ORIGINES DE LA TACTIQUE FRANÇAISE

BATAILLES D'AUTREFOIS

 

DEUXIÈME PARTIE. — LA TACTIQUE AU MOYEN ÂGE

LIVRE CINQUIÈME. — LA GUERRE DE CENT ANS

 

CHAPITRE XIV. — L'INVASION ANGLAISE.

 

 

L'HISTOIRE PAR LA CHRONIQUE.

Nous ne gagnerions rien à relater, une à une, les péripéties de la guerre de Cent ans[1].

La première moitié de cette longue agonie de la France féodale est une époque néfaste pour la tactique française. Lorsque la charge en haie n'a pas réussi, lorsque les lances sont rompues ou détournées, la confusion se met parmi ces chevaliers fougueux, qui ne veulent combattre qu'isolément ; les plus braves sont entourés, renversés et livrés, dans leurs armures de fer, au couteau des gens de pied ; le reste s'enfuit.

La lecture des chroniques contemporaines nous permettra de tirer, des trois grandes défaites de la guerre de Cent ans, des enseignements utiles sur l'art de la guerre de 1316 à 1455 ; mais en feuilletant la plus complète et la plus attrayante, celle de sire Jean Froissard, nous n'oublierons pas qu'elle a été écrite dans le camp des Anglais, par un familier du Prince Noir.

 

ÉDOUARD III.

Édouard III, en débarquant à la Hogue, le 12 juillet 1346, avec 4.000 hommes d'armes et 28.000 piétons — 10.000 archers anglais, 12.000 Gallois, 6.000 Irlandais —, ordonna ses gens en trois batailles, qui devaient marcher parallèlement. Celles de droite et de gauche, longeant les côtes du Cotentin, restaient en communication avec la flotte de 1.700 navires grands et petits, gardés par 100 hommes d'armes et 400 archers. Le roi, accompagné de son fils aîné le prince de Galles, qui n'avait que seize ans et faisait ses premières armes, conduisait la colonne du centre.

Le commandement de l'avant-garde fut donné au banni Geoffroy d'Harcourt, « pour tant qu'il savait les entrées et les issues en Normandie.

« Lequel messire Geoffroy partit comme maréchal de la route du roi[2], avec 500 armures de fer et 2.000 archers, et chevaucha bien six ou sept lieues en avant et à droite du grand ost du roi, brûlant et dévastant le pays. Il revenait chaque soir, avec toute sa compagnie, là où il savait que le roi devait loger ; mais quelquefois il demeurait deux jours, quand il trouvait gras pays et à fourrager. »

 

Les colonnes des ailes rejoignirent le grand ost sous les murs de Caen, le 26 juillet ; elles avaient pris et pillé, presque sans résistance, Barfleur, Cherbourg, Valognes Carentan et Saint-Lô.

 

Après le sac de Caen, Édouard III renvoya en Angleterre sa flotte, chargée des dépouilles et des prisonniers de la Normandie ; puis il remonta la Seine, jusqu'à Poissy, en mettant tout à feu et à sang sur son passage.

Le prince de Galles établit son logis au château de Saint-Germain-en-Laye ; ses coureurs vinrent brûler Rueil, Bourg-la-Reine et Saint-Cloud, pendant que le ban de guerre de Philippe de Valois réunissait à Saint-Denis les nombreux vassaux de la couronne de France.

 

ETUDE COMPARATIVE DES DEUX ARMÉES.

Avant de mettre en présence ces deux armées ennemies, il est instructif d'examiner rapidement leur composition respective.

Des deux côtés, il n'y a d'autre cavalerie que la noblesse féodale et ses archers. Plus nombreuse sous la bannière de France, elle est aussi plus fougueuse, moins disciplinée et elle tient en grand mépris les milices communales et l'infanterie étrangère, que le roi a réunies autour de l'oriflamme,

 

Les armes du piéton des communes françaises n'ont guère changé depuis Bouvines[3]. C'est encore l'arc, le couteau, la vouge ou le maillet. Cependant, depuis les Croisades, le piéton s'est revêtu de cuir comme l'archer sarrasin.

Les 15.000 mercenaires génois, qui forment l'infanterie d'élite de Philippe VI, sont des arbalétriers.

Leur équipement est très-lourd, car une arbalète de guerre pèse environ 20 livres, la trousse garnie 4 ou 5 ; l'arbalétrier porte un large pavois, une longue épée, un chapel de fer, un camail de mailles, une brigantine de lamelles de fer couvertes d'étoffe, avec hautes manches et sous-jaquette de mailles, des chausses de toile ou de peau, doublées, avec genouillères de fer. Le tout forme une charge de 70 à 80 livres[4].

L'armée française est mal pourvue d'engins et de machines ; elle n'a pas d'équipage de pont ; ses vivres ne sont pas assurés. Philippe VI et sa noblesse croient que le courage supplée à la prévoyance et que l'élan chevaleresque franchit tous les obstacles.

 

Dans l'armée anglaise[5], les chevaliers, pleins de confiance dans leur roi et dans les maréchaux qu'il a choisis, exécutent les ordres, quels qu'ils soient, avec le calme et le sang-froid de leur race. Au lieu de mépriser les gens de pied, ils ont pour eux les égards que méritent des compagnons d'armes vifs, alertes, adroits surtout. Dans les combats défensifs, ils ne dédaignent pas de mettre pied à terre et de raccourcir le bois de leurs lances, pour former, sur les flancs ou en arrière des archers, d'épaisses phalanges bardées de fer, qu'aucune charge ne peut entamer.

 

L'archer anglais jouera le rôle principal dans toutes les batailles de la guerre de Cent ans.

Légèrement équipé, il a la tête couverte par une cervolière de fer, il porte une cotte de mailles à manches

31 L'INVASION ANGLAISE.

courtes, par-dessous un corselet de cuir avec manches d'étoffe rembourrées aux épaules ; ses chausses sont de peau ou de gros drap. Le carquois est passé à sa ceinture, ou bien il pend en verrou derrière son épaule gauche. Quelquefois l'archer tient une vouge dans la main droite.

Quand il veut obtenir un tir rapide, il place les flèches sous son pied gauche, de manière à les saisir de la main droite sans détourner les yeux du but. Alors il lance douze flèches pendant que l'arbalétrier tire un carreau.

La portée moi cime du grand arc anglais est de 200 mètres environ ; à cette distance, tout bon archer d'outre-Manche se fait un point d'honneur de ne jamais manquer un homme.

Lorsque l'archer anglais ou l'arbalétrier gascon a pris sa place de combat, il enfonce en terre, devant lui, les pieux qu'il porte comme le légionnaire romain et il y appuie son pavois.

« Ce pavois a 1m,00 de hauteur (quelquefois plus), sur 0m,40 à 0m,60. Il est profondément nervé suivant son axe longitudinal, afin de présenter plus de résistance aux chocs, et de laisser un espace libre, pour passer le bras au besoin ou pour fixer le pavois sur le sol au moyen d'un pieu[6]. »

De cette façon, un front de bataille, offensif ou défensif, présente un rempart instantané, hérissé de fauchards, de vouges ou de bâtons aigus, et dont on ne peut s'approcher, à moins de 200 mètres, sans recevoir une volée de flèches ou de carreaux.

 

Le plus souvent l'armée anglaise se range en bataille derrière son charroi, et les machines de jet tirent par-dessus cet obstacle, insurmontable pour la cavalerie. Le butin sagement réparti pourvoit à tous les besoins de l'armée et permet de ménager le convoi venu d'Angleterre.

« De petits bateaux de cuir et de bois, des cordes et autres habillements tout propices à faire ponts, sont chargés sur chariots. »

Froissard raconte qu'au passage de l'Oise « les Anglais boutèrent un batil en l'eau, et trois ou quatre passèrent la rivière bien doutablement (prudemment), lesquels attachèrent une forte corde, d'un bord à l'autre, à tout petits poinçons (tonneaux), qu'ils avaient liés par le milieu. »

 

En résumé, dans leurs fructueux voyages de France, Édouard III, ni le Prince Noir n'apporteront aucune innovation tactique ; mais à la fougue tumultueuse de la chevalerie française, qui se donnera pleine carrière jusqu'à du Guesclin, ils sauront opposer la prévoyance pour les approvisionnements, l'ordre et la discipline dans les marches, le choix des positions de combat, le tir ajusté, et surtout une combinaison judicieuse de l'infanterie légère avec la chevalerie anglaise, qui sait combattre â pied aussi bien qu'à cheval.

 

Ce sont là des leçons d'art militaire, dont les Français profiteront à la longue, et qui leur permettront de chasser l'étranger, lorsque Jeanne Dam aura réveillé leur patriotisme, au bruit du canon d'Orléans.

 

MARCHE EN RETRAITE DES ANGLAIS.

En apprenant que Philippe de Valois recevait, chaque jour, de nouveaux contingents d'hommes d'armes[7] et de milices, Édouard III, dont l'armée était fort réduite, quitta les environs de Paris, le 16 août, pour se diriger, par le Beauvaisis, vers les côtes de Picardie.

Cette marche en retraite, éclairée par l'incendie des bourgades et des moindres châteaux, s'arrêta à Airaines, sur la limite du Ponthieu, apanage d'Édouard III, confisqué par le roi Philippe.

Les Anglais trouvaient devant eux un obstacle sérieux : la Somme, « qui est grande, large et profonde » au moment même où leurs coureurs signalaient l'approche de l'armée française.

Édouard III appela « ses deux maréchaux, Warwick et d'Harcourt, et leur dit qu'ils prissent 1.000 hommes d'armes et 2.000 archers, et s'en allassent tâtant et regardant, selon la rivière de Somme, s'ils pourraient trouver un gué où l'on pût passer sauvément.

« Mais le Roi de France avait fait pourvoir et garnir tous les détroits (défilés) et passages. »

Les deux maréchaux furent repoussés à Pont-Rémy, à Long-en-Ponthieu, à Picquigny, et après avoir, pendant une journée entière, « tâté, chevauché et costié la rivière de Somme sans trouver de passage, ils revinrent à Airaines, devers le roi leur seigneur, et lui recordèrent leur chevauchée ».

 

CHEVAUCHÉE DU ROI DE FRANCE.

« Ce même jour, le roi de France vint coucher à Amiens, avec plus de 100.000 hommes[8], et était le pays d'environ tout couvert de gens d'armes.

« Quand le roi d'Angleterre eut ouï la relation de ses deux maréchaux, il n'en fut pas plus joyeux ni moins pensif, et commença fort à méditer et soi mélancolier. »

 

Le résultat de cette méditation mélancolique fut un ordre de départ pour le lendemain, On devait se diriger vers la mer par la rive gauche de la Somme, en cherchant à passer à tout prix sur la rive droite.

« Au matin, quand le roi eut ouï sa messe, devant le soleil levant, si sonnèrent les trompettes de délogement, et (à six heures du matin) se partirent toutes manières de gens, en suivant les deux bannières des maréchaux, qui chevauchaient devant, comme c'était ordonné. »

Ils chevauchèrent en cet état jusqu'à Oisemont, dont les défenseurs, gens du pays, « furent envahis et assaillis si durement que les Anglais conquirent la ville et tout ce qu'il y avait dedans. Le Roi d'Angleterre se logea au grand hôpital. »

Le roi de France, en apprenant cette nouvelle « par ses espies et ses coureurs, fut moult joyeux, car il pensa qu'il enclouait le roi d'Angleterre entre Abbeville et la rivière de Somme, et qu'il le prendrait ou combattrait à sa volonté.

« Il ordonna aussitôt à un grand baron de Normandie, Godemar du Fay, d'aller garder le passage de Blanche-Tache, qui est au-dessous d'Abbeville, par où il convenait que les Anglais passassent et non par ailleurs. »

Du Fay quitta Amiens à la tête de 1.000 hommes d'armes, de 5.000 arbalétriers génois et de grand'foison des gens du pays, et il se dirigea par Saint-Riquier-en-Ponthieu sur le Crotoy. Là, il manda les bourgeois d'Abbeville, pour l'aider à garder le passage. Ceux-ci arrivèrent « moult étoffément en arroy[9] » ; le passage se trouva défendu par 12.000 hommes, dont 2.000 bourgeois de Tournai.

A midi, Philippe VI arrivait à Agraines avec son avant-garde ; mais, au lieu de continuer la poursuite, il s'installait dans le logis qu'Édouard III venait de quitter et il livrait à ses gens « la grand'foison de pourvéances, de viandes embrochées, de pains et pâtés en fours, de vins en tonneaux et en barils et les tables mises, que les Anglais avaient laissés dans la précipitation de leur départ. »

 

Édouard III était fort inquiet. Acculé à une rivière et à une place forte ennemie, poursuivi par des forces très-supérieures, il désespérait de sauver son armée, lorsqu'un traître, un varlet prisonnier, Gobin Agace vint lui offrir le salut : c'était un gué de la Somme où, à. l'heure du reflux, douze hommes pouvaient passer de front, à. pied ou à cheval.

« Ce gué s'appelait la Blanche-Tache, parce qu'il était de gravier de blanche marne, fort et dur, sur quoi on pouvait fermement charrier. »

Seulement il fallait s'y trouver au soleil levant.

 

LE GUÉ DE BLANCHE-TACHE.

« Le roi d'Angleterre ne dormit guère dans la nuit du 23 au 21 août. A minuit, il s'arma et fit sonner les trompettes en signe de déloger.

« Chacun fut tantôt appareillé, sommiers troussés, chars chargés. L'avant-garde partit d'Oisemont sur le point du jour, sous la conduite de ce varlet, et elle arriva, environ le soleil levant, assez près de la Blanche-Tache ; mais, le flux étant dans son plein, le passage était impossible. D'ailleurs Édouard III, qui avait rejoint les éclaireurs, voulut attendre le gros de son armée. »

A six heures du matin, la mer était basse et le gué praticable ; mais déjà Godemar du Fay occupait la rive droite « à grand'foison de gens d'armes ». Cependant le roi d'Angleterre n'hésita pas à tenter le passage.

« Il ordonna à ses maréchaux d'aussitôt férir en l'eau, et à ses archers de tirer fortement sur les Français qui étaient dans l'eau et sur le rivage.

« Lors, firent les deux maréchaux d'Angleterre chevaucher leurs bannières, au nom de Dieu et de Saint-Georges ! et eux après. Si se férirent eu l'eau de plein élan les plus bachelereux (vaillants) et les mieux montés. Il se fit en la rivière mainte joute, il y eut maint homme renversé de part et d'autre ; là commença un fort butin (mêlée), car messire Godemar et les siens défendaient vaillamment le passage. Aucuns chevaliers et écuyers français, d'Artois et de Picardie, pour leur honneur, se féraient audit gué et ils préféraient jouter en l'eau que sur terre.

« Il y eut là, je vous le dis, maintes belles appertises d'armes, car ceux qui avaient été envoyés pour garder et défendre le gué, étaient gens d'élite. Ils se tenaient tous bien rangés sur le détroit du passage de la rivière, et les Anglais en étaient durement rencontrés, quand ils venaient à l'issue de l'eau pour prendre terre.

« Les arbalétriers génois leur faisaient moult de maux, mais les archers d'Angleterre tiraient avec tant d'ensemble et de justesse qu'ils permirent, peu à peu, aux gens d'armes de passer.

On avait dit aux combattants, pour qu'ils redoublassent de courage, que le roi de France était à leur poursuite, avec plus de 100.000 hommes d'armes ; déjà quelques coureurs français étaient venus jusqu'à eux.

« Aussi, finalement, les Anglais passèrent-ils outre, à quelque prix que ce fût, et ils se déployèrent, au fur et à mesure, sur la rive droite. Le roi, le prince de Galles et tous les seigneurs étaient passés ; alors les Français se débandèrent, et se partit, qui partir s'en put, dudit passage. Les hommes d'armes de messire Godemar s'enfuirent vers Abbeville ou Saint-Riquier. Mais ceux qui étaient à pied ne pouvaient fuir, et il y eut grand'occision des bourgeois d'Abbeville, de Montreuil, de Rue et de Saint-Riquier.

 

« La chasse dura plus d'une grosse lieue.

« L'arrière-garde anglaise était encore sur la rive gauche, quand quelques écuyers des seigneurs de France, qui se voulaient aventurer, espécialement ceux de l'Empire, du roi de Bohême et de messire Jean de Hainaut, vinrent l'assaillir. Ils tuèrent et blessèrent plusieurs Anglais sur le rivage, et conquirent aucuns chevaux et harnois.

« Le roi Philippe de France était parti d'Airaines et il chevauchait fortement cette matinée, lorsqu'il apprit que les Anglais avaient passé la Blanche-Tache, et déconfit messire Godemar du Fay et sa route. Sa colère fut grande car il espérait acculer les Anglais à la Somme, et leur livrer bataille dans la journée.

« Il s'arrêta sur le champ et demanda conseil à ses maréchaux. Ceux-ci répondirent que la mer était haute et qu'on ne pouvait plus passer.

« Adonc retourna le roi de France tout courroucé ; et il s'en vint, ce jeudi, coucher à Abbeville, avec les princes et les grands seigneurs. Leurs gens s'établirent dans les villages voisins, car tous ne purent pas trouver à se loger dans la ville, tant il y en avait grand'foison. »

 

EN PONTHIEU.

Le succès de Blanche-Tache avait rendu à Édouard III son assurance et sa bonne humeur.

Après avoir reformé son armée dans l'ordre de marche habituel, c'est-à-dire en trois colonnes parallèles, il s'achemina, avec le corps de bataille et le convoi, vers Crécy-en-Ponthieu, pendant que ses maréchaux allaient, avec l'avant-garde, mettre le feu au Crotoy et s'emparer d'un convoi de vins de Saintonge, dont ils firent « amener et acharrier les meilleurs au camp du roi d'Angleterre, établi entre Noyelle-en-Chaussée et la rivière d'Authie, près du château de la Broye. »

Du Crotoy, « les deux maréchaux chevauchèrent en deux routes (colonnes), l'un à droite, l'autre à gauche. Le premier courut jusqu'aux portes d'Abbeville, puis se retourna vers Saint-Riquier, brûlant et ravageant le pays ; l'autre remonta au nord et passa sous les murs de la ville de Rue.

« Ils chevauchèrent ainsi le vendredi jusqu'à midi, heure où les trois batailles se réunirent. Le roi Édouard se logea avec tout son est assez près de Crécy.

« Bien était informé le roi d'Angleterre que son adversaire, le roi de France, le suivait à tout son grand effort et qu'il avoit grand désir de le combattre.

« Mais il dit à ses gens :

« Prenons ici place de terre, car je n'irai pas plus avant, que je n'ai vu nos ennemis. Il y a de bonnes raisons pour que je les attende, car je suis en Ponthieu, sur le droit héritage de madame ma mère, qui me le donna en mariage ; et je le veux défendre et calenger (réclamer) contre mon adversaire Philippe de Valois. »

« Ses gens obéirent tous à son intention et n'allèrent pas plus avant. Édouard III se logea en pleins champs, et tous ses gens aussi. »

Mais comme il croyait n'avoir pas la huitième partie des forces du roi de France, il résolut de ne tenter l'aventure et de n'accepter le combat, qu'après avoir pris ses précautions et s'être assuré l'avantage du terrain[10].

« Il fit aviser et regarder par ses deux maréchaux et par messire Regnault de Cobham, très-vaillant chevalier, le lieu et la place où ils ordonneraient leurs batailles. Ceux-ci chevauchèrent autour des champs et imaginèrent et considérèrent bien le pays et ses avantages, puis ils indiquèrent à toute manière de gens leurs places de combat. En même temps, ils envoyaient des coureurs jusqu'aux portes d'Abbeville, où ils savaient que le roi de France devait passer la Somme, pour apprendre si l'armée ennemie devait se mettre aux champs et sortir d'Abbeville dans cette môme journée de vendredi. Les coureurs rapportèrent que rien ne l'indiquait.

« Alors Édouard III permit à toutes ses gens de rentrer dans leurs logis, mais il leur ordonna d'être le lendemain bien matin, au signal des trompettes, tout appareillés à reprendre les emplacements qu'on leur avait indiqués. Tous obéirent et chacun, en son logis, s'occupa à mettre à point et refourbir ses armures. »

 

Si, à dix-huit siècles de distance, nous nous reportons à l'armée d'Alexandre, la veille de la bataille d'Arbelles, nous voyons les Macédoniens prendre les mêmes précautions que les Anglais, faire la même reconnaissance de l'armée ennemie, avoir le même soin d'indiquer à chaque enseigne, à chaque combattant, sa place de bataille. Déjà, les mêmes moyens ont préparé le même succès, en présence d'un ennemi beaucoup plus nombreux, mais imprévoyant et mal gardé.

Nil novi sub sole ! Il semble, en lisant l'histoire des hommes de guerre, que le temps n'est qu'un mot, le progrès militaire qu'une illusion et qu'à part quelques différences dans le costume et l'armement, victoires ou défaites ont toujours eu les mêmes causes.

C'était pourtant un roi vaillant, un preux chevalier que ce premier Valois, suzerain des plus puissants seigneurs. Il y avait dans son armée même soif de prouesse, même résolution, même dévouement à la personne royale que dans l'armée d'Édouard III ; mais le lien féodal ne suffisait pas pour maintenir la discipline, pour faire respecter « les intentions du roi » et les ordres de ses maréchaux.

 

Quant au retour d'une reconnaissance poussée jusqu'à l'Authie, les deux maréchaux de France, Saint-Venant et Montmorency, eurent dit au roi, à l'heure de vespres, que : « les Anglais étaient logés sur les champs assez près de Crécy-en-Ponthieu et qu'ils montraient, selon leur ordonnance et leur convenant[11], qu'ils attendaient là leurs ennemis », le roi et son noble entourage ne songèrent qu'à se réjouir et à fêter, dans un souper bruyant, la victoire du lendemain.

 

LA VEILLE DE CRÉCY.

« Le samedi, le roi de France se leva assez matin et ouït la messe, à Abbeville, en l'abbaye de Saint-Pierre, où il était logé ; et aussi firent le roi de Bohême, le comte d'Alençon, le comte de Blois, le comte de Flandre et les principaux des grands seigneurs qui étaient à Abbeville.

« Après le soleil levant, le roi quitta la ville avec si grand'foison de gens d'armes que merveille serait à penser, et il chevaucha tout doucement, en compagnie du roi de Bohème et de messire Jean de Hainaut, pour sur-attendre ses gens.

« Quand le roi et sa grosse route furent à environ cieux lieues d'Abbeville, en approchant les ennemis, quelqu'un lui dit : « Sire, il serait bon que vous fissiez ordonner vos batailles et passer devant toutes manières de gens de pied, — par quoi ils ne soient point foulés de ceux à cheval —, et que vous envoyassiez trois ou quatre de vos chevaliers chevaucher en avant, pour reconnaître vos ennemis et vous rapporter leurs dispositions. »

« Ces paroles plurent au roi. Il y envoya quatre très-vaillants chevaliers, le Moine de Basele, les seigneurs de Noyers, de Beaujeu et d'Aubigny, qui chevauchèrent si avant qu'ils approchèrent de très-près les Anglais et qu'ils purent bien aviser et imaginer une grande partie de leur affaire. Les Anglais les aperçurent, mais ils ne firent semblant de rien et ils les laissèrent en paix tout bellement revenir.

 

« Le roi et son conseil chevauchaient le petit pas, en attendant le retour de la reconnaissance.

« Le Moine de Basale lui fit son rapport en ces termes :

« Sire, nous avons vu et considéré le convenant des Anglais. Sachez qu'ils sont mis et arrêtés en trois batailles, bien et faiticement[12], et ne font nul semblant qu'ils doivent fuir, mais vous attendent, à ce qu'ils montrent. Je conseille, sauf meilleur avis, que vous ordonniez à toutes vos gens de s'arrêter ici sur les champs et de s'y loger pour cette journée ; car, avant que les derniers puissent vous rejoindre et que vos batailles soient ordonnées, il sera tard, vos gens, lassés et harassés par la marche, seront en désordre, tandis que vous trouverez vos ennemis frais et nouveaux et tout pourvus de savoir quelle chose ils doivent faire. Le lendemain matin, vous pourrez ordonner vos batailles plus mûrement et mieux aviser, par plus grand loisir, à la meilleure manière de combattre vos ennemis ; car vous pouvez être sûr qu'ils vous attendront. »

 

« Ce conseil plut grandement au roi de France ; il commanda qu'on fit ce que le chevalier demandait.

 

« Les deux maréchaux chevauchèrent aussitôt, l'un devant, l'autre derrière, en disant et commandant aux bannerets :

« Arrêtez bannières[13], de par le roi, au nom de Dieu et de monseigneur Saint-Denis ! »

« Ceux qui étaient les premiers, s'arrêtèrent à cette ordonnance, mais les derniers chevauchèrent toujours avant, en déclarant qu'ils ne s'arrêteraient point jusqu'à ce qu'ils fussent aussi avant que les premiers étaient ; les premiers en les voyant s'approcher, chevauchèrent encore plus avant.

 

« Ni le roi ni ses maréchaux ne purent être maîtres de leurs gens, car ils étaient si nombreux et il y avait tant de grands seigneurs, que chacun voulait là montrer sa puissance.

« Ainsi ce fut l'orgueil et la vanité qui conduisirent les choses, car chacun voulait surpasser son compagnon, et ne put être crue ni ouïe la parole du vaillant chevalier : ce qui coûta bien cher.

« Les bannerets français chevauchèrent en cet état, sans ordre et sans ordonnance, si avant qu'ils approchèrent leurs ennemis et qu'ils se trouvèrent en leur présence. »

 

ORDRE DE BATAILLE DÉFENSIF.

Pendant que tout était rumeur, indiscipline et confusion dans l'armée française, les Anglais se préparaient silencieusement à recevoir le choc de leurs ennemis.

Depuis le matin, ils occupaient la forte position reconnue la veille, sur laquelle ils étaient répartis en trois batailles, échelonnées en profondeur.

A la première, composée de 800 hommes d'armes, de 2.000 archers anglais et de 1.000 brigants[14] gallois, était le jeune prince de Galles, assisté des deux maréchaux Warwick et d'Harcourt, de messire Regnault de Cobham, de Jean Chandos et « de toute la fleur de chevalerie d'Angleterre. »

La seconde, un peu en arrière, sous le comte de Northampton et le comte d'Arundel, était de 500 hommes d'armes et de 1.200 archers anglais.

La troisième, de 700 hommes d'armes et de 2.000 archers, formait la réserve, près du moulin de Crécy, dont le roi avait fait son observatoire.

Derrière l'armée, sur la lisière d'un bois, on avait construit une vaste enceinte bien close, à une seule entrée, où l'on avait parqué tous chars et charrettes avec tous les chevaux, l'ordre d'Édouard III étant qu'hommes d'armes et archers combattraient à pied[15].

A midi, sur l'ordre du roi, les Anglais avaient « mangé à leur aise et bu un coup ; puis ils s'étaient assis à terre, leurs bacinets et leurs arcs devant eux, se reposant pour être plus frais et plus nouveaux (dispos), quand leurs ennemis viendraient. »

 

Les Français vinrent à l'heure de vêpres.

« Alors, ils se levèrent en bon ordre, sans nul effroi, et ils se rangèrent en leurs batailles : le prince de Galles, tout devant, avait mis ses archers en manière d'une herse, et les gens d'armes au fond de sa bataille.

« Northampton et Arundel, avec la seconde bataille, se tenaient sur l'aile bien ordonnément, avisés et pourvus pour conforter[16] le prince, si besoin était. »

 

Nous voilà donc en présence d'une formation régulière, d'une tactique précise, et nous allons voir l'infanterie reprendre son rôle si longtemps victorieux.

Comme les légions de César, étagées sur la colline d'Autun, les trois corps anglais sont disposés sur les hauteurs de Crécy, de manière à se porter mutuellement secours. Dans chacun d'eux, des fantassins légèrement armés précèdent la lourde infanterie de réserve, et, cette fois, ce sont les chevaliers, bardés de fer et la lance au poing, qui représentent les triaires romains. Il a suffi d'un désir du roi, pour que cette fière noblesse anglaise renonçât au préjugé du combat à cheval, pour qu'elle consentît à mettre pied à terre comme les vilains, et à se former en phalange derrière les archers et les Gallois, qu'elle devait conforter au besoin.

Tous les combattants de cette armée, animés d'une émulation généreuse, d'un même dévouement à leur chef, acceptent « sans effroi » la bataille disproportion née que ce chef leur impose.

Ils savent qu'Édouard III observera tous les mouvements de l'ennemi, toutes les phases de la bataille, qu'au moment critique il disposera d'une réserve toute fraîche, bien postée, et qu'en cas de retraite, le parc retranché, construit sur la hauteur, à l'abri d'un bois, serait un point de refuge, un réduit capable d'arrêter l'ennemi victorieux.

Les Anglais ont confiance.

 

Chez les Français, au contraire, de vaines questions de préséance priment les ordres du roi ; toute cette fougueuse baronnie combat en aveugle, sans direction, sans objectif, sans autre pensée que de férir un bon coup de lance, et de châtier ces Anglais pillards et incendiaires, qui viennent de voyager impunément jusqu'aux murs de Paris.

La fièvre batailleuse va gagner Philippe VI, ses maréchaux, ses sages conseillers ; la honte de Courtrai sera dépassée, et, c'est à dix contre un, qu'on laissera l'étranger prendre, pour plus de cent ans, possession du sol de la France !

Crécy (6 août 1346).

Quand le roi Philippe vit les Anglais « le sang lui mua, car il les haïssait, et ce fut avec joie qu'il donna le signal du combat, en disant à ses maréchaux :

« Faites passer nos Génois devant et commencer la bataille, au nom de Dieu et de monseigneur Saint-Denis ! »

« Il y avait là environ 45.000 de ces arbalétriers, mais ils ne tenaient guère à commencer la bataille, car ils étaient las et travaillés d'aller à pied ce jour, plus de six lieues, tout armés et de leurs arbalètes porter. Ils dirent donc à leurs connétables qu'ils n'étaient guère entrain de faire grand exploit de bataille. »

 

Un orage survient sur ces entrefaites ; le tonnerre gronde, la pluie tombe grosse et épaisse, l'obscurité couvre les deux partis et une nuée de corbeaux annonce « grant bataille et effusion de sang. »

 

Cependant quand le temps s'éclaircit, quand le soleil se montre « bel et clair, droit en l'œil des Français et par derrière les Anglais » la pluie a rafraîchi les Génois ; ce sont, en somme, soldats d'élite, car ils ont profité de l'obscurité « pour se recueillir et se mettre ensemble ». Sous la conduite de leurs connétables, Doria et Grimaldi, ils marchent à l'attaque de la position ennemie, « en criant si très-haut que ce fut merveille, pour ébahir les Anglais. »

 

Mais les archers anglais les attendent à l'abri de leurs palissades et, sans s'ébahir, les criblent de flèches bien ajustées, pendant que trois petits canons tonnent à leurs oreilles et les enveloppent de fumée.

Les Génois tendent leurs arbalètes et veulent riposter, mais la pluie a détrempé les cordes ; les carreaux retombent impuissants à moitié chemin. Les Génois tournent le dos.

« Derrière eux, une grande haie de gens d'armes, montés et parés richement, leur coupe la retraite. »

 

En voyant fuir cette infanterie si chèrement soldée, Philippe de Valois ne peut contenir sa colère :

« Or tôt, tuez toute cette ribaudaille l s'écrie-t-il. Car ils nous empêchent la voie sans raison ! »

 

Et pendant que les archers anglais tirent dans la masse, pendant que le bruit des bombardes effraye les chevaux, les chevaliers français commencent la bataille par le massacre de leur infanterie.

 

Ce ne fut pas cependant, pour les Anglais, une victoire facile. Il fallut compter avec la bravoure de ces preux indisciplinés.

 

La division du prince de Galles, assaillie de deux côtés à la fois par le comte d'Alençon, frère du roi de France et par le comte de Flandre, dut être secourue par celle de Northampton et d'Arundel.

 

« Le comte Louis de Blois, neveu du roi Philippe et du comte d'Alençon, s'en vint, avec ses gens dessous sa bannière, combattre aux Anglais, et là se comporta-t-il moult vaillamment, et aussi fit le duc de Lorraine.

« Chevaliers et écuyers français, lorrains, savoisiens, par force d'armes, rompirent la bataille des archers du prince de Galles et vinrent, jusques aux gens d'armes, combattre aux épées, main à main, moult vaillamment. Il y eut là plusieurs grands appertises d'armes. »

 

Le péril était grand pour l'avant-garde anglaise ; l'intervention de la deuxième ligne pouvait ne pas suffire. Les barons qui entouraient le prince de Galles[17], craignant qu'il fût tué ou pris, envoyèrent un chevalier à Édouard III pour lui demander de venir à leur secours avec la réserve.

— « Messire Thomas, dit le roi au messager, mon fils est-il mort, ou aterré, ou si blessé qu'il ne se puisse aider ? »

— « Non, monseigneur, si Dieu plaît ; mais il est en dur parti d'armes, et il aurait bien besoin de votre aide. »

— « Messire Thomas, or retournez devers lui et devers ceux qui vous ont envoyé, et leur dites, de par moi, qu'ils ne m'envoient plus requerre aujourd'hui, pour quelque aventure qui leur avienne, tant que mon fils sera en vie. Dites-leur qu'ils laissent à l'enfant gagner ses éperons, car je veux, si Dieu l'a ordonné, que la journée soit sienne, et que l'honneur lui en demeure, à lui et à ceux en quelle charge je l'ai baillé. »

Voilà certes une âme haute et un noble langage !

 

La noblesse française se montra digne de semblables adversaires.

« Les vaillants hommes et les bons chevaliers, pour leur honneur, chevauchaient toujours avant, et avaient plus cher à mourir que fuite vilaine leur fut reprochée[18]. »

 

Un vieillard aveugle, le roi de Bohême, Jean de Luxembourg, « fit enchaîner le frein de son cheval à celui de son porte-bannière, le Moine de Basele[19] et il pria ses chevaliers, qui, pour ne pas se perdre dans la mêlée, avaient lié tous ensemble les freins de leurs chevaux, de le conduire au plus fort des Anglais pour férir un dernier coup d'épée.

« Il en férit deux, voire trois, voire quatre, et il combattit moult vaillamment. Aussi firent ceux qui l'accompagnaient ; et si bien le servirent et si avant le boutèrent sur les Anglais, que tous y demeurèrent. Ils furent trouvés, le lendemain, sur la place autour de leur seigneur et leurs chevaux liés ensemble. »

 

Les Anglais bien postés tenaient bon. La nuit venait.

« Plusieurs gens d'armes, chevaliers ou écuyers, ayant perdu leurs maîtres et leurs seigneurs, s'égaraient parmi les champs et s'embattaient souvent, à petite ordonnance, entre les Anglais, où tantôt ils étaient envahis et occis. Nul n'était pris à rançon ni à merci[20], car les Anglais se l'étaient promis dès le matin, pour le grand nombre de peuple qui suivait cette première armée. »

Onze princes, 80 bannerets et 1.200 chevaliers restèrent sur le champ de bataille.

Jean de Hainaut n'en arracha que par force le roi Philippe, « frémissant d'ire et de mautalent[21]. »

Le vaincu vint avec cinq fidèles[22] heurter, à la nuit noire, à la herse du châtel de la Broye.

« Ouvrez, ouvrez, châtelain, dit-il, c'est l'infortuné roi de France ! »

 

La bruyante milice des communes, qui, le matin, encombrait les chemins entre Abbeville et Crécy, et qui, à la nouvelle que les Anglais tenaient tête, tirait l'épée, à trois lieues de distance de l'ennemi, en criant : « A la mort ! à la mort ! » ne prit pas part à la bataille.

Elle put se retirer vers Amiens et Abbeville sans être poursuivie, car les Anglais, harassés de fatigue, ne chassèrent point.

Mais le lendemain matin, par un brouillard épais, une reconnaissance, composée de 500 hommes d'armes et de 2.000 archers anglais, rencontra et dispersa, près de Saint-Riquier, les contingents de Rouen et de Beauvais qui, avec quelques hommes d'armes, s'en allaient à l'aventure, cherchant des nouvelles de leur roi et de leurs conduiseurs.

 

De Crécy, Édouard III, après une trêve de trois jours, qu'il avait offerte pour reconnaître et enterrer les morts, alla, par Boulogne et Étaples, mettre le siège devant Calais.

La noble cité résista à un blocus de onze mois, mais, réduite par la famine, elle devint, jusqu'en 1558, une porte toujours ouverte à l'invasion anglaise.

 

 

 



[1] « La guerre était alors la passion et la vie habituelle des hommes ; ils la faisaient sans motif comme sans prévoyance, par emportement ou par passe-temps, pour déployer leur force ou pour échapper à leur ennui ; et en la faisant, ils se livraient sans scrupule à tous les actes de violence, de vengeance, de colère brutale ou d'amusement féroce que la guerre provoque. En même temps, cependant, les élans généreux de la chevalerie féodale, les sympathies de la piété chrétienne, les affections tendres, les dévouements fidèles, les goûts nobles, fermentaient dans les âmes ; la nature humaine apparaissait avec toutes ses complications, ses incohérences, ses désordres, mais aussi avec toute sa richesse et ses développements en perspective. » (Guizot, Histoire de France, tome II, page 82).

[2] Maréchal du corps d'armée commandé par le roi.

[3] Chapitre XI.

[4] Viollet-le-Duc, Dictionnaire du mobilier, tome V, p. 26.

[5] « La composition de cette armée, presque toute formée d'infanterie légère et de gens de trait, devait avoir une influence décisive sur le sort de la guerre ; mais rien n'indique, comme le dit M. Michelet, qu'il y ait eu calcul à cet égard de la part d'Édouard lu, ni que ce prince ait eu la moindre idée de faire une révolution dans l'art militaire. Il avait enrôle force archers et coutilliers, parce qu'ils lui contaient moins cher que des hommes d'armes, et parce que la noblesse anglaise était trop difficile h retenir longtemps sous les drapeaux. » (Henri Martin, Histoire de France, tome V, page 81).

[6] Viollet-le-Duc, Dictionnaire du mobilier, tome VI, p. 216.

[7] « Quand Édouard III mit le pied sur le territoire français, le comte Guillaume de Hainaut, son beau-frère et jusque-là son allié, s'approcha de lui et lui dit « qu'il ne chevauchait pas plis loin avec lui, car il était prié et mandé près du roi de France son oncle, à qui il ne voulait pas de haine, et qu'il irait servir dans son royaume, comme il avait servi le roi Édouard sur les terres de l'empereur, dont. il était le vicaire. »

« Édouard III n'y trouva rien à dire.

« Telle était la puissance des liens féodaux, que le même seigneur se croyait obligé de changer de camp, selon qu'il se trouvait sur les terres de l'un ou l'autre de ses suzerains, en guerre l'un contre l'autre. » (Guizot, Histoire de France, tome II, page 66).

[8] Exagération d'historien partial ; si l'on rapproche les documents contemporains, l'armée française comptait environ 10.000 hommes d'armes et 40.000 fantassins, ce qui était d'ailleurs le double des forces d'Édouard III. Les hommes d'armes et les génois furent seuls engagés à Crécy.

[9] Bien munis et en bon ordre.

[10] Texte de Froissard : il avait mestier que il entendit à ses besognes.

[11] Leurs dispositions.

[12] Habilement.

[13] Les nobles qui devaient au roi le service militaire se divisaient en vassaux de la couronne et en vassaux domaniaux. Ces vassaux étaient chevaliers à bannière ou chevaliers à pennon. Cette distinction remonte à 960, époque des sous-inféodations.

« Tout homme libre, dit le général Susane, qui possède une masure au soleil, est vassal d'un voisin plus puissant que lui. Il se donne, pour sa propre défense et pour le service de son suzerain, une lance ou une masse d'armes, une cotte de mailles et un cheval et le voilà chevalier. Si la fortune l'a fait assez riche, assez influent pour qu'il ait à sa dévotion quelques compagnons, milites minores (seigneurs menors, p. 272. – 7e vers), il est chevalier à pennon. Si son autorité s'étend à la fois sur de simples chevaliers et sur des chevaliers à pennon, il est chevalier à bannière ou banneret, et il ne reconnait plus au-dessus de lui que le roi et les grands feudataires de la couronne. »

Au XIIe siècle, pour lever bannière en bataille, il faut amener au moins 50 hommes d'armes, « avec tous les hommes, les archers et les arbalétriers qui y appartiennent. Le chevalier qui en dispose doit, à la première bataille où il se trouvera, apporter un pennon de ses armes (c'est-à-dire un triangle d'étoffe de soie brodé à ses armoiries) et venir au connétable, ou aux maréchaux, ou à celui qui sera lieutenant de l'ost pour le prince, et requérir le droit de porter bannière. Si ce droit lui est octroyé, les hérauts sonnent pour témoignage, et coupent la queue du pennon. » — La bannière est donc un morceau d'étoffe rectangulaire, indice d'un haut commandement militaire. On ne la déployait qu'au moment d'engager l'action ; c'était pendant la bataille un signal qu'il fallait suivre, et un signe de ralliement après la bataille. Elle rendait inviolable le toit sur lequel elle était arborée.

Sous Philippe de Valois, on a déjà réduit le nombre d'hommes d'armes qu'il faut conduire pour être banneret. C'est une question de noblesse plutôt que de puissance ; certains bannerets ont bien moins de 50 chevaux sous leur bannière, car le droit de porter, de déployer, de bouter hors et de relever bannière, se perpétue dans des familles, même quand elles sont ruinées ou déchues. C'est aussi un privilége des officiers royaux : « Tous royaux chefs de guerre, comme lieutenants, connétables, amiraux, maistres des arbalestriers et tous les maréchaux, sans être barons ni bannerets, mais parce qu'ils sont officiers, peuvent, par dignité de leur office, porter bannière et non autrement. »

[14] Piétons vêtus de la cotte de mailles nommée brigantine.

[15] Rapprocher cet ordre d'Édouard III de celui de César, avant la bataille d'Autun. Il y a cependant cette légère différence que le roi anglais est resté à cheval pour passer la revue de son armée : « Quand ces trois batailles furent ordonnées et que chacun comte, baron et chevalier sut quelle chose il devait faire, le roi d'Angleterre, monté sur un petit palefrov, un bâton blanc à sa main, avec ses maréchaux à sa droite, alla au pas de rang en rang, en amonestant et priant les comtes, les barons et les chevaliers, pour son honneur garder et détendre son droit. Il leur disait ces langages en riant si doucement et de si liée chère (si joyeuse mine), que tous ceux qui auraient pu être déconfortés furent réconfortés en le regardant et en l'entendant. »

[16] Secourir et renforcer.

[17] Le comte de Warwick, le comte de Hereford et messire Regnault de Cobham.

[18] Parmi eux, le duc de Lorraine, les comtes d'Alençon, de Flandre, de Blois, de Nevers, de Savoie. Le comte d'Harcourt et deux de ses fils tombèrent sous la bannière de France, en maudissant la trahison de leur frère et de leur oncle Geoffroy, le maréchal d'Édouard III.

[19] C'est le prudent chevalier qui a fait la reconnaissance du matin, et donné à Philippe VI le sage conseil si mal suivi.

[20] « Et là entre les Anglais étaient pillards et ribaux Gallois et Cornouaillais, qui poursuivaient gens d'armes et archers. Ils portaient grands coutilles et venaient entre leurs gens d'armes et leurs archers qui leur faisaient voie, et quand ils trouvaient en danger comtes, barons, chevaliers, écuyers, ils les occiaient sans merci, quelque grands sires qu'ils fussent. Le roi d'Angleterre fut depuis courroucé qu'on ne les ait pas pris à rançon, car il y eut Brant quantité de seigneurs morts. » (Froissart.)

[21] De colère et de dépit.

[22] C'étaient Jean de Hainaut, les sires de Montmorency, de Beaujeu, d'Aubigny et de Montsault.