HISTOIRE DES DUCS DE BOURGOGNE DE LA RACE CAPÉTIENNE

TOME TROISIÈME

 

CHAPITRE XXV. — EUDES III (suite) - 1213-1214.

 

 

CHEVAUCHÉE DE FLANDRE — BOUVINES.

Naissance de Hugues IV, fils de Eudes III. — Philippe-Auguste mande le duc de Bourgogne pour l’aider à son entreprise de descente en Angleterre. — La défection de Ferrand, comte de Flandre, change ces dispositions. — Chevauchée contre le comte de Flandre. — Prise d'Ypres, Cassel, Gand, Audenarde, Bruges, Courtrai, Lille, Douai, Tournai. — Retour d’Eudes III en Bourgogne, baptême de son fils. — Le duc de Bourgogne à Valence et à Romans. — Il est négociateur des démêlés entre Simon de Montfort et Aymar de Poitiers. — La conférence de Romans se termine par des promesses d’un double mariage entre André, comte d’Albon, frère du duc, et la fille d’Aymar de Poitiers, d’une part, et la fille du même André avec le fils de Simon de Montfort. — Philippe- Auguste mande le duc de Bourgogne pour faire face à la coalition des rois d’Allemagne, d’Angleterre, du comte de Flandre, etc. — Préliminaires de la bataille de Bouvines. — Position et marche des deux armées. — Eclaireurs et indiscrétions. — Premier engagement par l’arrière-garde Bourguignonne. — Le duc envoie prévenir Philippe-Auguste. — Ordre de bataille. — Eudes III commande la troisième division. — Son cheval tué sous lui à la première attaque. — Le duc donne furieusement sur l’ennemi. — Vœux de Mathilde de Portugal, la duchesse divorcée. — Sorties héroïques du sénéchal de Bourgogne. — Victoire ; messager pour annoncer la nouvelle à la comtesse de Champagne. — Lo duc fortement contusionné ne peut arriver à Dijon, est soigné par les religieux de l’abbaye de Fontenay. — Convalescence et rétablissement.

 

Il y eut une explosion de joie dans toute la Bourgogne, quand on apprit que le vendredi 9 mars, avant minuit, de l’année bissextile 1213 (1212 anc. st.), la duchesse de Bourgogne, Alix de Vergy, était accouchée d’un fils. Cet événement inespéré, qui assurait un héritier direct à Eudes III, généralement aimé et estimé, allait éviter les commotions que provoquent presque toujours les changements de régime et de dynastie. Aussi la chronique de St-Bénigne[1] d’abord, puis l’annaliste de l’abbaye de Maizières[2] ont cru devoir relater soigneusement le fait sur leurs tablettes.

La naissance de Hugues IV mettait à néant les contrats passés par Eudes III avec André, dauphin de Viennois, pour assurer à la fille de ce dernier la possession du duché, et réunir sur une même tête les vastes domaines des deux frères. Quant aux projets de mariage entre Béatrix, fille d’André, et le fils d’Hervé, comte de Nevers, il n’en avait plus été question après 1207[3] ; le fiancé était mort en bas âge et le duc de Bourgogne était entré en brouille complète avec le comte de Nevers pendant la guerre des Albigeois.

La naissance d’un fils donna une nouvelle impulsion à l’activité d’Eudes III, que ses liens de vassalité attachaient étroitement au roi de France, dont il avait en toute circonstance partagé la politique et défendu les intérêts. Mandé les premiers jours d’avril 1213 par Philippe-Auguste à l’assemblée de Soissons, ainsi que ses grands vassaux, le duc de Bourgogne s’y rendit avec Blanche de Champagne, Hervé de Donzy, Gaucher de Châtillon et un certain nombre de ses barons.

En réunissant les prélats et les seigneurs du royaume à Soissons, le roi de France voulait les associer à l’entreprise qu’il méditait sur l’Angleterre, et à la descente qu’il se proposait d’y faire avec toutes ses forces. Les uns et les autres avaient juré de l’aider[4], et promirent de se trouver à Boulogne, où on devait rassembler la flotte et concentrer les troupes[5]. Dans cette circonstance, Philippe-Auguste essaya d’apaiser le mécontentement de Ferrand, comte de Flandre, et s’offrit de le dédommager de la perte des villes d’Aire et de Saint-Omer, qui lui avaient été enlevées et données à Louis VIII, mais Ferrand ne voulut rien entendre.

Le duc de Bourgogne, dont la présence est certaine à Cîteaux le 27 avril 1213[6], ne partit que dans la première quinzaine de mai, passa à Troyes, assista à un acte d’investissement de fief par la comtesse de Champagne[7], et prit route pour la Flandre. Quand toutes les troupes furent arrivées à Boulogne, Ferrand, comte de Flandre, refusa de les rejoindre[8], malgré les serments qu’il en avait fait. Cette défection changea les dispositions de Philippe-Auguste qui, renonçant à ses projets de descente en Angleterre, dirigea toutes ses forces contre le vassal révolté. Savari de Mauléon, chargé de conduire la flotte, passa à Calais[9], et fit partir tous les vaisseaux vers le Dam. Le roi vint avec son armée à Gravelines, et donna cette ville à Louis, son fils[10] ; ensuite il s’empara d’Ypres, fit démanteler Cassel[11], et mit le siège devant la place de Gand. Mais ayant appris que les Anglais, unis aux Flamands, allaient pendant ce temps faire une tentative sur la Hotte de Dam, il donna ordre à Barthélemy de Roye d’incendier ses vaisseaux[12], plutôt que de les laisser aux mains de l’ennemi. Abandonnant lui-même le siège de Gand, il prit en toute hâte la direction de Dam. Ce retour inopiné mit les Flamands en déroute. Eudes, duc de Bourgogne, à la tête de ses troupes, Hervé de Donzy, comte de Nevers, et les Champenois les poursuivirent, et en firent un grand carnage[13]. Ces faits se passaient dans les premiers jours de juin 1213[14].

Les habitants de Bruges, qui avaient pris part à l’affaire de Dam, furent saisis comme otages, et durent payer une indemnité[15]. Les villes de Gand, Audenarde, Courtrai, Lille, Douai, qui succombèrent ensuite, furent également obligées de livrer des otages au roi de France. Tournai fut pris d’assaut par le sénéchal de Bourgogne, Gaucher de Châtillon, comte de Saint-Pol, et par frère Guérin, qui ravagèrent les domaines de Raoul de Mortagne[16].

En juillet, le duc de Bourgogne revint à Paris avec Philippe-Auguste, et confirma un article de la coutume générale de France, rapportée dans un diplôme du roi[17], laquelle ne permet pas qu’un mineur, avant qu’il ait atteint l’âge de vingt et un ans, puisse être mis en action, pour raison des biens que possédait paisiblement son père, au jour de son décès[18]. Ces conventions avaient surtout pour but de préserver la comtesse de Champagne et son fils Thibaud des revendications faites par Erard de Brienne.

Rentré en Bourgogne dans le mois d’août, Eudes III put s’installer dans le château de Talant, dont les constructions marchaient rapidement. C’est là qu’il délivra la charte d’affranchissement de ses hommes de la rue de Chaumont, à Châtillon, acte qui fut rédigé par son chapelain Ulric, en présence de Gaucher de Châtillon, sénéchal, de Ponce de Frolois, connétable, et du chambellan Gervaise Chauchart.

Ces mêmes personnages étaient probablement réunis pour les cérémonies du baptême du jeune Hugues IV, qui eurent lieu dans l’église de Saint-Jean- Baptiste vers la même époque. Guillaume de Joinville, évêque de Lan grès, irrité des derniers affranchissements du duc et alors en brouille avec lui, n’y fut point appelé. Le baptême fut fait par Gauthier, évêque d’Autun[19]. Eudes III séjourna encore en Bourgogne pendant les mois de septembre et d’octobre[20], et sortit de cette province dans le courant de novembre, en passant par Cluny[21], pour se rendre à Valence et à Romans. Il venait dans cette dernière ville au rendez-vous qu’il avait pris avec Simon, comte de Montfort, Renaud de Forez, archevêque de Lyon, l’archevêque de Vienne[22] et divers autres prélats et barons. Voici l’objet de cette réunion.

Après la sanglante bataille de Muret, Simon de Montfort victorieux s’était porté du côté du Rhône et principalement en Vivarais, où les partisans du comte de Toulouse avaient excité des troubles. Aymar de Poitiers, comte de Valentinois, ami et vassal du comte Raymond, possesseur de grands domaines dans cette contrée, avait eu soin de s’y fortifier, et avait mis ses châteaux sur un tel pied de défense, que Simon n’osa même pas entreprendre de l’attaquer. Désespérant d’avoir raison de son adversaire par les armes, Mont- fort tenta les voies de la conciliation et pria le duc de Bourgogne d’être médiateur de cet arrangement. Dans une première entrevue qui eut lieu près de Valence[23], Eudes III n’ayant rien pu obtenir d’Aymar de Poitiers, réunit de nouveau les belligérants à Romans pour traiter les conventions de paix. Le comte de Valentinois s’y rendit avec tous les personnages précédemment cités. Après plusieurs jours de pourparlers sans résultat, le duc voyant qu’il ne pouvait rien gagner sur la résistance obstinée d’Aymar, entra dans une violente colère, s’engagea avenir en aide à Mont- fort et à le secourir par les armes, si Aymar ne voulait s’amender, et ordonna à la noblesse de Bourgogne de faire des préparatifs de guerre. Intimidé par cette attitude menaçante, le comte de Valentinois consentit à traiter, et pour la sûreté de ses engagements livra à Montfort plusieurs de ses châteaux qui furent mis sous la garde et sous la garantie du duc de Bourgogne[24].

A cette conférence de Romans, qui eut lieu à la fin de novembre 1213[25], Eudes III arrêta le mariage de sa nièce Béatrix, fille d’André, dauphin, et de Béatrix de Claustral. Arnaud Amauri, ancien abbé de Cîteaux et alors archevêque de Narbonne, était venu dans les mêmes circonstances, et favorisait de tout son pouvoir le mariage de Béatrix avec Amauri de Montfort, fils de Simon ; l'influence et le crédit qu’il possédait sur l’esprit du duc de Bourgogne contribuèrent au succès de cette négociation, et à la réussite d’un projet pour lequel Eudes III se montra d’ailleurs bien disposé[26]. Tel est du moins le récit des chroniqueurs. Toutefois l’affaire ne fut définitivement traitée que l'année suivante à Valence, et les noces furent célébrées plus tard à Carcassonne[27], car en 1213, la fiancée n’avait encore que onze ans.

A cette assemblée de Romans, qui eut quelque retentissement, il faut attribuer une importance plus grande encore que celle qui lui a été assignée par les historiens. Le duc de Bourgogne n’avait pu réussir à triompher de l’obstination d’Aymar de Poitiers qu’avec les plus grandes difficultés. Nous croyons que c’est à Romans, pour faciliter les conditions de la paix, que furent échangées les promesses de mariage entre André, comte d’Albon, et Semnoresse, fille du comte de Valentinois, en même temps que fut conclu le projet d’alliance entre le fils du comte de Montfort avec Beatrix d’Albon. Le duc Eudes III, garant des traités, dont il avait été le médiateur, rattachait ainsi par des liens solides à la famille ducale les comtes de Montfort et de Valentinois, et mettait fin à leurs querelles par ces engagements réciproques. Le dauphin André était alors parfaitement libre, car son divorce avec Béatrix de Claustral avait été prononcé par une sentence ecclésiastique, en 1211. Aymar de Poitiers donnait en dot à sa fille 20.000 sols, qu'André fut forcé de restituer à son beau-père dix ans plus tard[28].

 

Philippe-Auguste, menacé en 1214 par une redoutable coalition, dont le roi d’Angleterre était le promoteur, avait convoqué tous les vassaux en état de le servir, pour résister à l’invasion des troupes d’Othon IV, roi d’Allemagne, de Jean sans Terre, roi d’Angleterre, du comte de Flandre, de la noblesse de Hollande, du Brabant et des bords du Rhin. Eudes III, duc de Bourgogne, se rendit à son appel, avec une partie des féodaux de Bourgogne, qui se trouvaient disponibles depuis la campagne de Flandre de l’année précédente. Nous n’avons aucun document qui nous fixe sur le chiffre de ces féodaux ; mais nous croyons qu’il faut réduire ce chiffre le plus possible, par suite des pertes essuyées dans les expéditions antérieures. On peut attribuer à Eudes III mille ou douze cents hommes, cent chevaliers, autant d’écuyers, trois à quatre cents sergents à cheval, et un nombre de servants à peu près égal. On peut également admettre que les communes de Dijon, de Châtillon, de Beaune, d’Avallon, étaient représentées par quelques-uns de leurs membres, car plusieurs d’entre elles étaient astreintes par leur charte à porter les armes pour le duc, pendant quarante jours, hors du royaume de France[29].

A la fin de mai et au commencement de juin 1214, Eudes était encore en Bourgogne et y passa plusieurs actes. Sa présence est certaine à Dijon en mai ; le 5 juin, il était à Cîteaux, et il ne dut quitter ses Etats que les premiers jours du mois suivant. Le 23 juillet, le duc avait rejoint Philippe-Auguste à Péronne, tandis que l’armée ennemie campait à Valenciennes. Pendant les quatre jours qui précédèrent la rencontre, les deux armées ennemies sillonnèrent avec une égale vitesse les deux côtés d’un angle qui, partant de ces deux villes, avait Tournay pour sommet. Les troupes de Philippe-Auguste, qui ne se composaient que de vingt-cinq mille hommes environ, se mouvaient avec beaucoup plus de facilité que l’armée des coalisés, dont le nombre était triple.

Avant d’entrer en campagne, les éclaireurs de Philippe-Auguste avaient été envoyés pour observer l’ennemi. Guérin, récemment nommé évêque de Sen- lis, et Gaucher de Châtillon, comte de Saint-Pol, sénéchal de Bourgogne, avaient pris possession de Tournay, dont les habitants étaient sympathiques à la France, puis avaient poussé une reconnaissance jusqu’à Mortagne, qu’ils firent démanteler[30].

Le 25 juillet, l’armée française occupait le pont de Bouvines. Le 26, elle franchit sur la rive droite de la Marq les 14 kilomètres qui la séparaient de Tournai, et entra dans la ville, non sans avoir dévasté les contrées environnantes. Ce même jour, les coalisés étaient établis à Mortagne, et les deux camps furent instruits de ce qui se passait dans chacun d’eux. Othon, roi d’Allemagne, réunit aussitôt son conseil de guerre, et déclara que ses espions, bien informés par des agents de l’entourage de Philippe-Auguste, lui avaient appris l’entrée de ce dernier à Tournay, et l’état de ses troupes, des deux tiers inférieures aux leurs. Cette marche en avant du roi fut considérée, d’un commun accord, comme une faute dont on devait tirer avantage. Quand le comte de Flandre et ses gens « seurent que le roi estoit à Tournai, si fu trop liés, car il le cuidoit bien avoir en sa nasse[31]. »

Au nombre des coalisés, Henri, duc de Brabant, gendre de Philippe-Auguste, assistait à ce conseil ; aussitôt la séance levée, il s’empressa d’envoyer au roi, dans le camp français, un compte-rendu de la délibération, avec des renseignements précis sur l’état des routes entre Tournai et Mortagne, et sur les inondations récentes qui avaient rendu impraticables les manœuvres de la cavalerie[32]. Ce salutaire avertissement, qu’on devait à une trahison, changea les dispositions de Philippe-Auguste et rendit son entourage plus circonspect. 11 y eut une explosion de colère et de défiance à l’égard de certains chevaliers ; Gaucher de Châtillon, sénéchal de Bourgogne, fut même suspecté, mais il répondit bravement au moment du combat, qu’on allait avoir en lui un bon traître[33] !

Pour couper court aux indiscrétions, le roi réunit en conseil secret ses confidents les plus intimes ; on y décida de quitter Tournai, de reprendre la direction de Bouvines, par laquelle on était arrivé, et de simuler une retraite qui ne manquerait pas d’attirer l’ennemi sur leurs traces, en le plaçant sur un terrain moins avantageux[34]. Ces projets, hautement annoncés à la population de Tournai qui avait tout à craindre du ressentiment de l’empereur Othon, auquel on la livrait sans défense, sema la terreur parmi les bourgeois affolés, qui ne virent d'autre sûreté que dans la fuite et abandonnèrent la ville précipitamment. Cette panique calculée fut aussitôt transmise, le 26 au soir, par les espions des coalisés, et commentée dans le conseil tenu à Mortagne immédiatement après la nouvelle. Othon, trompé par les apparences de cette feinte retraite, résolut de profiter du désarroi des Français, et de se mettre dès le lendemain matin à leur poursuite[35].

Le dimanche 27 juillet, les troupes de l’empereur quittèrent Mortagne[36], en même temps que l’armée française abandonnait Tournai, à la pointe du jour, après avoir entendu la messe[37]. Il faisait chaud dès le matin, comme cela arrive parfois en juillet ; mais dans la journée l’ardeur du soleil fut extrême[38]. Des deux armées ayant Bouvines pour but, les Français avaient l’avantage, puisqu’ils suivaient en ligne droite la vieille voie romaine, qui relie Tournai à Bouvines, et qui reposait sur des terrains solides et propres aux manœuvres militaires, tandis que les coalisés étaient obligés de côtoyer des bois et des marais, pour venir rejoindre la même voie, en laissant Tournai sur la droite[39].

Au moment où l’armée de Philippe-Auguste se mettait en mouvement, Guérin, garde des sceaux du roi, et le vicomte de Melun, désireux de s’assurer par eux-mêmes de la marche de l’ennemi, prirent en éclaireurs la direction de Mortagne, et lorsqu’ils furent parvenus sur une hauteur à une certaine distance de cette ville, ils aperçurent distinctement les coalisés, qui se dirigeaient de leur côté. Ils purent même constater que tous les chevaux portaient la couverte de combat et les chevaliers leur armure, qu’à cause de la pesanteur on n’endossait ordinairement qu’au moment de la bataille[40]. Ces particularités furent pour eux une preuve évidente des intentions de l’ennemi et d’une attaque prochaine.

Guérin, évêque de Senlis, partit en toute hâte prévenir Philippe-Auguste de ce qui se passait, recommandant à son collègue de rester en observation le plus de temps possible, pour étudier la marche des coalisés[41]. Quant à lui, il donna son avis au conseil de l’entourage du roi, déclara qu’il fallait combattre, si l’occasion se présentait, plutôt que de s’opposer à une retraite désastreuse[42]. Un seul chroniqueur, l’auteur de la Généalogie des comtes de Flandre[43], prête au duc de Bourgogne un propos qui n’est rapporté nulle part ailleurs. Eudes III, qu’il appelle Hugo, engageait le roi à ne pas risquer sa vie, et à se conserver pour les siens et pour son pays, lui indiquant pour refuge un château du voisinage, bien situé et largement approvisionné et fortifié. Philippe-Auguste aurait répondu : « Loin de moi la pensée de me dérober au danger, pendant que je suis bien portant, et que j’abandonne tant de braves qui sont prêts à mourir avec moi et pour moi. Je resterai le dernier au combat, décidé à vaincre ou à mourir. »

L’ordre de marche que le roi avait assigné à ses différents corps est très important à signaler. Les bagages et l’infanterie formaient la tête de colonne, ce qui ne devait pas permettre à l’armée d’avancer bien rapidement. Au milieu, le roi avec sa cavalerie ; « lors il party de Tournay à bannières desploiées et se mist à la voye tout le chemin de Lille, aveuc luy toutes ses batailles ordonnées, et il aloit ou mylieu[44]. » A l’arrière-garde, la noblesse de Champagne et le duc de Bourgogne avec ses féodaux : « si trouvèrent le duc de Bourgoigne et les Champenois qui faisoient l’arrière-garde[45]. »

Après le retour de Guérin, évêque de Senlis, et le conseil tenu en marche sur la voie romaine, l’armée française continua d’avancer. L’infanterie et les bagages dépassèrent Bouvines, et arrivèrent jusqu’à l’Hôtellerie, Ostia, pendant que Philippe-Auguste faisait lui-même halte à Bouvines, attendant d’autres renseignements et des nouvelles de l’arrière-garde, en tous cas, prêt à combattre au premier signal[46].

En ce moment, l’empereur Othon, après avoir terminé sa conversion et laissé Tournai sur la droite, arrivait sur la voie romaine, en vue de la queue de colonne de l’armée française et suivant la même direction ; de sorte que l’arrière-garde allait se trouver suivie par l’avant-garde des coalisés et prolongée par toute l’armée ennemie. Le point de jonction eut lieu à deux lieues de Tournai et à une lieue de Bouvines, non loin du monastère de Chisoing. Othon, pensant que le gros des forces de Philippe-Auguste devait avoir déjà franchi Bouvines, et qu’il aurait facilement raison de l’arrière-garde, lança sa cavalerie à la poursuite des Bourguignons et les atteignit sur la lisière d’un bois qui bordait la voie romaine : « tantost issirent après désordonnement. Si trouvèrent le duc de Bourgoigne et les Champenois qui faisoient l’arrière-garde, et les retindirent à deux lieues de Tournay, à un bosquet[47]. »

La colonne française fit rapidement volte-face. Le combat fut des plus acharnés, et les coalisés se trouvèrent arrêtés par une résistance à laquelle ils ne s’attendaient pas, de la part d’un ennemi qu’ils croyaient prendre à l’improviste. A cinq reprises l’arrière- garde bourguignonne et champenoise dut s’arrêter, pour se dégager des troupes du comte de Flandre, puis de part et d’autre arrivèrent des renforts[48]. Les coalisés « les appressèrent tant que ceux de l’arrière-garde s’arrestèrent et tournèrent les visages devers leurs ennemis, et envoyèrent leurs arbalestriers traire à eulx, pour leurs gens mettre arrière. Ainsi fisrent les Flamans par cinq fois l’arrière-garde arrester[49]. »

Au premier engagement, le duc Eudes envoya au roi le chevalier bourguignon, Girard La Truie[50], pour lui annoncer le commencement de l’action, et le prier d’accourir avec ses forces : « Li dus de Bourgoigne manda au roi qu’il chevauchast bellement, car on les appressoit près d’un moustier que on appelle Bouvines[51]. » Ici la chronique fait erreur, il s’agit de l’abbaye de Chisoing[52], au lieu même de l’engagement.

En arrêtant la marche des impériaux par ces combats préliminaires, le duc de Bourgogne avait réussi, sans le vouloir il est vrai, à déplacer l’axe de l’armée ennemie, et à repousser ses adversaires vers les terrains marécageux qui se trouvaient au nord de la voie romaine ; car on comprend qu’après le premier choc, l’avant-garde des coalisés, retardée dans sa marche, avait produit un temps d’arrêt, sinon de recul, dans le reste de la colonne, qui avait débordé par le nord pour regagner obliquement la direction de Bouvines, en suivant le seul itinéraire praticable entre la voie romaine occupée par les Français et les marécages qui la longeaient à quelque distance au nord. Le comte de Flandre, qui soutint contre les divisions champenoises et bourguignonnes le premier engagement, fut le seul qui se trouva transporté de la tête à la queue ; pour le reste de l’armée impériale, l’ordre de bataille fut le même que l'ordre de marche[53].

L’envoyé du duc de Bourgogne, Girard la Truie, trouva Philippe-Auguste, qui avait pris pied à terre, et se reposait à l’ombre d’un frêne, près de l’église de Bouvines, « où il se dejeusnoit de pain et de vin[54]. » A la nouvelle qu’il apporta, le roi se jeta dans les bras de Guillaume des Barres, de Mathieu de Montmorency et de Pierre Mauvoisin, puis traversant la route, il entra dans l’église faire une courte prière. Ensuite il endossa son armure, pendant qu’on criait aux armes, qu’on faisait sonner les trompettes, et rétrograder les troupes qui avaient passé le pont de Bouvines pour aller jusqu’à l'Hôtellerie[55].

Philippe-Auguste se mit en selle, et dominant les rangs de sa haute taille et de son grand destrier, alto altus equo, revint à fond de train sur le lieu du combat. Quand les troupes furent avancées et en ligne, presque parallèlement aux coalisés, quand parut l’étendard de gueules aux fleurs de lis d’or, que portait Galon de Montigny, il était environ midi. Un grand silence se fit. Le roi levant les bras au ciel bénit l’armée, et d’une ligne à l’autre on put voir ce geste solennel, puis les trompettes sonnèrent la charge[56].

Les troupes massées en présence de leurs adversaires occupaient une ligne d’environ trois kilomètres de longueur[57]. A l’aile gauche, les comtes de Dreux et de Ponthieu, l’évêque de Beauvais, en présence des contingents anglais. Au centre Philippe-Auguste à la tête de sa maison militaire, des chevaliers de Normandie et autres, faisait face à l’empereur Othon et aux contingents de Hollande, de Namur et de Lorraine. A l’aile droite, les Champenois, les effectifs de Mathieu de Montmorency, d’Etienne de Sancerre, les Bourguignons, les comtes de Saint-Pol et de Beaumont, et enfin le corps du vicomte de Melun, ayant pour adversaire toute la noblesse Flamande commandée par le comte de Flandre.

Eudes, duc de Bourgogne, était à la tête de la troisième division, occupant à peu près le centre de cette aile droite, dont le chancelier Guérin eut la direction générale.

La quatrième division, que dirigeait Gaucher de Châtillon, sénéchal de Bourgogne, comprenait, en dehors de ses propres vassaux, ceux du comte de Beaumont et des hommes de Saint-Médard de Soissons[58]. Il paraît probable qu’elle devait renfermer aussi d’autres contingents bourguignons, comme ceux des communes de Dijon, de Beaune, dont les chroniques ne parlent pas, et qui devaient marcher sous la bannière du sénéchal.

Cent cinquante hommes appartenant à ce corps d’armée, et principalement aux milices communales, furent détachés en avant, sur le conseil du comte de Saint-Pol, et eurent l’honneur de se déployer les premiers en face de la ligne des chevaliers d’élite[59]. Leur présence, en tête de la plus haute noblesse de France, fut un tel scandale aux yeux de l’ennemi, que les Flamands refusèrent d’abord de croiser la lance contre ces enfants du peuple[60].

De ce côté cependant, la lutte n’avait pas tardé à s’engager, avant même que l’on eut pris l’avis du roi, car cette aile, qui formait l’arrière-garde avant l’arrivée de Philippe-Auguste, était la seule qui eût maintenu les impériaux par des escarmouches répétées, et qui eût empêché le débordement de la colonne ennemie, laquelle avait été forcée de faire un mouvement tournant, pour se retrouver dans la situation où nous la voyons en face de l’armée française.

En suivant l’ordre énuméré par les chroniqueurs, l’évêque de Senlis, qui dirigeait l’aile droite, lança d’abord les Champenois, puis le corps de Saint-Pol, puis Beaumont, puis Montmorency, puis Bourgogne et enfin Melun[61]. Chacune de ces divisions fit à plusieurs reprises des trouées terribles dans les rangs impériaux.

Dès le début de la charge, le duc de Bourgogne eut un cheval tué sous lui, et fut rudement jeté à terre. Cette chute avait une certaine gravité, car si Eudes III avait dans sa jeunesse une obésité précoce, à l’âge de quarante-huit ans qu’il avait alors, il était affligé d’une extrême corpulence, valde carnosus et phlegmaticæ complexionis. Les chevaliers Bourguignons qui l’entouraient lui portèrent aussitôt secours, le relevèrent sain et sauf, lui amenèrent un autre cheval et l’aidèrent à le monter. Le duc brandissant son glaive de la main droite jura de se venger de ce contre-temps et de cet affront, puis s’élançant avec furie sur l’ennemi, renversa tout ce qui se présentait sur son passage, « ... et li dux Eudes de Borgoigne, qui ot maint bon chevalier en sa route, tuit cil se ferirent en l’estor, engres et chauz de combattre, et rendirent à leurs anemis merveilleuse bataille. Li dux de Borgoigne, qui estoit bons corpulanz et de fleumatique complexion, chaï à terre ; car ses destriers fu soz lui occis. Quant ses gens le virent chau, ils s’assemblèrent entor lui, sor un noviau cheval le firent tantost monter, quand il fut remontez, il ot grant duel de ce que il fu chauz, et dist que il vancheroit ceste honte : il brandi la lance et brocha des espérons, puis se feri au plus dru de ses anemis par grant ire, ne ne prenoit garde ou il feroit, ne cui il encontroit, ainçois venchoit son mautalent seurtoz, ansinques comme se chascuns de ses anemis li eust son cheval occis[62]. » Cette version française de la chronique de Saint-Denis ne fait guère que paraphraser le récit latin des contemporains[63].

Les efforts combinés des Bourguignons et des Champenois retinrent, pendant trois heures[64], les principales troupes Flamandes malgré leur supériorité numérique, jusqu’à ce que les divisions de Saint-Pol, de Montmorency et de Melun, après avoir dégagé l’extrême droite des Français et détruit tout ce qui leur était opposé, vinssent prêter main forte pour accabler le comte de Flandre, alors exténué et pouvant à peine se tenir debout. L’épuisement de ce dernier était tel que Gilles d’Athies et les deux frères de Mareuil purent le garroter et le prendre vivant. Nombre de chevaliers ennemis subirent le même sort.

En ce moment, Mathilde de Portugal, la duchesse divorcée, jadis femme de Eudes III, qui avait appris la rencontre prochaine des armées, faisait des neuvaines et allait consulter les devins pour connaître le résultat de la bataille. Elle faisait des vœux pour le triomphe de son infortuné parent le comte de Flandre, qui allait succomber sous les coups des chevaliers du duc de Bourgogne[65].

Parmi les événements de cette mémorable journée, il faut signaler l’un des plus brillants faits d’armes de cette époque, un des épisodes les plus fameux de l’âge et des prouesses chevaleresques, dont Gaucher de Châtillon, comte de Saint-Pol, fut le héros. A la tête d’une partie de ses hommes d’élite, le sénéchal de Bourgogne s’élança à fond de train dans la masse profonde de l’armée ennemie, heurtant violemment hommes et chevaux, culbutant tout à droite et à gauche sans s’arrêter, traversant comme un projectile la ligne Flamande par la seule impétuosité du choc ; puis la ligne ennemie traversée, il fit volte-face et chargeant à revers, franchissant de nouveau avec la même violence les masses qu’il venait de rompre, il revint au point de départ. Après un moment de repos, Saint-Pol prit de nouveau son élan, renversant tout sur son passage, heurtant violemment les assaillants du poitrail de son cheval, et grâce à la vigueur de sa monture et à l'invulnérabilité de sa cuirasse, jetant le plus affreux désordre dans le camp des coalisés. Sept à huit fois, à la surprise générale, la même manœuvre fut répétée avec un égal succès, et le sénéchal put rentier sain et sauf dans les rangs de sa division. Dans une de ces sorties, en ramenant ses hommes, il aperçut l’un des chevaliers entouré et poursuivi par douze adversaires, contre lesquels il avait peine à se défendre. Saint-Pol s’élança seul, courbé sur son cheval, rompit le cercle de fer, frappant d’estoc et de taille, parvint à délivrer son compagnon, et malgré les coups de lance dont il fut assailli, put enfin rentrer sous la protection de l’armée française, et ne le porent trebuscher ne lui ne le cheval. Trois heures durant, ces charges terribles furent répétées avec la même violence, jusqu’à ce que le sénéchal, épuisé de fatigues, fût remplacé par les sires de Montmorency, de Beaumont et de Melun[66].

D’autres épisodes, non moins fameux, sont dus à Guillaume des Barres[67]. On aurait peine à croire à de telles actions d’éclat, si l’unanimité des contemporains n’était une certitude de la véracité de ces faits.

Nous n’avons pas à suivre les mouvements de chacun des corps d’armée, ni à raconter toutes les prouesses des Français. Les résultats de cette journée sont connus. Il importait seulement de détacher et de faire la part de la chevalerie Bourguignonne, de signaler la conduite du duc Eudes, dont l’initiative avait si grandement contribué au résultat final de la victoire, de faire ressortir la bravoure invraisemblable de son brillant sénéchal, dont le rôle fut des plus glorieux, et qui put ce jour-là se vanter d’avoir été un bon traître.

Le soir de la bataille, en devisant des faits d’armes et de ces incidents divers, Philippe-Auguste dut le féliciter d’un héroïsme, dont la postérité ne pouvait perdre le souvenir. Le duc de Bourgogne et le roi s’entretinrent ensuite du sort des prisonniers, et en particulier d’Arnoul d’Audenarde, un des valeureux chevaliers Flamands, dont le roi avait cédé l’otage au comte de Soissons : « Pourquoy li dus de Bourgoingne dist sur le soir au roy ; « Sire, à bon droit l’ostagiés-vous ; car, s’il ne fust, vous eussiez plus de deux cents chevaliers eu prison, que vous n’avés pas. » Li roys respondi au duc de Bourgoingne : « ... Ce croje-je bien, mais il n’aima oneques la guerre, et tousjours l’a desloée à son seigneur, ne onques ne volut faire aliance au roy d’Engleterre, quant tout les autres le firent ; et s’il m’a fait damage pour son seigneur loyaument servir, de ce ne lui scay-je nul malgré[68]. »

Des messagers furent envoyés dans toutes les directions pour faire savoir le résultat de cette glorieuse bataille. Manassès de Cusance, écuyer du roi, fut directement expédié à Blanche de Navarre, comtesse de Champagne, qui témoigna une telle joie de la défaite d’Othon, qu’elle accorda en récompense un fief au porteur de cette bonne nouvelle[69].

Le duc de Bourgogne et Philippe-Auguste purent se féliciter des dangers qu’ils avaient couru pendant cette émouvante journée, et auxquels ils avaient eu la bonne fortune de se soustraire. Eudes III ne s’en tirait pas toutefois si heureusement, et ce que ne disent pas les chroniqueurs, une charte nous l’apprend, c’est qu’il avait été blessé et contusionné assez gravement. Sa solide armure avait bien pu le sauver de la mort, mais non le préserver entièrement des coups et des horions, sans compter que la chute de cheval d’un corps aussi pesant avait dû produire une commotion toujours dangereuse. Eudes reprit immédiatement le chemin de la Bourgogne, mais il ne put arriver jusqu’à Dijon ; il fut forcé de s’arrêter à l’abbaye de Fontenay, ubi gravi detinebatur infirmitate. Il y séjourna toute la fin d’août et une partie de septembre 1214. La duchesse Alix était sans doute venue à Montbard, dont le château appartenait depuis quelque temps déjà au domaine ducal. Les religieux de Fontenay, redevables aux ducs de tant de bienfaits et qui comptaient, comme dans tous les monastères, des hommes versés dans l’art de guérir, gardèrent et soignèrent Eudes III jusqu’à son complet rétablissement. Parmi les grands personnages de ses vassaux, qui vinrent lui rendre visite pendant sa maladie, sous les arcades de ce cloître célèbre, dont on peut encore admirer l’architecture, nous ne pouvons citer que Thibaud, comte de Champagne. Par deux chartes, datées de septembre 1214[70], le duc de Bourgogne reconnut qu’il ne pourrait tirer avantage pour l’avenir de l’hommage que Thibaud, comte de Champagne, est venu lui rendre à Fontenay, où il était retenu par une grave infirmité, cet hommage ne lui étant dû qu’à Augustines ou sur les frontières du duché de Bourgogne et du comté de Champagne.

De Fontenay, Thibaud se rendit à Reims, à Châlons- sur-Marne, à Auxerre et à Sens, pour y rendre également ses devoirs féodaux aux prélats de ces différentes villes, pendant que la comtesse Blanche, sa mère, s’installait au château de Saint-Florentin pour les fêtes de la Toussaint[71].

Aussitôt que le duc Eudes fut en convalescence, et se sentit en état de supporter les fatigues du voyage, il se fit transporter à Dijon ; il lui tardait de revoir les magnifiques constructions qui couronnaient la montagne de Talant. Les chanoines de la Sainte-Chapelle de Dijon, qui se croyaient les plus autorisés à veiller à la santé de leur prince, n’avaient peut-être pas vu sans envie les bons soins donnés à sa personne parles religieux de Fontenay et les faveurs qui en pouvaient résulter. A la fin de septembre, le duc était à Dijon, si l’on en juge par les chartes octroyées à ses chanoines. Robert, évêque de Clermont, qui était venu visiter le duc, mit son sceau à l’une de ces pièces[72]. Le nombre des chanoines de la Sainte-Chapelle, dont le nombre s’était rapidement accru, fut limité à vingt. Le duc promit de ne point créer de nouvelles prébendes, sans leur consentement, et de ne jamais aliéner le patronage de la chapelle. Le doyen devait être élu par le chapitre et choisi parmi ses membres. Par un second acte, de même date, Eudes fixait l’institution définitive des personnats soumis, directement et sans intermédiaire, à l’autorité du Saint-Siège. Indépendamment du doyen, qui marchait de pair avec les abbés de la province, il créa quatre personnats, un chancelier, un trésorier, un chantre et un prévôt, ayant tous les émoluments particuliers attachés à leur prébende, et pour lesquels ils devaient foi et hommage au titulaire du duché.

En novembre 1214, Eudes était à Cîteaux, et les religieux eurent recours à ses bonnes dispositions pour en recueillir aussi quelques avantages. Par son intermédiaire, ils réussirent à aplanir les difficultés qui s’étaient élevées entre eux et les riverains pour la dérivation des eaux du Sanfond, à Saulon[73], dérivation qui nécessita de nombreux travaux.

 

 

 



[1] Petite chronique de S.-Bénigne, Pertz, Monumenta Germaniœ, Script, t. V, p. 48.

[2] A. Duchesne, Maison de Vergy, pr. p. 161.

[3] Puis André, comte d’Albon, avait divorcé, dès 1211, ecclesie judicio, avec Mario de Claustrai. Humbert, abbé de Romans, avait inutilement essayé de les réconcilier, en leur faisant signer à la porte de l’église d’Albon un traité solennel, qui ne tarda pas à être rompu (Valbonnais, Histoire du Dauphiné, t. I, p. 17).

[4] Philippide, IX, vers 199.

[5] Rigord, chronique 169, p. 249, édit. Delaborde.

[6] Arch. de la Côte-d’Or, cartul. de Cîteaux, n° 157, fol. 5 v°.

[7] Bibl. nat., Liber principum, Ve Colbert, n° 56, fol. 177 r°.

[8] Rigord, chronique 169 ; Philippide, chap. IX, vers 239.

[9] Philippide, IX, vers 351.

[10] Rigord, chronique 169 ; Philippide, IX, vers 351.

[11] Chronique 170, p. 252 ; Philippide, IX, vers 691, édit. Delaborde.

[12] Philippide, IX, vers 442.

[13] Philippide, IX, vers 494 et suiv. — Dans les chroniques contemporaines que nous citons, on appelle le duc de Bourgogne, Odo Burgundicus, Odo Allobrogus, Allobrogorum dux, Burgundicus dux.

[14] Rigord et Guillaume le Breton, t. I, p. 252, éd. Delaborde.

[15] Chronique 169, 170, p. 252 ; Philippide, IX, vers 550.

[16] Chronique 181, p. 267 ; Philippide, IX, vers 709.

[17] Juillet 1213, Paris, L. Delisle ; Catalogue des actes de Philippe-Auguste, n° 1456.

[18] Chantereau-Lefebvre ; Traité des fiefs, t. II, pp. 48-49.

[19] Petite chronique de S.-Bénigne, Pertz, Monum. German. historica, Script., t. V, p. 48.

[20] Eudes fait en octobre un accord entre les religieux de Fontenay et Gui de Dampierre.

[21] En novembre, Eudes ratifie à Cluny une cession faite aux religieux par Béatrix, comtesse de Chalon.

[22] L’archevêque de Lyon et celui de Vienne accompagnèrent Eudes III et arrivèrent ensemble à Romans (Petri Vallium Sarnaii monachi chronique, Recueil des historiens de France, t. XIX, p. 90 E).

[23] Petri Vallium Sarnaii monachi chronique, Recueil des historiens de France, t. XIX, p. 90 E, 91 A.

[24] Petri Vall. Sarnaii Chronique, loc. cit. ; Histoire du Languedoc, t. III, pp. 255, 256 ; Chorier, Histoire du Dauphiné, t. II, pp. 93, 99.

[25] Cette date s’impose par l’indication des chartes d’Eudes III et par celles de Simon de Montfort (v. A. Molinier, Catalogue des actes de Simon de Montfort, Bibl. de l’école des chartes, t. 34, pp. 468-469 ; du Languedoc, t. III, p. 235.

[26] Petri Vallium Sarnaii monachi chronique, Recueil des historiens de France, t. XIX, p. 90 E, 91 A.

[27] Histoire du Languedoc, t. III, p. 262.

[28] C’est en 1223 qu'André dauphin fut condamné par sentence arbitrale à rendre ces 20.000 sols à Aymar de Poitiers. Voir U. Chevalier, Itinéraires des dauphins de Viennois, p. 4.

[29] Chartes communales de Dijon, de Beaune.

[30] Guillelm. Armor., Recueil des historiens de France, t. XVII, p. 94, B. C.

[31] Chroniques Belges, de Smet, t. III, p. 648.

[32] Guill. Brit., Philippide, l. v., vers 671 à 681.

[33] Istore et chronique de Flandre, éd. Kervyn de Lettenhove, t. I, p. 117. — La conduite de Gaucher de Châtillon, comte de Saint-Pol, fut telle à Bouvines que les calomniateurs n’eurent garde d’insister. — M. Henri Delpech donne une cause possible de cette suspicion, dans sa Tactique militaire, t. I, p. 78, ouvrage auquel nous avons recours pour cette bataille, en faisant quelques restrictions sur certains points.

[34] Recueil des historiens de France, Philippide, p. 254, vers 681 ; Guill. Armor., p. 94 C ; Chronique de Flandre, éd. Kervyn de Lettenhove, t. I, p. 117.

[35] Recueil des historiens de France, chronique de S. Denys, t. XVII, p. 406 B ; Guill. Armor., 95 A ; Philippide, vers 799 ; Guillaume de Nangis, t. XX, p. 757 B.

[36] Chronique Belges, p. 144 des chroniques de Flandre.

[37] Recueil des historiens de France, généalogie des comtes de Flandre, t. XVIII, p. 566 B.

[38] Recueil des historiens de France, Math. Paris, p. 716 A ; Guill. Armor. 95 B.

[39] Voir les cartes et plans de la bataille et des manœuvres dans la Tactique militaire, de M. Henri Delpech.

[40] Recueil des historiens de France, Guill. Armor., p. 94 D ; Idem, Philippide, p. 255, vers 735, 739 ; Idem, t. XVIII, p. 566, B. C.

[41] Recueil des historiens de France, Guill. Armor., p. 94 D.

[42] Guill. Armor., 94 E ; chronique de S. Denys, 406 A ; Alber. de Trois-Font., p. 900.

[43] Recueil des historiens de France, t. XVIII, p. 566 D.

[44] Bibl. nat., fonds Français, ms., 2799, fol. 51 v°.

[45] Istore et chronique de Flandre, dans les Chroniques Belges, p. 117 ; J. Iperii, Recueil des historiens de France, t. XVIII, p. 605 E. — Chronique de Mousket, vers 21585 à 21593).

[46] Philippide, vers 814 ; chronique de S. Denys, 406 B ; Guill. Armor, 94 E.

[47] Istore et chronique de Flandre, dans les Chroniques Belges, p. 117.

[48] Guill. Armor., 95 A ; chronique de S. Denys, 406 B. G ; Philippide, vers 820 ; Mousket, vers 21657 ; I. Iperii, p. 605 E, Recueil des historiens de France, t. XVIII.

[49] Istore et chronique de Flandre, dans les Chroniques Belges, p. 117.

[50] Ce Girard La Truie était non un chevalier wallon, comme le dit M. Henri Delpech, Tactique militaire, t. I, p. 96, mais un Bourguignon, comme nous l’affirme M. Bernard Prost, qui a rencontré son nom dans d’autres documents sur notre province. Il est naturel d’ailleurs de supposer que le duc de Bourgogne dut envoyer au roi un des chevaliers de son entourage, et qu'il avait sous la main au moment où l’action s’engagea.

[51] Istore et chronique de Flandre, dans les Chroniques Belges, p. 117.

[52] C’est cette abbaye de Chisoing dans laquelle Philippe-Auguste avait d’abord fait enfermer l’infortunée Ingeburge.

[53] Voir les cartes de M. Henri Delpech, dans la Tactique militaire.

[54] Istore et chronique de Flandre, dans les Chroniques belges, p. 117 ; Guill. Armor., p. 95 A.

[55] Guill. Armor., p. 95 A.

[56] Guill. Armor., p. 95 D.

[57] Voir les cartes de Delpech, Tactique militaire, et les détails sur les différents corps d’armée, détails qui ne rentrent pas dans notre sujet.

[58] Philippide, livre XI, vers 53 et 155.

[59] Guillel. Armor., 96 B ; chronique de S. Denys, 407 E.

[60] Philippide, v. 84.

[61] Guillel. Armor., 96 et 97 ; chronique de S. Denys, 408.

[62] Recueil des historiens de France, t. XVII, 408 G, chronique de S. Denys.

[63] V. Guill. Armor., 95 c ; Philippide, livre XI, v. 175.

[64] Guill. Armor, id. 97 B.

[65] Philippide, livre I, vers 546.

[66] Voir Guillel. Armor., id., p. 96 ; Guill. le Breton, Philippide, l. V. vers 209. G. Guiart, vers 6824, 6828.

[67] M. Henri Delpech, Tactique militaire, tire de cet exemple une preuve pour établir que c'était alors un système de combat. Ces conclusions sont discutables.

[68] Istore et chronique de Flandre, Chroniques belges, p. 120.

[69] Feoda Campaniæ, fol. 32 r°, v. d’Arbois de Jubainville, Histoire des comtes et ducs de Champagne, t. II, p. 17.

[70] Archives nationales. Trésor des chartes, J. 198 ; et Bibl. nation., liber principum, Ve Colbert, n° 56, fol. 178 r° et v°.

[71] Bibl. d’Auxerre, cartul. de Saint-Germain (XIIIe s.), fol. 74 v°.

[72] Orig. Arch. de la Côte-d’Or, fonds de la Sainte-Chapelle, liasse 4, et cartul. de la Sainte-Chapelle, n° 39.

[73] Arch. delà Côte-d'Or, cartul. de Cîteaux, n° 167, t. II, art. Solon.