HISTOIRE DES DUCS DE BOURGOGNE DE LA RACE CAPÉTIENNE

TOME HUITIÈME

 

CHAPITRE LIII. — RÈGNE D'EUDES IV (suite) (1343-mars 1348).

 

 

Inefficacité de l'intervention du pape Clément VI dans les débats entre les rois de France et d'Angleterre. — Reprise des hostilités. — Convocation des troupes à Arras. — Chevauchée sans résultat. — Le duc et son fils envoyés en Aquitaine sous les ordres de Jean le Bon. — Les Bourguignons à Angoulême. — Mandement à Avallon. — Départ d'Eudes IV et de Philippe, comte de Boulogne, au secours du duc de Normandie. — Leur arrivée à Agen. — Présents offerts par les consuls de cette ville. — Episodes du siège d'Aiguillon. — Accident de cheval dont Philippe est victime pendant ce siège. — Sa mort. — Transport de son corps à Agen. — Cérémonie funèbre et honneurs rendus par les consuls d'Agen. — Regrets universels causés par cette mort (février 1345-août 1346).
Guerre de Franche-Comté. — Hostilités commises par Thibaut de Neufchâtel et sa soumission au duc. — Arrogance et démêlés dos baillis d'Eudes IV dans le comté avec les barons et les ecclésiastiques. — Entreprises des sires de Faucogney ; représailles de Vautier du Vienne, gardien du comté. — Siège de Château-Lambert ; prise et reprise de cette place. — Entrée en campagne de Jean de Chalon, seigneur d'Arlay ; siège de Mathay. — Incursions à Etobon, Montmirey, Baume. — Le bailli Foulque de Villefrey débloqué Cicon. — Formation d'une nouvelle ligue de la confédération franc-comtoise. — Alliance offensive et défensive avec Edouard III, roi d’Angleterre. — Engagements réciproques et promesses de subsides, — Funestes conséquences de cette alliance. — Dévastations à Gray, Pontarlier. Othe de Granson, lieutenant du duc, organise la défense et la répression avec les soudoyers d'Allemagne et de Lorraine. — Démarches, activité et rôle de la duchesse en l'absence du duc. — Mandement des barons confédérés à Remiremont. — Ravages à l'Isle-sur-le-Doubs, défendu par Thibaut de Neufchâtel. — Arrivée d'Eudes IV. — Retraite des soudoyers allemands faute de paiement. — Combats à Mantoche, Clerval. — Convocation des gens d'armes et des chevaliers à Dole trois fois contremandée faute d'argent. — Eudes IV cherche des alliances, négocie avec l'Autriche déjà engagée avec l'Angleterre ; passe un important traité avec sa sœur Blanche et le comte de Savoie ; achète l'appui des barons de Joux, des sires de Cicon, de Thuillières. — Combats divers. — Maladie et mort de la duchesse de Bourgogne Jeanne de France. — Le maréchal Jean de Frolois obtient à Oiselay des trêves pour la durée d'un mois. — Reprise des hostilités. — Autres trêves renouvelées à Etobon. — Médiation et arbitrage de Philippe de Valois entre le duc et les confédérés. — Accord et arrêt du roi, daté de Vincennes, auxquels les parties intéressées donnent leur adhésion. — Lettres de rémission pour la félonie de Jean de Chalon-Arlay, allié de l'Angleterre.

 

Après avoir assisté au tournoi de Compiègne, en février 1845, Eudes IV séjourna environ deux mois à la cour de France, avant de rentrer en Bourgogne où la duchesse avait fort à faire pour maintenir l'agitation provoquée par les confédérés francs-comtois. « Mais à la Nativité Saint-Jehan-Baptiste, le roy d'Angleterre envoia lettres au pape, disant que le roy de France avoit rompues les trièves et que, pour ce, il le deffioit[1]. » La rupture du traité de Malestroit n'avait pas été provoquée par Philippe de Valois, seulement il fallait à Edouard III un prétexte avouable pour motiver une prise d'armes et les manifestes violents qu'il lançait contre son adversaire. Clément VI, dont les efforts de conciliation furent perdus, ne put que transmettre les lettres de défi à leur adresse.

Le roi de France se mit donc en mesure de garder les frontières du Nord, et donna ordre à tous les nobles de se trouver en armes à Arras après la quinzaine de la Madeleine[2]. En conséquence, par un mandement daté de Maisey, le duc de Bourgogne chargea Guillaume de Jully de réunir ses féodaux à Châtillon-sur-Seine le 17 juillet[3] et après avoir, de concert avec la duchesse, posé la première pierre de la chapelle d'Argilly[4], il prit lui-même route pour l'Artois, arriva le 2 août à Béthune, puis traversant Aire, Saint-Omer, Tournehem et La Montoire[5], vint s'installer en son château d'Hesdin pour y attendre les événements.

De ce côté les affaires d'Edouard III ne marchaient pas comme il l'eût désiré, car s'il avait ménagé une agression mieux combinée contre la France, en essayant trois attaques simultanées par la Flandre, la Bretagne et la Guyenne, le meurtre de Jacques Artevelde, l'allié sur lequel il comptait pour gagner les Flamands, lui ôta pour le moment tout espoir de réussir dans son entreprise, et le força de repasser en Angleterre sans avoir rien fait[6].

Eudes IV resta donc inactif dans sa belle résidence d'Hesdin, du 14 août au 18 septembre 1345, et passait le temps à jouer aux échecs[7] avec les gens de son entourage. Puis, il vint rejoindre son fils Philippe à Arras[8], et en sa compagnie, regagna la Bourgogne, où leur présence était nécessaire, car la duchesse, installée à Gray, convoquait les gens d'armes pour marcher contre les barons francs-comtois[9] et la comtesse de Boulogne était sur le point d'accoucher[10].

Les circonstances étaient trop difficiles pour que Philippe de Valois pût se passer longtemps du service de ses grands vassaux. Les Anglais réussissaient mieux dans le midi que dans le nord ; les nouvelles des succès du comte de Derby, lieu tenant d'Edouard III en Aquitaine, arrivaient chaque jour à la cour de France, et le lieutenant, plus heureux que son souverain, tenait en échec Jean, duc de Normandie, qui sollicitait des secours. Eudes IV et Philippe lui conduisirent des renforts dans le courant d'octobre, après avoir obtenu des lettres d'état pour la prorogation des causes qu'ils pouvaient avoir au Parlement, soit pour eux, soit pour leurs femmes[11]. Ces renforts, tous dirigés sur Angoulême[12], étaient de retour en Bourgogne au mois de novembre, et passaient à Montbard, du 19 au 23, pour se rendre à Gray, où le comte de Boulogne arriva le 27 de ce mois. Dans le même moment, le roi mandait aux gens du Parlement de proroger à nouveau les causes du duc et de son fils, jusqu'aux octaves.de Quasimodo[13], Les menées de Jean de Chaton-Arlay forçaient Philippe à se séparer momentanément de son père, et Eudes IV, préoccupé de ses affaires dans le comté, obligé de défendre les intérêts du roi avant les siens, obéré par les charges de la double lutte qu'il avait à soutenir, recevait de Jean le Bon, à Chaumes-en-Berri, la somme de mille florins[14].

La mauvaise organisation militaire et la détresse des finances du royaume étaient telles que le roi n'était pas en mesure de se défendre, et qu'il avait l'humiliation d'apprendre chaque jour la perte de ses villes de Guienne conquises sans résistance par Derby. On résolut de faire un grand effort et de faire appel à toutes les ressources dont on pouvait disposer.

Eudes IV avait trop d'intérêt à ménager les bonnes grâces de son beau-frère pour ne pas mettre à son service les hommes de son duché déjà utilisés dans les chevauchées antérieures. Un grand mandement convoqua les vassaux à A vallon, le dimanche 8 janvier 1346. Depuis les fêtes de Noël la famille ducale séjournait à Montbard ; Philippe quitta cette ville le 3 janvier, suivi par un chariot chargé de ses bagages pris à Aignay, et il arriva à A vallon où des fonds lui furent adressés pour la paie des gens d'armes. Hugues de Monestoy, maréchal de B., et le duc en personne vinrent le rejoindre le jour de la semonce[15].

Les troupes prêtes à s'acheminer dans le midi pour aller rejoindre le duc de Normandie partirent donc d'Avallon en janvier 1346. Froissart affirme que le duc de B. et le comte de Boulogne se présentèrent d'abord à Philippe de Valois, à la tête de mille lances, et que « li rois les rechut et leur sceut grant gré de ce service »[16]. Il est certain que tous les chevaliers bannerets ou bacheliers ne se trouvèrent pas réunis au départ, car beaucoup d'entre eux, convoqués dans des chevauchées précédentes, avaient fourni une somme de service supérieure à leurs engagements. Plusieurs ne partirent qu'en mars, comme Gaucher de Frolois, seigneur de Rochefort-sur-Armançon, « amé conseiller du roy », qui obtint en ce moment l'ajournement de ses causes en Parlement[17].

Nous ne connaissons pas les opérations des troupes bourguignonnes lors de leur jonction avec l'armée de Jean le Bon. Prirent-elles part aux sièges de Miramont, de Villefranche, d'Angoulême ou d'Agen[18], nous ne sommes pas renseignés à cet égard. Toutefois, on a tu preuve qu'Eudes IV fut aussi servi en Guienne pur un certain nombre de vassaux partis de l'Artois[19].

Le 5 avril 1346, le duc de Normandie, le duc de B. et son fils, le duc d'Athènes, Jean de Marigny, évêque de Beauvais, le maréchal de France, le grand maître des arbalétriers et une suite nombreuse firent leur entrée dans la ville d'Agen. Les consuls de cette ville s'étaient mis en devoir de leur faire une réception honorable, et offrirent à chacun d'eux des provisions de vin et de cire proportionnelles à la qualité des personnages[20]. Jean le Ben réclama d'abord un contingent de mille hommes pour renforcer l'armée qui allait, assiéger Aiguillon, mais les consuls déclarèrent qu'ils ne pouvaient faire droit à cette demande, à cause des dangers dont ils étaient menacés, et des compagnies anglaises qui battaient les environs. Le même jour, des ordres furent adressés dans les villes du Languedoc, pour presser la levée des subsides consentis par les communautés de la province[21].

Ensuite, on se dirigea sur Aiguillon, où les tentes étaient déjà dressées avant les fêtes de Pâques, qui tombaient cette année le 16 avril[22]. Eudes IV assistait à ce siège, et nous avons deux mentions qui constatent sa présence au mois de juin[23]. La place vigoureusement défendue par Gautier de Manni et le comte de Pembroke résista victorieusement aux attaques des troupes françaises et bourguignonnes qui cernaient la ville et empêchaient le ravitaillement. Les capitaines anglais comptaient aussi sur l'action, non de Derby qui se trouvait à Bordeaux, mais du roi Edouard III lui-même, dont on faisait espérer la prochaine arrivée.

C'est dans une de ces escarmouches fréquentes pendant ce long siège d'Aiguillon que le duc de B. fut frappé du plus grand malheur qui lui pouvait arriver. Son fils Philippe, comte de Boulogne et d'Auvergne, jeune homme ardent et intrépide, voulant prendre part à un engagement, sauta sur un cheval indocile et lui laboura les flancs de ses éperons. Emporté par une course folle, le cheval franchit la plaine, sauta un fossé et fit une chute en écrasant son cavalier qui ne put se remettre de cet épouvantable accident. Tous les auteurs bourguignons[24] racontent ainsi cet événement, mais on doit relater la mention fournie par la plus ancienne chronique, celle de Jean le Bel[25] : « le filz du duc de B. qui estoit le plus beau bachelier de toute France et debvoit estre le plus riche prince après le trespassement de son pere, estoit nouvellement en cel ost trespassé par grande mescheance ; car, ainsy qu'il couroit sur ung coursier pour plus tost venir à ung assault qu'on faisoit devant le chastel d'Aiguillon, le coursier chey sur luy, si en fut tout froissié, tant qu'il en mourut. Ce fut dommaige, le duc de Normandie en fut grandement dolent, car trop l'amoit[26]. »

 

La date de l'accident n'est pas facile à établir. Le 19 juin, Philippe, comte de Boulogne, recevait encore au siège d'Aiguillon une somme de 120 l. t. pour payer la paie de ses gens d'armes[27]. Le 11 août, il était mort et son corps était rapporté du camp d'Aiguillon dans la ville d'Agen. Il parait probable que l'infortuné jeune homme avait succombé la veille et que le jour de son décès peut être fixé au 10 août, et non au 22 septembre, comme le dit l’Art de vérifier les dates[28]. Les consuls d'Agen, réunis le 11, déclarent qu'il sera fourni des draps et des torches le jour que le duc de Normandie choisira pour se rendre dans la ville afin d'assister au service funèbre[29].

La cérémonie eut lieu le 12, selon toute apparence, la présence du duc de Normandie est constatée le même jour à Agen[30], et le lendemain, il était rentré sous ses tentes à Aiguillon, en compagnie de Jean de Marigny, évêque de Beauvais. Ce sont les mêmes personnages que nous trouvons réunis dans cette ville deux ans auparavant dans des circonstances bien différentes alors que les consuls venaient prêter serment à Jean le Bon, qui s'engageait lui-même à respecter les coutumes de la cité.

Ce funeste événement, le départ du duc de B. et les défections qui se produisirent dans les troupes françaises devaient motiver la levée du siège d'Aiguillon qui eut lieu le 20 du même mois[31].

 

GUERRE DE FRANCHE-COMTÉ. — Il nous faut maintenant revenir un peu en arrière et suivre les péripéties de la guerre désastreuse poursuivie dans le comté de Bourgogne. Le traité de paix passé par l'entremise du roi Philippe de Valois entre le duc et les confédérés francs-comtois, en juin 1337, avait laissé à chacun d'eux la liberté de faire valoir leurs droits. Eudes IV retenait toujours la garde de Lieu-Croissant, de Lanthenans et la vicomté de Baume appartenant à Thibaut de Neufchâtel. Sur les plaintes de ce dernier, il avait, il est vrai, ordonné, le 6 septembre 1346, à Vautier de Vienne, son lieutenant, de prendre des informations auxquelles il promettait de faire droit lorsqu'il serait rentré au pays. Mais, malgré ces engagements, il ne se bâta pas de rendre justice, et la guerre s'alluma entre eux.

En prévision des hostilités, Jean de Montagu, bailli du comté, ordonna des travaux au château de Montjustin, et le fit entourer d'une double muraille[32] ; il envoya en môme temps, le 15 mars 1343, ses instructions au prévôt de Baume pour concentrer dans cette localité des vivres et des approvisionnements[33].

Abandonné à ses propres forces, Thibaut de Neufchâtel fut dans la nécessité de délivrer au duc son château de l'Isle-sur-le-Doubs[34], et de faire, le 3 juillet 1343, une soumission complète, avec cession des domaines qui avaient donné lieu au litige, « et supplia ledit chevalier, en grande humilité, qu'il plut à mgr le duc de pardonner totes peines qu'il porroit ou devroit avoir encourues pour cause de plusieurs excès ou mefaits ». Cet humiliant traité fut passé à Poligny, par devant Jean de Chalon-Auxerre, Beraud d'Andelot, Jacques d'Audeloncourt et autres[35], mais il était trop désavantageux au vaincu pour être de longue durée.

Henri, comte de Montbéliard, guerroyant alors en Prusse pour défendre les chevaliers teutoniques, n'avait pu venir à son secours, non plus que le sire d'Arlay occupé par d'autres démêlés ; les débats ne pouvaient manquer de renaître pour de nouveaux motifs, car les officiers du duc soutenaient les intérêts de leur maître avec une âpreté, une hauteur et des procédés qui provoquaient le mécontentement des populations et même des ecclésiastiques.

La soumission du sire de Neufchâtel était à peine signée que déjà des conflits s'élevaient entre les baillis ducaux et les chevaliers de l'abbaye de Lure, dont Eudes IV avait la garde. Cet important monastère, sans cesse menacé par les incursions allemandes et bourguignonnes, allait être protégé par des fortifications entreprises par l'abbé. On lui contesta le droit d'élever des murailles sans autorisation, et sa résistance lui valut une amende de mille livres. Le 9 octobre 1343, le duc donna ordre de faire démolir les travaux commencés[36].

Jean de Chalon ne tarda pas à entrer en scène, car ses agents commettaient des déprédations dans la terre d'Ornans, malgré les efforts des sergents et du prévôt chargés de protéger ce domaine[37], et vint lui-même à main armée et sans défi préalable s'emparer de la maison de Durfort relevant du duché et appartenant à Jean de Cicon[38].

Les sires de Faucogney opéraient dans une autre direction, s'emparaient de la forteresse de Château-Lambert qui fut le théâtre de plusieurs escarmouches sanglantes[39], ravageaient les terres voisines, en compagnie du sire de Belmont[40], et menaçaient même de s'emparer de la personne de Philippe, fils du duc, par l'intelligence d'espions qui surveillaient ses mouvements ; ces espions furent saisis et incarcérés par la compagnie d'un sergent d'armes du roi et du duc[41].

Ces aventureuses entreprises méritaient une répression, mais comme l'argent manquait, Renaud de Gerland, gruyer du duché, Guillaume de Recey, bailli du Dijonnais, et Guyot de Gy, receveur général, eurent mission de contracter un emprunt de deux mille florins d'or[42]. Les châtelains d'Ornans, Chaussin, Châtillon, sous la direction de Renaud de Baissey, firent le siège de Château-Lambert, et sur l'ordre de Vautier de Vienne, gardien du comté, les garnisons de Clerval portèrent le ravage sur les terres de Guillaume de Belmont[43] ; dans d'autres engagements près de Montjustin, plusieurs chevaliers perdirent leur monture. Château-Lambert fut repris sur la garnison allemande qui l'occupait, et Richard des Bans, trésorier de Vesoul, fit approvisionner, et fortifier la place, par ordre de la duchesse[44]. Les constructions furent faites sous la direction de Jean Mongin, maître des œuvres[45], puis l'artilleur Jean Espiard, de Jussey, compléta les travaux de défense. Ferri de la Roche, chevalier, et les gens d'armes de sa compagnie furent mis en garnison à Montjustin[46].

Tous ces événements eurent lieu dans l'hiver de 1343-1344, et l'été de cette dernière année se passa sans incident, mais l'absence prolongée du duc, que nous avons suivi avec Jean le Bon dans le voyage du Languedoc et en Avignon, amena de nouvelles hostilités. Jean de Chalon, installé à Lure, portait le ravage dans les possessions ducales[47], mettait le feu à l'abbaye de Saint-Maurice d'Agaune[48], et se proposait de reprendre Château-Lambert. De Gray, séjour de la duchesse, on prescrivit à Jean de Montagu d'envoyer au plus vite des arbalétriers réclamés par le châtelain pour la défense de cette placé[49]. Le sire d'Arlay, dont les démarches étaient surveillées, ne réussit point dans ses projets, et perdit même la forteresse de Mathay, prise par les garnisons ducales de Clerval et de Gray, le 5 octobre 1344, après un siège de cinq jours[50].

Le duc terminait alors le fatigant voyage que nous avons longuement raconté, et espérait prendre quelque repos à Chanteloup, quand il fut averti des troubles qui agitaient le comté. Il partit aussitôt pour la Bourgogne, et arriva rejoindre la duchesse à Gray, le dimanche 31 octobre. Sa présence inattendue, la vigueur de ses lieutenants, les solides garnisons mises à Etobon, Montjustin, Beaujeu et ailleurs[51] arrêtèrent pour un temps le cours de ces brigandages.

Au mois de juin 1345, la duchesse passa quelques semaines au château de Montmirey près de sa sœur Isabelle, dauphine de Viennois, alors malade et qui dictait son testament, puis se rendit à Gray, pendant le séjour du duc en Artois. Jean de Chalon profita de cet éloignement pour faire des incursions vers Etobon, Montmirey, Baume, et le bruit courait que les habitants de Besançon fabriquaient des échelles pour s'emparer de diverses places[52]. Le sire d'Arlay mit le siège devant le château de Cicon à la fin de l'an 1345, mais Jean de Montagu et Foulques de Villefrey, baillis du comté, vinrent débloquer la place[53], aidés par le châtelain d'Apremont et Jean Michel, maître des arbalétriers de Vesoul[54]. L'absence d'Eudes IV, retenu en Guienne, donnait libre carrière à ses ennemis. La population de Besançon fort excitée saisit un certain nombre de sergents du comté, et les mit à mort ; la duchesse ordonna de prendre les meurtriers à force d'armes, de pendre les nobles et de trancher pieds et poings aux autres[55].

Le duc avait triomphé jusqu'alors de la ténacité de ses terribles adversaires, sans parvenir à désarmer la féodalité franc-comtoise ; les revers qui l'atteignirent dans sa vieillesse, les luttes malheureuses sur les frontières de Flandre, le désastre de Crécy et la mort de Philippe, son fils, en faisant revivre un espoir de revanche, rapprochèrent les tronçons épars de la confédération vaincue.

Ces barons, animés de haineuses passions, spéculant sur le deuil et les malheurs de leur suzerain, allaient encore se grouper pour tenter la fortune. Le corps de Philippe, comte de Boulogne, n'était pas encore déposé dans la tombe quand Jean de Chalon, cherchant à réunir des fonds pour la guerre, donnait procuration pour aliéner les domaines qui pouvaient lui procurer des ressources[56]. Thibaut de Neufchâtel, les sires de Faucogney et les Bisontins, désireux de s'affranchir d'un joug oppresseur, se joignirent à lui, et recueillirent de nouveaux alliés, Jean d'Oiselay[57], Louis de Neufchâtel-Outre-Joux, Jean de Fribourg[58].

Mais la plupart des confédérés, fort à court d'argent, cherchaient une alliance plus fructueuse, et jetaient les regards sur l'Angleterre, avec laquelle ils avaient passé, dix ans auparavant, un traité dont les suites ne leur avaient cependant pas été profitables. Le 9 octobre 1346, leurs procureurs s'abouchèrent à Galais avec le roi Edouard III, qui leur promit une somme de 45.000 florins payables en la ville de Bruges. Les confédérés s'engageaient, d'autre part, à faire la guerre à Philippe de Valois et au duc de Bourgogne avec toutes leurs forces, sous l'obligation de ne pouvoir en aucun cas traiter avec le roi de France sans l'autorisation de celui d'Angleterre[59]. Les négociations avaient été tenues secrètes, et n'étaient encore connues que des intéressés, mais cette alliance avec Edouard III contre le suzerain qu'ils auraient dû servir, cet appel à l'intervention étrangère qui devait avoir plus tard dans nos pays une si fatale répercussion, était plus qu'une faute, c'était un véritable crime de lèse-majesté, à l'égard du roi de France, surtout après les serments échangés au nom des confédérés à Vincennes, le 13 juin 1337.

L'absence du duc, retenu dans l'Ile-de-France pendant les mois de novembre et décembre 1346, laissa libre carrière à ses ennemis qui dévastèrent la plaine de Gray, incendièrent les villages, détruisirent Lieucourt, Velesmes, s'emparèrent de l aule » de Pontarlier, de Châtel-Lambert, Mathay, et commirent de tels ravages que les habitants furent obligés de fuir. On se hâta de mettre les forteresses en état de défense. De Gy-l'Archevêque, Othe de Granson, lieutenant du duc, lança un mandement pour réunir des forces à Vesoul, le 20 novembre, et fit venir des soudoyers de l'Allemagne et de la Lorraine. Le reste du mois et tout le mois de décembre se passèrent en pourparlers, en allées et venues du sire de Granson et des divers baillis qui vinrent trouver la duchesse à Rouvre pour l'entretenir de la situation et préparer les moyens de répression[60]. Si la duchesse était bien informée et mise au courant des ravages de l'ennemi, elle n'avait pas les ressources suffisantes pour parer aux frais de la guerre et à la solde de ses féodaux. Les places fortes étaient cependant munies de garnisons ; Montjustin, Baume, Châtillon, principalement Gray, dont les environs étaient sillonnés par les confédérés. Les compagnies de Jean de Blonay, de Jean d'Arc-sur-Tille, de Richard de Marey, de Jean de Coublanc tenaient tête à leurs adversaires[61].

Le 4 janvier 1347, Jean de Montagu et Guiard de Bourgogne arrivèrent à Rouvre avertir la duchesse du grand mandement que les barons francs-comtois venaient de faire à Remiremont, et de la concentration de troupes qu'on se préparait à lancer sur la province. A l'annonce de cette fâcheuse nouvelle, des courriers furent adressés au duc, avec prière de venir en toute hâte pour parer aux difficultés de la situation. Pendant ce temps, et dès les premiers jours de janvier, le sire de Granson, à la tête de ses hommes d'armes et de diverses compagnies, ravageait et brûlait les terres de L'Isle-sur-le-Doubs défendues par Thibaut de Neufchâtel, mais cette chevauchée lui coûta cher, car il perdit beaucoup d'hommes et de chevaux, et les nombreux blessés qu'il fallut emmener à Baume-les-Dames, y furent soignés pendant près de trois mois.

Le 13 janvier, le duc était arrivé à Dijon, et le surlendemain, le sire de Granson lui rendit compte de cette expédition. Le besoin d'argent se faisait sentir, puisque les soudoyers allemands mandés à cette époque par le gardien du comté, avaient été forcés de se retirer, leurs services n'ayant pu être utilisés faute de paiement. La présence d'Eudes IV à Dijon pendant le reste de l'année n'arrêta pas les déprédations des confédérés. Le 18 janvier, ils parcouraient encore les campagnes de L'Isle-sur-le-Doubs ; le 24, cent hommes d'armes mettaient le feu à Vy. Par représailles, on reprit le château de Mantoche appartenant à Jean d'Abbans, et on démolit la forteresse, à l'aide de cent vingt sergents, trente hommes d'armes, vingt arbalétriers et des maçons[62]. La rigueur de l'hiver n'arrêta pas les hostilités, et fréquemment des escarmouches sont signalées sur un point ou sur un autre. Un plus sérieux combat fut livré à Clerval, la semaine de Pâques, et des messagers sont envoyés, le 11 avril 1347, pour en connaître le résultat[63].

La campagne se prolongeant, le duc n'était pas en mesure d'entretenir à grands frais d'aussi nombreuses troupes[64]. Il avait bien reçu l'année précédente, à deux fois 7.615 L. t., dont le dernier terme lui avait été versé, le 1er octobre 1346, par le trésorier des guerres du roi, mais ces sommes étaient destinées à payer les féodaux qui chevauchaient avec le duc de Normandie. C'est probablement pour ce motif de manque de fonds que ses barons convoqués, dès janvier 1347, pour se trouver en armes à Dôle, furent par trois fois contremandés, malgré l'urgent besoin que l'on avait de leurs services. Le duc était tellement obéré qu'il n'avait encore pu payer des obligations échues, et qu'il chargeait ses gouverneurs d'Artois d'obtenir de ses créanciers une prolongation de délai, à la date du 23 mai[65]. Les emprunts nouveaux qu'il contractait en Bourgogne auprès des baillis et des châtelains n'étaient pas suffisants dans les circonstances actuelles.

Eudes IV songea donc à se ménager des alliances plus sérieuses, et à tirer parti de sa petite fille Jeanne. Il entra en négociations avec l'Autriche, mais l'appui de cette nation, qui aurait pu menacer les confédérés sur les derrières, lui était déjà enlevé par l'Angleterre. Il se rejeta sur la Savoie, fit proposer Jeanne au jeune Amé, comte de Savoie, et passa avec lui, dans l'église de Chalon-sur-Saône, un traité d'alliance offensive et défensive, le 16 juin 1347[66]. Il en obtint des subsides pécuniaires, et se mil immédiatement en rapport avec les grands vassaux qui pouvaient lui venir en aide. Hugues de Blonay, sire de Joux, mit ses châteaux à sa disposition, et lui assura son concours moyennant une somme de 2.500 florins[67]. Vautier de Thuillières, personnage de moindre importance, donna son adhésion contre une simple rente[68]. Jean de Cicon livra au duc son château de Scey en Varay[69]. Ce sont les procédés que nous voyons pratiqués dans toutes les guerres pour l'enrôlement des adhérents.

De son château de Talant, Eudes IV donnait des ordres pour mener activement la campagne, renforçait les garnisons et recommandait à son bailli Foulques de Villefray d'approvisionner Poligny[70]. Il fut avisé que le lendemain de la Saint-Jean un hardi coup de main avait réussi du côté de Besançon ; les compagnies d'Ornans, de Châtillon, de Scey, dirigées par les châtelains et les sergents étaient allées assiéger Pugey, avaient livré un combat à Arguel, où Jean de Chalon avait ramené de Salins des prisonniers bourguignons et une grande quantité de butin ; elles avaient réussi à reprendre les prisonniers et le butin, après avoir tué un certain nombre de gentilshommes ennemis[71].

Un événement inattendu vint mettre le comble aux infortunes d'Eudes IV ; la duchesse mourut dans la première quinzaine d'août ; ce malheur, à la suite de tant d'autres, le mettait dans un grand embarras. Jean de Frolois, maréchal de Bourgogne, fut chargé de négocier sans retard, avec Jean de Chalon, des trêves signées à Oiselay, qui devaient durer jusqu'à la fin de septembre. Le 30 août un courrier fut expédié à Baume pour signifier la cessation des hostilités[72]. Mais les compagnies ennemies, qui chevauchaient du côté de Lure, n'étant pas prévenues, s'emparaient ces jours-là de Belverne, et y mettaient le feu, pendant que Thibaut de Neufchâtel et Henri de Faucogney lançaient un mandement pour faire subir le même sort à Etobon. D'autres courriers furent expédiés dans cette localité, ainsi qu'à Vesoul, pour faire déposer les armes[73].

Le répit d'un mois n'avait pour but que de permettre de créer des ressources afin de continuer la lutte. En octobre les hostilités étaient reprises, et une lettre d'Hugues de Sauvigney, châtelain de Montmorot, annonçait que les hommes de sa compagnie avaient ou un engagement entre Chilley et Montmorot, où les ennemis avaient été battus et déconfits, le 6 du même mois[74]. La garnison ducale de Jussey s'empara de la maison forte de Regneville, et y mit le feu. Ailleurs, l'ennemi, plus heureux dans ses tentatives, avait ravagé la prévôté de Fraisans, escaladé le château qui fut « derrochiez » et que l’on reconstruisit peu après[75].

Le duc faisait d'énormes sacrifices pour recueillir des fonds, et rallier des adhérents. Des concessions à Jean d'Igny, à Estevenin, sergents d'armes du pape, à Pierre de la Palu, sire de Varambon ; l'abandon des tailles de Groson au sire de Joux, auquel il ne pouvait payer 1.500 florins antérieurement dus, l'aliénation delà terre de Revigny pour 500 florins, de la forteresse de Saint-Loup, de droits d'usage, des ventes de coupes de bois, des affranchissements accordés à de simples particuliers, trahissent la pénurie de ses finances[76].

Comme la situation ne pouvait se prolonger indéfiniment, le duc fit signer à Etobon de nouvelles trêves avec les confédérés, vers le 7 décembre 1347, et profita de la suspension d'armes pour se rendre secrètement près du roi à Paris, d'où il revint en Bourgogne dans le courant de janvier suivant.

Tout le monde était lassé de cette guerre ruineuse, et peut-être avait-on hâte d'en finir de part et d'autre. Jean de Chalon, soutenu par le trésor du roi d'Angleterre, qui lui versait une rente de mille livres, assise sur le port de Londres, avait personnellement bien des torts à se reprocher, et n'était pas sans appréhension sur le sort qu'il méritait, car au lieu de servir dans les guerres Philippe de Valois, son seul suzerain, il était devenu l'allié et l'obligé d'Edouard III. C'est après ce refus de servir la France que ses terres situées dans le domaine royal, ainsi que celles de sa femme, avaient été confisquées par le roi. Quelle punition lui infligerait-on pour une récidive, après le pardon qui lui avait été accordé dix ans auparavant pour une semblable félonie ?

Philippe de Valois, chargé de l'arbitrage et de l'accord entre les belligérants, rendit son arrêt à Vincennes, en mars 1348. Le duc de Bourgogne devait rentrer en possession de Pontarlier dans la quinzaine de Pâques ; on rendrait dans le même délai à Jean de Chalon la saunerie de Salins, provenant de Béatrix de Vienne, la terre de L’Isle-sous-Montréal et Châtel-Guyon qu'on pourrait reconstruire. Thibaut de Neufchâtel reprendrait la vicomté de Baume, la garde de Lanthenans et de Lieu-Croissant. Les réclamations de Henri de Faucogney et de Jean d'Oiselay seraient ultérieurement réglées. Quant au roi, il gardait provisoirement dans sa main Chatel-Lambert et Vitteaux, à cause de la forfaiture de Jean de Chalon, auquel on restituait les autres terres saisies pour refus de service[77].

Après les revers de fortune et le désastre de Crécy, telle était la démoralisation du roi, et le besoin de ménager ses vassaux, qu'il n'avait pas la force de punir un coupable.

Au mois d'avril, les confédérés et le duc de Bourgogne donnèrent séparément leur adhésion au jugement rendu par Philippe de Valois[78]. Mais Jean de Chalon, dont la conscience n'était pas tranquille, eut soin de se faire délivrer un acte de rémission pour lui et ses adhérents, avec entière absolution pour leur alliance avec l'Angleterre[79]. Cette absolution et ces traités allaient donner quelque temps de paix à des populations si longtemps éprouvées par la guerre, sans désarmer l’haineuse animosité des barons francs-comtois contre la domination bourguignonne.

 

 

 



[1] Les Grandes Chroniques de France, éd. P. Paris, t. V, p. 438 ; voir lettres du 14 avril au 26 mai 1345, Rymer, Fœdera, t. III, p. 38-45.

[2] Les Grandes Chroniques de France, t. V, p. 438.

[3] Arch. de la Côte-d'Or, Recueil de Peincedé, t. XXIII, p. 85.

[4] La construction de cette chapelle fut commencée le 14 juillet 1348, d'après l'inscription dont on possède le texte. Bibl. nat., collection Bourgogne, t. LCXIV, p. 791.

[5] Arch. du Pas-de-Calais, Artois, A 3 et A 82.

[6] Les Grandes Chroniques mettent seules à leur place les événements de juillet 1345, qui déterminent à ce moment le départ d'Edouard III ; ni Froissard, ni les auteurs contemporains ne tiennent compte de faits qu'ils rapportent à une date ultérieure.

[7] Arch. du Pas-de-Calais, Artois, A 644.

[8] 22 septembre 1345, Arch. du Pas-de-Calais, Artois, A 847.

[9] Les nobles étaient convoqués à Salins pour le 20 octobre ; lettre de Jean de Montagu au prévôt de Montmirey, Arch. de la Côte-d’Or, Peincedé, t. XXIII, p. 524.

[10] Arch. de la Côte-d'Or, comptes de Saulz, B. 6626.

[11] Arch. nat., Xia 8843, fol. 204 ; J. Viard, Lettre d'état, n° 259.

[12] Arch. Côte-d'Or, Comptes de Montbar, B. 5308. — Idem, Comptes de Salmaise, B. 6038. — Idem, B. 6038, fol. 51. — Le duc Eudes IV était lui-même à Angoulême le jour de la Toussaint 1345, d'après la mention suivante : « pour un cheval acheté et donné par mgr. le duc à M. Lovs de Courbon en la ville d'Angolesme le jour de la Toussaint mil CCC XLV » (Arch. de la Côte-d'Or, B 1495, fol. 62).

[13] Le 22 novembre 1345 ; J. Viard, Lettres d'état, n° 255.

[14] Quittance du duc du 13 décembre 1345 ; Orig., Bibl. net., IV. 20.374, fol. 1.

[15] Arch. de la Côte-d'Or, Comptes d'Aignay, B. 3056. — Idem, comptes de Montbar, B. 5303. — Idem, comptes de Saulx-le-Duc, B. 6080.

[16] Luce, Froissart, t. III, p. 108.

[17] Arch. nat., Xia 8848, fol. 227 ; J. Viard, Lettres d'état, n° 321.

[18] Bertrandy, Etude sur les Chroniques de Froissart, et d'après lui, Luce, Froissart, sommaire, p. XXIX-XXX, veulent qu'Angoulême, dont le siège est indiqué par Jean le Bel, sous le nom d'Agolan, ou Agolant ou Angolesme, et que Froissart identifie avec Angoulême, ne soit une autre localité que la ville d'Agen. Les allégations de ces savants commentateurs peuvent être discutables, et nous laissons à d'autres le soin de les éclaircir quand de nouveaux documents seront mis au jour. Nous avons constaté en 1345, dans une note précédente, le retour des Bourguignons, cités dans quatre mentions comme venant d'Angouloime, Angouloisme ou Angolaimme. Voici une autre pièce originale prouvant, en 1346, une action devant Engoullemme, qu'il est plus difficile d'identifier avec Agen. Peut-être faut-il examiner avec moins de sévérité le texte et l'allégation de Froissart, malgré les critiques un peu vives d'un commentateur. « Eudes, dux de Bourgoingne, contes d'Artois et de Bourgoingne, pallatin et sires de Salins, à notre recheveur d'Artois, salut, comme y nous soit apparu par cedule estre tenus à notre amé et féal chevalier le cbastellain de Bergues, en la somme de soixante-trois livres parisis pour le restant des gaiges de li et des gens d'armes de sa route, desservis ès présentes guerres monseingneurs le Roy, ès parties de Gascoigne devant Engoullesme. Si vous mandons que la soime des LXIII lib. dessusdis vous panés à notredit chevalier au plus tost que vous poés, ou faites certaine aseune de la somme dessusdite, par quoi on n'en retourne plus par devers vous, en recevant ces lettre et quittance dudit chevalier. Et nous mandons aus gens des comptes qu'il vous rabatent de vos rechoites. Donné à Vaugerart de lès Paris, le XXIIIe jour de novembre, sous notre signet, l'an de grâce mil CCC quarante et six » (Orig. parch., Arch. du Pas-de-Calais, Artois, A 653¹⁰², pièce scellée).

[19] Voir la note précédente.

[20] Jean le Bon, duc de Normandie, reçut vingt pipes de bon vin et quatre quintaux de cire ; Eudes IV, son fils Philippe, et Jean de Marigny, évêque de Beauvais, reçurent chacun six pipes de vin et un quintal de cire ; le duc d'Athènes, quatre pipes et un quintal ; le maréchal de France et le grand maître des arbalétriers, quatre pipes et un demi-quintal (Arch. de la ville d'Agen, Adolphe Magen, Les Jurades de la ville d'Agen, Auch, 1894, t. I, p. 60.

[21] Bertrandy, Etude sur les Chroniques de Froissart, p. 309 ; dom Vaissette, Histoire du Languedoc, preuves.

[22] Bertrandy, Etude sur les Chroniques de Froissart, p. 310.

[23] Arch. de la Côte-d'Or, B 11.938 ; Arch. du Pas-de-Calais, comptes d'Artois, A. 653.

[24] Paradis, Annales de Bourgogne, 1566, p. 338 ; Saint-Julien du Baleure, Origine des Bourguignons ; dom Plancher, t. II, p. 205.

[25] Chronique de Jehan le Bel, chap. LXXIV, éd. Polain, t. II, p. 99-100.

[26] Les variantes des manuscrits de Froissart racontent cet événement en termes différents. Voici celle qui offre le plus de détails d'après le ms. B. 6 : « messires Phelippe, pour eulx. veoir, demanda son coursier, comme à ung grant seigneur qui pluiseurs en avoit ; on luy amena ung jone poulain, que nouvellement on lui avoit envoiet et sur lequel il n'avoit oneques monté. Quant on lui ot amenet, il le refusa, pour cheque oncques ne l'a voit chevauchiet. Et ansyque l'on aloit quérir ung aultre. vey que ches escarmuches estoient trop belles. Adonc messires Phelippes, qui eult grand désir de veoir, dist : « Amene me che coursier. Je monterai dessus ; chis aultres vient trop longuement. » Il monta sus et le fery des esporons et se hâta moult. Che poulain, qui les esporons ne connissoit, se commencha à enorguellier et à se mentenir merveilleusement et assollir et atreper diversement. Et messires Phelippes, pour lut aprivisier, le feroit des esporons aigrement. Che coursiés emporta son seigneur de telle fachon que il n'en peult estre maistre, et l'enporta parmv ung fosset où il trebuacha li cens dessus l'autre. Oncques il ne pot estre à tamps aidier qu'il ne fust bléchiés et sy froissés que oncques puis il n'eut sancte, mais morut dedans quinze jours ; dont tous les seigneurs furent durement courouchiés, car c'estoit le plus riche et le plus grant de linaige du royaume de France. » (Froissart, éd. Luce, t. IV, p. 210- 211). — Le ms. d'Amiens dit que Philippe « estoit li ungs des biaux chevaliers de toutte l'ost de son eage » (Idem, t. IV, p. 206).

[27] Arch. de la Côte-d'Or, B. 11.938, pièce scellée, liasse 32, cote 76 ; reçu de Perrenot de Coion.

[28] Bertrandy, Etude sur Froissart, p. 343, est le premier qui ait parlé de l'annonce de cette mort à Agen, le 11 août. Luce (Froissart, t. IV, somm. p. IV), qui s'est servi de ce travail reproduit la date erronée du 22 septembre donnée par l'Art de vérifier les dates ; dom Plancher, t. II, p. 205, est celui qui s'était le plus rapproché de la vérité en disant que cette mort était arrivée vers le milieu du mois d'août.

[29] Arch. communales d'Agen, BB. 1, deux variantes. Voir A. Magon, Les Jurades d'Agen, t. I, p. 76-77.

[30] Le 9 août, Jean le Bon est devant Aiguillon, le 12 à Agen et le 13 à Aiguillon (Bertrandy, Etude sur les Chroniques de Froissart, p. 343).

[31] Bertrandy, Etude sur les Chroniques de Froissart, p. 346 et suiv.

[32] Arch. du Doubs, B. 133.

[33] Arch. de la Côte-d'Or, Peincedé, t. XXIII, p. 56.

[34] Le 21 mai 1343, Bibl. nat., collection Moreau, t. 498, fol. 123.

[35] Orig., Arch. du Doubs, B. 507.

[36] Orig., Arch. du Doubs, B. 507.

[37] 9 décembre 1343, Bibl. nat., collection Moreau, t. 878, fol. 893.

[38] 12 décembre 1343, Orig., Arch. du Doubs, B. 446.

[39] Arch. de la Côte-d'Or, Recueil de Peincedé, t. XXIII, p. 71 et 76 ; t. XXIV, p. 194.

[40] Arch. de la Côte-d'Or, Peincedé, t. XXIV, p. 537.

[41] Arch. de la Côte-d'Or, Peincedé, t. XXIV, p. 680.

[42] Arch. de la Côte-d'Or, Peincedé, t. II, p. 349.

[43] Arch. de la Côte-d'Or, Peincedé, t. XXIV, p. 292 et 537.

[44] Le duc, alors absent, avait été averti de l'occupation de Château-Lambert : « pour les despans d'un vallet de chevaul faiz en portant lettres à mgr le duc dois Gray à Paris, sur ce que l'on disoit que li Alemans avoient assigié Châtel-Lambert et trova lidiz valiez mgr ès bois de Vincennes... L s. VII » (Arch. du Doubs, B. 124).

[45] Bibl. nat., collection Moreau. t. 900, fol. 406, v°.

[46] Bibl. nat., collection Moreau, t. 900, p. 407.

[47] Arch. du Doubs, B. 133.

[48] La duchesse donna l'année suivante 100 L. est. pour la réparation du monastère de Saint-Maurice d'Agaune (Arch. du Doubs, B. 72).

[49] Orig., Arch. du Doubs, B. 333.

[50] Arch. du Doubs, B. 124.

[51] Arch. du Doubs, B. 125 et 133.

[52] Arch. du Doubs, B. 4 34. — Le 15 octobre 1345, ordre au prévôt de Montmirey de se rendre en armes à Salins le 20, avec tous les gens nobles à pied et à cheval (Peincedé, t. XXIII, p. 374). — Le 9 décembre 1343, le sire de Montbis est mandé avec ses compagnons pour garder Baume menacé par le sire d'Arlay (Peincedé, t. XXIII, p. 63).

[53] Orig., Arch. du Doubs, B. 440.

[54] Arch. de la Côte-d’Or, Peincedé, t. XXIII, p. 149 et 289.

[55] Orig., Arch. du Doubs, B. 422.

[56] Août 1346. Arch. Chambre des Comptes.

[57] Jean d'Oiselay reput 1.000 florins qui n'étaient pas encore payés en 1364.

[58] Jean le Jeune de Fribourg reçu également 1.000 florins (Inventaire des Chalon, t. II, p. 228).

[59] L'original de ce compromettant traité que les confédérés n'avaient point intérêt à garder, a disparu de nos Archives ; il n'en reste qu'une copie dans les titres des Chalon.

[60] La duchesse reçut ces émissaires à Rouvre, les 19 novembre, 2, 7, 13, 19 et 24 décembre 1346, et le 4 janvier 1347. Liébaud et Huart de Bauffremont, Erard du Châtelet, Vautier de Thuillières, Jacques de Bondoncourt, etc., faisaient partie de ces escortes.

[61] Arch. du Doubs, B. 126.

[62] Arch. du Doubs, B. 126².

[63] Arch. du Doubs, B. 133.

[64] Il fallait payer les hommes de Robert de Grancey, sire de Meursault, qui avait sous lui 3 chevaliers et 29 écuyers ; Liébaut de Bauffremont, Hugues d'Arguel, Jean de Ville, Louis et Jean de Chauffeur, Nicolas de Florence, châtelain d'Apremont ; Juan de Cicon, d'Ornans ; Girard de Bourgogne, de Sainte-Marie eu Chaux, Jean de Montagu, De Montjustin, Renard de Jussey, de Châtillon, Guillaume de Lambrey, de Clerval, les capitaines de Montboson, Vesoul, Jussey, Etobon, Port-sur-Saône, etc.

[65] Arch. du Pas-de-Calais, Artois, A. 638.

[66] Dom Plancher, t. II, pr. 282.

[67] Traité passé à Talant, le 2 juillet 1347, Arch. du Doubs, B. 41.

[68] Talant, 30 juin 1347, Orig., Arch. du Doubs, B. 388.

[69] 12 juillet 1347, Orig., Arch. du Doubs, B. 408.

[70] Talant, 22 juin 1347, Arch. du Doubs, B. 388.

[71] Arch. de la Côte-d'Or, Recueil de Peincedé, t. XXIII, p. 569.

[72] Arch. du Doubs, B. 133.

[73] Arch. du Doubs, B. 133.

[74] Arch. de la Côte-d'Or, Peincedé, t. XXIII, p. 33.

[75] Arch. du Doubs, rouleau, B. 123.

[76] Orig., Arch. du Doubs, B. 490, B. 345, B. 527 ; Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. XCVIII, p. 368 ; Arch. de la Côte-d'Or, Peincedé, t. I, p. 841 ; I. II, p. 96 et 793 ; t. XXV, p. 433 436 ; Bibl. nat., Collection Moreau. t. 878, foi. 137 ; Bibl. nat., lat. 17,089, fol. 986.

[77] Orig., Arch. du Doubs, B. 389.

[78] Arch de la Côte-d'Or, B. 11,912 ; Dom Plancher, t. II, pr. 280.

[79] L'acte est daté de l'abbaye de Barbeau, avril 1348 ; Arch. nat., JJ. 77, n° 393.