HISTOIRE DES DUCS DE BOURGOGNE DE LA RACE CAPÉTIENNE

TOME CINQUIÈME

 

CHAPITRE XXXVII. — RÈGNE DE HUGUES IV (suite et fin) - 1270-1295.

 

 

Ressources pécuniaires des chartes d'affranchissement pour le duc de Bourgogne. — Intrigues pour l'élection des magistrats de la municipalité ; compétitions et luttes règlement pour l'inéligibilité des proches parents. — Droit d'attrait pour les juifs confiscation et saisie des juifs ; contribution levée sur eux amendes de justice. — Promotions dans l'ordre de chevalerie de Jean de Bourgogne et autres. — Relevation solennelle des reliques de la Madeleine de Vézelay, par Saint Louis. — Mariage de Marguerite de Bourgogne, fille d'Eudes, comte de Nevers, avec Charles d'Anjou, roi de Naples et de Sicile. — Mort de Jean de Bourgogne, à Moulins. — Saint Louis partant en croisade passe à Auxerre et à Vézelay. — Mort du roi, de Thibaut de Champagne, de Jean Tristan, comte de Nevers. — Ascendant de Béatrice de Champagne sur Hugues IV ; prédilection marquée pour Huguenin, son fils. — Robert, héritier du duché, en prend ombrage ; dissentiments entre ce dernier et sa belle-mère. — Préoccupations du duc pour l'avenir de ses enfants démarches et tracas nécessités par la gestion de leurs intérêts. — Accroissements considérables du duché ; nombre des chevaliers bannerets. — Etat comparatif des féodaux sous Eudes III et Hugues IV. — Chevauchée du duc de Bourgogne dans le comté de Foix avec le roi Philippe le Hardi ; expédition promptement terminée ; Hugues IV à Saint-Jacques de Compostelle ; très affaibli par une maladie contractée pendant cette campagne ; son testament à Villaines-en-Duesmois ; partage de ses biens entre chacun de ses enfants. — Robert, héritier du duché, fiancé avec Agnès, fille de Saint Louis et sœur du roi Philippe. — Emancipation de Robert, déclaré duc de Bourgogne ; prestation de serment des vassaux. — Mort du duc Hugues IV à Villaines-en-Duesmois (1270-1272).
BÉATRICE DE CHAMPAGNE OU DE NAVARRE, veuve d'Hugues IV, réfugiée dans les états de son frère Henri III, comte de Champagne. — Difficultés avec le duc Robert ; procès en parlement ; sauvegarde accordée par le roi pour sa personne et ses biens ; sa résidence à l'Isle-sur-Serein ; consacre ses derniers jours en bonnes œuvres ; son testament ; ses dernières dispositions ; sa mort au château de Villaines. — Le poème de la Châtelaine de Vergi, roman allégorique dans lequel la duchesse a pu être visée ; invraisemblance de certaines données historiques et rôle des personnages mis en scène. — Trouvères Bourguignons ; grands seigneurs mêlés à ces jeux d'esprit. — Guyot de Dijon, Colin Muset, Perrin d'Augecourt ; c'est dans l'entourage de ce dernier qu'il faut chercher l'auteur de la Châtelaine de Vergi (1272-1295).

 

Hugues IV avait retiré d'assez grandes sommes d'argent des communes et des chartes d'affranchissements auxquelles il avait donné son approbation Dijon, Saint-Jean-de-Losne, Couchey, Beaune, Nuits, Chalon-sur-Saône, Pontailler, Villy-en-Auxois, Saint-Thibaut, Echevronnes, Chanceaux, etc. Celle de Dijon surtout lui avait été particulièrement profitable. Il avait bien autorisé les habitants à lever pendant dix ans une somme de deux mille quatre cents livres sur tous les feux de la ville, pour subvenir aux frais des fortifications[1], mais ces tailles n'avaient pas empêché le paiement intégral de la prestation des marcs qui lui était due chaque année. Il avait même trouvé moyen, par suite d'une répartition fixée à un taux supérieur, de gagner une notable plus-value sur l'impôt. Puis, avant son départ pour la croisade de 1239, il avait obtenu, pour les frais de son expédition, le doublement des marcs pendant quinze ans[2], de sorte que l'ancienne prestation était montée de deux mille à trois mille sept cents livres pendant l'année précédente[3].

Si dévoués que fussent les bourgeois de Dijon envers un prince qui s'était toujours montré sympathique aux libertés communales, il était difficile que ces besoins sans cesse renaissants, en surélevant l'assiette de l'impôt, ne produisissent tôt ou tard un mécontentement général.

Ce mécontentement n'atteignait peut-être pas la personnalité du duc, mais remontait au maire et aux échevins chargés de la répartition. Tous les ans l'élection de ces magistrats se faisait la veille de la Saint-Jean, sur le cimetière de Saint-Bénigne, par les membres de la commune convoqués à cor et à cri. C'était un honneur très envié que les candidats se disputaient avec une certaine âpreté, et que les familles les plus importantes convoitaient et tenaient à conserver pour l'un des leurs, « car déjà, il s'était formé une oligarchie composée de familles puissantes, qui accaparaient les fonctions municipales, et en défendaient l'accès aux nouveaux venus, avec une violence et une obstination dont profitait toujours le pouvoir souverain pour intervenir et reprendre petit à petit les libertés concédées[4]. » Les candidats évincés et les factions vaincues se plaignaient déjà de l'abus d'autorité dont usait le maire ils lui reprochaient de se perpétuer dans ses fonctions grâce aux intrigues de ses partisans. Mêmes réclamations au sujet des échevins ; on avait vu le fils et le frère d'un maire briguer les fonctions municipales et les obtenir. Les mécontents firent des plaintes au duc à ce sujet, et lui adressèrent une requête à laquelle il s'empressa de faire droit. En novembre 1235[5], il avait décidé sur leur prière que le maire ne pourrait exercer son office plus de trois ans, que l'on n'aurait pas le droit de nommer parmi les échevins des membres de la même famille, frères ou fils, et que les abus précédents ne pourraient se reproduire.

Ces compétitions et ces luttes violentes n'étaient pas faites pour déplaire au duc, car, en cas de conflit, c'était son autorité qui y gagnait, et c'était à lui que les vaincus réclamaient justice. A la suite de débats qui trouveront place au commencement du règne de Robert, les élections de la Saint-Jean 1279 furent des plus tumultueuses deux maires furent nommés simultanément les factions rivales voulaient maintenir en place chacun de leurs élus des paroles on en vint aux coups, il y eut du sang répandu, un bourgeois de la ville fut tué sur place et d'autres furent blessés. L'affaire ayant été portée au Parlement de Paris, un arrêt de la Cour, rendu à la Toussaint de la même année, mit les chartes et le sceau de la commune dans les mains du roi, chargé de préposer une personne capable pour administrer les affaires de la ville. On renvoya à la cour du duc la connaissance du meurtre, en réservant ses droits de justice qui restaient entiers pour l'avenir[6].

Pour grossir les revenus des prestations provenant de la commune, le duc avait intérêt à voir le nombre des habitants s'accroître. Depuis longtemps déjà (1197), le maire et les échevins avaient reçu la possession des juifs vivant à Dijon et dont le libre attrait avait été proclamé (mai 1232)[7]. Mais Hugues IV n'avait point pour cela renoncé au droit de patronage qu'il exerçait sur eux, et, en 1256, tous les juifs du duché furent saisis et condamnés à une forte contribution pour se racheter. Ce fait important, dont nos archives provinciales n'ont point conservé le souvenir, nous est révélé par les débats qu'Hugues IV soutint à la Cour du Parlement contre les officiers du roi, au sujet d'un juif nommé Abraham, originaire de Rouen et relevant de l'autorité royale. Gui de Semur, bailli du duc, réclamait Abraham comme sujet du duché, parce que ce dernier était venu s'établir à Châtillon-sur-Seine et y avait épousé une juive de la localité ; sa part de contribution lors de la saisie de ses coreligionnaires avait été fixée à quatre livres. L'arrêt de la Cour attribua en 1270 la possession de ce juif au roi[8].

Outre les revenus certains et réguliers des affranchissements, on touchait sur les amendes de justice des sommes qui n'étaient pas à dédaigner et dont le produit était variable, suivant le nombre des délinquants et la nature des délits. Parfois aussi on bénéficiait de saisies de biens opérées sur les bourgeois qui avaient commis un crime ou qui quittaient la commune. Mais ce dernier cas était assez rare, sinon exceptionnel. On en a cependant des exemples. Citons ce bourgeois de Châtillon-sur-Seine, qui, ayant eu des difficultés avec les officiers du duc, déclara qu'il abandonnait cette ville pour devenir bourgeois du roi, à Villeneuve. Le duc entra en possession de ses biens, suivant l'usage ; mais le transfuge, ayant ensuite manifesté le désir de rentrera Châtillon, fut obligé de racheter ses biens confisqués moyennant mille livres tournois, ainsi que le constate une charte de Girard de Beauvoir, évêque d'Autun[9].

Aux fêtes de la Pentecôte 1267, le 5 juin, une grande fête réunit à Paris les grands barons et les prélats du royaume. Saint Louis voulait entourer d'un certain éclat la cérémonie destinée à célébrer la promotion de son fils Philippe, héritier présomptif de la couronne, dans l'ordre de chevalerie. Ce jour-là le même honneur devait être conféré à soixante-sept nouveaux membres, et parmi eux on comptait Jean de Bourgogne, comte de Charollais et sire de Bourbon, fils du duc Hugues IV ; Robert, comte d'Artois, neveu du roi Guillaume, fils du comte de Flandre, Raoul de Nesle, etc.[10] Ce fut pour les Parisiens une occasion de réjouissances qui durèrent huit jours et dont les chroniqueurs ont gardé le souvenir. 11 est probable que le duc de Bourgogne fit partie de cette réunion, et qu'il assista aux séances du Parlement qui tint ses séances à cette même époque.

Les religieux de l'abbaye de Vézelay, voulant dissiper les doutes qui s'étaient répandus sur l'authenticité des reliques de la Madeleine, donner un nouvel essor aux pèlerinages, et ramener les marchands à la suite des pèlerins, avaient réclamé deux légats du Saint-Siège, Pierre, évêque de Panéade, et Gui de Mello, évêque d'Auxerre, pour procéder à la vérification de ces reliques. Gui de Mello, alors investi par le pape Clément IV de l'expédition, moitié politique et moitié religieuse, destinée à maintenir Charles d'Anjou sur le trône de Naples et de Sicile, s'y rendit en partant pour l'Italie avec cette double autorité de légat et de chef de croisade. Le procès-verbal rédigé en cette circonstance, en 1265[11], donnait satisfaction au désir des religieux, mais ne pouvait agir assez efficacement sur l'opinion publique pour trancher une question si délicate et si sérieusement controversée. Beaucoup de religieux, étrangers à l'ordre clunisien, contestaient les prétentions de l'abbaye de Vézelay, à commencer par les Frères Mineurs et par Salimbene, auteur d'une chronique dont on a parlé, et qui résida quelque temps à Auxerre[12].

Les moines de Vézelay résolurent de frapper les esprits par une manifestation plus imposante. Ils s'adressèrent au roi de France, et le prièrent d'assister à la relevation solennelle des reliques récemment vérifiées. Louis IX, animé d'une foi profonde, désireux de rétablir la paix partout, et toujours prêt à. favoriser les établissements monastiques,' mais principalement la célèbre abbaye qu'il avait plusieurs fois honorée de sa présence, ne pouvait refuser de se rendre à une semblable cérémonie. Un double motif l'attirait du reste à Vézelay, dont la garde appartenait à son fils Jean Tristan, comte d'Auxerre et de Nevers, marié à Iolande de Bourgogne, âgé de dix-sept ans seulement et ayant besoin des conseils et de l'appui de sa famille.

Le jour choisi pour la cérémonie était le 24 avril 1267, qui correspondait aux octaves de Pâques, au dimanche de Quasimodo. Saint Louis s'y rendit avec son frère Alphonse, comte de Toulouse et de Poitiers, son gendre Thibaut V, comte de Champagne et roi de Navarre ; trois de ses fils, Philippe, qui régna plus tard sous le nom de Philippe le Hardi, Jean, comte de Nevers et d'Auxerre, et Pierre, né comme Jean en Palestine. Hugues IV, duc de Bourgogne, vint accompagner,1e roi avec un grand nombre de seigneurs féodaux. Parmi les membres du haut clergé, citons un légat du Saint-Siège, Simon de Brion, destiné à devenir pape sous le nom de Martin IV, Gui de Mello, revenu vainqueur de Naples, et le comte Géraud, abbé de Saint-Germain-des-Prés de Paris. Jamais depuis 1190, date du passage de Philippe-Auguste et de Richard Cœur-de-Lion, plus brillante assemblée ne s'était réunie sous les voûtes de l'ancienne basilique de Vézelay. Le corps de la Madeleine fut extrait du cercueil de plomb où il avait été trouvé, et replacé dans une superbe châsse d'argent, après en avoir distrait des fragments qui furent distribués aux principaux assistants[13].

Cette importante solennité, entourée d'une pompe et d'un éclat inusités, produisit sur les masses une impression profonde et durable de là vient sans doute que, depuis cette époque, la fête patronale de la ville, célébrée auparavant le 22 juillet, jour de la Madeleine, fut depuis célébrée le jour de Quasimodo, anniversaire de la relevation officielle présidée par Saint Louis. L'année suivante le duc de Bourgogne maria sa petite-fille Marguerite, la seconde des filles d'Eudes, comte de Nevers, avec Charles d'Anjou, roi de Naples et de Sicile, qui donna procuration à Geofroi de Beaumont pour venir en France conclure le mariage en son nom[14]. Il paraît certain qu'Hugues IV devait conduire lui-même la fiancée, et qu'il avait écrit au pape à ce sujet, pour le prier d'engager Charles d'Anjou à ne rien entreprendre contre ses ennemis avant son arrivée et le secours des troupes qu'il devait emmener avec lui en Italie. Cela ressort d'une lettre adressée de Viterbe par Clément IV, le 28 octobre 1268[15]. Mais les événements ne lui permirent pas de donner suite à ce projet la mort de ses deux fils aînés, les obligations qu'entraîna la tutelle de ses petits-enfants, la lutte qu'il soutenait dans le Comté lui fournirent trop d'embarras pour qu'il pût entreprendre un aussi lointain voyage.

Jean de Bourgogne, comte de Charollais et duc de Bourbon, était décédé à Moulins trois mois après sa promotion dans l'ordre de chevalerie, le 17 septembre 1267, date qui ne se rapporte pas avec celle de l'Art de vérifier les dates, indiquée vers la mi-janvier 1268[16].

Saint Louis ne tarda pas à donner à la ville et au monastère de Vézelay de nouvelles marques de bienveillance. Il y revint avec tous ses fils en partant pour la croisade, et s'y trouvait à la fin de mars 1270, après s'être arrêté à Auxerre, le 27 du même mois, comme l'affirme le continuateur de la chronique de Saint-Marien[17]. D'autres membres de sa famille qui l'accompagnaient dans ce dernier et fatal voyage, se montrèrent aussi généreux que lui pour l'abbaye. Son gendre Thibaut, comte de Champagne, mérita par ses largesses la reconnaissance des moines[18]. Aucun de ces personnages ne devait revoir le sol natal. Jean Tristan, comte de Nevers, gendre du duc de Bourgogne, frappé par le terrible fléau qui ravageait le camp des croisés, succomba le 3 août et Saint Louis le 25 août. Thibaut ne leur survécut guère, et mourut en Sicile, au couvent des Carmes, à Trapani., le 4 décembre 1270[19]. Les monastères de Bourgogne firent pour Saint Louis ce qu'ils ne firent pas tous pour Hugues IV, et relatèrent la mémoire du pieux monarque sur leur obituaire[20], en souvenir de ses bienfaits, à des dates qui ne sont pas toujours exactes.

On ne connaît qu'un petit nombre de Bourguignons qui prirent part à cette croisade. On peut citer l'évêque de Langres, Gui de Genève, le seigneur de Pagny, Aimon de Villers ; ce dernier reçut de l'évêque, en indemnité des services qu'il lui avait rendus dans cette expédition, la somme de trois cent six livres tournois[21]. Pendant son absence, le prélat s'était fait remplacer par le prieur de Saint-Geômes et par Girard d'Autun, chanoine de Langres, auxquels il avait confié ses pouvoirs[22].

La vive tendresse que le duc portait à sa jeune femme Béatrice de Champagne ne s'était pas démentie il subissait son ascendant et n'était point à l'abri d'un genre de séduction contre laquelle les âmes fortes ne sont pas toujours en mesure de résister.

L'affection qu'il portait aux enfants du second lit, la prédilection marquée pour Huguenin, son dernier fils, surtout depuis la mort malheureuse des aînés, avait excité la jalousie de ses autres enfants et principalement de Robert, l'héritier du duché. Cette jalousie, d'abord sourde et concentrée, n'avait pas tardé à se manifester d'une manière apparente, et l'antipathie qui régnait entre les membres de la famille n'était un secret pour personne. Assez clairvoyant pour juger de cette situation, et en redouter les effets pour l'avenir, Hugues IV s'efforça d'en atténuer les causes, craignant avec juste raison que la haine entre sa femme et ses beaux enfants n'amenât plus tard des altercations regrettables.

Les dissentiments entre la duchesse et Robert étaient graves, puisqu'avant le départ de Saint Louis pour la croisade, elle avait obtenu de ce monarque des lettres de sauvegarde pour elle et de garantie pour ses biens. Ces lettres sont incidemment rappelées dans un diplôme de Philippe le Hardi, en 1285[23], lorsqu'il renouvela en faveur de Béatrice l'assurance de la protection royale accordée par Saint Louis.

Hugues IV était douloureusement atteint dans ses affections de famille. La mort avait frappé autour de lui, dans un court espace de temps, plusieurs de ses enfants il avait perdu successivement deux de ses gendres, Guillaume, seigneur de Mont-Saint-Jean, et Gui, vicomte de Limoges, sa bru Mahaut de Bourbon, ses deux fils aînés Eudes, comte de Nevers, et Jean, comte de Charollais, son petit gendre Jean de France, dit Tristan, son arrière petite bru Marguerite de France, fille de Saint Louis, mariée, à Jean de Brabant. Les intérêts de ses filles veuves, la tutelle de ses petits-enfants, restaient à sa charge, et lui créaient des obligations auxquelles il ne pouvait suffire.

Marguerite de Bourgogne, sa fille aînée, vicomtesse de Limoges, était une de celles qui lui avaient donné le plus de préoccupations. Restée veuve avec une fille unique, seul fruit de deux unions, elle avait eu fort à faire contre les révoltes de ses sujets que son sénéchal du Limousin et du Périgord n'avait pu réprimer. La vicomtesse fut contrainte de faire appel à l'intervention de son père, qui, malgré les embarras dont il était lui-même assailli, avait envoyé des troupes à son secours (1265)[24].

Des enfants que sa fille Alix avait eus d'Henri III, duc de Brabant, l'aîné Henri était dans un état d'imbécillité qui le rendait incapable de gouverner. Quand il fut parvenu à l'âge légal, le duc de Bourgogne et la duchesse Alix, sa mère, lui firent céder tous ses droits sur les duchés de Lorraine et de Brabant. Cette cession fut faite, le 3 juin 1267, entre les mains de l'évêque de Cambrai, chancelier, de Richard, roi des Romains, et de Baudouin d'Avesne. Hugues IV emmena ensuite Henri de Brabant à Dijon, et le fit entrer à Saint-Etienne de cette ville où il fut reçu comme chanoine il y prononça ses vœux le mardi 1er octobre 1269. On peut voir dans l'Histoire de Saint-Etienne[25] la formule du serment qui fut prêté par le récipiendaire en cette circonstance.

Le 15 mars 1271, le duc fut dans l'obligation de se rendre à Auxerre pour mettre fin aux contestations de sa petite-fille Iolande, veuve de Jean de France, avec Erard de Villehardouin, seigneur de Lézinnes et évêque d'Auxerre[26]. Ce prélat ayant pris possession de son siège épiscopal l'année précédente, avait convoqué les grands vassaux de l'Auxerrois à venir le porter en personne à la cathédrale le jour de son intronisation.

Sommée de lui rendre ce devoir, suivant les traditions d'une ancienne coutume, Iolande avait refusé de se présenter et n'avait pas même voulu envoyer un de ses officiers à sa place. L'évêque avait exigé une satisfaction qu'elle refusait de rendre. Hugues IV, après avoir entendu les réclamations de l'évêque, reconnut que sa petite-fille était tenue, en qualité de baronne de Donzy, d'accomplir un devoir imposé par les clauses formelles de chartes antérieures[27].

Ces embarras multiples n'empêchaient pas le duc de veiller à ses propres affaires, et de préparer, dans les diverses châtellenies, une organisation qui, comme on le verra plus tard, fut complétée par son fils Robert. On ne se rendrait pas un compte exact des accroissements considérables du duché par suite des acquisitions successives et d'une bonne administration, si l'on ne comparait l'état des chevaliers bannerets qui marchaient sous la bannière de Bourgogne au temps d'Eudes III, avec la liste de ceux qu'Hugues IV pouvait lui-même lever dans ses états à la fin de son règne. Les deux listes dressées, à plus de soixante ans de distance, sur des données certaines, offrent un point de comparaison qui n'est pas sans intérêt.

Philippe-Auguste avait obligé tous les grands tenanciers du royaume à fournir le dénombrement des chevaliers bannerets que chacun d'eux pouvait mettre en ligne en temps de guerre. Le duc Eudes III en comptait vingt-neuf, ou plutôt vingt-huit, car le sire de Mâlain a été rayé, probablement parce qu'il marchait sous la bannière du seigneur de Sombernon. Tous ces noms ont été transcrits sur le premier registre de Philippe-Auguste, publié d'après le manuscrit du Vatican par une reproduction héliotypique. En tête figurent Ponce de Grancey, le connétable, qui mourut en 1219, et Bernard de Montbard, décédé en 1212. On ne doit pas s'éloigner de la vérité en supposant que cet état a été dressé vers 1210. Il ne comprend du reste ni les vassaux du comté de Champagne, ni ceux du comté de Nevers, qui étaient dans certains cas obligés à un service militaire. Il ne comprend pas davantage les simples chevaliers en plus grand nombre qui étaient en sous-ordre.

En 1272, au moment de la mort d'Hugues IV, le nombre des bannerets avait triplé, et se montait à quatre-vingt-six, et encore n'avons-nous pas un état entier et complet, puisque certaines familles nombreuses, comme celle de Chalon, sont convoquées en bloc, sans que chacun des puissants personnages qui la composent soit nommément désigné. La liste est celle qui est donnée dans le dernier mandement envoyé à tous les féodaux de Bourgogne, pour les inviter à venir reconnaître leur suzerain et rendre hommage au duc Robert[28].

Au commencement de l'année 1272, Hugues IV fut mandé par le roi Philippe le Hardi pour marcher avec ses troupes dans le comté de Foix, alors possédé par Roger Bernard. Ce baron, ligué avec son beau-frère Géraud, comte d'Armagnac, avait assiégé dans son château de Somprey leur ennemi commun Géraud de Casaubon, malgré la sauvegarde que ce dernier avait obtenue du roi, et sans respect pour les panonceaux royaux que le sénéchal de Toulouse avait fait apposer sur les portes de sa forteresse. Les deux alliés, après s'en être rendus maîtres, la pillèrent et firent massacrer les habitants. Sommés de comparaître à la cour pour rendre compte de leur conduite, et faire amende honorable, le comte d'Armagnac obéit seul à cette injonction au mépris des ordres du souverain, le comte de Foix attaqua traîtreusement le sénéchal de Toulouse, fit ses gens prisonniers et se saisit de leurs bagages. Le roi de France irrité fit appel à ses vassaux pour marcher contre le rebelle[29].

Le duc de Bourgogne se rendit en personne au mandement royal et fit partie de cette chevauchée. Il conduisait sept chevaliers bannerets ayant sous leurs ordres cinquante chevaliers, indépendamment de ceux qui formaient son escorte. Sa petite fille Iolande, comtesse de Nevers, envoya douze chevaliers bannerets et plusieurs de ses féodaux d'un rang moins élevé[30].

Parti de Bourgogne en avril 1272, Hugues IV devait être rendu en l'ost à Tours, le 8 mai, sous la direction du maréchal de Verneuil, chargé de recevoir les montres. Peut-être arriva-t-il à Toulouse, le 25 mai, en même temps que le roi de France. Après huit jours de résidence dans cette ville, on prit la direction de Pamiers où le roi d'Aragon et le vicomte de Béarn, beau-père du rebelle, vinrent à la rencontre du monarque. Le comte de Foix, livré à la discrétion de son suzerain, fut arrêté et conduit, pieds et poings liés, à la tour de Carcassonne, et un sénéchal fut installé dans son château au nom de Philippe le Hardi[31].

L'expédition ainsi terminée sans coup férir, le duc de Bourgogne profita des circonstances qui le rapprochaient de Saint-Jacques de Compostelle, pour s'y rendre en pèlerinage, comme il avait fait quatorze ans auparavant[32]. En juillet il était de retour en Bourgogne, d'où il était resté absent trois mois, sans qu'aucune charte soit émanée de sa chancellerie pendant cette période.

La chevauchée n'avait pas été de longue durée, et les opérations militaires réduites à néant n'avaient pu lui occasionner de blessures, mais un tel voyage, alors qu'Hugues IV approchait de la soixantaine, ne laissait pas que d'être fatigant, et il y contracta les germes de la maladie qui devait promptement le conduire au tombeau.

Le lundi 26 septembre, se sentant affaibli, il avait fait mander à Villaines-en-Duesmois ses exécuteurs testamentaires pour leur dicter ses dernières volontés, et parer aux difficultés éventuelles que les questions d'intérêt devaient fatalement entraîner après son décès. Ces personnages étaient Girard de Beauvoir, évêque d'Autun, les abbés de Cîteaux, de Flavigny, de Fontenay, de Moutier-Saint-Jean, de Saint-Bénigne de Dijon, de Vergy, de Notre-Dame de Châtillon-sur-Seine ; Guillaume, doyen de Saulieu Jacques, sénéchal de l'Autunois, et deux vieux chevaliers qui devaient cet honneur à une ancienne amitié et à une réputation méritée de bravoure et de prud'homie, Renaud de Grancey, seigneur de Larrey[33], et Guillaume de la Roche, seigneur de Nolay.

Robert, l'aîné des fils qui restait au duc, fut institué son premier et principal héritier. A lui seul revenait le duché de Bourgogne avec les grands fiefs qui en dépendaient, principalement ceux du comte de Champagne, du comte de Nevers, des seigneurs de Beaujeu et de Semur-en-Brionnais[34]. Toutes ces châtellenies données aux autres enfants devaient foi et hommage à Robert, et, suivant la coutume, les cadets seraient vassaux de l'aîné.

Les filles d'Eudes, comte de Nevers, se partageraient les fiefs de l'Autunois, et auraient dans leur partage les domaines d'Arnay-le-Duc, Bussy, Aiserey, Chaux, Corgoloin, Comblanchien.

Béatrice, fille unique de feu Jean de Bourgogne, sire de Bourbon, aurait dans son lot les châtellenies de Charolles, Sauvement, Dondain, Mont-Saint-Vincent, Sanvigne, ainsi que la terre d'Uxelles, dans le cas où Jean de Blanot, auquel Hugues IV avait donné ce château[35], viendrait à mourir sans postérité. Robert était de plus chargé de tenir compte à Béatrice de divers droits qu'elle prélèverait sur le comté de Chalon sur-Saône. Huguenin, le seul fils né de la seconde alliance d'Hugues IV avec Béatrice de Champagne, eut en apanage Montréal, Châtel-Gérard, Avallon, Chevannes, Montbard, Grignon, Vitteaux, Villy, Broies, Darcey, Isle-en-Morvan, Villaines-en-Duesmois, Aignay, Salives, Etalante, Pasques, Lantenay, la garde de Fleurey, Pommard, Volnay, Saint-Germain, et les bois de Quarré. S'il mourait sans enfants, ses biens devaient faire retour aux héritiers du duc, comme cela arriva. Aucun fonds de terre ne fut alloué aux six filles d'Hugues IV, et sa femme n'eut à sa disposition que le douaire assuré par contrat de mariage.

A Béatrice, sa fille aînée du second lit, il donnait vingt mille livres tournois pour sa dot, somme qui serait versée par le possesseur du duché, Isabelle, la seconde, avait déjà reçu quatorze mille livres versées au comte de Nevers en garantie de la promesse de mariage avec son fils. On avait assuré à Marguerite, la troisième, dix mille livres viennoises lorsqu'elle fut fiancée avec Jean de Chalon, seigneur de Rochefort. Enfin à Jeanne, la dernière, destinée à entrer dans les ordres, on laissait mille livres seulement, et les dotations de ces deux dernières filles étaient à la charge d'Huguenin, qui s'obligerait en même temps à pourvoir à l'entretien de Jeanne.

Les filles du premier lit, Alix, veuve du duc de Brabant, et Marguerite, vicomtesse de Limoges, n'avaient rien à prétendre au-delà des dots qui leur avaient été jadis données un simple souvenir de cent marcs d'argent leur était attribué.

Ce testament ne contenait aucun autre article relatif aux dispositions que le duc entendait voir adopter pour sa sépulture et ses obsèques[36]. Des chartes séparées furent faites à l'adresse de chacun des légataires. Celle qui concernait Huguenin de Bourgogne a disparu depuis longtemps des archives de la Chambre des Comptes ; Robert, auquel ces dispositions étaient préjudiciables, avait peu d'intérêt à conserver ce document, mais on en trouve le texte reproduit dans le cartulaire d'Hugues de Chalon[37].

Dans la situation de santé précaire où se trouvait le duc, les habitants de Dijon voulurent en obtenir une garantie pour leurs privilèges, et une ratification des droits précédemment concédés. Cette charte leur fut accordée comme un témoignage suprême de sympathie pour des constitutions dont il s'était toute sa vie montré partisan zélé[38].

Dans le même moment, Hugues IV réglait les difficultés qui s'étaient élevées entre Guillaume du Fossé, abbé de Flavigny, avec les habitants de Chanceaux. Les religieux de ce monastère, pressés d'argent, avaient engagé Chanceaux au duc, puis avaient racheté ce village quelque temps après. Les habitants, déjà affranchis du droit de mainmorte, avaient contesté à l'abbé le droit qu'il prétendait s'arroger et portèrent le débat devant la cour ducale. Hugues IV, sous la main duquel ils avaient longtemps vécu, fit constater leurs privilèges auxquels il avait toujours été favorable[39].

Le duc, administrateur économe et vigilant, était obsédé par les préoccupations que lui causait l'avenir de ses enfants. Il avait obtenu pour son fils aîné une promesse de mariage du roi Philippe le Hardi, qui lui accordait la main de sa sœur Agnès de France, fille de Saint Louis. Il constitua en douaire à la fiancée une rente de sept mille livres tournois, assise sur les châteaux de Vergy, Montcenis, Beaumont, Brancion, Beaune, Nuits, La Colonne et Chalon-sur Saône, avec un engagement facultatif sur les autres domaines du duché, dans le cas où les châtellenies précitées ne suffiraient à parfaire la somme. L'acte fut passé en présence de Renaud de Grancey, seigneur de Larrey, qui paraît lui avoir tenu compagnie jusqu'à ses derniers jours, de Marceau de Mailly et de Jean de Beaujeu (20 octobre 1272)[40].

Les ennemis de la duchesse Béatrice, redoutant l'influence qu'elle avait prise sur l'esprit affaibli du duc, et craignant qu'elle n'en n'usât trop largement en faveur de ses enfants, excitèrent Robert à se prémunir contre ces éventualités. A la demande de ce dernier, son père consentit à l'émanciper le dimanche suivant 23, et lui abandonna le duché dont il conserva seulement l'usufruit. Jean de Blanot, un de ses fidèles, Humbert, son chapelain, Evrard, prieur du Val-des-Ecoliers, Hugues d'Arcy, Raoul, chanoine de Beaune et Jean Guiffrey apposèrent leur sceau à ce document[41]. Girard de Beauvoir, évêque d'Autun, en donna une attestation séparée[42]. Le lundi 24, cette détermination fut notifiée au roi qui était prié de vouloir bien recevoir l'hommage de Robert pour le duché de Bourgogne[43]. Des mandements furent en même temps expédiés à tous les vassaux de Bourgogne, pour leur donner ordre de venir reconnaître leur nouveau suzerain et lui rendre les devoirs féodaux[44].

Citons encore les autres personnages qui assistèrent au chevet du duc mourant leur présence dans cet instant suprême marque le degré d'autorité dont ils jouissaient et le crédit particulier qu'ils avaient à la cour ducale Mathieu, seigneur de Longvy, Guillaume, seigneur de la Roche-Nolay, Evrard, prieur du Val-des-Ecoliers de Paris, Jacques, sénéchal d'Autun, Humbert, prévôt de la Sainte-Chapelle, maître Hugues d'Arcy, Guillaume de Chassey, Gille d'Autun, Guillaume de Nanton, Henri de Cussigny, Achard de Châtillon.

Deux jours après, le jeudi 27 octobre 1272, veille de saint Pierre et saint Jude, Hugues IV s'éteignait au château de Villaines-en-Duesmois, dans sa soixantième année, et le dimanche suivant ses obsèques furent faites à l'abbaye de Cîteaux[45].

 

BÉATRICE DE CHAMPAGNE

La duchesse Béatrice, laissée veuve à vingt-neuf ans, avait fort à faire pour lutter contre le mauvais vouloir de son beau-fils Robert, et les tracasseries que les courtisans du nouveau duc lui suscitèrent. La garde et le bail d'Huguenin et de ses autres enfants lui avaient été attribués[46] ; une femme seule et sans appui ne pouvait efficacement défendre leurs droits, et lutter pour la conservation de son propre douaire, dont on lui contestait la jouissance.

Elle trouva d'abord un refuge assuré dans les états de son frère Henri III, comte de Champagne. En mars 1273, on la trouve à Nogent-sur-Seine faisant délivrer par ce dernier une autorisation en faveur des Sœurs-Mineures de Provins[47]. Le 19 mai, elle passa à Sézanne un traité avec le duc Robert, qui lui concéda à regret pour son douaire la châtellenie de Châtillon-sur-Seine, la garde de l'abbaye de cette ville, les juifs de la localité, et toutes les dépendances du domaine, à l'exception des fiefs de Larrey et de Gyé-sur-Seine[48]. Le 2 septembre, par une cession datée de l'Isle-sur-Serein, elle renonça, au profit de son frère, à toutes les prétentions qu'elle pouvait réclamer sur la succession du comté de Champagne[49].

Les difficultés recommencèrent en 1276, après le mariage de sa fille Béatrice de Bourgogne avec Hugues de Lusignan, comte de La Marche et d'Angoulême. La cérémonie du mariage eut lieu le 1er juillet, à Paris, où de nouvelles conventions furent signées par la duchesse relativement à la dot de sa fille, et par le futur qui donna son acquiescement aux volontés testamentaires exprimées par Hugues IV[50]. Les contestations qui s'élevèrent de nouveau entre le duc Robert, sa belle-mère et Huguenin, au sujet de la succession et du douaire n'ayant pu s'arranger, les parties intéressées convinrent à Beaune, le 2 septembre, de s'en rapporter à l'arbitrage de Jacques de La Roche, chanoine d'Autun et prévôt de Gissey-sur-Ouche, et d'Hugues d'Arcy, chanoine d'Auxerre, personnages éminents, qui devaient tous deux se succéder peu après sur le siège épiscopal d'Autun. Dans le cas où les arbitres n'auraient pu trouver de solution à un accommodement, l'affaire serait soumise au jugement de Philippe, roi de France[51].

La résistance calculée de Robert aboutit à cette dernière éventualité il ne voulait livrer que quelques domaines, prétendant que le démembrement du duché était excessif et ne pouvait être accepté. Après d'interminables longueurs et des formalités, la question fut portée, en 1280, devant le Parlement de Paris, qui refusa de rendre un arrêt définitif avant d'avoir examiné la situation, et jugé de la valeur des terres données par le duc testateur. A cet effet, deux commissaires Gille de Brion et Henri de Champrepus, furent nommés comme experts, avec mission de tenir un compte exact de la variation que le revenu des domaines avait pu subir depuis la mort d'Hugues IV[52]. Le résultat fut ce que l'on pouvait attendre Robert ne se dessaisit que de la moindre partie des fiefs assignés par son père, et ne laissa en toute propriété à Huguenin que Montréal et divers domaines de petite importance.

Après la sauvegarde que Béatrice avait obtenue de Saint Louis, du vivant même de son mari, sauvegarde qu'elle avait fait renouveler par Philippe le Hardi depuis son veuvage, un sergent royal lui avait été accordé pour la protéger contre les violences de son beau-fils. Cette formalité, nécessaire dans la situation difficile de la duchesse, avait le don d'exciter au plus haut point le mécontentement du duc Robert, qui ne voyait pas sans amertume l'interdiction faite à ses officiers d'instrumenter dans les châteaux de son propre duché, protégés par les panonceaux de son souverain. C'était un de ses griefs, et, en 1284, alors que la querelle était dans la période la plus aiguë, il réclamait l'éloignement du sergent royal[53]. Le Parlement le débouta sur ce chef, mais autorisa sur sa demande une nouvelle expertise pour faire la prisée des terres d'Huguenin[54]. Pour la dernière fois, en 1285, Robert adressa ses plaintes à la Cour sur le démembrement excessif du duché par suite du testament de son père, et sur un partage injuste et contraire aux coutumes de France[55].

Mais là s'arrête la série des débats qui depuis si longtemps retentissaient au Parlement. Puis, la mort, qui apporte une solution aux plus grands événements de ce monde, servit les desseins ambitieux de Robert, en déterminant en sa faveur un dénouement que sa conduite antérieure ne méritait guère. Après avoir arrêté ses dernières volontés, Huguenin de Bourgogne partit, en 1285, pour cette funeste et désastreuse campagne d'Aragon, et mourait en 1288. Sa fille Béatrice, la seule survivante de ses enfants, succombait deux ans plus tard, et rien ne restait de cette branche cadette de la maison ducale[56].

La duchesse douairière Béatrice, retirée depuis quelque temps déjà au château de l'Isle-sur-Serein qui faisait partie de son apport dotal, consacra en bonnes œuvres la dernière partie de son existence. Elle avait déjà donné aux habitants de cette localité, en 1279, une charte d'affranchissement de la mainmorte, dont le texte curieux mérite d'être lu en entier[57] ; elle leur concéda aussi des droits d'usage dans la forêt d'Hervaux, leur fit construire une halle, délivra aux habitants de Montréal la jouissance d'un pâtis, d'un pré et de l'étang de Froideville. Les abbayes de Saint-Martin, d'Autun, de Marcilli, de Saint-Germain d'Auxerre, les prieurés du Val-des-Choux, de Saint-Georges de l'Isle, le chapitre de Montréal ont conservé le souvenir de ses libéralités[58].

La douleur que la duchesse éprouva de la mort de son fils et de ses petits-enfants fut encore augmentée par les tribulations que lui suscitèrent les héritiers d'Hugues IV, pour les domaines qui devaient leur faire retour, et les descendants d'Anséric de Montréal qui réclamaient une partie de la terre de l'Isle provenant de leur patrimoine. Le roi et la reine de France s'étaient, il est vrai, portés garants pour elle, lors des requêtes adressées au Parlement par ces divers personnages, mais, pour mettre fin à ces revendications, Béatrice crut devoir traiter avec eux, et racheta les droits sur l'Isle, qui lui furent abandonnés par le fils et les trois filles de Jean de Montréal : Gui, seigneur d'Athie, écuyer ; Agnès, femme d'Eudes de Besors, seigneur de Villarnout ; Béatrice, veuve de Jacques, seigneur de la Roche-en-Brenil Laurette, femme de Jean de Saint-Florentin[59].

Le duc Robert prétendait d'abord s'emparer d'une partie de la succession d'Huguenin, s'appuyant sur la clause testamentaire de son père par laquelle, en cas de mort, les domaines devaient retourner au fils survivant. Mais il avait à lutter contre des prétendants nombreux et puissants Jean de Chalon, sire d'Arlay, mari de Marguerite, sœur d'Huguenin Isabelle, aussi sa sœur, veuve de Rodolphe, roi des Romains Geofroi de Brabant Marguerite, reine de Jérusalem et de Sicile Robert de France, comte de Clermont Hugues de Lusignan, comte de La Marche et d'Angoulême.

Les débats relatifs à cette succession trouveront place dans le règne de Robert. Pour le moment, le duc avait intérêt à ménager sa belle-mère, et paraît lui avoir fait des avances. Par des traités passés avec elle à Meuilley-sous-Vergy, en 1294, il lui concéda une somme de huit mille livres, et en plus des revenus dont elle jouissait déjà à Aignay, Etalante, Villaines-en-Duesmois, Marcelois, Darcey, Salives, diverses terres en échange pour ce qu'elle percevait à Châtillon[60].

Quelque temps après la mort de son fils, la duchesse Béatrice avait fait un testament, dont le texte est maintenant perdu, mais dont on connaît les exécuteurs Jean de Marmeaux, seigneur de Ravières, l'abbé de Cure, Humbert de Chevannes de l'ordre des Jacobins, Renaud de Semur, chanoine de Saint-Etienne de Troyes. Quand elle eut fait la paix avec son beau-fils, et qu'elle se sentit malade à Villaines-en-Duesmois, elle fit venir Hugues d'Arcy, évêque d'Autun et Renaud de Semur, ses conseillers, pour leur dicter le codicille qu'elle ajoutait à son testament. Cette fois le duc était nommé principal exécuteur, et la duchesse confia ses clefs à l'évêque pour les lui remettre[61].

Béatrice de Champagne mourut en 1295[62] dans le château de Villaines-en-Duesmois, où le duc Hugues IV, son mari, était décédé, après avoir passé quatorze années de mariage et vingt-trois ans de viduité.

Plusieurs de ces renseignements sont consignés dans une lettre écrite seize ans plus tard par Renaud de Semur, chanoine de Troyes, exécuteur testamentaire de la duchesse. La lettre est adressée au duc Hugues V, fils de Robert II[63]. Les documents de cette nature sont peu communs, et les détails que renferme celui-ci méritent d'être reproduits

«  [La duchesse Beatrix] trespassée, lidit messires li « duc vostre peres, par la vertu doudit codicille, prist et host en sa main toute la terre, les biens et les clés de laditte madame, et au retour de l'enterrement d'iceli, furent à Vilaines, ou elle fut morte, lidit messires li duc vostre peres, madame la reynne d'Allemaigne, qui se faisoit fort pour madame d'Allay, sa suer, li procureur madame la contesse de la Marche, et lidit exequteur dessus nommé, et furent veu li biens meubles qui y estoient. Or disoit madame d'Allemaigne que ladite madame la duchesse li gardoit lettres, lesquelles ne furent pas treuvées à Villaines. Si supplia audit monseigneur vostre peres, qui lesdits biens tenoit, que sesdites lettres li voussist delivrer. Si fu enqui, ordonné et accordé de l'assentement ladite reyne par lui et par la partie madame d'Allay, son procureur, madame de la Marche, et ses dits exequteurs, que messires vostre peres envoieroit à l'ille pour vooir se on y trouveroit lesdittes lettres. Un po de tems après, ledis messire li duc envoia à l'Ille pour ceste chose Jehan des Granges, et li bailla les clés, et me commanda que je alasse «avec lui. Nous y feusmes, et y prist lidis Jehans un coffre que il en fist porter à Montbard, sus une charete, ouquel escrin je ne say qu'il avoit. Lequel escrin porté à Montbard lidit messire li duc et madame la reynne ensemble ouvrirent, et des choses quei dedans estoient prist laditte reynne ce que il lui plut, et puis fu refermez et sellez de leurs deux seaux, et bailliés à Milot, dit Chevalier, adonc chastelain de Montbard, et li fu enjoint par ledit monseigneur li duc que il le gardast pour ladite reynne. Des enqui en avant je ne sui maintenant avisiez que fait en fut, ne que devint lidis coffres. »

 

C'est au moment où la situation était très tendue entre la duchesse Béatrice et son beau-fils que paraît avoir été fait à la cour de Bourgogne ce poème charmant et délicat, la Châtelaine de Vergy, qui pendant longtemps conserva sa vogue en France et à l'étranger, sous des formes multiples et souvent renouvelées[64]. L'auteur inconnu, un Bourguignon vraisemblablement, met souvent la duchesse en scène :

Si ne sai dont vous est venue

Tel penssée et si trahitresse

Que proie avez la duchesse

Et requise de druerie !

Si avez fet grant tricherie,

Que plus vilaine n'estuet querre,

Issiez errant hors de ma terre !

Le rôle qu'on prête dans l'intrigue à la duchesse pourrait la faire taxer d'une extrême légèreté, et l'auteur avait peut-être intérêt à satisfaire les rancunes du duc Robert en représentant sa belle-mère sous des couleurs ridicules, sinon odieuses.

« Avec le duc et la duchesse, qui ne sont pas nommés, paraissent la châtelaine de Vergi, nièce du duc, et un chevalier amant de la châtelaine. L'amour du chevalier et de la châtelaine est ignoré de tous, et la dame qui est mariée use de précautions elle a grand soin, par exemple, de prévenir son ami chaque fois qu'elle peut le recevoir, en envoyant à sa rencontre un petit chien dressé à cet effet. »

« La duchesse de son côté s'est éprise du chevalier, et le lui fait assez comprendre pour qu'il croie devoir lui déclarer qu'il ne se montrera jamais déloyal envers son seigneur. Désappointement et colère de la duchesse, qui jure de se venger et se plaint au duc d'avoir été outragée dans son honneur par le chevalier. Le duc reproche sa perfidie au chevalier, qui, pour se disculper, malgré le serment fait à sa maîtresse de tenir leur amour secret, est bien forcé d'avouer au duc qu'il est depuis longtemps déjà l'amant de la châtelaine de Vergi. Il lui donne alors quelques détails complémentaires, et lui parle, entre autres choses, du petit chien si parfaitement dressé. Le duc à demi convaincu demande au chevalier à l'accompagner lors de son prochain rendez-vous, pour assister de loin à la rencontre des deux amants. Le chevalier y consent, et la nuit suivante, les deux hommes partent à pied. Le duc, caché derrière un arbre, voit venir le petit chien suivi bientôt de la dame ; il peut alors constater de visu que le chevalier ne lui a pas menti. »

« La nuit se passe et après des adieux touchants, dont le duc est encore témoin, le chevalier quitte sa dame et demande au duc le silence sur cette aventure. Le duc promet, mais devant les menaces, les prières, les caresses de la duchesse, dont la vengeance est toujours en éveil, il raconte toute l'histoire à sa femme qui n'attend pas longtemps pour humilier son heureuse rivale. A la prochaine fête qu'on donne à la cour, au milieu de l'assemblée des dames, elle interpelle la châtelaine, et après lui avoir, en badinant, fait compliment de son ami, elle la félicite de savoir si bien dresser les petits chiens. Les dames présentes ne comprennent pas l'allusion, mais la châtelaine de Vergi, confuse et désespérée, quitte la salle et se retire dans une chambre du château, où elle se livre à sa douleur, pleurant sur son amour perdu, pleurant surtout sur la trahison de celui qu'elle aimait et qui, connaissant seul son secret, a seul pu le révéler. Elle se laisse aller ainsi à exhaler ses plaintes touchantes et meurt en croyant son amant coupable. »

« Le chevalier inquiet de ne plus la voir, la cherche, la trouve enfin, et, devant le corps de sa maîtresse, apprenant les propos perfides de la duchesse, il se tue, se punissant d'un crime qu'il n'avait pu empêcher. Le duc est prévenu de ce qui s'est passé il accourt furieux de la conduite infâme de la duchesse et la tue. Bientôt, tourmenté par le remords, il se croise et part pour la Terre-Sainte, où il prend l'habit de Templier depuis, on ne l'a plus revu. »

« Ainsi finit le roman de la Chastelaine de Vergi, qui mourut pour loyaulment aimer son ami[65]. »

Quelles sont les données historiques exactes sur lesquelles repose ce poème ? Il est difficile de le dire. Les invraisemblances sont telles qu'il n'est pas possible de faire fonds sur une thèse aussi romantique. Il n'y avait plus alors de châtelaine à Vergi, et si la plupart de nos ducs ont pris la route de la Terre-Sainte, aucun n'a pris l'habit de Templier. On est trop loin du XIIIe siècle et du théâtre d'action pour se prononcer sur le caractère de sentimentalité intime de la duchesse, et sur des faiblesses qui n'étaient pas incompatibles avec sa grande jeunesse. S'agit-il de quelque gros scandale arrivé à la cour du duc de Bourgogne, comme le pense M. Gaston Raynaud cela se peut. Il faut y voir le récit d'une aventure, d'une tradition déjà ancienne, récit dramatisé, mais surtout arrangé, dans lequel une châtelaine de Vergi serait l'héroïne, mais où la duchesse Béatrice serait, croyons-nous, particulièrement et certainement visée, étant connus le milieu dans lequel elle vit et les personnages qui l'entourent.

Il serait plus intéressant de connaître le nom du poète inconnu auquel on est redevable de cette composition. « Seules quelques rimes, noyées au milieu de nombreux vers qui appartiennent au dialecte de l'Ile-de-France, semblent indiquer que le poème a dû être écrit par un Bourguignon, dont la langue était fortement influencée de Français proprement dit[66]. » L'auteur doit donc appartenir à cette Bourgogne-Champenoise, d'où sont sorties nos deux premières et plus merveilleuses chroniques, celles de Geofroi de Villehardouin, seigneur de Lézinnes et de Jean de Joinville, sénéchal de Champagne. Il descend de cette pléiade de trouvères, de chansonniers et de ménestrels qui brillèrent d'un si vif éclat à la cour de Thibaut IV, et dont plusieurs avaient disparu avant l'éclosion de ce poème. Les grands seigneurs ne dédaignaient pas de se mêler à ces jeux d'esprit, et de composer des chansons, car le goût de la poésie légère parait avoir été fort en honneur à cette époque. Les sires de Brienne, de Choiseul, de Berzé, Guillaume de Champlitte, prince de la Morée, Jean de Chalon, dit le Sage ou l'Antique, sont les auteurs prouvés de certaines pièces[67]. C'est à la cour de Bourgogne, et peut-être par Hugues IV lui-même, que fut fait cet énergique et curieux manifeste contre les abus ecclésiastiques, qui avait valu au duc l'honneur d'être choisi parmi les grands barons du royaume comme un des chefs de la Ligue. Quand Eudes de Bourgogne, comte de Nevers, mourut à Acre en 1266, n'avait-on pas trouvé dans ses bagages le Roman du Loherain, celui d'Outremer et un chansonnier.

Mais notre poème est de trop longue haleine pour avoir été fait par un grand seigneur ; c'est l'œuvre d'un homme du métier, et à la cour de Bourgogne les auteurs ne manquaient pas. Guyot de Dijon, Colin Muset, Perrin d'Angecourt et autres avaient une réputation méritée,

Ce trouvère Bourguignon Guyot de Dijon avait dédié une chanson à Erard de Chacenay soit Erard II, décédé le 16 juin 1236 ; soit Erard III, croisé en 1249 et tué en 1253 à la bataille de Walcheren :

A Chassenay va, chanson sans doutance

Et di Erart que toute sa poissance

Mete en mol, qu'ele i est bien assise[68].

mais il est probable que Guyot de Dijon n'existait plus à la mort d'Hugues IV. Colin Muset se recommandait de la protection d'un seigneur de Vignory. Le chansonnier d'Eudes de Bourgogne, qu'Erard de Valleri racheta pour trente et un besans, contenait sans doute quelques-unes des vingt-neuf chansons composées par Perrin d'Angecourt. Ce dernier dédia plus tard des vers aux gendres du comte de Nevers, à Charles d'Anjou, roi de Sicile, mari de Marguerite de Bourgogne, comtesse de Tonnerre il offrit des poésies à Henri III, duc de Brabant, dont Alix de Bourgogne était femme, et dédia aussi une chanson à Gui de Dampierre, comte de Flandre[69].

Perrin d'Angecourt, courtisan bien accueilli des petits enfants d'Hugues IV issus de son premier lit, ne devait pas être en bonne intelligence avec la duchesse Béatrice, et s'il était permis d'émettre une conjecture qu'aucune preuve n'autorise, c'est dans l'entourage de Perrin d'Angecourt, poète et chansonnier, qu'il faudrait chercher l'auteur de la Châtelaine de Vergi.

 

 

 



[1] Charte de février 1232, Arch. de la ville de Dijon, L 1.

[2] Arch. de la ville de Dijon, L 1 (impositions).

[3] V. Garnier, Chartes de communes, t. I, p. 40.

[4] Garnier, Chartes de communes, t. I, p. 43.

[5] Orig. Arch. de la ville de Dijon, B. I, Garnier, Chartes de communes, t. I, p. 43-44.

[6] Deux pièces à ce sujet. V. Boutaric, Actes du Parlement de Paris, t. I, n° 2238 et 2254.

[7] Nous n'entendons pas dire que les juifs étaient bourgeois de la ville, mais ils payaient des redevances, c'était le point essentiel. Il leur fallait une autorisation spéciale pour posséder fief. En mai 1272, Jean, seigneur de Cuiseaux, prie Hugues IV de souffrir que le juif Renio, de Chalon, possède le fief de Clessy, mouvant du duc, et qu'il a engagé à ce juif. Orig. Arch. de la Côte-d'Or, B. 10479.

[8] Olim, t. I, p. 364-365.

[9] Bibl. de la ville de Dijon, fonds Baudot, n° 8, fol. 39-40, manuscrit de Pérard.

[10] Lenain de Tillemont, Vie de Saint Louis, t. V, p. 34-35.

[11] Bibl. nat., Collect. Duchesne, t. LXXXVII, fol. 24.

[12] Voir notre tome IV, et ce que dit Salimbene dans sa chronique, p. 292.

[13] L'abbé Faillon, Documents inédits sur l'apostolat de la Madeleine, t. II, p. 754 et suiv. Aimé Cherest, Etude sur Vézelay, t. II, p. 140 et suiv.

[14] Juin 1268, Dom Plancher, t. II, pr. LXXI.

[15] Dom Martene, Thesaurus, t. II, 632, Giudice, Cod. dipl., t. II, p. 230 ; notre catalogue, n° 3624.

[16] L'Obituaire de Cîteaux dit : XV Kal. octobris obiit Johannes, dominus Borbonensis. Cette date du 17 septembre ne convient qu'à l'année 1267, puisque Jean était décédé en février 1268, quand Hugues, duc de Bourgogne, ratifia la vente faite par Jean de Vallery à Agnès, dame de Bourbon, alors veuve de Jean. – On ne connait la fondation de l'hôpital de Moulins par Jean de Bourgogne que d'après un acte de 1268 du jeudi après la Saint-Vincent, mais cet acte est donné par sa veuve Agnès (Duchesne, Ducs de Bourgogne, pr., p. 90).

[17] Voir Lebeuf, Histoire d'Auxerre, t. IV, pr., n° 227 ; Recueil des historiens de France, t. XXI, p. 423, Mansiones et Itinera.

[18] Arch. nat., J. 461, Lettre du prieur de Vézelay au roi.

[19] D'Arbois de Jubainville, Comtes de Champagne, IV, 421.

[20] Obituaire de Saint-Lazare d'Avallon, Bibl. nat., lat. 5187 A. — Obituaire de Notre-Dame de Beaune.

[21] Arch. de la Haute-Marne, G. 62.

[22] Arch. de la Haute-Marne, G. 366.

[23] Pérard, p. 558.

[24] Art de vérifier les dates, art. vicomtes de Limoges.

[25] Histoire de Saint-Etienne de Dijon, par l'abbé Fyot, pr. p. 438.

[26] Erard de Villehardouin, seigneur de Lézinnes et évêque d'Auxerre, était fils aîné de Guillaume de Villehardouin, seigneur de Lézinnes, mort le 8 juin 1246, et de Marguerite de Mello, décédée le 23 février 1254. Il était arrière-petit-fils du chroniqueur Geofroi de Villehardouin, dont les descendants prirent le nom de Lézinnes.

[27] Gallia Christiana, t. XII, coll. 175.

[28] Voici cette liste : Thibaut, comte de Bar ; Alix, comtesse palatine de Bourgogne et de Savoie ; Othenin de Bourgogne, fils d'Alix ; Philippe de Vienne, seigneur de Pagny et sa mère ; les héritiers de Jean de Chalon, comte de Bourgogne et seigneurs de Salins ; Henri de Pagny, seigneur de Sainte-Croix les seigneurs de Longvy, de Chaussin, de Pesmes, de Rans, d'Oiselet, Neublans, Saint-Germain, Verdun, Navilly, Mailly, Choiseul, Apremont, Beaujeu, Berzé,La Serrée, Digoine, Bonant-sur-Loire, Châtillon-en-Bazois, Luzy, Bagé, Epoisses, Nanton, Anligny, Montagu, Gergy, Pontailler, Chappes, Gyé-sur-Seine, Larrey, Grancey, Til-Châtel, Scey-sur- Saône, Thil, Saint-Beury, Charny, Meursault, Sombernon, Saffres, Champrenaud, Mont-Saint-Jean, Noyers, Salmaise, Mirebeau, Fontaines, Autrey, Couches, La Roche-Nolay, Chastellux, Pierre-Perthuis, La Roche-en-Brenil, Pouilly, Frolois, Gissey, Marigny, Saint-Romain, Tart, Tanlay, Marmeaux, Duesme, Chateauvillain, Rochefort, Beaumont, Perrignv, Suilly, Loisy, Rossillon, Châteauneuf, La Perrière-sur-Arroux, Chassenay, La Porcherole, Saint-Aubin, Rougemont, Uxelles, Trouhans.

[29] V. Art de vérifier les dates, art. comtes de Foix ; Langlois, Philippe le Hardi, p. 79.

[30] Recueil des historiens de France, t. XXIII, p. 767-768.

[31] V. L'Art de vérifier les dates ; Langlois, Philippe le Bel.

[32] Il n'est pas question de la chevauchée dans le comté de Foix, dans l'Art de vérifier les dates, qui parle seulement du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. Cependant l'expédition est certaine, tandis que le pèlerinage n'est attesté, à notre connaissance, par aucun document. Ou peut se demander s'il n'y aurait pas là confusion.

[33] Renaud de Grancey, seigneur de Larrey, avait épousé en 1223 Marguerite d'Ancy-le-Franc, alors veuve d'Erard de Villehardouin, fils de l'historien, avec laquelle il vécut plus de cinquante ans et dont il n'eut pas de postérité.

[34] Les fiefs donnés à Robert sont énumérés dans une note spéciale de Dom Plancher, t. II, p. 302-306.

[35] Voir catalogue, n° 3801.

[36] Arch. nat., J. 252, n° 7.

[37] Le Cartulaire de Chalon est publié par Bernard Prost.

[38] Orig. Arch. de la ville de Dijon, B 1 ; Pérard, p. 340 ; Garnier, Chartes de Communes, t. I, p. 44-45.

[39] Garnier, Chartes de Communes, t. II, p. 334.

[40] Orig. Arch. nat., J. 247, pièce scellée ; catalogue, n° 3807.

[41] Orig. Arch. nat., J. 232, pièce scellée, Pérard, p. 521.

[42] Lundi 24 octobre 1272, Orig. Arch. nat., J. 217, pièce scellée Pérard, p. 822 ; Dom Plancher, II, pr. LXVIII.

[43] Pérard, p. 522.

[44] Perard, p. 503 (pièce portant à tort la date de 1262) ; V. Dom Plancher, t. II, p. 306-307.

[45] L'Art de vérifier les dates indique cette mort vers la fin de 1272. La date la plus précise est donnée par l'Obituaire de la Sainte-Chapelle de Dijon. L'Obituaire de Cîteaux porte la date du dimanche 30 octobre, ce jour est le jour de la déposition du corps à Cîteaux. Pour d'autres indications d'articles nécrologiques, V. catalogue, n° 3814-3818.

[46] V. l'accord du 4 mai 1273 Dom Plancher, t. II, pr. CLXXIX.

[47] Cartulaire de Sainte-Catherine de Provins, fol. 11 v°, 12 r°.

[48] Orig. Arch. de la Côte-d'Or ; Dom Plancher, t. II, pr. 479.

[49] D'Arbois de Jubainville, Comtes de Champagne, catalogue, n° 3775.

[50] Dom Plancher, t. II, pr. CLXXXV et CLXXXVI.

[51] Orig. Arch. de la Côte-d’Or ; Dom Plancher, t. II, pr. CLXXXVII.

[52] Boutaric, Actes du Parlement de Paris, n° 2269 et 2271.

[53] Boutaric, Actes du Parlement de Paris, t. II, n° 2511.

[54] Boutaric, Actes du Parlement de Paris, t. I, n° 545.

[55] Boutaric, Actes du Parlement de Paris, t. I, n° 560.

[56] Voir plus loin ce qui est relatif à Huguenin de Bourgogne, seigneur de Montréal.

[57] Cartulaires de l'Yonne, t. III, p. 356-359.

[58] En juillet 1272, la duchesse Béatrice avait accordé droit de péage à l'abbaye de Marcilli pour tous ceux qui devaient traverser le pont de Cerce, et dont les gens d'église et les religieux de la prévôté devaient être exempts. Le même droit fut accordé à l'abbaye de Saint-Martin d'Autun. V. Arch. de l'Yonne, fonds du chapitre de Montréal ; fonds de l'abbaye de Saint-Germain, et le Manuscrit Boileau, à la Bibl. de la ville d'Avallon.

[59] Les actes relatifs à la cession de l'Isle sont de 1292 à 1293. Orig. Arch. nat., J. 254. V. aussi Boutaric, Actes du Parlement de Paris, n° 2591, 2803, 2804.

[60] Deux pièces à ce sujet. Dom Plancher, t. II, pr. 138-139.

[61] V. la lettre citée plus loin.

[62] Les deux derniers actes concernant Béatrice, en 1295, sont une donation en faveur du chapitre de Montréal (Arch. de l'Yonne, fonds de Montréal), et une donation aux religieux du Val-des-Choux. Cette dernière pièce est délivrée en juillet sous le sceau du duc Robert nous ne pouvons donc préciser le mois dans lequel eut lieu le décès.

[63] Lettre de 1341, le jeudi, fête de saints Simon et Jude, Dom Plancher, t. II, pr. CCVI.

[64] M. Gaston Raynaud, dont la compétence est spéciale, vient de publier cette curieuse pièce sous son texte le plus ancien, avec notes et variantes, dans la Romania, 1892, p. 143-193, et tirage à part, 51 p. Il nous pardonnera de lui avoir emprunté ces détails et l'analyse de ce petit roman.

[65] Tout ceci est de M. Gaston Raynaud, p. 7-9 du tirage à part.

[66] Gaston Raynaud, id., p. 12.

[67] V. d'Arbois de Jubainville, Comtes de Champagne, t. IV, p. 658 et suiv.

[68] Tarbé, Poètes de Champagne antérieurs à François Ier, p. XVIII, Paulin Paris, Hist. littér., XXIII, p. 610 ; d'Arbois de Jubainville, Comtes de Champagne, t. IV, p. 670.

[69] Tarbé, Chansonnier de Champagne aux XIIe et XIIIe siècles, p. LII-LIV, 111-113. Gui de Dampierre, comte de Flandre, était père de Marguerite, qui devait épouser Jean de Brabant, petit-fils du duc Hugues IV, fils d'Alix de Bourgogne et d'Henri III de Brabant.

Cancon à Gui le conte de Flandres di

K'amours netie et escure

Le cuer, k'ele a bien saisi :

Vaillant le fait et hardi

Et de courtoisie apresure.

Biens, sans li n'est fors painture.