Influence de la
duchesse douairière Agnès de France. — Education d'Hugues V. — Ses
précepteurs Jean Aubriot et Gui de Prangy. — Origine de la fortune des
Aubriot. — Séjour à Jugny. — Mariage de Blanche de Bourgogne avec Edouard,
fils du comte de Savoie. — Majorité du duc Hugues V. — Guerre entre Odard de
Montagu et Erard de Saint-Vérain. — Mariage de Marie de Bourgogne avec
Edouard, comte de Bar. — Chevauchée du jeune duc en Lyonnais. — Maladie et
premiers testaments d'Agnès de France. — Mariage de Louis de Bourgogne,
prince de Morée, avec Mathilde de Hainaut. — Hugues V armé chevalier à Paris
fêtes et prodigalités à cette occasion. — Prise de croix et engagement
conditionnel du duc pour le voyage en Terre-Sainte. — Jean de Chalon-Arlay et
son fils Hugues croisés. — Prétextes pour la levée de décimes. — Avortement
des projets de croisade. — Subsides pour la chevalerie du duc. — Impôts
excessifs à cette occasion. — Mariage de Jeanne de Bourgogne avec Philippe de
Valois. — Sollicitude de la duchesse pour ses enfants. — Bénéfices
ecclésiastiques promis en faveur de Robert de Bourgogne. — Abus des
concessions du Saint-Siège. — Bénéfices donnés à des enfants. — Titulaires
exemptés de l'obligation de résidence. — Trafic des choses sacrées. —
Irrégularités du clergé. — Vente des bénéfices à la cour de Clément V. —
Triste situation des monastères, des évêchés de Langres et d'Autun. — Abus
des dispenses d'âge pour les mariages. — Causes de l'extinction de la maison
des ducs de Bourgogne de la première race, et de la lignée de Philippe le
Bel. — Application de l'ordonnance royale sur les juifs en Bourgogne. —
Saisie, et confiscations. — Rôle des juifs, des Lombards et des Cahorsins. —
Spoliations et mesures inhumaines. — Banquiers chrétiens. — Nécessité d'avoir
recours aux juifs. — Ligues féodales. — Révolte des soigneurs contre les abus
de l'autorité royale. Soudaineté des lignes en Bourgogne. — Multiplicité des
listes de confédération noms qui s'y rencontrent. — Organisation de la
résistance. — Emotion à la Cour de France. — Ordonnances de Philippe le Bel,
dont on ne connaît pas la teneur, mais dont l'émission est prouvée. — Lettre
écrite la veille de sa mort par Philippe le Bel au duc. — Réunion des
confédérés à Dijon. — Revendications de la noblesse au roi Louis X. — Ordonnances
royales. Concessions. — Garantie des droits et privilèges aux féodaux. —
Amnistie générale. — Causes déterminantes de l'extinction des ligues. —
Maladie, testament et mort d'Hugues V ; son enterrement à Cîteaux.
Robert
II, duc de Bourgogne, décédé le 21 mars 1306, fi Vernon, à la cour de son
neveu Philippe de France, comte d'Evreux, laissait par son testament la
succession du duché à un enfant de douze ans, dont la duchesse Agnès de
France, fille de saint Louis, devait conserver la tutelle, avec l'appui et
les conseils du comte d'Evreux et de Jean de Chalon, sire d'Arlay. Hugues
V, né avec une constitution faible et délicate, ne devait pas faire grand
bruit dans le monde, et son règne est le plus insignifiant de ceux de nos
ducs, qui tous ont laissé des marques importantes de leur passage et de leur
administration. Nourri
et élevé par Adeline de Menans, femme d'un des barons de Bourgogne, et par
Simonne de Rouvre, plus tard dirigé par un précepteur Gui de Pringy, seigneur
de Beire, homme d'une haute valeur, par suite de la considération que Robert
II lui témoigne dans son testament[1], Hugues V resta sans cesse
soumis à l'autorité de la duchesse Agnès, qui ne parait pas s'être dessaisie
du pouvoir, même après la majorité de son fils. Gui de
Pringy était seulement chargé de l'équitation et des exercices physiques de
l'enfant, enseignerres dou corps. D'autres maîtres lui apprirent à
lire et à écrire, et développèrent ses qualités intellectuelles, comme Raoul,
de Beaune, clerc le plus intime de Robert II, surnommé Froichart, et
le chapelain de ce dernier connu seulement sous le singulier sobriquet de Quoniam.
Mais le clerc habile, que la duchesse choisit pour l'éducation de ses
enfants, contribua plus que tous les autres à leur donner des connaissances
et des goûts qui n'étaient pas ordinaires à cette époque. Jean Aubriot donna
aux héritiers du duché la même instruction qu'aux fils destinés à la
cléricature, et même aux filles, et c'est grâce à cette intelligente
direction que Jeanne de Bourgogne, devenue reine de France, prit sous sa
protection les savants de la cour de Philippe de Valois. Le
respect des élèves pour le maître valut une haute fortune à Jean Aubriot, et
sa famille des honneurs et une notoriété méritée. Hugues V n'oublie pas dans
son testament notre cher maître Jehan Aubriot[2], et Eudes IV le cite le premier
au nombre de ses exécuteurs testamentaires. Après
le retour du corps de Robert II en Bourgogne et son enterrement à Cîteaux, la
duchesse Agnès et son fils se dirigèrent sur Paris, afin de rendre hommage au
roi pour le duché et pour la pairie, et fixer les conditions de tutelle par
devant la reine Marie de Brabant et divers personnages de la Cour (13 avril 1306)[3]. Ils revinrent tous deux à
Paris en janvier1307, et assistèrent à Corbeil au double mariage de la trop
fameuse Marguerite de B., sœur du duc, avec Louis le Hutin, et de Jeanne,
fille d'Othe, comte de Bourgogne, avec Philippe le Long[4]. Pendant
cette première époque du veuvage d'Agnès et de la jeunesse d'Hugues V, ils
résidèrent le plus souvent dans une petite maison de campagne du
Châtillonnais, à Jugny, près Billy-les-Chanceaux[5]. Le peu d'importance de cette
demeure depuis longtemps détruite, et qui n'est plus représentée que par une
métairie, laisse supposer qu'on y vivait dans une grande simplicité et avec
un modeste entourage d'officiers de la cour ducale. La
duchesse, préoccupée de l'avenir de ses enfants, négocia peu après le mariage
de sa tille Blanche avec Edouard, fils d'Amédée, comte de Savoie. Les
conventions en furent arrêtées par devant le roi à Paris, le 27 septembre
1307[6], et la solennité du mariage fut
célébrée en grande pompe à Montbard, le 17 octobre de la même année[7]. Hugues V s'engageait à donner
en dot à sa sœur vingt mille livres[8], dont la garantie fut fournie
par Louis de France, comte d'Evreux[9], et Blanche déclarait que,
satisfaite de la donation qui lui était attribuée, elle ne réclamerait rien
des biens paternels et maternels[10]. Amédée, comte de Savoie,
donnait à son fils, émancipé à cette occasion, les terres de Bagé, Cuisery,
Sagy, Savigny, près Beaune, avec la promesse de sa succession au comté de
Savoie, promesse pour laquelle Hugues de Vienne, seigneur de Pagny, se rendit
caution[11]. A la
fin de 1307, Hugues V entrait dans sa quatorzième année et atteignait la
majorité féodale, mais à l'exception d'un hommage rendu à l'évêque de Chalon-sur-Saône
relativement à la seigneurie de Palleau[12], du serment de féodalité prêté
à l'église de Saint-Martin de Tours[13], selon l'obligation imposée à
ses prédécesseurs, et de quelques hommages rendus par divers seigneurs, on ne
voit pas qu'il ait fait sérieusement acte d'autorité. En qualité de pair de
France, il se rendit à Boulogne, accompagné de ses trois frères Eudes, Louis
et Robert, pour assister, le 25 janvier 1308, au mariage d'Edouard II, roi
d'Angleterre, avec sa cousine Isabelle de France, fille de Philippe le Bel[14]. Une
branche de la maison ducale produisait alors de grands désordres dans la
province, et les guerres privées y avaient déterminé une vive agitation, que
l'absence d'une main puissante n'avait pas permis de réprimer, comme on a pu
le constater pendant les périodes précédentes de régence et de minorité. De
sérieux démêlés s'étaient élevés entre Eudes ou Odard de Montagu, cousin du
duc, et Erard de Saint-Vérain. Les amis de ces personnages prirent fait et
cause pour chacun d'eux, et il s'ensuivit une lutte acharnée entre les
partisans des deux camps, Dreux de Mello, Mile, sire de Noyers, Jean, comte
de Sancerre, Robert, dauphin d'Auvergne, Beraud de Mercœur, les trois
seigneurs de la maison de Vienne, et plusieurs autres, « entre lesquelles
parties ot moult aigre bataille en la contie de Nevers, le jour de la feste
monseigneur Saint-Denis [3 octobre 1308], mais elle fut tantôt finie, et ot ledit Erart
victoire. » Le roi de France qui n'avait pas autorisé une telle
infraction aux ordonnances sur les guerres privées, et surtout irrité de
l'intervention de divers barons de l'Empire, fit enfermer Dreux de Mello dans
une prison près de Corbeil. Erard de Saint-Vérain, le comte de Sancerre, le
sire de Noyers furent incarcérés plusieurs mois à Melun. Béraud de Mercœur,
connétable de Champagne, ayant subi la même peine, parvint à s'échapper de
prison, alla trouver le pape et le roi des Romains, puis, ramené par de sages
conseils, vint se jeter aux pieds du roi et implorer le pardon qui lui fut
octroyé par une lettre de rémission (avril 1312)[15]. Le
vaste château de Montbard, où les noces de Blanche de Bourgogne avaient été
célébrées fut aussi le théâtre des cérémonies du mariage de sa sœur Marie
avec Edouard, comte de Bar, le 11 février 1310, mariage arrêté depuis
longtemps déjà[16], et pour la consommation duquel
les conjoints avaient été émancipés et avaient reçu une dispense du pape
Clément V, pour cause de parenté[17]. Marie reçut une dot de vingt-mille
livres, comme sa sœur, et Edouard de Bar donna de suite quittance d'un
premier versement exigé, en fournissant l'engagement de la fiancée de ne rien
réclamer plus tard dans la succession du duché. Les témoins et les garants de
ce contrat étaient Hélie, évêque d'Autun, Mile de Noyers, Jean de Corcelles,
maréchal de Bourgogne, Hugues de Bourbon, seigneur de Montperroux. On peut
croire que la comtesse Mahaut d'Artois assistait à ce mariage, car vers la,
même époque on la trouve en Bourgogne gagnant la Franche-Comté, et à son
retour, elle passa à Longvic, fut reçue le 2 juin à la cour ducale au château
de Lantenay, puis traversant Châtillon et Troyes arriva le 9 de ce mois à
Paris. Sur l'ordre de Philippe le Bel, le duc Hugues V fit une chevauchée en
Lyonnais dans l'expédition commandée par Louis le Hutin, roi de Navarre, fils
aîné du roi, avec le concours de ses frères et de ses oncles. La discorde
entre les bourgeois de Lyon et les archevêques de cette ville, longtemps fomentée
par le prévôt royal, avait ameuté contre ce dernier les deux partis ligués
dans un intérêt commun les bourgeois avaient assiégé et emporté de vive force
le château de Saint-Just défendu par le prévôt, et se mettaient en mesure de
fortifier par des retranchements les abords de la cité. Philippe le Bel,
satisfait d'une provocation qui nécessitait de sa part une répression
immédiate, n'eut garde de laisser échapper l'occasion qui s'offrait ; mais
les Lyonnais, menacés par des forces imposantes, se rendirent sans coup
férir. Le duc
Hugues V se trouvait ès tentes sous Chazeau et à Belleville[18], les 18 et 23 juillet 1310. Il
avait réquisitionné pour cette campagne les chevaux et les chariots des
abbayes et convoqué nombre de vassaux qui se souciaient peu de marcher. Le
bailli de Mâcon voulait poursuivre les religieux récalcitrants et condamner
les seigneurs rebelles à une amende, mais le roi s'y opposa et fit suspendre
les poursuites. Il n'est pas sans intérêt de signaler l'importance de cette
chevauchée qui livrait à la couronne une si importante cité, alors que
l'archevêque Pierre de Savoie, conduit à Paris par le comte Amédée de Savoie,
chef de la famille, obtenait le pardon du roi, en abandonnant les principaux
droits de suzeraineté attachés à l'archevêché de Lyon[19]. Le 9
novembre 1311[20], Hugues V fit un nouvel accord
avec la duchesse Agnès au sujet de son douaire, et prit en main le
gouvernement de ses états, dont il paraît s'être peu préoccupé jusqu'alors.
Il parcourut la Bourgogne et reçut les hommages de ses vassaux. La
duchesse était depuis quelque temps atteinte d'une maladie qui lui donnait de
graves inquiétudes, mais à laquelle sa robuste constitution devait longtemps
résister. Elle avait fait un premier testament, en 1310, et y avait ajouté un
codicille à la suite d'une attaque de fièvre dont elle fut prise à Beaune.
Puis, ayant été plus sérieusement menacée à Rouvre, de nouvelles
modifications avaient été ajoutées à ses dispositions primitives et données
verbalement à ses exécuteurs. Ces actes ne sont pas arrivés jusqu'à nous, et
ne sont connus que par le testament définitif du 12 mai 1323[21]. Louis
de Bourgogne, le troisième des fils de Robert II, avait atteint sa quinzième
année, et malgré le désir exprimé par les dernières volontés de son père qui
l'avait destiné à la cléricature, on arrêta pour lui des conventions de
mariage avec Mathilde, fille de Florent de Hainaut, connétable de Sicile, et
d'Isabelle de Villehardouin (6 avril 1312)[22]. Le duc Hugues V céda à son
frère, en faveur de ce mariage, ses droits sur le royaume de Salonique, sur
les principautés d'Achaïe et de Morée, à condition qu'il renoncerait, de son
côté, à toute revendication sur la succession du duché. Antérieurement
à cette date, le duc avait été lui-même fiancé à Catherine[23], fille de Charles de Valois,
comte d'Anjou, d'Alençon et de Chartres, mais sa mauvaise santé ne lui
permettant pas une intervention active pour la défense de royaumes qu'il
n'était pas en état de protéger[24], on obtint sa renonciation à ce
mariage, et Catherine tut promise à Philippe de Sicile, prince de Tarente. Hugues
V était dans sa vingtième année quand il fut armé chevalier, aux fêtes de la
Pentecôte (3 juin 1313),
avec deux fils du roi, Louis le Hutin et Charles le Bel, les comtes de Dreux,
de Foix, Robert d'Artois et environ quatre cents écuyers appartenant à la
noblesse des diverges provinces de France[25]. Là
fu Charles et Loys de France, Et
lor grant lignage en présance Conte
d'Anjou, conte du Maingne, Duc
de Bourgoingne et cuens d'Artois, Et
d'autres gent maint sermantois...[26] La
cérémonie donna lieu à des fêtes qui durèrent huit jours, et dans lesquelles
on vit défiler le cortège des trois rois de France, de Navarre et
d'Angleterre, entourés des personnages de la Cour, prélats et grands
dignitaires. Les chroniqueurs s'étendent longuement sur la magnificence de
ces cérémonies et sur la décoration des rues de Paris encombrées d'un peuple
innombrable[27]. Pour y figurer avec honneur,
les seigneurs avaient fait des dépenses follement exagérées. Le duc de
Bourgogne montait un cheval bai, coûtant trois cents livres[28], et avait pour la circonstance
commandé à Pierre le Mortelier une fleur de lys et un chapeau du prix de 440
livres[29], somme considérable pour
l'époque. Hugues
V prit part aux projets de croisade qui furent adoptés avec enthousiasme par
un grand nombre de princes et de barons réunis à l’occasion de ces fêtes, le
6 juin 1313, mais il ne fournit que le 20 février 1315 les clauses et
conditions dans lesquelles il s'engageait à faire le passage en Terre-Sainte.
Ce même jour, le cardinal Nicolas de Saint-Eusèbe, nonce du pape, était venu
à Compiègne pour entraîner et recueillir les noms des fidèles qui désiraient
prendre part à l'expédition. Le roi y assistait avec un concours considérable
de barons, de prélats et de peuple. Hugues V reçut la croix des mains du
cardinal, et cela avec les signes de la plus grande dévotion, devote et
humiliter, mais il eut soin de faire ses réserves par écrit. C'est qu'il
n'entendait point participer au voyage d'Outre-Mer et à un subside
quelconque, à moins que le roi de France ou le roi de Navarre, son fils, n'en
fissent aussi partie[30]. Jean de
Chalon, sire d'Arlay, oncle du duc, et son fils Hugues de Chalon avaient pris
des engagements plus fermes. Jean avait même reçu, ainsi que sa femme
Marguerite de Bourgogne, toutes les indulgences accordées aux croisés[31]. Mais ailleurs ces projets
généreux rencontraient moins d'entraînement, car plus d'un baron craignait de
voir en son absence son domaine envahi par le voisin, témoin Othe de Granson,
qui, se mettant en route, était à peine arrivé à Avignon que déjà Aimon de La
Palu s'était emparé de ses biens[32]. L'avortement
de ces expéditions donnait raison aux contribuables récalcitrants qui
refusaient de payer la dime, et qui avaient pour ce fait encouru la peine
d'excommunication. L'évêque d'Auxerre reçut du pape l'ordre d'absoudre les personnes
de son diocèse atteintes par la sentence[33]. Tous
ces projets qui ne devaient passe réaliser étaient le prétexte de nouveaux
impôts prélevés au profit des croisés. Les restrictions du duc avaient été
telles qu'on n'osa les revendiquer dans le duché. Pour le moment, on ne
préleva que les subsides ordinaires dus pour sa nouvelle chevalerie, mais là
encore il y eut des abus. Les chevaliers Gui de Brion et Humbert de
l'Espinace furent institués commissaires pour établir la taxation de ce
subside. Les échevins de Dijon et le maire Guillaume de Courcelles prélevèrent
sur chaque habitant une taxe, dont le montant était fixé par des prud'hommes
nommés à cet effet[34]. Des contrats de même nature
furent passés avec d'autres communes, comme à Auxonne[35]. Les monastères étaient
également mis à contribution, et les religieux de Cîteaux durent payer de ce
chef la somme de deux mille livres. Cette
subvention, longue à recueillir, pesa lourdement sur les populations, et deux
ans plus tard Eudes IV percevait encore des fonds du prévôt de Châtillon-sur-Seine
pour la nouvelle chevalerie de son frère défunt[36]. Les charges de cet impôt
soulevèrent des réclamations nombreuses dans la province, et causèrent
quelques scrupules dans l'esprit d'Hugues V mourant, qui, dans le second
codicille de son testament, inséra une clause rectificative « Item, volons et
ordenons et commandons que tuit cil qui hont esté trop chargiez, trop grevez
denostre subvention por nostre chevalerie, et qui trop en hont pastis, en
soient des« chargiez et relevez soffisamment. » A la
fin de juillet 1313, eurent lien à Fontainebleau les noces du double mariage
entre Jeanne de Bourgogne, sœur du duc, et Philippe de Valois[37], d'une part, et de Catherine de
Valois avec Philippe de Sicile, prince de Tarente. On donnait en dot à Jeanne
de Bourgogne les domaines de Courtenay et de Chanteloup, et Philippe de
Valois recevait en avancement d'hoirie les comtés d'Anjou, du Maine et de la
Roche-sur-Yon. La duchesse pouvait se féliciter de voir ses quatre filles
bien établies, sans prévoir le sort brillant réservé à Jeanne, qui devait
pendant de longues années porter la couronne de reine de France. Désormais
tranquille sur la destinée de ses filles, Agnès ne perdait pas de vue
l'avenir de ses fils. Après avoir marié Louis, elle eut recours à l'influence
de Philippe le Bel, afin d'obtenir des bénéfices pour son dernier né Robert,
destiné comme son frère à la cléricature. Clément V donna l'assurance d'un
canonicat et d'une prébende dans l'église de Chartres pour Robert, alors âgé
de huit ans[38]. On ne
pouvait moins faire pour le frère du duc de Bourgogne que pour son cousin
Pierre, fils de Robert, comte de Clermont, qui, dès l'âge de neuf ans, était
déjà pourvu de l'archidiaconé de Tonnerre, du décanat d'Amiens, et de
canonicats dans les diocèses de Langres et de Paris[39], ou que pour le jeune frère de
Guichard, seigneur de Beaujeu, auquel des bénéfices étaient assurés, malgré
son extrême jeunesse, en attendant qu'il pût recevoir les ordres[40]. C'était,
avec aggravation, la continuation des abus dont les ecclésiastiques de nos
provinces se plaignaient si vivement sous le règne précédent[41]. Sans
consulter le chapitre de Langres, le pape Clément V avait de sa propre
autorité nommé son oncle Bertrand de Goth à l'évêché de cette ville, après la
mort de Jean de Rochefort, et avait seulement prié le roi d'avoir cette
nomination pour agréable[42]. Bertrand s'était engagé à
payer neuf mille florins d'or[43], mais n'ayant pas trouvé les
'conditions avantageuses, il résigna quelques mois plus tard sa prélature de
Langres, pour reprendre l'évêché d'Agen qu'il occupait auparavant. Un autre
personnage étranger au diocèse, mais parent du pape, Guillaume de Durfort,
lui succéda sur le siège de Langres[44], et versa environ dix mille
florins[45], sans compter trois mille
livres tournois qu'il emprunta ensuite pour les besoins de son église[46]. Hélie, confirmé, le 30 juillet
1308, dans la possession du siège épiscopal d'Autun, emprunta en même temps
dix mille livres[47], reçut le pallium l'année
suivante[48], et fut autorisé à vendre
certaines forêts, pour faire face, disait-il, aux dépenses nécessitées par
son voyage au concile de Vienne, et pour soutenir les causes qu'il avait à
défendre contre le duc de Bourgogne[49]. Nous n'avons pas à parler des
embarras de l'évêque d'Auxerre, de l'archevêque de Sens, et principalement de
Pierre de Savoie, archevêque de Lyon, menacé de tomber sous le coup des
censures ecclésiastiques, et même de l'interdiction, pour ne pouvoir remplir
les obligations pécuniaires pour lesquelles il obtenait ajournement[50]. Ce
fâcheux régime pesait lourdement sur les monastères déjà grevés par les
décimes, par des charges diverses, et fort obérés par suite de la mauvaise
gestion de ceux qui les gouvernaient. Mile de Bissey, abbé de Molème, ayant
été nommé abbé de Saint-Bénigne de Dijon[51] après la mort d'Henri d'Arc,
s'était engagé à fournir trois mille florins d'or au Saint-Siège et commença
par faire un emprunt de pareille somme à des marchands de Florence[52]. La
funeste situation dans laquelle se trouvait le monastère de Saint-Seine ne
s'était point améliorée. L'abbé Hugues, nommé au commencement de 1307, avait
promis cinq cents florins au pape[53], mais comme l'abbaye se
trouvait grevée d'une dette de 10,700 florins, il se vit dans la nécessité de
faire des emprunts et d'aliéner des domaines dépendant de l'abbaye[54]. Il fut en outre autorisé à
recevoir douze moines, parce que le nombre des religieux, auparavant de
quarante, était descendu à vingt[55]. N'insistons
pas sur la situation obérée des abbayes de Cluny, de Pothières, de Vézelay,
de Tournus où l'évêque de Mâcon était chargé d'apporter la réforme[56], et même de la Chartreuse du
Val-des-Choux, où de graves désordres étaient signalés[57]. Un
grand nombre de bénéfices importants devaient être singulièrement administrés
par leurs titulaires qui, par autorisation spéciale, n'étaient pas astreints à
résidence. Guillaume de Durfort, évêque de Langres, presque toujours absent
de son diocèse, se déchargeait sur des mandataires du soin de le gouverner[58]. Simon, de Chaumont,
archidiacre d'Avallon, chanoine de Verdun, doté de riches prébendes, se
faisait remplacer dans les visites pastorales[59]. A l'âge de onze ans, Pierre de
Clermont était peu en mesure de surveiller son archidiaconé de Tonnerre[60]. Pierre de Chalon, clerc et
familier du roi Philippe le Bel, auquel il devait de nombreux privilèges,
s'occupait peu du doyenné d'Aigueperse, en Autunois, et Pandulphe de Savelli,
notaire du pape, préoccupé de toucher ses revenus dans une quinzaine de diocèses,
avait assez à faire sans prendre soin de l'administration ecclésiastique de
la prévôté de Chablis[61]. S'il se
produisait quelques irrégularités et quelques abus dans le clergé, c'était
grâce à ce manque d'autorité et de direction sérieuse. On se plaignait dans le
diocèse de Langres des agissements des 'hérétiques. Clément V y envoya un
inquisiteur de la foi et donna mission au prieur de Serqueux et à Jean Le
Roux, recteur des Frères prêcheurs de Langres, de faire une information contra
execrabile vitium sodomiœ[62]. Hélie, évêque d'Autun, fut
chargé d'exercer la censure contre ceux qui troublaient sa juridiction et
s'emparaient des biens de son église. Il eut ordre de suspendre et même de
priver de leurs bénéfices les clercs ayant avec eux des concubines et qui ne
voulaient pas s'amender[63]. Le pape, s'adressant au maire
et aux échevins de Dijon, relatait les méfaits de Simon, d'Is-sur-Tille,
prêtre, ayant pillé les biens de l'église de Crecey, qui refusait de les
rendre au recteur Jean de Brenne, titulaire du bénéfice[64]. Les
singulières complaisances du Saint-Siège, la facilité avec laquelle on
accordait, moyennant finance, et pour des motifs purement politiques, les
dispenses de mariage entre les proches parents, oncles, beaux-frères, neveux,
nièces, mariages parfois consommés entre des conjoints ayant à peine atteint
l'âge de la puberté, eurent l'influence la plus désastreuse sur la dynastie
des Capétiens, dont les branches disparurent successivement, malgré la
multiplicité des enfants. L'extinction de la maison de nos ducs héréditaires
de la première race ne devait pas longtemps survivre à la nombreuse lignée de
Philippe le Bel. Le
commencement de la régence d'Agnès de France avait été marqué par un grave
événement, et par l'application de l'ordonnance royale sur les juifs « l'an
de grace mil trois cent et sis, ou mois d'ahost, le samedi jor de la
Magdeleine, furent pris li juis dou douchaume de Bourgonne. » On se saisit de
leurs biens et on envoya dans les diverses localités qu'ils habitaient des
officiers chargés d'inventorier leurs meubles, joyaux et créances. Pierre de
Saulon, chanoine de la Sainte-Chapelle de Dijon, Guillaume de Brasey et
Hugues l'Orfèvre furent chargés de dresser l'inventaire des objets saisis
chez les juifs de Dijon, et la vente de ces objets, non compris les joyaux et
créances, montait à 3.411 l. 10 s.[65] Les biens confisqués à
Chalon-sur-Saône et Buxy produisirent une somme totale de 23.568 l[66]. Mêmes opérations furent faites
à Semur, Avallon, Montbard, Baigneux, Salives, Jugny, Vézelay[67]. Les procès-verbaux de ces
saisies ne nous ont pas tous été conservés, mais il est certain qu'aux XIIe
et XIIIe siècles beaucoup de localités bourguignonnes, et non des plus
importantes, comptaient au nombre de la population quelques juifs auxquels on
donnait parfois des noms singuliers[68]. Les
débiteurs laïcs ou ecclésiastiques cités dans ces divers inventaires
appartiennent à toutes les classes de la société, et parmi les principaux
personnages qui y figurent, on voit paraitre Marguerite de Bourgogne[69], comtesse de Tonnerre, reine de
Jérusalem et de Sicile, alors endettée par les constructions de ses hôpitaux
et la multiplicité de ses bonnes œuvres ; Riambor, dame de Til-Châtel,
qui avait mis en gage une courroie de 40 livres ; Marie, dame d'Argenteuil
Mile, seigneur de Noyers ; Eudes de Roussillon Gui de Beauvoir ; Eudes, sire
d'Auvillars Mile de Marmeaux ; Etienne, sire de Navilly ; Guillaume de
Mimande ; Eudes de Fontaines-en-Duesmois ; Hugues de Genlis ; Perrenot de Montoillot
; des prieurs de Thil, de Charigny ;des chanoines de Langres, d'Autun, etc.[70] Le duc
Robert II, qui n'était pas souvent guidé par des sentiments d'humanité,
s'était toujours opposé aux rigueurs réclamées contre les juifs dans ses
états. Il n'avait point fait appliquer les ordonnances royales, en 1305,
enjoignant aux baillis et sénéchaux de contraindre les débiteurs des juifs à
payer leurs dettes, sachant que cette mesure n'avait pour but que de
dépouiller ensuite avec plus de profit ces malheureux exploitables à merci. Dans
son testament de 1302[71], Robert II avait nettement
exprimé ses sentiments « je vuel que, si je n'ay moillor consoil, que li juis
demouraient en ma terre principalement por umanité, et qu'ils marchandent
leaulment sans usure, et vivent de lor labours. » Il faut
ajouter que les juifs étaient en Bourgogne une source de revenus pour le
trésor ducal, et qu'ils payaient chaque année des impôts assez importants, et
dont le montant dépassait cinq cent livres à la fin du XIIIe siècle[72]. De plus, nos ducs, souvent à
court d'argent, avaient trop souvent recours à la bourse des juifs, des
Lombards et des Cahorsins pour se priver de leurs services. Les uns
et les autres avaient trouvé en Bourgogne plus d'avantages que partout
ailleurs. Ils y étaient moins maltraités, et y avaient plus volontiers établi
leur résidence. Tandis qu'en France on contestait aux juifs le droit
d'acquérir même des héritages en roture, ils avaient pu devenir propriétaires
dans nos villes et bourgades, et à Dijon seulement, ils possédaient
vingt-deux maisons, des terres, des vignes, une école, une synagogue, un
cimetière[73]. Quatre
mois après la mort de Robert II, la confiscation fut appliquée en Bourgogne
dans toute sa rigueur, et la duchesse Agnès, la fille de saint Louis, ne se
fit pas scrupule de bénéficier des épaves provenant des saisies. Malgré
la proscription générale, les juifs continuèrent à séjourner dans le pays,
soit en vertu de concessions partielles et temporaires, soit à titre de
tolérance, car il était plus facile de confisquer leurs biens que de se
passer de leur concours. Les banquiers chrétiens purent momentanément venir
en aide aux personnes qui avaient besoin d'argent, mais les exigences de
certains préteurs peu scrupuleux fit presque regretter les premiers prêteurs
plus accommodants et tenus a plus de réserve. Les
indignes traitements, les spoliations et les mesures inhumaines dont les
malheureuses familles juives furent l'objet, excitèrent la commisération et
les remords du duc Hugues V, qui exigea dans son testament la restitution des
biens dont il avait illégalement bénéficié, ainsi que les gens de son
entourage[74]. En
1315, il y eut des réclamations, non seulement des nobles mais de certains
religieux du duché de Bourgogne, du comté de Forez, des diocèses de Langres,
d'Autun et de Chalon, demandant à ce que la question des juifs fût réglée de
nouveau, et le roi Louis le Hutin lit droit à cette requête[75]. LIGUES FÉODALES. — La dernière campagne contre
la Flandre, l'annonce vraie ou fausse d'une prochaine chevauchée la menace
d'un impôt pour lequel des instructions avaient déjà été envoyées par le roi[76], une ordonnance contre les
joutes et tournois[77], l'interdiction des guerres
privées et diverses mesures regardées comme vexatoires pour la noblesse de
Bourgogne, si jalouse de ses privilèges et de ses droits, produisirent dans
la province une commotion qui se traduisit par une véritable révolte contre
l'autorité royale. Les
seigneurs bourguignons, irrités sous saint Louis des prétentions
ecclésiastiques, avaient alors protesté en termes énergiques et par un
violent manifeste contre les agissements de l'Église[78] leurs descendants, non moins
mécontents des abus de l'autorité royale qui menaçait leurs libertés et
surtout leurs intérêts, se retrouvèrent la main dans la main pour se
défendre. Sans entente préalable, une secousse subite d'indignation agita les
esprits, un mouvement général de protestation se produisit, et les barons,
solidairement engagés en quelques jours par la même formule de serment, se
déclaraient prêts à une guerre ouverte pour la défense de leurs droits et de
leurs privilèges. Cette
levée de boucliers n'eut pas lieu dans les premiers mois de l'année 1314,
comme cela a été dit[79], mais seulement les premiers
jours de novembre de cette même année. On dut
faire circuler simultanément diverses listes puisque les mêmes noms se
retrouvent sur plusieurs d'entre elles. La première est donnée par les
seigneurs bourguignons ; la seconde émane des barons appartenant à la
Bourgogne-Champenoise et se termine par les adhérents de la liste précédente.
Les nobles et les communes de Champagne donnent leur adhésion le 14 novembre.
On connaît une dizaine d'actes d'associations et la participation des féodaux
de notre province est accusée dans chacune d'elles[80]. Nous y
voyons figurer les grands officiers du duché, le sénéchal Henri de Vergy,
sire de Fouvent, le maréchal Jean, seigneur de Courcelles, Jean de Frolois,
sire de Molinot et les principaux chefs de nos familles féodales[81]. Tous donnent leur adhésion à
la ligue, non seulement les chevaliers bannerets, mais les tenanciers des
fiefs de moindre importance, au nombre d'environ cent vingt. Et pour donner
plus de poids à ces prétentions, les abbés, les prieurs, les doyens des chapitres,
les communautés des villes du duché manifestent également leur mécontentement
et prennent l'engagement solennel de refuser toute subvention déraisonnable
réclamée par le roi. Ils promettent de se prêter un mutuel appui et se
déclarent décidés à prendre les mesures les plus énergiques. Les
meneurs de cette résistance prouvèrent tout d'abord que leur organisation,
devait être de longue durée, car dans le principal de ces manifestes, et à la
suite d'une grande réunion, une commission permanente avait été nommée. Elle
se composait des personnages les plus considérables de la province et les plus
dignes par leur âge et leur autorité de faire valoir les revendications des
mécontents. Richard de Montbéliard, sire d'Antigny, Jean de Luzy, Robert de
Grancey, seigneur de Larrey, Jean de Courcelles, maréchal de Bourgogne, Jean
de Charny et Eudes, sire Je Grancey, furent chargés de défendre les intérêts
communs et durent siéger soit à Beaune, soit à Dijon, « pour garder et
gouverner les marches », et transmettre aux nobles dispersés dans la province
les décisions du comité. Chaque
année, une assemblée générale devait se réunir à Dijon le lendemain de
l'octave de Pâques, c'est-à-dire le lundi de Quasimodo, pour s'occuper des
affaires communes, discuter la conduite des mandataires et arrêter les
décisions à prendre. Pour le moment et pour la présente année 1314, les sires
de Grancey, de Corcelles et d'Antigny reçurent les pouvoirs les plus étendus,
mais en cas de désaccord entre eux, l'avis de Richard d'Antigny devait
prévaloir, et par le fait il était investi d'une véritable présidence et
d'une autorité souveraine, devant, laquelle tous les autres devaient
s'incliner. Les
adhérents de cette ligue redoutable, les nobles de Bourgogne, de Champagne,
de l'Auxerrois, du Tonnerrois, du Nivernais, du Forez, joints aux
ecclésiastiques et aux communautés de ces diverses provinces, jurèrent sur
les saints Evangiles d'observer ces conditions tant com il vivroient. La
soudaineté de l'organisation avait été telle que les ligues formées au
commencement de novembre 1314 étaient liées entre elles et déjà syndiquées au
milieu du même mois, et que quelques jours après la teneur de ces manifestes
révolutionnaires était parvenue à la cour de France, où elle causa une
extrême émotion. Quoi que l'on ait dit du caractère impérieux et obstiné de
Philippe le Bel, il est certain que cette révolte sans précédent, et avec
laquelle il fallait compter, produisit une commotion violente sur l'esprit du
roi déjà gravement malade : Le
roy respondit doucement Qu'il
i metroit amendement[82]. On en a
la preuve dans ies ordonnances qui furent ensuite promulguées, mais dont le
texte n'est point arrivé jusqu'à nous, les officiers de Philippe le Bel
n'étant pas désireux de consigner dans les registres de la chancellerie les
documents de cette nature, qu'on avait au contraire intérêt à depecier et
mettre à néant. Une pièce du trésor des chartes ne laisse aucun doute à
cet égard, car le 18 mai 1315, Louis X mande à ses baillis de prêter serment
aux ordonnances faites par son père, statuta seu ordinationes per
carissimum dominum ac genitorem nostrum edita[83]. On s'est aussi appuyé sur un
document contemporain retrouvé au Record office[84], mais il n'est pas
rigoureusement établi que ce projet d'ordonnance, sans date, soit antérieur à
l'avènement de Louis X. Nous
n'avons pas besoin de recourir aux archives étrangères pour avoir la
certitude des sentiments qui agitaient l'entourage du roi, car la Chambre des
Comptes de Dijon possède une pièce plus significative encore. C'est une
lettre écrite de Fontainebleau, la veille de sa mort, par Philippe le Bel et
adressée au duc de Bourgogne[85]. Elle est datée du jeudi avant
la Saint-André, c'est-à-dire le 28 novembre, le jour même où le roi dictait
son dernier codicille[86]. Philippe
le Bel mourut le 29 novembre 1314, et le 1er décembre, alors que la nouvelle
de ce décès ne pouvait être encore arrivée dans les provinces, et que les
dernières dispositions conciliantes du monarque ne devaient pas être connues,
les mécontents du Vermandois, du Beauvoisis, de l'Artois, du Ponthieu
donnaient leur adhésion à la ligue bourguignonne pour s'opposer aux
entreprises de la couronne contre leurs libertés. Il
paraît certain que, conformément aux engagements de l'acte d'association, la
noblesse de la province tint à Dijon la réunion annoncée pour le lundi de
Quasimodo, tombant le 31 mars 1315, et que les confédérés, désireux de faire
triompher leur cause, mirent le nouveau souverain Louis X en demeure de
donner des promesses positives au sujet de leurs revendications. Le doute
n'est plus permis en étudiant les lettres et ordonnances des mois d'avril et
mai qui suivent. En avril, le roi étant à Vincennes, déclare qu'il a pris
connaissance des plaintes formules par les nobles du duché de Bourgogne, dans
ses évêchés de Langres, d'Autun et dans le comté de Forez. Il affirme, que
désirant la paix, et après mûre délibération, on ne pourra désormais agir
contre les barons sur une simple dénonciation on ne pourra mettre la main ni
sur eux, ni sur leurs châteaux, en leur ôtant le droit de fournir des
cautions ; on ne pourra les empêcher de guerroyer et de contregager, ni les
gêner dans l'exercice de leur justice on ne pourra les contraindre à donner asseurement
en guerre ouverte ; le roi ne pourra se rendre acquéreur de leurs biens sans
leur consentement formel, etc., en tout quatorze articles. Un acte du même
mois d'avril, daté de Paris, accorde amnistie à la noblesse des comtés
d'Auxerre et de Tonnerre, au sujet de leur ligue. Le duc
de Bourgogne Hugues V étant décédé sur ces entrefaites, le roi Louis X
écrivit de Vincennes à son successeur Eudes IV, le mercredi 14 mai, pour lui
mander de rétablir les usages et coutumes des sujets du duché comme ils
étaient au temps de saint Louis et au commencement du règne de Philippe le
Bel, le menaçant de le contraindre, en cas que ces formalités ne fussent
exécutées. On a
deux pièces du 17 mai une ordonnance contenant trente-quatre articles, au
sujet des plaintes portées contre les officiers de la couronne sur lesquels
information devait être faite, et une lettre d'amnistie pour les confédérés
du duché, résidant dans les diocèses de Langres, Autun et Chalon, dans les
comtés de Forez et de Beaujeu. Un mandement du 18 mai, adressé aux sénéchaux
de Lyon et d'Auvergne, aux baillis de Mâcon et de Sens, leur prescrivait de
prêter serment aux ordonnances promulguées par lui et par le feu roi, son
père, relativement aux droits et privilèges des nobles et religieux du duché[87]. Enfin, par une lettre du même
mois, le roi accorde amnistie générale aux féodaux du comté de Champagne et
lève l'amende à laquelle ils avaient été condamnés à la suite des ligues. Satisfaits
du rétablissement de leurs privilèges, les nobles de Bourgogne n'avaient plus
rien à réclamer. Les légistes et les avocateriaus étaient battus.
Enguerrand de Marigny, injustement sacrifié aux haines des féodaux, était une
victime expiatoire et un gage qui les réconciliait avec la royauté. D'ailleurs,
les parties contractantes de ces associations avaient des droits opposés
défendre. Ces confédérés, momentanément unis, étaient des ennemis en toute
autre circonstance. Les ecclésiastiques, longtemps en lutte avec les barons,
n'avaient pas intérêt à augmenter la puissance de leurs adversaires. Les
communes en désaccord avec les seigneurs n'avaient rien à attendre du
triomphe de ces derniers, et ces ligues parties en guerre avec des formules
si menaçantes et un si retentissant éclat, se désagrègent et ne donnent plus
signe de vie chez nous. Il y a
plus, le titre de confédéré, que l'on portait avec honneur, devient bientôt
un motif de discrédit. En octobre 1317, le Parlement de Paris mande de faire
relâcher Jean Carbonel, qui avait accusé Girard de Méry, chevalier du roi,
capitaine délégué dans le pays de Langres, d'avoir fait partie de la ligue
des nobles contre l'autorité royale et qui était par suite indigne de remplir
ce poste de confiance[88]. Pendant la période de cette
agitation féodale, le jeune duc parait avoir pris peu de part aux événements
qui se passaient autour de lui. Fort occupé de soigner la maladie qui devait
le conduire au tombeau, il allait d'un château dans un autre et sortait peu
de ses résidences. Les mauvaises saisons, les disettes, les maladies
contagieuses qui affligèrent nos provinces pendant les deux dernières années
de sa vie[89] semblent avoir eu une fâcheuse
influence sur sa faible constitution. Ce mauvais état de santé l'avait mis
bien antérieurement dans la nécessité de renoncer au mariage projeté avec
Catherine de Valois, héritière de l'empire de Constantinople. De nouveaux
engagements contractés avec Jeanne de France, fille de Philippe le Long,
n'eurent pas plus de suite que les premiers[90], et cette fiancée, alors âgée
de six ans, devait plus tard épouser son frère Eudes IV. Au
moment de la dernière convocation pour la chevauchée de Flandre, Hugues V
avait fait son testament à Noyon, le 4 septembre. Peut-être ne désespérait-il
pas encore de contracter alliance, puisqu'il instituait pour héritiers ses
enfants mâles et, à défaut, ses filles. Dans le cas où il décéderait sans
postérité directe, il désignait ses frères Eudes, Louis et Robert pour se
succéder l'un à l'autre dans l'ordre de primogéniture, et à leur défaut, sa
sœur Blanche, comtesse de Savoie. It exigeait que les dernières volontés de
son aïeul Hugues IV fussent mises à exécution pour ce qui regardait le
secours de la Terre-Sainte et que, si ses héritiers ne prenaient point
personnellement part au passage d'outremer, une somme de trois mille livres
tournois fût réservée aux gentilshommes qui consentiraient à faire partie de
l'expédition. Un
nombre assez considérable de legs sont affectés aux monastères, aux églises
et aux officiers de sa maison. Les exécuteurs testamentaires sont Odard, sire
de Montagu, son cousin, Jean de Longwy, Mathieu de Montmartin, Pierre de
Blanot, seigneur d'Uxelles, et ses deux clercs Jean Aubriot et Pierre de
Meene, official de Paris. Par la
première clause de ses dernières volontés, Hugues V désirait recevoir sa
sépulture dans le chœur de la Sainte-Chapelle de Dijon, desservie par quatre
chapelains, dotés chacun d'une rente de vingt-cinq livres. Cette disposition
fut la cause de débats extrêmement vifs entre les chanoines qui bénéficiaient
de cette clause et les religieux de Saint-Etienne, qui revendiquaient ce
droit, sous prétexte que les chanoines n'avaient pas de cimetière. Le duc fut
forcé de renoncer à ce projet, dans ses codicilles, dont le dernier est du 29
avril. Dans l'un d'eux, il gratifie sa nourrice Adeline de Menans d'une somme
de soixante livres. Le chirurgien Gautier, les médecins Guillaume de
Champdivers et Martin de Fleury, qui l'avaient soigné avec tant de zèle
pendant sa maladie, n'étaient point oubliés, et son cher maître Jean Aubriot
recevait la maison de Champmol en héritage perpétuel. Hugues
V mourut à Argilly les premiers jours de mai 1315, dans sa vingt-deuxième
année. Le lundi 12, son corps solennellement conduit à Cîteaux y reçut la
sépulture en présence d'un grand concours de chevaliers et abbés[91]. PRINCIPAUX SEIGNEURS DE LA RÉGION QUI FIGURENT DANS LES LISTES DES LIGUES FÉODALES CONTRE PHILIPPE LE BEL.
Henri de Vergy, sire de Fouvent, sénéchal de Bourgogne ; Jean, seigneur de Corcelles, maréchal de Bourgogne ; Jean de Châteauvillain, sire de Luzy ; Robert de Châtillon-en Bazois, Girard de Châtillon, sire de la Roche-Milay ; Richard de Montbéliard, sire d'Antigny ; Eudes, sire de Grancey ; Jean, comte de La Roche ; Guillaume, sire de Verdun Henri de Bourgogne Comté ; Humbert, sire de Rougemont ; Eudes ou Odart, sire de Montagu ; Jean, sire de Thil ; Guillaume de Mello, sire d'Epoisses ; Robert de Grancey, sire de Larrey ; Jean de Mont-Saint-Jean, sire de Charny ; Jean de Longwy, sire de Rahon ; Guillaume, sire de Pesmes Hugues de Bourbon, seigneur de Montperroux Robert, seigneur de Rochefort-sur-Brévon ; Jean, seigneur de Saint-Beury ; Gui de Bazarne, seigneur du Vault-de-Lugny ; Mathieu, seigneur de Montmartin ; Etienne, seigneur de Sombernon ; Eudes, seigneur de Marigny-le-Cahouet ; Gautier de Frolois, seigneur de Rochefort-sur-Armançon ; Jean, seigneur de Chargey ; Gui de Mailly, Guy, seigneur de Villarnout ; Jean Damas, sire de Marcilly ; Etienne de Moissey, seigneur de Longeau ; Hugues d'Arc-sur-Tille, Jean, seigneur de Châteauvillain ; Jean, sire de Joinville, sénéchal de Champagne ; Jean, comte de Joigny ; Guillaume de Dampierre, sire de Saint-Dizier ; Philippe, sire de Plancy ; Hugues, seigneur de Conflans ; Erart, sire de Nanteuil ; Henri du Bois, Jean, comte de Grandpré ; Aubert de Thorotte, Dreux, sire de Trainel ; Gui, sire de Broyés ; Jean de Joinville, seigneur de Jully-sur-Sarce ; Jean, seigneur de La Fauche ; Gautier, seigneur d'Argilière ; Dreux, sire de Chappes ; Jean de Garlande, sire de Possesse ; Jean de Frolois, seigneur de Molinot ; Etienne de Mont-Saint-Jean, Guillaume, seigneur de Senecey ; Eustache de Conflans, Guillaume, seigneur de Saint-Chéron ; Ogier, seigneur d'Anglure ; Huguenin de Châteauvillain, seigneur de Pleurre et de Baye ; Jean de Saint-Dizier, sire de Vignory ; Etienne, seigneur de Saint-Phale ; Geofroi de Hans, Jean de Thil, seigneur de Vauclerc ; Jean de Saint-Florentin, seigneur de Vèvre ; Jean de Saint-Florentin, seigneur de Jauges ; Hue de Chappes, Henri de Trainel, seigneur de Villeneuve ; Guillaume d'Esnon, seigneur de Laçon ; Jean, seigneur de Guerchy ; Florent de Maligny, seigneur de Montigny ; Jean de Chalon, comte d'Auxerre ; Jean, seigneur de Bourlemont ; Jean, seigneur de Choiseul ; Guillaume d'Arcis, seigneur de Chacenay et Pisy ; Alix, dame de Frolois ; Guillaume de Pontailler, seigneur de Talmay ; Guillaume, seigneur de Chaudenay ; Gui, seigneur de Villers ; Gui de Prangey, sire de Beire ; Jean, seigneur de Trouhans ; Hervé de Saffres, Alexandre, sire de Blaisy ; Philippe de Chauvirey, Erard, seigneur de Maisey ; Simon, seigneur de Grenant ; Jean et Pierre de Saint-Seine, Gui de Saint-Seine, seigneur de Villefrancon ; Mile de Châteauneuf, seigneur de Thorey ; Perrin de Châteauneuf, seigneur de Villaines ; Pierre et Guillaume de Maumont, seigneurs de Montfort ; Gui de Chastellux, Gui d'Ostun, seigneur d'Arconcey ; Eudes de Semur, seigneur de Montille ; Guiot d'Ostun, seigneur de Dracy ; Perrin d'Ostun, son frère, seigneur de Chevigny ; Jean de Marcilly, le seigneur de Ragny-en-Auxois ; Huguenin de Monestoy, Jean de Sully, Jean d'Antully, Jean de Crécy, Guillaume, seigneur de La Grange ; Jean, seigneur de la Motte-Saint-Jean ; Gaudin de Saudon, Jean, seigneur de Nantou ; Guiot du Pailly, Guiot de Crécy. Guillaume, seigneur du Fossé ; Odot, seigneur de Montot ; Gui, seigneur de Piépape, Girard de Marey, Jean et Renaud de Leugler, Guiot de Perrigny, Alix d'Estrabonne, dame de Genlis, Jean, seigneur de Montigny-sur-Aube ; Poincet, seigneur de Chaudenay ; Jean, seigneur de Courtivron ; Guillaume, seigneur de Villecomte ; Aimonin du Mez, Hugues de Chalon. Aimé, sire de Ray ; Erard, sire de Lézinnes ; Mathieu de Mello, sire de Saint-Bris ; Jean, sire de Seignelay ; Erard d'Arcis, sire de Chassignelles ; Robert de Rochefort, sire de Bragelonne ; Jean de Marmeaux, sire de Ravières ; Hugues, seigneur d'Argenteuil ; Jean, sire d'Ancy-le-Franc ; Guillaume de Tanlay, sire de Saint-Vinnemer ; Jacques, seigneur de Pacy-sur-Armançon ; Itier d'Ancy-le-Franc, Etienne de Mont-Saint-Jean, seigneur de Cusy ; Jean de Digoine, seigneur d'Arcy-sur-Cure ; Guiot de Digoine, Jean de Vincelles, Regnier de Villiers-les-Hauts, les seigneurs de Châteauneuf, de Berzé, de Branges de Navilly, etc. |
[1]
« Je comment et ordene que messire Guis de Bere, mes amez et foiaus
chevaliers, soit maistres et enseignerres dou corps doudit hoir duc de
Rorgoigne, et que la duchesse ou li gouverneour ou lidit heirs faceint oudit
Guy ce qui appartient estre fait il tel home, en toutes choses (Testament du
duc Robert II. 1297). — « Je vuel et ordonne que Guiot de Prangy, mes
mareschaux, soit maistre valet lou duc mon fil tant qu'il sera escuiers et ou
cas qu'il soit chevaliers, je vuel qu'il soit ses maistres (Codicille de Robert
II, 1302). — Hugues V, dans son dernier codicille du 28 avril 1315, parle
encore de son amé et foiaul chevalier seigneur Guy de Prangey. — Ce personnage
mourut en juillet 1316, le lundi devant la Saint Barnabé.
[2]
« En récompensation des cinquante livrées de terre que nos havons donné an
nostre testament, nos donnons à nostre cher maitre Jehan, dit Aubriot, en
héritaige perpétuel, nostre maison que l'on appelle Champmoul, assise prez de
l'Estan l'Abbey, de Saint- Bénigne de Dijon. » (Codicille du duc Hugues V, 27
avril 1315).
[3]
Plancher, t. II, pr. CLXXXIII.
[4]
Recueil des historiens de France, t. XXI, p. 28, 647, 726 ; t. XXIII, p.
194 ; t. XX, p. 594 ; Bibl. de l'Ecole des Chartes, 1883, p. 17 ;
Piépape, Histoire de la Réunion de la Franche-Comté à la France, 1881,
t. I, p. 51.
[5]
Arch. de la Côte d'Or. Peincedé, t. II, p. 87 ; id., t. I, p. 271 ; Arch. nat.,
P 1360², cote 834 Dumont, Corps diplom., t. I, part. I, p. 344, coll. 2 ;
Guichenon, Histoire de Savoie, t. II, p. 101.
[6]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 303.
[7]
Plancher, t. II, pr. p. CXXXIV
et suiv. (4 pièces).
[8]
Jugny, 10 octobre 1307 ; Guichenon, Histoire de Savoie, t. II, p.
161.
[9]
Paris, 18 octobre 1307, Plancher, t. II, pr. p. CXXXIII.
[10]
Montbard, 17 octobre 1307, Plancher, t. II, pr. p. CXXXIV, coll. 2
[11]
17 octobre 1307, Plancher, t. II, pr. p. CXXXV, coll. 1.
[12]
Beaune, 13 novembre 1307, Bibl. nat., lat. 17089, Cartulaire de l'évêché de
Chalon, p. 413-414.
[13]
25 mai 1308, Arch. de la Côte-d'Or, B. 11634.
[14]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 991 ; B. 1279 ; Peincedé, t. II, p. 544 ; t. I, p.
117 ; t. VIII, p. 18 ; t. II, p. 79 ; t. X, p. 3 et 8 ; Arch. nat., J. 248, n°
13.
[15]
Voir Chron. de Guill. de Frachet, de Nangis, etc. dans dom Bouquet, et Les
Grandes Chroniques, t. V, p. 179-180.
[16]
Jean de Chalon-Arlay avait négocié ce mariage. Le 3 mai 1306. Edouard, roi
d'Angleterre, oncle du comte de Bar, écrivit à sa chère cousine Agnès, duchesse
de Bourgogne, qu'il avait reçu, par la main de Jean de Chalon, les lettres au
sujet de ce mariage, et la priait de vouloir bien avancer la somme dotale pour
exonérer les dettes du futur (Rymer, Fœdera, t. I, part. IV, p. 32). La
duchesse, en bonne ménagère, ne parait pas être entrée dans ces vues et avoir
fait aucune avance malgré les termes élogieux et flatteurs de la missive du roi
d'Angleterre.
[17]
31 octobre 1308, Regest. Clementis papæ V, n° 3246, et Plancher, t. II,
pr. CLXXVII.
[18]
Chazay et Belleville sont deux localités de l'arrondissement de Villefranche
(Rhône).
[19]
1er septembre 1310, Orig., Arch. de la Côte-d'Or, Chambre des Comptes.
B. 287.
[20]
Plancher, t. II, pr. CCVII.
[21]
Plancher, t. II, pr. CCXXXIV.
[22]
Arch. de la Côte-d’Or, Chambre des Comptes, B. 292.
[23]
Hugues V n'avait que six ans quand le duc Robert II, son père, le fiança à
Catherine de Valois. C'est ce qui fait dire à Jean de Saint-Victor : Hugo V
cum Catharina de Valesio sponsalibus, non autem matrimonio junctus (D.
Bouquet, t. XXI, p. 645 H). Le pape Clément V, par une bulle du 3 juin 1307,
avait accordé une dispense pour ce mariage, malgré la parenté de deux ou trois
degrés d'un côté et de trois ou quatre de l'autre (Regest. Clementis papæ V,
n° 1767)
[24]
« Vu que ledit Hugues n'avait même pas pu conquerre le royaume de
Thessalonique » (Orig. Arch. nat., J. 411, n° 25.
[25]
Ludwig, Reliquiæ manuscript., p. 43. D. Bouquet, t. XXI, p. 723 ; t.
XXIII, p. 354. Guill. de Nangis, dans D. Bouquet, t. XX, p. 605-607.
[26]
Chronique rimée de Geofroi de Paris, D. Bouquet, t. XXII, p. 133.
[27]
Dom Bouquet, t. XXI, p. 150 et 657.
[28]
Bibl. nat., collection Clairambault, t. DCCCXXXII, fol. 270.
[29]
Orig. scellé. Arch. nat., K. 33, n° 12 ; obligation fournie par Hugues,
duc de Bourgogne, à Pierre le Mortelier.
[30]
L'acte est donné le jour des Cendres, diecinerum MCCCXIIII (20 février
1315) par le cardinal Nicolas : Bibl. nat., collection Bourgogne, t. LXXI, fol.
72, in-ext.
[31]
Regest. Clementis papæ V, n° 4410 et 7227, pièces du 8 juillet 1309 et
du 15 mai 1315.
[32]
3 juillet 1312. Il fallut l'intervention du pape Clément V qui chargea les
évêques de Mâcon et de Chalon de faire rendre gorge au ravisseur, Regest.
Clementis papæ V, n° 8205.
[33]
1er décembre 1312, Regest. Clementis V, n° 8976 et 8286.
[34]
Juillet 1313, Arch. de la Côte-d'Or, Peincedé, t. I, p. 307.
[35]
Août 13I3, Arch. de la Côte-d'Or, B. 15472.
[36]
19 mai 1313, Orig., Arch.de la Côte-d'Or, Chambre des comptes, B. 358,
pièce scellée.
[37]
Le mariage de Jeanne de Bourgogne et de Philippe de Valois était depuis
longtemps arrêté, car la dispense pour cause de parenté accordée par le pape
Clément V est du 3 juin 1307, Regest. Clementis papæ V, n° 1766.
[38]
31 décembre 1312, Regist. Clementis V, n° 8952.
[39]
25 novembre 1307, Regest. Clementis V, t. III. p. 70.
[40]
19 janvier 1314, Regest. Clementis V, n° 10170.
[41]
Il faut savoir gré aux éditeurs qui ont publié les actes de Clément V en dix
vol. in-f°, 1884-1892, permettant de constater les plaintes justifiées sur le
trafic indigne des choses sacrées, et la scandaleuse licence avec laquelle on
vendait les bénéfices.
[42]
22 janvier 1306, Regest. Clementis V, t. I, p. 201.
[43]
Regest. Clementis V, t. I, Obligationes prœsulorum, p. 206.
[44]
1306, 15 novembre, Regest. Clementis V, n° 1543.
[45]
Regest. Clementis V, t. X, Obligationes prœsulorum, p. 284-287.
[46]
3 novembre 1340, Regest. Clementis V, n° 5807.
[47]
Regest. Clementis V, t. III, p. 420, 446.
[48]
Regest. Clementis V, n° 3840.
[49]
15 juillet 1312, Regest. Clementis V, n° 8474. Hélie, évêque d'Autun,
était engagé pour 4.080 florins d'or envers le Saint-Siège (13 avril 1308), et
reçut quittance de 4.500 florins le 31 janvier 1340, id., t. X, Obligationes
prœsulorum, p. 231 et solutiones, p. 300.
[50]
Regest. Clementis V, t. X, p. 227, 291, 297, 299, 327, 338, 346.
[51]
9 mars 1307, Regest. Clementis V, n° 1622.
[52]
Regest. Clementis V, n° 1621 et 1685, et t. X, Obligationes, p.
213.
[53]
1307, 29 mars, Regest. Clementis V, t. X, Obligationes, p. 212 et
289.
[54]
1308, 20 février et 24 avril, Regest. Clementis V, t. III, p. 86 et n°
3212.
[55]
1307, 17 juin, Regest. Clementis V, n° 2175.
[56]
28 juin 1313, Regest Clementis V, n° 9867.
[57]
Gallia Christiana, t. IV, p. 742.
[58]
1313, 30 mai, plusieurs pièces, Regist. Clementis V, n° 9327 à 9330.
[59]
1309, 23 juin et 26 décembre, Regest. Clementis V, n° 4186 et 5127.
[60]
1310, 29 mai, Regest. Clementis V, n° 5420.
[61]
1308, 3 novembre, Regest. Clementis V, n° 3333.
[62]
1310, 3 septembre. Regest. Clementis V, n° 9813 et 5849.
[63]
1309, 23 mars et 1312, 15 juillet, Regest. Clementis V, n° 3873 et 8285.
[64]
1309, 23 mars, Regest. Clementis V, n° 3873.
[65]
Arch. de la Côte-d'Or, Chambre des Comptes, B. 10413, rouleau parch. de 15 à 16
m.
[66]
Arch. de la Côte-d'Or, Chambre des Comptes, B. 10412, regist. in-folio.
[67]
Arch. de la Côte-d'Or, Chambre des Comptes, B. 10414 ; pièces originales.
[68]
Citons seulement ce juif de Tonnerre, surnommé Dieu le Bénisse, Deus
benedicat eum, dont la comtesse Mathilde avait acheté la maison, en 1182.
Nous avons publié ce document dans le Bull. hist. et philol. de 1897.
[69]
Archives de la Côte-d'Or, B. 10412.
[70]
Voir Arch. de la Côte-d'Or, 10412, registre ; 10413, rouleau ; 10414, pièces.
Les officiers de la duchesse, chargés de dresser les inventaires, se firent
délivrer des couvertures, coussins, pièces d'étoffes, fil, lin, ustensiles de
cuisine, pour une valeur de 814 l. (Arch. de la Côte-d'Or, B. 10413).
[71]
Plancher, t. II, pr. p. 443. Bien antérieurement, et dès 1146, saint Bernard,
prenant pitié des infortunes des juifs et des violences dont ils étaient
victimes, recommandait de ne pas les persécuter et même de ne pas les chasser (Recueil
des historiens de France, t. XV, p. 606).
[72]
Voir les extraits de comptes des années 1275 et 1276.
[73]
Le cimetière des juifs à Dijon fut cédé par Eudes IV à l'abbaye de la Bussière,
le 8 février 1332, n. st. (Revue des Etudes juives, 1881, p. 123-125.)
[74]
« Derrechief nous volons que ce que l'on pourra monstrer ou prover
pardevant nos executoux que nous que nos gens por nous haiens reçu des biens de
juis, que ce soit restabli à ces ou a lor hoirs. » (Plancher, t. II, pr. p. CIII).
[75]
Nous n'avons nullement la prétention de donner un développement suffisant sur
la question des juifs. On peut consulter Simonet, Lus Juifs et les Lombards,
dans son livre Documents pour servir à l'histoire des institutions et de la
vie privée en Bourgogne, Dijon, 1867 ; A. Levy, Les Juifs au duché de
Bourgogne au moyen âge, Arch. Israélites, 1869 ; Clément Janin, Notice
sur la communauté israélite de Dijon, Dijon, 1879 ; A. Gerson, Essai sur
les juifs de la Bourgogne au moyen âge, Dijon, Berthoud, 1893, in-8° pl. A.
Gerson, Les Juifs de la Champagne, Troyes, 1899. Un travail plus complet
sur la question est l'objet d'une thèse de M. Gauthier.
[76]
Boutaric, Documents, dans Not. et Extr. des mémoires de l'Académie,
t. XX, p. 214.
[77]
Ordonnance du 5 octobre 1314, Recueil des ordonnances des rois de France.
[78]
Voir notre tome IV, chap. XXI, pour le manifeste du duc Hugues II, chef des
confédérés.
[79]
Dufayard, La Réaction féodale sous les fils de Philippe le Bel (Revue
historique, t. LIV (1894), p. 241 et t. LV (1894), p 249). L'auteur (p.
243) s'appuie sur une charte mal analysée par Bréquigny (Dipl. et chartes,
t. VIII, p. 273, d'après A. Duchesne, Maison de Vergy, p. 230). Cette
pièce un peu confuse, il est vrai, n'est pas complète, mais il n'y a pas à s'y
méprendre il ne s'agit pas d'une promesse de subvention au roi, mai, d'une
véritable association et d'une subvention offerte aux nobles et religieux du
comté de Forez. La formule de l'association est d'ailleurs la même que celle
des pièces qui suivent, et dans laquelle figurent également les mêmes noms qui
paraissent dans des listes plus étendues.
[80]
Collection Dupuy, vol. 758. Boutaric, dans les Notices et Mélanges de
l'Académie, déjà cités, a reproduit le sommaire de ces actes divers.
[81]
On ne voit point paraitre le bouteiller Mile de Noyers qui avait auparavant
occupé les hautes fonctions de maréchal de Fiance et qui était tenu à plus de
réserve par sa charge de conseiller du roi, en attendant l'honneur qui lui
était réserve plus tard d'être grand bouteiller et porte-oriflamme de France.
[82]
Chron. métr., édit. Buchon, p. 257.
[83]
Arch. nat., JJ. 52, n° CII.
[84]
La pièce recueillie par M. Ch. V. Langlois, dans le Record Office, Royal
Letters, XVIII, n° 3393, est publiée par M. Dufayard, La Réaction
féodale, Revue historique, 1894, p. 289-290.
[85]
Ph., par la grace de Dieu, rois de Fr. à notre amé cousin et feel H., duc de
B., salut et amour. Nous avons entendu que pluseurs nobles et autres de votre
duché se sont dolu et deulent de la subvention que nous voulions faire lever
pour l'aide de notre guerre. Pour quoi nous, qui ne voudrions en riens grever
nos subgez, mais les despourter et relever de toutes oppressions, meesmement,
car à présent nos guerres cessent et sont affinées, si comme nous créons. avons
ordené et volons du tout cesser de lever ladite subvention. Et vous mandons que
vous le faites assavoir et publier à touz ceus et ès liex que vous verroiz que
soit bon. Donné à Fontainebliaut, le jeudi devant la saint André, l'an de grâce
mil trois cenz et quatorze. »
Orig., Arch. de la Côte-d'Or, Chambre des
Comptes, B. 287 ; fragment de sceau en cire blanche.
[86]
Pour ce codicille voir Doc. sur Philippe le Bel, Notices et extr. de l'Acad.
des Inscript., t. XX, n° 44. Le même scribe a sans doute écrit ces deux
derniers documents qui se terminent par la date du saint et non par le
quantième du mois.
[87]
Nous avons déjà cité cette pièce qui prouve la promulgation d'ordonnances avant
la mort de Philippe le Bel.
[88]
Boutaric, Actes du Parlement du Paris, t. II, n° 5047.
[89]
Les maladies contagieuses sévirent surtout dans les années 1314 et 1315. Voir Villani,
dans Muratori, t. III, p. 482 ; Jean de Saint-Victor, Recueil
des historiens de France, t. XXI, p. 661 et suiv.
[90]
A. Duchesne, Ducs de bourgogne, pr. CXV.
[91]
Parmi les principaux personnages qui assistent à cet enterrement à Cîteaux,
citons Hugues de Vienne, sire de Montmorot ; Guillaume, sire d'Epoisses Robert
de Grancey, sire de Larrey Gautier de Frolois, seigneur de
Rougemont-sur-Armançon Thibaut de Beaujeu-outre-Saône, Jean, sire de Corcelles
; Hugues de Neublans, Joceran de Saudon, Guillaume, sire de Pesmes Eudes, sire
de Grancey ; Gui de Prangey, sire de Beire, Pierre de Châteauneuf, etc., qui
rendirent hommage, ce même jour, au nouveau duc Eudes IV (Arch. de la
Côte-d'Or, Chambre des Comptes, B. 10495, rouleau).