Testament du duc Eudes
III. — Guillaume de Champagne, archevêque de Reims, et Robert d'Auvergne,
évêque de Clermont, tuteurs d'Hugues IV. — La duchesse Alix de Vergy rend
hommage au roi Philippe-Auguste, à Pans ; elle tombe malade à Talant. — Ses
embarras financiers ; elle a recours à la commune de Dijon traité ce sujet. —
Emprunt aux marchands de Sienne. — Sages économies qui relèvent les finances.
— Croisade et croisés bourguignons en 1218 ; résultat négatif de cette
expédition ; retour précipité d'Hervé, comte de Nevers ; mariage et mort de
son gendre Philippe de France, frère de saint Louis ; mort de son beau-père
Pierre de Courtenay, comte d'Auxerre et de Tonnerre. — Suite des démêlés
entre Blanche, comtesse de Champagne, et Erard de Brienne ; engagements de la
duchesse Alix de Vergy ; négociations avec les seigneurs bourguignons et leur
désarmement. — Troubles dans l'Auxerrois ; mort d'Hervé, comte de Nevers. –
La duchesse Alix assiste au sacre de Louis VIII. — Achat du comté de
Bar-sur-Seine par le comte de Champagne. — Alix de Vergy achète les terres du
Chalonnais et du Beaunois appartenant au dauphin de Viennois. —
Affranchissement de Saint-Jean-de-Losne. — La duchesse de Bourgogne achète la
seigneurie de Salins et divers domaines dans le comté. – Luttes d'Etienne,
comte d'Auxonne, des familles de Vienne et de Chalon contre Othe, duc de
Méranie appel aux Lorrains et à Henri, comte de Bar-le-Duc, qui est fait
prisonnier. — Traité d'alliance offensive et défensive entre le duc de
Méranie et le comte de Champagne ; suspension momentanée de la lutte par la
guerre des Albigeois ; reprise des hostilités ; traité de paix, passé dans
l'abbaye de Bèze. — Le duc de Méranie engage le comté de Bourgogne au comte
de Champagne pour payer la rançon d'Henri de Bar-le-Duc. — Alix de Vergy et
Hugues IV assistent au sacre de saint Louis. — Mahaut de Courtenay, comtesse
de Nevers, remariée à Guigues, comte de Forez. — Origine du Parcours de
Saint-Vincent. — Traité entre la duchesse de Bourgogne et la cour de
Champagne ; conventions prohibitives au sujet du mariage d'Hugues IV, sous la
caution de Robert d'Auvergne, archevêque de Lyon.
Avant
de quitter le duché de Bourgogne et de prendre route pour la croisade, le duc
Eudes III avait stipulé dans un testament, dont le texte n'est point arrivé
jusqu'à nous, que ses parents, Guillaume de Champagne, archevêque de Reims,
son oncle, et Robert d'Auvergne, évêque de Clermont, son cousin, seraient les
exécuteurs de ses dernières volontés[1]. Il leur confiait de plus la
direction des affaires du duché, la tutelle de son fils, le soin de guider
Alix de Vergy dans les questions de politique et d'administration qui lui
étaient tout à fait étrangères. Aussi leur intervention est-elle fréquemment
signalée dans les documents relatifs à la minorité d'Hugues IV. La mort
inopinée d'Eudes III imposait une assez lourde responsabilité aux deux
prélats, car la duchesse, laissée veuve à trente-cinq ans, n'avait ni la
décision, ni la fermeté d'esprit nécessaires à sa situation nouvelle. Son
caractère timide et réservé formait un contraste frappant avec celui de
l'énergique Blanche de Navarre, comtesse de Champagne, la femme d'action ;
elle avait vécu modestement sous l'autorité d'un mari, plus âgé qu'elle de
dix-sept ans, et n'avait jamais pris part aux affaires du gouvernement. Nous
avons déjà vu l'influence de Guillaume de Champagne, archevêque de Reims,
dans plusieurs circonstances et dans divers actes d'Eudes III, principalement
lors du divorce de ce dernier avec Mathilde de Portugal. Son âge et ses
infirmités ne lui permettaient pas d'avoir une action vive et efficace peur
la défense des intérêts de la duchesse, le poids devait retomber tout entier
sur Robert, évêque de Clermont, fils de Robert d'Auvergne et de Mathilde de
Bourgogne, personnage très mêlé aux grands événements de l'époque, et tenu en
haute affection par le duc défunt. Au
moment de sa mort, Eudes III avait également enjoint à la duchesse et à ses
exécuteurs testamentaires d'envoyer à ses frais cent chevaliers en
Terre-Sainte cette charge, qui allait incomber en partie à la province de
Bourgogne, pesa surtout d'un lourd poids sur les habitants de Dijon[2]. Alix de
Vergy avait à peine scellé la tombe du duc sous les voûtes de la basilique de
Cîteaux, qu'elle fut mandée parle roi Philippe-Auguste pour lui rendre ses
devoirs féodaux. Eudes III était décédé le 6 juillet ; dans le courant du
même mois, la duchesse était en Champagne, se dirigeant sur Paris avec une
escorte de chevaliers bourguignons, Guillaume de Vergy, son frère, sénéchal
du duché[3], Ponce de Grancey, connétable,
Robert de Beaune, Gui de Thil, Eudes de Grancey, Clérembaud de Chappes.
Hugues de Lormes, Jean de Châteauneuf[4]. Dans l'entrevue qu'élis eut
avec la comtesse de Champagne, Alix s'engagea, d'après l'avis de Robert
d'Auvergne, à servir Blanche de Navarre et son fils Thibaud contre les
entreprises d'Erard de Brienne et de ses adhérents[5] ; Guillaume de Vergy, son
frère, fit une semblable déclaration[6]. Au mois
d'août tous ces personnages étaient reçus, à Paris, à la cour de France. En
prêtant serment de fidélité à Philippe-Auguste, la duchesse jura qu'elle ne
contracterait pas de nouvelle alliance sans la volonté formelle du roi, et
les chevaliers cités plus haut mirent leur sceau à cet engagement. Rentrée à
Dijon dans le courant du même mois, elle fit connaître à ses barons, sergents
et bourgeois ; les obligations qu'elle avait prises et les fit enregistrer par
les principales villes du duché[7]. Mais elle ne tarda pas à
éprouver le contre-coup de ces secousses et de ces émotions ; en septembre
elle tomba malade et se vit forcée de garder le lit dans son château de Talant,
d'où elle envoya un de ses officiers faire hommage en son nom à Durand,
évêque de Chalon-sur-Saône[8]. Il y
avait fort à faire pour mettre en équilibre le budget des finances du duché
et le temps pressait. Les dettes contractées par les guerres incessantes et
la mauvaise administration d'Hugues III n'étaient point encore liquidées à
l'époque de la mort d'Eudes III. Elles venaient au contraire de s'augmenter
d'une manière inquiétante par suite des frais occasionnés par les dernières
campagnes et par les préparatifs de la croisade. L'obligation d'envoyer cent
chevaliers en Terre-Sainte aux dépens du trésor ducal créait de nouveaux
embarras, auxquels il était impossible de faire face. On avait depuis
longtemps utilisé et escompté les revenus provenant des sommes dues par les
divers affranchissements de villes, qui constituaient l'un des produits les
plus nets et les plus réguliers du duché ; il fallut recourir à des emprunts
onéreux. En juin 1249 la duchesse recevait de Ponce de Chaponnay, de Lyon,
cinq cents livres provinoises, dont la comtesse de Champagne se rendit
caution[9], ainsi que de mille marcs
d'argent qu'elle toucha bientôt après du même prêteur[10]. Puis on eut recours aux
abbayes ; les religieux de Longuay fournirent cent francs[11] ; ceux de Saint-Seine,
Saint-Bénigne, Cîteaux, Fontenay, vinrent en aide pour des sommes plus ou
moins importantes[12] ; on fut obligé de faire
appel à la bourse des particuliers, des sergents et des prévôts ; Eudes III
n'avait pas dédaigné d'envoyer jusqu'à Auxerre pour emprunter à Colin de
Châtillon, prévôt de cette ville, une somme de cent francs, qui ne fut
remboursée qu'à la fin de l'année 1219[13]. Tous
ces expédients épuisés, il n'y avait que la commune de Dijon qui pût
intervenir d'une manière efficace et tirer la duchesse de ces embarras. La
coutume de Bourgogne accordait aux seigneurs féodaux le droit d'indire,
c'est-à-dire de lever une taille extraordinaire dans quatre cas et notamment
au moment d'une expédition en Terre-Sainte. On se prévalut de cette
prérogative pour demander des subsides aux habitants de Dijon. Les clauses de
la charte de 1187 étaient formelles il avait été parfaitement convenu qu'une
fois la somme de cinq cents marcs d'argent payée, la commune serait exonérée
de toute autre prestation. C'est vainement que les officiers réclamèrent le
paiement de ce nouvel impôt, les habitants s'y refusèrent. La violence ne
réussit pas mieux ; on arrêta quelques bourgeois on voulut empêcher les
vendanges, mais les habitants de Dijon firent intervenir les seigneurs qui
avaient apposé leur nom et leur sceau à la charte d'affranchissement. Il
s'ensuivit un accommodement par lequel la commune consentit à venir en aide à
la duchesse, qui s'engagea elle-même à en respecter les privilèges et les
libertés aussi longtemps qu'elle aurait la tutelle de son fils.
Philippe-Auguste confirma la transaction[14], ainsi que les évoques et les
principaux seigneurs de la province. Les besoins étaient urgents, car, en
décembre 1220[15], Alix de Vergy, à la réception
des lettres du roi et du pape, apportées par son chambellan Gervais
Chauchart, requit la commune de payer sur-le-champ la somme de huit cents
livres à Messe, juif de Sens, et promit de ne rien exiger du paiement des
dix-sept cents marcs que les Dijonnais lui devaient encore, jusqu'à la remise
du traité qu'elle venait de conclure avec eux, sous la garantie des évêques
du duché. Ces
expédients n'étaient que des palliatifs qui ne permettaient pas d'éteindre la
dette totale. Pour en finir, Robert d'Auvergne, évêque de Clermont, conseilla
à la duchesse de contracter un emprunt afin de désintéresser les anciens
créanciers. Par un traité passé en avril 1222, à Bar-sur-Seine, avec seize
marchands et citoyens de la ville de Sienne[16], on réussit à réunir d'abord
cinq cents livres, dont le comte Thibaud de Champagne fut caution, puis la
somme énorme pour le temps de onze mille sept cent vingt livres provinoises,
qui fut garantie par Mile, seigneur de Noyers. Le remboursement devait en
être effectué les années suivantes, en quatre termes, aux foires de
Bar-sur-Seine et de Saint-Ayoul de Provins, et quatre jours avant que l'on
eût crié Haro ! Haro ! Mile de Noyers s'engageait, en cas de
contestation, à se constituer prisonnier et à venir en otage à Troyes, au gré
des prêteurs il consentait à être frappé d'excommunication, lui, sa femme et
ses enfants, si les conditions de paiement n'étaient pas rigoureusement
exécutées[17]. La
bonne administration et la sage économie que la duchesse apporta dans la
gestion des affaires du duché permirent de solder ces dettes assez
rapidement. La situation des finances était même telle, que, dès le mois
d'octobre 1225[18], Alix de Vergy put racheter, au
nom de son fils, moyennant trois mille trois cents marcs d'argent, et les
payer moins de deux ans après[19], toutes les terres du
Chalonnais et du Beaunois que le dauphin de Viennois- détenait encore dans
son lot depuis le partage avec le duc Eudes III, son frère. Ce fut
pour les finances du duché l'origine d'un état de prospérité inconnu
jusque-là aux ducs de Bourgogne c'est grâce à cette bonne gestion qu'Hugues
IV trouva en sortant de minorité les coffres du trésor bien garnis. De cette
époque datent ces acquisitions de châteaux, de domaines et de terres, qui
constituaient la véritable puissance seigneuriale au moyen âge. Nombreuses
sous Hugues IV, ces acquisitions sont successivement continuées par Robert II
et par ses successeurs, avec une si grande activité, que la Bourgogne
deviendra, non plus une province, mais presque un état, lorsque les ducs de
la seconde race royale viendront en prendre possession. Les
funérailles du duc Eudes III ne retardèrent que peu de temps le départ des
croisés bourguignons pour la Terre-Sainte. Hervé de Donzy, comte de Nevers,
qui avait fait depuis longtemps de nombreux préparatifs, allait s'embarquer
avec sa femme Mahaut et une suite considérable de chevaliers ; les monastères
de la contrée reçurent des legs importants des seigneurs désireux d'attirer
les bénédictions du ciel sur l'issue de ce lointain voyage. Par une bulle du
5 juillet 1218, le pape Honorius III accordait à Hervé un impôt
extraordinaire sur les bénéfices ecclésiastiques de ses domaines, impôt nommé
vicesima, par analogie avec la dîme (decima) dont elle représentait le
double. Une partie de la recette devait aussi être destinée aux huit
chevaliers chargés de défendre, en son absence, les intérêts du comté de
Nevers[20]. Le mois
suivant les croisés installés à Gênes recevaient du pape une lettre les
pressant de partir pour Damiette[21]. Toutefois
la nécessité d'attendre les derniers retardataires ne leur permit pas de
quitter Gênes avant le mois de septembre, date du testament d'Hervé de Nevers
et de Mahaut[22], qui se proposaient de prendre
la mer. Les subsides pécuniaires promis aux croisés se faisaient surtout
beaucoup attendre vainement le comte de Nevers en avait écrit au pape à
diverses reprises, on n'avait encore versé que des sommes tout à fait insuffisantes
pour la mise en mouvement d'une telle multitude de chevaliers. Le
premier et le principal groupe des croisés, arrivé devant Damiette, n'avait
pas encore reçu, quatre mois après, les fonds qui lui étaient promis. Le 13
février 1219, Honorius III rappelait le clergé du diocèse de Nevers à ses
devoirs, et lui recommandait d'apporter plus de zèle pour le versement de la
dîme du vingtième prélevée sur les bénéfices ecclésiastiques, afin d'aider
les barons qui n'avaient pas hésité à exposer leur vie pour le service du
Christ[23]. Les
chevaliers bourguignons dont nous avons donné les noms au chapitre précédent,
et qui se préparaient alors à partir, ne furent pas tous prêts pour ce
premier embarquement. Mile, comte de Bar-sur-Seine, et son fils Gaucher,
étaient encore au chapitre général de Cîteaux le 14 septembre[24] ; André de Montbard,
seigneur d'Epoisses[25], Mile de Saint-Florentin,
seigneur de Puits, Erard de Chacenay et divers autres ne s'y rendirent que
plus tard et successivement. Sans
entrer dans les détails d'une expédition, dont le résultat fut à peu près
nul, sinon désastreux, on ne peut omettre de dire que les croisés réunis à
Damiette, aux fêtes de Pâques 1219[26], livrèrent bataille aux
Sarrasins, le 29 du même mois. Eudes de Châtillon-en-Bazois, André de
Montbard, seigneur d’Epoisses, et son beau-père Jean, seigneur
d'Arcis-sur-Aube et de Pisy, près Montréal, furent faits prisonniers[27]. Ce dernier mourut des suites
de sa captivité, et ses frères recueillirent sa succession[28]. André, sire d'Epoisses, n'avait
pas encore recouvré sa liberté cinq mois plus tard, lorsqu'il fit une
donation aux chevaliers du Temple de Jérusalem[29]. Ponce de Grancey, connétable
de Bourgogne, Eudes de Châtillon-en-Bazois, Itier de Toucy, marié à Béatrix
de Réon, veuve en premières noces d'Alexandre de Bourgogne, Hugues, fils de
Calo de Grancey, Mile, comte de Bar-sur-Seine, et son fils Gaucher[30] ne revirent pas le sol natal. Les
autres personnages, indiqués parmi les croisés, reparaîtront dans les
documents ultérieurs. Des chroniqueurs contemporains, comme Guillaume de Tyr[31], suivis en cela par des
historiens modernes, ont beaucoup reproché à Hervé de Donzy, comte de Nevers,
sa conduite devant Damiette, son départ précipité de la Terre-Sainte, et
l'abandon de ses compagnons d'armes, laissés sans défense au milieu des
infidèles. Les uns et les autres ne paraissent pas avoir connu les multiples
et puissants motifs qui nécessitaient le prompt retour du comte de Nevers
dans ses états. Les besoins d'argent étaient impérieux, car la rentrée des
fonds promis sur les bénéfices ecclésiastiques s'était effectuée d'une
manière très irrégulière, malgré les ordres du pape, et les destinataires
n'en avaient touché que la moindre partie. Deux nouvelles plus graves durent parvenir
à Hervé dans le courant du mois d'août, la mort de son gendre Philippe de
France marié à sa fille unique Agnès[32], et la mort de son beau-père
Pierre de Courtenay, empereur de Constantinople, comte d'Auxerre et de
Tonnerre, qui venait, disait-on, d'expirer dans les cachots des Grecs. Le
mariage du petit-fils de Philippe-Auguste avait été arrêté à Melun, dès 1215,
pendant la campagne du Poitou, et devait être célébré deux ans plus tard à
cause de la jeunesse des fiancés alors en bas âge. Hervé n'était parti en
Terre-Sainte qu'après la cérémonie des fiançailles, puisque, par un acte daté
de Lorris (juillet 1218),
il avait réglé avec Louis, fils aîné du roi et père du marié,
l'administration des biens appartenant aux époux mineurs et le droit de
reprise en cas de mort[33]. On ne comprend pas comment les
éditeurs du Recueil des Historiens de France ont pu contester
l'authenticité de ce mariage, en marchant contre leurs propres textes[34]. Au
retour de la croisade, le premier soin du comte de Nevers fut de promettre à
Philippe-Auguste de ne pas remarier sa fille sans le consentement du roi, et
en tous cas, de ne la donner ni au fils de Jean, roi d'Angleterre, ni à Thibaud
de Champagne, ni au jeune duc de Bourgogne, ni à Enguerrand de Coucy[35]. Ses féodaux qui assistaient à
cette convention passée à Saint-Germain-en-Laye, en décembre 1219, donnèrent
leur adhésion et leur garantie dans un acte séparé[36] : Hugues, seigneur de
Lormes, Hugues de Saint-Verain, Renaud de Montfaucon, Geoffroi de Bouilli,
Pierre de Livron et Anseau Bridaine. Deux bulles pontificales mirent ensuite
les biens de la veuve sous la protection du Saint-Siège[37]. Philippe
de France étant décédé, Agnès de Nevers aurait dû, suivant les conventions du
premier traité de 1215, épouser son frère Louis, plus tard Louis IX. Mais les
événements ne permirent pas de mettre ce projet à exécution la mort de
Philippe-Auguste suivit de près celle de son petit-fils Louis VIII ne régna
que trois ans, et quand Louis IX fut appelé à succéder à son père, il était
loin d'avoir l'âge requis pour le mariage. On ne peut que constater la
promesse non réalisée, qui eût pu, dans cette éventualité, mettre la fille du
comte de Nevers sur le trône de France[38]. Nous
avons parlé dans le précédent chapitre du traité passé le 8 juillet 1218
entre Blanche de Navarre, comtesse de Champagne, et Erard de Brienne, traité
dans lequel l'intervention d'Eudes III est formellement indiquée, bien que la
mort du duc soit de deux jours antérieure à cet acte. Les clauses de la
convention stipulaient une trêve de quatre années, l'obligation pour Blanche
d'intervenir auprès du pape pour faire lever l'excommunication dont son
adversaire avait été frappé, la restitution à Erard des fiefs et des domaines
saisis sur lui, et enfin le paiement à ce dernier d'une somme annuelle de
trois mille livres de Provins pendant la durée de la trêve. On peut
être surpris des complications nouvelles qui surgirent après cette époque, et
des longues négociations que l'habile comtesse de Champagne fut obligée de
suivre, afin de parvenir à dominer la situation. La mort d'Eudes III, en
enlevant à Blanche un allié actif, puissant et autorisé, avait-elle fait
espérer à Erard de Brienne et à ses partisans des éventualités favorables et
un retour de fortune ? Cela est supposable. Les promesses et le concours
promis à Blanche par la duchesse régente de Bourgogne constituaient un appui
purement moral ; car Alix de Vergy avait alors trop à faire, au milieu de ses
embarras financiers, pour prendre part à une lutte dans laquelle les intérêts
du duché n'avaient rien à voir. Pour
mettre le bon droit de son côté, et dans l'intention arrêtée de remplir ses
engagements, la comtesse de Champagne envoya des ambassadeurs au pape, pour
le prier d'absoudre Erard. Le pontife recevait en même temps une requête
d'Erard et de Philippine qui réclamaient une semblable faveur. Le 29 décembre
1218, Honorius III chargea Conrad, abbé de Cîteaux, Guillaume, abbé de
Clairvaux, et Olivier, abbé de Quincy, de lever la sentence
d'excommunication, et de donner l'absolution suivant la forme de l'église, juxta
formam ecclesie[39]. Les mandataires furent fort
embarrassés pour remplir leur mission les défenseurs de Blanche prétendaient
que, suivant les lois de l'église, Erard ne pouvait être absous, sans avoir
préalablement réparé le dommage causé par les actes qui avaient motivé les
foudres canoniques. De sorte que, les trois abbés, après avoir donné un avis
favorable (31 mai 1219)[40], révoquèrent leur jugement,
puis revinrent à leur décision première (8 juillet 1219)[41], décision qui fut confirmée par
une bulle du 7 août[42]. Après
des tergiversations et des alternatives, dont nous n'avons pas à suivre les
péripéties, Erard fut maintenu longtemps encore sous le coup de la sentence
d'excommunication mais malgré les ordres réitérés du pape, plusieurs des
prélats, qui auraient dû veiller à l'exécution de cette sentence, paraissent
en avoir tenu peu de compte. Chaque jour des plaintes de ce chef venaient
retentir à la cour de Rome. Honorius III fit menacer des censures ecclésiastiques
les religieux de Trois-Fontaines et de Quincy, qui avaient donné l'absolution
et la sépulture à des partisans d'Erard, sans exiger d'eux réparation ni
dommage[43]. D'autres
membres du clergé ne se montraient pas moins complaisants pour Erard lui-même
et pour son beau-frère Mile de Noyers., dans le château duquel il faisait de
fréquents séjours. Vers la même époque, Philippine, relevant de couches, fut
admise à faire la cérémonie des relevailles dans l'église Saint-Pierre d'une
paroisse du diocèse de Langres dont nous n'avons pas su identifier le nom. Le
jour de la Purification, 2 février 1220, Erard et Mile de Noyers prirent part
aux fêtes de la Chandeleur, et vinrent à Pontigny suivre la procession, un
cierge à la main[44] des prélats assistèrent avec
eux à des repas de noces il n'y avait donc rien d'étonnant si des prêtres et
de simples religieux les traitaient en chrétiens, non en excommuniés[45]. Les
démarches faites par Erard prouvent du reste le désir qu'il avait de se
soustraire à cette fâcheuse situation, qui lui créait des embarras incessants
au milieu des populations religieuses de nos régions. La comtesse de
Champagne n'avait rien négligé pour y mettre un terme ; depuis longtemps
déjà, elle cherchait, par d'habiles négociations, à détacher les vassaux
bourguignons et champenois restés fidèles à la fortune d'Erard, et y
consacrait toutes les ressources pécuniaires dont elle pouvait disposer, bien
persuadée que l'or plus que le fer remue les destinées du monde. Les grands
seigneurs vendirent sans difficulté leur fidélité à Blanche ; les uns
tirèrent bénéfice des circonstances pour se faire payer de services qu'ils
n'avaient pas rendus d'autres, mus par un sentiment aussi peu avouable, se
firent acheter leur dévouement. Ponce
de Mont-Saint-Jean, seigneur de Charny, reçut une somme de trois cents livres
et une rente de vingt livres en accroissement de fief, promettant, le
cas échéant, de combattre Erard, mais se réservant de ne point faire la
guerre à Mile de Noyers, son beau-frère (juin 1219)[46]. Hervé
de Sombernon, qu'aucun lien de vassalité ne rattachait à la Champagne, fut
gratifié d'une rente de vingt livres sur les foires de Bar[47], et en rendit hommage le même
jour (juin
1219)[48]. Gui et
Hugues de Châtillon, fils du comte de Saint-Pol, sénéchal de Bourgogne,
récemment décédé, obtinrent la gruerie des bois de Villy (février 1220)[49]. Hugues,
seigneur d'Antigny, devint homme-lige de Blanche et de Thibaud de Champagne,
moyennant une somme de cent cinquante livres une fois payée, et de vingt
livres de rente assises sur les foires de Bar (juillet 1219)[50]. Barthélemi,
seigneur de Saulx, chef de la branche aînée des comtes de ce nom, vendit sa
fidélité aux mêmes conditions (octobre 1219)[51], ainsi qu'Hervé, seigneur de
Saffres (9
septembre 1222)[52]. Gui,
seigneur de Til-Châtel, avait mis son dévouement à un plus haut prix, et
avait exigé une somme de cent marcs d'argent et une rente de trente livres (avril 1219)[53]. Gui et
André de Montréal reçurent trois cents livres et une rente de trente livres,
se réservant le droit de ne point prendre part à une guerre dans laquelle
Erard se trouverait en personne, mais s'engageant à combattre Mile de Noyers,
et à mettre leurs forteresses au service de Blanche (juillet 1219)[54]. Eudes
de Bourgogne, seigneur de Montagu, beau-frère de la duchesse Alix, vendit son
appui moyennant trois cents livres (30 mars 1220)[55]. Mile de
Saint-Florentin, seigneur de Puits[56], Simon de Sexfontaines[57], fixent leur soumission à
condition d'obtenir la levée de la sentence d'excommunication qui pesait
encore sur eux. Guillaume
de Mont-Saint- Jean consentit à être vassal du comte de Champagne pour un
fief de trente livres de rente (octobre 1222)[58]. Erard
de Brienne vit ainsi la plupart de ses partisans abandonner successivement sa
cause, mais pour ne pas se laisser prendre au dépourvu et ne pas se montrer
plus malavisé que ses adhérents, il prit ses mesures pour tirer parti de la
situation, en vendant sa soumission à beaux deniers comptants et aux
conditions les plus avantageuses. Le 2 novembre 1221[59], il renonça aux droits qu'il
revendiquait et à ses prétentions aux comtés de Champagne et de Brie,
moyennant une somme de quatre mille livres une fois payée, et une rente de
douze cents livres, somme très considérable pour l'époque. Cette
renonciation, solennelle fut adressée au pape, au roi de France, à la
duchesse de Bourgogne, et à tous les personnages qui avaient figuré dans ces
trop longs démêlés. Alix de Vergy[60], Hugues de Montréal, évêque de
Langres[61], Guillaume de Champagne,
archevêque de Reims[62], Henri, évêque d'Auxerre[63], etc., fournirent des chartes
constatant les clauses de cet accord. Ce
n'est pas tout. Erard et Philippine vinrent solennellement aux fêtes de
Pâques dans l'abbaye de Molème faire acte de soumission et de renonciation,
en présence des évêques précités et de la duchesse de Bourgogne, qui
renouvela dans la même forme les chartes dont on vient de parler, à la date
du 10 avril 1222[64]. La
soumission d'Erard de Chacenay suivit de près celle d'Erard de Brienne, et
Mile de Noyers, beau-frère de ce dernier, ne tarda pas à se rendre et à faire
hommage à Thibaud de Champagne pour des terres sur lesquelles furent assis
des revenus importants. Nous ne connaissons qu'une partie des concessions qui
furent faites au seigneur de Noyers[65] ; les allocations successives
ne durent pas atteindre celles qui furent concédées à Erard, mais elles
furent assez considérables pour que Mile ait pu, à diverses reprises, se
rendre caution de la duchesse de Bourgogne, et que son crédit ait paru
suffisant aux banquiers de Sienne pour couvrir un emprunt de onze mille sept
cent vingt livres provinoises, contracté pour payer les dettes du duché[66]. La
nouvelle de la mort de Pierre de Courtenay, comte d'Auxerre et de Tonnerre,
avait produit une commotion, et fut l'occasion de quelques troubles dans ces
régions ; l'administration de ces comtés avait été laissée à Robert, seigneur
de Champignelles, frère du défunt, sous la direction de l'évêque Guillaume de
Seignelay. Hervé de Donzy avait hâté son retour de la croisade, pour faire
valoir ses droits et prendre possession de ce qui devait lui revenir[67] ; mais il fut repoussé dans ses
prétentions jusqu'à plus ample information. Sur ces entrefaites, l'évêque
d'Auxerre ayant été promu au siège épiscopal de Paris, Hervé profita de
l'absence du prélat pour s'emparer des comtés, et y commettre des violences
qui valurent des menaces d'excommunication du Saint-Siège[68]. Ce n'est qu'à la fin de
l'année 1220 qu'il fut régulièrement investi des comtés d'Auxerre et de
Tonnerre. Sa fille Agnès, veuve de Philippe de France, se remaria l'année
suivante avec Gui de Châtillon, comte de Saint-Pol mais Hervé succomba
bientôt après sa mort, enveloppée de mystère, eut lieu le 21 janvier 1222[69]. Quelques jours plus tard, la
veuve convoquée à Melun à la cour de Philippe-Auguste, jurait au roi de ne
contracter aucune alliance sans son consentement[70]. Ce serment fut sanctionné par
la ratification de son gendre et par les seigneurs ses vassaux qui
l'accompagnaient Guillaume de Mello, Hugues de Saint-Verain, Pierre des
Barres, Etienne de Sancerre, Geofroi de Bouilli[71]. La
duchesse de Bourgogne assista à la cérémonie du sacre de Louis VIII, couronné
à Reims par Guillaume de Joinville, archevêque de cette ville, le dimanche 6
août 1223 elle y renouvela la promesse de ne jamais se marier sans le
consentement du roi[72]. Par un diplôme donné à Sens,
Louis VIII autorisa Béatrix, comtesse de Chalon-sur-Saône, qui n'avait pu
venir lui faire hommage en personne, à remplir ce devoir soit dans les mains
de l'archevêque de Lyon, soit dans celles de l'évêque de Chalon, ou de tout
autre prélat qu'elle voudrait choisir[73]. Après
la mort de Mile III, comte de Bar-sur-Seine, Thibaud, comte de Champagne,
racheta des divers héritiers les prétentions qu'ils pouvaient avoir sur le
comté de Bar. Les actes de cette vente furent passés à Dijon, le 17 mars
1224. Ponce
de Mont-Saint-Jean, seigneur de Charny, fondé de pouvoirs de Ponce de
Cuiseaux et de Laurence, nièce de Mile III, fit cession de leur part de
succession dans les mains de Simon de Joinville, sénéchal de Champagne[74]. Henri, comte de Bar-le-Duc, et
Odard, maréchal de Champagne, constatèrent aussi cette vente par des chartes
données à Dijon, le 2 avril de la même année[75]. Thibaud racheta successivement
les portions qui revenaient aux autres héritiers, ainsi que les droits et le
douaire d'Elissande, veuve de Mile III, de sorte que tous les revenus-utiles
du comté de Bar-sur-Seine furent incorporés au domaine de Champagne. Pendant
le même intervalle, la duchesse de Bourgogne mettait ses économies à profit
pour acheter de son beau-frère, le dauphin de Viennois, les domaines dont il
avait la jouissance dans le Beaunois et le Châlonnais, et qui lui provenaient
de son lot de partage avec Eudes III. Le prix de cette vente avait été fixé à
trois mille trois cents marcs d'argent, à condition que la duchesse serait
tenue de fonder un hôpital (octobre 1225)[76]. Robert d'Auvergne, qui avait
été le négociateur de cette acquisition, scella la quittance de cette somme
au nom du dauphin[77], en même temps qu'Alix de Vergy
(juin
1227)[78]. Il est probable que la charte
d'affranchissement concédée par la duchesse aux habitants de
Saint-Jean-de-Losne (juillet 1227)[79] avait pour but de couvrir une
partie des frais de cette importante acquisition. La
duchesse profita aussi des dissensions qui agitaient le comté de Bourgogne
pour enrichir le duché et se créer des fiefs sans combat et sans argent. Les
querelles domestiques de la maison de Salins servirent à souhait ces projets
d'agrandissement. Gaucher IV de Vienne, seigneur de Salins, dont nous avons
raconté les infortunes matrimoniales avec Mathilde de Bourbon, fille
d'Archambaud de Bourbon et d'Alix de Bourgogne, s'était, après son divorce,
remariée avec Alix de Dreux, dont il n'eut pas d'enfants. Mathilde de Bourbon
avait elle-même contracté une seconde alliance avec Gui de Dampierre. Une
seule fille, Marguerite de Vienne, était née du mariage malheureux de Gaucher
IV et de Mathilde, et à Marguerite seule devait faire retour la seigneurie de
Salins et les terres qui en dépendaient[80]. Marguerite avait été fiancée,
dès 1211, par les soins de sa mère et du duc de Bourgogne Eudes III, son
cousin[81], avec Guillaume de Sabran,
comte de Forcalquier, mort en 1220, puis mariée en secondes noces à Joceran
le Gros de Brancion, dont la maison, ancienne et illustre par ses
alliances, se glorifiait de ne tenir ses terres que de Dieu et de son épée.
Joceran devenait ainsi le petit cousin du jeune duc de Bourgogne[82]. Etienne,
comte d'Auxonne, qui nourrissait toujours une haine profonde contre Othe, duc
de Méranie[83], ne reculait devant aucun acte
d'hostilité pour lui être désagréable, et chercha de nouvelles causes de
querelles. Nous ne savons par quels motifs il détermina[84] Joceran de Brancion et
Marguerite de Vienne à céder à la duchesse Alix et à son fils Hugues la
seigneurie de Salins, la terre de Vuillafans et leurs vastes dépendances.
Cette négociation, dont on ne possède plus le texte, et dont les clauses
furent sans doute tenues secrètes, eut lieu en 1225[85] on ne connaît pas davantage la
somme qui fut versée pour cette acquisition. Alix de Dreux, veuve de Gaucher
de Salins, alors remariée à Renard de Choiseul[86], possédait encore pour son
douaire des droits sur quelques-uns de ces domaines elle fut indemnisée d'une
somme de deux mille quarante livres stéphanoises, que lui promit la duchesse,
avec la caution d'Hervé de Sombernon[87]. En
créant ainsi, dans le centre du comté, un fief important au profit des ducs
de Bourgogne, Etienne se ménageait l'appui de ces derniers en cas de
nouvelles éventualités il servait en même temps les intérêts de Jean de
Chalon, son fils, pour lequel il avait toujours ambitionné ce riche héritage,
et qui se trouvait par alliance oncle d'Hugues IV[88]. La
prise de possession d'un grand fief dans le comté de Bourgogne était un
premier pas dans l'annexion de cette province au duché, rêve longtemps
caressé par le duc Eudes III, mais que les circonstances et les difficultés
avaient rendu chimérique et irréalisable. Le traité secret, de 1216, par
lequel le duc de Bourgogne s'était jadis allié avec la comtesse de Champagne
pour la conquête du comté, avait semblablement engagé leurs enfants[89]. Mais Thibaud de Champagne avait
sur Hugues IV une différence d'âge qui lui assurait beaucoup d'avantages pour
mener à bien une telle entreprise, et en tirer parti pour son propre compte.
A la date de 1226, Thibaud avait vingt-cinq ans, tandis qu'Hugues IV, âgé de
treize ans seulement, n'avait pas même atteint la majorité féodale. Blanche
de Navarre était en outre douée d'une haute intelligence politique dont elle
avait donné la mesure pendant l'administration de sa régence elle avait une
grande supériorité sur Alix de Vergy timide et inexpérimentée, et on doit
supposer qu'elle avait plus d'intérêts à soutenir les droits de la Champagne
que ceux du duché de Bourgogne. L'intervention
d'Etienne, comte d'Auxonne, dans la cession de la seigneurie de Salins au
duché, lui assura de ce côté une alliance dont il voulut immédiatement
profiter. Le refus d'hommage, pour les châteaux d'Oiselet et de Rochefort,
devint l'occasion d'un conflit auquel Othe, duc de Méranie, n'était nullement
préparé. C'était toujours la haine sauvage de la branche cadette qui allumait
la guerre ; c'était la coalition de ces maisons rivales, composée des familles
de Vienne et de Chalon, qui s'armaient contre ce prince étranger. En
présence de cette ligue redoutable, le duc de Méranie fit appel à Henri,
comte de Bar-le-Duc, et aux Lorrains, qui accoururent à son secours. Les
hostilités étaient commencées au mois de décembre 1225 ; mais peu de temps
avant Noël, Jean de Chalon et son gendre Henri de Vienne parvinrent à
s'emparer du comte de Bar, le retinrent prisonnier jusqu'à la Pentecôte de
l'année suivante[90], et ne le relâchèrent qu'au
prix d'une énorme rançon. Privé
de cet appui, la situation du duc de Méranie devenait fort critique ; il
pouvait craindre la fatale issue de la campagne de 1211, terminée par le
traité de Dijon. Il eût été entièrement livré à la merci de ses agresseurs, et
le duc Eudes III n'était plus là pour lui servir de contre-poids. Le comte de
Champagne était seul en mesure de lui venir en aide et de le tirer de ce
mauvais pas. D'autre part, Thibaud, qui n'avait pas vu sans amertume
J'annexion de Salins au duché, saisit avec empressement l'occasion, et fit
bon accueil aux propositions avantageuses qui lui furent adressées. Le 19
janvier 1226[91], c'est-à-dire moins d'un mois
après l'emprisonnement d'Henri de Bar, Othe, duc de Méranie, comte palatin de
Bourgogne, et sa femme Béatrix, faisaient un traité d'alliance offensive et
défensive avec Thibaud, comte de Champagne et Agnès de Beaujeu. Pour mieux
cimenter cette alliance, ils arrêtaient les conditions du mariage de leur
fils Othe, alors en bas âge, avec Blanche de Champagne qui venait de naître.
Les épousailles se feraient à Bourbonne, quand le futur aurait atteint sa
quatorzième année. Le comté de Bourgogne lui serait donné en dot. Blanche
apporterait en mariage trois mille marcs d'argent une fois payés et cinq
cents livrées de terre. Henri, seigneur de Fouvent[92], Gautier, seigneur de Vignory[93], Simon, seigneur de Clefmont[94], se rendirent garants de cet
engagement pour le duc de Méranie. Ces
conventions, qui faisaient passer le comté de Bourgogne dans la maison de
Champagne, avaient une importance capitale. C'était un échec pour les
possesseurs du duché ; mais la réalisation se présentait dans un avenir
éloigné d'ici là des complications pouvaient surgir, et les événements se chargeaient
de mettre tous ces beaux projets à néant. En
apportant dans la lutte le poids de son épée, le comte de Champagne mettait
la balance égale entre les belligérants. La guerre envenimée par les haines
dé famille recommença plus âpre et plus acharnée sur tous les points à la
fois. Etienne y perdit deux de ses forteresses, Liesle et Montbarrey trois
autres châteaux appartenant aux confédérés, Gray, Flagy et Roset, furent
pris, saccagés et brûlés[95]. La
croisade des Albigeois, à laquelle tous les grands vassaux furent sommés de
se rendre, suspendit momentanément les hostilités ; mais cette croisade, mal
accueillie par les seigneurs bourguignons, rencontra de grandes difficultés.
L'expédition de 1209 avait laissé de si mauvais souvenirs que les barons et
les prélats de Bourgogne apportèrent la plus vive résistance aux sommations
royales. Jean de Braisne, comte de Mâcon[96], refusa d'abord nettement de
s'y rendre, malgré les injonctions réitérées du roi, et plus tard fut
condamné de ce chef à une forte amende, pour laquelle l'évêque et le chapitre
de Mâcon furent obligés de s'engager[97]. Dès le mois de mars 1226,
Henri de Villeneuve, évêque d'Auxerre, prenait prétexte de ses infirmités
pour ne pas participer à l'expédition. Il déclarait que Louis VIII, en le
dispensant de le suivre à la guerre contre les Albigeois, l'avait exempté de
fournir des soldats et de payer la dîme due pour cet objet, moyennant la
somme de six cents livres parisis une fois donnée[98]. Etienne,
comte d'Auxonne, Jean de Chalon et Henri de Vienne éludèrent les invitations
qui leur furent adressées, alléguant pour excuse les dangers que couraient
leurs terres, menacées par le comte de Champagne et le duc de Méranie[99]. Le cardinal Romain de
Saint-Ange, légat du pape, s'offrit de lever les difficultés, mais les uns et
les autres ne se pressaient pas d'obéir à ses injonctions. Le clergé n'avait
pas montré plus de zèle, car on ne put percevoir qu'une très faible partie des
dîmes promises pour l'expédition[100]. L'armée
royale était déjà arrivée à Lyon le 28 mai[101], tandis que Thibaud était
encore en Champagne ce n'est que vers le milieu de juin qu'il arriva devant
Avignon[102], dont le siège avait été
commencé le 10 du même mois
[103]. Mais il ne resta pas jusqu'à
la fin du siège les quarante jours de service obligatoire étant expirés, il
se présenta devant le roi pour lui demander l'autorisation de se retirer. Les
objurgations du monarque et du légat, qu'il laissait dans une situation
embarrassante, ne purent le retenir « Je jure, s'écria le roi en colère que,
si vous partez ainsi, j'irai porter l'incendie dans votre comté[104] ». Trois jours après cette
entrevue, le comte de Champagne quitta furtivement le camp, à minuit, sans
emmener ses chevaliers, et revint avec une telle rapidité qu'en un seul jour
il aurait fait trois journées de marche[105]. Les
historiens ont tous blâmé Thibaud de cette défection, sans connaître les
impérieuses nécessités qui le rappelaient dans ses états. Il avait à protéger
ses propres intérêts dans le comté de Bourgogne, et ne se souciait pas de
défendre ceux du roi, qui n'étaient un mystère pour personne, puisque Amauri
de Montfort avait cédé à Louis VIII ses droits sur le comté de Toulouse. Aussitôt
de retour, Thibaud se retrouva en présence d'un certain nombre de confédérés
qui n'avaient pas quitté le comté, mais qui n'étaient pas sans inquiétude sur
l'issue de la lutte contre leurs puissants adversaires. Les embarras du roi,
le besoin qu'il avait de ses vassaux, la nécessité d'augmenter ses forces,
permirent aux uns et aux autres de se tirer d'affaire, sans que leur
amour-propre en fût blessé. Par ordre du cardinal légat Romain de Saint-Ange,
l'archevêque de Besançon menaça Thibaud d'excommunication, s'il n'obtempérait
pas à la volonté de Louis VIII, et s'il persistait à faire la guerre[106]. On a des lettres du comte de
Champagne, interdisant à Erard de Brienne et à Jacques de Durnay de laisser
leurs hommes attaquer la terre d'Étienne, comte d'Auxonne, et de Jean, comte
de Chalon, pendant tout le temps qu'ils passeraient à la croisade contre les
Albigeois (4 septembre 1226)[107]. Il y
avait donc eu, antérieurement à cette date, une suspension d'armes dont nous
ne connaissons pas la teneur, mais à la suite de laquelle Henri, comte de
Bar-le-Duc, prisonnier de Jean de Chalon, et du sire de Vienne, avait été
relâché, en fournissant des cautions pour sa rançon et pour sa personne[108]. Cette trêve avait été passée
aux environs de la Pentecôte[109] et était conclue pour la durée
d'un an. Elle
n'était que le prélude d'une paix définitive, dont le légat du pape fut,
comme la première fois ; le médiateur autorisé. Cette paix était vivement
désirée par tous les partis, et principalement par les populations qui en
souffraient. En conséquence, le cardinal de Saint-Ange convoqua les
intéressés dans une assemblée qui se réunit dans l'abbaye de Bèze, le 16 juin
1227[110]. Étienne et son fils
acceptèrent les conditions qu'on leur dicta. Ils consentirent à rendre
hommage au duc de Méranie, pour les châteaux de Rochefort et d'Oiselet. Le
duc de Méranie devait de son côté détruire les murs de Chavigny et les raser
jusqu'aux fossés. Des cinq forteresses détruites pendant la guerre, celles de
Montbarrey et de Roset pourraient, seules être relevées, avec le bon plaisir
du duc. Henri de Vienne, qui était en difficulté avec ce dernier pour le
château de Vaugrenant, consentit à accepter l'arbitrage du comte de Champagne[111]. Le même
jour, Jean, comte de Chalon, déclara que, par la médiation du légat Romain de
Saint-Ange, il avait fait la paix avec Henri, comte de Bar-le-Duc, qui,
malgré ses serments, avait i ris les armes après son élargissement, et
n'avait pas craint d'exposer les otages qui tenaient encore son lieu et place
dans les cachots. On rendit la liberté aux prisonniers, et on déclara nulles
les lettres délivrées par Henri de Bar, et établissant la reconnaissance de
sa rançon[112]. Cette
rançon avait été fixée à la somme exorbitante de seize mille livres
stéphanoises[113]. Les vainqueurs avaient
cruellement abusé de leur captif, bien persuadés que le duc de Méranie,
responsable des frais de la guerre, ne pouvait abandonner un allié qu'il
avait mandé à son secours[114]. Les finances des belligérants
étaient épuisées, et le duc Othe n'était nullement en mesure de répondre à
une telle exigence. Il fit appel au comte de Champagne, et le 27 juin,
c'est-à-dire quelques jours après le traité de Bèze, il lui engagea le comté
de Bourgogne, moyennant une somme de quatorze mille livres, avec la condition
que Thibaud aurait les deux tiers du revenu de cette province pour frais de
garde. L'autre tiers du revenu servirait annuellement à éteindre la dette du
duc de Méranie, qui, une fois cette dette payée, rentrerait en possession de
son comté[115]. Cette
étrange cession, quoique momentanée, prouve le peu d'attachement de ce prince
étranger pour un domaine qui ne lui avait jamais occasionné que des ennuis.
Les officiers de Thibaud prirent possession des différents châteaux, et les
seigneurs bourguignons de la contrée, déjà soumis à l'autorité d'un suzerain
allemand, ne virent pas sans humiliation leur patrie gouvernée par une
administration champenoise. En
prenant ainsi pied dans le comté, Thibaud pouvait en espérer l'annexion à ses
états, d'une manière plus sûre que par le mariage de sa fille et par un
traité dont les clauses avaient été passées sous silence après les
circonstances qui les avaient fait naître. Et comme le duc de Méranie eut
encore besoin de recourir aux ressources financières de la Champagne, Thibaud
lui fit renouveler (8 novembre)[116], dans les mêmes termes,
rengagement précédent, qui portait cette fois un prêt de quinze mille livres,
dont douze mille cinq cent quatre-vingt-seize lui furent comptées de suite,
et dont il donna quittance quelques jours après (21 novembre)[117]. Le légat du pape, qui avait
été lé négociateur de tous ces arrangements, ne quitta la Bourgogne qu'au
mois de septembre, après avoir assisté au chapitre général de Cîteaux[118]. L'enchaînement
des faits que l'on vient de raconter ne doit pas faire perdre de vue les
événements accomplis antérieurement à cette date. Le roi
Louis VIII, décédé le 8 novembre, avait fait jurer aux évêques et aux barons
qu'ils feraient hommage à Louis IX, son fils aîné, alors âgé de dix ans, et
qu'ils participeraient à son couronnement dans le plus bref délai possible.
En conséquence, une lettre de convocation fut adressée aux grands vassaux de
la couronne, qui furent invités à se trouver à Reims aux fêtes de la
Saint-André[119]. On a encore le texte des
lettres que reçurent les évêques d'Auxerre, de Nevers, de Troyes, de Màcon et
de Chalon-sur-Saône. La cérémonie eut lieu le dimanche 29 novembre la
duchesse de Bourgogne y assista, ainsi que son fils, bien que Mathieu de
Paris[120], auteur parfois inexact, dise
le contraire. Il faut s'en rapporter à l'assertion formelle de Philippe
Mousket[121] : Vinrent
à Rains plusior baron De
lointain pais environ, Et
li jouenes dus de Bourgogne Ki
dolans fu de la viergogne, I
vint volontiers et de gré Quar
ses pere ot le sien amé... Mahaut,
de Courtenay, comtesse de Nevers, d'Auxerre et de Tonnerre, après avoir perdu
son mari en 1222, fut encore affligée par la perte de sa fille Agnès (1225), et de son gendre Gui de
Châtillon, comte de Saint-Pol (1226). Ces derniers laissaient deux enfants en bas âge,
dont la grand'mère eut la direction. Pour leur donner un protecteur, Mahaut
épousa ; en juillet 1226, Guigues, comte de Forez, qui put remplir les
devoirs féodaux attachés à ses vastes domaines, et défendre les intérêts de
la comtesse et de ses petits-enfants. Ce seigneur fit la même année hommage
manuel à l'évêque de Chalon-sur-Saône pour divers fiefs du Tonnerrois, Baigneux,
Beauvoir, Avirey, Bragelonne, Lannes, Ricey qui faisaient partie de ce que
l'on appelait le Parcours de Saint-Vincent, et aussi pour les terrages
de Molème et de Channes[122]. C'est le même hommage qui avait
été fait dix années auparavant à l'évêque de Chalon par Pierre de Courtenay,
comte d'Auxerre et de Tonnerre[123], hommage dont nous n'avons pas
encore parlé. A. cette première date (1217), on fit une enquête, et les prud'hommes durent
établir quelles étaient les terres qui composaient ce Parcours de
Saint-Vincent, servitude assez singulière qui subordonnait les comtes de
Tonnerre aux évêques et à l'église de Saint-Vincent de Chalon, et dont
l'origine serait intéressante à connaître. Aucun
document ne nous éclaire sur cette origine, et l'enquête citée plus haut ne
nous a pas été conservée. Pour trouver des rapports entre les comtes de
Tonnerre et ceux de Chalon, il faut remonter jusqu'en 1166 et à la campagne
de Louis VII dans le Chalonnais[124]. A la suite de cette guerre, les
deux auxiliaires du roi qui avaient pris la part la plus active à cette
expédition, Hugues III, duc de Bourgogne, et Guillaume IV, comte de Nevers
et, de Tonnerre, furent gratifiée d'une partie des domaines enlevés au comte
de Chalon, en punition de sa félonie et de ses méfaits. Les comtes de Nevers
ne restèrent pas longtemps possesseurs de ces terres éloignées de leurs états
; Guillaume IV mourut sans enfants en 1168, laissant son héritage à son frère
Gui, mari de Mathilde de Bourgogne. Ce même Gui fut fait prisonnier par
Hugues III, en 1174, après une guerre malheureuse, et condamné à une rançon
de deux mille marcs d'argent, qui ne put être acquittée avec les ressources
de la charte d'affranchissement donnée la même année aux habitants de
Tonnerre[125]. Il y a toute apparence qu'à
cette époque Gui de Nevers céda au duc de Bourgogne les droits qu'il avait
dans le Chalonnais, en indemnisant l'évêque et le chapitre de Saint-Vincent
de Chalon de la suzeraineté qu'il leur devait, et en asseyant cette suzeraineté
sur une portion proportionnelle de ses propres domaines[126]. Telle est, du moins,
l'explication la plus rationnelle de cette servitude du Parcours de
Saint-Vincent, dont il n'est fait mention nulle part, avant le
commencement du XIIIe siècle. La
première année de son mariage avec Mahaut, Guigues, comte de Nevers et de
Forez, entra en difficulté avec le comte de Champagne, relativement aux
châteaux construits dans le Tonnerrois sur la limite de leurs domaines.
Guigues défendit ses droits avec assez de hauteur pour que l'un et l'autre se
soient mis en état de guerre, et que le cardinal de Saint-Ange ait été forcé
d'intervenir pour mettre un terme à ce conflit[127]. Toutefois
les préparatifs de la lutte avaient été sérieux. En juillet 1227[128], le comte de Champagne avait
fait avec la duchesse de Bourgogne un traité d'alliance offensive et
défensive, qui devait durer jusqu'à ce que le jeune Hugues IV eût atteint sa
vingt et unième année, c'est-à-dire jusqu'en 1232, époque à laquelle le duc
serait libre de renouveler le traité. Alix de Vergy s'engageait à prêter aide et secours à Thibaud contre le comte de Nevers. Elle faisait serment de ne pas marier son fils à la fille de Robert, comte de Dreux, ni aux filles des comtes de Bretagne, de la Marche, de Boulogne, de Robert de Courtenay, d'Enguerran de Coucy, de Gui de Châtillon, comte de Saint-Pol, ni aux sœurs et nièces des mêmes personnages. Les chevaliers bourguignons, le sénéchal Guillaume de Vergy, le maréchal Pierre de Palleau, Anséric de Montréal, Clérembaud de Chappes, André d'Époisses, prêtèrent le même serment. Pour plus de sûreté, il fut convenu qu'en cas de contravention à ces engagements, les seigneurs précités se rendraient en otage à Troyes dans le même mois qu'ils seraient invités à s'y rendre, à la requête, soit de la comtesse de Champagne, soit de l'évêque de Langres, soit de Robert d'Auvergne, qui venait d'être promu à l'archevêché de Lyon[129], et qui était le négociateur principal de ces conventions. Dans ce cas, ils juraient de ne pas sortir de prison avant réparation d'honneur et de dommages, soumettant leurs personnes et leurs biens à l'excommunication de l'évêque de Langres ou de l'archevêque de Lyon. Le duc Hugues, n'ayant pas encore de sceau, on apposa à cet acte celui de la duchesse. |
[1]
Arch. de la Côte-d'Or, Recueil de Peincedé, t. XXVIII, p. 1164, d'après
une charte du Cartulaire du Val-des-Choux de 1222 ; notre catalogue, n°
1726 Voir aussi les n° 1509, 1510.
[2]
Orig. Arch. de la ville de Dijon, B 1 ; notre catalogue, n° 1627, 1628.
[3]
Guillaume de Vergy ne prit officiellement le titre de sénéchal de Bourgogne que
l'année suivante, après la mort de Gaucher de Châtillon, décédé en croisade.
[4]
Les seigneurs précités mettent leur sceau à l'engagement fourni au roi par la
duchesse, en août 1218 ; notre catalogue, n° 1514-1517. Anséric de Montréal,
marié à Simonette ou Nicolette de Vergy, sœur de la duchesse, ne paraît pas
dans ces documents, peut-être était-il en croisade ?
[5]
A. Duchesne, Histoire de la maison de Vergy, pr., p. 180.
[6]
A. Duchesne, Histoire de la maison de Vergy, pr., p. 180.
[7]
Pièces de 1218, notre catalogue, n° 1521, 1522, 1546.
[8]
Perry, Histoire de Chalon, p. 56 ; Dom Plancher, t. I, pr. 177.
[9]
Ménétrier, Histoire de Lyon, pr., p. 44-45 ; notre catalogue, n° 1559,
1560.
[10]
Bibl. nat. lat., 5993, fol. 37 notre catalogue, n° 1561.
[11]
Arch. de la Haute-Marne, Cartulaire de Longuay, fol. 191 novembre 1219
notre catalogue, n° 1580.
[12]
Voir le catalogue des actes des années, 1219-1225.
[13]
Arch. de la Haute-Marne, Cartulaire de Longuay, fol. 191.
[14]
Orig. Arch. de la ville de Dijon, B 1, septembre 1220 ; notre catalogue,
n° 1628.
[15]
Notre catalogue, n° 1634, 1637.
[16]
Bibl. nat. lat., 5993, fol. 35 ; avril 1222 ; notre catalogue, n° 1714,
1715.
[17]
Cette curieuse pièce, dont l'original, déchiré et en mauvais état, est aux
archives de la Côte-d'Or, Chambre des Comptes, titres de Noyers ; notre
catalogue, n° 1715. On ne possède plus le traité scellé par la duchesse ; on ne
connait que l'engagement souscrit par Mile, seigneur de Noyers.
[18]
Dom Plancher, t. II, pr., XVI, notre catalogue n° 1815.
[19]
Juin 1227 ; Gollut, Mémoires, p. 392 ; Pérard, p. 410 ; notre catalogue,
n° 1882.
[20]
Recueil des historiens de France, t. XIX, p. 661 ; Raynaldi, Ann.
eccles., ad annum 1218 ; Potthast, Regesta Pontif., t. I, p.
514-515.
[21]
Recueil des historiens de France, t. XIX, p. 663.
[22]
Martène, Thés. Anecdot., t. I, coll. 867 ; Cartulaire de l'Yonne,
t. III, p. 95.
[23]
Recueil des historiens de France, t. XIX, p. 677.
[24]
Bibl., nat., Cartulaire de l'évêché de Chalon-sur-Saône, lat., 17,089,
p. 415.
[25]
Bibl. nat., Liber pontif., lat., 5993 A, fol. 21-22.
[26]
Historiens occidentaux des croisades, t. II, p. 332.
[27]
Recueil des historiens de France, t. XVII, 749 Bn ; Historiens occidentaux des
croisades, t. II, p. 341.
[28]
Juillet 1222, Partage de biens entre Gui, seigneur d'Arcis, et son frère
Anséric, trésorier de Langres ; Bibl. nat. lat., S992, fol. 294.
[29]
Septembre 1219 ; l'abbé Labore, Cartulaire de Beauvoir, p. 187 ; notre
catalogue, n° 1574.
[30]
Gaucher, fils de Mile, comte de Bar-sur-Seine, avait épousé Elisabeth de
Courtenay, fille de Pierre de Courtenay, empereur de Constantinople. Gaucher
avait un autre frère Guillaume, qui était entré dans l'ordre du Temple, dont il
devint grand maître, en 1227. Il se signala au siège de Damiette, où il fit des
merveilles à la tête de ses chevaliers, comme l'atteste un témoin oculaire
(Olivier, dans Eccard, Corp. hist. med. œvi, t. II, p. 1405-1408).
[31]
Historiens des Croisades, t. II, p. 337-340.
[32]
Hervé, comte de Nevers, avait eu auparavant un fils, dont le nom est Testé
inconnu, et qui est cité dans un seul document. Nous avons dit (t. III)
qu'Eudes III, duc de Bourgogne, avait eu, en 1207, projet de le marier avec sa
nièce Béatrix, fille du dauphin de Viennois, et que la mort de cet enfant eut
lieu peu de temps après.
[33]
Arch. nat., J. 286 ; notre catalogue, n° 1513.
[34]
Un travail sur Hervé de Donzy, par René de Lespinasse, Nevers, 1868, p. 61-65,
a rétabli la vérité des faits sur ce point.
[35]
Notre catalogue, n° 1584.
[36]
Orig. Arch. nat., J. 622 ; notre catalogue, 1585.
[37]
21 octobre 1220 : Bibl. nat., collect. Moreau, n° 1181, fol. 145, et 26 octobre
1220 : Recueil des historiens de France, t. XIX, p. 711, notre
catalogue, n° 1631.
[38]
Voir pour ces détails le travail précité de René de Lespinasse sur Hervé de
Donzy. Nos cartulaires fournissent encore un certain nombre de pièces qui
peuvent figurer dans son catalogue d'actes.
[39]
Notre catalogue, n° 1536.
[40]
D'Arbois de Jubainville, Histoire de Champagne, catalogue, n° 1199.
[41]
D'Arbois de Jubainville, Histoire de Champagne, catalogue, n° 1214.
[42]
D'Arbois de Jubainville, Histoire de Champagne, catalogue, n° 1249.
[43]
28 novembre 1219 ; Bibl. nat. lat., 5993 A, fol. 22, notre catalogue, n° 1581.
[44]
Bulle de mars 1220 ; Bibl. nat., liber pontificum, lat., 5993 A, fol.
252 ; notre catalogue, n° 1603.
[45]
Il faut consulter pour les détails l'excellente Histoire des ducs et comtes
de Champagne, de M. d'Arbois de Jubainville, t. IV, p. 480 et suivantes.
[46]
A. Duchesne, Histoire de la maison de Vergy, pr. p. 473 ; notre
catalogue, n° 1564.
[47]
Chantereau-Lefebvre, Traité des fiefs, t. II, p. 409, notre catalogue,
n° 1562.
[48]
Orig. Arch. nat., Trésor des chartes, J. 493 ; notre catalogue,
n° 1563.
[49]
A. Duchesne, Histoire de la maison de Châtillon-sur-Marne, pr., p. 39.
[50]
Dom Plancher, Histoire de Bourgogne, t. II, pr. p. IV ; notre catalogue,
n° 1569.
[51]
Chantereau-Lefebvre, Traité des fiefs, t. II, p. 111, notre catalogue,
n° 1577.
[52]
D'Arbois de Jubainville, catalogue, n° 1442.
[53]
Orig. Arch. nat. Trésor des Chartes, J. 200 ; notre catalogue, n°
1554.
[54]
Arch. nat. Trésor des Chartes, J. 193, Champagne, I, n° 11 ; notre
catalogue, n° 1566.
[55]
A. Duchesne, Histoire des ducs de Bourgogne, pr. 134 ; notre catalogue,
n° 1620.
[56]
Mile de Saint-Florentin partit ensuite en croisade, et était à Damiette, le 26
juin 1220, lorsqu'il fit une donation aux Hospitaliers de Saint-Jean de
Jérusalem ; Orig. Arch. de la Côte-d'Or, H. 213 ; notre catalogue, n°
1618.
[57]
Juin 1220 ; notre catalogue, n° 1617.
[58]
Orig. Arch. nat., Trésor des Chartes, J. 195 ; notre catalogue,
n° 1724.
[59]
Orig. Arch. nat., Trésor des Chartes, J. 209 ; notre catalogue,
n° 1676.
[60]
Orig. Arch. nat., J. 209 ; notre catalogue n° 1678-1679.
[61]
Orig. Arch. nat. Trésor des Chartes, J. 204.
[62]
D'Arbois de Jubainville, catalogue n° 1357.
[63]
Orig. Arch. nat. Trésor des Chartes, J. 209 ; notre catalogue, n°
1713.
[64]
A. Duchesne, Histoire de la maison de Vergy, pr., p. 156 ; notre
catalogue, n° 1711-1712.
[65]
Orig. Arch. nat., J. 195 ; notre catalogue, n° 1766.
[66]
Orig. déchiré, Arch. de la Côte-d'Or (avril 1222) notre catalogue, n°
1715.
[67]
Voir l'accord d'Hervé avec Philippe-Auguste, en 1215, relatif aux arrangements
pris pour la succession future de Pierre de Courtenay, suivant les éventualités
possibles ; Martène, t. I, p. 1121.
[68]
Recueil des Historiens de France, t. XIX, p. 704. Bulle du 12 juillet
1230, notre catalogue, n° 1620.
[69]
Le 21 janvier 1222, suivant le nécrologe de Nevers (Armoires de Baluze, n° 74,
fol. 379 r°). Il mourut au château de Saint-Aignan en Berry, et fut inhumé
Pontigny, dans la chapelle de Saint-Thomas de Cantorbéry, où se lisait cette
inscription avant 1715 :
Hic lapis
Hervei comitis celat faciei
Formam, forma
Dei clarificetur ei.
[70]
Orig. Arch. nat., Trésor des chartes, J. 256 notre catalogue, n°
1699.
[71]
Orig. Arch. nat., Trésor des chartes, J. 236 ; trois pièces,
notre catalogue, n° 1700-1702.
[72]
Orig. Arch. nat., J. 217 ; notre catalogue, n° 1745.
[73]
Août 1223 ; Arch. nat., J. 253 ; notre catalogue, n° 1746.
[74]
Orig. Arch. nat., Trésor des chartes, J. 193 et J. 195 notre
catalogue, n° 1767, 1768.
[75]
Notre catalogue, n° 1769-1770.
[76]
Dom Plancher, t. II, pr., XVI
; notre catalogue, n° 1815.
[77]
A. Duchesne, Dauphins de Viennois, pr., p. 14 ; notre catalogue, n°
1863.
[78]
Pérard, p. 410 ; notre catalogue, n° 1864.
[79]
Garnier, Chartes de Communes, t. Il, p. 7-10 ; notre catalogue, n° 1873.
[80]
Marguerite de Vienne entra en possession de Salins après la mort de son père
Gaucher IV, le 3 août 219.
[81]
Abbé Guillaume, Histoire des sires de Salins, t. I, pr. p. 406-107.
[82]
Joceran II de Brancion était marié en 1164 à Alix de Chalon, sœur de Guillaume
II, comte de Chalon, et par suite beau-frère de Béatrix, fille de Frédéric
Barberousse. Joceran III de Brancion se rattachait à la famille ducale.
[83]
Voir ce qui est raconté (t. III, p. 213-216) au sujet des luttes entre Etienne
III, comte d'Auxonne, et Othe, duc de Méranie.
[84]
La participation d'Etienne à cette vente est certaine il était parent, ami et
conseiller de Marguerite de Vienne. Voir l'abbé Guillaume, Histoire dès
sires de Salins, t. I, pr. p. 107.
[85]
Février 1225 (1224 anc. st.) Voir l'abbé Guillaume, Histoire des sires de
Salins, t. I, pr. p. 101 et suiv.
[86]
Alix de Dreux s'était remariée, en 1231, à Renard, seigneur de Choiseul, du
consentement d'Hugues de Montréal, évoque de Langres. Renard de Choiseul mourut
en 1239, et Alix en 1257 ou 1258 (l'abbé Guillaume, Histoire générale des
sires de Salins, t. I. pr, pr. 101).
[87]
Février 1225 ; notre catalogue n° 1806.
[88]
Jean de Chalon, fils d'Etienne, avait épousé, en 1214, Mathilde de Bourgogne,
sœur du duc Eudes III.
[89]
Un des articles de ce traité de 1216, catalogue, n° 1366.
[90]
Aubri de Troisfontaines.
[91]
Orig. Arch. nat., J. 198 A, pièce scellée ; notre catalogue, n° 1835.
[92]
Bibl. nat., Ve Colbert, n° 57, fol. 198.
[93]
Bibl. nat., Ve Colbert, n° 57, fol. 531-532.
[94]
Bibl. nat., Ve Colbert, n° 57, fol. 38 v°.
[95]
Ed. Clerc, Essai sur la Franche-Comté, t. I, p. 419.
[96]
Jean de Braisne était comte de Mâcon par sa femme Alix, petite fille de
Guillaume, comte de Macon.
[97]
Orig. Arch. nat., J. 259, deux pièces ; notre catalogue, n° 1930 et
1931.
[98]
Orig. Arch. nat., J. 260 ; notre catalogue, n° 1839.
[99]
Chifflet, Lettre touchant Béatrix, p. 105-106.
[100]
Voir les réclamations des chapitres de Sens, de Paris, etc. Raynaldi, an. 1227,
art. 57 et 60, et Lenain de Tillemont, Vie de Saint Louis, t. I, p.
470-471.
[101]
Mathieu de Paris, éd. de Luard, t. III, p. 121.
[102]
Recueil des Historiens de France, t. XVII, p. 338, Nicolaus de Braia.
Voir d'Arbois de Jubainville, Histoire de Champagne, t. IV, p. 204.
[103]
Gesta Ludovici VIII, apud Dom Bouquet, t. XVII, p. 309 c.
[104]
Mathieu de Paris, t. III, p. 121.
[105]
Philippe Mousket, vers 25202-26218, édit. Reiffenberg, t. II, p. 516.
[106]
Chifflet, Lettre touchant Béatrix, p. 105.
[107]
Chifflet, Lettre touchant Béatrix, p. 106-107 ; notre catalogue, n° 1847
et 1848.
[108]
Le traité du 16 juin 4227, passé à l'abbaye de Bèze, mentionne le fait, voir
notre catalogue, n° 1867, 1869, 1870.
[109]
C'est en effet vers la Pentecôte, comme le dit Aubri de Troisfontaines, que fut
relâché Henri, comte de Bar-le-Duc.
[110]
Chifflet, Lettre touchant Béatrix, p. 74-75.
[111]
La mention de ce fait est relatée dans la pièce qui précède ; mais Henri de
Vienne en donna peu après un acte particulier (29 juin 1227), Dom Plancher, t.
II, pr. coll. IV
; Chantereau, t. II, p. 174 ; notre catalogue, n° 1871.
[112]
Bibl. nat., Liber principum. Ve Colbert, n° 57, p. 41-42 ; notre
catalogue, n° 1869.
[113]
Art de vérifier les dates, édition de 1818, t. II, p. 149.
[114]
Jean de Chalon et Henri de Vienne, son gendre, n'en voulaient qu'au duc de
Méranie. En consentant à payer une telle rançon, Henri, comte de Bar, ne leur
avait-il pas réservé une certaine somme pour lui-même ? Deux documents de
novembre 1 227 pourraient le faire croire ; Henri de Vienne devient, à cette
date, débiteur du comte de Bar (Bibl. nat., Liber principum, Ve Colbert,
n° 57, fol. 57-58 ; notre catalogue, n° 1883-1884.
[115]
Bibl. nat., Liber principum, Ve Colbert, n° 56, fol. 248-250 ; 27 juin
1227 notre catalogue, n° 1870.
[116]
Chantereau Lefebvre, t. II, p. 178-189 catalogue, n° 1880.
[117]
Bibl. nat., Liber principum, Ve Colbert, n° 55, fol. 283 ; catalogue, n°
1881.
[118]
Spicilège, t. IX, p. 656.
[119]
Chron. Turonense, apud Dom Bouquet, t. XVIII, p. 317 E.
[120]
Mathieu de Paris, édit. de Henry Richards Luard, t. III, p. 118-119.
[121]
Recueil des Historiens de France, t. XXII, p. 442.
[122]
Bibl. nat., Cartulaire de l'évêché de Chalon, lat., 17089, p. 415 ;
charte d'avril 1227 ; notre catalogue, n° 1858.
[123]
Janvier 1217 (n. st.), Pérard, p. 349.
[124]
Voir notre tome II, chapitre XVII.
[125]
Notre tome II.
[126]
Baigneux, Beauvoir, Avirey, Bragelonne, Lannes, Ricey, Molème, Channes,
formaient la limite nord des domaines des comtes de Tonnerre. Cette servitude
ne pouvait gêner l'action du comte dans le reste de sa seigneurie.
[127]
Lebeuf, Histoire d'Auxerre, nouv. édit. t. III, p. 169.
[128]
Bibl. nat., V° Colbert, t. 36, fol 209 r° à 210 v° ; notre catalogue, n° 1872,
in-ext.
[129]
Robert d'Auvergne succéda à Renaud de Forez.