HISTOIRE DES DUCS DE BOURGOGNE DE LA RACE CAPÉTIENNE

TOME TROISIÈME

 

CHAPITRE XXIV. — EUDES III (suite) - 1209-1215.

 

 

CROISADE DES ALBIGEOIS.

Les moines Cisterciens premiers instruments de cette guerre à l’instigation du pape Innocent III. — Influence d’Arnaud-Amauri, abbé de Cîteaux. — Lettre de Philippe- Auguste au duc de Bourgogne. — Menées des Cisterciens pour déterminer Eudes III à prendre part à cette croisade. — Réunion de Villeneuve-sur-Yonne. — Parlement tenu à Compiègne. — Seigneurs qui y prennent la croix. — Préparatifs de départ et itinéraire du duc de Bourgogne avec l’abbé de Cîteaux. — Horribles massacres de Béziers. — Le duc traite avec les habitants de Narbonne. — Episodes de Carcassonne. — Eudes III refuse la souveraineté des provinces conquises. — Nomination de Simon de Montfort. — Eudes III au siège de Cabaret. — Le duc revient en Bourgogne. — Causes qui déterminent la construction de la forteresse et du château de Talant. — Sacrifices que s’impose le duc pour activer les travaux, —- Privilèges et franchises accordés pour attirer la population à Talant. — Dettes contractées par le duc pour subvenir à ses dépenses. — Charte de commune accordée aux habitants d’Embrun par Eudes et par son frère André, comte d'Albon. — Affranchissement de Nuits-sous-Beaune, de la rue de Chaumont, à Châtillon-sur-Seine, de Rouvres.

 

La croisade contre les Albigeois n’est pas comptée au nombre des expéditions militaires les plus glorieuses dont le Moyen Age nous ait légué le souvenir ; elle ne fait honneur ni au pape qui dirigea l’entreprise, ni à ceux qui obéirent trop servilement à ses ordres. Les provinces du Midi étaient riches, calmes, animées d’un esprit pacifique ; on voulut forcer les princes de ces contrées à sévir contre les sectes hérétiques, qui existaient depuis un siècle sans troubler la paix publique ; ils s’y refusèrent. On excita les passions étroites et haineuses de la noblesse du nord et du centre de la France ; le pape proposa, contre les Méridionaux, une croisade qui fut accueillie avec enthousiasme par les hommes de guerre et d’église de ces régions, dominés par un sentiment d’envieuse haine contre la riche civilisation aquitaine et provençale. Les évêques et les barons se coalisèrent, établirent les conditions d’une vaste entreprise, qui avait pour but l’extermination générale des hérétiques et de leurs défenseurs.

Depuis son avènement au trône pontifical, Innocent III avait vainement tenté d’étouffer l’hérésie par les seules forces du catholicisme. Les moines blancs, les moines de Cîteaux, prédicateurs ordinaires de la croisade, furent les premiers instruments dont il se servit, et ce n’est pas sans une profonde tristesse que l’on voit les successeurs de saint Robert, de saint Bernard, et de tant d’autres illustres personnages bourguignons, devenir les apôtres de ces abominables, de ces monstrueuses exécutions. N’est-il pas étrange que tant de violences aient été exercées au nom d’une religion dont le fondateur n’avait donné que des exemples de paix et de résignation ! Innocent III avait délégué, dans les diocèses du midi de la France, les deux moines cisterciens Gui et Regnier, avec mission de poursuivre et d’extirper l’hérésie par tous moyens : « Nous enjoignons à tous princes, comtes et seigneurs de vos provinces d’assister nos envoyés, de bannir ceux que le frère Régnier aura excommuniés, de confisquer leurs biens, et d’user envers eux de la plus grande rigueur, s’ils persistent à rester dans le pays après l’excommunication[1] ».

L’influence des deux moines n’ayant pas été suffisante pour soulever les populations, et produire le mouvement qu’il en attendait, le pape, vers la fin de 1203, nomma deux nouveaux légats également cisterciens, Raoul et Pierre de Castelnau, investis de pouvoirs encore plus étendus. Mais malgré la vigueur qu’ils déployèrent, malgré la déposition des prélats tièdes ou hostiles à des mesures de répression violente, ils ne purent réussir à mettre les peuples en armes ; le pape envoya, pour stimuler et diriger leur zèle, le chef de l’ordre de Cîteaux lui-même, l’abbé des abbés, que la férocité de ses exécutions devait rendre sinistrement célèbre.

Arnaud Amauri, issu de l’antique famille des ducs de Narbonne, avait été successivement abbé de Poblet en Catalogne, puis de Grandselve, au diocèse de Toulouse. Appelé à la direction de l’ordre et de l’abbaye de Cîteaux, en 1201, il se signala par un zèle excessif pour les intérêts de son église, et commença parfaire une nouvelle collection complète des statuts cisterciens. Son activité était une recommandation, qui lui valut les faveurs du pape et les hautes fonctions dont il fut investi.

Pendant quelque temps Arnaud Amauri s’efforça de combattre l’hérésie, en convoquant ses adversaires à des débats, à des colloques, à des controverses, auxquels assistait un immense concours de peuple. Ces moyens ne lui réussirent pas. Il appela alors à son aide douze abbés de l’ordre de Cîteaux, qui allèrent dans tout le Midi prêcher la guerre contre les ennemis de la foi. Cette première campagne, qui allait se continuer par d’autres armes que la parole, se termina par l’excommunication de Raimond, comte de Toulouse, sous prétexte qu’il ne voulait pas exterminer ses sujets. La sentence lut ratifiée par une bulle du 29 mai 1207[2].

Moins de cinq mois après, le 17 novembre, Innocent III écrivait au duc de Bourgogne, au roi Philippe-Auguste et aux principaux barons de France[3], pour les engager à prendre part à cette croisade ; il leur offrait, comme récompense temporelle la possession de tous les biens des hérétiques, et comme espérance spirituelle les mômes indulgences plénières que celles dont bénéficiaient les croisés de la Terre-Sainte[4].

Le meurtre du légat Pierre de Castelnau, tué à la suite d’une querelle avec un gentilhomme des officiers du comte de Toulouse, mit l’irascibilité du pape à la plus rude épreuve. Le cri de vengeance qu’il poussa retentit dans l’Europe entière. Les nombreuses lettres, qu’il envoya de toutes parts, contiennent les plus dangereuses maximes et les doctrines les plus regrettables qui soient jamais émanées de l’autorité du Saint- Siège : « La foi ne doit point être gardée à qui ne la « garde pas envers Dieu. Exterminez l’impiété par « tous les moyens ; faites aux hérétiques plus rude guerre qu’aux Sarrasins, car ils sont pires, etc. » Bientôt des milliers de moines, sortis des innombrables monastères cisterciens s’élancèrent, sur l’ordre de l’abbé Arnaud, et se répandirent dans toutes nos contrées pour soulever les populations contre la gent empestée de la Provence. Innocent III, s’adressant aux archevêques et aux évêques de France, leur faisait les mêmes recommandations qu’à l’abbé de Cîteaux, et les exhortait à agir surtout sur les nobles du duc de Bourgogne, du comte de Nevers et du comte de Saint-Pol[5]. Ses volontés ne furent que trop bien exécutées.

Au mois de mai 1208, le roi Philippe-Auguste écrivait de Chinon à Eudes III et à Hervé, comte de Nevers, pour leur dire que deux fois l’abbé Arnaud était venu le trouver en personne, qu’il lui avait de nouveau envoyé récemment le cellérier de Cîteaux[6] à Chinon, pour le prévenir du désir que le duc de Bourgogne et le comte de Nevers avaient manifesté de prendre part à cette croisade. Le cellérier avait en outre assuré au roi que cinq cents chevaliers bourguignons étaient prêts à se mettre en marche, mais que le duc ne voulait rien entreprendre sans l’assentiment royal. Après en avoir délibéré avec le comte de Boulogne et Gui de Dampierre, Philippe-Auguste annonce à Eudes III et à Hervé qu’il leur envoie son panne- tier Simon, auquel ils pourront directement faire part de leurs sentiments à cet égard, et que, quant à lui, il n’a pas l’intention de s’opposer à leurs projets[7].

Cette lettre trahit seulement les menées et les agissements des religieux qui voulaient conduire cette campagne ; elle prouve les moyens que l’on employait auprès des uns et des autres pour en obtenir une intervention armée et efficace ; sous ce rapport, elle est curieuse. Mais on peut affirmer que si le duc de Bourgogne ne sut pas se soustraire au réseau des sollicitations intéressées dont il était entouré, il entreprit cette expédition sans aucun enthousiasme et presque à contre cœur. Le pape craignant que l’abbé Arnaud ne pût suffire à la multiple besogne qu’il lui traçait, et aux voyages dans les différentes contrées, lui adjoignit son propre notaire Milon, qu’il nomma légat a latere ; lui prescrivant de suivre en tout point les avis de l’abbé de Cîteaux. Milon n’alla pas immédiatement en Provence, il vint d’abord rejoindre l’abbé Arnaud à Auxerre[8], et tous deux prirent ensuite le chemin de Villeneuve-sur-Yonne, où une grande réunion avait été organisée sous la direction de Philippe-Auguste, à la date du 1er mai 1209[9]. Là, se trouvaient Eudes, duc de Bourgogne ; Hervé, comte de Ne vers ; Gaucher de Châtillon, comte de Saint-Pol, et nombre d’autres barons. Les légats remirent au roi les lettres du souverain pontife, lui mandant d’aller, soit en personne, soit de se faire représenter par son fils Louis, pour porter secours à l’église menacée dans sa foi. Philippe-Auguste répondit aux envoyés qu’il avait à ses flancs deux lions redoutables, l’empereur Othon et Jean, roi d’Angleterre, qui troublaient tous deux son royaume, et qu’il ne pouvait songer à d’autres affaires.

Les avantages temporels et spirituels promis aux croisés déterminèrent surtout bon nombre de chevaliers : « Si grand fut le nombre qui se croisa, que nul ne le sauroit estimer ni dénombrer. » Aux fêtes de la Pentecôte, le 17 mai 1209, un parlement fut tenu à Compiègne. Louis, fils du roi, y reçut les insignes de la chevalerie de la main de son père. Aux cérémonies qui suivirent, le duc de Bourgogne, le comte de Ne- vers, Pierre de Corbeil, archevêque de Sens, Gauthier, évêque d’Autun, portèrent la croix sur la poitrine[10]. Citons encore parmi les autres croisés Pierre de Courtenay, comte d’Auxerre, Guillaume, évêque de Nevers, Guigues, comte de Forez[11], Mile, comte de Bar-sur-Seine[12], Gaucher, comte de Joigny[13], Gui IV, seigneur de Saulx, Mile de Vergy[14], André, seigneur de Rougemont-sur-Armançon[15], Etienne III, comte d’Auxonne et Jean, son fils, comte de Chalon[16], Hugues, seigneur de Lormes et de Château-Chinon[17].

De Compiègne, le duc Eudes III revint en Bourgogne par Troyes, Clairvaux, l’abbaye de Quincy. Les premiers jours de juin, il était à Fontenay, fit ensuite une tournée dans l’Autunois, pour réunir ses féodaux et trouver des finances. Nous savons que les religieux de Saint-Martin-d’Autun lui avaient prêté de l’argent, en juin 1209 et qu’il avait en outre aliéné à leur profit divers fiefs de l’Avallonnais, pour subvenir aux frais de cette expédition.

Rentré à Dijon dans le courant du même mois, le duc de Bourgogne laissa partir les principaux corps d’armée Français, Champenois, Normands, qui se dirigeaient sur Lyon vers la Saint-Jean-Baptiste[18], et était encore ce jour-là, le 24 juin, à l’abbaye de Tart[19], d’où il gagna Cîteaux, en compagnie de la duchesse : il y déclara que partant en guerre contre les hérétiques, pour la défense de la foi catholique, il voulait veiller à la défense des intérêts du monastère et qu'il abandonnait aux religieux une partie de la forêt de Fesc, dont il prit soin de déterminer les limites. Il investit de ce don l’abbé Arnaud, en prêtant serment sur le livre de Saint-Benoît[20]. La duchesse Alix approuva en même temps la donation et délivra un acte de confirmation distinct de celui de son mari.

Les derniers jours de juin, Eudes III s’arrêta à Chalon-sur-Saône pour donner ratification des privilèges accordés par son père à l’église de cette ville[21]. La duchesse y passa un accord avec l’évêque de Chalon, qui avait également pris la croix, et régla les conventions suivant les éventualités et dans le cas où son marine reviendrait pas sain et sauf de cette expédition[22]. Un titre de Cluny signale aussi le passage et la dernière étape du duc de Bourgogne dans ses états, lorsqu’il donne aux religieux confirmation de leurs privilèges, et lorsqu’il leur vend ses hommes de Fleurey-sur-Ouche avec tout ce qu’ils possédaient[23].

D’après ce qui précède, on voit que l’abbé de Cîteaux partit en même temps qu’Eudes III, dont le zèle avait besoin d’être stimulé, et que les troupes bourguignonnes ne purent passer à Lyon que dans les premiers jours de juillet.

L’impatience d’innocent III était extrême, car dans le moment même où les troupes étaient parvenues sur le théâtre d’action, il pressait ses légats pour l’exécution de ses ordres, s’adressait à tous les fidèles qui s’étaient croisés, pour les inviter à faire des sacrifices pécuniaires, les engageant à mettre leurs revenus d’une année au moins à la disposition d’Arnaud et de Milon, pour les employer dans l’intérêt de la défense de la foi (26 juillet 1209)[24].

La grande armée des croisés, après avoir descendu le Rhône jusqu’à Avignon, passa le fleuve, arriva à Montpellier, puis à Béziers : « Là eut lieu le plus grand massacre que jamais on eut fait dans tout le monde ; car on n’épargna ni vieux ni jeunes, pas même les enfants à la mamelle. » On a contesté l’ordre barbare donné en cette circonstance par l’abbé de Cîteaux, lorsqu’on lui demanda comment il fallait se comporter avec les hérétiques : « Tuez-les tous, Dieu connaîtra les siens ! » Nous voudrions, pour l’honneur des cisterciens bourguignons, que le fait fût inexact, mais on est obligé de reconnaître que ces paroles sont rapportées dans les mêmes termes par un contemporain, moine de Cîteaux lui-même : Cædite eos, novit enim Dominus qui sunt ejus[25]. L’abbé Arnaud agissait d’après les instructions inexorables et impératives d’innocent III ; la responsabilité de ces monstrueux attentats doit remonter jusqu’au souverain pontife. Suivant la relation envoyée au pape par l’abbé de Cîteaux, vingt mille hérétiques furent anéantis à Béziers, et en moins de dix heures, la ville ne présenta qu’un amas de ruines.

Dans un traité passé dans le même mois de juillet, l’archevêque, le vicomte, l’abbé de Saint-Paul et les principaux habitants de Narbonne, firent serment entre les mains des légats et des chefs de l’armée, de désigner au duc de Bourgogne et au comte de Ne- vers ceux qui étaient suspects d’hérésie, afin qu’ils pussent en disposer suivant les ordres de l’église, et d’après le conseil des prélats qui étaient dans le camp. Ils s’engagèrent à leur remettre les biens des juifs de Béziers, à condition que ces princes se chargeraient de la défense de Narbonne, et promirent de livrer les forteresses qu’ils avaient dans la ville, dans le diocèse et dans la vicomté de Narbonne. De leur côté, le duc Eudes III et le comte Hervé, avec l’assentiment de leurs barons, firent serment de protéger et de garder fidèlement les habitants de Narbonne avec tous leurs biens, et de leur rendre à leur retour en France les forteresses qui leur seraient livrées[26].

Epouvanté par les lugubres exécutions de Béziers, qui répugnaient à son caractère, le duc de Bourgogne se dirigea sur Carcassonne avec les croisés, et y arriva le 1 er août. Les épisodes de ce siège n’ont pas laissé des souvenirs plus édifiants. Le légat Arnaud attira dans le camp le vicomte de Béziers, qui défendait la ville, et appliquant la dangereuse maxime d’innocent III : « on ne doit point garder la foi à ce- « lui qui ne la garde pas envers Dieu, » le retint prisonnier, malgré la promesse formelle qui lui avait été faite de le recevoir en parlementaire, et de lui laisser ensuite la faculté de se retirer. Cet acte déloyal eut lieu malgré l’opposition du haut baronnage, la garde des prisonniers fut même confiée aux chevaliers Bourguignons, et la conférence se tint sous les tentes de Pierre de Courtenay, comte d’Auxerre. La ville de Carcassonne, privée de son défenseur, fut forcée de se rendre (15 août 1209). Mais le duc Eudes III s’opposa fermement à ce que l’on fit un aussi cruel et un aussi horrible carnage qu’à Béziers : « car, disait-il, s’il nous arrive comme à Béziers de raser la cité de fond en comble, que restera-t-il à ceux qui deviendront seigneurs et maîtres de ce territoire ? Il vaut mieux traiter en épargnant les maisons et les richesses de la ville. »

On a un acte daté de Carcassonne et délivré par Hugues Bojon, chanoine de Vergy. Il déclare qu’étant à l’extrémité à Carcassonne, il gratifie les religieux de Cîteaux d’une rente de deux muids de vin. La donation eut lieu dans la main de Robert, cellérier de Cîteaux, en présence de Gui, seigneur de Saulx et de Mile de Vergy[27].

Les barons tinrent ensuite conseil, pour savoir ce qu’ils feraient de leurs conquêtes. La souveraineté fut offerte successivement au duc de Bourgogne, à Pierre de Courtenay, comte d'Auxerre et à Hervé de Donzy, comte de Nevers, son gendre[28]. Tous refusèrent. Suivant une chronique provençale[29], le duc de Bourgogne répondit au légat Arnaud, qui lui offrait la vicomté de Béziers : « J’ai assez de terres et de seigneuries sans prendre celle-là et sans déshonorer le vicomte, car on lui a fait déjà assez de mal sans le priver de son héritage. »

Il fallut de nouveaux pourparlers pour trouver un baron, qui consentît à accepter la souveraineté d’une telle conquête, tant inspirait de répugnance la confiscation des domaines après une si étrange expédition. On nomma des arbitres pour désigner ce chef ; Simon, comte de Montfort, fut élu. L’abbé de Cîteaux, le duc de Bourgogne et le comte de Nevers vinrent le trouver pour lui annoncer cette nouvelle, et il parut n’accepter que sur leurs instances. On pourrait cependant douter de la sincérité de sa résistance, à en juger par l’empressement qu’il mit à en témoigner sa reconnaissance à l’abbé Arnaud, ainsi qu’aux religieux de Cîteaux, qu’il gratifia de divers domaines et de maisons confisquées sur les hérétiques (août 1209)[30].

Le comte de Montfort fut mis en possession de Béziers, Carcassonne, etc., et se fit prêter serment de féauté par les habitants qui avaient survécu ; il s’obligea à payer un tribut annuel à la cour de Rome. Mais prévoyant qu’il ne pourrait garder ces domaines, s’il n’était vigoureusement appuyé, il supplia le duc de Bourgogne et le comte de Nevers de rester encore pour la défense du Christ. L’abbé de Cîteaux joignit ses prières aux siennes, mais ne put rien changer de la détermination du comte de Nevers. Eudes III seul voulut bien consentir à demeurer encore quelque temps après le départ d’Hervé, avec lequel il était sérieusement brouillé. L’inimitié était même devenue si vive, qu’on craignait chaque jour qu’ils n’en vinssent aux mains[31].

On prit encore quelques forteresses. Le duc de Bourgogne fut d’avis d’entreprendre le siège de Cabaret, château-fort situé dans les montagnes du diocèse de Carcassonne, à trois lieues de cette ville. Les croisés s’y dirigèrent et campèrent à une demi-lieue de là ; le lendemain l’assaut fut tenté, mais les assaillants furent repoussés avec une telle vigueur que jugeant l’entreprise impraticable, ils décampèrent[32].

Trois jours après, Eudes III reprit la route de ses états ; il lui tardait de quitter ces lieux souillés de tant de sang. Les princes et les barons croisés, qui ne s’étaient engagés pour la plupart que pour une campagne de quarante jours, se crurent plus que quittes de leur serment, estimant que le but de l’expédition était à peu près atteint. Ils se retirèrent avec leurs hommes, abandonnant le comte de Montfort à ses propres forces, et le laissant à la merci de ses nouveaux vassaux.

L’établissement de la commune de Dijon, en créant une source de revenus pour les titulaires du duché, n’était pas sans leur causer beaucoup d’ennuis. Les libertés accordées aux habitants étaient autant de restrictions aux droits du concessionnaire, qui n’était plus maître chez lui, depuis que le mayeur pouvait sans obstacle pénétrer dans l’hôtel ducal et y faire acte de justice.

Les nombreux ecclésiastiques qui occupaient la ville, indépendants de l’autorité temporelle, n’obéissaient qu’aux injonctions de l’évêque de Langres, avec lequel le duc de Bourgogne n’était pas souvent d’accord. Lors de l’interdiction de Dijon, les gens d’église avaient quelque peu excité la population contre les auteurs de l’excommunication qui les frappait. En 1207, Eudes III ayant voulu affranchir les hommes de Châtillon, qu’il possédait en commun avec l’évêque, avait de nouveau encouru la colère du prélat, qui avait prétendu recevoir de ce chef un grave préjudice, et qui avait jeté l’interdit sur tous ceux qui faisaient partie de cette commune. Le duc fut forcé de faire des excuses, et de se soumettre au jugement de la justice de l’évêque, relativement à l’établissement de cette commune[33].

Pour échapper à toute contrainte et à une espèce de tutelle, qui n’était pas sans humiliation pour un souverain, jaloux de sa prépondérance et de son autorité, Eudes III résolut de s’approprier la montagne de Talant, dont la position militaire, parfaitement isolée, dominait Dijon, et lui permettrait de tenir en respect les bourgeois, s’ils avaient jamais la pensée malencontreuse de lui résister. Là, dans une forteresse inattaquable, il mettrait à l’abri son trésor et ses archives, sans craindre la révolte de ses sujets et l’insubordination de ses barons. Peut-être ne dévoila-t-il pas tout entier le mobile politique qui le déterminait ? Il put alléguer pour prétexte le besoin de défendre et de protéger la ville et les riches établissements monastiques qu’elle renfermait, si l’on était jamais attaqué par des forces étrangères.

« Au commencement du XIIIe siècle, dit M. Garnier, dans une excellente monographie sur le château de Talant[34], la montagne pittoresque qui borne au couchant l’horizon de notre ville, et que nous voyons aujourd’hui couronnée d’un beau village, n’était encore qu’un lieu stérile, inculte, je dirai plus, maudit. En effet, suivant les croyances populaires, des fées hantaient les nombreuses cavernes creusées dans sa base, et quand venait l’heure de minuit, on les voyait, disait-on, danser autour de la Roche fendue, ou bien se baigner dans la fontaine, qui a conservé leur nom. »

La montagne de Talant formait une des limites des vastes domaines des religieux de Saint-Bénigne. Dès 1208, Eudes III leur proposa d’échanger le plateau du mont, qui n’était occupé que par une vieille chapelle et quelques masures, contre une somme de mille livres dijonnaises et le droit de gîte auquel il avait droit à Saint-Apollinaire[35]. Mais les religieux, abusant de Tardent désir que le duc manifestait pour la prompte solution de cette affaire, mirent de dures conditions à leur acquiescement, et lui firent payer fort cher cet abandon. Ils exigèrent la fondation à Talant d’un prieuré relevant de l’abbaye, chargé de la directe des lieux saints, et bénéficiant du revenu des fours. Le chapelain aurait droit aux oblations présentées à sa messe pendant le séjour du duc et de la duchesse, et dans ce cas, les religieux seraient dédommagés par une portion entière de pain, de vin et de cuisine, provenant de la table ducale. En outre les religieux se réservaient quatre familles, avec leur meix, francs, libres et exempts de tailles, impositions, droits de marché, jouissant en un mot des mêmes privilèges que les autres habitants. On ne pourrait établir d’autres monastères et y amener d’autres religieux que ceux qui seraient désignés par l'abbé de Saint- Bénigne. Afin d’adoucir la rigueur de ces prétentions, l’abbé et les moines s’engagèrent à célébrer chaque jour, pendant la vie du duc, une messe du Saint-Esprit, et après sa mort, une messe des trépassés, également quotidienne[36].

Dans l’impatience de mettre ses projets à exécution, Eudes III confirma et ratifia toutes ces exigences, et ordonna immédiatement des travaux considérables. Sur la partie la plus élevée du plateau, qui domine la vallée d’Ouche, il fit élever le château proprement dit, vaste bâtiment ayant vingt-deux toises de long sur cinq de large, comprenant un rez-de-chaussée, un premier étage et des combles, le tout recouvert de tuiles noires et blanches. Aux deux extrémités, s’élevaient des tourelles demi-rondes. Celle de l’ouest, dite Tour du Trésor, était destinée à recevoir ce qui restait de l’ancien chartrier ducal épargné par les incendies ; l’autre nommée Tour des Armures ou de l’Archerie était réservée pour les engins de guerre et les approvisionnements militaires. On traça en même temps le circuit des murailles, qui devaient entourer la place forte ; l’enceinte fut protégée par un large fossé creusé dans la roche, ayant pour contrescarpe la pente naturelle et presque à pic de la montagne. Deux portes seulement, protégées par des travaux d’approche donnaient accès dans l’intérieur de la place, à l’est la porte d’Amont ou Dijonnaise, percée entre deux tours rondes ; au nord-ouest s’ouvrait dans la tour des Arbalétriers la seule entrée possible pour les voitures. Une terrasse pratiquée sur la muraille, que couronnait un rempart crénelé, permettait de circuler tout autour de la place. Ce cercle de pierre reliait trente- trois tours, plus élevées que les murs et terminées par des toits coniques[37]. L’ensemble de ces constructions était d’un aspect imposant et merveilleux, et M. Garnier en a fait reproduire le curieux dessin d’après un thibériade du cours de la rivière d’Ouche, conservé aux archives municipales de Dijon, ainsi que le plan par terre des murailles, des édifices et des rues[38].

Le château de Talant, créé dans un but purement politique, et sous l’influence des difficultés de l’époque, fut pendant les quatre siècles de son existence étroitement lié aux événements de la province et à l’histoire de nos ducs. Ce fut véritablement la Bastille de la Bourgogne. La situation redoutable et exceptionnelle de cette forteresse était une garantie suffisante contre les entreprises de la noblesse et du clergé, en même temps qu’elle était une menace pour le peuple et les bourgeois de Dijon, qui auraient été tentés d’abuser des privilèges dont ils étaient investis.

Les travaux, commencés sur divers points, en 1208, lurent conduits avec une très grande activité ; Eudes III mit un tel empressement à en accélérer l’exécution, que, moins de cinq ans après, au mois d’août 1213, au retour d’une chevauchée en Flandre, il put s’y installer solennellement, y sceller un des actes importants de son règne[39], et y recevoir et héberger ses grands officiers, Gaucher de Châtillon, comte de Saint-Pol, sénéchal ; Ponce de Frolois, connétable ; Gervais Chauchard, chambellan, etc. Ce fut doné à Talant mon chastial, comme il le dit fièrement. On voit que le duc se sentait maître chez lui.

Où la pensée et la préoccupation du duc se laissent deviner, c’est dans le soin qu’il prit tout d’abord et avant l’achèvement des travaux, à la défense de la forteresse : « L’enceinte terminée, dit Garnier[40], il fallut pourvoir à sa défense ; pour cela, Eudes, fidèle aux principes qui le dirigèrent toute sa vie, résolut d’en faire le recept, l’oppidum, comme il le dit lui-même, de tous les serfs qui fuyaient l’oppression. Il en ouvrit les portes, et n’exceptant que les malfaiteurs, il accueillit tous ceux qui venaient à lui ; tous, et surtout les paysans, rustici, auxquels la nature de leurs travaux interdisait le séjour des grandes communes, et qui, délaissant un pécule péniblement amassé, vinrent bientôt là où ils trouvaient le travail affranchi de toute entrave, et par-dessus tout, la liberté.

« Pour loger ces colons, le duc découpa le reste du plateau en rues, et le leur abandonna moyennant un droit de dix sols par perche de large de terrain occupé. »

Cette habile et intelligente mesure eut un effet immédiat. Les constructions étaient à peine terminées, que déjà l’enceinte était à peu près habitée, et que les populations des pays voisins, sûres de l’inviolabilité du droit d'attrait, proclamée dans les chartes ducales, accoururent augmenter le nombre des habitants. L’abbaye de Saint-Bénigne fut la première à en ressentir le contre-coup, et n’eut pas à se féliciter d’une concession pour laquelle elle s’était montrée si exigeante.

A ces nouveaux colons, attirés par l’espoir de l’indépendance, il fallait plus que des promesses, il leur fallait des garanties de privilèges, leur permettant d’exercer librement une industrie, de se créer des ressources sur cette montagne aride. Eudes III leur accorda tous ces avantages, et par des immunités exceptionnelles, de novembre 1216[41], les fixa définitivement à Talant. Les travaux et les constructions avaient marché avec une rapidité disproportionnée avec les ressources pécuniaires dont le duc pouvait disposer. Déjà, en 1209, et pour faire face à ces dépenses, il avait cédé aux habitants de Montbard le droit de banvin[42]. En 1210, il fut encore obligé d’aliéner, en faveur de la commune de Beaune, le ban de vendanges, l’un des droits qu’il s’était réservé lors de l'affranchissement de cette ville, sept années auparavant[43].

On peut être certain qu’Eudes III retira quelque bénéfice des privilèges accordés, en 1210, aux habitants d’Embrun, conjointement avec André, dauphin de Viennois, son frère, sur lequel il avait toujours conservé l’autorité et la suzeraineté. A ce moment encore, les deux frères faisaient cause commune, et n’avaient pas cessé de mettre à exécution le contrat, qui les liait depuis trois ans, au sujet de la possession réciproque de leurs domaines. Une preuve convaincante est fournie par l’acte d’hommage rendu par Eudes III, en même temps que par André, à Raymond, archevêque d’Embrun, pour ce qu’ils possédaient dans le comté de Forcalquier, relevant du diocèse de cet évêque[44].

En accordant une charte de franchise à la ville d’Embrun, Eudes et André reconnaissaient aux habitants le droit d’élire leurs consuls, et de bénéficier des anciens privilèges appartenant à la commune. Cette dernière clause se retrouve dans la plupart des affranchissements bourguignons de cette époque. La ville ne devait fournir pour la guerre que cent fantassins et trois chevaliers, pour la durée d’un mois au plus ; on ne pouvait emmener les habitants au-delà des limites du comté de Forcalquier, et si les milices n’étaient pas convoquées une année, on ne pouvait, pour ce motif, exiger un service de double durée l’année suivante[45].

En avril 1212, Eudes III, étant à Beaune avec les principaux officiers de sa cour[46], accorda aux hommes de son abergement de Nuits une charte d’affranchissement et une exemption de tailles, moyennant une redevance annuelle de quinze sols par manse, payables à la Saint-Denis[47].

A la même date, il vend aux religieux de Cîteaux sa terre de Corcelles-lès-Cîteaux[48].

Au mois d’août 1213, à son retour de la chevauchée de Flandre, dont nous parlerons bientôt, les besoins d’argent étant plus pressants encore, il affranchit les hommes de la rue de Chaumont, à Châtillon-sur-Seine[49].

Deux ans après, à la Saint-Jean 1215, Eudes III exonérait de toute taille les habitants de Rouvres, près Dijon. Mais cette localité rurale, la première de celles qu’il affranchissait, ne pouvant offrir, comme dans les villes, une indemnité pécuniaire de quelque valeur, le duc fut obligé de se contenter d’un revenu en nature, et de convertir la redevance en une rente de mille setiers de blé, que le maïeur et deux sergents étaient chargés de percevoir[50].

 

 

 



[1] Innocentii III Epistol., l. I, op. 94.

[2] Innocentii III epist., I. X, epist. 60.

[3] Innocentii III epist., l. X, epist. 149.

[4] Innocentii III epist., l. X, epist. 149.

[5] Innocentii III epist., Recueil des historiens de France, t. XIX, p. 508 c.

[6] Le cellérier de Cîteaux, dont il est question plus loin, se nommait Robert, et était un des agents les plus actifs d’Arnaud.

[7] Bibl. Vaticane, fonds Ottoboni, n° 2796.

[8] Recueil des historiens de France, t. XIX, p. 775 c ; ex chron. Alberici.

[9] N° 1194 du catalogue de nos actes.

[10] Recueil des historiens de France, t. XIX, p. 775 c ; ex chron. Alberici.

[11] D’après une chronique provençale, Recueil des historiens de France, t. XIX, p. 116 D.

[12] Orig. Arch. de la Côte-d’Or, fonds de Clairvaux. H. 552.

[13] Petri Vallium Sarnaii monachi. Recueil des historiens de France, t. XIX, p. 196.

[14] Arch. de la Côte-d’Or, cartul. de Cîteaux, n° 168, fol. 137 v°.

[15] Arch. de la Côte-d'Or, cartul. de Fontenay, n° 201, fol. 31. Donation faite par André, soigneur de Rougemont, pour avoir échappé à de grands périls pendant la guerre des Albigeois.

[16] Art de vérifier les dates, éd. in-8°, t. II, p. 158.

[17] Baudiau, Histoire du Morvand, t. I, pp. 295-296, charte de donation à la Chartreuse d’Apponay.

[18] Petri Vallium Sarnaii monachi. Recueil des historiens de France, t. XIX, p. 196.

[19] Orig. Arch. de la Côte-d'Or, fonds du Tart, H. 1051.

[20] Arch. de la Côte-d'Or, cartul. de Cîteaux, t. III, n° 168, fol. 3 v°.

[21] Bibl. nat., collect. Bourgogne, t. VI, fol. 96.

[22] Bibl. nat., collect. Bourgogne, t. VI, fol. 96.

[23] Orig. Arch. de la Côte-d’Or, fonds de Cluny, H. 184.

[24] Potthast, Regesta Pontificum Roman., t. I, p. 327.

[25] Heisterbach, Bibliotheca patrum Cisterciensium, l. V, c. 21.

[26] Histoire du Languedoc, anc. éd., t. II, p. 170.

[27] Arch. de la Côte-d’Or, cartul. de Cîteaux, n° 168, fol. 137 v°. Robert, cellérier de Cîteaux, est le même qui alla trouver Philippe-Auguste à Chinon ; c’était bien l’un des plus ardents promoteurs de cette guerre contre les Albigeois et le bras droit de l’abbé Arnaud.

[28] Petri Vallium Sarnaii monachi, Recueil des historiens de France, t. XIX, p. 22 A. B.

[29] Petri Vallium Sarnaii monachi, Recueil des historiens de France, t. XIX, p. 127 B.

[30] Orig. Bibl. nat., coll. Clairambault, Saint-Esprit, V, 78, fol. 70 ; cité Catalogue des actes de Simon de Montfort, par A. Molinier.

[31] Pierre des Vaux de Cornai dit même qu’ils voulaient se tuer, ne mutuo occiderent. Recueil des historiens de France, t. XIX, p. 24.

[32] Histoire du Languedoc, anc. éd., t. II, p. 177.

[33] Pièce d’octobre 1207 ; Bibl. nat., cartul. de l’évêché de Langres, coll. Bourg., t. VIII, fol. 436 r°.

[34] Mémoires de la commission des antiquités de la Côte-d'Or, années 1847, 1850, t. III, pp. 214-311.

[35] Pérard, pp. 308, 309.

[36] Garnier, Le château de Talant, Mémoires de la commission des antiquités de la Côte-d'Or, années 1847, 1850, t. III, pp. 214-311.

[37] Il va sans dire que nous empruntons tous ces détails à la monographie précitée de Garnier.

[38] Mémoires de la commission des antiquités de la Côte-d'Or, travail précité, t. III, p. 1847, 1882. Citons encore les tours du Chapitre, de la Confrérie, de messire Broquart, du Colombier, du Paradis, du Lardier, du Puits. (Garnier, Le château de Talant, pp. 281, 283).

[39] Orig. Arch. de la ville de Châtillon-sur-Seine ; titre d’affranchissement des hommes de la rue de Chaumont, à Châtillon.

[40] On nous permettra d’emprunter encore cette longue citation au travail déjà indiqué.

[41] Ordonnances des rois de France, t. IV, p. 399 ; Garnier, Chartes de communes, t. I, pp. 497, 499.

[42] Orig. Arch. de la ville de Montbard ; éd. Pérard, p. 422 ; Garnier, Chartes de communes, t. II, p. 103.

[43] Orig. Arch. de la ville de Beaune ; éd. Pérard, p. 281 ; Garnier, Chartes de communes, t. I, p. 213.

[44] Bouche, Histoire de France, t. II, p. 181 ; Guichenon, Bibliot. Sebusiana, p. 169 ; l’abbé Sauret, Essai historique sur la ville d’Embrun, pp. 483, 487.

[45] Bibl. nat. cartul. du Dauphiné, fonds Fontanieu, ms. lat. 10.954, fol. 157-158.

[46] Hugues de Vergy, doyen d’Autun, chancelier ; Gaucher de Châtillon, comte de Saint-Pol, sénéchal ; Ponce de Grancey, connétable ; Hugues de Layer, maréchal.

[47] Orig. Arch. de la ville de Nuits.

[48] Arch. de la Côte-d’Or, cartul. de Cîteaux, t. II, fol. 40.

[49] Arch. de la Côte-d'Or, Chambre des Comptes, B., 10,423, fol. 126 v°.

[50] Arch. de la Côte-d’Or, Recueil de Peincedé, t. I, p. 89.