HISTOIRE DES DUCS DE BOURGOGNE DE LA RACE CAPÉTIENNE

TOME TROISIÈME

 

CHAPITRE XXIII. — RÈGNE DE EUDES III (suite) - 1190-1208.

 

 

Négociations tentées par le pape Innocent III pour forcer Philippe-Auguste à renoncer au divorce avec Ingeburge. — Grand concile de Dijon, présidé par le cardinal légat Pierre de Capoue. — Brusque rupture de ce concile. — Nouvelle assemblée à Vienne. — Interdiction lancée sur le royaume de France et sur toute la Bourgogne. — Formule de l'interdiction. — Résistance des prélats. — Opposition des évêques de Langres, d'Auxerre, etc. — Les évêques suspendus de leurs fonctions. — Funestes résultats de ces mesures, révolte des campagnes. — Soumission de Philippe-Auguste. — Joie des populations en Bourgogne lors de la levée de l'interdit. — Situation gênée d'Eudes III ; affranchissement d'Avallon, de Montbard. —Croisade de 1202. — Bourguignons et Champenois qui y prennent part. — Réunion au chapitre de Cîteaux. — Chronique de Geoffroy de Villehardouin. — Guillaume de Champlitte, vicomte de Dijon. — Mile le Brebant. — Henri d'Arzillières. — Seigneurs de Saint-Chéron, Aulnay, Vignory, Conflans, Courcelles, Chappes. — Vilain de Nully. — Hugues de Coligny, mari de Béatrix d'Albon, veuve de Hugues III. — Mile de Chaumont. — Eudes III et Hervé, comte de Nevers, mandés à la chevauchée de Normandie, au lieu d’aller en Terre-Sainte. — Conventions de Vaudreuil. — Renonciation du duc de Bourgogne à ses droits sur la Lorraine. — Embarras financiers du duc, affranchissement de Beaune. — La reine Adèle de Champagne à Pontigny. — Projets formés par Eudes III pour le mariage de sa nièce Béatrix et du fils du comte de Nevers. — Médiation et arbitrage du duc dans les démêlés entre l’archevêque et les habitants de Lyon.

 

L’année qui suivit le mariage d’Eudes III avec Alix de Vergy fut la plus troublée et la plus calamiteuse de la période de son règne de vingt-six ans. L’attachement du duc de Bourgogne et sa condescendance pour les ordres de Philippe-Auguste, sa résistance aux volontés du Saint-Siège, sa participation dans les affaires du divorce d’Ingeburge, sa lutte contre ses grands barons révoltés, lui avaient valu des difficultés, dont il n’était sorti qu’en consentant à épouser la fille d’un de ses vassaux. Il avait eu la bonne fortune de n’être pas inquiété par les puissances ecclésiastiques, et de n’avoir pas à compter avec l’autorité de la cour de Rome, qui aurait pu lui faire un mauvais parti lors de l’arrestation des ambassadeurs Danois et de la confiscation des lettres pontificales. On pouvait tout oser sous la faible administration de Célestin III, mais quand mourut le pape vieux et infirme, quand le 8 janvier 1198, Innocent III, plein de jeunesse et d’énergie, pénétré de l’importance de ses devoirs et jaloux de sa suprématie, l’eut remplacé, les choses changèrent de face.

Le nouveau pontife reprenant les négociations interrompues de son prédécesseur écrivait à Eudes de Sully, évêque de Paris : « Célestin III a voulu faire cesser le scandale, il n’a pu réussir, quant à moi, je suis déterminé à suivre son ouvrage et à obtenir par tous les moyens l’accomplissement de la loi de Dieu ; parlez-en souvent au roi de ma part et dites-lui que ses refus obstinés pourraient lui attirer les colères du ciel et les foudres de l’Église[1]. » Des lettres non moins fermes furent adressées à Philippe-Auguste[2], elles restèrent sans résultat. Dans un troisième avertissement, Innocent III rappelait au roi que relativement à son mariage il lui avait envoyé l'évêque de Paris, que ses lettres étaient demeurées sans effet, et qu’il lui recommandait le cardinal Pierre de Capoue, son légat, pour lequel il professait une grande estime[3]. Le pape était prêt à faire examiner juridiquement son mariage, à l’annuler même si la mesure était justifiée, mais il fallait avant tout que le roi réparât le scandaleux exemple qu’il avait donné ; les parties devaient être rétablies dans la position où elles se trouvaient avant la prétendue sentence de divorce illégale et de nulle valeur, sentence que la cour de Rome avait été dans la nécessité de casser.

Le pape ne se pressait pas d’agir et ne demandait qu’un acte de soumission. On n’est pas peu surpris de voir quels étranges conseils donnait Innocent III, pour exhorter le roi à remplir ses devoirs d’époux, d’après sa curieuse correspondance : « Essayez encore deux ou trois lois l’œuvre selon la chair, écrivait-il, tous les efforts que vous pourrez faire pour l’accomplir ne vous porteront aucun préjudice, et si vous ne pouvez y pourvoir, cela ne vous nuira pas pour demander le divorce, quoique vous ayez agi per tactum et osmium[4]. »

Pendant dix-huit mois le roi resta sourd aux exhortations et aux menaces. Dans une dernière instruction, Innocent écrivit au légat : « J'ai écrit à notre très cher fils Philippe, pour qu’il se séparât de sa concubine, et qu’il reprit la reine sa véritable épouse ; il n’a pas répondu. Pour que l’ordre que je lui ai donné reçoive une plus sûre exécution, je t’ordonne par ma volonté apostolique, dans le cas où d’ici un mois il n’obéirait pas à mon injonction, de mettre le royaume en interdit : tu ne permettras que le sacrement du baptême pour les enfants, et celui de pénitence pour les mourants. On ne célébrera aucun office dans le royaume. J’ordonne à nos vénérables frères les évêques et archevêques, les abbés et les prieurs, de faire promulguer la sentence d’interdit dans leurs diocèses respectifs[5]. »

En conséquence, le cardinal Pierre de Capoue, légat du pape, convoqua un grand concile à Dijon, pour délibérer sur l’obstination du roi et faire exécuter les volontés du Saint-Siège.

Le jour de la Saint-Nicolas, 6 décembre 1199[6], cette assemblée se réunit sous les voûtes de l’antique basilique de Saint-Bénigne. Renaud de Forez, archevêque de Lyon ; Guillaume de Champagne, cardinal de Sainte-Sabine et archevêque de Reims ; Aymar, archevêque de Vienne ; Amédée de Tramelay, archevêque de Besançon ; l’archevêque de Bourges ; dix- huit évêques dont on ne rapporte ni les noms ni les sièges ; Hugues, abbé de Cluny ; Hugues, abbé de Vézelay ; Pierre de Ribaumont, abbé de Saint-Remi de Reims ; Hugues, abbé de Saint-Denis, et beaucoup d’autres personnages y figuraient[7]. Philippe-Auguste s’était fait représenter par des ambassadeurs, chargés de défendre ses intérêts et de peser sur les décisions des prélats ; mais dès les premières séances, on put juger de l’influence que le légat a latere pouvait avoir sur l’assemblée qu’il présidait ; les défenseurs du roi, convaincus de l’impuissance de leurs efforts, firent immédiatement et avant toute décision un appel au souverain pontife ; mais les ordres du pape étaient formels, le concile devait se prononcer nonobstant appel. Six jours[8] se passèrent en débats et en discussions fort vifs, car un certain nombre de prélats étaient personnellement engagés dans la question ; ils avaient pris parti, et s’étaient compromis auprès de l'autorité apostolique, en se rendant complices de la résistance du roi. Ceux surtout qui avaient prononcé la sentence de divorce et légalisé son mariage avec Agnès de Méranie, obligés de se déjuger, se trouvaient dans une situation assez embarrassée et s’opposaient à un jugement, qui était une condamnation de celui qu’ils avaient précédemment promulgué.

La sentence allait cependant être prononcée à une grande majorité, quand tout à coup le concile fut suspendu. Que s’était-il passé ? Les envoyés de Philippe- Auguste avaient-ils lait des menaces ? Les évêques n’avaient-ils pu s’entendre ? Le duc de Bourgogne, qui avait si brutalement déjà servi les volontés du roi, n’était-il pas intervenu de nouveau ? Cette dernière éventualité parait probable. « La sentence fut formulée, dit Géraud[9], seulement on jugea prudent, peut-être pour ne pas compromettre la sûreté du légat et des évêques, d’en différer la promulgation. »

L’attitude précédente du duc Eudes III, les violences inouïes dont usa ensuite Philippe-Auguste à l’égard des évêques qui tirent exécuter l’interdit, permettent de tout supposer. La brusque clôture du concile, dispersé par une intervention armée du duc de Bourgogne, peut seule expliquer la nouvelle convocation à bref délai d’une assemblée réunie hors des domaines de la couronne et à l’abri de toute atteinte, pour statuer sur le même objet. Malheureusement, on est aussi peu renseigné sur un point que sur un autre, les historiens Bourguignons n’ayant laissé nulle part trace de ces événements[10].

Le 12 décembre 1199[11] les membres du concile avaient été dispersés ; ils se trouvèrent réunis un mois plus tard, vingt jours après Noël, c’est-à-dire le 15 janvier 1200, à Vienne, sur les terres de l'Empire[12]. L’assemblée, que présidait encore le cardinal légat Pierre de Capoue, était nombreuse et comprenait une multitude d’archevêques, dont quelques-uns seulement appartenaient à la France, multis archiepiscopis convocatis, inter quos quidam de regno Francorum fuerunt presentes[13]. Ces termes donnent à entendre que peu de prélats Français y assistaient et que les dissidents avaient refusé de s’y rendre.

Ce même jour, le légat du pape, revêtu d’une étole violette en usage le jour des morts, éleva la voix et prononça solennellement l’interdit, en présence du peuple assemblé et à genoux. La sentence ne fut promulguée à Dijon et dans le diocèse de Langres que trois jours après la Chandeleur, le 5 février 1200[14], les prélats chargés de la notifier n’ayant pu la faire parvenir que vingt jours après.

Il n’est pas sans intérêt de donner la traduction littérale de cette sentence d’excommunication, dont le texte original, conservé dans un manuscrit de Corbie[15], est arrivé jusqu’à nous : « Que toutes les églises soient fermées ; que personne n’y soit admis, si ce n’est pour faire baptiser les petits enfants ; qu’on ne les ouvre jamais, sinon pour entretenir les lampes, ou lorsque le prêtre prendra l'eucharistie et l’eau bénite à l'usage des malades. Nous permettons que la messe soit célébrée une seule fois dans la semaine le vendredi de grand malin ; on conservera les hosties pour les malades, et on n’y admettra que le clerc chargé d’assister le célébrant. Que les prêtres prêchent le dimanche sous les portiques des églises, et que, pour tenir lieu de la messe, ils répandent la parole de Dieu. Qu’ils récitent les heures canoniques hors des églises, sans que leurs voix puissent parvenir aux oreilles des laïques ; lorsqu’ils liront l’épitre ou l’évangile, qu’ils se gardent de pouvoir être entendus des fidèles, et qu’ils ne souffrent pas qu’on enterre, ni même qu’on dépose les corps morts dans le cimetière. Ils préviendront en outre les laïques que c’est un abus et un grave péché d’enterrer les corps morts dans une terre non consacrée, et que les fidèles s’arrogent, en le faisant, un droit qui ne leur appartient pas. Ils interdiront à leurs paroissiens d’entrer dans les églises qui seraient ouvertes malgré l'interdit. Ils ne béniront qu’en dehors de l’église les besaces des pèlerins. Dans la semaine sainte il ne sera point célébré d’offices ; les prêtres attendront jusqu’au jour de Pâques et ce jour-là ils diront la messe en secret, sans admettre d’autre personne que le moine assistant. Qu’aucun fidèle ne communie, même au temps de Pâques, s’il n’est malade et en danger de mort. Que durant la même semaine ou bien le dimanche des Hameaux, les curés préviennent les paroissiens de se rassembler le jour du Pâques au matin devant la porte de l’église ; là on leur permettra de manger de la viande avec le pain bénit du jour. Nous défendons expressément que les femmes soient admises dans l’église pour les relevailles ; qu’elles soient averties de prier avec leurs voisins hors du l'église, le jour de leur purification, et qu’ensuite elles y aient accès, même pour tenir les enfants sur les fonts de baptême, même lorsque après la levée de l’interdit, elles auront été introduites par le prêtre dans le lieu saint. Ceux qui demanderaient à se confesser seront entendus sous le portique de l’église. Dans les églises dépourvues de portiques, on pourra seulement lorsqu’il tombera de la pluie ou qu'il fera mauvais temps, ouvrir une des portes et entendre les confessions sur le seuil, en laissant dehors tous les fidèles, excepté celui ou celle qui se confessera ; mais la confession aura lieu à haute voix, de manière que le pénitent elle confesseur soient entendus de tous ceux qui sont hors de l’église. Quand le temps sera beau, les confessions seront entendues devant les portes de l’église fermée. On ne placera point hors de l’église des vases contenant de l’eau bénite, et les clercs n’en apporteront nulle part, attendu que tous les sacrements sont prohibés, à l’exception du baptême des nouveaux nés et du viatique pour les mourants. L’extrême-onction, qui est un grand sacrement, reste elle-même interdite... »

Cette pièce, monument étrange et curieux de l’état des esprits au XIIe siècle, montre bien la somme de soumission sur laquelle pouvait compter le clergé, et l’influence souveraine de la foi et des idées religieuses. On voit nettement que le but véritable d'un tel anathème était de soulever les populations ; le sens de certaines phrases est provocateur : « faites interdire l'enterrement et même le dépôt des morts dans les cimetières, mais prévenez les fidèles que c’est un gros péché de les enterrer dans une terre non consacrée. » Alors il fallait laisser les morts privés de sépulture et pourrir sur la terre, et tandis que leur insupportable odeur remplissait l’air de miasmes putrides, leur aspect hideux portait l’effroi dans l’âme des vivants[16].

N’était-ce pas un mode de répression inique et singulier d’atteindre une nation tout entière pour la faute d’un seul ? Et d’ailleurs le cas particulier dans lequel se trouvait Philippe-Auguste n’était-il pas discutable ? Son divorce n'avait-il pas été sanctionné par le jugement des prélats, dont la plupart étaient encore en fonctions ? L’interdit était une arme dangereuse, dont le Saint-Siège ne pouvait abuser dans l’intérêt môme des croyances, car par la rigueur de la sentence et la surexcitation des esprits, on dépassait le but que l’on voulait atteindre[17].

L’interdiction du duché correspond à une période de trouble dans l’administration des diocèses et à des changements nombreux de prélats. Il faut saisir la corrélation entre ces faits. Garnier de Rochefort[18], abbé d'Auberive, puis de Clairvaux, avait été élu évêque de Langres en 1193. Il eut les années suivantes de graves démêlés avec les chanoines de son chapitre, qui en firent des plaintes au pape. N’ayant pu trouver de terme d'accommodement avec eux, malgré une lettre dinnocent III, du 16 mai 1198, qui lui commandait de mettre fin à ces discordes au lieu de les aggraver[19], il se vit forcé de résigner ses fonctions la même année, en réservant un viager sur une portion des domaines de l’évêché[20]. Hugues de Noyers, évêque dAuxerre, fut temporairement chargé de ladministration du diocèse de Langres[21], mais comme il s’était opposé à la promulgation de la sentence à Auxerre, Innocent III, à la date du 14 mars 1200[22], pressait les chanoines de Langres de donner un successeur à Garnier de Rochefort, et leur recommandait de s’inspirer des bons conseils de Robert, évêque de Chalon, d'Eudes, évêque de Paris et de Hugues, abbé de Cluny. Le choix de l’élection se porta sur Hilduin de Vendeuvre[23], qui fut nommé en pleine période d’interdiction, mais qui n’ayant pas d’abord voulu faire exécuter la sentence, fut pour ce fait suspendu pendant un an de ses fonctions.

Dans le diocèse d'Auxerre, Hugues de Noyers refusa de publier les bulles[24], prétextant qu’il ne voulait pas plonger le pays dans la désolation. Il avait trouvé divers subterfuges pour échapper aux admonitions canoniques, et les lettres qu’il écrivait au souverain pontife étaient empreintes de plus de modération. Dans une de ces lettres, il disait que le roi n’avait rien et n’était rien dans le diocèse d’Auxerre, dont l’évêque était seul maître et souverain, comme le tenant de Saint-Germain[25]. Enfin sur de nouveaux ordres, cette fois formels, il fut contraint de se soumettre.

Sur ces entrefaites, l’archevêché de Sens s’étant trouvé vacant, Hugues de Noyers y fut nommé, mais le pape s’opposa à cette élection et lui refusa le pallium métropolitain pour n’avoir pas voulu promulguer la sentence[26]. Innocent III s’employa pour y faire élire Pierre de Corbeil[27], qui avait été son ancien maître pendant le temps de son séjour et de ses études en France.

Nous ne savons quel fut le rôle de Gauthier, évêque d’Autun pendant la période d’excommunication ; on doit croire que ces événements affligèrent le préla t et le déterminèrent à prendre la croix dans l’expédition dont Villehardouin fut l’historien. Mais il n'est pas douteux que la sentence fut exécutée dans son diocèse, à en juger par l’allégresse avec laquelle on accueillit sept mois plus tard à Vézelay le légat, chargé de lever l’interdit[28].

Parmi les autres prélats qui refusèrent d’obéir, on cite Guillaume de Champagne, archevêque de Reims, les évêques de Beauvais, de Laon, de Noyon, de Thérouanne, de Meaux, de Chartres et d’Orléans, qui tous adressèrent au souverain pontife des réclamations, auxquelles on ne fit pas droit. Ils furent obligés de se soumettre successivement, et bientôt l’interdit pesa sur le royaume dans toute sa rigueur. Jamais pareille sentence n’avait été lancée sur nos pays, l’excommunication du roi Robert et de la reine Berthe avait eu moins de retentissement. Philippe-Auguste crut pouvoir tenir tête à l’orage, répondit à l’anathème par la violence, chassa les prélats de leurs sièges, confisqua leurs revenus, persécuta l’archevêque de Lyon[29], contraignit l’archevêque de Paris à s’enfuir à pied de son diocèse, et accabla de tailles et d’exactions tous les vassaux qui avaient pris parti contre lui.

Mais il fallait compter avec les masses profondément convaincues du Moyen Age, qui ne connaissaient d’autres joies, d’autres émotions que les cérémonies religieuses. Le mécontentement, d’abord silencieux et contenu, devint bientôt menaçant ; la clameur publique ne tarda pas à être telle que le roi fut forcé de s’arrêter dans la voie périlleuse dans laquelle il était engagé. Il reconnut en frémissant qu’il fallait céder ou se perdre, s’il ne voulait voir s'élever contre lui une révolte générale. Après quelques tergiversations et quelques pourparlers avec le pape, sur l’esprit duquel il ne put rien gagner, il consentit enfin à faire les démarches nécessaires.

Le duc de Bourgogne n’avait pas eu moins à souffrir de la mesure qui frappait ses états, et ce fut avec une joie extrême que l’on apprit la détermination du roi, et l’arrivée d'un légat, chargé par Innocent III de lever l’interdit dans le royaume. Le seul bruit de son passage, annoncé dans nos provinces, répandit une telle allégresse, que les populations accoururent au-devant de lui à Lyon, à Cluny, à Vézelay, à Sens, s’épuisant en bénédiction et en actions de grâce, « comme si Dieu lui-même eût visité ces contrées[30]. »

Le cardinal Octavien, nouveau légat du Saint-Siège, dans une lettre écrite à Innocent III[31], pour lui rendre compte de sa mission, raconte qu’une foule de fidèles est venue au-devant de lui, qu'il s’est rendu à Sens où il a rencontré le roi Philippe-Auguste, qu’il a été ensuite honorablement reçu à Saint-Léger, où le roi s’est engagé à renvoyer Agnès de Méranie, à reprendre Ingeburge, jusqu’à décision définitive sur la validité du divorce, et qu’ensuite l’interdit a été levé. Cette cérémonie eut lieu le 7 septembre. La notification, transmise à Dijon, ne fut connue dans cette ville que la veille de l'exaltation de la croix, c'est-à-dire le 13 septembre 1200[32].

Le long enchaînement de ces funestes événements n’avait point amélioré les affaires d’Eudes III. Non seulement il ne pouvait songer à acquitter ses dettes, mais encore il était dans la nécessité d’en contracter de nouvelles. Les redevances en nature, qu’il retirait, indûment parfois, des monastères soumis à sa garde, pouvaient lui permettre pour un temps de subvenir aux besoins de la vie courante, mais ces ressources passagères ne lui procuraient aucun moyen pécuniaire pour faire face aux nécessités de ses entreprises. Les chanoines de Beaune, avec lesquels il était en bons termes, lui avaient fait des avances à l’époque de son mariage avec Alix, en 1199, mais ils le contraignirent à donner un engagement, par lequel il promettait de ne rien exiger d’eux, ni de leurs hommes, pendant une année entière, à partir des fêtes de Pâques suivantes[33].

Le duc avait un autre moyen de se procurer de l’argent, il s’en servit. Le 9 novembre 1200, il concéda aux habitants d’Avallon une charte d’affranchissement, conforme à celle des habitants de Vézelay, charte qui fut ratifiée moins d’un mois après, le 4 décembre, par la duchesse Alix. Dans un acte séparé, Eudes III, s’adressant à l'évêque d’Autun, déclarait que si les franchises d’Avallon étaient jamais révoquées par sa faute, il consentait à ce que la province fût mise en interdit. On ne connaît rien des conditions de cet affranchissement, dont le texte n’est point arrivé jusqu’à nous. Aucun des titres qui le concernent ne se retrouvent dans les archives d’Avallon ; ces pièces devaient se trouver dans les papiers du savant Bocquillot, chanoine de Saint-Lazare de cette ville, qui avait projeté d’en faire l’histoire, et qui est décédé sans avoir pu mettre son projet à exécution[34].

L’affranchissement de Montbard suivit de quelques mois celui d’Avallon. Par cet acte, qui porte la date de 1201[35], Eudes III concéda aux hommes qu’il possédait à Montbard l’abandon du droit de mainmorte, et ce fut l’une des premières concessions de ce genre qui fut délivrée par nos ducs. Ces droits, précieux pour les habitants, ne peuvent cependant être assimilés aux privilèges dont la ville fut dotée plus tard par Hugues IV.

Les chrétiens d’Occident, effrayés des malheurs de leurs frères en Terre-Sainte, se préparaient à une nouvelle croisade, dont le pape Innocent III fut l’instigateur, avec l’aide des éloquentes prédications de Foulques, curé de Neuilly. Le fameux tournoi organisé à Ecly-sur-Aisne, à la fin de l’année 1199, avait servi de point de ralliement à une foule de hauts personnages, à la tête desquels se trouvait Thibaud, comte de Champagne. C’est lui qui avait été désigné pour être le chef de cette expédition ; le duc de Bourgogne lui avait promis de soutenir et de défendre ses intérêts en son absence ; le pape lui avait assuré son appui et avait mis ses domaines sous la protection du Saint-Siège[36] ; ses préparatifs de voyage étaient à peu près terminés, quand la mort le surprit à l’âge de vingt-deux ans, le 24 mai 1201.

Geoffroi de Villehardouin rend compte en ces termes des démarches qui furent faites pour lui donner un successeur : « quand li quens fut entierés, Mahieus de Montmorency, Symons de Montfort, Joffrois de Joinville li seneschaus et Joffrois li mareschaus alerent à l’ostel le duc Odon de Bourgoigne et li dirent : « Sire, tes cousins est mors, tu vois le damage ke à la terre d’Outremer est avenus. Pour Dieu te volons pryer que tu prengne la crois et sequeures la terre d'Outremer ou lieu de cestui. Et nous te ferons tout son avoir baillier, et te jurerons sour sains, et le ferons as autres jurer, que nous te servirons en l’ost en bonne foi, comme nous feissions lui. » Teus fus sa volentés que il la refusa, et sachiés que il puist bien mieus faire[37]. »

Geoffroi de Villehardouin n'était pas dans les secrets du duc, et connaissait peu ses affaires ; car de tous les motifs qui pouvaient arrêter Eudes III, le principal était assurément l’ordre qu’il avait reçu de Philippe-Auguste de lui venir en aide, et peut-être aussi la difficulté de sa situation financière, qui ne lui permettait pas d'entreprendre une aussi coûteuse expédition.

Après avoir essuyé de nouveaux refus du comte de Bar, le maréchal de Champagne, dans une assemblée tenue à Soissons, proposa d'élire Boniface, marquis de Montferrat, qui accepta, et attacha aussitôt la croix sur ses épaules, en présence du peuple et du clergé. On se donna rendez-vous au chapitre général de Cîteaux, qui devait se tenir le 14 septembre 1201 ; le marquis de Montferrat s’y rendit, Foulques de Neuilly par ses paroles enthousiastes y entraîna la détermination de nouveaux croisés : Eudes et Guillaume de Champlitte, Richard et Eudes de Dampierre, Gui de Conflans, Gui et Aimon de Pesmes, Gauthier, évêque d’Autun, Guigues, comte de Forez. La plupart des croisés passèrent ensuite successivement par Cîteaux, pour gagner le Mont-Cenis, la Lombardie et Venise ; en avril 1202, c’est Baudouin, comte de Flandre et de Hainaut[38] ; Hugues, comte de Saint-Pol[39], le père du sénéchal de Bourgogne ; en mai, c’est Louis[40], comte de Blois et de Clermont.

Bien que le duc de Bourgogne n’ait point personnellement pris part à la croisade, on ne peut omettre de citer un certain nombre de chevaliers qui se croisèrent, et qui appartiennent à la Bourgogne, dont relevait une partie de la Champagne ; on ne peut oublier que la fameuse chronique de la conquête de Constantinople a été écrite chez nous, à Lezinnes, au centre du Tonnerrois.

On a déjà parlé longuement d’Eudes le Champenois et de Guillaume de Champlitte, vicomte de Dijon, son frère[41]. Dans le chapitre précédent, on a vu quel fut le rôle de ce dernier dans la lutte d’Eudes III contre le seigneur de Vergy. A la suite de ces démêlés, Guillaume de Champlitte avait divorcé avec sa seconde femme Elisabeth de Mont-Saint-Jean et avait épousé presque aussitôt après Eustachie de Courtenay, petite-fille de Louis le Gros, fille de Pierre, comte d’Auxerre et de Nevers, plus tard empereur de Constantinople. Il partit de son château de Pacy-sur-Armançon[42] pour se rendre au chapitre général de Cîteaux, et laissa aux religieux de cette abbaye les marques de ses libéralités, qui furent ratifiées à Rouvres par le duc de Bourgogne[43].

A son départ pour la Terre-Sainte, Geoffroi de Villehardouin, maréchal de Champagne, date sa dernière charte du château de Lezinnes[44], qui lui venait de l’héritage de sa seconde femme Chane, fille de Guillaume de Lezinnes et de Damerons d'Arcy-sur-Cure[45]. « Après le Paesque, entour le Pentecouste, commenchièrent li pelerin à mouvoir de lor pais, et de lor gens et de lor parens. Sachiès que mainte larme i ot plourée au départir de lor amis. » Il était bien naturel que le chroniqueur rappelât les noms de ses parents et amis qui avaient été ses compagnons d’armes.

Mile II le Brebant, dont il parle si souvent, était son cousin germain, et Geoffroi de Villehardouin avait succédé à son beau-frère Mile Ier le Brebant[46], dans la charge de maréchal de Champagne. Ces seigneurs possédaient d’importants domaines dans le Châtillon- nais, et étaient vassaux directs du duché de Bourgogne. Eudes III ratifia les donations de Mile II le Brebant, lorsque ce dernier partit en Terre-Sainte, et lorsqu’il donna aux religieux du Val-des-Choux les tierces de ses terres de Beaunotte et de Meulson, situées près d’Aignay-le-Duc[47].

Henri d’Arzillières, cousin du duc de Bourgogne[48], était aussi un des parents et amis du chroniqueur[49], et Guillaume d’Arzillières, frère d’Henri, occupait alors les hautes fonctions de maréchal de la milice du Temple.

Les personnages de la maison de Saint-Chéron et d’Aulnay avaient avec le maréchal de Champagne des liens d'intérêts et de rapports constants ; ces familles avaient des points communs d’alliances, qui paraissent certains, mais que nous n’avons encore pu fixer exactement[50].

Le chroniqueur avait des raisons pour citer fréquemment Eustache de Conflans et Gui du Plessis, son frère puiné. Hodierne de Conflans, fille d’Eustache, était mariée à Gui de Villehardouin, dit la Grive[51], frère de Geoffroi. Il ne pouvait également oublier Ansiaus de Courceles, li niés Iofroi le mareschal, qui avait épousé Béatrix de Villehardouin, fille de Gauthier[52], autre frère de l’historien. Les mentions fréquentes de Gui et de Clérembaud de Chappes s’expliquent, quand on sait que Geoffroi, neveu du maréchal, avait épousé Elisabeth de Chappes[53]. Gui de Chappes, seigneur de Jullv-sur-Sarce, était en outre voisin assez proche du château de Lezinnes. En partant pour son voyage d'Outremer, Gui de Chappes, du consentement de sa femme Pétronille, affranchit, en 1202, tous ses hommes de Jully du droit de mainmorte, et concéda le même privilège, non seulement aux habitants de ce domaine, mais à tous ceux qui viendraient y résider[54].

Un grand nombre de documents nouveaux et inédits[55] relatifs à Gauthier de Vignory, Vilain de Nully[56], uns des bons chevaliers du monde, Everard de Montigny-sur-Aube, etc., feront mieux connaître les rapports de ces familles et le rôle de chacun des personnages qui figurent dans le récit incomparable de l’historien de la croisade. Malheureusement nous n’avons plus le texte contemporain de l’auteur ; les versions imprimées portent quelques noms erronés, qu’il est facile de rétablir au moyen des chartes.

Cinq fois le nom de Hugues de Colemi reparaît sous la même forme dans la chronique ; c’est Hugues de Coleini, qu’il faut lire, car il s’agit de Hugues de Coligny ; fils d’Humbert Ier, seigneur de Coligny et du pays de Revermont, qui fit en partant d’importantes donations aux religieux de Montmerle[57] et à ceux de la chartreuse de Seligna[58]. Ce chevalier intéresse notre histoire bourguignonne et mérite particulièrement d’être signalé, car Hugues venait d’épouser, peu avant son départ pour Jérusalem, Béatrix d’Albon, veuve de Hugues III, duc de Bourgogne, et il mourut trois ans plus tard, le 2 septembre 1205.

Mile, seigneur de Chaumont-en-Bassigny, qui avait déjà pris la croix en 1188 et qui avait engagé sa terre de Chaumont au comte de Champagne, pour subvenir aux frais de ce voyage, fut encore au nombre des croisés en 1202, mais il mourut en route[59]. Ses frères furent à regret désintéressés par les comtes de Champagne, qui devaient convoiter depuis longtemps ce fief considérable ; après de longs débats le domaine de Chaumont fut incorporé à la Champagne, en 1228[60]. Les exploits et les brillants succès, remportés par les membres de la famille de Villehardouin, décidèrent Jean de Villehardouin, seigneur de Brandonvillers, l’aîné de tous[61], et sa femme Céline, à partir en Terre-Sainte, en 1204[62]. Mais, soit avant, soit après cette période, un certain nombre de seigneurs avaient pris la même détermination. En 1497, André de Fontaine-en-Duesmois et André de Bussi étaient déjà partis avec l’assentiment du duc de Bourgogne[63]. D'autres chevaliers font dans la suite, aux monastères, des donations qui sont motivées par leur départ en croisade : Osmond de Planay[64], Rainard de Courcelles[65], Hugues, seigneur de Nesles[66], Fromond de Villers[67], Gui, seigneur de Til-Châtel, Guillaume de Verrey[68].

Le pape Innocent III stimulait par de fréquents appels le zèle des chrétiens qu’il appelait au secours de leurs frères d'Orient ; il prenait les croisés sous sa protection et déclarait que ceux qui partiraient pour Jérusalem seraient exempts du paiement des intérêts dus à leurs créanciers. Eudes III, duc de Bourgogne, trouvait ces immunités excessives, et envoyait, en juin 1205, son fidèle chambellan Mathieu d’Etais à Philippe-Auguste, en priant le roi de s’en rapporter à la parole de ce chevalier, comme à lui-même. Il déclarait que le pape ne pouvait rien établir qui pût porter préjudice aux droits du roi et des barons, et lui donnait le conseil de s’opposer à ces innovations qu’on voulait introduire dans le royaume[69]. Le duc de Bourgogne, retenu par de nombreuses affaires et ayant le plus grand besoin de ses féodaux, paraît avoir été peu favorable au mouvement de cette croisade. S’il était lui-même gêné, les frais nécessités par ce lointain voyage mettaient les chevaliers dans le plus grand embarras.

Pour faire face à ces dépenses, Guillaume de Champlitte, vicomte de Dijon, avait été contraint en partant d’emprunter 300 livres à Pierre Capituli. Les gages de cet emprunt reposaient sur les revenus de sa maison de Champlitte et sur les rentes que lui valaient les foires de Champagne. L’engagement fut assez mal tenu ; on ne paya pas plus d’intérêts que de capital. Blanche de Champagne fut mise en demeure de saisir les domaines de Guillaume de Champlitte, et le duc Eudes III ne put les dégager qu’en empruntant à des juifs le montant de la créance.

Guillaume de Verrey, chevalier, engagea à l’abbaye de Saint-Seine, moyennant 200 livres, tout ce qu’il possédait à Turcey, près Villotte, avec l’assentiment de sa femme et de son frère, et la garantie du duc de Bourgogne[70].

Le fameux Vilain de Nully avait engagé ses domaines pour effectuer son voyage en Terre-Sainte ; sa veuve et son fils furent contraints de vendre des terres pour payer ce qu’il devait aux juifs.

Nous avons vu comment Gui de Chappes parvint à se créer des ressources en accordant le droit de mainmorte aux habitants de Jully-sur-Sarce ; comment Mile de Chaumont arriva au même but en abandonnant ses riches domaines au comte de Champagne ; on pourrait citer encore beaucoup d’autres chevaliers qui furent obligés de recourir à ces ruineux expédients.

Au lieu de se diriger sur la Terre-Sainte, Eudes III et Hervé, comte de Nevers, mandés par Philippe Auguste, avaient pris part aux chevauchées de Normandie. Toutes les provinces de France étaient bouleversées par la lutte contre Jean sans Terre, qui joignait à l’humeur de Richard Cœur de Lion la bassesse et la cruauté d’un caractère méprisable. Philippe voulait à tout prix se défaire d’un ennemi qu’il rencontrait constamment sur son passage et dont l’activité et la puissance lui portaient ombrage. La situation du jeune et malheureux Arthur de Bretagne, injustement dépouillé par son oncle Jean sans Terre, mettait le roi et les barons dans l’obligation de venir à son secours, et la Normandie était sillonnée par les armées des belligérants qui ravageaient son territoire. Les efforts tentés par l’église pour mettre fin à cette lutte, les appels du Saint-Siège pour la croisade, les menaces d’interdit faites aux souverains, les complications les plus graves qui vinrent accroître les difficultés de ces événements, ne purent arrêter les combattants. Dans une lettre plus menaçante du 26 mai 1203, le pape exhortait le roi à cesser cette guerre désastreuse[71]. Leduc de Bourgogne et les grands vassaux y répondirent, en signant au Vaudreuil[72], en juillet 1203, l’engagement de fidélité suivant :

« J’ai engagé Philippe, illustre roi de France, à ne faire ni paix ni accommodement avec le roi d’Angleterre, malgré les menaces du pape. J’ai promis au roi, mon seigneur lige, et je lui ai juré d’employer mes forces à le secourir ; je ne ferai la paix avec le pape qu’avec le roi[73]. »

Philippe-Auguste prenait sous sa responsabilité les actes de ses barons, et les entraînait dans la révolte contre l’autorité dominante du Saint-Siège, contre lequel il avait gardé un amer ressentiment depuis les affaires du divorce et de l’interdit.

Eudes III, duc de Bourgogne, avait perdu dès 1176 son grand-père maternel Mathieu, duc de Lorraine. Sa mère Alix, malgré son divorce avec Hugues III, lui laissait sur la Lorraine des droits, très aléatoires il est vrai, car les filles de cette maison ne pouvaient prétendre qu’à un partage en argent, sans droits politiques, tant qu’il y avait des mâles. Or Mathieu avait laissé plusieurs fils : Simon II, qui lui succéda, Frédéric ou Ferri Ier, Mathieu, comte de Toul, Thierry, évêque de Metz et quatre filles : Alix, duchesse de Bourgogne, Judith, mariée à Etienne, comte d’Auxonne, Berthe, femme d’Herman, comte de Bade, et Sophie, mariée à Henri, comte de Limbourg.

Ferri Ier, frère du duc Simon II, n’avait eu pour partage dans la succession de son père Mathieu que la terre de Bitche, dont il ne se tenait nullement pour satisfait. Il réclama en vain à Simon des dédommagements et quelques domaines pour augmenter un patrimoine qu’il regardait comme insuffisant. Il n’en put rien obtenir. Ferri Ier se ligua avec Ferri II, son fils, et tous deux cherchèrent à attirer dans leur parti tout ce qu’ils purent trouver de parents et d’amis. Ils entraînèrent ainsi Eudes III, duc de Bourgogne, en lui promettant une partie des domaines dont ils rêvaient la conquête, et passèrent avec lui un traité à ce sujet[74]. Mais après des tentatives infructueuses, leurs projets échouèrent complètement[75]. Ferri II sacrifiant alors Ferri Ier, son père, ainsi que le duc Eudes III, son allié, s’entendit avec le duc Simon, et passa des traités en 1202 avec le comte de Bar et le comte de Toul. Le duc de Bourgogne fut forcé de renoncer aux conventions par lesquelles les princes Lorrains lui avaient promis des avantages en cas de succès, et d’abandonner les droits auxquels il pouvait prétendre. Cette renonciation, datée du 1er janvier 1203[76], engageait aussi Alexandre de Bourgogne, frère d’Eudes III, et donna sans doute lieu à une indemnité pécuniaire, qui n’est pas mentionnée dans l’acte.

Toujours pressé par le besoin d’argent, pour le paiement des dettes contractées par son père et pour les frais nécessités par ses chevauchées, le duc, désireux de faire face à ses engagements, songea à donner une charte d’affranchissement aux habitants de Beaune, en 1203. Il avait en même temps recours à divers expédients et à des emprunts successifs pour subvenir à ses charges. Aux chanoines de Beaune il empruntait soixante livres pour le quart de l’année seulement ; on était en décembre, il promettait de rembourser la somme les premiers jours de carnaval, s’obligeant, en cas de non-exécution, à verser un bénéfice annuel, qui en six ans aurait assurément valu le capital[77]. Il vendit aux religieux de Bar-le-Régulier ce qu'il possédait à Chevannes, près Liernais, avec tous les droits qui en dépendaient[78]. Le duc devait en outre cinq cents livres aux religieux de Cluny, à la suite d’un arrangement passé avec eux, en mai de la même année, pour payer des dommages dont il se reconnaissait passible ; mais il avoue ingé- nuement son embarras et la difficulté de la situation dans laquelle il se trouve ; il désintéresse les religieux en leur concédant un droit de quatre deniers sur toutes les marchandises du péage de Beaune, à percevoir aussi longtemps que cela serait nécessaire pour éteindre cette dette[79]. Les ventes et les donations laites vers la même époque aux monastères sont nécessitées par les même§ motifs, bien que les chartes n’en donnent pas toujours les causes déterminantes.

« Au nom de la Trinité sainte et indivisible, que tous, présents et futurs apprennent que moi Eudes, duc de Bourgogne, j’ai donné et accordé aux hommes de Beaune le droit d’avoir une commune, à toujours et dans la forme de celle de Dijon, sans rien changer aux libertés qu’ils possédaient antérieurement. »

Tel est le préambule de cette importance pièce qui ne donne aucun motif de l’érection en commune, et stipule la réserve des droits assez peu importants ou plutôt des coutumes locales des habitants. Après ce début, suivent vingt-cinq articles, dont il faut lire le détail dans le texte original[80]. Ces immunités étaient concédées moyennant deux cents marcs d’argent, payables en deux termes, à Pâques et à la Toussaint. Le document se termine par les serments du concessionnaire, qui, pour plus de garantie, s’oblige, en cas de discussion sur les clauses, à se soumettre à l’arbitrage de l'archevêque de Lyon, des évêques de Langres, d’Autun et de Chalon-sur-Saône.

La reine Adèle de Champagne, veuve de Louis VII et mère de Philippe-Auguste, résidait alors dans nos pays et dans les domaines qui lui avaient été assignés en douaire. Les monastères de la contrée se ressentirent de ce voisinage, l’abbaye de Pontigny, qu’elle affectionnait plus particulièrement reçut la plus grande part de ses largesses ; c’est là qu’elle voulut avoir sa sépulture, dans le sanctuaire élevé par la munificence du comte Thibaud, son père, suivant la teneur d’une bulle qui lui fut délivrée par Innocent III. Malgré l’interdiction formelle faite aux femmes d’entrer dans les monastères cisterciens, les religieux de Pontigny avaient toléré une infraction à cette règle de la discipline, en faveur de cette reine déjà âgée, à laquelle ils étaient redevables de tant de bienfaits. En 1205, Adèle de Champagne avait été autorisée à entrer dans le cloître avec les dames de sa cour et à assister à une cérémonie. Jean, abbé de Pontigny, fut cité pour ce fait à comparaître devant le chapitre général de Cîteaux, et allait être déposé, si les évêques ne fussent intervenus en sa faveur. Il fut toutefois suspendu de ses fonctions jusqu’à Pâques, et condamné à jeûner pendant six jours au pain et à l’eau[81]. L’année suivante (1206), les obsèques de la reine furent célébrées à Pontigny[82] avec une grande pompe et les fastes de l’abbaye les retracent comme l’une des cérémonies qui y attirèrent le plus de fidèles. Si Philippe-Auguste est venu à Pontigny, comme on l’affirme[83], il est à peu près certain que ce fut à cette occasion.

La reine fut inhumée devant le maître-autel, dans un tombeau de pierre faisant saillie sur les dalles ; et dont il ne reste plus aujourd’hui que des fragments.

La Bourgogne, le plus grand fief territorial, n’avait pas, sous la direction d’Eudes III, séparé sa cause de celle du roi de France, dans aucun des dangers qui l’avaient menacée. Le mariage du duc de Bourgogne avec Alix de Vergy ne lui avait donné aucun enfant ; cette absence d’héritiers l’affligeait profondément ; il songea à se choisir un successeur dans les branches collatérales de sa maison : Alexandre, seigneur de Montagu, son frère puiné, était décédé en 1205, laissant plusieurs enfants ; son autre frère André, dauphin de Viennois, dont il avait été longtemps tuteur, vivait encore. Le droit féodal ne lui permettait pas de diviser ses domaines, depuis les assises de Villeneuve-le-Roi, auxquelles il avait lui-même participé. Il se décida en faveur du Dauphin, auquel il avait toujours témoigné beaucoup d’affection, et dans le but d’augmenter le duché de Bourgogne d’une nouvelle province. Les vues du duc Eudes III étaient larges et dénotent une grande intelligence, si l’on en juge par l’ensemble du projet qu’il avait formé. En 1202, il avait marié son frère André, âgé de dix-huit ans, à Béatrix, dite de Claustral, fille de Guillaume VI, comte de Forcalquier, qui lui avait apporté en dot les comtés d’Embrun et de Gap. Une seule fille, nommée Béatrix, comme sa mère et comme sa marraine et grand’mère la comtesse d’Albon, était issue de cette alliance. Pour assurer la réussite de ses dispositions, Eudes III, résolut de la fiancer, dès l’âge de cinq ans, avec un fils d’Hervé, comte de Nevers, dont le nom est resté jusqu’ici inconnu et qui dut mourir en bas-âge[84] ; il rêvait de reconstituer en partie l’ancien duché de Bourgogne, en y joignant par cette alliance les comtés de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre, auxquels venaient s’ajouter les possessions de son frère en Dauphiné, le Viennois, les comtés de Gap et d’Embrun. On verra que ces beaux projets, qui auraient donné à la Bourgogne une plus vaste étendue que le domaine royal, ne purent aboutir. Ces arrangements eurent lieu à la fin de l’année 1207. Eudes III était allé visiter son frère André dans ses états, et celui-ci était revenu en Bourgogne. Par un traité qui dut être fait en novembre, le duc faisait donation à son frère de tout ce qu’il possédait dans le duché, dans le cas où il mourrait sans laisser de postérité. Par réciprocité, le Dauphin promettait d’employer en fondations pieuses les revenus des terres que sa mère Béatrix avait en Bourgogne pour son douaire, à charge d’en recevoir une indemnité, si par survenance d’enfants, la donation devenait caduque[85]. Ces conventions passées d’abord à Cluny furent ensuite renouvelées à Cîteaux, au mois de décembre[86].

En 1208, Eudes III se rendit à Lyon pour pacifier les querelles qui s’étaient élevées entre l’archevêque Renaud de Forez, les chanoines de Saint-Jean et les habitants de la ville, au sujet des revendications du droit de commune, faites par ces derniers, et pour laquelle ils venaient de faire graver un sceau. Après plusieurs collisions sanglantes, l’archevêque avait été forcé, pour lutter contre l’insurrection et les prétentions de ses sujets, de faire appel au comte de Forez, son parent : « Mais estant le dict archevesque mort, et luy ayant succédé un autre nommé Robert de la « Tour, auparavant évesque de Clermont, les habitans de la ville qui ne pouvoyent, comme l’on dict, plus demeurer en leur peau, et délivrez du respect qu’ils avoyent porté jusqu’alors au comte de Forest, commençerent à prendre les armes, et à se mettre en campaigne, et s’esmeut une telle guerre, ou à mieux dire détrousse entre l’église et les habitans de la ville, que l’on ne voyoit de part et d’autre, tant en la ville qu’aux champs, que meurtres, assassinats, pilleries et ravages, sans aucun respect, de sorte que c’estoit pitié de veoir l’estât misérable auquel estoit réduite la ville et le pais. Et fut enfin arrivé pis, si Odo ou Eudes, troisième du nom, duc de Bourgogne, adverty de tous ces désordres, ne fut, comme il fit, venu à Lyon[87]. »

Il parait que le duc n’était point venu là de son chef, comme le disent Paradin[88], Claude de Rubys[89] et autres, mais qu’il avait reçu des ordres formels de Philippe-Auguste, lequel y tint lui-même son parlement quelques années après. Eudes était accompagné de ses féodaux, d’Hervé, comte de Nevers, des évêques de Langres et de Mâcon.

A son approche, il y eut de part et d’autre suspension d’armes et cessation de voies de fait et d’hostilités ; puis après audition des plaintes et des réclamations des parties belligérantes, on passa un traité : l’archevêque et l’église de Lyon devaient user du droit de juridiction et de seigneurie sur la ville ; ils auraient les clefs des portes et des forteresses ; ils s’interdisaient le droit de confisquer les biens des habitants, et s’engageaient à respecter les coutumes et la liberté des citoyens. Les habitants, de leur côté, jurèrent de ne faire aucune confédération ni entreprise contre l’archevêque et le chapitre, de ne construire ni tour ni nouvelle forteresse. Le duc de Bourgogne et le comte de Nevers furent pleiges et cautions pour les uns et les autres, et mirent leur sceau à cet accord, daté de septembre 1208. Pour plus de sûreté, les clefs de la ville leur furent remises et ils durent les garder jusqu’à la quinzaine de Pâques ; les habitants leur donnèrent également les tours du Pont et de Saint-Marceau qu’ils devaient occuper pendant la même période de temps[90]. L’impulsion que le duc Eudes III avait donnée aux affranchissements en Bourgogne, l’avait rendu populaire, et le mettait à même, plus que tout autre, de trancher les questions litigieuses qui s’élevaient souvent entre les communes et les seigneurs.

 

 

 



[1] Innocentii III Epist., ch. IV, l. I.

[2] Innocentii III Epist., ch. I, l. 348 et ch. III, 47.

[3] Innocentii III Epist., t. I, 348.

[4] Innocentii III Epist., 42 liv. X, t. II.

[5] Innocentii III Epist., t. I, 345 et 346.

[6] Rigord, 131, p. 147 ; chron. 403. Raoul de Dicet (II, 167) place ce concile la veille 5 décembre.

[7] Ex brevi chronico S. Benigni Divionensis, apud Labbeum, t. I. Novœ bibl. lib. mss., p. 295 ; Recueil des historiens de France, I. XVIII, pp. 741, 742.

[8] Labbe, Nov. bibl. mss., p. 295 ; Recueil des historiens de France, t. XVIII, p. 742.

[9] Ingeburge de Danemarck, par Géraud, Bibl. de l'École des chartes, 2e série, t. I, p. 24.

[10] Dom Plancher, Paradin, Saint-Julien de Baleure, etc., ne parlent ni du concile ni de l’interdit. M. Xavier Giraud a bien publié un mémoire sur le concile de Dijon (Mémoires de l'Académie de Dijon, 1818, pp. 133, 158) ; mais il n'avait pas connu les documents relatifs à cette affaire et va jusqu'il nier l'interdiction jetée sur la Bourgogne et l'authenticité de la petite chronique de Dijon.

[11] Chr. Divion., Labbe, Nov. bibl. lib. mss., p. 295 ; Recueil des historiens de France, t. XVIII, p. 742.

[12] Rigord, Recueil des historiens de France, p. 51 ; Duchesne, Hist. Franc., t. V, p. 45.

[13] Innocentii III Epist., éd. Baluze, 1682, p. 21.

[14] Chr. S. Benig. Loco citato.

[15] V. Dom Martène, Thesaurus anecdotorum, t. IV, p. 147.

[16] Chron. de Saint-Manon d'Auxerre, Recueil des historiens de France, I. XVIII, p. 263 ; Anonym. Turon., Ibid., p. 295 ; Radulf. Coggeshal, Ibid., p. 91.

[17] Les Gesta pontificum Autissiod. le disent très positivement : « Les cœurs des hommes deviennent endurcis et moins sensibles aux choses spirituelles. » Voir Lebeuf, Histoire d'Auxerre, t. II, p. 129.

[18] Garnier de Rochefort était frère de Simon de Rochefort, abbé de Clairvaux. Il vivait encore en 1222, suivant M. d'Arbois de Jubainville. Il fut enterré devant l'autel Saint-Sauveur de Clairvaux. V. Arthur Daguin, Les évêques de Langres, pp. 96, 97.

[19] Innocentii III Epist., Baluze, I, 101, n° 182 ; Migne, Innocentii III Epist., t. I, p. 63, n° 181.

[20] Migne, Innocentii III Epist., t. IV, p. 68 ; Gall. Christ., t. IV, Instr. 195, n° 86.

[21] L'abbé Lebeuf, Histoire d'Auxerre, t. I, p. 326.

[22] Voir plusieurs lettres du pape Innocent III à cette date ; Potthast, Reg. pontif. Roman., t. I, pp. 92, 93.

[23] Hilduin de Vendeuvre, doyen de Langres dès 1189, puis évêque en 1200, était fils de Laurent, sire de Vendeuvre (Aube).

[24] L'abbé Lebeuf, Histoire d'Auxerre, t. I, p. 326.

[25] L'abbé Lebeuf, Histoire d'Auxerre, t. I, p. 326.

[26] Du Boulay, Hist. univ., t. III, 5 frag ; Potthast, Reg. pontif. Roman., t. I, p. 104. — Cette déconvenue faisait dire aux ennemis de Hugues de Noyers, « que l'évêque d'Auxerre ne gagnerait jamais tant à braire parmi les chantres, qu'il avait perdu pour avoir chanté mal à propos lors de l'interdit. » (Bibl. nat., cart. mss. de l'abbé Decamps, fam. de Philippe-Auguste, t. I, p. 348).

[27] V. Potthast, Reg. pontif. Roman., t. I, p. 160.

[28] Lettre d'Eudes, évêque de Paris, au pape ; Migne, Innocentii III Epist., t. I, pp. 884, 885.

[29] Voir une lettre du pape à Renaud, archevêque de Lyon, de 1200, dans laquelle il compatit à toutes les douleurs et à toutes les tribulations que lai fuit subir Philippe-Auguste au sujet de l'observation de l'interdit. Potthast, Reg. pontif. Roman., t. I, p. 93.

[30] Lettre d'Eudes, évêque de Paris, au pape ; Migne, Innocentii III Epist., t. I, pp. 881, 883. — Voir aimai une lettre de l'évêque de Soissons au même sujet ; Migne, Innocentii III Epist., t. I, pp. 888, 887.

[31] Recueil des historiens de France, t. XIX, p. 391.

[32] Ex brevi chron. sancti Benigni Divion. ; Labbe, t. I, Nova biblioth. lib. mss, p. 295 ; Recueil des historiens de France, t. XVIII, pp. 741,7i4.

[33] Arch. de la Côte-d'Or, Cartulaire de Notre-Dame de Beaune, n° 94, fol. 146 r°.

[34] Bocquillot avait sans doute pria ces documents pour les copier, et à sa mort ils ont été égarés. Ces renseignements proviennent des fragments d'un vieil inventaire relatif à l’affranchissement d’Avallon, qui se trouvait dans ses papiers. Voir Cherest, Étude sur Vézelay, t. III, p. 217.

[35] Archives de la Côte-d'Or, Chambre des comptes, B. 11476 ; Vidimus du XVe siècle ; Pérard, p. 422 ; Garnier, Chartes de communes, t. II, p. 102.

[36] Bibl. nat., ms. lat. 6993, liber pontificum, fol. 5 r°, 6 v°.

[37] Chron. de Villehardouin, éd. Huchon, p. 43.

[38] Baudouin, comte de Flandre, étant à Cîteaux, donne aux religieux droit de péage sur ses terres ; deux pièces à ce sujet (Arch. de la Côte-d’Or, Cartulaire de Cîteaux, n° 167, fol. 100).

[39] Hugues, comte de Saint-Pol, donne à Cîteaux une rente de cent sols ; deux pièces, y compris la justification de la comtesse Yolande, sa femme (Arch. de la Côte-d’Or, Cartulaire de Cîteaux, n° 107, fol. 79).

[40] Arch. de la Côte-d'Or, Cartulaire de Cîteaux, n° 167, fol. 100 r°.

[41] Voir notre tome II.

[42] Pacy, canton d'Ancy-le-Franc, arrondissement Tonnerre (Yonne).

[43] Arch. de la Côte-d’Or, Cartulaire de Cîteaux, t. I, n° 166, et t. II, n° 167, fol. 11.

[44] Notre recueil mss. sur Villehardouin, pièces 42, 43.

[45] Notre recueil mss. sur Villehardouin, pièce n° 7. On voit par ce document quelle était la parenté de Villehardouin arec les seigneurs de Montbard. André de Montbard avait épousé Mabile d'Arcy-sur-Cure, sœur de Damerons ; Mabile se remaria à Geoffroi de Poissy, qui devint ainsi l'oncle de Villehardouin (V. aussi Reomaus, Historia monasterii S. Johannis, pp. 230, 231). D'autre part Eremburge de Villehardouin, nièce du chroniqueur, et fille de Jean de Villehardouin, épousa Bernard de Montbard (Rec. mss., n° 53, 80), dont elle était veuve en 1213 (Rec. mss., n° 80).

[46] Mile Ier le Brebant, père de Mile II, avait épousé Hélie de Villemaur, dont la sœur était mariée à Geoffroi de Villehardouin. Elles étaient filles de Dreux Strabo de Villemaur, qui eut deux autres fils, Béranger et Geoffroi, et trois petits-fils, Dreux, Geoffroi et Gauthier, que le chroniqueur appelle ses chers neveux Karissimi nepotes mei (Recueil mss. sur Villehardouin, pièce n° 39 ; généalogie inédite des seigneurs de Villemaur).

[47] Arch. de la Côte-d'Or, Peincedé, t. XVIII, p. 1154. Ces derniers domaines étaient arrivés aux Mile de Brebant par l'alliance avec les Villemaur, et provenaient du mariage de Guillaume, seigneur de Duesme, avec la dame de Villemaur, antérieurement à 1145 (Voir le n° 283 de nos actes). D'autres membres de cette famille le Brebant étaient établis à la fin du XIIe siècle à Marmagne dans le voisinage de Montbard (Voir nos cartulaires de Fontenay).

[48] Henri d'Arzillières avait épousé Agnès de Montréal, fille d'Anseric de Montréal, sénéchal de Bourgogne, et de Sibylle de Bourgogne, nièce de Hugues III (V. le tableau généalogique encore inédit des Montréal). Henri était par suite cousin du duc Rudes III, et Gauthier d’Argillières, fils d'Henri, nomme Hugues de Montréal évêque de Langres, son oncle (Bibl. nat., anc. fonds lat. 5992, fol. 210 v°).

[49] Tableau généalogique des Villehardouin (inédit). — Geoffroi était de plus vassal d'Henri d'Argillières pour la terre de Longeville (Rec. mss. sur Villehardouin, pièce n° 36).

[50] On a de nombreux documents sur les Aulnay et sur les Saint-Chéron. Le Cartulaire de Pontigny fournit aussi quelques chartes.

[51] Recueil de pièces sur Villehardouin, n° 40.

[52] Recueil de pièces sur Villehardouin, n° 40.

[53] Recueil de pièces sur Villehardouin, n° 86.

[54] Arch. de la Côte-d'Or ; B. 502, registre fol. 1.

[55] Ce serait sortir de notre sujet de nous étendre davantage sur ces familles. Ce recueil de pièces sur Villehardouin nécessite une publication à part, en y joignant les tableaux généalogiques, dessins, sceaux et environ quatre cents chartes.

[56] Vilain de Nully avait épousé Ado ou Ode, veuve de Clérembaud de Noyers, et une de ses filles, nommée aussi Ode, épousa Geoffroi de Villehardouin, fils du chroniqueur. Il ne faut donc pas s'étonner des mentions louangeuses et méritées qui sont consacrées à Vilain de Nully par notre historien.

[57] Du Bouchet, Preuves de la maison de Coligny, p. 48.

[58] Du Bouchet, Preuves de la maison de Coligny, p. 49.

[59] Voir des pièces du cartulaire de Longuay.

[60] Jolibois, la Haute-Marne ancienne et moderne, p. 127.

[61] Jean, frère aîné de Geoffroi le chroniqueur, était déjà chevalier en 1177. Son sceau ne porte aucune brisure comme ceux de ses frères.

[62] Jean et Céline donnent, en se croisant, en 1204, une famille à la Maison-Dieu du Chêne (Bibl. nat., Trésor généal. de Dom Villevieille, d'après les arch. de Saint-Remi de Reims).

[63] Orig. Arch. de la Côte-d'Or, fonds de Fontenay, H. 573 et 574.

[64] Orig. Arch. de la Côte-d'Or, fonds de Fontenay, H. 579.

[65] Arch. de la Côte-d'Or, cartul. de Fontenay, n° 201, fol. 50, 51.

[66] Orig. Arch. de la Côte-d'Or, fonds de Quincy, H. 620 ; Orig., id., fonds Fontenay, H. 580.

[67] Orig. Arch. de la Côte-d’Or, fonds de la commanderie du Temple de Dijon, H. 1173.

[68] Arch. de la Côte-d'Or, cartul. de Saint-Seine, p. 17.

[69] Orig. Arch. nat., Trésor des chartes de Bourgogne, VI, 130.

[70] Arch. de la Côte-d’Or, cartul. de Saint-Seine, fol. 17.

[71] Innocentii III Epist., Recueil des historiens de France, t. XIX, p. 426.

[72] Le Vaudreuil, Eure, arrondissement Louviers, canton Pont-de-l'Arche.

[73] Orig. Trésor des chartes d’Angleterre, II, n° 3.

[74] On n’en peut douter, en lisant la phrase suivante : et quidquid per conventiones inter me et Fredericum majorom de Bithe, et Fredericum, filium ejus, habitas secundum tenorem carte ab eis mihi tradite acquisieram.

[75] C’est ce qui a été prouvé par M. le comte de Pange dans un mémoire récemment lu à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.

[76] Archives de la Meuse, cartul. de Bar-le-Duc, B, 236.

[77] Orig. Arch. de la Côte-d’Or, fonds de la collégiale de Beaune, H, 390.

[78] Orig. Arch. de la Côte-d’Or, H. 719 ; n° 1079 de nos actes.

[79] N° 1066 et 1067 du catalogue des actes.

[80] Orig. Arch. de la ville de Beaune ; Pérard, p. 274 ; Garnier, Chartes de communes, t. I, pp. 207, 208.

[81] Bibl. d’Auxerre, Histoire de Pontigny, de l’abbé Depaquit ; la pièce est éditée dans le Nomasticon Cisterciense, p. 500.

[82] Rigord, 146, chron. 137, édition Delaborde.

[83] Pontigny, par le baron Chaillou des Barres, Paris, Valon, 1814, in-8°, p. 70. Le roi Louis VII était venu à Pontigny, en 1177 ; on ne donne pas la date à laquelle y vint Philippe-Auguste.

[84] Voici le seul passage qui démontre l’existence du fils d’Hervé, comte de Nevers, sur lequel on n’a pas d’autres renseignements : hoc eodem modo concessum est milii a comite Nivernensi Herveio, cujus filio copulauda crat per matrimonium filia jamdicti fratris mei Andree, comitis Albonii... Charte de 1207 ; cartul. de Cîteaux, aux archives de la Côte-d’Or, t. III, n° 168 ; Duchesne, Maison de Vergy, pr. p. 96 ; n° 1152 du catalogue des actes.

[85] Bibl. nat., fonds latin, 10954, n° 153 ; n° 1151 de notre catalogue.

[86] Arch. de la Côte-d’Or, cartul. de Cîteaux, t. III, n° 168.

[87] Claude de Rubys, Histoire de Lyon, MDCIIII, p. 272.

[88] Paradin, Histoire de Lyon, MDLXXIII, p. 136.

[89] Claude de Rubys, Histoire de Lyon, MDCIIII, p. 272.

[90] V Ménétrier, Histoire de Lyon, pp. 272, 273 ; Paradin, Annales de Bourgogne, p. 299 ; Claude de Rubys, Histoire véritable de la ville de Lyon, pp. 272, 273 ; Paradin, Mémoires de l'histoire de Lyon, p. 136.