LE ROI SOLDAT.
Henri
II était un soldat et un organisateur. Ses premiers actes de roi indiquèrent
qu'il voulait déchirer le traité de Crespy, et tenter à son tour la fortune
contre le vieil Empereur. Dès
1547, il divisa la frontière du royaume en trois départements
militaires, administrés chacun par un maréchal de France[1] ; il renouvela avec les cantons
suisses la convention qui lui assurait un contingent de 6 à 16.000 hommes, formés
en régiments[2] comme les lansquenets[3], et il répartit toutes les
bandes à pied françaises et étrangères entre cinq colonels et
capitaines-généraux[4]. L'infanterie française en eut
deux, dont la charge devint permanente : en deçà des monts, Gaspard de
Châtillon, comte de Coligny ; delà les monts, François de Gouffier,
seigneur de Bonnivet. Chaque colonel général[5] avait pour assisteur un mestre
de camp général[6], un sergent de bataille[7] et un grand prévôt des
bandes. Claude
de Lorraine, duc d'Aumale, fut nommé colonel général de la cavalerie légère[8]. La gendarmerie[9] continua à relever directement
du roi et du connétable, sous l'inspection et le contrôle des maréchaux de
France. Charles
de Cossé-Brissac, maître et capitaine général de l'artillerie, et Jean
d'Estrées, son lieutenant, réduisirent toutes les pièces en usage à six
modèles exclusifs : le canon, la grande coulevrine, la bâtarde, la moyenne,
le faucon et le fauconneau[10], qu'on appela, depuis 1551, les
six calibres de France. Les
projectiles étaient des boulets de fonte, dont le poids variait de 1 à 34
livres. Après
une heureuse intervention en Écosse[11], Henri II envahit le Boulonnais[12], le 23 août 1549, et s'empara,
sans coup férir, de presque toutes les forteresses anglaises. Les ministres
du jeune roi Édouard IV prirent peur et demandèrent la paix. Elle fut signée
à Guines, le 24 mars 1550 ; l'Angleterre consentait au rachat de Boulogne, et
ne gardait plus en France que Calais. COSSÉ-BRISSAC.
Le
gouverneur français du Piémont, le vieux prince de Melfi, étant mort, au mois
d'août 1550, après avoir tenté de rétablir la discipline[13] parmi les bandes delà les
monts, son successeur, le maréchal de Brissac[14], prépara activement la reprise
des hostilités contre l'armée impériale du Milanais. Après
une inspection minutieuse des places de son gouvernement, Brissac fit
appliquer dans toute leur rigueur, en les complétant au besoin, les
ordonnances et les règlements de Guillaume du Bellay. Pendant
une année il leva des recrues, exerça des troupes, organisa les services[15], et, quand le roi lui donna
l'ordre, en septembre 1551, d'intervenir dans la querelle du duc de Parme
avec l'Empereur, l'armée de Piémont enleva brusquement Chieti et San-Damiano
; puis, par une marche audacieuse, elle obligea le gouverneur du Milanais,
Fernand de Gonzague, à évacuer le Parmesan. Ces
succès facilitèrent les négociations d'Henri II avec les princes luthériens
d'Allemagne, que Charles-Quint croyait avoir domptés par sa victoire de
Mühlberg[16], mais qui frémissaient plus que
jamais sous le joug de la maison d'Autriche. Leur chef, Maurice de Saxe,
déclara le roi de France Protecteur des ligues germaniques, et
l'engagea à s'emparer des villes de l'empire qui n'étaient pas de langue
allemande[17]. C'était
lui offrir Cambrai et les Trois-Évêchés, Toul, Metz et Verdun, ces vieilles
cités austrasiennes, berceau de la monarchie franke. A cette
nouvelle, un grand élan national, une généreuse ardeur patriotique entraîna
l'élite de la jeunesse française au camp de Vitry, où le connétable de
Montmorency avait donné rendez-vous à ses capitaines pour le voyage
d'Austrasie[18]. VOYAGE D'AUSTRASIE (1552).
Le 10
mars 1552, Montmorency, ayant pour maréchaux de camp[19] Gaspard de Sault, seigneur de
Tavannes, et le sieur de Bourdillon, franchit les défilés de l'Argonne, avec
1.500 hommes d'armes[20], et leur suite d'archers[21], de coustilliers ou de valets,
avec 2.000 chevau-légers[22], autant d'arquebusiers à cheval[23], 26.000 hommes d'infanterie
française en deux bataillons[24], et 42 pièces d'artillerie[25], afin d'aller rejoindre sous
les murs de Toul, « première ville neutre à l'entrée de Lorraine », le bataillon
de 8.000 lansquenets que le Rhingrave et le capitaine Schertel y avaient
amené. Toul
ouvrit ses portes au connétable, et Henri II y fit son entrée le 12 avril,
suivi de sa maison[26] et de ses gardes. De là par
Nancy et Pont-à-Mousson, il se dirigea triomphalement vers Metz. L'antique
capitale du royaume d'Austrasie, devenue depuis 985 une ville libre
impériale, fut occupée, le 18 avril 1552, par l'armée françaises[27] au nom des libertés
germaniques. La communauté d'origine renoua aussitôt les vieux liens qui
rattachaient Metz-la-Pucelle au royaume des Franks[28], et, dès l'année suivante, elle
prouva, par une défense héroïque contre l'armée de Charles-Quint, qu'elle
tenait à rester à jamais française[29]. Parti
de Metz le 20 avril, Henri II traversa les Vosges pour passer en Alsace. Mais
alors les habitudes de maraude et d'indiscipline que les vieilles bandes
françaises avaient rapportées d'Italie, effrayèrent les habitants et
compromirent l'entreprise. « Quand
nous aimes entrés sur les terres d'Allemagne, dit Carloix, le Français montra
son insolence au premier logis, et effraya si bien tout le reste que nous ne
trouvâmes plus un seul homme à qui parler. Tant que le voyage dura, il ne se
présenta personne avec sa denrée sur le passage ; il fallait faire 5 à 6
lieues pour aller au fourrage ou aux vivres, et encore sous bonne escorte,
car 10 hommes n'en revenaient pas ; de quoi l'armée souffrit infinies
pauvretés. Ce malheur nous commença le 6 mai, à l'approche de Saverne[30]. » Les
bourgeois de Strasbourg remplirent les fourgons de M. de Lezigny[31], surintendant général des
vivres de l'armée[32] ; mais ils fermèrent leurs
portes à l'avant-garde du connétable. Il fallut se contenter d'entrer à
Haguenau et à Wissembourg, qui n'étaient pas en état de résister aux grandes
coulevrines du comte d'Estrées. Henri
II se préparait à franchir le Rhin, pour faire sa jonction avec l'armée des
princes allemands confédérés, et pour prendre enfin la revanche des cinq
invasions de Charles-Quint, lorsqu'il apprit, le 12 mai, que Maurice de Saxe
avait traité avec l'Empereur. Cette
défection déjouait tous les plans du Roi ; mais il sut faire sur mauvais jeu
brave réponse. Il dit aux ambassadeurs des princes luthériens « qu'il lui
suffisait d'avoir obtenu la paix et la liberté de l'Allemagne, et qu'il se
retirait en les priant de lui garder leur amitié et de se ressouvenir du bien
qu'ils avaient reçu par son assistance[33]. » Cette
retraite était d'ailleurs imposée par les circonstances ; une armée conduite
par la régente des Pays-Bas, Marie d'Autriche, reine de Hongrie et de Bohême[34], s'était emparée de la ville
lorraine de Stenay et menaçait la Champagne ; les Cantons suisses demandaient
qu'on respectât leurs alliés d'Alsace ; enfin, la vue des coureurs français
semblait avoir fait oublier à l'Allemagne toutes ses rancunes contre l'Empereur. Henri
II, obligé de tourner le dos au grand fleuve sans l'avoir franchi, ne voulut
pas du moins rentrer en France avant d'avoir tenté un coup de main contre le
Luxembourg[35] et achevé la conquête des cités
d'Austrasie. Son
armée, divisée en trois colonnes, suivit trois routes différentes. Le
corps principal, commandé par le Roi et composé de sa maison, de 500 hommes
d'armes sous la charge du connétable, de 1.000 à 1.200 chevau-légers ou
arquebusiers à cheval, des vieilles bandes françaises et du régiment de
lansquenets du colonel Seller-tel, se dirigea, par le duché de Deux-Ponts
vers Rodemack[36], pour tourner Thionville,
boulevard et centre d'opérations des Impériaux sur la Moselle. Une
colonne légère, conduite par le duc d'Aumale[37], devait couvrir cette marelle
du côté du Palatinat, en franchissant les Vosges au col de Neustadt, et en
suivant la route de Kaiserslautern à Sarrebrück[38]. Antoine
de Bourbon, duc de Vendôme, reprit avec la 3e colonne « le chemin que
l'armée avait tenu de Metz à Wissembourg, et protégea un grand convoi de
malades et de bagages, qui avait pour escorte particulière deux compagnies de
gendarmerie et quelques chevau-légers ou arquebusiers à cheval[39] ». Cependant
il avait suffi à l'amiral d'Annebaut de réunir aux légionnaires de Champagne
3 ou 4.000 Suisses et 2 ou 3.000 chevaux, « tant des Ordonnances que d'autre
cavalerie, pour arrêter la dévastation et les 10.000 méchancetés que l'armée
de la reine de Hongrie perpétrait sur la rivière d'Aire, entre
Sainte-Menehould, Châlons et Attigny ». A la première démonstration de
l'amiral, les Impériaux avaient reculé jusqu'à la Meuse et s'étaient enfermés
dans Stenay, après avoir incendié Grand-Pré. D'Annebaut,
prenant résolument l'offensive, passa la Meuse au-dessus de Verdun et vint
mettre le siège devant Danvilliers. En même temps la concentration des trois
premières colonnes de la grande armée royale s'opérait devant Rodemack, qui
se rendait au premier coup de canon. Henri
II, sans s'attarder à attaquer Thionville, dont la garnison était nombreuse
et vaillante, se dirigea à marches forcées vers Etain, pour rejoindre l'armée
de Champagne sous les murs de Danvilliers. Cette pointe heureuse livra Verdun
au roi ; il y fit son entrée le 12 juin, jour de la Trinité. L'artillerie
du comte d'Estrées réduisit Danvilliers et Ivoy[40], pendant que le maréchal de la
Mark rentrait par la brèche dans son château de Bouillon[41]. Montmédy capitula avant
d'avoir été attaqué (23 juin). Les
Trois-Évêchés lorrains étaient conquis ; mais il y avait encore Cambrai à
recouvrer. Le connétable voulut tenter l'entreprise malgré les grandes
chaleurs et la fatigue des troupes. Il entra en Hainaut, brûla Chimay, sans
rencontrer l'armée des Pays-Bas, « qui s'était rompue et évanouie », et
enleva Trélon et Gageon. Il se préparait à assiéger Avesnes, sans se soucier
des pluies torrentielles, qui augmentaient chaque jour les maladies et les
souffrances du soldat[42], lorsqu'il reçut d'Henri II,
menacé des représailles de Charles-Quint, l'ordre d'évacuer le Hainaut et de
rallier toutes les troupes à Étréaupont sur l'Oise. C'est
là que la grande armée d'Austrasie fut licenciée, le 24 juillet. Le duc de
Vendôme en conduisit une partie dans son gouvernement de Picardie pour
reprendre Hesdin ; le reste fut réparti dans les garnisons de Champagne et de
Lorraine, où les compagnies de cavalerie et les bandes à pied eurent à se
réorganiser pour se préparer à une nouvelle campagne[43]. LA REVANCHE DE CHARLES-QUINT.
Charles-Quint
fit aux princes luthériens les concessions les plus pénibles à son orgueil,
afin de tirer une prompte vengeance du voyage d'Austrasie. Sous prétexte de
préparer de grands armements contre les Turcs, il chargea le duc d'Albe de
former en Bavière la plus nombreuse armée qui se fût jamais réunie sous les
enseignes impériales. Malgré
les infirmités d'une vieillesse prématurée[44], qui n'avait triomphé ni de son
énergie ni de ses rancunes, l'Empereur passa le Rhin, le 15 septembre 1552,
avec 420.000 hommes, et fit son entrée à Strasbourg[45], où il prépara aussitôt une
nouvelle invasion de la France. En un
mois, il négocia la défection de l'allié vénal et sans scrupule d'Henri II,
le margrave Albert de Brandebourg, qui ravageait les environs de Thionville
avec 20.000 aventuriers allemands[46] ; il ordonna à Antoine de Croy,
comte de Reux, son lieutenant général dans les Pays-Bas, de quitter les
positions qu'il occupait sur l'Escaut, entre Cambrai et Crèvecœur, pour aller
mettre la Picardie à feu et à sang. Il envoya des détachements dans le Luxembourg
et la Franche-Comté pour protéger les convois qu'il attendait de ces
provinces ; puis, à la tête de 60.000 hommes, il s'achemina vers Metz, qu'il
voulait assaillir avec une artillerie formidable. La
goutte l'obligea à s'arrêter à Thionville, et ce fut le duc d'Albe qui vint
mettre le siège, le 19 octobre, devant la noble cité de Clovis et de
Charles-Martel. Mais,
dès le 17 août, le duc François de Guise était entré à Metz avec l'élite de
la noblesse française[47] ; il avait mis ces deux mois à
profit pour pousser activement les travaux de terrassement, et faire partager
à la garnison[48] et aux habitants sa ferme
volonté d'une défense à outrance. En même temps, le connétable de
Montmorency, confiant au patriotisme de leurs défenseurs les villes
nouvellement conquises dans les Trois-Evêchés ou dans le Luxembourg, ainsi
que les places frontières de Picardie et de Champagne, avait réuni au camp de
Saint-Mihiel toutes les forces disponibles de la France et en avait formé une
armée d'observation. C'était
à Metz, en effet, que la partie décisive était engagée. Pour
mettre en lumière cette page célèbre de notre histoire, il suffira de résumer
le récit qu'un membre de l'Institut, l'intendant général Charles Robert, a
emprunté à clos documents authentiques. SIÈGE DE METZ (14 octobre 1552).
La
ville, très étendue, était enveloppée seulement d'une vieille muraille,
flanquée de tours, qu'une fausse-braie ne renforçait pas partout[49]. Des constructions s'adossaient
à cette muraille, encombraient les fossés et s'étendaient dans la campagne[50]. Le duc
de Guise, dès son arrivée, avait fait raser tout ce qui gênait l'œuvre du
canon ; mais, malgré ses efforts, il n'avait pu renforcer par des
terrassements que la partie de l'enceinte qui faisait face à l'Allemagne. Ce fut,
en effet, au nord-est que se présenta le duc d'Albe. Il établit son corps de
bataille sur le plateau de Grimont, et son avant-garde sur les hauteurs de
Belle-Croix[51] qui, dominant la porte de
Sainte-Barbe, prennent des vues de revers sur l'île Chambière, formée au nord
de la ville par les deux bras de la Moselle. Cette avant-garde avait
construit des tranchées et des batteries[52], et son artillerie avait déjà
ouvert le feu contre la ville[53], lorsque, le 2 novembre, le duc
d'Albe, laissant au camp de Grimont les 12.000 hommes de pied et les 3.000
chevaux envoyés des Pays-Bas par la reine de Hongrie, força le passage de la
Seille au pont de Magny et établit le gros de ses forces entre la Moselle et
la Seille, dans la plaine ondulée du Sablon[54]. Il
avait, pour changer son point d'attaque, deux motifs importants : 1° le sol
du Sablon était moins impraticable pendant les pluies d'automne que les
rampes argileuses du nord-est ; 2° le grand ouvrage rectangulaire, qui
défendait la ville au sud-ouest, n'avait qu'un fossé sec, et, sauf une
plate-forme, il se composait de l'ancienne muraille sans terrassement ; du
côté de Grimont, au contraire, la Seille baignait le pied de l'enceinte, et,
grossie par les pluies, elle rendait presque impossible le passage du fossé. Le duc
d'Albe traça le nouveau front d'attaque entre les portes Saint-Thiébaut et
Champenèze. La tranchée fut ouverte en avant de l'abbaye de Saint-Arnould et
poussée vers Saint-Thiébaut, sous la protection de quatre batteries, qui
entamèrent promptement la muraille, sans toutefois en voir le pied[55]. Les
20.000 Allemands d'Albert de Brandebourg, après avoir battu et pris le duc
d'Aumale aux environs du Pont-Saint-Vincent[56], vinrent, le 10 novembre,
camper au Ban-Saint-Martin et complétèrent, sur la rive gauche de la Moselle,
l'investissement de Metz. Le 18,
l'Empereur, croyant hâter par sa présence la reddition de la place, quitta
Thionville et se fit porter en litière au camp du duc d'Albe. Il
prolongea le front d'attaque jusqu'à la tour d'Enfer, qui formait saillie du
côté de la Moselle, et amassa toute sa grosse artillerie sur des cavaliers en
terre, élevés devant cette tour et le château Champenèze[57]. La
muraille de la longue courtine intermédiaire fut battue sans relâche ; mais,
à mesure qu'elle s'écroulait, le duc de Guise, secondé par son mestre de camp
Pierre Strozzi, par ses ingénieurs Saint-Rémy[58] et Carrillo Mazini, portant
la hotte et donnant l'exemple aux pionniers, faisait construire un large
retranchement intérieur. Chaque
jour, chaque nuit, des détachements intrépides, franchissant la Moselle et la
Seille, jetaient l'alarme dans les trois camps impériaux, où les souffrances
d'un hiver précoce avaient introduit les maladies, l'indiscipline et la
désertion. Cependant,
vers la fin de novembre, la tour d'Enfer s'entrouvrit sur une largeur de 20
pieds et les deux tours voisines s'écroulèrent avec un grand fracas. Mais,
quand la poussière se fut dissipée, les assiégeants, formés pour l'assaut,
virent se dresser en arrière de la brèche un rempart imprévu. Il
fallait recommencer le feu et les travaux de sape. Les
Impériaux cheminèrent jusqu'au fossé de la tour d'Enfer, et, à 40 pas de ce
fossé, ils construisirent un dernier épaulement, qui reçut 2 canons et un
grand nombre d'arquebusiers. Le 7
décembre, au point du jour, la brèche avait 90 pas de largeur[59]. Mais quand le grand tambourin
de l'Empereur eut réuni les colonnes d'assaut, le passage était couronné par
l'élite de la garnison de Metz, dans une attitude si résolue que le duc
d'Albe n'osa pas donner le signal de l'attaque. Il
recourut de nouveau à la mine et au canon. Des
alternatives de gelée et de dégel rendaient les tranchées intenables ; les
sentinelles, engourdies par le froid, se réveillaient avec les jambes gelées
jusqu'au genou. Les lansquenets, réduits de moitié, se mutinaient, et, du
château de la Horgne, où il avait établi son quartier, Charles-Quint
entendait leurs cris de douleur et de colère. Cette
fois encore l'ambitieux Empereur fut obligé de s'avouer vaincu. Le 65e
jour de l'arrivée du duc d'Albe et le 45e de l'ouverture du feu, « Charles
d'Autriche, reniant Dieu, accusant les hommes, et tant maladif qu'à
grand'peine pouvait-il retenir son âme », se décida à ordonner la retraite.
Il retourna, le 1er janvier, à Thionville, d'où il se réfugia à Bruxelles,
sous l'escorte de 1.500 chevau-légers. Les
régiments wallons du camp de Griment se retirèrent dans le Luxembourg, et le
duc d'Albe passa la Moselle au pont de Moulin pour rentrer à Thionville. Son
camp offrait le plus misérable spectacle. « De
quelque côté qu'on regardât, dit Bertrand de Salignac, on ne voyait qu'hommes
morts ou mourants ; on entendait une infinité de malades se plaindre dans
leurs loges, qui, à cette occasion, avaient été laissées entières. Chaque
quartier avait de grands cimetières fraîchement labourés ; les chemins
étaient couverts de chevaux morts, de tentes, d'armes et de meubles
abandonnés : il y avait partout une telle misère que les plus acharnés
ennemis en avaient compassion. « Au
lieu de faire mettre le feu par tout ce camp[60], le duc de Guise envoya
assembler les malades et ordonna une charitable aumône pour les nourrir, les
guérir et donner sépulture aux trépassés. Il fit savoir au duc d'Albe que
s'il voulait envoyer de ses gens pour leur pourvoir et les conduire à
Thionville, il les accommoderait volontiers de bateaux bien couverts pour les
y mener. Le défenseur de Metz s'est donné ainsi un renom d'humanité qui
rendra sa mémoire immortelle. » Les
Allemands d'Albert de Brandebourg quittèrent les derniers le Ban Saint-Martin[61] et se dirigèrent vers Trèves,
poursuivis, d'après la chanson d'un soudart[62] de la garnison, Par
grand nombre de cavalerie, Que
le noble seigneur de Guise Sur
la queue leur fit aller Pour
les apprendre à cheminer. Le 9
janvier 1553, Metz-la-Pucelle victorieuse avait payé de son sang le droit
d'appartenir à la France. En
Picardie, le comte de Rœux brûla, du 40 au 20 octobre, 5.000 bourgs, hameaux
ou fermes[63], sans oser attaquer La Fère, où
le duc de Vendôme s'était enfermé. Un mois plus tard, il reçut des renforts
et assiégea Hesdin, qui capitula après une trop courte résistance. A cette
nouvelle, le connétable envoya son neveu, Gaspard de Coligny, avec une partie
de l'armée d'observation, pour renforcer le duc de Vendôme et reprendre
Hesdin. Le comte de Rœux, qui campait encore aux environs, battit en retraite
à l'approche de Coligny, et la garnison allemande rendit la place après deux
jours de canonnade (19 décembre). En
Italie, Ferdinand de Gonzague[64] n'avait pas réussi à reprendre
San-Damiano. Sur toute l'étendue de nos frontières, l'année 1552 se terminait
glorieusement pour les armes françaises. LA TACTIQUE EN 1553.
Les
commentaires de Montluc, de Boyvin du Villars et de François de Rabutin nous
permettent de suivre jour par jour les remarquables opérations militaires,
qui se sont accomplies, de 1553 à 1559, dans le bassin du Pô et dans les
Pays-Bas. Ils
nous montrent des soldats incomparables, dirigés par des capitaines
expérimentés qui, après une étude constante de l'art de la guerre, ont établi
des règles et posé des principes généraux ayant à peine varié depuis Henri
II. Il faut franchir plus de deux siècles et aborder la grande épopée de la
Révolution et de l'Empire, pour rencontrer à la fois dans l'histoire autant
d'hommes de guerre à admirer et autant d'exemples à retenir. Anne de
Montmorency, Charles de Brissac, Jean d'Estrées, François de Guise, Gaspard
de Coligny, Pierre Strozzi, Blaise de Montluc et Gaspard de Tavannes dans le
camp français ; le duc d'Albe, Philibert-Emmanuel duc de Savoie, le comte
d'Egmont, Ferdinand de Gonzague et Guillaume de Nassau sous les enseignes de
l'Empereur, sont les véritables fondateurs de la tactique moderne. L'espace
nous manque pour raconter tous leurs exploits, mais nous emprunterons aux
mémoires contemporains[65] les faits les plus saillants et
les pages les plus instructives. A cette
époque, comme dans tous les temps, la réunion des grandes armées est
difficile et leur entretien ruineux ; aussi voyons-nous, des deux côtés, les
entreprises de longue haleine échouer au moment même où le but paraît
atteint. Henri II, comme Charles- Quint, hésite à engager l'action décisive,
la bataille publique du moyen âge ; leurs armées se côtoient, manœuvrent,
envahissent et saccagent le territoire du voisin sans oser s'aborder. Une
campagne dure trois mois au plus ; elle se réduit à trois ou quatre sièges, à
quelques escarmouches, et se termine par la ruine totale du théâtre de la
guerre. Il faudra l'imprudence inattendue du vieux connétable de Montmorency
et le coup d'audace du jeune duc de Savoie pour que cette guerre de chicane
aboutisse, après sept ans, à la journée de Saint-Quentin. L'Empereur,
voulant une revanche de son échec de Metz, envoya, au mois d'avril MM, son
armée assiéger Thérouanne. Henri II avait laissé sans secours ce poste avancé
de la France sur la frontière des Pays-Bas ; la ville fut prise[66], le 20 juin, et détruite de
fond en comble. Hesdin eut le même sort, le 28 juillet ; puis les Impériaux
ravagèrent le territoire français jusqu'à Doullens,[67] avec une barbarie renouvelée
des Huns et des Vandales. Les
représailles ne se firent pas attendre. Le connétable forma pour la campagne
d'automne 10 régiments temporaires de gendarmerie, composés chacun de
200 hommes d'armes et de 100 arquebusiers à cheval, réunis sous le
commandement d'un prince ou d'un grand officier de la couronne[68] ; il rassembla à Corbie 2.000
chevau-légers, 3.000 gentilshommes de l'arrière-ban, 28.000 hommes de pied et
100 pièces d'artillerie grosses ou menues. Henri
II vint, le 1er septembre, prendre le commandement de cette belle armée et,
le lendemain, il se mit en marche pour compléter l'expédition d'Austrasie par
la conquête de Cambrai. Le duc
François de Guise, précédant d'une journée l'avant-garde, conduite par le
connétable, faisait le service d'exploration avec 2 régiments de
gendarmerie, 1.200 chevau-légers et 10 enseignes d'infanterie française. Le duc
de Savoie Philibert-Emmanuel[69], lieutenant général de
l'Empereur en Picardie, n'ayant pas de forces suffisantes pour livrer
bataille, lova son camp de Doullens et repassa l'Authie. Mais il côtoya
l'armée du Roi et conserva le contact avec elle[70] jusqu'à Bapaume et Cambrai ;
d'où, après avoir jeté des renforts dans la ville libre impériale, il alla
prendre position sous les murs de Valenciennes, en construisant au bord de
l'Escaut un formidable camp retranché[71]. Le Roi
déploya son armée devant les remparts de Cambrai (8 septembre) afin d'intimider les habitants
; mais ceux-ci fermèrent leurs portes et tirèrent leurs canons. Alors, comme
la saison était trop avancée pour entreprendre un siège en règle, Henri II
remonta la rive droite de l'Escaut, et alla provoquer les Impériaux dans leur
camp de Valenciennes. L'armée
s'arrêta le 17, et prit sa formation de combat sur deux lignes : « A l'avant-garde,
dit Rabutin, étaient deux bataillons carrés. Celui de droite, composé de 24
enseignes françaises, était flanqué extérieurement par les 600 hommes
d'armes, en 3 régiments, du connétable, du duc de Montpensier et de l'amiral
de Coligny, précédés d'une partie des nobles de l'arrière-ban et de 300
arquebusiers à cheval. Le bataillon de gauche (19 enseignes de lansquenets) avait pour aile les 3 régiments
de gendarmerie des ducs de Vendôme, de Nevers et d'Enghien, lesquels, un peu
plus rentrés que l'autre aile de cavalerie, avaient devant eux le reste de
l'arrière-ban et les arquebusiers à cheval. « A
la bataille, étaient deux autres bataillons carrés : à droite, 25
vieilles enseignes, flanquées par la maison du Roi, les gardes et le régiment
de gendarmerie du maréchal de Saint-André. « A l'aile
gauche, 30 enseignes de Suisses ou de Grisons[72] étaient flanquées par les
régiments de gendarmerie du prince de Ferrare et du due de Guise. « Les
capitaines Momas et Enard, deux des plus vieux et expérimentés, conduisaient
les enfants perdus. » « Le
pays étant, fort à propos, une plaine de près d'une grande lieue, toute
l'armée était si également compartie qu'elle marchait d'un même pas et
mesure. Les limites et espaces entre les batailles des gens de pied et les
rangs de la gendarmerie étaient conservés avec une si parfaite industrie
qu'il ne pouvait y advenir désordre. L'ordonnance des bataillons était tant
bien dressée que les premiers rangs devaient, s'ils étaient repoussés, se
retirer dans les seconds, et les premiers avec les seconds dans les
troisièmes, pour combattre jusqu'aux derniers rangs à la façon des légions
latines. Chaque bataillon avait des flancs de piquiers et d'arquebusiers,
pouvant faire tête à tous endroits et secourir tant la gendarmerie que le
corps de leurs bataillons. Quant à la gendarmerie, chaque régiment était
déployé sur un front de 200 hommes d'armes, avec leurs archers au dos ; de
sorte que, si un homme d'armes eût été renversé, son premier archer eût pris
sa place. Les enseignes étaient au milieu du rang des hommes d'armes et les
guidons au milieu du rang des archers. « La
cavalerie légère était divisée en 4 escadrons : L'escadron des
avant-coureurs, à l'escarmouche ; Le
second, sous M. de Sansac, embusqué à main gauche, dans un petit ravin ; M. de
Nemours se tenait avec le troisième entre notre armée et le camp ennemi ; Le
quatrième, au prince de Condé, était embusqué en un petit fond, sur la route
de Valenciennes, Pour empêcher qu'on vînt de ce côté. « L'artillerie
de l'avant-garde était sur le front de l'aile droite et celle de la bataille
sur le versant d'une colline, à gauche du bataillon suisse et grison[73]. » Philibert-Emmanuel
se contenta d'envoyer sa cavalerie légère escarmoucher avec les
avant-coureurs français, et prouva au connétable par une violente canonnade
qu'il était en mesure de défendre ses retranchements. « Il resta dans son
fort[74], où le conseil du Roi, prenant
l'exemple des batailles de Poitiers et de la Bicoque, ne fut pas d'avis de
l'attaquer. » L'armée
française s'en retourna par Cateau-Cambrésis et la vallée de l'Oise jusqu'à
Saint-Quentin, pour y être « départie » le 20 septembre 1553. L'arrière-ban
et les Suisses, « bien payés et contentés », eurent leur congé ; une partie
de la gendarmerie fut logée dans les garnisons de la frontière ou renvoyée
dans les gouvernements de ses capitaines. L'autre partie avec la cavalerie
légère, les vieilles enseignes et les 4 régiments de lansquenets du
Rhingrave, s'assembla à Auchy-le-Château sous le maréchal de Saint-André, «
pour parachever le dégât et la ruine totale du bailliage d'Hesdin, de la
comté de Ponthieu et du reste du pays d'Artois[75]. » Pendant
que « la Gaule Belgique endurait toutes les misères et calamités que les
dissensions des grands princes apportent au pauvre peuple », le maréchal
de Brissac acquérait une gloire immortelle en maintenant une discipline
admirable dans l'armée du Piémont, devenue, au dire de Montluc, la plus belle
école de l'Europe. Il imposa au général ennemi, Ferdinand de Gonzague, une capitulation
de bonne guerre'[76], qui rompait avec les
traditions habituelles de meurtre, de pillage et d'incendie, en sauvegardant
les villes et les villages. Cette nouvelle trêve de Dieu assura aux Français
des ressources nouvelles et valut au maréchal des succès inespérés. STRATÉGIE OFFENSIVE (1554).
L'été
suivant, Henri II répartit en trois armées toutes les forces militaires de la
France en deçà des monts, afin de tenir l'ennemi en doute de ce qu'on devait
exécuter et de quel côté on le voulait surprendre et envahir. L'armée
de Picardie,
dirigée par Charles de Bourbon, prince de la Roche-sur-Yon, campait à
l'entour de Saint-Quentin ; elle se composait de 9 à 10.000 hommes de pied
des bandes de Picardie, vieilles ou nouvelles, de 300 hommes d'armes et de 6
à 600 chevau-légers ou arquebusiers à cheval. L'armée
de Champagne,
la principale, était rassemblée entre Laon et Crespy sous le commandement
direct du connétable ; elle comptait 25' enseignes d'infanterie française,
les deux régiments allemands du Rhingrave et du colonel Rincrok, 4.400 hommes
d'armes, 1.800 à 2.000 chevau-légers ou arquebusiers à cheval[77], autant de gentilshommes de
l'arrière-ban[78], et quelques compagnies de
cavalerie anglaises ou écossaises. L'armée
de la Meuse
entourait Mézières ; son lieutenant général, François de Clèves, duc de
Nevers, disposait de 20 vieilles enseignes françaises[79], de 4 enseignes anglaises ou
écossaises, des deux régiments allemands du comte Cristophe de Rockendorf et
du baron de Fontenay, de 300 hommes d'armes, de 800 chevau-légers ou
arquebusiers à cheval[80] et de 200 pistoliers
allemands. Les
opérations offensives commencèrent le 23 juin 1554. Charles de Bourbon entra
en Artois, « brûlant et ruinant toute la contrée où il passait », pendant que
le connétable, après une démonstration contre Avesnes, se dirigeait vers
Givet par Maubert-Fontaine, Chimay et Marienbourg, où le roi le rejoignit. Le duc
de Nevers marcha sur Givet par la rive droite de la Meuse, et l'armée du
roi se trouva rassemblée devant cette place, le 3 juillet, dans deux
camps séparés par la Meuse. De
Givet, l'armée remonta le fleuve, en suivant ses deux rives pour s'emparer de
Dinant et de Bouvignes ; puis, tournant brusquement à l'ouest, elle atteignit
la Sambre, dont le duc de Savoie occupait la rive gauche. Cependant le
passage s'opéra sans combat le 19 juillet ; les Français se dirigèrent vers
Cambrai et le Quesnoy, « laissant derrière eux, pour leurs brisées, feux,
flammes, fumées et toutes calamités. » Philibert-Emmanuel,
n'ayant pas des forces suffisantes pour engager une bataille, se contenta de
les suivre de logis en logis, « en dressant sur leurs derrières toutes les
alarmes qu'il put : » Pour se garder des retours offensifs, le gros des
Impériaux marchait en bataille au milieu des chariots à bagages, enceinte
mobile que les arquebusiers garnissaient rapidement en cas d'alerte. Le 1er
août, le prince de la Roche-sur-Yon, « après avoir fait un merveilleux
dégât dans le comté d'Artois », opéra sa jonction avec l'armée royale à
Crèvecœur-sur-Escaut, au-dessus de Cambrai. Quand
Henri II se vit entouré de 50.000 hommes aguerris et intrépides, il résolut
de livrer bataille à l'armée que Charles-Quint avait réunie devant Arras. Il
entra dans le comté de Saint-Pol pour y provoquer le vieil empereur par de
nouveaux incendies ; puis il s'arrêta, le 8 août, à Fruges, entre Hesdin et
Thérouanne, et fit sommer les châteaux de Renty et de Fauquembergues[81], « qu'il trouvait grandement
préjudiciables à son comté de Boulonnais. » LE CHÂTEAU DE RENTY (août 1554).
Les
gouverneurs impériaux ayant refusé de se rendre, l'armée quitta Fruges le 11,
et vint prendre position sur les deux rives de l'Aa, entre Renty et
Fauquembergues. Le
connétable passa avec l'avant-garde sur la rive gauche et fortifia son camp,
afin d'obvier a. toute surprise et de couper le chemin aux secours. « Pour
mieux acertener l'Empereur du siège de Renty, il fit affûter sur le haut de
la montagne, du côté de Montreuil (au sud-ouest), quatre coulevrines qui
commencèrent à battre les défenses, pendant qu'on amenait la grosse
artillerie des villes de la Somme. » Des
ponts de bateaux furent jetés sur la rivière, afin d'assurer la communication
tic l'avant-garde avec le camp du roi, établi sur la rive droite. La
cavalerie légère du duc d'Aumale campa autour de Fauquembergues[82], pour garder les ponts et
observer la rivière. François
de Guise, « qui commandait en la bataille », avait pris position dans la
plaine accidentée d'Audinethun, en arrière d'un grand vallon, large de 150
pas et creux d'autant, dominé au nord-est par les rampes boisées du plateau
de Merk-Saint-Liévin. Charles-Quint
hésitait à secourir Renty et surtout à risquer une bataille ; mais son neveu
Philibert-Emmanuel et Fernand de Gonzague, qu'il avait rappelé du Milanais
avec l'élite de l'infanterie italienne, le supplièrent de relever le gant du
roi de France. Le Chef
de ses pistoliers à cheval, Wolfgang de Schwatzemberg, qui
« présomptueusement portait en sa cornette un renard mangeant le coq
gaulois[83], » lui jurait que ses
2.000 reîtres, ses diables noirs comme on les appelait, passeraient
sur le ventre à toute la gendarmerie de France. L'empereur
consentit à se porter d'Arras sur Thérouanne, et, le 12 août, il prit
position sur le plateau de Merk, en avant du bois Guillaume[84], qui le séparait du camp de
Henri II. Ce bois
était bien gardé ; « François de Guise y avait embusqué, dans de petits
cavins[85], 300 arquebusiers, en laissant
à découvert sur la lisière quelques corselets pour que l'ennemi, s'adressant
d'abord à eux, fût plus facilement entouré et tiré par lesdits arquebusiers
». Journée
de Fauquembergues
(13 août 1554)
Le 13
août, à la pointe du jour, une reconnaissance allemande vint donner dans
l'embuscade, perdit beaucoup de monde et s'enfuit en désordre, en rapportant
à l'Empereur que le bois était défendu par des forces énormes[86]. «
Cependant les Français ne laissaient pas refroidir leur artillerie. Dès le
matin, la batterie contre le château de Renty avait été continuée plus
furieusement qu'auparavant ; de sorte qu'en peu d'heures il y eut deux
brèches ; presque raisonnables pour donner l'assaut. « De
quoi l'empereur averti fut tellement fâché et dépité que, ce jour même, 13
août, environ midi, il fit décharger une volée d'artillerie pour avertir ceux
de dedans de son secours, et, contre l'avis des principaux de son conseil, il
mit tout son camp en ordonnance de combat, pour gagner le bois Guillaume et
en chasser les Français. » L'attaque
du bois fut confiée à l'élite de l'armée impériale : 2.000 chevau-légers,
commandés par le duc de Savoie, et 4.000 arquebusiers, sous Fernand de,
Gonzague, choisis parmi les plus expérimentés et les mieux assurés des bandes
à pied espagnoles ou italiennes, avec quelques corselets et piquiers pour les
soutenir. « Cette
colonne disposait de 4 pièces de campagne à 4 roues, appelées les pistolets
de l'empereur, qu'on pouvait promptement tourner à toutes mains. » Le long
du coteau, près du bois, en descendant sur Fauquembergues, marchait un
bataillon d'Allemands, conduit par le comte Jean de Nassau et par le maréchal
de Clèves. Ce bataillon était flanqué des 2.000 reîtres du comte Wolfgang,
suivis d'assez près par 1.200 chevau-légers et 4 autres pièces de campagne. La gendarmerie
de Bourgogne (et un bataillon de lansquenets étaient restés en réserve en
avant du camp impérial. Le duc
de Guise, « prince d'incroyable valeur », entreprit la défense du
bois, pendant que le connétable, qui avait fait passer les ponts aux Suisses
et à la plus grande partie de l'avant-garde, aidait le roi à disposer les
trois bataillons de gens de pied en lieu commode et aisé pour combattre avec
la gendarmerie. Il
plaça en première ligne les bandes françaises, sous leur colonel général,
Gaspard de Coligny ; les lansquenets en deuxième ligne, et les Suisses en
réserve ; chaque bataillon avait à sa droite un régiment de gendarmerie
pour le flanquer. Le
reste de la gendarmerie se plaça à l'aile gauche de la ligne de bataille, au
débouché du vallon de Fauquembergues, « où le duc d'Aumale avec toute la
cavalerie légère et quelques arquebusiers à pied, destinés à combattre sans
tenir ordre, s'apprêtait à arrêter l'ennemi s'il descendait par cette avenue.
» Les 300
arquebusiers et les quelques corselets français, qui défendaient le bois
Guillaume, soutinrent une furieuse escarmouche contre la cavalerie du duc de
Savoie et l'infanterie de Fernand de Gonzague. Obligés de céder au nombre, «
ils se retirèrent d'un lieu à l'autre par les sentiers du bois, sous la
direction de François de Guise, qui toujours les soutint avec la cavalerie du
corps du guet, ne voulant pas abandonner d'aussi vaillants soldats[87]. » Quand
le bois fut au pouvoir de l'ennemi, le duc courut au vallon de Fauquembergues
et prit le commandement de la cavalerie de l'aile gauche ; les reîtres
n'étaient plus qu'à cent pas. Sans
attendre le choc de ces pistoliers allemands, il lança successivement contre
eux les 400 chevau-légers du régiment de M. de Nemours, les archers de sa
compagnie, puis ceux de Gaspard de Saulx-Tavannes, son maréchal de camp. Mais le
gros escadron des reîtres perça toutes les haies de cavalerie qui se
présentèrent. Alors,
Tavannes rallia les défaits, et les plaça derrière ses hommes d'armes, armés
des premières bardes d'acier qui se fussent vues ; puis, choisissant son
temps, il chargea l'ennemi moitié en flanc et moitié en tête. Les reîtres,
rompus à leur tour, tournèrent bride, se jetèrent dans les chevau-légers qui
les suivaient, et les entraînèrent dans leur fuite. Cette cavalerie mit le
désordre dans le bataillon allemand qu'elle devait flanquer ; toute l'aile
droite impériale se réfugia dans le bois Guillaume, sous la protection de
l'artillerie, qui avait pris position au bord du grand vallon de
Fauquembergues. Cependant,
la colonne du duc de Savoie ayant traversé le bois Guillaume, « les
arquebusiers avaient commencé à tirer de la lisière, avec un merveilleux
bruit, dans le bataillon français. « Mais
Gaspard de Coligny, mettant pied à terre, fit sortir des rangs 1.000 à 1.200
de ses meilleurs arquebusiers et corselets, se mit à leur tête, la pique au
poing, et donna de telle furie et assurance dans l'arquebuserie espagnole,
qu'en un rien de temps cette troupe, qui était deux fois plus nombreuse que
la sienne, fut délogée et chassée de la lisière du bois[88]. » M. de
Nevers, passant alors avec son régiment de gendarmerie entre le bataillon
français et les lansquenets, traversa le vallon au galop et chargea
impétueusement la cavalerie légère du duc de Savoie. « Tout
le centre ennemi fut renversé et mis à vau de route, en tel désordre que gens
de pied et cavaliers tournèrent le dos pour fuir et se jeter dans le bois. « Alors
Coligny, poursuivant la victoire de la gendarmerie, lança, sous le feu de
l'artillerie impériale, les bandes françaises à l'attaque du bois ; tout ce
qui résista fut passé au tranchant de l'épée, pendant que notre artillerie,
amenée au coin du bois, obligeait les coulevrines ennemies à déloger[89] ». Nevers
et Coligny avaient conquis 17 enseignes, 5 cornettes et les 4 pistolets de
l'empereur, qui furent aussitôt amenés au roi. Henri
II, sur la demande des Suisses, s'était placé avec sa maison à l'aile de leur
bataillon, leur disant « qu'il les estimait ses parrains, les fidèles amis de
son « royaume, et qu'il voulait vivre et mourir avec eux ! » Mais
les Suisses n'eurent pas à combattre ; la cavalerie française, victorieuse
sur toute la ligne, parcourait au galop tout le terrain conquis quand la nuit
arrêta la poursuite. Les
Impériaux avaient perdu près de 2.000 hommes, et les Français 240. C'était
une victoire[90], et les Français s'apprêtaient
joyeusement h la compléter, le lendemain, en donnant l'assaut au camp
impérial, lorsque la nouvelle d'une bataille perdue en Italie par le maréchal
Pierre Strozzi, vint inspirer au conseil du roi une prudence excessive. On
attendit jusqu'au 16 août une seconde attaque de l'empereur ; puis, comme la
canicule rendait intenable la plaine infectée par les cadavres d'hommes et de
chevaux, Henri II ordonna de lever le camp de Renty et de battre en retraite
vers Montreuil-sur-Mer. C'est
ainsi que se termina la campagne de 1554 dans les Pays-Bas. Le Roi retourna à
Compiègne, après avoir ordonné au connétable de renvoyer l'arrière-ban, de
licencier les nouvelles bandes, et de répartir les anciennes avec la
gendarmerie dans les garnisons de Picardie et de Champagne. Voici,
d'après Montluc et du Villars, ce qui s'était passé au-delà des monts. GUERRE DE SIENNE (1554).
La
république de Sienne, fidèle alliée des Français en Italie, défendait, depuis
1552, son indépendance contre l'Empereur et le duc de Toscane, Côme Ier de
Médicis, lorsqu'en 1554, elle fut envahie par 25.000 Impériaux, commandés par
le marquis de Melegnano. Sienne
était la patrie du maréchal Pierre Strozzi, le vaillant rempareur de
Metz. Strozzi leva dans le Parmesan 1.200 chevaux et 12 enseignes italiennes,
qui furent renforcés de trois régiments, français, allemand et grison,
de 3.000 hommes chacun[91], venus de France par mer. Après
avoir confié à Montluc la garde de Sienne, il marcha au secours de la petite
place de Marciano[92], que le marquis assiégeait. C'était
au mois d'août, pendant les grandes chaleurs ; Malegnano avait établi son
camp près des seules fontaines qu'il y eut dans la plaine, et il avait posté
son artillerie sur trois collines inaccessibles, qui en défendaient
l'approche. Le
maréchal, « fort brave et courageux, mais un peu trop hâtif en ses actions ou
délibérations, établit ses troupes à 150 pas de la position ennemie, sur
l'espérance que le marquis délogerait afin de le combattre[93]. » Mais le marquis resta dans
son camp, et les Français, épuisés par la soif, furent contraints, après huit
jours d'inutiles escarmouches, de se mettre en retraite vers Lucignano, dans
la vallée de la Chiana. Marciano (2 août 1554).
Strozzi,
« estimant que, la nuit venue, les ennemis ne penseraient qu'au repos,
commanda de conduire diligemment son artillerie à Lucignano, après en avoir
fait tirer quelques volées pour dissimuler sa retraite. En même temps, il
ordonna qu'on se tînt prêt à déloger deux heures avant le jour, sans
trompettes, sourdines, ni tambourins. Ses 1200 cavaliers devaient marcher sur
les ailes des trois bataillons ainsi répartis : A l'avant-garde,
12 enseignes italiennes ; A la bataille,
les Français et les lansquenets ; A l'arrière-garde,
3.000 Grisons et 500 Siennois, commandés par le sieur de Fourquevaux. « Pour
que le marquis ne découvrît pas ce soudain délogement, le maréchal fit
dresser une nouvelle et rude escarmouche. « Mais
Malegnano avait prévu et découvert la ruse. Sachant que l'artillerie
française était si loin déjà qu'elle ne pouvait pas servir au combat, et que
ses adversaires étaient las et abattus de faim et de soif, il forma son
infanterie en 2 bataillions, qu'il lança à la poursuite de Stozzi. » Le
premier bataillon, sous don Juan de Luna, était composé de 3 ter-rios
d'Espagnols ; l'autre, sous le comte de Santa-Fiore, comprenait deux
régiments allemands, de 12 enseignes chacun, et 4.500 Italiens. Une
avant-garde de 200 hommes d'armes liens, conduits par Marc-Antoine Colonna et
Frédéric de Gonzague, et soutenus par 2.000 enfants perdus espagnols ou
italiens, attaqua fiévreusement le bataillon des 3.000 Grisons et des 500
Siennois, qui fit quelque vertueuse résistance. Mais, abandonné par la cavalerie
italienne, qui avait fui[94] dès le commencement, et attaqué
de flanc par 300 autres chevaux de l'ennemi, le bataillon fut ouvert et, de
main en main, renversé à vau de route. Fourquevaux, colonel des Grisons, fut
blessé et pris. « Les
Français et les lansquenets du corps de bataille se serrèrent ensemble
et, quoique privés du support de la cavalerie, combattirent fort longuement
et courageusement ; mais à la fin, enveloppés de tous côtés, ils furent
renversés non sans grande tuerie des ennemis. » Le
capitaine Valeron, colonel des bandes françaises, y mourut au lit d'honneur
avec 4.000 autres ; Strozzi, blessé en deux endroits après avoir fait acte de
preux et vaillant capitaine, « fut porté sur des perches à Lucignano, » où le
gros de l'armée se réfugia. « Ce
qui prouve, dit Montluc, que ces retraites de jour, à la barbe de l'ennemi[95], sont si dangereuses qu'il les
faut éviter si l'on peut, ou qu'il vaut mieux, en pareil cas, hasarder le
combat tout entier. » L'intrépide
capitaine gascon rallia dans Sienne les débris de l'armée de Strozzi, et y
soutint contre le marquis de Melegnano[96] un siège mémorable, qu'il
prolongea, sans être secouru, jusqu'au 21 avril 1555, grâce au patriotisme et
au dévouement des habitants[97]. Montluc,
fort malade depuis le commencement du siège, raconte qu'il reçut de son
adversaire des témoignages d'intérêt et de courtoisie, prouvant que les
traditions chevaleresques s'étaient conservées. Du
consentement du marquis de Melegnano, la garnison[98], après avoir consommé sa
dernière once de pain, sortit sans capitulation, enseignes déployées, les
armes sur le col et tambourins sonnant. L'empereur
fit des Maremmes un désert ; mais la France a précieusement gardé le souvenir
de l'héroïsme que les Siennois ont montré sous ses enseignes. LES DRAGONS DE PIÉMONT (1555).
Après
une campagne heureuse contre Suarez de Figueroa, successeur de Fernand de
Gonzague en Lombardie, le maréchal de Brissac, maître d'Ivrée, de Santhia et
de Casai, avait demandé, sans l'obtenir, la permission de marcher au secours
de Sienne : le connétable et le conseil du roi craignaient de compromettre le
Piémont, de découvrir la frontière des Alpes et d'exposer la Provence à une
nouvelle invasion. Brissac
voulut du moins que son armée[99] fut le modèle de toutes les
autres. Il permit aux soldats d'élite des vieilles bandes, piquiers ou
arquebusiers, qui avaient des chevaux, de les monter pour exécuter les
marches rapides, les coups de main et les surprises, à la condition qu'ils
mettraient pied à terre au moment de combattre et qu'ils prendraient les
formations habituelles de l'infanterie. Cette
cavalerie improvisée eut le succès de toutes les innovations heureuses. Fiers
de la terreur qu'ils inspiraient aux Impériaux, les gens de pied à cheval
de Piémont se donnèrent le nom de dragons[100] et le gardèrent. Quand
ils rencontraient la cavalerie ennemie, les dragons laissaient les chevaux
aux mains de leurs goujats et se formaient en redoute bardée de feux et
fraisée de piques. Les arquebusiers à genou, courbés ou debout, formaient
les trois premiers rangs ; les piquiers, sur cinq rangs, se mettaient en
garde contre la cavalerie, le bois appuyé contre le pied, l'épée dans la
main droite. Contre
des gens de pied aguerris qui les attendaient de pied ferme, ils marchaient
en avant, piques basses, les arquebusiers sur les flancs ou intercalés dans
les premiers rangs de corselets. Mais
s'ils surprenaient l'infanterie ennemie en marche, ou s'ils avaient affaire à
des recrues, à des bisognos, comme disaient les Espagnols, les dragons
restaient à cheval. Les piquiers formaient alors l'escadron de réserve, et
les arquebusiers tiraient la pistolade comme les reîtres : c'est-à-dire que
chaque rang, rompant successivement en colonne par un, passait au trot ou au
galop devant le front ou le flanc du bataillon ennemi, tirait, et regagnait,
après deux demi-voltes, le gros de la compagnie tout en rechargeant[101]. RETRAITE DE SANTHIA (août 1555).
Au mois
d'août 1555, l'armée française assiégeait Vulpiano, « lorsque le duc d'Albe
descendit en Piémont avec une fort grosse et belle armée, très bien garnie de
gens de guerre, d'artillerie et surtout de pionniers, qui remuaient la terre
et comblaient les fossés avec du bois et des fascines, à la mode des Turcs ;
il se vantait, non seulement de faire lever le siège de Vulpiano, mais encore
de conquérir en peu de temps tout le Piémont[102]. « Tant s'en fallut, car
Vulpiano fut pris, et Albe assiégea Santhia sans pouvoir la prendre ; ce dont
il ne fut pas trop loué, la place venant d'être fortifiée de frais et à la
hâte[103]. » L'échec
des Espagnols devant Santhia eut en Europe un grand retentissement et accrut
encore la réputation du maréchal de Brissac. Voici la relation que son
secrétaire en a laissée : «
Santhia est située en une grande campagne, traversée dans toute sa longueur
et jusqu'au-delà de la ville par un profond ruisseau, large de 7 à 8 pieds,
dont l'ennemi avait détourné l'eau. « Le
maréchal fit marcher son armée tout le long de ce ruisseau, qu'il farcit
d'arquebusiers, et il couvrit son flanc par une enceinte mobile de 40
chariots à vivres, escortés chacun par 10 arquebusiers qui, à l'approche de
l'ennemi, devaient sortir par les intervalles. « En
tête de chaque bataillon, il plaça derrière les deux premiers rangs de
piquiers 100 soldats fort résolus, ayant chacun un bouclier et une courte
épée, large de 4 doigts et bien affilée. Au moment de s'entrechoquer avec les
bataillons espagnols, ces soldats devaient passer par-dessous les piques et,
ainsi courbés, se jeter dans les jambes des piquiers ennemis pour leur
tailler force jarretières rouges. M. de Brissac estimait que ce serait une
exécution et une forme nouvelle de combat, qui donneraient grand avantage aux
nôtres et le contraire aux ennemis ; lesquels, étant investis, ne pourraient
baisser les piques pour se défendre. « Sur
chaque aile de ses bataillons, il mit 200 cavaliers, avec même nombre de bons
arquebusiers ou hallebardiers ; il laissa ces flanqueurs un peu en arrière,
pour qu'ils pussent soigneusement considérer le combat et courir au secours
de ceux des nôtres qui en auraient besoin. « Il
avait prescrit au colonel général Bonnivet, gouverneur de Santhia, de faire
sortir, au moment de l'attaque, 5 ou 600 bons soldats, pour prendre l'ennemi
à dos le long du ruisseau et le troubler davantage. » « Cependant
le maréchal, voulant éviter une bataille, s'avisa de deux ruses de guerre,
qui réussirent. « La
première fut de faire tomber adroitement aux mains du duc d'Albe plusieurs
lettres, par lesquelles il prévenait Bonnivet qu'il ne serait secouru que
dans une huitaine de jours ; « La
seconde, de dépêcher le mestre de camp Chépy avec 200 chevaux à Rivacolo, — à
l'endroit même où le duc d'Albe avait passé la Doria Baltéa quand il s'était
porté au secours de Vulpiano —, en lui ordonnant de disposer sur le bord de
la rivière une vingtaine de pionniers, qui feraient semblant d'esplanader
les rives et qui planteraient des pieux, comme s'ils voulaient fixer les
chaînes d'un pont de bateaux. « La
farce ainsi jouée fut rapportée au duc d'Albe ; il en prit une telle alarme —
avec la nouvelle qu'il avait de l'arrivée du prince de Condé, des ducs de
Nemours, d'Atonale, de Châtellerault et d'autres grands seigneurs venus en
Piémont pour assister à la bataille —, qu'il quitta Santhia en abandonnant 3
ou 400 soldats malades ou blessés, beaucoup de vivres et de munitions
d'artillerie. « Bonnivet
recueillit le tout et se montra aussi courtois et humain envers l'ennemi
malade qu'il avait été vaillant et résolu au combat ; mais le capitaine
Théodore Bedoigne, avec 120 cavaliers et 400 arquebusiers, harcela cette
retraite avec une telle grêle d'arquebusades, que le chemin des Espagnols
pouvait se suivre par le sang répandu et par les cadavres abandonnés (6 septembre). » Un mois plus tard, le duc d'Aumale enlevait Montecalvi. Albe, renonçant à conquérir le Piémont, cantonna ses tercios dans le Milanais, et les hostilités furent à peu près interrompues en Italie jusqu'en 1557. |
[1]
Carracciolo, prince de Melphi, eut le Dauphiné, la Bresse, la Savoie, le
Piémont et les autres villes et lieux nouvellement conquis delà les monts ;
Robert de la Mark, seigneur de Sedan, la
Bourgogne, la Champagne, la Brie et autres terres enclavées ;
Jacques d'Abon de Saint-André, le Lyonnais, le
Forey, le Beaujolais, les Dombes, la Marche, le Combraille, l'Auvergne, le
Bourbonnais, le Berry et le bailliage de Saint-Pierre-le-Moustier. a Lesquels
maréchaux chevaucheront et visiteront lesdits pays toutes et quantes fois que
besoin sera et que commodément faire le pourront, (une fois par an au moins),
pour taire ou faire faire en leur présence, par les commissaires ordinaires de
nos guerres, les montres générales de notre gendarmerie, recevoir les doléances
de nos sujets, faire observer les ordonnances et édits sur le fait de notre
gendarmerie, assiette des garnisons, fournissement des vivres et munitions,
punitions des vagabonds ou autres mauvais garçons trouvés en flagrant délit. (Ordonnance
d'Anet, du 26 juin 1547.)
[2]
A partir de 1549.
[3]
Il est déjà question de régiments de lansquenets en 1523, dans les
mémoires de Martin du Bellay ; mais ce ne fut qu'à partir de Henri II qu'on
appliqua le mot régiment à la réunion de plusieurs bandes françaises sous le
commandement temporaire d'un seul chef. Régiment signifiait, en 1552,
régime, direction, commandement ; on disait par exemple : « Les bandes de
Picardie du régiment de M. de Châtillon, ou les chevau-légers du régiment du
duc d'Aumale. »
[4]
Ordonnance du 29 avril 1547. Avant cette date, c'était un office temporaire ; à
l'armée de Roussillon, en 1542, Charles de Cossé-Brissac avait été commissionné
pour exercer la charge de capitaine et colonel général des gens de pied
des vieilles bandes françaises de Piémont. En 1543, Jean de Taiz avait le même
titre à l'armée d'Italie, et quand il fut appelé au camp de Boulogne, le 1er
octobre 1544, pour y commander 120 enseignes françaises tant de çà que de là
les monts, il prit le titre de colonel général de toutes les bandes
françaises vieilles ou nouvelles. Les colonels généraux arborèrent l'enseigne
blanche, privilège du commandement suprême, et confièrent la garde de cette
enseigne à deux compagnies d'élite, nommées enseignes-colonelles.
[5]
Les trois autres étaient : pour l'infanterie italienne, Pierre Strozzi,
seigneur d'Épernay (maréchal de France en 1554) ; pour l'infanterie corse, San
Piero di Bastelica ; pour les lansquenets, François de Clèves, duc de Nevers.
[6]
Les premiers mestres de camp généraux (1545) furent, en Piémont, Guillaume de
Villefranche, et en Picardie, Blaise de Montluc. « Le mestre de camp, dit le
général Susane dans son excellente Histoire de l'Infanterie française,
transmettait aux capitaines de bandes les ordres du colonel général, dirigeait
les marches, choisissait l'assiette du camp, y maintenait les règlements et le
bon ordré, terminait les différends qui survenaient entre les capitaines, et,
les jours de combat, désignait la place de bataille des divers bandes. L'action
engagée, il secondait le colonel général, et prenait quelquefois, sous ses
ordres, la direction d'un mouvement particulier. »
[7]
C'était le second du mestre de camp, l'officier supérieur spécialement
chargé de la régularité des formations et du maintien de l'ordre de bataille ;
la charge avait été créée en 1515.
[8]
En temps de guerre, le ban et l'arrière-ban de la noblesse, organisés en
compagnies de chevau-légers, étaient placés sous le commandement du
colonel-général de la cavalerie légère.
[9]
A dater du 12 novembre 1549, le capitaine d'une compagnie d'ordonnance toucha
4.200 livres, le lieutenant 800, l'enseigne et le guidon 600, l'homme d'armes
400, l'archer 200. L'homme d'armes devait avoir 2 chevaux de 4 pieds et demi et
deux doigts de hauteur, poil à poil, et l'archer un courtaud de 4 pieds et
demi.
[10]
Ces pièces, avec leurs affûts, pesaient 8.000, 6.500, 4.400, 2.200, 1.340 et
800 livres ; la longueur du canon variait de 9 pieds 10 pouces à 6 pieds 4
pouces, et le diamètre de l'âme de 6 pouces et 9. lignes à 1 pouce et 1 ligne.
L'affût se composait de deux flasques réunis par 4 entretoises de chêne, de
deux roues avec essieu en bois et de deux limons ; le diamètre des roues avait
de 5 pieds à 4 pieds 6 pouces. Le canon et la grande coulevrine étaient munis
de plusieurs cordages, qui servaient à les traîner sur le champ de bataille ;
le principal, appelé combleau, de 15 toises de longueur et de 4 pouces et demi
de grosseur, était enroulé autour de la bouche à feu. Les essieux des canons et
coulevrines étaient réglés uniformément à 6 pieds, « pour que chaque pièce pût
passer facilement, en campagne, à la suite des précédentes. » On chargeait
l'artillerie au moyen d'un chargeoir, d'un refouloir et d'un
écouvillon, dont l'extrémité était couverte d'une peau de mouton avec sa laine.
La portée variait de 400 à 1.000 pas, et, à grande volée, de 3.000 à 10.000
pas, sans qu'on sût d'ailleurs utiliser ces portées. (D'après le général
Favé.)
[11]
En juin 1548, un corps de 6.000 Français ou lansquenets, conduit par
Montalembert d'Essé, débarqua en Ecosse pour défendre contre l'armée anglaise,
victorieuse à Pinkencleugh, la reine douairière Marie de Lorraine, veuve de
Jacques V. Leur fille, Marie Stuart, enfant de six ans, fiancée au dauphin
François II (qui en avait cinq), fut conduite heureusement de Dunbarton à Brest
par l'escadre de Durand de Villegagnon.
[12]
« Le roi fut reçu dans son camp avec un merveilleux tonnerre de
l'artillerie et de l'escopetterie de 40 enseignes de gens de pied des nouvelles
bandes et de 32 enseignes des vieilles, sans les légionnaires de Normandie, de
Champagne et de Picardie qu'on comptait à 44 enseignes. » (Carloix, livre II,
ch. XXI.)
[13]
« Le maréchal Carracciolo, prince de Melfi, nommé lieutenant général en
Piémont, y trouva les bandes de gens de pied fort déréglées et ressemblant plus
à des brigands qu'à des soldats, bien que ce grand M. de Langey y eût passé et
y eût mis quelque règle et police.
« Un soldat ayant pris une poule d'un vivandier, le
maréchal la lui fit manger rôtie avec toute la plume. Un autre, dont le barbet
avait pris une volaille le long du chemin, aurait passé par les piques, s'il
n'avait pu prouver que son barbet s'était échappé des mains du goujat qui le
tenait en laisse.
« Le brave capitaine Mazère, rencontrant une bande
d'oisons, leur demanda s'ils ne voulaient point souper avec lui ; les oisons
répondirent dans leur jargon : — « Oui, oui, oui ! » Alors Mazère en prit deux
pour son souper. Le maréchal, l'ayant appris, le fit enfermer pour 15 jours au
château de Turin, et l'y aurait laissé plus longtemps, s'il n'avait pas été le
premier à rire de la plaisanterie.
« Un caporal, qui n'avait pas posé ses sentinelles
comme il le devait, fut arquebusé tout armé. » (Brantôme).
[14]
Sa charge de maitre et capitaine général de l'artillerie était passée, le 9
juillet 1550, à son lieutenant général, Jean marquis d'Estrées et baron de
Couvres.
[15]
« Il décida : Que ceux qui, en cas urgent et nécessaire, auraient refusé de
travailler aux approches de l'artillerie ou d'aider à la tirer d'un mauvais
pas, seraient cassés et bannis.
« Que les capitaines, l'armée marchant en campagne,
donneraient ordre que chaque soldat enfilât en la corde qu'il porte en écharpe
autant de pain qu'il lui en fallait pour deux repas.
« Qu'ils visiteraient chaque semaine leurs compagnies
pour reconnaître si les soldats étaient fournis de tout ce qui est requis pour
combattre à toute heure, et même si les arquebusiers étaient garnis de poudre,
plomb et corde à mèche pour la faction d'un jour.
« Que les capitaines d'infanterie feraient toujours
porter sur leur bagage 10 livres de poudre, un gros trousseau de mèche et du
plomb pour subvenir à une pressée nécessitée.
« Qu'à toute montre, il serait pris sur la solde du
soldat un sol par écu, consigné entre les mains du mestre de camp ou de
l'auditeur général, pour être converti tant en un magasin d'armes qu'en un
hôpital ambulatoire pour secourir les malades et les blessés.
« Qu'aux montres de la gendarmerie ou de la cavalerie,
il serait pris, par quartier de solde, sur chaque homme d'armes, archer ou
cheval léger, à proportion de sa paie, de quoi faire un fonds de 400 écus par
compagnie, pour aider à remonter celui qui, hors sa faute, aurait perdu armes
et cheval. Cette somme devait être remise aux mains du maréchal des logis. »
(Du Villars).
[16]
Neuf princes luthériens et onze villes impériales avaient conclu le 31 décembre
1530, à Smalkade, une ligue offensive et défensive contre Charles-Quint
et les États catholiques. Après des fortunes diverses, l'armée de la ligue,
commandée par l'électeur de Saxe Jean Frédéric, fut attaquée et battue aux
environs de Mühlberg par 16.000 vieux soldats espagnols, italiens et allemands
(24 avril 1547). L'électeur, fait prisonnier, fut dépossédé au profit de son
cousin Maurice de Saxe, qui, trahissant presque aussitôt l'empereur, devint le
chef des luthériens d'Allemagne.
[17]
Cette clause du traité de Chambord (15 janvier 1552) annonçait un revirement
vraiment national de la politique française vers les frontières naturelles du
Nord. (Henri-Martin, Histoire de France, livre XLIX.)
[18]
Il ne faut point demander de quelles allégresse et affection chacun s'excita à
se préparer à la guerre. En quoi tout l'hiver se passa, et il n'y avait bonne
ville où les tambours ne se lissent ouïr pour faire levée de gens de pied.
Toute la jeunesse des villes se dérobait de père et de mère pour s'enrôler ; la
plupart des boutiques demeuraient vides de tous artisans, tant était grande
l'ardeur, en toute qualité de gens, de faire ce voyage et de voir la rivière du
Rhin. Aussi fallait-il bien du monde pour porter promptement les compagnies de
gens de pied à 300 hommes chacune. » (Carloix, livre IV, chap. XIII.)
[19]
« Le maréchal de camp a la principale charge après le chef de l'avant-garde, et
c'est sur lui que l'armée se repose la plupart du temps. Non seulement le
maréchal de camp doit établir l'assiette du logement, choisir le lieu de
combat, régler l'ordre de bataille, tenir l'œil à toutes choses au déloger,
mais encore il doit être prévoyant et provident tant des vivres que des autres
choses qui sont à l'armée et qui en dépendent.
« Dans une grande armée, il faut au moins 3 maréchaux
de camp : un pour l'avant-garde, le second pour la bataille, et le troisième
pour venir en aide au second.
« Le maréchal de camp est la voix et l'organe de
commandement du général, le portefaix et sommier de Post et de l'armée ; il
faut que toutes choses, tant petites soient-elles, passent par son su, et la
plupart par son ordonnance ; qu'il en tienne comme registre pour le soulagement
du général et des principaux chefs de l'armée. Il doit connaître tous les chefs
et capitaines jusqu'aux plus petits ; savoir les forces dont chacun dispose
tant de cheval que de pied, et en avoir l'état ; être au fait de l'équipage et
de la suite de l'artillerie ; le grand-maître ou son lieutenant lui enverra
souvent un de ses commissaires pour s'informer auprès de lui, s'il y a à
marcher, à habiller les chemins ou à faire des ponts. De même le commissaire
général des vivres ou son représentant devra être à toute heure au logis du
maréchal de camp, pour recevoir les ordres, pour s'entendre avec lui sur la
manière de pourvoir aux vivres, et pour savoir s'il n'est rien intervenu depuis
le dernier arrêt ou communication. Si l'on doit marcher, le maréchal de camp
désignera les chemins que prendront les vivres, assurera leur sûreté, leur
donnera au besoin une escorte et réglera leurs étapes, même s'ils doivent
cheminer loin de l'armée.
« Le maréchal de camp doit avoir dans la main les
guides, ou au moins leur capitaine ; il en a la charge, pour s'enquérir à toute
heure des chemins, pour voir la difficulté ou la faculté de marcher (car
quelquefois si l'on n'y prend garde on achemine et embarque l'armée en des
lieux, où il est malaisé de conduire ce grand et pesant faix de l'artillerie) ;
comme aussi pour l'embarrassement des bagages et pour la commodité ou
l'éloignement des vivres.
« Le maréchal de camp doit être averti de tout ce qui
se passe aux environs et au loin, afin d'assigner à chacun son rôle. La plupart
des espions doivent lui passer par les mains pour lui donner des nouvelles des
ennemis de toutes sortes, de manière qu'il puisse instruire les escortes ou les
reconnaissances, et les empêcher de tomber en quelque inconvénient par faute
d'avis. Les espions doubles sont les meilleurs pourvu qu'ils soient plus
fidèles qu'à l'autre parti.
« Quand l'armée est prête à assembler, le maréchal de
camp doit connaître le dessein du souverain ou du général, et, après avoir pris
l'état de toutes les choses qui concernent l'armée et qui en dépendent, il doit
représenter ces choses au général, pour qu'il soit ordonné dans le conseil à ce
qu'on fera pour exécuter l'intention du souverain. Il doit demander au général
en quel ordre il prétend que l'on marche et qu'on répartisse les troupes,
régiments et compagnies, tant à l'avant-garde qu'à la bataille et à
l'arrière-garde (s'il y en a une), afin qu'il fasse là-dessus le règlement à
communiquer aux commandants des régiments et des troupes.
« Il doit faire état et rôle pour les gardes, afin
qu'il n'y ait confusion. Le maréchal des logis de l'armée tiendra un
contrôle de la cavalerie pour avertir ceux qui sont de garde ; il les
commandera un jour d'avance. Pour le service de guerre et d'escorte, on
désignera deux compagnies, qui se tiendront toujours prêtes à marcher. On
préviendra de même le colonel général ou le mestre de camp des gens de pied,
désignés pour renforcer les gardes, aller en guerre ou escorter.
« Les compagnies des maréchaux de camp ne montent la
garde ni jour ni nuit ; on les conserve pour les courses ou exploits imprévus,
sans les faire rouler avec les autres compagnies ; il doit y en avoir toujours
une fraction prête à monter à cheval. Quand l'armée marche, ces compagnies
restent en bataille jusqu'à ce que le camp soit assis et logé et le guet
ordonné. Si les maréchaux de camp n'ont pas de compagnies à eux, ils en
choisiront pour faire ce service. Il sera bon aussi qu'ils mènent avec eux, quand
ils marcheront, les compagnies qui doivent prendre la garde de jour et de nuit,
afin qu'arrivées les premières, elles aient le temps de manger et soient
accommodées pour bien faire leur devoir. » (Maximes et avis du maniement de
la guerre, par André de Bourdeilles [frère de Brantôme], capitaine de 50
hommes d'armes et sénéchal de Périgord.)
[20]
« Montés sur gros roussins ou coursiers français, sur chevaux turcs ou
espagnols, avec les bardes peintes aux couleurs des capitaines, armés, du haut
de la tête jusqu'au bout du pied, avec les hautes pièces et plastrons, portant
la lance, l'épée, l'estoc, le coutelas ou la masse. Les chefs et membres des
compagnies et les autres grands seigneurs étaient armés fort richement de
harnais dorés et gravés en toute sorte ; leurs chevaux, forts et adroits,
étaient caparaçonnés de bardes et lames d'acier légères et riches, ou de
mailles fortes et déliées, recouvertes de velours, de drap d'or ou d'argent,
avec orfèvrerie el broderie en somptuosité indicible. » (Commentaires de
François de Rabutin, gentilhomme de la compagnie du duc de Nevers, publiés
en 1554).
[21]
« Armés à la légère, portant la demi-lance, le pistolet à l'arçon, l'épée ou le
coutelas, montés sur cavalins et chevaux de légère taille, bien remuants et
voltigeants. » (Idem).
[22]
« Armés à la légère de corselets, brassards el bourguignotes ; ayant la
demi-lance, le pistolet, le coutelas (comme bon leur semblait) ou l'épieu
gueldrois ; montés sur cavalins, doubles courtauds ou chevaux de légère taille
et vites. » (Idem).
[23]
« Armés de jaques et manches de mailles ou cuirassines, avec la bourguignote ou
le morion, l'arquebuse de 3 pieds de long à l'arçon ; montés sur bons
courtauds, chacun suivant sa puissance. Il y avait aussi de 3 à 400 Anglais,
partis de leur pays sous la conduite d'un mvlord, et venus à la guerre pour
leur plaisir ; lesquels étaient à cheval sur guildins (chevaux hongres) et
petits chevaux vites et prompts, sans être fort armés ; ils étaient vêtus de
jupons courts, avec le bonnet rouge à leur mode, et la lance comme une
demi-pique, dont ils se savaient très bien aider. » (Idem).
[24]
« Le 1er bataillon se composait de 15 à 1600 hommes des vieilles enseignes,
soudoyées et entretenues, dès le temps de François Ier, aux guerres de Piémont,
de Champagne et de Boulogne ; parmi lesquels d'anciens et braves soldats et
jeunes gentilshommes de maison servaient pour leur plaisir et sans solde du roi
; 9 à 10.000 étaient armés de corselets et de bourguignotes à bavière, avec
brassards, gantelets et tassettes jusqu'au genou, portant long bois (pique) et
la plupart le pistolet à la ceinture ; 5 ou 6.000 étaient des arquebusiers,
armés de jacques et manches de mailles, avec les morions autant riches et beaux
que possible, l'arquebuse ou scopette luisante, polie et légère, les
fourniments fort exquis et braves ; le reste avait des armes selon la qualité
des personnes. Le 2e bataillon était formé de Gascons, Armagnacs, Biscayens,
Béarnais, Basques, Périgourdins, Provençaux et Auvergnats, faisant montre de 10
à 12.000 hommes, ayant l'air et le port de gens de guerre et exercés tant par
terre que sur la marine. » (Rabutin).
Le bataillon, en 1552, est notre division d'infanterie.
[25]
« 16 grosses pièces, canons et doubles canons, 6 grandes et longues
coulevrines, 6 moyennes, 12 bâtardes et 2 paires d'orgues, étrange et nouvelle
façon d'artillerie. » (Idem).
[26]
— « Je veux, avait dit Henri II à François de Scépeaux, seigneur de
Vieilleville, que la compagnie du maréchal de Saint-André et celle du duc de
Guise accompagnent ma cornette, tant que le voyage durera, et j'ordonne que
vous y commandiez généralement. » (Carloix.)
La cornette royale était un fanion carré, bleu d'azur,
semé de fleurs de lys d'or, sous lequel se groupaient pour la durée de la
campagne « les grands seigneurs qui n'avaient point de charge et qui voulaient
toujours être vus de Sa Majesté. »
[27]
« Tavannes, entré seul dans Metz, harangue les bourgeois, les intimide,
les emplit de promesses, en tire parole de recevoir le connétable avec ses
gardes et une enseigne de gens de pied ; il leur dit que puisque le roi voyage
pour la liberté d'Allemagne, il ne peut pas ne pas avoir son logis en leur
ville, et il conduit les échevins au connétable. Soudainement tous les
meilleurs piétons de l'armée sont mis sous une même enseigne, et ils entrent
dans la ville de Metz avec les deux maréchaux de camp à leur tête. Bourdillon
avance en la place ; Tavannes demeure à la porte, que les bourgeois veulent à
toute force fermer quand ils voient cette enseigne si bien accompagnée, mais
Tavannes les en empêche par de belles paroles. Le capitaine suisse à la solde
de ceux de Metz, qui tient les clefs, en voyant entrer 700 hommes, jette ses
clefs à la tête de Tavannes avec le mot du pays « tout est choué ! » et gaine
la porte, que Tavannes tient jusqu'à ce que le connétable arrive. » (Mémoires
de Gaspard de Tavannes).
« Le roi, après avoir bien révisé son armée, bataillon
pour bataillon de gens de pied, hôt pour hôt de gendarmerie et tous les
escadrons de cavalerie légère et d'arquebuserie à cheval, après avoir fait
ronfler son artillerie, qui était de 60 pièces de tous calibres, outre
l'escopetterie de toutes les bandes tant vieilles que nouvelles et des
arquebusiers à cheval (ce qui dura plus de deux heures), fit son entrée à Metz
le lundi de Pâques, marchant derrière son armée, qui entra par la porte
Saint-Thibault et sortit par la porte Sainte-Barbe pour aller loger à 3 lieues
de Metz. Le gouvernement de la ville fut donné à Artus de Cossé, sieur de
Gonnor, frère puiné de M. de Brissac. » (Carloix.)
[28]
« Le connétable fit publier dans la ville et aux environs, par toute l'armée,
qu'à peine de mort ou de griève punition, boraine ne fut si hardi de prendre
aucune chose sans payer raisonnablement, de ne battre ni molester ses hôtes ou
habitants du territoire de Metz ; de ne pas quitter son logis sans les
contenter, et de ne mettre la main aux armes si ce n'était contre les ennemis.
Dedans et dehors la ville et aux environs, furent levés potences et signes
patibulaires. Cette ordonnance fut tenue et si bien observée en toute l'armée
du roi sans mutinement ni violence qu'au partir, chacun s'en alla content, et
il demeura au peuple une bonne opinion de nous, en louant l'humanité, du roi et
de la noblesse de France. » (Rabutin.)
[29] On va partout
disant
Par le pays de
France,
Que Metz se
réjouit
Et vit à sa
plaisance
De voir sous la
croix blanche,
La noble fleur
de lys.
(Vieille chanson.)
[30]
« A Saverne commencèrent les grandes chaleurs, qui accrurent notre travail
de beaucoup. Les gens de pied souffrirent encore plus que nous, hommes d'armes,
qui montions à cheval à deux heures après minuit et y demeurions jusqu'à midi
avant d'être logés. Mais, le plus souvent, nous logions dans les villages, où
nous trouvions vivres et rafraîchissements f tandis que les soldats à pied
partaient avant nous et cheminaient jusqu'à la même heure, ayant toujours les
armes sur le dos, marchant en bataille avec la chaleur et la poussière qui les
grèvaient et altéraient grandement. Quand ils arrivaient en leur quartier, ils
ne trouvaient que la place vide, sans vivres, et, le plus souvent, sans moyen
d'en recouvrer promptement. Ainsi, altérés par cette chaleur véhémente, ils
buvaient l'eau merveilleusement froide des Vosges, et ils tombaient en grandes
maladies, pleurésies et fièvres, dont moururent grand nombre de braves hommes.
» (Rabutin).
[31]
M. de Lezigny, dit Pierre-Vive, partit avec 20 ou 30 commissaires et autant de
clercs des vivres, pour aller à Strasbourg faire sa charge, accompagné d'un
trompette de Sa Majesté. Et, s'étant présentés aux portes de la ville, après
que la trompette eut commencé sa chamade de bien loin, on leur ouvrit
fort courtoisement, attendu leur qualité et qu'ils apportaient de l'argent.
Lezigny usa de telle diligence pour l'acheminement des vivres, qu'il en fit
partir le même jour et la matinée du suivant pour 20.000 francs ; ce qui
rafraichit merveilleusement l'armée. (Carloix, livre IV, chap. XVI).
[32]
Henri II avait créé deux surintendants des vivres, chargés des
approvisionnements ; ils ordonnaient ou régularisaient toutes les
consommations, et dirigeaient les commissaires aux vivres. Ceux-ci, munis d'un
registre coté et paraphé par le surintendant, parcouraient les provinces où
séjournait l'armée pour passer les marchés et assurer les distributions. A côté
d'eux, les trésoriers, percepteurs de l'impôt, contrôlaient l'exactitude des
comptes et distribuaient des deniers. Tous les employés, grands ou petits,
devaient justifier directement de leur gestion à la Chambre des comptes de
Paris ; c'est ce que les Questeurs romains appelaient : Rationes ad œrarium
referre.
[33]
Mémoires de Gaspard de Saulx-Tavannes.
[34]
Sœur de Charles-Quint et veuve du roi Louis II, tué par les Turcs en 1526, à la
bataille de Mohacz. Son armée se composait de 15.000 hommes de pied de Flandre,
Clèves, Gueldre, Hainaut ou autres vallons, de 2.000 Espagnols, de 4.000
chevaux des Ordonnances de Bourgogne et de 2.000 autres chevaux de noblesse
sous la conduite du comte de Mansfeld, gouverneur du duché de Luxembourg, de
Martin Van Rossen, maréchal de Clèves, des comtes de Challain, de Maisgne et de
la Chau. (Carloix).
[35]
« Succession et propriété échues à la maison de Vendôme par la mort du
connétable de Saint-Pol (1475), qui en était vrai possesseur et seigneur de nom
et d'armes, bien que Charles, duc de Bourgogne, l'eût injustement usurpé
depuis, ce pays de Luxembourg était un vrai réceptacle et refuge de larrons et
de toute nation séditieuse propre à susciter tous les maux. » (Rabutin).
[36]
En face de Sierck, sur la rive gauche de la Moselle. « C'était un château assis
au pendant d'une montagne, en lieu naturellement assez fort. Il fut fait
rapport au Roy qu'un grand nombre de gentilshommes, demoiselles et autres
voisins de réputation, s'y étaient retirés (estimant que Thionville serait
assiégé avant ce petit château) et qu'on y trouverait vivres et provisions pour
rafraîchir l'armée harassée et encore ennuyée de ce voyage. On devait, si le
château refusait de se rendre à la première semonce, en donner le sac aux
soldats pour les encourager davantage à faire ensuite leur devoir. » (Rabutin).
[37]
Comme c'était un jeune prince encore inexpérimenté, le roi commanda à M. de
Vieilleville de l'assister avec la compagnie du maréchal de Saint-André (dont
Vieilleville était lieutenant). « Cette colonne se composait de 10 compagnies
de gendarmerie, 4.000 chevau-légers, 30 enseignes françaises (10 vieilles et 20
nouvelles), un régiment de lansquenets et 500 arquebusiers à cheval. »
(Carloix).
[38]
« Vieilleville avait vu sur sa carte de la cosmographie du trait du Rhin qu'il
avait 30 lieues à faire par des détroits et passages mal accessibles, et qu'il
ne trouverait sur la route que 20 ou 22 villages ; aussi avait-il refusé de
l'artillerie et remplacé tous les chariots par des mulets ou des sommiers. Il
fit publier dans sa colonne à son de tambour et de trompette, qu'il était
défendu, à peine de la vie, de dérober même une prune, et, grâce à ce bon ordre
de police, les paysans nous fournirent quelques vivres. Une provision de vin,
que nous avions emportée, fut fort escharsement distribuée dans les compagnies,
comme si on eût été assiégé ; ce vin nous soulagea grandement. Toutefois, on ne
put empêcher qu'il n'y eût beaucoup de malades à cause que tout le monde était logé
à l'étoile et campait à la haie, faute de trouver villages. Nous marchâmes
ainsi 12 jours en extrême nécessité, et, durant ces 12 jours, il n'y eut que
les grands et aisés qui couchèrent dans les lits qu'ils faisaient porter ; le
reste de l'armée ne se dépouilla jamais. Au 14e jour, nous vîmes la plaine,
toute couverte de sapins à perte de vue, parmi lesquels se trouvaient, quasi de
lieue en lieue, sur notre chemin de bons et gros villages, que M. de
Vieilleville conservait comme son propre héritage. Une traversée de deux jours
à travers cette agréable et non pareille forêt nous conduisit à Kaiserslautern.
La colonne campa autour de la ville, qui recueillit nos 200 malades. »
(Carloix, chap. XXV.)
[39]
Rabutin.
[40]
L'occupation d'Ivoy par l'armée française donne une idée précise des mœurs
militaires en 1552. « Le connétable, voulant épargner h Ivoy les horreurs du
pillage, ordonna à plus d'un quart de lieue en arrière de la ville toutes les
bandes de gens de pied de quelque nation qu'elles fussent ; puis il fit entrer
dans la ville, pour la garder, deux compagnies de gendarmerie. De quoi les
bandes françaises et les lansquenets irrités, entrèrent dans la ville par la
petite brèche de la porte du pont (dont on ne se donnait de garde), la
saccagèrent et la pillèrent, en disant que puisqu'ils avaient eu toute la
fatigue, étant toujours aux tranchées et à la bouche des canons, on ne devait
pas, contre tous les droits de la guerre, les priver de leur espérance et
préférer les gens de cheval aux gens de pied pour la garde des villes. Les gens
d'armes voulurent empêcher le sac de la ville et se mirent à frapper à tort et
à travers sur les soldats ; mais ceux-ci se mutinèrent et le fils aîné du
connétable fut tiré (l'une arquebusade, qui donna dans l'arçon de la selle
d'armes ; un doigt plus haut, il en avait tout droit dans le ventre. Le guidon,
le maréchal des logis et environ 15 gentilshommes y furent tués. Quand on
voulut informer et arrêter les coupables, les 4 régiments de lansquenets se
mutinèrent si âprement que les prévôts de l'hôtel de la connétablie, des
maréchaux et des bandes durent se retirer ; 3 archers du prévôt du connétable
furent estropiés. » (Carloix).
[41]
« Le maréchal de la Mark obtint du roi de reprendre son duché de Bouillon à
l'évêque de Liège, qui l'avait usurpé. Il vint, avec sa compagnie d'ordonnance,
12 ou 1.500 chevaux, 3 ou 4.000 légionnaires de Champagne commandés par le
sieur de Jours, leur colonel, et 5 ou 6 pièces de grosse et moyenne artillerie,
planter le siège devant le chaton de Bouillon, perché sur un rocher haut et
droit, au-dessus d'un bourg dérompu et déchiré par la guerre. Pour démontrer sa
petite armée plus grosse qu'elle n'était, il fit plusieurs fois passer et
repasser par un même lieu les compagnies de cheval et de pied, afin que la
garnison, en voyant un si grand nombre d'enseignes, crût que c'était toute
l'armée française. » (Rabutin.)
[42]
Les Français fondent à la peine comme la neige au soleil. (Du Bellay-Langey.)
[43]
Les charrois d'artillerie s'étaient faits jusqu'alors par réquisition gratuite.
Par une ordonnance de décembre 1552, Henri II organisa le train d'artillerie,
en achetant 4.000 chevaux ou mulets de bât avec leurs harnais, 600 chariots, et
en créant 1.000 charretiers soldés et 20 capitaines de charrois. Les étapes des
troupes en marche furent réglées à raison de 4 lieues par jour : après 18
étapes, la colonne avait droit à un séjour de trois jours dans une ville.
[44]
Charles-Quint, né à Gand le 14 février 1500, avait 52 ans.
[45]
« J'ai vu l'Empereur aller et revenir de la messe, ayant le visage en mauvais
état comme quelque peu bouffi, les jambes aussi menues qu'un bâton de cottret,
tremblant un peu de la tête et des mains, et marchant avec un bâton. » (Lettre
d'un bourgeois de Strasbourg au connétable, 7 octobre 1552.
Mémoires-journaux de François duc de Guise ; collection Michaud).
[46]
« Il s'était fait chef des meilleurs gens de guerre que les princes d'Allemagne
eussent dans leur armée contre l'Empereur : il avait 62 enseignes, réparties en
4 régiments, 8 escadrons de 200 chevaux chacun et 34 pièces d'artillerie. » (Le
Siège de Metz par Bertrand de Salignac).
[47]
Artus de Cossé, seigneur de Gonnor, gouverneur de Metz, le marquis d'Elbeuf, le
prince de la Roche-sur-Yon, les deux fils du connétable, le duc Horace Farnèse,
le comte de La Rochefoucauld, les deux seigneurs de Bandau, Jean Gontaud de
Biron, Paul-Baptiste Frégose, le comte de Martigues, le seigneur de La Brosse,
d'Entragues, de Saint-Luc, du Parrov, de Marigny, de Montpha, de Silly, de
Clermont, de Suze, de Ruffec, La Faye, Toucheprès, Sainte-Gemme, Duras, Dachon,
Mortemart, Saint-Sulpice, Nantouillet, Roquefeuille. Fogeon, Simon de Lec, le
comte de Charny, Ouarty, Saint-Phal, Riberac, Torcy, Créquy, La Roche-Chalez,
Navailles, Chastelet, Monserie, les deux Bourdeilles, La Couldre, Dampierre,
Sambarnon, La Roue, Verignv, Estrée le jeune, Sandricourt, Malicorne,
Saint-Geniez, les frères d'Argence, etc.
Monsieur de
Guise est dedans,
Avec beaucoup de
noblesse ;
De Vendôme les
deux enfants,
Et Nemours plein
de hardiesse.
Le seigneur de
Strozzi, sans cesse
Se promène sur
les remparts,
Nuit et jour,
plein de grand adresse,
Faisant Metz
fort de toutes parts.
[48]
220 hommes d'armes, 440 chevau-légers, 100 arquebusiers à cheval du capitaine
Lanque et 4.500 hommes de pied, dont le mestre de camp était Favars, et les
capitaines, Glenav, Gordan, Cantelou, Saint-André, Abos, Saint-Estèphe.
Deschamps, Jaucourt, La Queusière, Biques, Bahut, Cauzère, Verdun, Soley,
Pierre Longue, Saint-Ouen, Ambres, La Cranche, Choqueuse, Béthune, Maugiron, La
Môle, Cornay, Salcède, Voguedemar.
[49]
« L'enceinte de Metz, dont on a fait remonter la construction au XIIe siècle,
suivait à une distance variable, mais toujours assez faible, les bords de deux
petites rivières, la Moselle et la Seille. Elle se composait d'un mur isolé,
surmonté d'un double parapet en pierre, porté par des corbeaux et qui
protégeait une galerie de couronnement. De distance en distance, des tours
renforçaient la muraille et une large berme était ménagée entre elle et les
rivières. » (Cosscron de Villenoisy, Essai historique sur la fortification.
Paris, Domaine, 1869).
[50]
« Il n'y a nulle forteresse parfaite en France ; les meilleures sont de grands
terrains flanqués de tours. Un gouverneur, arrivant à l'improviste, ne peut
faire que des éperons au dehors pour flanquer la contrescarpe, des traverses et
des casemates dans le milieu du tossé ; il construira des plateformes aux
angles, pour empêcher qu'ils ne soient battus en courtine par les assiégeants,
qui pourraient hausser des cavaliers et y loger leurs pièces. Le
gouverneur doit se résoudre à défendre ces grands terrains sans se fier aux
retranchements, et bien loger son artillerie pour les contre-batteries.
Quand une ville n'a pour se défendre ni terrain militaire ni bastions, il faut
l'entourer de retranchements et de casemates, flanquer les contrescarpes, faire
des dehors et des tranchées en avant des contrescarpes pour tenir l'ennemi au
loin. L'ennemi ne voyant pas le pied des murailles, il lui faudra du temps pour
se loger sur la contrescarpe, pour y amener du canon et pour battre les
retranchements. Pendant ces travaux, on sera secouru ou l'on fera composition
honorable après avoir enduré un assaut. L'ennemi ne peut pas, par une première
brèche, entrer dans une ville où il y a un retranchement (intérieur) ;
il est contraint de se loger sur les ruines de la muraille et d'y amener son
canon. » (Gaspard de Saulx Tavannes.)
[51] Le mardi devant la
Toussaint,
Est arrivée la
Germanie
A la Belle-croix
de Messin,
Faisant grande
escarmoucherie.
Mais les
Français, de chère hardie,
Au devant d'eux
s'en sont allés ;
C'était pour
rompre leur folie
De reconnaître
nos fossés.
[52]
« Je suis marry, sire, écrivait le duc de Guise, le 29 octobre, du peu de
moyens que j'ai de festoyer l'ennemi comme je le désirerais, car j'ai déjà 4
pièces d'artillerie crevées ou éventrées sur les 7 que j'ai fait tirer. Aussi
je suis bien délibéré de ne plus les tirer qu'à demi-charge, et de m'en servir
pour donner crainte à l'ennemi plus par le bruit que par l'effet, en m'aidant
des fauconneaux et autres pièces pour la défense des brèches et du fossé, et
mème de pierres, pour ne rien omettre du service que nous espérons vous faire
en ce lieu. » (Mémoires-Journaux.)
[53] Doubles canons ils
ont mené
A la Belle-Croix
dessus dite,
Pour battre le
palais de Metz,
Les grans
églises et les petites.
Mais ils ont
trouvé les reliques,
Aux Carmes et
aux Cordeliers,
De deux pièces
d'artillerie,
De quoi on les a
salués.
[54]
« L'armée ennemie campa à Saint-Clément ; une partie des Espagnols à
Saint-Arnoult, certaines bandes de bas-Allemands au pont de Magny, don Loys
d'Avila avec la cavalerie espagnole à la Maladrerie, le maréchal de Moravie
avec les chevaux bohémiens à Bléry, le demeurant à Oléry, à Saint-Priech, à la
Grange-aux-Dames, à la Grangeaux-Merciers et autres lieux à l'environ. »
(Salignac).
[55] Le samedi, jour en
suivant,
Est retournée la
Germanie.
Les Espagnols,
Italiens,
Le duc d'Albe et
sa compagnie
Se sont campés
en l'abbaye
De
Saint-Arnoult, près nos fossés ;
C'était pour
assiéger la ville
Et la battre de
tous côtés.
Ils ont fait
faire gabions,
Mené canons en
abondance :
C'est pour
battre nos bastillons
Nos remparts,
murailles, défenses.
Tranchées, par
bonnes ordonnance,
Ils ont fait,
touchant nos fossés,
Pensant prendre
soudards de France
Et la noble cité
de Metz.
[56]
« Le 28 octobre, le duc d'Aumale, informé que le marquis Albert de Brandebourg
avait levé son camp de, Toul pour s'aller joindre à l'Empereur, quitta, à la
diane, avec 200 hommes d'armes et 500 chevau-légers, le pont Saint-Vincent sur
la Moselle, où il avait couché, et se vint mettre en bataille au-dessus de ce
marquis, sur le haut d'une montagne, appelée la Croix-du-Moustier. Après
quelques escarmouches, Albert de Brandebourg, ayant eu son truchement tué à
côté de lui d'une arquebusade, chargea, tête baissée, à la tête de ses
pistoliers allemands, les compagnies de M. d'Aumale, lequel était en
délibération de se retirer. Le malheur voulut que, de première abordée, les
reîtres rencontrassent une troupe de valets, qu'ils mirent incontinent à
vaude-route. Quant et quant ils chargèrent un escadron de chevau-légers et
d'arquebusiers à cheval, qu'ils mirent pareillement eu désordre ; ils
trouvèrent ainsi ouverture sans combattre pour donner jusqu'aux rangs de la
gendarmerie. Celle-ci, mal pourvue de lances pour la soutenir, fut enfoncée et
contrainte de reculer à coups de pistolets, dont les reîtres portent grand
nombre. M. d'Aumale, voyant sa cavalerie rompue fuir de tous côtés et prévoyant
une malheureuse fin à cette entreprise, manda au seigneur de Brézé, lieutenant
de sa compagnie, de se retirer le mieux qu'il lui serait possible et de sauver
ses hommes d'armes. Puis, voyant le grand feu allumé près de lui et les reîtres
fort mêlés avec la principale troupe de sa gendarmerie, où étaient plusieurs
gentilshommes bien renommés et vaillants jusqu'au bout, il courut à eux, leur
criant avec un visage riant et assuré :
— « Mes compaignons et mes amis, bataille ! bataille !
« Au hasard de la fortune, sans respect de sa vie,
l'épée au poing, il donna dans cette mêlée et fit tous les plus grands efforts
qu'on pourrait dire de la nature humaine. Blessé de 2 ou 3 coups de pistolet au
corps et à la tête, son cheval tué sous lui, il fut finalement abattu et pris.
200 gentilshommes y furent tués ; parmi lesquels le prince de Rohan, les sieurs
de Nancey, guidon de la compagnie de M. d'Aulnaie, de La Motte-Dusseau, de
Saint-Forgeux, de Joncy de Rochebaron, de Vaux et le baron de Couches. Les
principaux prisonniers furent, avec le duc d'Aumale, les sieurs Desgully,
mestre de camp des chevau-légers, Jean d'O et le baron des Guerres.
« Le marquis, le cœur enflé, reprit son chemin vers
Nancy et retourna camper à l'ont-à-Mousson, où l'Empereur lui envoya 2.000
chevaux pour lui faire escorte jusqu'à Metz. Il vint parquer le 13
novembre, dans les vignes au-dessus du pont des Mores, près de l'abbaye de
Saint-Martin. (Rabutin, livre IV).
[57] Vingt et deux
pièces ont amené
Tout auprès de
nos fausses braies,
De quoy ils nous
ont canonné
La Tour d'Enfer
et nos murailles.
[58] Le vieil gendarme
Saint-Rémy,
Nuit et jour
cherche dans les caves,
En écoutant sous
les murailles
L'ennemi qui
nous veut miner ;
Mais il leur a
donné la haie
Car il les a
contreminés.
[59] Faisant des
brèches assez larges
(Environ cent
pas pour le moins),
Mais ils n'ont
pas eu le courage
De venir
combattre François.
[60]
« On trouva dans le camp 12.000 pains et d'autres vivres gâtés ce qui prouve la
merveilleuse providence de l'Empereur, qui avait si longuement et en hiver
entretenu un tel peuple en pays déjà ruiné et détruit. » (Salignac.)
[61]
Nous jugions à 20.000 hommes les pertes des 3 camps ennemis, mais depuis les
prisonniers nous assurèrent que ce nombre approchait de 35.000.
[62] Celui qui a fait
la chanson
Est un soudart,
je vous assure,
Étant à Metz en
garnison,
Nuit et jour
couché sur la dure,
Endurant aux
pieds grand froidure
Et voyant
l'ennemi de près ;
Lui souvenant de
son amie
Pensant ne la
revoir jamais !
[63]
Entre Fonsonne (près Saint-Quentin), Chauny, Noyon (dans la vallée de l'Oise),
le château de Guny (près de Coucy), la résidence royale de Folembray (bâtie par
François Ier), Roye et Nesle.
[64]
Montluc et Bonnivet, avec 400 hommes d'armes, 1.200 chevau-légers et 10.000
gens de pied italiens et espagnols, s'établirent aux environs du camp ennemi,
et le harcelèrent avec tant de courage et de persévérance qu'ils obligèrent
Gonzague à lever le siège le 22 janvier 1553.
[65]
Nouvelle collection des mémoires relatifs à l'histoire de France par MM.
Michaud, de l'Académie française, et Poujoulat. Paris, Didier, 1857. Les tomes
de VI à X contiennent les mémoires de : François de Guise (1547-1561) ; Louis
de Bourbon, prince de Condé (1559-1564) ; Antoine de Puget (1561-1596) ; Blaise
de Montluc (1521-1574) ; François de Rahutin (1551-1558) ; Gaspard et Guillaume
de Saulx-Tavannes (1515-1595) ; Bertrand de Salignac (1552) ; Gaspard de
Coligny (1557) ; de la Chastre (1556-1557) ; Guillaume de Rochebouard
(1497-1558) ; Vieilleville, par Carloix (1527-1571) ; Jean de Mergey
(1554-1589) ; Boyvin du Villars (1550-1569) ; Philippe, de Chaverny
(1553-1582). Il faut ajouter, pour faire une étude complète de cette époque,
les deux volumes de Brantôme (édition J.-A.-C. Buchon. Paris. Panthéon
littéraire. 1849).
[66]
« Au rude assaut de Thérouanne, nos gens, fauchés et emportés, étant prêts à
être tous mis en pièces, comme l'art et la coutume de la guerre le permettent,
s'avisèrent de crier : — « Bonne guerre, compagnons ! souvenez-vous de la
courtoisie de Metz ! » Soudain les Espagnols courtois, qui faisaient la
première pointe de l'assaut, sauvèrent les soldats, seigneurs et gentilshommes
et les reçurent tous à rançon. » (Brantôme, M. de Guyse-le-Grand.)
[67]
Sur l’Authie.
[68]
Le connétable, les ducs de Vendôme, de Nevers, d'Enghien, de Montpensier et de
Guise, les princes de La Roche-sur-Yon et de Ferrare, l'amiral de Coligny et le
maréchal de Saint-André. « Il n'y avait guères alors de compagnies
particulières d'arquebusiers à cheval, parce que le Roi avait fait, en 1552,
une ordonnance pour que chaque capitaine de 100 hommes d'armes levât 50
arquebusiers, armés de corselets, morions, brassards ou manches de maille, avec
la scopette ou arquebuse à mèche ou à rouet dans son fourreau de cuir bouilli.
Ces arquebusiers, montés sur de bons courtaux, étaient divisés en deux bandes
de 25 cavaliers, commandées chacune par un homme d'armes, élu parmi les plus
expérimentés de la compagnie. Il y avait dans l'Ordonnance du Roi environ 1.500
arquebusiers à cheval. Chose bien inventée pour soutenir l'homme d'armes en
lieu étroit et malaisé, et qui donnait grande grâce et parade à l'armée, parce
que les arquebusiers à cheval étaient les premiers devant les compagnies avec
la diversité de leurs accoutrements. » (Rabutin, liv. V.)
[69]
Philibert-Emmanuel, devenu duc de Savoie en 1553 par la mort de son père
Charles III le Bon, était le cousin germain de François Ier, et le neveu de
Charles-Quint. « Charles le Bon, dit Brantôme, ayant perdu la plus grande
partie de son Etat, se retira à Nice, et son fils, M. le prince de Piémont,
avec l'Empereur, qui lui fit un très bon traitement, le tint en sa cour fort
honorablement, l'éleva en lui faisant voir les armes, et lui donna pour devise
: Spoliatis arma supersunt !
« En son jeune âge, Philibert-Emmanuel, étant aux
armées de l'Empereur, se plaisait fort parmi les soldats espagnols et était
avec eux le plus souvent jusqu'à porter la harquebuse et le fourniement comme
eux et aller aux escarmouches ; à quoi l'Empereur prenait tous les plaisirs du
monde. Le prince de Piémont s'étant fait bien expert aux armes, son oncle en
eut telle opinion qu'il lui donna à mener l'avant-garde avec le duc d'Albe en
la guerre des protestants ; puis il le fit son lieutenant général aux guerres
de Picardie. »
[70]
« L'armée impériale nous côtoyait à 5 ou 6 lieues près, étant la rivière
d'Authie comme une barre et séparation entre nous ; elle faisait toujours
autant de chemin que nous, se logeant en lieux forts, marécageux ou environnés
de bois ou de rivières, parce qu'elle était beaucoup moindre que la nôtre. »
(Rabutin.)
[71]
« Le camp des Impériaux était à la portée d'une coulevrine de Valenciennes,
moitié en pendant-du côté de cette grande et riche ville, moitié en fond, le
long de l'Escaut ; il était tracé en carré et entouré de tranchées et levées de
la hauteur d'une pique avec fossés de 10 à 12 pieds. » (Idem.)
[72]
Armés pour la plupart de corselets, de brassards, cabassets ou secrètes, et les
mieux en équipage qui vinrent en France de longtemps.
[73]
Rabutin.
[74]
« Les piquiers de l'infanterie impériale se mirent en un seul bataillon carré à
l'intérieur du camp ; l'arquebuserie fut répartie sur les flancs et se disposa
comme pour l'assaut d'une ville. Une partie de l'artillerie était sur des
cavaliers en terre qui tiraient contre une colline placée de notre côté. » (Idem.)
[75]
Rabutin.
[76]
Cartel d'échange des prisonniers de guerre du 16 août 1553.
« Tous mestres de camp généraux d'infanterie, cavalerie
et artillerie, de quelque sorte et nation qu'ils soient, ainsi que les
colonels, maréchaux de camp, gouverneurs, mestres de camp particuliers,
commissaires généraux et particuliers tant de la guerre que de l'artillerie,
les maréchaux des logis et les fourriers, les capitaines de gens de pied, les
lieutenants, enseignes, sergents-majors, canonniers, munitionnaires et
chevaucheurs, faits prisonniers de guerre, ne seront contraints de payer pour
la délivrance de leurs personnes que leur solde guerrière d'un mois ;
« Les capitaines, lieutenants, enseignes, guidons et
maréchaux des logis de gendarmerie ne paieront que l'état et gage de leurs
quartiers ;
« Les hommes d'armes, archers, chevau-légers, gens de
pied, caporaux, sergents et fourriers, lorsqu'ils auront été pris à la guerre
et dévalisés, seront soudain relâchés sans payer aucune taille ou composition ;
« Les auditeurs, secrétaires ou médecins des
lieutenants généraux, les trésoriers, faiseurs de montres, contrôleurs des
guerres tant des réparations et munitions que des vivres, les prévôts ou
chatelains de forteresse, trouvés en campagne et pris, ne paieront d'autre
rançon que leur solde d'un mois.
« Les gentilshommes volontaires, qui viennent à la
guerre par honneur ou par plaisir, sans être stipendiés par leurs princes,
seront sujets à rançon, selon l'honnêteté et courtoisie des lieutenants
généraux, et ils seront crus sur parole au sujet de leur qualité. »
(Boyvin du Villars.)
[77]
« Desquels était général Mr d'Aumale, qui, peu auparavant, était revenu de
captivité. » (Rabutin.)
[78]
Étant toujours le seigneur de la Jaille leur général. (Idem.)
[79]
« Tirées des garnisons de Metz, Verdun, Toul, Danvillers, Yvoy et Montmédy. » (Idem.)
[80]
« Desquels était général Louis de Bourbon, prince de Condé. » (Idem.)
[81]
« Le duc de Vendôme quitta l'armée à l'abbaye de Fercamp avec de la
gendarmerie, de la cavalerie, bon nombre de gens de pied et quelque artillerie,
pour aller sommer le château de Renty et pour savoir s'il y avait garnison dans
celui de Fauquembergues, qu'il délibérait de forcer avec tous les petits forts
des environs, afin d'amasser ]e plus grand nombre d'artillerie, la nôtre étant
éventée ou démontée, et la plus grande partie de nos poudres et munitions ayant
été consumée devant les villes et châteaux pris pendant la campagne. »
(Rabutin.)
[82]
« Dont ce château était tellement enveloppé qu'un seul homme n'y eût su entrer
sans être découvert. » (Rabutin.)
[83]
Gaspard de Saulx-Tavannes.
[84]
« Il y avait entre eux et nous, au-dessus de Fauquembergues, le bois Guillaume
que l'empereur délibérait d'occuper, pour nous empêcher de donner l'assaut à ce
château et nous contraindre, à coups de canon qu'il ferait tirer contre notre
camp, de déloger et d'abandonner la place. » (Rabutin.)
[85]
Ravins.
[86]
« Un peu avant le point du jour, les sentinelles prévinrent le duc de Guise
qu'elles avaient entendu un grand bruit et découvert grand nombre
d'arquebusiers ennemis ; lui-même, les ayant entendus et aperçus, admonesta ses
gens de ne se point découvrir, jusqu'à ce qu'ils vissent l'ennemi à une portée
bien assurée ; puis il se retira au corps du guet, qui était plus reculé en la
plaine, devers noire camp. Les Impériaux, s'acheminant avec cris et tirant de
loin arquebusades, entrèrent dans le bois, qu'ils suivirent tant avant, sur le
rapport de leurs découvreurs (éclaireurs), qu'ils furent enserrés dans notre
embuscade avant de l'avoir découverte. Soudain nos arquebusiers déchargèrent
tout d'un coup sur eux, ce qui les étonna fort ; plusieurs se trouvant blessés,
ils commencèrent à fuir et à tourner le dos. » (Rabutin.)
[87]
Rabutin.
[88]
Brantôme, M. de Chastillon, second couronnel général de l'infanterie
française.
[89]
Rabutin.
[90]
« Les Français se vantent d'une victoire, les Impériaux n'avouent qu'une
rencontre. Le roi dit qu'il n'a attaqué Renty que pour faire venir l'empereur à
la bataille et qu'il se contente de l'avoir gagnée ; l'empereur dit qu'il est
venu pour faire lever le siège de Renty et qu'il a réussi. » (Gaspard de
Saulx-Tavannes).
[91]
« Notre camp était de 10 enseignes d'Allemands, 10 de Grisons, 14 de Français
et 5 à 6.000 Italiens. » (Montluc).
[92]
A une lieue de Luciguano et à une demi-lieue de la vallée de la Chiana.
[93]
Boyvin du Villars, livre V.
[94]
« Le guidon du comte de la Mirandole, qui avait fui le premier avec la
cavalerie et fait fuir le reste, par une trahison suscitée à force d'écus par
le duc de Florence, fut pendu après la bataille ; d'où il résulte, à l'honneur
de Strozzi, que ce furent l'or et la méchanceté des hommes, et non la vertu,
qui lui dérobèrent la victoire. » (Boyvin du Villars, livre V).
[95]
Strozzi avait voulu imiter le coup d'audace de François Ier, qui, après avoir
ravitaillé Landrecies, assiégé par une armée bien supérieure à la sienne, avait
opéré sa retraite en plein jour, le 1er novembre 1513, « à la barbe de
l'empereur, » et gagné heureusement les bois de Guise.
[96]
« La Veille de Noël, dit-il, le marquis de Marignan m'envoya par un sien
trompette la moitié d'un cerf, G chapons, G perdrix, G flacons de vin excellent
et G pains blancs pour faire la fête le lendemain. Je ne trouvai pas étrange
cette courtoisie, car, à l'extrémité de ma grande maladie, le marquis avait
permis à mes médecins d'envoyer chercher à Florence certaines drogues ;
lui-même m'avait envoyé trois ou quatre fois des oiseaux très bons, (un peu
plus grands que les bec-figues de Provence), et il avait laissé entrer dans
Sienne un mulet chargé de vin grec, envoyé de Rome par le cardinal d'Armagnac.
« Toutes ces courtoisies sont très honnêtes et louables
même aux plus grands ennemis, s'il n'y a rien de particulier entre eux ; le
marquis servait son maitre et moi le mien ; il m'attaquait pour son honneur et
je soutenais le mien ; il voulait acquérir de la réputation et moi aussi ;
c'est affaire aux Turcs et aux Sarrasins de refuser quelque courtoisie à leurs
ennemis. Mais pourtant il ne faut pas qu'elle soit si grande qu'elle rompe ou
recule votre dessein. » (Livre III).
[97]
Les femmes elles-mêmes travaillaient et veillaient aux remparts.
« Je veux, dames siennoises, dit Montluc, immortaliser
votre nom tant que mon livre vivra, car vous êtes dignes d'immortelles louanges
si jamais femmes le furent ! Au commencement de la belle résolution que prit ce
peuple de défendre sa liberté, toutes les dames de Sienne se départirent en
trois bandes ; toutes avaient un accoutrement de nymphe, court et montrant le
brodequin ; la première bande, vêtue de violet, était conduite par la signora
Forteguerra ; la seconde, vêtue de satin incarnadin, par la signora Piccolomini
; la troisième, vêtue de blanc, avec une enseigne blanche, par la signora Livia
Fausta. Ces trois escadrons étaient composés de 3.000 dames, gentil-femmes ou
bourgeoises ; leurs armes étaient des pics, des pelles, des hottes et des
fascines. Elles tirent leur montre en cet équipage et allèrent commencer les
fortifications.
« J'avais l'ait une ordonnance, au temps que je fus
créé dictateur, que nul, à peine d'être bien puni, ne faillit à la garde, à son
tour : une jeune fille de pauvre lieu, quand vint le tour de garde de son frère
qui ne pouvait y aller, prit son morion, ses chausses et un collet de buffle,
puis, avec la hallebarde sur le col, elle s'en alla au corps de garde. Elle
répondit au nom de son frère quand on lut le rôle, lit la sentinelle à son tour
sans être reconnue, et fut ramenée à sa maison avec honneur ; l'après-dînée, le
seigneur Cornélio mc la montra. »
[98]
Montluc cite parmi les braves capitaines qui l'entouraient : Jean Galéas de
San-Severino, comte de Calazzo, le seigneur Cornelio, le comte de Vico, Gaspard
Pape, seigneur de Saint-Auban, Combercier, son neveu, Charrv, Blacon,
Bassompierre, commissaire de l'artillerie, La Molière et L'Espine, l'un
contrôleur, l'autre trésorier des guerres, Bertrand d'Esparbès, seigneur de
Lussan, Bernardino et Persio Buoninsegni, Hieronimo Spanotchi, Ambrosio Nuti,
Bartolomeo Cavalcanti.
[99]
L'infanterie de Piémont se composait, au 22 novembre 1554, de 17.500 hommes,
sous 89 enseignes : 38 compagnies françaises de 270 hommes chacune (8.000), 12
enseignes de lansquenets (3.000), 12 enseignes de Suisses (3.000), 25 enseignes
italiennes de 100 à 200 hommes (3.550) ; « ce qui n'était compté que pour
16.000 combattants, pour divers déchets qu'il y a toujours. » (Du Villars).
[100]
« On a inventé le dragon, écrit Walhausen, parce qu'il y a plusieurs exploits
militaires qui ne peuvent être accomplis par la cavalerie seule, et qu'il faut
quelquefois que l'infanterie ou partie d'icelle monte à cheval avec les armes
requises, pour seconder promptement et subitement la cavalerie. Les dragons se
divisent eu arquebusiers et en piquiers ; ils doivent avoir des chevaux sans
valeur afin que leur perte soit sans importance, et ne pas s'embarrasser de
bottes ni d'éperons, qui les gêneraient pour combattre à pied. Dans ce cas,
chaque dragon jette la bride de son cheval autour de l'encolure du cheval de
son voisin, de manière que tous les chevaux restent joints file à file comme
ils out marché ; on laisse avec eux quelques hommes pour les garder. Les
dragons peuvent être employés à toute entreprise, mais surtout quand il s'agit
d'écheller ou de surprendre un fort, d'enfoncer la porte d'une ville ou
de donner l'alarme aux quartiers ennemis. Les piquiers serviront à arrêter la
cavalerie aux passages étroits, dans les bois et les défilés. En bataille
rangée, la place des dragons sera à l'avant-garde pour charger brusquement
l'ennemi en flanc ou en queue. »
[101]
« Pour tirer, le cavalier saisit son arquebuse de la main droite, la monte, ôte
le crochet, l'empoigne de la main gauche qui tient la bride, vise et donne feu.
Le coup parti, il abandonne l'arquebuse de la main droite, la tourne le long de
sa cuisse gauche, la recharge à l'aide du flasque, puis la relève pour mettre
le pulvérin sur le bassinet. » (Walhausen).
[102]
« Le 12 août, le duc d'Albe s'était présenté sur la Doria Baltes avec 2.000
hommes de pied, 4.000 chevaux, 40 canons, plusieurs petites pièces de campagne,
4.000 pionniers, une infinité de munitions et équipages de guerre, sans compter
7.000 hommes et 1.200 chevaux, envoyés en Piémont pour ravager le pays et
empêcher le ravitaillement de Vulpiano. » (Boyvin du Villars).
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Brantôme.