HISTOIRE DES DUCS DE BOURGOGNE DE LA RACE CAPÉTIENNE

TOME SEPTIÈME

 

CHAPITRE XLIX. — EUDES IV - 1329-1336.

 

 

Mort de Mahaut, comtesse d'Artois. — Mort de Jeanne de Bourgogne-Comté, veuve de Philippe le Long, belle-mère d'Eudes IV. — Prise de possession du comté de Bourgogne et réception des hommages par la duchesse. — Arrivée du duc. — Prise de possession de l'Artois. — Intérêt des comptes journaliers de t'hôtel ducal. — Évènements de la Cour de France, visites, réceptions, fêtes. — Accouchement de la reine, mort du prince Louis. — Voyages et nouvelle entrée du duc et de la duchesse en Artois. — Nombreux déplacements d'Eudes IV. — Compétition de Robert d'Artois débouté de ses prétentions. — Réclamations du dauphin de Viennois ; concessions qui lui sont faites. — Les seigneurs francs-comtois mécontents s'emparent d'Hugues de Bourgogne, lieutenant du duc dans le comté, l'amènent prisonnier et ne le relâchent qu'après forte rançon. — Traité d'Eudes IV avec le comte de Savoie, à Chambéry, dans l'éventualité d'une guerre. — Le roi règle les prétentions du dauphin de Viennois. — Invitation aux seigneurs de faire hommage au duc. — Installation du Parlement et de la Chambre des comptes à Dôle ; première session. — Excursion du duc dans le comté. — Projets de mariage entre Philippe-Monsieur, fils d'Eudes IV, avec Jeanne, héritière des comtés de Boulogne et d'Auvergne. — Jean Aubriot, gouverneur d'Artois et du Boulonnais après Hugues de Corabœuf, nommé évêque de Chalon-sur-Saône. — Jean, duc de Normandie, à Hesdin. — Voyage du roi en Artois. — Accouchement de la duchesse à Villiers-le-Duc.
Guerre de Franche-Comté. — Causes de la rébellion des seigneurs francs-comtois. — Jean de Chalon-Arlay à la tête des confédérés. — Abus d'autorité de Gui de Saint-Seine, seigneur de Villefrancon, en l'absence du duc accompagnant le roi et la reine en Languedoc et en Avignon. — Déclaration de guerre des confédérés francs-comtois le jour de l'arrivée du roi et du duc à Beaune. — Incendie de Salins. — Le roi quitte la Bourgogne. — Arrivée du duc à Dôle.  — Premières chevauchées. — Alliances de Jean de Chalon en Allemagne, en Suisse et en Lorraine. — Le duc met le roi dans ses intérêts. — Mandement général des vassaux d'Eudes IV qui exigent une promesse de solde avant de marcher. — Courtoisies intéressées qui déterminent les enrôlements des sires de Vienne, d'Arguel, de Montbelet, d'Antigny, de Rougemont, du sénéchal Anseau de Joinville. — Curieuses excuses fournies au duc par le comte d'Auxerre, le duc de Lorraine, Jean de Savoie, le sire de Beauvoir. — Pillages et dévastations. — Réunion des troupes ducales. — Siège de Chaussin. — Chevauchées à Montbéliard, Mandeurre ; incendie de Lure. — Capitulation de Chaussin par la trahison. — Reprise du château de Marnay, appartenant au sénéchal de Joinville et occupé par les confédérés. — Détail des hostilités. — Investissement de Besançon. — Massacres dans les champs de Saint-Ferjeux. — Négociations et trêves avec le duc par l'entremise de l'archevêque de Besançon. — Retraite de l'armée ducale. — Indemnités accordées aux belligérants d'Eudes IV.

 

Le 26 novembre 1329, des courriers partis de l'hôtel d'Artois à Paris et expédiés dans diverses directions[1], portaient nouvelle que la comtesse Mahaut, frappée la veille d'une terrible maladie, était sur le point de mort. La reine Jeanne, sa fille, le duc et la duchesse de Bourgogne, le comte de Flandre, ses petits-enfants, ne purent arriver à temps pour fermer les yeux de la princesse qui mourut le lendemain. Malgré la célérité que mit Eudes pour se rendre à cet appel, il n'assista point aux cérémonies funèbres qui eurent lieu à Pontoise et à l'abbaye de Maubuisson[2]. Mais il avait trop d'intérêts à défendre pour ne pas surveiller les agissements des compétiteurs qui n'allaient pas manquer de lui disputer son héritage.

La reine Jeanne de Bourgogne-Comté, sa belle-mère, partie du château de Bracon, le rejoignit quelques jours plus tard, et après six semaines de deuil elle prit route pour l'Artois, en compagnie d'Hugues de Corabœuf doyen de Chalon, chancelier de Bourgogne de Jean de Melun et de Richard d'Antigny. Mais elle mourut inopinément à Roye-en-Vermandois, le 21 janvier 1330 et les gens de sa suite rapportèrent son corps à Paris, pendant que d'autres officiers allaient prendre possession de l'Artois.

La duchesse de Bourgogne fut touchée à Jugny, le 26 janvier, par le message qui lui annonçait ce nouveau malheur, et par l'ordre du duc de partir sans aucun retard avec Robert, comte de Tonnerre, son frère, pour recevoir l'hommage des seigneurs francs-comtois. Malgré son deuil et sa douleur, elle se mit en route le lendemain pour le château de Rouvre, fit célébrer à Brazey un service funèbre desservi par vingt-sept prêtres, traversa la Perrière, Dôle, Villers-Farlay, arriva cinq jours après, le 1er février, à Bracon, y reçut les bourgeoises de Salins qui vinrent lui offrir leurs condoléances et qu'elle retint à dîner. A Arbois, la duchesse et Robert, fondé de pouvoirs de son frère, jurèrent aux échevins et à la communauté de respecter les privilèges de la ville, en présence des seigneurs précités, d'Alexandre de Blaisy, de Jean de Thil, de Jean de Bellenod et de Gui de Villefrancon[3].

Ce même jour la duchesse reçut un courrier de la reine lui apportant une lettre de condoléance, puis elle parcourut le comté, passa à Bolandoz, Ornans, Naisey, Baume-les-Dames, Clerval, Étornay, Fraisans, ne fit que toucher barre à Châtillon-le-Duc, près Besançon, chez son grand-oncle Hugues de Bourgogne et revint précipitamment par Orchamps, Dôle et enfin Brazey-en-Plaine où elle arriva le 8 mars.

Il faut croire que de ce côté de Besançon, malgré les gens d'armes de sa nombreuse escorte, l'accueil fait par les féodaux n'avait pas été encourageant, puisque le duc, mandé de Paris, se rendit directement à Bracon et passa une douzaine de jours dans le comté avant de rejoindre sa femme à Brazey. Mais il était tellement fatigué et deshaitiez qu'il fut forcé d'ajourner un rendez-vous à Rouvre avant d'aller prendre une semaine de repos à Aisey-le-Duc.

Pendant ce temps, Hugues de Corabœuf et Jean de Salins prenaient possession du comté d'Artois et étaient en opération dès la fin de janvier[4]. Jean de Melun et Mile de Noyers, seigneur de Maisey, recevaient les hommages des féodaux.

Le duc et la duchesse étaient eux-mêmes tenus de rendre leurs devoirs au roi pour le double héritage qui leur advenait. Partis tous deux d'Aisey, le 27 mars 1330, ils étaient cinq jours après à Paris et nous pouvons, pendant une année entière, les suivre dans leurs pérégrinations quotidiennes avec le comptable, témoin sûr et fidèle, qui ne laisse dans l'ombre aucune de leurs actions, nous montre dans l'intimité les personnages mis en scène et nous permet pour ainsi dire de vivre avec eux. Nous sommes au courant de leurs relations d'amitié, de famille, de politique ou de convenances, par les visites, les messages, les présents ou les réceptions. Nous pouvons les accompagner dans leurs nombreuses résidences, à l'hôtel d'Artois, à l'hôtel Sainte-Geneviève, à Gentilly, Conflans, Becoisel, Essonnes. Pontoise. Le roi les reçoit à Saint-Germain-en-Laye, au Palais à Paris, dans son château de Tournan, acheté par les Valois aux sires de Garlande. La reine Jeanne, femme de Philippe de Valois, est pleine d'attention el de soins délicats pour la duchesse, sa belle-sœur, lui envoie des provisions, des pâtés, des esturgeons. Nous assistons à des services à Saint-Denis, à Longchamp, à Saint-Maur-des-Fossés, à Conflans, à la première messe d'un prêtre, au mariage d'officiers, comme celui du châtelain de Montbard dont l'hôtel ducal fait les frais, aux festins offerts aux personnages de la Cour, à Guichard de Beaujeu, Jean de Castille, duc d'Aumale, Mile de Noyers, à la reine, au chancelier, à des dames, à Marguerite de France, comtesse de Flandre, à la vidamesse de Chartres, à Jeanne de Châteauvillain, dame de Beaujeu, à Jeanne de Montbéliard, dame d'Antigny, à la dame de Beaufort, à Jeanne de Châtillon, comtesse de Brienne et d'Athènes, à la comtesse d'Alençon et de Joigny et même à des simples bourgeois et dames. Aucune libéralité, largesse ou œuvre de charité n'est omise, qu'il s'agisse du roi des ribauds d'Arras qui s'est cassé la jambe[5], d'une pauvre femme qui a le bras brisé, de ménestrels, de gentilshommes besogneux, d'actes de bienfaisance ou de secours à des infortunes diverses.

Le 9 juin, la duchesse va tenir compagnie au château Je Saint-Germain à la reine qui est accouchée d'un fils Louis, pour lequel on envoie frère Jean, le confesseur, en pèlerinage à Chartres, chargé d'offrir à Notre-Dame de cette ville quarante-et-un cierges représentant son poids. Le 30 du même mois, elle passe la Seine avec ses gens pour aller à l'enterrement de l'enfant et des courriers sont expédiés pour contremander la fête des relevailles, si malheureusement remplacée par une cérémonie de funérailles.

Pendant cinq mois de séjour à Paris où se trouvaient les conseillers du duc, il y eut des débats pour la succession avec Louis, comte de Flandre, débats courtois d'ailleurs par suite de la bonne harmonie qui régnait entre les deux beaux-frères. Mais tout en reconnaissant les droits d'Eudes favorisé par le testament de la reine Jeanne il était juste que Louis fût indemnisé par une redevance pécuniaire. Un traité passé à Becoisel, le 2 septembre[6], stipula que l'Artois appartiendrait au duc, mais qu'i : serait alloué au comte de Flandre une rente de dix mille livres, assise partie sur la châtellenie de Bapaume, partie sur le comté de Bourgogne.

De Becoisel, le duc et la duchesse partirent pour l'Artois avec leurs principaux officiers[7], en passant par Senlis, Compiègne, Noyon, Nesle, Péronne, Bapaume et Arras. Les gens de service de la duchesse séjournèrent un mois dans cette dernière ville pendant que les suzerains parcouraient l'Artois[8] et faisaient leur nouvelle entrée dans les diverses localités. Partout ou leur fit fort bon accueil, partout on avait fait des frai ; considérables pour les bien recevoir, comme à Hesdin Gosnay, Lens[9]. A Saint-Omer, on leur apporta deux douzaines de butors et des hérons ; ils y reçurent le 23 et le 24 septembre les bourgeois et bourgeoises de la ville, et les dépenses des festins dépassèrent quatre cents livres[10]. Ils firent leur entrée à Calais le 26[11], et après la réception de tant d'hommages et de fêtes où ne devaient pas être sans fatigues, ils revinrent le 10 août à Arras[12].

De cette ville, le duc se dirigea sur Paris, pendant que la duchesse, sous la direction d'Hugues de Corabœuf et de Gui de Touci, reprenait le chemin de Bourgogne. Elle reçut dans son voyage les condoléances et aussi les félicitations de plusieurs personnages. En passant à l'Isle-Aumont, Etienne, seigneur de Saint-Phale et sa femme, Guillemette de Ray, vinrent la saluer et liner avec elle, ainsi qu'Erard de Jaucourt, seigneur le Dinteville et Jeanne de Fontette, Mile de Noyers et Jeanne de Montbéliard, dame d'Antigny. Elle arriva le 4 novembre à Montbard auprès de Philippe Monsieur, son fils, qui n'avait encore que sept ans, et qui avait déjà sa maison montée et un service d'hôtel distinct. Elle s'y trouva avec Robert de Bourgogne, son beau-frère, et Jeanne de Chalon, Guillaume le Vienne, la comtesse de la Roche, les dames de Thil, de Fley, des Granges, d'Epoisses.

Le duc vint la rejoindre à Montbard et reprit avec elle, on décembre, la route de Paris. C'était pour la quatrième fois et dans la même année qu'il faisait ce voyage, indépendamment de ses excursions en Artois et dans le comté.

Les compétiteurs ardents qui revendiquaient une partie du riche héritage étaient déjà en campagne. Robert d'Artois, marié à la sœur de Philippe de Valois et jouissant d'un grand crédit, ne pouvait se consoler de la perte des domaines possédés par son aïeul et avait présenté au roi, son beau-frère, les fausses lettres fabriquées par la Divion. Il avait espéré par cette dernière tentative et parle procès intenté à Eudes relativement à l'Artois, arriver à son but. Mais la reine Jeanne e sœur d'Eudes, et dévouée à ses intérêts, ayant pris son parti, le duc n'eut qu'indirectement à intervenir dans les débats qui s'instruisirent au Parlement et dont ses clercs et procureurs étaient chargés[13]. La justice seule donna la solution de cette affaire. La Divion fut brûlée vive[14] et Robert d'Artois, se dérobant par la fuite à la condamnation qui le frappait, devint en Angleterre l'un des plus chaleureux instigateurs de la guerre qu'Edouard II allait déclarer à la France.

La menace la plus sérieuse ne venait pas de ce côté Les revendications de Guigues, dauphin de Viennois, avec lequel Eudes ne voulait plus avoir de rapports, étaient bien autrement inquiétantes. Les droits de la dauphine Isabelle étaient les mêmes que ceux de la comtesse de Flandre et il était difficile de ne pas accorder à l'une ce que l'on avait donné à l'autre. Mais il était pénible au duc de faire une cession quelconque au geôlier de son frère, après la rançon et les sommes exorbitantes versées depuis la malheureuse affaire de Varey.

Les seigneurs francs-comtois, fièrement jaloux de leur indépendance et toujours hostiles à la domination si longtemps rêvée par nos ducs et à l'annexion de leur province, n'avaient point attendu le concours du dauphin de Viennois pour lever l'étendard de la révolte. La plupart descendaient des anciens comtes palatins et avaient des prétentions à faire valoir Jean de Chalon-Arlay, Raoul, marquis de Bade, gendre de Renaud de Bourgogne, comte de Montbéliard Thibaut de Neuchâtel, vicomte de Baume ; Jean, sire de Faucogney. Tous furent rapidement ligués par le même intérêt et par une passion commune, car, s'ils avaient éprouvé quelque mécontentement à voir la duchesse prendre aussi rapidement possession du comté et recevoir le serment des vassaux, ils manifestèrent une extrême indignation en apprenant que le dernier frère survivant t 'le leur suzerain, le vieux Hugues de Bourgogne, qui aurait dû être leur allié principal, avait accepté, au nom d'Eudes IV, le gouvernement du patrimoine possédé par ses ancêtres. Ils résolurent de se venger d'un acte qu'ils regardaient comme une félonie, et sans pitié pour ses cheveux blancs, ils vinrent l'assiéger dans le château de Châtillon-le-Duc et le conduisirent prisonnier dans la forteresse du Chatel-Haut de Rougemont, en Alsace[15], appartenant à Jeanne de Montbéliard, femme du marquis de Bade.

C'est là que, le 14 mars 1331[16], Hugues de Bourgogne, en présence d'Eudes, sire de Montmartin, François, seigneur de Ruppe, et autres, scella une reconnaissance d'une rançon de vingt mille livres, qui devait être payée par le duc au marquis de Bade, indépendamment de sept mille livres exigées pour ses dépenses en prison pendant sept mois, sommes qui seraient payables à Ruppe, près Belfort, au diocèse de Bâle. En rentrant de Paris dans ses états, le duc Eudes reçut avis de cette amère aventure, dont il lui fallait encore payer les frais. Il partit aussitôt pour Chambéry et quelques jours après y passa, le 19 mars 1331[17], un traité d'alliance offensive et défense avec Amé, com te de Savoie, « pour maintenir la bone amour qu'a esté par les tems passez ça en arriers entre les ducs de Borgoigne et les comtes de Savoye », mais sans que cet acte mentionne aucune des causes qui en avaient motivé la rédaction. Les seigneurs de Noyers et de Baume étaient seulement laissés juges de l'opportunité de cette alliance dans une éventualité de guerre. Les coutumes et les lois de la chevalerie ne permettaient pas à Eudes de se dérober aux obligations qui lui incombaient par la captivité de son oncle et mandataire. Il fut forcé de faire plusieurs paiements au marquis de Bade, qui lui en donna quittance[18] et pour comble de malheur, Hugues survécut peu à ces versements et mourut après août 1331[19].

Le roi Philippe de Valois nommé arbitre dans les revendications du dauphin de Viennois pour l'héritage de la reine Jeanne, lui fit part égale à celle attribuée au comte de Flandre, c'est-à-dire une rente de dix mille livres eu fonds de terre, assis partie en Artois, partie en Comté, sur les domaines de Salins, Montmorot et Château-Chaton, à condition que, si Blanche, leur belle-sœur, exigeait aussi ses droits, la somme qui lui serait allouée serait prise sur leur revenu et ne serait point à charge au duc. Cette sentence équitable, rendue à Rouen, en mai 1331[20], imposait en outre au dauphin de Viennois l'obligation de faire reconnaître la suzeraineté du duc en Franche-Comté et de forcer Jean de Chalon-Arlay et ses adhérents à rendre hommage et obéissance. Le roi s'engageait lui-même à demander au duc le pardon des injures et de la résistance de ses nouveaux sujets.

Peu de temps après[21] en effet, le dauphin, faisant contre fortune bon cœur, et s'adressant à Jean de Chalon, aux bourgeois, aux communes et aux habitants du comté, les invitait, en termes peu pressants il est vrai, de faire hommage au duc, mais il ne se hâta point lui-même de rendre ses devoirs pour les fiefs d'Artois qui lui avaient été livrés, prétendant qu'il n'en devait point. Le roi, souverain de l'Artois, les fit saisir et les garda jusqu'à ce qu'il eût rempli les formalités exigées[22].

Devenu possesseur incontesté de ces provinces, le duc mit à exécution son projet d'établissement de chartreux dans sa maison de Fontenay, près Beaune, où il fit bâtir à ses frais une église et un monastère dotés d'une rente de quatre cents livres de terre, qu'il garnit d'ornements et de livres, et dont il se réserva la garde et la justice. La communauté devait être desservie par douze religieux, un prieur et trois frères, et pour le moment Henri fut installé comme prieur. L'acte de cette fondation fut passé à Saint-Denis, le lendemain de Pâques, le 20 avril 1332[23].

En janvier de cette année, Eudes avait été dans l’Ile-de-France et avait séjourné près du roi à Fontainebleau[24]. En juin, nous le trouvons à Gray et en Franche-Comté[25], où il maintint comme trésorier Richard des Bans, depuis plusieurs années au service de la comtesse Mahaut. Le 7 août, il arriva en Artois[26], séjourna à Arras, à Hesdin, puis à Paris, et paraît avoir figuré en ce moment dans une joute, quand il retint à ses gages Jean de la Planche, seigneur d'Hérembaut, pour le servir en ses tournois[27].

Les difficultés, que pouvait redouter Eudes ne venaient pas de l'Artois, dont les populations lui étaient sympathiques il n'avait à désarmer que le mauvais vouloir et l'hostilité non déguisée des seigneurs francs-comtois, dont la récente et fâcheuse aventure de son oncle lui avait donné la mesure. La résistance partait surtout de la région de Besançon, où dominaient l'archevêque et Jean de Chalon, qui portait le titre de vicomte de cette ville. Il était d'une bonne politique de donner plus d'homogénéité à l'administration de la province, et de faire fusionner les services. Le 9 février 1333, il reconstitua la chambre des Comptes, ainsi que le Parlement, et fit de Dôle, localité centrale de ses domaines, et ancienne résidence préférée de l'empereur Frédéric Barberousse, le siège de ces deux institutions[28]. Là, devaient être jugées en appel les causes et les sentences prononcées par les officiers, baillis ou juges subalternes.

L'ouverture du Parlement de Dôle eut lieu le jour de Pâques, 4 avril 1333, et la session dura trois jours. Le duc y assista ainsi que son chancelier et les membres de son conseil[29]. Cette première réunion ne fut pas sans solennité par suite des personnages et de l'escorte nombreuse qui parcoururent le comté avec Eudes[30], et passèrent successivement à Poligny, Bracon, Baume-les-Dames, Clerval, Montjustin, Fondremand, Châtillon-le-Duc, et Gray, où nous les trouvons le 10 mai dans la maison des Frères-mineurs[31]. Cette promenade militaire faite en grand appareil ressemblait presque à une chevauchée, et avait probablement pour but d'intimider les barons récalcitrants. Les réceptions se faisaient avec une certaine solennité dans chaque localité les châtelains et les prévôts venaient au-devant d'eux en armes[32]. Ils avaient du reste été prévenus, dès le 9 mars[33], ainsi que Guillaume de Montbis, Huguenin d'Acollans, les sires de Neufchâtel, de Rougemont, de Beauvoir, et plusieurs autres nobles de venir au mandement, chaque fois qu'ils seraient avertis avec les gens d'armes qu'ils pourroient avoir. A Baumes-les-Nonnes, Jean de Chalon, comte d'Auxerre, vint rendre ses devoirs à Eudes, qui l'accueillit avec courtoisie et le reçut à sa table. Les habitants de Besançon faisaient prendre dans les rochers de cette châtellenie les faucons qu'ils offraient jadis aux gardiens de leur cité le duc, toujours préoccupé d'augmenter te nombre de ses oiseaux favoris, chargea un fauconnier d'en prendre un certain nombre au nid et de les nourrir.

Le voyage se termina heureusement pour Eudes qui parvint à racheter à son cousin Henri de Bourgogne-Comté, moyennant cinq mille livres estevenans, les terres de Fondremant, de Chissey, et les droits auxquels il pouvait prétendre dans la succession de son oncle Hugues[34]. Les caisses du lombard Daniel Asinier et du juif Rubiangin contribuèrent à payer une bonne part de la dette contractée à cette date. Des travaux et des réparations furent entrepris dans plusieurs forteresses, Dôle, Montmirey, Montboson, etc. Philippe-Monsieur n'avait encore que dix ans, et déjà son mariage était arrêté avec Jeanne, fille de Guillaume, comte de Boulogne et d'Auvergne, et de Marguerite d'Evreux, de trois ans plus jeune que lui[35]. Ils étaient rattachés par une parenté assez rapprochée du troisième et quatrième degré, mais les complaisances du Saint-Siège étaient connues, et le pape expédia une dispense pour le mariage des deux enfants, le 20 avril 1333[36]. Cette alliance purement politique offrait de grands avantages, et permettait l'extension du domaine en Artois, car l'orpheline, ayant perdu à la fois son père et son frère[37], était seule héritière des comtés de Boulogne et d'Auvergne. Rentrés en Bourgogne à la fin de mai, le duc et la duchesse séjournèrent à Lantenay, Vergy, Argilly, puis, en juillet, regagnèrent l'Artois, dont les populations et les seigneurs leur étaient sympathiques. A quelques exceptions près, ils avaient reçu les hommages des vassaux lors de leur première entrée, et l'on n'avait eu à sévir que contre quelques rebelles, comme Luppart de La Cauchie, dont les terres avaient été saisies puis restituées[38].

Hugues de Corabœuf, chancelier de Bourgogne, chargé jusque-là de la direction des affaires en Artois, venant d'être promu, le 18 mai, à l'évêché de Chalon-sur-Saône, il fallait le remplacer pendant qu'il allait prendre possession de son siège épiscopal. Eudes installa son ancien maitre Jean Aubriot au gouvernement de cette province ; et lui confia en même temps la gérance du Boulonnais, pour surveiller l'héritage de la jeune héritière fiancée à Philippe-Monsieur. Pendant les mois d'août et de septembre, le duc et la duchesse passèrent à Arras, Hesdin, Eperlecque, Douai, Montreuil-sur-Mer, mais prévenus de quelques menées qui se faisaient contre leur autorité dans le comté le Bourgogne, ils regagnèrent le duché. Le seigneur lie Villersexel avait maltraité les sergents de la châtellenie de Clerval, et les gens de l'archevêque de Besançon ne s'étaient pas montrés plus respectueux pour les officiers ducaux. Cette attitude de rébellion nécessita une chevauchée du châtelain de Baumes et du prévôt de Clerval[39].

Le château d'Hesdin, dont les peintures murales se faisaient par les soins de Laurent de Boulogne, et dont les verrières venaient d'être placées récemment, avait une réputation de magnificence qui s'étendait au loin. Pendant tout son règne, Eudes fit des dépenses considérables et ne négligea rien pour parachever les travaux commencés par la comtesse Mahaut dans cette résidence préférée. Jean, duc de Normandie, vint y passer quelques jours à la fin de septembre 1334[40]. Le récit qu'il fit de ces merveilles engagea sans doute plusieurs personnages de la cour de France à s'y rendre. Blanche de Bourgogne, comtesse de Savoie, y vint au mois d'août de l'année suivante et le roi annonça officiellement son arrivée, mais il fut obligé de retarder son voyage de quelques jours, et les premiers préparatifs ordonnés par le duc ou plutôt par Hugues de Corabœuf son gouverneur d'Artois, furent en partie perdus[41]. Il devait arriver le 1er et le 2 septembre 1335, mais il ne vint que le mercredi 6 du même mois à[42] Hesdin, d'où il se rendit à Boulogne[43]. Cette réception royale occasionna de grands frais, mais ce qu'il est surtout intéressant de constater, c'est le prodigieux amas de provisions fait à cette occasion[44].

On voit qu'Hugues de Corabœuf, évêque de Chalon, après avoir pris possession de son siège, remplissait nouveau les fonctions de gouverneur d'Artois, car le chancelier Jean Aubriot, conseiller intime du duc, qui avait occupé cette charge par intérim, assistait le 14 décembre 1335 au parlement de Beaune, lorsque Eudes donna son approbation aux règlements de comptes passés avec Edouard de Bar[45].

A ce moment Guigues, dauphin de Viennois, était décédé. Il avait été tué, le 28 juillet 1333, percé d'une flèche devant le château de La Perrière. Isabelle de France, sa veuve, paraît s'être réconciliée momentanément avec sa belle-sœur, car nous la trouvons, en compagnie de la duchesse, à Villaines-en-Duesmois[46] et à Jugny[47] quelque temps après, lorsqu'elle accepta l'assiette des terres qui lui avaient été assignées par les procureurs du roi. On lui fait même des cadeaux, elle reçoit en présent des draps d'écarlate vermeille pour son habillement[48].

La duchesse était alors sur le point d'accoucher, et d'après quelques indications et les emprunts faits à Rubiangin, juif de Dôle, à l'occasion de ses relevailles[49], ou peut supposer que cet événement eut lieu à la fin de l'année 1335, à Villiers-le-Duc. L'enfant, dont nous ne connaissons pas le sexe, ne vécut pas longtemps, et fut sans doute l'un de ceux qui reçurent la sépulture au Val-des-Choux.

 

GUERRE DE FRANCHE-COMTÉ. — Jean de Chalon-Arlay était encore en relations avec le duc, en 1334, quand il lui envoya un courrier pour lui annoncer la naissance d'un enfant[50]. A la fin de l'année suivante le désaccord était complet. Il y avait eu des difficultés entre les officiers Mathieu d'Ambronay avait été pris par le sire de Vaugrenant[51], au nom du duc. Gui de Saint-Seine, seigneur de Villefrancon, s'était emparé au château d'Arlay de plusieurs vassaux de Jean de Chalon, les avait fait incarcérer[52], et d'après ses ordres, ses prévôts de Poligny et de Bezençon [?], réunissant les sergents de leurs châtellenies, étaient allés, bannière en tête, gager le sire d'Arlay[53].

Ces procédés n'étaient pas de nature à entretenir les bons rapports, mais ils ne déterminèrent pas une guerre immédiate, car on annonçait, dès février, le passage du roi, et le duc toujours à court d'argent, avait envoyé l'ordre aux baillis, châtelains et trésoriers de se mettre en campagne afin de contracter des emprunts[54] pour recevoir dignement Philippe de Valois. L'argent et les provisions en nature affluèrent de tous côtés. Les veneurs chassèrent pendant treize jours dans les forêts de Salmaise pour prendre des chevreuils[55], tandis que les meutes de ta vénerie ducale donnaient ailleurs la chasse aux sangliers. On envoya des garnisons de vins à Argilly, Talant, Rouvre. Pendant plusieurs jours les habitants de Volnay furent employés à réparer les chemins depuis Saint-Romain jusqu'à la Grange-au-Vagey, pour faire passer le cortège royal.

Eudes IV était alors absent de ses états il accompagnait la reine, sa sœur et le roi dans leur voyage du Languedoc, et dut, avec eux, passer à Cahors, Toulouse, Carcassonne, Béziers. On est assuré que le mercredi 9 février, jour des Cendres, le roi, la seine Jeanne, leur fils Jean, le duc de Bourgogne et de nombreux seigneurs firent leur entrée à Montpellier et qu'ils y séjournèrent huit jours[56]. Le cortège royal se dirigea ensuite à Avignon, où furent entamées des négociations avec le pape Benoît XII et des conférences relatives aux projets de croisade, passa quelques jours à Lyon et n'arriva que le 14 avril à Beaune[57].

Gui de Villefrançon, gardien du comté, ayant les pouvoirs les plus étendus en l'absence du duc, mit sans doute quelque raideur dans l'administration qui lui était confiée et ne sut pas ménager l'amour-propre des fiers barons francs-comtois. Le jour de Pâques fleuries, 24 mars 1336, les gens d'armes venus à son mandement allèrent s'emparer des châteaux de Montmorot et de Montrond[58] et en prirent possession. Des dommages causés sur les terres de Thibaut rie Neufchâtel, dans sa vicomté de Baumes, dans sa garde de Lanthenans et ailleurs, provoquèrent une irritation extrême parmi les chefs du haut baronnage. Henri de Montfaucon et Raoul, marquis de Bade, gendres de Renaud, comte de Montbéliard, toujours mécontents du lot de partage dans la succession de leur beau-père, profitèrent de l'occasion pour faire valoir leurs revendications. La plupart, ligués bientôt par un sentiment commun de résistance, firent le serment de se venger.

Le 14 avril, le jour même de l'arrivée du roi et du duc à Beaune[59], où de grands préparatifs de fêtes les attendaient, un homme d'église, un chapelain émissaire des confédérés, apportait de leur part un défi et une déclaration de guerre, qui durent causer quelque émotion dans la brillante assemblée. On a conservé la lettre de provocation de Thibaut de Neufchâtel se plaignant amèrement des griefs qu'il reprochait à Eudes IV, des dommages causés par ses officiers, et se terminant par ces mots : savoir vous fais que je les amenderai sitôt comme je pourrai[60].

Malgré cet événement inattendu, le duc, en hôte courtois, ne voulut pas abandonner son royal visiteur et l'accompagna le 17 à Rouvre[61], où des fêtes avaient été également commandées. Sur ces entrefaites, arrivèrent les nouvelles de l'incendie de Salins et des ravages commis par les confédérés Philippe de Valois, craignant d'être indiscret ; résolut de ne pas prolonger son séjour dans de telles circonstances et précipita son départ. Eudes tint à le reconduire, le 20, à l'abbaye de Sainte-Marguerite[62] et, suivant l'usage, jusqu'à la limite de ses états, pour revenir en toute hâte à Dôle, où il arriva le 26.

Il y avait eu, avant l'arrivée du duc, un grand mouvement dans les garnisons du comté. Les châteaux de Gray, Poligny, Jussey, Vesoul, Montboson, Baume, Clerval furent mis en état de défense et Jean de Frolois, maréchal de Bourgogne, avec cent quinze chevaliers, écuyers et arbalétriers, arriva à Poligny (22 avril 1336) pour aviser aux mesures urgentes nécessitées par la circonstance. Il y fit des travaux, installa Guillaume de Vienne, seigneur de Sainte-Croix, comme gouverneur de la ville, tandis que Gui de Villefrancon, avec une bonne garnison, protégeait le château de Grimont qui la domine. Jean de Chalon n'avait pas attendu l'entrée en campagne de son adversaire pour s'assurer des alliances qu'il avait été chercher en Allemagne, en Suisse, en Lorraine. De nombreux emprunts faits aux Lombards et aux changeurs lui avaient permis d'acheter bien des partisans et de mettre en ligne des forces respectables, en y comprenant les milices communales de Besançon. Les comtes de Neufchâtel outre Joux, d La Roche, de Blamont, de Thierstein, Henri de Remiremont, Brocard de Fenestrange, les sires de Joux, de Villersexel, de Montferrand défendaient sa cause et se préparaient à marcher sous sa bannière.

Au moment où le duc était touché par le défi des confédérés, le soir même du 14 avril, Jean de Chalon escaladait les murs de Salins, mettait le feu aux quatre coins de la ville et détruisait les salines qui faisaient la richesse du pays. Les jours suivants Jean de Blonay incendiait Pontarlier ; Jean, sire d'Oiselet, brisait les portes de l'abbaye de La Charité et mettait à rançon l'abbé et les religieux puis, l'abbaye de Baume-les-Moines, le prieuré de Vaux, Arguel, Dampierre, Pointre, Montmirey, Foucherans[63] et de nombreux villages Sommadou, Montagu-les-Vesoul, Fontenay[64] et autres relevant du domaine ducal, deviennent la proie des flammes. Les garnisons de Poligny réussirent seulement à protéger Groson et sa saunerie, que le bâtard de Chalon et le baron d'Esclans voulaient brûler et détruire.

Tels étaient toujours les funestes résultats de ta guerre à cette époque. Les belligérants n'avaient encore rien trouvé de moins sauvage que d'atteindre leurs adversaires dans leur domaine et dans leur chose, en ruinant les populations qui en dépendaient.

Eudes avait répondu à ces premières hostilités en convoquant ses vassaux qui usèrent de représailles contre les agresseurs. Il en était résulté des escarmouches entre les divers corps de troupes qui avaient pour mission de protéger les châteaux et les forteresses menacés. Les curieux comptes que nous publions fournissent des dates certaines, et des détails sur lesquels nous n'avons pas à insister ici. Ils permettent de suivre pas à pas les péripéties de cette guerre qui a été justement nommée la guerre de Jean de Chalon.

Tout d'abord, le duc avait voulu mettre le roi dans ses intérêts, et pour prouver aux barons l'appui moral que Philippe de Valois prêtait à sa cause, il s'était fait délivrer, en le reconduisant dans l'abbaye de Sainte-Marguerite, le 20 avril[65], une ordonnance adressée aux gens du Parlement, pour ajourner les causes de ceux qui devaient le servir dans la guerre du comté. Le principal privilège qui en résultait pour les bénéficiaires, et ce privilège avait sa valeur, était de ne pouvoir subir de contrainte pour leurs dettes pendant toute la durée de leur service.

Plusieurs seigneurs du duché avaient répondu au premier appel et participé aux premières chevauchées, mais quand le duc fut arrivé à Dôle, le 27 avril, quand il eut lancé son grand mandement convoquant à l'octave de la Saint-Jean l'universalité de ses vassaux, tuit ses feauls queque il soient, et ouques il soient ès terres de monseigneur[66], quand les officiers s'entremirent de poursuivre ceux qui ne se mettaient pas en mesure d'obtempérer à cette ordonnance, peu s'en fallut dans le duché qu'il ne s'élevât, comme sous Philippe le Bel, une ligue féodale contre ces abus d'autorité. La noblesse toutefois était attachée à ses ducs, et y mit plus de forme. La supplique adressée à Eudes était conçue en termes courtois, mais énergiques[67]. Les féodaux déclaraient n'être point tenus au service militaire hors des limites du royaume de France, sinon de leur bonne volonté. La contrainte dont on les menaçait était la violation des droits et coutumes du duché. Ils réclamaient des lettres de non préjudice avant de marcher, le remboursement de leurs frais pour les chevauchées déjà faites, pour celles à effectuer, le paiement des chevaux morts, etc. Et des chouses dessus dites vous plaise respondre votre volontey avant ce que l'on chevaichoit. Ceci se traduisait, comme toujours, par une demande de solde. On voulait bien marcher, mais pour de l'argent.

Il fallait compter avec cette résistance inattendue, et faire droit à des réclamations justifiées dans les circonstances critiques que l'on traversait.

Le duc n'y manqua point. Avec un tact et une habileté qui ne sont démentis par aucun de ses actes, il sut désarmer les uns, et faire des autres les plus ardents défenseurs de sa cause. Les membres de la puissante famille de Vienne, qui avaient cependant plus d'un reproche à lui adresser, s'enrôlèrent tous sous sa bannière. Il restitua à Jacques, fils de Guillaume d'Arguel, le château d'Arguel dont on s'était emparé, et lui assura des revenus qui firent un allié de ce vassal de Jean de Chalon[68]. Des courtoisies intéressées déterminèrent l'adhésion de Richard, sire de Montbelet[69]. On rendit à Henri de Bourgogne-Comté la forteresse de Montrond qui lui avait été confisquée[70], et on lui offrit tant d'avantages qu'il marcha contre ses compatriotes. Le château de Bosjean donné à Guillaume d'Antigny, sire de Sainte-Croix, en fit un adhérent suivi par quarante chevaliers[71]. On acheta l'alliance des trois frères de Rougemont, Jean, Thibaut et Guillaume. Des traités passés avec divers barons enrôlèrent le sire de Beaujeu en Beaujolais avec cinquante hommes, Guillaume de Molon avec vingt-cinq, Mitier de Laye, Jacques L'Allemand et beaucoup d'autres[72].

Une influence qui n'était pas à négliger, et que l'on parvint à gagner, fut celle d'Anseau de Joinville, sénéchal de Champagne, qui apporta l'appui des vassaux de sa riche seigneurie de Marnay, et fut gratifié peu après du domaine de Port-sur-Saône[73].

Eudes obtint même la neutralité de Béatrice de Viennois, dame d'Arlay, la mère de son terrible adversaire, et déclara que comme elle avait reçu ses gens dans son château de Cuiseaux, il voulait qu'aucun dommage ne lui fût causé[74].

La notification du mandement pour les premiers jours de juillet fut également adressée au dauphin de Viennois, au comte de Savoie, au comte de Flandre, au comte de Genève, aux seigneurs de Villars et de Roussillon[75], qui s'y rendirent presque tous. Le comte de Savoie partit de Saint-André-en-Revermont et se fit envoyer de là ses approvisionnements[76]. Des chevaliers d'Artois, comme Flamand de Canny, amenèrent de sérieux contingents[77]. Hélie Bourgeoise, receveur d'Artois, perdit ses chevaux et ses harnais pendant cette campagne[78].

Plusieurs barons ne répondirent pas à la convocation, et les excuses de ceux qui comptaient des parents et des amis dans les deux camps sont des plus curieuses. Jean de Chalon, fils du comte d'Auxerre, déclare qu'il ne peut servir le duc contre son oncle d'Arlay, et ce qu'il ne dit pas, c'est que, pour éviter tout rapprochement, on vient de conclure le mariage de sa sœur avec Thibaut de Neufchâtel, le plus jeune des confédérés. Raoul, duc de Lorraine, neveu d'Eudes IV[79], allègue qu'il lui est impossible de quitter son pays, parce que les Allemands y sont entrés.

Dans une lettre pleine de dignité, Aimé de Beauvoir disait « mon très cher seigneur, combien que je sois povres homs, sy suis-je tenuz de lignaige et de sanc à Mgr de Chalons, et de si près que je ne li puis en aucune menière faillir. Sy vous prie que vous me haiez pour escusez lay ou il me faut faire son commandement, enfaçant mon devoir. Et se Dieu plait et Saint George, je vous entans une autre fois servir[80]... »

De la ville de Milan, Jean de Savoie, fils de Louis de Savoie, baron de Vaud, et beau-frère du comte d'Auxerre[81], donnait procuration à diverses personnes pour reprendre de fief les terres provenant de Marguerite de Chalon, sa femme mais pour la convocation dont il avait été touché, il exprimait au duc les regrets de ne pouvoir s'y rendre, étant retenu en Lombardie par les affaires de son beau-frère et de la dame de Milan, sa sœur, dont il ne pouvait sans déshonneur et sans félonie abandonner la défense et les droits[82].

Préparée depuis plus longtemps à la guerre, la fédération franc-comtoise avait pu impunément porter partout le pillage, la dévastation, l'incendie, et s'emparer d'un certain nombre de places fortes. Jean de Frolois, maréchal de Bourgogne, Robert de Grancey, sire de Larrey[83], le sénéchal Jean de Vergy, seigneur de Fouvent, le connétable Robert de Châtillon-en-Bazois, unissant leurs efforts à ceux de Gui de Villefrancon, d'Eudes de Cromary, avec l'aide des baillis et prévôts du comté, n'étaient pas en mesure de protéger le pays et d'arrêter le cours des déprédations. Mais lorsque le duc eut réuni à son mandement, à Dôle, le 3 juillet, toutes les forces dont il pouvait disposer, en y comprenant les milices communales du duché[84], les choses changèrent de face. Ses nouvelles recrues, qui n'avaient point encore pris part au pillage, paraissaient dans d'excellentes dispositions pour se dédommager de ce retard.

La forteresse de Chaussin appartenant par moitié aux Montfaucon et aux Chalon fut la première attaquée, et était investie dès les premiers jours de juillet. Le duc fit dresser les tentes autour de la place, et pendant ce temps les baillis du comté, qui connaissaient mieux le pays, eurent ordre de tenir la campagne. Gui de Villefrancon, Hugues d'Arc, Gui de Ville, le bailli de Mâcon Philippe de Chauvirey, le bailli de Chalon Eudes le changeur, Philippe de Villexon, Eudes de La Roche, Philippe de Jussey firent des courses dans toutes les directions, et leurs exploits ne se bornèrent pas à des pourvéances d'approvisionnements et de prises de bétail destinées à l'armée assiégeante[85]. Leur principale chevauchée eut lieu du 10 au 19 juillet, quand ils partirent du château de Montjustin pour arrêter les gens d'armes étrangers qui devaient pénétrer dans le comté au service des confédérés. Ils commirent de grands dégâts dans le pays de Montbéliard, s'emparèrent de Mandeurre appartenant à l'archevêque de Besançon, et portèrent la désolation jusqu'aux environs de Lure, dont la ville et le monastère furent brûlés[86].

Après cet exploit, ils revinrent au siège de Chaussin qui traînait en longueur. La place, vigoureusement défendue, fut obligée de capituler dans les premiers jours d'août, à la suite d'une résistance qui avait duré plus d'un mois. Elle fut emportée ou plutôt livrée par la trahison d'un nommé Juliotte que l'on parvint à corrompre[87]. Girard de Thoire en fut nommé gouverneur, et deux cents sergents des bannières ducales de Poligny et de Groson y prirent quartier sous les ordres de Renaud le Sage et d'Humbert Clerc, lieutenants des prévôts de ces localités.

Les confédérés, fort irrités du concours que le sénéchal de Champagne Anseau de Joinville avait apporté au duc, s'étaient emparés de son château de Marnay relevant de Jean de Chalon, et y avaient mis une forte garnison. Eudes IV ne voulut pas laisser le domaine d'un allié aux mains de ses adversaires, et ordonna l'attaque aussitôt après la reddition de Chaussin. La place située en plaine, sur les bords de l'Ognon, n'était pas en état de résister longtemps, et, au bout de quelques jours, elle fut prise à la suite d'une vigoureuse escalade, dans laquelle le sénéchal Jean de Vergy, à la tête de cent hommes d'armes, avait joué le principal rôle. Les populations des villages de la région éprouvèrent le contre-coup de cette lutte, et furent pillées impitoyablement à Bay, Virey, Sornay, Gevigney[88], Pesmes, Chaucey, Ornans, on enleva les grains, le bétail, les vêlements, les meubles, et même les ornements d'église. Tous les produits de ces rapines furent apportés en l'ost au siège de Marnay[89].

Il y eut aussi des engagements partiels dans lesquels les partisans du duc n'eurent pas toujours l'avantage, comme à Colonne, à Plasne près de Poligny, où les coureurs, surpris par l'arrivée inattendue de Girard de Montfaucon, laissèrent plusieurs morts sur le champ de bataille ; et eurent de nombreux blessés que l'on ramena à Poligny, où ils furent soignés par Guillaume Goux, chirurgien de cette ville.

La reddition de quelques places fortes n'était pas suffisante pour abattre la confédération. Le duc comprenait qu'il fallait frapper un grand coup car s'il comptait dans ses rangs des chevaliers prêts à le servir pendant une longue durée, d'autres n'avaient contracté un engagement que pour quarante jours, et le temps pressait. Il avait lancé un mandement à tous les corps de troupes isolés qui battaient la campagne, et leur avait enjoint de se trouver devant Besançon le mercredi devant l'Assomption Notre-Dame (14 août).

Ce même jour, Jean de Chaumoron, prévôt de Gray, le bailli Gui de Villefrancon et les milices de Poligny, ainsi que les prévôts de Vesoul, Charriez et Baume, arrivèrent bannières en tête avec les gens d'armes de leur garnison, pendant que Philippe de Jussey et Gautier de Cissey, châtelain de Chalon, battaient la campagne pour ravitailler l'armée[90]. L'ensemble des forces ducales, réuni dans les champs de Saint Ferjeux, près Besançon, comprenait, au dire de témoins oculaires, environ huit à neuf mille chevaux. Les tentes et les pavillons étaient dressés autour de la ville, car divers détachements, malgré la rupture des ponts et l'effondrement des gués, avaient pu traverser le Doubs, dont les eaux avaient beaucoup baissé, par la grant chalour qu'il façoit.

Henri de Bourgogne, qui se rendait au mandement, faillit être pris par Jean d'Abbans, en sortant de son domaine de Thoraise, près Boussières. Il en fut quitte pour le pillage de son château, la perte de ses meubles, de ses robes et de son grand cheval de bataille[91].

Les Bisontins, qui ne tenaient pas à subir les horreurs d'un siège, faisaient de fréquentes sorties contre les assiégeants. Le samedi 17 août, comme les vainqueurs de Thoraise arrivaient avec leur butin, ils se trouvèrent arrêtés par un détachement qui les força à passer au gué d'Aveney et les rejeta vers l'armée ducale. Les confédérés, avec l'aide des milices communales de Besançon, coururent à leur secours et l'engagement devint général. On se battit avec un gram acharnement et il y eut de part et d'autre un affreux carnage qui ne cessa qu'au moment où le soleil allait quitter l'horizon. Les assiégés rentrèrent en désordre laissant sur terre un nombre considérable de cadavres.

Craignant qu'une lutte prolongée n'amenât la destruction de sa ville épiscopale et conformément aux traditions de son ministère, l'archevêque Hugues de Vienne crut qu'il était de son devoir d'interposer sa médiation et se présenta au duc les jours suivants, re vêtu de ses ornements pontificaux. On arrêta les conventions d'une trêve qui devait durer jusqu'aux fêtes de Noël de la présente année.

Après avoir fait enterrer les morts et ordonné le transport des blessés, le duc fit défiler ses troupes par la vallée de l'Ognon, passa deux jours et une nuit a Sornay[92] où l'on dressa les tentes. Il était arrivé, le 22 août, à Auxonne, d'où il congédia les gens de l'ost et donna des ordres aux baillis pour réduire le chiffre des garnisons qui occupaient les places fortes.

Eudes s'occupa ensuite, à Volnay, de régler les comptes et de récompenser les services de ses alliés. Le 28 il donna au sénéchal de Joinville le domaine de Port-sur-Saône. Deux jours après, Jean de Saint-Georges, en reconnaissance des biens qui lui étaient alloués, s'engageait à servir son bienfaiteur chaque fois que l'occasion s'en présenterait. Les habitants et les religieux de Lure furent indemnisés de leurs pertes et de l'incendie allumé par les coureurs de l'armée[93]. On paya les gages d'Eudes de La Roche, sire de Nolay ; d'Aimé de la Baume, etc. Puis, le duc alla s'installer à Talant pendant une partie du mois de septembre.

 

 

 



[1] « Le XXVIe jour de novembre à Hautier de Bar portant les lettres de jour et de nuit, de Paris en Bourgogne, au duc et à madame la royne par marchiet fait LXX s. » — « Le XXVIIe jour de novembre, à Wauteron de Bar, pour un courrier envoié dès Paris à Bruges devers Mgr de Flandre, par marchiet fait III l. » (J.-M. Richard, La comtesse Mahaut, p. 378). Aucun message n'est adressé au dauphin de Viennois, qui n'était pas en bons rapports avec la comtesse.

[2] Jeudi 30 novembre, Arch. du Pas-de-Calais, Trésor d'Artois, A. 494.

[3] Stouff, Cartulaire d'Arbois, p. 63-68.

[4] Arch. du Pas-de-Calais, A. 507 et A. 515. Ces personnages commencèrent leur prise de possession par Bapaume, le samedi devant la saint Vincent (20 janvier 1330), au nom de la reine Jeanne qui ne mourut que le 21 et continuèrent au nom du duc. Ils étaient à Calais le 27 du même mois. A la mort de Mahaut, Ferri de Pecquigny était gouverneur d'Artois pour le roi, puis Mile de Noyers, seigneur de Maisey, qu'il ne faut pas confondre avec son cousin Mile, seigneur de Noyers, porte-oriflamme de France.

[5] Le 8 septembre 1331, Benoît de l'Enganerie, roi des ribauds d'Arras, reçut encore en don 70 s. par. « pour une robe ensamble la penne que madame la duchesse m'a ottroiet ». (Arch. du Pas-de-Calais, A. 548).

[6] Orig. Arch. du Nord, B. 644 ; Arch. du Pas-de-Calais, A. 74 ; Dom Plancher, t. II, pr. CCLII.

[7] Parmi les seigneurs qui accompagnaient le cortège ducal, citons le chancelier Hugues de Corabœuf, le connétable Jean de Thil, Jean de Frolois, le sire de Rigny, Jean de Châteauvillain, sire de Luzy, Gui de Touci, sire de Bazarne.

[8] Quand la duchesse était avec le duc, le service de son hôtel était desservi par les officiers du duc et à ses frais.

[9] Œuvres au château de Lens « pour la venue de monseigneur le duc et madame ». (Arch. du Pas-de-Calais, A. 508).

[10] Arch. du Pas-de-Calais, A. 507.

[11] Arch. du Pas-de-Calais, A. 507.

[12] Le duc et sa femme confirment le 10 août, à Arras, les privilèges des habitants de Calais. (Arch. nat., JJ. 69, fol. 65 v°, n° 365).

[13] Les procureurs du duc à cette époque sont Étienne le Barroy, Jean de Sens, Gui Sarrazin, Girard de Montaigu, Jean d'Orfèvre, Guillaume Seguin (Arch. du Pas-de-Calais, A. 526). On peut citer parmi les clercs, Thibaut de Semur, archidiacre d'Auxerre ; Jean Chambellan, chanoine de Beaune ; Anseau Peaudoie (Arch. du Pas-de-Calais, A. 529).

[14] La sentence qui condamna Jeanne de Divion, femme de Pierre de Broyés, est du 6 octobre 1331. Robert d'Artois contre lequel furent pris quatre défauts, fut jugé par la Cour des Pairs, le 19 mars 1332 et banni du royaume avec confiscation de tous ses biens.

[15] Il s'agit de Rougemont en Alsace et non de Rougemont en Auxois, comme le croient certains auteurs, car ce dernier domaine appartenait à Robert de Bourgogne, comte de Tonnerre.

[16] Arch. de la Côte-d'Or, B. 11937.

[17] Dom Plancher, t. II, pr. CCLII.

[18] On a trois quittances du marquis de Bade, la première datée de Rougemont, dimanche après saint Pierre (30 juin), la deuxième datée de Ruppe, mercredi avant la Madeleine (17 juillet), la troisième, donnée a Ruppe, le vendredi après l'Assomption (16 août) (Arch. du Doubs, B. 71).

[19] La date exacte de la mort d'Hugues de Bourgogne-Comté ne nous est pas connue, mais elle eut lieu dans le dernier tiers de l'année 1331.

[20] Dom Plancher, t. II, pr. CCLIV.

[21] Paris, 6 juin 1331, Plancher, t. II, pr. CCLV.

[22] Jean Aubriot, archidiacre du Dijonnais, secrétaire du duc, et Jean de Corcondray, doyen de Besançon, furent chargés de recevoir et de vérifier les comptes des châtellenies. Ils s'acquittèrent de cette mission, en octobre 1331, auprès des châtelains d'Etobon, de Frasans, de Port, d'Orchamps, de Sainte Marie-en-Chaux, et réglèrent avec les prévôts d'Etrepigney, de Cinqcens, de Santans, Montjustin, Montboson, La Love, etc. (Arch. du Doubs, Comptes généraux de 1330-1331, B. 78).

[23] Dom Plancher, t. II, pr. CCLVI.

[24] 12 janvier 1332, Arch. du Pas-de-Calais, A. 529 Bibi. nat., collection Bourg., t. XXIII, fol. 41. Le duc y assista aux conventions projetées par Mile, sire de Noyers, et Eudes, sire de Grancey, pour le mariage de leurs enfants Mahaut et Eudes. (Arch. nat. JJ. 66, n° 591).

[25] Bibl. nat., Collection Moreau, t. 875, fol. 427.

[26] Arch. du Pas-de-Calais, A. 526.

[27] Jean de La Planche devait recevoir une rente annuelle de 100 l., 20 sols t. par jour pendant les tournois, plus sa monture, et en temps de guerre tous ses frais payés, acte du 19 octobre 1332. (Arch. du Pas-de-Calais, A. 78.) Le duc revint de Paris en Bourgogne, où il séjourna en novembre et décembre.

[28] « Par le titre d'institution d'icelle, du IX0 jour de février M CCC XXXII (1333 n. st.), appert qu'elle [la chambre des Comptes] a esté instituée le même jour que le Parlement, portant icelui titre l'institution de deux chambres, l'une appelée Parlement, et l'autre des comptes, à chacun des chiefs des quels est donné titre de president, et est expressement dit qu'elles ne peuvent entreprendre l'une sur l'autre. » (Papiers des Etats du comté de Bourgogne, voir Ed. Clerc, Essai sur l'histoire de Franche-Comté, t. II, p. 42).

[29] Jean de Corcondray, doyen de Besançon, Jean de Villy et autres furent chargés de rédiger les arrêts (Arch. du Doubs, comptes de Richard des Bans, B. 79).

[30] Le duc est à Dôle du 5 au 14 avril, y donne une charte le 13 en faveur de Saint-Vincent de Besançon (Bibl. nat. coll. Baluze, 1 12, fol. 18) le 45, il est à Poligny le 47, à Bracon avec la duchesse et exempte de tailles Daniel Asinier, clerc lombard, et ses descendants, moyennant finance (Bibl. nat., Coll. B., t. XXIII, fol. 3). Les 23 et 24, Baume-les-Dames, le 28, — Clerval, 27 et 28, — Montjustin 29 Vesoul ; 30, Montboson ; 1er et 2 mai, Fondremand ; 3, Châtillon-le-Duc ; du 6 au 10 mai, Gray.

[31] Vidimus, Arch. du Doubs, B. 351.

[32] Arch. du Doubs, B. 79.

[33] Le mardi après Oculi, Id., Arch. du Doubs, B. 79.

[34] Gray, 10 mai 1333, Arch. du Doubs, B. 351 ; Dom Plancher, t. II, pr. CCLVIII.

[35] Jeanne de Boulogne était née le 8 mai 1326.

[36] Dom Plancher, t. II, pr. CCLVII.

[37] Guillaume, comte de Boulogne et d'Auvergne, était décédé le 6 août 1332, et son fils Robert l'avait précédé dans la tombe au commencement de mai 1329. On n'avait donc pas perdu de temps pour décider du sort de l'orpheline.

[38] Arch du Pas-de-Calais, A. 539.

[39] Arch. du Doubs, B. 79 Bibl. nat., Collection Moreau, t. 900, fol. 257. Le prévôt de Clerval se rendit le 27 septembre à Mendeurre avec 38 arbalétriers, 7 compagnons d'armes. 3 sergents, 20 terrassiers, 1 corneur et 1 ménétrier. — Le châtelain de Baume fit une semblable expédition à Villersexel, mais avec un personnel plus nombreux et plus menaçant.

[40] « Che sont les mises faites à Hesdin pour la venue de monseigneur le duc de Normandie le XXIIe, XXIIIe et XXIIIIe jour d'aoust l'an XXXIIII » (Arch. du Pas-de-Calais, A. 540).

[41] Arch. du Pas-de-Calais, comptes de l'Artois, A. 548.

[42] Arch. du Pas-de-Calais, comptes de l'Artois, A. 549.

[43] Les dates se rapportent avec les indications qui m'ont été données par M. Jules Viard. Le roi était le 6 à Hesdin, le 12 à Boulogne-sur-Mer, le 14 à Waben.

[44] Citons les principaux articles fournis par les comptes, 55 bœufs 64 porcs, 447 cochets, 194 moutons, 800 connins ou lapins, des milliers de volailles et de perdrix, 200 lus et bekes (brochets), 422 brèmes, 500 carpes, 762 anguilles, 800 pipreniaus, 2.500 écrevisses, 450 fromages de Brie, 240 pâtés de mulets, 35 pâtés de brèmes d'eau douce, 242 pâtés de brèmes de mer et de lapins, etc., etc. (Arch. du Pas-de-Calais, A. 548 et 549).

[45] Orig. scellé, Bibl. nat., collection Lorraine, fol. 184, n° 20.

[46] 1331, 9 janvier, Recueil de Peincedé, t. I, p. 520.

[47] 1335, 2 novembre, Dom Plancher, t. II, pr. CCLIX.

[48] Arch. du Pas-de-Calais, A. 552, pièce du 8 octobre 1335.

[49] Voir le compte de Richard des Bans, 1335-1336.

[50] Cet enfant était Hugues de Chalon, marié plus tard à Blanche de Genève.

[51] 24 et 25 novembre 1335.

[52] 24 et 25 novembre 1335.

[53] 28 et 29 novembre 1335.

[54] Ces emprunts ont lieu, du 14 au 28 février 1336, aussi bien dans le duché que dans le comté.

[55] Arch. de la Côte d'Or, Chambre des comptes, B. 6031, comptes de Salmaise.

[56] Dom Vaissette, t. IX, p. 484 et suivantes. C'est le seul auteur qui donne des renseignements sur ce voyage et qui affirme la présence du duc de Bourgogne dont on est trois ou quatre mois sans nouvelles dans les titres du duché.

[57] Chevalier, Histoire de Poligny, t. I, p. 175 ; Rossignol, Histoire de Beaune, p. 244-216. — D'après M. Jules Viard, le roi était à Lyon à la fin de mars et au commencement d'avril, puis, après avoir quitté la Bourgogne, on le trouve, le 2 mai, à Favières et le 9, à Épiers.

[58] Montmorot appartenait à la dauphine de Viennois et Montrond à Henri de Bourgogne-Comté.

[59] Chevalier, Histoire de Poligny, t. I., p. 175 ; Rossignol, Histoire de Beaune, p. 214-216.

[60] La pièce est publiée par Ed. Clerc, Essai sur l'Histoire de Franche-Comté, t. II, p. 48.

[61] Bibl. de Rouen, extr. de Menars, t. XV, fol. 11, r° et v°.

[62] Arch. nat., Xia 8846, fol. 88 v°.

[63] Tous ces villages incendiés obtinrent du duc une exemption de tailles pour les années suivantes.

[64] Ces trois villages étaient du domaine d'Henri de Bourgogne. Voir une déposition de témoins, Arch. du Doubs, H. 17.

[65] Arch. nat., Xia 88l6, fol. 88, v° ; Jules Viard, Lettres d'état, n° 81.

[66] Arch. de la Côte-d'Or, Chambre des Comptes, B. 11721.

[67] Arch. de la Côte-d'Or, même liasse, B. 11721.

[68] Arch. de la Côte-d'Or, Peincedé, t. I, p. 828 (titres du comté).

[69] Dôle, 19 mai 1336, arch. nat., Xia 8816, fol. 88, v°.

[70] L'acte de restitution du château de Montrond est du 30 avril 1336.

[71] L'engagement de service de Guillaume d'Antigny, sire de Sainte-Croix, est daté de Dôle. Deux pièces du 8 et du 10 mai (Arch. de la Côte-d'Or, Peincedé, t. I, p. 55). L'une des pièces scellée porte la croix ancrée des Antigny.

[72] Les traités sont des premiers jours de mai, Arch. de la Côte-d'Or, B. 11721.

[73] La ratification du don de Port-sur-Saône fut faite le 28 août 1336, Arch. de la Côte-d’Or, B. 11721.

[74] Lettre du duc datée de Dôle, 8 mai 1336, Arch. de la Côte-d'Or, B. 11721.

[75] Arch. de la Côte-d'Or, même liasse, B. 11721.

[76] Arch. de la Côte-d'Or, B. 9825.

[77] Arch. du Pas-de-Calais, Trésor d'Artois, A. 572.

[78] Arch. du Pas-de-Calais, Trésor d'Artois, A. 573.

[79] Raoul, duc de Lorraine, avait épousé, en 1329, Eléonore de Bar, fille d'Edouard Ier de Bar et de Marguerite de Bar, sœur d'Eudes IV.

[80] Arch. de la Côte-d'Or, Chambre des comptes, B. 11721.

[81] Jean de Savoie avait épousé, en 1329, Marguerite de Chalon, fille de Jean de Chalon-Auxerre.

[82] Lettre du lundi 20 mai 1336, Arch. de la Côte-d'Or, Peincedé, t. I, p. 793 (titres de Tonnerre).

[83] Robert de Grancey, sire de Larrey, était marié à Jacquette de Montbéliard, dame d'Antigny.

[84] On est assuré que plus d'une commune prit part à cette guerre, et que les villes y envoyèrent leurs milices. La bannière de Beaune v figurait (Rossignol, Histoire de Beaune, p. 244-216.

[85] On possède le compte entier de Philippe de Champlitte pour les fournitures faites en l'ost devant Chauvins (Arch. du Doubs, B. 80) ; M. Jules Gauthier en a analysé les principaux articles dans son excellent inventaire.

[86] Arch. de la Côte-d'Or, B. 399.

[87] Rousset, Dictionnaire géographique, historique et statistique du Jura, t. V, p. 206.

[88] Deux gentilshommes de Gevigney furent faits prisonniers et emmenés à Châtillon-le-Duc.

[89] Arch. du Doubs, B. 47, cahier de dépositions de témoins, fol. 13.

[90] On a l'inventaire des animaux livrés pendant la guerre-par Gautier de Cissey, châtelain de Chalon, et par Eudes le Changeur, bailli de la même ville ; qui avait succédé à Philippe de Chauvirey. (Arch. de la Côte-d'Or, Peincedé, t. II, p. 336.)

[91] Aimé de Ville, témoin produit par Erard de Bauffremont, déclare que pendant la guerre de Chaussin, Henri de Bourgogne perdit à Thoraise, tant en chevaux qu'en harnais, environ quatre ou cinq cents livres. (Arch. du Doubs, B. 17, registre de dépositions de témoins, fol. 16).

[92] Arch. du Doubs, B. 17, registre de dépositions de témoins, fol. 14.

[93] Les habitants et les religieux de Lure reçurent en indemnité une rente de cent vingt muids de vin, à prendre sur les dimes de Poligny (Arch. de la Côte-d'Or, Chambre des comptes, B. 399).