L'ARMÉE DE VENISE EN 1509.
Depuis
1495, le Sénat de Venise avait mis tout en œuvre pour réparer l'échec de
Fornoue, humiliant pour son orgueil. Mais en
voulant être trop habiles, les seigneurs de l'Adriatique avaient été
imprudents ; leurs intrigues, dirigées tour à tour contre le roi de France,
l'Empereur, le Pape, le roi d'Aragon ou le duc de Ferrare, aboutirent à la
coalition de toutes ces puissances contre leur république. Jules
II organisa la ligue de Cambrai[1] (10 décembre 1508), et les armées européennes,
jusqu'alors ennemies, se préparèrent à ne former qu'une seule armée pour
assiéger Venise, et renverser le lion de Saint-Marc. Le
Sénat fit tête à l'orage[2]. Riche, patient, énergique, il
sè prépara à soutenir de son mieux cette lutte inégale. De tant
d'ennemis, le plus redoutable était le roi de France, qui avait annoncé qu'il
prendrait, en personne, au fier avril 1509, la direction de la campagne. En
conséquence, les meilleures troupes de la République furent réunies à
Pontevico, sur l'Oglio, sous le commandement en chef du comte Orsini de
Petigliano[3] et sous la surveillance des
provéditeurs[4] Georges Cornaro et Andréa
Gritti ; Bartolomeo d'Alviano était le capitaine général des gens de pied. L'armée
vénitienne se composait, d'après Guicciardini, de 2.000 hommes d'armes, de
3.000 chevau-légers italiens ou estradiots, et de 20.000 de pied, miliciens
des Etats de terre ferme ou mercenaires romagnols. Ces
Romagnols, les meilleurs fantassins de l'Italie ; prétendaient valoir mieux
que les Suisses, et attendaient avec impatience une occasion de se mesurer
avec eux. L'armement
et le matériel de l'armée vénitienne résumaient tous les progrès accomplis
jusqu'en 1509. L'artillerie[5] pouvait rivaliser, pour le
nombre et la qualité des engins, avec celle de Louis XII. Les armes blanches,
fabriquées à Brescia, lances, piques, hallebardes, épées à deux mains, estocs
ou dagues font encore, à l'arsenal de Venise, l'admiration des connaisseurs. L'arquebuse
et l'escopette, maniées par de bons tireurs, étaient devenues des armes de
précision, à chargement assez rapide ; la tactique avait donc désormais à
compter avec les arquebusadés. Comme
l'infanterie reprenait de jour en jour, sur le champ de bataille, sa
prépondérance d'autrefois, les ingénieurs italiens s'appliquaient, depuis
longtemps, à trouver des modèles d'armes d'hast, légères et tranchantes,
pouvant servir indistinctement contre le cavalier ou contre le piéton[6]. Les
deux généraux vénitiens, hommes de guerre éprouvés, ne s'entendaient pas sur
le plan de campagne. Alviano, jeune et aventureux, voulait qu'on prît l'offensive
dans le Milanais avant que l'armée française ait eu le temps d'achever de
franchir les Alpes et de se concentrer sur l'Adda. Ce
n'était pas l'avis du vieux Petigliano ni des provéditeurs ; ils
s'attardèrent à reprendre Tréviglio, qu'un coup de main avait donné à
Chaumont d'Amboise[7], et pendant que les Vénitiens
pillaient cette bourgade, l'armée royale Passait l'Adda à Cassano, sur deux
ponts de bateaux[8] sans être attaquée (11 mai). Le
lendemain, les Français, remontant dans leur ordre de marche habituel[9], la rive gauche de l'Adda, se
portèrent sur Rivolta, et de là vers Pandino, pour tourner, au sud, la forte
position que l'ennemi occupait sur la hauteur de Tréviglio. Louis
XII voulait s'établir sur les derrières de l'armée vénitienne, et intercepter
les renforts et les convois qu'elle attendait de Créma et de Lodi. Petigliano,
inquiet de ce mouvement, abandonna les hauteurs, le 14 au matin, et dirigea
son armée en deux colonnes vers Vailate et Pandino, dans l'espoir d'y
devancer les Français et de se replier de là sur sa base d'opérations, entre
Créma et Lodi. La
colonne de droite, dirigée par Alviano, et composée de 800 hommes d'armes, de
l'infanterie romagnole et de 20 pièces de canon, vint se heurter, contre
l'avant-garde française, en avant d'Agnadel, au point de jonction des deux
routes qui aboutissent de Rivolta et de Tréviglio à Pandino. Agnadel (14 mai 1509).
Le
Sénat vénitien avait ordonné à ses généraux d'éviter une bataille et de se
contenter de protéger les villes et les châteaux. A la
vue des Français, Alviano oublia, qu'il lui était défendu de combattre. Il
arrêta sa colonne, envoya un courrier au comte Petigliano pour lui demander
de venir à son secours, puis il prit position à gauche de la route de
Pandino, sur les rampes d'une Colline couverte de vignes, en arrière d'un
torrent desséché, longé à droite par une forte digue. Il
déploya, dans les vignes, une partie de son infanterie à l'abri de cette
digue, qu'il garnit de 6 pièces de canon, et il disposa sur la crête de la
colline le reste de son artillerie, sous la protection de la cavalerie, qui
forma sa 2e ligne. Les
meilleurs arquebusiers[10] furent chargés de la défense de
la digue et se dispersèrent, par petits groupes, dans l'intervalle de
l'artillerie de première ligne. L'avant-garde
française se composait de ;500 lances et de 6.000 Suisses. Chaumont
d'Amboise, qui la commandait, ne songea ni à déployer ses troupes, ni à se
servir de ses 20 pièces de canon pour préparer l'attaque, en écrasant de ses
feux la position ennemie. Malgré
la pluie qui tombait sur une terre grasse et glissante, il donna à ses hommes
d'armes le signal de la charge. Le
champ de bataille ressemblait à celui de Poitiers ; l'action s'engagea de la
même manière. Amboise,
Himbercourt[11], La Palice s'élancèrent au
galop sur ce terrain semé d'obstacles. Les
chevaux de la gendarmerie française, plus bardés et plus lourds encore qu'ils
n'étaient en 1356, buttèrent dans les fossés et s'embarrassèrent dans les
échalas ; les arquebusiers romagnols, bien postés, purent abattre, les uns
après les autres, les hommes et les chevaux arrêtés à petite portée de leurs
arquebuses. Il
fallut sonner le ralliement et faire donner les Suisses que commandait
Trivulce. Leurs
gros bataillons, glissant sur la glaise humide, se disloquèrent à travers les
vignes ; les longues piques devinrent un embarras, et l'infanterie se vit à
son tour forcée de s'arrêter sous le feu meurtrier de l'artillerie
vénitienne. Si
Petigliano avait alors marché au canon, c'en était fait de l'avant-garde
française, et la journée eût été une victoire pour la fière seigneurie de
Venise. Mais,
ni le commandant en chef ni les provéditeurs ne se souciaient de combattre.
Après avoir engagé Alviano à respecter l'ordre formel du Sénat, et à opérer
de son mieux sa retraite sur Vailate, les chefs de la 2e colonne se
dirigèrent en toute hâte vers Brescia. Le
brave Alviano, réduit à ses propres forces, voulut brusquer la fortune[12]. Il fit sortir ses Romagnols de
leurs abris et s'élança, à, leur tête, au-devant des Suisses. Après
une heure de mêlée, les Suisses reculèrent et regagnèrent précipitamment le
versant opposé du ravin. Heureusement,
Louis XII[13] arrivait au même moment avec sa
maison et le reste de la gendarmerie. Deux
compagnies d'ordonnance, faisant un détour, vinrent fondre sur les flancs de
l'infanterie italienne et l'obligèrent à reculer pour se mettre sous la
protection de la 2e ligne d'artillerie. Le roi
fit avancer les gens de pied français au secours des Suisses ; les
aventuriers, soutenus par les hacquebutiers gascons du cadet de Duras,
s'élancèrent à travers les vignes pour entretenir l'escarmouche avec les
tirailleurs romagnols. — «
Courez, enfants, le roi vous voit ! » leur criaient les capitaines. « Le
roi, fort joyeux et de bon visage, allait de bande en bande pour reformer la
ligne de bataille. » Les
gros basilics vénitiens de la hauteur faisaient de larges trouées dans
les rangs ; un écuyer, effrayé du danger que courait le roi, l'engagea à ne
pas s'exposer ainsi. — « Un
roi de France ne meurt pas de coup de canon, lui répondit brusquement Louis
XII ; si tu as peur, mets-toi derrière moi ! » L'action
durait depuis trois heures ; l'arrière-garde française composée des gens de
pied conduits par Bayard[14], Daillon de la Crotte,
Richemont et Molart, avait eu le temps de tourner la position ennemie. Se
faufilant, homme par homme, à travers les vignes, passant les fossés avec de
l'eau jusqu'à l'échine, les aventuriers débouchèrent tout à coup sur les
derrières de la cavalerie vénitienne, qui se dispersa sans soutenir le choc,
et, d'un seul élan, ils s'emparèrent des grosses pièces du plateau, dont ils
dirigèrent le feu contre l'infanterie romagnole. Celle-ci,
entourée de toute part, épuisée par la longue lutte qu'elle soutenait, à elle
seule, depuis le matin, fut sommée de mettre bas les armes. Elle s'y refusa. 4.000
fantassins soutinrent, pendant plusieurs heures encore, l'effort de toute
l'armée française, et le dernier de ces héros tomba mort ou blessé sans qu'un
seul eût consenti à se rendre[15]. Grand
et noble exemple que l'histoire n'a pas assez raconté et qui laisse une trace
lumineuse clans les fastes militaires de l'Italie[16] ! Alviano,
blessé, fut pris par Vendenesse et conduit à Louis XII, qui lui promit bonne
prison et lui demanda pourquoi il avait accepté la bataille dans ces
conditions inégales. « C'est
que si je l'avais gagnée, répondit le prisonnier, je serais aujourd'hui le
plus victorieux homme du monde, et, nonobstant que je l'aie perdue, j'ai eu
du moins l'honneur de combattre un roi de France ![17] » On ne
poursuivit pas le reste de l'armée vénitienne, qui s'enfuit jusqu'aux
lagunes. La
victoire d'Agnadel livra au vainqueur tout le pays compris entre l'Adda et le
lac de Garde[18]. C'en
était fait de la seigneurie de Venise si la discorde n'avait éclaté parmi ses
ennemis. SIÈGE DE PADOUE (octobre 1509).
Les
signataires de la Ligue de Cambrai, qui avaient laissé l'armée française
gagner sans eux une bataille décisive, furent aussi les seuls à profiter de
la victoire. Pendant
que Louis XII repassait les Alpes, Jules II reprenait les villes de Romagne ;
le duc de Ferrare, Este et Rovigo ; Ferdinand le Catholique, Tarente et
Bénévent ; et l'empereur se préparait à mettre le siée devant Padoue. Maximilien
donna rendez-vous devant cette place aux princes de l'empire et aux
contingents des puissances alliées. Le
sénat de Venise tenta un suprême effort pour sauver Padoue, son boulevard
de terre ferme. « Toute
la fleur de la noblesse s'y rendit avec ses amis et ses domestiques[19]. » Le
comte de Petigliano réunit 600 hommes d'armes[20], 1.500 chevau-légers, 1.500
Albanais, 12.000 gens de pied italiens[21], 10.000 matelots esclavons ou
grecs, et s'enferma avec eux dans la place, qui était armée d'une nombreuse
artillerie et bien pourvue de vivres. Les paysans des environs, qui s'étaient
réfugiés dans Padoue avec leur bétail, furent activement employés aux travaux
de défense. On fit
entrer l'eau du Bacchiglione dans le fossé qui entourait la muraille romaine
; on construisit des bastions devant toutes les portes ; on fortifia
les approches. Tous les ouvrages furent mis en communication avec le rempart
et l'intérieur de la ville ; ils furent garnis de canons qui battaient le bas
du fossé, et minés, pour qu'on put les faire sauter à la dernière
extrémité. Bien
qu'on eût soigneusement réparé le mur d'enceinte et bouché les créneaux, on
fit, à l'intérieur, une palissade de gros arbres et de pièces de bois, en
laissant entre elle et le rempart un espace égal à l'épaisseur du mur ;
l'intervalle fut comblé avec de la terre. On
entoura intérieurement cette terrasse d'un fossé de 40 pieds, rétréci par le
bas, dans lequel on disposa des casemates et des blindages garnis
d'artillerie. Derrière
le fossé, un retranchement intérieur, de la même largeur que le
rempart, fut construit et revêtu d'un parapet haut de 12 pieds : ; le tout
était miné[22]. L'empereur,
avec sa lenteur habituelle, laissa aux ingénieurs vénitiens le temps
d'achever leurs travaux, et à la garnison celui de se préparer à la défense. L'élite
de la gendarmerie française, que Louis XII avait mise, avec Chabannes de La
Palice, à la disposition de Maximilien[23], ne trouva devant Padoue que
6.000 lansquenets et quelques hommes d'armes, commandés par Rodolphe
d'Anhalt. Après
s'être fait longuement attendre, l'empereur arriva le 7 octobre, suivi de 120
ducs, comtes, marquis et autres princes et seigneurs d'Allemagne, de 12.000
chevaux, de 5 à 600 hommes d'armes bourguignons et hennuyers[24], et de 32.000 gens de pied
allemands, espagnols, italiens ou français[25]. « Il
avait 106 pièces d'artillerie sur roues, dont la moindre était un faucon, et
six grosses bombardes de fonte, qui ne se pouvaient tirer sur affût, mais
qu'on portait, avec leurs engins, sur de puissantes charrettes. « Pour
mettre ces bombardes en batterie, on les descendait à terre, puis on levait
un peu, par le devant, la bouche de la pièce avec un levier, pour placer
dessous une grosse poutre, et derrière on faisait un merveilleux taudis, de
peur qu'elle ne reculât[26]. « Ces
bombardes ne pouvaient tirer que 4 fois le jour au plus ; elles portaient
boulets de pierre, car on n'aurait pu les soulever s'ils eussent été en
fonte. » Les
autres canons, montés sur leurs affûts, étaient disposés sur des tertres bien
remparés et les servants étaient protégés par des gabions d'osier. C'était
la plus nombreuse armée qu'on eût réunie depuis bien longtemps. Mais cette
armée, composée d'éléments étrangers, mal commandée, plus mal payée encore,
n'avait d'autre lien commun que le point d'honneur, et d'autre
stimulant quo le pillage de ce territoire fertile[27], où les sujets de la Seigneurie
avaient accumulé et caché leurs richesses. La
Palice voulait combattre en champ clos le lieutenant général de
l'Empereur, le capitaine grec Constantin, que le camp tout entier accusait de
trahison. Les
seigneurs allemands voyaient avec quelque dépit la gendarmerie de France se
prodiguer dans les escarmouches ou les combats d'approches ; ils
disaient « que c'était déroger que de se mettre à pied pour combattre en
un siège, et que leur vrai état était de charger à cheval en gentilshommes. » Quant
aux lansquenets, ils couraient le pays pour chercher fortune et désertaient,
par bandes, aussitôt qu'ils avaient fait une bonne prise, afin de la conduire
en Allemagne. Quand
la brèche fut praticable, les hommes d'armes allemands refusèrent l'offre que
leur avait faite la gendarmerie de France de marcher à l'assaut à ses côtés
ou derrière elle. — « Mon
cousin, avait écrit l'Empereur à La Palice, j'ai été, ce matin, voir la
brèche de la ville et je la trouve plus que raisonnable pour qui voudra faire
son devoir. J'ai avisé d'y faire donner l'assaut aujourd'hui. Je vous prie
donc que, incontinent que mon grand tambourin sonnera (ce qui sera
sur le midi), vous
fassiez tenir prêts tous vos gentilshommes français, pour aller audit
assaut avec mes piétons, et j'espère, avec l'aide de Dieu, que nous
l'emporterons ! » La
Palice réunit aussitôt les capitaines français en son logis et, après un
joyeux déjeuner, il leur lut la lettre de l'Empereur. — « Ma
foi ! Monseigneur, dit Adrien d'Himbercourt, mandez à l'Empereur que nous
sommes tous prêts. Il m'ennuie déjà aux champs, car les nuits sont froides et
les bons vins commencent à nous manquer. » Tout le
monde de rire, excepté Bayard qui ne disait mot. — « Et
vous, l'Hercule de France, qu'en pensez-vous, lui demanda La Palice ? — «
S'il faut croire Himbercourt, répondit le bon chevalier, allons droit à la
brèche, bien que ce soit un passe-temps assez fâcheux pour hommes d'armes que
d'aller à pied. Cependant, puisque vous me demandez mon opinion, la voici :
L'Empereur veut que les gentilhommes français se mettent à pied pour donner
l'assaut avec ses lansquenets ; il pense que c'est chose raisonnable de mettre
tant de noblesse en péril et hasard avec des piétons, dont l'un est
cordonnier, l'autre maréchal, l'autre boulanger, tous enfin gens mécaniques,
qui n'ont pas leur honneur en si grosse recommandation que gentilshommes ;
c'est son affaire. Quant à vous, Monseigneur de La Palice, vous répondrez à
l'Empereur, si vous m'en croyez, que vos capitaines sont tous, prêts à lui
obéir ; mais que, comme le roi, leur maître, n'a pas de gens en ses
ordonnances qui ne soient gentilshommes, il vous semble que les mêler parmi
les gens de petite condition, ce serait les tenir en peu d'estime ; que lui,
l'Empereur, a force comtes, seigneurs et gentils- hommes d'Allemagne ; qu'il
les fasse donc mettre à pied avec les gens d'armes de France, et volontiers
ceux-ci leur montreront le chemin ; puis ses lansquenets suivront, s'ils
trouvent qu'il y fait bon[28]. » Ce fut
l'avis de tous les capitaines français et de l'Empereur, mais non celui des
comtes, seigneurs et gentilshommes d'Allemagne, qui refusèrent de marcher à
l'assaut. Maximilien,
mécontent et humilié, leva brusquement le siège de Padoue, après 15 jours de
tranchée ouverte. EMBUSCADES ET SURPRISES[29].
Aussi,
nous n'aurions pas grands enseignements à tirer du siège de Padoue, si les
gens d'armes de France n'avaient trouvé que ce fût un bon théâtre pour se
faire connaître des princes de l'Europe, et si Bayard, par ses coups d'audace
et ses expéditions habilement conduites, ne nous avait laissé plusieurs
exemples instructifs de l'emploi de la cavalerie dans la guerre de
partisans. Trévise,
le second boulevard de terre ferme de la Seigneurie, renfermait une garnison
alerte et audacieuse, dont les coureurs venaient, « deux ou trois fois par
semaine, réveiller sans trompette le camp de l'Empereur. » Il y
avait surtout un certain capitaine Luca Mallevéchio, dont les bons coups
donnaient bien de la fâcherie au bon chevalier. Celui-ci
se fit renseigner sur ses allées et venues par des espions, qu'il payait si
bien que pour mourir ils ne l'eussent trompé, et il se prépara, de concert
avec La Clayete et Daillot de La Crotte, deux gaillards et triomphants
capitaines qui étaient logés avec lui, à faire connaissance avec ledit
Mallevéchio. — « A
deux heures après minuit, dit-il aux deux capitaines, faites armer chacun 30
hommes d'armes des plus gentils galants que vous ayez ; je mènerai ma
compagnie et les bons gentilshommes qui sont avec moi comme Bonnet, My-Pont,
Cossé, Brézon et autres que vous connaissez comme moi. Puis, sans sonner
trompette ni faire de bruit[30], nous monterons à cheval. Qu'il
vous suffise de savoir que j'ai un bon guide. » Ainsi
fut fait. Dans la
nuit du 2 au 3 septembre, les gens, de Bayard montèrent à cheval et
quittèrent leur quartier. Un
espion, « très-bien gardé de 4 archers », leur fit faire dix milles de pays
et les amena, au point du jour, devant un grand palais abandonné, où il y
avait une longue clôture de murailles. Ce
palais était sur le chemin que suivait Luca Mallevéchio, chaque fois qu'il
allait visiter le camp de l'Empereur. Les
Français y entrèrent et s'y tinrent cachés deux heures environ, après
lesquelles ils entendirent gros bruit de chevaux. Le bon
chevalier avait fait monter dans un colombier un vieil archer de sa
compagnie, appelé Monart, autant expérimenté en guerre qu'homme vivant, afin
de voir quels gens passeraient et en quel nombre. Ce guetteur
vit venir, d'assez loin, messire Mallevéchio avec 100 hommes d'armes, l'armet
en tête, et 200 Albanais, conduits par le capitaine Jean Scander-bey[31], tous bien montés et gens
d'effect[32]. Ils
passèrent à un jet de boulet du palais où les Français étaient en embuscade. Quand
ils l'eurent dépassé, Monart descendit tout joyeux et fit son rapport. Bayard
ordonna aussitôt de seller les chevaux. — «
Messeigneurs, dit-il à ses compagnons, il y a dix ans que nous n'avons eu si
belle aventure. Ils sont deux fois plus que nous, mais nous sommes gentils
galants ; allons après ! » — «
Allons ! » dirent les autres, et la porte fut ouverte. Ils
n'avaient pas trotté l'espace d'un mille, qu'ils aperçurent les Vénitiens sur
un beau grand chemin. — «
Sonne, sonne ! trompette ! » dit le bon chevalier. Les
capitaines de Trévise n'auraient jamais pensé qu'ils eussent les Français
derrière eux ; ils crurent que c'était quelque troupe des leurs qui venait
les rejoindre. Cependant ils s'arrêtèrent et ne tardèrent pas à reconnaître
l'ennemi. Un peu
étonné de se voir enclos entre le camp de l'Empereur et ces hommes d'armes
qui venaient à lui, le capitaine Mallevéchio se rassura en les comptant, et
engagea ses gens à bien faire. D'ailleurs,
la route étant bordée de deux larges fossés qu'un homme d'armes ne pouvait
pas faire sauter à son cheval sans crainte d'y demeurer, les Vénitiens
étaient bien forcés de combattre. Les
trompettes se mirent à sonner de part et d’autre et, à une portée d'arbalète,
les deux escadrons d'hommes d'armes commencèrent à se courir sus, les uns
criant : — «
Empire ! France ! les
autres : — «
Marco ! Marco ! C'était
plaisir de les entendre. Scander-bey
et ses 200 Albanais sautèrent les fossés et firent un détour pour prendre les
Français à dos, mais Bayard avait deviné leur intention : — «
Compagnon, dit-il au capitaine Daillon, gardez les derrières, que nous ne
soyons enclos ! » Daillon
y alla ; aussi, quand les Albanais s'approchèrent, furent-ils reçus et bien
frottés. Une douzaine en demeura par terre ; le reste prit la fuite. Daillon rejoignit
au galop le gros de la compagnie ; mais il trouva les Vénitiens déjà rompus,
et les Français occupés à choisir leurs prisonniers. Mallevéchio,
avec 30 de ses cavaliers les mieux montés, avait sauté le fossé et courait
vers Trévise ; on le laissa courir. Bayard,
ayant plus de prisonniers que de compagnons, fit rendre aux Vénitiens leurs
épées et leurs masses d'armes, puis il les plaça au milieu de sa troupe pour
retourner au camp de l'Empereur. Quand
il y fut, Maximilien le fit appeler, pour lui dire : — «
Seigneur de Bayard, mon frère, votre maître, est bien heureux d'avoir un
serviteur comme vous ; je donnerais par an 100.000 florins pour en avoir une
douzaine de votre sorte ! Bayard
eut à cœur de mériter le compliment impérial et se prépara à de nouvelles
entreprises. Scander-bey
et ses Albanais s'étaient retirés clans le château de Bassano, où, de concert
avec Rinaldo Contarini, capitaine d'une compagnie d'arbalétriers à cheval, il
faisait des courses continuelles sur ceux qui venaient au camp de l'Empereur,
ou sur les lansquenets qui conduisaient en Allemagne le bétail volé dans le
Padouan. Bayard
savait par son fidèle espion que les gens de Bassano avaient gagné, à ce
métier, plus de 500 bœufs ou vaches. Il se mit en tête de les leur reprendre
; mais il ne voulut demander le concours d'aucun capitaine pour cette
expédition : ses 30 hommes d'armes, tous gens d'élite, lui suffisaient. Une
heure avant le jour, un samedi, la compagnie de Bayard monta à cheval, et fit
13 milles tout d'une traite, pour s'arrêter à une portée de canon du château.
Là, elle se tint cachée jusqu'à ce qu'elle eût entendu la trompette des gens
de Bassano. L'espion
prévint Bayard qu'il y avait, à un mille, sur la route de Vicence que devait
suivre l'ennemi, un petit pont de bois que cieux hommes pouvaient garder
contre 500, et, à une demi-heure de chemin, un défilé favorable à une
embuscade. Bayard
désigna les gentilshommes volontaires Bonnet et My-Pont, 6 hommes d'armes et
une douzaine d'archers commandés par Petit-Jehan de la Vergne, pour garder le
pont et couper la retraite à l'ennemi. Sur ce,
les Albanais et les arbalétriers vénitiens descendirent du château, semblant
aller aux noces. Quand ils furent passés, Bonnet et sa troupe se dirigèrent
vers le pont de bois, pendant que le bon chevalier, avec le reste de sa
compagnie ; allait s'embusquer clans le défilé. — «
Capitaine[33], dit-il au bâtard du Fay qui
portait son guidon, prenez 20 de vos archers et allez escarmoucher avec les
Vénitiens. Quand ils vous verront en si petit nombre, ils vous chargeront
n'en doutez pas ; alors tournez bride, faites l'effrayé,
amenez-les jusqu'ici, où je vous attendrai au revers de la montagne, et vous
verrez beau jeu ![34] » Le
bâtard du Fay ne se le fit pas dire deux fois, car il connaissait au possible
ce métier de la guerre. En
apercevant les 30 archers, le capitaine Scander-bey les reconnut pour
Français aux croix blanches qu'ils portaient sur leurs armes. Tout
joyeux de cette rencontre, il marcha fièrement au-devant d'eux, et se mit à
les charger au cri de : — «
Marco ! » Du Fay
obéit de point en point aux instructions du bon chevalier ; il fit l'effrayé, tourna bride et, vivement poursuivi, il amena
les chevau-légers ennemis clans le défilé où Bayard attendait, l'armet en
tête et l'épée au poing. Au
premier choc, plus de 30 Vénitiens furent portés à terre, et le reste,
Albanais ou arbalétriers, s'enfuit au galop vers Bassano. Les
hommes d'armes français, montés sur de lourds destriers, n'auraient pas pu
atteindre les légers étalons grecs et auraient laissé échapper leur proie, si
le pont de bois n'avait été bien gardé ; mais Bonnet, My-Pont, la Vergne et
leurs gens en barrèrent l'accès. Le
capitaine Scander-bey, n'osant pas forcer le passage, s'enfuit à l'aventure,
à bride abattue ; les Français chaussèrent si bien leurs éperons, qu'ils
prirent les deux capitaines, avec 90 de leurs cavaliers et l'enseigne[35] des arbalétriers vénitiens. Les
hommes pris, restait le château. Pour
s'en emparer sans artillerie, Bayard s'avisa d'un moyen sommaire, souvent
employé au moyen âge. Il
déclara à Scander-bey et à Contarini qu'ils auraient la tête tranchée devant
la porte de Bassano, si la place ne lui était pas immédiatement rendue. Cette
menace suffit. Le neveu du capitaine Scander-bey, resté dans Bassano,
capitula, à la prière de son oncle, et livra le château avec toutes les
richesses qu'il recélait. Malgré
les prouesses des chevaliers français, Padoue était délivré, et sa résistance
avait sauvé Venise. Jules
II traita avec le doge et profita de la nonchalance de Maximilien et de la
haine de Ferdinand le Catholique contre Louis XII, pour tenter de rejeter les
Français au-delà des Alpes. La Ligue de Cambrai contre Venise devint la Sainte ligue contre les Français ; au mois de février 1510, ceux-ci occupaient encore la Lombardie et le Piémont, mais ils n'avaient plus, dans le reste de l'Italie, d'autre allié que le duc de Ferrare. |
[1]
Jules II voulait reconstituer le patrimoine de Saint-Pierre dont les Vénitiens
détenaient Ravenne, Cervia, Faenza et Rimini. Louis XII revendiquait Crémone,
Crema, Brescia, Bergame, dépendances du duché de Milan ; l'empereur Maximilien,
Vérone, Vicence, Padoue, Trévise, Trieste, le Frioule, Udine, Gœritz, Gradina ;
Ferdinand le Catholique, quelques ports du royaume de Naples, Trani, Brindes,
Otrante, qu'il avait engagés à Venise comme garanties d'un emprunt d'argent.
[2]
« Ceux mêmes qui s'étaient opposés le plus à la guerre, montrèrent autant
d'ardeur à la préparer que ceux qui en étaient la cause. Plus occupés du salut
public que de leur amour-propre, ils ne cherchèrent pas à se prévaloir de leur
sagesse ni de la témérité d'autrui, mais ils cherchèrent les moyens de prévenir
le danger auquel on exposait la République. » (Guicciardini, livre VIII, chap.
8.)
[3]
Son bâton de commandement, conservé à l'arsenal de Venise, est une sorte de
massue terminée par une houle en cuivre doré.
[4]
« Les provéditeurs sont des officiers qui s'occupent d'avoir argent pour payer
les gens d'armes et de faire venir les vivres, tellement que les chefs n'en ont
nulle charge, sinon de commander. C'est un office, en la seigneurie de Venise,
que je trouve fort bon. » (Fleurange, chap. VII.)
[5]
« Les Vénitiens avaient 60 grosses pièces, parmi lesquelles il y en avait,
nommées basilics, qui étaient plus longues que nos
longues coulevrines : toutes avaient dessus un lion, avec cette inscription :
Marco. » (Fleurange, chap. VII.)
[6]
Dans la salle des Assemblées (n° 4), à l'Académie de Venise, on remarque, parmi
d'admirables dessins au crayon ou à la plume des grands maîtres de la
Renaissance, une feuille couverte par Léonard de Vinci d'esquisses de halons de
guerre et d'armes diverses, depuis l'hameçon de fer (Stimulus des
Romains, t. I, page 185) jusqu'au vouge à baïonnette. Rappelons, pour mémoire,
que ces instruments homicides sont entremêlés de figures géométriques et de
caricatures, qui prouvent la mobilité d'esprit et la variété de conception dit
grand artiste florentin. Peintre, statuaire, architecte, musicien, écrivain,
ingénieur civil et militaire, Léonard de Vinci a été l'homme le plus
remarquable de son époque (1452-1519) et peut-être de tous les temps.
[7]
Accompagné de Molart, La Crotte, Bayard, Richemont, Fontrailles, la Porte,
Estançon et des capitaines de gens de pied Blanc et Imbaut. (Le Loyal
Serviteur.)
[8]
« Sur l'un, le roi faisait passer les gens de cheval, et sur l'autre, les gens
de pied. » (Le Loyal Serviteur.)
[9]
Cet ordre de marche, préparation à la formation de combat, a été réglementé
sous Charles VI, comme l'indique le manuscrit 7.076 de la Bibliothèque
nationale, que le général Lavé a cité dans son Histoire et tactique des trois
armes. Paris, Dumaine, 1845.
« L'avant-garde sera formée de longue étendue de gens
d'armes serrés et bien rangés, de manière qu'il n'y en ait pas un qui passe
l'autre ; les meilleurs et les plus élus au premier front, avec les maréchaux,
les étendards el les bannières.
« Aux côtés, on fera les ailes, et devant elles le
trait, tant canonniers qu'arbalétriers et archers, semblablement arrangé.
« Après l'avant-garde vient la grosse bataille,
où toute la foule des gens d'armes est rangée par le soin des chevetains
(capitaines), leurs bannières et enseignes levées. Le connétable fait crier que
nul ne se doit dérouter, sous peine du chief (de la tête) ; les piétons des
communes, quand il y en a grande quantité, renforcent les ailes en arrière des
gens de trait ; il faut qu'ils soient commis à de bons chevetains. On peut
aussi les placer devant la grosse bataille, de manière que les gendarmes,
placés derrière eux, puissent les empêcher de fuir, s'ils le veulent.
« Au milieu de la grosse bataille, se tient le prince
de l'ost, ayant devant lui la principale bannière, en laquelle est le
regard de la bataille, et qui, pour ce, est baillée à garder et. à tenir à l'un des meilleurs et des principaux de l'armée.
Autour sont les meilleurs et les plus éprouvés hommes d'armes, pour la sûreté
du prince et de la bannière.
« Vient ensuite la tierce bataille que l'on dit
arrière-garde, laquelle est ordonnée. Par derrière sont les varlets, qui
conduisent les chevaux de rechange et qui ont à veiller à ce qu'on ne vienne
pas de ce côté envahir la bataille. Si l'on a assez de gens d'armes, et si l'on
se doute que l'ennemi peut venir de ce côté, il faut, quand on est sage en
armes et qu'on veut combattre sûrement, disposer une quatrième bataille,
qui tournera le dos aux trois autres pour être prête à recevoir l'ennemi venant
de ce côté.
« On ordonne de plus un certain nombre de gens d'armes,
duits au métier (réserve), montés sur bons destriers ou coursiers, pour
venir, à course de chevaux, rompre et déranger la bataille des ennemis au
moment de l'assemblée. Ce sont ceux qui se savent le mieux aider de
celle réserve qui ont bataille gagnée.
« Voilà la manière la plus commune d'arranger l'ost.
Cependant aucuns experts d'armes conseillent, quand on a plus d'hommes d'armes
que de piétons, de les réunir tous en une seule bataille, en disposant les
ailes comme nous l'avons dit. Cette manière fut tenue à Roosbeek, où le roi
Charles VI eut victoire contre 40.000 Flamands. »
[10]
N'oublions pas que, depuis 1465, on appelait arquebuse, en Italie, l'arme de
main que les Français désignaient encore sous le vieux nom d'hacquebute.
[11]
Adrien de Brimeu sire d'Himbercourt, fils du ministre de Marie de Bourgogne,
tué par les Gantois aux pieds de la princesse, en 1477.
[12]
« Barthélemy d'Alviano a été un très grand et bon capitaine, mais pourtant
estimé plus vaillant, hardy et hasardeux que sage, considéré et provident. »
(Brantôme.)
[13]
On était venu dire au roi que les Vénitiens occupaient déjà le château qu'il
avait désigné pour son logis.
— « Eh quoi ? demanda-t-il, y sont-ils déjà logés, pour
sûr ?
— « Oui, sire.
— « Or bien, le diable m'emporte ! nous irons leur
loger sur le ventre ! » (Brantôme.)
[14]
Au début de la campagne « Louis XII avait voulu donner à Bayard la charge de
1.000 hommes de pied ; ce que voyant, il accepta, encore qu'il eût fait
profession plus de cheval que de pied, niais â lui tout était guerre. Toutefois
il remontra au roy que c'était trop que ces mille piétons pour s'en acquitter
dignement, et il le pria de ne lui en donner que 500, l'assurant qu'avec l'aide
de Dieu et de ses amis, sa troupe, pour si petite qu'elle fût, en battrait une
deux fois plus grande. Aussi, fit-il cette compagnie de 500 hommes de pied,
tous gens d'élite, si bien que plusieurs gendarmes quittèrent la lance pour
prendre la pique avec lui. » (Brantôme.)
[15]
« Monsieur de Bayard, qui était à l'arrière-garde, s'avança si bravement avec
ses gens de pied, et donna si à propos par le flanc et aux côtés des Vénitiens,
qu'ils perdirent cœur et ne firent après plus rien qui vaille, sinon quelques
bons soldats élus de Barthélemy Alviano, habillés de blanc et de rouge,
qui, s'opiniâtrant au combat, demeurèrent tous sur le champ. Braves gens,
certes ! »
[16]
« Un de ceux qui moururent le plus glorieusement dans cette occasion fut le
marquis toscan Pierre del Monte Santa-Maria. » (Guicciardini, livre VIII, chap.
XII).
[17]
Fleurange, chap. VII.
[18]
Le dernier exploit de Louis XII fut la prise de Peschiera (1er juin), après
laquelle il rentra triomphalement à Milan. « Il aurait pu subjuguer toute
l'Italie, dit Mézeray, s'il n'eût moins estimé le profit d'une si belle
conquête que l'honneur de garder sa foi aux signataires de la Ligue de Cambrai,
gens qui n'en eurent jamais pour lui. »
[19]
« Les jeunes nobles furent suivis jusque sur le rivage par le sénat et par le
peuple, qui saluaient par des acclamations leur courageuse entreprise. »
(Guicciardini, livre VIII, chap. XXX).
[20]
« Commandés par des capitaines célèbres et pleins d'expérience, Bernardino
de Mantoue, Antonio Pio, Luca Malvezzi et Giovanni Greco » (Guicciardini).
[21]
« Sous les ordres de Donisio de Naldo, Zitolo de Pérouse, Lattanzio de
Bergame, Saccocio de Spolette. »
[22]
Guicciardini.
[23]
Le roi commanda au seigneur de La Palice, qu'il prit 500 des plus gaillards
hommes d'armes de l'ordonnance qui fussent en Italie, et qu'il s'en allât au
service de l'empereur. La Palice choisit Bayard, qui n'avait alors que 30
hommes d'armes sous lui (mais 25 de ceux-là méritaient d'être capitaines de
cent), le baron de Béarn, Frédéric de Mailly, le baron de Conty, Théodore
Trivulce, Jules de San-Severino, les capitaines La Clayete et La Crotte. A ces
500 lances d'élite se joignirent 200 gentilshommes volontaires, « pour qui
toute la vie n'était que la guerre, » entre autres Bussy-d'Amboise, Bonnet et
My-Pont. » (D'après le Loyal Serviteur, chap. XXI).
[24]
Du Hainaut.
[25]
« Le seigneur de Minant, hardi et entreprenant capitaine, fils d'un
vertueux et sage chevalier d'Auvergne, rejoignit le camp de l'empereur avec
1.000 ou 1.900 aventuriers français, tous gens d'élite et d'escarmouche. » (Le
Loyal Serviteur).
[26]
C'était la disposition primitive des batteries de siège. M. Lorédan Larebey,
dans le remarquable et trop rare album qu'il a publié, en 1863, sur les
origines de l'artillerie française, nous montre deux grosses bombardes de fer «
sans affût et sur chantier, dont les culasses sont masquées par de forts
épaulements en terre. » Planche 23. (D'après une miniature de la Fleur
des Histoires, manuscrit, 525 de la 2e moitié du XVe siècle. Bibliothèque
Mazarine.)
[27]
« Le camp impérial tenait, de tous côtés, plus de quatre milles de pays.
Ce fut une merveilleuse chose que, durant ces deux mois de siège, les
fourrageurs n'allèrent jamais plus loin que six milles du camp pour avoir à
force foin, blé, avoine, chairs, poulailles, vins et autres choses nécessaires
tant pour les hommes que pour les chevaux. Il y en avait si grande abondance
qu'à la levée du siège, il fut brûlé pour 100.000 ducats de vivres, dont on
avait fait provision croyant que plus longuement durerait le siège. » (Le
Loyal Serviteur.)
[28]
Le Loyal Serviteur, chap. XXVIII.
[29]
D'après le Loyal serviteur.
[30]
109. « Une embuscade est une position cachée que prend une troupe pour
surprendre l'ennemi ou pour l'arrêter dans sa poursuite.
« Le secret, est dans cette circonstance, la première
condition du succès ; aussi le départ doit-il avoir lieu généralement pendant
la nuit, pour permettre au détachement d'arriver avant le point du jour à
l'endroit choisi. » (Instruction pratique de 1875 sur le service de
la cavalerie française en campagne.)
[31]
C'était le fils du prince albanais Georges Castriot, surnommé l'Alexandre ou
Scander-bey, qui avait soutenu, pendant 23 ans, la guerre contre les Ottomans,
en partageant la gloire du roi Ladislas IV de Hongrie et de son lieutenant Jean
Corvin Hunyade. A la mort de Scander-bey, en 1467, le Sénat de Venise avait
pris son fils Jean sous sa tutelle.
[32]
Gens d'action.
[33]
Remarquons qu'en 1507 le mot capitaine signifie officier ; l'emploi diffère,
mais le titre est le même pour tous les gentilshommes qui ont un grade, soit
dans la cavalerie, soit dans l'infanterie. Le guidon, dans une compagnie
d'ordonnance, est le chef des archers à cheval.
[34]
« On peut non-seulement tendre une embuscade sur le chemin que doit suivre
l'ennemi, mais encore chercher à l'attirer au moyen de petits détachements qui
se laissent poursuivre. » (Instruction sur le service en campagne de la
cavalerie française, 1875.)
[35]
Ce fut un archer de 17 ans, Guignes Guiffrey, fils du seigneur de Routières,
gentilhomme dauphinois, qui prit cette enseigne.
Elle était portée par un colosse albanais qui fuyait de
son mieux. L'adolescent, se voulant essayer, poursuivit le colosse, le jeta à
bas de son cheval en lui brisant sa lance entre les deux épaules, et mit
aussitôt l'épée à la main.
— « Rends-toi, enseigne, ou je te tue ! » criait-il.
L'enseigne, ne voulant pas encore mourir, bailla son
épée au jeune garçon, qui ne l'aurait pas échangée contre 10.000 écus, et qui
conduisit son prisonnier à Bayard.
— « Boutières, mon ami, lui dit le bon chevalier, vous
avez un bon commencement ; Dieu vous le veuille continuer !
Le soir, à souper, on railla le Vénitien de s'être
laissé prendre par un enfant, qui était page six jours avant et qui n'aurait
pas, de 3 ans, barbe au menton. L'enseigne eut honte et dit à Bayard en son
langage :
— « Si je me suis rendu, capitaine, ce n'est pas par
frayeur de celui qui m'a pris, car il n'était pas capable d'avoir, sans aide,
raison de moi et j'aurais échappé à meilleur homme de guerre que lui, mais je
ne pouvais pas combattre toute votre troupe à moi seul.
— « Monseigneur, dit à son tour Boutières, marre et
courroucé, je vous supplie de m'accorder ce que je vais vous demander.
— « Oui vraiment, dit le bon chevalier, qu'est-ce ? »
— « C'est que je rendrai à mon prisonnier son cheval et
ses armes ; je monterai sur mon cheval, nous retournerons ensemble à l'endroit
où je l'ai pris ; si je le puis conquérir une seconde fois, qu'il soit assuré
de mourir, j'en fais vœu à Dieu ; s'il peut échapper, je lui donne sa rançon.
— « Vraiment, je vous l'accorde, » répondit Bavard en
riant.
« Mais ce fut le Vénitien qui ne l'accorda point. Il
n'en eut guère d'honneur et, par contre, le petit Boutières, beaucoup. » (Le
Loyal Serviteur.)