ORIGINES DE LA TACTIQUE FRANÇAISE

BATAILLES D'AUTREFOIS

 

QUATRIÈME PARTIE. — LA TACTIQUE FRANÇAISE

LIVRE HUITIÈME. — HENRI II

 

CHAPITRE XXX. — LE CONNÉTABLE DE MONTMORENCY.

 

 

LE ROI SOLDAT.

Henri II était un soldat et un organisateur. Ses premiers actes de roi indiquèrent qu'il voulait déchirer le traité de Crespy, et tenter à son tour la fortune contre le vieil Empereur.

Dès 1547, il divisa la frontière du royaume en trois départements militaires, administrés chacun par un maréchal de France[1] ; il renouvela avec les cantons suisses la convention qui lui assurait un contingent de 6 à 16.000 hommes, formés en régiments[2] comme les lansquenets[3], et il répartit toutes les bandes à pied françaises et étrangères entre cinq colonels et capitaines-généraux[4]. L'infanterie française en eut deux, dont la charge devint permanente : en deçà des monts, Gaspard de Châtillon, comte de Coligny ; delà les monts, François de Gouffier, seigneur de Bonnivet. Chaque colonel général[5] avait pour assisteur un mestre de camp général[6], un sergent de bataille[7] et un grand prévôt des bandes.

Claude de Lorraine, duc d'Aumale, fut nommé colonel général de la cavalerie légère[8]. La gendarmerie[9] continua à relever directement du roi et du connétable, sous l'inspection et le contrôle des maréchaux de France.

Charles de Cossé-Brissac, maître et capitaine général de l'artillerie, et Jean d'Estrées, son lieutenant, réduisirent toutes les pièces en usage à six modèles exclusifs : le canon, la grande coulevrine, la bâtarde, la moyenne, le faucon et le fauconneau[10], qu'on appela, depuis 1551, les six calibres de France.

Les projectiles étaient des boulets de fonte, dont le poids variait de 1 à 34 livres.

 

Après une heureuse intervention en Écosse[11], Henri II envahit le Boulonnais[12], le 23 août 1549, et s'empara, sans coup férir, de presque toutes les forteresses anglaises. Les ministres du jeune roi Édouard IV prirent peur et demandèrent la paix. Elle fut signée à Guines, le 24 mars 1550 ; l'Angleterre consentait au rachat de Boulogne, et ne gardait plus en France que Calais.

 

COSSÉ-BRISSAC.

Le gouverneur français du Piémont, le vieux prince de Melfi, étant mort, au mois d'août 1550, après avoir tenté de rétablir la discipline[13] parmi les bandes delà les monts, son successeur, le maréchal de Brissac[14], prépara activement la reprise des hostilités contre l'armée impériale du Milanais.

Après une inspection minutieuse des places de son gouvernement, Brissac fit appliquer dans toute leur rigueur, en les complétant au besoin, les ordonnances et les règlements de Guillaume du Bellay.

Pendant une année il leva des recrues, exerça des troupes, organisa les services[15], et, quand le roi lui donna l'ordre, en septembre 1551, d'intervenir dans la querelle du duc de Parme avec l'Empereur, l'armée de Piémont enleva brusquement Chieti et San-Damiano ; puis, par une marche audacieuse, elle obligea le gouverneur du Milanais, Fernand de Gonzague, à évacuer le Parmesan.

Ces succès facilitèrent les négociations d'Henri II avec les princes luthériens d'Allemagne, que Charles-Quint croyait avoir domptés par sa victoire de Mühlberg[16], mais qui frémissaient plus que jamais sous le joug de la maison d'Autriche. Leur chef, Maurice de Saxe, déclara le roi de France Protecteur des ligues germaniques, et l'engagea à s'emparer des villes de l'empire qui n'étaient pas de langue allemande[17].

C'était lui offrir Cambrai et les Trois-Évêchés, Toul, Metz et Verdun, ces vieilles cités austrasiennes, berceau de la monarchie franke.

A cette nouvelle, un grand élan national, une généreuse ardeur patriotique entraîna l'élite de la jeunesse française au camp de Vitry, où le connétable de Montmorency avait donné rendez-vous à ses capitaines pour le voyage d'Austrasie[18].

 

VOYAGE D'AUSTRASIE (1552).

Le 10 mars 1552, Montmorency, ayant pour maréchaux de camp[19] Gaspard de Sault, seigneur de Tavannes, et le sieur de Bourdillon, franchit les défilés de l'Argonne, avec 1.500 hommes d'armes[20], et leur suite d'archers[21], de coustilliers ou de valets, avec 2.000 chevau-légers[22], autant d'arquebusiers à cheval[23], 26.000 hommes d'infanterie française en deux bataillons[24], et 42 pièces d'artillerie[25], afin d'aller rejoindre sous les murs de Toul, « première ville neutre à l'entrée de Lorraine », le bataillon de 8.000 lansquenets que le Rhingrave et le capitaine Schertel y avaient amené.

Toul ouvrit ses portes au connétable, et Henri II y fit son entrée le 12 avril, suivi de sa maison[26] et de ses gardes. De là par Nancy et Pont-à-Mousson, il se dirigea triomphalement vers Metz.

L'antique capitale du royaume d'Austrasie, devenue depuis 985 une ville libre impériale, fut occupée, le 18 avril 1552, par l'armée françaises[27] au nom des libertés germaniques. La communauté d'origine renoua aussitôt les vieux liens qui rattachaient Metz-la-Pucelle au royaume des Franks[28], et, dès l'année suivante, elle prouva, par une défense héroïque contre l'armée de Charles-Quint, qu'elle tenait à rester à jamais française[29].

 

Parti de Metz le 20 avril, Henri II traversa les Vosges pour passer en Alsace. Mais alors les habitudes de maraude et d'indiscipline que les vieilles bandes françaises avaient rapportées d'Italie, effrayèrent les habitants et compromirent l'entreprise.

« Quand nous aimes entrés sur les terres d'Allemagne, dit Carloix, le Français montra son insolence au premier logis, et effraya si bien tout le reste que nous ne trouvâmes plus un seul homme à qui parler. Tant que le voyage dura, il ne se présenta personne avec sa denrée sur le passage ; il fallait faire 5 à 6 lieues pour aller au fourrage ou aux vivres, et encore sous bonne escorte, car 10 hommes n'en revenaient pas ; de quoi l'armée souffrit infinies pauvretés. Ce malheur nous commença le 6 mai, à l'approche de Saverne[30]. »

Les bourgeois de Strasbourg remplirent les fourgons de M. de Lezigny[31], surintendant général des vivres de l'armée[32] ; mais ils fermèrent leurs portes à l'avant-garde du connétable. Il fallut se contenter d'entrer à Haguenau et à Wissembourg, qui n'étaient pas en état de résister aux grandes coulevrines du comte d'Estrées.

 

Henri II se préparait à franchir le Rhin, pour faire sa jonction avec l'armée des princes allemands confédérés, et pour prendre enfin la revanche des cinq invasions de Charles-Quint, lorsqu'il apprit, le 12 mai, que Maurice de Saxe avait traité avec l'Empereur.

Cette défection déjouait tous les plans du Roi ; mais il sut faire sur mauvais jeu brave réponse. Il dit aux ambassadeurs des princes luthériens « qu'il lui suffisait d'avoir obtenu la paix et la liberté de l'Allemagne, et qu'il se retirait en les priant de lui garder leur amitié et de se ressouvenir du bien qu'ils avaient reçu par son assistance[33]. »

Cette retraite était d'ailleurs imposée par les circonstances ; une armée conduite par la régente des Pays-Bas, Marie d'Autriche, reine de Hongrie et de Bohême[34], s'était emparée de la ville lorraine de Stenay et menaçait la Champagne ; les Cantons suisses demandaient qu'on respectât leurs alliés d'Alsace ; enfin, la vue des coureurs français semblait avoir fait oublier à l'Allemagne toutes ses rancunes contre l'Empereur.

Henri II, obligé de tourner le dos au grand fleuve sans l'avoir franchi, ne voulut pas du moins rentrer en France avant d'avoir tenté un coup de main contre le Luxembourg[35] et achevé la conquête des cités d'Austrasie.

Son armée, divisée en trois colonnes, suivit trois routes différentes.

Le corps principal, commandé par le Roi et composé de sa maison, de 500 hommes d'armes sous la charge du connétable, de 1.000 à 1.200 chevau-légers ou arquebusiers à cheval, des vieilles bandes françaises et du régiment de lansquenets du colonel Seller-tel, se dirigea, par le duché de Deux-Ponts vers Rodemack[36], pour tourner Thionville, boulevard et centre d'opérations des Impériaux sur la Moselle.

Une colonne légère, conduite par le duc d'Aumale[37], devait couvrir cette marelle du côté du Palatinat, en franchissant les Vosges au col de Neustadt, et en suivant la route de Kaiserslautern à Sarrebrück[38].

Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, reprit avec la 3e colonne « le chemin que l'armée avait tenu de Metz à Wissembourg, et protégea un grand convoi de malades et de bagages, qui avait pour escorte particulière deux compagnies de gendarmerie et quelques chevau-légers ou arquebusiers à cheval[39] ».

Cependant il avait suffi à l'amiral d'Annebaut de réunir aux légionnaires de Champagne 3 ou 4.000 Suisses et 2 ou 3.000 chevaux, « tant des Ordonnances que d'autre cavalerie, pour arrêter la dévastation et les 10.000 méchancetés que l'armée de la reine de Hongrie perpétrait sur la rivière d'Aire, entre Sainte-Menehould, Châlons et Attigny ». A la première démonstration de l'amiral, les Impériaux avaient reculé jusqu'à la Meuse et s'étaient enfermés dans Stenay, après avoir incendié Grand-Pré.

D'Annebaut, prenant résolument l'offensive, passa la Meuse au-dessus de Verdun et vint mettre le siège devant Danvilliers. En même temps la concentration des trois premières colonnes de la grande armée royale s'opérait devant Rodemack, qui se rendait au premier coup de canon.

Henri II, sans s'attarder à attaquer Thionville, dont la garnison était nombreuse et vaillante, se dirigea à marches forcées vers Etain, pour rejoindre l'armée de Champagne sous les murs de Danvilliers. Cette pointe heureuse livra Verdun au roi ; il y fit son entrée le 12 juin, jour de la Trinité.

L'artillerie du comte d'Estrées réduisit Danvilliers et Ivoy[40], pendant que le maréchal de la Mark rentrait par la brèche dans son château de Bouillon[41]. Montmédy capitula avant d'avoir été attaqué (23 juin).

 

Les Trois-Évêchés lorrains étaient conquis ; mais il y avait encore Cambrai à recouvrer. Le connétable voulut tenter l'entreprise malgré les grandes chaleurs et la fatigue des troupes. Il entra en Hainaut, brûla Chimay, sans rencontrer l'armée des Pays-Bas, « qui s'était rompue et évanouie », et enleva Trélon et Gageon. Il se préparait à assiéger Avesnes, sans se soucier des pluies torrentielles, qui augmentaient chaque jour les maladies et les souffrances du soldat[42], lorsqu'il reçut d'Henri II, menacé des représailles de Charles-Quint, l'ordre d'évacuer le Hainaut et de rallier toutes les troupes à Étréaupont sur l'Oise.

C'est là que la grande armée d'Austrasie fut licenciée, le 24 juillet. Le duc de Vendôme en conduisit une partie dans son gouvernement de Picardie pour reprendre Hesdin ; le reste fut réparti dans les garnisons de Champagne et de Lorraine, où les compagnies de cavalerie et les bandes à pied eurent à se réorganiser pour se préparer à une nouvelle campagne[43].

 

LA REVANCHE DE CHARLES-QUINT.

Charles-Quint fit aux princes luthériens les concessions les plus pénibles à son orgueil, afin de tirer une prompte vengeance du voyage d'Austrasie. Sous prétexte de préparer de grands armements contre les Turcs, il chargea le duc d'Albe de former en Bavière la plus nombreuse armée qui se fût jamais réunie sous les enseignes impériales.

 

Malgré les infirmités d'une vieillesse prématurée[44], qui n'avait triomphé ni de son énergie ni de ses rancunes, l'Empereur passa le Rhin, le 15 septembre 1552, avec 420.000 hommes, et fit son entrée à Strasbourg[45], où il prépara aussitôt une nouvelle invasion de la France.

En un mois, il négocia la défection de l'allié vénal et sans scrupule d'Henri II, le margrave Albert de Brandebourg, qui ravageait les environs de Thionville avec 20.000 aventuriers allemands[46] ; il ordonna à Antoine de Croy, comte de Reux, son lieutenant général dans les Pays-Bas, de quitter les positions qu'il occupait sur l'Escaut, entre Cambrai et Crèvecœur, pour aller mettre la Picardie à feu et à sang. Il envoya des détachements dans le Luxembourg et la Franche-Comté pour protéger les convois qu'il attendait de ces provinces ; puis, à la tête de 60.000 hommes, il s'achemina vers Metz, qu'il voulait assaillir avec une artillerie formidable.

La goutte l'obligea à s'arrêter à Thionville, et ce fut le duc d'Albe qui vint mettre le siège, le 19 octobre, devant la noble cité de Clovis et de Charles-Martel.

 

Mais, dès le 17 août, le duc François de Guise était entré à Metz avec l'élite de la noblesse française[47] ; il avait mis ces deux mois à profit pour pousser activement les travaux de terrassement, et faire partager à la garnison[48] et aux habitants sa ferme volonté d'une défense à outrance. En même temps, le connétable de Montmorency, confiant au patriotisme de leurs défenseurs les villes nouvellement conquises dans les Trois-Evêchés ou dans le Luxembourg, ainsi que les places frontières de Picardie et de Champagne, avait réuni au camp de Saint-Mihiel toutes les forces disponibles de la France et en avait formé une armée d'observation.

C'était à Metz, en effet, que la partie décisive était engagée.

Pour mettre en lumière cette page célèbre de notre histoire, il suffira de résumer le récit qu'un membre de l'Institut, l'intendant général Charles Robert, a emprunté à clos documents authentiques.

 

SIÈGE DE METZ (14 octobre 1552).

La ville, très étendue, était enveloppée seulement d'une vieille muraille, flanquée de tours, qu'une fausse-braie ne renforçait pas partout[49]. Des constructions s'adossaient à cette muraille, encombraient les fossés et s'étendaient dans la campagne[50].

Le duc de Guise, dès son arrivée, avait fait raser tout ce qui gênait l'œuvre du canon ; mais, malgré ses efforts, il n'avait pu renforcer par des terrassements que la partie de l'enceinte qui faisait face à l'Allemagne.

Ce fut, en effet, au nord-est que se présenta le duc d'Albe. Il établit son corps de bataille sur le plateau de Grimont, et son avant-garde sur les hauteurs de Belle-Croix[51] qui, dominant la porte de Sainte-Barbe, prennent des vues de revers sur l'île Chambière, formée au nord de la ville par les deux bras de la Moselle. Cette avant-garde avait construit des tranchées et des batteries[52], et son artillerie avait déjà ouvert le feu contre la ville[53], lorsque, le 2 novembre, le duc d'Albe, laissant au camp de Grimont les 12.000 hommes de pied et les 3.000 chevaux envoyés des Pays-Bas par la reine de Hongrie, força le passage de la Seille au pont de Magny et établit le gros de ses forces entre la Moselle et la Seille, dans la plaine ondulée du Sablon[54].

Il avait, pour changer son point d'attaque, deux motifs importants : 1° le sol du Sablon était moins impraticable pendant les pluies d'automne que les rampes argileuses du nord-est ; 2° le grand ouvrage rectangulaire, qui défendait la ville au sud-ouest, n'avait qu'un fossé sec, et, sauf une plate-forme, il se composait de l'ancienne muraille sans terrassement ; du côté de Grimont, au contraire, la Seille baignait le pied de l'enceinte, et, grossie par les pluies, elle rendait presque impossible le passage du fossé.

Le duc d'Albe traça le nouveau front d'attaque entre les portes Saint-Thiébaut et Champenèze. La tranchée fut ouverte en avant de l'abbaye de Saint-Arnould et poussée vers Saint-Thiébaut, sous la protection de quatre batteries, qui entamèrent promptement la muraille, sans toutefois en voir le pied[55].

 

Les 20.000 Allemands d'Albert de Brandebourg, après avoir battu et pris le duc d'Aumale aux environs du Pont-Saint-Vincent[56], vinrent, le 10 novembre, camper au Ban-Saint-Martin et complétèrent, sur la rive gauche de la Moselle, l'investissement de Metz.

 

Le 18, l'Empereur, croyant hâter par sa présence la reddition de la place, quitta Thionville et se fit porter en litière au camp du duc d'Albe.

Il prolongea le front d'attaque jusqu'à la tour d'Enfer, qui formait saillie du côté de la Moselle, et amassa toute sa grosse artillerie sur des cavaliers en terre, élevés devant cette tour et le château Champenèze[57].

La muraille de la longue courtine intermédiaire fut battue sans relâche ; mais, à mesure qu'elle s'écroulait, le duc de Guise, secondé par son mestre de camp Pierre Strozzi, par ses ingénieurs Saint-Rémy[58] et Carrillo Mazini, portant la hotte et donnant l'exemple aux pionniers, faisait construire un large retranchement intérieur.

Chaque jour, chaque nuit, des détachements intrépides, franchissant la Moselle et la Seille, jetaient l'alarme dans les trois camps impériaux, où les souffrances d'un hiver précoce avaient introduit les maladies, l'indiscipline et la désertion.

Cependant, vers la fin de novembre, la tour d'Enfer s'entrouvrit sur une largeur de 20 pieds et les deux tours voisines s'écroulèrent avec un grand fracas. Mais, quand la poussière se fut dissipée, les assiégeants, formés pour l'assaut, virent se dresser en arrière de la brèche un rempart imprévu.

Il fallait recommencer le feu et les travaux de sape.

Les Impériaux cheminèrent jusqu'au fossé de la tour d'Enfer, et, à 40 pas de ce fossé, ils construisirent un dernier épaulement, qui reçut 2 canons et un grand nombre d'arquebusiers.

Le 7 décembre, au point du jour, la brèche avait 90 pas de largeur[59]. Mais quand le grand tambourin de l'Empereur eut réuni les colonnes d'assaut, le passage était couronné par l'élite de la garnison de Metz, dans une attitude si résolue que le duc d'Albe n'osa pas donner le signal de l'attaque.

Il recourut de nouveau à la mine et au canon.

Des alternatives de gelée et de dégel rendaient les tranchées intenables ; les sentinelles, engourdies par le froid, se réveillaient avec les jambes gelées jusqu'au genou. Les lansquenets, réduits de moitié, se mutinaient, et, du château de la Horgne, où il avait établi son quartier, Charles-Quint entendait leurs cris de douleur et de colère.

 

Cette fois encore l'ambitieux Empereur fut obligé de s'avouer vaincu.

Le 65e jour de l'arrivée du duc d'Albe et le 45e de l'ouverture du feu, « Charles d'Autriche, reniant Dieu, accusant les hommes, et tant maladif qu'à grand'peine pouvait-il retenir son âme », se décida à ordonner la retraite. Il retourna, le 1er janvier, à Thionville, d'où il se réfugia à Bruxelles, sous l'escorte de 1.500 chevau-légers.

Les régiments wallons du camp de Griment se retirèrent dans le Luxembourg, et le duc d'Albe passa la Moselle au pont de Moulin pour rentrer à Thionville. Son camp offrait le plus misérable spectacle.

« De quelque côté qu'on regardât, dit Bertrand de Salignac, on ne voyait qu'hommes morts ou mourants ; on entendait une infinité de malades se plaindre dans leurs loges, qui, à cette occasion, avaient été laissées entières. Chaque quartier avait de grands cimetières fraîchement labourés ; les chemins étaient couverts de chevaux morts, de tentes, d'armes et de meubles abandonnés : il y avait partout une telle misère que les plus acharnés ennemis en avaient compassion.

« Au lieu de faire mettre le feu par tout ce camp[60], le duc de Guise envoya assembler les malades et ordonna une charitable aumône pour les nourrir, les guérir et donner sépulture aux trépassés. Il fit savoir au duc d'Albe que s'il voulait envoyer de ses gens pour leur pourvoir et les conduire à Thionville, il les accommoderait volontiers de bateaux bien couverts pour les y mener. Le défenseur de Metz s'est donné ainsi un renom d'humanité qui rendra sa mémoire immortelle. »

Les Allemands d'Albert de Brandebourg quittèrent les derniers le Ban Saint-Martin[61] et se dirigèrent vers Trèves, poursuivis, d'après la chanson d'un soudart[62] de la garnison,

Par grand nombre de cavalerie,

Que le noble seigneur de Guise

Sur la queue leur fit aller

Pour les apprendre à cheminer.

Le 9 janvier 1553, Metz-la-Pucelle victorieuse avait payé de son sang le droit d'appartenir à la France.

 

En Picardie, le comte de Rœux brûla, du 40 au 20 octobre, 5.000 bourgs, hameaux ou fermes[63], sans oser attaquer La Fère, où le duc de Vendôme s'était enfermé. Un mois plus tard, il reçut des renforts et assiégea Hesdin, qui capitula après une trop courte résistance.

A cette nouvelle, le connétable envoya son neveu, Gaspard de Coligny, avec une partie de l'armée d'observation, pour renforcer le duc de Vendôme et reprendre Hesdin. Le comte de Rœux, qui campait encore aux environs, battit en retraite à l'approche de Coligny, et la garnison allemande rendit la place après deux jours de canonnade (19 décembre).

 

En Italie, Ferdinand de Gonzague[64] n'avait pas réussi à reprendre San-Damiano. Sur toute l'étendue de nos frontières, l'année 1552 se terminait glorieusement pour les armes françaises.

 

LA TACTIQUE EN 1553.

Les commentaires de Montluc, de Boyvin du Villars et de François de Rabutin nous permettent de suivre jour par jour les remarquables opérations militaires, qui se sont accomplies, de 1553 à 1559, dans le bassin du Pô et dans les Pays-Bas.

Ils nous montrent des soldats incomparables, dirigés par des capitaines expérimentés qui, après une étude constante de l'art de la guerre, ont établi des règles et posé des principes généraux ayant à peine varié depuis Henri II. Il faut franchir plus de deux siècles et aborder la grande épopée de la Révolution et de l'Empire, pour rencontrer à la fois dans l'histoire autant d'hommes de guerre à admirer et autant d'exemples à retenir.

Anne de Montmorency, Charles de Brissac, Jean d'Estrées, François de Guise, Gaspard de Coligny, Pierre Strozzi, Blaise de Montluc et Gaspard de Tavannes dans le camp français ; le duc d'Albe, Philibert-Emmanuel duc de Savoie, le comte d'Egmont, Ferdinand de Gonzague et Guillaume de Nassau sous les enseignes de l'Empereur, sont les véritables fondateurs de la tactique moderne.

L'espace nous manque pour raconter tous leurs exploits, mais nous emprunterons aux mémoires contemporains[65] les faits les plus saillants et les pages les plus instructives.

A cette époque, comme dans tous les temps, la réunion des grandes armées est difficile et leur entretien ruineux ; aussi voyons-nous, des deux côtés, les entreprises de longue haleine échouer au moment même où le but paraît atteint. Henri II, comme Charles- Quint, hésite à engager l'action décisive, la bataille publique du moyen âge ; leurs armées se côtoient, manœuvrent, envahissent et saccagent le territoire du voisin sans oser s'aborder. Une campagne dure trois mois au plus ; elle se réduit à trois ou quatre sièges, à quelques escarmouches, et se termine par la ruine totale du théâtre de la guerre. Il faudra l'imprudence inattendue du vieux connétable de Montmorency et le coup d'audace du jeune duc de Savoie pour que cette guerre de chicane aboutisse, après sept ans, à la journée de Saint-Quentin.

 

L'Empereur, voulant une revanche de son échec de Metz, envoya, au mois d'avril MM, son armée assiéger Thérouanne. Henri II avait laissé sans secours ce poste avancé de la France sur la frontière des Pays-Bas ; la ville fut prise[66], le 20 juin, et détruite de fond en comble. Hesdin eut le même sort, le 28 juillet ; puis les Impériaux ravagèrent le territoire français jusqu'à Doullens,[67] avec une barbarie renouvelée des Huns et des Vandales.

 

Les représailles ne se firent pas attendre. Le connétable forma pour la campagne d'automne 10 régiments temporaires de gendarmerie, composés chacun de 200 hommes d'armes et de 100 arquebusiers à cheval, réunis sous le commandement d'un prince ou d'un grand officier de la couronne[68] ; il rassembla à Corbie 2.000 chevau-légers, 3.000 gentilshommes de l'arrière-ban, 28.000 hommes de pied et 100 pièces d'artillerie grosses ou menues.

Henri II vint, le 1er septembre, prendre le commandement de cette belle armée et, le lendemain, il se mit en marche pour compléter l'expédition d'Austrasie par la conquête de Cambrai.

Le duc François de Guise, précédant d'une journée l'avant-garde, conduite par le connétable, faisait le service d'exploration avec 2 régiments de gendarmerie, 1.200 chevau-légers et 10 enseignes d'infanterie française.

Le duc de Savoie Philibert-Emmanuel[69], lieutenant général de l'Empereur en Picardie, n'ayant pas de forces suffisantes pour livrer bataille, lova son camp de Doullens et repassa l'Authie. Mais il côtoya l'armée du Roi et conserva le contact avec elle[70] jusqu'à Bapaume et Cambrai ; d'où, après avoir jeté des renforts dans la ville libre impériale, il alla prendre position sous les murs de Valenciennes, en construisant au bord de l'Escaut un formidable camp retranché[71].

Le Roi déploya son armée devant les remparts de Cambrai (8 septembre) afin d'intimider les habitants ; mais ceux-ci fermèrent leurs portes et tirèrent leurs canons. Alors, comme la saison était trop avancée pour entreprendre un siège en règle, Henri II remonta la rive droite de l'Escaut, et alla provoquer les Impériaux dans leur camp de Valenciennes.

 

L'armée s'arrêta le 17, et prit sa formation de combat sur deux lignes :

« A l'avant-garde, dit Rabutin, étaient deux bataillons carrés. Celui de droite, composé de 24 enseignes françaises, était flanqué extérieurement par les 600 hommes d'armes, en 3 régiments, du connétable, du duc de Montpensier et de l'amiral de Coligny, précédés d'une partie des nobles de l'arrière-ban et de 300 arquebusiers à cheval. Le bataillon de gauche (19 enseignes de lansquenets) avait pour aile les 3 régiments de gendarmerie des ducs de Vendôme, de Nevers et d'Enghien, lesquels, un peu plus rentrés que l'autre aile de cavalerie, avaient devant eux le reste de l'arrière-ban et les arquebusiers à cheval.

« A la bataille, étaient deux autres bataillons carrés : à droite, 25 vieilles enseignes, flanquées par la maison du Roi, les gardes et le régiment de gendarmerie du maréchal de Saint-André.

« A l'aile gauche, 30 enseignes de Suisses ou de Grisons[72] étaient flanquées par les régiments de gendarmerie du prince de Ferrare et du due de Guise.

« Les capitaines Momas et Enard, deux des plus vieux et expérimentés, conduisaient les enfants perdus. »

« Le pays étant, fort à propos, une plaine de près d'une grande lieue, toute l'armée était si également compartie qu'elle marchait d'un même pas et mesure. Les limites et espaces entre les batailles des gens de pied et les rangs de la gendarmerie étaient conservés avec une si parfaite industrie qu'il ne pouvait y advenir désordre. L'ordonnance des bataillons était tant bien dressée que les premiers rangs devaient, s'ils étaient repoussés, se retirer dans les seconds, et les premiers avec les seconds dans les troisièmes, pour combattre jusqu'aux derniers rangs à la façon des légions latines. Chaque bataillon avait des flancs de piquiers et d'arquebusiers, pouvant faire tête à tous endroits et secourir tant la gendarmerie que le corps de leurs bataillons. Quant à la gendarmerie, chaque régiment était déployé sur un front de 200 hommes d'armes, avec leurs archers au dos ; de sorte que, si un homme d'armes eût été renversé, son premier archer eût pris sa place. Les enseignes étaient au milieu du rang des hommes d'armes et les guidons au milieu du rang des archers.

 

« La cavalerie légère était divisée en 4 escadrons : L'escadron des avant-coureurs, à l'escarmouche ;

Le second, sous M. de Sansac, embusqué à main gauche, dans un petit ravin ;

M. de Nemours se tenait avec le troisième entre notre armée et le camp ennemi ;

Le quatrième, au prince de Condé, était embusqué en un petit fond, sur la route de Valenciennes, Pour empêcher qu'on vînt de ce côté.

« L'artillerie de l'avant-garde était sur le front de l'aile droite et celle de la bataille sur le versant d'une colline, à gauche du bataillon suisse et grison[73]. »

 

Philibert-Emmanuel se contenta d'envoyer sa cavalerie légère escarmoucher avec les avant-coureurs français, et prouva au connétable par une violente canonnade qu'il était en mesure de défendre ses retranchements. « Il resta dans son fort[74], où le conseil du Roi, prenant l'exemple des batailles de Poitiers et de la Bicoque, ne fut pas d'avis de l'attaquer. »

 

L'armée française s'en retourna par Cateau-Cambrésis et la vallée de l'Oise jusqu'à Saint-Quentin, pour y être « départie » le 20 septembre 1553.

L'arrière-ban et les Suisses, « bien payés et contentés », eurent leur congé ; une partie de la gendarmerie fut logée dans les garnisons de la frontière ou renvoyée dans les gouvernements de ses capitaines. L'autre partie avec la cavalerie légère, les vieilles enseignes et les 4 régiments de lansquenets du Rhingrave, s'assembla à Auchy-le-Château sous le maréchal de Saint-André, « pour parachever le dégât et la ruine totale du bailliage d'Hesdin, de la comté de Ponthieu et du reste du pays d'Artois[75]. »

Pendant que « la Gaule Belgique endurait toutes les misères et calamités que les dissensions des grands princes apportent au pauvre peuple », le maréchal de Brissac acquérait une gloire immortelle en maintenant une discipline admirable dans l'armée du Piémont, devenue, au dire de Montluc, la plus belle école de l'Europe. Il imposa au général ennemi, Ferdinand de Gonzague, une capitulation de bonne guerre'[76], qui rompait avec les traditions habituelles de meurtre, de pillage et d'incendie, en sauvegardant les villes et les villages. Cette nouvelle trêve de Dieu assura aux Français des ressources nouvelles et valut au maréchal des succès inespérés.

 

STRATÉGIE OFFENSIVE (1554).

L'été suivant, Henri II répartit en trois armées toutes les forces militaires de la France en deçà des monts, afin de tenir l'ennemi en doute de ce qu'on devait exécuter et de quel côté on le voulait surprendre et envahir.

L'armée de Picardie, dirigée par Charles de Bourbon, prince de la Roche-sur-Yon, campait à l'entour de Saint-Quentin ; elle se composait de 9 à 10.000 hommes de pied des bandes de Picardie, vieilles ou nouvelles, de 300 hommes d'armes et de 6 à 600 chevau-légers ou arquebusiers à cheval.

L'armée de Champagne, la principale, était rassemblée entre Laon et Crespy sous le commandement direct du connétable ; elle comptait 25' enseignes d'infanterie française, les deux régiments allemands du Rhingrave et du colonel Rincrok, 4.400 hommes d'armes, 1.800 à 2.000 chevau-légers ou arquebusiers à cheval[77], autant de gentilshommes de l'arrière-ban[78], et quelques compagnies de cavalerie anglaises ou écossaises.

L'armée de la Meuse entourait Mézières ; son lieutenant général, François de Clèves, duc de Nevers, disposait de 20 vieilles enseignes françaises[79], de 4 enseignes anglaises ou écossaises, des deux régiments allemands du comte Cristophe de Rockendorf et du baron de Fontenay, de 300 hommes d'armes, de 800 chevau-légers ou arquebusiers à cheval[80] et de 200 pistoliers allemands.

Les opérations offensives commencèrent le 23 juin 1554. Charles de Bourbon entra en Artois, « brûlant et ruinant toute la contrée où il passait », pendant que le connétable, après une démonstration contre Avesnes, se dirigeait vers Givet par Maubert-Fontaine, Chimay et Marienbourg, où le roi le rejoignit.

Le duc de Nevers marcha sur Givet par la rive droite de la Meuse, et l'armée du roi se trouva rassemblée devant cette place, le 3 juillet, dans deux camps séparés par la Meuse.

De Givet, l'armée remonta le fleuve, en suivant ses deux rives pour s'emparer de Dinant et de Bouvignes ; puis, tournant brusquement à l'ouest, elle atteignit la Sambre, dont le duc de Savoie occupait la rive gauche. Cependant le passage s'opéra sans combat le 19 juillet ; les Français se dirigèrent vers Cambrai et le Quesnoy, « laissant derrière eux, pour leurs brisées, feux, flammes, fumées et toutes calamités. »

 

Philibert-Emmanuel, n'ayant pas des forces suffisantes pour engager une bataille, se contenta de les suivre de logis en logis, « en dressant sur leurs derrières toutes les alarmes qu'il put : » Pour se garder des retours offensifs, le gros des Impériaux marchait en bataille au milieu des chariots à bagages, enceinte mobile que les arquebusiers garnissaient rapidement en cas d'alerte.

 

Le 1er août, le prince de la Roche-sur-Yon, « après avoir fait un merveilleux dégât dans le comté d'Artois », opéra sa jonction avec l'armée royale à Crèvecœur-sur-Escaut, au-dessus de Cambrai.

Quand Henri II se vit entouré de 50.000 hommes aguerris et intrépides, il résolut de livrer bataille à l'armée que Charles-Quint avait réunie devant Arras.

Il entra dans le comté de Saint-Pol pour y provoquer le vieil empereur par de nouveaux incendies ; puis il s'arrêta, le 8 août, à Fruges, entre Hesdin et Thérouanne, et fit sommer les châteaux de Renty et de Fauquembergues[81], « qu'il trouvait grandement préjudiciables à son comté de Boulonnais. »

 

LE CHÂTEAU DE RENTY (août 1554).

Les gouverneurs impériaux ayant refusé de se rendre, l'armée quitta Fruges le 11, et vint prendre position sur les deux rives de l'Aa, entre Renty et Fauquembergues.

Le connétable passa avec l'avant-garde sur la rive gauche et fortifia son camp, afin d'obvier a. toute surprise et de couper le chemin aux secours.

« Pour mieux acertener l'Empereur du siège de Renty, il fit affûter sur le haut de la montagne, du côté de Montreuil (au sud-ouest), quatre coulevrines qui commencèrent à battre les défenses, pendant qu'on amenait la grosse artillerie des villes de la Somme. »

Des ponts de bateaux furent jetés sur la rivière, afin d'assurer la communication tic l'avant-garde avec le camp du roi, établi sur la rive droite.

La cavalerie légère du duc d'Aumale campa autour de Fauquembergues[82], pour garder les ponts et observer la rivière.

François de Guise, « qui commandait en la bataille », avait pris position dans la plaine accidentée d'Audinethun, en arrière d'un grand vallon, large de 150 pas et creux d'autant, dominé au nord-est par les rampes boisées du plateau de Merk-Saint-Liévin.

 

Charles-Quint hésitait à secourir Renty et surtout à risquer une bataille ; mais son neveu Philibert-Emmanuel et Fernand de Gonzague, qu'il avait rappelé du Milanais avec l'élite de l'infanterie italienne, le supplièrent de relever le gant du roi de France.

Le Chef de ses pistoliers à cheval, Wolfgang de Schwatzemberg, qui « présomptueusement portait en sa cornette un renard mangeant le coq gaulois[83], » lui jurait que ses 2.000 reîtres, ses diables noirs comme on les appelait, passeraient sur le ventre à toute la gendarmerie de France.

L'empereur consentit à se porter d'Arras sur Thérouanne, et, le 12 août, il prit position sur le plateau de Merk, en avant du bois Guillaume[84], qui le séparait du camp de Henri II.

Ce bois était bien gardé ; « François de Guise y avait embusqué, dans de petits cavins[85], 300 arquebusiers, en laissant à découvert sur la lisière quelques corselets pour que l'ennemi, s'adressant d'abord à eux, fût plus facilement entouré et tiré par lesdits arquebusiers ».

Journée de Fauquembergues (13 août 1554)

Le 13 août, à la pointe du jour, une reconnaissance allemande vint donner dans l'embuscade, perdit beaucoup de monde et s'enfuit en désordre, en rapportant à l'Empereur que le bois était défendu par des forces énormes[86].

 

« Cependant les Français ne laissaient pas refroidir leur artillerie. Dès le matin, la batterie contre le château de Renty avait été continuée plus furieusement qu'auparavant ; de sorte qu'en peu d'heures il y eut deux brèches ; presque raisonnables pour donner l'assaut.

« De quoi l'empereur averti fut tellement fâché et dépité que, ce jour même, 13 août, environ midi, il fit décharger une volée d'artillerie pour avertir ceux de dedans de son secours, et, contre l'avis des principaux de son conseil, il mit tout son camp en ordonnance de combat, pour gagner le bois Guillaume et en chasser les Français. »

L'attaque du bois fut confiée à l'élite de l'armée impériale : 2.000 chevau-légers, commandés par le duc de Savoie, et 4.000 arquebusiers, sous Fernand de, Gonzague, choisis parmi les plus expérimentés et les mieux assurés des bandes à pied espagnoles ou italiennes, avec quelques corselets et piquiers pour les soutenir.

« Cette colonne disposait de 4 pièces de campagne à 4 roues, appelées les pistolets de l'empereur, qu'on pouvait promptement tourner à toutes mains. »

Le long du coteau, près du bois, en descendant sur Fauquembergues, marchait un bataillon d'Allemands, conduit par le comte Jean de Nassau et par le maréchal de Clèves. Ce bataillon était flanqué des 2.000 reîtres du comte Wolfgang, suivis d'assez près par 1.200 chevau-légers et 4 autres pièces de campagne.

La gendarmerie de Bourgogne (et un bataillon de lansquenets étaient restés en réserve en avant du camp impérial.

 

Le duc de Guise, « prince d'incroyable valeur », entreprit la défense du bois, pendant que le connétable, qui avait fait passer les ponts aux Suisses et à la plus grande partie de l'avant-garde, aidait le roi à disposer les trois bataillons de gens de pied en lieu commode et aisé pour combattre avec la gendarmerie.

Il plaça en première ligne les bandes françaises, sous leur colonel général, Gaspard de Coligny ; les lansquenets en deuxième ligne, et les Suisses en réserve ; chaque bataillon avait à sa droite un régiment de gendarmerie pour le flanquer.

Le reste de la gendarmerie se plaça à l'aile gauche de la ligne de bataille, au débouché du vallon de Fauquembergues, « où le duc d'Aumale avec toute la cavalerie légère et quelques arquebusiers à pied, destinés à combattre sans tenir ordre, s'apprêtait à arrêter l'ennemi s'il descendait par cette avenue. »

 

Les 300 arquebusiers et les quelques corselets français, qui défendaient le bois Guillaume, soutinrent une furieuse escarmouche contre la cavalerie du duc de Savoie et l'infanterie de Fernand de Gonzague. Obligés de céder au nombre, « ils se retirèrent d'un lieu à l'autre par les sentiers du bois, sous la direction de François de Guise, qui toujours les soutint avec la cavalerie du corps du guet, ne voulant pas abandonner d'aussi vaillants soldats[87]. »

Quand le bois fut au pouvoir de l'ennemi, le duc courut au vallon de Fauquembergues et prit le commandement de la cavalerie de l'aile gauche ; les reîtres n'étaient plus qu'à cent pas.

Sans attendre le choc de ces pistoliers allemands, il lança successivement contre eux les 400 chevau-légers du régiment de M. de Nemours, les archers de sa compagnie, puis ceux de Gaspard de Saulx-Tavannes, son maréchal de camp.

Mais le gros escadron des reîtres perça toutes les haies de cavalerie qui se présentèrent.

Alors, Tavannes rallia les défaits, et les plaça derrière ses hommes d'armes, armés des premières bardes d'acier qui se fussent vues ; puis, choisissant son temps, il chargea l'ennemi moitié en flanc et moitié en tête. Les reîtres, rompus à leur tour, tournèrent bride, se jetèrent dans les chevau-légers qui les suivaient, et les entraînèrent dans leur fuite. Cette cavalerie mit le désordre dans le bataillon allemand qu'elle devait flanquer ; toute l'aile droite impériale se réfugia dans le bois Guillaume, sous la protection de l'artillerie, qui avait pris position au bord du grand vallon de Fauquembergues.

 

Cependant, la colonne du duc de Savoie ayant traversé le bois Guillaume, « les arquebusiers avaient commencé à tirer de la lisière, avec un merveilleux bruit, dans le bataillon français.

« Mais Gaspard de Coligny, mettant pied à terre, fit sortir des rangs 1.000 à 1.200 de ses meilleurs arquebusiers et corselets, se mit à leur tête, la pique au poing, et donna de telle furie et assurance dans l'arquebuserie espagnole, qu'en un rien de temps cette troupe, qui était deux fois plus nombreuse que la sienne, fut délogée et chassée de la lisière du bois[88]. »

M. de Nevers, passant alors avec son régiment de gendarmerie entre le bataillon français et les lansquenets, traversa le vallon au galop et chargea impétueusement la cavalerie légère du duc de Savoie.

« Tout le centre ennemi fut renversé et mis à vau de route, en tel désordre que gens de pied et cavaliers tournèrent le dos pour fuir et se jeter dans le bois.

« Alors Coligny, poursuivant la victoire de la gendarmerie, lança, sous le feu de l'artillerie impériale, les bandes françaises à l'attaque du bois ; tout ce qui résista fut passé au tranchant de l'épée, pendant que notre artillerie, amenée au coin du bois, obligeait les coulevrines ennemies à déloger[89] ».

Nevers et Coligny avaient conquis 17 enseignes, 5 cornettes et les 4 pistolets de l'empereur, qui furent aussitôt amenés au roi.

Henri II, sur la demande des Suisses, s'était placé avec sa maison à l'aile de leur bataillon, leur disant « qu'il les estimait ses parrains, les fidèles amis de son « royaume, et qu'il voulait vivre et mourir avec eux ! »

Mais les Suisses n'eurent pas à combattre ; la cavalerie française, victorieuse sur toute la ligne, parcourait au galop tout le terrain conquis quand la nuit arrêta la poursuite.

Les Impériaux avaient perdu près de 2.000 hommes, et les Français 240. C'était une victoire[90], et les Français s'apprêtaient joyeusement h la compléter, le lendemain, en donnant l'assaut au camp impérial, lorsque la nouvelle d'une bataille perdue en Italie par le maréchal Pierre Strozzi, vint inspirer au conseil du roi une prudence excessive. On attendit jusqu'au 16 août une seconde attaque de l'empereur ; puis, comme la canicule rendait intenable la plaine infectée par les cadavres d'hommes et de chevaux, Henri II ordonna de lever le camp de Renty et de battre en retraite vers Montreuil-sur-Mer.

C'est ainsi que se termina la campagne de 1554 dans les Pays-Bas. Le Roi retourna à Compiègne, après avoir ordonné au connétable de renvoyer l'arrière-ban, de licencier les nouvelles bandes, et de répartir les anciennes avec la gendarmerie dans les garnisons de Picardie et de Champagne.

Voici, d'après Montluc et du Villars, ce qui s'était passé au-delà des monts.

 

GUERRE DE SIENNE (1554).

La république de Sienne, fidèle alliée des Français en Italie, défendait, depuis 1552, son indépendance contre l'Empereur et le duc de Toscane, Côme Ier de Médicis, lorsqu'en 1554, elle fut envahie par 25.000 Impériaux, commandés par le marquis de Melegnano.

Sienne était la patrie du maréchal Pierre Strozzi, le vaillant rempareur de Metz. Strozzi leva dans le Parmesan 1.200 chevaux et 12 enseignes italiennes, qui furent renforcés de trois régiments, français, allemand et grison, de 3.000 hommes chacun[91], venus de France par mer. Après avoir confié à Montluc la garde de Sienne, il marcha au secours de la petite place de Marciano[92], que le marquis assiégeait.

C'était au mois d'août, pendant les grandes chaleurs ; Malegnano avait établi son camp près des seules fontaines qu'il y eut dans la plaine, et il avait posté son artillerie sur trois collines inaccessibles, qui en défendaient l'approche.

Le maréchal, « fort brave et courageux, mais un peu trop hâtif en ses actions ou délibérations, établit ses troupes à 150 pas de la position ennemie, sur l'espérance que le marquis délogerait afin de le combattre[93]. » Mais le marquis resta dans son camp, et les Français, épuisés par la soif, furent contraints, après huit jours d'inutiles escarmouches, de se mettre en retraite vers Lucignano, dans la vallée de la Chiana.

Marciano (2 août 1554).

Strozzi, « estimant que, la nuit venue, les ennemis ne penseraient qu'au repos, commanda de conduire diligemment son artillerie à Lucignano, après en avoir fait tirer quelques volées pour dissimuler sa retraite. En même temps, il ordonna qu'on se tînt prêt à déloger deux heures avant le jour, sans trompettes, sourdines, ni tambourins. Ses 1200 cavaliers devaient marcher sur les ailes des trois bataillons ainsi répartis :

A l'avant-garde, 12 enseignes italiennes ;

A la bataille, les Français et les lansquenets ;

A l'arrière-garde, 3.000 Grisons et 500 Siennois, commandés par le sieur de Fourquevaux.

« Pour que le marquis ne découvrît pas ce soudain délogement, le maréchal fit dresser une nouvelle et rude escarmouche.

« Mais Malegnano avait prévu et découvert la ruse. Sachant que l'artillerie française était si loin déjà qu'elle ne pouvait pas servir au combat, et que ses adversaires étaient las et abattus de faim et de soif, il forma son infanterie en 2 bataillions, qu'il lança à la poursuite de Stozzi. »

Le premier bataillon, sous don Juan de Luna, était composé de 3 ter-rios d'Espagnols ; l'autre, sous le comte de Santa-Fiore, comprenait deux régiments allemands, de 12 enseignes chacun, et 4.500 Italiens. Une avant-garde de 200 hommes d'armes liens, conduits par Marc-Antoine Colonna et Frédéric de Gonzague, et soutenus par 2.000 enfants perdus espagnols ou italiens, attaqua fiévreusement le bataillon des 3.000 Grisons et des 500 Siennois, qui fit quelque vertueuse résistance. Mais, abandonné par la cavalerie italienne, qui avait fui[94] dès le commencement, et attaqué de flanc par 300 autres chevaux de l'ennemi, le bataillon fut ouvert et, de main en main, renversé à vau de route. Fourquevaux, colonel des Grisons, fut blessé et pris.

« Les Français et les lansquenets du corps de bataille se serrèrent ensemble et, quoique privés du support de la cavalerie, combattirent fort longuement et courageusement ; mais à la fin, enveloppés de tous côtés, ils furent renversés non sans grande tuerie des ennemis. »

Le capitaine Valeron, colonel des bandes françaises, y mourut au lit d'honneur avec 4.000 autres ; Strozzi, blessé en deux endroits après avoir fait acte de preux et vaillant capitaine, « fut porté sur des perches à Lucignano, » où le gros de l'armée se réfugia.

« Ce qui prouve, dit Montluc, que ces retraites de jour, à la barbe de l'ennemi[95], sont si dangereuses qu'il les faut éviter si l'on peut, ou qu'il vaut mieux, en pareil cas, hasarder le combat tout entier. »

 

L'intrépide capitaine gascon rallia dans Sienne les débris de l'armée de Strozzi, et y soutint contre le marquis de Melegnano[96] un siège mémorable, qu'il prolongea, sans être secouru, jusqu'au 21 avril 1555, grâce au patriotisme et au dévouement des habitants[97].

Montluc, fort malade depuis le commencement du siège, raconte qu'il reçut de son adversaire des témoignages d'intérêt et de courtoisie, prouvant que les traditions chevaleresques s'étaient conservées.

Du consentement du marquis de Melegnano, la garnison[98], après avoir consommé sa dernière once de pain, sortit sans capitulation, enseignes déployées, les armes sur le col et tambourins sonnant.

L'empereur fit des Maremmes un désert ; mais la France a précieusement gardé le souvenir de l'héroïsme que les Siennois ont montré sous ses enseignes.

 

LES DRAGONS DE PIÉMONT (1555).

Après une campagne heureuse contre Suarez de Figueroa, successeur de Fernand de Gonzague en Lombardie, le maréchal de Brissac, maître d'Ivrée, de Santhia et de Casai, avait demandé, sans l'obtenir, la permission de marcher au secours de Sienne : le connétable et le conseil du roi craignaient de compromettre le Piémont, de découvrir la frontière des Alpes et d'exposer la Provence à une nouvelle invasion.

Brissac voulut du moins que son armée[99] fut le modèle de toutes les autres. Il permit aux soldats d'élite des vieilles bandes, piquiers ou arquebusiers, qui avaient des chevaux, de les monter pour exécuter les marches rapides, les coups de main et les surprises, à la condition qu'ils mettraient pied à terre au moment de combattre et qu'ils prendraient les formations habituelles de l'infanterie.

Cette cavalerie improvisée eut le succès de toutes les innovations heureuses. Fiers de la terreur qu'ils inspiraient aux Impériaux, les gens de pied à cheval de Piémont se donnèrent le nom de dragons[100] et le gardèrent.

Quand ils rencontraient la cavalerie ennemie, les dragons laissaient les chevaux aux mains de leurs goujats et se formaient en redoute bardée de feux et fraisée de piques. Les arquebusiers à genou, courbés ou debout, formaient les trois premiers rangs ; les piquiers, sur cinq rangs, se mettaient en garde contre la cavalerie, le bois appuyé contre le pied, l'épée dans la main droite.

Contre des gens de pied aguerris qui les attendaient de pied ferme, ils marchaient en avant, piques basses, les arquebusiers sur les flancs ou intercalés dans les premiers rangs de corselets.

Mais s'ils surprenaient l'infanterie ennemie en marche, ou s'ils avaient affaire à des recrues, à des bisognos, comme disaient les Espagnols, les dragons restaient à cheval. Les piquiers formaient alors l'escadron de réserve, et les arquebusiers tiraient la pistolade comme les reîtres : c'est-à-dire que chaque rang, rompant successivement en colonne par un, passait au trot ou au galop devant le front ou le flanc du bataillon ennemi, tirait, et regagnait, après deux demi-voltes, le gros de la compagnie tout en rechargeant[101].

 

RETRAITE DE SANTHIA (août 1555).

Au mois d'août 1555, l'armée française assiégeait Vulpiano, « lorsque le duc d'Albe descendit en Piémont avec une fort grosse et belle armée, très bien garnie de gens de guerre, d'artillerie et surtout de pionniers, qui remuaient la terre et comblaient les fossés avec du bois et des fascines, à la mode des Turcs ; il se vantait, non seulement de faire lever le siège de Vulpiano, mais encore de conquérir en peu de temps tout le Piémont[102]. « Tant s'en fallut, car Vulpiano fut pris, et Albe assiégea Santhia sans pouvoir la prendre ; ce dont il ne fut pas trop loué, la place venant d'être fortifiée de frais et à la hâte[103]. »

 

L'échec des Espagnols devant Santhia eut en Europe un grand retentissement et accrut encore la réputation du maréchal de Brissac. Voici la relation que son secrétaire en a laissée :

« Santhia est située en une grande campagne, traversée dans toute sa longueur et jusqu'au-delà de la ville par un profond ruisseau, large de 7 à 8 pieds, dont l'ennemi avait détourné l'eau.

« Le maréchal fit marcher son armée tout le long de ce ruisseau, qu'il farcit d'arquebusiers, et il couvrit son flanc par une enceinte mobile de 40 chariots à vivres, escortés chacun par 10 arquebusiers qui, à l'approche de l'ennemi, devaient sortir par les intervalles.

« En tête de chaque bataillon, il plaça derrière les deux premiers rangs de piquiers 100 soldats fort résolus, ayant chacun un bouclier et une courte épée, large de 4 doigts et bien affilée. Au moment de s'entrechoquer avec les bataillons espagnols, ces soldats devaient passer par-dessous les piques et, ainsi courbés, se jeter dans les jambes des piquiers ennemis pour leur tailler force jarretières rouges. M. de Brissac estimait que ce serait une exécution et une forme nouvelle de combat, qui donneraient grand avantage aux nôtres et le contraire aux ennemis ; lesquels, étant investis, ne pourraient baisser les piques pour se défendre.

« Sur chaque aile de ses bataillons, il mit 200 cavaliers, avec même nombre de bons arquebusiers ou hallebardiers ; il laissa ces flanqueurs un peu en arrière, pour qu'ils pussent soigneusement considérer le combat et courir au secours de ceux des nôtres qui en auraient besoin.

« Il avait prescrit au colonel général Bonnivet, gouverneur de Santhia, de faire sortir, au moment de l'attaque, 5 ou 600 bons soldats, pour prendre l'ennemi à dos le long du ruisseau et le troubler davantage. »

 

« Cependant le maréchal, voulant éviter une bataille, s'avisa de deux ruses de guerre, qui réussirent.

« La première fut de faire tomber adroitement aux mains du duc d'Albe plusieurs lettres, par lesquelles il prévenait Bonnivet qu'il ne serait secouru que dans une huitaine de jours ;

« La seconde, de dépêcher le mestre de camp Chépy avec 200 chevaux à Rivacolo, — à l'endroit même où le duc d'Albe avait passé la Doria Baltéa quand il s'était porté au secours de Vulpiano —, en lui ordonnant de disposer sur le bord de la rivière une vingtaine de pionniers, qui feraient semblant d'esplanader les rives et qui planteraient des pieux, comme s'ils voulaient fixer les chaînes d'un pont de bateaux.

 

« La farce ainsi jouée fut rapportée au duc d'Albe ; il en prit une telle alarme — avec la nouvelle qu'il avait de l'arrivée du prince de Condé, des ducs de Nemours, d'Atonale, de Châtellerault et d'autres grands seigneurs venus en Piémont pour assister à la bataille —, qu'il quitta Santhia en abandonnant 3 ou 400 soldats malades ou blessés, beaucoup de vivres et de munitions d'artillerie.

« Bonnivet recueillit le tout et se montra aussi courtois et humain envers l'ennemi malade qu'il avait été vaillant et résolu au combat ; mais le capitaine Théodore Bedoigne, avec 120 cavaliers et 400 arquebusiers, harcela cette retraite avec une telle grêle d'arquebusades, que le chemin des Espagnols pouvait se suivre par le sang répandu et par les cadavres abandonnés (6 septembre). »

 

Un mois plus tard, le duc d'Aumale enlevait Montecalvi. Albe, renonçant à conquérir le Piémont, cantonna ses tercios dans le Milanais, et les hostilités furent à peu près interrompues en Italie jusqu'en 1557.

 

 

 



[1] Carracciolo, prince de Melphi, eut le Dauphiné, la Bresse, la Savoie, le Piémont et les autres villes et lieux nouvellement conquis delà les monts ;

Robert de la Mark, seigneur de Sedan, la Bourgogne, la Champagne, la Brie et autres terres enclavées ;

Jacques d'Abon de Saint-André, le Lyonnais, le Forey, le Beaujolais, les Dombes, la Marche, le Combraille, l'Auvergne, le Bourbonnais, le Berry et le bailliage de Saint-Pierre-le-Moustier. a Lesquels maréchaux chevaucheront et visiteront lesdits pays toutes et quantes fois que besoin sera et que commodément faire le pourront, (une fois par an au moins), pour taire ou faire faire en leur présence, par les commissaires ordinaires de nos guerres, les montres générales de notre gendarmerie, recevoir les doléances de nos sujets, faire observer les ordonnances et édits sur le fait de notre gendarmerie, assiette des garnisons, fournissement des vivres et munitions, punitions des vagabonds ou autres mauvais garçons trouvés en flagrant délit. (Ordonnance d'Anet, du 26 juin 1547.)

[2] A partir de 1549.

[3] Il est déjà question de régiments de lansquenets en 1523, dans les mémoires de Martin du Bellay ; mais ce ne fut qu'à partir de Henri II qu'on appliqua le mot régiment à la réunion de plusieurs bandes françaises sous le commandement temporaire d'un seul chef. Régiment signifiait, en 1552, régime, direction, commandement ; on disait par exemple : « Les bandes de Picardie du régiment de M. de Châtillon, ou les chevau-légers du régiment du duc d'Aumale. »

[4] Ordonnance du 29 avril 1547. Avant cette date, c'était un office temporaire ; à l'armée de Roussillon, en 1542, Charles de Cossé-Brissac avait été commissionné pour exercer la charge de capitaine et colonel général des gens de pied des vieilles bandes françaises de Piémont. En 1543, Jean de Taiz avait le même titre à l'armée d'Italie, et quand il fut appelé au camp de Boulogne, le 1er octobre 1544, pour y commander 120 enseignes françaises tant de çà que de là les monts, il prit le titre de colonel général de toutes les bandes françaises vieilles ou nouvelles. Les colonels généraux arborèrent l'enseigne blanche, privilège du commandement suprême, et confièrent la garde de cette enseigne à deux compagnies d'élite, nommées enseignes-colonelles.

[5] Les trois autres étaient : pour l'infanterie italienne, Pierre Strozzi, seigneur d'Épernay (maréchal de France en 1554) ; pour l'infanterie corse, San Piero di Bastelica ; pour les lansquenets, François de Clèves, duc de Nevers.

[6] Les premiers mestres de camp généraux (1545) furent, en Piémont, Guillaume de Villefranche, et en Picardie, Blaise de Montluc. « Le mestre de camp, dit le général Susane dans son excellente Histoire de l'Infanterie française, transmettait aux capitaines de bandes les ordres du colonel général, dirigeait les marches, choisissait l'assiette du camp, y maintenait les règlements et le bon ordré, terminait les différends qui survenaient entre les capitaines, et, les jours de combat, désignait la place de bataille des divers bandes. L'action engagée, il secondait le colonel général, et prenait quelquefois, sous ses ordres, la direction d'un mouvement particulier. »

[7] C'était le second du mestre de camp, l'officier supérieur spécialement chargé de la régularité des formations et du maintien de l'ordre de bataille ; la charge avait été créée en 1515.

[8] En temps de guerre, le ban et l'arrière-ban de la noblesse, organisés en compagnies de chevau-légers, étaient placés sous le commandement du colonel-général de la cavalerie légère.

[9] A dater du 12 novembre 1549, le capitaine d'une compagnie d'ordonnance toucha 4.200 livres, le lieutenant 800, l'enseigne et le guidon 600, l'homme d'armes 400, l'archer 200. L'homme d'armes devait avoir 2 chevaux de 4 pieds et demi et deux doigts de hauteur, poil à poil, et l'archer un courtaud de 4 pieds et demi.

[10] Ces pièces, avec leurs affûts, pesaient 8.000, 6.500, 4.400, 2.200, 1.340 et 800 livres ; la longueur du canon variait de 9 pieds 10 pouces à 6 pieds 4 pouces, et le diamètre de l'âme de 6 pouces et 9. lignes à 1 pouce et 1 ligne. L'affût se composait de deux flasques réunis par 4 entretoises de chêne, de deux roues avec essieu en bois et de deux limons ; le diamètre des roues avait de 5 pieds à 4 pieds 6 pouces. Le canon et la grande coulevrine étaient munis de plusieurs cordages, qui servaient à les traîner sur le champ de bataille ; le principal, appelé combleau, de 15 toises de longueur et de 4 pouces et demi de grosseur, était enroulé autour de la bouche à feu. Les essieux des canons et coulevrines étaient réglés uniformément à 6 pieds, « pour que chaque pièce pût passer facilement, en campagne, à la suite des précédentes. » On chargeait l'artillerie au moyen d'un chargeoir, d'un refouloir et d'un écouvillon, dont l'extrémité était couverte d'une peau de mouton avec sa laine. La portée variait de 400 à 1.000 pas, et, à grande volée, de 3.000 à 10.000 pas, sans qu'on sût d'ailleurs utiliser ces portées. (D'après le général Favé.)

[11] En juin 1548, un corps de 6.000 Français ou lansquenets, conduit par Montalembert d'Essé, débarqua en Ecosse pour défendre contre l'armée anglaise, victorieuse à Pinkencleugh, la reine douairière Marie de Lorraine, veuve de Jacques V. Leur fille, Marie Stuart, enfant de six ans, fiancée au dauphin François II (qui en avait cinq), fut conduite heureusement de Dunbarton à Brest par l'escadre de Durand de Villegagnon.

[12] « Le roi fut reçu dans son camp avec un merveilleux tonnerre de l'artillerie et de l'escopetterie de 40 enseignes de gens de pied des nouvelles bandes et de 32 enseignes des vieilles, sans les légionnaires de Normandie, de Champagne et de Picardie qu'on comptait à 44 enseignes. » (Carloix, livre II, ch. XXI.)

[13] « Le maréchal Carracciolo, prince de Melfi, nommé lieutenant général en Piémont, y trouva les bandes de gens de pied fort déréglées et ressemblant plus à des brigands qu'à des soldats, bien que ce grand M. de Langey y eût passé et y eût mis quelque règle et police.

« Un soldat ayant pris une poule d'un vivandier, le maréchal la lui fit manger rôtie avec toute la plume. Un autre, dont le barbet avait pris une volaille le long du chemin, aurait passé par les piques, s'il n'avait pu prouver que son barbet s'était échappé des mains du goujat qui le tenait en laisse.

« Le brave capitaine Mazère, rencontrant une bande d'oisons, leur demanda s'ils ne voulaient point souper avec lui ; les oisons répondirent dans leur jargon : — « Oui, oui, oui ! » Alors Mazère en prit deux pour son souper. Le maréchal, l'ayant appris, le fit enfermer pour 15 jours au château de Turin, et l'y aurait laissé plus longtemps, s'il n'avait pas été le premier à rire de la plaisanterie.

« Un caporal, qui n'avait pas posé ses sentinelles comme il le devait, fut arquebusé tout armé. » (Brantôme).

[14] Sa charge de maitre et capitaine général de l'artillerie était passée, le 9 juillet 1550, à son lieutenant général, Jean marquis d'Estrées et baron de Couvres.

[15] « Il décida : Que ceux qui, en cas urgent et nécessaire, auraient refusé de travailler aux approches de l'artillerie ou d'aider à la tirer d'un mauvais pas, seraient cassés et bannis.

« Que les capitaines, l'armée marchant en campagne, donneraient ordre que chaque soldat enfilât en la corde qu'il porte en écharpe autant de pain qu'il lui en fallait pour deux repas.

« Qu'ils visiteraient chaque semaine leurs compagnies pour reconnaître si les soldats étaient fournis de tout ce qui est requis pour combattre à toute heure, et même si les arquebusiers étaient garnis de poudre, plomb et corde à mèche pour la faction d'un jour.

« Que les capitaines d'infanterie feraient toujours porter sur leur bagage 10 livres de poudre, un gros trousseau de mèche et du plomb pour subvenir à une pressée nécessitée.

« Qu'à toute montre, il serait pris sur la solde du soldat un sol par écu, consigné entre les mains du mestre de camp ou de l'auditeur général, pour être converti tant en un magasin d'armes qu'en un hôpital ambulatoire pour secourir les malades et les blessés.

« Qu'aux montres de la gendarmerie ou de la cavalerie, il serait pris, par quartier de solde, sur chaque homme d'armes, archer ou cheval léger, à proportion de sa paie, de quoi faire un fonds de 400 écus par compagnie, pour aider à remonter celui qui, hors sa faute, aurait perdu armes et cheval. Cette somme devait être remise aux mains du maréchal des logis. » (Du Villars).

[16] Neuf princes luthériens et onze villes impériales avaient conclu le 31 décembre 1530, à Smalkade, une ligue offensive et défensive contre Charles-Quint et les États catholiques. Après des fortunes diverses, l'armée de la ligue, commandée par l'électeur de Saxe Jean Frédéric, fut attaquée et battue aux environs de Mühlberg par 16.000 vieux soldats espagnols, italiens et allemands (24 avril 1547). L'électeur, fait prisonnier, fut dépossédé au profit de son cousin Maurice de Saxe, qui, trahissant presque aussitôt l'empereur, devint le chef des luthériens d'Allemagne.

[17] Cette clause du traité de Chambord (15 janvier 1552) annonçait un revirement vraiment national de la politique française vers les frontières naturelles du Nord. (Henri-Martin, Histoire de France, livre XLIX.)

[18] Il ne faut point demander de quelles allégresse et affection chacun s'excita à se préparer à la guerre. En quoi tout l'hiver se passa, et il n'y avait bonne ville où les tambours ne se lissent ouïr pour faire levée de gens de pied. Toute la jeunesse des villes se dérobait de père et de mère pour s'enrôler ; la plupart des boutiques demeuraient vides de tous artisans, tant était grande l'ardeur, en toute qualité de gens, de faire ce voyage et de voir la rivière du Rhin. Aussi fallait-il bien du monde pour porter promptement les compagnies de gens de pied à 300 hommes chacune. » (Carloix, livre IV, chap. XIII.)

[19] « Le maréchal de camp a la principale charge après le chef de l'avant-garde, et c'est sur lui que l'armée se repose la plupart du temps. Non seulement le maréchal de camp doit établir l'assiette du logement, choisir le lieu de combat, régler l'ordre de bataille, tenir l'œil à toutes choses au déloger, mais encore il doit être prévoyant et provident tant des vivres que des autres choses qui sont à l'armée et qui en dépendent.

« Dans une grande armée, il faut au moins 3 maréchaux de camp : un pour l'avant-garde, le second pour la bataille, et le troisième pour venir en aide au second.

« Le maréchal de camp est la voix et l'organe de commandement du général, le portefaix et sommier de Post et de l'armée ; il faut que toutes choses, tant petites soient-elles, passent par son su, et la plupart par son ordonnance ; qu'il en tienne comme registre pour le soulagement du général et des principaux chefs de l'armée. Il doit connaître tous les chefs et capitaines jusqu'aux plus petits ; savoir les forces dont chacun dispose tant de cheval que de pied, et en avoir l'état ; être au fait de l'équipage et de la suite de l'artillerie ; le grand-maître ou son lieutenant lui enverra souvent un de ses commissaires pour s'informer auprès de lui, s'il y a à marcher, à habiller les chemins ou à faire des ponts. De même le commissaire général des vivres ou son représentant devra être à toute heure au logis du maréchal de camp, pour recevoir les ordres, pour s'entendre avec lui sur la manière de pourvoir aux vivres, et pour savoir s'il n'est rien intervenu depuis le dernier arrêt ou communication. Si l'on doit marcher, le maréchal de camp désignera les chemins que prendront les vivres, assurera leur sûreté, leur donnera au besoin une escorte et réglera leurs étapes, même s'ils doivent cheminer loin de l'armée.

« Le maréchal de camp doit avoir dans la main les guides, ou au moins leur capitaine ; il en a la charge, pour s'enquérir à toute heure des chemins, pour voir la difficulté ou la faculté de marcher (car quelquefois si l'on n'y prend garde on achemine et embarque l'armée en des lieux, où il est malaisé de conduire ce grand et pesant faix de l'artillerie) ; comme aussi pour l'embarrassement des bagages et pour la commodité ou l'éloignement des vivres.

« Le maréchal de camp doit être averti de tout ce qui se passe aux environs et au loin, afin d'assigner à chacun son rôle. La plupart des espions doivent lui passer par les mains pour lui donner des nouvelles des ennemis de toutes sortes, de manière qu'il puisse instruire les escortes ou les reconnaissances, et les empêcher de tomber en quelque inconvénient par faute d'avis. Les espions doubles sont les meilleurs pourvu qu'ils soient plus fidèles qu'à l'autre parti.

« Quand l'armée est prête à assembler, le maréchal de camp doit connaître le dessein du souverain ou du général, et, après avoir pris l'état de toutes les choses qui concernent l'armée et qui en dépendent, il doit représenter ces choses au général, pour qu'il soit ordonné dans le conseil à ce qu'on fera pour exécuter l'intention du souverain. Il doit demander au général en quel ordre il prétend que l'on marche et qu'on répartisse les troupes, régiments et compagnies, tant à l'avant-garde qu'à la bataille et à l'arrière-garde (s'il y en a une), afin qu'il fasse là-dessus le règlement à communiquer aux commandants des régiments et des troupes.

« Il doit faire état et rôle pour les gardes, afin qu'il n'y ait confusion. Le maréchal des logis de l'armée tiendra un contrôle de la cavalerie pour avertir ceux qui sont de garde ; il les commandera un jour d'avance. Pour le service de guerre et d'escorte, on désignera deux compagnies, qui se tiendront toujours prêtes à marcher. On préviendra de même le colonel général ou le mestre de camp des gens de pied, désignés pour renforcer les gardes, aller en guerre ou escorter.

« Les compagnies des maréchaux de camp ne montent la garde ni jour ni nuit ; on les conserve pour les courses ou exploits imprévus, sans les faire rouler avec les autres compagnies ; il doit y en avoir toujours une fraction prête à monter à cheval. Quand l'armée marche, ces compagnies restent en bataille jusqu'à ce que le camp soit assis et logé et le guet ordonné. Si les maréchaux de camp n'ont pas de compagnies à eux, ils en choisiront pour faire ce service. Il sera bon aussi qu'ils mènent avec eux, quand ils marcheront, les compagnies qui doivent prendre la garde de jour et de nuit, afin qu'arrivées les premières, elles aient le temps de manger et soient accommodées pour bien faire leur devoir. » (Maximes et avis du maniement de la guerre, par André de Bourdeilles [frère de Brantôme], capitaine de 50 hommes d'armes et sénéchal de Périgord.)

[20] « Montés sur gros roussins ou coursiers français, sur chevaux turcs ou espagnols, avec les bardes peintes aux couleurs des capitaines, armés, du haut de la tête jusqu'au bout du pied, avec les hautes pièces et plastrons, portant la lance, l'épée, l'estoc, le coutelas ou la masse. Les chefs et membres des compagnies et les autres grands seigneurs étaient armés fort richement de harnais dorés et gravés en toute sorte ; leurs chevaux, forts et adroits, étaient caparaçonnés de bardes et lames d'acier légères et riches, ou de mailles fortes et déliées, recouvertes de velours, de drap d'or ou d'argent, avec orfèvrerie el broderie en somptuosité indicible. » (Commentaires de François de Rabutin, gentilhomme de la compagnie du duc de Nevers, publiés en 1554).

[21] « Armés à la légère, portant la demi-lance, le pistolet à l'arçon, l'épée ou le coutelas, montés sur cavalins et chevaux de légère taille, bien remuants et voltigeants. » (Idem).

[22] « Armés à la légère de corselets, brassards el bourguignotes ; ayant la demi-lance, le pistolet, le coutelas (comme bon leur semblait) ou l'épieu gueldrois ; montés sur cavalins, doubles courtauds ou chevaux de légère taille et vites. » (Idem).

[23] « Armés de jaques et manches de mailles ou cuirassines, avec la bourguignote ou le morion, l'arquebuse de 3 pieds de long à l'arçon ; montés sur bons courtauds, chacun suivant sa puissance. Il y avait aussi de 3 à 400 Anglais, partis de leur pays sous la conduite d'un mvlord, et venus à la guerre pour leur plaisir ; lesquels étaient à cheval sur guildins (chevaux hongres) et petits chevaux vites et prompts, sans être fort armés ; ils étaient vêtus de jupons courts, avec le bonnet rouge à leur mode, et la lance comme une demi-pique, dont ils se savaient très bien aider. » (Idem).

[24] « Le 1er bataillon se composait de 15 à 1600 hommes des vieilles enseignes, soudoyées et entretenues, dès le temps de François Ier, aux guerres de Piémont, de Champagne et de Boulogne ; parmi lesquels d'anciens et braves soldats et jeunes gentilshommes de maison servaient pour leur plaisir et sans solde du roi ; 9 à 10.000 étaient armés de corselets et de bourguignotes à bavière, avec brassards, gantelets et tassettes jusqu'au genou, portant long bois (pique) et la plupart le pistolet à la ceinture ; 5 ou 6.000 étaient des arquebusiers, armés de jacques et manches de mailles, avec les morions autant riches et beaux que possible, l'arquebuse ou scopette luisante, polie et légère, les fourniments fort exquis et braves ; le reste avait des armes selon la qualité des personnes. Le 2e bataillon était formé de Gascons, Armagnacs, Biscayens, Béarnais, Basques, Périgourdins, Provençaux et Auvergnats, faisant montre de 10 à 12.000 hommes, ayant l'air et le port de gens de guerre et exercés tant par terre que sur la marine. » (Rabutin).

Le bataillon, en 1552, est notre division d'infanterie.

[25] « 16 grosses pièces, canons et doubles canons, 6 grandes et longues coulevrines, 6 moyennes, 12 bâtardes et 2 paires d'orgues, étrange et nouvelle façon d'artillerie. » (Idem).

[26] — « Je veux, avait dit Henri II à François de Scépeaux, seigneur de Vieilleville, que la compagnie du maréchal de Saint-André et celle du duc de Guise accompagnent ma cornette, tant que le voyage durera, et j'ordonne que vous y commandiez généralement. » (Carloix.)

La cornette royale était un fanion carré, bleu d'azur, semé de fleurs de lys d'or, sous lequel se groupaient pour la durée de la campagne « les grands seigneurs qui n'avaient point de charge et qui voulaient toujours être vus de Sa Majesté. »

[27] « Tavannes, entré seul dans Metz, harangue les bourgeois, les intimide, les emplit de promesses, en tire parole de recevoir le connétable avec ses gardes et une enseigne de gens de pied ; il leur dit que puisque le roi voyage pour la liberté d'Allemagne, il ne peut pas ne pas avoir son logis en leur ville, et il conduit les échevins au connétable. Soudainement tous les meilleurs piétons de l'armée sont mis sous une même enseigne, et ils entrent dans la ville de Metz avec les deux maréchaux de camp à leur tête. Bourdillon avance en la place ; Tavannes demeure à la porte, que les bourgeois veulent à toute force fermer quand ils voient cette enseigne si bien accompagnée, mais Tavannes les en empêche par de belles paroles. Le capitaine suisse à la solde de ceux de Metz, qui tient les clefs, en voyant entrer 700 hommes, jette ses clefs à la tête de Tavannes avec le mot du pays « tout est choué ! » et gaine la porte, que Tavannes tient jusqu'à ce que le connétable arrive. » (Mémoires de Gaspard de Tavannes).

« Le roi, après avoir bien révisé son armée, bataillon pour bataillon de gens de pied, hôt pour hôt de gendarmerie et tous les escadrons de cavalerie légère et d'arquebuserie à cheval, après avoir fait ronfler son artillerie, qui était de 60 pièces de tous calibres, outre l'escopetterie de toutes les bandes tant vieilles que nouvelles et des arquebusiers à cheval (ce qui dura plus de deux heures), fit son entrée à Metz le lundi de Pâques, marchant derrière son armée, qui entra par la porte Saint-Thibault et sortit par la porte Sainte-Barbe pour aller loger à 3 lieues de Metz. Le gouvernement de la ville fut donné à Artus de Cossé, sieur de Gonnor, frère puiné de M. de Brissac. » (Carloix.)

[28] « Le connétable fit publier dans la ville et aux environs, par toute l'armée, qu'à peine de mort ou de griève punition, boraine ne fut si hardi de prendre aucune chose sans payer raisonnablement, de ne battre ni molester ses hôtes ou habitants du territoire de Metz ; de ne pas quitter son logis sans les contenter, et de ne mettre la main aux armes si ce n'était contre les ennemis. Dedans et dehors la ville et aux environs, furent levés potences et signes patibulaires. Cette ordonnance fut tenue et si bien observée en toute l'armée du roi sans mutinement ni violence qu'au partir, chacun s'en alla content, et il demeura au peuple une bonne opinion de nous, en louant l'humanité, du roi et de la noblesse de France. » (Rabutin.)

[29] On va partout disant

Par le pays de France,

Que Metz se réjouit

Et vit à sa plaisance

De voir sous la croix blanche,

La noble fleur de lys.

(Vieille chanson.)

[30] « A Saverne commencèrent les grandes chaleurs, qui accrurent notre travail de beaucoup. Les gens de pied souffrirent encore plus que nous, hommes d'armes, qui montions à cheval à deux heures après minuit et y demeurions jusqu'à midi avant d'être logés. Mais, le plus souvent, nous logions dans les villages, où nous trouvions vivres et rafraîchissements f tandis que les soldats à pied partaient avant nous et cheminaient jusqu'à la même heure, ayant toujours les armes sur le dos, marchant en bataille avec la chaleur et la poussière qui les grèvaient et altéraient grandement. Quand ils arrivaient en leur quartier, ils ne trouvaient que la place vide, sans vivres, et, le plus souvent, sans moyen d'en recouvrer promptement. Ainsi, altérés par cette chaleur véhémente, ils buvaient l'eau merveilleusement froide des Vosges, et ils tombaient en grandes maladies, pleurésies et fièvres, dont moururent grand nombre de braves hommes. » (Rabutin).

[31] M. de Lezigny, dit Pierre-Vive, partit avec 20 ou 30 commissaires et autant de clercs des vivres, pour aller à Strasbourg faire sa charge, accompagné d'un trompette de Sa Majesté. Et, s'étant présentés aux portes de la ville, après que la trompette eut commencé sa chamade de bien loin, on leur ouvrit fort courtoisement, attendu leur qualité et qu'ils apportaient de l'argent. Lezigny usa de telle diligence pour l'acheminement des vivres, qu'il en fit partir le même jour et la matinée du suivant pour 20.000 francs ; ce qui rafraichit merveilleusement l'armée. (Carloix, livre IV, chap. XVI).

[32] Henri II avait créé deux surintendants des vivres, chargés des approvisionnements ; ils ordonnaient ou régularisaient toutes les consommations, et dirigeaient les commissaires aux vivres. Ceux-ci, munis d'un registre coté et paraphé par le surintendant, parcouraient les provinces où séjournait l'armée pour passer les marchés et assurer les distributions. A côté d'eux, les trésoriers, percepteurs de l'impôt, contrôlaient l'exactitude des comptes et distribuaient des deniers. Tous les employés, grands ou petits, devaient justifier directement de leur gestion à la Chambre des comptes de Paris ; c'est ce que les Questeurs romains appelaient : Rationes ad œrarium referre.

[33] Mémoires de Gaspard de Saulx-Tavannes.

[34] Sœur de Charles-Quint et veuve du roi Louis II, tué par les Turcs en 1526, à la bataille de Mohacz. Son armée se composait de 15.000 hommes de pied de Flandre, Clèves, Gueldre, Hainaut ou autres vallons, de 2.000 Espagnols, de 4.000 chevaux des Ordonnances de Bourgogne et de 2.000 autres chevaux de noblesse sous la conduite du comte de Mansfeld, gouverneur du duché de Luxembourg, de Martin Van Rossen, maréchal de Clèves, des comtes de Challain, de Maisgne et de la Chau. (Carloix).

[35] « Succession et propriété échues à la maison de Vendôme par la mort du connétable de Saint-Pol (1475), qui en était vrai possesseur et seigneur de nom et d'armes, bien que Charles, duc de Bourgogne, l'eût injustement usurpé depuis, ce pays de Luxembourg était un vrai réceptacle et refuge de larrons et de toute nation séditieuse propre à susciter tous les maux. » (Rabutin).

[36] En face de Sierck, sur la rive gauche de la Moselle. « C'était un château assis au pendant d'une montagne, en lieu naturellement assez fort. Il fut fait rapport au Roy qu'un grand nombre de gentilshommes, demoiselles et autres voisins de réputation, s'y étaient retirés (estimant que Thionville serait assiégé avant ce petit château) et qu'on y trouverait vivres et provisions pour rafraîchir l'armée harassée et encore ennuyée de ce voyage. On devait, si le château refusait de se rendre à la première semonce, en donner le sac aux soldats pour les encourager davantage à faire ensuite leur devoir. » (Rabutin).

[37] Comme c'était un jeune prince encore inexpérimenté, le roi commanda à M. de Vieilleville de l'assister avec la compagnie du maréchal de Saint-André (dont Vieilleville était lieutenant). « Cette colonne se composait de 10 compagnies de gendarmerie, 4.000 chevau-légers, 30 enseignes françaises (10 vieilles et 20 nouvelles), un régiment de lansquenets et 500 arquebusiers à cheval. » (Carloix).

[38] « Vieilleville avait vu sur sa carte de la cosmographie du trait du Rhin qu'il avait 30 lieues à faire par des détroits et passages mal accessibles, et qu'il ne trouverait sur la route que 20 ou 22 villages ; aussi avait-il refusé de l'artillerie et remplacé tous les chariots par des mulets ou des sommiers. Il fit publier dans sa colonne à son de tambour et de trompette, qu'il était défendu, à peine de la vie, de dérober même une prune, et, grâce à ce bon ordre de police, les paysans nous fournirent quelques vivres. Une provision de vin, que nous avions emportée, fut fort escharsement distribuée dans les compagnies, comme si on eût été assiégé ; ce vin nous soulagea grandement. Toutefois, on ne put empêcher qu'il n'y eût beaucoup de malades à cause que tout le monde était logé à l'étoile et campait à la haie, faute de trouver villages. Nous marchâmes ainsi 12 jours en extrême nécessité, et, durant ces 12 jours, il n'y eut que les grands et aisés qui couchèrent dans les lits qu'ils faisaient porter ; le reste de l'armée ne se dépouilla jamais. Au 14e jour, nous vîmes la plaine, toute couverte de sapins à perte de vue, parmi lesquels se trouvaient, quasi de lieue en lieue, sur notre chemin de bons et gros villages, que M. de Vieilleville conservait comme son propre héritage. Une traversée de deux jours à travers cette agréable et non pareille forêt nous conduisit à Kaiserslautern. La colonne campa autour de la ville, qui recueillit nos 200 malades. » (Carloix, chap. XXV.)

[39] Rabutin.

[40] L'occupation d'Ivoy par l'armée française donne une idée précise des mœurs militaires en 1552. « Le connétable, voulant épargner h Ivoy les horreurs du pillage, ordonna à plus d'un quart de lieue en arrière de la ville toutes les bandes de gens de pied de quelque nation qu'elles fussent ; puis il fit entrer dans la ville, pour la garder, deux compagnies de gendarmerie. De quoi les bandes françaises et les lansquenets irrités, entrèrent dans la ville par la petite brèche de la porte du pont (dont on ne se donnait de garde), la saccagèrent et la pillèrent, en disant que puisqu'ils avaient eu toute la fatigue, étant toujours aux tranchées et à la bouche des canons, on ne devait pas, contre tous les droits de la guerre, les priver de leur espérance et préférer les gens de cheval aux gens de pied pour la garde des villes. Les gens d'armes voulurent empêcher le sac de la ville et se mirent à frapper à tort et à travers sur les soldats ; mais ceux-ci se mutinèrent et le fils aîné du connétable fut tiré (l'une arquebusade, qui donna dans l'arçon de la selle d'armes ; un doigt plus haut, il en avait tout droit dans le ventre. Le guidon, le maréchal des logis et environ 15 gentilshommes y furent tués. Quand on voulut informer et arrêter les coupables, les 4 régiments de lansquenets se mutinèrent si âprement que les prévôts de l'hôtel de la connétablie, des maréchaux et des bandes durent se retirer ; 3 archers du prévôt du connétable furent estropiés. » (Carloix).

[41] « Le maréchal de la Mark obtint du roi de reprendre son duché de Bouillon à l'évêque de Liège, qui l'avait usurpé. Il vint, avec sa compagnie d'ordonnance, 12 ou 1.500 chevaux, 3 ou 4.000 légionnaires de Champagne commandés par le sieur de Jours, leur colonel, et 5 ou 6 pièces de grosse et moyenne artillerie, planter le siège devant le chaton de Bouillon, perché sur un rocher haut et droit, au-dessus d'un bourg dérompu et déchiré par la guerre. Pour démontrer sa petite armée plus grosse qu'elle n'était, il fit plusieurs fois passer et repasser par un même lieu les compagnies de cheval et de pied, afin que la garnison, en voyant un si grand nombre d'enseignes, crût que c'était toute l'armée française. » (Rabutin.)

[42] Les Français fondent à la peine comme la neige au soleil. (Du Bellay-Langey.)

[43] Les charrois d'artillerie s'étaient faits jusqu'alors par réquisition gratuite. Par une ordonnance de décembre 1552, Henri II organisa le train d'artillerie, en achetant 4.000 chevaux ou mulets de bât avec leurs harnais, 600 chariots, et en créant 1.000 charretiers soldés et 20 capitaines de charrois. Les étapes des troupes en marche furent réglées à raison de 4 lieues par jour : après 18 étapes, la colonne avait droit à un séjour de trois jours dans une ville.

[44] Charles-Quint, né à Gand le 14 février 1500, avait 52 ans.

[45] « J'ai vu l'Empereur aller et revenir de la messe, ayant le visage en mauvais état comme quelque peu bouffi, les jambes aussi menues qu'un bâton de cottret, tremblant un peu de la tête et des mains, et marchant avec un bâton. » (Lettre d'un bourgeois de Strasbourg au connétable, 7 octobre 1552. Mémoires-journaux de François duc de Guise ; collection Michaud).

[46] « Il s'était fait chef des meilleurs gens de guerre que les princes d'Allemagne eussent dans leur armée contre l'Empereur : il avait 62 enseignes, réparties en 4 régiments, 8 escadrons de 200 chevaux chacun et 34 pièces d'artillerie. » (Le Siège de Metz par Bertrand de Salignac).

[47] Artus de Cossé, seigneur de Gonnor, gouverneur de Metz, le marquis d'Elbeuf, le prince de la Roche-sur-Yon, les deux fils du connétable, le duc Horace Farnèse, le comte de La Rochefoucauld, les deux seigneurs de Bandau, Jean Gontaud de Biron, Paul-Baptiste Frégose, le comte de Martigues, le seigneur de La Brosse, d'Entragues, de Saint-Luc, du Parrov, de Marigny, de Montpha, de Silly, de Clermont, de Suze, de Ruffec, La Faye, Toucheprès, Sainte-Gemme, Duras, Dachon, Mortemart, Saint-Sulpice, Nantouillet, Roquefeuille. Fogeon, Simon de Lec, le comte de Charny, Ouarty, Saint-Phal, Riberac, Torcy, Créquy, La Roche-Chalez, Navailles, Chastelet, Monserie, les deux Bourdeilles, La Couldre, Dampierre, Sambarnon, La Roue, Verignv, Estrée le jeune, Sandricourt, Malicorne, Saint-Geniez, les frères d'Argence, etc.

Monsieur de Guise est dedans,

Avec beaucoup de noblesse ;

De Vendôme les deux enfants,

Et Nemours plein de hardiesse.

Le seigneur de Strozzi, sans cesse

Se promène sur les remparts,

Nuit et jour, plein de grand adresse,

Faisant Metz fort de toutes parts.

[48] 220 hommes d'armes, 440 chevau-légers, 100 arquebusiers à cheval du capitaine Lanque et 4.500 hommes de pied, dont le mestre de camp était Favars, et les capitaines, Glenav, Gordan, Cantelou, Saint-André, Abos, Saint-Estèphe. Deschamps, Jaucourt, La Queusière, Biques, Bahut, Cauzère, Verdun, Soley, Pierre Longue, Saint-Ouen, Ambres, La Cranche, Choqueuse, Béthune, Maugiron, La Môle, Cornay, Salcède, Voguedemar.

[49] « L'enceinte de Metz, dont on a fait remonter la construction au XIIe siècle, suivait à une distance variable, mais toujours assez faible, les bords de deux petites rivières, la Moselle et la Seille. Elle se composait d'un mur isolé, surmonté d'un double parapet en pierre, porté par des corbeaux et qui protégeait une galerie de couronnement. De distance en distance, des tours renforçaient la muraille et une large berme était ménagée entre elle et les rivières. » (Cosscron de Villenoisy, Essai historique sur la fortification. Paris, Domaine, 1869).

[50] « Il n'y a nulle forteresse parfaite en France ; les meilleures sont de grands terrains flanqués de tours. Un gouverneur, arrivant à l'improviste, ne peut faire que des éperons au dehors pour flanquer la contrescarpe, des traverses et des casemates dans le milieu du tossé ; il construira des plateformes aux angles, pour empêcher qu'ils ne soient battus en courtine par les assiégeants, qui pourraient hausser des cavaliers et y loger leurs pièces. Le gouverneur doit se résoudre à défendre ces grands terrains sans se fier aux retranchements, et bien loger son artillerie pour les contre-batteries. Quand une ville n'a pour se défendre ni terrain militaire ni bastions, il faut l'entourer de retranchements et de casemates, flanquer les contrescarpes, faire des dehors et des tranchées en avant des contrescarpes pour tenir l'ennemi au loin. L'ennemi ne voyant pas le pied des murailles, il lui faudra du temps pour se loger sur la contrescarpe, pour y amener du canon et pour battre les retranchements. Pendant ces travaux, on sera secouru ou l'on fera composition honorable après avoir enduré un assaut. L'ennemi ne peut pas, par une première brèche, entrer dans une ville où il y a un retranchement (intérieur) ; il est contraint de se loger sur les ruines de la muraille et d'y amener son canon. » (Gaspard de Saulx Tavannes.)

[51] Le mardi devant la Toussaint,

Est arrivée la Germanie

A la Belle-croix de Messin,

Faisant grande escarmoucherie.

Mais les Français, de chère hardie,

Au devant d'eux s'en sont allés ;

C'était pour rompre leur folie

De reconnaître nos fossés.

[52] « Je suis marry, sire, écrivait le duc de Guise, le 29 octobre, du peu de moyens que j'ai de festoyer l'ennemi comme je le désirerais, car j'ai déjà 4 pièces d'artillerie crevées ou éventrées sur les 7 que j'ai fait tirer. Aussi je suis bien délibéré de ne plus les tirer qu'à demi-charge, et de m'en servir pour donner crainte à l'ennemi plus par le bruit que par l'effet, en m'aidant des fauconneaux et autres pièces pour la défense des brèches et du fossé, et mème de pierres, pour ne rien omettre du service que nous espérons vous faire en ce lieu. » (Mémoires-Journaux.)

[53] Doubles canons ils ont mené

A la Belle-Croix dessus dite,

Pour battre le palais de Metz,

Les grans églises et les petites.

Mais ils ont trouvé les reliques,

Aux Carmes et aux Cordeliers,

De deux pièces d'artillerie,

De quoi on les a salués.

[54] « L'armée ennemie campa à Saint-Clément ; une partie des Espagnols à Saint-Arnoult, certaines bandes de bas-Allemands au pont de Magny, don Loys d'Avila avec la cavalerie espagnole à la Maladrerie, le maréchal de Moravie avec les chevaux bohémiens à Bléry, le demeurant à Oléry, à Saint-Priech, à la Grange-aux-Dames, à la Grangeaux-Merciers et autres lieux à l'environ. » (Salignac).

[55] Le samedi, jour en suivant,

Est retournée la Germanie.

Les Espagnols, Italiens,

Le duc d'Albe et sa compagnie

Se sont campés en l'abbaye

De Saint-Arnoult, près nos fossés ;

C'était pour assiéger la ville

Et la battre de tous côtés.

Ils ont fait faire gabions,

Mené canons en abondance :

C'est pour battre nos bastillons

Nos remparts, murailles, défenses.

Tranchées, par bonnes ordonnance,

Ils ont fait, touchant nos fossés,

Pensant prendre soudards de France

Et la noble cité de Metz.

[56] « Le 28 octobre, le duc d'Aumale, informé que le marquis Albert de Brandebourg avait levé son camp de, Toul pour s'aller joindre à l'Empereur, quitta, à la diane, avec 200 hommes d'armes et 500 chevau-légers, le pont Saint-Vincent sur la Moselle, où il avait couché, et se vint mettre en bataille au-dessus de ce marquis, sur le haut d'une montagne, appelée la Croix-du-Moustier. Après quelques escarmouches, Albert de Brandebourg, ayant eu son truchement tué à côté de lui d'une arquebusade, chargea, tête baissée, à la tête de ses pistoliers allemands, les compagnies de M. d'Aumale, lequel était en délibération de se retirer. Le malheur voulut que, de première abordée, les reîtres rencontrassent une troupe de valets, qu'ils mirent incontinent à vaude-route. Quant et quant ils chargèrent un escadron de chevau-légers et d'arquebusiers à cheval, qu'ils mirent pareillement eu désordre ; ils trouvèrent ainsi ouverture sans combattre pour donner jusqu'aux rangs de la gendarmerie. Celle-ci, mal pourvue de lances pour la soutenir, fut enfoncée et contrainte de reculer à coups de pistolets, dont les reîtres portent grand nombre. M. d'Aumale, voyant sa cavalerie rompue fuir de tous côtés et prévoyant une malheureuse fin à cette entreprise, manda au seigneur de Brézé, lieutenant de sa compagnie, de se retirer le mieux qu'il lui serait possible et de sauver ses hommes d'armes. Puis, voyant le grand feu allumé près de lui et les reîtres fort mêlés avec la principale troupe de sa gendarmerie, où étaient plusieurs gentilshommes bien renommés et vaillants jusqu'au bout, il courut à eux, leur criant avec un visage riant et assuré :

— « Mes compaignons et mes amis, bataille ! bataille !

« Au hasard de la fortune, sans respect de sa vie, l'épée au poing, il donna dans cette mêlée et fit tous les plus grands efforts qu'on pourrait dire de la nature humaine. Blessé de 2 ou 3 coups de pistolet au corps et à la tête, son cheval tué sous lui, il fut finalement abattu et pris. 200 gentilshommes y furent tués ; parmi lesquels le prince de Rohan, les sieurs de Nancey, guidon de la compagnie de M. d'Aulnaie, de La Motte-Dusseau, de Saint-Forgeux, de Joncy de Rochebaron, de Vaux et le baron de Couches. Les principaux prisonniers furent, avec le duc d'Aumale, les sieurs Desgully, mestre de camp des chevau-légers, Jean d'O et le baron des Guerres.

« Le marquis, le cœur enflé, reprit son chemin vers Nancy et retourna camper à l'ont-à-Mousson, où l'Empereur lui envoya 2.000 chevaux pour lui faire escorte jusqu'à Metz. Il vint parquer le 13 novembre, dans les vignes au-dessus du pont des Mores, près de l'abbaye de Saint-Martin. (Rabutin, livre IV).

[57] Vingt et deux pièces ont amené

Tout auprès de nos fausses braies,

De quoy ils nous ont canonné

La Tour d'Enfer et nos murailles.

[58] Le vieil gendarme Saint-Rémy,

Nuit et jour cherche dans les caves,

En écoutant sous les murailles

L'ennemi qui nous veut miner ;

Mais il leur a donné la haie

Car il les a contreminés.

[59] Faisant des brèches assez larges

(Environ cent pas pour le moins),

Mais ils n'ont pas eu le courage

De venir combattre François.

[60] « On trouva dans le camp 12.000 pains et d'autres vivres gâtés ce qui prouve la merveilleuse providence de l'Empereur, qui avait si longuement et en hiver entretenu un tel peuple en pays déjà ruiné et détruit. » (Salignac.)

[61] Nous jugions à 20.000 hommes les pertes des 3 camps ennemis, mais depuis les prisonniers nous assurèrent que ce nombre approchait de 35.000.

[62] Celui qui a fait la chanson

Est un soudart, je vous assure,

Étant à Metz en garnison,

Nuit et jour couché sur la dure,

Endurant aux pieds grand froidure

Et voyant l'ennemi de près ;

Lui souvenant de son amie

Pensant ne la revoir jamais !

[63] Entre Fonsonne (près Saint-Quentin), Chauny, Noyon (dans la vallée de l'Oise), le château de Guny (près de Coucy), la résidence royale de Folembray (bâtie par François Ier), Roye et Nesle.

[64] Montluc et Bonnivet, avec 400 hommes d'armes, 1.200 chevau-légers et 10.000 gens de pied italiens et espagnols, s'établirent aux environs du camp ennemi, et le harcelèrent avec tant de courage et de persévérance qu'ils obligèrent Gonzague à lever le siège le 22 janvier 1553.

[65] Nouvelle collection des mémoires relatifs à l'histoire de France par MM. Michaud, de l'Académie française, et Poujoulat. Paris, Didier, 1857. Les tomes de VI à X contiennent les mémoires de : François de Guise (1547-1561) ; Louis de Bourbon, prince de Condé (1559-1564) ; Antoine de Puget (1561-1596) ; Blaise de Montluc (1521-1574) ; François de Rahutin (1551-1558) ; Gaspard et Guillaume de Saulx-Tavannes (1515-1595) ; Bertrand de Salignac (1552) ; Gaspard de Coligny (1557) ; de la Chastre (1556-1557) ; Guillaume de Rochebouard (1497-1558) ; Vieilleville, par Carloix (1527-1571) ; Jean de Mergey (1554-1589) ; Boyvin du Villars (1550-1569) ; Philippe, de Chaverny (1553-1582). Il faut ajouter, pour faire une étude complète de cette époque, les deux volumes de Brantôme (édition J.-A.-C. Buchon. Paris. Panthéon littéraire. 1849).

[66] « Au rude assaut de Thérouanne, nos gens, fauchés et emportés, étant prêts à être tous mis en pièces, comme l'art et la coutume de la guerre le permettent, s'avisèrent de crier : — « Bonne guerre, compagnons ! souvenez-vous de la courtoisie de Metz ! » Soudain les Espagnols courtois, qui faisaient la première pointe de l'assaut, sauvèrent les soldats, seigneurs et gentilshommes et les reçurent tous à rançon. » (Brantôme, M. de Guyse-le-Grand.)

[67] Sur l’Authie.

[68] Le connétable, les ducs de Vendôme, de Nevers, d'Enghien, de Montpensier et de Guise, les princes de La Roche-sur-Yon et de Ferrare, l'amiral de Coligny et le maréchal de Saint-André. « Il n'y avait guères alors de compagnies particulières d'arquebusiers à cheval, parce que le Roi avait fait, en 1552, une ordonnance pour que chaque capitaine de 100 hommes d'armes levât 50 arquebusiers, armés de corselets, morions, brassards ou manches de maille, avec la scopette ou arquebuse à mèche ou à rouet dans son fourreau de cuir bouilli. Ces arquebusiers, montés sur de bons courtaux, étaient divisés en deux bandes de 25 cavaliers, commandées chacune par un homme d'armes, élu parmi les plus expérimentés de la compagnie. Il y avait dans l'Ordonnance du Roi environ 1.500 arquebusiers à cheval. Chose bien inventée pour soutenir l'homme d'armes en lieu étroit et malaisé, et qui donnait grande grâce et parade à l'armée, parce que les arquebusiers à cheval étaient les premiers devant les compagnies avec la diversité de leurs accoutrements. » (Rabutin, liv. V.)

[69] Philibert-Emmanuel, devenu duc de Savoie en 1553 par la mort de son père Charles III le Bon, était le cousin germain de François Ier, et le neveu de Charles-Quint. « Charles le Bon, dit Brantôme, ayant perdu la plus grande partie de son Etat, se retira à Nice, et son fils, M. le prince de Piémont, avec l'Empereur, qui lui fit un très bon traitement, le tint en sa cour fort honorablement, l'éleva en lui faisant voir les armes, et lui donna pour devise : Spoliatis arma supersunt !

« En son jeune âge, Philibert-Emmanuel, étant aux armées de l'Empereur, se plaisait fort parmi les soldats espagnols et était avec eux le plus souvent jusqu'à porter la harquebuse et le fourniement comme eux et aller aux escarmouches ; à quoi l'Empereur prenait tous les plaisirs du monde. Le prince de Piémont s'étant fait bien expert aux armes, son oncle en eut telle opinion qu'il lui donna à mener l'avant-garde avec le duc d'Albe en la guerre des protestants ; puis il le fit son lieutenant général aux guerres de Picardie. »

[70] « L'armée impériale nous côtoyait à 5 ou 6 lieues près, étant la rivière d'Authie comme une barre et séparation entre nous ; elle faisait toujours autant de chemin que nous, se logeant en lieux forts, marécageux ou environnés de bois ou de rivières, parce qu'elle était beaucoup moindre que la nôtre. » (Rabutin.)

[71] « Le camp des Impériaux était à la portée d'une coulevrine de Valenciennes, moitié en pendant-du côté de cette grande et riche ville, moitié en fond, le long de l'Escaut ; il était tracé en carré et entouré de tranchées et levées de la hauteur d'une pique avec fossés de 10 à 12 pieds. » (Idem.)

[72] Armés pour la plupart de corselets, de brassards, cabassets ou secrètes, et les mieux en équipage qui vinrent en France de longtemps.

[73] Rabutin.

[74] « Les piquiers de l'infanterie impériale se mirent en un seul bataillon carré à l'intérieur du camp ; l'arquebuserie fut répartie sur les flancs et se disposa comme pour l'assaut d'une ville. Une partie de l'artillerie était sur des cavaliers en terre qui tiraient contre une colline placée de notre côté. » (Idem.)

[75] Rabutin.

[76] Cartel d'échange des prisonniers de guerre du 16 août 1553.

« Tous mestres de camp généraux d'infanterie, cavalerie et artillerie, de quelque sorte et nation qu'ils soient, ainsi que les colonels, maréchaux de camp, gouverneurs, mestres de camp particuliers, commissaires généraux et particuliers tant de la guerre que de l'artillerie, les maréchaux des logis et les fourriers, les capitaines de gens de pied, les lieutenants, enseignes, sergents-majors, canonniers, munitionnaires et chevaucheurs, faits prisonniers de guerre, ne seront contraints de payer pour la délivrance de leurs personnes que leur solde guerrière d'un mois ;

« Les capitaines, lieutenants, enseignes, guidons et maréchaux des logis de gendarmerie ne paieront que l'état et gage de leurs quartiers ;

« Les hommes d'armes, archers, chevau-légers, gens de pied, caporaux, sergents et fourriers, lorsqu'ils auront été pris à la guerre et dévalisés, seront soudain relâchés sans payer aucune taille ou composition ;

« Les auditeurs, secrétaires ou médecins des lieutenants généraux, les trésoriers, faiseurs de montres, contrôleurs des guerres tant des réparations et munitions que des vivres, les prévôts ou chatelains de forteresse, trouvés en campagne et pris, ne paieront d'autre rançon que leur solde d'un mois.

« Les gentilshommes volontaires, qui viennent à la guerre par honneur ou par plaisir, sans être stipendiés par leurs princes, seront sujets à rançon, selon l'honnêteté et courtoisie des lieutenants généraux, et ils seront crus sur parole au sujet de leur qualité. » (Boyvin du Villars.)

[77] « Desquels était général Mr d'Aumale, qui, peu auparavant, était revenu de captivité. » (Rabutin.)

[78] Étant toujours le seigneur de la Jaille leur général. (Idem.)

[79] « Tirées des garnisons de Metz, Verdun, Toul, Danvillers, Yvoy et Montmédy. » (Idem.)

[80] « Desquels était général Louis de Bourbon, prince de Condé. » (Idem.)

[81] « Le duc de Vendôme quitta l'armée à l'abbaye de Fercamp avec de la gendarmerie, de la cavalerie, bon nombre de gens de pied et quelque artillerie, pour aller sommer le château de Renty et pour savoir s'il y avait garnison dans celui de Fauquembergues, qu'il délibérait de forcer avec tous les petits forts des environs, afin d'amasser ]e plus grand nombre d'artillerie, la nôtre étant éventée ou démontée, et la plus grande partie de nos poudres et munitions ayant été consumée devant les villes et châteaux pris pendant la campagne. » (Rabutin.)

[82] « Dont ce château était tellement enveloppé qu'un seul homme n'y eût su entrer sans être découvert. » (Rabutin.)

[83] Gaspard de Saulx-Tavannes.

[84] « Il y avait entre eux et nous, au-dessus de Fauquembergues, le bois Guillaume que l'empereur délibérait d'occuper, pour nous empêcher de donner l'assaut à ce château et nous contraindre, à coups de canon qu'il ferait tirer contre notre camp, de déloger et d'abandonner la place. » (Rabutin.)

[85] Ravins.

[86] « Un peu avant le point du jour, les sentinelles prévinrent le duc de Guise qu'elles avaient entendu un grand bruit et découvert grand nombre d'arquebusiers ennemis ; lui-même, les ayant entendus et aperçus, admonesta ses gens de ne se point découvrir, jusqu'à ce qu'ils vissent l'ennemi à une portée bien assurée ; puis il se retira au corps du guet, qui était plus reculé en la plaine, devers noire camp. Les Impériaux, s'acheminant avec cris et tirant de loin arquebusades, entrèrent dans le bois, qu'ils suivirent tant avant, sur le rapport de leurs découvreurs (éclaireurs), qu'ils furent enserrés dans notre embuscade avant de l'avoir découverte. Soudain nos arquebusiers déchargèrent tout d'un coup sur eux, ce qui les étonna fort ; plusieurs se trouvant blessés, ils commencèrent à fuir et à tourner le dos. » (Rabutin.)

[87] Rabutin.

[88] Brantôme, M. de Chastillon, second couronnel général de l'infanterie française.

[89] Rabutin.

[90] « Les Français se vantent d'une victoire, les Impériaux n'avouent qu'une rencontre. Le roi dit qu'il n'a attaqué Renty que pour faire venir l'empereur à la bataille et qu'il se contente de l'avoir gagnée ; l'empereur dit qu'il est venu pour faire lever le siège de Renty et qu'il a réussi. » (Gaspard de Saulx-Tavannes).

[91] « Notre camp était de 10 enseignes d'Allemands, 10 de Grisons, 14 de Français et 5 à 6.000 Italiens. » (Montluc).

[92] A une lieue de Luciguano et à une demi-lieue de la vallée de la Chiana.

[93] Boyvin du Villars, livre V.

[94] « Le guidon du comte de la Mirandole, qui avait fui le premier avec la cavalerie et fait fuir le reste, par une trahison suscitée à force d'écus par le duc de Florence, fut pendu après la bataille ; d'où il résulte, à l'honneur de Strozzi, que ce furent l'or et la méchanceté des hommes, et non la vertu, qui lui dérobèrent la victoire. » (Boyvin du Villars, livre V).

[95] Strozzi avait voulu imiter le coup d'audace de François Ier, qui, après avoir ravitaillé Landrecies, assiégé par une armée bien supérieure à la sienne, avait opéré sa retraite en plein jour, le 1er novembre 1513, « à la barbe de l'empereur, » et gagné heureusement les bois de Guise.

[96] « La Veille de Noël, dit-il, le marquis de Marignan m'envoya par un sien trompette la moitié d'un cerf, G chapons, G perdrix, G flacons de vin excellent et G pains blancs pour faire la fête le lendemain. Je ne trouvai pas étrange cette courtoisie, car, à l'extrémité de ma grande maladie, le marquis avait permis à mes médecins d'envoyer chercher à Florence certaines drogues ; lui-même m'avait envoyé trois ou quatre fois des oiseaux très bons, (un peu plus grands que les bec-figues de Provence), et il avait laissé entrer dans Sienne un mulet chargé de vin grec, envoyé de Rome par le cardinal d'Armagnac.

« Toutes ces courtoisies sont très honnêtes et louables même aux plus grands ennemis, s'il n'y a rien de particulier entre eux ; le marquis servait son maitre et moi le mien ; il m'attaquait pour son honneur et je soutenais le mien ; il voulait acquérir de la réputation et moi aussi ; c'est affaire aux Turcs et aux Sarrasins de refuser quelque courtoisie à leurs ennemis. Mais pourtant il ne faut pas qu'elle soit si grande qu'elle rompe ou recule votre dessein. » (Livre III).

[97] Les femmes elles-mêmes travaillaient et veillaient aux remparts.

« Je veux, dames siennoises, dit Montluc, immortaliser votre nom tant que mon livre vivra, car vous êtes dignes d'immortelles louanges si jamais femmes le furent ! Au commencement de la belle résolution que prit ce peuple de défendre sa liberté, toutes les dames de Sienne se départirent en trois bandes ; toutes avaient un accoutrement de nymphe, court et montrant le brodequin ; la première bande, vêtue de violet, était conduite par la signora Forteguerra ; la seconde, vêtue de satin incarnadin, par la signora Piccolomini ; la troisième, vêtue de blanc, avec une enseigne blanche, par la signora Livia Fausta. Ces trois escadrons étaient composés de 3.000 dames, gentil-femmes ou bourgeoises ; leurs armes étaient des pics, des pelles, des hottes et des fascines. Elles tirent leur montre en cet équipage et allèrent commencer les fortifications.

« J'avais l'ait une ordonnance, au temps que je fus créé dictateur, que nul, à peine d'être bien puni, ne faillit à la garde, à son tour : une jeune fille de pauvre lieu, quand vint le tour de garde de son frère qui ne pouvait y aller, prit son morion, ses chausses et un collet de buffle, puis, avec la hallebarde sur le col, elle s'en alla au corps de garde. Elle répondit au nom de son frère quand on lut le rôle, lit la sentinelle à son tour sans être reconnue, et fut ramenée à sa maison avec honneur ; l'après-dînée, le seigneur Cornélio mc la montra. »

[98] Montluc cite parmi les braves capitaines qui l'entouraient : Jean Galéas de San-Severino, comte de Calazzo, le seigneur Cornelio, le comte de Vico, Gaspard Pape, seigneur de Saint-Auban, Combercier, son neveu, Charrv, Blacon, Bassompierre, commissaire de l'artillerie, La Molière et L'Espine, l'un contrôleur, l'autre trésorier des guerres, Bertrand d'Esparbès, seigneur de Lussan, Bernardino et Persio Buoninsegni, Hieronimo Spanotchi, Ambrosio Nuti, Bartolomeo Cavalcanti.

[99] L'infanterie de Piémont se composait, au 22 novembre 1554, de 17.500 hommes, sous 89 enseignes : 38 compagnies françaises de 270 hommes chacune (8.000), 12 enseignes de lansquenets (3.000), 12 enseignes de Suisses (3.000), 25 enseignes italiennes de 100 à 200 hommes (3.550) ; « ce qui n'était compté que pour 16.000 combattants, pour divers déchets qu'il y a toujours. » (Du Villars).

[100] « On a inventé le dragon, écrit Walhausen, parce qu'il y a plusieurs exploits militaires qui ne peuvent être accomplis par la cavalerie seule, et qu'il faut quelquefois que l'infanterie ou partie d'icelle monte à cheval avec les armes requises, pour seconder promptement et subitement la cavalerie. Les dragons se divisent eu arquebusiers et en piquiers ; ils doivent avoir des chevaux sans valeur afin que leur perte soit sans importance, et ne pas s'embarrasser de bottes ni d'éperons, qui les gêneraient pour combattre à pied. Dans ce cas, chaque dragon jette la bride de son cheval autour de l'encolure du cheval de son voisin, de manière que tous les chevaux restent joints file à file comme ils out marché ; on laisse avec eux quelques hommes pour les garder. Les dragons peuvent être employés à toute entreprise, mais surtout quand il s'agit d'écheller ou de surprendre un fort, d'enfoncer la porte d'une ville ou de donner l'alarme aux quartiers ennemis. Les piquiers serviront à arrêter la cavalerie aux passages étroits, dans les bois et les défilés. En bataille rangée, la place des dragons sera à l'avant-garde pour charger brusquement l'ennemi en flanc ou en queue. »

[101] « Pour tirer, le cavalier saisit son arquebuse de la main droite, la monte, ôte le crochet, l'empoigne de la main gauche qui tient la bride, vise et donne feu. Le coup parti, il abandonne l'arquebuse de la main droite, la tourne le long de sa cuisse gauche, la recharge à l'aide du flasque, puis la relève pour mettre le pulvérin sur le bassinet. » (Walhausen).

[102] « Le 12 août, le duc d'Albe s'était présenté sur la Doria Baltes avec 2.000 hommes de pied, 4.000 chevaux, 40 canons, plusieurs petites pièces de campagne, 4.000 pionniers, une infinité de munitions et équipages de guerre, sans compter 7.000 hommes et 1.200 chevaux, envoyés en Piémont pour ravager le pays et empêcher le ravitaillement de Vulpiano. » (Boyvin du Villars).

[103] Brantôme.