HISTOIRE DES DUCS DE BOURGOGNE DE LA RACE CAPÉTIENNE

TOME QUATRIÈME

 

CHAPITRE XXX. — RÈGNE DE HUGUES IV (suite) - 1239-1244.

 

 

CROISADE DE 1239.

Saint Louis à Cîteaux. — Hugues IV, duc de Bourgogne, prend la croix avec les principaux barons de France. — Tentatives du Saint-Siège pour détourner l'expédition de la Terre-Sainte, au profit de Baudouin, empereur de Constantinople ; la noblesse s'oppose à ce projet. — Subsides ecclésiastiques que prennent le duc de Bourgogne, les comtes de Nevers, de Champagne, de Mâcon. — Hugues IV promet en mariage sa fille Marguerite au fils aîné de Guillaume de Mont-Saint-Jean. — L'empereur Frédéric II refuse d'être chef de la croisade ; le duc de Bourgogne brigue cet honneur, que l'on confère à Thibaud de Champagne, roi de Navarre. — Noms des croisés bourguignons que fournissent les chartes et les documents. — Départ des croisés et débarquement au port d'Acre. — Coup de main tenté par le duc de Bourgogne, le comte de Brienne, Etienne de Seignelay et autres ; mésaventure et désastre de Gaza ; fuite d'Hugues IV ; mort de Jean de Paleau, frère du maréchal de Bourgogne, de Gui de Maligny, de Jean des Barres, du comte de Mâcon, etc. ; délivrance des prisonniers de Gaza ; mort du comte de Nevers en Italie. — Le duc de Bourgogne relève les fortifications d'Ascalon et reste deux ans en Terre-Sainte. — Son retour. — Epidémie en Bourgogne ; mort d'Eudes de Frolois, connétable ; mort de Pierre de Paleau, maréchal ; mort de Guillaume de Vergy, sénéchal ; mort d'Hugues de Paleau, connétable. — Othe, duc de Méranie, donne la garde du comté à Hugues IV, qui installe Lambert de Rouvre comme administrateur. — Le pape Innocent IV, en lutte avec l'empereur Frédéric, recherche l'appui du roi de France. — Saint Louis et la famille royale au chapitre général de Cîteaux ; lettre du pape demandant au roi de venir s'installer en France ; réponse de Louis IX ; chartes de Blanche de Castille et de saint Louis données à Vitteaux ; itinéraire royal. — Les barons français convoqués en parlement s'opposent à l'installation du pape en France. — Innocent IV se fixe à Lyon.

 

Dès le commencement de 1235, Hugues, duc de Bourgogne, avait résolu de prendre la croix avec plusieurs barons du royaume, Jean, comte de Chalon-sur-Saône ; Guignes, comte de Nevers et de Forez ; Thibaud, comte de Champagne, Amauri de Montfort, et autres[1]. Entre la détermination première et la mise à exécution d'un tel projet, il y avait toujours un temps assez long, nécessité par les préparatifs de tous genres et principalement par les frais considérables qu'exigeaient ces lointaines expéditions.

Grégoire IX, par une lettre du 18 juin 1236, invita les évêques de Langres et de Paris, ainsi que l'abbé de Clairvaux, à favoriser ce mouvement, et à faire respecter pendant quatre ans dans leurs circonscriptions respectives les trêves dont une réunion de prélats avait décidé l'observation dans le monde entier[2].

C'était moins encore la Palestine que Constantinople qui réclamait le secours des guerriers d'Occident, car la défense de la cité impériale devenait de jour en jour plus difficile, depuis que Jean de Brienne, décédé dans une situation critique (1237), avait laissé pour lui succéder son pupille Baudouin de Courtenay. Le pape Grégoire IX aida le jeune empereur de tout son pouvoir, lui accorda, une partie des deniers levés sur les églises pour la croisade, lui fit allouer pendant trois ans le trentième des revenus du clergé pour relever l'empire de Constantinople[3], et lui assigna même le rachat des vœux des croisés dans les diocèses de Mâcon, de Chalon-sur Saône et de Lyon[4]. Le Souverain Pontife s'efforça également de changer le but et la direction de la croisade, comme il avait changé la direction des fonds destinés à y pourvoir il ne fut arrêté dans son entreprise que par l'opposition formelle de la plupart des barons français, qui refusèrent énergiquement de prendre part à toute expédition autre que celle pour laquelle ils s'étaient engagés, malgré la sympathie qu'ils éprouvaient pour la cause de Baudouin.

Dans la crainte de voir tous les fonds destinés à la croisade s'échapper par une autre issue, Hugues IV s'empressa de recueillir quelques subsides ecclésiastiques. En avril 1238, il donna quittance à ses amis l'abbé Jean et les religieux de Saint-Seine d'une somme de six cents livres, affectée au secours de la Terre Sainte[5]. Le comte de Nevers et de Forez[6], le comte de Champagne[7], firent également main basse sur tout ce qu'ils purent toucher de ces subventions. La situation pécuniaire de Guigues de Nevers était quelque peu embarrassée le 25 février 1239, il devait encore seize mille livres à ses créanciers, et déclara, qu'en présence du roi de France, il leur avait abandonné pour quatre ans les revenus des domaines qui lui venaient de sa femme Mathilde de Courtenay[8].

Jean de Braine, comte de Mâcon, non moins gêné, fut forcé, pour subvenir aux frais de ce coûteux voyage, de vendre son comté de Mâcon au roi saint Louis, avec l'assentiment de sa femme Alix de Vienne il retira de ce marché une somme de dix mille livres tournois une fois payée, et une rente de mille livres[9]. Dans le même but, Jean des Barres vendit à Girard de Saint Symphorien vierg de Bourgogne, toutes les terres et les fiefs qu'il possédait dans le duché, moyennant le prix de neuf cent vingt livres tournois[10].

En s'efforçant de détourner les fonds et les forces de la chrétienté de leur légitime destination, le Saint-Siège avait commis un abus d'autorité, qui excita le mécontentement d'un grand nombre de croisés. Dans une lettre du 9 mars 1239[11], adressée au duc de Bourgogne, au comte de Champagne, à Henri II, comte de Bar-le-Duc, le pape se vit dans la nécessité d'expliquer les raisons qui avaient motivé ce changement, et terminait en fixant le départ pour la Terre-Sainte au 24 juin 1239.

Malgré les liens d'affection qui rattachaient le duc à Guillaume de Mont-Saint-Jean, il y avait toujours entre eux débat au sujet des droits que Guillaume possédait encore sur une partie du château de Vergy, objet jadis de tant de luttes entre les seigneurs de ce nom, et les suzerains du duché. Hugues IV ne voulut pas quitter ses états sans donner à cette affaire une solution satisfaisante pour tous deux, et qui pût éviter toute difficulté ultérieure et toute revendication dans l'avenir. Il promit de marier sa fille Marguerite, alors en bas âge, avec le fils aîné du sire de Mont-Saint-Jean, à condition que le château de Vergy resterait entièrement au pouvoir des ducs[12], et que le château de Mont-Saint-Jean, alors jurable et rendable, deviendrait seulement fief-lige du duché. Si le futur mourait avant la consommation du mariage, il était convenu que le second fils de Guillaume épouserait Marguerite de Bourgogne, et que la possession de Mont-Saint-Jean, de Salmaise et de Thoisy lui serait assurée (4 juin 1239)[13].

Environ sept cents chevaliers français accompagnèrent, en 1239, l'empereur Baudoin se dirigeant sur Constantinople, au moment où les croisés se disposaient de leur côté à partir avec l'empereur Frédéric II, qu'ils avaient choisi comme chef de l'expédition. Ce choix de l'ennemi le plus acharné du Saint-Siège, auquel on allait confier les intérêts de l'église, était une petite vengeance des barons mécontents de l'attitude du pape.

À cette nouvelle, Grégoire IX irrité envoya de Rome un de ses légats pour inviter les champions du Christ à renoncera leur projet, et à retourner chez eux, s'ils étaient déjà en route. Les croisés ne furent pas moins courroucés de cette étrange injonction donnée en des termes aussi impératifs. Peu s'en fallut que les barons furieux et déjà parvenus à Lyon au mois de juillet, ne tissent un mauvais parti au légat, qui parvint cependant à s'échapper sain et sauf, grâce à l'intervention de quelques prélats. Dans le même moment, Frédéric II déclara fort à propos que la guerre qu'il soutenait contre les Lombards ne lui permettait pas d'accepter l'honneur de diriger l'expédition[14]. Il fallut trouver un autre chef. Le duc de Bourgogne s'offrit pour être généralissime, et sollicita même les suffrages[15] ; on ne commit pas l'imprudence de confier cette lourde responsabilité à un jeune homme de vingt-six ans ; on lui préféra avec raison le seul des croisés qui portât le titre de roi, Thibaud de Champagne, roi de Navarre.

Parmi les seigneurs de nos contrées qui se préparaient à partir pour la Terre-Sainte, citons Guillaume, comte de Joigny, Anseau de Trainel[16], Mile, seigneur de Noyers[17], Guillaume des Barres[18], André et Pierre de Savoisy[19], Gui de Turcey[20], Jean de Rougemont[21], Guillaume de Champlitte, surnommé Sans Manches[22], Fœrius de Villers[23], Jean des Barres[24], Robelin de Rennepont[25], Mile et Gui de Nuits-sous-Ravières[26], Jean de Paleau1, frère de Pierre de Paleau, maréchal de Bourgogne[27], Colin de Ligny-le-Châtel, chevalier[28], Josseran, seigneur de Brancion[29], Jean, seigneur de Châteauneuf[30], Guillaume, seigneur de Marigny-sur-Ouche[31], Gui de Maligny, seigneur de Beine, près Chablis[32], Guillaume de Frites[33], l'évêque de Nevers[34], Hervé, seigneur de Sombernon[35], Hugues d'Arceaux[36], Bénigne de la Charmée, citoyen de Chalon-sur-Saône[37], Pierre, dit Baraut[38], Josselin d'Avallon[39], Guillaume de Vichey et Hugues de Cicon, l'un chapelain, t'autre chevalier du comte de Nevers[40], Robert de Courtenay, Dreux de Mello, seigneur de Loches et de Saint-Bris[41], Jean, abbé de Saint-Seine[42], Simon, seigneur de Clefmont[43], Hugues de Montcler, Pierre de Scey[44].

Le duc s'étant mis en route, s'arrêta à Autun, et à la requête de l'évêque Gui de Vergy, son parent, reprit en fief dans l'église de Saint-Lazare de cette ville tout ce qu'il possédait dans les territoires d'Autun et de Montcenis, ainsi que le château d'Avallon et ses dépendances[45] puis, il donna, une rente aux chanoines pour la fondation de l'anniversaire de son père[46].

Dans le même mois de juillet, Hugues IV était passé à Avallon, Fontenay, près Montbard, Beaune, Cîteaux[47].

La plupart des croisés allèrent s'embarquer à Marseille au mois d'août :

... Ensi passerent à Marselle

Li croissiet, que li rois conselle,

Li rois de Navare i alla

Li dus de Bourgogne i pasa[48]...

Un certain nombre se rendirent à Aigues-Mortes pour éviter l'encombrement[49]. D'autres enfin, préférant la voie de terre, avaient accepté les offres de Frédéric II qui leur avait offert de passer dans ses états, et avaient gagné la Pouille[50]. Le groupe le plus important des chevaliers arriva directement de Marseille débarquer au port d'Acre. Une tempête qu'ils essuyèrent avait cependant séparé de l'ensemble de la flotte plusieurs vaisseaux qui allèrent échouer sur les côtes de Sicile, En octobre, les évêques et les barons de la Terre-Sainte avaient écrit d'Acre à Thibaud, roi de Navarre à Guigues, comté de Nevers et de Forez, à Robert de Courtenay, à Dreux de Mello, afin de leur indiquer le chemin à suivre pour les rejoindre, et les moyens à employer pour la réussite de l'expédition[51].

Aussitôt réunis, les croisés se logèrent les uns à Acre, dans la ville même, les autres dans un endroit voisin que l'on nommait les Sablons[52]. Puis, on tint un grand conseil de guerre, auquel assistèrent le patriarche de Jérusalem, l'archevêque de Tyr, les grands maîtres du Temple et de l'ordre Teutonique, Gautier IV de. Brienne, comte de Jaffa. Tous furent d'accord pour entreprendre le siège de Damas, mais on décida qu'il -fallait tout d'abord reconstruire une forteresse sur l'emplacement de la ville détruite d'Ascalon, dont la position dominante servirait de point de ralliement à l'armée chrétienne.

Un hardi coup de main accompli les premiers jours de novembre, par Pierre Mauclerc, procura aux croisés réunis à Jaffa un convoi considérable de bestiaux, destinés à l'approvisionnement des musulmans de Damas. Jaloux d'un tel succès, le duc de Bourgogne, les comtes de Montfort, de Brienne et de Bar-le-Duc, Gui Mauvoisin, seigneur de Rosny, Guillaume le Bouteiller, de Senlis, et un personnage dont le nom a été altéré, mais que nous croyons être Etienne de Seignelay[53], voulurent aussi se signaler par un exploit.

Le samedi après la Saint-Martin, c'est-à-dire le 12 novembre, soixante-dix chevaliers bannerets et environ six cents chevaliers, bien montés et bien armés, sortirent pour aller aussi tenter l'aventure, malgré la défense formelle du roi de Navarre. Le 13, ils se dirigèrent dans la direction d'Ascalon mais une armée turque mise en éveil, et voulant prendre revanche de l'escarmouche de Pierre Mauclerc, les attendait en observation vers Gaza[54].

Le duc de Bourgogne et son escorte, après une marche longue et pénible dans les sables, avaient décidé de faire une halte pour prendre quelque nourriture et rafraîchir les chevaux. Tout le monde mit pied à terre ; les uns se reposèrent et dormirent pendant que les valets étrillaient les chevaux d'autres firent étendre des nappes sur lesquelles s'étalaient des victuailles, pain, poulets, viandes, fromages, fruits. Tout à coup un grand bruit de trompettes et de cymbales retentit sur le sommet des collines qui dominaient le vallon où l'armée chrétienne faisait halte avec tant de quiétude. On se trouvait surpris par l'ennemi que l'on voulait surprendre ; l'avant-garde des Musulmans faisait son apparition. Gautier de Brienne, qui la vit le premier, jeta aussitôt un cri d'alarme. En toute hâte on remonta à cheval, non sans un extrême désarroi ; les chefs se réunirent, très incertains de la conduite à tenir dans cette grave conjoncture. « Si nous restons ici, nous sommes perdus ! » s'écrièrent le duc de Bourgogne et Gautier de Brienne. Un avis tout opposé fut émis par les comtes de Montfort et de Bar-le-Duc : « Si vous battez en retraite, êtes-vous plus certains d'échapper à un ennemi si près de nous ? Est-il honorable pour des chevaliers de prendre la fuite et de livrer les fantassins à une mort certaine ? » Hugues IV et le comte de Jaffa soutinrent énergiquement leur opinion : « Il faut ramener nos gens au plus vite et ne pas attendre ici la bataille dans un endroit où hommes et chevaux ont du sable jusqu'à mi-jambe y rester plus longtemps est nous exposer tous, et fort inutilement, à une perte inévitable ». Après ces paroles le duc de Bourgogne et Gautier de Brienne se mistrent au retour et s'en alèrent grant aleure vers Escalone[55].

Les Musulmans, mieux montés, plus habitués au climat et à leurs sables mouvants, eurent vite fait de rattraper les chrétiens, sur lesquels ils firent pleuvoir une grêle de flèches La valeur des chevaliers fut impuissante devant l'impétuosité du choc et le nombre croissant des ennemis. La terre fut rapidement couverte de cadavres français, et parmi eux on cite avec certitude Henri, comte de Bar-le-Duc Simon, comte de Clefmont, Jean des Barres, Robert Malet, seigneur de Graville, Richard de Beaumont[56]. La multiplicité des morts n'a pas permis de les enregistrer tous mais peut-être faut-il comprendre parmi les victimes de cette funeste journée Jean de Braine, comte de Mâcon, Robert de Courtenay, bouteiller de France, Jean de Paleau, frère du maréchal de Bourgogne, Anseau de Trainel, Gui de Maligny, seigneur de Beine, Étienne de Seignelay, et plusieurs autres dont les noms ne se retrouvent plus après cette date, et dont la mort est à coup sûr contemporaine de ces événements.

Ceux qui, comme le duc de Bourgogne, eurent la bonne fortune de s'échapper, ne durent leur salut qu'à la vitesse et à la solidité de leurs chevaux. De soixante à quatre-vingts chevaliers, et environ cinq cents personnes de moindre condition, furent faits prisonniers et emmenés au Caire par les Musulmans ; ils ne furent rendus à la liberté qu'après dix-huit mois d'une dure captivité, et à la suite d'un traité conclu entre les Chrétiens et le Sultan. Amauri, comte de Montfort, Guigues, comte de Nevers, survécurent peu de temps à leur délivrance, et moururent l'un à Rome, l'autre en Italie[57].

Après avoir passé avec les Musulmans des trêves qui excitèrent le mécontentement de l'armée, Thibaud de Champagne reprit la route de ses états, le 20 septembre 1240, à la suite de cette campagne désastreuse et sans fruit pour la chrétienté.

Le duc de Bourgogne et Gautier de Brienne, qui ne pouvaient dégager leur responsabilité de la triste échauffourée de Gaza, déclarèrent qu'ils ne quitteraient la Palestine qu'après le complet achèvement de la forteresse et des travaux entrepris à Ascalon[58], alors qu'ils seraient sûrs de pouvoir donner aux croisés un asile sûr et inexpugnable. C'est donc à tort que plusieurs historiens rapportent à cette date le départ d'Hugues IV[59], qui avait un autre motif d'ajourner son départ, car les désastres de Gaza étant le résultat de son inexpérience et de ses imprudents conseils, tout lui faisait un devoir de ne pas abandonner ses infortunés compagnons d'armes qui gémissaient encore dans les cachots des Sarrasins.

Peu de jours après, en octobre, Richard Plantagenet, comte de Cornouailles, frère du roi d'Angleterre, arriva en Terre-Sainte avec les croisés anglais. Il s'installa d'abord à Acre, et de là se rendit à Ascalon, où il trouva le duc de Bourgogne en train de surveiller les travaux et de protéger les ouvriers contre les attaques des musulmans qui auraient pu les gêner dans leurs opérations[60]. Après avoir tenu entre eux un conseil, auquel assistait le maître des Hospitaliers Guillaume de Châteauneuf on décida, sur l'avis du duc de Bourgogne, de traiter avec le Soudan ; c'est par suite des conventions de paix que les prisonniers de Gaza furent rendus à la liberté[61], et purent rentrer dans le camp le 23 avril 1241[62]. Les croisés firent ensuite plusieurs pèlerinages à Jérusalem et dans les autres lieux saints qu'ils purent visiter sans péril[63].

Fidèle à sa promesse de ne pas abandonner la Terre-Sainte avant l'achèvement complet du château et des fortifications d'Ascalon, Hugues IV y resta encore une année après le traité dont on vient de parler en 1241, aucune pièce ne relate sa présence en Bourgogne, où il ne rentra qu'en mars de l'année suivante, après deux ans d'absence.

A son retour dans le duché, il trouva de grands changements dans le personnel des officiers qui composaient l'entourage de sa cour. Les principaux d'entre eux étaient décédés dans le même intervalle, emportés probablement par une de ces terribles épidémies, si fréquentes au moyen âge, et qui toutes n'ont pas été relatées par les chroniqueurs. Eudes de Frolois, connétable de Bourgogne, avait succombé le premier[64]. Le sénéchal Guillaume de Vergy, chargé de l'administration du duché en l'absence de son neveu, mourut après avoir confié son testament à la duchesse Alix, sa sœur (février 1241)[65] ; la sénéchaussée fut transmise à son fils Henri, malgré son jeune âge[66]. Pierre de Paleau, maréchal de Bourgogne, testa et mourut en septembre 1241[67] ; son fils aîné Hugues, neveu d'Alix de Vergy par sa femme Elvis, avait remplacé Eudes de Frolois dans la charge de connétable, mais il avait lui-même cessé de vivre le 26 novembre 1241[68]. Avec Jean de Paleau, emporté par le désastre de Gaza, c'était le troisième chef de cette famille éprouvée qui succombait.

La mort de divers autres personnages mentionnée à la même époque était due sans doute aux mêmes causes : Éléonore de Grancey, femme de Guillaume de Champlitte, seigneur de Pontailler[69] ; Thomas, clerc de Tonnerre[70] ; Étienne, fils d'Anséric de Cissey[71], etc.

Les populations des campagnes ne furent pas moins éprouvées ; pour échapper au fléau, les habitants d'Ahuy, de Quetigny et d'autres villages furent obligés de se réfugier sur les hauteurs de Talant[72]. Les dangers étaient tels que la duchesse Alix de Vergy crut prudent de faire son testament[73]. Les deux années qui venaient de s'écouler furent donc les plus calamiteuses de nos annales bourguignonnes, et laissèrent des vides considérables dans les familles féodales du pays.

Les événements politiques, auxquels le duc de Méranie était mêlé, appelaient en ce moment toute son activité. Le trône de l'empereur d'Allemagne se trouvait ébranlé par la querelle du sacerdoce et de l'empire, et menaçait d'entraîner la ruine de la dynastie de Frédéric Barberousse, auquel il était lié par la reconnaissance et un dévouement héréditaire. Il avait pu jusque-là séjourner en Allemagne, se fiant au comte de Champagne pour la garde de son comté de Bourgogne, mais Thibaud, souvent appelé en Navarre par des intérêts plus considérables, avait quelque peu négligé ses engagements. Le duc de Méranie fut donc forcé de regagner le comté, où nous le trouvons de mars à octobre 1242[74].

Hugues IV avait de ce côté des possessions et des relations qui l'attiraient nul mieux que lui n'était à même d'administrer une province depuis si longtemps convoitée par la maison de Bourgogne. Il s'entendit facilement avec Othe, qui lui abandonna pour cinq ans et plus la garde du comté, en spécifiant que les féodaux de Poligny, de Vesoul, de Baumes, de Châtillon lui feraient hommage, lui ouvriraient leurs châteaux, et qu'il serait en outre remboursé des frais nécessités par la défense des forteresses[75].

Le duc de Méranie avait installé comme bailli général et administrateur un Allemand Henri de Rudendorf[76] ; mais comme sa qualité d'étranger ne lui permettait pas des rapports faciles avec les habitants, Jean de Montferrand fut chargé par Othe, et Lambert de Rouvre parle duc de Bourgogne, pour régler les questions d'intérêt, les recettes et dépenses de la province[77].

« Ainsi, comme le dit Ed. Clerc[78], des mains d'un Champenois, le comté de Bourgogne, sorte de gage négociable, était passé aux mains d'un autre étranger, le duc de Bourgogne ; jamais administration plus étrange ne s'était vue dans un pays si fier et, comme pour lasser la patience publique, il était convenu que tous les vassaux et toutes les villes du domaine enverraient des députés ou des lettres à cet engagiste pour lui jurer fidélité. »

Les premiers jours de mai 1242 le roi de France ordonna à ses vassaux de venir le rejoindre en armes, pour marcher contre Henri, roi d'Angleterre, et Hugues, comte de la Marche. Des convocations furent adressées au duc de Bourgogne, à Mathilde, comtesse de Nevers, Dreux de Mello, la veuve de Gaucher de Joigny, Anséric de Montréal, Archambaud de Bourbon, Pierre et Eudes des Barres ; Jean de Touci, Guillaume de Mont-Saint-Jean, Eudes de Montagu, etc.[79] Nous ne savons rien du rôle d'Hugues IV et des Bourguignons dans cette chevauchée, et leur présence au combat de Taillebourg ne nous est indiquée nulle part[80].

Après la mort du pape Grégoire IX, l'éternel débat du spirituel et du temporel, un moment suspendu, reprit avec une nouvelle violence sous son successeur Innocent IV, qui venait d'être nommé le 25 juin 1243. On avait un moment espéré le rétablissement de la paix dans l'Église ; des tentatives d'accommodement avaient été vainement ménagées entre l'empereur Frédéric et le Saint-Siège, les négociations furent rompues avec éclat par le hautain pontife, qui s'était f retiré à Gênes, comptant sur le concours des rois d'Occident, et surtout du roi de France, pour soutenir la lutte contre l'empire. Il avait appris que Louis IX devait se rendre au chapitre général de Cîteaux, en 1244, et il espérait, par l'intervention de Guillaume de Montagu, abbé de ce monastère, obtenir un appui efficace.

Cîteaux avait alors une importance dont nous pouvons à peine nous faire une idée. C'était une véritable métropole où venaient aboutir les nombreuses abbayes qui en dépendaient. Du milieu de ses forêts, elle dominait et étendait son action dans les régions les plus éloignées du monde chrétien. Les états généraux qui se tenaient chaque année dans ce cloître célèbre y attiraient les papes, les rois, les princes, les prélats. Louis le Gros assistait au chapitre général, en 1127[81] ; le pape Eugène III présida celui de 1148[82], Louis VII y passa en 1166 ; Frédéric Ier y envoya des ambassadeurs, en 1152, pour y annoncer son couronnement[83] ; les envoyés de Frédéric II y vinrent en 1215 pour notifier l'avènement de leur maître à la couronne des Romains.

Dès 1243, Louis IX avait annoncé aux religieux de Cîteaux qu'il se rendrait l'année suivante au chapitre général[84], qui avait toujours lieu le 14 septembre[85] à la Sainte-Croix. Il tint sa promesse et s'y rendit avec la reine Blanche sa mère, Robert d'Artois, Alphonse de Poitiers, ses frères, la princesse Isabelle, sa sœur, six autres comtes et une suite nombreuse.

Les premiers jours du mois, il était à Villeneuve-Saint-Georges et à Corbeil[86] ; de là, poursuivant son voyage en Bourgogne, il traversa Sens, Pontigny, Vézelay, Avallon, Vitteaux. La présence du roi à Pontigny n'est pas prouvée, mais c'était son itinéraire ordinaire pour gagner Vézelay, comme on le verra ailleurs. La vénération qui s'attachait aux restes de saint Edme, mort deux ans avant, et dont on poursuivait activement la canonisation, ne pouvait manquer d'attirer le pieux monarque il était de plus très désireux de se recommander aux prières de cette abbaye fameuse, plusieurs fois visitée par ses prédécesseurs, et qui renfermait le corps de son aïeule Adèle de Champagne. Arrivé à Vézelay, Louis IX fut reçu par l'abbé Guichard et par le chapitre du monastère, auquel il réclama une place exceptionnelle dans les fastes du couvent. Il sollicita la faveur d'être associé de son vivant aux prières des moines, et d'avoir après son décès un anniversaire semblable à celui de Louis VIII[87]. On fit bon accueil à cette demande et l'abbé Guichard, en tête de l'acte qui octroyait ce privilège, prit soin d'insérer les considérants qui suivent « Nous avons concédé cette faveur au seigneur roi parce qu'il s'est adressé à nous avec la plus grande dévotion qu'il est venu lui-même au sein de notre chapitre nous présenter très humblement sa prière, et que nous avons jugé inconvenant de résister au désir de sa pieuse humilité[88]. »

Le duc de Bourgogne dut, suivant la coutume, aller au-devant du royal cortège jusqu'à la limite de ses états. Arrivés près de Cîteaux en vue de l'église, tous mirent pied à terre, et s'avancèrent dans l'attitude de la prière. Les prélats, les abbés qui s'y trouvaient, et les moines, au nombre de cinq cents personnes, vinrent processionnellement souhaiter la bienvenue au monarque qui les visitait pour la première fois. Le pape Innocent IV avait envoyé aux membres du chapitre une lettre fort bien dictée[89] afin de solliciter leur intervention auprès du roi, et le prier à genoux et les mains jointes de vouloir bien défendre le père des fidèles, le chef de la Chrétienté, contre les injustes attaques et les persécutions de l'empereur Frédéric, ce fils de Satan. Il terminait en implorant la protection de Louis IX, en réclamant l'hospitalité dans son royaume si les difficultés de sa situation le réduisaient à la nécessité de quitter sa patrie, et le priait de vouloir bien le recevoir de la même manière que Louis VIII avait autrefois reçu le pape Alexandre III.

Quand on fut introduit au chapitre, le roi laissa, par un sentiment de déférence, la première place à la reine Blanche, sa mère, et alla s'asseoir au milieu des abbés et des personnages de sa suite. Conformément aux désirs du pape, tous les membres de l'ordre cistercien présents à cette cérémonie se jetèrent aux pieds de Louis IX, et le supplièrent les larmes aux yeux de consentir à faire droit aux requêtes du pontife. Le roi, s'agenouillant à son tour, fit une réponse aussi sage que mesurée. Il déclara qu'il défendrait l'église contre les attaques de Frédéric, autant qu'il pourrait le faire en toute honnêteté, et qu'il était personnellement disposé à recevoir le pape dans ses états, si toutefois c'était l'avis des grands de son royaume, à la décision desquels aucun souverain n'avait le droit de se soustraire. Les abbés remercièrent vivement le roi de ces sentiments, et l'associèrent aux bonnes œuvres spirituelles de l'ordre[90].

Pendant leur séjour à Cîteaux, Louis IX, la reine Blanche et leur suite furent logés non pas au monastère, mais dans l'hôtel du duc de Bourgogne situé en dehors de l'enceinte de l'abbaye. Ils avaient obtenu l'autorisation de manger de la viande, à condition qu'une pareille permission ne serait pas renouvelée[91]. Le roi, sa mère et sa sœur ne voulurent point se prévaloir de ce privilège avant d'avoir l'agrément du chapitre général[92]. Outre ces concessions, Innocent IV paraît s'être appliqué à. gagner par des faveurs exceptionnelles les bonnes grâces de la famille royale il avait également autorisé la reine Blanche à pénétrer dans l'abbaye avec douze de ses suivantes pour y faire ses prières[93], sous défense formelle à toute femme d'y coucher, ce qui était rigoureusement interdit par les statuts. En reconnaissance de la dévotion des augustes visiteurs, le chapitre accorda des messes et des services, et décida que dans toutes les maisons cisterciennes le nom de Blanche et de Louis auraient une mémoire particulière[94].

On n'est pas renseigné sur la durée exacte du séjour royal à Cîteaux, qui selon toute vraisemblance fut de cinq ou six jours ; le départ eut probablement lieu le lundi 19 septembre, après la célébration des fêtes du dimanche. L'abbé Guillaume de Montagu dut passer à Dijon avec ses hôtes qu'il reconduisit jusqu'à Vitteaux ; c'est là qu'il en reçut les remerciements que méritait l'excellent accueil fait par la communauté. Comme cadeau d'adieu, le roi voulut laisser aux religieux de l'ordre tout entier un souvenir durable il fit dresser un acte de donation de cent vingt livres provinoises, qui seraient prélevées chaque année sur ses revenus de Gien, et appliquées aux députés du chapitre général de Cîteaux[95]. La reine Blanche donna pour même objet une rente de quarante livres parisis, assise sur son douaire de Melun[96]. Robert, comte d'Artois, frère aîné du roi, joignit à ces libéralités une rente de quarante livres à prendre sur son domaine de Bapaume[97]. Ces documents inédits sont tous datés de Vitteaux.

Louis IX suivit pour son retour le même itinéraire que celui d'arrivée et était rentré à Paris le 29 septembre[98].

On a omis de dire que dans l'intention de contrecarrer les projets du pape, et pour empêcher le roi de faire droit à sa- requête, l'empereur Frédéric avait envoyé des ambassadeurs au chapitre général de Cîteaux[99]. Ceux-ci durent éprouver quelque surprise en entendant la lecture de la lettre pontificale, qui donnait à leur maître la qualification de fils de Satan. On comprend la réserve et l'attitude prudente du roi, qui, tenant à ménager la susceptibilité des uns et des autres, ne voulut pas s'engager inconsidérément dans une circonstance aussi délicate. Il convoqua les grands du royaume pour statuer sur la demande du pape, qui se dirigeait, disait-on, sur la France, et qui avait réclamé l'autorisation de s'installer à Reims, alors sans archevêque[100]. Les barons s'opposèrent à un projet qu'ils regardaient comme funeste aux intérêts de la couronne, et dangereux pour l'état. Après des tergiversations, et un voyage plein de péripéties, Innocent IV, assez gravement malade[101], vînt, le 2 décembre 1244, se fixer à Lyon, ville presque indépendante, rattachée à l'Empire par un lien purement nominal, et assez voisine du souverain, dont le Saint-Siège espérait appui et protection.

 

 

 



[1] E chronic. Alberici raonachi Trium Fontium, Recueil des historiens de France, t. XXI, p. 615 E.

[2] Raynaldi, édition de Rome, 1616, t. XIII, p. 486.

[3] Bulle du 24 novembre 1338 ; Raynaldi, édition de Rome, 1616, t. XIII, p. 512-513.

[4] Ducange, Histoire de l'empire de Constantinople, t. I, p. 247.

[5] Arch. de la Côte-d'Or, Cartulaire de Saint-Seine, fol. 35 ; catalogue, n° 2293.

[6] Bulle du 5 novembre 1238, Potthast, Reg. pontific., n° 10666.

[7] Bibl. nat., lat. 5993 A, fol. 275.

[8] Orig. Arch. nat., J. 256, n° 15, pièce scellée et datée d'Auxerre ; catalogue n° 2321.

[9] Orig. Arch. nat. J. 252, pièce scellée Teulet, Layettes, n° 2776 ; notre catalogue n° 2322. Pour ne donner lieu à aucune contestation, le roi saint Louis acheta les droits des héritiers d'Alix de Vienne au comté de Mâcon, après la mort de Jean de Braine, en 1241. Pais, il traita avec Guichard, évêque de cette ville, en 1267, pour l'indemnité des hommages qui lui étaient dus. Alix de Vienne employa en œuvres pieuses l'argent qu'elle toucha de son comté, et céda la seigneurie de Vienne à Béatrix, dame de Pagny, sa tante elle se fit ensuite religieuse à Maubuisson, et mourut première abbesse du Lys, en 1252.

[10] Orig. Arch. de la Côte-d’Or, B 478, pièce scellée datée d'avril 1239 ; catalogue n° 2330.

[11] Raynaldi, édition de Rome 1616, t. XIII, p. 539-340.

[12] Guillaume de Mont-Saint-Jean ne céda que ta portion de Vergy sur laquelle il avait des droits, car les ducs étaient depuis longtemps investis des droits possédés par les seigneurs de Vergy.

[13] A. Duchesne, Histoire de la maison de Vergy, pr, p. 170-171, catalogue n° 2344.

[14] Huillard-Breholles, Hist. diplomatica Frederici secondi, V, p. 360-362 ; Martène, Amplis. collect., t. II, p. 1192-1193.

[15] Philippe Mousket, édition Reiffenberg, t. II, p. 661, vers 30397-30404.

[16] Lenain de Tillemont, Vie de saint Louis, t. II, p. 362.

[17] En juin 1238. Mile de Noyers vend pour 210 livres aux Templiers d'Espailly ses terres de Bissey, Louesme, Courban, pour les frais de son voyage (Orig. Arch. de la Côte-d'Or, H. 1184).

[18] Il vend des terres au duc de Bourgogne et en reçut 434 livres (Pérard, p. 440-441).

[19] Décembre 1238, Orig. Arch. de la Côte-d'Or, fonds du Puits d'Orbe, H. 1040, catalogue n° 2313.

[20] Bibl. nat., lat. 12824, Cartulaire de Saint-Seine, copie de Dom Aubrée, fol. 474 v°.

[21] Arch. de l'Yonne, fonds de Pontigny, H. 1318.

[22] Bibl. nat., lat. 17099, Cartulaire de l'évêché de Langres, p. 269.

[23] Orig. Arch. de la Côte-d'Or, H. 1186.

[24] Orig. Arch. de la Côte-d'Or, Chambre des Comptes, B 478.

[25] Bibl. nat., lat. 10947, fol. 53 r°.

[26] Orig. Arch. de la Côte-d'Or, H. 1172.

[27] Bibl. nat., Cartulaire de l'évêché de Chalon, lat. 17089, fol. 420 ; catalogue, n° 2357.

[28] Orig. Arch. de l'Yonne, fonds de Pontigny ; catalogue, n° 2358.

[29] Orig. Arch. de Saône-et-Loire, fonds de La Ferté-sur-Grosne ; catalogue n° 2364.

[30] Orig. Arch. de la Côte-d'Or, fonds de la Bussière, H 530.

[31] Orig. Arch. de la Côte-d’Or, fonds de Maizières, H. 619.

[32] Arch. de la ville d'Auxerre, Cartulaire de Saint-Germain, n° 141, fol. 19 v° ; catalogue, n° 2391.

[33] Arch. de la Côte-d’Or, Cartulaire de Cîteaux, t. III, fol. 141 ; catalogue, n° 2393.

[34] Potthast, Reg. pontif., n° 10666 notre catalogue, n° 2310.

[35] Bibl. nat., lat. 17085, cartulaire de Saint-Seine, copie de Bouhier, p. 62, Hervé de Sombernon engage aux religieux de Saint-Seine ses dîmes de Blaisy, dont il retire soixante-dix livres dijonnaises mais il mourut avant son départ, et sa femme Blanche d'Etais le fit enterrer à la Bussière (Bibl. nat., lat. 17722, Cartulaire de la Bussière, p. 163-164), notre catalogue, n° 2335.

[36] Orig. Arch. de la Côte-d'Or, H. 49 ; Cartulaire de Cîteaux, n° 168, fol. 30 ; catalogue, n° 2390.

[37] Orig. Arch. de Saône-et-Loire, fonds de la Ferté-sur-Grosne catalogue, n° 2396.

[38] Bibl. nat., Cartulaire de l'évêché de Chalon, lat. 17089, p. 230 ; catalogue, n° 2399, 2405.

[39] Arch. de l'Aube, Cartulaire du Temple, fol. 298.

[40] Huillard-Breholles, Titres de la maison ducale de Bourbon, t. I, n° 221.

[41] Arch. de l'Yonne, fonds de Pontigny, H. 1318 ; Martène, Thesaur. anecdot., t. II, coll. 1012.

[42] Mignard, Histoire des principales fondations religieuses, au bailliage de la Montagne, p. 14.

[43] Historiens occidentaux des croisades, t. II, p. 415, note A.

[44] Ces deux noms, qui appartiennent au comté de Bourgogne, sont donnés par l'abbé Guillaume, Histoire générale des sires de Salins, t. I, p. 184.

[45] De Charmasse, Cartulaire de l'église d'Autun, p. 242.

[46] De Charmasse, Cartulaire de l'église d'Autun, p. 435.

[47] Notre catalogue, n° 2365, 2368, 2362, 2369, 2372.

[48] Chronique rimée de Philippe Mousket, Recueil des historiens de France, t. XXII, p. 73 F.

[49] L'estoire des Eracles empereur, Recueil des historiens occidentaux des Croisades, t. II, p. 413.

[50] Historiens occidentaux des Croisades, manuscrit de Rothelin, t. II, p. 529.

[51] Dom Martène, Thesaur. novus Anecdot., t. I, coll. 1042.

[52] L'estoire des Eracles empereur, Recueil des historiens occidentaux des Croisades, t. II, p. 413.

[53] Le continuateur de Guillaume de Tyr, Recueil des historiens occidentaux des Croisades, t. II, p. 539, le désigne sous le nom d'Estiennes de Sevinghen. Etienne de Seignelay, chevalier banneret, était un des grands barons de l'Auxerrois, fils de Daimbert de Seignelay et de Marguerite ; on le trouve cité de 1202 à 1239, ainsi que sa femme Agnès.

[54] Ces détails et les suivants sont fournis principalement par le manuscrit de Rothelin, chap. XXV-XXVII, Recueil des historiens occidentaux des Croisades, t. II, p. 537-543.

[55] Ces derniers passages sont extraits des récits de la Continuation de Guillaume de Tyr, Recueil des historiens occidentaux des Croisades, t. II, p. 543 ; il faut y joindre pour ce qui précède le chapitre XXVII de la même chronique, Ibidem, p. 541-543. — Mathieu de Paris, édition de Henry Richards Luard, t. IV, p. 28, dit seulement : dux autem Burgundie fugit, et se rapporte par conséquent avec la chronique précitée.

[56] Ces noms sont fournis par Mathieu de Paris, édition de Luard, t. IV, p. 23. Les Annules de Terre-Sainte, par Rohrich et Gaston Raynaud, d'après le ms. de la Bibl. nat., fonds franç. 2491, fol. 48-49, disent, p. 16 : « le conte de Bar y fu mors, et y eust asses de chevaliers que prins que mors ».

[57] Le testament de Guigues, comte de Nevers, daté du 10 août, fut fait à Castallaneta, petite ville, du royaume de Naples (Huillard-Breholles, Titres de la maison ducale de Bourbon, t. I, n° 221) ; notre catalogue, n° 2417.

[58] Continuation de Guillaume de Tyr, Recueil des historiens occidentaux des Croisades, t. II, p. 534.

[59] Il ne s'agit ni de Dom Plancher, ni de l'abbé Courtépée, car ces auteurs ne disent pas un mot de la croisade de 1239. Les chroniques locales n'en parlent pas davantage ; peut-être a-t-on voulu passer sous silence les souvenirs d'une expédition peu honorable pour le duc de Bourgogne.

[60] Le Manuscrit de Rothelin, Recueil des historiens occidentaux des Croisades, t. II, p. 556.

[61] Mathieu de Paris, édition de Richards Luart, t. IV, p. 140.

[62] Voir Lenain de Tillemont, Histoire de saint Louis, t. II, p. 364.

[63] Le Manuscrit de Rothelin, Recueil des historiens occidentaux des Croisades, t. II, p. 556.

[64] Le connétable Eudes de Frolois était en Bourgogne au mois d'octobre 1239 (catalogue, n° 2373) et en janvier 1240 (Bibl. d'Auxerre, Cartulaire de Pontigny, de l'abbé Depaquit, t. III, p. J 34} ; catalogue n° 2388 ; il n'était donc pas mort à la croisade, et on ne doit pas le confondre avec un personnage du même nom. Eudes, dit Ragot, de Frolois, connétable, avait épousé Alix, fille de Gui de Chappes ; seigneur de Jully et de Pétronille de Bar, dame de Champlost, laquelle Pétronille était elle-même fille de Thibaud de Bar-sur-Seine, seigneur de Champlost.

[65] Le sénéchal Guillaume de Vergy teste en février 1240 (catalogue n° 2406) ; en avril 1241, il était encore malade dans son lit (catalogue, n° 2412) il dut mourir peu de temps après, puisque son fils Henri était sénéchal le mois suivant.

[66] En mai 1241, Henri de Vergy, sénéchal de Bourgogne, se déclare homme lige de Thibaud de Champagne, et comme il n'a pas encore de sceau, fait apposer à cet acte celui de la duchesse (Orig. Arch. nat. J. 256), catalogue n° 2415.

[67] On a de Pierre de Paleau, maréchal, une déclaration en faveur de l'évêque de Chalon, en août (notre catalogue, n° 2874), et son testament de septembre 4241 (catalogue, n° 2421).

[68] Le 26 novembre 1241 l'évêque de Chalon reçut à l'abbaye du Lieu-Dieu l'hommage d'Elvis veuve du connétable Hugues, fils du maréchal Pierre de Paleau (catalogue n° 2424).

[69] Catalogue, n° 2419.

[70] Catalogue, n° 2418.

[71] Etienne de Cissey mourut en 1211, et son père Antéric fît vendre le cheval qui servait à son usage. (Orig. Arch. de la Côte-d'Or, fonds de la Commanderie de Beaune, H 1218), catalogue n° 2428.

[72] Les habitants qui se refugiaient à Talant y trouvaient aussi des franchises et des avantages qui les attiraient ; les religieux d'Ahuy et de Quetigny se virent, pour cette désertion, inquiétés par les religieux de Saint-Etienne de Dijon (catalogue, n° 2436-2440).

[73] Dans ce testament la duchesse léguait aux religieuses du Lieu-Dieu le moulin de Nuits-sous-Beaune qu'elle avait fait construire. (Orig. Arch. de la Côte-d'Or, fonds du Lieu-Dieu, H 1064), catalogue, n° 2427.

[74] Chartes des mars, mai, septembre, octobre 1242 ; catalogue, n° 2432, 2437, 2444, 2446.

[75] Quatre conventions à ce sujet ; 29 mars 1242 (Pérard, p. 449), catalogue, n° 2432 mai 1242, charte passée à Gray (Bibl. de la ville de Dijon, mss. Pérard, n° 8, fol. 62, édité Pérard, p. 450), catalogue, n° 2437 ; 5 septembre 1242 (Arch. de la Côte-d'Or, Recueil de Peincedé, t. II, p. 581), catalogue, n° 2444 ; 26 octobre 1242 (Dom Plancher, t. II, p. XXXV, p. XV), catalogue n° 2446.

[76] Ed. Clerc, Essai sur la Franche-Comté, t. I, p. 433.

[77] Leurs noms sont cités dans plusieurs pièces, voir Pérard, p. 449-451.

[78] Essai sur la Franche-Comté, t. I, p. 433.

[79] Dom Bouquet, Recueil des historiens de France, t. XXIII, p. 727 A H.

[80] On n'a aucune charte d'Hugues IV pour le mois de juillet, il est donc probable qu'il n'était pas alors en Bourgogne.

[81] Rossignol, Histoire de Beaune, p. 195. Rossignol, ancien conservateur des archives de la Côte-d'Or, avait sans doute trouvé la preuve de ce fait dans le fonds de Cîteaux.

[82] Privilèges de l'Ordre de Cîteaux, Paris, Mariette, 1713, in-4°, p. 3.

[83] Privilèges de l'Ordre de Cîteaux, Paris, Mariette, 1713, in-4°, p. 4.

[84] Les abbés d'Angleterre avaient rapporté cette nouvelle au retour du chapitre, en 1243, à la suite probablement d'une demande de prières adressée aux religieux de Cîteaux par le roi lorsqu'il contracta une maladie pendant sa chevauchée du Poitou (Voir Mathieu de Paris, édition de Richards Luart, t. IV, p. 257).

[85] La date du 14 septembre est certaine, bien que Mathieu de Paris, édition de Luart, t. IV, p. 391, rapproche cet événement de la Saint-Michel, qui était le 29 septembre. A ce moment, le roi était rentré à Paris, Itinera et Mansiones, Dom Bouquet, t. XXI, p. 412.

[86] Dom Bouquet, t. XXI, p. 412, Itinera et mansiones.

[87] La fondation relative à Louis VIII est du 19 septembre 1236 ; Teulet, Layettes du Trésor des Chartes, t. II, p. 326.

[88] Teulet, Layettes, t. II, p. 338.

[89] Mathieu de Paris, édition de Richards Luart, t. IV, p. 392.

[90] Ces détails sont entièrement extraits du récit de Mathieu de Paris, édition de Luart, t. IV, p. 391-393.

[91] Annal. Cisterc., p. 298 ; Lenain de Tillemont, Histoire de saint Louis, t. III, p. 83. Le 14 septembre 1244, jour de l'Exaltation de la Croix, tombait un mercredi ; le 16 et le 17 étaient deux jours maigres.

[92] Annal. Cisterc., p. 338.

[93] Mathieu de Paris, édition de Luart, t. IV, p. 391.

[94] Annal. Cisterc., p. 297-298 ; Lenain de Tillemont, Vie de saint Louis, t. III, p. 55.

[95] Arch. de la Côte-d'Or, Cartulaire de Cîteaux, n° 167, fol. 80 ; catalogue, n° 2491.

[96] Arch. de la Côte-d'Or, Cartulaire de Cîteaux, n° 167, fol. 80 (catalogue, n° 1492) confirmation par saint Louis, ibidem, fol. 80-81 (catalogue, n° 2493).

[97] Pérard, p. 459 ; catalogue, n° 2494.

[98] Itinera et Mansiones, dans Dom Bouquet, Recueil des historiens de France, t. XXI, p. 412. Les renseignements nouveaux consignés ici permettent quelques additions pour les séjours de saint Louis en septembre 1144. — Les premiers jours : Villeneuve-Saint-Georges, Hôpital de Corbeil — vers le 9, 10, 11, 12, Pontigny, Vézelay, Vitteaux — les 14, 18, 16, 17, 18, 19, Cîteaux — vers le 21, Vitteaux — le 29, Paris.

[99] Mathieu de Paris, édition de Luart, t. IV, p. 393.

[100] Mathieu de Westminster, Flores historiarum, Londres, 1570, p. 183.

[101] Voir l'itinéraire du voyage du pape à Lyon, Elie Berger, Saint Louis et Innocent IV, introduction aux Registres d'Innocent IV, p. XX-XXI.