HISTOIRE DES DUCS DE BOURGOGNE DE LA RACE CAPÉTIENNE

TOME SEPTIÈME

 

CHAPITRE LI. — RÈGNE D'EUDES IV (suite) - 1340-1343.

 

 

CHEVAUCHÉES DE FLANDRE (1340). — Le duc de Bourgogne quille la Bourgogne pour aller en France séjour à Saint-Ouen : départ de Paris avec Philippe, comte de Boulogne, son fils. — Préparatifs de la campagne seigneurs bourguignons sur les frontières. — Séjour du duc à Hesdin et Arras pendant la concentration des troupes et les montres des féodaux. — Passage à Lens-en-Artois, Tournai, Douai, Cambrai, Cateau-Cambresis, Quesnoi, Valenciennes. — Siège d'Escaudeuvre, levé le 3 juin. — Siège de Thun-l'Évêque, commencé le 4 juin ; Philippe de Bourgogne y gagne les éperons de la chevalerie ; promotions de chevaliers fêtes à cette occasion. — Renforts amenés à Thun par le comte de Hainaut. — Arrivée de Philippe de Valois et des troupes royales ; les assiégés abandonnent Thun-l'Evêque, le 21 juin. — Ravages des Français dans le Hainaut. — Le duc à Arras, Aire. — Malades et blessés envoyés à Lens.
Bataille de Saint-Omer. Le duc de Bourgogne et le comte d'Armagnac chargés de défendre Saint-Omer. Rencontres et escarmouches contre Robert d'Artois et les communes de Flandre. Promotions de chevaliers. Engagement à Arques, près Saint-Omer. Insuccès des Flamands devant le château de Ruhout, appartenant au duc de Bourgogne. Arrivée du comte d'Armagnac. Le roi, alors campé près de Lens, s'oppose à un engagement général avant son arrivée. Robert d'Artois précipite l'attaque contre Saint-Omer. Embarras du duc de Bourgogne qui se décide à marcher malgré l'ordre du roi sa courageuse conduite dangers auxquels il échappe est sur le point d'être prisonnier recul momentané de ses troupes engagement général. Déconfiture complète de l'armée anglo-flamande et fuite de Robert d'Artois allégresse des habitants de Saint-Omer et chaleureux accueil fait au duc. Courriers envoyés hâtivement à Paris pour annoncer le brillant succès de la bataille de Saint-Omer, livrée le 26 juillet 1340. Morts et prisonniers. Pertes de la noblesse bourguignonne. Blessés envoyés à Lens. Edouard d'Angleterre réclame des trêves réponse de Philippe de Valois. Départ du duc de Bourgogne de Saint-Omer, le 11 août séjour à Aire, Coincy-le-Prevot, Gosnay, Lens, La Bassée, Meurchin. Concentration des forces. Le roi et le duc au Pont de Bouvines. Jean de Frolois, maréchal de Bourgogne, prisonnier à Bouchain. Congé aux gens d'armes de l'ost de Bouvines (27 septembre). Eudes IV fatigué se repose à Hesdin, puis au château d'Hardelot est retenu de nouveau par la dysenterie à Hesdin son retour en Bourgogne.
Participation du duc aux négociations de paix avec l'Angleterre. Arrangements de famille avec ses beaux-frères. — Embarras d'argent indemnité accordée par le roi. — Chevauchée de Bretagne. — Le duc à Angers, aux sièges de Chautoceaux et de Nantes retour en Bourgogne, prise de Rennes. Philippe de Bourgogne à Aur ray. Perception de l'aide pour la chevalerie de Philippe de Bourgogne en Artois et dans le comté de Bourgogne difficultés pour lever ce subside dans cette dernière province. Tournoi de Meaux.
Jean le Bon, duc de Normandie, et Eudes IV envoyés par le roi à Avignon. Réception de Jean le Bon en Bourgogne. Cérémonie du couronnement du pape Clément VI rôle des deux ducs à la cérémonie tableau représentant la présentation des cadeaux offerts par eux au pape.
Semonce d'Arras chevauchée du duc et de son fils en Artois. — Chevauchée à Angers. — Trêves et traités. — Retour en Bourgogne et en Franche-Comté.

 

Le duc de Bourgogne, ayant passé le mois de janvier 1340 à Dijon et le mois de février à Montbard, était rentré le 5 mars avec la duchesse à Dijon, où son fils Philippe, comte de Boulogne, était venu les rejoindre. A plusieurs fois Hugues de Corabeuf, évêque de Chalon, s'était rendu à son appel, et par les messages fréquents échangés avec le roi et la reine, on doit supposer qu'Eudes IV avait été mandé à la cour, à la nouvelle des dévastations commises en Thiérache par les officiers du roi d'Angleterre.

Parti de Montbard, le dimanche 19 mars, le duc traversant Molème, Jully-le-Châtel, Maraye-en-Othe, Vauluisant, La Tombe, Melun, Créteil et Saint-Denis, arriva le mardi 28 à Saint-Ouen-L'Aumône, près Pontoise. Pendant que Jean de France, duc de Normandie, faisait grouper des troupes à Saint-Quentin pour envahir le Hainaut, Eudes IV séjourna jusqu'au jeudi 6 avril à Saint-Ouen, mais la nouvelle de la prise et de l'incendie d'Armentières arrivée le même jour[1], et la crainte d'une attaque de la ville de Lille firent hâter les préparatifs de départ.

Le gouverneur d'Artois, vigoureusement secondé par Jean de Trainel, capitaine d'Aire, Thibaut de Sauvigny, capitaine de Béthune, Guillaume de Jully et Jean de Chartres, l'un capitaine, l'autre bailli de Lens, Etienne de Saint-Verain et autres lieutenants, avait mis la plus grande activité pour protéger les frontières, en mars, avril et mai, et, par ses ordres, les garnisons des places fortes avaient été renforcées[2].

Le duc de Bourgogne et son fils, après avoir touché des fonds et acheté divers objets indispensables pour une longue chevauchée, quittèrent Paris, le 10 avril, traversèrent Lusarches, Saint-Just, Amiens, Doullens, et vinrent passer les fêtes de Pâques à Hesdin.

Un certain nombre de chevaliers bourguignons étaient déjà en campagne sous les ordres de Raoul d'Eu, connétable de France, comme Géofroi de Charny, venu de Pierre-Perthuis, sous Vézelay, Ferry de Chardogne, Henri de Vouziers, partis de Ravières et d'Ancy-le-Franc, Etienne de Grignon, sire des Laumes. D'autres chevaliers chevauchaient dès février, puisque le 17 de ce mois, trente d'entre eux envoyés d'Arras allaient défendre la ville de Calais menacée par l'ennemi. Le sénéchal Jean de Vergy, prêt à partir le 30 mars, avait obtenu du roi l'ajournement de ses causes en Parlement[3]. Etienne de Saint-Verain, l'un des officiers les plus actifs, envoyait de Lens des émissaires dans tous les bailliages d'Artois pour publier les mandements et presser les convocations (12 avril)[4].

Eudes IV séjourna à Hesdin pendant que s'opérait la concentration de ses troupes et l'arrivée de ses féodaux, qui s'échelonne depuis Iel6avril jour de Pâques. Nous donnons la liste entière de ces seigneurs, mais parmi les principaux personnages on peut citer Jean de Frolois, sire de Molinot, maréchal de Bourgogne, Guillaume de Vergy, sire de Mirebeau, Jean de Chalon-Arlay, Liébaut de Bauffremont, Henri, comte de Montbéliard, les sires de Sainte-Croix, de Senecey, de Pesmes, de Ray, de Granson, d'Epoisses, de Genlis, de Rougemont, de l'Espinasse, de Châtillon-Dampierre, de Montagu, de Nanton, de Longvy, et parmi les simples écuyers, Huguenin de Vienne, Gui de Touci, sire de Bazarnes, Philippe de Vienne, Guillaume de Grancey, sire de Larrey, Hugues de Montjeu, Dreux, sire de Chappes, Robert de Damas Marcilly, Huguenin de Pommard, Jacques de Vienne, Guillaume de Sombernon, Eudes de Ragny, Thomas de Voudenay, Guillaume de Saudon, Guillaume de Marigny, Huguenin d'Epiry, Jean de Bourbon-Montperroux, etc.

Le séjour du duc à Hesdin fut occupé par de nombreux préparatifs, missions et messages. Il envoie, le 24 avril, son conseiller Elie Bourgeoise auprès du roi, pour l'informer de l'état des troupes, de la situation et des mouvements de l'ennemi. Le 28, ayant appris que Saint-Omer était menacé, il écrivit au maire et aux échevins de cette ville, ainsi qu'au bailli Guillebert de Nédonchel, pour leur recommander de faire bonne garde et de n'y laisser pénétrer aucun étranger[5]. Le 30, il quitte Hesdin pour aller à Béthune, où Jean de Coublanc, maître de son écurie, avait fait revenir d'Arras ses équipages et ses harnois d'armoierie et de guerre[6].

Les premiers jours de mai, les troupes bourguignonnes guerroyaient parallèlement avec celles du duc de Normandie, à Béthune, Cambrai et Solesme, et se trouvaient, le jeudi 4, aux champs devant cette localité. L'entrée en campagne est marquée par des ravages et des incendies qui forcent les habitants à se réfugier dans les places fortes défendables[7].

Les 5 et 6 mai, Eudes séjourne à Cambrai, et s'installe le 7 à Arras pour réunir ses féodaux, recevoir les montres des chevaliers en retard qui n'avaient pas encore répondu à ses mandements et arrivaient successivement. On dut y acheter des provisions de papier et de cire pour inscrire les rôles, pendant que les pourvoyeurs de l'armée faisaient assurer de toutes parts des quantités de vivres, bœufs, moutons, vins, etc.

Sans attendre la complète concentration de ses forces, le duc partit avec bonne escorte à Lens en Artois, le 12 ; à Tournai, le 14 ; à Douai, le 16 ; et revint le 17 à Arras, où lui furent amenés de nouveaux harnois, que l'un de ses officiers Le Galois avait été quérir à Paris.

Les premières chevauchées ne paraissent pas avoir occasionné de grandes préoccupations, car les comptables notent des largesses et des dons faits à des ménétriers qui chantent devant le duc, à des jongleurs, à des ménétriers du comte de Frise, etc.

Le vendredi 19 mai, le duc quitte Arras pour rejoindre à Cambrai Jean le Bon, duc de Normandie, qui y avait mandé toutes les connétablies dispersées sur les frontières, afin de se préparer à une action commune. Le 20, Eudes et Philippe, comte de Boulogne, son fils, campent devant Cateau-Cambrésis, où l'on a fait dresser les tentes et les pavillons mais le séjour n'y fut pas de longue durée, puisque le 22, on était devant Quesnoy le 23, devant Valenciennes et le 24 devant Escaudeuvre, dont la garnison incommodait fort les habitants de Cambrai[8].

Les Grandes Chroniques[9] disent que Jean le Bon fist drescier les engins et gietter nuit et jour dedans le châtel d'Escaudeuvre, que quinze jours après le commencement du siège le roi de France s'y rendit en personne. Froissart affirme que la place forte fut rendue par la trahison de Girard de Sassegnies, qui avait le commandement de la forteresse et que les matériaux de la démolition servirent à fortifier les murailles de la ville de Cambrai. Nos documents permettent d'établir que le siège d'Escaudeuvre commencé le mercredi 24 mai au plus tard, était terminé le samedi 3 juin[10] et que le lendemain 4, le siège de Thun-l'Evêque était commencé[11].

Les Hennuyers campés à Thun portaient depuis longtemps le ravage dans les environs de Cambrai et les habitants de cette ville réclamaient avec instance la destruction d'une forteresse bien autrement redoutable qu'Escaudeuvre[12]. Les tentes furent vite dressées, les perriers et les mangonneaux mis en place et plusieurs assauts furent livrés sans résultat. Le château était vigoureusement défendu par une garnison ayant à sa tête un chevalier du parti anglais et deux écuyers du Hainaut, frères de Gautier de Mauny. Chaque jour il y avait des rencontres entre les assiégés et les assiégeants et c'est à l'une de ces premières rencontres que Philippe de Bourgogne, comte de Boulogne, fils du duc, gagna les éperons de la chevalerie. Il y eut une forte promotion à la date du 20 juin. Étienne de Grignon, sire des Laumes et Girard de Chassaigne furent faits chevaliers ce même jour, ainsi que cinq écuyers de la compagnie des seigneurs de Vergy, trois du sire de Ray, deux du sire de Pesmes, trois de la suite d'Eudes de Grancey et divers autres des bannières de Guillaume de Sombernon, de Monetoy et de Nanton, Geofroi de Folain fut armé chevalier le 22 et Philippe de Vienne le 23[13].

Malgré les fréquents combats, les travaux du siège laissaient encore des loisirs aux assiégeants, car la chevalerie de Philippe de Bourgogne fut le prétexte de fêtes et de cérémonies. Les dépenses faites à cette occasion ne permettent pas d'en douter provisions de toute nature, façon de robes de soie rouges, selle dorée pour le grand cheval, lacs de soie[14] frais à Cambrai par Barthélemi, l'armurier timbres, targes, cottes d'armes de batture pris à Arras chez Gaudifer, armurier[15] ; donation à des ménestrels et notamment à ceux du comte de Bar, flacons d'étain pour refroidir le vin de Mgr.

La chevalerie de Philippe fut fructueuse pour le trésor ducal. La ville d'Arras seule fournit deux mille livres[16]. On recueillit plus tard dans le comté de Bourgogne des sommes considérables qui furent prélevées par les soins de Vautier de Vienne, gardien de cette province, par le sire de Montagu et autres[17] et dont lit perception souleva de vives difficultés de lit part des populations contribuables et mécontentes.

Le siège de Thun durait toujours. Les troupes des ducs de Normandie et de Bourgogne, campées à gauche de l'Escaut ; envoyaient au moyen de leurs engins de guerre toutes les bêtes mortes et puantes qui se trouvaient dans le camp, de sorte que les assiégés, craignant d'être empoisonnes par ces étranges projectiles, réclamaient une trêve de quinze jours, promettant de se rendre s'ils n'étaient secourus d'ici là.

Des renforts leur furent en effet expédiés et le comte >le Hainaut, arrivé le 21 occupait en face de Thun la rive droite de l'Escaut. Un messager envoyé le même jour de Cambrai en porta la nouvelle à Paris[18].

Mais en présence des forces considérables qui menaçaient la place et surtout après l'arrivée du roi Philippe de Valois qui parut escorté de troupes fraîches, le 23 au plus tard, le comte de Hainaut crut prudent de prendre sa retraite le lendemain samedi 24 juin, jour de la Saint-Jean. Les assiégés en firent autant et déménagèrent avec les provisions qui se trouvaient au château, après avoir mis le feu aux bâtiments et aux objets qui auraient pu être utilisés par les Français[19]. Le siège de Thun commencé le 4 juin avait duré vingt jours. La présence du duc Eudes IV est constatée le 21 et le 24 en ses tentes à Thun, le 28 à Arras et le 29 au loigement emprès Oisy-le-Châtel[20].

Les divers corps d'armée français et bourguignons se répandirent ensuite dans le Hainaut, passèrent au Quesnoy, dont ils brûlèrent les faubourgs et réduisirent en cendres plusieurs localités occupées par l'ennemi. Du 9 au 14 juillet, le duc de Bourgogne était à Aire, dont Jean de Trainel était capitaine, et le surlendemain à Lens, où l'on avait fait venir les malades et les blessés des sièges de Thun-1'Évêque et de Tournai, que le physicien Girard, de Bar-le-Duc, avait mission de soigner[21]. On peut citer au nombre des blessés Oudot ou Eudes du Vaux-de-Lugny, près Avallon, un écuyer de Guillaume du Vaux, son frère, Jean de Boux, Jean d'Aisey, Thibaut de Rougemont et des hommes fie la suite d'Hugues de Vienne et de Philippe, comte de Boulogne.

Après le combat naval de l'Ecluse et l'assemblée de Vilvorde, Edouard III, roi d'Angleterre, avait fait une alliance offensive et défensive avec Jean, duc de Brabant : Guillaume, comte de Hainaut ; Renaud, duc de Gueldre : Guillaume, marquis de Juliers : Robert d'Artois, Jacques Artevelde et les communes de Flandre. Ils convinrent de mettre le siège devant Tournai aux environs de la Madeleine (22 juillet). Philippe de Valois avait envoyé pour défendre cette place ses maréchaux, le connétable Raoul d'Eu, le fameux Géofroi de Charni et l'élite de sa chevalerie comprenant environ trois mille hommes.

Le duc de Bourgogne et Jean, comte d'Armagnac, furent chargés de protéger Saint-Omer avec quarante-deux bannières. Eudes IV réunit ses féodaux à Aire, du 9 au 14 juillet, et était installé le 15 à Saint-Omer. Philippe, son fils, l'accompagnait, ainsi que le sénéchal Jean de Vergy, sire de Fouvent Guillaume de Vergy, sire de Mirebeau ; le maréchal Jean de Frolois[22], sire de Molinot ; les seigneurs de Chalon, de Ray, de Pesmes[23].

Il y eut diverses rencontres, et notamment celle du 17 juillet, à la suite de laquelle Huguenin de Pommard fut adoubé chevalier en récompense d'une action d'éclat. Robert d'Artois, qui avait réuni son ost à Cassel, eut quelque difficulté pour faire venir les communes de Furnes, de Berques et de Flandre au siège de Saint-Omer, et ne parvint à vaincre leur résistance qu'en leur promettant un succès certain, et l'assurance de s'emparer du duc de Bourgogne en personne, au moyen des intelligences qu'il avait su se ménager dans la place[24].

L'espérance d'un heureux coup de main détermina les communes flamandes à marcher, mais plusieurs déclarèrent qu'elles ne dépasseraient point un ruisseau qu'on nommait le Neuf-Fossé, et en attendant parcoururent les campagnes voisines et y mirent le feu.

A la clarté de l'incendie annonçant les approches de l'ennemi, le duc ordonna de sonner les trompettes et fit sortir une partie de ses troupes en bon ordre, mais les Flamands n'ayant pas accepté la bataille, on rentra dans la ville.

Robert d'Artois, se trouvant trop éloigné de Saint-Omer, fit trousser ses tentes pour rapprocher son camp. Les archers de Bruges qui marchaient en avant et conduisaient les équipages vinrent se fixer au gros village d'Arques qui en est voisin. Les gens d'armes de Furnes, s'obstinant à ne pas dépasser le ruisseau de Neuf-Fossé, refusaient d'avancer au-delà Robert d'Artois trouva un stratagème pour les lancer en avant, fi courir le bruit que les Brugeois étaient aux prises avec les Français et qu'il fallait au plus tôt leur porter secours. Cette nouvelle les détermina à marcher, et les uns et les autres s'acheminèrent jusqu'à Arques. Après des escarmouches souvent renouvelées, le village fut entièrement brûlé, et les Français subirent quelques pertes. On a des mandements du duc pour payer à divers chevaliers les chevaux tués en la besoigne devant Arques[25].

Les Flamands, ayant pris position sur une montagne au-delà d'Arques, venaient chaque jour faire des incursions contre la garnison de Saint-Omer et assaillir un petit château nommé Ruhout appartenant au duc de Bourgogne, mais dont ils ne purent s'emparer. Le comte d'Armagnac, qui n'était pas encore arrivé au commencement du siège, avait fait son entrée avec seize bannières, tandis que le roi, disposé d'abord à diriger ses forces sur Tournai, changea d'avis, et donna ordre de prendre la direction de Saint-Orner, avec défense formelle d'engager une action générale et décisive avant son arrivée.

En ce moment Philippe de Valois était aux environs de Lens, et se proposait de gîter avec son entourage au château de cette ville protégé par une garnison bourguignonne. Le bailli Jean de Chartres crut devoir en prévenir aussitôt le duc Eudes IV, son maître, et lui expédia en toute hâte un courrier à Saint-Omer[26].

Informé de la détermination du roi, Robert d'Artois assembla les capitaines de son ost le mercredi matin 26 juillet, et leur démontrant la nécessité d'un coup de main rapide avant la jonction des troupes royales, il leur promit que la nuit suivante ils iraient boire les bons vins de Saint-Omer. Il partit d'Arques en tête des colonnes, ayant avec lui deux bannières anglaises, les gens d'armes et les archers de Bruges, pendant que diverses communes se déployaient parallèlement, et que d'autres se chargeaient de protéger le camp et de garder les tentes.

Les chevaliers de la garnison de Saint-Omer, à la vue des Flamands rangés en bataille à l'extrémité des faubourgs de la ville, sortirent dans l'espérance d'une action immédiate, à l'exception du duc de Bourgogne et du comte d'Armagnac, fort hésitants sur la conduite à tenir dans cette conjoncture, et arrêtés par les injonctions du roi qui avait défendu d'entamer un engagement général avant son arrivée. L'absence des chefs n'empêcha pas quelques rencontres partielles et préliminaires entre les avant-gardes.

« Quant le duc de Bourgoigne vit que ses anemis estoient si près de luy, si appella le conte d'Armignac et ses conseilleurs et leur dist : Seigneurs, que me louez-vous ? Je ne puis veoir voie que je ne soie au« jourd'hui déshonoré, ou que je ne desobéisse au roy. — Adont distle conte d'Armignac : Sire, à l'aide de Dieu et de vos bons amis, à la paix du roy vendrons-nous bien. — Tantost dist le duc : Or, nous allons armer, depar Dieu et de par Mgr Saint-Georges (1)[27]. » Et il sortit bravement de la ville à la tête d'une petite escorte qui ne comprenait pas plus de cinquante hommes d'armes, en marchant sans s'arrêter jusqu'à la Maladière, où il trouva Robert d'Artois et ses troupes rangées de l'autre côté de la ligne de démarcation qui séparait les deux armées. Le comte d'Armagnac sortit également, mais avec huit cents hommes, dont trois cents environ parfaitement équipés, se rangèrent à droite en face des communes et des archers d'Ypres.

Quand les Bourguignons virent le duc Eudes aux champs, ils se dirigèrent tous de son côté, sauf les Artésiens et les milices royales qui engagèrent quelques escarmouches avec les batailles de Bergues, de Furnes et du Franc. Mais au moment où les uns et les autres atteignirent le fossé qui séparait les deux armées belligérantes, les Français, arrêtés par cet obstacle, firent opérer une volte-face à leurs bannières, et, lâchant pied, furent rudement poursuivis par les Flamands qui leur infligèrent des pertes sérieuses. Ils eussent laissé leur seigneur le duc de Bourgogne aux mains de l'ennemi se la grâce de Dieu ne l'eut sauvé[28].

Cette retraite feinte et momentanée et ce mouvement de recul permirent aux Flamands de franchir le fossé, et de poursuivre les Français qu'ils croyaient en déroute.

Mais les Artésiens et les Bourguignons, réconfortés par les secours qui leur arrivaient, se retournèrent brusquement contre leurs agresseurs et les chargèrent vigoureusement, car le comte d'Armagnac, mieux secondé par ses troupes, avait tout d'abord mis en fuite ceux d'Ypres qui prirent en désordre la direction d'Arques, et enveloppé sur la gauche une partie des Flamands qui avaient remporté un avantage marqué au commencement de l'action.

Le duc de Bourgogne occupant le centre des lignes françaises avait, malgré son isolement, réussi à résister à l'effort de Robert d'Artois qu'il avait en face de lui. Il s'était d'abord maintenu solidement à la Maladière avant de s'abriter derrière les murs du faubourg de Saint-Omer, où Robert pensait bien s'en emparer, car là, les cavaliers ne pouvaient avoir raison des gens de pied. Les Flamands ayant atteint les portes de la ville, le duc se trouvait entièrement cerné, et ne pouvait espérer un refuge dans la forteresse. Mais il se produisit une poussée énergique, les bannières artésiennes purent se rallier aux bannières bourguignonnes qui s'avançaient au cri de guerre de saint Georges ; un terrible et sanglant engagement eut lieu aux portes de Saint-Omer, où succombèrent nombre de victimes des deux partis.

Ces combats se prolongèrent longtemps dans la journée du mercredi 26 juillet, époque de l'année à laquelle le soleil se couche tard[29], et la nuit commençait quand Robert d'Artois battit le rappel de ses hommes pour les entraîner dans la direction d'Arques. Le duc de Bourgogne ralliant lui-même ses gens d'armes dans le faubourg qu'il n'avait pas abandonné, s'efforça de leur couper la retraite, et vouloit courre sus, 'mais pour ce qu'il estoit nuit, ne le vouldrent ses gens souffrir[30].

Le comte d'Armagnac et les Artésiens, qui avaient si âprement poursuivi les Flamands dans la journée, ne savaient rien le soir de ce qui s'était passé aux portes de la ville ; ils se croisèrent avec les fuyards du camp ennemi, mais ne purent les reconnaître grâce à l'obscurité. Cette circonstance sauva Robert d'Artois qui regagna ses tentes, y vit les feux allumés sans personne pour les garder, et parvint à atteindre le mont de Cassel, où ses gens l'auraient tué s'il n'avait été chercher un refuge à Ypres.

Il était nuit fermée quand le duc de Bourgogne et ses gens se dirigèrent vers Saint-Omer. Les habitants de la ville, les torches allumées, vinrent au-devant d'eux avec les témoignages de la plus grande allégresse. Là peust-on oir maint cris de chevaliers, et entrerent à si grand joie en la ville que à peiney eust-on oi Dieu tonnent[31].

Des courriers furent aussitôt expédiés à Paris pour annoncer ce brillant succès et la déconfiture totale des ennemis[32].

La date du 26 juillet fournie par nos documents ne s'accorde pas avec celle indiquée par d'autres chroniques[33], qui fixent pour la bataille le mardi 25, jour de saint Jacques et Philippe[34].

A l'aube du jour, les vainqueurs coururent au camp ennemi, y firent de grandes provisions de butin, ramenèrent des charrettes chargées de tentes et d'étoffes, et plusieurs y gaignèrent si grant avoir que ce fut merveille[35].

La journée entière du jeudi fut occupée à relever les chevaliers morts qui furent enterrés en grande cérémonie, tandis que les hommes d'armes furent jetés dans un charnier ; environ douze cents chevaux furent amenés sous un immense bûcher auquel on mit le feu dans la crainte d'une épidémie.

Les Flamands avaient eu dans cette journée une quantité de morts, dont la dépêche officielle citée précédemment exagérait sans doute le chiffre. Les Français avaient été semblablement fort éprouvés, et le duc de Bourgogne comptait parmi les morts plusieurs de ses chevaliers, Etienne de Saint-Verain, seigneur de Jussy-en-Auxerrois, le sire de Branges, Emonin de Rouvray, onze écuyers de la compagnie d'Huguenin de Vienne, huit écuyers du comte de Montbéliard, trois écuyers du sire de Ray, quatre écuyers de la suite de Jean de Chateauvillain, sire de Luzy, trois écuyers de Robert de Damas-Marcilly, et divers écuyers des bannières de Chalon, de Sombernon, de Pesmes, de Grancey et de Vienne[36]. La noblesse d'Artois n'avait pas été plus épargnée. Les blessés sérieusement atteints furent dirigés sur Lens, et soignés par le chirurgien Girard, mais beaucoup ne survécurent point à leurs blessures. D'autres étaient restés prisonniers, comme Guillaume de Joinville, seigneur de Jully-sur-Sarce, qui fut emmené à Bruges[37] et plus tard échangé contre des prisonniers de Hollande et d'Ypres. On avait trop de monde à nourrir à Saint-Omer pour garder les bouches inutiles, et les prises faites sur l'ennemi étaient volontiers échangées ou livrées en rachat. C'est ainsi que neuf prisonniers anglais enfermés au château furent cédés peu après pour la somme de 54 livres[38].

Des promotions de chevaliers suivirent ce brillant fait d'armes, et parmi les Bourguignons, nous devons citer Jacques de Vienne (28 juillet).

Edouard III, roi d'Angleterre, logé au hameau de Chyn, près de Tournai, apprit par les fuyards la défaite de ses alliés à Saint-Omer, et écrivit le lendemain soir de la bataille, le 27 juillet, une lettre au roi Philippe de Valois, alors campé au prieuré de Saint-André, près Aire[39]. Il lui exposait combien cette guerre était funeste au pays et désastreuse pour les populations il réclamait une entrevue pour aviser au moyen d'y mettre un terme, et savoir si on enverrait de part et d'autre cent chevaliers pour combattre, ou si on livrerait bataille dans dix jours devant Tournai. La réponse du roi de France ne se fit pas attendre, et à la date du 30 juillet[40], Philippe de Valois, rappelant à Edouard III les serments de féauté et d'obéissance rendus par lui à la couronne, déclarait que ces serments avaient été violés par la révolte du vassal contre le seigneur lige, qu'il espérait, avec l'aide de Dieu, le chasser du royaume, que sa conduite avait causé la mort de beaucoup de chrétiens et arrêté le voyage d'Outre-mer projeté, que les Flamands mal conseillés jusqu'ici reviendraient de leur erreur, et reconnaîtraient bientôt l'autorité du comte de Flandre, leur seigneur.

Cette réponse ne donnait pas satisfaction aux espérances du roi d'Angleterre, et la campagne continua avec des alternatives diverses. Le duc de Bourgogne séjourna à Saint-Omer jusqu'au vendredi 11 août, pour aller le même jour rejoindre l'armée royale toujours campée dans le voisinage d'Aire, après avoir préalablement fait prévenir Philippe de Valois par deux de ses chevaliers Guillaume de Vergy et Pierre de Dampierre[41].

Dans l'intervalle les habitants de Tournai, serrés de près par l'armée anglo-flamande, avaient envoyé de pressants messages à Philippe de Valois pour en obtenir des secours. Le roi y avait dirigé plusieurs détachements de ses troupes, comprenant les bannières conduites par Gautier de Brienne, duc d'Athènes, celles de Jean.de Chalon-Auxerre, du dauphin de Vienne, des seigneurs de Beaujeu, de Clisson, de Saint-Venant, etc., le tout formant environ deux mille hommes.

Le reste du mois d'août, le duc de Bourgogne séjourna dans le voisinage du roi, et parait l'avoir servi principalement comme éclaireur. Il fut à Aire du 11 au 23, sauf une sortie le 13 à Lens, et le 18 à Coincy-le-Prévôt. Puis on le retrouve à Gosnay, à Lens, La Bassée et Violaines. Il resta dans ce château jusqu'au 5 septembre, et se dirigea le même jour sur Meurchin, près du Pont à Vendin[42].

De Meurchin partirent, le 5, des messagers expédiés aux baillis d'Arras, de Béthune, d'Aire, et autres officiers de l'Artois, afin de faire concentrer immédiatement les forces à Bouvines. Les sergents du bailliage furent chargés d'amener les pavillons et les harnois conduits sur douze charrettes. Le 7 septembre, les tentes étaient dressées au Pont de Bouvines, où le duc arrivait en personne, après avoir dirigé sur Lens ses comptables et son personnel encombrant.

C'est au Pont de Bouvines que le roi avait décidé d'installer son camp, après une réunion du Grand Conseil, dans laquelle on avait agité la question de savoir si on envahirait la Flandre ; mais on fut d'avis de ne pas s'éloigner de la ville de Tournai menacée par les alliés d'Edouard d'Angleterre. Tous les grands vassaux étaient réunis à Bouvines, les ducs de Bourgogne, de Normandie, de Bourbon, de Bretagne, de Lorraine, Philippe d'Evreux, roi de Navarre, les comtes d'Alençon* de Flandre, de Savoie, d'Armagnac, de Boulogne, de Bar, de Dreux, d'Aumale, de Blois, de Sancerre, etc. Les communes de la région y avaient également envoyé leurs milices, et la ville d'Arras y était représentée par un certain nombre d'hommes d'armes à pied et à cheval[43].

Le séjour à Bouvines dura jusqu'au 27 septembre, et ne fut signalé que par quelques rencontres sans importance, et par une attaque contre la garnison de Tournai, qui avait tenté une sortie et fut forcée de rentrer, en ville sans pouvoir dépasser les faubourgs. Le duc de Bourgogne eut le déplaisir de savoir que, dans une autre escarmouche, son maréchal Jean de Frolois avait été fait prisonnier par les chevaliers et les gens d'armes de la garnison de Bouchain.

On était fatigué dans les deux camps de ces hostilités sans résultat, et plus d'un vassal tenu à un service militaire momentané, avait fourni une durée de temps supérieure à celle de ses obligations féodales. L'intervention de Jeanne de Valois, comtesse douairière du Hainaut, fit aboutir des trêves négociées du côté de la France par les comtes d'Armagnac, de Savoie, et par Mile de Noyers. Elles furent signées à Esplechin, près Tournai, le 25 septembre, et devaient durer jusqu'à la Saint-Jean de l'année suivante.

Le 27, le roi de France donna congé aux gens d'armes de l'ost de Bouvines.

Le duc de Bourgogne, ayant maintenu pendant vingt jours les bannières aux tentes devant Bouvines, avait abandonné cette localité le mardi 26 septembre pour se rendre à Gouy en Artois, de là à Gosnay et ensuite à Hesdin, où il put se reposer du 1er au 12 octobre. Il avait été extrêmement fatigué par ces incessantes chevauchées et les comptables notent des achats de médianes à Cambray, laissant supposer qu'il avait reçu quelque blessure à la bataille de Saint-Omer. Sa situation y avait été si critique et sa vie tellement menacée qu'en ce moment il avait fait vœu de fonder quatre canonicats et quatre prébendes dans son château de Rouvre, en l'honneur de Dieu et de sainte Madeleine, s'il parvenait à échapper au danger, vœu qu'il accomplit, le 11 avril de l'année suivante[44], lors de son retour en Bourgogne.

Eudes IV, éprouvant le besoin de refaire sa santé au bord de la mer, quitta Hesdin, gagna Boulogne le 13 octobre et s'installa au château d'Hardelot, du 14 au 25 du même mois, puis, comme la mauvaise saison avançait et que son installation laissait à désirer, il revint le 28 à Hesdin, en passant par l'abbaye de Longvillers et par Beaurain-Château.

Malgré son désir de rentrer en Bourgogne, le duc fut contraint de rester à Hesdin jusqu'au 16 novembre. Il était arrêté par une dysenterie et mandait à son bailli de Saint-Omer de lui envoyer cent coings des plus beaux et des plus sains qu'il pourroit trouver[45]. D'Hesdin il regagna le duché, en passant par Beauquesne, Bray, Ognolles, Camelin, Hartennes, Château-Thierry, Janvillers, Sésanne et Méry-sur-Seine.

Le 20 juin 1341[46], Eudes IV, ayant déjà pris part aux négociations et aux trêves passées, au nom du roi, entre la France et l'Angleterre, renouvela ces conventions à Vincennes, en compagnie du comte de Clermont, du connétable Raoul d'Eu, de Gautier de Brienne, duc d'Athènes et scella les prorogations de ces trêves jusqu'à la fin d'août de la même année, prorogations qui furent ensuite plusieurs fois renouvelées[47].

Peu après, le duc régla diverses contestations avec son beau-frère Louis, comte de Flandre, pour les droits qui devaient revenir à Marguerite de France, femme de ce dernier, dans la liquidation de la succession de la reine Jeanne, de Mahaut d'Artois et de Hugues de Bourgogne-Comté. Il consentit également à la révision partielle des partages récemment intervenus entre eux[48]. Puis, pour en terminer avec ces arrangements de famille, il renouvela les conventions faites avec son autre beau-frère Jean de Faucogney et Isabelle, dauphine de Viennois, conventions qui reçurent l'approbation du roi[49].

Les dépenses considérables nécessitées par la chevauchée de Flandre avaient mis Eudes IV dans un grand embarras. N'ayant pas touché toutes les sommes auxquelles il avait droit pour la campagne, il n'avait pu payer intégralement le service de ses féodaux et était de plus redevable à plusieurs d'entre eux d'un reliquat de gages non soldé depuis l'affaire de Buironfosse[50]. Le roi Philippe de Valois, gêné lui-même par les frais de cette coûteuse guerre et n'ayant pu indemniser suffisamment ses grands vassaux, ordonna aux collecteurs de l'impôt de quatre deniers par livre de ne rien prélever sur les terres du duc de Bourgogne[51].

Cette immunité était d'un certain prix au moment où la noblesse de Bourgogne convoquée de nouveau avec son suzerain était appelée en Bretagne, après la mort de Jean III, duc de cette province, pour soutenir les droits de succession de Charles de Châtillon, comte de Blois, contre les prétentions de Jean, comte de Montfort. Ce dernier avait mis la main sur un grand nombre de terres du duché de Bretagne, au mépris des droits de Jeanne de Penthièvre, nièce du roi et femme de Charles de Blois. Etant assuré qu'il aurait contre lui Philippe de Valois, allié naturel de son compétiteur, il avait fait un traité d'alliance avec Edouard, roi d'Angleterre. Mandé à la cour de France, Jean de Montfort fit son entrée à Paris en somptueux équipage et eut une entrevue avec le roi, par devant le duc de Bourgogne, Philippe, comte de Boulogne, les ducs de Normandie, de Bourbon et les grands vassaux (lu royaume. Mais, prévoyant que sa cause n'aurait pas une issue favorable, il n'attendit pas le jugement des pairs et quitta brusquement Paris la nuit sous un déguisement pour regagner la Bretagne et rejoindre à Nantes la comtesse, sa femme. Le roi et les barons, furieux de cette conduite, se prononcèrent d'une voix on faveur de Charles de Blois. Les ducs de Normandie, de Bourgogne, de Bourbon et les chevaliers dont le concours était assuré, décidèrent de se rendre à Angers, où rendez-vous général fut donné à tous les gens d'armes qui devaient faire partie de l'expédition.

Dès la fin du mois de septembre 1341, les troupes étaient réunies, et parmi les Bourguignons nous trouvons avec Eudes IV, Gaucher de Brienne, duc d'Athènes, le comte de Joigny, Jean de Chalon, Dreux de Mello, seigneur de Saint-Bris, Guillaume de Mello, sire d'Epoisses, Jean d'Arcis, Géofroi de Charni, Jean de Menessaire, Richard d'Argenteuil en Tonnerrois, Ferri et Jean de Chardogne et nombre d'autres, marchant en partie sous la bannière du connétable Raoul d'Eu. En octobre et novembre, le duc de B, prit part aux sièges et à la reddition de Chantoceaux et de Nantes, rentra dans ses états au mois de décembre, revint en Bretagne au printemps de 1342, et assista à la prise de, Rennes, où il avait fait amener d'Artois ses harnais de guerre[52], pendant que son fils Philippe, comte de Boulogne, les comtes d'Auxerre et de Joigny, chevauchaient dans la direction d'Auray[53]. Les embarras d'argent dans lesquels se trouvait Eudes IV firent apporter quelque rigueur dans la perception de l'aide de chevalerie de son fils. Vautier de Vienne, gardien du comté avait touché différentes sommes provenant de ce chef et notamment des habitants de Gray[54], de ceux de Vesoul[55] et de ceux de Clerval[56]. Jean de Montagu, chargé ailleurs de la levée de cet impôt, avait trouvé quelque résistance et s'était vu dans la nécessité de réduire la quote-part réclamée à certains habitants[57]. Les baillis, receveurs et officiers du comté, par excès de zèle, en avaient profité pour commettre quelques griefs, extorsions et graves oppressions, contre lesquels le duc fit mine de protester[58], pour calmer le mécontentement des populations, mécontentement qui ne fui pas étranger aux troubles et à la révolte qui se produisirent à cette époque.

L'aide de chevalerie avait été fructueuse dans l'Artois. Les habitants d'Arras avaient donné deux mille livres[59]. Les échevins d'Aire, requis de payer un subside, déclarèrent qu'ils n'en devaient point, mais consentirent cependant à verser 240 l. p. afin d'éviter tout conflit[60]. On reçut plusieurs versements importants des habitants d'Hesdin[61], et on fit accord avec ceux de Lens, pour 1327 livres[62]. Ces sommes ne comblaient pas le déficit du trésor, et Philippe, fils du duc, séjournant en Artois en l'absence de son père, empruntait seize cents livres pour frais de guerre[63].

Après avoir pris part au tournoi de Meaux avec deux de ses chevaliers Jean de Fontaines et Renaud d'Aubigny[64], Eudes IV fut envoyé par le roi à Avignon, en compagnie de Jean le Bon, duc de Normandie, pour assister au couronnement du pape Pierre Roger, d'origine française, auparavant cardinal et archevêque de Rouen, ami et conseiller du roi, auquel il devait son élection, et qui fut couronné sous le nom de Clément VI[65].

Suivant son habitude, le duc était sans argent, et emprunta pour ce voyage 320 florins au lion[66] à Hugues de Pommard, maître de la chambre des comptes de Paris. Il avait cependant été habillé aux frais du roi, ainsi que Charles de Valois, comte d'Alençon, et Louis, comte de Flandre, qui firent partie du voyage[67]. La reine avait envoyé en présent des pièces d'écarlate aux cardinaux[68], et le duc, désireux de faire bonne chère, avait commandé d'abondantes provisions de cuisine[69]. Il tenait à figurer honorablement au couronnement du nouveau pontife, avec lequel il avait eu des rapports intimes et fréquents, lorsqu'il occupait l'évêché d'Arras.

Jean le Bon vint prendre Eudes IV en Bourgogne où des préparatifs avaient été faits pour le recevoir. Les comptes de la châtellenie de Rouvre relatent plusieurs détails des dépenses faites à l'occasion de son arrivée[70]. Les deux ducs et leur suite durent se rendre à Avignon, en descendant, depuis Chalon, la Saône et le Rhône, comme ils firent deux ans plus tard.

La cérémonie du couronnement avait lieu le 19 mai 1342, dans l'église des Frères-Prêcheurs.

Lorsque les ducs furent arrivés à Avignon, « le pape nouvellement créé les reçut et tout le collège des cardinaux fort honorablement. Si avint que quant le pape nouvel crée aloit à son couronnement, les deux ducs, l'un d'une part et l'autre d'autre, tous à pié, tenoient le frein et gouvernement le cheval du pape. Et au disner, du premier mès il le servirent. Et après les solempnités qui appartiennent à telles besoignes ; et leurs messages faiz, il pristrent congié du pape et s'en retournèrent en France[71]. »

Eudes IV assista à Avignon, ainsi que Louis de Savoie et l'évêque de Laon, à la donation faite par le duc de Normandie, au nom du roi, à Guillaume Roger, frère du pape, qui avait rendu de grands services à la couronne[72]. Il était rentré en Bourgogne au commencement de juin, et nous le rencontrons à Argilly[73], à Lantenay[74], à Montbard, d'où il envoyait, le 8, des ordres à son gouverneur d'Artois[75]. Il est probable que Jean le Bon suivit au retour le même itinéraire qu'à l'aller pour revenir en France, mais l'absence des preuves ne permet pas de l'affirmer.

La présence des ducs de Normandie et de Bourgogne au couronnement de Clément VI eut un certain retentissement, dont les Grandes Chroniques se font l'écho. La cérémonie de présentation des cadeaux au nouveau pontife fut le motif d'un tableau qui se voyait encore, à la fin du XVIIe s., sur la porte de la sacristie de la Sainte-Chapelle de Paris et qui représentait Jean le Bon assis sur un escabeau, Eudes IV à genoux offrant un diptyque au pape reposant sur son trône pontifical. C'est le seul document qui nous fasse connaître le portrait inconnu jusqu'ici de notre duc.

A la fin de juin, Eudes IV, son fils Philippe, Jean de Chalon-Auxerre, Jean de Chalon-Arlay, Jean, seigneur de Châteauvillain, étaient à ta semonce d'Arras, pour guerroyer sur les frontières de Flandre et de Hainaut sous les ordres du connétable de France et du maréchal de Trie[76], mais l'absence des comptes ne permet pas de les suivre dans ces déplacements. Philippe, comte de Boulogne, chevaucha pendant le mois d'août dans les environs de Béthune et de Saint-Omer[77] et son père ne vint le rejoindre qu'au commencement d'octobre, en Artois, où sa présence est constatée à Hesdin.

Rentré quelque temps après en Bourgogne, le duc n'y fit pas long séjour, car il fut mandé par le roi pour une nouvelle expédition en Bretagne, où Edouard d'Angleterre travaillait au profit de Jean de Montfort et il reçut ordre de se rendre à Angers, le 30 novembre 1342, jour de la Saint-André. C'est à Angers qu'il fit venir d'Hesdin, par l'entremise de Robert de Lugny, gouverneur d'Artois, ses vingt-deux grands chevaux et ses harnais de guerre, sous la direction de Jacques de Corbie, du maréchal et de l'armurier[78].

Le comte de Boulogne accompagna son père dans cette campagne et tous deux obtinrent du roi un ajournement pour les causes qu'ils avaient pendantes au Parlement[79]. Les tentatives de paix entre la France et l'Angleterre, négociées par les cardinaux mandataires du pape, arrêtèrent toute action de Les ducs de B. et de Bourbon, au nom du roi de France, fixèrent les termes des trêves et du traité arrêté avec tes ambassadeurs d'Edouard III, dont les Grandes Chroniques ont donné le texte[80].

On retrouve Eudes IV en Bourgogne pendant les mois de mars et d'avril 1343 en Franche-Comté, eu juin et juillet, alors qu'il reçoit à Poligny la soumission de Thibaut de Neufchâtel[81] et en octobre, lorsqu'il passe à Gray[82] un accord avec Henri, comte de Montbéliard, au sujet de la guerre et des riottes qu'ils avaient ensemble.

 

 

 



[1] Le bailli de Béthune en fit porter la nouvelle au gouverneur d'Artois dans la nuit du 6 avril : « pour porter lettres par nuit à Mgr le gouverneur le VIe jour d'avril que Armentières fu arse » (Bibl. nat., fonds Colbert, n° 189, comptes de Béthune).

[2] Voir les comptes de Béthune et de Lens à la suite de ce chapitre.

[3] Arch. nat., Xia 8847, fol. 66.

[4] Voir les comptes du bailliage de Lens. Nous ne pouvons à chaque citation que renvoyer aux preuves qui suivent.

[5] Arch. munic. de Saint-Omer, Bull. hist. et philos., 1896, p. 693.

[6] Arch. du Pas-de-Calais, Trésor d'Artois, A. 597.

[7] « Et quinze jours après Pasques, le duc de Bourgogne, les mareschaus et le connestable chevaucherent en Hainault, et y ardirent bien IIe villes » (Bibl. nat. fr. 2598, fol. 5 ; Moranvillé, Chronogr., t. II, p. 107).

[8] Comptes de Barthélemy du Drac, trésorier des guerres, Bibl. nat., fr. nouv. acq. 9239, fol. 286 v°.

[9] Ed. Paris, t. V, pp. 382-383.

[10] Ceci est également attesté par la mention suivante : « et puis le «sabmedi vigille de Panthecouste se rendit à eulx le chastel [d'Escaudeuvre] » (Bibl. nat., fr. 2398, fol 51 r°, Moranvillé, Chronogr. t. II, p. 116).

[11] Le même jour de nouvelles recrues arrivaient de Bourgogne comme Robert de Courtenay, seigneur de Tanlay, avec sept écuyers (Voir les comptes de Barthélémy du Drac). Le 5, les habitants de Compiègne, qui ne connaissaient pas encore la reddition d'Escaudeuvre, y envoyaient un messager en l'ost, alors qu'on était devant Thun (Idem, Bibi. nat. fr. nouv. acq. 9238, fol. 285 v°).

[12] On fit de grandes provisions de vivres cent quatorze moutons achetés à Avesnes-le-Comte sont à la destination du camp de Thun-l'Evêque (Arch. du Pas-de-Calais, A. 592).

[13] Les comptes de Barthélemy du Drac fournissent sur cette campagne les détails les plus minutieux que nous ne pouvons tous consigner ici.

[14] Arch. du Pas-de-Calais, comptes de l'Artois, A. 598 ; idem, A. 602, pour l'aide de cette chevalerie ; idem, A. 592, comptes d'Eperleques ; idem, A. 79, pour la ville d'Aire ; idem, A. 616, pour Hesdin.

[15] Arch. du Pas-de-Calais, A. 597.

[16] Arch. du Pas-de-Calais, A. 882.

[17] Arch. du Doubs, B. 333, B. 354.

[18] Comptes de Barthélemi du Drac, Bibl. nat., fr. nouv. acq. 9239, fol. 287.

[19] Comptes de Barthélemi du Drac, idem, fol. 287.

[20] Arch. du Pas-de-Calais, A. 598. Le manuscrit déchiré, contenant l'itinéraire du duc Eudes IV pour cette année, comprend une lacune de près d'un mois, du 10 juin au 8 juillet les comptes de dépenses y suppléent en partie. Les comptes des battages d'Artois aux archives du Pas-de-Calais, les comptes de Barthélemi du Drac à la Bibl. nat. et les documents originaux qui nous restent permettraient de donner un volume sur la campagne de 1340. — Les chevaliers bourguignons n'étaient pas tous arrivés en l'ost à la fin du siège de Thun. Un grand nombre ne figurent pas dans les montres ducales et servirent dans d'autres compagnies. Philippe de Courtenay, seigneur de Ravières, fit sa montre le 22 juin avec trois écuyers et fut incorporé sous la bannière du comte d'Alençon. Girard de Montagu, seigneur de Montoillot, servit dans l'armée royale. Pierre de Montagu, seigneur de Malain, chevalier bachelier, n'arriva que le 22 juillet à Lille avec huit écuyers et servit sous la bannière de Louis, comte de Flandre (Extrait des comptes de Barthélemi du Drac).

[21] Arch. du Pas-de-Calais, comptes de l'Artois, A. 597.

[22] Le nom de Jean de Frolois a été estropié par les Grandes Chroniques et par les Anciennes Chroniques de Flandre qui le nomment Jean de Ferlay et Jean de Fiellay et dont les historiens modernes, à commencer par M. Luce, dans son Froissart, recherchent en vain l'identification.

[23] Les seigneurs de Créqui, de Berghes, plusieurs chevaliers de Flandre et d'Artois, ainsi que Robert de Fiennes vinrent également servir sous la bannière de Bourgogne (Notice sur Robert de Fiennes, Bibl. de l'Ecole des Chartes, 1852, p. 25).

[24] Les détails fournis par les Grandes Chroniques de France sur le siège de Saint-Omer sont plus étendus et beaucoup plus précis que ceux de Froissart, et semblent émaner d'un témoin oculaire, mais dans l'une comme dans l'autre de ces chroniques, il y a des faits qui ne sont pas à leur place chronologique, et que les documents nouveaux permettent de fixer à leur vraie date. Voir aussi Chronogr. rerum Francorum, t. II, p. 107 et suiv. Continuat. de Nangis, t. II, p. 170 ; Anc. Chron. de Flandre (Istore et chron. de Flandre), t. I, p. 388.

[25] Cet engagement à Arques dut avoir lieu en juillet, car le 4 août, Eudes IV, par un mandement daté de Saint-Omer, mande au bailli de Calais de payer à Jean de Sauvigney deux chevaux morts en la besoing ne que nous avons eue darrainement devant Arques. Orig. Arch. du Pas-de-Calais, A. 599.

[26] Bibl. nat., Collection Colbert, 189, comptes du bailliage de Lens.

[27] Grandes Chroniques de France, t. V, p. 393.

[28] Grandes Chroniques de France, t. V, p. 394.

[29] Adam Murimuth, Contin. chron., éd Thomson, p. 418.

[30] Grandes chroniques de France, t. V, p. 395.

[31] Grandes Chroniques de France, t. V, p. 396.

[32] Bibl. nat., fr. nouv. acq. 9239, comptes de Barthélemi du Drac, fol. 287. Dans le même compte et même page, il est dit que Jean de Chalon, sire d'Arlay, perdit un de ses chevaux qui demoura mort en la bataille de Saint-Omer le XXVIe de juillet. La date du 26 est affirmée deux fois. — On peut aussi citer une mention des Arch. du Pas-de-Calais, A. 604, attestant la prise de neuf prisonniers anglais le jour de la bataille de Saint-Omer, le lendemain de saint Jacques (26 juillet).

[33] A. Molinier, Chronique normande, p. 46 ; Moranvillé, Chronographia rerum Francorum, t. II, p. 134.

[34] Les Grandes Chroniques de France, t. V, p. 396, parfaitement informées sur cet épisode donnent la bonne date.

[35] Grandes Chroniques de France, t. V, p. 396.

[36] Voir les comptes de Barthélemy du Drac.

[37] Guillaume de Jully ne mourut donc pas à Saint-Omer, comme cela a été dit, d'après le Portefeuille Decamps, t. 83, fol. 330. Le 26 août, le duc envoie un messager à Guillaume de Jully, prisonnier à Bruges, Orig. Arch. du Pas-de-Calais, Trésor d'Artois, A. 599.

[38] Arch. du Pas-de-Calais, Trésor d'Artois, A. 604. — Pour d'autres prisonniers flamands enfermés à Saint-Omer, voir id., A. 599.

[39] Saint-André, près Aire, et non Saint-André, près Lille, comme l'a cru M. Luce, Froissart, t. I, p. XXV du sommaire.

[40] Rymer, Fœdera, t. II, pars IV, p. 80 ; Robert d'Avesbury, p. 62 ; Kervyn de Lettenhove, Froissart, t. XVIII, p. 170-173 ; Grandes Chroniques, etc.

[41] Saint-Omer, 5 août, mandement d'Eudes IV, Arch. du Pas-de-Calais, A. 599.

[42] Voir l'itinéraire exact du duc de Bourgogne.

[43] Arch. du Pas-de-Calais, Trésor d'Artois, A. 882.

[44] Bibl. nat., fr. 4628, fol. 198.

[45] Hesdin, 5 novembre, Arch. du Pas-de-Calais, Trésor d'Artois, A. 601.

[46] Vincennes, 20 juin, Orig., Arch. de Mons, en Belgique, Cartulaires des comtes de Hainaut, t. I, p. 139.

[47] Tournai, 12 septembre, Arch. de Mons, idem, t. I, p. 152.

[48] Paris, 6 août, Arch. du Doubs, B. 20² ; Arch. de la Côte-d'Or, B. 292.

[49] 2 septembre et octobre, Arch. du Doubs, B. 370 et Arch. du Pas-de-Calais, A. 79.

[50] Deniers payés à divers gentilshommes de ce qui restait dû de leurs gages ès chevauchées du roi à Buironfosse et autres lieux (Arch. du Pas-de-Calais, A. 595).

[51] Dom Plancher, t. II, pr. CCLXIX.

[52] Arch. du Pas-de-Calais, Trésor d'Artois, A. 629.

[53] Nous n'avons malheureusement plus les comptes des années 1341, 1342, qui auraient pu fournir des indications précises sur chacune de ces expéditions. On apprend par un message, adressé à Eudes IV, que Philippe, son fils, eut une joute, à Paris, à une époque de l'année 1341 qui n'est pas indiquée (Arch. du Pas-de-Calais, A. 482), et qu'il y eut également des joutes à Arras, sur la pince du grand marché aux enviions de la Saint Pierre (Idem, A. 182). C'est probablement à l'une de ces cérémonies que Jacques, de Dijon, armurier, fournit des bannières aux armes ducales, des trompes, des panonceaux pour lances, etc. (Arch. du Pas-de-Calais, A. 621).

[54] L'an 1341, Orig., Arch. du Doubs, B. 354.

[55] Arch. du Doubs, B. 411.

[56] Arch. du Doubs, B. 341.

[57] Les habitants de Charriez obtinrent une diminution et un délai pour payer leur redevance (Arch. du Doubs, B. 333).

[58] Bibl. nat., collection Moreau, t. 900, Comptes de 1343-1344, fol. 384 et suiv.

[59] Arch. du Pas-de-Calais, Trésor d'Artois, A. 682.

[60] Arch. du Pas-de-Calais, A. 79, pièce du 10 décembre.

[61] Arch. du Pas-de-Calais, A. 611 et A. 616. Le second versement d'Hesdin est de 1.169 livres, et ce ne fut pas sans doute le dernier.

[62] Arch. du Pas-de-Calais, A. 622.

[63] Arch. du Pas-de-Calais, A. 624.

[64] Arch. du Pas-de-Calais, Trésor d'Artois, A. 613.

[65] Pierre Roger, né en 1292 au village des Rosiers, dépendance du château de Maumont, en Limousin, était fils de Guillaume, seigneur des Rosiers et de Marie Chambon. Il avait été successivement évêque d'Arras, archevêque de Sens, puis de Rouen, cardinal, conseiller du roi. Guillaume Roger, comte de Beaufort, son frère, fut père de Grégoire XI qui occupa la chaire de Saint-Pierre de 1370 à 1378. Pierre Roger avait prêté serment, comme archevêque de Rouen, à Jean le Bon, duc de Normandie, fils aîné du roi. Il avait prêché la croisade, en 1333, et avait été chargé de plusieurs missions par Philippe de Valois, qui l'employa pour traiter de la paix avec le roi d'Angleterre.

[66] Ces 320 florins au lion valent 52 s. la pièce, et en somme 832 l. (Arch. du Pas-de-Calais, A. 617). La somme fut parfaitement rendue au prêteur Hugues de Pommard, le 20 juin de la même année (Idem, A. 619).

[67] Compte d'Edouard Tadelin, Bibl. nat., fr. 20683, Douet-d'Arcq. Comptes de l'argenterie, p. 32.

[68] Compte d'Edouard Tadelin, Bibl. nat., fr. 20683, Douet-d'Arcq. Comptes de l'argenterie, p. 28.

[69] Arch. du Doubs, B. 246.

[70] Arch. de la Côte-d’Or, Chambre des comptes, B. 5742, Rouvre, 1341-1342.

[71] Grandes Chroniques de France, t. V, p. 417.

[72] Villeneuve Saint-André, près Avignon, mai 1342, Arch. nat., JJ. 74, fol. 183, n° CCCIX.

[73] Arch. de Saône-et-Loire, fonds de Lancharre.

[74] Arch. de la Côte-d'Or, H. 1253, comptes de Lantenay.

[75] Arch. du Pas-de-Calais, A. 619 Les bagages et harnais du duc partirent après lui d'Avignon, et n'arrivèrent à Lantenay que le dimanche après la S. Barnabé (15 juin) (Arch. de la Côte-d'Or, comptes du châtelain de Lantenay, H. 1253.)

[76] Bibl. nat., Portefeuille Decampt, 83.

[77] Cum magna militia, Moranvillé, Chronogr. rer. Francor., t. II, p. 200.

[78] Les harnais de guerre furent conduits par douze chevaux et le voyage qui dura vingt jours coûta 320 livres (Arch. du Pas-de-Calais, Trésor d'Artois, A. 80).

[79] 10 décembre 1342, Arch. nat., X1a 8817, fol. 286 r° ; J. Viard, Lettres d'état, n° 189.

[80] Grandes Chroniques de France, t. V, p. 420.

[81] 3 juillet 1313, Orig., Arch. du Doubs, B. 507 ; Chevalier, Histoire de Poligny, t. I, p. 178 et pr. n° XCVIII.

[82] 9 octobre 1343, Orig., Arch. du Doubs, B. 507.