HISTOIRE DES DUCS DE BOURGOGNE DE LA RACE CAPÉTIENNE

TOME QUATRIÈME

 

CHAPITRE XXVII. — RÉGENCE DE LA DUCHESSE ALIX DE VERGY - 1218-1229.

 

 

Testament du duc Eudes III. — Guillaume de Champagne, archevêque de Reims, et Robert d'Auvergne, évêque de Clermont, tuteurs d'Hugues IV. — La duchesse Alix de Vergy rend hommage au roi Philippe-Auguste, à Pans ; elle tombe malade à Talant. — Ses embarras financiers ; elle a recours à la commune de Dijon traité ce sujet. — Emprunt aux marchands de Sienne. — Sages économies qui relèvent les finances. — Croisade et croisés bourguignons en 1218 ; résultat négatif de cette expédition ; retour précipité d'Hervé, comte de Nevers ; mariage et mort de son gendre Philippe de France, frère de saint Louis ; mort de son beau-père Pierre de Courtenay, comte d'Auxerre et de Tonnerre. — Suite des démêlés entre Blanche, comtesse de Champagne, et Erard de Brienne ; engagements de la duchesse Alix de Vergy ; négociations avec les seigneurs bourguignons et leur désarmement. — Troubles dans l'Auxerrois ; mort d'Hervé, comte de Nevers. – La duchesse Alix assiste au sacre de Louis VIII. — Achat du comté de Bar-sur-Seine par le comte de Champagne. — Alix de Vergy achète les terres du Chalonnais et du Beaunois appartenant au dauphin de Viennois. — Affranchissement de Saint-Jean-de-Losne. — La duchesse de Bourgogne achète la seigneurie de Salins et divers domaines dans le comté. – Luttes d'Etienne, comte d'Auxonne, des familles de Vienne et de Chalon contre Othe, duc de Méranie appel aux Lorrains et à Henri, comte de Bar-le-Duc, qui est fait prisonnier. — Traité d'alliance offensive et défensive entre le duc de Méranie et le comte de Champagne ; suspension momentanée de la lutte par la guerre des Albigeois ; reprise des hostilités ; traité de paix, passé dans l'abbaye de Bèze. — Le duc de Méranie engage le comté de Bourgogne au comte de Champagne pour payer la rançon d'Henri de Bar-le-Duc. — Alix de Vergy et Hugues IV assistent au sacre de saint Louis. — Mahaut de Courtenay, comtesse de Nevers, remariée à Guigues, comte de Forez. — Origine du Parcours de Saint-Vincent. — Traité entre la duchesse de Bourgogne et la cour de Champagne ; conventions prohibitives au sujet du mariage d'Hugues IV, sous la caution de Robert d'Auvergne, archevêque de Lyon.

 

Avant de quitter le duché de Bourgogne et de prendre route pour la croisade, le duc Eudes III avait stipulé dans un testament, dont le texte n'est point arrivé jusqu'à nous, que ses parents, Guillaume de Champagne, archevêque de Reims, son oncle, et Robert d'Auvergne, évêque de Clermont, son cousin, seraient les exécuteurs de ses dernières volontés[1]. Il leur confiait de plus la direction des affaires du duché, la tutelle de son fils, le soin de guider Alix de Vergy dans les questions de politique et d'administration qui lui étaient tout à fait étrangères. Aussi leur intervention est-elle fréquemment signalée dans les documents relatifs à la minorité d'Hugues IV.

La mort inopinée d'Eudes III imposait une assez lourde responsabilité aux deux prélats, car la duchesse, laissée veuve à trente-cinq ans, n'avait ni la décision, ni la fermeté d'esprit nécessaires à sa situation nouvelle. Son caractère timide et réservé formait un contraste frappant avec celui de l'énergique Blanche de Navarre, comtesse de Champagne, la femme d'action ; elle avait vécu modestement sous l'autorité d'un mari, plus âgé qu'elle de dix-sept ans, et n'avait jamais pris part aux affaires du gouvernement.

Nous avons déjà vu l'influence de Guillaume de Champagne, archevêque de Reims, dans plusieurs circonstances et dans divers actes d'Eudes III, principalement lors du divorce de ce dernier avec Mathilde de Portugal. Son âge et ses infirmités ne lui permettaient pas d'avoir une action vive et efficace peur la défense des intérêts de la duchesse, le poids devait retomber tout entier sur Robert, évêque de Clermont, fils de Robert d'Auvergne et de Mathilde de Bourgogne, personnage très mêlé aux grands événements de l'époque, et tenu en haute affection par le duc défunt.

Au moment de sa mort, Eudes III avait également enjoint à la duchesse et à ses exécuteurs testamentaires d'envoyer à ses frais cent chevaliers en Terre-Sainte cette charge, qui allait incomber en partie à la province de Bourgogne, pesa surtout d'un lourd poids sur les habitants de Dijon[2].

Alix de Vergy avait à peine scellé la tombe du duc sous les voûtes de la basilique de Cîteaux, qu'elle fut mandée parle roi Philippe-Auguste pour lui rendre ses devoirs féodaux. Eudes III était décédé le 6 juillet ; dans le courant du même mois, la duchesse était en Champagne, se dirigeant sur Paris avec une escorte de chevaliers bourguignons, Guillaume de Vergy, son frère, sénéchal du duché[3], Ponce de Grancey, connétable, Robert de Beaune, Gui de Thil, Eudes de Grancey, Clérembaud de Chappes. Hugues de Lormes, Jean de Châteauneuf[4]. Dans l'entrevue qu'élis eut avec la comtesse de Champagne, Alix s'engagea, d'après l'avis de Robert d'Auvergne, à servir Blanche de Navarre et son fils Thibaud contre les entreprises d'Erard de Brienne et de ses adhérents[5] ; Guillaume de Vergy, son frère, fit une semblable déclaration[6].

Au mois d'août tous ces personnages étaient reçus, à Paris, à la cour de France. En prêtant serment de fidélité à Philippe-Auguste, la duchesse jura qu'elle ne contracterait pas de nouvelle alliance sans la volonté formelle du roi, et les chevaliers cités plus haut mirent leur sceau à cet engagement. Rentrée à Dijon dans le courant du même mois, elle fit connaître à ses barons, sergents et bourgeois ; les obligations qu'elle avait prises et les fit enregistrer par les principales villes du duché[7]. Mais elle ne tarda pas à éprouver le contre-coup de ces secousses et de ces émotions ; en septembre elle tomba malade et se vit forcée de garder le lit dans son château de Talant, d'où elle envoya un de ses officiers faire hommage en son nom à Durand, évêque de Chalon-sur-Saône[8].

Il y avait fort à faire pour mettre en équilibre le budget des finances du duché et le temps pressait. Les dettes contractées par les guerres incessantes et la mauvaise administration d'Hugues III n'étaient point encore liquidées à l'époque de la mort d'Eudes III. Elles venaient au contraire de s'augmenter d'une manière inquiétante par suite des frais occasionnés par les dernières campagnes et par les préparatifs de la croisade. L'obligation d'envoyer cent chevaliers en Terre-Sainte aux dépens du trésor ducal créait de nouveaux embarras, auxquels il était impossible de faire face. On avait depuis longtemps utilisé et escompté les revenus provenant des sommes dues par les divers affranchissements de villes, qui constituaient l'un des produits les plus nets et les plus réguliers du duché ; il fallut recourir à des emprunts onéreux. En juin 1249 la duchesse recevait de Ponce de Chaponnay, de Lyon, cinq cents livres provinoises, dont la comtesse de Champagne se rendit caution[9], ainsi que de mille marcs d'argent qu'elle toucha bientôt après du même prêteur[10]. Puis on eut recours aux abbayes ; les religieux de Longuay fournirent cent francs[11] ; ceux de Saint-Seine, Saint-Bénigne, Cîteaux, Fontenay, vinrent en aide pour des sommes plus ou moins importantes[12] ; on fut obligé de faire appel à la bourse des particuliers, des sergents et des prévôts ; Eudes III n'avait pas dédaigné d'envoyer jusqu'à Auxerre pour emprunter à Colin de Châtillon, prévôt de cette ville, une somme de cent francs, qui ne fut remboursée qu'à la fin de l'année 1219[13].

Tous ces expédients épuisés, il n'y avait que la commune de Dijon qui pût intervenir d'une manière efficace et tirer la duchesse de ces embarras. La coutume de Bourgogne accordait aux seigneurs féodaux le droit d'indire, c'est-à-dire de lever une taille extraordinaire dans quatre cas et notamment au moment d'une expédition en Terre-Sainte. On se prévalut de cette prérogative pour demander des subsides aux habitants de Dijon. Les clauses de la charte de 1187 étaient formelles il avait été parfaitement convenu qu'une fois la somme de cinq cents marcs d'argent payée, la commune serait exonérée de toute autre prestation. C'est vainement que les officiers réclamèrent le paiement de ce nouvel impôt, les habitants s'y refusèrent. La violence ne réussit pas mieux ; on arrêta quelques bourgeois on voulut empêcher les vendanges, mais les habitants de Dijon firent intervenir les seigneurs qui avaient apposé leur nom et leur sceau à la charte d'affranchissement. Il s'ensuivit un accommodement par lequel la commune consentit à venir en aide à la duchesse, qui s'engagea elle-même à en respecter les privilèges et les libertés aussi longtemps qu'elle aurait la tutelle de son fils. Philippe-Auguste confirma la transaction[14], ainsi que les évoques et les principaux seigneurs de la province. Les besoins étaient urgents, car, en décembre 1220[15], Alix de Vergy, à la réception des lettres du roi et du pape, apportées par son chambellan Gervais Chauchart, requit la commune de payer sur-le-champ la somme de huit cents livres à Messe, juif de Sens, et promit de ne rien exiger du paiement des dix-sept cents marcs que les Dijonnais lui devaient encore, jusqu'à la remise du traité qu'elle venait de conclure avec eux, sous la garantie des évêques du duché.

Ces expédients n'étaient que des palliatifs qui ne permettaient pas d'éteindre la dette totale. Pour en finir, Robert d'Auvergne, évêque de Clermont, conseilla à la duchesse de contracter un emprunt afin de désintéresser les anciens créanciers. Par un traité passé en avril 1222, à Bar-sur-Seine, avec seize marchands et citoyens de la ville de Sienne[16], on réussit à réunir d'abord cinq cents livres, dont le comte Thibaud de Champagne fut caution, puis la somme énorme pour le temps de onze mille sept cent vingt livres provinoises, qui fut garantie par Mile, seigneur de Noyers. Le remboursement devait en être effectué les années suivantes, en quatre termes, aux foires de Bar-sur-Seine et de Saint-Ayoul de Provins, et quatre jours avant que l'on eût crié Haro ! Haro ! Mile de Noyers s'engageait, en cas de contestation, à se constituer prisonnier et à venir en otage à Troyes, au gré des prêteurs il consentait à être frappé d'excommunication, lui, sa femme et ses enfants, si les conditions de paiement n'étaient pas rigoureusement exécutées[17].

La bonne administration et la sage économie que la duchesse apporta dans la gestion des affaires du duché permirent de solder ces dettes assez rapidement. La situation des finances était même telle, que, dès le mois d'octobre 1225[18], Alix de Vergy put racheter, au nom de son fils, moyennant trois mille trois cents marcs d'argent, et les payer moins de deux ans après[19], toutes les terres du Chalonnais et du Beaunois que le dauphin de Viennois- détenait encore dans son lot depuis le partage avec le duc Eudes III, son frère.

Ce fut pour les finances du duché l'origine d'un état de prospérité inconnu jusque-là aux ducs de Bourgogne c'est grâce à cette bonne gestion qu'Hugues IV trouva en sortant de minorité les coffres du trésor bien garnis. De cette époque datent ces acquisitions de châteaux, de domaines et de terres, qui constituaient la véritable puissance seigneuriale au moyen âge. Nombreuses sous Hugues IV, ces acquisitions sont successivement continuées par Robert II et par ses successeurs, avec une si grande activité, que la Bourgogne deviendra, non plus une province, mais presque un état, lorsque les ducs de la seconde race royale viendront en prendre possession.

Les funérailles du duc Eudes III ne retardèrent que peu de temps le départ des croisés bourguignons pour la Terre-Sainte. Hervé de Donzy, comte de Nevers, qui avait fait depuis longtemps de nombreux préparatifs, allait s'embarquer avec sa femme Mahaut et une suite considérable de chevaliers ; les monastères de la contrée reçurent des legs importants des seigneurs désireux d'attirer les bénédictions du ciel sur l'issue de ce lointain voyage. Par une bulle du 5 juillet 1218, le pape Honorius III accordait à Hervé un impôt extraordinaire sur les bénéfices ecclésiastiques de ses domaines, impôt nommé vicesima, par analogie avec la dîme (decima) dont elle représentait le double. Une partie de la recette devait aussi être destinée aux huit chevaliers chargés de défendre, en son absence, les intérêts du comté de Nevers[20].

Le mois suivant les croisés installés à Gênes recevaient du pape une lettre les pressant de partir pour Damiette[21].

Toutefois la nécessité d'attendre les derniers retardataires ne leur permit pas de quitter Gênes avant le mois de septembre, date du testament d'Hervé de Nevers et de Mahaut[22], qui se proposaient de prendre la mer. Les subsides pécuniaires promis aux croisés se faisaient surtout beaucoup attendre vainement le comte de Nevers en avait écrit au pape à diverses reprises, on n'avait encore versé que des sommes tout à fait insuffisantes pour la mise en mouvement d'une telle multitude de chevaliers.

Le premier et le principal groupe des croisés, arrivé devant Damiette, n'avait pas encore reçu, quatre mois après, les fonds qui lui étaient promis. Le 13 février 1219, Honorius III rappelait le clergé du diocèse de Nevers à ses devoirs, et lui recommandait d'apporter plus de zèle pour le versement de la dîme du vingtième prélevée sur les bénéfices ecclésiastiques, afin d'aider les barons qui n'avaient pas hésité à exposer leur vie pour le service du Christ[23].

Les chevaliers bourguignons dont nous avons donné les noms au chapitre précédent, et qui se préparaient alors à partir, ne furent pas tous prêts pour ce premier embarquement. Mile, comte de Bar-sur-Seine, et son fils Gaucher, étaient encore au chapitre général de Cîteaux le 14 septembre[24] ; André de Montbard, seigneur d'Epoisses[25], Mile de Saint-Florentin, seigneur de Puits, Erard de Chacenay et divers autres ne s'y rendirent que plus tard et successivement.

Sans entrer dans les détails d'une expédition, dont le résultat fut à peu près nul, sinon désastreux, on ne peut omettre de dire que les croisés réunis à Damiette, aux fêtes de Pâques 1219[26], livrèrent bataille aux Sarrasins, le 29 du même mois. Eudes de Châtillon-en-Bazois, André de Montbard, seigneur d’Epoisses, et son beau-père Jean, seigneur d'Arcis-sur-Aube et de Pisy, près Montréal, furent faits prisonniers[27]. Ce dernier mourut des suites de sa captivité, et ses frères recueillirent sa succession[28]. André, sire d'Epoisses, n'avait pas encore recouvré sa liberté cinq mois plus tard, lorsqu'il fit une donation aux chevaliers du Temple de Jérusalem[29]. Ponce de Grancey, connétable de Bourgogne, Eudes de Châtillon-en-Bazois, Itier de Toucy, marié à Béatrix de Réon, veuve en premières noces d'Alexandre de Bourgogne, Hugues, fils de Calo de Grancey, Mile, comte de Bar-sur-Seine, et son fils Gaucher[30] ne revirent pas le sol natal.

Les autres personnages, indiqués parmi les croisés, reparaîtront dans les documents ultérieurs. Des chroniqueurs contemporains, comme Guillaume de Tyr[31], suivis en cela par des historiens modernes, ont beaucoup reproché à Hervé de Donzy, comte de Nevers, sa conduite devant Damiette, son départ précipité de la Terre-Sainte, et l'abandon de ses compagnons d'armes, laissés sans défense au milieu des infidèles. Les uns et les autres ne paraissent pas avoir connu les multiples et puissants motifs qui nécessitaient le prompt retour du comte de Nevers dans ses états. Les besoins d'argent étaient impérieux, car la rentrée des fonds promis sur les bénéfices ecclésiastiques s'était effectuée d'une manière très irrégulière, malgré les ordres du pape, et les destinataires n'en avaient touché que la moindre partie. Deux nouvelles plus graves durent parvenir à Hervé dans le courant du mois d'août, la mort de son gendre Philippe de France marié à sa fille unique Agnès[32], et la mort de son beau-père Pierre de Courtenay, empereur de Constantinople, comte d'Auxerre et de Tonnerre, qui venait, disait-on, d'expirer dans les cachots des Grecs.

Le mariage du petit-fils de Philippe-Auguste avait été arrêté à Melun, dès 1215, pendant la campagne du Poitou, et devait être célébré deux ans plus tard à cause de la jeunesse des fiancés alors en bas âge. Hervé n'était parti en Terre-Sainte qu'après la cérémonie des fiançailles, puisque, par un acte daté de Lorris (juillet 1218), il avait réglé avec Louis, fils aîné du roi et père du marié, l'administration des biens appartenant aux époux mineurs et le droit de reprise en cas de mort[33]. On ne comprend pas comment les éditeurs du Recueil des Historiens de France ont pu contester l'authenticité de ce mariage, en marchant contre leurs propres textes[34].

Au retour de la croisade, le premier soin du comte de Nevers fut de promettre à Philippe-Auguste de ne pas remarier sa fille sans le consentement du roi, et en tous cas, de ne la donner ni au fils de Jean, roi d'Angleterre, ni à Thibaud de Champagne, ni au jeune duc de Bourgogne, ni à Enguerrand de Coucy[35]. Ses féodaux qui assistaient à cette convention passée à Saint-Germain-en-Laye, en décembre 1219, donnèrent leur adhésion et leur garantie dans un acte séparé[36] : Hugues, seigneur de Lormes, Hugues de Saint-Verain, Renaud de Montfaucon, Geoffroi de Bouilli, Pierre de Livron et Anseau Bridaine. Deux bulles pontificales mirent ensuite les biens de la veuve sous la protection du Saint-Siège[37].

Philippe de France étant décédé, Agnès de Nevers aurait dû, suivant les conventions du premier traité de 1215, épouser son frère Louis, plus tard Louis IX. Mais les événements ne permirent pas de mettre ce projet à exécution la mort de Philippe-Auguste suivit de près celle de son petit-fils Louis VIII ne régna que trois ans, et quand Louis IX fut appelé à succéder à son père, il était loin d'avoir l'âge requis pour le mariage. On ne peut que constater la promesse non réalisée, qui eût pu, dans cette éventualité, mettre la fille du comte de Nevers sur le trône de France[38].

Nous avons parlé dans le précédent chapitre du traité passé le 8 juillet 1218 entre Blanche de Navarre, comtesse de Champagne, et Erard de Brienne, traité dans lequel l'intervention d'Eudes III est formellement indiquée, bien que la mort du duc soit de deux jours antérieure à cet acte. Les clauses de la convention stipulaient une trêve de quatre années, l'obligation pour Blanche d'intervenir auprès du pape pour faire lever l'excommunication dont son adversaire avait été frappé, la restitution à Erard des fiefs et des domaines saisis sur lui, et enfin le paiement à ce dernier d'une somme annuelle de trois mille livres de Provins pendant la durée de la trêve.

On peut être surpris des complications nouvelles qui surgirent après cette époque, et des longues négociations que l'habile comtesse de Champagne fut obligée de suivre, afin de parvenir à dominer la situation. La mort d'Eudes III, en enlevant à Blanche un allié actif, puissant et autorisé, avait-elle fait espérer à Erard de Brienne et à ses partisans des éventualités favorables et un retour de fortune ? Cela est supposable. Les promesses et le concours promis à Blanche par la duchesse régente de Bourgogne constituaient un appui purement moral ; car Alix de Vergy avait alors trop à faire, au milieu de ses embarras financiers, pour prendre part à une lutte dans laquelle les intérêts du duché n'avaient rien à voir.

Pour mettre le bon droit de son côté, et dans l'intention arrêtée de remplir ses engagements, la comtesse de Champagne envoya des ambassadeurs au pape, pour le prier d'absoudre Erard. Le pontife recevait en même temps une requête d'Erard et de Philippine qui réclamaient une semblable faveur. Le 29 décembre 1218, Honorius III chargea Conrad, abbé de Cîteaux, Guillaume, abbé de Clairvaux, et Olivier, abbé de Quincy, de lever la sentence d'excommunication, et de donner l'absolution suivant la forme de l'église, juxta formam ecclesie[39]. Les mandataires furent fort embarrassés pour remplir leur mission les défenseurs de Blanche prétendaient que, suivant les lois de l'église, Erard ne pouvait être absous, sans avoir préalablement réparé le dommage causé par les actes qui avaient motivé les foudres canoniques. De sorte que, les trois abbés, après avoir donné un avis favorable (31 mai 1219)[40], révoquèrent leur jugement, puis revinrent à leur décision première (8 juillet 1219)[41], décision qui fut confirmée par une bulle du 7 août[42].

Après des tergiversations et des alternatives, dont nous n'avons pas à suivre les péripéties, Erard fut maintenu longtemps encore sous le coup de la sentence d'excommunication mais malgré les ordres réitérés du pape, plusieurs des prélats, qui auraient dû veiller à l'exécution de cette sentence, paraissent en avoir tenu peu de compte. Chaque jour des plaintes de ce chef venaient retentir à la cour de Rome. Honorius III fit menacer des censures ecclésiastiques les religieux de Trois-Fontaines et de Quincy, qui avaient donné l'absolution et la sépulture à des partisans d'Erard, sans exiger d'eux réparation ni dommage[43].

D'autres membres du clergé ne se montraient pas moins complaisants pour Erard lui-même et pour son beau-frère Mile de Noyers., dans le château duquel il faisait de fréquents séjours. Vers la même époque, Philippine, relevant de couches, fut admise à faire la cérémonie des relevailles dans l'église Saint-Pierre d'une paroisse du diocèse de Langres dont nous n'avons pas su identifier le nom. Le jour de la Purification, 2 février 1220, Erard et Mile de Noyers prirent part aux fêtes de la Chandeleur, et vinrent à Pontigny suivre la procession, un cierge à la main[44] des prélats assistèrent avec eux à des repas de noces il n'y avait donc rien d'étonnant si des prêtres et de simples religieux les traitaient en chrétiens, non en excommuniés[45].

Les démarches faites par Erard prouvent du reste le désir qu'il avait de se soustraire à cette fâcheuse situation, qui lui créait des embarras incessants au milieu des populations religieuses de nos régions. La comtesse de Champagne n'avait rien négligé pour y mettre un terme ; depuis longtemps déjà, elle cherchait, par d'habiles négociations, à détacher les vassaux bourguignons et champenois restés fidèles à la fortune d'Erard, et y consacrait toutes les ressources pécuniaires dont elle pouvait disposer, bien persuadée que l'or plus que le fer remue les destinées du monde. Les grands seigneurs vendirent sans difficulté leur fidélité à Blanche ; les uns tirèrent bénéfice des circonstances pour se faire payer de services qu'ils n'avaient pas rendus d'autres, mus par un sentiment aussi peu avouable, se firent acheter leur dévouement.

Ponce de Mont-Saint-Jean, seigneur de Charny, reçut une somme de trois cents livres et une rente de vingt livres en accroissement de fief, promettant, le cas échéant, de combattre Erard, mais se réservant de ne point faire la guerre à Mile de Noyers, son beau-frère (juin 1219)[46].

Hervé de Sombernon, qu'aucun lien de vassalité ne rattachait à la Champagne, fut gratifié d'une rente de vingt livres sur les foires de Bar[47], et en rendit hommage le même jour (juin 1219)[48].

Gui et Hugues de Châtillon, fils du comte de Saint-Pol, sénéchal de Bourgogne, récemment décédé, obtinrent la gruerie des bois de Villy (février 1220)[49].

Hugues, seigneur d'Antigny, devint homme-lige de Blanche et de Thibaud de Champagne, moyennant une somme de cent cinquante livres une fois payée, et de vingt livres de rente assises sur les foires de Bar (juillet 1219)[50].

Barthélemi, seigneur de Saulx, chef de la branche aînée des comtes de ce nom, vendit sa fidélité aux mêmes conditions (octobre 1219)[51], ainsi qu'Hervé, seigneur de Saffres (9 septembre 1222)[52].

Gui, seigneur de Til-Châtel, avait mis son dévouement à un plus haut prix, et avait exigé une somme de cent marcs d'argent et une rente de trente livres (avril 1219)[53].

Gui et André de Montréal reçurent trois cents livres et une rente de trente livres, se réservant le droit de ne point prendre part à une guerre dans laquelle Erard se trouverait en personne, mais s'engageant à combattre Mile de Noyers, et à mettre leurs forteresses au service de Blanche (juillet 1219)[54].

Eudes de Bourgogne, seigneur de Montagu, beau-frère de la duchesse Alix, vendit son appui moyennant trois cents livres (30 mars 1220)[55].

Mile de Saint-Florentin, seigneur de Puits[56], Simon de Sexfontaines[57], fixent leur soumission à condition d'obtenir la levée de la sentence d'excommunication qui pesait encore sur eux.

Guillaume de Mont-Saint- Jean consentit à être vassal du comte de Champagne pour un fief de trente livres de rente (octobre 1222)[58].

Erard de Brienne vit ainsi la plupart de ses partisans abandonner successivement sa cause, mais pour ne pas se laisser prendre au dépourvu et ne pas se montrer plus malavisé que ses adhérents, il prit ses mesures pour tirer parti de la situation, en vendant sa soumission à beaux deniers comptants et aux conditions les plus avantageuses. Le 2 novembre 1221[59], il renonça aux droits qu'il revendiquait et à ses prétentions aux comtés de Champagne et de Brie, moyennant une somme de quatre mille livres une fois payée, et une rente de douze cents livres, somme très considérable pour l'époque. Cette renonciation, solennelle fut adressée au pape, au roi de France, à la duchesse de Bourgogne, et à tous les personnages qui avaient figuré dans ces trop longs démêlés. Alix de Vergy[60], Hugues de Montréal, évêque de Langres[61], Guillaume de Champagne, archevêque de Reims[62], Henri, évêque d'Auxerre[63], etc., fournirent des chartes constatant les clauses de cet accord.

Ce n'est pas tout. Erard et Philippine vinrent solennellement aux fêtes de Pâques dans l'abbaye de Molème faire acte de soumission et de renonciation, en présence des évêques précités et de la duchesse de Bourgogne, qui renouvela dans la même forme les chartes dont on vient de parler, à la date du 10 avril 1222[64].

La soumission d'Erard de Chacenay suivit de près celle d'Erard de Brienne, et Mile de Noyers, beau-frère de ce dernier, ne tarda pas à se rendre et à faire hommage à Thibaud de Champagne pour des terres sur lesquelles furent assis des revenus importants. Nous ne connaissons qu'une partie des concessions qui furent faites au seigneur de Noyers[65] ; les allocations successives ne durent pas atteindre celles qui furent concédées à Erard, mais elles furent assez considérables pour que Mile ait pu, à diverses reprises, se rendre caution de la duchesse de Bourgogne, et que son crédit ait paru suffisant aux banquiers de Sienne pour couvrir un emprunt de onze mille sept cent vingt livres provinoises, contracté pour payer les dettes du duché[66].

La nouvelle de la mort de Pierre de Courtenay, comte d'Auxerre et de Tonnerre, avait produit une commotion, et fut l'occasion de quelques troubles dans ces régions ; l'administration de ces comtés avait été laissée à Robert, seigneur de Champignelles, frère du défunt, sous la direction de l'évêque Guillaume de Seignelay. Hervé de Donzy avait hâté son retour de la croisade, pour faire valoir ses droits et prendre possession de ce qui devait lui revenir[67] ; mais il fut repoussé dans ses prétentions jusqu'à plus ample information. Sur ces entrefaites, l'évêque d'Auxerre ayant été promu au siège épiscopal de Paris, Hervé profita de l'absence du prélat pour s'emparer des comtés, et y commettre des violences qui valurent des menaces d'excommunication du Saint-Siège[68]. Ce n'est qu'à la fin de l'année 1220 qu'il fut régulièrement investi des comtés d'Auxerre et de Tonnerre. Sa fille Agnès, veuve de Philippe de France, se remaria l'année suivante avec Gui de Châtillon, comte de Saint-Pol mais Hervé succomba bientôt après sa mort, enveloppée de mystère, eut lieu le 21 janvier 1222[69]. Quelques jours plus tard, la veuve convoquée à Melun à la cour de Philippe-Auguste, jurait au roi de ne contracter aucune alliance sans son consentement[70]. Ce serment fut sanctionné par la ratification de son gendre et par les seigneurs ses vassaux qui l'accompagnaient Guillaume de Mello, Hugues de Saint-Verain, Pierre des Barres, Etienne de Sancerre, Geofroi de Bouilli[71].

La duchesse de Bourgogne assista à la cérémonie du sacre de Louis VIII, couronné à Reims par Guillaume de Joinville, archevêque de cette ville, le dimanche 6 août 1223 elle y renouvela la promesse de ne jamais se marier sans le consentement du roi[72]. Par un diplôme donné à Sens, Louis VIII autorisa Béatrix, comtesse de Chalon-sur-Saône, qui n'avait pu venir lui faire hommage en personne, à remplir ce devoir soit dans les mains de l'archevêque de Lyon, soit dans celles de l'évêque de Chalon, ou de tout autre prélat qu'elle voudrait choisir[73].

Après la mort de Mile III, comte de Bar-sur-Seine, Thibaud, comte de Champagne, racheta des divers héritiers les prétentions qu'ils pouvaient avoir sur le comté de Bar. Les actes de cette vente furent passés à Dijon, le 17 mars 1224.

Ponce de Mont-Saint-Jean, seigneur de Charny, fondé de pouvoirs de Ponce de Cuiseaux et de Laurence, nièce de Mile III, fit cession de leur part de succession dans les mains de Simon de Joinville, sénéchal de Champagne[74]. Henri, comte de Bar-le-Duc, et Odard, maréchal de Champagne, constatèrent aussi cette vente par des chartes données à Dijon, le 2 avril de la même année[75]. Thibaud racheta successivement les portions qui revenaient aux autres héritiers, ainsi que les droits et le douaire d'Elissande, veuve de Mile III, de sorte que tous les revenus-utiles du comté de Bar-sur-Seine furent incorporés au domaine de Champagne.

Pendant le même intervalle, la duchesse de Bourgogne mettait ses économies à profit pour acheter de son beau-frère, le dauphin de Viennois, les domaines dont il avait la jouissance dans le Beaunois et le Châlonnais, et qui lui provenaient de son lot de partage avec Eudes III. Le prix de cette vente avait été fixé à trois mille trois cents marcs d'argent, à condition que la duchesse serait tenue de fonder un hôpital (octobre 1225)[76]. Robert d'Auvergne, qui avait été le négociateur de cette acquisition, scella la quittance de cette somme au nom du dauphin[77], en même temps qu'Alix de Vergy (juin 1227)[78]. Il est probable que la charte d'affranchissement concédée par la duchesse aux habitants de Saint-Jean-de-Losne (juillet 1227)[79] avait pour but de couvrir une partie des frais de cette importante acquisition.

La duchesse profita aussi des dissensions qui agitaient le comté de Bourgogne pour enrichir le duché et se créer des fiefs sans combat et sans argent. Les querelles domestiques de la maison de Salins servirent à souhait ces projets d'agrandissement. Gaucher IV de Vienne, seigneur de Salins, dont nous avons raconté les infortunes matrimoniales avec Mathilde de Bourbon, fille d'Archambaud de Bourbon et d'Alix de Bourgogne, s'était, après son divorce, remariée avec Alix de Dreux, dont il n'eut pas d'enfants. Mathilde de Bourbon avait elle-même contracté une seconde alliance avec Gui de Dampierre. Une seule fille, Marguerite de Vienne, était née du mariage malheureux de Gaucher IV et de Mathilde, et à Marguerite seule devait faire retour la seigneurie de Salins et les terres qui en dépendaient[80]. Marguerite avait été fiancée, dès 1211, par les soins de sa mère et du duc de Bourgogne Eudes III, son cousin[81], avec Guillaume de Sabran, comte de Forcalquier, mort en 1220, puis mariée en secondes noces à Joceran le Gros de Brancion, dont la maison, ancienne et illustre par ses alliances, se glorifiait de ne tenir ses terres que de Dieu et de son épée. Joceran devenait ainsi le petit cousin du jeune duc de Bourgogne[82].

Etienne, comte d'Auxonne, qui nourrissait toujours une haine profonde contre Othe, duc de Méranie[83], ne reculait devant aucun acte d'hostilité pour lui être désagréable, et chercha de nouvelles causes de querelles. Nous ne savons par quels motifs il détermina[84] Joceran de Brancion et Marguerite de Vienne à céder à la duchesse Alix et à son fils Hugues la seigneurie de Salins, la terre de Vuillafans et leurs vastes dépendances. Cette négociation, dont on ne possède plus le texte, et dont les clauses furent sans doute tenues secrètes, eut lieu en 1225[85] on ne connaît pas davantage la somme qui fut versée pour cette acquisition. Alix de Dreux, veuve de Gaucher de Salins, alors remariée à Renard de Choiseul[86], possédait encore pour son douaire des droits sur quelques-uns de ces domaines elle fut indemnisée d'une somme de deux mille quarante livres stéphanoises, que lui promit la duchesse, avec la caution d'Hervé de Sombernon[87].

En créant ainsi, dans le centre du comté, un fief important au profit des ducs de Bourgogne, Etienne se ménageait l'appui de ces derniers en cas de nouvelles éventualités il servait en même temps les intérêts de Jean de Chalon, son fils, pour lequel il avait toujours ambitionné ce riche héritage, et qui se trouvait par alliance oncle d'Hugues IV[88].

La prise de possession d'un grand fief dans le comté de Bourgogne était un premier pas dans l'annexion de cette province au duché, rêve longtemps caressé par le duc Eudes III, mais que les circonstances et les difficultés avaient rendu chimérique et irréalisable. Le traité secret, de 1216, par lequel le duc de Bourgogne s'était jadis allié avec la comtesse de Champagne pour la conquête du comté, avait semblablement engagé leurs enfants[89]. Mais Thibaud de Champagne avait sur Hugues IV une différence d'âge qui lui assurait beaucoup d'avantages pour mener à bien une telle entreprise, et en tirer parti pour son propre compte. A la date de 1226, Thibaud avait vingt-cinq ans, tandis qu'Hugues IV, âgé de treize ans seulement, n'avait pas même atteint la majorité féodale. Blanche de Navarre était en outre douée d'une haute intelligence politique dont elle avait donné la mesure pendant l'administration de sa régence elle avait une grande supériorité sur Alix de Vergy timide et inexpérimentée, et on doit supposer qu'elle avait plus d'intérêts à soutenir les droits de la Champagne que ceux du duché de Bourgogne.

L'intervention d'Etienne, comte d'Auxonne, dans la cession de la seigneurie de Salins au duché, lui assura de ce côté une alliance dont il voulut immédiatement profiter. Le refus d'hommage, pour les châteaux d'Oiselet et de Rochefort, devint l'occasion d'un conflit auquel Othe, duc de Méranie, n'était nullement préparé. C'était toujours la haine sauvage de la branche cadette qui allumait la guerre ; c'était la coalition de ces maisons rivales, composée des familles de Vienne et de Chalon, qui s'armaient contre ce prince étranger.

En présence de cette ligue redoutable, le duc de Méranie fit appel à Henri, comte de Bar-le-Duc, et aux Lorrains, qui accoururent à son secours. Les hostilités étaient commencées au mois de décembre 1225 ; mais peu de temps avant Noël, Jean de Chalon et son gendre Henri de Vienne parvinrent à s'emparer du comte de Bar, le retinrent prisonnier jusqu'à la Pentecôte de l'année suivante[90], et ne le relâchèrent qu'au prix d'une énorme rançon.

Privé de cet appui, la situation du duc de Méranie devenait fort critique ; il pouvait craindre la fatale issue de la campagne de 1211, terminée par le traité de Dijon. Il eût été entièrement livré à la merci de ses agresseurs, et le duc Eudes III n'était plus là pour lui servir de contre-poids. Le comte de Champagne était seul en mesure de lui venir en aide et de le tirer de ce mauvais pas. D'autre part, Thibaud, qui n'avait pas vu sans amertume J'annexion de Salins au duché, saisit avec empressement l'occasion, et fit bon accueil aux propositions avantageuses qui lui furent adressées.

Le 19 janvier 1226[91], c'est-à-dire moins d'un mois après l'emprisonnement d'Henri de Bar, Othe, duc de Méranie, comte palatin de Bourgogne, et sa femme Béatrix, faisaient un traité d'alliance offensive et défensive avec Thibaud, comte de Champagne et Agnès de Beaujeu. Pour mieux cimenter cette alliance, ils arrêtaient les conditions du mariage de leur fils Othe, alors en bas âge, avec Blanche de Champagne qui venait de naître. Les épousailles se feraient à Bourbonne, quand le futur aurait atteint sa quatorzième année. Le comté de Bourgogne lui serait donné en dot. Blanche apporterait en mariage trois mille marcs d'argent une fois payés et cinq cents livrées de terre. Henri, seigneur de Fouvent[92], Gautier, seigneur de Vignory[93], Simon, seigneur de Clefmont[94], se rendirent garants de cet engagement pour le duc de Méranie.

Ces conventions, qui faisaient passer le comté de Bourgogne dans la maison de Champagne, avaient une importance capitale. C'était un échec pour les possesseurs du duché ; mais la réalisation se présentait dans un avenir éloigné d'ici là des complications pouvaient surgir, et les événements se chargeaient de mettre tous ces beaux projets à néant.

En apportant dans la lutte le poids de son épée, le comte de Champagne mettait la balance égale entre les belligérants. La guerre envenimée par les haines dé famille recommença plus âpre et plus acharnée sur tous les points à la fois. Etienne y perdit deux de ses forteresses, Liesle et Montbarrey trois autres châteaux appartenant aux confédérés, Gray, Flagy et Roset, furent pris, saccagés et brûlés[95].

La croisade des Albigeois, à laquelle tous les grands vassaux furent sommés de se rendre, suspendit momentanément les hostilités ; mais cette croisade, mal accueillie par les seigneurs bourguignons, rencontra de grandes difficultés. L'expédition de 1209 avait laissé de si mauvais souvenirs que les barons et les prélats de Bourgogne apportèrent la plus vive résistance aux sommations royales. Jean de Braisne, comte de Mâcon[96], refusa d'abord nettement de s'y rendre, malgré les injonctions réitérées du roi, et plus tard fut condamné de ce chef à une forte amende, pour laquelle l'évêque et le chapitre de Mâcon furent obligés de s'engager[97]. Dès le mois de mars 1226, Henri de Villeneuve, évêque d'Auxerre, prenait prétexte de ses infirmités pour ne pas participer à l'expédition. Il déclarait que Louis VIII, en le dispensant de le suivre à la guerre contre les Albigeois, l'avait exempté de fournir des soldats et de payer la dîme due pour cet objet, moyennant la somme de six cents livres parisis une fois donnée[98].

Etienne, comte d'Auxonne, Jean de Chalon et Henri de Vienne éludèrent les invitations qui leur furent adressées, alléguant pour excuse les dangers que couraient leurs terres, menacées par le comte de Champagne et le duc de Méranie[99]. Le cardinal Romain de Saint-Ange, légat du pape, s'offrit de lever les difficultés, mais les uns et les autres ne se pressaient pas d'obéir à ses injonctions. Le clergé n'avait pas montré plus de zèle, car on ne put percevoir qu'une très faible partie des dîmes promises pour l'expédition[100].

L'armée royale était déjà arrivée à Lyon le 28 mai[101], tandis que Thibaud était encore en Champagne ce n'est que vers le milieu de juin qu'il arriva devant Avignon[102], dont le siège avait été commencé le 10 du même mois [103]. Mais il ne resta pas jusqu'à la fin du siège les quarante jours de service obligatoire étant expirés, il se présenta devant le roi pour lui demander l'autorisation de se retirer. Les objurgations du monarque et du légat, qu'il laissait dans une situation embarrassante, ne purent le retenir « Je jure, s'écria le roi en colère que, si vous partez ainsi, j'irai porter l'incendie dans votre comté[104] ». Trois jours après cette entrevue, le comte de Champagne quitta furtivement le camp, à minuit, sans emmener ses chevaliers, et revint avec une telle rapidité qu'en un seul jour il aurait fait trois journées de marche[105].

Les historiens ont tous blâmé Thibaud de cette défection, sans connaître les impérieuses nécessités qui le rappelaient dans ses états. Il avait à protéger ses propres intérêts dans le comté de Bourgogne, et ne se souciait pas de défendre ceux du roi, qui n'étaient un mystère pour personne, puisque Amauri de Montfort avait cédé à Louis VIII ses droits sur le comté de Toulouse.

Aussitôt de retour, Thibaud se retrouva en présence d'un certain nombre de confédérés qui n'avaient pas quitté le comté, mais qui n'étaient pas sans inquiétude sur l'issue de la lutte contre leurs puissants adversaires. Les embarras du roi, le besoin qu'il avait de ses vassaux, la nécessité d'augmenter ses forces, permirent aux uns et aux autres de se tirer d'affaire, sans que leur amour-propre en fût blessé. Par ordre du cardinal légat Romain de Saint-Ange, l'archevêque de Besançon menaça Thibaud d'excommunication, s'il n'obtempérait pas à la volonté de Louis VIII, et s'il persistait à faire la guerre[106]. On a des lettres du comte de Champagne, interdisant à Erard de Brienne et à Jacques de Durnay de laisser leurs hommes attaquer la terre d'Étienne, comte d'Auxonne, et de Jean, comte de Chalon, pendant tout le temps qu'ils passeraient à la croisade contre les Albigeois (4 septembre 1226)[107].

Il y avait donc eu, antérieurement à cette date, une suspension d'armes dont nous ne connaissons pas la teneur, mais à la suite de laquelle Henri, comte de Bar-le-Duc, prisonnier de Jean de Chalon, et du sire de Vienne, avait été relâché, en fournissant des cautions pour sa rançon et pour sa personne[108]. Cette trêve avait été passée aux environs de la Pentecôte[109] et était conclue pour la durée d'un an.

Elle n'était que le prélude d'une paix définitive, dont le légat du pape fut, comme la première fois ; le médiateur autorisé. Cette paix était vivement désirée par tous les partis, et principalement par les populations qui en souffraient. En conséquence, le cardinal de Saint-Ange convoqua les intéressés dans une assemblée qui se réunit dans l'abbaye de Bèze, le 16 juin 1227[110]. Étienne et son fils acceptèrent les conditions qu'on leur dicta. Ils consentirent à rendre hommage au duc de Méranie, pour les châteaux de Rochefort et d'Oiselet. Le duc de Méranie devait de son côté détruire les murs de Chavigny et les raser jusqu'aux fossés. Des cinq forteresses détruites pendant la guerre, celles de Montbarrey et de Roset pourraient, seules être relevées, avec le bon plaisir du duc. Henri de Vienne, qui était en difficulté avec ce dernier pour le château de Vaugrenant, consentit à accepter l'arbitrage du comte de Champagne[111].

Le même jour, Jean, comte de Chalon, déclara que, par la médiation du légat Romain de Saint-Ange, il avait fait la paix avec Henri, comte de Bar-le-Duc, qui, malgré ses serments, avait i ris les armes après son élargissement, et n'avait pas craint d'exposer les otages qui tenaient encore son lieu et place dans les cachots. On rendit la liberté aux prisonniers, et on déclara nulles les lettres délivrées par Henri de Bar, et établissant la reconnaissance de sa rançon[112].

Cette rançon avait été fixée à la somme exorbitante de seize mille livres stéphanoises[113]. Les vainqueurs avaient cruellement abusé de leur captif, bien persuadés que le duc de Méranie, responsable des frais de la guerre, ne pouvait abandonner un allié qu'il avait mandé à son secours[114]. Les finances des belligérants étaient épuisées, et le duc Othe n'était nullement en mesure de répondre à une telle exigence. Il fit appel au comte de Champagne, et le 27 juin, c'est-à-dire quelques jours après le traité de Bèze, il lui engagea le comté de Bourgogne, moyennant une somme de quatorze mille livres, avec la condition que Thibaud aurait les deux tiers du revenu de cette province pour frais de garde. L'autre tiers du revenu servirait annuellement à éteindre la dette du duc de Méranie, qui, une fois cette dette payée, rentrerait en possession de son comté[115].

Cette étrange cession, quoique momentanée, prouve le peu d'attachement de ce prince étranger pour un domaine qui ne lui avait jamais occasionné que des ennuis. Les officiers de Thibaud prirent possession des différents châteaux, et les seigneurs bourguignons de la contrée, déjà soumis à l'autorité d'un suzerain allemand, ne virent pas sans humiliation leur patrie gouvernée par une administration champenoise.

En prenant ainsi pied dans le comté, Thibaud pouvait en espérer l'annexion à ses états, d'une manière plus sûre que par le mariage de sa fille et par un traité dont les clauses avaient été passées sous silence après les circonstances qui les avaient fait naître. Et comme le duc de Méranie eut encore besoin de recourir aux ressources financières de la Champagne, Thibaud lui fit renouveler (8 novembre)[116], dans les mêmes termes, rengagement précédent, qui portait cette fois un prêt de quinze mille livres, dont douze mille cinq cent quatre-vingt-seize lui furent comptées de suite, et dont il donna quittance quelques jours après (21 novembre)[117]. Le légat du pape, qui avait été lé négociateur de tous ces arrangements, ne quitta la Bourgogne qu'au mois de septembre, après avoir assisté au chapitre général de Cîteaux[118].

L'enchaînement des faits que l'on vient de raconter ne doit pas faire perdre de vue les événements accomplis antérieurement à cette date.

Le roi Louis VIII, décédé le 8 novembre, avait fait jurer aux évêques et aux barons qu'ils feraient hommage à Louis IX, son fils aîné, alors âgé de dix ans, et qu'ils participeraient à son couronnement dans le plus bref délai possible. En conséquence, une lettre de convocation fut adressée aux grands vassaux de la couronne, qui furent invités à se trouver à Reims aux fêtes de la Saint-André[119]. On a encore le texte des lettres que reçurent les évêques d'Auxerre, de Nevers, de Troyes, de Màcon et de Chalon-sur-Saône. La cérémonie eut lieu le dimanche 29 novembre la duchesse de Bourgogne y assista, ainsi que son fils, bien que Mathieu de Paris[120], auteur parfois inexact, dise le contraire. Il faut s'en rapporter à l'assertion formelle de Philippe Mousket[121] :

Vinrent à Rains plusior baron

De lointain pais environ,

Et li jouenes dus de Bourgogne

Ki dolans fu de la viergogne,

I vint volontiers et de gré

Quar ses pere ot le sien amé...

Mahaut, de Courtenay, comtesse de Nevers, d'Auxerre et de Tonnerre, après avoir perdu son mari en 1222, fut encore affligée par la perte de sa fille Agnès (1225), et de son gendre Gui de Châtillon, comte de Saint-Pol (1226). Ces derniers laissaient deux enfants en bas âge, dont la grand'mère eut la direction. Pour leur donner un protecteur, Mahaut épousa ; en juillet 1226, Guigues, comte de Forez, qui put remplir les devoirs féodaux attachés à ses vastes domaines, et défendre les intérêts de la comtesse et de ses petits-enfants. Ce seigneur fit la même année hommage manuel à l'évêque de Chalon-sur-Saône pour divers fiefs du Tonnerrois, Baigneux, Beauvoir, Avirey, Bragelonne, Lannes, Ricey qui faisaient partie de ce que l'on appelait le Parcours de Saint-Vincent, et aussi pour les terrages de Molème et de Channes[122]. C'est le même hommage qui avait été fait dix années auparavant à l'évêque de Chalon par Pierre de Courtenay, comte d'Auxerre et de Tonnerre[123], hommage dont nous n'avons pas encore parlé. A. cette première date (1217), on fit une enquête, et les prud'hommes durent établir quelles étaient les terres qui composaient ce Parcours de Saint-Vincent, servitude assez singulière qui subordonnait les comtes de Tonnerre aux évêques et à l'église de Saint-Vincent de Chalon, et dont l'origine serait intéressante à connaître.

Aucun document ne nous éclaire sur cette origine, et l'enquête citée plus haut ne nous a pas été conservée. Pour trouver des rapports entre les comtes de Tonnerre et ceux de Chalon, il faut remonter jusqu'en 1166 et à la campagne de Louis VII dans le Chalonnais[124]. A la suite de cette guerre, les deux auxiliaires du roi qui avaient pris la part la plus active à cette expédition, Hugues III, duc de Bourgogne, et Guillaume IV, comte de Nevers et, de Tonnerre, furent gratifiée d'une partie des domaines enlevés au comte de Chalon, en punition de sa félonie et de ses méfaits. Les comtes de Nevers ne restèrent pas longtemps possesseurs de ces terres éloignées de leurs états ; Guillaume IV mourut sans enfants en 1168, laissant son héritage à son frère Gui, mari de Mathilde de Bourgogne. Ce même Gui fut fait prisonnier par Hugues III, en 1174, après une guerre malheureuse, et condamné à une rançon de deux mille marcs d'argent, qui ne put être acquittée avec les ressources de la charte d'affranchissement donnée la même année aux habitants de Tonnerre[125]. Il y a toute apparence qu'à cette époque Gui de Nevers céda au duc de Bourgogne les droits qu'il avait dans le Chalonnais, en indemnisant l'évêque et le chapitre de Saint-Vincent de Chalon de la suzeraineté qu'il leur devait, et en asseyant cette suzeraineté sur une portion proportionnelle de ses propres domaines[126]. Telle est, du moins, l'explication la plus rationnelle de cette servitude du Parcours de Saint-Vincent, dont il n'est fait mention nulle part, avant le commencement du XIIIe siècle.

La première année de son mariage avec Mahaut, Guigues, comte de Nevers et de Forez, entra en difficulté avec le comte de Champagne, relativement aux châteaux construits dans le Tonnerrois sur la limite de leurs domaines. Guigues défendit ses droits avec assez de hauteur pour que l'un et l'autre se soient mis en état de guerre, et que le cardinal de Saint-Ange ait été forcé d'intervenir pour mettre un terme à ce conflit[127].

Toutefois les préparatifs de la lutte avaient été sérieux. En juillet 1227[128], le comte de Champagne avait fait avec la duchesse de Bourgogne un traité d'alliance offensive et défensive, qui devait durer jusqu'à ce que le jeune Hugues IV eût atteint sa vingt et unième année, c'est-à-dire jusqu'en 1232, époque à laquelle le duc serait libre de renouveler le traité.

Alix de Vergy s'engageait à prêter aide et secours à Thibaud contre le comte de Nevers. Elle faisait serment de ne pas marier son fils à la fille de Robert, comte de Dreux, ni aux filles des comtes de Bretagne, de la Marche, de Boulogne, de Robert de Courtenay, d'Enguerran de Coucy, de Gui de Châtillon, comte de Saint-Pol, ni aux sœurs et nièces des mêmes personnages. Les chevaliers bourguignons, le sénéchal Guillaume de Vergy, le maréchal Pierre de Palleau, Anséric de Montréal, Clérembaud de Chappes, André d'Époisses, prêtèrent le même serment. Pour plus de sûreté, il fut convenu qu'en cas de contravention à ces engagements, les seigneurs précités se rendraient en otage à Troyes dans le même mois qu'ils seraient invités à s'y rendre, à la requête, soit de la comtesse de Champagne, soit de l'évêque de Langres, soit de Robert d'Auvergne, qui venait d'être promu à l'archevêché de Lyon[129], et qui était le négociateur principal de ces conventions. Dans ce cas, ils juraient de ne pas sortir de prison avant réparation d'honneur et de dommages, soumettant leurs personnes et leurs biens à l'excommunication de l'évêque de Langres ou de l'archevêque de Lyon. Le duc Hugues, n'ayant pas encore de sceau, on apposa à cet acte celui de la duchesse.

 

 

 



[1] Arch. de la Côte-d'Or, Recueil de Peincedé, t. XXVIII, p. 1164, d'après une charte du Cartulaire du Val-des-Choux de 1222 ; notre catalogue, n° 1726 Voir aussi les n° 1509, 1510.

[2] Orig. Arch. de la ville de Dijon, B 1 ; notre catalogue, n° 1627, 1628.

[3] Guillaume de Vergy ne prit officiellement le titre de sénéchal de Bourgogne que l'année suivante, après la mort de Gaucher de Châtillon, décédé en croisade.

[4] Les seigneurs précités mettent leur sceau à l'engagement fourni au roi par la duchesse, en août 1218 ; notre catalogue, n° 1514-1517. Anséric de Montréal, marié à Simonette ou Nicolette de Vergy, sœur de la duchesse, ne paraît pas dans ces documents, peut-être était-il en croisade ?

[5] A. Duchesne, Histoire de la maison de Vergy, pr., p. 180.

[6] A. Duchesne, Histoire de la maison de Vergy, pr., p. 180.

[7] Pièces de 1218, notre catalogue, n° 1521, 1522, 1546.

[8] Perry, Histoire de Chalon, p. 56 ; Dom Plancher, t. I, pr. 177.

[9] Ménétrier, Histoire de Lyon, pr., p. 44-45 ; notre catalogue, n° 1559, 1560.

[10] Bibl. nat. lat., 5993, fol. 37 notre catalogue, n° 1561.

[11] Arch. de la Haute-Marne, Cartulaire de Longuay, fol. 191 novembre 1219 notre catalogue, n° 1580.

[12] Voir le catalogue des actes des années, 1219-1225.

[13] Arch. de la Haute-Marne, Cartulaire de Longuay, fol. 191.

[14] Orig. Arch. de la ville de Dijon, B 1, septembre 1220 ; notre catalogue, n° 1628.

[15] Notre catalogue, n° 1634, 1637.

[16] Bibl. nat. lat., 5993, fol. 35 ; avril 1222 ; notre catalogue, n° 1714, 1715.

[17] Cette curieuse pièce, dont l'original, déchiré et en mauvais état, est aux archives de la Côte-d'Or, Chambre des Comptes, titres de Noyers ; notre catalogue, n° 1715. On ne possède plus le traité scellé par la duchesse ; on ne connait que l'engagement souscrit par Mile, seigneur de Noyers.

[18] Dom Plancher, t. II, pr., XVI, notre catalogue n° 1815.

[19] Juin 1227 ; Gollut, Mémoires, p. 392 ; Pérard, p. 410 ; notre catalogue, n° 1882.

[20] Recueil des historiens de France, t. XIX, p. 661 ; Raynaldi, Ann. eccles., ad annum 1218 ; Potthast, Regesta Pontif., t. I, p. 514-515.

[21] Recueil des historiens de France, t. XIX, p. 663.

[22] Martène, Thés. Anecdot., t. I, coll. 867 ; Cartulaire de l'Yonne, t. III, p. 95.

[23] Recueil des historiens de France, t. XIX, p. 677.

[24] Bibl., nat., Cartulaire de l'évêché de Chalon-sur-Saône, lat., 17,089, p. 415.

[25] Bibl. nat., Liber pontif., lat., 5993 A, fol. 21-22.

[26] Historiens occidentaux des croisades, t. II, p. 332.

[27] Recueil des historiens de France, t. XVII, 749 Bn ; Historiens occidentaux des croisades, t. II, p. 341.

[28] Juillet 1222, Partage de biens entre Gui, seigneur d'Arcis, et son frère Anséric, trésorier de Langres ; Bibl. nat. lat., S992, fol. 294.

[29] Septembre 1219 ; l'abbé Labore, Cartulaire de Beauvoir, p. 187 ; notre catalogue, n° 1574.

[30] Gaucher, fils de Mile, comte de Bar-sur-Seine, avait épousé Elisabeth de Courtenay, fille de Pierre de Courtenay, empereur de Constantinople. Gaucher avait un autre frère Guillaume, qui était entré dans l'ordre du Temple, dont il devint grand maître, en 1227. Il se signala au siège de Damiette, où il fit des merveilles à la tête de ses chevaliers, comme l'atteste un témoin oculaire (Olivier, dans Eccard, Corp. hist. med. œvi, t. II, p. 1405-1408).

[31] Historiens des Croisades, t. II, p. 337-340.

[32] Hervé, comte de Nevers, avait eu auparavant un fils, dont le nom est Testé inconnu, et qui est cité dans un seul document. Nous avons dit (t. III) qu'Eudes III, duc de Bourgogne, avait eu, en 1207, projet de le marier avec sa nièce Béatrix, fille du dauphin de Viennois, et que la mort de cet enfant eut lieu peu de temps après.

[33] Arch. nat., J. 286 ; notre catalogue, n° 1513.

[34] Un travail sur Hervé de Donzy, par René de Lespinasse, Nevers, 1868, p. 61-65, a rétabli la vérité des faits sur ce point.

[35] Notre catalogue, n° 1584.

[36] Orig. Arch. nat., J. 622 ; notre catalogue, 1585.

[37] 21 octobre 1220 : Bibl. nat., collect. Moreau, n° 1181, fol. 145, et 26 octobre 1220 : Recueil des historiens de France, t. XIX, p. 711, notre catalogue, n° 1631.

[38] Voir pour ces détails le travail précité de René de Lespinasse sur Hervé de Donzy. Nos cartulaires fournissent encore un certain nombre de pièces qui peuvent figurer dans son catalogue d'actes.

[39] Notre catalogue, n° 1536.

[40] D'Arbois de Jubainville, Histoire de Champagne, catalogue, n° 1199.

[41] D'Arbois de Jubainville, Histoire de Champagne, catalogue, n° 1214.

[42] D'Arbois de Jubainville, Histoire de Champagne, catalogue, n° 1249.

[43] 28 novembre 1219 ; Bibl. nat. lat., 5993 A, fol. 22, notre catalogue, n° 1581.

[44] Bulle de mars 1220 ; Bibl. nat., liber pontificum, lat., 5993 A, fol. 252 ; notre catalogue, n° 1603.

[45] Il faut consulter pour les détails l'excellente Histoire des ducs et comtes de Champagne, de M. d'Arbois de Jubainville, t. IV, p. 480 et suivantes.

[46] A. Duchesne, Histoire de la maison de Vergy, pr. p. 473 ; notre catalogue, n° 1564.

[47] Chantereau-Lefebvre, Traité des fiefs, t. II, p. 409, notre catalogue, n° 1562.

[48] Orig. Arch. nat., Trésor des chartes, J. 493 ; notre catalogue, n° 1563.

[49] A. Duchesne, Histoire de la maison de Châtillon-sur-Marne, pr., p. 39.

[50] Dom Plancher, Histoire de Bourgogne, t. II, pr. p. IV ; notre catalogue, n° 1569.

[51] Chantereau-Lefebvre, Traité des fiefs, t. II, p. 111, notre catalogue, n° 1577.

[52] D'Arbois de Jubainville, catalogue, n° 1442.

[53] Orig. Arch. nat. Trésor des Chartes, J. 200 ; notre catalogue, n° 1554.

[54] Arch. nat. Trésor des Chartes, J. 193, Champagne, I, n° 11 ; notre catalogue, n° 1566.

[55] A. Duchesne, Histoire des ducs de Bourgogne, pr. 134 ; notre catalogue, n° 1620.

[56] Mile de Saint-Florentin partit ensuite en croisade, et était à Damiette, le 26 juin 1220, lorsqu'il fit une donation aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem ; Orig. Arch. de la Côte-d'Or, H. 213 ; notre catalogue, n° 1618.

[57] Juin 1220 ; notre catalogue, n° 1617.

[58] Orig. Arch. nat., Trésor des Chartes, J. 195 ; notre catalogue, n° 1724.

[59] Orig. Arch. nat., Trésor des Chartes, J. 209 ; notre catalogue, n° 1676.

[60] Orig. Arch. nat., J. 209 ; notre catalogue n° 1678-1679.

[61] Orig. Arch. nat. Trésor des Chartes, J. 204.

[62] D'Arbois de Jubainville, catalogue n° 1357.

[63] Orig. Arch. nat. Trésor des Chartes, J. 209 ; notre catalogue, n° 1713.

[64] A. Duchesne, Histoire de la maison de Vergy, pr., p. 156 ; notre catalogue, n° 1711-1712.

[65] Orig. Arch. nat., J. 195 ; notre catalogue, n° 1766.

[66] Orig. déchiré, Arch. de la Côte-d'Or (avril 1222) notre catalogue, n° 1715.

[67] Voir l'accord d'Hervé avec Philippe-Auguste, en 1215, relatif aux arrangements pris pour la succession future de Pierre de Courtenay, suivant les éventualités possibles ; Martène, t. I, p. 1121.

[68] Recueil des Historiens de France, t. XIX, p. 704. Bulle du 12 juillet 1230, notre catalogue, n° 1620.

[69] Le 21 janvier 1222, suivant le nécrologe de Nevers (Armoires de Baluze, n° 74, fol. 379 r°). Il mourut au château de Saint-Aignan en Berry, et fut inhumé Pontigny, dans la chapelle de Saint-Thomas de Cantorbéry, où se lisait cette inscription avant 1715 :

Hic lapis Hervei comitis celat faciei

Formam, forma Dei clarificetur ei.

[70] Orig. Arch. nat., Trésor des chartes, J. 256 notre catalogue, n° 1699.

[71] Orig. Arch. nat., Trésor des chartes, J. 236 ; trois pièces, notre catalogue, n° 1700-1702.

[72] Orig. Arch. nat., J. 217 ; notre catalogue, n° 1745.

[73] Août 1223 ; Arch. nat., J. 253 ; notre catalogue, n° 1746.

[74] Orig. Arch. nat., Trésor des chartes, J. 193 et J. 195 notre catalogue, n° 1767, 1768.

[75] Notre catalogue, n° 1769-1770.

[76] Dom Plancher, t. II, pr., XVI ; notre catalogue, n° 1815.

[77] A. Duchesne, Dauphins de Viennois, pr., p. 14 ; notre catalogue, n° 1863.

[78] Pérard, p. 410 ; notre catalogue, n° 1864.

[79] Garnier, Chartes de Communes, t. Il, p. 7-10 ; notre catalogue, n° 1873.

[80] Marguerite de Vienne entra en possession de Salins après la mort de son père Gaucher IV, le 3 août 219.

[81] Abbé Guillaume, Histoire des sires de Salins, t. I, pr. p. 406-107.

[82] Joceran II de Brancion était marié en 1164 à Alix de Chalon, sœur de Guillaume II, comte de Chalon, et par suite beau-frère de Béatrix, fille de Frédéric Barberousse. Joceran III de Brancion se rattachait à la famille ducale.

[83] Voir ce qui est raconté (t. III, p. 213-216) au sujet des luttes entre Etienne III, comte d'Auxonne, et Othe, duc de Méranie.

[84] La participation d'Etienne à cette vente est certaine il était parent, ami et conseiller de Marguerite de Vienne. Voir l'abbé Guillaume, Histoire dès sires de Salins, t. I, pr. p. 107.

[85] Février 1225 (1224 anc. st.) Voir l'abbé Guillaume, Histoire des sires de Salins, t. I, pr. p. 101 et suiv.

[86] Alix de Dreux s'était remariée, en 1231, à Renard, seigneur de Choiseul, du consentement d'Hugues de Montréal, évoque de Langres. Renard de Choiseul mourut en 1239, et Alix en 1257 ou 1258 (l'abbé Guillaume, Histoire générale des sires de Salins, t. I. pr, pr. 101).

[87] Février 1225 ; notre catalogue n° 1806.

[88] Jean de Chalon, fils d'Etienne, avait épousé, en 1214, Mathilde de Bourgogne, sœur du duc Eudes III.

[89] Un des articles de ce traité de 1216, catalogue, n° 1366.

[90] Aubri de Troisfontaines.

[91] Orig. Arch. nat., J. 198 A, pièce scellée ; notre catalogue, n° 1835.

[92] Bibl. nat., Ve Colbert, n° 57, fol. 198.

[93] Bibl. nat., Ve Colbert, n° 57, fol. 531-532.

[94] Bibl. nat., Ve Colbert, n° 57, fol. 38 v°.

[95] Ed. Clerc, Essai sur la Franche-Comté, t. I, p. 419.

[96] Jean de Braisne était comte de Mâcon par sa femme Alix, petite fille de Guillaume, comte de Macon.

[97] Orig. Arch. nat., J. 259, deux pièces ; notre catalogue, n° 1930 et 1931.

[98] Orig. Arch. nat., J. 260 ; notre catalogue, n° 1839.

[99] Chifflet, Lettre touchant Béatrix, p. 105-106.

[100] Voir les réclamations des chapitres de Sens, de Paris, etc. Raynaldi, an. 1227, art. 57 et 60, et Lenain de Tillemont, Vie de Saint Louis, t. I, p. 470-471.

[101] Mathieu de Paris, éd. de Luard, t. III, p. 121.

[102] Recueil des Historiens de France, t. XVII, p. 338, Nicolaus de Braia. Voir d'Arbois de Jubainville, Histoire de Champagne, t. IV, p. 204.

[103] Gesta Ludovici VIII, apud Dom Bouquet, t. XVII, p. 309 c.

[104] Mathieu de Paris, t. III, p. 121.

[105] Philippe Mousket, vers 25202-26218, édit. Reiffenberg, t. II, p. 516.

[106] Chifflet, Lettre touchant Béatrix, p. 105.

[107] Chifflet, Lettre touchant Béatrix, p. 106-107 ; notre catalogue, n° 1847 et 1848.

[108] Le traité du 16 juin 4227, passé à l'abbaye de Bèze, mentionne le fait, voir notre catalogue, n° 1867, 1869, 1870.

[109] C'est en effet vers la Pentecôte, comme le dit Aubri de Troisfontaines, que fut relâché Henri, comte de Bar-le-Duc.

[110] Chifflet, Lettre touchant Béatrix, p. 74-75.

[111] La mention de ce fait est relatée dans la pièce qui précède ; mais Henri de Vienne en donna peu après un acte particulier (29 juin 1227), Dom Plancher, t. II, pr. coll. IV ; Chantereau, t. II, p. 174 ; notre catalogue, n° 1871.

[112] Bibl. nat., Liber principum. Ve Colbert, n° 57, p. 41-42 ; notre catalogue, n° 1869.

[113] Art de vérifier les dates, édition de 1818, t. II, p. 149.

[114] Jean de Chalon et Henri de Vienne, son gendre, n'en voulaient qu'au duc de Méranie. En consentant à payer une telle rançon, Henri, comte de Bar, ne leur avait-il pas réservé une certaine somme pour lui-même ? Deux documents de novembre 1 227 pourraient le faire croire ; Henri de Vienne devient, à cette date, débiteur du comte de Bar (Bibl. nat., Liber principum, Ve Colbert, n° 57, fol. 57-58 ; notre catalogue, n° 1883-1884.

[115] Bibl. nat., Liber principum, Ve Colbert, n° 56, fol. 248-250 ; 27 juin 1227 notre catalogue, n° 1870.

[116] Chantereau Lefebvre, t. II, p. 178-189 catalogue, n° 1880.

[117] Bibl. nat., Liber principum, Ve Colbert, n° 55, fol. 283 ; catalogue, n° 1881.

[118] Spicilège, t. IX, p. 656.

[119] Chron. Turonense, apud Dom Bouquet, t. XVIII, p. 317 E.

[120] Mathieu de Paris, édit. de Henry Richards Luard, t. III, p. 118-119.

[121] Recueil des Historiens de France, t. XXII, p. 442.

[122] Bibl. nat., Cartulaire de l'évêché de Chalon, lat., 17089, p. 415 ; charte d'avril 1227 ; notre catalogue, n° 1858.

[123] Janvier 1217 (n. st.), Pérard, p. 349.

[124] Voir notre tome II, chapitre XVII.

[125] Notre tome II.

[126] Baigneux, Beauvoir, Avirey, Bragelonne, Lannes, Ricey, Molème, Channes, formaient la limite nord des domaines des comtes de Tonnerre. Cette servitude ne pouvait gêner l'action du comte dans le reste de sa seigneurie.

[127] Lebeuf, Histoire d'Auxerre, nouv. édit. t. III, p. 169.

[128] Bibl. nat., V° Colbert, t. 36, fol 209 r° à 210 v° ; notre catalogue, n° 1872, in-ext.

[129] Robert d'Auvergne succéda à Renaud de Forez.