Conspiration de
Gualbert et d'Everard. — Leur châtiment. — Hugues associe Lothaire, son fils,
au trône lombard. — Il convoite la couronne impériale. — Lâches calculs de
son ambition. — Infâmes projets. — Il les effectue. — Sa fuite de Rome. — Il
revient pour attaquer cette ville. — Résistance d'Albéric. — Hugues est
contraint de lever le siège. — Nouvelles trames contre ce prince. — Nouvelles
invasions des Sarrasins. — Mort de Jean XI. — Léon VII lui succède. — Efforts
de ce pape pour réconcilier Hugues et Albéric. — Mort de Léon VII. — Hugues
est insensible aux maux qui désolent l'Italie. — Ses caprices. — Ses haines.
— Ses déportements cyniques. — Adélaïde. — Le drame approche de son
dénouement. — Mort de Pierre Candiano. — La fête des mariés à Venise.
De 930 à 939
Deux
juges de la ville de Pavie, Gualbert et Everard, dit Gezon[1], puissants par leurs richesses,
par l'illustration de leurs familles et le nombre de leurs adhérents, furent
les premiers à méditer la perte de Hugues. Muratori, pas plus que Liuthprand,
ne précise la cause qui arma contre leur souverain ces deux nobles habitants
de Pavie, dont l'un, Gualbert, avait pour gendre Gilbert, comte du palais.
Quelqu'ignoble attentat[2] commis par Hugues contre
l'honneur d'une de ces deux puissantes maisons, dut être le premier mobile de
cette conspiration que l'œil méfiant et toujours ouvert du roi déjoua dès sa
naissance. N'osant d'abord attaquer de front le complot dont il cherchait à
connaître l'importance et les ramifications, il fit avertir les chefs
eux-mêmes qu'ils étaient découverts, leur envoya des paroles de clémence et
d'oubli, et se montra disposé à faire droit à leurs griefs[3]. Par cet
adroit manège il jette de l'hésitation et de la crainte au cœur des conjurés
; des révélations lui viennent ; il voit que la trame n'a pu s'ourdir
fortement encore, que la conspiration n'a pas eu le temps d'étendre ses
racines ; que sa feinte sécurité, à travers le manteau de sa fausse clémence,
a imposé au plus grand nombre des complices ; enfin que les chefs restent
comme isolés et livrés à sa vengeance. Dès lors la perte de Gualbert et de
Gezon est résolue. On lit
dans Muratori, qui emprunte ce récit de Liuthprand : « Hugues
prétexta une tournée dans les provinces et ramena à sa suite une formidable
escorte de soldats qu'il mit sous la conduite de Sanson, homme très
puissant et ennemi déclaré de Gezon. « La
noblesse de Pavie, lorsque le roi rentrait dans sa capitale après un voyage
de quelque durée, avait l'habitude de venir à la rencontre du monarque à une
assez grande distance de la ville. « Léon,
évêque de Pavie, reçut secrètement l'ordre de faire fermer les portes de la
cité dès que la noblesse en serait sortie, et de ne plus laisser ensuite
rentrer personne. L'ordre fut exécuté : Gualbert, Gezon et leurs amis furent,
de cette sorte, entourés et enlevés par les troupes du roi. Gualbert eut la
tête tranchée ; on creva les yeux à Gezon, et on lui coupa la langue pour
avoir médit de son souverain. Le fisc étendit son avide main sur leurs
trésors, et les complices de ces deux victimes furent jetés dans les cachots[4]. » Cet
acte rigoureux, ajoute Muratori servit à accroître la renommée de Hugues 'et
à faire craindre el respecter sa puissance non seulement à Pavie, mais dans
tout le royaume lombard, succès que n'avait pu obtenir le trop-indulgent
empereur Bérenger. Nous
allons suivre Hugues clans le nouvel essor que ce facile triomphe donne à son
ambition... Mais au milieu de ces rêves fastueux qui devaient aboutir à sa
ruine et à sa honte, une sombre pensée vient l'assaillir. Un roi,
s'il n'avait l'oreille ouverte qu'à la voix fallacieuse des courtisans,
mettrait bientôt en oubli, pour ce qui le regarde, la fragilité des choses d'ici-bas
et même de la vie humaine ; mais les conspirations ont leur voix aussi, voix
terrible, voix de revers qui parfois vient avertir les puissants de la terre,
au milieu de leur léthargique félicité, qu'eux aussi sont hommes fragiles et
mortels. Alors le souverain qui a usurpé le trône, ou qui n'y est monté qu'à
l'aide de fallacieuses promesses qu'il a depuis mises en oubli, jette un
regard inquiet sur ses enfants à qui ni l'affection des peuples, ni la loi
antique ne garantit l'hérédité de son pouvoir, et il songe à conjurer l'orage
qui, grondant autour de lui, menace surtout sa descendance. Disons
encore qu'en des temps où des rois légitimes sont peu certains de transmettre
la couronne à leurs héritiers naturels, ceux que la violence ou la ruse a mis
en possession d'un trône, doivent être assaillis par de bien plus poignantes
inquiétudes, et y ajouter la crainte de se voir dépossédés par les mêmes
armes qui naguères les ont aidés à triompher. Hugues
croyant, en suivant l'exemple de plusieurs de ses prédécesseurs, mieux
assurer cette hérédité à sa famille, se hâta, dès qu'il fut maître de la
première sédition, de s'associer pour collègue à la royauté, son fils
Lothaire, et le fit proclamer roi par une diète générale où se rendirent tous
les grands de l'État[5]. Mais
bientôt ce trône partagé ne peut plus satisfaire son ambition. Ce prince,
d'ailleurs, est travaillé par le besoin incessant de se dédommager des pertes
que lui a coûtées du côté de la France l'agression du comte de Vermandois.
Deux projets plus qu'audacieux surgissent et fermentent en même temps dans sa
tête. Guy,
son frère utérin, époux de la scandaleuse Marosie, avait suivi de près le
pape Jean X dans la tombe. Marosie était restée seule maîtresse de Rome ; les
grands subissaient le joug de sa déplorable influence, le peuple suivait le
torrent ; l'impudique femme disposait de la tiare ; c'était presque tenir
dans ses mains la couronne impériale, oubliée, perdue de vue dans ces temps
d'anarchie. Hugues ose concevoir le hardi dessein d'épouser la veuve de son
frère, de succéder aux autres époux ou amans de cette infâme Marosie qui
venait de placer sur le trône pontifical le fils que, selon quelques
historiens, elle avait eu du pape Sergius III[6]. Ce fils, tout jeune encore,
portait le nom de Jean XI. Hugues
se dit : « Époux de Marosie et maître de Rome, la couronne de Charlemagne est
à moi. » Guy,
Lambert, un bâtard de Carloman, un Bérenger, un Louis de Provence, ont bien
porté ce diadème, pourquoi appréhenderait-il de s'en décorer à son tour, lui
qui par Lothaire de Lorraine descend aussi du fondateur de l'empire ?... Mais
avant de tenter cette grande entreprise et de se diriger sur Rome, il lui
faut accomplir l'autre projet que lui a suggéré la mort de Guy. Cette mort a
livré le duché de Toscane à Lambert, second fils d'Adalbert et de Berthe.
Tandis que ce Lambert, frère de Hugues seulement par sa mère, est en
possession de la plus belle principauté de l'Italie, le jeune Boson, frère
aussi du monarque, mais de père et de mère, languit inoccupé, oisif à la cour
de Pavie. Enlever
la Toscane à Lambert, et investir de ce duché Boson, en qui il trouverait
certainement un vassal plus docile que ne saurait jamais l'être le fils
d'Adalbert, ne serait-ce pas pour Hugues prendre possession lui-même de ce
riche héritage ? Mais comment parvenir à déposséder Lambert
? La voie des armes en cette occasion répugnait à sa politique.... Voici,
d'après Giulini, Muratori et tous les historiens d'Italie, y compris
Liuthprand lui-même, ce hardi panégyriste de Hugues, voici le moyen qui
s'offrit à l'esprit pervers du despote pour assurer la réussite de son plan ;
ce moyen, nouvelle et sanglante flétrissure pour la mémoire de sa mère,
Hugues seul était capable de le concevoir et d'y recourir. Ce
prince fait répandre le bruit que Berthe sa mère n'a pas eu d'enfants
d'Adalbert, son mari, duc de Toscane ; que Guy, Lambert et Hermengarde, dont
les intrigues et les efforts ranis l'ont élevé au trône lombard, ne sont que
des enfants supposés ; que Berthe les a empruntés à d'autres femmes et les a
fait passer pour les siens propres, afin de pouvoir, sous leur nom, continuer
à régner sur la Toscane après la mort de son mari[7] ; qu'en conséquence Lambert n'a
aucun droit à la souveraineté d'un duché dont la fraude seule l'a fait
maître. Le roi de Lombardie pensait que pour peu que ce bruit vînt à se
propager et que cette opinion s'accréditât, la déchéance de Lambert,
prononcée, effectuée par Hugues lui-même, ne paraîtrait plus ni odieuse,
puisque Lambert ne serait plus considéré comme le frère de Hugues, ni
injuste, puisqu'on ne verrait plus en lui un fils et un héritier naturel
d'Adalbert. Lambert
s'indigne de ces rumeurs outrageantes répandues par le roi lui-même ; il
demande à Hugues, selon la singulière coutume de cette époque, l'épreuve du
combat. Le roi désigne pour son champion un jeune homme nommé Téduin ;
Lambert se présente lui-même dans la lice, il terrasse son adversaire ; mais
cette victoire du fils d'Adalbert n'empêche pas son perfide frère de
s'emparer de sa personne, de lui faire crever les yeux, et d'investir Boson
du duché de Toscane[8]. Ainsi,
l'un après l'autre, devaient tomber, brisés par la main de Hugues lui-même,
ceux qui furent les premiers, les plus résolus artisans de sa grandeur et de
sa fortune... Déjà l'ombrageux monarque, en reconnaissance de toutes les
intrigues ourdies par Hermengarde pour assurer le triomphe de sa candidature
au trône de Lombardie, l'avait dès longtemps condamnée à une complète
impuissance. Cette femme-audacieuse vécut depuis aussi délaissée et obscure
qu'elle avait été jadis brillante et courtisée. Hugues,
après le succès de sa lâche machination contre Lambert, songe à réaliser son autre
projet. Il se rend à Rome où il épouse Marosie dont il. avait eu soin de
faire sonder les dispositions secrètes avant de hasarder ce voyage ; mais
bientôt l'esprit altier de la noblesse romaine se lasse de l'orgueil et de la
dureté de ce nouveau maître qui croit déjà tenir en mains le sceptre des
empereurs. Marosie,
mère de Jean XI, avait un autre fils nommé Albéric, qui ne le cédait en rien
à Hugues pour l'ambition, pour la violence et l'âpreté du caractère, pour la
force et l'inflexibilité de la volonté. Ce fils supportait plus impatiemment
que personne un joug d'autant plus intolérable pour lui, qu'en sa qualité de
fils du marquis Albéric, il aspirait lui-même à dominer dans Rome. Un
jour, au moment de se mettre à table, le jeune prince, cédant au désir ou
plutôt contraint par l'ordre de sa mère, donnait à laver au roi ; il le fit
de si mauvaise grâce, que son beau-père irrité le frappa au visage du revers
de sa main. A cet intolérable affront, Albe-sic sort furieux de la salle,
assemble ses amis et raconte l'indigne traitement qu'il vient de subir. On
s'écrie de toutes parts : « Quels outrages le tyran réserve-t-il donc aux
simples citoyens de Rome, s'il traite ainsi des princes ses égaux ? » Les
cloches s'ébranlent, le peuple est appelé aux armes ; Rome n'est plus qu'un vaste
camp. On ferme les portes aux troupes lombardes campées hors des murailles,
et l'on court assiéger dans le château Saint-Ange le roi Hugues à qui son
armée est dans l'impossibilité de porter secours ; car cette armée,
rassemblée pour lui servir de pompeuse escorte dans les solennités de son
hymen avec Marosie, n'eût pas été en nombre pour résister aux efforts réunis
de tous les habitants de Rome. Aux menaces, aux cris de mort qui l'entourent,
Hugues ne pense plus qu'à opposer la fuite. Il se fait glisser avec des
cordes du haut d'une fenêtre dans les fossés de la forteresse ; il en
franchit à grand'peine les escarpements, parvient, après beaucoup de fatigues
et d'obstacles, à rejoindre ses troupes, et peu soucieux du sort que la
rébellion réserve à sa nouvelle épouse laissée par lui éperdue, mourante
d'effroi au môle d'Adrien, il se hâte de fuir loin de Rome et de
reprendre le chemin de la Lombardie. Les
Romains, après ce triomphe, déclarent qu'ils ne veulent plus s'assujettir à
la capricieuse autorité d'une femme qui, par son humeur fantasque et ses
passions désordonnées, semble devoir leur imposer une honteuse série de
despotes étrangers. On lui retire le pouvoir que l'on confie à Albéric, dans
cette même capitale qui jadis resplendissait si fière de l'éclat des
pontificats des Adrien, des Léon et des Nicolas Ier. Il est vrai qu'en ce
moment la tiare des papes pesait sur le front d'un enfant... Albéric eut hâte
de jeter sa mère dans une étroite prison ; et il entoura Jean XI d'une si
rigoureuse tutelle, que ce jeune pontife ne fut plus que le faible et
misérable instrument de la despotique volonté de son frère. L'absence
de Hugues avait enhardi les conspirateurs en Lombardie. Fidèles à cette
versatilité que l'on retrouve dans tous les actes des Italiens de cette
époque, les conjurés avaient tourné de nouveau leurs vues vers Rodolphe de
Bourgogne dont s'était déjà jouée leur inconstance. Hugues, pour empêcher le
retour de ce prince, se hâte de lui abandonner quelques contrées qu'il
possède en Provence[9]. Délivré de ce dangereux
compétiteur, justice faite des hommes qui s'étaient le plus imprudemment
prononcés contre son autorité en Lombardie, le cœur toujours plus gonflé de
l'affront qu'on lui a fait subir à Rome, Hugues rassemble une armée nombreuse
et marche contre cette ville à qui sa fureur réserve un châtiment
proportionné à la grandeur de l'offense reçue. Mais Albéric, qu'entoure et
encourage l'enthousiasme des Romains, attend sa venue sans s'émouvoir. Le roi
de Lombardie attaque vivement les remparts de la capitale de la chrétienté ;
les assiégés font bonne contenance ; chaque jour un assaut nouveau provoque
de la part des habitants la résistance la plus vigoureuse. Hugues, de plus en
plus irrité de voir l'inutilité de ses efforts contre les murs de la grande
cité, ravage, digne émule des Hongrois et des Maures, la campagne romaine.
Enfin sa rage, qui n'a pu obtenir d'autre triomphe que la dévastation d'un
territoire sans défense et le carnage de populations inoffensives, va se
cacher, honteuse et sanglante, au fond du splendide palais[10] que son orgueil vient de faire
élever à Pavie. Mais
dans cette capitale se tramaient sourdement de nouveaux complots contre son
autorité[11]. Il apprend à son retour que
des offres ont été faites par des seigneurs lombards à Henri-l'Oiseleur, roi
des Germains, de lui livrer le trône de Lombardie. Hugues, depuis longtemps, et
pour cause, se tenait dans les bonnes grâces de ce redoutable souverain, à
force de présents, sorte d'argumentation qui, pour les grands comme pour les
petits, eut de tout temps une singulière puissance. Henri fut sourd aux
instances des Lombards dont la capricieuse inconséquence lui était connue, et
il se contenta de leur or que le roi de Lombardie lui faisait tenir comme un
tribut[12]. L'insuccès
de cette négociation ne décourage pas les conjurés. Rathier, évêque de
Vérone, fait offrir à Arnolphe, duc de Bavière et de Carinthie, de lui
livrer la métropole de son diocèse, lui laissant entrevoir comme facile la
conquête du royaume de Lombardie. Arnolphe,
écoutant son ambition plus que sa prudence, se rend en Italie ; Hugues, qui
avait pénétré le secret de ses ennemis, marche à la rencontre du duc de
Bavière. Ses troupes, à la sortie de Gussolengo, attaquent avec
impétuosité un corps nombreux de Bavarois qui marchait en première ligne et
qu'elles taillent en pièces ; quelques soldats échappés au carnage portent la
nouvelle de ce désastre à Arnolphe, qui, trouvant prudent et sage de renoncer
à ses projets d'agression, se hâte de retourner en Carinthie avec le reste de
son armée[13]. L'évêque
Rathier fut, par les ordres de Hugues, conduit à Pavie et jeté dans un cachot
où il eut le temps, dit Muratori[14], de décrire, dans des pages
aussi piquantes que gracieuses, les phases diverses de sa bonne et de sa
mauvaise fortune. Hugues déclara en outre cet évêque déchu de son siège
épiscopal de Vérone, qu'au grand scandale de l'Église il confia à
l'archevêque d'Arles, Manassès, sa créature. Ce prélat ambitieux trouva
bientôt le moyen de se faire encore octroyer par ce monarque, contrairement à
toutes les règles canoniques, les évêchés de Trente et de Mantoue ; il en
obtint même le titre 'de marquis de Trente avec toutes les rentes attachées à
la double qualité d'évêque et de marquis. Oublieux
de sa fuite honteuse du château Saint-Ange ; oublieux du récent échec de ses
armes sous les remparts de Rome ; méprisant les ennemis dont son orgueil a
entouré un trône qu'il croit pour jamais à lui ; fasciné surtout par la
victoire qu'il vient de remporter sur Arnolphe, et par le succès de sa
politique qui l'a délivré de la dangereuse rivalité de Rodolphe et
d'Henri-l'Oiseleur, Hugues a recouvré son audace, sa présomption et son
mauvais génie. Pendant
que le roi de Lombardie disputait au dedans et au dehors la possession de son
trône ; pendant qu'il bravait la haine de ses sujets par les faveurs dont il
chargeait ses créatures au détriment de ceux qu'il dépouillait de leurs
richesses et (le leurs dignités ; pendant que le scandale coulait à pleins
bords dans cette cour dissolue, et que la Lombardie s'usait en conspirations
toujours avortées ou déçues contre son despote éhonté, le duc de Spoletti
soutenait avec honneur une guerre sanglante contre les Grecs ; Venise
s'emparait de Comachio qu'elle livrait aux flammes et dont elle
décimait les habitants ; les Sarrasins, fortifiés plus que jamais sur les
sommets de leurs Fressinets, portaient le ravage et la dévastation jusque
dans le Montferrat dont les braves habitants, réduits au désespoir,
s'armaient en masse et repoussaient vaillamment l'agression de ces hôtes
féroces. Dans le
même temps, des Maures venus d'Afrique débarquaient à Gênes dont ils
massacraient les citoyens[15] ; si les femmes, les enfants
étaient épargnés dans ce grand carnage, ce n'était que pour aller grossir la
riche proie que les barbares avaient enlevée aux temples et aux palais de
cette grande cité, rivale de Venise[16]. Du
temps des rois carlovingiens et de Bérenger, l'épée royale de Lombardie eût
été promptement tirée du fourreau pour se mêler victorieuse aux luttes de
Venise ou de Spoletti, pour venir en aide aux héroïques habitants du
Montferrat, et pour prévenir ou venger les maux des Génois. Nous
avons vu que d'autres soins préoccupaient la pensée du roi Hugues... Et
cependant c'était la seule égide qu'en ce moment on pût invoquer. Quelle
sera donc l'influence qui parviendra à émouvoir ce monarque contre tant de
maux et de périls ?... Depuis
trois ans, Rome reconnaissait la loi d'Albéric dont la domination était
devenue de plus en plus pesante et tyrannique, quand le malheureux Jean XI,
dominé, maltraité par son frère, jeté enfin comme sa mère Marosie, dans un
cachot par son barbare oppresseur, y termina sa triste existence. Il eut pour
successeur au trône pontifical Léon VII[17]. Loin d'ambitionner cette
dignité devenue si fatale, le nouveau pape avait cherché à l'éviter, par
l'appréhension moins des périls dont elle était entourée que de l'immensité
des devoirs que lui imposait cette grande charge. Un
esprit de forte trempe se rend maître d'une situation où la faiblesse et
l'impéritie n'ont rencontré que honte et péril ; la main de l'homme fort
trouve à manier un sceptre là où un bras pusillanime a subi l'étreinte d'une
chaîne honteuse. Jean XI
courbait sa tiare, rampait en esclave sous Albéric et mourait son captif et
sa victime ; Léon VII, relevant la couronne pontificale et lui rendant en
partie son éclat, osa prétendre et parvint à dompter le maître farouche de
Rome. Malheureusement ce pape, remarquable par la grandeur de ses vues, par
la sagesse de ses démarches, par son aménité et sa douceur jointes à une
grande vigueur d'esprit et de résolution, fournit une carrière trop courte
pour les besoins de la chrétienté. Nous
venons de voir reparaître de toutes parts les redoutables ennemis de la
Péninsule : les Sarrasins continuer leurs rapines et redoubler d'audace ; les
Grecs inquiéter quelques parages d'Italie ; les Hongrois, de leur côté,
recommencer à faire acte de présence sur les frontières du Nord... Et nous
avons gémi de voir, au milieu de tant de maux, le roi de Lombardie rester
inactif et laisser la chrétienté en butte à mille nouveaux périls. Léon
VII, qui attribue en partie cet abandon à la discorde soulevée depuis trop longtemps
entre Albéric et Hugues, cherche à rapprocher ces deux cœurs irrités l'un
contre l'autre D'abord
ses démarches sont vaines ; mais il ne se rebute pas : il sait qu'Odon[18], abbé de Cluny, est doué de la
plus persuasive éloquence, que sa parole est entraînante et irrésistible. Il
fait venir de France le saint abbé dont les pieux efforts opèrent, au moins
en apparence, le double prodige d'effacer du cœur de Hugues le ressentiment
de son expulsion de Rome, et d'étouffer dans l'âme du fier Albéric l'amer
souvenir de l'outrage que lui a fait son beau-père. Cette réconciliation fut
scellée par le mariage d'Alda, fille de Hugues, avec Albéric. La mort
vint surprendre Léon VII au moment où, par suite de cette victoire sur deux
cœurs ulcérés et pervers, il méditait le salut de Rome et de la chrétienté.
Cette mort livra de nouveau Albéric aux penchants et aux inspirations de sa
nature haineuse. Le premier acte de ce prince, que poursuivait toujours le
souvenir de l'outrage reçu, fut, dès qu'il ne se sentit plus sous l'influence
de Léon VII, de signifier à Hugues, dont il se méfiait du reste à juste titre,
qu'il ne lui laisserait plus remettre les pieds dans Rome. On sent ce que dut
être pour un homme tel que Hugues cette brusque provocation à une nouvelle
rupture ; plus que jamais le beau-père et le gendre se vouèrent une haine
implacable. Ainsi
se dissipa en un moment ce rêve qu'on avait cru réalisé par suite des pieux
efforts de Léon VII et de la sainte entremise d'Odon. Rome et la chrétienté
retombèrent dans le plus triste abandon devant les périls dont elles étaient
menacées, et qu'eût conjurés la réconciliation de Hugues et d'Albéric, si
elle eût été sincère et durable. Le roi
de Lombardie, soit par une incurie coupable, soit pour se venger d'Albéric et
de Rome, soit enfin qu'il jugeât que le temps de son intervention tutélaire
dans ces graves conjonctures n'était pas venu encore, fit sourde oreille aux
clameurs qui s'élevaient vers lui comme jadis vers Louis II et Bérenger ; et
il donna le triste spectacle d'un roi puissant, froid et insensible à
l'aspect de tant de malheurs publics, satisfait de quelques succès momentanés
contre des conspirations intérieures, absorbé par de misérables intrigues,
croupissant dans la fange des débauches les plus effrénées, et ne cédant qu'à
l'impulsion de ses caprices fantasques et de ses haines meurtrières. Hugues
avait ravi le duché de Toscane à un frère utérin, pour en doter Boson, son
autre frère. Maintenant c'est Boson qui déplaît, c'est Boson qu'on ne trouve
pas encore assez docile, dont on se méfie et que l'on accuse de tendance à la
révolte[19]. Hugues chasse Boson, le jette
dans les fers, s'empare de ses richesses et donne le duché de Toscane à un de
ses nombreux bâtards, Hubert, fils de Waldemonde. Sur ces
entrefaites, Ilduin, archevêque de Milan, vient à mourir. L'historien
Arnolphe raconte[20] que le roi de Lombardie,
voulant remplacer ce prélat par un autre de ses bâtards, trop jeune encore
pour occuper le siège épiscopal, fit nommer archevêque le vieil Aldéric
qui, en raison de son grand âge, semblait ne pas devoir prolonger longtemps
encore sa carrière ; mais, ajoute Arnolphe[21], voyant que le prélat ne se
hâtait pas de faire le grand voyage, Hugues rassemble une diète à Pavie et
soulève contre les Milanais, surtout contre leur archevêque, des griefs tels
que l'on fait marcher des troupes sur cette ville, qui est attaquée et envahie
sur tous les points à l'improviste. Hugues espérait avoir, dans ce conflit,
bon marché de la vie du prélat ; mais Aldéric échappa au péril.
Quatre-vingt-dix nobles milanais périrent victimes de cette injuste
agression. Le roi,
dit encore Arnolphe, donna clans la suite, à l'église de Milan, en expiation
de sa faute, l'abbaye de Nonantula, située dans le comté de Modène, et
quœ propter nonagenta sui juris curtes sic vocata perhibetur. Muratori
n'admet ni ne repousse toutes les assertions de ce récit ; il n'ose pas non
plus accueillir sans réserve, malgré tout le scandale de la honteuse vie de
Hugues, le fait suivant, que rapporte la Chronique novalaise. D'après
ce vieil écrit, Hugues, à peu près à la même époque, aurait forcé un de ses
fils à prendre une épouse de son choix, et cette épouse ne serait arrivée au
lit du fils que déshonorée par la brutale passion du père. O nefas !
s'écrie le moine chroniqueur : O LIBIDO INDOMITA[22] ! Au
milieu de toutes ces turpitudes paraît, pour la première fois, un nom dont le
pur éclat brille dans les tristes annales de cette époque, comme une étoile
solitaire dans un ciel chargé de tempêtes. Saluons la venue de cet astre si
doux, d'Adélaïde, fille de Rodolphe II et sœur de Conrad que la mort de son
père a fait roi de Bourgogne ; d'Adélaïde, ange de grâce et de bonté, enfant
qui compte huit années à peine, fleur d'innocence dont le suave parfum se
mêlera, sans rien perdre de sa pureté, aux miasmes délétères d'une cour
corrompue ! Adélaïde
est fiancée à Lothaire[23], cet aimable et bon jeune
homme, ce fils de Hugues, associé par son père à la royauté, mais non pas aux
infamies qui souillent ce triste règne. Lothaire était digne d'Adélaïde ; une
mort prématurée le punira d'avoir cédé à l'élan d'une noble générosité : la
fille de Rodolphe, devenue veuve, persécutée par le meurtrier de son mari,
désolée et longtemps fugitive, finira, épouse vertueuse, par partager la
couche du plus grand homme de son siècle et deviendra l'ornement du plus beau
trône de l'univers. Nous
arrivons à la dernière période de ce drame qui s'ouvre à Charlemagne et finit
à Othon-le-Grand. La
catastrophe qui se prépare n'est à nos yeux qu'une conséquence logique de la
trop longue victoire du génie féodal sur les grandes monarchies ; cette
division indéfinie et toujours croissante des sociétés, ce grand
fractionnement des États, cet affaiblissement général de toutes les royautés,
ce conflit tumultueux et sans arbitre d'ambitions subalternes et rivales, ces
désastres récemment éprouvés, ces périls prêts à fondre encore de toutes
parts et qu'aucun de ces princes secondaires ne saurait conjurer, soit que le
sentiment de leur propre faiblesse glace leur courage, soit qu'un égoïsme
desséchant ait engourdi, paralysé leurs cœurs et leurs bras ; tous ces maux
appellent un remède ; et par une réaction nécessaire, inévitable, les esprits
fatigués, remontant aux causes de tant de désastres, vont plus que jamais
sentir le besoin d'évoquer une puissance, forte, compacte, protectrice, telle
que la chrétienté la vit apparaître et quelquefois lui venir en aide aux
beaux temps de Charlemagne et de sa dynastie... Mais c'en est fait des
carlovingiens ; leur règne est fini : l'abus du principe qui avait fait leur
puissance et qu'ils n'ont su ni régler ni combattre, a entraîné leur ruine. Un
nouvel ordre de choses va se faire jour sous l'influence de la nation qui,
jusqu'alors, a su le mieux se prémunir contre les excès d'un régime fatal aux
peuples et aux rois, sans toutefois s'en être complètement préservée. Nous
insistons sur cet étrange jeu de la destinée. Le gouffre qui, avec Hugues et
ses deux successeurs, va engloutir la puissance, séculaire en Italie de la
lignée tant française qu'italienne de l'exterminateur des Saxons, va se
refermer pour servir de base dans la Péninsule, à la domination d'un prince
d'origine saxonne ; le trône impérial d'Occident va devenir le partage de ce
même prince qui, comme le glorieux fils de Pepin-le-Bref, recevra de ses
contemporains le surnom de Grand, que sanctionnera plus tard
l'impartiale postérité. Depuis
quelque temps, nous l'avons vu, les princes de Germanie auraient pu ajouter
la Lombardie et la couronne impériale à leur diadème ; cette double conquête
eût été facile pour eux, si Rome et la Lombardie avaient été seules
consultées ; mais les bords du Danube avaient, eux aussi, leur bonne part
d'embarras et de vicissitudes. Nous ajouterons que l'humeur changeante,
inquiète, intraitable des Italiens, n'était pas le moindre obstacle qui
retardât la prise de possession définitive par les princes germains de ces
deux couronnes naguère si enviées. L'étoile et le génie d'Othon-le-Grand
sauront triompher et de ces appréhensions et de ces obstacles. Nous
allons voir Hugues, et après lui Bérenger II, ces deux indignes descendants
de Charlemagne, lutter d'intrigues, d'astuce et d'iniquités pour précipiter à
leur insu le dénouement de cette grande révolution. Combien,
dans l'aveuglement de leur orgueil, les hommes s'imposent d'efforts pour
hâter leur propre ruine, croyant ne travailler qu'au profit de leur ambition
! Quos
Deus perdere cuit dementat. Avant
de pénétrer dans cette voie dont la pente devient si rapide, jetons un regard
sur la cité de Venise, dont les mille canaux, dont les îles déjà si peuplées
et si florissantes retentissent d'hymnes tristes et funéraires. Pierre
Candiano est
mort et la république le pleure[24]. Sage, probe, expérimenté ;
aussi résolu dans l'action que prudent au conseil ; n'ayant qu'une pensée,
qu'un but, le bonheur et la gloire de la patrie commune ; ferme protecteur
des intérêts privés, ne mettant en oubli que ses intérêts propres ; soutien
inébranlable de l'ordre au dedans, basé sur le respect et le maintien des
droits de tous et de chacun ; inflexible pour le redressement des griefs de
la république contre l'étranger dont il ne laissa jamais aucune insulte
impunie, aucun tort sans juste réparation : tel avait été ce doge que venait
de perdre Venise, et dont cette ancienne reine de l'Adriatique et des mers
continue à honorer la mémoire. On se
souvient encore à Venise que les fiers habitants de Justinopolis — aujourd'hui
Capo d'Istria — furent contraints par ce doge de venir tous les ans
dans la ville des lagunes porter un tribut, en expiation de graves dommages
causés par ces pirates à la république. Ainsi Winter,
marquis d'Istrie, qui depuis longtemps désolait par d'intolérables
vexations le commerce et les marchands vénitiens, avait dû subir à son tour
la loi de Pierre Candiano, et d'oppresseur de Venise en devenir le
tributaire. Le
gondolier du Canal-Grande, le marchand de la place de San-Marco et du pont de
Rialto, le gardien du palais ducal, s'émeuvent encore au nom de Pierre
Candiano quand ils vous font le récit et vous expliquent les causes de la
fête commémorative et annuelle si longtemps conservée à Venise sous le nom de
la Fête des Mariés... Voici
ce qu'ils vous racontent : La
république de Venise dotait annuellement douze jeunes filles. La veille de la
Chandeleur, ces heureuses fiancées recevaient l'anneau de l'hymen, et le même
jour était consacré aux plus brillantes unions dans les classes élevées. Ces
cérémonies nuptiales se célébraient dans l'île d'Olivolo, située à
l'extrémité de la merveilleuse ville qui, fraîche et brillante, se mirait
dans les flots de sa mer paisible. Un
jour, c'était la veille de la Chandeleur, on vit des myriades de
gondoles étincelantes de riches ornements, serpenter, glisser le long des édifices
de la cité, et porter à l'île heureuse des essaims de jeunes épouses
magnifiquement parées qu'entouraient leurs parents, leurs amis, et que
suivaient des fiancés ivres de bonheur et d'espérance. L'île d'Olivolo, ornée
de banderoles et de guirlandes de fleurs dont les mille festons parfument les
airs, reçoit cette foule élégante qui, en abordant au rivage, la salue de ses
chants joyeux et se dirige vers la sainte demeure... Des couples d'amans et
d'époux moins riches en parures, mais aussi fraîchement costumés, aussi
radieux de joie, aussi beaux et plus bruyans encore, suivaient les élus de la
richesse et du luxe ; partout et pour tous il y avait là écho de chants
d'allégresse, échange de douces paroles. Toute cette foule, s'acheminant vers
la sainte chapelle du lieu, alla s'agenouiller sur les dalles du sanctuaire.
Elle priait, elle chantait de saints cantiques, quand tout à coup retentit un
cri sauvage suivi de féroces clameurs : les chants pieux s'arrêtent ; les
voix menaçantes s'approchent et redoublent d'éclat ; chacun pressent un
danger terrible : on frémit, on se presse, on se porte en foule vers les portes
de la pieuse demeure pour essayer de fuir ; mais il n'est plus temps... Des
pirates d'Istrie, dans l'espoir d'une riche proie, étaient venus se
cacher en embuscade dans l'île d'Olivolo. Au moment où les jeunes époux et
leurs familles étaient tous réunis dans l'église, les forbans, sortant de
leur repaire, s'étaient précipités vers l'enceinte sacrée : ils en
franchissent le seuil ; l'effroi est à son comble ; les cris d'épouvante
redoublent à cette affreuse apparition. Les Vénitiens, jeunes et vieux, étaient
sans armes ; vainement ils tentent de lutter contre les agresseurs armés de
toutes pièces, et dont le nombre s'accroît de moment en moment... Les
brigands arrachent les jeunes fiancées des bras de leurs pères, de leurs
amans, de leurs mères éplorées, les entraînent ou plutôt les emportent en
luttant contre leur impuissant désespoir, les entassent dans des barques
amarrées sur la plage, et gagnent bientôt le large avec ce riche butin. Pierre Candiano
surpris, lui aussi, sans armes au milieu de la fête, n'avait pu comme les
autres, opposer qu'une vaine résistance ; mais le cœur ulcéré de l'affront
sanglant que vient de recevoir la république, il jure d'en tirer vengeance à
l'instant même. Venise le voit bientôt dans ses murs. Le peuple s'assemble en
foule à sa voix ; partout on apporte des armes. Les habitants de Santa-Maria-Formosa
réunissent toutes leurs barques ; c'est à qui secondera le mieux la fureur de
Candiano. On se lance à la poursuite des ravisseurs, on les pourchasse avec
une ardeur si grande que les brigands sont atteints à Caorlo ; on les
attaque, on leur coupe la retraite : tous tombent au pouvoir des Vénitiens
qui en font un horrible carnage ; et le doge, couvert de sang, rayonnant de
bonheur et de gloire, ramène en triomphe les belles Vénitiennes à leurs
parents, à leurs époux, qui déjà croyaient ces pauvres victimes perdues à.
jamais pour eux. En
mémoire de cet événement, et en reconnaissance pour le vengeur de l'hymen
outragé, il fut décidé que tous les ans les jeunes filles de Venise se
rendraient en procession dans l'île d'Olivolo où les accompagnerait le
doge. Cette solennité fut religieusement observée pendant plus de quatre siècles. |
[1]
LIUTHPRAND, Histoire,
lib. III, cap. X.
[2]
MURATORI (t. V,
année 938) nomme parmi les maîtresses de ce roi dissolu, Rose, fille de
Gualbert, dont il eut un enfant. Ne pourrait-on pas attribuer à cet outrage le
juste ressentiment de Gualbert ? A moins qu'on ne veuille penser, chose
monstrueuse, que cet amour ne vint qu'après le supplice du père ; ce qui
pourrait en quelque sorte s'induire des paroles suivantes de Muratori : « Il
aima aussi beaucoup Rose, la fille de ce même Gualbert, à qui il AVAIT FAIT trancher la
tête ; cette Rose le rendit père d'une très belle fille. »
[3]
LIUTHPRAND, Histoire,
lib. III, cap. X. — GIULINI.
— MURATORI.
[4]
MURATORI, Ann.
d'It., t. V, p. 287, anno 930.
[5]
Selon Sigonius, Lothaire aurait été proclamé roi en 932 : selon Rossi,
en 930. — Muratori établit que l'avènement du jeune roi eut lieu en 931. (Ann.
d'It., t. V, p. 289.)
[6]
Muratori repousse cette assertion et la combat, en soutenant l'opinion que Jean
X1 était fils du marquis Albéric, attendu que ce fils naquit pendant que ce
prince était l'époux de Marosie. Les deux opinions peuvent fort bien se
concilier par la maxime fameuse : Pater est... etc.
[7]
LIUTHPRAND, Histoire,
lib. III, cap. XIII.
[8]
MURATORI, Ann.
d'It., t. V. — GIULINI,
Storia di Milano, t. II. Muratori croit que la race d'Adalbert ne
s'éteignit pas avec Lambert, et présente des raisons assez, plausibles de
croire qu'il resta de lui ou de Guy, son frère, ou même de leur oncle, quelque
prince de la maison d'Est. « Illustre maison, ajoute Muratori (Ann. d'It.,
t. Ier, p. 292), qui refleurit de nos jours dans la royale famille de
Brunswick, régnant en Angleterre et en Germanie, et dans la maison des ducs de
Modène. » Si Guy ou son frère donna le jour au prince qui fut la tige de la
maison d'Est, cette illustre maison, les ducs de Modène et la maison de
Brunswick trouvent leur souche commune par les femmes, dans les amours de
Lothaire et de Waldrade.
[9]
GIULINI. — ANQUETIL.
[10]
MURATORI, Antiq.
italic., dissert. 31.
[11]
LIUTHPRAND.
[12]
GIULINI, Storia
di Milano, t. II. — MURATORI,
Ann. d'It., t. V.
[13]
MURATORI. — GIULINI, anno 934.
[14]
Ann. d'It., t. V, p. 299. — RATHIER de Vérone avait autant de bizarrerie dans le style que
dans le caractère. Son traité des Canons et sa lettre du CORPS et du SANG du Seigneur,
renferment des témoignages précieux sur le dogme et la discipline
ecclésiastiques.
[15]
MURATORI, ann.
935.
[16]
On raconte que, peu de temps avant ce désastre, les habitants de Gênes avaient
vu avec effroi jaillir d'une source nouvelle, de l'eau rouge comme du sang.
[17]
GIULINI. — MURATORI, ann. 936.
[18]
Histoire de l'Eglise, BÉRAULT-BERCASTEL,
t. V.
[19]
LIUTHPRAND, lib.
IV, cap. V.
[20]
ARNULFUS, Historia
Mediolanensis, t. IV, Rer. ital.
[21]
Nous reproduisons ce récit d'Arnolphe sans y ajouter une foi entière.
[22]
Chronic. Novalensis, part. II, t. II, Rer. ital., cité par MURATORI, t. V, p. 310.
[23]
GIULINI. — MURATORI, 938.
[24]
DANDULUS, In Chronic. Rerum italic., ann. 939.