HISTOIRE DES DUCS DE BOURGOGNE DE LA RACE CAPÉTIENNE

TOME QUATRIÈME

 

CHAPITRE XXXI. — RÉGNE DE HUGUES IV (suite) - 1244-1248.

 

 

Hostilité du duc de Bourgogne contre les autorités ecclésiastiques, partagée par les divers princes de sa maison. — Causes de cette hostilité. — Avances faites par le pape installé à Lyon. — Faveurs accordées à divers seigneurs par le Saint-Siège, au duc et à la duchesse de Bourgogne, au comte de Champagne, à Dreux de Mello, seigneur d'Epoisses, à Anséric, seigneur de Montréal. — Entrevue, de saint Louis et d'Innocent IV à Cluny. — Imposante cérémonie à cette occasion. — Dédicace de l'église de Saint-Pierre de Mâcon par le pape et le roi. — Résultat des conférences. — Mécontentement de Louis IX. — Confédération de la noblesse contre l'autorité pontificale. — Hugues IV, duc de Bourgogne à la tête des barons confédérés. — Violent manifeste de la ligue. — Energique réponse du pape. — L'empereur Frédéric profite du conflit pour gagner l'appui de la noblesse. — Le duc de Bourgogne engage Frédéric à marcher sur Lyon avec les forces de l'empire. — Intervention de Saint-Louis, que les légats du pape viennent trouver Pontigny. — Le roi et Blanche de Castille assistent à Pontigny à la translation des restes de Saint-Edme, archevêque de Cantorbéry. — Solennité de cette cérémonie. — Fermes représentations adressées au pape par saint Louis. — Nature de ces réclamations. — Plaintes des ecclésiastiques contre les abus du Saint-Siège. — Préparatifs du duc Hugues IV pour la croisade ; mariage de ses fils Eudes et Jean de Bourgogne avec Mahaut et Agnès, filles d'Archambaud de Bourbon. — Enrôlement des croisés. — Rachat des vœux. — Dixième et vingtième des biens levés sur le clergé. — Triennis et biennis décima. — Collecteurs pontificaux. — Difficultés pour lever les dîmes. — Sommes allouées au duc de Bourgogne, à Archambaud de Bourbon, à Dreux de Mollo, seigneur d'Epoisses, aux sires de Beaujeu, de Joigny, etc.

 

Nous avons déjà vu, en 1235, l'aversion des seigneurs féodaux contre l'autorité ecclésiastique, qui s'était énergiquement manifestée à propos de conflits de juridiction. A la tête des grands feudataires lus plus hostiles, ne soyons pas surpris de trouver Hugues IV[1]. Depuis leur prise de possession de la Bourgogne, les ducs avaient toujours eu à compter avec l'évêque de Langres, et n'avaient jamais pu s'affranchir d'une sorte de vassalité blessante pour l'amour propre et la dignité du chef de la féodalité bourguignonne. Les grands fiefs de la contrée, compris dans l'évêché, relevaient comme deux siècles auparavant du prélat langrois. Cet enchevêtrement de pouvoirs avait donné lieu à des démêlés, à des débats sans fin, qui se renouvelaient à chaque règne. Les guerres malheureuses d'Hugues III, en resserrant les liens de vassalité qui le mettaient sous la dépendance et la volonté du roi de France, n'avaient point amélioré la situation. Grâce à ce manque d'autorité, on avait pu voir un simple vassal, un sire de Vergy, faire échec à sa puissance, et lever l'étendard de la révolte.

Ce n'est que plus tard, lorsque les ducs auront considérablement étendu le cercle de leurs possessions, et conquis une autorité incontestable et incontestée, que l'hommage dû aux évêques n'apparaîtra plus que comme un acte de déférence envers le représentant de la puissance spirituelle.

Pour le moment, Hugues IV n'avait pas vu sans inquiétude le pape s'installer à Lyon. Philippe de Savoie, archevêque de cette ville, et son frère Boniface, archevêque de Cantorbéry, avaient à la cour pontificale une action et une influence qui dégénéraient en une véritable oppression, et n'étaient pas étrangers à l'hostilité soulevée contre l'entourage du souverain pontife. Mathieu de Paris, parfois suspect, ne rapporte que le bruit de l'opinion publique, lorsqu'il relate les propos violents du duc de Bourgogne contre les deux prélats, et les menaces de la noblesse de France contre leurs agissements[2].

Un autre membre de la famille de Bourgogne, le dauphin de Viennois, ne montrait pas de meilleurs sentiments à l'égard de la papauté, et défendait énergiquement la cause de l'empereur Frédéric II[3].

Cependant le pape avait alors trop d'intérêt à vivre en bons rapports avec ses voisins pour leur susciter des embarras. On peut croire au contraire que le pontife s'efforça de plaire au duc, quand, sur sa demande, il écrivit, le 20 décembre 1244, aux évêques et aux prélats, pour leur défendre de rien faire payer à des excommuniés en échange de leur absolution[4]. Peu de temps après, cédant aux sollicitations de la duchesse Alix de Vergy, Innocent IV accordait à tous les clercs de la province de Lyon, qui étudiaient la théologie dans l'école des Dominicains dé Dijon, le droit de percevoir en entier les revenus de leurs bénéfices[5], Il faut attribuer à un sentiment de courtoisie à l'adresse de Hugues IV l'empressement avec lequel il nomma au siège d'Autun son parent Anseau de Pommard, qui succéda à Gui de Vergy.

A défaut de preuves contraires, il est probable qu'Hugues IV ne vit pas d'un mauvais œil la nomination du nouvel évêque de Langres, Hugues de Rochecorbon, ancien abbé de Cluny, avec lequel il paraît avoir vécu en bonne intelligence. Le siège épiscopal était vacant depuis quatre ans, époque à laquelle Robert de Thourotte, le précédent titulaire, avait été promu à l'évêché de Liège[6]. Les chanoines avaient, à la vérité, procédé à une élection, mais Gui du Puiset, qu'ils avaient choisi, n'avait jamais été consacré, malgré ! le titre d'évêque qu'il paraît s'être donné de 1241 à 1246[7].

Le 20 février 1245, Innocent IV manda aux chanoines, aux clercs, aux barons et au peuple de la cité de Langres que, pour faire cesser la longue vacance du siège épiscopal, il venait d'y nommer Hugues de Rochecorbon, abbé de Cluny[8]. Par des lettres du même jour, il écrivît au roi de France et à la reine Blanche de vouloir bien avoir cette nomination pour agréable, et de faciliter la prompte installation de ce prélat[9]. Mathieu de Paris[10] reproche à Hugues d'avoir considérablement appauvri son abbaye par des prodigalités à l'égard du pape, dont il voulait obtenir un évêché ; il lui avait envoyé à Lyon quatre-vingts palefrois richement caparaçonnés, et à chacun des cardinaux des chevaux couverts de housses somptueuses, sans compter des vases et de la vaisselle d'argent[11]. Il est vrai que le Saint-Siège avait récompensé son dévouement, en lui donnant d'abord l'évêché de Coutances (30 avril 1244), dont il ne paraît pas avoir jamais pris possession[12].

Un mois plus tard, Innocent IV remplit les mêmes formalités en faveur de Guillaume de Chevannes, qui de l’évêché de Chalon-sur-Saône fut promu à l'archevêché de Besançon[13].

On a encore d'autres documents qui témoignent de la bienveillance accordée par le pontife à divers barons, à Dreux de Mello, à Anséric de Montréal, cousin du duc de Bourgogne. Ce dernier avait commis des méfaits qui avaient nécessité les réclamations des autorités ecclésiastiques et la répression du Saint-Siège il était ensuite entré en guerre avec Dreux de Mello, seigneur d'Époisses, son parent. La lutte n'avait cessé qu'à la suite d'un traité, dont chacun d'eux avait juré d'observer les clauses à peine de trois mille marcs d'argent, et par lequel la fille d'Anséric devait épouser le fils de Dreux, malgré leur parenté au quatrième degré. Sur leur demande, le pape consentit à leur accorder une dispense, pour mettre fin à leurs querelles, et donna en conséquence ses ordres à l'évêque de Langres[14].

Innocent IV ne montra pas moins d'empressement à l’égard des grands feudataires du voisinage. On le voit donner une permission de s'élever aux ordres sacrés à un fils naturel de Thibaud, comte de Champagne, né d'un double adultère, probablement à ce bâtard Nicolas, d'abord écolâdre de Saint-Étienne de Troyes, qui reçut deux ans plus tard l'autorisation de se faire recevoir chanoine dans une église du royaume de France[15]. A la prière de Thibaud, Gui de Chablis, son clerc, fils d'un prêtre et d'une femme non mariée, obtint une dispense pour prendre les ordres sacrés et retenir un bénéfice ecclésiastique[16]. D'autres privilèges dénotent la cordialité des rapports entre les pouvoirs civils et la cour pontificale de Lyon. Quant aux membres les plus influents du haut clergé, il serait trop long d'énumérer les faveurs, les autorisations, les dispenses de toutes sortes qui leur furent octroyées.

La brillante cérémonie dont l'abbaye de Cîteaux avait été le théâtre, lors de la réception de la famille royale, n'avait pas été envisagée sans envie par les Clunisiens. La rivalité entre les moines noirs et les moines blancs avait, à la vérité, perdu de son acuité depuis les luttes célèbres dont saint Bernard et Pierre le Vénérable avaient été les champions, mais les religieux n'étaient pas plus que les autres hommes à l'abri des sentiments d'amour-propre et des misères de ce monde ; chacun d'eux tenait à la prospérité et à la prépondérance de l'ordre auquel il appartenait. Cet antagonisme était même partagé par les Frères-Mineurs ou Franciscains, dont l'institut plus récent n'avait pas été sans éclat. Salimbene nous a raconté[17] l'histoire d'un moine de cet ordre, qui, chassé pour faute grave, se vit contraint de quitter le froc Franciscain, reçut bon accueil des Cisterciens, et fut par eux élevé à la dignité abbatiale dans un de leurs monastères. Les Frères Mineurs, craignant qu'un tel exemple n'eût des imitateurs, parvinrent à s'emparer du transfuge, le mirent au pain et à l'eau après l'avoir séquestré, et le firent rentrer dans la maison où il avait prononcé ses premiers vœux. Ce fut une occasion de représailles de la part des Cisterciens ; il s'ensuivit quelques désordres, qui nécessitèrent l'intervention de Grégoire IX une bulle du 4 août 1236[18] ordonnait aux abbés de Cîteaux de ne pas recevoir de Franciscains dans les maisons de leur ordre, pas plus que ces derniers ne devaient accepter de sujets portant le froc Cistercien.

Les transfuges sortis de Cluny donneront lieu plus tard à des épisodes scandaleux, dans lesquels le duc de Bourgogne eut le tort de prendre un rôle malheureux et peu avouable[19].

Lorsqu'il fut question d'une entrevue entre Louis IX et Innocent IV, afin de mettre un terme à l'antagonisme entre l'empereur Frédéric et le Saint-Siège, les abbés de Cîteaux et de Cluny firent des efforts, chacun de leur côté, pour attirer les souverains dans leur monastère. Il paraît probable que les présents adressés au pape par ces deux abbés, présents que Mathieu de Paris[20] regarde comme les résultats de leur rivalité et de leur ambition personnelle, n'avaient en réalité pour but que d'assurer en cette circonstance la prépondérance de leur ordre.

Le rendez-vous de cette conférence, fixé définitivement à Cluny à la saint André, 30 novembre 1245[21], nécessita de grands préparatifs. Le baronnage français avait été officiellement convoqué le 16 octobre en parlement à Paris[22]. Un certain nombre de croisés y renouvelèrent le vœu qu'ils avaient fait de partir en Terre-Sainte, et se disposèrent à suivre le roi dans sa visite au pape. Le duc de Bourgogne, présent aux séances de ce parlement, y prêta le même serment. Louis IX vint en Bourgogne avec une suite considérable et tint à paraître à la cour pontificale avec tout l'éclat et la pompe royale. « Des hommes, remarquables par leurs talents et leur valeur militaire, le précédaient, accompagnés de guerriers brillamment équipés, disposés comme les escadrons d'une armée en marche. Trois corps de bataille formaient l'avant-garde ; en tête une centaine de sergents, armés d'arbalètes, montés sur des coursiers richement caparaçonnés ; puis cent chevaliers aux armures éclatantes, revêtus du heaume et du haubert, portant des boucliers ronds et des targes au col, et dont les chevaux étaient couverts de mailles de fer ; enfin, un troisième corps de cent hommes, armés de toutes pièces, l'épée au poing. Le roi et la glorieuse chevalerie de son royaume, en nombre vraiment incroyable, formaient le quatrième groupe[23]. » Dans le cortège royal figuraient la reine Blanche, la princesse Isabelle, les trois frères du roi, Robert, comte d'Artois, Alphonse, comte de Poitiers, Charles, comte d'Anjou, l'empereur Baudoin de Constantinople, le fils du roi d'Aragon, le fils du roi de Castille, Hugues IV, duc de Bourgogne, les comtes de Ponthieu, de Dampierre, de Forez, de Joigny, l'avoue de Béthune, les chevaliers du conseil royal, les sires de Beaujeu, de Bourbon et une foule d'autres personnages[24].

Le jeudi 30 novembre, jour de saint André, le pape Innocent IV, entouré de douze cardinaux, qui/ pour la première fois, portaient le chapeau rouge, célébra la messe sur le grand autel de l'église de Cluny, en présence de cette imposante assemblée, qui comptait encore les patriarches d'Antioche et de Constantinople, les archevêques de Reims, de Lyon, de Besançon, les évêques de Paris, de Langres, de Chalon-sur-Saône, de Clermont, de Soissons, de Châlons-sur-Marne, de Senlis, d'Évreux, d'Agen, de Bethléem, et un nombre considérable de prélats et d'abbés.

Tous furent logés et hébergés dans l'abbaye aux frais du couvent ; le roi et sa cour, le pape, ses chapelains et sa suite, les évêques de Langres, de Senlis, d'Évreux avec leur maison, les princes déjà cités avec tous leurs officiers. Les moines n'eurent rien à changer à leurs habitudes, et malgré cette affluence, ne quittèrent ni leur dortoir, ni leur réfectoire, ni aucun des lieux réputés conventuels.

Le souvenir de cette imposante cérémonie, et de la large hospitalité donnée aux visiteurs dans le célèbre monastère, avait tellement frappé l'imagination des contemporains, que longtemps après le Franciscain Salimbene[25] en était saisi d'admiration. « Et sais-tu, lecteur, que l'abbaye de Cluny est le plus noble couvent de moines noirs de l'ordre des Bénédictins en Bourgogne. Les bâtiments en sont si considérables que le pape avec ses cardinaux, toute sa cour, celle du roi et de sa suite, peuvent y loger simultanément, sans que les religieux en éprouvent aucun dérangement et soient obligés de quitter leur cellule[26]. »

Pendant les conférences de Cluny, où saint Louis resta huit jours, du 29 novembre au 7 décembre[27], « l'apostole et le roi parlèrent secrètement ensemble de ce qu'ils voulurent, et s'en retourna le roi quand il eut salué les cardinaux et reçu la bénédiction du pape ». Avant de partir, saint Louis voulut dédommager le monastère des frais considérables occasionnés par une telle réception, et permit à l'abbé Guillaume de Pontoise de lever sur tout l'ordre le dixième des revenus d'une année, sauf une somme de trois mille marcs d'argent réservée pour le Saint-Siège[28]. La séparation du pape et du roi n'eut pas lieu à Cluny mais à Mâcon, qui depuis six ans relevait de la couronne, et où fut célébrée la dédicace de l'église Saint-Pierre cette cérémonie se fit le 8 décembre 1245, jour de la conception Notre-Dame, en présence de la famille royale, de douze cardinaux, de deux patriarches et de sept évêques[29].

En venant à Cluny, le roi n'avait obéi qu'à deux sentiments qui lui tenaient au cœur, la délivrance des saints lieux et la pacification de la chrétienté, depuis si longtemps troublée par la querelle dû pape et de l'empereur. Il n'avait jamais pris position dans ces débats ; son âme pure et sereine, exclusivement "dévouée à la religion du devoir, ne comprenait rien aux passions humaines, aux sentiments égoïstes qui s'agitaient autour de lui sans le souiller ni le troubler.

Quels furent les résultats de ses conversations et de ses entretiens secrets avec le pape ? On ne l'a jamais su exactement, et les chroniqueurs n'en rapportent que les vagues indications qui pouvaient alors circuler dans l'entourage de la cour. Il se peut que Mathieu de Paris, dont le récit est souvent partial et passionné, soit inexact dans la forme et vrai dans le fond[30]. Il se peut que saint Louis, trop discret pour révéler les secrets de ces conférences, ait laissé percer quelque sentiment d'amertume en trouvant si peu d'humilité dans celui qui s'intitulait le serviteur des serviteurs de Dieu, et en présence de l'attitude hautaine avec laquelle le pontife accueillait ses propositions de paix.

Il n'est pas permis d'en douter, en voyant le roi, si dévot et si modéré, interdire peu après aux évêques de prêter de l'argent au pape, et tolérer contre le clergé cette ligue de la noblesse irritée qui produisit une redoutable explosion. Les grands barons se réunirent au mois de novembre 1246, et signèrent un pacte d'association et de défense mutuelle contre le despotisme ecclésiastique. Les confédérés choisirent quatre chefs et en premier lieu, le plus ardent et le plus irrité de tous Hugues IV, duc de Bourgogne puis, Pierre Mauclerc, comte de Bretagne, Hugues de Châtillon, comte de Saint Pol et Hugues de Lusignan, comte d'Angoulême, fils du vieux comte de La Marche.

Ce curieux manifeste nous a été conservé en latin et en français[31] : « Les clercs, y est-il dit, après nous avoir d'abord déçus par une feinte humilité, s'élèvent maintenant contre nous avec la ruse des renards, et s'enflent d'orgueil, sans songer que c'est par la guerre et par le sang des nôtres que, sous Charlemagne et autres, le royaume de France a été converti de l'erreur des gentils à la foi catholique ; ils empiètent tellement sur la juridiction des princes séculiers, qu'aujourd'hui les fils des serfs, dès qu'ils sont clercs, jugent selon leurs lois les hommes libres et les fils des hommes libres, quoiqu'ils dussent bien plutôt être jugés eux-mêmes par nous, selon les lois des anciens conquérants de la Gaule, pour ne point déroger par de nouveaux établissements, aux coutumes de nos ancêtres. C'est pourquoi, nous tous, les grands du royaume, après avoir considéré mûrement que le pays n'a point été acquis par le droit écrit, ni par l'arrogance des clercs, mais par le sang des guerriers, nous arrêtons et sanctionnons tous par le serment le décret suivant, à savoir, que nul clerc ou laïque ne pourra citer un autre particulier devant les évêques ou leurs délégués, sinon pour hérésie, usure, ou différend concernant le sacrement de mariage. Les transgresseurs de cette loi seront punis par la confiscation de tous leurs biens et la mutilation d'un membre, le tout afin que notre juridiction soit ressuscitée, que les clercs enrichis par notre appauvrissement retournent à l'état de la primitive église, qu'ils nous laissent la vie active, comme il est convenable, et que vivant dans la contemplation, ils nous fassent enfin revoir les miracles qui depuis longtemps ont disparu de ce monde. »

Il y a dans cette exposition violente et incisive, sobre de toute déclamation verbeuse, un caractère de virilité et de mâle énergie qui n'est pas sans grandeur, et que l'on n'a pas l'habitude de rencontrer dans les documents de cette époque. Certaines idées comme celles-ci : les clercs se sont enrichis de l'appauvrissement de la noblesse, sont grosses de menaces pour l'avenir.

Il est probable que le duc de Bourgogne, par l'entremise de quelque personnage de son entourage, avait pris part à la rédaction de ce manifeste, pour avoir eu l'honneur d'être choisi le premier comme chef de la confédération. Les quatre élus furent chargés de veiller aux intérêts communs, et de prendre les mesures nécessaires, jusqu'à ordonner des levées d'hommes et d'argent. Il fut convenu que si l'un d'eux était à tort frappé de la peine d'excommunication, il ne céderait point à cette sentence, suivant la décision qui serait prise par les élus, et que tous les autres ligués lui prêteraient main forte pour la résistance.

A cette levée de boucliers, le pape répondit par une lettre non moins vigoureuse, adressée à Eudes de Châteauroux, son légat[32], dans laquelle il déclarait que l'Église, loin d'empiéter sur les juridictions laïques, n'usait pas même de tous les droits qui lui avaient été légués par les souverains. Sur ce point, le pontife connaissait mieux l'histoire que les barons, persuadés que leurs ancêtres avaient conquis la Gaule sur les païens. Après un exposé digne et énergique, il enjoignait au légat d'excommunier tous les membres de l'association anti-cléricale, et déclarait que quiconque persévérerait dans cette alliance impie serait, ainsi que ses héritiers, incapable d'être admis aux fonctions et aux bénéfices ecclésiastiques.

On connaît trop l'esprit et les tendances de la féodalité, pour croire que les barons s'inclinèrent devant une telle sentence. La querelle ne fit que s'envenimer et prendre des proportions inquiétantes. L'empereur Frédéric y vit une bonne occasion de servir ses intérêts en isolant son adversaire ; il fit des avances aux seigneurs français et leur adressa un mémoire, dans lequel il reprenait de loin les griefs contre la papauté, en rappelant les efforts inutilement tentés par le roi de France pour faciliter un accommodement.

Ensuite, il écrivit directement à plusieurs des principaux feudataires, les invitant à se porter à sa rencontre avec les forces dont ils pourraient disposer, résolu lui-même à marcher sur Lyon à la tête de son armée[33]. Il parait même que le duc de Bourgogne, dans sa constante antipathie pour le Saint-Siège, était un de ceux qui avaient le plus contribué à attirer Frédéric dans les Gaules[34].

Louis IX, resté neutre jusque-là, ne pouvait plus se désintéresser dans ce débat. Aux légats du pape qui vinrent le trouver à Pontigny et qui sollicitèrent son appui, il promit d'intervenir activement si-l'empereur franchissait les Alpes, et leur assura, si les s circonstances l'exigeaient, qu'il irait protéger le pape avec toutes les forces de la monarchie. Les embarras dans lesquels se trouva l'empereur ne permirent pas à ce dernier de mettre ses projets à exécution, et le conflit qui eût pu entraîner une collision générale n'eut pas de suite, mais il suffisait à Innocent IV de savoir que le roi de France avait pris parti et qu'il était désormais son allié ; dès le 17 juin, il lui en manifesta sa reconnaissance en des termes les plus chaleureux.

C'était une cérémonie purement religieuse qui avait attiré saint Louis à Pontigny. Après la brillante réception de Cluny, les Cisterciens avaient obtenu la promesse qu'il assisterait à la translation des restes de saint Edme, archevêque de Cantorbéry, dont la mémoire était en grande vénération. Le bruit des miracles qui s'opéraient sur son tombeau s'était répandu au loin, et attira une foule considérable de la province et des contrées voisines. La solennité avait été annoncée pour le 9 juin 1247, troisième dimanche après la Pentecôte[35]. La famille royale y arriva le vendredi. La veille la reine Blanche de Castille passa la journée en jeûne et en prières, tous cierges allumés[36]. Bien que cette solennité soit moins connue que l'entrevue de Cluny, elle fut célébrée avec un éclat et une affluence de population tout à fait extraordinaire. Un grand nombre de nobles, des ecclésiastiques de tout rang Français et Anglais y accoururent. Dans l'impossibilité de loger une telle multitude dans le petit bourg de Pontigny, on avait envahi les villages et les hameaux voisins, on campait en pleins champs et autour de l'église.

Outre le roi, sa mère, ses trois frères et sa sœur Isabelle, on y comptait le cardinal Pierre, évêque d'Albano, Eudes de Châteauroux, évêque de Tusculum, légat du pape, les archevêques de Sens, de Bourges, de Bordeaux, d'Armagh, Richard, évêque de Chichester, Gui de Mello, évêque d'Auxerre, dans la circonscription duquel avait lieu la cérémonie, et une foule d'autres prélats et d'abbés. Le sépulcre du saint fut ouvert, et après que le roi et les évêques eurent examiné le corps et constaté son intégrité, Gui de Mello le transporta sur l'autel pour le faire voir au peuple, puis on renferma les restes dans un tombeau de pierre, qui, n'ayant pas été trouvé assez riche, nécessita une seconde translation deux ans après[37].

On commença dès lors à rendre de grands honneurs aux reliques de saint Edme. Les rois d'Angleterre Henri III et plus tard Richard II, les archevêques de Cantorbéry y firent d'importantes fondations. Les rois de France y passèrent fréquemment, et nous aurons plusieurs fois occasion d'y rencontrer saint Louis.

On conserve encore aujourd'hui le corps du saint dans l'église de la célèbre abbaye, ainsi que les vêtements et les ornements pontificaux qui furent donnés le 9 juin 1247. Ce n'est pas une des moindres surprises que nous signalons aux curieux, de pouvoir distinguer sur le manipule et sur l'étalé les tours de Castille, armoiries de la reine Blanche, par laquelle furent concédés ces précieux objets[38].

Le roi profita de son passage à Pontigny et du moment où il allait, par un acte éclatant, témoigner son dévouement à l'église et son appui au Saint-Siège, pour adresser à Innocent IV des représentations qu'il jugeait nécessaires. Sur divers points il s'associait indirectement aux revendications déjà formulées par la noblesse. Le mémoire, qui nous a été conservé[39], est conçu en termes beaucoup moins violents que le manifeste des barons ; il atteste la fermeté de caractère de saint Louis, bien que le ton de ce document soit respectueux et modéré. Le mécontentement du roi, y est-il dit, est partagé par les barons et par les grands, qui récemment encore, au colloque de Pontoise, lui ont reproché de laisser détruire son royaume. N'est-il pas étrange de voir le Saint-Siège, chaque fois qu'il se trouve dans le besoin, imposer à l'église de France des subsides pris sur le temporel ne relevant que du roi et ne pouvant être imposé que par lui ? N'est-il pas étrange d'entendre ces paroles : « Donnez tant ou je vous excommunie ». En ce moment même on réclame une nouvelle contribution les Frères Mineurs, chargés de cette collecte, veulent faire ce que le légat lui-même n'a pas osé faire. Plusieurs d'entre eux, en Bourgogne, ont été jusqu'à convoquer les chapitres des églises et les évêques eux-mêmes, et à leur enjoindre de verser, dans la quinzaine de Pâques, le septième de tous leurs revenus ecclésiastiques, les menaçant, en cas de refus, de la privation de leurs bénéfices et même d'excommunication. Ces mesures exorbitantes ont été appliquées jusqu'aux pauvres religieuses de l'ordre de Cîteaux le roi ne peut tolérer qu'on dépouille ainsi les églises de son royaume fondées par ses ancêtres, et dont il entend réserver le temporel.

Après un certain nombre de griefs longuement énumérés, saint Louis priait le pape de ménager les églises de France, de renoncer aux mesures injustes et arbitraires, et enfin de révoquer les sentences d'excommunication et de suspension, qui excitaient une réprobation générale.

Le clergé, jaloux de ses droits et de ses prérogatives, n'était pas moins irrité, quand il se plaignait de l'avidité des envoyés pontificaux, quand il était frustré des provisions et des collations de bénéfices données à des étrangers qui les dépouillaient, et emportaient leurs biens hors du royaume.

Les chanoines de Vergy ne pouvaient être satisfaits de voir un clerc et familier du- pape, Jacques de Bevagna, toucher une pension de dix livres viennoises, en attendant que le doyen et le chapitre pussent lui donner un bénéfice avec sa prébende[40].

Les compétiteurs à l’archidiaconat de Tonnerre étaient fort courroucés d'être tous évincés, et de voir l'importante fonction qu'ils convoitaient confiée à un chapelain d'Innocent IV, Jean ''Espagnol, chanoine de Salamanque[41].

La susceptibilité des chanoines de Langres fut mise à une rude épreuve, quand le fils d'un noble romain, Philippe, leur fut donné comme collègue, et lorsque Guillaume, archidiacre de Mâcon, fut chargé de l'installer[42].

Combien d'actes de cette nature, perdus maintenant, durent exciter le mécontentement des ecclésiastiques ! Le pape n'était pas toujours responsable de tous ces abus, et dut, dans une certaine mesure, donner satisfaction aux réclamations qui ne pouvaient manquer de se produire mais l'effet moral n'en était pas moins porté, et ces conflits entre les différentes classes de la société amenaient chaque jour une animosité plus marquée.

C'est dans le Senonais que se manifestait plus spécialement l'hostilité des laïcs contre le clergé, comme le déclara le pape lui-même dans une lettre à l'archevêque de Sens[43]. Les seigneurs, les baillis, les prévôts ne s'y faisaient pas scrupule de mettre la main sur les biens des églises et d'y arrêter les ecclésiastiques. Ordre fut donné de les prévenir d'abord, et de lancer contre eux l'excommunication et l'interdit en cas de récidive.

Au milieu de ses préparatifs de croisade, le duc de Bourgogne ne voulut pas partir en Terre-Sainte et quitter ses états sans assurer l'avenir de sa famille et les droits de son successeur au duché. Eudes, son fils aîné, avait dépassé la dix-huitième année, et Jean, son second fils, suivait de près[44]. Il convint avec Archambaud de Bourbon de les marier avec Mahaut et Agnès, filles de ce seigneur ; le contrat fut passé en février 1248[45]. Le duc donnait à Eudes mille livrées de terre, et à Jean cinq cents livrées, qui devaient être appliquées aux douaires de leurs futures femmes. Le sire de Bourbon donnait une dot équivalente à chacune de ses filles, mille livrées à Mahaut, cinq cents à Agnès, a condition d'élever jusqu'à cinq mille livrées la somme totale, dans le cas où il viendrait à recueillir l'héritage de Gaucher de Châtillon, frère de sa femme. De ces cinq mille livrées, l'aînée devait avoir les deux tiers, et la cadette l'autre tiers.

La décision d'Hugues IV relative à l'expédition de Terre-Sainte remontait déjà à une époque éloignée. Dès le mois d'octobre 1245, lorsque le roi tint un grand parlement à Paris, il avait cédé aux exhortations d'Eudes de Châteauroux, légat du Pape, et avait pris la croix avec un certain nombre de grands barons du royaume[46]. Depuis ce temps, il avait fallu, au milieu de préoccupations et de chevauchées diverses, préparer les armements et les ressources pécuniaires nécessaires ce grand projet. Des prédicateurs recrutés parmi les religieux des différents ordres, et principalement chez les Dominicains et les Franciscains[47], parcoururent nos provinces, pour promettre des indulgences et activer le mouvement et le zèle des chevaliers. Le moine Salimbene, qui résidait alors à Auxerre, raconte qu'à trois fois il fit le tour du diocèse avec un religieux de son ordre, afin de prêcher et croiser les gens pour le passage du roi de France[48]. Cet enthousiasme donnait lieu à des entraînements blâmables, mais qui tournaient au profit des intérêts de la croisade. On voyait des enfants, des vieillards, des valétudinaires prendre la croix, puis se racheter le lendemain de leurs vœux pour une somme pécuniaire variable, suivant la qualité des personnes.

La duchesse douairière Alix de Vergy, ne pouvant participer personnellement à cette entreprise, avait prélevé sur ses revenus une somme de cinq cents livres tournois, destinée à des chevaliers qu'elle avait résolu d'envoyer en son lieu et place en Terre-Sainte[49].

Les croisés trouvaient des privilèges dont le Saint-Siège ne se montrait pas avare dans de telles circonstances. Leurs femmes, leurs enfants, leurs biens étaient mis sous la protection de l'église l'effet des sentences ecclésiastiques prononcées contre eux était suspendu ; ils étaient gratifiés de diverses immunités dont tous n'étaient pas également dignes. On mettait à leur disposition le dixième et le vingtième des biens levés sur le clergé, ainsi que les donations pieuses, les legs faits à la Terre-Sainte, les sommes versées à titre de rachat par les croisés qui avaient des motifs sérieux de ne pas mettre leurs vœux à exécution.

Le légat Eudes de Châteauroux était chargé de hâter la perception des dixièmes, qui furent établis pour trois années d'abord, et prolongés ensuite de deux ans. Au sujet de cette Triennis et biennis décima[50], on peut voir des renseignements curieux dans le Recueil des historiens de France, relativement aux diocèses de Langres, Autun, Mâcon, Chalon-sur-Saône, Nevers, Auxerre. Les collecteurs pontificaux prenaient soin de relater les monnaies diverses. ; dans les diocèses de Langres et d'Autun, on parle des deniers parisis, viennois, provinois, dijonnais petits, dijonnais neufs, parfois on relate dans le compte du diocèse de Nevers le change des deniers nivernais forts en monnaie tournois.

Les difficultés qui s'étaient déjà présentées pour la collection de cet impôt lors des dernières croisades se reproduisirent dans beaucoup de localités les uns n'avaient pas terminé le paiement de la troisième année du triennium ; d'autres devaient les deux ans de biennium ; quelques-uns ne payaient rien du tout. Le prévôt de Chablis n'avait pas versé un denier[51] ; deux prieurés du diocèse de Chalon étaient en défaut pour une année entière. Il fallut appliquer la sentence d'excommunication aux délinquants, dont le nombre était si considérable que les comptables ont renoncé à nous en faire l'énumération[52].

Certains ordres religieux pauvres ou endettés avaient réussi à se soustraire à l'impôt, comme les Cisterciens et les Chartreux. Ceux qui par profession avaient à intervenir personnellement dans la défense de la Terre-Sainte, comme les Templiers, les chevaliers de l'ordre teutonique, les Hospitaliers, reçurent, des exemptions légales. Partout ailleurs la collecte du dixième était réclamée avec une certaine rigueur, et les gens que l'on croyait en mesure de faire face à ces dépenses n'étaient pas épargnés. On vint réclamer à la duchesse Alix de Vergy un dixième sur des biens qu'elle avait achetés à des ecclésiastiques, mais comme elle avait versé sur ses revenus et sur ses biens propres une somme de cinq cents livres tournois, on consentit à la dispenser de toute charge nouvelle, et il lui fut promis qu'aucune sentence d'excommunication ne pourrait être prononcée contre elle, contre sa terre, ni les gens de sa maison[53].

Le roi de France et les princes de la famille royale ne furent pas seuls à bénéficier des subsides. La cour de. Rome, qui en opérait la rentrée, les distribuait suivant l'importance et les besoins des personnages prêts à partir en Terre-Sainte. Innocent IV avait donné ordre de délivrer à Hugues, duc de Bourgogne, deux mille marcs d'argent, et au sire de Bourbon trois mille marcs, pour lui permettre de faire face aux charges de leur expédition mais au moment de leur départ, ils n'avaient encore touché que la moindre partie des sommes qui leur avaient été allouées. Après la mort d'Archambaud de Bourbon, le pape voulut indemniser Hugues IV et son fils Eudes de Bourgogne, gendre d'Archambaud il écrivit à cet effet, le 15 mars 1251, aux abbés de Fontenay, de Maizières et des Echarlis, de l'ordre de Cîteaux, pour les inviter à réunir dans leurs divers diocèses les legs affectés à la Terre-Sainte, les rachats des vœux des croisés, les donations provenant d'œuvres pieuses, afin de prendre sur cette somme jusqu'à concurrence de cinq mille marcs d'argent, qui devaient être livrés au duc de Bourgogne et à son fils[54]. On verra dans le volume suivant que deux ans après, le versement de ce subside était loin d'être effectué.

Le 2 décembre 1247, Eudes de Châteauroux reçut du pape l'ordre de remettre à Dreux de Mello, seigneur d'Epoisses et de Château-Chinon, cinq cents marcs d'argent, à prendre sur les produits dû vingtième des legs et des rachats[55].

Cinq cents livres tournois furent également attribuées à Gaucher de Joigny, familier du pape[56], au moment de son départ. Puis, comme Béatrix, grand'mère de ce chevalier, avait prêté six cents livres tournois au père de Gaucher, et ordonné par testament que cette somme fût employée en œuvres pieuses, le fils de celui auquel l'argent avait été prêté obtint de n'avoir pas à le rembourser, eu égard aux grandes dépenses que nécessitait son voyage[57].

Cinquante marcs d'argent furent délivrés à Landry de Fleury, qui se proposait d'accompagner Dreux de Mello en croisade[58].

Gibaud de Saint-Verain, un des grands barons du Nivernais, avait fait des préparatifs assez considérables, et se disposait à passer la mer, cum honorabili bellatorum numero, on lui réserva dans ses domaines et dans ceux de la comtesse de Nevers une partie des legs et des rachats des vœux, à la réserva des concessions antérieures[59].

Trois mille livres tournois furent allouées par le pape au sire de Beaujeu, sur les mêmes impositions destinées à la Terre-Sainte[60].

Pour déterminer Jean, comte de Bourgogne et sire de Salins, qui hésitait à partir, on lui fit espérer la cession d'une partie du vingtième levé dans ses domaines[61].

Un grand nombre de seigneurs reçurent des subsides et des gratifications, qui n'ont pas été tous enregistrés par la chancellerie pontificale, et dont la trace n'a point été conservée.

 

 

 



[1] Notre catalogue, n° 2202.

[2] Mathieu de Paris, édition de sir Richard Luard, t. V, p. 175.

[3] Huillard-Breholles, t. VI, p. 556-588. L'alliance entre Frédéric et le dauphin de Viennois était telle que l'empereur lui confirma, en considération de ses services passés et à venir, les comtés de Gap et d'Embrun avec tous les biens qu'il pourrait y acquérir (Huillard-Breholles, t. VI, p. 942).

[4] Elie Berger, Registres d'Innocent IV, n° 779.

[5] 6 février 1245, Potthast, Reg. pontif., n° 11536 ; Elie Berger, Registres d’Innocent IV, n° 970 ; notre catalogue, n° 2307.

[6] Cette promotion de Robert de Thourotte au siège épiscopal de Liège est du 24 décembre 1240. La mort de ce prélat est du 16 octobre 1246.

[7] C'est à tort que M. Daguin, Les évêques de Langres, p. 108-110, donne à ce Gui du Puiset, ou peut-être Gui de Rochefort, une place entre Robert de Thourotte et Hugues de Rochecorbon. L'abbé Roussel, Le Diocèse de Langres, t. I, p. 109, supprime avec raison le nom de ce prélat.

[8] Catalogue, n° 2508-2511.

[9] Catalogue, n° 2512, 2513.

[10] Mathieu de Paris, édition de sir Richard Luard, t. IV, p. 427-429.

[11] Mathieu de Paris, t. IV, p. 428.

[12] Elie Berger, Registres d'Innocent IV, n° 633 et 634. Lettres au monastère de Cluny, au chapitre de Coutances, au clergé, aux chevaliers et au peuple du diocèse, à l'ancien abbé de Cluny, promu évêque de Coutances.

[13] Catalogue, n° 2514-2516.

[14] Catalogue, n° 2528.

[15] Elie Berger, Registres d’Innocent IV, n° 747 ; notre catalogue, n° 248B5.

[16] 1er février 1245, catalogue, n° 2506.

[17] Chronica Fr. Salembene Parmensis, Parmæ, MDCCCLVII, p. 375. Au chapitre suivant, nous parlerons longuement de ce chroniqueur et de sa chronique.

[18] Potthast, Reg. pontif., n° 10220 ; notre catalogue, n° 2236.

[19] Voir notre tome V.

[20] Mathieu de Paris, édition de sir Richard Luard, t. IV. p. 428.

[21] Mathieu de Paris, t. IV, p. 484.

[22] Mathieu de Paris, t. IV, p. 490.

[23] Guillaume de Nangis, Vie de saint Louis, Recueil des historiens de France, t. XX, p. 352.

[24] Aux renseignements fournis par Guillaume de Nangis, Recueil des historiens de France, t. XX. p. 332, il faut joindre la relation de la chronique de Cluny, Bibliot. Cluniacensis ; Chronicon apud Cluniacense reverendissimi patris domni Jacobi de Ambasia, Cluniacensis abbatis, jussu conscriptum a R. P. Francisco de Rivo, p. 1666 ; la traduction qui se trouve dans Lorrain, Essai historique sur l'abbaye de Cluny, p. 154-156 ; la mention du Gallia Christiana, t. IV, coll. 1080.

[25] Chronica Fr. Salimbene Parmensis, Parmœ, 1857, p. 88-89.

[26] Salimbene, loco citato, p. 89, termine en disant que les moines noirs sont plus nombreux en France qu'en Italie.

[27] Mathieu de Paris, édition de sir Luard, t. IV, p. 484, dit septem diebus. Le roi était assurément arrivé le 29, veille de la Saint-André, et ne partit que le 6 au plus tôt et le 7 au plus tard. On a un diplôme, daté de Cluny, le 6 décembre 1245 : Mansiones et Itinera, dans le Rec. des hist. de France, t. XXI, p. 443. Le 8 le roi était à Mâcon.

[28] Chronic. Cluniacense, loco citato ; Lorain, Essai historiens sur l'abbaye de Cluny, p. 158 ; Mathieu de Paris, t. IV, p. 489.

[29] Gallia Christiana, t. IV, coll. 1080 ; Mathieu de Paris ; t. IV, p. 485.

[30] Mathieu de Paris, édition de sir Luard, t. IV, p. 523.

[31] Orig. Arch. nat., J. 498 Teulet, Layettes du Trésor des Chartes, t. II, n° 3569 ; Preuves des libertés de l'église Gallicane, 1re partie, 3e édit p. 99 ; Mathieu de Paris, édition de Luard, t. IV, p. 591, donne le même texte français avec quelques variantes. Le texte latin se trouve dans un autre chroniqueur anglais Mathieu de Westminster, dans Varin, Arch. administratives de la ville de Reims, t. I, p. 690, n° 210. Ce manifeste a dû être reproduit à un grand nombre d'exemplaires, et offre par suite des variantes orthographiques. L'art de vérifier les dates donne à tort à cette pièce la date de 1247.

[32] 4 janvier 1247, Potthast, Regest. pontific., n° 12385, Elie Berger, Registres d'Innocent IV, n° 2952.

[33] Pour les détails de tous les faits qui ne concernent pas spécialement notre sujet, il faut lire le beau travail de M. Elie Berger, Saint Louis et Innocent IV, chapitre VII, dans l'introduction aux Registres d'Innocent IV.

[34] Raynaldus, an. 1247, chap. X, dit que quelques historiens ont écrit que le duc de Bourgogne avait attiré Frédéric, mais ne nomme pas ces historiens. Le concile de Valence, tenu en décembre 1248, anathématise tous ceux qui ont appelé Frédéric en deçà des Alpes.

[35] Et non le 7 juin, comme le dit Mathieu de Paris, édition de sir Richard Luard, t. IV, p. 631. Le chroniqueur confond sans doute la date d'arrivée de saint Louis à Pontigny avec la translation qui eut lieu deux jours après. Les Annales de Waverleia, (Annales monastici, t. II, p. 338-339) donnent la date exacte quinto idus junii, le 9 juin.

[36] Mathieu de Paris, édition de Luard, t. IV, p. 631-632.

[37] Pour les détails de cette cérémonie, il faut consulter encore l'abbé Lebeuf, Histoire d'Auxerre, nouvelle édition, t. I, p. 434 ; l'abbé Henry, Histoire de Pontigny, p. 114-116 ; baron Chaillou des Barres, l'Abbaye de Pontigny, p. 105-107 ; les manuscrits de dom Depaquit, relatifs à cette abbaye, Bibliothèque de la ville d'Auxerre ; la vie de saint Richard, évêque de Chichester, Bolland, t. I, April., p. 304.

[38] J'ai encore visité cette année ces intéressantes reliques assez bien conservées après six siècles et demi de durée.

[39] Mathieu de Paris, édition de Luard, t. VI, p. 99-112 (additamenta). Voir aussi Elie Berger, Registres d’Innocent IV, introd., p. CXCIII pour la date à laquelle le mémoire fut rédigé et envoyé au pape.

[40] 27 octobre 1247 ; notre catalogue, n° 2384.

[41] 4 janvier 1244 ; notre catalogue, n° 2481.

[42] 15 octobre 1252 ; Elie Berger, Registres d'Innocent IV, n° 6689.

[43] Varin, Archives administratives de la ville de Reims, t. I, 2e partie, p. 734.

[44] Hugues IV avait épousé Iolande de Dreux au commencement de 1229 il est probable qu'Eudes était né à la fin de cette année et Jean à la fin de 1230.

[45] Huillard-Breholles, Titres de la maison ducale de Bourbon, t. I, n° 272.

[46] Guillaume de Nangis, Vie de saint Louis, Recueil des historiens de France, t. XX, p. 352 ; Mathieu de Paris, édition de sir Luard, t. IV, p. 489.

[47] Chronica Johannis de Oxenedes (collect. du maître des rôles), p. 179, année 1249.

[48] Salimbene, Chronica, Parmœ, 1878, p. 91.

[49] Elie Berger, Registres d'Innocent IV, n° 3788, pièce du 6 avril 1248.

[50] Triennis et biennis decima, ab anno MCCXLVII collecta. Orig. Arch. nat., J. 1032 ; Recueil des historiens de France, t. XXI, p. 332-540.

[51] Recueil des historiens de France, t. XXI, p. 536 H.

[52] Recueil des historiens de France, t. XXI, p. 537.

[53] Elie Berger, Registres d'Innocent IV, n° 3788, pièce du 6 avril 1248.

[54] Delaborde, Layettes du Trésor des Chartes, t. III, n° 3923 ; Elie Berger, Registres d'Innocent IV, n° 6207, 6661.

[55] Elie Berger, Registres d'Innocent IV, n° 3450 ; notre catalogue, n° 2587.

[56] 15 octobre 1247 ; notre catalogue, n° 2582.

[57] 8 avril 1248 ; notre catalogue, n° 2602.

[58] 2 décembre 1247 ; catalogue, n° 2587.

[59] Lettre d'Innocent IV à son légat Eudes de Châteauroux, du 12 octobre 1247 catalogue, n° 2579.

[60] Huillard-Breholles, Titres de la maison de Bourbon, n° 298 ; 29 juillet 1248 ; catalogue, n° 2624.

[61] 20 mai 1247 ; catalogue, n° 2566.