Caractère de Robert. —
Son âge lorsqu'il est émancipé et qu'il est appelé au gouvernement du duché.
— Délivrance des legs du testament d'Hugues IV. —Arrangements de Robert en
Dauphiné ; accords avec Béatrice de Navarre et Huguenin, son frère utérin. —
Passage du roi d'Angleterre. — Le duc assiste avec Philippe III au concile de
Lyon présidé par le pape. — Engagements pour partir en croisade ; le duc
retient Jean de Choiseul, son connétable, pour y prendre part. — Le comte de
Vaudemont et le sire de Marey envoyés à l'empereur de Constantinople. —
Complications incessantes s'opposant aux projets d'expédition eu Terre
Sainte. — Rachat des vœux de croisade. — Le duc se rend en Sauveterre près du
roi. — Sa situation à la cour lors du mariage de la reine Marie de Brabant,
sa nièce. — Entourage de la reine. — Disgrâce de Pierre de la Broce, joie des
seigneurs après son exécution. — Tournoi à Compiègne. — Otte, comte palatin
de Bourgogne, recherche l'amitié du duc ; sa réception en Bourgogne, à
l'abbaye de Bèze, à Rouvre, à Aisey, à Dijon, fêtes et tournois en son
honneur. — Traité d'alliance et projets de mariage pour la fille d'Otte et le
fils du duc. — Confirmation de toutes ces conventions à l'abbaye de Cîteaux.
— Concessions faites au duc par le comte Philippe de Vienne et Henri de
Pagny, sire de Sainte-Croix. — Le gouvernement du duché de Bourgogne confié à
Otte par le duc lorsqu'il se rend au congrès de Mont-de-Marsan. — Robert à
Moissac avec le roi, puis au Parlement de Toulouse et à l'entrevue entre
Philippe III, le roi d'Aragon et le prince de Salerne. — Retour en Bourgogne
; le comte Otte lui fait de nouvelles donations, exige le retour de sa fille
pour la livrer à la cour de Bourgogne. — Robert et Otte se rendent à Lyon
afin d'obtenir une dispense pour le mariage de leurs enfants. — Ligue féodale
des seigneurs réunis à Mâcon par la reine douairière Marguerite de Provence
pour reconquérir son héritage provençal contre les prétentions de Charles
d'Anjou. — Personnages qui s'y rendent avec le duc de Bourgogne ; ses
protestations de dévouement et ses lettres au roi d'Angleterre. — Projets
avortés par suite des Vêpres Siciliennes. — Le duc ne va pas en Sicile, mais
la plupart des féodaux du Tonnerrois vont au secours du roi de Jérusalem et
de Sicile, comte de Tonnerre. — Participation des Joinville à cette
expédition.
Le
successeur d'Hugues IV était l'homme le plus capable de continuer l'œuvre
commencée par son père, et aucun de nos ducs ne contribua plus que lui à la
consolidation et à l'extension du domaine ducal. Chevalier brillant, grand
amateur des exercices du corps, des tournois et de la chasse, simple et d'un
commerce facile avec ses familiers, il déployait à la cour et dans les
cérémonies un faste qui le faisait remarquer parmi les grands vassaux de la
couronne ; Edmond de Lancastre, fils du roi d'Angleterre, en lui rendant
hommage, l'appelle vir magnificus (n° 4253) ; Rodolphe de Habsbourg, empereur
d'Allemagne et roi des Romains, le nomme dux illustris (4679) ; les cardinaux de la cour de
Rome font appel à sa sagesse et à sa prudence qui lui assignent la première
place au conseil du roi (1647-1648) ; le pape Boniface VIII lui recommande la garde de
ses domaines ; Philippe le Bel lui confie des missions importantes en
Languedoc, l'envoie en ambassade à Rome, lui donne pouvoir de conclure
d'importants traités de paix avec le roi d'Angleterre, etc. Grand chambrier
de France, gendre de saint Louis ; beau-frère de Philippe III ; oncle de la
reine Marie de Brabant ; oncle de Philippe IV ; beau-frère du roi des
Romains, et rattaché par des alliances à tous les grands vassaux, il sut
tirer parti de l'autorité et des avantages que lui assurait sa haute
situation ; on ne peut lui reprocher que de n'y avoir pas mis assez de
discrétion, et d'être plus d'une fois pris en flagrant délit d'indélicatesse. Avec
cela, très ambitieux, très opiniâtre dans ses projets, très jaloux de son
autorité, peu tolérant pour les empiétements des seigneurs et des
ecclésiastiques, parfois arbitraire, ouvertement hostile aux libertés
communales avec lesquelles il savait faire bon ménage quand il était de son
intérêt de le faire, toujours à court d'argent et peu scrupuleux sur les
moyens de s'en procurer, sans cesse préoccupé de sauvegarder les droits de
son domaine et d'en accroître l'étendue, ses défauts plus que ses qualités
contribuèrent à donner au duché une grandeur et une importance dont ses
successeurs recueillirent les bénéfices. Robert
II avait plus de vingt-cinq ans lorsque lui échut la couronne ducale[1], et l'on peut s'étonner à bon
droit qu'il ait fallu un acte d'émancipation, en 1272, pour l'affranchir de
la puissance paternelle et le rendre habile à diriger les affaires du duché,
dont il fut investi par un acte entre vifs moins d'un an avant la mort de son
père. Cette question se réfère à un point du droit coutumier en Bourgogne qui
ne manque pas d'intérêt. C'est que le principe de la puissance paternelle
était admis sans contestation dans la province : « Li enfans de quatorze ans
puet estre ses liges et ester en jugement se il tient feu et lieu, jà soit ce
que son pere vive[2]. » Mais si un enfant non marié
restait avec le père ou la mère, quel que fût son âge il était mineur,
n'avait pas le droit d'acquérir en son nom, et l'autorité paternelle avait
plein et entier effet. Du vivant des parents, les enfants ne pouvaient avoir
leur liberté, être mis hors de pain et de pot, que par le mariage, le
domicile séparé ou l'émancipation. Aussitôt
après la mort d'Hugues IV à Villaines-en-Duesmois, Robert s'occupa de rendre
les derniers devoirs à son père. Les religieux de Fontenay vinrent prendre le
corps qui fut d'abord amené à Dijon où les moines de Cîteaux se rendirent
pour le conduire de là dans leur abbaye au lieu de repos des ducs. La
cérémonie des funérailles eut lieu, le dimanche 30 octobre 1272, en présence
de Gui de Genève, évêque de Langres, de Girard de Beauvoir, évêque d'Autun,
et de tous les barons du duché. Un mausolée coûtant cinquante livres fut
ensuite élevé dans l'église de Cîteaux. Puis, les exécuteurs testamentaires
du défunt se mirent en mesure d'acquitter les legs, dont Raoul de Beaune,
clerc et chapelain du duc, fut chargé de tenir les comptes, qui furent en
partie arrêtés deux ans après à Beaune, en présence des abbés de
Saint-Bénigne, de Cîteaux, de Moutier-Saint-Jean et de Jean de Blanot, sire
de Nolay[3]. Les
premières préoccupations de Robert portèrent sur les affaires du Dauphiné
dont il avait l'administration, et sur la direction du jeune dauphin Jean,
fils de Guigues VI, dont il avait la tutelle. En janvier 1273, il se rendit à
Vienne, passa un traité avec la douairière Béatrice, comtesse de Vienne et
d'Albon (n°
4085), et y revint
le 7 avril recevoir solennellement son hommage dans l'église Saint-Maurice de
cette ville[4]. Robert
n'avait pas moins à cœur de régler avec sa belle-mère, la duchesse Béatrice,
des questions d'intérêt qui avaient soulevé tant de difficultés du vivant d'Hugues
IV. Les avantages excessifs qui avaient été faits à cette princesse et à son
fils Huguenin, dont elle avait la garde, lui avaient valu des tracasseries et
une hostilité non dissimulée dans l'entourage du duc. Malgré la sauvegarde
qu'elle obtint de Philippe III, et le sergent royal qui lui fut accordé pour
la protéger contre le mauvais vouloir de son beau-fils, elle ne se trouvait
pas trop en sûreté en Bourgogne, ni dans le château de l'Isle-sur-Serain qui
faisait partie de son apport dotal, et s'était d'abord réfugiée dans les
états de son frère Henri, comte de Champagne. En
quittant le Dauphiné, le duc ne fit que traverser la Bourgogne, et vint
directement en Champagne trouver Béatrice et Henri, à Sézanne. Le 18 mai 1273
(4109-4111), il y reçut l'hommage du comte,
et le lendemain fit accord avec sa belle-mère, lui concédant à regret pour
son douaire la châtellenie de Châtillon-sur-Seine, la garde de l'abbaye de
cette ville, les juifs de la localité, avec les dépendances du domaine, et
les terres attribuées à Huguenin, dont elle était tutrice (4110). De là, Robert se rendit à
Paris, toucha des trésoriers du Temple les dix mille francs promis par
Philippe III pour la dot de sa très chière femme (4119)[5], à laquelle il avait lui-même
assigné en douaire six mille livres parisis de revenu assis sur Vergy,
Montcenis, Brancion, Beaumont, Bussi, Nuits et Chalon (4120), puis revint en Bourgogne
recevoir l'hommage de ses vassaux ; Jean de Chalon, sire de Rochefort, lui
rendit ses devoirs à Beaune, le 18 août (4122) ; Humbert, sire de la Tour, reconnut à Mâcon la
suzeraineté du duc sur ses fiefs de Saint-Etienne et de Coligny, et Amé de
Savoie fit sa déclaration pour le domaine de Cuisery (4123 et 4143). C'est à
ce même moment qu'Edouard, roi d'Angleterre, accompagné d'une nombreuse
escorte, se rendait vers le roi Philippe III, à son retour d'Italie. Les
Bourguignons, voulant lui faire fête à son passage, organisèrent un tournoi
ou pas d'armes à Chalon-sur-Saône. « Il y eut bataille, dit Mathieu de Westminster,
mais les Anglais furent vainqueurs, et tuèrent des particuliers qui
s'emparaient des dépouilles des vaincus, mais comme ces derniers étaient des
gens de petite condition, l'affaire ne fut pas poursuivie. » Aux
octaves de la Toussaint 1273, se tinrent les assises du Parlement dans
lesquelles furent discutés les droits des petites filles du comte de Nevers
Eudes de Bourgogne, droits dont la possession était revendiquée par Robert de
Flandre. Le comté d'Auxerre fut adjugé à Alix, femme de Jean de Chalon, celui
de Nevers à Iolande veuve de Tristan de France, et celui de Tonnerre à
Marguerite, femme de Charles d'Anjou (4137). On se
rappelle que Baudouin, empereur de Constantinople, touché de l'intervention
d'Hugues IV qui s'était engagé à prendre la croix, lui avait fait servir à
cet effet des sommes assez importantes, en lui octroyant pour lui et ses
descendants le royaume de Salonique et ses dépendances, ou celles des plus
grandes baronnies de l'empire qu'il voudrait bien accepter, à condition de
les tenir de lui en fief[6]. Depuis ces concessions faites
en 1266, bien des événements avaient empêché la réalisation de ces projets.
Eudes, comte de Nevers, avait pris la croix à la place de son père, et était
décédé dans cette funeste expédition sans pouvoir achever son œuvre. Les
embarras multiples qui occupèrent les dernières années du règne d'Hugues IV
ne permirent pas à ce prince de faire honneur à sa parole. Ce soin incombait
à Robert, son successeur au duché, et peut-être avait-il intention d'y donner
suite, mais des complications sans cesse renaissantes, qui liaient sa
situation à celle du roi Philippe III, mirent obstacle à ces généreuses
résolutions, et, suivant l'expression du pape Jean XXI, le diable ne cessa de
se jeter en travers de ces projets souvent affirmés et toujours ajournés. Un
concile œcuménique, annoncé en France pour 1274, allait stimuler le zèle des
fidèles en retard et provoquer de nouvelles adhésions. Le duc de Bourgogne en
avait reçu avis officiel plus d'une année auparavant[7]. En convoquant tous les prélats
de la chrétienté à Lyon, et en venant se mettre sous la protection du roi de
France, le pape Grégoire X avait surtout en vue la délivrance de la
Terre-Sainte et l'organisation d'une croisade, pour laquelle il voulait utiliser
toutes les forces du monde catholique. Le roi
Philippe arriva le premier à Lyon, où le duc de Bourgogne ne tarda pas à le
rejoindre, car ce pauvre duc, qui n'était pas en fonds pour paraître
dignement dans ce voyage, avait perdu quelque temps à se procurer des
ressources. Vainement il avait fait appel à Jacques de Pommard, son bailli de
Dijon, et au maire de Beaune pour en obtenir des avances, il fut obligé de
charger le clerc Raoul, son aumônier, auquel nous devons cette naïve mention,
d'emprunter deux cents livres tournois aux religieux de Cîteaux : « L'an M. CC.
LXXIIII que li roix de France s'en aloit à Lion à l'Apostolle, et li dux mut
de Beaune por aler après le roy à Lion, et il n'ot pas despansé. Il requist
Jacques de Pommart, le bailli, et Guienot Jomer, qui estoit maires (de Beaune) de li prester, il li
refuserent. Je retorna arrier de prés de Pomart, et li presta de mes. de
Cistiaux CC lb. tornois que il me doit[8]. » Le 7
mai s'ouvrit à Lyon la session du concile qui dura jusqu'au 17 juillet et
occupa six séances, à la suite desquelles le pape, proclamant la paix faite
entre tous les chrétiens, déclara sa satisfaction en voyant l'enthousiasme
des membres de l'assemblée, et leur ferme résolution de participer à
l'entreprise de la guerre sainte. Les prélats avaient généreusement voté pour
cette expédition une levée pour six années des décimes sur les revenus
ecclésiastiques ; il n'y avait plus qu'à faire des préparatifs, et Grégoire X
offrait de se mettre lui-même à la tête de l'armée, si les circonstances le
permettaient. Les monastères furent mis en demeure de fournir les impositions
votées, mais les religieux de Cîteaux, très soigneux de leurs intérêts, ne
laissèrent point partir le pape de Lyon, sans obtenir tout d'abord une
exemption de subside pour les abbayes de leur ordre[9]. Ni le
roi, ni le duc ne paraissent avoir assisté à toute la durée du concile, car
le 21 juin, Philippe III était à Orléans[10], et ce même jour le duc de
Bourgogne, rentré dans ses états, recevait les comptes de Jacques de Pommard,
bailli de Dijon, en présence de son conseil[11]. Il réunissait des fonds pour
figurer honorablement aux cérémonies des noces de sa nièce Marie de Brabant,
reine de France, qui eurent lieu un mois après et furent, pendant plusieurs
jours, le prétexte de fêtes splendides. Le pape
avait été si satisfait de l'attitude du roi, zélé partisan de la guerre
sainte, qu'il lui fit parvenir des félicitations pour l'encourager dans ses
projets. A l'exemple des grands barons du royaume, le duc de Bourgogne
témoigna la même ardeur pour l'expédition d'Outre-mer, et eut occasion de
renouveler ses vœux à la Saint-Jean-Baptiste 1275, au couronnement de sa
nièce, dans la chapelle du Palais. Cette fois encore, il reçut avec pompe les
croix consacrées, ainsi que le roi, la reine et les grands seigneurs qui
assistaient à la cérémonie[12]. Les
préparatifs qui se faisaient à la même époque indiquent de la part du duc le
ferme propos de tenir ses engagements, et de mener son entreprise à bonne
fin. On le voit parcourant ses châtellenies, pressant ses receveurs, leur
faisant rendre des comptes à Argilly, Rouvres, Aisey, Montcenis, et se
mettant en mesure de réunir toutes les ressources pécuniaires dont il pouvait
disposer. Il avait déjà passé un traité avec Jean de Choiseul, connétable de
Bourgogne, qui devait l'accompagner, et arrêté pour une année les conditions
de cet engagement qui seraient les mêmes que celles accordées par le roi à
ses chevaliers. Il lui promettait deux mille cinq cents livres tournois pour
lui et ses chevaliers, sans compter les revenus de la connétablie et toute la
suite devait avoir boiche à cour, c'est-à-dire être nourrie aux frais
du duc[13]. Puis,
comme les ressources réunies jusqu'alors étaient loin d'être suffisantes pour
faire face aux nécessités de la croisade, Robert voulut obtenir de l'empereur
de Constantinople des subsides à prendre sur le royaume de Salonique, dont le
duc Hugues IV avait reçu l'investiture. A cet effet, il envoya deux
ambassadeurs, le comte de Vaudemont[14] et le sire de Marey, avec des
lettres de créance et des instructions verbales détaillées, que Raoul de
Beaune, clerc du duc, prit soin de prendre en note et de nous conserver. Ces
ambassadeurs devaient exposer à l'empereur les intentions et les préparatifs
de Robert, représenter les lettres scellées contenant la donation faite
précédemment à Hugues IV, et en obtenir le plus de secours que faire se
pourrait[15]. Nous ne connaissons pas
exactement le résultat des démarches faites par les deux envoyés, mais ils
paraissent avoir réussi dans leur négociation et en avoir rapporté la
confirmation de la possession du royaume de Salonique, puisque cette
possession fut ratifiée par des actes ultérieurs, et notamment en 1305 (n° 5796). Des
complications nouvelles entravèrent encore l'expédition en Terre Sainte sans
en ralentir les préparatifs ; deux ans après les barons de France réunis en
assemblée générale, et comprenant les ducs de Bourgogne, de Bretagne, de
Flandre, les comtes de Champagne, de Clermont, de Bar, de Nevers, de Dreux,
de Montfort, les officiers de la couronne et autres grands vassaux faisaient
parvenir au pape une réclamation pour en obtenir la concession d'une taxe du
quinzième sur les biens de ceux qui n'avaient pas encore pris la croix[16]. Il
était dit que ce beau zèle ne devait aboutir à aucun résultat au milieu des
guerres que le roi de France avait à soutenir, et que l'on ne pourrait de
longtemps utiliser les ressources et les forces réunies avec un si
retentissant éclat. Un certain nombre de croisés mettront leur conscience en
repos en prenant part à l'expédition d'Aragon qui sera considérée comme une
guerre sainte ; d'autres, arrêtés par des empêchements divers, seront
contraints de se racheter et de se faire relever de leurs vœux par le
Saint-Siège. Alice d'Aigremont, dame de Choiseul, femme du connétable, étant
déjà âgée en 1289, et n'ayant pu s'acquitter de son engagement, se fait
relever de ses vœux et obtient son absolution moyennant un subside
proportionnel à ses ressources pécuniaires[17]. Dreux de Mello et sa femme
Jeanne se firent absoudre parle pape Nicolas IV et pour les mêmes motifs, à
condition de payer une certaine somme d'argent[18]. Marguerite de Bourgogne, reine
de Sicile et comtesse de Tonnerre, fut relevée de ses vœux de croisade pour
le prix de quinze cents livres tournois, mais comme elle était fort obérée
par ses bonnes œuvres et les constructions de ses maisons hospitalières, la
somme fut réduite à mille livres[19]. Jean, seigneur de
Châteauvillain, atteint de douleurs et déjà d'un grand âge, obtint une
exemption du pape Nicolas IV et la fit confirmer par Benoit XI[20]. Le duc
ne s'était pas mieux acquitté de son engagement et avait employé à d'autres
usages la somme de dix mille livres léguée par Hugues IV pour le secours de
la Terre Sainte, mais il s'était réservé un rachat de vœu moyennant cinq
mille livres, et ces sommes, en y comprenant six cents livres destinées par
Pierre d'Auxonne à la croisade, n'avaient pas encore reçu d'emploi lorsque
Robert fit son premier testament, en 1297. Il ordonna donc que la totalité de
ces subsides, c'est-à dire quinze mille six cents livres, seraient délivrées
à Jean de Choiseul, prêt à partir en personne avec treize chevaliers au
premier passage général, ou, à son défaut, à Liébaud de Bauffremont, maréchal
de Bourgogne (n° 5377). Aux
séances du Parlement de la Toussaint 1275, Robert comparut, non comme membre
de cette assemblée, mais comme partie intéressée dans les discussions depuis
quelque temps engagées avec Robert de Dompierre, comte de Nevers, pour
l'héritage de sa femme Iolande. Le roi d'Angleterre, convoqué à celte
session, fit des excuses à Philippe III de ne pouvoir y assister en qualité
de duc d'Aquitaine (4239). C'est seulement cinq années plus tard, après de longs débats,
qu'une transaction rédigée sous l'autorité du roi mit fin à ces discussions. Il y
eut un rapprochement entre le duc et sa belle-mère, en juillet 1276, lorsque
sa sœur Béatrice épousa Hugues de Lusignan, comte de La Marche et d'Angoulême
; il en profita pour faire signer aux conjoints son acquiescement à une
clause du testament de Hugues IV qui ne lui était pas la plus désavantageuse,
et par se faire donner sans condition une somme de cinq mille livres par sa
belle-mère (4272 à 4274).
Ce bon accord n'était que momentané puisque l'un et l'autre se retrouvèrent à
Beaune, le 2 septembre, promettant tous deux de s'en rapporter à l'arbitrage
de Jacques de La Roche, chanoine d'Autun, et d'Hugues d'Arcy, chanoine
d'Auxerre, et décidant que, dans le cas où les arbitres n'auraient pu trouver
de solution à un accommodement, l'affaire serait soumise au jugement du roi (4282). Antérieurement
à ces conventions, le duc avait reçu la convocation royale l'invitant à venir
avec ses féodaux pour envahir la Castille, punir les menées d'Alphonse X en
Navarre et l'usurpation de don Sanche[21]. Robert avait commencé ses
préparatifs de départ, réunissait son conseil, pressait ses receveurs de lui
fournir des fonds, empruntait à Aliot, juif de Châtillon, se faisait avancer
six cents livres par son bailli Jacques de Pommard, et, le 9 septembre, après
avoir compté à Argilly avec Jean de Brasey et Pierre d'Ostun, bailli d'Auxois[22], partait en Sauveterre grossir
la formidable armée de Philippe III, qui, chassée par les pluies et la
mauvaise saison, revint sans avoir rien pu faire. L'alliance
de Marie de Brabant avec le roi avait encore resserré les liens qui
rattachaient Robert à la famille royale et augmenté son crédit ; c'est après
cette époque qu'il fut nommé grand chambrier de France, qualification que
l'on trouve dès juin 1277, malgré l'assertion évasive et incertaine de l'Art
de vérifier les dates[23]. L'arrivée d'une princesse sage
et belle, savante et spirituelle, dont les contemporains célèbrent les
mérites, et que le roi tenait en grande affection, groupa autour d'elle les
principaux seigneurs de la cour fort mécontents de l'influence peu justifiée
du favori et chambellan Pierre de La Broce. Ce courtisan, qui dissimulait la
modestie de son origine par un faste hors de proportion avec sa naissance, ne
pouvait manquer d'exciter la jalousie et le mécontentement des seigneurs ;
mais son plus grand tort fut de déplaire à la nouvelle reine[24] et principalement au duc de
Bourgogne. Dans
l'entourage de Marie de Brabant il faut citer, parmi les plus fidèles et les
plus assidus, son frère Jean de Brabant, le duc Robert, son oncle, la
vicomtesse de Limoges, sa tante, les comités d'Artois, de Bretagne, de
Hollande, de Bar, de Saint-Pol, les sires de Nesles et de Couci, et nombre de
damoiselles venues de son pays, qui ne constituaient pas le moindre attrait
pour les jeunes seigneurs désireux de profiter des agréments de la cour[25]. Tous partageaient la même
antipathie pour le favori du roi : « Il ne demora pas granment que Pierres
[de la Broce] fu ramenez à Paris, et le firent les barons pendre. Et sachiez
que li quenz d'Artois et le dus de Braibant et le dux de Bourgoigne, et mout
d'autre gentil homme du roiaume le convoièrent jusqu'à gibet, et ne s'en
voldrent mouvoir devant qu'il fust pendus ; et là parut bien qu'ils ne
l'amoient mie[26]. » La
disgrâce et la chute du favori furent l'objet de fêtes et de réjouissances,
et nous croyons que c'est à ce moment qu'eut lieu à Compiègne un tournoi
auquel prit part le duc Robert, d'après un compte de Pierre Vidal, son maître
des monnaies, en 1278[27]. Ce pas d'armes est peut-être
le même que le tournoi cité par le Roman de Ham, qui dit à propos du roi : Vint
à Compiègne ou à Creil Maint
chevalier blanc et vermeil Faire
asses d'armes devant lui. Dans
l'entourage de la reine se fit aussi remarquer, mais un peu plus tard, un
personnage singulier, fantasque, généreux et follement prodigue, Otte, comte
palatin de Bourgogne, dont le nom paraîtra si souvent dans cette histoire. Il
se disait animé d'un grand amour pour le roi, après avoir éprouvé non moins
d'enthousiasme pour le duc, qui le fit entrer dans cette intimité de la cour,
où le retinrent ensuite des affections plus explicables. Pour le moment, Otte
était dans les termes de la plus étroite amitié avec Robert auquel il
prodiguait des sentiments d'extrême attachement ; il le suivait dans tous ses
déplacements dont des actes certains donnent la date. Pendant
les trois premiers mois de l'année 1280, le duc le promena de château en
château, lui faisant fête partout, et multipliant à chaque étape les
réjouissances, les joutes et les tournois. On peut se demander si Robert,
d'un caractère positif et réfléchi, très séduisant d'ailleurs, poursuivant
les traditions de sa famille, et rêvant toujours la souveraineté qui avait
échappé à son père dans le comté, n'avait pas quelque arrière-pensée en
flattant la vanité de son hôte, qui venait d'être armé chevalier, et qui,
après la mort de sa mère, avait pris possession de ses états l'année
précédente. Otte était déjà livré aux mains des usuriers lombards, car sa
situation était difficile ; ses finances étaient épuisées par des guerres et
des prodigalités sans nombre, et il devait à Philippe de Savoie onze mille
livres viennoises, prix du rachat des droits de Béatrice d'Orlamunde, dont ce
prince n'était pas encore remboursé[28]. Le duc
et le comte de Bourgogne séjournèrent du 25 février au 3 mars à l'abbaye de
Bèze, et y firent un traité d'alliance avec un engagement de défense
réciproque. Otte promettait d'aider Robert à grande et petite force chaque
fois qu'il en serait requis, sauf contre l'empereur d'Allemagne et Jean de
Chalon, comte d'Auxerre et sire de Rochefort (4448). Le duc s'engageait par serment
aux mêmes conditions et en termes identiques, réservant toutefois les devoirs
obligatoires auxquels il était tenu à l'égard du roi et des évêques ; ils
s'interdisaient réciproquement le droit de recevoir les hommes de leurs fiefs
et de faire des acquisitions dans les domaines l'un de l'autre (4449). De Bèze, ils se rendirent à
Rouvre, et c'est dans cette localité, croyons-nous, qu'eurent lieu des
tournois, si l'on en juge par une mention de compte de cette année relatant
les dépenses faites pour la venue des champions[29]. A Aisey-le-Duc, Otte déclare
que son chambellan Girard de Dôle, dit de l'Hôpital, possédant plusieurs
domaines à Saint-Hélier et à Dôle, en gardera la jouissance sa vie durant, et
que son très cher ami et noble Robert recevra foi et hommage de ces fiefs
après sa mort, sans pouvoir s'en dessaisir (n° 4451). On
était arrivé à Dijon dès le 19 mars et peut-être avant. Les conventions
faites à Bèze y furent renouvelées, ainsi que les promesses d'alliance entre
Alice, fille d'Otte, alors fort jeune, et Jean, fils aîné du duc ; il était
arrêté en outre que si la fiancée mourait elle serait remplacée par sa sœur
puinée, et que si le fils du duc venait à décéder, un frère de ce dernier
prendrait la place. Dans son enivrement Otte décida de faire revenir de suite
Alice, alors détenue par Thibaud, comte de Bar-le-Duc, son grand-père, pour
la livrer au duc de Bourgogne, dans la cour duquel elle devait être gardée et
nourrie. Robert n'eut qu'à contresigner ces lettres, et à donner des
assurances pour la dot promise et livrable lors de la mise à exécution de ces
projets. Et comme si ces contrats passés solennellement avec des formules de
serments sur les saints évangiles n'avaient pas une consécration suffisante,
on vint les sceller par de nouveaux engagements sous les cloîtres de l'abbaye
de Cîteaux, le jeudi 25 mars (4455). Robert, qui n'y était pas suivi par sa chancellerie, ne fit
mettre le sceau à ces contrats que le lendemain 26, en rentrant à Rouvre avec
son hôte et son cortège. Dans un texte plus étendu, il parle des dispenses
qu'ils s'efforceront d'obtenir du pape pour le mariage de leurs enfants liés
par une parenté au quatrième degré. La dot d'Alice devait d'abord être de
quatorze mille livres estevenans ou tournois, ce qui fait croire que ces
monnaies sont à peu près équivalentes, et serait assise sur Château-Chalon,
Blandans, Bracon, Salins et dépendances. Dans l'élan de sa joie, Otte assura
même à la jeune princesse le comté de Bourgogne, s'il n'avait pas d'héritier
mâle (4456). Cette éventualité d'annexion
devait être pour Robert le plus séduisant attrait d'une telle alliance, et
l'accomplissement du rêve si longtemps caressé par la maison de Bourgogne ;
mais pour le moment ni le mariage ni le rêve ne devaient se réaliser. Au
nombre des personnages qui accompagnaient le comte Otte à Rouvre, il faut
citer Philippe de Vienne, son beau-frère, mari de sa sœur Agnès, et Henri de
Pagny, sire de Sainte-Croix, oncle de Philippe, tous deux fort endettés par
de folles prodigalités, qui vendirent le même jour au duc leurs forteresses
de Mervans et de Longepierre (4457). Mais comme cette vente ne suffisait pas pour liquider la
situation de Philippe, qui se disait très gêné par les dettes de son père,
par les sommes qu'il devait aux Lombards, aux citoyens de Beaune et ailleurs,
il céda encore à Robert le domaine de Pagny et ses dépendances (4461). Il avait aussi pour créanciers
des marchands d'Asti, si l'on en juge par les démarches qu'il fit auprès du
duc afin de leur être agréable, et obtenir pour eux et leurs familles une
sauvegarde de neuf années les autorisant à pouvoir résider à Seurre (4471). Tous
les chevaliers de la suite du comte de Bourgogne quittèrent enfin la cour
ducale à la fin de mars ou au commencement d'avril 1280. Trois mois après, Robert
était à Paris, comparaissant devant le roi avec le comte de Nevers au sujet
de leurs interminables démêlés pour les droits de la succession d'Hugues IV,
et relativement à la somme de mille livres que le duc devait donner chaque
année. Il fut convenu que cette somme, au lieu d'être perçue sur les revenus
de l'Autunois, des châtellenies de Glennes et d'Arnay, serait versée
directement au comte par la maison du Temple (4473). Comme
témoignage de confiance et pour répondre aux marques d'amitié du comte de
Bourgogne, c'est à Otte que Robert confia la garde de ses états, lorsqu'il
fut convoqué par le roi pour se rendre au congrès de Mont-de-Marsan.
Notification en fut faite à Montcenis, le 16 septembre, et adressée à tous
les châtelains, vassaux, baillis, prévôts et communes du duché (4482). Le duc, recueillant alors des
fonds pour effectuer ce voyage, revint à Beaune, le 22 du même mois, pour
compter avec son aumônier Raoul et son chambellan Odot de Menans[30], et rejoignit Philippe III à
Mont-de-Marsan, où avaient lieu entre ce prince et Alphonse X, roi de
Castille, les conférences négociées par le pape en vue d'amener la
réconciliation des souverains[31]. Après des pourparlers qui
n'aboutirent à aucun résultat, le duc suivit le roi à Moissac, et y célébra
les fêtes de Noël ; un acte de vente passé dans cette ville atteste la
présence d'Humbert de Beaujeu, connétable de France (4590). Tous ces personnages
assistent, en janvier 1281, au parlement de Toulouse et à l'entrevue des rois
de France, d'Aragon et du prince de Salerne. Le duc de Bourgogne ne rentra en
Bourgogne qu'à la fin de février où sa présence est constatée à Talant, le 19
de ce mois[32]. Pendant
cette absence, le lieutenant momentané de Robert, le comte palatin n'avait
pas quitté le duché, et s'y était même installé avec d'autres commensaux[33]. Par une donation entre vifs,
datée d'Auxonne, le 4 juin, Otte fit abandon à son très cher ami des fiefs
venant de Jean de Chalon, son aïeul, en y joignant Dôle, Château-Chalon,
Salins, Neublans, Chaussin, Vaux, Pesmes c'est-à-dire tous les domaines
compris entre le Doubs, la Saône et l'Ognon (4511). Le roi, ayant été averti des
conditions arrêtées entre eux pour le mariage de leurs enfants, ordonna le
1er août la restitution d'Alice par Thibaud, comte de Bar-le-Duc, son
grand-père, et décida qu'elle serait livrée à Robert, au château de Bourmont,
à la Notre-Dame. Mais Philippe III, qui connaissait la versatilité d'esprit
et la légèreté du comte palatin, imposa pour condition que, si deux mois
après, Alice n'était pas fiancée à Jean de Bourgogne, le duc serait tenu de
la remettre au comte de Bar en son château de la Motte, sous peine d'une
amende de six cents livres (4518). Malgré
cette injonction royale et la diligence qu'ils mirent dans leurs démarches,
les amis inséparables virent leurs vœux retardés par diverses formalités ; on
les retrouve tous deux, le 25 janvier 1282[34], à Lyon, où ils s'étaient
rendus auprès de l'archevêque de cette ville pour en obtenir la dispense
ecclésiastique nécessitée par la proche parenté des futurs ; mais le
métropolitain, n'ayant pas voulu prendre sur lui la responsabilité de cet
acte, les renvoya au pape. Otte s'y rendit seul et obtint de Martin IV
l'autorisation et la dispense pour un mariage qui ne devait pas se réaliser (4536). Robert
était à Rouvre, le 28 octobre 1281, quand il reçut l'hommage de Philippe de
Vienne, sire de Seurre et de Pagny, et de son frère Jean pour le domaine de
Mirebel (4529). Il en partit avec ses cousins
pour se rendre à Mâcon, où la reine douairière Marguerite de Provence avait
réuni une foule de seigneurs sur lesquels elle comptait pour défendre ses
droits, et reconquérir son patrimoine provençal contre les prétentions de
Charles d'Anjou, roi de Sicile. Là se trouvèrent les comtes de Savoie, Otte,
comte palatin de Bourgogne, Edmond d'Angleterre, comte de Champagne, Pierre,
comte d'Alençon, l'évêque de Langres, l'archevêque de Lyon. Les personnages
présents à cette ligue féodale de Mâcon, formée avec l'assentiment du roi,
paraissaient dévoués aux intérêts de la reine, et principalement Gui de
Genève, évêque de Langres[35]. Tous jurèrent de s'employer à
son service, et délibérèrent sur les moyens à prendre pour reconquérir son
héritage par la force des armes. Le duc Robert donna comme les autres des
lettres scellées avec l'engagement de se trouver l'année suivante en armes à
Lyon, et fit des protestations de dévouement, non seulement à la reine, sa
belle-mère, mais au chef du parti anglais, au roi Edouard lui-même qui avait
donné son adhésion à la ligue. Les lettres missives de cette époque sont trop
rares pour que nous omettions de reproduire celle-ci dans son entier : « A
très haut homme et puissant sieur chier seignour Eddoart, par la grâce de Deu
très honorable roy d'Angleterre, seignour d'Yrlande et d'Acquytaine, la siens
en totes choses. Robers, dux de Burgoigne, chambellan de France, salut et soi
appareillié à ses bons plaisirs. Sire, nos havons recehu vos prieres por
vostre anciene besoigne que vos havez contre aucune personne. Et saichiés,
sire, que de la besoigne de vos et des votres, nos sumes tous priés, ne à nos
ne vos faut pas prier ; mas nos mandés et commandés vostre volunté, cumme à
celui qui tous et tousjors fumes vostres. Nostres sires vos gart. Doné à
Paris, le semadi après Saint Nycholas d'yver[36]. » Tous
les projets en faveur de Marguerite de Provence s'évanouirent lors du
massacre des Vêpres Siciliennes qui eut lieu le 30 mars 1282,
et dont la nouvelle ne parvint en France que quelque temps après. La
sympathie qui s'attache au malheur entraîna un certain nombre de chevaliers
désireux de venger la mort de leurs frères d'armes. Antérieurement à cet
événement, Charles d'Anjou avait emmené ses féodaux du Tonnerrois, cadets de
famille qu'il avait attachés à son service, et qui ne reparaissent plus dans
leur pays natal. D'autres seigneurs du voisinage avaient suivi cet
entraînement, et avaient été chercher dans ces lointaines contrées une
fortune et une situation qu'ils ne pouvaient trouver chez eux. Citons Raoul
de Courtenay, comte de Chieti, chevalier terrier de l'hôtel (1269-1278), qui paraît appartenir à la
famille des Courtenay, seigneurs de Tanlay ; Girard d'Yrouère, châtelain de
Canosa, chevalier terrier de l'hôtel (1269-1284) ; Gaucher de Méry-sur-Yonne,
arrière-petit-fils du chroniqueur Villehardouin, et fils d'un connétable de
Romanie, chevalier terrier de l'hôtel (1270) ; Gui de Montbard, capitaine d'Aquila, chevalier
terrier (1274-1281) ; Jean de Nesle, clerc de
l'hôtel (1277-1283) ; Mile de Pacy, châtelain de
place forte (1276-1283)
; Guiard et Guillaume d'Argenteuil, dont le premier fut chevalier de l'hôtel,
puis châtelain de Corfou (1272-1278) ; Guillaume de Rougemont, chevalier (1280) ; Jean de Thil, chevalier
terrier, châtelain d'Avelino (1269-1279) ; Anseric de Touci, commandant de la flotte ;
Philippe de Touci, amiral du royaume, Narjod de Touci, chevalier terrier,
capitaine général d'Albanie et du duché de Durazzo, puis vicaire général
d'Achaïe et de Morée (1269-1277)[37]. Après
1282, nous voyons apparaître des noms nouveaux en Sicile, comme Jean de
Sancy, chevalier de l'hôtel, et surtout le fils aîné du sénéchal de Champagne
et illustre historien de saint Louis, qui avait été déjà précédé par d'autres
membres de la famille de Joinville, dont la similitude de prénoms jette les
généalogistes dans la confusion pour la détermination de leur identité.
Geofroi de Joinville, seigneur de Briquenay, avait des intérêts dans notre
région depuis son mariage, en mai 1270[38], avec Mabile de Villehardouin,
dame de Lézinnes, alors veuve d'Erard de Châtillon, sire de Nanteuil, dont
elle avait des enfants. Depuis cette alliance, Geofroi prend le plus souvent
le titre de sire de Nanteuil ; il porte cette qualité lorsqu'il affranchit du
droit de mainmorte les habitants d'Ampilly-le-Sec[39], et trois mois après les Vêpres
Siciliennes, lorsqu'il donne procuration à sa femme pour gérer et administrer
ses biens, au moment de son départ au secours de Charles d'Anjou[40]. L'Art
de vérifier les dates
dit à propos du duc, dans un passage entre deux alinéas : « Robert, l'an
1282, alla en Italie au secours de Charles Ier, roi de Naples, oncle de la
duchesse Agnès. » Nous avons fait de vains efforts pour trouver l'origine et
la trace de cette allégation, qu'aucun texte n'autorise ; jusqu'à preuve du
contraire, on doit rejeter cette assertion comme erronée[41]. Les auteurs de cet important recueil, souvent inexacts pour ce qui regarde notre province, ont dû confondre le duc avec le comte de Bourgogne qui partit en effet avec ses féodaux pour cette expédition. Quant à Robert, peut-être avait-il fait espérer quelque secours à Charles d'Anjou, malgré ses engagements antérieurs avec Marguerite de Provence, car le 23 juin 1283, le roi de Jérusalem et de Sicile, sur un ton de mécontentement non dissimulé, et par une lettre datée de Moissac, donnait répit au duc jusqu'à Pâques pour en obtenir la réponse que celui-ci devait faire à la Saint-Jean, relativement au traité passé entre eux et l'empereur de Constantinople[42]. Le moment était singulièrement mal choisi pour Robert, alors fort préoccupé des affaires du Dauphiné, et de la lutte qu'il allait y soutenir pour défendre ses droits. |
[1]
Iolande de Dreux, mère de Robert, première femme d'Hugues IV, était décédée le
30 octobre 1248.
[2]
Anciennes coutumes, tit. III, art. 18.
[3]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 312.
[4]
Raoul, clerc du duc, a consigné sur son registre quelques hommages rendus les
premières années du règne de Robert.
[5]
Il est bien certain que le mariage du duc Robert avec Agnès de France était
consommé en 1273, et non en 1279, comme le dit l'Art de vérifier les dates.
[6]
Voir notre tome V.
[7]
Le 13 avril 1273. Lettre du pape Grégoire X ; Guiraud, Registres de Grégoire
X, n° 308.
[8]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 312.
[9]
Bulles des 20 et 31 août 1274 ; Guiraud, Registres de Grégoire X, n° 399
et 402.
[10]
Langlois, Philippe le Hardi, p. 390, pr. n° 29.
[11]
Les conseillers du duc assistant à cette séance sont : Guillaume, seigneur de
Grancey, Pierre d'Auxonne, Raoul de Layer, Jean de Brasey et Raoul de Beaune,
aumônier. Arch. de la Côte-d'Or, B. 312.
[12]
Chronicon Lemovicense. Dans Bouquet, t. XXI, 786 B.
[13]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 312, fol. 112 v°.
[14]
Les comtes de Vaudemont avaient une parenté avec nos ducs. Hugues Ier, comte de
Vaudemont, décédé en 1163, avait épousé Aigeline, fille du duc Hugues II. — En
1297, Henri, comte de Vaudemont, et sa femme Alixant font hommage au duc
Robert pour la Terre de Fays-Billot (n° 5363).
[15]
Nous croyons devoir donner cette page, qui constitue un fragment de chronique
contemporaine :
« Le cuens de Vaudemont et li sires de Marré diront par
la lettre de creance que il ont, qui va à l'amperour de Constantinople, que le
dux est apparoilliez de tenir les convenances, que li dux Hugues, ses peres,
ont à l'amperour Baudouin, dun il requiere à l'amperour que il li tigne ledit
don que lidiz Bauduin, ses peres, li fist, ensint com il est contenu en la
lettre lidit Bauduin, dun li cuens et li sires de Marré ont le transcrit, et
ont vehues et tenues ladite lettre saelée dou saal l'amperour Bauduin, et est
li dux apparoilliez d'aler en la conqueste, si cum les convenances requirent. A
ceste requeste il se tendront par un tramine, et se li lour semble que il ni
puissent entireignement venir à ceste requeste, il s'en fieront en la meillour
menière que il porront su la volunté de l'autre partie. Et premierement, il
porront faire tel relais que li dons soit loz de fyé. Et se il ne puent ce
faire, il porront quittier por leduc tôt ce que la lettre dit à ces, de ce que
li dux aura le reaume de Salonique franchement por lui et por ses hoirs. Et se
il ne puent plus faire au profit le duc si prenent le reaume de Saloniques, et
le tendront en foy de l'amperour, et quitteront le surplus, et si ansint est
que ceste derrainne convenance se face, si reteignent que de jugement que li
roys face l'on ne puisse apaler, et
voudra li dux que li fiez soit à l'amperour ou à roy, auquel que lor plarra, et
trateront que li servises soit causez à combien de gens et à combien de terme, et
se il faillent à ces choses, il savent que il devront dire et requerre da
l'autre chose. »
Arch. de la Côte-d'Or, B. 312, fol. 117, registre du
temps.
[16]
Bulle de Nicolas III, décembre 1277 ; Orig. Arch. nat., J. 449, n° 108.
[17]
1289, 4 janvier ; Langlois, Registres de Nicolas IV, n° 449.
[18]
1291, 15 février et 18 mai ; Langlois, Registres de Nicolas IV, n° 4111
et 5061.
[19]
1291, 7 septembre ; Langlois, Registres de Nicolas IV, n° 5936.
[20]
1304, 20 mai, Grandjean, Registres de Benoit XI, n° 4072.
[21]
Gesta Philippi III Franc. regis, dom Bouquet, XX, 504. Voir Langlois, Philippe
le Hardi, p. 104-108.
[22]
Ces mentions sont tirées des fragments de comptes de l'an 1276, Arch. de la
Côte-d'Or. B. 312.
[23]
L'Art de vérifier les dates dit : « vers l'an 1294, le duc Robert était
déjà établi grand chambrier depuis plus de quinze ans. »
[24]
Chronique anonyme, d. Bouquet, XXI, 92, et Chronique de Jean
d'Outremeuse, V, 418.
[25]
Dom Bouquet, XX, 180 ; voir Langlois, Philippe le Hardi, p. 33-34.
[26]
Chronique anonyme, Dom Bouquet, XXI, p. 95-96.
[27]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 312, fol. 151.
[28]
Voir notre tome V, chap. XXXVI. Otte, comte de Bourgogne, avait cinq frères et
sept sœurs. Les uns et les autres, ceux du moins qui nous sont les plus connus,
ne paraissent pas avoir été d'un tempérament plus pondéré que leur frère.
Renaud, devenu souverain de Montbéliard par son mariage avec Guillaume de
Neuchâtel, soutint contre l'évêque de Bâle des guerres désastreuses qui
finirent par une condamnation ou amende de huit mille livres tournois. Hugues,
seigneur de Port-sur-Saône, d'un caractère fier et audacieux, sans cesse les
armes à la main, était prêt en toute circonstance à faire la guerre pour son
compte et à s'y mêler pour le compte d'autrui. Etienne, le plus jeune des
frères, chanoine de Besançon n'était pas d'humeur plus accommodante, et eut avec
Otte des débats extrêmement vifs au sujet du partage des biens paternels (n°
5913). — L'une des sœurs Béatrice avait pris le voile, mais elle prétendit plus
tard qu'on l'avait fait entrer au couvent contre son gré, qu'elle avait
toujours protesté et se fit relever de ses vœux par le pape Nicolas IV, en 1289
(n° 5866).
[29]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 312. — Otte revenait depuis peu d'un tournoi qui
s'était tenu à Mons. On a quittance, de février 1279, d'une somme de trois cent
soixante livres délivrée à un marchand de chevaux pour les pertes faites par
lui et ses compagnons au tournoi de Mons (Clerc, Essai sur la Franche-Comté,
t. I, p. 472).
[30]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 312.
[31]
Voir Langlois, Philippe le Hardi, p. 81 et suiv.
[32]
Arch. de la Côte-d'Or, B. 312.
[33]
Parmi ces commensaux se trouvait Girard de Dôle, chambellan du comte palatin,
que Robert et Otte comblèrent de largesses (4502 et 4502 bis).
[34]
A Lyon, le comte palatin renouvela les donations faites précédemment au duc des
châteaux de Bracon, Salins, Dôle, Cbaussin, Pontailler, etc. (4531).
[35]
Tous ces noms, y compris celui du duc de Bourgogne, sont donnés dans la lettre
missive adressée par Marguerite de Provence au roi d'Angleterre. « ... Et à ce,
ils nos respondirent tuit ensemble et chascuns pour soi, que ils nos aideroient
de cors, d'avoir, et de terre, et de hommes, à petite force et à grant, à
recovrer nostre droit totes les fois que nos les en requeriens, et que li
empecheroient que lidis princes ne poust venir audit roiaume. Et de ce, ils nos
donerent tuit lour letres pendans dont nos nos louons mout à vos et à tous nos
amis. » (Documents inédits ; Champollion-Figeac, Lettres de rois et
reines, t. I, p. 265-266).
[36]
Record office, Royal Letters, XI, n° 2171 ; Champollion-Figeac, Lettres
de rois et reines, p. 268. — Cette lettre ne contient, du reste, que des
formules banales d'amitié. Deux ans auparavant, Robert, par une lettre datée de
Beaune, le 31 mars 1279, priait le roi Edouard de laisser au monastère de
Cîteaux les revenus de l'église de Scadebour, en Angleterre, pour venir en aide
à ceux qui venaient au chapitre général de Cîteaux (1402). — Le duc reçut
lui-même une lettre du roi d'Angleterre, en 1282, le priant d'intercéder auprès
de Philippe IV, lorsque le comte d'Armagnac, disgracié pour la seconde fois,
fut enfermé dans la forteresse de Pérouse, Rec. off. Chancery, mise.
Portef. VII, n° 29 ; voir Langlois, Philippe le Hardi, p. 191.
[37]
Durrieu, les Archives angevines de Naples, pp. 311, 313, 347, 350, 356,
360, 373, 374, 389, 390.
[38]
Mabile reçut de ses frères Érard et Guillaume, en faveur de son mariage avec
Geofroi de Joinville, la somme de quinze cents livres et trois cents livrées de
terre (Notre cartulaire des Villehardouin, n° 162).
[39]
En 1274, Geofroi de Joinville, seigneur de Nanteuil, sa femme, Mabile, et
Gaucher [de Châtillon], fils de Mabile, sont les concessionnaires de cet
affranchissement d'Ampilly-le-Sec (copie française très fautive, arch. de la
Côte-d'Or ; éditée, Garnier, Chartes de communes, t. II, p. 338). — En mai
1277, Geofroi de Joinville, sire de Nanteuil, de concert avec son frère Jean,
donne son assentiment à une vente faite par leur père Jean aux Templiers de
Ruetz (Orig. Arch. de la Haute-Marne, commanderie de Ruetz, 2e liasse,
Juvigny).
[40]
Vidimus de 1284 en mauvais état, arch. de l'Aube, G. 3834 ; le texte de
la procuration en français est du mois d'août 1282 (notre cartulaire de
Villehardouin, n° 188). Nous pourrions ajouter d'autres pièces non encore
connues relatives à la branche du fils aîné de l'historien de saint Louis, dont
la descendance n'est pas suffisamment établie, malgré l'excellent travail de M.
Delaborde : Jean de Joinville et les sires de Joinville.
[41]
Il n'en n'est pas fait mention dans les travaux les plus accrédités et dans les
dernières publications sur ce sujet : Léon Cadier, Essai sur
l’administration du royaume de Sicile par Charles Ier et Charles II d’Anjou
; Durrieu, les Archives Angevines de Naples, etc.
[42]
Bibl. nat., Collect. Bourgogne, t. XXIX, fol. 82. Cette lettre prouve que
Robert ne s'était pas prononcé nettement avec Charles d'Anjou, et qu'il avait
ajourné la date d'un engagement définitif.