HISTOIRE DES DUCS DE BOURGOGNE DE LA RACE CAPÉTIENNE

TOME SEPTIÈME

 

CHAPITRE XLVIII. — EUDES IV - 1322-1329.

 

 

Bonnes relations d'Eudes IV avec Charles le Bel. — Revendications du duc et du comte d'Evreux dans l'héritage de Philippe le Long. — La duchesse accouche à l'âge de quatorze ans ses premiers enfants couches malheureuses ; enfants enterrés au Val-des-Choux. — Lutte avec l'Angleterre. — Chevauchée de La Réole campagne suspendue par des trêves. — Testament de la duchesse douairière Agnès de France ses legs sa mort. — Mariage de Robert de Bourgogne avec Jeanne de Chalon, comtesse de Tonnerre ; alliance avec le comte de Savoie contre le dauphin de Vienne ; ravages en Bresse et en Bugey. — Bataille et funeste aventure de Varey. — Robert fait prisonnier avec le comte d'Auxerre et Guichard de Beaujeu. — Dures conditions imposées par le dauphin de Vienne. — Longues négociations pour payer les rançons et délivrer les prisonniers. — Intervention de Philippe de Valois et de Mahaut d'Artois. — Démarches du duc de Bourgogne pour la libération de son frère. — Chevauchée entreprise par Eudes contre le dauphin ; réunion des troupes à Lyon pourparlers et trêves. — Mise en liberté définitive des captifs. — Levée de subsides pour la reprise des hostilités avec l'Angleterre. — Nombreux voyages et déplacements du duc ; ses fréquents rapports avec le roi Charles le Bel. — Réunions à la Cour pertes au jeu. — Séjour de la reine Jeanne de Bourgogne-Comté dans le duché. — Cadeaux de Pâques achetés par le duc. — Présent de la comtesse Mahaut à Philippe-Monsieur, son arrière-petit-fils. — La comtesse d'Artois dans le comté de Bourgogne. — Eudes IV au sacre de Philippe de Valois, son beau-frère. — Vœux pour la restauration de Louis de Nevers dans son comté de Flandre. — Réunion des troupes au Mont Cassel, près Aire ; chevaliers qui s'y trouvent. — Le duc blessé Henri de Bourgogne perd un œil d'un coup de lance. — Enthousiasme après la victoire de Cassel ; messagers envoyés le soir de la bataille. — Récompense donnée par le roi à Mile de Noyers, porte oriflamme de France. — Témoignages de reconnaissance du comte de Flandre pour le duc de Bourgogne. — Le dauphin de Vienne brouillé avec la famille de sa femme. — Mahaut d'Artois teste en faveur de sa fille Jeanne, qui nomme le duc et la duchesse héritiers de ses domaines.

 

La mort de Philippe le Long ne parait pas avoir diminué l'influence du duc de Bourgogne dans les affaires de l'État. Le nouveau souverain Charles IV, attaché depuis longtemps avec Eudes par les liens d'une étroite amitié, pouvait compter sur son appui et utiliser ses services. Ils étaient presque du même âge, car l'oncle avait à peine deux ans de plus que le neveu. Tous deux avaient énergiquement lutté pour défendre les droits de Jeanne de France, leur nièce commune, mais au moment où la couronne devenait vacante, ni l'un ni l'autre ne s'empressèrent d'accomplir l'acte de justice qui avait suscité de si retentissants débats et pour lequel ils avaient si chaleureusement combattu.

A son avènement, Charles le Bel eut plus d'une difficulté à vaincre pour conserver le trône et l'héritage de Navarre el de Champagne, mais il faut reconnaître que la distraction de ces grands fiefs eût été un préjudice grave et un véritable démembrement du royaume. Le duc de Bourgogne revendiquait lui-même le comté de Poitiers et six mille livres de terres en Champagne. Un arrêt du Parlement, daté du 23 janvier 1323[1], avait rejeté cette demande. Mais l'affaire n'avait point été abandonnée et se poursuivait en- octobre de la même année[2] lorsqu'un ajournement fut accordé à Eudes pour comparaître au bailliage de Sens au sujet de ces prétentions. Mile, seigneur de Noyers, et Guillaume de Mello, seigneur d'Époisses, reçurent ensuite[3] pleins pouvoirs pour donner satisfaction au plaignant, mais les négociateurs ne purent probablement trouver un terrain de conciliation, puisque peu après[4] le duc et la duchesse nommèrent Gui et Guillaume de Sainte-Magnance comme procureurs, afin de faire valoir leurs droits à la succession de Philippe le Long. Toutefois, ces débats, qui occupèrent surtout les jurisconsultes, ne semblent point avoir altéré les bons rapports entre le roi et son neveu et durent se terminer par des concessions pécuniaires, si l'on s'en rapporte aux indications trop sommaires qui nous restent sur un règne peu connu.

Le traité du 27 mars 1318, entre Eudes IV et Philippe la Long, avait stipulé que si le roi mourait sans enfants mâles, le royaume de Navarre et le comté de Champagne retourneraient à la princesse Jeanne, femme du comte d'Évreux, car ces biens faisaient partie de son héritage. Le roi défunt ne laissait pas d'enfant mâle et cependant Charles le Bel refusa de rendre ces apanages. Ne pouvant opposer aucune résistance, Philippe, comte d'Évreux, fit une nouvelle transaction dans le sens de la première, et ce fut seulement sous la régence de Philippe de Valois qu'il put prendre possession de la Navarre.

Après avoir assisté au sacre de Charles le Bel (21 février 1322), le duc de Bourgogne séjourna quelque temps à Paris et prenait part, le 30 mars, à un festin donné chez la comtesse Mahaut d'Artois, en compagnie de Louis de Poitiers, évêque de Langres, la comtesse de Clermont, Isabelle d'Autriche, duchesse de Lorraine, Robert, comte d'Auvergne et de Boulogne, les comtes d'Évreux, de Forez, Robert d'Artois, Edouard de Savoie, le sire de Coucy et autres personnages[5]. Mahaut n'oubliait pas sa petite-fille la duchesse alors enceinte, qui n'avait pu quitter la Bourgogne, et lui faisait expédier pendant le carême des provisions de morues et de pourpois[6].

Peu après, au commencement de juin, la duchesse de Bourgogne accouchait, à l'âge de quatorze ans un mois[7], d'un premier enfant dont nous ne connaissons pas le sexe, mais qui ne vécut pas longtemps. Sa grand'mère Mahaut lui offrit à l'occasion de ses relevailles une pièce d'étoffes précieuses, dite marramas, sorte de drap d'or venant de l'Orient.

Au milieu de l'année 1323[8], la duchesse accoucha de Philippe, plus tard comte de Boulogne, le seul de ses enfants qui survécut. En juillet 1324, elle mit au monde un second fils, Jean, et expédia aussitôt soi ; huissier de salle à sa grand' mère, qui fit donner 32 livres au porteur de cette bonne nouvelle[9].

D'autres couches malheureuses, que la destruction des comptes d'hôtel ne permet pas de fixer, se produisirent les années suivantes. A la fin de 1330, elle envoyait à Chartres son confesseur, frère Jean, porter des cierges, probablement à l'occasion d'un de ses enfants malade et qu'elle perdit. La dernière cérémonie de relevailles, dont nous trouvons l'indication, est de la fin de 1335[10]. Plusieurs de ces enfants reçurent la sépulture au Val-des-Choux, monastère voisin des résidences ducales ordinaires Aisey, Jugny, Villaines-en-Duesmois[11]. Les deux bénédictins qui ont fait le Voyage littéraire donnent la représentation de deux mausolées, sur l'un desquels figure une fille et sur l'autre trois enfants d'âges différents.

Les difficultés étaient reprises avec l'Angleterre au sujet d'un simple château, la bastide de Saint-Sardos, que l'on était en train de construire sur un terrain dont la propriété était revendiquée par les deux nations. Les Anglais s'en emparèrent, y mirent le feu et firent pendre le procureur du roi, à côté du poteau sur lequel il avait érigé les panonceaux de France. Charles le Bel écrivit au roi d'Angleterre pour se plaindre d'un outrage fait sans doute à son insu par le sénéchal de Guyenne. Des ambassadeurs furent envoyés à Paris pour faire des excuses, mais avec injonction de ne rien céder jusqu'à plus ample information. La réparation d'un tel acte n'ayant pas paru suffisante, Charles donna ordre d'assembler des troupes, dont le rendez-vous fut fixé le 17 mars à Lauzerte, en Quercy, près de l'Agenois, et l'on se mit en mesure de s'emparer du château de Montpezat. Ces dispositions menaçantes firent réfléchir le monarque anglais, Il nomma d'autres ambassadeurs qui se présentèrent à Vincennes où on les reçut assez froidement, car, au lieu des excuses que l'on était en droit d'exiger, ils n'apportèrent que des réponses embarrassées et laissaient percer le désir de gagner du temps. L'intervention du pape Jean XXII et de nouveaux pourparlers amenèrent une troisième ambassade à Anet, auprès de Charles IV, le 5 juillet, le jour même où il épousait Jeanne, fille du comte d'Évreux. Mais ces réunions, dans lesquelles les envoyés d'Angleterre montraient peu de franchise et ne cherchaient qu'à traîner les négociations en longueur, irritèrent le roi qui refusa tout sauf-conduit aux plénipotentiaires[12].

Par un premier mandement daté de Villers-Cotterêts, en juin 1324[13], le duc de Bourgogne avait reçu mission de se rendre à Moissac à la quinzaine de la Saint-Jean, avec deux cents hommes armés et montés, pour venger les rebellions en Aquitaine, mais ce mandement avait été ajourné à la quinzaine de la fête de la Madeleine. Le 3 août, le comte de Valois, chargé de se saisir de la Guienne et du Ponthieu, entrait dans l'Agenais, et, après quelques sommations, obtint la reddition de la ville d'Agen. Le comte de Kent, représentant du roi d'Angleterre, et l'auteur impuni de l'affaire de Saint-Sardos, s'était jeté dans la Réole avec toutes les forces dont il disposait. Le comte de Valois fit investir la place, et en commença le siège, pendant que ses officiers allaient réduire quelques places fortes. Par un acte de septembre, on sait que le duc de Bourgogne se trouvait ès tentes devant la Réole[14], avec plusieurs de ses chevaliers, Robert, seigneur de Châtillon-en-Bazois, Guillaume de Mello, sire d'Epoisses, Jean de Frolois, Jean de Chateauvillain, sire de Luzy, Etienne de Grignon, sire des Laumes.

Le 22 septembre, le comte de Kent, forcé de capituler, rendit la place de La Réole et obtint une trêve de six mois. Puis, le pape s'entremit encore pour amener la paix et réconcilier les deux souverains. Mais la mauvaise foi des négociateurs anglais, loin de préparer l'apaisement, faillit déterminer une nouvelle campagne. Charles le Bel lança des convocations à ses féodaux[15], et envoya au duc de Bourgogne l'ordre de se trouver à Bergerac au printemps de l'année suivante avec trois cents hommes.

Pour mettre fin à ces hostilités, on ne trouva d'autre expédient que de faire intervenir personnellement Isabelle de France, sœur de Charles le Bel, femme du roi d'Angleterre. Elle arriva le 21 mars à Poissy près du roi, et obtint une prolongation de trêves pendant trois mois, sous condition qu'Edouard II rendrait l'hommage dû pour la Guienne et le Ponthieu, hommage qu'il rendit le 30 août 1325.

A cette époque vivait encore la duchesse douairière Agnès de France, dernière survivante des enfants de saint Louis, que l'Art de vérifier les dates fait mourir huit ans trop tôt. Malgré son âge avancé, elle n'avait cessé de s'occuper des affaires du duché, et son autorité ainsi que ses conseils étaient accueillis avec une respectueuse soumission par son fils, en la bonté de cui je me fie de tout, disait-elle. On a parlé de plusieurs testaments faits à Beaune et à Rouvres après des cas de maladie, mais le texte de ces actes n'est pas arrivé jusqu'à nous, et peut-être ont-ils été détruits après des rédactions nouvelles. Le 12 mai 1323[16], elle dicta ses dernières volontés, les renouvela en son château de Lantenay, en novembre 1325[17], et y ajouta un codicille le 15 décembre[18].

Elle voulut être enterrée dans l'abbaye de Cîteaux à côté du duc Robert II, et légua à cet effet deux cents livres dijonnaises, son char et ses chevaux, sans oublier aucun des monastères relevant du duché dans lesquels son anniversaire devait être célébré. Ces curieux documents nous indiquent les églises alors en construction qui bénéficient de ses largesses. Des sommes diverses sont affectées à l'œuvre de la Sainte-Chapelle de Dijon, aux églises de Saint-Thibaut et de Notre-Dame de Semur, aux prieurés de Rouvre et de Notre-Dame de Mussy. Des legs sont attribués à Jeanne de Vitrey, fille de sa nourrice, religieuse à Longchamp, à ses confesseurs, à ses clercs, à ses physiciens, à tous ses officiers et même aux gens de service, dont la liste comprend plus de cent noms[19].

Eudes, son fils, approuva toutes ces donations, et promit de faire exécuter les dernières volontés de sa chière dame et mère à laquelle je doy toute loyaittey garder.

Trois jours après le dernier codicille, la vieille duchesse s'éteignit le jeudi 19 décembre[20], au château de Lantenay, où elle ordonnait l'érection d'une chapelle dédiée à saint Louis, en souvenir de son père.

Robert de Bourgogne, dernier des enfants mâles de la duchesse Agnès, avait été destiné, comme son frère Louis, à la cléricature, et sa mère avait même obtenu ti jadis l'appui de Philippe le Bel pour lui taire obtenir de riches bénéfices, malgré son jeune âge[21], mais la mort inopinée de Louis, décédé à Venise, avait déterminé le duc à faire contracter une alliance à Robert. Le 16 juin 1321, à l'âge de dix-sept ans, il fut marié dans l'église de Chalon-sur-Saône avec Jeanne de Chalon[22], sœur du comte d'Auxerre, et nièce du comte de Savoie, qui lui apportait en dot le comté de Tonnerre[23], en renonçant à toutes les prétentions qu'elle pouvait avoir sur les autres domaines matrimoniaux[24]. Trois ans après, Edouard, comte de Savoie, ayant eu des difficultés avec Hugues, baron de Faucigny, son beau-frère, au sujet d'un château construit sur des domaines, dont la possession était contestée, s'empara de cette forteresse et la détruisit de fond en comble. Guigues, dauphin de Vienne, offrit ses services au baron de Faucigny, et vint à son aide en personne avec d'autres troupes commandées par Hugues de Genève, seigneur d'Authon, et plusieurs grands vassaux. Le comte de Savoie, de son côté, fit appel à ses neveux Jean de Chalon, comte d'Auxerre, et à Robert de Bourgogne, comte de Tonnerre[25], auxquels se joignit Guichard, sire de Beaujeu.

Les bords de l'Ain furent le théâtre de luttes désastreuses pour les populations de la Bresse et du Bugey. Edouard de Savoie prit plusieurs forteresses, Saint-Germain, Ambérieux[26], mais, après neuf jours (le siège, n'ayant pu s'emparer du Fort-l'Écluse, près Léaz[27], il s'en rendit maître par la trahison du commandant de la place, qui fut plus tard pendu pour sa félonie[28]. Il tenta ensuite de prendre le château de Varey, près Saint-Jean-le-Vieux, appartenant à Hugues de Genève, l'un des alliés du dauphin. Mais ce redoutable manoir, dont les ruines imposantes dominent une vaste contrée, et d'où l'on peut admirer les sinuosités de l'Ain et compter de nombreux bourgs et villages, Ambronay, Champollon, Jujurieux, Chenaval, Neuville, Pont-d'Ain, etc., était en mesure de résister longtemps. L'armée du dauphin, divisée en trois corps de troupes, dont le comte de Valentinois dirigeait l'avant-garde et le comte de Genève l'aile droite, s'avança du côté de Saint-Jean-le-Vieux dans la plaine couverte des pavillons de Savoie, et livra sous les murs de Varey la bataille la plus importante livrée au moyen âge dans cette région, et qui eut alors un immense retentissement.

Le dauphin donna avec tant d'impétuosité dans les bataillons ennemis qu'il les rompit, les renversa les uns sur les autres, et fit prisonnier les principaux officiers qui échappèrent au massacre. Robert de Bourgogne, Jean de Chalon, Guichard de Beaujeu étaient au nombre des prisonniers, et le comte de Savoie ne fut sauvé que par miracle, et grâce au dévouement de ses chevaliers qui parvinrent à l'arracher aux mains des vainqueurs.

La bataille de Varey eut lieu le 7 août 1325[29].

Les durs traitements infligés aux captifs, la longue incarcération à laquelle ils furent soumis, et la rançon exorbitante imposée à chacun d'eux, offrent un singulier exemple de la brutalité des lois de la guerre à cette époque.

Guichard de Beaujeu ne recouvra la liberté que par un traité passé à Saint-Vallier, le 24 novembre 1327, mais il était contraint d'aliéner une partie de ses terres, et de reconnaître la suzeraineté du dauphin sur Chalamont, Meximieux, Miribel, Montelier, etc.[30]

Jean de Chalon, comte d'Auxerre, n'était pas encore délivré en février 1328, car le roi Philippe de Valois mandait aux gens du Parlement d'ajourner les causes pendantes à la cour parce qu'il était toujours prisonnier du dauphin[31]. Le 14 avril de cette année, il obtint sa liberté provisoire, en s'engageant à payer une rançon de cinquante mille livres, par un traité passé au Chatelier. A défaut du paiement de cette somme, il devait à nouveau se constituer prisonnier, et subir la confiscation de son comté d'Auxerre, de ses terres de Champagne, du Nivernais et du Berri. Il livra en même temps procuration pour ses autres domaines[32], et souscrivit des obligations pour désintéresser les chevaliers qui l'avaient accompagné. Il engagea son château de Boutavant pour payer Jean de Toulouse, très maltraité dans cette funeste expédition[33], et d'autres vassaux, comme Pierre de Montagu, qui réclamaient des indemnités pour la perte des chevaux, des sommiers et des harnais subie devant Varey[34].

Le dauphin de Viennois se montra plus dur encore à l'égard de son cousin Robert de Bourgogne, comte de Tonnerre, et sans considération ni pitié pour son jeune âge, car il n'avait que vingt et un ans, il le retint dans une étroite prison, ainsi que ses écuyers Jean, sire de Plancy, Geofroi de Blaisy, Jean de Tenarre et Eudes de Grancey, seigneur de Meursault et de Gugney, fils de Robert, sire de Larrey[35].

La mésaventure de son frère jeta le duc de Bourgogne dans une violente colère. Il fit aussitôt des démarches pour tirer Robert de ce mauvais pas, et se servit de toutes les influences pour lui faire rendre la liberté. Le roi Philippe de Valois, les comtes de Flandre, de Rouci, de Vendôme, de Dreux, Anseau, sire de Joinville, Mathieu de Mello, Mahaut, comtesse d'Artois, réunis en conseil, le 25 janvier 1326[36], se rendirent caution pour le captif, et obtinrent son élargissement provisoire, à condition qu'il retournerait en prison après la Saint-Remi à Romans en Viennois, si la rançon n'était pas payée, et sous peine de 200.000 l. qua les cautions s'engageaient à verser.

Prévoyant que la somme n'était pas facile à trouver dans un bref délai, et indigné des exigences du dauphin, le duc de Bourgogne résolut d'obtenir par les armes une solution plus avantageuse. Il mobilisa ses troupes et, par un mandement du 20 juillet 1326[37], convoqua à Tournus tous ses vassaux pour marcher en Viennois. Dus blés, des farines, des provisions diverses achetées à Beaune, Chalon, Dijon, Saint-Jean-de-Losne, furent dirigées par eau sur Lyon[38], et annonçaient une sérieuse chevauchée.

Cette démonstration belliqueuse produisit son effet, mais n'eut pas de suite, car les gens d'armes convoqués ne dépassèrent pas Lyon. On a le rôle entier des chevaliers qui s'y rendirent et qui reçurent leur solde dans cette ville afin de rentrer chez eux[39]. C'est que le dauphin de Vienne, intimidé par cet appareil menaçant et obéissant à de sages avis, avait demandé une trêve.

Le duc, qui demandait seulement de meilleures conditions, envoya de Lyon à Vienne son homme de confiance et ancien maître Jean Aubriot, ainsi que les gens de son conseil[40], qui parvinrent à obtenir des conditions plus avantageuses, et un nouvel élargissement de Robert, puisque le 30 novembre 1326[41], le comte de Tonnerre, par un accord passé à Montigny-sur-Serain, promettait à Jean de Plancy et à quatre écuyers qui avaient partagé sa prison, et subi de grandes pertes le jour de la bataille, une somme de 782 livres.

La réconciliation paraissait faite entre les uns et les autres, et la comtesse Mahaut, qui avait pris une part active aux arrangements, les réunissait à sa table en son hôtel d'Artois, le 21 mars 1327[42]. Mais les engagements n'ayant pu être acquittés, et la rançon n'ayant pas été intégralement payée, Robert reprit le chemin de sa prison, avec Géofroi de Blaisy, Eudes de Grancey et Jean de Tenarre. Le duc chargea Jacques de Vergy, du diocèse d'Autun, d'une nouvelle négociation, passée le 22 décembre 1327[43], fixant le chiffre de la rançon à cinquante mille florins d'or de Florence, payables en trois termes. Cette somme énorme n'ayant point été versée en temps voulu, le roi ratifia un autre traité, le 17 octobre 1328, et bien que les personnages précités heussent esté en la prison don Dalfin trois ans ou plus, ils durent encore souscrire pour quarante mille livres de bons petits tournois faiz dou tems Mgr Saint Loys, livrables en la ville de Vienne, sous la garantie formelle du duc[44].

C'est seulement à la fin de décembre 1328, lorsque Mahaut, comtesse d'Artois, eut fait des démarches pressantes auprès du dauphin[45], que les captifs furent définitivement libérés.

A la fin de septembre 1326, le duc Eudes, mandé par le roi, avait quitté la Bourgogne pour se rendre à Meaux, où il prit part, les premiers jours du mois suivant, aux délibérations de l'assemblée des notables qui y avaient été convoqués. En conséquence de la décision prise de lever des subsides destinés à soutenir la guerre contre l'Angleterre, Charles IV nomma l'évêque de Chartres, le duc de Bourgogne et Gile Acelin, chevalier, comme commissaires auprès des barons et habitants du Lyonnais, du Mâconnais et du duché[46].

De Meaux, Eudes se rendit à Nogent-l'Artaut chez sa sœur Jeanne, dame de Valois, et passa les journées du 9 et 10 octobre à Château-Thierry, en compagnie du roi, avec lequel il joua et perdit une somme qui fut payée par Jean de Cussigny, un de ses maîtres d'hôtel[47]. Il partit ensuite en Bourgogne donner les ordres pour la levée des subsides dont il avait été chargé, et était revenu, le 22 du même mois, à Essommes, près Château-Thierry, rendre compte de ses négociations. Ni le duc, ni le roi Charles IV, ne paraissent trop absorbés par les préoccupations des affaires de l'état, car chaque rencontre de ces jeunes princes est signalée par des jeux, et cette fuis Eudes, plus maltraité par la chance que dans son dernier voyage, perd encore une somme de vingt-sept livres.

En novembre, le duc tint son parlement à Beaune, rendit visite à divers barons de la province, et était de retour à Paris le 23 décembre, d'où il se rendit à Pontoise pour y passer une semaine. Il y eut sans doute en ce moment des fêtes à la cour, et probablement au sujet des relevailles de la reine Jeanne d'Evreux, accouchée d'une fille six semaines auparavant[48], car nos comptes indiquent des dépenses de ménestrels, et aussi de nouvelles pertes au jeu.

Si habitué que l'on soit aux fréquents déplacements de nos ducs, on est sans cesse étonné de la multiplicité et de la rapidité de ces voyages. Le 1er janvier 1327, Eudes était en route pour la Bourgogne, et avait rejoint la duchesse quatre jours plus tard dans sa campagne de Jugny, près Chanceaux. On annonçait l'arrivée de sa belle-mère, la reine Jeanne de Bourgogne-Comté, veuve de Philippe le Long, qui avait été tenir son Parlement à Baume-les-Dames[49], et devait être désireuse de passer quelque temps avec ses enfants et petits-enfants[50]. On fit de grands apprêts pour la recevoir, elle et ses gens les châteaux furent largement approvisionnés. Le lundi 9 février, jour de l'octave de la chandeleur, la reine Jeanne fit son entrée à Jugny, d'où elle fut conduite à Lantenay, Argilly et Talant.

Le duc séjourna près de deux mois, fort occupé par ses chasses, ses chiens et ses faucons. Marie de Chateauvillain, récemment veuve de Guillaume de Mello, lui envoyait de son château d'Epoisses des présents pour obtenir son appui et ses bonnes grâces tantôt elle lui expédiait des chiens par son veneur Jean da Quarré une autre fois, c'étaient des faucons pour lesquels le duc avait une grande prédilection, car ayant perdu un de ses oiseaux favoris, il avait envoyé à sa recherche, et donné une forte gratification au valet qui le lui retrouva.

Rappelé à Paris par les mésaventures de son frère Robert après la funeste affaire de Varey, Eudes y fit venir son chancelier Hugues de Corabœuf, doyen de Chalon, l'un de ses plus intimes conseillers, sur la prudence duquel il comptait pour obtenir un accord avantageux et l'élargissement de Robert. La réconciliation momentanée qui s'ensuivit paraissait satisfaire les uns et les autres, puisque la comtesse Mahaut les réunit tous dans son hôtel d'Artois[51]. D'autres assemblées se tinrent à la Cour vers la même époque, et le duc de Bourgogne, qui s'obstinait à jouer avec le roi, n'était jamais favorisé par la fortune le 15 mars il perdait vingt florins, et le 25 jour de la Marzache, son dépensier versait encore trente livres tournois pour même motif. Eudes, profitant de son séjour à Paris, fit quelques réparations à son hôtel de Sainte-Geneviève et présida à la réfection des verrières.

L'approche des fêtes de Pâques, époque à laquelle s'échangeaient des cadeaux, nécessita l'achat de bijoux et joyaux un marchand livra six coupes d'argent pesant plus de seize marcs Jean de Saily fournit huit coupes d'argent de moindre valeur ; onze écuelles d'argent achetées chez divers orfèvres avaient leur destination spéciale[52]. La comtesse Mahaut d'Artois n'avait garde de manquer à cet usage, et faisait expédier un hanap à Philippe de Bourgogne, son arrière-petit-fils[53].

Après Pâques, le duc regagna le duché et Mahaut vint s'installer à Dôle, où elle se trouvait le jour de l'Ascension (21 mai), lors de l'incendie qui détruisit plusieurs maisons de cette ville, ce qui lui fournit l'occasion d'exercer sa charité et de porter secours aux victimes de cet accident[54]. Cela n'empêcha pas la célébration de fêtes et de festins, auxquels participèrent la reine Jeanne, le duc et la duchesse, le comte et la comtesse de Flandre, la comtesse de Ferrette, Raoul de Neufchâtel, le sire de Rougemont. Le jour de la Pentecôte, on y donnait encore un repas qui fut agrémenté par Brisegan, ménestrel du duc, Surbiat, aux gages d'Hugues de Bourgogne-Comté, et plusieurs ménestrels de leurs confrères[55].

Le désaccord qui s'était élevé entre Eudes et les religieux de Saint-Bénigne de Dijon au sujet de la monnaie d'Auxonne, dont il sera parlé plus tard, donna lieu à des débats aux grands jours de Beaune, et fut l'objet d'un traité pour la frappe de cette monnaie[56]. L'excommunication lancée par l'archevêque de Besançon, et dont Eudes obtenait si facilement du Saint-Siège la suspension momentanée, au moyen de bulles d'absolution temporaire, ne paraît pas l'avoir beaucoup préoccupé.

Mandé à Paris lors de la maladie et de la mort de Charles le Bel, décédé le 1er février 1328, le duc de Bourgogne contribua de tout son pouvoir au succès de son beau-frère Philippe de Valois, reconnu d'abord régent, puis roi de France. Il fut témoin de son sacre à Reims, le 29 mai, et des projets de restitution du comté de Flandre à Louis de Nevers, chassé de son domaine par la révolte de ses sujets[57].

La comtesse Mahaut faisait depuis longtemps des vœux pour la restauration de son petit-fils en Flandre, et s'employa avec ardeur à la réussite de l'entreprise. Au moment où son autre petit-fils Eudes allait prendre part à cette expédition, elle mit à son service tous les vassaux dont elle pouvait disposer, et voulut héberger dans ses châteaux les principaux personnages de sa suite. Les baillis d'Amiens et d'Arras sont logés avec leur compagnie, et rien n'est épargné pour leur faire bonne chère, poissons de mer, poissons d'eau douce, darioles, pâtés, gâteaux au sucre rousset, gingembre confit[58].

Avant de quitter Reims, le duc avait envoyé des mandements en Bourgogne pour faire hâter les préparatifs de cette chevauchée et la levée des subsides dont étaient chargés les baillis de Dijon et d'Auxois, ainsi qu'Alexandre de Blaisy, et lui-même prit immédiatement route pour l'Artois, et était à Hesdin, dans le milieu de juin, avec ses chevaliers et son chapelain Gui d'Ostun[59]. Mahaut se préparait à lui faire fête des courriers envoyés à Bruges et jusqu'en Hollande avaient ordre de rapporter des esturgeons, et elle avait mandé pour sa venue les ménestrels Hubert de Beauvais, Lucas, et autres[60].

Le duc revint en Bourgogne au mois de juillet pour stimuler le zèle de quelques bannerets en retard, car plusieurs n'avaient pas répondu à l'appel. Le seigneur de La Motte Saint-Jean, n'ayant pas obtempéré au mandement, eut son château confisqué par son suzerain Jean de Châteauvillain, sire de Luzy[61].

Les convois et les bagages partirent pour la Flandre le lendemain de la Madeleine, et le duc les suivit de Villiers-le-Duc, laissant en Bourgogne sa femme et son fils, auxquels la reine Jeanne devait tenir compagnie en son absence.

Les corps d'armée se trouvèrent réunis dans les environs d'Aire, près du Mont-Cassel, où la comtesse Mahaut avait de son côté expédié les gens d'armes de ses comtés d'Artois et de Bourgogne[62]. Les sires de Montbéliard, de Vienne, de Montfaucon, de Senecey, Jean de Frolois, seigneur de Molinot, y figuraient, et au premier rang le bouteiller Mile de Noyers, porte-oriflamme de France, revenant d'un pèlerinage à Chartres, où il avait été prier pour l'heureux résultat de cette expédition. Ce dernier fut l'un de ceux qui contribuèrent le plus vaillamment au succès de la journée de Cassel, mais tous les personnages précités y perdirent leur monture[63]. Henri de Bourgogne, renversé à terre, le casque ouvert et traversé d'un coup de lance, avait un œil hors de la tête[64]. Le duc fut lui-même blessé[65], et courut les plus grands dangers, s'il faut croire que la fondation de la Chartreuse de Fontenay, près Beaune[66], fut faite pour l'accomplissement d'un vœu formulé sur le champ de bataille au moment du péril.

La déconfiture des Flamands excita un enthousiasme indescriptible dans l'armée royale, et le soir même de la bataille, le 23 août[67], le duc envoya en toute hâte un messager à la comtesse Mahaut, qui attendait avec anxiété des nouvelles de rengagement.

Le 3 septembre, Philippe de Valois, par une pièce donnée ès tentes de lez Berlines, mandait aux collecteurs du subside imposé pour la guerre de Flandre, de laisser Eudes lever ce subside en son duché[68]. Le 15, on était à Arras, où furent hébergés les gens d'armes venant de la chevauchée[69]. Les équipages et les bagages de la suite du duc rentrèrent en Bourgogne, le 26 septembre, et lui-même séjourna à Paris, et y était encore en octobre, lorsque le roi lui assigna une rente de 3333 l. à cause de la dot de sa femme[70], et lorsque Mile de Noyers, en considération de ses services et de sa conduite à Cassel, fut gratifié d'une rente de quatre cents livres tournois[71].

La reprise de la Flandre, restituée à Louis, comte de Nevers, resserra les liens qui unissaient ce dernier au duc de Bourgogne, son beau-frère, auquel il devait tant de reconnaissance, et, par grant volunté d'amour, il lui promit solennellement de l'aider envers et contre tous, de l'accompagner et de le servir en toute circonstance[72].

Cet appui n'était pas à dédaigner de la part d'Eudes, avec l'hostilité ouverte de Guigues, dauphin de Viennois, qui se proposait de revendiquer énergiquement les droits de sa femme Isabelle de France, assez mal partagée dans la succession de Philippe le Long. Le dauphin avait donné prise à des ressentiments qu'il était difficile d'oublier sa dureté à l'égard des victimes de Varey, la lourde rançon imposée à ses prisonniers et qui pesait encore sur les cautions, l'avaient brouillé avec la famille de sa femme. La comtesse Mahaut d'Artois, par son testament du 24 mars 1329[73], nommait sa fille Jeanne de Bourgogne-Comté unique héritière de ses domaines, et celle-ci déshéritait sa fille Isabelle, femme du dauphin, au profit de Jeanne de France et du duc de Bourgogne. La mort inattendue et prématurée de ces deux princesses allait permettre aux légataires de disposer bientôt de ce riche héritage[74].

 

 

 



[1] Arch. du Pas-de Calais, comptes de l'Artois, A. 68.

[2] 1323, 15 octobre, Recueil de Peincedé, t. I, p. 344.

[3] 1335, 9 février, Dom Plancher, t. II, pr. CCXXXVI.

[4] 1328, 29 décembre, Dom Plancher, t. II, pr. CCXIV.

[5] Arch. du Pas-de-Calais, Trésor d'Artois, A. 403.

[6] « A Guillaume Babile pour II morues qui furent portées en Bourgogne à la duchesse avé I porpois qui vient d'Artois, XXX sols ; à Guillemuche pour les despens de luy et d'un cheval qui porta ledit poisson, XXIIII s. » (Arch. du Pas-de-Calais, A. 403).

[7] On aurait peine à croire à une telle assertion si elle n'était appuyée par des preuves certaines. Nous avons établi précédemment que la duchesse Jeanne de France était née le 1er ou le 2 mai 1308. Son premier accouchement est attesté par la mention suivante « à Lande Belun, le Lombart, pour V pièces de marramaiz que furent données à la duchesse de Bourgogne pour ses relevailles, LII l. » (14 juillet 1332, Arch. du Pas-de-Calais, A. 407). La note pouvait être erronée, nous l'avons fait vérifier aux archives du Pas-de-Calais et je dois à l'obligeance de l'ancien archiviste M. Richard, une autre mention identique confirmative de la première (A. 1003, Invent. II, p. 234, 2e col.) qui ne laisse place à aucune incertitude.

[8] La date de naissance de Philippe ne peut être du mois de novembre 1323, comme cela est dit dans les auteurs, mais de juillet ou d'août, seule date conciliable avec l'accouchement de juillet 1322 et celui de juillet 1324.

[9] Mandement à Jean de Salins « de donner XXXII l. p. à Jehan Pajot, huissier de notre fille la duchesse de Bourgogne que nous a aporté novelles que elle a eu 1 filz » (Arch. du Pas-de-Calais, A. 433). Cet enfant nommé Jean, était décédé avant 1328, époque à laquelle Philippe est seul cité dans les fragments de comptes.

[10] Voir le compte de Jean de Bans, trésorier de Vesoul, 1335-1336.

[11] Voici encore des fragments de comptes d'hôtel de la duchesse. En 1326, elle séjourne à Aisey, depuis le t avril, ensuite à Jugny, depuis le 18 novembre et enfin à Villaines, au 10 avril 1327 (Arch. de la Côte-d'Or, Chambre des comptes, B. 383).

[12] Voir Mémoire sur les différends entre la France et l'Angleterre sous le règne de Charles le Bel, par Broquigny, Leber, Dissertations, t. XVIII, 8e partie.

[13] Orig., Arch. de la Côte-d’Or, B. 11875.

[14] Recueil de Peincedé, t. IX. p. 38.

[15] 18 décembre 1 324, Peincedé, t. I, p. 734. — Voir l'ordonnance de Charles le Bel pour aller en la guerre de Gascogne, et la levée de cinq mille hommes d'armes à cheval et seize mille hommes de pied, Orig., Arch. de la Côte-d'Or, B. 11.733.

[16] Dom Plancher, t. II, pr. CCXXXIV.

[17] Dom Plancher, t. II, pr. CCXLIII.

[18] Dom Plancher, t. II, pr. XXCLIV.

[19] Les exécuteurs testamentaires de la duchesse Agnès sont l'évêque de Chalon, les abbés de Saint-Bénigne et de Maizières, le doyen de la Sainte-Chapelle de Dijon et de la Chapelle-aux-Riches, Guillaume, abbé de Cîteaux, Richard, sire d'Antigny, Eudes, sire de Grancey, Alexandre de Blaisy, Pierre de Semur, archidiacre de Vertus, Hugues de Corabœuf, doyen de Chalon, Thibaut de Semur, Jean de Chatillon et ses confesseurs.

[20] L'Art de vérifier les dates fait mourir Agnès en 1317. L'obituaire de Saint-Denis de Vergy, donne cette citation : Quarto decimo kal. januarii anno Domini millesimo CCC°XX°V° obiit bone mamorie Agnes, filia beati Ludovici, regis Francorum, ducissa Burgundie, que dedit huic ecclesie LX sol. quolibet anno, pro anniversario suo faciendo inter présentes. Anima ejus requiescat in pace. Amen.

L'obituaire de Cîteaux, porte : XIII kal. januarii obiit domina Agnes, ducissa Burgundie, filia Ludovici, regis Francorum.

[21] Acte du 31 décembre 1312, Regest. Clementis V papœ, n° 8952.

[22] Jeanne de Chalon était fille de Guillaume de Chalon, comte d'Auxerre et de Tonnerre, alors décédé, et d'Eléonore de Savoie.

[23] Chifflet, Genus illustre, p 502 ; Dom Plancher, t. II, pr. CCXXXI. Les témoins et parents qui assistent à ce mariage sont la duchesse Agnès, le duc Eudes, le comte de Savoie, le comte de Sancerre, Edouard et Aimé de Savoie, Guichard, sire de Beaujeu, Louis de Savoie, seigneur de Vaux.

[24] Septembre 1321, Chifflet, Genus illustre, p. 502.

[25] Robert de Bourgogne était à la fois beau-frère et neveu d'Edouard comte de Savoie, qui avait épousé sa sœur Blanche de Bourgogne, et lui-même avait épousé la fille d'Eléonore de Savoie, sœur d'Edouard. Robert tint d'abord garnison à Saint-Trivier, et se trouvait avec l'évêque de Metz, quand on lui fournit dans cette localité des approvisionnements pour ses gens d'armes. Arch. de la Côte-d'Or, comptes de Saint-Trivier, B. 9948, rouleau des dépenses 1324-1329.

[26] Duchesne, Ducs de Bourgogne, pr. des dauphins de Viennois, p. 16.

[27] Voir Arch. de la Côte-d'Or, Chambre des Comptes, châtellenie de Billiat, B. 7054. Détails sur les garnisons mises au château de Léaz quand le comte était assiégé au château de Varey. — Secours apporté au château de Mirebel-en-Valbonne, attaqué par le dauphin de Vienne, etc.

[28] Guigue, Topographie hist. de l'Ain, p. 135.

[29] Voir Chorier, Histoire du Dauphiné, p. 243-251 ; Paradin, Chronique de Savoie, liv. II, p. 211 ; Guichenon, Histoire de Bresse et du Bugey, 4e part., p. 64 ; Vingtrinier, Histoire dit Château de Varey, 1872.

[30] Arch. nat., P. 1389², cote 287 ; Guichenon, Histoire de Bresse et du Bugey, 4e part., p. 61 ; Duchesne, Ducs de Bourgogne, preuves des dauphins, p. 44.

[31] Arch. nat., Xia, 88⁴⁶, fol. 317 ; Jules Viard, Lettres d'état, n° 2.

[32] Orig. Arch. du Doubs, B. 66.

[33] Orig. Arch. du Doubs, B. 425.

[34] Orig. Arch. du Doubs, B. 66.

[35] Guillaume de Vergy, sire de Mirabeau, qui accompagnait Robert de B. dans cette chevauchée (Orig. Arch. de la Côte d'Or, chambre des Comptes, B. 11783) ne parait pas avoir été pris dans cette bagarre.

[36] A Duchesne, Ducs de Bourgogne, p. 118-119.

[37] Arch. de la Côte-d'Or, B. 11.731.

[38] Arch. de la Côte-d'Or. Chambre des Comptes, B. 1314, registre, missions pour l'ost de Viennois.

[39] Arch. de la Côte-d'Or, B. 11.733. Ce rôle a été publié en entier par de La Chauvelays, dans les Mémoires de l'Acad. de Dijon, 1881. Les principaux personnages qui y figurent sont les sires de Noyers, de Frolois, de Villefrancon, de Bar, de Pommart, de Sombernon, Blaisy. Chateauvillain, Montfaucon, Chacenay, Antigny, Epoisses, La Guiche, Mailly, Bauffremont, Vantoux, etc.

[40] « Pour les despens dou consoil Mgr fais à Viane, ou ils furent envoiez de par Mgr pour palier au Dalphin baillé à maistre Jehan Aubriot pour ses despens fais ou chemin de Lyon, et pour les despens dou restour fais dudit chemin en alant et venant, V lb. VII d. t. » (Arch de la Côte-d'Or, B. 1314, registre.)

[41] Orig. Arch. de la Côte-d'Or, B. 11.884.

[42] Arch. du Pas-de-Calais, Comptes d'Artois, A. 458.

[43] U. Chevalier, Inventaire des archives des Dauphins de Viennois, Lyon, 1871, p. 23, n° 404.

[44] Arch. nat., JJ. 63, fol. 461, n° 254 ; A. Duchesne, Ducs de Bourgogne ; Dauphins, pr. p. 46.

[45] « A messire Jehan de Salins, qui fut envoiiez le XIe jour de décembre dès La Loye en Viennois devers le Dalphin pour la délivrance Mgr Robert de Bourgogne et le conte d'Auceurre. » (Arch. du Pas-de-Calais, comptes de l'Artois, A. 470.)

[46] Bibl. nat., collection de Brienne, t. XXXIV.

[47] Les comptes publiés à la fin de ce chapitre fournissent les preuves de nos mentions.

[48] Mandement de la comtesse d'Artois, du 31 octobre 1326, « à Jehan de Louiciaines, sergant d'armes que nos a aportez les novelles de madame la royne qu'est accouchie d'une fille ». (Arch. du Pas-de-Calais, Comptes de l'Artois, A. 454). Cette fille Jeanne, dont la date de naissance est fixée par cette seule mention, ne vécut pas longtemps, et mourut en janvier 1327.

[49] La reine Jeanne de Bourgogne-Comté tint son Parlement à Baume-les-Dames, le 2 décembre 1326 (Chevalier, Histoire de Poligny, p. 170).

[50] Nous disons ses petits-enfants, car à ce moment Philippe, âgé de quatre ans, devait avoir au moins une petite sœur encore vivante.

[51] Le 21 mars 1327. Les personnages qui assistent au diner à l'hôtel d'Artois sont le duc de Bourgogne, son frère le comte de Tonnerre, le Dauphin de Viennois, Robert d'Artois et Jeanne de Valois, sa femme, les comtes de Namur, d'Aumale et de Sancerre, la dame de Nesle, etc. (Arch. au Pas-de-Calais, Comptes d'Artois, A. 438).

[52] Arch. de la Côte-d'Or, B. 314.

[53] Arch. du Pas-de-Calais, Trésor d'Artois, A. 458.

[54] Arch. du Pas-de-Calais, Trésor d'Artois, A. 464.

[55] Arch. du Pas-de-Calais, Trésor d'Artois, A. 461.

[56] 1327, 17 novembre (Plancher, H, pr. CCXLVI). Les Arch. de la Côte-d'Or possèdent un rouleau dans lequel sont exposées les raisons qui déterminèrent le duc à battre monnaie à Auxonne, sous l'autorisation des religieux de Saint Bénigne, possesseurs par moitié de la monnaie de Dijon (Voir Peincedé, t. I, p. 647).

[57] Nous ne pouvons donner tous les déplacements du duc, qui revint on Bourgogne le 10 février, assistait à Paris, le mardi 24 du même mois, à un festin en l'hôtel d'Artois avec le comte et la comtesse de Foix, Alphonse d'Espagne, le maréchal de Mirepoix, etc. (Arch. du Pas de-Calais, A. 474).

[58] Arch. du Pas-de-Calais, A. 869¹.

[59] 15 et 16 juin 1328, Arch. du Pas-de-Calais, A. 479.

[60] J.-M. Richard, Mahaut d'Artois, p. 109 et 137.

[61] 1328, 17 juillet, Arch. nat., P. 1377², coll. 297².

[62] Paiements de l'ost de Flandre, Arch. du Pas-de-Calais, A. 478.

[63] Arch. du Doubs, B. 17. — Pour les pertes faites par Guillaume, sire de Senecey, voir Peincedé, t. XXIV, p. 683.

[64] Récit d'un témoin, Arch. du Doubs, B. 17.

[65] A. Duchesne, Ducs de Bourgogne, p. 117.

[66] Janvier 1329, Arch. nat. JJ. 91, n° 64 ; 8 avril 1329, Arch. de la Côte-d’Or, B. 11676.

[67] « Le XXIII d'aoust au messagier le duc de Burgoigne qui apourta à Madame les nouvelles de la bataille de Cassel, XL s. Ledit jour, à 1 vallet mons. Robert d'Artoys qui apourta à madame novelle de ladite bataille, XXXII s. (Arch. du Pas-de-Calais, A. 480). Cette mention n'est pas d'accord avec ce que dit Luce, dans son Froissait, et d'après son auteur, t. I, p. CLIV et p. 301, pour la date de la bataille de Cassel, qui aurait eu lieu le jour de la Saint-Barthélemy, 24 août.

[68] Dom Plancher, t. II, pr. CCXLVIII.

[69] Arch. du Pas-de-Calais, Trésor d'Artois, A. 480.

[70] 1328, 2 octobre, Dom Plancher, t. II, pr. CCXLIX.

[71] Arch. nat., JJ. 65 bis, n° 53.

[72] Paris, 20 février 1329, n. st., Dom Plancher, t. II, pr. CCXLVII. Le duc était en Bourgogne, en novembre 1328 pour la tenue des jouis généraux de Beaune, séjourna en décembre à Aisey-le-Duc, Aignay, en janvier 1329 à Villaines-en-Duesmois, en février à Paris, et passa une partie de mars, avril et mai en Bourgogne.

[73] Miræus et Foppens, Opera diplomatica, t. III, p. 267.

[74] Le duc de Bourgogne assista à Amiens, le 6 juin 1329, à la prestation de foi et hommage pour le duché de Guienne et la pairie de France par Edouard, roi d'Angleterre (Rymer, Fœdera, t. II, part. III, p. 27 ; Luce, Froissart, t. I, p. 93-95 et 306). Il revint en Bourgogne à la fin du mois, où sa présence est signalée à Autun, Argilly, Val-des-Choux, et ne retourna à Paris qu'après la mort de Mahaut d'Artois.