus in Cisterciensi ecclesia. On lit ailleurs
: « le trespassement de Mgr le duc fut le venredi devant Pasques Flories l'an
XLVIII darrain passey » (Arch. de la Côte-d'Or, B. 309, paiements faits par les
exécuteurs du duc), etc., etc. Voir encore les documents qui suivent : Les
Grandes Chroniques, t. V, p. 489, étaient mieux renseignées : « la sepmaine
avant Pasques Flories mourut Heudes, duc de Bourgoigne, frère de la reyne de
France, qui estoit venu à ladite ville de sens pour ledit traictié. »
[29]
Arch. du Pas-de-Calais, comptes de l'Artois, A. 85². Nous avons copie intégrale
de cette longue pièce de 22 grandes pages.
[30]
Arch. de la Côte-d'Or, comptes de Vergy, B. 6475.
[31]
« Frais de garde de Vergey après la mort de Mgr le duc, et nourriture des
chevaulx que mons. de Thil et plusieurs genz d'armes qui l'accompagnoient, en
revenant de l'enterrement de Mgr à Cisteaux » (B. 6475).