Inefficacité de
l'intervention du pape Clément VI dans les débats entre les rois de France et
d'Angleterre. — Reprise des hostilités. — Convocation des troupes à Arras. —
Chevauchée sans résultat. — Le duc et son fils envoyés en Aquitaine sous les
ordres de Jean le Bon. — Les Bourguignons à Angoulême. — Mandement à Avallon.
— Départ d'Eudes IV et de Philippe, comte de Boulogne, au secours du duc de
Normandie. — Leur arrivée à Agen. — Présents offerts par les consuls de cette
ville. — Episodes du siège d'Aiguillon. — Accident de cheval dont Philippe
est victime pendant ce siège. — Sa mort. — Transport de son corps à Agen. —
Cérémonie funèbre et honneurs rendus par les consuls d'Agen. — Regrets
universels causés par cette mort (février 1345-août 1346).
Guerre de Franche-Comté. — Hostilités commises par
Thibaut de Neufchâtel et sa soumission au duc. — Arrogance et démêlés dos
baillis d'Eudes IV dans le comté avec les barons et les ecclésiastiques. —
Entreprises des sires de Faucogney ; représailles de Vautier du Vienne,
gardien du comté. — Siège de Château-Lambert ; prise et reprise de cette
place. — Entrée en campagne de Jean de Chalon, seigneur d'Arlay ; siège de
Mathay. — Incursions à Etobon, Montmirey, Baume. — Le bailli Foulque de
Villefrey débloqué Cicon. — Formation d'une nouvelle ligue de la
confédération franc-comtoise. — Alliance offensive et défensive avec Edouard
III, roi d’Angleterre. — Engagements réciproques et promesses de subsides, —
Funestes conséquences de cette alliance. — Dévastations à Gray, Pontarlier.
Othe de Granson, lieutenant du duc, organise la défense et la répression avec
les soudoyers d'Allemagne et de Lorraine. — Démarches, activité et rôle de la
duchesse en l'absence du duc. — Mandement des barons confédérés à Remiremont.
— Ravages à l'Isle-sur-le-Doubs, défendu par Thibaut de Neufchâtel. — Arrivée
d'Eudes IV. — Retraite des soudoyers allemands faute de paiement. — Combats à
Mantoche, Clerval. — Convocation des gens d'armes et des chevaliers à Dole
trois fois contremandée faute d'argent. — Eudes IV cherche des alliances, négocie
avec l'Autriche déjà engagée avec l'Angleterre ; passe un important traité
avec sa sœur Blanche et le comte de Savoie ; achète l'appui des barons de
Joux, des sires de Cicon, de Thuillières. — Combats divers. — Maladie et mort
de la duchesse de Bourgogne Jeanne de France. — Le maréchal Jean de Frolois
obtient à Oiselay des trêves pour la durée d'un mois. — Reprise des
hostilités. — Autres trêves renouvelées à Etobon. — Médiation et arbitrage de
Philippe de Valois entre le duc et les confédérés. — Accord et arrêt du roi,
daté de Vincennes, auxquels les parties intéressées donnent leur adhésion. —
Lettres de rémission pour la félonie de Jean de Chalon-Arlay, allié de
l'Angleterre.
Après
avoir assisté au tournoi de Compiègne, en février 1845, Eudes IV séjourna
environ deux mois à la cour de France, avant de rentrer en Bourgogne où la
duchesse avait fort à faire pour maintenir l'agitation provoquée par les
confédérés francs-comtois. « Mais à la Nativité Saint-Jehan-Baptiste,
le roy d'Angleterre envoia lettres au pape, disant
que le roy de France avoit rompues les trièves et que, pour ce, il le deffioit[1]. » La rupture du traité de
Malestroit n'avait pas été provoquée par Philippe de Valois, seulement il
fallait à Edouard III un prétexte avouable pour motiver une prise d'armes et
les manifestes violents qu'il lançait contre son adversaire. Clément VI, dont
les efforts de conciliation furent perdus, ne put que transmettre les lettres
de défi à leur adresse. Le roi
de France se mit donc en mesure de garder les frontières du Nord, et donna
ordre à tous les nobles de se trouver en armes à Arras après la quinzaine de
la Madeleine[2]. En conséquence, par un
mandement daté de Maisey, le duc de Bourgogne chargea Guillaume de Jully de
réunir ses féodaux à Châtillon-sur-Seine le 17 juillet[3] et après avoir, de concert avec
la duchesse, posé la première pierre de la chapelle d'Argilly[4], il prit lui-même route pour
l'Artois, arriva le 2 août à Béthune, puis traversant Aire, Saint-Omer,
Tournehem et La Montoire[5], vint s'installer en son
château d'Hesdin pour y attendre les événements. De ce
côté les affaires d'Edouard III ne marchaient pas comme il l'eût désiré, car
s'il avait ménagé une agression mieux combinée contre la France, en essayant
trois attaques simultanées par la Flandre, la Bretagne et la Guyenne, le
meurtre de Jacques Artevelde, l'allié sur lequel il comptait pour gagner les
Flamands, lui ôta pour le moment tout espoir de réussir dans son entreprise,
et le força de repasser en Angleterre sans avoir rien fait[6]. Eudes
IV resta donc inactif dans sa belle résidence d'Hesdin, du 14 août au 18
septembre 1345, et passait le temps à jouer aux échecs[7] avec les gens de son entourage.
Puis, il vint rejoindre son fils Philippe à Arras[8], et en sa compagnie, regagna la
Bourgogne, où leur présence était nécessaire, car la duchesse, installée à
Gray, convoquait les gens d'armes pour marcher contre les barons
francs-comtois[9] et la comtesse de Boulogne
était sur le point d'accoucher[10]. Les
circonstances étaient trop difficiles pour que Philippe de Valois pût se
passer longtemps du service de ses grands vassaux. Les Anglais réussissaient
mieux dans le midi que dans le nord ; les nouvelles des succès du comte de
Derby, lieu tenant d'Edouard III en Aquitaine, arrivaient chaque jour à la
cour de France, et le lieutenant, plus heureux que son souverain, tenait en
échec Jean, duc de Normandie, qui sollicitait des secours. Eudes IV et
Philippe lui conduisirent des renforts dans le courant d'octobre, après avoir
obtenu des lettres d'état pour la prorogation des causes qu'ils pouvaient
avoir au Parlement, soit pour eux, soit pour leurs femmes[11]. Ces renforts, tous dirigés sur
Angoulême[12], étaient de retour en Bourgogne
au mois de novembre, et passaient à Montbard, du 19 au 23, pour se rendre à
Gray, où le comte de Boulogne arriva le 27 de ce mois. Dans le même moment,
le roi mandait aux gens du Parlement de proroger à nouveau les causes du duc
et de son fils, jusqu'aux octaves.de Quasimodo[13], Les menées de Jean de
Chaton-Arlay forçaient Philippe à se séparer momentanément de son père, et
Eudes IV, préoccupé de ses affaires dans le comté, obligé de défendre les
intérêts du roi avant les siens, obéré par les charges de la double lutte
qu'il avait à soutenir, recevait de Jean le Bon, à Chaumes-en-Berri, la somme
de mille florins[14]. La
mauvaise organisation militaire et la détresse des finances du royaume
étaient telles que le roi n'était pas en mesure de se défendre, et qu'il
avait l'humiliation d'apprendre chaque jour la perte de ses villes de Guienne
conquises sans résistance par Derby. On résolut de faire un grand effort et
de faire appel à toutes les ressources dont on pouvait disposer. Eudes
IV avait trop d'intérêt à ménager les bonnes grâces de son beau-frère pour ne
pas mettre à son service les hommes de son duché déjà utilisés dans les
chevauchées antérieures. Un grand mandement convoqua les vassaux à A vallon,
le dimanche 8 janvier 1346. Depuis les fêtes de Noël la famille ducale
séjournait à Montbard ; Philippe quitta cette ville le 3 janvier, suivi par
un chariot chargé de ses bagages pris à Aignay, et il arriva à A vallon où
des fonds lui furent adressés pour la paie des gens d'armes. Hugues de
Monestoy, maréchal de B., et le duc en personne vinrent le rejoindre le jour
de la semonce[15]. Les
troupes prêtes à s'acheminer dans le midi pour aller rejoindre le duc de
Normandie partirent donc d'Avallon en janvier 1346. Froissart affirme que le
duc de B. et le comte de Boulogne se présentèrent d'abord à Philippe de
Valois, à la tête de mille lances, et que « li rois les rechut
et leur sceut grant gré
de ce service »[16]. Il est certain que tous les
chevaliers bannerets ou bacheliers ne se trouvèrent pas réunis au départ, car
beaucoup d'entre eux, convoqués dans des chevauchées précédentes, avaient
fourni une somme de service supérieure à leurs engagements. Plusieurs ne
partirent qu'en mars, comme Gaucher de Frolois, seigneur de
Rochefort-sur-Armançon, « amé conseiller du roy », qui obtint en ce
moment l'ajournement de ses causes en Parlement[17]. Nous ne
connaissons pas les opérations des troupes bourguignonnes lors de leur
jonction avec l'armée de Jean le Bon. Prirent-elles part aux sièges de
Miramont, de Villefranche, d'Angoulême ou d'Agen[18], nous ne sommes pas renseignés
à cet égard. Toutefois, on a tu preuve qu'Eudes IV fut aussi servi en Guienne
pur un certain nombre de vassaux partis de l'Artois[19]. Le 5
avril 1346, le duc de Normandie, le duc de B. et son fils, le duc d'Athènes,
Jean de Marigny, évêque de Beauvais, le maréchal de France, le grand maître
des arbalétriers et une suite nombreuse firent leur entrée dans la ville
d'Agen. Les consuls de cette ville s'étaient mis en devoir de leur faire une
réception honorable, et offrirent à chacun d'eux des provisions de vin et de
cire proportionnelles à la qualité des personnages[20]. Jean le Ben réclama d'abord un
contingent de mille hommes pour renforcer l'armée qui allait, assiéger
Aiguillon, mais les consuls déclarèrent qu'ils ne pouvaient faire droit à
cette demande, à cause des dangers dont ils étaient menacés, et des compagnies
anglaises qui battaient les environs. Le même jour, des ordres furent
adressés dans les villes du Languedoc, pour presser la levée des subsides
consentis par les communautés de la province[21]. Ensuite,
on se dirigea sur Aiguillon, où les tentes étaient déjà dressées avant les
fêtes de Pâques, qui tombaient cette année le 16 avril[22]. Eudes IV assistait à ce siège,
et nous avons deux mentions qui constatent sa présence au mois de juin[23]. La place vigoureusement
défendue par Gautier de Manni et le comte de
Pembroke résista victorieusement aux attaques des troupes françaises et
bourguignonnes qui cernaient la ville et empêchaient le ravitaillement. Les
capitaines anglais comptaient aussi sur l'action, non de Derby qui se
trouvait à Bordeaux, mais du roi Edouard III lui-même, dont on faisait
espérer la prochaine arrivée. C'est
dans une de ces escarmouches fréquentes pendant ce long siège d'Aiguillon que
le duc de B. fut frappé du plus grand malheur qui lui pouvait arriver. Son
fils Philippe, comte de Boulogne et d'Auvergne, jeune homme ardent et
intrépide, voulant prendre part à un engagement, sauta sur un cheval indocile
et lui laboura les flancs de ses éperons. Emporté par une course folle, le
cheval franchit la plaine, sauta un fossé et fit une chute en écrasant son
cavalier qui ne put se remettre de cet épouvantable accident. Tous les
auteurs bourguignons[24] racontent ainsi cet événement,
mais on doit relater la mention fournie par la plus ancienne chronique, celle
de Jean le Bel[25] : « le filz
du duc de B. qui estoit le plus beau bachelier de
toute France et debvoit estre
le plus riche prince après le trespassement de son pere, estoit nouvellement en cel ost trespassé par grande mescheance ; car, ainsy qu'il couroit sur ung coursier pour
plus tost venir à ung assault qu'on faisoit devant le
chastel d'Aiguillon, le coursier chey sur luy, si en fut tout froissié, tant qu'il en mourut. Ce fut dommaige, le duc de Normandie en fut grandement dolent,
car trop l'amoit[26]. » La date
de l'accident n'est pas facile à établir. Le 19 juin, Philippe, comte de
Boulogne, recevait encore au siège d'Aiguillon une somme de 120 l. t. pour
payer la paie de ses gens d'armes[27]. Le 11 août, il était mort et
son corps était rapporté du camp d'Aiguillon dans la ville d'Agen. Il parait
probable que l'infortuné jeune homme avait succombé la veille et que le jour
de son décès peut être fixé au 10 août, et non au 22 septembre, comme le dit l’Art
de vérifier les dates[28]. Les consuls d'Agen, réunis le
11, déclarent qu'il sera fourni des draps et des torches le jour que le duc
de Normandie choisira pour se rendre dans la ville afin d'assister au service
funèbre[29]. La
cérémonie eut lieu le 12, selon toute apparence, la présence du duc de
Normandie est constatée le même jour à Agen[30], et le lendemain, il était
rentré sous ses tentes à Aiguillon, en compagnie de Jean de Marigny, évêque
de Beauvais. Ce sont les mêmes personnages que nous trouvons réunis dans
cette ville deux ans auparavant dans des circonstances bien différentes alors
que les consuls venaient prêter serment à Jean le Bon, qui s'engageait
lui-même à respecter les coutumes de la cité. Ce
funeste événement, le départ du duc de B. et les défections qui se
produisirent dans les troupes françaises devaient motiver la levée du siège
d'Aiguillon qui eut lieu le 20 du même mois[31]. GUERRE DE FRANCHE-COMTÉ. — Il nous faut maintenant revenir un peu en arrière et suivre
les péripéties de la guerre désastreuse poursuivie dans le comté de
Bourgogne. Le traité de paix passé par l'entremise du roi Philippe de Valois
entre le duc et les confédérés francs-comtois, en juin 1337, avait laissé à
chacun d'eux la liberté de faire valoir leurs droits. Eudes IV retenait
toujours la garde de Lieu-Croissant, de Lanthenans et la vicomté de Baume
appartenant à Thibaut de Neufchâtel. Sur les plaintes de ce dernier, il
avait, il est vrai, ordonné, le 6 septembre 1346, à Vautier de Vienne, son
lieutenant, de prendre des informations auxquelles il promettait de faire
droit lorsqu'il serait rentré au pays. Mais, malgré ces engagements, il ne se
bâta pas de rendre justice, et la guerre s'alluma entre eux. En
prévision des hostilités, Jean de Montagu, bailli du comté, ordonna des
travaux au château de Montjustin, et le fit entourer d'une double muraille[32] ; il envoya en môme temps, le
15 mars 1343, ses instructions au prévôt de Baume pour concentrer dans cette
localité des vivres et des approvisionnements[33]. Abandonné
à ses propres forces, Thibaut de Neufchâtel fut dans la nécessité de délivrer
au duc son château de l'Isle-sur-le-Doubs[34], et de faire, le 3 juillet
1343, une soumission complète, avec cession des domaines qui avaient donné
lieu au litige, « et supplia ledit chevalier, en grande humilité, qu'il plut
à mgr le duc de pardonner totes
peines qu'il porroit ou devroit
avoir encourues pour cause de plusieurs excès ou mefaits
». Cet humiliant traité fut passé à Poligny, par devant Jean de
Chalon-Auxerre, Beraud d'Andelot, Jacques d'Audeloncourt et autres[35], mais il était trop
désavantageux au vaincu pour être de longue durée. Henri,
comte de Montbéliard, guerroyant alors en Prusse pour défendre les chevaliers
teutoniques, n'avait pu venir à son secours, non plus que le sire d'Arlay
occupé par d'autres démêlés ; les débats ne pouvaient manquer de renaître
pour de nouveaux motifs, car les officiers du duc soutenaient les intérêts de
leur maître avec une âpreté, une hauteur et des procédés qui provoquaient le
mécontentement des populations et même des ecclésiastiques. La
soumission du sire de Neufchâtel était à peine signée que déjà des conflits
s'élevaient entre les baillis ducaux et les chevaliers de l'abbaye de Lure,
dont Eudes IV avait la garde. Cet important monastère, sans cesse menacé par
les incursions allemandes et bourguignonnes, allait être protégé par des
fortifications entreprises par l'abbé. On lui contesta le droit d'élever des
murailles sans autorisation, et sa résistance lui valut une amende de mille
livres. Le 9 octobre 1343, le duc donna ordre de faire démolir les travaux
commencés[36]. Jean de
Chalon ne tarda pas à entrer en scène, car ses agents commettaient des
déprédations dans la terre d'Ornans, malgré les efforts des sergents et du
prévôt chargés de protéger ce domaine[37], et vint lui-même à main armée
et sans défi préalable s'emparer de la maison de Durfort relevant du duché et
appartenant à Jean de Cicon[38]. Les
sires de Faucogney opéraient dans une autre direction, s'emparaient de la
forteresse de Château-Lambert qui fut le théâtre de plusieurs escarmouches
sanglantes[39], ravageaient les terres
voisines, en compagnie du sire de Belmont[40], et menaçaient même de
s'emparer de la personne de Philippe, fils du duc, par l'intelligence
d'espions qui surveillaient ses mouvements ; ces espions furent saisis et
incarcérés par la compagnie d'un sergent d'armes du roi et du duc[41]. Ces
aventureuses entreprises méritaient une répression, mais comme l'argent
manquait, Renaud de Gerland, gruyer du duché, Guillaume de Recey, bailli du
Dijonnais, et Guyot de Gy, receveur général, eurent mission de contracter un
emprunt de deux mille florins d'or[42]. Les châtelains d'Ornans,
Chaussin, Châtillon, sous la direction de Renaud de Baissey, firent le siège
de Château-Lambert, et sur l'ordre de Vautier de Vienne, gardien du comté,
les garnisons de Clerval portèrent le ravage sur les terres de Guillaume de
Belmont[43] ; dans d'autres engagements
près de Montjustin, plusieurs chevaliers perdirent leur monture.
Château-Lambert fut repris sur la garnison allemande qui l'occupait, et
Richard des Bans, trésorier de Vesoul, fit approvisionner, et fortifier la
place, par ordre de la duchesse[44]. Les constructions furent
faites sous la direction de Jean Mongin, maître des œuvres[45], puis l'artilleur Jean Espiard, de Jussey, compléta les travaux de défense.
Ferri de la Roche, chevalier, et les gens d'armes de sa compagnie furent mis
en garnison à Montjustin[46]. Tous
ces événements eurent lieu dans l'hiver de 1343-1344, et l'été de cette
dernière année se passa sans incident, mais l'absence prolongée du duc, que
nous avons suivi avec Jean le Bon dans le voyage du Languedoc et en Avignon,
amena de nouvelles hostilités. Jean de Chalon, installé à Lure, portait le
ravage dans les possessions ducales[47], mettait le feu à l'abbaye de
Saint-Maurice d'Agaune[48], et se proposait de reprendre
Château-Lambert. De Gray, séjour de la duchesse, on prescrivit à Jean de
Montagu d'envoyer au plus vite des arbalétriers réclamés par le châtelain
pour la défense de cette placé[49]. Le sire d'Arlay, dont les
démarches étaient surveillées, ne réussit point dans ses projets, et perdit
même la forteresse de Mathay, prise par les garnisons ducales de Clerval et
de Gray, le 5 octobre 1344, après un siège de cinq jours[50]. Le duc
terminait alors le fatigant voyage que nous avons longuement raconté, et
espérait prendre quelque repos à Chanteloup, quand il fut averti des troubles
qui agitaient le comté. Il partit aussitôt pour la Bourgogne, et arriva
rejoindre la duchesse à Gray, le dimanche 31 octobre. Sa présence inattendue,
la vigueur de ses lieutenants, les solides garnisons mises à Etobon,
Montjustin, Beaujeu et ailleurs[51] arrêtèrent pour un temps le
cours de ces brigandages. Au mois
de juin 1345, la duchesse passa quelques semaines au château de Montmirey
près de sa sœur Isabelle, dauphine de Viennois, alors malade et qui dictait
son testament, puis se rendit à Gray, pendant le séjour du duc en Artois.
Jean de Chalon profita de cet éloignement pour faire des incursions vers
Etobon, Montmirey, Baume, et le bruit courait que les habitants de Besançon
fabriquaient des échelles pour s'emparer de diverses places[52]. Le sire d'Arlay mit le siège
devant le château de Cicon à la fin de l'an 1345, mais Jean de Montagu et
Foulques de Villefrey, baillis du comté, vinrent débloquer la place[53], aidés par le châtelain
d'Apremont et Jean Michel, maître des arbalétriers de Vesoul[54]. L'absence d'Eudes IV, retenu
en Guienne, donnait libre carrière à ses ennemis. La population de Besançon
fort excitée saisit un certain nombre de sergents du comté, et les mit à mort
; la duchesse ordonna de prendre les meurtriers à force d'armes, de pendre
les nobles et de trancher pieds et poings aux autres[55]. Le duc
avait triomphé jusqu'alors de la ténacité de ses terribles adversaires, sans
parvenir à désarmer la féodalité franc-comtoise ; les revers qui
l'atteignirent dans sa vieillesse, les luttes malheureuses sur les frontières
de Flandre, le désastre de Crécy et la mort de Philippe, son fils, en faisant
revivre un espoir de revanche, rapprochèrent les tronçons épars de la
confédération vaincue. Ces
barons, animés de haineuses passions, spéculant sur le deuil et les malheurs
de leur suzerain, allaient encore se grouper pour tenter la fortune. Le corps
de Philippe, comte de Boulogne, n'était pas encore déposé dans la tombe quand
Jean de Chalon, cherchant à réunir des fonds pour la guerre, donnait
procuration pour aliéner les domaines qui pouvaient lui procurer des
ressources[56]. Thibaut de Neufchâtel, les
sires de Faucogney et les Bisontins, désireux de s'affranchir d'un joug
oppresseur, se joignirent à lui, et recueillirent de nouveaux alliés, Jean
d'Oiselay[57], Louis de Neufchâtel-Outre-Joux,
Jean de Fribourg[58]. Mais la
plupart des confédérés, fort à court d'argent, cherchaient une alliance plus
fructueuse, et jetaient les regards sur l'Angleterre, avec laquelle ils
avaient passé, dix ans auparavant, un traité dont les suites ne leur avaient
cependant pas été profitables. Le 9 octobre 1346, leurs procureurs
s'abouchèrent à Galais avec le roi Edouard III, qui leur promit une somme de
45.000 florins payables en la ville de Bruges. Les confédérés s'engageaient,
d'autre part, à faire la guerre à Philippe de Valois et au duc de Bourgogne
avec toutes leurs forces, sous l'obligation de ne pouvoir en aucun cas
traiter avec le roi de France sans l'autorisation de celui d'Angleterre[59]. Les négociations avaient été
tenues secrètes, et n'étaient encore connues que des intéressés, mais cette
alliance avec Edouard III contre le suzerain qu'ils auraient dû servir, cet
appel à l'intervention étrangère qui devait avoir plus tard dans nos pays une
si fatale répercussion, était plus qu'une faute, c'était un véritable crime
de lèse-majesté, à l'égard du roi de France, surtout après les serments
échangés au nom des confédérés à Vincennes, le 13 juin 1337. L'absence
du duc, retenu dans l'Ile-de-France pendant les mois de novembre et décembre
1346, laissa libre carrière à ses ennemis qui dévastèrent la plaine de Gray,
incendièrent les villages, détruisirent Lieucourt, Velesmes,
s'emparèrent de l'« aule »
de Pontarlier, de Châtel-Lambert, Mathay, et commirent de tels ravages que
les habitants furent obligés de fuir. On se hâta de mettre les forteresses en
état de défense. De Gy-l'Archevêque, Othe de Granson, lieutenant du duc,
lança un mandement pour réunir des forces à Vesoul, le 20 novembre, et fit
venir des soudoyers de l'Allemagne et de la Lorraine. Le reste du mois et
tout le mois de décembre se passèrent en pourparlers, en allées et venues du
sire de Granson et des divers baillis qui vinrent trouver la duchesse à
Rouvre pour l'entretenir de la situation et préparer les moyens de répression[60]. Si la duchesse était bien
informée et mise au courant des ravages de l'ennemi, elle n'avait pas les
ressources suffisantes pour parer aux frais de la guerre et à la solde de ses
féodaux. Les places fortes étaient cependant munies de garnisons ; Montjustin,
Baume, Châtillon, principalement Gray, dont les environs étaient sillonnés
par les confédérés. Les compagnies de Jean de Blonay, de Jean
d'Arc-sur-Tille, de Richard de Marey, de Jean de Coublanc tenaient tête à
leurs adversaires[61]. Le 4
janvier 1347, Jean de Montagu et Guiard de Bourgogne arrivèrent à Rouvre
avertir la duchesse du grand mandement que les barons francs-comtois venaient
de faire à Remiremont, et de la concentration de troupes qu'on se préparait à
lancer sur la province. A l'annonce de cette fâcheuse nouvelle, des courriers
furent adressés au duc, avec prière de venir en toute hâte pour parer aux
difficultés de la situation. Pendant ce temps, et dès les premiers jours de
janvier, le sire de Granson, à la tête de ses hommes d'armes et de diverses
compagnies, ravageait et brûlait les terres de L'Isle-sur-le-Doubs défendues
par Thibaut de Neufchâtel, mais cette chevauchée lui coûta cher, car il
perdit beaucoup d'hommes et de chevaux, et les nombreux blessés qu'il fallut
emmener à Baume-les-Dames, y furent soignés pendant près de trois mois. Le 13
janvier, le duc était arrivé à Dijon, et le surlendemain, le sire de Granson
lui rendit compte de cette expédition. Le besoin d'argent se faisait sentir,
puisque les soudoyers allemands mandés à cette époque par le gardien du
comté, avaient été forcés de se retirer, leurs services n'ayant pu être
utilisés faute de paiement. La présence d'Eudes IV à Dijon pendant le reste
de l'année n'arrêta pas les déprédations des confédérés. Le 18 janvier, ils
parcouraient encore les campagnes de L'Isle-sur-le-Doubs ; le 24, cent hommes
d'armes mettaient le feu à Vy. Par représailles, on reprit le château de
Mantoche appartenant à Jean d'Abbans, et on démolit la forteresse, à l'aide
de cent vingt sergents, trente hommes d'armes, vingt arbalétriers et des
maçons[62]. La rigueur de l'hiver n'arrêta
pas les hostilités, et fréquemment des escarmouches sont signalées sur un
point ou sur un autre. Un plus sérieux combat fut livré à Clerval, la semaine
de Pâques, et des messagers sont envoyés, le 11 avril 1347, pour en connaître
le résultat[63]. La
campagne se prolongeant, le duc n'était pas en mesure d'entretenir à grands
frais d'aussi nombreuses troupes[64]. Il avait bien reçu l'année
précédente, à deux fois 7.615 L. t., dont le dernier terme lui avait été
versé, le 1er octobre 1346, par le trésorier des guerres du roi, mais ces
sommes étaient destinées à payer les féodaux qui chevauchaient avec le duc de
Normandie. C'est probablement pour ce motif de manque de fonds que ses barons
convoqués, dès janvier 1347, pour se trouver en armes à Dôle, furent par
trois fois contremandés, malgré l'urgent besoin que l'on avait de leurs
services. Le duc était tellement obéré qu'il n'avait encore pu payer des
obligations échues, et qu'il chargeait ses gouverneurs d'Artois d'obtenir de
ses créanciers une prolongation de délai, à la date du 23 mai[65]. Les emprunts nouveaux qu'il
contractait en Bourgogne auprès des baillis et des châtelains n'étaient pas
suffisants dans les circonstances actuelles. Eudes
IV songea donc à se ménager des alliances plus sérieuses, et à tirer parti de
sa petite fille Jeanne. Il entra en négociations avec l'Autriche, mais
l'appui de cette nation, qui aurait pu menacer les confédérés sur les
derrières, lui était déjà enlevé par l'Angleterre. Il se rejeta sur la
Savoie, fit proposer Jeanne au jeune Amé, comte de Savoie, et passa avec lui,
dans l'église de Chalon-sur-Saône, un traité d'alliance offensive et
défensive, le 16 juin 1347[66]. Il en obtint des subsides
pécuniaires, et se mil immédiatement en rapport avec les grands vassaux qui
pouvaient lui venir en aide. Hugues de Blonay, sire de Joux, mit ses châteaux
à sa disposition, et lui assura son concours moyennant une somme de 2.500
florins[67]. Vautier de Thuillières,
personnage de moindre importance, donna son adhésion contre une simple rente[68]. Jean de Cicon livra au duc son
château de Scey en Varay[69]. Ce sont les procédés que nous
voyons pratiqués dans toutes les guerres pour l'enrôlement des adhérents. De son
château de Talant, Eudes IV donnait des ordres pour mener activement la
campagne, renforçait les garnisons et recommandait à son bailli Foulques de
Villefray d'approvisionner Poligny[70]. Il fut avisé que le lendemain
de la Saint-Jean un hardi coup de main avait réussi du côté de Besançon ; les
compagnies d'Ornans, de Châtillon, de Scey, dirigées par les châtelains et
les sergents étaient allées assiéger Pugey, avaient livré un combat à Arguel,
où Jean de Chalon avait ramené de Salins des prisonniers bourguignons et une
grande quantité de butin ; elles avaient réussi à reprendre les prisonniers
et le butin, après avoir tué un certain nombre de gentilshommes ennemis[71]. Un
événement inattendu vint mettre le comble aux infortunes d'Eudes IV ; la
duchesse mourut dans la première quinzaine d'août ; ce malheur, à la suite de
tant d'autres, le mettait dans un grand embarras. Jean de Frolois, maréchal
de Bourgogne, fut chargé de négocier sans retard, avec Jean de Chalon, des
trêves signées à Oiselay, qui devaient durer jusqu'à la fin de septembre. Le
30 août un courrier fut expédié à Baume pour signifier la cessation des
hostilités[72]. Mais les compagnies ennemies,
qui chevauchaient du côté de Lure, n'étant pas prévenues, s'emparaient ces
jours-là de Belverne, et y mettaient le feu, pendant que Thibaut de Neufchâtel
et Henri de Faucogney lançaient un mandement pour faire subir le même sort à
Etobon. D'autres courriers furent expédiés dans cette localité, ainsi qu'à
Vesoul, pour faire déposer les armes[73]. Le
répit d'un mois n'avait pour but que de permettre de créer des ressources
afin de continuer la lutte. En octobre les hostilités étaient reprises, et
une lettre d'Hugues de Sauvigney, châtelain de Montmorot, annonçait que les
hommes de sa compagnie avaient ou un engagement entre Chilley
et Montmorot, où les ennemis avaient été battus et déconfits, le 6 du même
mois[74]. La garnison ducale de Jussey
s'empara de la maison forte de Regneville, et y mit le feu. Ailleurs,
l'ennemi, plus heureux dans ses tentatives, avait ravagé la prévôté de
Fraisans, escaladé le château qui fut « derrochiez »
et que l’on reconstruisit peu après[75]. Le duc
faisait d'énormes sacrifices pour recueillir des fonds, et rallier des
adhérents. Des concessions à Jean d'Igny, à Estevenin,
sergents d'armes du pape, à Pierre de la Palu, sire de Varambon ; l'abandon
des tailles de Groson au sire de Joux, auquel il ne pouvait payer 1.500
florins antérieurement dus, l'aliénation delà terre de Revigny pour 500 florins,
de la forteresse de Saint-Loup, de droits d'usage, des ventes de coupes de
bois, des affranchissements accordés à de simples particuliers, trahissent la
pénurie de ses finances[76]. Comme
la situation ne pouvait se prolonger indéfiniment, le duc fit signer à Etobon
de nouvelles trêves avec les confédérés, vers le 7 décembre 1347, et profita
de la suspension d'armes pour se rendre secrètement près du roi à Paris, d'où
il revint en Bourgogne dans le courant de janvier suivant. Tout le
monde était lassé de cette guerre ruineuse, et peut-être avait-on hâte d'en
finir de part et d'autre. Jean de Chalon, soutenu par le trésor du roi
d'Angleterre, qui lui versait une rente de mille livres, assise sur le port
de Londres, avait personnellement bien des torts à se reprocher, et n'était
pas sans appréhension sur le sort qu'il méritait, car au lieu de servir dans
les guerres Philippe de Valois, son seul suzerain, il était devenu l'allié et
l'obligé d'Edouard III. C'est après ce refus de servir la France que ses
terres situées dans le domaine royal, ainsi que celles de sa femme, avaient
été confisquées par le roi. Quelle punition lui infligerait-on pour une
récidive, après le pardon qui lui avait été accordé dix ans auparavant pour
une semblable félonie ? Philippe
de Valois, chargé de l'arbitrage et de l'accord entre les belligérants,
rendit son arrêt à Vincennes, en mars 1348. Le duc de Bourgogne devait
rentrer en possession de Pontarlier dans la quinzaine de Pâques ; on rendrait
dans le même délai à Jean de Chalon la saunerie de Salins, provenant de
Béatrix de Vienne, la terre de L’Isle-sous-Montréal et Châtel-Guyon qu'on
pourrait reconstruire. Thibaut de Neufchâtel reprendrait la vicomté de Baume,
la garde de Lanthenans et de Lieu-Croissant. Les réclamations de Henri de
Faucogney et de Jean d'Oiselay seraient ultérieurement réglées. Quant au roi,
il gardait provisoirement dans sa main Chatel-Lambert et Vitteaux, à cause de
la forfaiture de Jean de Chalon, auquel on restituait les autres terres
saisies pour refus de service[77]. Après
les revers de fortune et le désastre de Crécy, telle était la démoralisation
du roi, et le besoin de ménager ses vassaux, qu'il n'avait pas la force de
punir un coupable. Au mois d'avril, les confédérés et le duc de Bourgogne donnèrent séparément leur adhésion au jugement rendu par Philippe de Valois[78]. Mais Jean de Chalon, dont la conscience n'était pas tranquille, eut soin de se faire délivrer un acte de rémission pour lui et ses adhérents, avec entière absolution pour leur alliance avec l'Angleterre[79]. Cette absolution et ces traités allaient donner quelque temps de paix à des populations si longtemps éprouvées par la guerre, sans désarmer l’haineuse animosité des barons francs-comtois contre la domination bourguignonne. |
[1]
Les Grandes Chroniques de France, éd. P. Paris, t. V, p. 438 ; voir
lettres du 14 avril au 26 mai 1345, Rymer, Fœdera, t. III, p. 38-45.
[2]
Les Grandes Chroniques de France, t. V, p. 438.
[3]
Arch. de la Côte-d'Or, Recueil de Peincedé, t. XXIII, p. 85.
[4]
La construction de cette chapelle fut commencée le 14 juillet 1348, d'après
l'inscription dont on possède le texte. Bibl. nat., collection Bourgogne, t.
LCXIV, p. 791.
[5]
Arch. du Pas-de-Calais, Artois, A 3 et A 82.
[6]
Les Grandes Chroniques mettent seules à leur place les événements de
juillet 1345, qui déterminent à ce moment le départ d'Edouard III ; ni
Froissard, ni les auteurs contemporains ne tiennent compte de faits qu'ils
rapportent à une date ultérieure.
[7]
Arch. du Pas-de-Calais, Artois, A 644.
[8]
22 septembre 1345, Arch. du Pas-de-Calais, Artois, A 847.
[9]
Les nobles étaient convoqués à Salins pour le 20 octobre ; lettre de Jean de
Montagu au prévôt de Montmirey, Arch. de la Côte-d’Or, Peincedé, t. XXIII, p.
524.
[10]
Arch. de la Côte-d'Or, comptes de Saulz, B. 6626.
[11]
Arch. nat., Xia
8843, fol. 204 ; J. Viard, Lettre d'état, n° 259.
[12]
Arch. Côte-d'Or, Comptes de Montbar, B. 5308. — Idem, Comptes de
Salmaise, B. 6038. — Idem, B. 6038, fol. 51. — Le duc Eudes IV était
lui-même à Angoulême le jour de la Toussaint 1345, d'après la mention suivante
: « pour un cheval acheté et donné par mgr. le duc à M. Lovs de Courbon en la
ville d'Angolesme le jour de la Toussaint mil CCC XLV
» (Arch. de la Côte-d'Or, B 1495, fol. 62).
[13]
Le 22 novembre 1345 ; J. Viard, Lettres d'état, n° 255.
[14]
Quittance du duc du 13 décembre 1345 ; Orig.,
Bibl. net., IV. 20.374, fol. 1.
[15]
Arch. de la Côte-d'Or, Comptes d'Aignay, B. 3056. — Idem, comptes de
Montbar, B. 5303. — Idem, comptes de Saulx-le-Duc, B. 6080.
[16]
Luce, Froissart, t. III, p. 108.
[17]
Arch. nat., Xia
8848, fol. 227 ; J. Viard, Lettres d'état, n° 321.
[18]
Bertrandy, Etude sur les Chroniques de Froissart, et d'après lui, Luce, Froissart,
sommaire, p. XXIX-XXX, veulent
qu'Angoulême, dont le siège est indiqué par Jean le Bel, sous le nom d'Agolan, ou Agolant
ou Angolesme, et que Froissart identifie avec
Angoulême, ne soit une autre localité que la ville d'Agen. Les allégations de
ces savants commentateurs peuvent être discutables, et nous laissons à d'autres
le soin de les éclaircir quand de nouveaux documents seront mis au jour. Nous
avons constaté en 1345, dans une note précédente, le retour des Bourguignons,
cités dans quatre mentions comme venant d'Angouloime,
Angouloisme ou Angolaimme.
Voici une autre pièce originale prouvant, en 1346, une action devant Engoullemme, qu'il est plus difficile d'identifier
avec Agen. Peut-être faut-il examiner avec moins de sévérité le texte et
l'allégation de Froissart, malgré les critiques un peu vives d'un commentateur.
« Eudes, dux de Bourgoingne,
contes d'Artois et de Bourgoingne, pallatin et sires de Salins, à notre recheveur
d'Artois, salut, comme y nous soit apparu par cedule estre tenus à notre amé et féal chevalier le cbastellain de Bergues, en la somme de soixante-trois
livres parisis pour le restant des gaiges de li et
des gens d'armes de sa route, desservis ès présentes guerres monseingneurs le Roy, ès parties de Gascoigne devant Engoullesme. Si vous mandons que la soime
des LXIII lib. dessusdis vous panés à notredit
chevalier au plus tost que vous poés,
ou faites certaine aseune de la somme dessusdite, par quoi on n'en retourne plus par devers vous,
en recevant ces lettre et quittance dudit chevalier. Et nous mandons aus gens des comptes qu'il vous rabatent
de vos rechoites. Donné à Vaugerart
de lès Paris, le XXIIIe jour de novembre, sous notre signet, l'an de grâce mil
CCC quarante et six » (Orig. parch., Arch. du Pas-de-Calais, Artois, A 653¹⁰²,
pièce scellée).
[19]
Voir la note précédente.
[20]
Jean le Bon, duc de Normandie, reçut vingt pipes de bon vin et quatre quintaux
de cire ; Eudes IV, son fils Philippe, et Jean de Marigny, évêque de Beauvais,
reçurent chacun six pipes de vin et un quintal de cire ; le duc d'Athènes,
quatre pipes et un quintal ; le maréchal de France et le grand maître des
arbalétriers, quatre pipes et un demi-quintal (Arch. de la ville d'Agen,
Adolphe Magen, Les Jurades de la ville d'Agen,
Auch, 1894, t. I, p. 60.
[21]
Bertrandy, Etude sur les Chroniques de Froissart, p. 309 ; dom
Vaissette, Histoire du Languedoc, preuves.
[22]
Bertrandy, Etude sur les Chroniques de Froissart, p. 310.
[23]
Arch. de la Côte-d'Or, B 11.938 ; Arch. du Pas-de-Calais, comptes d'Artois, A.
653.
[24]
Paradis, Annales de Bourgogne, 1566, p. 338 ; Saint-Julien du Baleure, Origine
des Bourguignons ; dom Plancher, t. II, p. 205.
[25]
Chronique de Jehan le Bel, chap. LXXIV, éd. Polain,
t. II, p. 99-100.
[26]
Les variantes des manuscrits de Froissart racontent cet événement en termes
différents. Voici celle qui offre le plus de détails d'après le ms. B. 6 : «
messires Phelippe, pour eulx.
veoir, demanda son coursier,
comme à ung grant seigneur
qui pluiseurs en avoit ; on
luy amena ung jone poulain, que nouvellement on lui avoit
envoiet et sur lequel il n'avoit
oneques monté. Quant on lui
ot amenet, il le refusa,
pour cheque oncques ne l'a voit chevauchiet.
Et ansyque l'on aloit
quérir ung aultre. vey que ches
escarmuches estoient trop
belles. Adonc messires Phelippes, qui eult grand
désir de veoir, dist : « Amene me che coursier. Je
monterai dessus ; chis aultres vient trop longuement.
» Il monta sus et le fery des esporons
et se hâta moult. Che poulain, qui les esporons ne connissoit, se commencha à enorguellier et à se mentenir
merveilleusement et assollir et atreper
diversement. Et messires Phelippes, pour lut aprivisier,
le feroit des esporons
aigrement. Che coursiés emporta son seigneur de telle
fachon que il n'en peult estre maistre,
et l'enporta parmv ung fosset où il trebuacha li
cens dessus l'autre. Oncques il ne pot estre à tamps aidier qu'il ne fust bléchiés et sy froissés que oncques puis il
n'eut sancte, mais morut
dedans quinze jours ; dont tous les seigneurs furent durement courouchiés, car c'estoit le plus
riche et le plus grant de linaige
du royaume de France. » (Froissart, éd. Luce, t. IV, p. 210- 211). — Le
ms. d'Amiens dit que Philippe « estoit li ungs des biaux chevaliers de toutte l'ost de son eage » (Idem,
t. IV, p. 206).
[27]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 11.938, pièce scellée, liasse 32, cote 76 ; reçu de
Perrenot de Coion.
[28]
Bertrandy, Etude sur Froissart, p. 343, est le premier qui ait parlé de
l'annonce de cette mort à Agen, le 11 août. Luce (Froissart, t. IV, somm. p. IV), qui s'est servi de ce travail reproduit la
date erronée du 22 septembre donnée par l'Art de vérifier les dates ; dom
Plancher, t. II, p. 205, est celui qui s'était le plus rapproché de la vérité
en disant que cette mort était arrivée vers le milieu du mois d'août.
[29]
Arch. communales d'Agen, BB. 1, deux variantes. Voir A. Magon, Les Jurades
d'Agen, t. I, p. 76-77.
[30]
Le 9 août, Jean le Bon est devant Aiguillon, le 12 à Agen et le 13 à Aiguillon
(Bertrandy, Etude sur les Chroniques de Froissart, p. 343).
[31]
Bertrandy, Etude sur les Chroniques de Froissart, p. 346 et suiv.
[32]
Arch. du Doubs, B. 133.
[33]
Arch. de la Côte-d'Or, Peincedé, t. XXIII, p. 56.
[34]
Le 21 mai 1343, Bibl. nat., collection Moreau, t. 498, fol. 123.
[35]
Orig., Arch. du Doubs, B. 507.
[36]
Orig., Arch. du Doubs, B. 507.
[37]
9 décembre 1343, Bibl. nat., collection Moreau, t. 878, fol. 893.
[38]
12 décembre 1343, Orig., Arch. du Doubs, B.
446.
[39]
Arch. de la Côte-d'Or, Recueil de Peincedé, t. XXIII, p. 71 et 76 ; t.
XXIV, p. 194.
[40]
Arch. de la Côte-d'Or, Peincedé, t. XXIV, p. 537.
[41]
Arch. de la Côte-d'Or, Peincedé, t. XXIV, p. 680.
[42]
Arch. de la Côte-d'Or, Peincedé, t. II, p. 349.
[43]
Arch. de la Côte-d'Or, Peincedé, t. XXIV, p. 292 et 537.
[44]
Le duc, alors absent, avait été averti de l'occupation de Château-Lambert : «
pour les despans d'un vallet
de chevaul faiz en portant
lettres à mgr le duc dois Gray à Paris, sur ce que
l'on disoit que li Alemans
avoient assigié Châtel-Lambert et trova
lidiz valiez mgr ès bois de
Vincennes... L s. VII » (Arch. du Doubs, B. 124).
[45]
Bibl. nat., collection Moreau. t. 900, fol. 406, v°.
[46]
Bibl. nat., collection Moreau, t. 900, p. 407.
[47]
Arch. du Doubs, B. 133.
[48]
La duchesse donna l'année suivante 100 L. est. pour la
réparation du monastère de Saint-Maurice d'Agaune (Arch. du Doubs, B. 72).
[49]
Orig., Arch. du Doubs, B. 333.
[50]
Arch. du Doubs, B. 124.
[51]
Arch. du Doubs, B. 125 et 133.
[52]
Arch. du Doubs, B. 4 34. — Le 15 octobre 1345, ordre au prévôt de Montmirey de
se rendre en armes à Salins le 20, avec tous les gens nobles à pied et à cheval
(Peincedé, t. XXIII, p. 374). — Le 9 décembre 1343, le sire de Montbis est
mandé avec ses compagnons pour garder Baume menacé par le sire d'Arlay
(Peincedé, t. XXIII, p. 63).
[53]
Orig., Arch. du Doubs, B. 440.
[54]
Arch. de la Côte-d’Or, Peincedé, t. XXIII, p. 149 et 289.
[55]
Orig., Arch. du Doubs, B. 422.
[56]
Août 1346. Arch. Chambre des Comptes.
[57]
Jean d'Oiselay reput 1.000 florins qui n'étaient pas encore payés en 1364.
[58]
Jean le Jeune de Fribourg reçu également 1.000 florins (Inventaire des Chalon,
t. II, p. 228).
[59]
L'original de ce compromettant traité que les confédérés n'avaient point
intérêt à garder, a disparu de nos Archives ; il n'en reste qu'une copie dans
les titres des Chalon.
[60]
La duchesse reçut ces émissaires à Rouvre, les 19 novembre, 2, 7, 13, 19 et 24
décembre 1346, et le 4 janvier 1347. Liébaud et Huart de Bauffremont, Erard du
Châtelet, Vautier de Thuillières, Jacques de Bondoncourt,
etc., faisaient partie de ces escortes.
[61]
Arch. du Doubs, B. 126.
[62]
Arch. du Doubs, B. 126².
[63]
Arch. du Doubs, B. 133.
[64]
Il fallait payer les hommes de Robert de Grancey, sire de Meursault, qui avait
sous lui 3 chevaliers et 29 écuyers ; Liébaut de Bauffremont, Hugues d'Arguel,
Jean de Ville, Louis et Jean de Chauffeur, Nicolas de Florence, châtelain
d'Apremont ; Juan de Cicon, d'Ornans ; Girard de Bourgogne, de Sainte-Marie eu
Chaux, Jean de Montagu, De Montjustin, Renard de Jussey, de Châtillon,
Guillaume de Lambrey, de Clerval, les capitaines de Montboson, Vesoul, Jussey,
Etobon, Port-sur-Saône, etc.
[65]
Arch. du Pas-de-Calais, Artois, A. 638.
[66]
Dom Plancher, t. II, pr. 282.
[67]
Traité passé à Talant, le 2 juillet 1347, Arch. du Doubs, B. 41.
[68]
Talant, 30 juin 1347, Orig., Arch. du Doubs,
B. 388.
[69]
12 juillet 1347, Orig., Arch. du Doubs, B.
408.
[70]
Talant, 22 juin 1347, Arch. du Doubs, B. 388.
[71]
Arch. de la Côte-d'Or, Recueil de Peincedé, t. XXIII, p. 569.
[72]
Arch. du Doubs, B. 133.
[73]
Arch. du Doubs, B. 133.
[74]
Arch. de la Côte-d'Or, Peincedé, t. XXIII, p. 33.
[75]
Arch. du Doubs, rouleau, B. 123.
[76]
Orig., Arch. du Doubs, B. 490, B. 345, B. 527
; Bibl. nat., Collection Bourgogne, t. XCVIII, p. 368 ; Arch. de la Côte-d'Or,
Peincedé, t. I, p. 841 ; I. II, p. 96 et 793 ; t. XXV, p. 433 436 ; Bibl. nat.,
Collection Moreau. t. 878, foi. 137 ; Bibl. nat., lat. 17,089, fol. 986.
[77]
Orig., Arch. du Doubs, B. 389.
[78]
Arch de la Côte-d'Or, B. 11,912 ; Dom Plancher, t. II, pr.
280.
[79]
L'acte est daté de l'abbaye de Barbeau, avril 1348 ; Arch. nat., JJ. 77, n°
393.