AFFAIRES ET GUERRE DE SUCCESSION DU DAUPHINÉ.
Bonnes relations entre
les ducs et les dauphins. — Succession éventuelle du Dauphiné assurée aux
ducs. — Dispositions testamentaires de Guigues VI en leur faveur. — Traité et
accord entre Robert et la Dauphiné. — Hommage au duc rendu à Vienne. —
Mariage d'Humbert de La Tour avec la dauphiné Anne. — Projets du duc de
marier sa fille Marguerite avec le dauphin Jean. — Contestations et nouvel
accord. — Mort du dauphin Jean. — Préparatifs de guerre entre Humbert de La
Tour et le duc de Bourgogne ; alliés d'Humbert ; alliés du duc. — Les sires
de Joux, d'Usie, d'Antigny, de Sainte-Croix, d'Andelot, de Toulongeon, de
Verdun-sur-le-Doubs, Coligny, Frébuans, Versailleux, Juis, Dompierre, Mornay,
Jarré. — Commencement des hostilités. — Siège de Treffort, dont le château
est démantelé. — Le duc à Bourg-en-Bresse. — Première suspension d'armes. —
Robert assiste au mariage de son neveu Philippe, fils du roi. — Reprise des
hostilités ; épouvante dans les campagnes à Bourg, Saint-Trivier, Bagé,
Châtillon-les-Dombes. — Deuxième suspension d'armes ; violation des trêves ;
représailles. — Le duc au Parlement de la Toussaint à Paris. — Embarras
financiers de Robert ; cession de la vicomté de Dijon ; affranchissements. —
Négociations pour le mariage d'Isabelle, sœur du duc, avec Rodolphe de
Habsbourg. — Robert livre Isabelle au roi des Romains, à Remiremont, et leurs
noces se font à Bâle. — Cession du Dauphiné au duc par Rodolphe. — Reprise
des hostilités ; la guerre à Saint-Trivier, Châtillon-les-Dombes,
Bourg-en-Bresse, Pont-de-Vaux, Sagy. — Sièges de Saint-Germain, du château de
La Terrasse de Trévoux, Cuisia, Saint-André-en-Revermont, Hauteville, Marboz.
— Campagne interrompue par la guerre d'Aragon. — Philippe, comte de Savoie,
traite au nom du duc avec le dauphin pour une troisième suspension d'armes. —
Intervention du roi après la chevauchée d'Aragon pour une paix définitive. —
Conventions, négociations et arbitrages. — Le Revermont cédé au duc avec
divers châteaux après enquêtes et informations. — Indemnité de vingt mille livres
donnée au duc par le sire de La four. — La dauphine indemnise Humbert de ces
mésaventures. — Échanges avec Amé, comte de Savoie, du domaine do Revermont
et autres terres contre les châtellenies de Sagy, Cuisery, Savigny. — Les
habitants de ces contrées si éprouvées par la guerre paient les frais de ces
échanges.
Les
ducs de Bourgogne Eudes III et Hugues IV avaient toujours conservé
d'excellentes relations avec les dauphins de Viennois, leurs parents. Il
était de leur intérêt de les ménager et de maintenir les liens d'amitié qui
les rattachaient à cette famille, dont les importantes possessions pouvaient,
le cas échéant, faire retour au domaine ducal. Hugues
IV avait vécu dans les meilleurs termes avec son cousin germain Guigues VI,
qui, par un premier testament retrouvé il y a quelques années seulement et
daté de 1264[1], l'avait institué son exécuteur
testamentaire, lui avait confié la tutelle de ses filles Anne et Catherine,
et assurait même au duc et à ses héritiers la succession de ses enfants, si
ceux-ci décédaient sans postérité. Anne,
la fille aînée, encore nubile, devait hériter du Dauphiné, et, en cas de
mort, Catherine lui serait substituée. La femme du dauphin, Béatrice de
Savoie, fille de Pierre de Savoie et d'Agnès, dame de Faucigny, devait
administrer les domaines sous la direction d'Hugues IV ou du fils qui lui
succéderait au duché. Mais dans le cas où elle convolerait à de secondes
noces, et même si elle venait à entrer en religion, le duc seul prendrait la
direction des affaires, en assignant à la veuve une rente de mille livres. Le
texte de ce document relate encore divers arrangements dans l'éventualité de
la naissance d'autres enfants, et laisse supposer que la dauphine Béatrice
était alors enceinte. Peu de temps après naquit en effet un fils Jean,
destiné à recueillir l'héritage paternel. Par un testament du 27 juin 1267[2], Guigues assurait sa succession
à cet enfant, en maintenant toutefois, en faveur d'Hugues IV et de ses
successeurs, les dispositions avantageuses précédemment arrêtées,
c'est-à-dire l'administration de ses biens, la tutelle de ses enfants, et la
possession éventuelle de ses états en cas de déshérence. Guigues
VI étant décédé deux ans après ce testament, les affaires furent dirigées
conformément à ses dernières volontés, et sans difficulté de la part des uns
et des autres. Mais après la mort d'Hugues IV, la dauphine Béatrice, se
croyant seule responsable, publia, en qualité de régente, une ordonnance au
sujet de laquelle le duc Robert fit des protestations. Trop jaloux de son
autorité pour rien laisser perdre de ses droits, il prétendit n'avoir point
été consulté, et revendiqua hautement la régence et la tutelle du jeune
dauphin, dont il était le plus proche parent. Ces
récriminations faites en termes un peu hautains furent sur le point d'amener
la brouille dans la famille, et laissaient en tous cas percer les visées
ambitieuses de Robert. Des amis communs s'interposèrent pour éviter tout
conflit, et notamment Philippe, comte de Savoie et de Bourgogne, oncle de
Béatrice, par l'entremise duquel un accord fut ménagé. Par cet accord ou
plutôt ce traité de paix, qui fut signé à Vienne, le 18 janvier 1273[3], on convint que le duc, en
qualité de tuteur du dauphin Jean, aurait la jouissance du Gapençois, des
châteaux de Moras, de Voreppe et de Val, dont il était déjà en possession,
que ses officiers rendraient compte de leur administration à Béatrice, et que
les revenus des terres seraient appliqués à l'entretien de la maison du
dauphin, après avoir assuré le service des places fortes. Le gouvernement de
l'état serait remis au jeune prince dès qu'il aurait atteint sa quatorzième
année, et s'il venait à mourir avant ce temps, sa sœur Anne lui serait
substituée. En
outre, le duc de Bourgogne retenait pour ses frais de tutelle la somme
annuelle de trois mille livres viennoises, et faisait réserve expresse de ses
droits sur le Dauphiné, si le cas de substitution en sa faveur devait un jour
se produire. Menacée
dans ses droits et peu désireuse de soutenir une résistance d'un succès
douteux, et pour laquelle le tempérament autoritaire de Robert lui laissait
peu d'illusions, Béatrice prit parti de s'adjoindre un protecteur. Un mois
après le traité de Vienne, elle épousait, le 2 avril 1273, Gaston, vicomte de
Béarn, et lui apportait des biens considérables, les terres que son père
Pierre de Savoie lui avait léguées, les droits sur les domaines de la Tour,
la baronnie de Faucigny, qui venait de sa mère Agnès, etc.[4] Cinq jours plus tard, le
vendredi 5 avril, Béatrice rendait solennellement hommage au duc de Bourgogne
dans l'église Saint-Maurice de Vienne, en présence d'Hugues de La Tour,
sénéchal de Lyon, de Gui de Chancenay, de Guillaume de Nanton et d'autres
grands vassaux[5]. Presque
en même temps, et pour affranchir Anne, sa fille aînée, elle lui faisait
contracter alliance, malgré son jeune âge, avec Humbert de La Tour, son
cousin. Ce mariage nécessita vraisemblablement une dispense ecclésiastique,
car les deux fiancés avaient une très proche parenté. Ils étaient rattachés
par une grand'mère commune Béatrice, comtesse d'Albon, mariée en secondes
noces à Hugues III, duc de Bourgogne, et en troisièmes noces à Hugues de
Coligny. Le tableau ci-joint permet de saisir les liens de famille unissant
les divers personnages qui figurent dans les événements de ce chapitre. Il
n'est pas douteux que ces deux mariages, hâtifs et presque simultanés,
n'aient été la conséquence des craintes inspirées par les convoitises et les
revendications trop ardentes du duc de Bourgogne. Il est également certain
que Robert fut consulté pour cette dernière alliance, et qu'il ne pouvait de
bonne grâce refuser la main de sa pupille à celui qu'il nommait son très cher
cousin. Le mariage fut probablement arrêté à Mâcon, le 22 août 1273[6], lorsque Humbert, sire de La
Tour, vint faire hommage au duc pour son château de Coligny, et les noces
furent célébrées un mois après, en septembre. Les autres terres que possédait
le nouveau marié étaient tenues en fief de Béatrice, et Humbert s'engageait à
en rendre hommage, soit à la dauphine, soit à Gaston de Béarn, sous peine
d'une amende de deux mille livres, dont le duc de Bourgogne se rendit caution
pour moitié[7]. Anne
n'apportait en dot à son mari que six cents marcs d'argent, mais elle
conservait tous les droits éventuels réservés par les dispositions
testamentaires de Guigues, son père, et recevait, de plus, en douaire, moitié
des domaines de La Tour et de Coligny, ainsi que divers autres châteaux
qu'elle devait garder si son mari décédait avant elle[8]. Humbert
de La Tour, préoccupé des embarras que pouvait plus tard lui susciter le duc,
fit des alliances avec ses voisins, et rechercha surtout l'appui d'Otte,
comte de Bourgogne, auquel il fit hommage de ses châteaux de Treffort et de
Marboz. Puis, il lui céda diverses terres en Bresse, moyennant une rente, et
l'hommage de Saint-Amour et de Laubépin, en Franche-Comté[9]. Pour
arriver à une entente pacifique, Robert envoya à plusieurs reprises deux de
ses officiers, Girard, seigneur de Sautrone, son receveur de Montcenis, et
Jean de Lyon, un de ses clercs, qui se rendirent en Savoie, à Romans et
autres localités[10], et il passa lui-même avec la
dauphine un accord qui fut scellé à Lyon les premiers jours de juillet 1277[11]. Mais on ne put régler toutes
les difficultés, car il fallut de nouvelles conventions, en 1278[12], pour arrêter divers points
d'administration sur lesquels on n'avait pu s'entendre, et qui nécessitèrent
dans le Viennois un voyage de Girard, clerc du duc[13]. Ces
arrangements et ces mariages maintinrent pendant quelques années les bonnes
relations entre les uns et les autres, sans faire perdre au duc les idées
d'annexion qui hantaient son esprit. Robert imagina bientôt d'arriver à son
but par un autre moyen, et rêva d'unir sa fille Marguerite, à peine hors de
nourrice, avec le dauphin Jean ; mais ces projets d'alliance avec un enfant
malade et débile n'eurent pas plus de suite que les tentatives faites par
d'autres intéressés pour capter un riche héritage, car il fut aussi question
pour le dauphin d'un mariage, soit avec Bonne de Savoie, soit avec Jacqueline
de Bavière. Jean mourut le 24 septembre 1282, à Bonneville (Haute-Savoie), à
l'âge de dix-sept ans, après avoir fait un testament très court, et qui ne
réglait rien quant à la succession de ses états[14]. C'était
le maintien des dispositions arrêtées par Guigues VI. Humbert n'avait pas
attendu la mort du jeune prince pour se prévaloir de ses droits, puisque deux
mois auparavant il prenait le titre de dauphin de Viennois et d'Albon,
seigneur de La Tour, et le duc Robert, qui figure encore en qualité de tuteur
du dauphin dans une charte de mars 1279[15], n'avait pas davantage
l'intention de se dessaisir de ses prétentions. On ne
sait rien des premiers pourparlers qui eurent lieu entre les compétiteurs, ni
des démarches faites par des amis communs pour empêcher une collision qui ne
pouvait manquer de se produire. Ce qui est certain, c'est qu'en décembre
1283, la guerre était sur le point d'éclater, comme le prouve formellement un
acte d'accord passé entre les églises de Lyon et d'Autun[16]. Tout
l'hiver se passa en préparatifs, et chacun des deux adversaires y mit la plus
grande activité. Humbert, voulant être en mesure de résister à son redoutable
concurrent, songea à mettre l'empereur Rodolphe dans ses intérêts, et
entreprit un voyage à Bade, après s'être fait délivrer un sauf conduit[17]. Mais l'empereur occupé par
bien d'autres affaires, et d'ailleurs en bons termes avec le duc Robert, ne
dut que lui faire des promesses assez évasives. Le dauphin fit alors alliance
avec le comte de Valentinois, avec Simon, seigneur de Montbéliard, le sire de
Beauvoir, etc. De son
côté, le duc de Bourgogne attira dans son parti Amédée, duc d'Aoste et comte
de Savoie, Louis de Savoie, baron de Vaud, Pierre d'Auvillars, le sire de
Bellecombe, le doyen de Vienne, Aimar de Beauvoir, Jean, abbé d'Ambournay[18]. II n'est pas inutile de
remarquer que si Amédée et Louis de Savoie étaient parents de Robert, ils
étaient cousins-germains d'Humbert, et que l'adhésion de ces puissants
personnages avait dû coûter une grosse somme de deniers à Robert II, car, à
cette époque, les grands vassaux, pas plus que les suzerains n'ayant de
troupes régulières, étaient obligés d'acheter des adhérents, et rattachaient
à leur cause, au prix de sacrifices pécuniaires, les divers seigneurs de la
contrée qui pouvaient les servir. La campagne qui va s'ouvrir fournit les
preuves du cynisme avec lequel on passait ces contrats qui ne font pas plus
honneur à la dignité des donateurs qu'à la délicatesse des destinataires. Ce
sont du reste les mêmes procédés appliqués dans les chevauchées précédentes,
et notamment pendant la guerre de Champagne. Désirant
s'assurer le concours des puissants barons de Joux et d'Usie[19], dont les forteresses
inexpugnables dominaient les montagnes du Comté dans les environs de
Pontarlier, le duc de Bourgogne les fit venir à Beaune, et, par un accord
passé le 1er mai 1284, il obtint leur engagement et la promesse de l'aide
de leurs hommes et de leurs châteaux contre le sire de La Tour. Henri,
sire de Joux, reprit en fief du duc ce qui appartenait à son frère Jean, à
Arçon, moyennant une somme de deux cents livres[20]. Henri, seigneur d'Usie, promit
de livrer son château de Renedale moyennant cent livres[21]. L'alliance
contractée avec ces personnages avait sa raison d'être. Henri de Joux était
un brave chevalier qui avait fait ses preuves, et avait suivi le comte
palatin de Bourgogne dans la funeste expédition entreprise pour venger le
massacre des Français aux Vêpres Siciliennes. Sa maison, fort appauvrie déjà
par l'établissement de la branche d'Usie, avait subi de grandes pertes dans
cette chevauchée, et le subside dont il était gratifié tombait fort à propos.
Cette famille avait du reste d'autres points communs avec le duché, car Jean
d'Usie avait contracté mariage, en 1250, avec Isabelle, fille d'Eudes,
seigneur de Châtillon-en-Bazois, vassal d'Hugues IV[22]. En juin
1284, le duc de Bourgogne commençait les hostilités, et ses vassaux se
dirigeaient sur le Revermont, contrée située à droite de l'Ain, à
l'intersection des départements de Saône-et-Loire, du Jura et de l'Ain, mais
qui s'étend principalement dans ce dernier département[23]. C'est de ce côté que devaient
d'abord marcher toutes les forces bourguignonnes. Le duc
se mit lui-même en route, et passa à Chalon-sur-Saône, où il fit un
arrangement avec les chanoines et le chapitre pour les foires et marchés de
la ville. Le 19 juin, il était à Mâcon, et portait un premier coup à son
adversaire en s'emparant, non par les armes mais à prix d'argent, d'un
château appartenant à Simon de Montbéliard, un des principaux partisans
d'Humbert de La Tour. Il achetait à Henri d'Antigny, sire de Sainte-Croix, la
suzeraineté de l'important domaine de Cuiseaux, pour la grosse somme de
quinze cents livres tournois, obligeant ainsi Simon de Montbéliard et
Catherine de Montluel, sa femme, à lui rendre l'hommage rendu auparavant au
sire de Sainte-Croix[24]. Le 23
juin, on était au siège devant Treffort, et Robert attirait sous sa bannière
d'autres seigneurs que des liens de famille devaient plus naturellement
rattacher à la cause du dauphin. Etienne de Coligny, seigneur d'Andelot, pour
la grant amour et courtoisie qu'il a trouvée au duc de Bourgogne, lui
rend des devoirs de vassalité, l'investit de rentes sur cette châtellenie,
lui promet l'ouverture de toutes ses forteresses, et s'engage à le servir
dans la guerre contre Humbert de La Tour, sauf les obligations dues aux
seigneurs de Coligny, de Bagé, de Sainte-Croix et au comte de Savoie. Sept
cents livres viennoises payées comptant furent le prix de ces concessions et
de ce grant amour[25]. Le
lendemain jour de la Saint-Jean, toujours devant Treffort, Etienne de
Toulongeon éprouvait aussi la grant amour et courtoisie du duc, et en
recevait deux cents livres viennoises, Il est probable que le même scribe a
rédigé les deux actes avec cette formule sentimentale, suffisante sans doute
pour faire taire les scrupules de conscience des barons du XIIIe siècle, mais
pas assez pour dissimuler les véritables motifs qui les font agir. Etienne de
Toulongeon reconnaissait au duc une rente sur sa terre de Germigney,
promettait de l'aider contre tous avec le secours de ses hommes, et de faire
la guerre au dauphin[26]. En même
temps, Guillaume, seigneur de Verdun-sur-le-Doubs, damoiseau, faisait hommage
à Robert de tout ce qu'il avait acheté dans la terre de Chauvort provenant de
Béatrice, fille de Gui de Loisy. Cette fois la somme à payer était de moindre
importance ; il ne s'agissait que de quarante livres viennoises[27]. Des
dégâts considérables furent commis à Treffort, et le château fut en partie
démantelé, si l'on en juge par les constructions entreprises les années
suivantes pour le remettre en état. On fut obligé de refaire à neuf plusieurs
des tours et des portes[28] ; près de huit cents
manouvriers furent employés pour la tranchée du mur d'enceinte[29] ; cent maçons et tailleurs de
pierre réparèrent les brèches du château[30], dont la clôture avait été
ruinée[31]. Depuis
le 6 juillet au plus tard jusqu'au 15 de ce mois le duc de Bourgogne campait
à Bourg-en-Bresse. A la première de ces dates, Otte, comte palatin de
Bourgogne et sire de Salins, obtenait d'Henri d'Antigny une rente assise sur
les châteaux de Dôle et de Montfort[32]. Robert gagnait le 15 juin un
nouvel allié, Roger de Frébuans, chevalier, qui lui cédait un fief à
Villars-sous Joudes, moyennant cent livres, et s'engageait, comme les
précédents, par devant Jean de Joux, seigneur de Coligny, à le servir en
armes dans la guerre contre le dauphin de Viennois[33]. Dans ces luttes féodales,
l'argent n'avait pas le moindre rôle, et le succès devait le plus souvent
couronner les efforts de celui qui pouvait entraîner à sa suite le plus grand
nombre de partisans. On ne
connaît pas tous les détails des actions de guerre, ni les péripéties de
cette première chevauchée suspendue par une trêve, lorsque le duc et la
duchesse de Bourgogne, forcés de se rendre à Paris au mois d'août, firent
ratifier par le roi le traité passé avec leurs vassaux au sujet des monnaies[34]. La
charge de grand chambrier de France obligeait Robert d'assister aux
cérémonies de la cour, lorsque son neveu, le fils du roi, plus tard Philippe
IV, fut armé chevalier, le jour de l'Assomption, et aux noces de ce prince
qui épousa le lendemain Jeanne de Navarre. Avant
le mois d'octobre les hostilités étaient reprises. Humbert de La Tour avait
mis à profit l'absence de son rival, et n'était pas homme à céder sans
combat. Il avait mis la main sur plusieurs forteresses, et commis des actions
de guerre, contrevenant aux conventions arrêtées par les trêves, et contre
lesquelles s'élevèrent dans la suite diverses protestations. Aux
adhérents que le duc Robert avait réussi à grouper autour de lui, et qui lui
valaient l'ouverture d'un certain nombre de châteaux espacés dans les régions
occupées par les troupes belligérantes, Cuiseaux, Treffort, Germigney,
Verdun-sur-le-Doubs, Chauvort, Montfort, Frébuans, Bourg-en-Bresse, Villars,
Arçon, Renedale, il parvint à en rallier de nouveaux. Le duc
était à Lyon, le 4 octobre, quand Béraud, sire de Versailleux, chevalier, lui
promit ses services contre le dauphin, moyennant finance, et reprenait en
fief Massieux, sous réserve des droits des seigneurs de Villars et de Beaujeu[35]. Quelques jours après,
Guillaume de Juis, seigneur de Dompierre et autres terres dans le mandement
de Chalamont, s'offrit de l'aider dans sa guerre et lui livrait le château
d'Ars[36]. Evrard de Mornay en fit autant
et rendit hommage pour une rente assise sur la terre de
Saint-Trivier-sur-Moignans[37]. Tous deux réservaient les
droits de vassalité qu'ils devaient au comte de Savoie et au sire de Villars. A ces
seigneurs que le duc convoqua pour se trouver au mandement de Malaval, le
mardi 17 octobre, vint se joindre Godemarde Jarré, écuyer, qui s'avoua homme
lige de Robert, moyennant certaines rentes prises sur ses domaines entre
Viriat et Malaval. Il déclara de plus qu'il renonçait à la fidélité due par
ses ancêtres au dauphin de Viennois, auquel il était au contraire résolu de
faire la guerre sous la bannière ducale[38]. Cette
lutte ardente jetait l'épouvante au milieu des populations de ces contrées,
et inquiétait aussi les localités plus éloignées. Les habitants de
Chalon-sur-Saône, craignant quelque surprise, avaient fait mettre leurs
murailles en état. L'évêque de cette ville fit aussi fortifier la motte de la
Mâconnière, et ordonna d'y creuser des fossés pour en protéger les abords.
Les officiers du duc lui en contestaient le droit, mais par ordre de Robert,
le bailli de Dijon Richard de Montmorot lui en délivra l'autorisation au mois
de novembre[39]. Dans
les environs de Bourg-en-Bresse les populations avaient émigré, et le
receveur châtelain Olivier de Perrigny ne trouvait personne pour toucher les
tailles. Il en était de même au Respez. A Longchamp les habitants étaient en
fuite[40]. Pierre de Châtillon, châtelain
de Bagé, ne percevait que de faibles redevances, « pour cause de la guerre et
de la misère des gens » ; le châtelain de Saint-Trivier constatait les
mêmes faits[41]. A Châtillon-les-Dombes, les juifs
restés inoccupés ne pouvaient rien donner de leur taxe[42]. La
mauvaise saison vint interrompre les opérations militaires, et nécessita une
nouvelle suspension d'armes, qui ne fut pas mieux observée que la première.
Les exécutions capitales faites par les belligérants en raison de violation
des trêves ne devaient pas être très efficaces, puisque les chefs eux-mêmes
donnaient l'exemple. Guichard Sala et autres compagnons ayant commis des
dégâts à Châtillon-les-Dombes, pendant la durée des trêves, eurent la tête
coupée[43]. Guillaume Morestel, damoiseau,
fut fait prisonnier avec plusieurs autres devant Ambronay par la garnison de
Bourg ; les captifs furent enfermés au château de Labalme, d'où ils
parvinrent à s'échapper[44]. Un des belligérants ayant
insulté le comte de Savoie fut arrêté à Saint-Amour et pendu à Saint-Trivier[45]. Le duc
était rappelé à Paris par diverses affaires urgentes, et d'abord par la tenue
du parlement qui se réunissait aux fêtes de la Toussaint ; il y assista en
compagnie de Gui, comte de Flandre, Thibaud, comte de Bar, le connétable de
Beaujeu, le chambellan Raoul de Nesle, le maréchal Guillaume Crépin et autres[46]. C'est à cette session que
devait être rendu le jugement relatif à ses démêlés avec son frère puiné
Huguenin et la duchesse douairière Béatrice de Navarre ; sa présence était
nécessaire, sinon indispensable, pour agir sur les juges qui devaient rédiger
la sentence. Mais dans cette circonstance il n'eut pas satisfaction sur tous
les points. On ordonna à la vérité une nouvelle prisée des terres léguées par
Hugues IV à Huguenin, tout en déclarant que, suivant la coutume de Bourgogne,
le duché ne pouvait être démembré, mais on le débouta de sa demande au sujet
de l'éloignement des sergents royaux accordés par Philippe III, pour protéger
Béatrice contre toute violence au sujet de son douaire[47]. La
campagne entreprise contre le dauphin était des plus coûteuses ; Jean Bernier,
de Vézelay, bourgeois de Beaune, auquel le duc avait confié depuis deux ans
la fabrication de sa monnaie, ne pouvait suffire aux exigences de la
situation. Pour faire face aux opérations militaires, aux subsides et à
l'enrôlement des seigneurs. le duc s'était vu dans la nécessité de faire de
nombreux emprunts aux particuliers et aux communautés religieuses. Il avait
engagé ses pierres précieuses aux religieux de Saint-Bénigne, et en avait
reçu en prêt neuf cents livres viennoises qu'Eudes d'Auvillars et les autres
collecteurs des tailles eurent ordre de rembourser deux ans plus tard, et de
les prélever sur la perception des marcs de la commune de Dijon[48]. Cette
gêne momentanée ne fut pas sans influence sur l'accord passé par le duc avec
les habitants de Dijon alors très obérés et fort en retard avec lui, auxquels
il céda la vicomté de Dijon, pour mettre fin à des discussions qui n'étaient
profitables à personne[49]. Ces concessions eurent lieu en
décembre et furent soumises à la ratification de Philippe[50]. Il faut attribuer également à
ces embarras d'argent l'affranchissement du village de Labergement-le-Duc, en
avril 1285, la confirmation des franchises de Buxy-en-Chalonnais[51], de Lamarche-sur-Saône, actes
toujours fructueux pour le trésor. Robert
séjourna encore avec la duchesse à Paris pendant une partie du mois de
janvier 1285, et assista au mariage d'Otte, comte palatin de Bourgogne, avec
Mahaut d'Artois, petite-fille de saint Louis, et cousine du roi. Les
fêtes de cet illustre hyménée ne lui firent pas perdre de vue les affaires du
Dauphiné, et la période de la suspension d'armes fut largement utilisée par
des négociations. Il s'était mis en relations avec Rodolphe de Habsbourg,
empereur d'Allemagne, suzerain de cette province, espérant en obtenir un
appui utile, et peut-être une cession de droits. Puis, sachant par expérience
que les mariages sont plus efficaces que la guerre pour donner une heureuse
solution aux entreprises les plus difficiles, Robert entra en pourparlers
avec l'empereur pour le mariage de sa sœur Isabelle, douée d'une rare beauté,
mais ayant à peine dépassé ses quinze ans. C'était une fiancée un peu jeune
pour un homme de soixante-six ans, et il est à croire que le duc de Bourgogne
mit plus d'activité dans ses avances intéressées que l'empereur n'en mit dans
son empressement. Isabelle était fille d'Hugues IV et de Béatrice de Navarre
; les dissentiments de Robert avec les enfants du second lit laissent
manifestement supposer que ce n'était pas dans leur intérêt, mais pour sa
propre cause qu'il travaillait. D'ailleurs cette alliance avec Rodolphe de
Habsbourg était un honneur considérable pour la maison de Bourgogne rattachée
par tant de liens à celle de France, et le duc en allait tirer profit. A la
fin de janvier 1285, Robert conduisit sa sœur vers Rodolphe, à Remiremont, et
quatre mois plus tard la cérémonie des noces de l'empereur avec Isabelle fut
solennellement célébrée à Bâle, au milieu d'une affluence considérable de
princes, de barons et de prélats[52]. Aussitôt
après, le 4 février, Rodolphe, par la grâce de Dieu roi des Romains,
concédait à son beau-frère Robert, qu'il qualifie de dux illustris,
tous les droits que l'empire pouvait avoir sur le Dauphiné, et qui étaient
auparavant inféodés au dauphin Jean, récemment décédé, avec les réserves
toutefois de ce qui pouvait appartenir à la dauphine douairière Béatrice de
Savoie[53]. Cette concession était une
conquête la plus fructueuse de toutes celles qu'il avait obtenues depuis que
la guerre était engagée, mais elle ne fut pas suffisante pour faire déposer
les armes à Humbert de La Tour. Les
hostilités étaient reprises à la fin de mars, puisqu'à cette époque Robert
recrutait de nouveaux alliés, et notamment Guion de Montmahoux[54], écuyer, vassal du comte de
Savoie, qui se déclarait son homme lige et s'offrait de le défendre contre
tous, et spécialement contre le dauphin. Peut-être faut-il compter au nombre
des nouveaux enrôlés Fromond de Montferrand, sire de Corcondray, bien que les
motifs de son engagement n'aient point été consignés. Pendant
quinze mois les localités de la contrée avaient été ravagées par les divers
partis. La lutte se poursuivait partout avec une extrême ardeur, et les
trêves n'avaient été conclues que pour être violées par les uns comme par les
autres. Les comptes des châtellenies fournissent plusieurs mentions utiles,
malgré le manque de précision des dates. Le comte de Savoie, allié du duc,
avait fait fortifier Saint-Trivier, réparé les engins du château, et mis une
forte garnison sous la conduite du capitaine Hugues de Loisy. C'est à
Saint-Trivier que résidait le comte lorsqu'il dirigea les opérations du siège
de Saint-Germain, et c'est de là qu'il envoya un message à Robert pour
l'informer d'une journée qu'il venait de fixer avec Henri, sire de Pagny[55]. Châtillon-les-Dombes avait été
également mis en état de défense, et on y avait fait venir des balistes et
des arbalétriers. Le châtelain de Bourg y avait envoyé ses chevaliers pour
porter secours à la garnison du château de la Terrasse de Trévoux, et
lui-même se rendit de cette ville au siège de Cuisia (Jura)[56]. Les officiers de la prévôté de
Pont-de-Vaux ne montraient pas moins d'activité pour défendre les intérêts de
leurs châtellenies, préparaient une chevauchée à Saint-André-en-Revermont,
fournissaient cent carreaux d'arbalète pour les hommes d'armes mandés au
secours d'Hauteville, envoyaient des gens de guerre pour protéger les
moissons de Sagy[57]. Après
avoir subi plusieurs sièges, le château de Marboz demeura au duc, et ce
domaine fut un de ceux dont il conserva la possession pendant quelques
années. Robert
était à Rouvre, le 11 avril, quand il écrivit à son oncle et bon ami
Philippe, comte de Savoie, marquis de Lombardie, pour le prévenir des
conventions qu'il venait de faire avec Eudes de Briançon[58], mais il allait bientôt
recevoir la convocation royale qui le mandait en l'ost de Philippe III, et
les préparatifs de la guerre d'Aragon le forçaient à interrompre celle qu'il
soutenait contre Humbert de la Tour. Le
dauphin et ses partisans se promettaient de tirer parti de son absence pour
regagner quelques avantages, et reprendre diverses forteresses, comme on le
verra plus loin. C'est ce motif qui détermina le comte de Savoie à traiter
avec Humbert, au nom du duc, pour une troisième suspension d'armes de plus
longue durée, et qui fut signée à la mi-août. Philippe s'engageait, dans le
cas où Robert et ses adhérents refuseraient d'y consentir, à en donner avis
sous huit jours à la dauphine Béatrice[59]. Les
funestes résultats de la campagne d'Aragon mirent fin à la lutte pour la
possession du Dauphiné. De puissants personnages intervinrent, et le roi
lui-même se joignit à eux pour amener les belligérants à signer une paix
définitive. Les conventions premières en furent passées le vendredi 25
janvier 1286. Le roi reconnaissait au duc ses droits sur le Revermont. Robert
déclarait son désistement au sujet de ses revendications sur le Dauphiné,
moyennant l'abandon, par Humbert de la Tour et son frère Pierre, des terres
situées au-delà de l'Ain, comprenant le Revermont, Coligny et autres terres
du côté de la Bresse[60]. Le roi Philippe ratifia ces
conventions longuement énumérées, en réservant toutefois certains points de
détail sur lesquels l'accord n'avait encore pu se faire. Humbert refusait de
livrer le château de Saint-André, et spécialement le fief de Varambon, bien
que compris dans le territoire cédé par lui, attendu qu'il était engagé par
serment à ne pas se dessaisir de ces fiefs. Il ne voulait pas livrer la
partie du château de Coligny située au-delà de l'Ain, car il en avait fait
l'abandon au comte de Savoie à la suite d'un traité, dont le duc de Bourgogne
contestait les clauses. Il fut décidé que les témoins de ce traité seraient
interrogés, et qu'en cas de restitution, le duc donnerait en retour le
château de Saint-Jean-de-Bornay. Autre
discussion au sujet du château de Marboz, dont le comte de Savoie, un des
alliés de Robert, s'était emparé pendant la suspension d'armes, et avait fait
occuper par ses troupes. Humbert prétendait n'avoir pas à céder un domaine
conquis en violation des trêves. Le duc objecta que le seigneur de La Tour et
ses partisans avaient été antérieurement les premiers à contrevenir à ces
trêves ; sur ce point une enquête fut ordonnée, et une forte amende réservée
à celui des deux compétiteurs dont la culpabilité serait établie. Robert
revendiquait aussi les châteaux de Pinet et de Villeneuve qu'il avait promis
de rendre à Adhémar de Veyle, un de ses adhérents ; ces domaines furent mis
dans la main du roi jusqu'à plus ample information. Mêmes réserves pour les
châteaux de la Terrasse de Trévoux et de Montfort, pris et occupés pendant
les trêves par les alliés du dauphin de Viennois, et enfin restitution
réciproque des prises et des prisonniers dans les deux camps. On ne parvint
pas à se mettre d'accord pour les dommages et intérêts, car, sous prétexte
que le sire de la Tour avait la responsabilité de l'offensive dans cette
guerre, le duc exigeait vingt-cinq mille livres tournois en dédommagement de
ses dépenses, et refusait les offres de seize mille livres comme
insuffisantes. Toutes ces questions litigieuses devaient être résolues par
des arbitres chargés de faire un rapport dans le plus bref délai, et sur
lequel le roi prononcerait un jugement définitif. Ces importantes conventions
furent passées le vendredi 25 janvier 1286[61]. On peut
croire que le duc ne resta pas inactif et qu'il fit des démarches pour se
rendre les arbitres favorables, car vers la même époque il envoya à Grenoble
et dans d'autres localités ses agents et ses clercs les plus intimes,
Guichard, Jean de Lyon et son aumônier Raoul de Beaune qui pendant trois
semaines parcoururent la contrée[62]. Peu de
temps après, Philippe IV, suffisamment éclairé par les enquêtes, décida que
le dauphin rendrait au duc, au bout d'un an, la moitié du château de Coligny
détenue par le comte de Savoie, ainsi que les domaines de Saint-André et de
Varambon ; que Robert livrerait Saint-Jean-de-Bornay, et remplirait ses
obligations envers ses vassaux relativement aux fiefs de Pinet, de Villeneuve
et de la Terrasse de Trévoux[63]. Cette
sentence, rendue en février, devait être des premiers jours de ce mois,
puisque l'archevêque de Lyon, par acte du 9, ordonnait la délivrance au duc
du château de Pinet et ses dépendances par l'entremise de Geofroi de
Clermont, doyen de Vienne, qui donne en même temps quittance pour les
dépenses nécessitées par l'entretien de la forteresse[64]. Dans un
acte séparé du 23 février[65], le roi déclare que le sire de
La Tour devra payer dans la ville de Lyon à Robert ou à son mandataire vingt
mille livres tournois par termes de cinq mille livres, espacés d'année en
année, jusqu'à la liquidation complète de la somme totale. Il ne
semble pas que ces conclusions aient été avantageuses pour Humbert, condamné
à une lourde indemnité pour frais de guerre, et auquel on enlevait
d'importants apanages. La dauphine Anne, voulant le dédommager de cette
mésaventure, lui assigna un revenu de cinq mille livres, et, ne se croyant
pas encore quitte envers lui, joignit à cette cession l'abandon de ses
principales terres du Viennois et du Grésivaudan, le comté de Gapençois, ce
qu'elle possédait à Embrun et dans les diocèses de Valence et du Puy[66]. Toutefois
Robert ne devait pas jouir longtemps des domaines concédés, car par un
contrat d'échange passé à Tournus, le 1er octobre 1289, il abandonne à
Amédée, comte de Savoie, et à sa femme Sibille de Bagé, dame de
Sagy-en-Revermont[67], les châteaux de Saint-André,
Marboz, Treffort, Saint-Etienne, Coligny, avec toutes leurs dépendances, se
réservant seulement Cuiseaux, les fiefs de Guillaume de Juis, de Béraud, sire
de Versailleux et d'Evrard de Mornay. Le duc, alors gêné et à court d'argent,
en retira quelques ressources pécuniaires ; car le comte de Savoie, lui ayant
cédé en retour Cuisery, Sagy et Savigny estimé huit cents livres de rente, en
monnaie viennoise, fut forcé de verser comptant seize cents livres pour faire
l'appoint. Les habitants de ces contrées, si rudement éprouvés par la guerre, furent dans la nécessité de payer les frais de ces échanges ; mais la perception de ces contributions fut des plus laborieuses. Amédée ne put toucher tout d'abord que cent livres des bourgeois de Châtillon-les-Dombes pour l'acquisition du Revermont[68]. Etienne Serlet, receveur de Bourg-en-Bresse, ne trouva à emprunter que cent cinquante livres à des particuliers de Bourg pour le premier paiement livrable au duc[69]. Barthélemi Sylvestre, châtelain de Saint-Trivier, ne récolta que trente-trois livres des bourgeois de cette localité et ne fit qu'un versement de deux cents livres pour même objet[70]. En 1289, cinq hommes d'armes furent chargés par Amédée de porter à Bourg les sommes dues au duc de Bourgogne[71], et, quelques années plus tard, Hugonet de Châteauneuf, châtelain de Pont-de-Vaux, fit le voyage de Rouvre, sur l'ordre du comte, pour effectuer un autre paiement[72]. |
[1]
Ce testament a été publié par U. Chevalier, Inventaire des archives des
Dauphins, 1869, p. 42-46.
[2]
Publié par le président Valbonnais, Histoire du Dauphiné, t. II, p. 3,
et par Wurstemberger, Peter der Zweite, t. IV, p. 407.
[3]
Valbonnais, Histoire du Dauphiné, t. II, p. 9, coll. 1.
[4]
Valbonnais, Histoire du Dauphiné, t. II, pr. IV.
[5]
Arch. delà Côte-d'Or, Chambre des Comptes, B. 312.
[6]
Voir notre catalogue, n° 4123.
[7]
Valbonnais, Histoire du Dauphiné, t. II, pr. IV.
[8]
Valbonnais, Histoire du Dauphiné, t. II, pr. V.
[9]
Valbonnais, Histoire du Dauphiné, t. II, pr. VI. — Saint-Amour (Jura). — Laubépin,
commune réunie à celle de Villette-les-Saint-Amour (Jura), le 26 décembre 1821.
[10]
Arch. de la Côte-d'Or, comptes de l'hôtel, B. 312.
[11]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 312. Le texte de l'accord ne nous a point été
conservé, mais une mention figure dans l'lavent, des Arch. des Dauphins à
Saint-André de Grenoble, en 1277, publiée par U. Chevalier, 1869, n° 148.
[12]
U. Chevalier, Inventaire des Archives des dauphins de Viennois, Lyon,
1871, p. 19, n° 85.
[13]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 312.
[14]
U. Chevalier, Itinéraire des dauphins de Viennois, p. 11 ; Inventaire
des Archives des dauphins, p. 46.
[15]
U. Chevalier, Inventaire des dauphins, p. 14.
[16]
De Charmasse, Cartulaire de l'évêché d'Autun, 315-317.
[17]
Ce sauf-conduit est du XVIe kal. april. 1684 ; Valbonnais, Histoire
du Dauphiné, t. II, pr. XXIV.
[18]
Valbonnais, Histoire du Dauphiné, t. I, p. 233.
[19]
Les sires d'Usie étaient une branche de la maison de Joux. Il ne reste que des
ruines sur l'emplacement de leur château à Sombacour. On trouve une notice sur
les seigneurs de Joux dans le t. III des Documents sur l'histoire de la
Franche-Comté. Pour les sires d'Usie, voir l'abbé Guillaume, Histoire
des sires de Salins, p. 53 et suiv.
[20]
Arch. de la Côte-d'Or. — Arçon, Doubs, arrondissement de Pontarlier, canton de
Montbenoît.
[21]
Orig. Arch. nat., J. 248, n° 4. — Renedale est un château-fort en ruines,
Doubs, arrondissement de Pontarlier, canton de Montbenoît.
[22]
En faveur de ce mariage, Jean d'Usie avait reçu de Jean de Chalon une rente sur
les salines de Salins et devint son vassal pour le meix d'Usie, sauf l'hommage
dû aux sires de Joux et de Montfaucon (Chevalier, Histoire de Poligny,
II, 542). — Henri de Joux avait épousé, avant 1261, Guillemette, fille de
Richard de Montbéliard, sire de Montrond.
[23]
Le Revermont comprend le pays situé depuis Coligny jusqu'au Pont-d'Ain et les
montagnes du Revermont, c'est-à-dire Coligny, Verjon, Pressiat, Treffort,
Marboz, Saint-Etienne-des-Bois, Meillionas, Jasseron, Ceisériat, Montagnat, le
Pont-d'Ain, et en remontant à Fromente, Brohans, Beaurepaire et Sélignat
jusqu'à Chavane en Franche-Comté.
[24]
Pérard, p. 556-557.
[25]
Orig., Arch. nat., J. 248, n° 54.
[26]
Orig., Arch. nat., J. 252, n° 11.
[27]
Orig., Arch. de la Côte-d'Or.
[28]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 10146, compte de la châtellenie de Treffort, en 1289.
— Ibidem, comptes de Bourg-en-Bresse, B. 7088.
[29]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 10150, comptes de Treffort.
[30]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 10148, comptes de Treffort.
[31]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 7082, comptes de Bourg-en-Bresse, 1289-1292.
[32]
Orig., Arch. nat., J. 247, n°18. — Il s'agit de Montfort, Ain,
arrondissement de Bourg, canton de Treffort, qui devait servir au duc pendant
cette chevauchée.
[33]
Orig., Arch. nat., J. 252, n° 9.
[34]
Orig., Arch. de la Côte-d'Or, B. 11203.
[35]
Orig., Arch. nat., J. 232, n° 42. — L'acte porte Vaxeilly et Macy et une
autre localité que nous n'avons pas su identifier.
[36]
Orig., Arch. nat., J. 232, n° 34 ; voir pour Guillaume de Juis, Arch. de
la Côte-d'Or, B. 10480 et 10488.
[37]
Orig, Arch. nat., J. 232, n° 10. L'acte porte seulement Saint-Moignans
qui ne paraît être que Saint-Trivier-de-Moignans.
[38]
Orig., Arch. nat., J. 252, n° 18.
[39]
Bibl. nat., lat. 17089, fol. 112.
[40]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 7081, comptes de Bourg, 1285-1288.
[41]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 9941, comptes de Saint-Trivier, 1285.
[42]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 7560, comptes de la châtellenie de
Châtillon-les-Dombes, 1284.
[43]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 7560, comptes de Châtillon-les-Dombes.
[44]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 7081, comptes de Bourg, 1284-1288.
[45]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 9941, comptes de Saint-Trivier, 1285 et suiv.
[46]
Boutaric, Actes du Parlement de Paris, t. I, n° 537.
[47]
Boutaric, Actes du Parlement de Paris, t. I, n° 545 et 2511.
[48]
Juin 1288, Arch. de la Côte-d'Or, Recueil de Peincedé, t. II, p. 591.
[49]
Orig., Arch. de la ville de Dijon, B. 1 ; Pérard, 347 ; Garnier Chartes
de communes, t. I, p. 48-53.
[50]
Orig., Arch. de la ville de Dijon, B. 1.
[51]
Pérard, p. 312-313.
[52]
Pertz, Monum. Germaniœ, Ellenhardi chronicon, t. XVII, p. 127. Cette
chronique donne des noms souvent erronés.
[53]
Pérard, p. 556-557 ; Valbonnais, Histoire du Dauphiné, t. II, p. 80.
[54]
Montmahoux, Doubs, arrondissement de Besançon, canton d'Amancey.
[55]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 9940, comptes de Saint-Trivier.
[56]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 7560, comptes de Châtillon-les-Dombes, 1284.
[57]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 9154, comptes de Pont-de-Vaux, 1285-1287.
[58]
Guichenon, Histoire de la maison de Savoie, t. II, p. 88.
[59]
Valbonnais, Histoire du Dauphiné, t. II, pr. XXV.
[60]
Cet acte de Robert II, qui n'existe plus dans les archives de la Côte-d'Or, se
trouvait dans celles des dauphins de Viennois. Voir U. Chevalier, Inv. des
arch. des dauphins de Viennois, Lyon, 1871, p. 19, n° 86.
[61]
Dom Plancher, t. II, pr. CV.
[62]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 312.
[63]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 11919 ; dom Plancher, t. II, p. CVI.
[64]
Bibl. nat., fr., 20685, p. 14.
[65]
Pérard, p. 558. L'acte est ainsi daté : actum Parisius die sabbati ante
festum sancti Mathei apostoli, anno Domini M°CC°LXXX°V°. Il s'agit, non de
la saint Mathieu, tombant en septembre de l'an 1285, à une époque où aucun
engagement n'avait été pris, mais de la saint Mathias, qui nous donne la date
du samedi 23 février 1286.
[66]
U. Chevalier, Inv. des arch. des dauphins de Viennois, p. 39, n° 84 ;
Valbonnais, Histoire du Dauphiné, t. I, p. 234.
[67]
Sibille était fille et héritière de Gui de Bagé, dernier mâle des seigneurs de
cette maison.
[68]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 7560, comptes de Châtillon-les-Dombes.
[69]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 7083, comptes de Bourg-en-Bresse, 1287-1291.
[70]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 9941, comptes de Saint-Trivier, 1285-1290.
[71]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 7560, comptes de Châtillon-les-Dombes.
[72]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 9156, comptes de Pont-de-Vaux, 1294.