Hostilité du duc de
Bourgogne contre les autorités ecclésiastiques, partagée par les divers
princes de sa maison. — Causes de cette hostilité. — Avances faites par le
pape installé à Lyon. — Faveurs accordées à divers seigneurs par le
Saint-Siège, au duc et à la duchesse de Bourgogne, au comte de Champagne, à
Dreux de Mello, seigneur d'Epoisses, à Anséric, seigneur de Montréal. —
Entrevue, de saint Louis et d'Innocent IV à Cluny. — Imposante cérémonie à
cette occasion. — Dédicace de l'église de Saint-Pierre de Mâcon par le pape
et le roi. — Résultat des conférences. — Mécontentement de Louis IX. —
Confédération de la noblesse contre l'autorité pontificale. — Hugues IV, duc
de Bourgogne à la tête des barons confédérés. — Violent manifeste de la
ligue. — Energique réponse du pape. — L'empereur Frédéric profite du conflit
pour gagner l'appui de la noblesse. — Le duc de Bourgogne engage Frédéric à
marcher sur Lyon avec les forces de l'empire. — Intervention de Saint-Louis,
que les légats du pape viennent trouver Pontigny. — Le roi et Blanche de
Castille assistent à Pontigny à la translation des restes de Saint-Edme,
archevêque de Cantorbéry. — Solennité de cette cérémonie. — Fermes
représentations adressées au pape par saint Louis. — Nature de ces
réclamations. — Plaintes des ecclésiastiques contre les abus du Saint-Siège.
— Préparatifs du duc Hugues IV pour la croisade ; mariage de ses fils Eudes
et Jean de Bourgogne avec Mahaut et Agnès, filles d'Archambaud de Bourbon. —
Enrôlement des croisés. — Rachat des vœux. — Dixième et vingtième des biens
levés sur le clergé. — Triennis et biennis décima. — Collecteurs
pontificaux. — Difficultés pour lever les dîmes. — Sommes allouées au duc de
Bourgogne, à Archambaud de Bourbon, à Dreux de Mollo, seigneur d'Epoisses,
aux sires de Beaujeu, de Joigny, etc.
Nous
avons déjà vu, en 1235, l'aversion des seigneurs féodaux contre l'autorité
ecclésiastique, qui s'était énergiquement manifestée à propos de conflits de
juridiction. A la tête des grands feudataires lus plus hostiles, ne soyons
pas surpris de trouver Hugues IV[1]. Depuis leur prise de
possession de la Bourgogne, les ducs avaient toujours eu à compter avec
l'évêque de Langres, et n'avaient jamais pu s'affranchir d'une sorte de
vassalité blessante pour l'amour propre et la dignité du chef de la féodalité
bourguignonne. Les grands fiefs de la contrée, compris dans l'évêché,
relevaient comme deux siècles auparavant du prélat langrois. Cet
enchevêtrement de pouvoirs avait donné lieu à des démêlés, à des débats sans
fin, qui se renouvelaient à chaque règne. Les guerres malheureuses d'Hugues
III, en resserrant les liens de vassalité qui le mettaient sous la dépendance
et la volonté du roi de France, n'avaient point amélioré la situation. Grâce
à ce manque d'autorité, on avait pu voir un simple vassal, un sire de Vergy,
faire échec à sa puissance, et lever l'étendard de la révolte. Ce
n'est que plus tard, lorsque les ducs auront considérablement étendu le
cercle de leurs possessions, et conquis une autorité incontestable et
incontestée, que l'hommage dû aux évêques n'apparaîtra plus que comme un acte
de déférence envers le représentant de la puissance spirituelle. Pour le
moment, Hugues IV n'avait pas vu sans inquiétude le pape s'installer à Lyon.
Philippe de Savoie, archevêque de cette ville, et son frère Boniface,
archevêque de Cantorbéry, avaient à la cour pontificale une action et une
influence qui dégénéraient en une véritable oppression, et n'étaient pas
étrangers à l'hostilité soulevée contre l'entourage du souverain pontife.
Mathieu de Paris, parfois suspect, ne rapporte que le bruit de l'opinion
publique, lorsqu'il relate les propos violents du duc de Bourgogne contre les
deux prélats, et les menaces de la noblesse de France contre leurs
agissements[2]. Un
autre membre de la famille de Bourgogne, le dauphin de Viennois, ne montrait
pas de meilleurs sentiments à l'égard de la papauté, et défendait
énergiquement la cause de l'empereur Frédéric II[3]. Cependant
le pape avait alors trop d'intérêt à vivre en bons rapports avec ses voisins
pour leur susciter des embarras. On peut croire au contraire que le pontife
s'efforça de plaire au duc, quand, sur sa demande, il écrivit, le 20 décembre
1244, aux évêques et aux prélats, pour leur défendre de rien faire payer à
des excommuniés en échange de leur absolution[4]. Peu de temps après, cédant aux
sollicitations de la duchesse Alix de Vergy, Innocent IV accordait à tous les
clercs de la province de Lyon, qui étudiaient la théologie dans l'école des
Dominicains dé Dijon, le droit de percevoir en entier les revenus de leurs
bénéfices[5], Il faut attribuer à un
sentiment de courtoisie à l'adresse de Hugues IV l'empressement avec lequel
il nomma au siège d'Autun son parent Anseau de Pommard, qui succéda à Gui de
Vergy. A
défaut de preuves contraires, il est probable qu'Hugues IV ne vit pas d'un
mauvais œil la nomination du nouvel évêque de Langres, Hugues de Rochecorbon,
ancien abbé de Cluny, avec lequel il paraît avoir vécu en bonne intelligence.
Le siège épiscopal était vacant depuis quatre ans, époque à laquelle Robert
de Thourotte, le précédent titulaire, avait été promu à l'évêché de Liège[6]. Les chanoines avaient, à la
vérité, procédé à une élection, mais Gui du Puiset, qu'ils avaient choisi,
n'avait jamais été consacré, malgré ! le titre d'évêque qu'il paraît s'être
donné de 1241 à 1246[7]. Le 20
février 1245, Innocent IV manda aux chanoines, aux clercs, aux barons et au
peuple de la cité de Langres que, pour faire cesser la longue vacance du
siège épiscopal, il venait d'y nommer Hugues de Rochecorbon, abbé de Cluny[8]. Par des lettres du même jour,
il écrivît au roi de France et à la reine Blanche de vouloir bien avoir cette
nomination pour agréable, et de faciliter la prompte installation de ce
prélat[9]. Mathieu de Paris[10] reproche à Hugues d'avoir
considérablement appauvri son abbaye par des prodigalités à l'égard du pape,
dont il voulait obtenir un évêché ; il lui avait envoyé à Lyon quatre-vingts
palefrois richement caparaçonnés, et à chacun des cardinaux des chevaux couverts
de housses somptueuses, sans compter des vases et de la vaisselle d'argent[11]. Il est vrai que le Saint-Siège
avait récompensé son dévouement, en lui donnant d'abord l'évêché de Coutances
(30
avril 1244), dont
il ne paraît pas avoir jamais pris possession[12]. Un mois
plus tard, Innocent IV remplit les mêmes formalités en faveur de Guillaume de
Chevannes, qui de l’évêché de Chalon-sur-Saône fut promu à l'archevêché de
Besançon[13]. On a
encore d'autres documents qui témoignent de la bienveillance accordée par le
pontife à divers barons, à Dreux de Mello, à Anséric de Montréal, cousin du
duc de Bourgogne. Ce dernier avait commis des méfaits qui avaient nécessité
les réclamations des autorités ecclésiastiques et la répression du
Saint-Siège il était ensuite entré en guerre avec Dreux de Mello, seigneur
d'Époisses, son parent. La lutte n'avait cessé qu'à la suite d'un traité,
dont chacun d'eux avait juré d'observer les clauses à peine de trois mille
marcs d'argent, et par lequel la fille d'Anséric devait épouser le fils de
Dreux, malgré leur parenté au quatrième degré. Sur leur demande, le pape
consentit à leur accorder une dispense, pour mettre fin à leurs querelles, et
donna en conséquence ses ordres à l'évêque de Langres[14]. Innocent
IV ne montra pas moins d'empressement à l’égard des grands feudataires du
voisinage. On le voit donner une permission de s'élever aux ordres sacrés à
un fils naturel de Thibaud, comte de Champagne, né d'un double adultère,
probablement à ce bâtard Nicolas, d'abord écolâdre de Saint-Étienne de Troyes,
qui reçut deux ans plus tard l'autorisation de se faire recevoir chanoine
dans une église du royaume de France[15]. A la prière de Thibaud, Gui de
Chablis, son clerc, fils d'un prêtre et d'une femme non mariée, obtint une
dispense pour prendre les ordres sacrés et retenir un bénéfice ecclésiastique[16]. D'autres privilèges dénotent
la cordialité des rapports entre les pouvoirs civils et la cour pontificale
de Lyon. Quant aux membres les plus influents du haut clergé, il serait trop
long d'énumérer les faveurs, les autorisations, les dispenses de toutes
sortes qui leur furent octroyées. La
brillante cérémonie dont l'abbaye de Cîteaux avait été le théâtre, lors de la
réception de la famille royale, n'avait pas été envisagée sans envie par les
Clunisiens. La rivalité entre les moines noirs et les moines blancs avait, à
la vérité, perdu de son acuité depuis les luttes célèbres dont saint Bernard
et Pierre le Vénérable avaient été les champions, mais les religieux
n'étaient pas plus que les autres hommes à l'abri des sentiments
d'amour-propre et des misères de ce monde ; chacun d'eux tenait à la
prospérité et à la prépondérance de l'ordre auquel il appartenait. Cet
antagonisme était même partagé par les Frères-Mineurs ou Franciscains, dont
l'institut plus récent n'avait pas été sans éclat. Salimbene nous a raconté[17] l'histoire d'un moine de cet
ordre, qui, chassé pour faute grave, se vit contraint de quitter le froc
Franciscain, reçut bon accueil des Cisterciens, et fut par eux élevé à la
dignité abbatiale dans un de leurs monastères. Les Frères Mineurs, craignant qu'un
tel exemple n'eût des imitateurs, parvinrent à s'emparer du transfuge, le
mirent au pain et à l'eau après l'avoir séquestré, et le firent rentrer dans
la maison où il avait prononcé ses premiers vœux. Ce fut une occasion de
représailles de la part des Cisterciens ; il s'ensuivit quelques désordres,
qui nécessitèrent l'intervention de Grégoire IX une bulle du 4 août 1236[18] ordonnait aux abbés de Cîteaux
de ne pas recevoir de Franciscains dans les maisons de leur ordre, pas plus
que ces derniers ne devaient accepter de sujets portant le froc Cistercien. Les
transfuges sortis de Cluny donneront lieu plus tard à des épisodes
scandaleux, dans lesquels le duc de Bourgogne eut le tort de prendre un rôle
malheureux et peu avouable[19]. Lorsqu'il
fut question d'une entrevue entre Louis IX et Innocent IV, afin de mettre un
terme à l'antagonisme entre l'empereur Frédéric et le Saint-Siège, les abbés
de Cîteaux et de Cluny firent des efforts, chacun de leur côté, pour attirer
les souverains dans leur monastère. Il paraît probable que les présents
adressés au pape par ces deux abbés, présents que Mathieu de Paris[20] regarde comme les résultats de
leur rivalité et de leur ambition personnelle, n'avaient en réalité pour but
que d'assurer en cette circonstance la prépondérance de leur ordre. Le
rendez-vous de cette conférence, fixé définitivement à Cluny à la saint
André, 30 novembre 1245[21], nécessita de grands
préparatifs. Le baronnage français avait été officiellement convoqué le 16
octobre en parlement à Paris[22]. Un certain nombre de croisés y
renouvelèrent le vœu qu'ils avaient fait de partir en Terre-Sainte, et se
disposèrent à suivre le roi dans sa visite au pape. Le duc de Bourgogne,
présent aux séances de ce parlement, y prêta le même serment. Louis IX vint
en Bourgogne avec une suite considérable et tint à paraître à la cour
pontificale avec tout l'éclat et la pompe royale. « Des hommes, remarquables
par leurs talents et leur valeur militaire, le précédaient, accompagnés de
guerriers brillamment équipés, disposés comme les escadrons d'une armée en
marche. Trois corps de bataille formaient l'avant-garde ; en tête une centaine
de sergents, armés d'arbalètes, montés sur des coursiers richement
caparaçonnés ; puis cent chevaliers aux armures éclatantes, revêtus du heaume
et du haubert, portant des boucliers ronds et des targes au col, et dont les
chevaux étaient couverts de mailles de fer ; enfin, un troisième corps de
cent hommes, armés de toutes pièces, l'épée au poing. Le roi et la glorieuse
chevalerie de son royaume, en nombre vraiment incroyable, formaient le
quatrième groupe[23]. » Dans le cortège royal
figuraient la reine Blanche, la princesse Isabelle, les trois frères du roi,
Robert, comte d'Artois, Alphonse, comte de Poitiers, Charles, comte d'Anjou,
l'empereur Baudoin de Constantinople, le fils du roi d'Aragon, le fils du roi
de Castille, Hugues IV, duc de Bourgogne, les comtes de Ponthieu, de
Dampierre, de Forez, de Joigny, l'avoue de Béthune, les chevaliers du conseil
royal, les sires de Beaujeu, de Bourbon et une foule d'autres personnages[24]. Le
jeudi 30 novembre, jour de saint André, le pape Innocent IV, entouré de douze
cardinaux, qui/ pour la première fois, portaient le chapeau rouge, célébra la
messe sur le grand autel de l'église de Cluny, en présence de cette imposante
assemblée, qui comptait encore les patriarches d'Antioche et de
Constantinople, les archevêques de Reims, de Lyon, de Besançon, les évêques
de Paris, de Langres, de Chalon-sur-Saône, de Clermont, de Soissons, de Châlons-sur-Marne,
de Senlis, d'Évreux, d'Agen, de Bethléem, et un nombre considérable de
prélats et d'abbés. Tous
furent logés et hébergés dans l'abbaye aux frais du couvent ; le roi et sa
cour, le pape, ses chapelains et sa suite, les évêques de Langres, de Senlis,
d'Évreux avec leur maison, les princes déjà cités avec tous leurs officiers.
Les moines n'eurent rien à changer à leurs habitudes, et malgré cette
affluence, ne quittèrent ni leur dortoir, ni leur réfectoire, ni aucun des
lieux réputés conventuels. Le
souvenir de cette imposante cérémonie, et de la large hospitalité donnée aux
visiteurs dans le célèbre monastère, avait tellement frappé l'imagination des
contemporains, que longtemps après le Franciscain Salimbene[25] en était saisi d'admiration. «
Et sais-tu, lecteur, que l'abbaye de Cluny est le plus noble couvent de
moines noirs de l'ordre des Bénédictins en Bourgogne. Les bâtiments en sont
si considérables que le pape avec ses cardinaux, toute sa cour, celle du roi
et de sa suite, peuvent y loger simultanément, sans que les religieux en
éprouvent aucun dérangement et soient obligés de quitter leur cellule[26]. » Pendant
les conférences de Cluny, où saint Louis resta huit jours, du 29 novembre au
7 décembre[27], « l'apostole et le roi
parlèrent secrètement ensemble de ce qu'ils voulurent, et s'en retourna le
roi quand il eut salué les cardinaux et reçu la bénédiction du pape ». Avant
de partir, saint Louis voulut dédommager le monastère des frais considérables
occasionnés par une telle réception, et permit à l'abbé Guillaume de Pontoise
de lever sur tout l'ordre le dixième des revenus d'une année, sauf une somme
de trois mille marcs d'argent réservée pour le Saint-Siège[28]. La séparation du pape et du
roi n'eut pas lieu à Cluny mais à Mâcon, qui depuis six ans relevait de la
couronne, et où fut célébrée la dédicace de l'église Saint-Pierre cette
cérémonie se fit le 8 décembre 1245, jour de la conception Notre-Dame, en
présence de la famille royale, de douze cardinaux, de deux patriarches et de
sept évêques[29]. En
venant à Cluny, le roi n'avait obéi qu'à deux sentiments qui lui tenaient au
cœur, la délivrance des saints lieux et la pacification de la chrétienté,
depuis si longtemps troublée par la querelle dû pape et de l'empereur. Il
n'avait jamais pris position dans ces débats ; son âme pure et sereine, exclusivement
"dévouée à la religion du devoir, ne comprenait rien aux passions
humaines, aux sentiments égoïstes qui s'agitaient autour de lui sans le
souiller ni le troubler. Quels
furent les résultats de ses conversations et de ses entretiens secrets avec
le pape ? On ne l'a jamais su exactement, et les chroniqueurs n'en rapportent
que les vagues indications qui pouvaient alors circuler dans l'entourage de
la cour. Il se peut que Mathieu de Paris, dont le récit est souvent partial
et passionné, soit inexact dans la forme et vrai dans le fond[30]. Il se peut que saint Louis,
trop discret pour révéler les secrets de ces conférences, ait laissé percer
quelque sentiment d'amertume en trouvant si peu d'humilité dans celui qui
s'intitulait le serviteur des serviteurs de Dieu, et en présence de
l'attitude hautaine avec laquelle le pontife accueillait ses propositions de
paix. Il
n'est pas permis d'en douter, en voyant le roi, si dévot et si modéré,
interdire peu après aux évêques de prêter de l'argent au pape, et tolérer
contre le clergé cette ligue de la noblesse irritée qui produisit une
redoutable explosion. Les grands barons se réunirent au mois de novembre
1246, et signèrent un pacte d'association et de défense mutuelle contre le
despotisme ecclésiastique. Les confédérés choisirent quatre chefs et en
premier lieu, le plus ardent et le plus irrité de tous Hugues IV, duc de Bourgogne
puis, Pierre Mauclerc, comte de Bretagne, Hugues de Châtillon, comte de Saint
Pol et Hugues de Lusignan, comte d'Angoulême, fils du vieux comte de La
Marche. Ce
curieux manifeste nous a été conservé en latin et en français[31] : « Les clercs, y
est-il dit, après nous avoir d'abord déçus par une feinte humilité, s'élèvent
maintenant contre nous avec la ruse des renards, et s'enflent d'orgueil, sans
songer que c'est par la guerre et par le sang des nôtres que, sous
Charlemagne et autres, le royaume de France a été converti de l'erreur des
gentils à la foi catholique ; ils empiètent tellement sur la juridiction des
princes séculiers, qu'aujourd'hui les fils des serfs, dès qu'ils sont clercs,
jugent selon leurs lois les hommes libres et les fils des hommes libres,
quoiqu'ils dussent bien plutôt être jugés eux-mêmes par nous, selon les lois
des anciens conquérants de la Gaule, pour ne point déroger par de nouveaux
établissements, aux coutumes de nos ancêtres. C'est pourquoi, nous tous, les
grands du royaume, après avoir considéré mûrement que le pays n'a point été
acquis par le droit écrit, ni par l'arrogance des clercs, mais par le
sang des guerriers, nous arrêtons et sanctionnons tous par le serment le
décret suivant, à savoir, que nul clerc ou laïque ne pourra citer un autre
particulier devant les évêques ou leurs délégués, sinon pour hérésie, usure,
ou différend concernant le sacrement de mariage. Les transgresseurs de cette
loi seront punis par la confiscation de tous leurs biens et la mutilation
d'un membre, le tout afin que notre juridiction soit ressuscitée, que les
clercs enrichis par notre appauvrissement retournent à l'état de la primitive
église, qu'ils nous laissent la vie active, comme il est convenable, et que
vivant dans la contemplation, ils nous fassent enfin revoir les miracles qui
depuis longtemps ont disparu de ce monde. » Il y a
dans cette exposition violente et incisive, sobre de toute déclamation
verbeuse, un caractère de virilité et de mâle énergie qui n'est pas sans
grandeur, et que l'on n'a pas l'habitude de rencontrer dans les documents de
cette époque. Certaines idées comme celles-ci : les clercs se sont
enrichis de l'appauvrissement de la noblesse, sont grosses de menaces
pour l'avenir. Il est
probable que le duc de Bourgogne, par l'entremise de quelque personnage de
son entourage, avait pris part à la rédaction de ce manifeste, pour avoir eu
l'honneur d'être choisi le premier comme chef de la confédération. Les quatre
élus furent chargés de veiller aux intérêts communs, et de prendre les
mesures nécessaires, jusqu'à ordonner des levées d'hommes et d'argent. Il fut
convenu que si l'un d'eux était à tort frappé de la peine d'excommunication,
il ne céderait point à cette sentence, suivant la décision qui serait prise
par les élus, et que tous les autres ligués lui prêteraient main forte pour
la résistance. A cette
levée de boucliers, le pape répondit par une lettre non moins vigoureuse,
adressée à Eudes de Châteauroux, son légat[32], dans laquelle il déclarait que
l'Église, loin d'empiéter sur les juridictions laïques, n'usait pas même de
tous les droits qui lui avaient été légués par les souverains. Sur ce point,
le pontife connaissait mieux l'histoire que les barons, persuadés que leurs
ancêtres avaient conquis la Gaule sur les païens. Après un exposé digne et
énergique, il enjoignait au légat d'excommunier tous les membres de
l'association anti-cléricale, et déclarait que quiconque persévérerait dans
cette alliance impie serait, ainsi que ses héritiers, incapable d'être admis
aux fonctions et aux bénéfices ecclésiastiques. On
connaît trop l'esprit et les tendances de la féodalité, pour croire que les
barons s'inclinèrent devant une telle sentence. La querelle ne fit que
s'envenimer et prendre des proportions inquiétantes. L'empereur Frédéric y
vit une bonne occasion de servir ses intérêts en isolant son adversaire ; il
fit des avances aux seigneurs français et leur adressa un mémoire, dans
lequel il reprenait de loin les griefs contre la papauté, en rappelant les
efforts inutilement tentés par le roi de France pour faciliter un
accommodement. Ensuite,
il écrivit directement à plusieurs des principaux feudataires, les invitant à
se porter à sa rencontre avec les forces dont ils pourraient disposer, résolu
lui-même à marcher sur Lyon à la tête de son armée[33]. Il parait même que le duc de
Bourgogne, dans sa constante antipathie pour le Saint-Siège, était un de ceux
qui avaient le plus contribué à attirer Frédéric dans les Gaules[34]. Louis
IX, resté neutre jusque-là, ne pouvait plus se désintéresser dans ce débat.
Aux légats du pape qui vinrent le trouver à Pontigny et qui sollicitèrent son
appui, il promit d'intervenir activement si-l'empereur franchissait les
Alpes, et leur assura, si les s circonstances l'exigeaient, qu'il irait
protéger le pape avec toutes les forces de la monarchie. Les embarras dans
lesquels se trouva l'empereur ne permirent pas à ce dernier de mettre ses
projets à exécution, et le conflit qui eût pu entraîner une collision
générale n'eut pas de suite, mais il suffisait à Innocent IV de savoir que le
roi de France avait pris parti et qu'il était désormais son allié ; dès le 17
juin, il lui en manifesta sa reconnaissance en des termes les plus
chaleureux. C'était
une cérémonie purement religieuse qui avait attiré saint Louis à Pontigny.
Après la brillante réception de Cluny, les Cisterciens avaient obtenu la
promesse qu'il assisterait à la translation des restes de saint Edme,
archevêque de Cantorbéry, dont la mémoire était en grande vénération. Le
bruit des miracles qui s'opéraient sur son tombeau s'était répandu au loin,
et attira une foule considérable de la province et des contrées voisines. La
solennité avait été annoncée pour le 9 juin 1247, troisième dimanche après la
Pentecôte[35]. La famille royale y arriva le
vendredi. La veille la reine Blanche de Castille passa la journée en jeûne et
en prières, tous cierges allumés[36]. Bien que cette solennité soit
moins connue que l'entrevue de Cluny, elle fut célébrée avec un éclat et une
affluence de population tout à fait extraordinaire. Un grand nombre de
nobles, des ecclésiastiques de tout rang Français et Anglais y accoururent.
Dans l'impossibilité de loger une telle multitude dans le petit bourg de
Pontigny, on avait envahi les villages et les hameaux voisins, on campait en
pleins champs et autour de l'église. Outre
le roi, sa mère, ses trois frères et sa sœur Isabelle, on y comptait le
cardinal Pierre, évêque d'Albano, Eudes de Châteauroux, évêque de Tusculum,
légat du pape, les archevêques de Sens, de Bourges, de Bordeaux, d'Armagh,
Richard, évêque de Chichester, Gui de Mello, évêque d'Auxerre, dans la
circonscription duquel avait lieu la cérémonie, et une foule d'autres prélats
et d'abbés. Le sépulcre du saint fut ouvert, et après que le roi et les
évêques eurent examiné le corps et constaté son intégrité, Gui de Mello le
transporta sur l'autel pour le faire voir au peuple, puis on renferma les
restes dans un tombeau de pierre, qui, n'ayant pas été trouvé assez riche,
nécessita une seconde translation deux ans après[37]. On
commença dès lors à rendre de grands honneurs aux reliques de saint Edme. Les
rois d'Angleterre Henri III et plus tard Richard II, les archevêques de
Cantorbéry y firent d'importantes fondations. Les rois de France y passèrent
fréquemment, et nous aurons plusieurs fois occasion d'y rencontrer saint
Louis. On
conserve encore aujourd'hui le corps du saint dans l'église de la célèbre
abbaye, ainsi que les vêtements et les ornements pontificaux qui furent
donnés le 9 juin 1247. Ce n'est pas une des moindres surprises que nous
signalons aux curieux, de pouvoir distinguer sur le manipule et sur l'étalé
les tours de Castille, armoiries de la reine Blanche, par laquelle furent
concédés ces précieux objets[38]. Le roi
profita de son passage à Pontigny et du moment où il allait, par un acte
éclatant, témoigner son dévouement à l'église et son appui au Saint-Siège,
pour adresser à Innocent IV des représentations qu'il jugeait nécessaires.
Sur divers points il s'associait indirectement aux revendications déjà
formulées par la noblesse. Le mémoire, qui nous a été conservé[39], est conçu en termes beaucoup
moins violents que le manifeste des barons ; il atteste la fermeté de
caractère de saint Louis, bien que le ton de ce document soit respectueux et
modéré. Le mécontentement du roi, y est-il dit, est partagé par les barons et
par les grands, qui récemment encore, au colloque de Pontoise, lui ont
reproché de laisser détruire son royaume. N'est-il pas étrange de voir le
Saint-Siège, chaque fois qu'il se trouve dans le besoin, imposer à l'église
de France des subsides pris sur le temporel ne relevant que du roi et ne
pouvant être imposé que par lui ? N'est-il pas étrange d'entendre ces paroles :
« Donnez tant ou je vous excommunie ». En ce moment même on réclame une
nouvelle contribution les Frères Mineurs, chargés de cette collecte, veulent
faire ce que le légat lui-même n'a pas osé faire. Plusieurs d'entre eux, en
Bourgogne, ont été jusqu'à convoquer les chapitres des églises et les évêques
eux-mêmes, et à leur enjoindre de verser, dans la quinzaine de Pâques, le
septième de tous leurs revenus ecclésiastiques, les menaçant, en cas de
refus, de la privation de leurs bénéfices et même d'excommunication. Ces
mesures exorbitantes ont été appliquées jusqu'aux pauvres religieuses de
l'ordre de Cîteaux le roi ne peut tolérer qu'on dépouille ainsi les églises
de son royaume fondées par ses ancêtres, et dont il entend réserver le
temporel. Après
un certain nombre de griefs longuement énumérés, saint Louis priait le pape
de ménager les églises de France, de renoncer aux mesures injustes et
arbitraires, et enfin de révoquer les sentences d'excommunication et de
suspension, qui excitaient une réprobation générale. Le
clergé, jaloux de ses droits et de ses prérogatives, n'était pas moins
irrité, quand il se plaignait de l'avidité des envoyés pontificaux, quand il
était frustré des provisions et des collations de bénéfices données à des
étrangers qui les dépouillaient, et emportaient leurs biens hors du royaume. Les
chanoines de Vergy ne pouvaient être satisfaits de voir un clerc et familier
du- pape, Jacques de Bevagna, toucher une pension de dix livres viennoises,
en attendant que le doyen et le chapitre pussent lui donner un bénéfice avec
sa prébende[40]. Les
compétiteurs à l’archidiaconat de Tonnerre étaient fort courroucés d'être
tous évincés, et de voir l'importante fonction qu'ils convoitaient confiée à
un chapelain d'Innocent IV, Jean ''Espagnol, chanoine de Salamanque[41]. La
susceptibilité des chanoines de Langres fut mise à une rude épreuve, quand le
fils d'un noble romain, Philippe, leur fut donné comme collègue, et lorsque
Guillaume, archidiacre de Mâcon, fut chargé de l'installer[42]. Combien
d'actes de cette nature, perdus maintenant, durent exciter le mécontentement
des ecclésiastiques ! Le pape n'était pas toujours responsable de tous ces
abus, et dut, dans une certaine mesure, donner satisfaction aux réclamations
qui ne pouvaient manquer de se produire mais l'effet moral n'en était pas
moins porté, et ces conflits entre les différentes classes de la société
amenaient chaque jour une animosité plus marquée. C'est
dans le Senonais que se manifestait plus spécialement l'hostilité des laïcs
contre le clergé, comme le déclara le pape lui-même dans une lettre à
l'archevêque de Sens[43]. Les seigneurs, les baillis,
les prévôts ne s'y faisaient pas scrupule de mettre la main sur les biens des
églises et d'y arrêter les ecclésiastiques. Ordre fut donné de les prévenir
d'abord, et de lancer contre eux l'excommunication et l'interdit en cas de
récidive. Au
milieu de ses préparatifs de croisade, le duc de Bourgogne ne voulut pas
partir en Terre-Sainte et quitter ses états sans assurer l'avenir de sa
famille et les droits de son successeur au duché. Eudes, son fils aîné, avait
dépassé la dix-huitième année, et Jean, son second fils, suivait de près[44]. Il convint avec Archambaud de
Bourbon de les marier avec Mahaut et Agnès, filles de ce seigneur ; le
contrat fut passé en février 1248[45]. Le duc donnait à Eudes mille
livrées de terre, et à Jean cinq cents livrées, qui devaient être appliquées
aux douaires de leurs futures femmes. Le sire de Bourbon donnait une dot
équivalente à chacune de ses filles, mille livrées à Mahaut, cinq cents à
Agnès, a condition d'élever jusqu'à cinq mille livrées la somme totale, dans
le cas où il viendrait à recueillir l'héritage de Gaucher de Châtillon, frère
de sa femme. De ces cinq mille livrées, l'aînée devait avoir les deux tiers,
et la cadette l'autre tiers. La
décision d'Hugues IV relative à l'expédition de Terre-Sainte remontait déjà à
une époque éloignée. Dès le mois d'octobre 1245, lorsque le roi tint un grand
parlement à Paris, il avait cédé aux exhortations d'Eudes de Châteauroux,
légat du Pape, et avait pris la croix avec un certain nombre de grands barons
du royaume[46]. Depuis ce temps, il avait
fallu, au milieu de préoccupations et de chevauchées diverses, préparer les
armements et les ressources pécuniaires nécessaires ce grand projet. Des
prédicateurs recrutés parmi les religieux des différents ordres, et principalement
chez les Dominicains et les Franciscains[47], parcoururent nos provinces,
pour promettre des indulgences et activer le mouvement et le zèle des
chevaliers. Le moine Salimbene, qui résidait alors à Auxerre, raconte qu'à
trois fois il fit le tour du diocèse avec un religieux de son ordre, afin de
prêcher et croiser les gens pour le passage du roi de France[48]. Cet enthousiasme donnait lieu
à des entraînements blâmables, mais qui tournaient au profit des intérêts de
la croisade. On voyait des enfants, des vieillards, des valétudinaires
prendre la croix, puis se racheter le lendemain de leurs vœux pour une somme
pécuniaire variable, suivant la qualité des personnes. La
duchesse douairière Alix de Vergy, ne pouvant participer personnellement à
cette entreprise, avait prélevé sur ses revenus une somme de cinq cents
livres tournois, destinée à des chevaliers qu'elle avait résolu d'envoyer en
son lieu et place en Terre-Sainte[49]. Les
croisés trouvaient des privilèges dont le Saint-Siège ne se montrait pas
avare dans de telles circonstances. Leurs femmes, leurs enfants, leurs biens
étaient mis sous la protection de l'église l'effet des sentences
ecclésiastiques prononcées contre eux était suspendu ; ils étaient gratifiés
de diverses immunités dont tous n'étaient pas également dignes. On mettait à
leur disposition le dixième et le vingtième des biens levés sur le clergé,
ainsi que les donations pieuses, les legs faits à la Terre-Sainte, les sommes
versées à titre de rachat par les croisés qui avaient des motifs sérieux de
ne pas mettre leurs vœux à exécution. Le
légat Eudes de Châteauroux était chargé de hâter la perception des dixièmes,
qui furent établis pour trois années d'abord, et prolongés ensuite de deux
ans. Au sujet de cette Triennis et biennis décima[50], on peut voir des
renseignements curieux dans le Recueil des historiens de France, relativement
aux diocèses de Langres, Autun, Mâcon, Chalon-sur-Saône, Nevers, Auxerre. Les
collecteurs pontificaux prenaient soin de relater les monnaies diverses. ;
dans les diocèses de Langres et d'Autun, on parle des deniers parisis,
viennois, provinois, dijonnais petits, dijonnais neufs, parfois on relate
dans le compte du diocèse de Nevers le change des deniers nivernais forts en
monnaie tournois. Les
difficultés qui s'étaient déjà présentées pour la collection de cet impôt
lors des dernières croisades se reproduisirent dans beaucoup de localités les
uns n'avaient pas terminé le paiement de la troisième année du triennium
; d'autres devaient les deux ans de biennium ; quelques-uns ne
payaient rien du tout. Le prévôt de Chablis n'avait pas versé un denier[51] ; deux prieurés du diocèse
de Chalon étaient en défaut pour une année entière. Il fallut appliquer la
sentence d'excommunication aux délinquants, dont le nombre était si
considérable que les comptables ont renoncé à nous en faire l'énumération[52]. Certains
ordres religieux pauvres ou endettés avaient réussi à se soustraire à
l'impôt, comme les Cisterciens et les Chartreux. Ceux qui par profession
avaient à intervenir personnellement dans la défense de la Terre-Sainte,
comme les Templiers, les chevaliers de l'ordre teutonique, les Hospitaliers,
reçurent, des exemptions légales. Partout ailleurs la collecte du dixième
était réclamée avec une certaine rigueur, et les gens que l'on croyait en
mesure de faire face à ces dépenses n'étaient pas épargnés. On vint réclamer
à la duchesse Alix de Vergy un dixième sur des biens qu'elle avait achetés à des
ecclésiastiques, mais comme elle avait versé sur ses revenus et sur ses biens
propres une somme de cinq cents livres tournois, on consentit à la dispenser
de toute charge nouvelle, et il lui fut promis qu'aucune sentence
d'excommunication ne pourrait être prononcée contre elle, contre sa terre, ni
les gens de sa maison[53]. Le roi
de France et les princes de la famille royale ne furent pas seuls à
bénéficier des subsides. La cour de. Rome, qui en opérait la rentrée, les
distribuait suivant l'importance et les besoins des personnages prêts à
partir en Terre-Sainte. Innocent IV avait donné ordre de délivrer à Hugues,
duc de Bourgogne, deux mille marcs d'argent, et au sire de Bourbon trois
mille marcs, pour lui permettre de faire face aux charges de leur expédition
mais au moment de leur départ, ils n'avaient encore touché que la moindre
partie des sommes qui leur avaient été allouées. Après la mort d'Archambaud
de Bourbon, le pape voulut indemniser Hugues IV et son fils Eudes de
Bourgogne, gendre d'Archambaud il écrivit à cet effet, le 15 mars 1251, aux
abbés de Fontenay, de Maizières et des Echarlis, de l'ordre de Cîteaux, pour
les inviter à réunir dans leurs divers diocèses les legs affectés à la
Terre-Sainte, les rachats des vœux des croisés, les donations provenant
d'œuvres pieuses, afin de prendre sur cette somme jusqu'à concurrence de cinq
mille marcs d'argent, qui devaient être livrés au duc de Bourgogne et à son
fils[54]. On verra dans le volume
suivant que deux ans après, le versement de ce subside était loin d'être
effectué. Le 2
décembre 1247, Eudes de Châteauroux reçut du pape l'ordre de remettre à Dreux
de Mello, seigneur d'Epoisses et de Château-Chinon, cinq cents marcs
d'argent, à prendre sur les produits dû vingtième des legs et des rachats[55]. Cinq
cents livres tournois furent également attribuées à Gaucher de Joigny,
familier du pape[56], au moment de son départ. Puis,
comme Béatrix, grand'mère de ce chevalier, avait prêté six cents livres
tournois au père de Gaucher, et ordonné par testament que cette somme fût
employée en œuvres pieuses, le fils de celui auquel l'argent avait été prêté
obtint de n'avoir pas à le rembourser, eu égard aux grandes dépenses que
nécessitait son voyage[57]. Cinquante
marcs d'argent furent délivrés à Landry de Fleury, qui se proposait
d'accompagner Dreux de Mello en croisade[58]. Gibaud
de Saint-Verain, un des grands barons du Nivernais, avait fait des
préparatifs assez considérables, et se disposait à passer la mer, cum
honorabili bellatorum numero, on lui réserva dans ses domaines et dans
ceux de la comtesse de Nevers une partie des legs et des rachats des vœux, à
la réserva des concessions antérieures[59]. Trois
mille livres tournois furent allouées par le pape au sire de Beaujeu, sur les
mêmes impositions destinées à la Terre-Sainte[60]. Pour
déterminer Jean, comte de Bourgogne et sire de Salins, qui hésitait à partir,
on lui fit espérer la cession d'une partie du vingtième levé dans ses
domaines[61]. Un grand nombre de seigneurs reçurent des subsides et des gratifications, qui n'ont pas été tous enregistrés par la chancellerie pontificale, et dont la trace n'a point été conservée. |
[1]
Notre catalogue, n° 2202.
[2]
Mathieu de Paris, édition de sir Richard Luard, t. V, p. 175.
[3]
Huillard-Breholles, t. VI, p. 556-588. L'alliance entre Frédéric et le dauphin
de Viennois était telle que l'empereur lui confirma, en considération de ses
services passés et à venir, les comtés de Gap et d'Embrun avec tous les biens
qu'il pourrait y acquérir (Huillard-Breholles, t. VI, p. 942).
[4]
Elie Berger, Registres d'Innocent IV, n° 779.
[5]
6 février 1245, Potthast, Reg. pontif., n° 11536 ; Elie Berger, Registres
d’Innocent IV, n° 970 ; notre catalogue, n° 2307.
[6]
Cette promotion de Robert de Thourotte au siège épiscopal de Liège est du 24
décembre 1240. La mort de ce prélat est du 16 octobre 1246.
[7]
C'est à tort que M. Daguin, Les évêques de Langres, p. 108-110, donne à
ce Gui du Puiset, ou peut-être Gui de Rochefort, une place entre Robert de
Thourotte et Hugues de Rochecorbon. L'abbé Roussel, Le Diocèse de Langres,
t. I, p. 109, supprime avec raison le nom de ce prélat.
[8]
Catalogue, n° 2508-2511.
[9]
Catalogue, n° 2512, 2513.
[10]
Mathieu de Paris, édition de sir Richard Luard, t. IV, p. 427-429.
[11]
Mathieu de Paris, t. IV, p. 428.
[12]
Elie Berger, Registres d'Innocent IV, n° 633 et 634. Lettres au
monastère de Cluny, au chapitre de Coutances, au clergé, aux chevaliers et au
peuple du diocèse, à l'ancien abbé de Cluny, promu évêque de Coutances.
[13]
Catalogue, n° 2514-2516.
[14]
Catalogue, n° 2528.
[15]
Elie Berger, Registres d’Innocent IV, n° 747 ; notre catalogue, n°
248B5.
[16]
1er février 1245, catalogue, n° 2506.
[17]
Chronica Fr. Salembene Parmensis, Parmæ, MDCCCLVII, p. 375. Au chapitre suivant, nous
parlerons longuement de ce chroniqueur et de sa chronique.
[18]
Potthast, Reg. pontif., n° 10220 ; notre catalogue, n° 2236.
[19]
Voir notre tome V.
[20]
Mathieu de Paris, édition de sir Richard Luard, t. IV. p. 428.
[21]
Mathieu de Paris, t. IV, p. 484.
[22]
Mathieu de Paris, t. IV, p. 490.
[23]
Guillaume de Nangis, Vie de saint Louis, Recueil des historiens de France,
t. XX, p. 352.
[24]
Aux renseignements fournis par Guillaume de Nangis, Recueil des historiens
de France, t. XX. p. 332, il faut joindre la relation de la chronique de
Cluny, Bibliot. Cluniacensis ; Chronicon apud Cluniacense reverendissimi
patris domni Jacobi de Ambasia, Cluniacensis abbatis, jussu conscriptum a R. P.
Francisco de Rivo, p. 1666 ; la traduction qui se trouve dans Lorrain, Essai
historique sur l'abbaye de Cluny, p. 154-156 ; la mention du Gallia
Christiana, t. IV, coll. 1080.
[25]
Chronica Fr. Salimbene Parmensis, Parmœ, 1857, p. 88-89.
[26]
Salimbene, loco citato, p. 89, termine en disant que les moines noirs
sont plus nombreux en France qu'en Italie.
[27]
Mathieu de Paris, édition de sir Luard, t. IV, p. 484, dit septem diebus.
Le roi était assurément arrivé le 29, veille de la Saint-André, et ne partit
que le 6 au plus tôt et le 7 au plus tard. On a un diplôme, daté de Cluny, le 6
décembre 1245 : Mansiones et Itinera, dans le Rec. des hist. de
France, t. XXI, p. 443. Le 8 le roi était à Mâcon.
[28]
Chronic. Cluniacense, loco citato ; Lorain, Essai historiens sur
l'abbaye de Cluny, p. 158 ; Mathieu de Paris, t. IV, p. 489.
[29]
Gallia Christiana, t. IV, coll. 1080 ; Mathieu de Paris ; t. IV, p. 485.
[30]
Mathieu de Paris, édition de sir Luard, t. IV, p. 523.
[31]
Orig. Arch. nat., J. 498 Teulet, Layettes du Trésor des Chartes,
t. II, n° 3569 ; Preuves des libertés de l'église Gallicane, 1re partie,
3e édit p. 99 ; Mathieu de Paris, édition de Luard, t. IV, p. 591, donne le
même texte français avec quelques variantes. Le texte latin se trouve dans un
autre chroniqueur anglais Mathieu de Westminster, dans Varin, Arch.
administratives de la ville de Reims, t. I, p. 690, n° 210. Ce manifeste a
dû être reproduit à un grand nombre d'exemplaires, et offre par suite des variantes
orthographiques. L'art de vérifier les dates donne à tort à cette pièce
la date de 1247.
[32]
4 janvier 1247, Potthast, Regest. pontific., n° 12385, Elie Berger, Registres
d'Innocent IV, n° 2952.
[33]
Pour les détails de tous les faits qui ne concernent pas spécialement notre
sujet, il faut lire le beau travail de M. Elie Berger, Saint Louis et
Innocent IV, chapitre VII, dans l'introduction aux Registres d'Innocent
IV.
[34]
Raynaldus, an. 1247, chap. X, dit que quelques historiens ont écrit que le duc
de Bourgogne avait attiré Frédéric, mais ne nomme pas ces historiens. Le
concile de Valence, tenu en décembre 1248, anathématise tous ceux qui ont
appelé Frédéric en deçà des Alpes.
[35]
Et non le 7 juin, comme le dit Mathieu de Paris, édition de sir Richard Luard,
t. IV, p. 631. Le chroniqueur confond sans doute la date d'arrivée de saint
Louis à Pontigny avec la translation qui eut lieu deux jours après. Les Annales
de Waverleia, (Annales monastici, t. II, p. 338-339) donnent la date exacte
quinto idus junii, le 9 juin.
[36]
Mathieu de Paris, édition de Luard, t. IV, p. 631-632.
[37]
Pour les détails de cette cérémonie, il faut consulter encore l'abbé Lebeuf, Histoire
d'Auxerre, nouvelle édition, t. I, p. 434 ; l'abbé Henry, Histoire de
Pontigny, p. 114-116 ; baron Chaillou des Barres, l'Abbaye de Pontigny,
p. 105-107 ; les manuscrits de dom Depaquit, relatifs à cette abbaye,
Bibliothèque de la ville d'Auxerre ; la vie de saint Richard, évêque de
Chichester, Bolland, t. I, April., p. 304.
[38]
J'ai encore visité cette année ces intéressantes reliques assez bien conservées
après six siècles et demi de durée.
[39]
Mathieu de Paris, édition de Luard, t. VI, p. 99-112 (additamenta). Voir
aussi Elie Berger, Registres d’Innocent IV, introd., p. CXCIII pour la date à
laquelle le mémoire fut rédigé et envoyé au pape.
[40]
27 octobre 1247 ; notre catalogue, n° 2384.
[41]
4 janvier 1244 ; notre catalogue, n° 2481.
[42]
15 octobre 1252 ; Elie Berger, Registres d'Innocent IV, n° 6689.
[43]
Varin, Archives administratives de la ville de Reims, t. I, 2e partie,
p. 734.
[44]
Hugues IV avait épousé Iolande de Dreux au commencement de 1229 il est probable
qu'Eudes était né à la fin de cette année et Jean à la fin de 1230.
[45]
Huillard-Breholles, Titres de la maison ducale de Bourbon, t. I, n° 272.
[46]
Guillaume de Nangis, Vie de saint Louis, Recueil des historiens de France,
t. XX, p. 352 ; Mathieu de Paris, édition de sir Luard, t. IV, p. 489.
[47]
Chronica Johannis de Oxenedes (collect. du maître des rôles), p. 179,
année 1249.
[48]
Salimbene, Chronica, Parmœ, 1878, p. 91.
[49]
Elie Berger, Registres d'Innocent IV, n° 3788, pièce du 6 avril 1248.
[50]
Triennis et biennis decima, ab anno MCCXLVII
collecta. Orig. Arch. nat., J. 1032 ; Recueil des historiens de
France, t. XXI, p. 332-540.
[51]
Recueil des historiens de France, t. XXI, p. 536 H.
[52]
Recueil des historiens de France, t. XXI, p. 537.
[53]
Elie Berger, Registres d'Innocent IV, n° 3788, pièce du 6 avril 1248.
[54]
Delaborde, Layettes du Trésor des Chartes, t. III, n° 3923 ; Elie
Berger, Registres d'Innocent IV, n° 6207, 6661.
[55]
Elie Berger, Registres d'Innocent IV, n° 3450 ; notre catalogue, n°
2587.
[56]
15 octobre 1247 ; notre catalogue, n° 2582.
[57]
8 avril 1248 ; notre catalogue, n° 2602.
[58]
2 décembre 1247 ; catalogue, n° 2587.
[59]
Lettre d'Innocent IV à son légat Eudes de Châteauroux, du 12 octobre 1247
catalogue, n° 2579.
[60]
Huillard-Breholles, Titres de la maison de Bourbon, n° 298 ; 29 juillet
1248 ; catalogue, n° 2624.
[61]
20 mai 1247 ; catalogue, n° 2566.