HISTOIRE DE LA CONQUÊTE DE LOMBARDIE PAR CHARLEMAGNE

DEUXIÈME ÉPOQUE. — LIVRE TROISIÈME

 

CHAPITRE DEUXIÈME.

 

 

Conspiration de Gualbert et d'Everard. — Leur châtiment. — Hugues associe Lothaire, son fils, au trône lombard. — Il convoite la couronne impériale. — Lâches calculs de son ambition. — Infâmes projets. — Il les effectue. — Sa fuite de Rome. — Il revient pour attaquer cette ville. — Résistance d'Albéric. — Hugues est contraint de lever le siège. — Nouvelles trames contre ce prince. — Nouvelles invasions des Sarrasins. — Mort de Jean XI. — Léon VII lui succède. — Efforts de ce pape pour réconcilier Hugues et Albéric. — Mort de Léon VII. — Hugues est insensible aux maux qui désolent l'Italie. — Ses caprices. — Ses haines. — Ses déportements cyniques. — Adélaïde. — Le drame approche de son dénouement. — Mort de Pierre Candiano. — La fête des mariés à Venise.

De 930 à 939

 

Deux juges de la ville de Pavie, Gualbert et Everard, dit Gezon[1], puissants par leurs richesses, par l'illustration de leurs familles et le nombre de leurs adhérents, furent les premiers à méditer la perte de Hugues. Muratori, pas plus que Liuthprand, ne précise la cause qui arma contre leur souverain ces deux nobles habitants de Pavie, dont l'un, Gualbert, avait pour gendre Gilbert, comte du palais. Quelqu'ignoble attentat[2] commis par Hugues contre l'honneur d'une de ces deux puissantes maisons, dut être le premier mobile de cette conspiration que l'œil méfiant et toujours ouvert du roi déjoua dès sa naissance. N'osant d'abord attaquer de front le complot dont il cherchait à connaître l'importance et les ramifications, il fit avertir les chefs eux-mêmes qu'ils étaient découverts, leur envoya des paroles de clémence et d'oubli, et se montra disposé à faire droit à leurs griefs[3].

Par cet adroit manège il jette de l'hésitation et de la crainte au cœur des conjurés ; des révélations lui viennent ; il voit que la trame n'a pu s'ourdir fortement encore, que la conspiration n'a pas eu le temps d'étendre ses racines ; que sa feinte sécurité, à travers le manteau de sa fausse clémence, a imposé au plus grand nombre des complices ; enfin que les chefs restent comme isolés et livrés à sa vengeance. Dès lors la perte de Gualbert et de Gezon est résolue.

On lit dans Muratori, qui emprunte ce récit de Liuthprand :

« Hugues prétexta une tournée dans les provinces et ramena à sa suite une formidable escorte de soldats qu'il mit sous la conduite de Sanson, homme très puissant et ennemi déclaré de Gezon.

« La noblesse de Pavie, lorsque le roi rentrait dans sa capitale après un voyage de quelque durée, avait l'habitude de venir à la rencontre du monarque à une assez grande distance de la ville.

« Léon, évêque de Pavie, reçut secrètement l'ordre de faire fermer les portes de la cité dès que la noblesse en serait sortie, et de ne plus laisser ensuite rentrer personne. L'ordre fut exécuté : Gualbert, Gezon et leurs amis furent, de cette sorte, entourés et enlevés par les troupes du roi. Gualbert eut la tête tranchée ; on creva les yeux à Gezon, et on lui coupa la langue pour avoir médit de son souverain. Le fisc étendit son avide main sur leurs trésors, et les complices de ces deux victimes furent jetés dans les cachots[4]. »

Cet acte rigoureux, ajoute Muratori servit à accroître la renommée de Hugues 'et à faire craindre el respecter sa puissance non seulement à Pavie, mais dans tout le royaume lombard, succès que n'avait pu obtenir le trop-indulgent empereur Bérenger.

Nous allons suivre Hugues clans le nouvel essor que ce facile triomphe donne à son ambition... Mais au milieu de ces rêves fastueux qui devaient aboutir à sa ruine et à sa honte, une sombre pensée vient l'assaillir.

Un roi, s'il n'avait l'oreille ouverte qu'à la voix fallacieuse des courtisans, mettrait bientôt en oubli, pour ce qui le regarde, la fragilité des choses d'ici-bas et même de la vie humaine ; mais les conspirations ont leur voix aussi, voix terrible, voix de revers qui parfois vient avertir les puissants de la terre, au milieu de leur léthargique félicité, qu'eux aussi sont hommes fragiles et mortels. Alors le souverain qui a usurpé le trône, ou qui n'y est monté qu'à l'aide de fallacieuses promesses qu'il a depuis mises en oubli, jette un regard inquiet sur ses enfants à qui ni l'affection des peuples, ni la loi antique ne garantit l'hérédité de son pouvoir, et il songe à conjurer l'orage qui, grondant autour de lui, menace surtout sa descendance.

Disons encore qu'en des temps où des rois légitimes sont peu certains de transmettre la couronne à leurs héritiers naturels, ceux que la violence ou la ruse a mis en possession d'un trône, doivent être assaillis par de bien plus poignantes inquiétudes, et y ajouter la crainte de se voir dépossédés par les mêmes armes qui naguères les ont aidés à triompher.

Hugues croyant, en suivant l'exemple de plusieurs de ses prédécesseurs, mieux assurer cette hérédité à sa famille, se hâta, dès qu'il fut maître de la première sédition, de s'associer pour collègue à la royauté, son fils Lothaire, et le fit proclamer roi par une diète générale où se rendirent tous les grands de l'État[5].

Mais bientôt ce trône partagé ne peut plus satisfaire son ambition. Ce prince, d'ailleurs, est travaillé par le besoin incessant de se dédommager des pertes que lui a coûtées du côté de la France l'agression du comte de Vermandois. Deux projets plus qu'audacieux surgissent et fermentent en même temps dans sa tête.

Guy, son frère utérin, époux de la scandaleuse Marosie, avait suivi de près le pape Jean X dans la tombe. Marosie était restée seule maîtresse de Rome ; les grands subissaient le joug de sa déplorable influence, le peuple suivait le torrent ; l'impudique femme disposait de la tiare ; c'était presque tenir dans ses mains la couronne impériale, oubliée, perdue de vue dans ces temps d'anarchie. Hugues ose concevoir le hardi dessein d'épouser la veuve de son frère, de succéder aux autres époux ou amans de cette infâme Marosie qui venait de placer sur le trône pontifical le fils que, selon quelques historiens, elle avait eu du pape Sergius III[6]. Ce fils, tout jeune encore, portait le nom de Jean XI.

Hugues se dit : « Époux de Marosie et maître de Rome, la couronne de Charlemagne est à moi. »

Guy, Lambert, un bâtard de Carloman, un Bérenger, un Louis de Provence, ont bien porté ce diadème, pourquoi appréhenderait-il de s'en décorer à son tour, lui qui par Lothaire de Lorraine descend aussi du fondateur de l'empire ?... Mais avant de tenter cette grande entreprise et de se diriger sur Rome, il lui faut accomplir l'autre projet que lui a suggéré la mort de Guy. Cette mort a livré le duché de Toscane à Lambert, second fils d'Adalbert et de Berthe. Tandis que ce Lambert, frère de Hugues seulement par sa mère, est en possession de la plus belle principauté de l'Italie, le jeune Boson, frère aussi du monarque, mais de père et de mère, languit inoccupé, oisif à la cour de Pavie.

Enlever la Toscane à Lambert, et investir de ce duché Boson, en qui il trouverait certainement un vassal plus docile que ne saurait jamais l'être le fils d'Adalbert, ne serait-ce pas pour Hugues prendre possession lui-même de ce riche héritage ? Mais comment parvenir à déposséder

Lambert ? La voie des armes en cette occasion répugnait à sa politique.... Voici, d'après Giulini, Muratori et tous les historiens d'Italie, y compris Liuthprand lui-même, ce hardi panégyriste de Hugues, voici le moyen qui s'offrit à l'esprit pervers du despote pour assurer la réussite de son plan ; ce moyen, nouvelle et sanglante flétrissure pour la mémoire de sa mère, Hugues seul était capable de le concevoir et d'y recourir.

Ce prince fait répandre le bruit que Berthe sa mère n'a pas eu d'enfants d'Adalbert, son mari, duc de Toscane ; que Guy, Lambert et Hermengarde, dont les intrigues et les efforts ranis l'ont élevé au trône lombard, ne sont que des enfants supposés ; que Berthe les a empruntés à d'autres femmes et les a fait passer pour les siens propres, afin de pouvoir, sous leur nom, continuer à régner sur la Toscane après la mort de son mari[7] ; qu'en conséquence Lambert n'a aucun droit à la souveraineté d'un duché dont la fraude seule l'a fait maître. Le roi de Lombardie pensait que pour peu que ce bruit vînt à se propager et que cette opinion s'accréditât, la déchéance de Lambert, prononcée, effectuée par Hugues lui-même, ne paraîtrait plus ni odieuse, puisque Lambert ne serait plus considéré comme le frère de Hugues, ni injuste, puisqu'on ne verrait plus en lui un fils et un héritier naturel d'Adalbert.

Lambert s'indigne de ces rumeurs outrageantes répandues par le roi lui-même ; il demande à Hugues, selon la singulière coutume de cette époque, l'épreuve du combat. Le roi désigne pour son champion un jeune homme nommé Téduin ; Lambert se présente lui-même dans la lice, il terrasse son adversaire ; mais cette victoire du fils d'Adalbert n'empêche pas son perfide frère de s'emparer de sa personne, de lui faire crever les yeux, et d'investir Boson du duché de Toscane[8].

Ainsi, l'un après l'autre, devaient tomber, brisés par la main de Hugues lui-même, ceux qui furent les premiers, les plus résolus artisans de sa grandeur et de sa fortune... Déjà l'ombrageux monarque, en reconnaissance de toutes les intrigues ourdies par Hermengarde pour assurer le triomphe de sa candidature au trône de Lombardie, l'avait dès longtemps condamnée à une complète impuissance. Cette femme-audacieuse vécut depuis aussi délaissée et obscure qu'elle avait été jadis brillante et courtisée.

Hugues, après le succès de sa lâche machination contre Lambert, songe à réaliser son autre projet. Il se rend à Rome où il épouse Marosie dont il. avait eu soin de faire sonder les dispositions secrètes avant de hasarder ce voyage ; mais bientôt l'esprit altier de la noblesse romaine se lasse de l'orgueil et de la dureté de ce nouveau maître qui croit déjà tenir en mains le sceptre des empereurs.

Marosie, mère de Jean XI, avait un autre fils nommé Albéric, qui ne le cédait en rien à Hugues pour l'ambition, pour la violence et l'âpreté du caractère, pour la force et l'inflexibilité de la volonté. Ce fils supportait plus impatiemment que personne un joug d'autant plus intolérable pour lui, qu'en sa qualité de fils du marquis Albéric, il aspirait lui-même à dominer dans Rome.

Un jour, au moment de se mettre à table, le jeune prince, cédant au désir ou plutôt contraint par l'ordre de sa mère, donnait à laver au roi ; il le fit de si mauvaise grâce, que son beau-père irrité le frappa au visage du revers de sa main. A cet intolérable affront, Albe-sic sort furieux de la salle, assemble ses amis et raconte l'indigne traitement qu'il vient de subir. On s'écrie de toutes parts : « Quels outrages le tyran réserve-t-il donc aux simples citoyens de Rome, s'il traite ainsi des princes ses égaux ? » Les cloches s'ébranlent, le peuple est appelé aux armes ; Rome n'est plus qu'un vaste camp. On ferme les portes aux troupes lombardes campées hors des murailles, et l'on court assiéger dans le château Saint-Ange le roi Hugues à qui son armée est dans l'impossibilité de porter secours ; car cette armée, rassemblée pour lui servir de pompeuse escorte dans les solennités de son hymen avec Marosie, n'eût pas été en nombre pour résister aux efforts réunis de tous les habitants de Rome. Aux menaces, aux cris de mort qui l'entourent, Hugues ne pense plus qu'à opposer la fuite. Il se fait glisser avec des cordes du haut d'une fenêtre dans les fossés de la forteresse ; il en franchit à grand'peine les escarpements, parvient, après beaucoup de fatigues et d'obstacles, à rejoindre ses troupes, et peu soucieux du sort que la rébellion réserve à sa nouvelle épouse laissée par lui éperdue, mourante d'effroi au môle d'Adrien, il se hâte de fuir loin de Rome et de reprendre le chemin de la Lombardie.

Les Romains, après ce triomphe, déclarent qu'ils ne veulent plus s'assujettir à la capricieuse autorité d'une femme qui, par son humeur fantasque et ses passions désordonnées, semble devoir leur imposer une honteuse série de despotes étrangers. On lui retire le pouvoir que l'on confie à Albéric, dans cette même capitale qui jadis resplendissait si fière de l'éclat des pontificats des Adrien, des Léon et des Nicolas Ier. Il est vrai qu'en ce moment la tiare des papes pesait sur le front d'un enfant... Albéric eut hâte de jeter sa mère dans une étroite prison ; et il entoura Jean XI d'une si rigoureuse tutelle, que ce jeune pontife ne fut plus que le faible et misérable instrument de la despotique volonté de son frère.

L'absence de Hugues avait enhardi les conspirateurs en Lombardie. Fidèles à cette versatilité que l'on retrouve dans tous les actes des Italiens de cette époque, les conjurés avaient tourné de nouveau leurs vues vers Rodolphe de Bourgogne dont s'était déjà jouée leur inconstance. Hugues, pour empêcher le retour de ce prince, se hâte de lui abandonner quelques contrées qu'il possède en Provence[9]. Délivré de ce dangereux compétiteur, justice faite des hommes qui s'étaient le plus imprudemment prononcés contre son autorité en Lombardie, le cœur toujours plus gonflé de l'affront qu'on lui a fait subir à Rome, Hugues rassemble une armée nombreuse et marche contre cette ville à qui sa fureur réserve un châtiment proportionné à la grandeur de l'offense reçue. Mais Albéric, qu'entoure et encourage l'enthousiasme des Romains, attend sa venue sans s'émouvoir.

Le roi de Lombardie attaque vivement les remparts de la capitale de la chrétienté ; les assiégés font bonne contenance ; chaque jour un assaut nouveau provoque de la part des habitants la résistance la plus vigoureuse. Hugues, de plus en plus irrité de voir l'inutilité de ses efforts contre les murs de la grande cité, ravage, digne émule des Hongrois et des Maures, la campagne romaine. Enfin sa rage, qui n'a pu obtenir d'autre triomphe que la dévastation d'un territoire sans défense et le carnage de populations inoffensives, va se cacher, honteuse et sanglante, au fond du splendide palais[10] que son orgueil vient de faire élever à Pavie.

Mais dans cette capitale se tramaient sourdement de nouveaux complots contre son autorité[11]. Il apprend à son retour que des offres ont été faites par des seigneurs lombards à Henri-l'Oiseleur, roi des Germains, de lui livrer le trône de Lombardie. Hugues, depuis longtemps, et pour cause, se tenait dans les bonnes grâces de ce redoutable souverain, à force de présents, sorte d'argumentation qui, pour les grands comme pour les petits, eut de tout temps une singulière puissance. Henri fut sourd aux instances des Lombards dont la capricieuse inconséquence lui était connue, et il se contenta de leur or que le roi de Lombardie lui faisait tenir comme un tribut[12].

L'insuccès de cette négociation ne décourage pas les conjurés. Rathier, évêque de Vérone, fait offrir à Arnolphe, duc de Bavière et de Carinthie, de lui livrer la métropole de son diocèse, lui laissant entrevoir comme facile la conquête du royaume de Lombardie.

Arnolphe, écoutant son ambition plus que sa prudence, se rend en Italie ; Hugues, qui avait pénétré le secret de ses ennemis, marche à la rencontre du duc de Bavière. Ses troupes, à la sortie de Gussolengo, attaquent avec impétuosité un corps nombreux de Bavarois qui marchait en première ligne et qu'elles taillent en pièces ; quelques soldats échappés au carnage portent la nouvelle de ce désastre à Arnolphe, qui, trouvant prudent et sage de renoncer à ses projets d'agression, se hâte de retourner en Carinthie avec le reste de son armée[13].

L'évêque Rathier fut, par les ordres de Hugues, conduit à Pavie et jeté dans un cachot où il eut le temps, dit Muratori[14], de décrire, dans des pages aussi piquantes que gracieuses, les phases diverses de sa bonne et de sa mauvaise fortune. Hugues déclara en outre cet évêque déchu de son siège épiscopal de Vérone, qu'au grand scandale de l'Église il confia à l'archevêque d'Arles, Manassès, sa créature. Ce prélat ambitieux trouva bientôt le moyen de se faire encore octroyer par ce monarque, contrairement à toutes les règles canoniques, les évêchés de Trente et de Mantoue ; il en obtint même le titre 'de marquis de Trente avec toutes les rentes attachées à la double qualité d'évêque et de marquis.

Oublieux de sa fuite honteuse du château Saint-Ange ; oublieux du récent échec de ses armes sous les remparts de Rome ; méprisant les ennemis dont son orgueil a entouré un trône qu'il croit pour jamais à lui ; fasciné surtout par la victoire qu'il vient de remporter sur Arnolphe, et par le succès de sa politique qui l'a délivré de la dangereuse rivalité de Rodolphe et d'Henri-l'Oiseleur, Hugues a recouvré son audace, sa présomption et son mauvais génie.

 

Pendant que le roi de Lombardie disputait au dedans et au dehors la possession de son trône ; pendant qu'il bravait la haine de ses sujets par les faveurs dont il chargeait ses créatures au détriment de ceux qu'il dépouillait de leurs richesses et (le leurs dignités ; pendant que le scandale coulait à pleins bords dans cette cour dissolue, et que la Lombardie s'usait en conspirations toujours avortées ou déçues contre son despote éhonté, le duc de Spoletti soutenait avec honneur une guerre sanglante contre les Grecs ; Venise s'emparait de Comachio qu'elle livrait aux flammes et dont elle décimait les habitants ; les Sarrasins, fortifiés plus que jamais sur les sommets de leurs Fressinets, portaient le ravage et la dévastation jusque dans le Montferrat dont les braves habitants, réduits au désespoir, s'armaient en masse et repoussaient vaillamment l'agression de ces hôtes féroces.

Dans le même temps, des Maures venus d'Afrique débarquaient à Gênes dont ils massacraient les citoyens[15] ; si les femmes, les enfants étaient épargnés dans ce grand carnage, ce n'était que pour aller grossir la riche proie que les barbares avaient enlevée aux temples et aux palais de cette grande cité, rivale de Venise[16].

Du temps des rois carlovingiens et de Bérenger, l'épée royale de Lombardie eût été promptement tirée du fourreau pour se mêler victorieuse aux luttes de Venise ou de Spoletti, pour venir en aide aux héroïques habitants du Montferrat, et pour prévenir ou venger les maux des Génois.

Nous avons vu que d'autres soins préoccupaient la pensée du roi Hugues... Et cependant c'était la seule égide qu'en ce moment on pût invoquer.

Quelle sera donc l'influence qui parviendra à émouvoir ce monarque contre tant de maux et de périls ?...

Depuis trois ans, Rome reconnaissait la loi d'Albéric dont la domination était devenue de plus en plus pesante et tyrannique, quand le malheureux Jean XI, dominé, maltraité par son frère, jeté enfin comme sa mère Marosie, dans un cachot par son barbare oppresseur, y termina sa triste existence. Il eut pour successeur au trône pontifical Léon VII[17]. Loin d'ambitionner cette dignité devenue si fatale, le nouveau pape avait cherché à l'éviter, par l'appréhension moins des périls dont elle était entourée que de l'immensité des devoirs que lui imposait cette grande charge.

Un esprit de forte trempe se rend maître d'une situation où la faiblesse et l'impéritie n'ont rencontré que honte et péril ; la main de l'homme fort trouve à manier un sceptre là où un bras pusillanime a subi l'étreinte d'une chaîne honteuse.

Jean XI courbait sa tiare, rampait en esclave sous Albéric et mourait son captif et sa victime ; Léon VII, relevant la couronne pontificale et lui rendant en partie son éclat, osa prétendre et parvint à dompter le maître farouche de Rome. Malheureusement ce pape, remarquable par la grandeur de ses vues, par la sagesse de ses démarches, par son aménité et sa douceur jointes à une grande vigueur d'esprit et de résolution, fournit une carrière trop courte pour les besoins de la chrétienté.

Nous venons de voir reparaître de toutes parts les redoutables ennemis de la Péninsule : les Sarrasins continuer leurs rapines et redoubler d'audace ; les Grecs inquiéter quelques parages d'Italie ; les Hongrois, de leur côté, recommencer à faire acte de présence sur les frontières du Nord... Et nous avons gémi de voir, au milieu de tant de maux, le roi de Lombardie rester inactif et laisser la chrétienté en butte à mille nouveaux périls.

Léon VII, qui attribue en partie cet abandon à la discorde soulevée depuis trop longtemps entre Albéric et Hugues, cherche à rapprocher ces deux cœurs irrités l'un contre l'autre

D'abord ses démarches sont vaines ; mais il ne se rebute pas : il sait qu'Odon[18], abbé de Cluny, est doué de la plus persuasive éloquence, que sa parole est entraînante et irrésistible. Il fait venir de France le saint abbé dont les pieux efforts opèrent, au moins en apparence, le double prodige d'effacer du cœur de Hugues le ressentiment de son expulsion de Rome, et d'étouffer dans l'âme du fier Albéric l'amer souvenir de l'outrage que lui a fait son beau-père. Cette réconciliation fut scellée par le mariage d'Alda, fille de Hugues, avec Albéric.

La mort vint surprendre Léon VII au moment où, par suite de cette victoire sur deux cœurs ulcérés et pervers, il méditait le salut de Rome et de la chrétienté. Cette mort livra de nouveau Albéric aux penchants et aux inspirations de sa nature haineuse. Le premier acte de ce prince, que poursuivait toujours le souvenir de l'outrage reçu, fut, dès qu'il ne se sentit plus sous l'influence de Léon VII, de signifier à Hugues, dont il se méfiait du reste à juste titre, qu'il ne lui laisserait plus remettre les pieds dans Rome. On sent ce que dut être pour un homme tel que Hugues cette brusque provocation à une nouvelle rupture ; plus que jamais le beau-père et le gendre se vouèrent une haine implacable.

Ainsi se dissipa en un moment ce rêve qu'on avait cru réalisé par suite des pieux efforts de Léon VII et de la sainte entremise d'Odon. Rome et la chrétienté retombèrent dans le plus triste abandon devant les périls dont elles étaient menacées, et qu'eût conjurés la réconciliation de Hugues et d'Albéric, si elle eût été sincère et durable.

Le roi de Lombardie, soit par une incurie coupable, soit pour se venger d'Albéric et de Rome, soit enfin qu'il jugeât que le temps de son intervention tutélaire dans ces graves conjonctures n'était pas venu encore, fit sourde oreille aux clameurs qui s'élevaient vers lui comme jadis vers Louis II et Bérenger ; et il donna le triste spectacle d'un roi puissant, froid et insensible à l'aspect de tant de malheurs publics, satisfait de quelques succès momentanés contre des conspirations intérieures, absorbé par de misérables intrigues, croupissant dans la fange des débauches les plus effrénées, et ne cédant qu'à l'impulsion de ses caprices fantasques et de ses haines meurtrières.

Hugues avait ravi le duché de Toscane à un frère utérin, pour en doter Boson, son autre frère. Maintenant c'est Boson qui déplaît, c'est Boson qu'on ne trouve pas encore assez docile, dont on se méfie et que l'on accuse de tendance à la révolte[19]. Hugues chasse Boson, le jette dans les fers, s'empare de ses richesses et donne le duché de Toscane à un de ses nombreux bâtards, Hubert, fils de Waldemonde.

Sur ces entrefaites, Ilduin, archevêque de Milan, vient à mourir. L'historien Arnolphe raconte[20] que le roi de Lombardie, voulant remplacer ce prélat par un autre de ses bâtards, trop jeune encore pour occuper le siège épiscopal, fit nommer archevêque le vieil Aldéric qui, en raison de son grand âge, semblait ne pas devoir prolonger longtemps encore sa carrière ; mais, ajoute Arnolphe[21], voyant que le prélat ne se hâtait pas de faire le grand voyage, Hugues rassemble une diète à Pavie et soulève contre les Milanais, surtout contre leur archevêque, des griefs tels que l'on fait marcher des troupes sur cette ville, qui est attaquée et envahie sur tous les points à l'improviste. Hugues espérait avoir, dans ce conflit, bon marché de la vie du prélat ; mais Aldéric échappa au péril. Quatre-vingt-dix nobles milanais périrent victimes de cette injuste agression.

Le roi, dit encore Arnolphe, donna clans la suite, à l'église de Milan, en expiation de sa faute, l'abbaye de Nonantula, située dans le comté de Modène, et quœ propter nonagenta sui juris curtes sic vocata perhibetur.

Muratori n'admet ni ne repousse toutes les assertions de ce récit ; il n'ose pas non plus accueillir sans réserve, malgré tout le scandale de la honteuse vie de Hugues, le fait suivant, que rapporte la Chronique novalaise.

D'après ce vieil écrit, Hugues, à peu près à la même époque, aurait forcé un de ses fils à prendre une épouse de son choix, et cette épouse ne serait arrivée au lit du fils que déshonorée par la brutale passion du père. O nefas ! s'écrie le moine chroniqueur : O LIBIDO INDOMITA[22] !

Au milieu de toutes ces turpitudes paraît, pour la première fois, un nom dont le pur éclat brille dans les tristes annales de cette époque, comme une étoile solitaire dans un ciel chargé de tempêtes. Saluons la venue de cet astre si doux, d'Adélaïde, fille de Rodolphe II et sœur de Conrad que la mort de son père a fait roi de Bourgogne ; d'Adélaïde, ange de grâce et de bonté, enfant qui compte huit années à peine, fleur d'innocence dont le suave parfum se mêlera, sans rien perdre de sa pureté, aux miasmes délétères d'une cour corrompue !

Adélaïde est fiancée à Lothaire[23], cet aimable et bon jeune homme, ce fils de Hugues, associé par son père à la royauté, mais non pas aux infamies qui souillent ce triste règne. Lothaire était digne d'Adélaïde ; une mort prématurée le punira d'avoir cédé à l'élan d'une noble générosité : la fille de Rodolphe, devenue veuve, persécutée par le meurtrier de son mari, désolée et longtemps fugitive, finira, épouse vertueuse, par partager la couche du plus grand homme de son siècle et deviendra l'ornement du plus beau trône de l'univers.

Nous arrivons à la dernière période de ce drame qui s'ouvre à Charlemagne et finit à Othon-le-Grand.

La catastrophe qui se prépare n'est à nos yeux qu'une conséquence logique de la trop longue victoire du génie féodal sur les grandes monarchies ; cette division indéfinie et toujours croissante des sociétés, ce grand fractionnement des États, cet affaiblissement général de toutes les royautés, ce conflit tumultueux et sans arbitre d'ambitions subalternes et rivales, ces désastres récemment éprouvés, ces périls prêts à fondre encore de toutes parts et qu'aucun de ces princes secondaires ne saurait conjurer, soit que le sentiment de leur propre faiblesse glace leur courage, soit qu'un égoïsme desséchant ait engourdi, paralysé leurs cœurs et leurs bras ; tous ces maux appellent un remède ; et par une réaction nécessaire, inévitable, les esprits fatigués, remontant aux causes de tant de désastres, vont plus que jamais sentir le besoin d'évoquer une puissance, forte, compacte, protectrice, telle que la chrétienté la vit apparaître et quelquefois lui venir en aide aux beaux temps de Charlemagne et de sa dynastie... Mais c'en est fait des carlovingiens ; leur règne est fini : l'abus du principe qui avait fait leur puissance et qu'ils n'ont su ni régler ni combattre, a entraîné leur ruine.

Un nouvel ordre de choses va se faire jour sous l'influence de la nation qui, jusqu'alors, a su le mieux se prémunir contre les excès d'un régime fatal aux peuples et aux rois, sans toutefois s'en être complètement préservée. Nous insistons sur cet étrange jeu de la destinée. Le gouffre qui, avec Hugues et ses deux successeurs, va engloutir la puissance, séculaire en Italie de la lignée tant française qu'italienne de l'exterminateur des Saxons, va se refermer pour servir de base dans la Péninsule, à la domination d'un prince d'origine saxonne ; le trône impérial d'Occident va devenir le partage de ce même prince qui, comme le glorieux fils de Pepin-le-Bref, recevra de ses contemporains le surnom de Grand, que sanctionnera plus tard l'impartiale postérité.

Depuis quelque temps, nous l'avons vu, les princes de Germanie auraient pu ajouter la Lombardie et la couronne impériale à leur diadème ; cette double conquête eût été facile pour eux, si Rome et la Lombardie avaient été seules consultées ; mais les bords du Danube avaient, eux aussi, leur bonne part d'embarras et de vicissitudes. Nous ajouterons que l'humeur changeante, inquiète, intraitable des Italiens, n'était pas le moindre obstacle qui retardât la prise de possession définitive par les princes germains de ces deux couronnes naguère si enviées. L'étoile et le génie d'Othon-le-Grand sauront triompher et de ces appréhensions et de ces obstacles.

Nous allons voir Hugues, et après lui Bérenger II, ces deux indignes descendants de Charlemagne, lutter d'intrigues, d'astuce et d'iniquités pour précipiter à leur insu le dénouement de cette grande révolution.

Combien, dans l'aveuglement de leur orgueil, les hommes s'imposent d'efforts pour hâter leur propre ruine, croyant ne travailler qu'au profit de leur ambition !

Quos Deus perdere cuit dementat.

Avant de pénétrer dans cette voie dont la pente devient si rapide, jetons un regard sur la cité de Venise, dont les mille canaux, dont les îles déjà si peuplées et si florissantes retentissent d'hymnes tristes et funéraires.

Pierre Candiano est mort et la république le pleure[24]. Sage, probe, expérimenté ; aussi résolu dans l'action que prudent au conseil ; n'ayant qu'une pensée, qu'un but, le bonheur et la gloire de la patrie commune ; ferme protecteur des intérêts privés, ne mettant en oubli que ses intérêts propres ; soutien inébranlable de l'ordre au dedans, basé sur le respect et le maintien des droits de tous et de chacun ; inflexible pour le redressement des griefs de la république contre l'étranger dont il ne laissa jamais aucune insulte impunie, aucun tort sans juste réparation : tel avait été ce doge que venait de perdre Venise, et dont cette ancienne reine de l'Adriatique et des mers continue à honorer la mémoire.

On se souvient encore à Venise que les fiers habitants de Justinopolis — aujourd'hui Capo d'Istria — furent contraints par ce doge de venir tous les ans dans la ville des lagunes porter un tribut, en expiation de graves dommages causés par ces pirates à la république.

Ainsi Winter, marquis d'Istrie, qui depuis longtemps désolait par d'intolérables vexations le commerce et les marchands vénitiens, avait dû subir à son tour la loi de Pierre Candiano, et d'oppresseur de Venise en devenir le tributaire.

Le gondolier du Canal-Grande, le marchand de la place de San-Marco et du pont de Rialto, le gardien du palais ducal, s'émeuvent encore au nom de Pierre Candiano quand ils vous font le récit et vous expliquent les causes de la fête commémorative et annuelle si longtemps conservée à Venise sous le nom de la Fête des Mariés...

Voici ce qu'ils vous racontent :

La république de Venise dotait annuellement douze jeunes filles. La veille de la Chandeleur, ces heureuses fiancées recevaient l'anneau de l'hymen, et le même jour était consacré aux plus brillantes unions dans les classes élevées. Ces cérémonies nuptiales se célébraient dans l'île d'Olivolo, située à l'extrémité de la merveilleuse ville qui, fraîche et brillante, se mirait dans les flots de sa mer paisible.

Un jour, c'était la veille de la Chandeleur, on vit des myriades de gondoles étincelantes de riches ornements, serpenter, glisser le long des édifices de la cité, et porter à l'île heureuse des essaims de jeunes épouses magnifiquement parées qu'entouraient leurs parents, leurs amis, et que suivaient des fiancés ivres de bonheur et d'espérance. L'île d'Olivolo, ornée de banderoles et de guirlandes de fleurs dont les mille festons parfument les airs, reçoit cette foule élégante qui, en abordant au rivage, la salue de ses chants joyeux et se dirige vers la sainte demeure... Des couples d'amans et d'époux moins riches en parures, mais aussi fraîchement costumés, aussi radieux de joie, aussi beaux et plus bruyans encore, suivaient les élus de la richesse et du luxe ; partout et pour tous il y avait là écho de chants d'allégresse, échange de douces paroles. Toute cette foule, s'acheminant vers la sainte chapelle du lieu, alla s'agenouiller sur les dalles du sanctuaire. Elle priait, elle chantait de saints cantiques, quand tout à coup retentit un cri sauvage suivi de féroces clameurs : les chants pieux s'arrêtent ; les voix menaçantes s'approchent et redoublent d'éclat ; chacun pressent un danger terrible : on frémit, on se presse, on se porte en foule vers les portes de la pieuse demeure pour essayer de fuir ; mais il n'est plus temps... Des pirates d'Istrie, dans l'espoir d'une riche proie, étaient venus se cacher en embuscade dans l'île d'Olivolo. Au moment où les jeunes époux et leurs familles étaient tous réunis dans l'église, les forbans, sortant de leur repaire, s'étaient précipités vers l'enceinte sacrée : ils en franchissent le seuil ; l'effroi est à son comble ; les cris d'épouvante redoublent à cette affreuse apparition. Les Vénitiens, jeunes et vieux, étaient sans armes ; vainement ils tentent de lutter contre les agresseurs armés de toutes pièces, et dont le nombre s'accroît de moment en moment... Les brigands arrachent les jeunes fiancées des bras de leurs pères, de leurs amans, de leurs mères éplorées, les entraînent ou plutôt les emportent en luttant contre leur impuissant désespoir, les entassent dans des barques amarrées sur la plage, et gagnent bientôt le large avec ce riche butin.

Pierre Candiano surpris, lui aussi, sans armes au milieu de la fête, n'avait pu comme les autres, opposer qu'une vaine résistance ; mais le cœur ulcéré de l'affront sanglant que vient de recevoir la république, il jure d'en tirer vengeance à l'instant même. Venise le voit bientôt dans ses murs. Le peuple s'assemble en foule à sa voix ; partout on apporte des armes. Les habitants de Santa-Maria-Formosa réunissent toutes leurs barques ; c'est à qui secondera le mieux la fureur de Candiano. On se lance à la poursuite des ravisseurs, on les pourchasse avec une ardeur si grande que les brigands sont atteints à Caorlo ; on les attaque, on leur coupe la retraite : tous tombent au pouvoir des Vénitiens qui en font un horrible carnage ; et le doge, couvert de sang, rayonnant de bonheur et de gloire, ramène en triomphe les belles Vénitiennes à leurs parents, à leurs époux, qui déjà croyaient ces pauvres victimes perdues à. jamais pour eux.

En mémoire de cet événement, et en reconnaissance pour le vengeur de l'hymen outragé, il fut décidé que tous les ans les jeunes filles de Venise se rendraient en procession dans l'île d'Olivolo où les accompagnerait le doge.

Cette solennité fut religieusement observée pendant plus de quatre siècles.

 

 

 



[1] LIUTHPRAND, Histoire, lib. III, cap. X.

[2] MURATORI (t. V, année 938) nomme parmi les maîtresses de ce roi dissolu, Rose, fille de Gualbert, dont il eut un enfant. Ne pourrait-on pas attribuer à cet outrage le juste ressentiment de Gualbert ? A moins qu'on ne veuille penser, chose monstrueuse, que cet amour ne vint qu'après le supplice du père ; ce qui pourrait en quelque sorte s'induire des paroles suivantes de Muratori : « Il aima aussi beaucoup Rose, la fille de ce même Gualbert, à qui il AVAIT FAIT trancher la tête ; cette Rose le rendit père d'une très belle fille. »

[3] LIUTHPRAND, Histoire, lib. III, cap. X. — GIULINI. — MURATORI.

[4] MURATORI, Ann. d'It., t. V, p. 287, anno 930.

[5] Selon Sigonius, Lothaire aurait été proclamé roi en 932 : selon Rossi, en 930. — Muratori établit que l'avènement du jeune roi eut lieu en 931. (Ann. d'It., t. V, p. 289.)

[6] Muratori repousse cette assertion et la combat, en soutenant l'opinion que Jean X1 était fils du marquis Albéric, attendu que ce fils naquit pendant que ce prince était l'époux de Marosie. Les deux opinions peuvent fort bien se concilier par la maxime fameuse : Pater est... etc.

[7] LIUTHPRAND, Histoire, lib. III, cap. XIII.

[8] MURATORI, Ann. d'It., t. V. — GIULINI, Storia di Milano, t. II. Muratori croit que la race d'Adalbert ne s'éteignit pas avec Lambert, et présente des raisons assez, plausibles de croire qu'il resta de lui ou de Guy, son frère, ou même de leur oncle, quelque prince de la maison d'Est. « Illustre maison, ajoute Muratori (Ann. d'It., t. Ier, p. 292), qui refleurit de nos jours dans la royale famille de Brunswick, régnant en Angleterre et en Germanie, et dans la maison des ducs de Modène. » Si Guy ou son frère donna le jour au prince qui fut la tige de la maison d'Est, cette illustre maison, les ducs de Modène et la maison de Brunswick trouvent leur souche commune par les femmes, dans les amours de Lothaire et de Waldrade.

[9] GIULINI. — ANQUETIL.

[10] MURATORI, Antiq. italic., dissert. 31.

[11] LIUTHPRAND.

[12] GIULINI, Storia di Milano, t. II. — MURATORI, Ann. d'It., t. V.

[13] MURATORI. — GIULINI, anno 934.

[14] Ann. d'It., t. V, p. 299. — RATHIER de Vérone avait autant de bizarrerie dans le style que dans le caractère. Son traité des Canons et sa lettre du CORPS et du SANG du Seigneur, renferment des témoignages précieux sur le dogme et la discipline ecclésiastiques.

[15] MURATORI, ann. 935.

[16] On raconte que, peu de temps avant ce désastre, les habitants de Gênes avaient vu avec effroi jaillir d'une source nouvelle, de l'eau rouge comme du sang.

[17] GIULINI. — MURATORI, ann. 936.

[18] Histoire de l'Eglise, BÉRAULT-BERCASTEL, t. V.

[19] LIUTHPRAND, lib. IV, cap. V.

[20] ARNULFUS, Historia Mediolanensis, t. IV, Rer. ital.

[21] Nous reproduisons ce récit d'Arnolphe sans y ajouter une foi entière.

[22] Chronic. Novalensis, part. II, t. II, Rer. ital., cité par MURATORI, t. V, p. 310.

[23] GIULINI. — MURATORI, 938.

[24] DANDULUS, In Chronic. Rerum italic., ann. 939.