HISTOIRE DES DUCS DE BOURGOGNE DE LA RACE CAPÉTIENNE

TOME SIXIÈME

 

CHAPITRE XLI. — RÈGNE DE ROBERT II (suite).

 

 

Expédition d'Aragon. — Seigneurs bourguignons qui y prennent part, Jean de Vergy, Jean de Choiseul, Otte, comte palatin, Hugues, seigneur de Montréal, Guide Genève, évêque de Langres, Liébaud de Bauffremont. — Fin désastreuse de cette campagne. — Le duc à Perpignan à la mort de Philippe III ; passage à Narbonne, à Carcassonne, à Clermont-Ferrand, à Aigueperse, rentrée à Paris. — Sacre de Philippe IV à Reims. — Concessions obtenues du nouveau roi qui donne au duc divers fiefs, Mâlain, Cortevais, la garde de Couches, etc. — La duchesse douairière Béatrice de Navarre reçoit une sauvegarde royale pour la prémunir contre les mauvais procédés de Robert. — Hôtel du duc à Paris, près de Sainte-Geneviève-du-Mont. — Ses étapes lorsqu'il se rend dans l'Ile-de-France. — Il prend à vie le domaine de Samoreau, près Fontainebleau et le domaine de Fromont-sur-Seine, près de Ris, au diocèse de Paris. — Missions du duc en Languedoc et pour l'administration de cette province. — Gêne de Robert après la chevauchée d'Aragon. — Débats avec les intéressés pour la possession du château de Mâlain et la garde de Couches indument cédée par le roi. — Le duc est débouté de ses prétentions par divers arrêts du Parlement. — Arbitrage dans les différends entre Thibaud de Bar et Henri de Luxembourg. — Missions du duc dans le Lyonnais au nom du roi. — Hostilités du comte Otte contre l'empereur d'Allemagne, son suzerain, et ses attaches avec la cour de France. — Projets de mariage de la fille d'Otte avec le fils aîné du roi et cession intégrale du comté de Bourgogne réunis à la couronne, par suite des dettes excessives du comte palatin. — Désappointement momentané du duc ; le roi le calme par des promesses et des bons procédés. — Mécontentement de la noblesse franc-comtoise qui lève l'étendard de la révolte, forme une ligue contre l'autorité royale, fait alliance avec l'empereur et le roi d'Angleterre. — La lieutenance du Comté confiée par le roi à Robert qui organise l'administration de cette province et place des officiers de son choix. — La paix entre la France et l'Angleterre n'arrête pas la résistance des confédérés, malgré la défection de quelques-uns d'entre eux. — Le pape accepte l'arbitrage des démêlés entre les rois de France et d'Angleterre ; les coalisés s'y font représenter. — Continuation de la lutte. — L'avènement d'Albert d'Autriche, en bons termes avec Philippe le Bel, affaiblit la confédération déjà entamée. — Rôle du duc de Bourgogne pour jeter le désarroi dans la ligue. — Cessation des hostilités des seigneurs qui se rendent à merci ; traité de Paris. — Jean de Chalon-Arlay, l'un des chefs de cette noblesse insoumise, devient l'un des auxiliaires du roi. — Otte, comte palatin, réfugié à la cour de France où son activité est utilisée.

 

Il y avait plus d'un an que se préparait contre Pierre d'Aragon cette guerre ou plutôt cette croisade, dont Charles d'Anjou était l'inspirateur mal inspiré. A l'exemple du roi, les barons qui s'étaient engagés n'y mettaient pas un même enthousiasme, et plus d'un seigneur de second rang avait fait des réserves dans son engagement. Guillaume, sire de Souilly (Yonne), promettait bien d'accompagner Jean, comte d'Auxerre et sire de Rochefort, au voyage d'Aragon, mais à condition d'être défrayé, en qualité de chevalier bachelier, comme ceux de la suite du duc de Bourgogne et de son sénéchal Jean de Vergy[1].

Les grands officiers du duc firent tous partie de cette expédition, car outre le sénéchal Jean de Vergy, on trouve aussi, parmi les bannerets qui reçurent des subsides de Jean d'Ays, principal comptable de l'intendance durant cette chevauchée, les noms du connétable Jean de Choiseul[2], et de Liébaud de Bauffremont[3], qui devait déjà être pourvu à cette époque du maréchalat de Bourgogne. Les uns et les autres reçurent de l'argent et des approvisionnements pour leurs troupes.

Belliqueux et chevaleresque comme les princes de sa maison, Otte, comte de Bourgogne, n'avait pas hésité, malgré l'épuisement de ses finances, à marcher à la tête de ses vassaux, pour venger ses compagnons d'armes morts en Sicile.

Huguenin, seigneur de Montréal, frère puîné du duc Robert, nouvellement promu à la chevalerie, fit de grands préparatifs pour cette expédition, leva tous les hommes de ses domaines, et dépensa de telles sommes qu'il fut dans la nécessité de contracter des emprunts. Sa mère Béatrice de Navarre, et sa sœur Isabelle, femme de Rodolphe, roi des Romains, lui prêtèrent chacun quatre mille livres, dont il donna quittance le 1er avril 1285[4]. Puis, préoccupé des divers événements et périls qui peuvent arriver chaque jour, il dicta son testament, instituant pour héritiers sa fille Béatrice, encore enfant, et le fils ou la fille qui naîtraient de sa femme Marguerite de Chalon, alors enceinte[5].

Gui de Genève, évêque de Langres, conseiller du roi et précepteur des enfants de Philippe le Hardi[6], exempté de la chevauchée de Foix, en 1272, fut cette fois obligé d'accompagner la cour avec armes et chevaux, et fut récompensé de ses services par son royal élève.

Les troupes de cette étrange croisade, comprenant des éléments bien hétérogènes, des femmes et même des enfants, rappelaient trop ces multitudes armées qui venaient au XIIe siècle échouer et périr sur les rivages inhospitaliers de la Terre-Sainte. Les féodaux, convoqués à des intervalles divers, s'y rendaient par groupes isolés et à des localités différentes. Le duc de Bourgogne, très occupé par la guerre qu'il soutenait contre le dauphin de Viennois, ne vit que la fin de cette désastreuse campagne, dont nous n'avons pas à raconter les détails[7]. Son séjour ne fut pas d'assez longue durée et sa participation n'avait pas été assez active pour lui faire contracter les germes de l'épidémie qui emporta une partie de cette armée. Il assistait à Perpignan, le 5 octobre, aux derniers moments du roi expirant, en compagnie de la reine Marie de Brabant, sa nièce, du comte de Bourgogne, et de l'évêque Gui de Genève, l'un des exécuteurs testamentaires de ce monarque, et qui avait donné pendant toute cette campagne des preuves de dévouement.

Mais il fallait abandonner au plus vite des localités décimées par les fièvres pestilentielles et encombrées de malades et de mourants. On dirigea le cercueil royal sur Narbonne, où l'on était arrivé le mardi 9 octobre, jour de la Saint-Denis. C'est là que, quatre jours après la mort du roi, et avant même que le cercueil n'ait été déposé dans l'église de cette ville, le duc de Bourgogne accomplissait un acte qui ne fait pas honneur à ses sentiments et à son caractère, et témoigne d'un égoïsme et d'une cupidité peu scrupuleuse. Au moment où son neveu Philippe IV, encore sous le poids du malheur dont il était frappé, n'avait pas la force de résister à une réclamation, Robert, abusant de sa propre autorité, se faisait délivrer des droits importants appartenant à la couronne, et obtenait la seigneurie et la garde du prieuré de Couches et dépendances, la garde de Saint-Pierre de Chalon, les fiefs de Mâlain, de Courtevais et la maison forte de Cervolles[8], etc.

C'est également à Narbonne que le jeune roi fit le surlendemain à l'évêque de Langres une donation de la terre d'Humes, pour reconnaître le zèle avec lequel il avait servi son père pendant sa maladie[9].

On était arrivé le 17 à Carcassonne, séjour des dames de la cour pendant la durée de cette campagne. Toujours généreux et prodigue, Otte, comte palatin de Bourgogne, y abandonna por grant amour au duc Robert sa suzeraineté sur le pays de Revermont, ainsi que ses châteaux de Treffort et de Marboz[10]. Cette importante concession mettait le dauphin Humbert de la Tour, tenancier de ces fiefs, dans la vassalité du duc. Il est à croire cependant que la donation ne fut pas purement gratuite, malgré le mutisme du document. Otte était alors trop obéré pour se permettre une semblable largesse. Les dix mille livres que lui avait valu son mariage avec Mahaut d'Artois[11] n'étaient pas suffisantes pour payer les dettes considérables dont sa terre était grevée. Depuis son expédition en Sicile et depuis son mariage, il en avait contracté de nouvelles, et la chevauchée d'Aragon n'avait guère amélioré sa situation, puisqu'il était redevable au trésor de France d'une somme de trois mille cinq cents livres empruntées pour subvenir aux frais de cette campagne, et dont le roi fut obligé de lui faire remise[12].

Le duc, accompagnant le cortège royal, était le 6 novembre à Clermont-Ferrand[13], et le soir à Aigueperse[14], où les tablettes de cire de Pierre de Condé établissent sa présence. Aussitôt arrivé à Paris, il se hâta de faire ratifier, le jeudi 20 décembre, la donation royale faite à Narbonne. Il avait des motifs pour agir ainsi, car la première charte ayant été seulement revêtue du sceau dont se servait Philippe avant son avènement au trône, ne pouvait avoir d'effet que par l'apposition du sceau neuf que l'on venait de faire exécuter[15]. Robert profita de son crédit pour agir sur les membres du Parlement qui tinrent leurs séances cette fin d'année 1285, et eurent à donner leur avis sur les interminables affaires de la succession d'Hugues IV ; ses réclamations portaient toujours sur le démembrement excessif du duché, et sur le morcellement du domaine, ce qui était absolument contraire aux coutumes de Bourgogne. Grâce à l'influence qu'il exerçait sur l'esprit de Philippe IV, le duc obtint aussi quelques modifications dans les termes de son arrangement avec le comte de Nevers, auquel il reconnaissait devoir une rente de mille livres tournois, sans être dans l'obligation de liquider les dettes d'Eudes de Bourgogne, beau-père du comte de Nevers.

La cour accompagna le jeune roi qui fut sacré le 6 janvier 1286, à Reims, et revint le lendemain par Château-Thierry pour séjourner quelque temps à Paris. Là se trouvaient l'archevêque de Lyon, l'évêque de Langres, le duc et le comte de Bourgogne, Marguerite, reine de Jérusalem et de Sicile, la duchesse douairière Béatrice de Navarre. Les uns et les autres avaient des intérêts à défendre, des privilèges à faire confirmer, et les bonnes grâces du nouveau souverain à conquérir. Alors ont lieu les pourparlers de paix entre Robert et Humbert, dauphin de Viennois, et les arrangements déjà racontés sur lesquels on n'a plus à revenir. Il y est encore parlé, le 1er février, des projets de mariage entre Jean, fils du duc, et Alice, fille du comte Otte, lors de la donation du fief de Daix concédé à Eudes de Fouvent. La duchesse douairière Béatrice de Navarre, voulant se prémunir contre les procédés peu courtois de son beau-fils, réclama sans retard une sauvegarde, dans les mêmes conditions que celle obtenue de saint Louis et de Philippe III. Cet empressement significatif est un témoignage des tracasseries dont elle avait été l'objet, et des violences que la conduite antérieure de Robert lui faisait redouter. Sur le rapport fait par ses officiers, le roi renouvela le droit de garde et de protection pour sa personne et ses biens, en réservant toutefois que ces droits ne devaient pas porter préjudice au duc, ni empiéter sur sa juridiction. Paris, 22 février 1286.

Dans les commencements de son règne, Robert et sa femme Agnès étaient hébergés à Paris par le roi, mais la charge de chambrier ayant exigé de fréquents séjours, le duc acheta, près de Sainte-Geneviève-du-Mont, un hôtel pour y faire résidence, et y installer les principaux personnages de sa suite ; puis, cette maison n'étant pas suffisante pour recevoir son personnel, il songea à l'agrandir et acheta de Jeanne, veuve d'Etienne de Limoges, bourgeois de Paris, une masure sise à la porte de son hôtel, 1291.

Dès 1289, Robert avait pris ses dispositions, lorsqu'il effectuait son voyage de Bourgogne à Paris, de se réserver deux étapes ou deux domiciles dans la traversée de l'Ile-de-France, tous deux situés sur le bord de la Seine, et dans le voisinage des résidences royales. Les religieux de Saint-Germain-des-Prés, auxquels il avait rendu service, alors fort obérés et pressés par des créanciers exigeants, lui amodièrent leur domaine de Samoreau, près de Fontainebleau[16], avec toutes les terres, bois et dépendances, pour sa vie durant, à condition d'entretenir les bâtiments en bon état, et de ne rien aliéner. Les grandes forêts qui dépendaient de cette seigneurie permettaient au duc de se livrer aux plaisirs de la chasse et même de prendre part à celle du roi. Vers la même époque, Geofroi de Vichier, commandeur des chevaliers du Temple en France et en Angleterre, céda, dans de semblables conditions, à Robert la commanderie de Fromont-sur-Seine, au diocèse de Paris[17], non loin d'Athis-sur-Orge, où les rois possédaient, depuis saint Louis, une résidence d'été, et où leur présence est souvent signalée jusqu'à Philippe le Bel[18].

Nous ne savons quel fut le rôle du duc de Bourgogne en Languedoc, où divers documents nous marquent son intervention, alors que Philippe IV lui confia quelques missions, et l'investit de fonctions momentanées dans l'administration de cette province. Il était à Toulouse, le 14 avril 1287, en compagnie de Raoul de Nesle, connétable de France, lorsqu'il chargea Eustache de Beaumarchais, sénéchal de Toulouse et d'Albi, de faire rentrer dans le domaine royal les terres qui en avaient été injustement distraites. Peut-être était-il chargé de s'occuper de la délivrance du prince de Salerne, ou de toute autre négociation sur laquelle nous n'avons aucun renseignement[19]. Le 12 août 1294, le duc arrêta, au nom du roi, les conditions de garde de la sénéchaussée de Beaucaire, et reçut le château de Vote de Gautier de Vote, chevalier, lui promettant de le lui rendre aux fêtes de la Toussaint de l'année suivante. Par une lettre écrite de Cerisiers-en-Othe, le 31 décembre de la même année, Robert mandait à Alphonse de Rouvray, sénéchal de Beaucaire, de lui envoyer un état des gens d'armes de sa sénéchaussée qui pourraient, au commandement du roi, venir en Vermandois à la défense du royaume[20].

Les frais occasionnés par l'expédition d'Aragon n'étaient pas encore entièrement réglés, en 1288. Le duc avait emprunté aux religieux de Saint-Bénigne de fortes sommes pour lesquelles il avait engagé non seulement ses pierres précieuses, mais encore une obligation de quinze mille livres tournois que lui devait la commune de Dijon. De Beaumont-sur-Grosne, il envoya son clerc et chapelain Raoul de Beaune pour retirer cette obligation[21], puis il chargea Eudes, sire d'Auvillars, et plusieurs bourgeois de Dijon, collecteurs des marcs de cette ville, de payer sur leur recette le reliquat de ce qu'il devait encore aux religieux[22]. Robert touchait d'autres revenus sur des droits de péage qui provenaient sans doute de sa charge de grand chambrier de France[23], ou qui lui avaient été abandonnés par concession royale. Philippe IV avait autorisé les marchands de Milan à s'installer dans le royaume sous sa protection et sauvegarde pour leur famille et leurs biens, mais il leur avait interdit l'exportation des moutons et des laines, spécifiant que les droits de péage auxquels ils étaient astreints, devaient être versés au duc de Bourgogne[24].

La donation de Couches, obtenue de Philippe IV au profit de Robert, était une véritable surprise, car les habitants de cette localité produisirent les titres antérieurs les mettant sous la protection et la sauvegarde du roi, auquel il était expressément interdit de déléguer ses pouvoirs. Le duc fut attaqué au Parlement, et, par un arrêt de février 1289, il fut facile de prouver que nul autre que le roi ne pouvait exercer la justice, exiger des redevances, et que les officiers de Robert ne pourraient à l'avenir intervenir dans leur juridiction, malgré l'investiture dont il avait été indûment pourvu.

La cession du château de Mâlain était également une surprise faite à la bonne foi du donateur, puisque le domaine relevait en fief lige du roi de France, qui n'avait pas le droit de l'aliéner pour aucun motif, ainsi que cela avait été depuis longtemps arrêté sous Hugues IV. Pour éviter un conflit, Alexandre de Montagu, sire de Sombernon et de Mâlain, donna son consentement à une reprise de fief du duc, moyennant une somme de deux cents livres tournois, et se soumit à un dénombrement détaillé de ses terres, 1289. Puis, il céda à Robert, pour pareille somme, la suzeraineté de la maison forte de Sautrone.

Cependant les habitants de Couches étaient revenus au Parlement lutter contre l'opiniâtreté du duc, qui opposait à toutes leurs raisons le titré récent qui les livrait à sa merci. Ils produisirent les engagements pris avec Philippe-Auguste, et l'interdiction qui lui avait été faite de se dessaisir d'un domaine dans la possession duquel les religieux de Flavigny l'avaient bénévolement associé. Par un arrêt de septembre 1290, les considérants du jugement précédent prévalurent et furent confirmés. Robert ne se tint pas pour battu, revint à la charge, parvint à circonvenir le roi et les juges, et trouva un stratagème dénotant un esprit inventif, mais peu scrupuleux, pour arriver à son but. Un nouvel arrêt de la cour déclara que s'il était interdit au roi de mettre hors de sa main ce qu'il possédait à Couches, il lui était néanmoins permis d'aliéner la haute justice en faveur du duc de Bourgogne, septembre 1291. Les juges ne durent pas être émerveillés de la logique de leur sentence, mais ils avaient à compter avec un personnage qui pesait trop lourdement sur la balance de leur justice. Les choses traînèrent encore pendant huit ans, au milieu des réclamations réitérées et opiniâtres des habitants qui défendaient énergiquement leurs droits. Enfin, en février 1299 (5429), le Parlement décida que, malgré la donation faite au chambrier de France, le roi seul pouvait et devait avoir la garde de Couches.

Vers la même époque, Robert avait été pris pour arbitre dans le différend qui s'était élevé entre Thibaud, comte de Bar, et Henri, comte de Luxembourg, au sujet de l'héritage d'Henri et de Renaud de Bar, et s'était engagé à faire observer ses décisions en cette affaire, octobre 1287. Après la mort de Thibaud, son fils et successeur Henri épousa la fille du roi d'Angleterre et fit alliance avec ce souverain et le comte de Flandre dans la coalition contre la France. Le jeune comte de Bar, profitant de la guerre que Philippe le Bel soutenait contre les Flamands, vint envahir la Champagne, d'où les forces réunies sous les ordres de Gaucher de Châtillon ne tardèrent pas à le déloger, 1297. Plus tard, Albert d'Autriche força Henri à rendre hommage au roi, et ce fut l'origine de la mouvance du Barrois à la couronne, dont le duc de Bourgogne avait préparé l'annexion par un premier arbitrage[25].

Robert eut aussi plus d'une fois occasion de rendre service à Philippe le Bel dans ses rapports avec la ville de Lyon, sur laquelle planait la suzeraineté française depuis l'hommage rendu, en 1272, par l'archevêque de cette ville Pierre de Tarentaise, plus tard couronné pape sous le nom d'Innocent V. L'ingérence du bailli de Màcon dans les affaires de la municipalité lyonnaise était un sujet de conflits perpétuels, dans lesquels le duc intervint, comme mandataire de l'autorité royale. En 1294, le duc, s'adressant aux chanoines du chapitre, leur enjoignit, au nom du roi, de ne point recevoir les ennemis du royaume dans leur château de Condrieu, mais de n'y admettre que les gens du roi.

On sait que Jean de Chalon-Arlay avait épousé, en 1272, Marguerite de Bourgogne, fille d'Hugues IV et de son second lit, et que ce duc avait légué par testament dix mille livres pour parfaire la dot. Le mariage du roi des Romains avec Isabelle, sœur de Marguerite, avait établi de nouveaux liens entre Rodolphe et son vassal, rapprochés d'ailleurs par l'hostilité marquée de Robert pour les enfants de Béatrice de Navarre, à la suite des discussions d'intérêt qui depuis si longtemps s'agitaient au Parlement. Cette intimité avait plus que jamais rejeté le comte palatin vers la cour de France, où l'attiraient ses sympathies et ses affections. Otte, comptant sur des appuis qui lui firent défaut, poussa même la témérité jusqu'à refuser de rendre hommage à l'empereur. La répression ne se fit pas attendre ; Rodolphe envahit le Comté, assiégea Besançon, et chargea Jean de Chalon-Arlay, oncle et vassal du comte, d'achever une campagne qui se termina par un traité des plus humiliants pour ce dernier[26].

A ce moment, Jean, fils du duc, et Alice, fille du comte, dont les projets de mariage avaient été l'objet de nombreux pourparlers, étaient tous deux décédés. Pour se dédommager de ses récentes infortunes, Otte promit secrètement, à Evreux, de marier sa fille Jeanne avec l'un des fils du roi, 12 juin 1291, et les conventions en furent définitivement arrêtées à Vincennes au commencement de 1295[27]. Une clause spéciale du contrat rendait Philippe le Bel possesseur absolu du Comté ; Otte déclarait abandonner au roi et à jamais, son domaine, sa baronnie, sa terre, ses droits, hommages et fiefs, et comme gage de cette cession, il livrait ses propres enfants nés et à naître, qui resteraient à la cour jusqu'à l'âge de dix-sept ans. Le comte de Bourgogne était alors tellement pressé par ses créanciers qu'il se vit dans la nécessité, non seulement de livrer sa fille à Philippe le Bel, mais de lui abandonner de suite l'administration du Comté, moyennant une somme de cent mille livres tournois et une rente viagère de dix mille livres. Le roi ne se dissimulait pas les difficultés qu'il aurait à vaincre pour prendre possession d'une province dont les seigneurs, très jaloux de leur indépendance, ne manqueraient pas de lui opposer la plus vive résistance ; aussi, pour s'assurer la participation du vendeur, dont il connaissait l'humeur versatile, il stipula que les sommes ne seraient versées qu'après la soumission des vassaux et la réception de leur hommage.

L'annexion d'un apanage de cette importance était pour la couronne une singulière bonne fortune, qu'il faut attribuer moins à l'habileté du roi qu'au hasard heureux des circonstances. Le rêve si longtemps caressé par nos ducs s'évanouissait, et Robert ne put y renoncer sans douleur ; sa première impression fut empreinte d'une vive amertume, et faillit altérer la grant amour qu'il témoignait jusque-là au comte Otte. Il y eut même un commencement de brouille entre les amis jadis inséparables[28], mais elle dura peu. Le duc avait trop d'intérêt à vivre en bonne intelligence avec le roi, son neveu, pour se laisser dominer par ce premier mouvement de mauvaise humeur.

On doit reconnaître que Philippe le Bel agit en cette circonstance avec beaucoup de tact et de prudence, parvint à désarmer le mécontent et à s'en faire le plus fidèle allié et le plus sûr auxiliaire de ses projets. Il lui concéda tous les privilèges et les avantages qu'il voulut, lui promit de ne point l'inquiéter pour les terres et les droits qu'il possédait lui-même dans le Comté[29], et lui fit espérer que les choses pourraient s'arranger au mieux de ses désirs par un mariage entre son fils Louis, roi de Navarre et comte de Champagne, et Marguerite de Bourgogne, fille de Robert, projet dont les clauses ne furent définitivement arrêtées que beaucoup plus tard, par un contrat passé à Vincennes le 28 mars 1301[30].

A la nouvelle de la cession du Comté au roi, les seigneurs de la province, habitués à vivre sous un souverain peu exigeant, levèrent l'étendard de la résistance, firent une première confédération (27 février 1294)[31], renouvelée le 29 mars 1295, à laquelle le roi des Romains promit son appui, des subsides, et l'autorisation de servir le roi d'Angleterre contre celui de France.

Au milieu des complications politiques et des affaires qui l'obligeaient à porter ses efforts on Guyenne et en Flandre, Philippe le Bel n'avait pas besoin de ce surcroît d'embarras, et mit à profit l'activité du duc de Bourgogne, en lui confiant la lieutenance et l'administration du Comté (janvier 1297), la direction des opérations militaires, et en l'autorisant même à y mettre des officiers de son choix[32]. Robert eut l'habileté de n'utiliser que des seigneurs étrangers à la ligue, mais appartenant tous à la noblesse de la province, et sut dissimuler par leur action la main royale qui dirigeait tout. Hugues de Bourgogne, frère d'Otte, et comme lui sympathique à la cause française, fut chargé de commander les troupes, et ne put empêcher les ravages commis dans ce pays mis à feu et à sang pendant la période qui suivit les actes de confédération. Hugues seul paraît en cause, et c'est entre ses mains que furent versées les sommes destinées à subvenir aux dépenses de la guerre[33]. La connétablie fut conservée à Richard, sire de Vaucaire, l'un des descendants de la puissante maison de Neuchâtel, qui en avait si longtemps occupé les fonctions[34]. Le comte palatin s'employa personnellement à la défense des châteaux, qu'il eut mission de réparer et de mettre en état. On lui promit à cet effet vingt mille livres, dont six mille lui furent tout d'abord versées,12 décembre 1295.

Les pouvoirs furent conférés au duc par le roi, en même temps que les confédérés passaient avec Edouard d'Angleterre les traités d'alliance contre la domination française. Les principales villes et forteresses du Comté étaient occupées par les sergents de Philippe le Bel, quand, le 9 octobre 1297, furent arrêtées à Vyve-Saint-Bavon les trêves préliminaires d'une paix définitive entre la France et l'Angleterre, comprenant également la ligue franc-comtoise. Ces trêves, renouvelées sans succès à Groningue, le 29 janvier 1298, furent mises à néant par les propositions du roi Edouard qui avait intérêt à entretenir de ce côté un foyer d'agitation, et qui, craignant de voir se dissoudre la confédération déjà entamée, passa avec elle un nouveau contrat d'alliance, en lui assurant un subside annuel de trente mille livres, 7 mars 1298.

Les coalisés n'avaient pas besoin de cette excitation pour continuer une campagne si funeste et si désastreuse, malgré la défection de quelques-uns d'entre eux, comme Jean de Chalon-Auxerre[35], et Thibaut, comte de Ferrette, qu'on avait réussi à détacher de la ligue par des avantages pécuniaires et des courtoisies intéressées.

A aucune époque de sa vie le duc Robert n'avait été obligé de déployer une aussi grande activité. La guerre de Flandre, à laquelle il prenait une part active, le gouvernement et les affaires du Comté, les négociations dont il fut chargé par Philippe le Bel avec la municipalité de Lyon ne lui donnaient aucun répit. Vers la même époque, les rois de France et d'Angleterre ayant soumis la solution de leurs différends à l'arbitrage de Boniface VIII, il reçut mission de se rendre à Rome pour y défendre les droits de la couronne. Les barons franc-comtois, réunis à Morre, dans une gorge qui domine le Doubs, près de Besançon, résolurent de s'y faire représenter, et nommèrent d'un commun accord Gautier de Montfaucon, l'un des leurs, près du Saint-Siège, pour se soumettre à la décision, du pape, 20 avril 1298.

Avant de partir, le duc confia la lieutenance et l'administration du Comté à Liébaud de Bauffremont, son maréchal de Bourgogne ; il était arrivé en juin 1298 à Rome, et assista, le 30 de ce mois, à la sentence arbitrale dans laquelle n'était pas comprise la confédération franc-comtoise[36].

La guerre continua donc avec des phases diverses, mais le traité de paix passé, au nom du roi, avec les représentants d'Edouard d'Angleterre, modifia singulièrement les forces de la ligue. La mort de l'Empereur Rodolphe fut pour elle un événement non moins fâcheux, car son fils et successeur Albert d'Autriche était en bonne intelligence avec Philippe le Bel ; le mariage projeté de son fils avec Blanche, sœur du roi, l'hommage du Comté promis à l'empereur par Philippe de Poitiers, achevèrent un rapprochement commandé par des raisons d'intérêt réciproque. Par divers actes datés de Strasbourg, Albert d'Autriche déclara que des trêves étaient faites, à sa prière, entre le roi de France et les confédérés, et que, si quelques-uns de ces derniers faisaient guerre ou dommage, Philippe le Bel ne serait pas tenu d'en observer les clauses. L'empereur promettait en outre de rendre justice à Jeanne, fille du comte Otte, relativement à ses droits sur le Comté, et l'autorisait à pouvoir demander assistance à Philippe (5 septembre 1299). Ces contrats furent solennellement confirmés peu de temps après dans l'entrevue que les deux souverains eurent à Quatrevaux, 20 décembre 1299.

Privés de leur principal défenseur et de leur plus ferme appui, privés surtout des subsides pécuniaires qui n'arrivaient plus aussi régulièrement d'Angleterre, les confédérés durent penser que la ligue ne pouvait tenir longtemps ; les plus acharnés ne voulurent point cependant se résoudre à déposer les armes.

Le duc de Bourgogne n'avait point attendu jusque-là pour intervenir d'une manière efficace dans la soumission du Comté. Il avait lui-même contribué à ce désarroi, en jetant la division parmi les ardents défenseurs de cette association redoutable qui avait causé de si grands troubles dans le pays. Il s'était abouché avec l'un des puissants barons de la province, Geofroi, sire d'Aucelle, descendant des seigneurs de Neuchâtel, frère de Girard de Vaucaire, connétable du Comté, et en obtint, moyennant finance, l'engagement de servir le roi dans le bourg de Gray pendant vingt-quatre semaines, à la tête d'un certain nombre de gens d'armes, et avec le concours de son frère le connétable. Geofroi promit en outre à Robert que, si, par le sort de la guerre, les ligueurs tombaient en son pouvoir, comme le comte de Montbéliard, Thibaut de Neuchâtel, Jean de Chalon, Gautier de Commercy, Jean de Montfaucon, Simon de Montfort, Etienne d'Oiselet, Jean de Joux, le sire de Faucogney et autres, les prisonniers seraient remis aux mains du duc, comme mandataire du roi, à condition que Geofroi conserverait ses droits de prise sur les harnais et chevaux. Hugues de Bourgogne s'était rendu caution de cet engagement, 14 mai 1299.

La résistance ne cessa définitivement qu'après les traités passés à Paris, en avril et mai 1301, entre le roi et les confédérés qui se rendirent à merci, fournirent des cautions au sujet de leur soumission et prêtèrent hommage pour leurs fiefs. Philippe le Bel, ne voulant pas réduire les barons au désespoir, ne leur imposa pas de trop dures conditions. Il exigea seulement que les châteaux d'Ornans et de Clerval sur le Doubs, ruinés pendant la guerre et dépendant du domaine, seraient relevés à leurs frais, promettant en retour de réparer les dommages causés par le feu et ces longues hostilités, et s'engageant à respecter les us et coutumes des habitants.

Ainsi fut consommée, après une lutte de plus de cinq années, l'annexion de la Franche-Comté au domaine royal, à la suite des discordes de la famille de Chalon, dont le chef respecté Jean de Chalon l'Antique, très préoccupé du caractère irréfléchi de ses enfants et des destinées de sa maison, avait, sur son lit de mort, entrevu et prédit les malheurs[37].

Otte, jadis comte palatin, après son humiliation et ses infortunes, quitta le pays et se réfugia à la cour de France, où son activité fut encore utilisée. On lui fit parfois présider le Parlement ; nous le retrouverons dans la guerre de Flandre, et, victime de sa bravoure comme les chevaliers de sa race, il devait succomber sur un champ de bataille. Son frère Hugues, attaché comme lui à la cause française, légua ses biens à Philippe le Bel par un curieux, testament qui nous a été conservé, 1301 novembre. Jean de Chalon-Arlay, leur oncle et leur ennemi, chef de cette noblesse insoumise qui avait si longtemps fait échec au roi, en devint l'un des principaux auxiliaires, le seconda vigoureusement dans les chevauchées de Flandre, et fut plus tard promu au gouvernement du Comté après la mort du duc Robert II.

 

 

 



[1] Arch. du Doubs, Inventaire des titres de Chalon, B. 376.

[2] Recueil des historiens de France, t. XXII, pp. 481, 523, 702.

[3] Recueil des historiens de France, t. XXII, pp. 481, 486, 689.

[4] Dom Plancher, t. II, pr. CVII et CVIII.

[5] Voir ce que nous avons dit de ce personnage, tome V.

[6] Cette qualité de précepteur des enfants de Philippe est plusieurs fois indiquée dans les titres des archives de Langres, aujourd'hui brûlées. Elle est rappelée dans l'Abrégé chronologique des évêques de Langres, de l'abbé Mathieu, p. 408.

[7] Voir Langlois, Philippe le Hardi, livre II, chap. IV.

[8] Orig. Arch. delà Côte-d'Or, B. 11.644.

[9] Gallia Christiana, IV, instr. 213. — La donation fut renouvelée le 7 janvier 1286, à Château-Thierry.

[10] Pérard, 558.

[11] Arch. du Doubs, Chambre des Comptes, B. 761.

[12] Arch. du Doubs, B. 1, fol. 90.

[13] Recueil des historiens de France, t. XXII, 485 L.

[14] Recueil des historiens de France, t. XXII, p. 462 g.

[15] Orig. Arch. de la Côte-d'Or, B. 11.644.

[16] Samoreau, Seine-et-Marne, arrondissement et canton de Fontainebleau, se nommait jadis Samoiseau. Voir Bouillart, Histoire de Saint-Germain-des-Prés, p. 96, 97, 126, 131, pr. n° LX et LXV, et l'on verra qu'il s'agit de la même terre, près de Fontainebleau, au diocèse de Sens.

[17] Fromont, Seine-et-Oise, canton de Ris, a pris son nom de Fromondus de Trossolio, seigneur de Montlhéry, fondateur probable de cette maison du Temple.

[18] Voir l'abbé Lebeuf, Histoire du diocèse de Paris, art. Athis-sur-Orge.

[19] Voir Boutaric, la France sous Philippe le Bel, 380-381.

[20] Voir aussi pour ces pièces, Histoire da Languedoc, nouvelle édition.

[21] Dom Plancher, t. II, p. 96 ; la lettre est du jeudi avant la Saint-Barnabé 1288.

[22] Charte datée de Rouvre, du 23 juin 1288.

[23] La charge de chambrier de France donnait au duc, entre autres droits, d'après un arrêt du Parlement, celui de juger les fausses marques des cordonniers et corroyeurs de Paris.

[24] Diplôme daté de l'abbaye de Royaumont, 10 août 1288.

[25] Voir Langlois, Philippe le Hardi, p. 78, 180, 181.

[26] Acte du 4 septembre 1289 ; Arch. nat., Trésor des Chartes, J. 250, n° 2, confirmé le 20 du même mois, Or., Arch. nat., Trésor des Chartes, J. 610, n° 17.

[27] Février 1295 ; 1er mars 1295, et 2 mars 1295. A cette dernière date, Philippe s'engageait à mettre le comte à l'abri de toute poursuite que pourrait exercer le duc contre lui, par suite du mariage antérieurement projeté entre leurs enfants.

[28] Vignier, Burgutidionum Chronichon, Bâle, 1575, p. 158, en l'an 1290.

[29] Ces faits se passent en janvier 1297. Entre autres privilèges, le roi autorise le duc, sur sa demande, à ressortir du bailliage de Mâcon pour les châteaux de Bourbon-Lancy et de La Motte-Saint-Jean, et décide que la ville de Dijon dépendra désormais de la juridiction royale du bailliage de Sens.

[30] Nous glissons rapidement sur certains détails relatifs à cette période, pour ne pas grossir un volume déjà très chargé. L'annexion de la Franche-Comté à la France a été l'objet de travaux divers. E. Clerc, Essai sur l'histoire de la Franche-Comté, a fort bien élucidé cet important épisode qui est l'un des meilleurs de son livre. Il a donné la clef de ce grave événement, et montré comment le comte Otte, abaissé par les empereurs, aigri par le mauvais succès, excommunié, ruiné, harcelé par ses créanciers, extrême en tout et comme conduit par le désespoir, se livra corps et biens à la France. Voir aussi Piépape, Histoire de la réunion de la Franche-Comté à la France, 1881, 2 vol. ; J Finot, les Sires de Faucogney, 1886, in-8°, preuves, et en dernière date, Frantz Funck Brentano, Philippe le Bel et la noblesse franc-comtoise, Bibl. de l'Ecole des chartes, 1888.

[31] Bibl. nat,, Collect. Joursanvault, édit. Funck Brentano, Philippe le Bel et la noblesse franc-comtoise, 1888.

[32] 12 février 1298, Orig., Arch. de la Côte-d'Or, B. 304.

[33] Orig., Bibl. nat., collect. Clairambault, t XVIII, 22.

[34] Girard de Neuchâtel, grand'père ; Jean, père de Richard, sire d'Aucelle, avaient été successivement connétables du Comté.

[35] Orig., Arch. nat., J. 253, n° 3, pièce de mars 1298.

[36] Orig., Arch. nat., Trésor des Chartes, J. 633, n° 30, 30 bis, 30 ter ; Dumont, Corps diplomatique, t. I, p. 310.

[37] Voir notre tome V.