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L'Art
de vérifier les dates et la Gallia Christiana contiennent, pour la
période qui nous occupe et pour notre région, de nombreuses erreurs qu'il
serait utile de rectifier. Ces précieux ouvrages, si indispensables aux
travailleurs, ne sont plus à la hauteur des connaissances historiques, et
auraient besoin non seulement d'une révision, mais d'un remaniement total. Ou
nous pardonnera d'avouer que, pour ce qui regarde la Bourgogne, les dates
exactes font exception dans l'Art de vérifier les dates, dont les assertions
sont cependant acceptées sans contrôle par les érudits. Le duc
Robert Ier, n'est pas mort en 1075, mais le 25 mars 1076. — Robert de
Bourgogne, évêque de Langres, n'est pas décédé en 1110, mais le 18 septembre
1111. — Hugues II ne termina pas sa carrière en 1142, puisque l’on possède
encore des chartes de lui, en février 1143. — Hugues III ne mourut pas à Tyr,
en 1193, mais à Acre, le 25 août 1192. — La duchesse Alix de Vergy n'est pas
décédée pendant le séjour de son fils en Terre-Sainte, mais le 8 mars 1251. —
Islande de Dreux, femme de Hugues IV, ne mourut pas en 1255, mais le 30
octobre 1248, sept ans plus tôt. — La date exacte de la mort de Hugues IV est
du jeudi 27 octobre 1272. — Son fils Eudes, comte de Nevers, n'est mort, ni
en 1267, ni en 1269, mais le 4 août 1266. — Le décès de Robert II, à Vernon,
ne doit pas être fixé à l'an 1305, mais au lundi 25 mars 1306. — La duchesse
Agnès, la fille de saint Louis, n'est point morte en 1317, mais le jeudi 19
décembre 1325, huit ans plus tard. — La reine Jeanne de Bourgogne, femme de
Philippe VI, n'est point décédée le 12 septembre 1348, mais le 12 décembre
1349. — Le duc Eudes IV ne mourut pas en 1350, mais le 3 avril 1349. — Son
fils Philippe était décédé avant le 22 septembre 1346, puisque son corps
était ramené du siège d'Aiguillon à Agen, le 11 août de la même année. — La
maladie à laquelle succomba Philippe de Rouvre, le 21 novembre 1361, ne fut
point occasionnée par une chute de cheval ; il y a confusion avec le père. —
Jeanne de Chalon, veuve de Robert de Bourgogne, comte de Tonnerre, belle-sœur
du roi Philippe VI de Valois, que l'on fait mourir en 1337, est décédée le 26
octobre 1360, vingt-trois ans plus tard ! Nous ne
citons que quelques exemples s'appliquant à nos ducs, mais pour les familles
féodales et les personnages de moins haute volée, bien d'autres
rectifications s'imposent, et méritent de trouver place dans un travail
d'ensemble. Les dates fournies pour les ducs de Bourgogne de la seconde race
exigeraient aussi une révision. L'abrégé des faits relatifs aux rois de
France offre également de regrettables lacunes. Nombre de dates de naissances
ou de mariages sont fautives, et nous en avons relevé quelques-unes. Passe
encore quand l’erreur ne laisse que quelques jours d'écart, mais quand elle
porte sur une année, comme pour Charles V, qui n'est cependant pas un
personnage de petite importance, et que l'on fait naître un an trop tôt, il y
a lieu d'être grandement étonné. Comment
ne connaît-on pas mieux les enfants de Jean le Bon et de sa seconde alliance
? « Bonne
de Bohème, femme de Jean, duc de Normandie, fils du roi, étant décédée,
celui-ci pria son père de le marier avec Mme Blanche d'Evreux, fille de
Philippe d'Evreux, comte de Champagne, qui estoit
une des belles princesses de ce temps-là ; mais le roi, quoique vieil et
cassé, au lieu de la demander pour son fils, la prit pour soy.
Aussi l’envoya-t-elle en paradis au bout de l'an. » — Cette réflexion
humoristique d'un chroniqueur bourguignon ne nous apprend rien de ce que nous
voudrions savoir. En
épousant Jeanne de Boulogne et d'Auvergne, veuve de Philippe de Bourgogne, et
âgée seulement de vingt-trois ans[1], Jean le Bon avait le plus
grand intérêt politique à en avoir des enfants. Il en eut en effet plusieurs,
au moins trois, selon nous, qui ne paraissent guère connus, et notamment
Blanche et Catherine, qui moururent avant leur mère, cela est certain. Mais
quelle est la date de leur mort et que sait-on de ces enfants ? Nous aurions
la plus grande obligation aux érudits qui voudraient bien nous éclairer sur
ce point, et dont les notes pourraient compléter les indications, parfois un
peu vagues, que nous avons pu recueillir dans les registres de la Chambre des
Comptes de Dijon. C'est
que Jean le Bon joue le principal rôle pendant le règne du dernier des ducs
de la première race. La jeunesse de Philippe de Rouvre laisse au second rang
la personnalité de ce prince. Le roi et la reine dirigent les affaires de la
province, et pour la période qui nous reste à traiter dans le dernier volume,
l'administration du duché est en partie subordonnée au malheureux
gouvernement de Jean le Bon. Vausse, mars 1903. |
[1]
Ce mariage eut lieu, non le 19 février 1350, comme le dit l'Art de vérifier
les dates, mais le mardi 9 février de la même année.