HISTOIRE DE LA CONQUÊTE DE LOMBARDIE PAR CHARLEMAGNE

DEUXIÈME ÉPOQUE. — LIVRE PREMIER

 

CHAPITRE DEUXIÈME.

 

 

Le pape Jean VIII et l'empereur d'Orient. — Photius reconnu patriarche. — Il dupe le Saint-Siège. — Mort de Louis-le-Bègue et de Carloman de Bavière. — Conflit d'ambitions. -- Chaules-le-Gros. — Jean VIII le sacre empereur. — Premières victoires de ce monarque. — Il quitte l'Italie. — Mécontentement de la Péninsule. — L'archevêque Ansperto. — Ses bienfaits. — Sa mort et celle de Jean VIII. — Charles-le-Gros s'empare de la couronne de France. — Le fardeau de l'empire est trop lourd pour sa faiblesse. — Nouveaux progrès de la féodalité en France et en Lombardie. — Les ducs de Bénévent se donnent aux empereurs grecs. — Bérenger de Frioul. — Guy de Spoletti. — Commencement de la rivalité de ces deux ducs célèbres. — Luitward, ministre de l'empereur. — Sa puissance. — Sa chute. — Déchéance de Charles-le-Gros. — Sa mort.

De 879 à 888

 

Tout en Occident déjouait les espérances de Jean VIII. Les Sarrasins menaçaient Rome. La cour de France dédaignait ses offres et lui refusait ou ne pouvait lui accorder le secours qu'il, demandait. Les cours d'Allemagne lui étaient hostiles. Son propre clergé méprisait ses ordres et ses censures.

Ce pontife n'avait pas attendu d'être réduit à cette extrémité pour songer à détruire, ait soin, l'œuvre des papes Étienne et Léon, et à rejeter Rome et l'Italie sous la puissance de Constantinople.

Basile tenait toujours les rênes de l'empire du Bosphore. Ce prince avait réduit tous ses ennemis d'Orient ; ses flottes naviguaient, respectées et redoutables, le long des côtes de l'Italie. jean VIII pouvait espérer de trouver dans ce prince un appui contre les infidèles, aussi bien que contre les rois de la chrétienté qui se montraient hostiles, Aussi, tandis qu'il négociait avec le roi de France, tandis qu'il offrait à Louis-le-Bègue, à Charles-le-Gros et à Carloman, la couronne impériale ; tandis qu'il agissait ouvertement en Italie en faveur de Boson et contre l'intérêt de ces mêmes princes, ses légats traitaient avec l'empereur d'Orient, En retour des bons offices qu'on réclamait de ce monarque, les envoyés de nome lui laissaient entrevoir la destruction de l'empire d'Occident et le retour de l'Italie sous la domination de Constantinople.

Un motif apparent servait à couvrir ces honteuses intrigues.

Bogoris, roi de Bulgarie, cédant aux instances de sa femme qui était chrétienne, s'était, depuis quelques années, converti à l’exemple oie Clovis et d'Egbert ; et, comme ces deux rois, il avait entraîné ses peuples dans sa nouvelle croyance. De graves disputes s'étaient élevées entre Constantinople et Rome, pour savoir de quel patriarcat ressortirait cette nouvelle province. La décision dépendait de Basile, qui avait pour lui la force et l'autorité. Les Russes ayant suivi l'exemple des Bulgares, le patriarche Ignace avait étendu sa juridiction sur ce peuple comme sur la Bulgarie. Jean VIII protesta contre ces prétentions, surtout à l'égard des Bulgares.

Quand les légats arrivèrent à Constantinople, le vertueux Ignace était mort, et l'adroit Photius avait usé de tant d'artifices auprès de l'empereur Basile, qu'il était parvenu à rentrer en grâce et à reprendre possession de l'Église patriarcale. Photius gagna les envoyés du pape ; il écrivit à Rome, et fit écrire l'empereur lui-même, pour que Jean VIII l'agréât comme légitime patriarche. Il était devenu tout puissant à la cour de Basile ; son orgueil s'humiliait devant le pontife romain dont il reconnaissait la suprématie, en lui demandant comme une grâce de sanctionner sa réintégration. Il faisait, du reste, dépendre de cette complaisance de Rome, la décision à intervenir sur la question des But- gares, et l'envoi des secours dont l'Italie avait besoin contre les ravages des infidèles.

Jean VIII, sans s'arrêter à la crainte de paraître, en reconnaissant Photius, condamner la sage conduite de ses prédécesseurs, approuve le rétablissement de l'audacieux sectaire (879), sous la condition expresse toutefois, que la juridiction de la Bulgarie sera rendue au Saint-Siège, que Photius fera amende honorable devant un concile, et qu'on enverra les secours promis. Le pape déclare en même temps, que tous évêques ou clercs qui refuseraient de communiquer avec le nouveau patriarche, seront, après trois admonitions, déclarés excommuniés.

Photius, dès le mois de novembre (879), assemble le concile où, selon les lettres du pontife de Rome, il doit faire le désaveu de ses scandales passés. Trois légats du pape assistent à cette assemblée ; mais c'est Photius qui la préside, et il se fait nommer dans tous les actes avant le souverain pontife. On y donne lecture des lettres de Jean VIII ; mais on en supprime les articles relatifs au pardon que devait demander Photius, et à l'absolution que lui accordait le pape en raison de sa soumission et de son humilité. On ajoute à ces lettres des phrases à la louange du patriarche schismatique, et, dans une de ces audacieuses additions, on va jusqu'à féliciter l'empereur d'avoir fait violence à la modestie de Photius en le rétablissant même avant le consentement de Rome.

Les légats, soit qu'ils fussent corrompus par les présents du nouveau patriarche, soit que la crainte les retînt, ou que leur conduite leur fût tracée d'avance par Jean VIII, ne firent aucune observation contre ces altérations étranges. Le concile œcuménique, qui avait solennellement anathématisé et déposé Photius, fut cassé par les mêmes évêques qui avaient prononcé cette déposition, et les délégués du pape s'écrièrent en plein concile : Si quelqu'un ne reconnaît pas Photius, que son partage soit avec Judas ! et le concile répondit par acclamations : Longues années au patriarche Photius et au patriarche Jean ! Ainsi, jusque dans ce cri de ralliement et de fusion, Photius fut nommé avant le pape, et Jean VIII ne reçut pas d'autre titre que celui de patriarche, à l'égal du hardi sectaire.

L'orgueil du schismatique était las de s'être fait un instant violence ; dès ce jour il affecta dans ses rapports avec le souverain pontife de Rome la plus parfaite égalité ; bientôt après il invoqua de nouveau la suprématie de l'église de Constantinople. Quant aux promesses relatives aux Bulgares, les légats, qui voulurent les rappeler, furent payés de belles paroles : la Bulgarie continua à demeurer sous la juridiction des Grecs.

Restait une dernière déception pour compléter toutes celles que s'était préparées Jean VIII par l'inconséquence de ses démarches. Une flotte grecque stationnait en vue de l'Italie. Le pape, assailli de nouveau par les Sarrasins, invoque son assistance ; mais la flotte, sous prétexte que les infidèles menacent aussi les côtes de l'empire, disparaît et reprend la direction du Bosphore. Jean VIII connut enfin par lui-même ce qu'on devait attendre des promesses des Grecs ; il en fia pour la honte de ses actes et de ses déceptions.

On s'explique par le récit de tous ces faits, les marques d'inconsidération que ce pontife dut rencontrer à chaque pas dans une voie constamment tracée par l'irréflexion et l'inconséquence. Les monarques, les peuples, le clergé, semblèrent s'entendre pour humilier cet homme qui cependant occupait le siège de saint Pierre ; mais qui, travaillé par la même ambition que ses prédécesseurs, n'en avait ni la dignité, ni la patience, ni le génie.

Sur ces entrefaites, Louis-le-Bègue, roi de France (879), mourut, laissant pour héritiers Louis III et Carloman, ses deux fils, nés d'Ans-garde, sa première femme, qu'il avait répudiée,

Boson, beau-père du jeune Carloman, aida les deux frères à monter sur le trône, espérant que, pour prix de ce service, les deux nouveaux monarques ne porteraient ou n'oseraient élever aucun obstacle à son ardent désir de devenir roi. Ce fut alors qu'il fit établir en sa faveur, par le concile de Mantes, le royaume d'Arles, qui comprenait la Provence, le Dauphiné, le Lyonnais, la Savoie, la Franche-Comté et une grande partie de la Bourgogne.

Ce duc ambitieux s'était fait la part du lion. Les deux frères, mécontents de cette usurpation audacieuse, s'arment contre lui et appellent à leur aide Charles-le-Gros[1] qui, en ce moment, se trouvait en Lombardie et venait de s'en faire proclamer roi par Ansperto. Charles, craignant les secrètes menées de l'impératrice Angilberge pendant son absence, commence par la faire enlever de son couvent de Sainte-Julie, à Brescia, et l'exile en Allemagne ; puis il passe les Alpes et se porte avec une armée nombreuse sur le théâtre de la guerre[2]. Ses troupes, réunies à celles de Louis III et de Carloman, mettent en déroute l'armée de l'usurpateur dans plusieurs combats.

Boson est sauvé d'une ruine complète par une diversion de Carloman de Bavière, dont l'ambition, se réveillant un moment sur le bord de la tombe, vient injustement revendiquer une partie de l'héritage de Louis-le-Bègue.

Peu de temps après le roi de Bavière meurt. A l'annonce de cet événement, Charles-le-Gros, déjà maître de la Lombardie, juge le moment opportun pour conquérir la couronne impériale que ne pourront lui disputer ni les deux enfants qui occupent le trône de France, ni Boson qu'ont affaibli ses récentes défaites. Il repasse les Alpes avec son armée et se dirige en toute hâte sur Rome... Ce monarque ne pouvait y arriver dans des conjonctures plus favorables à son ambition.

Les Napolitains n'avaient obtenu la paix, ou plutôt une trêve avec les Sarrasins, qu'à condition qu'ils se réuniraient à ces envahisseurs pour se porter contre Rome. Guaiferio, duc de Salerne, était entré dans cette ligue : Jean VIII, que l'Orient et l'Occident abandonnaient, se souvint un moment de l'énergique résolution de Léon IV, et osa affronter le péril des combats à la tête de quelques troupes que lui avait amenées le duc de Spoletti. Ses premiers efforts avaient été couronnés de succès ; Guaiferio, gagné par le pape, s'était détaché de la coalition ; Naples même avait brisé quelques instants sa honteuse alliance ; mais ce résultat s'était obtenu par un crime, triste voie qui ne faisant atteindre qu'un but décevant, conduit au mécompte et au revers.

Voici le fait :

Sergius était duc de Naples ; les instances et les menaces du pape pour le détacher de la ligue ayant été vaines, l'évêque Athanase, frère de ce même Sergius, s'empare de sa personne, a la lâche barbarie de lui faire crever les yeux et, de le livrer à Jean VIII, qui proclame le prélat fratricide, duc de Naples... Mais, traître à son souverain, bourreau de son frère, Athanase ne tarde pas à trahir Rome et à faire alliance avec les Sarrasins[3]. La coalition, devenue plus que jamais puissante, attaque Bénévent, Capoue, Salerne ; elle menaçait d'envahir Rome, quand Charles de Suabe paraît devant cette capitale avec son armée : il offre ses secours à Jean VIII en échange de la couronne impériale.

Le pape le sacre et, le proclame empereur[4].

Charles marche aussitôt contre les infidèles, délivre de leur désastreuse présence les environs de Rome et les pousse jusqu'à Ravenne ; mais de nouveaux et graves intérêts l'appelant au-delà des Alpes, il interrompt tout à coup ses succès et retourne en Germanie.

Un tel départ, dans un moment aussi critique, était presque une défection pour la malheureuse Italie, qui se dégoûta plus que jamais d'une domination étrangère. Dès lors quelques seigneurs italiens osèrent concevoir la pensée de s'emparer de la souveraine puissance, et commencèrent à faire naître dans les esprits l'opinion que c'était là le seul moyen de remédier aux maux dont la Péninsule était accablée. Ce projet, nouvelle péripétie du drame historique qui nous occupe, devait recevoir, peu d'années après, son exécution.

Charles, pendant son séjour à Rome, était parvenu, dit Giulini, à réconcilier Jean VIII avec Ansperto, que le Saint-Siège, par un récent et dernier effort, avait vainement tenté de déposséder de son archevêché. Ce prélat était doué de rares vertus, de grandes qualités, et possédait des richesses immenses dont il fit le plus noble usage. Par ses soins et à l'aide de ses trésors, furent reconstruits, autour de Milan, les murs d'enceinte qu'avait élevés l'empereur Maximien, et qui protégèrent cette ville jusqu'à l'invasion de Barberousse, au XIIe siècles

« Profitant, dit le comte Verry, de la faiblesse ou de l'absence des rois, Ansperto agit lui-même en souverain bienfaisant et en restaurateur de sa patrie. Il releva le courage des Milanais, et rappela dans la ville une grande partie de la population que la terreur en avait exilée. De cette époque, ajoute le même historien, date la renaissance de cette cité célèbre, qui ne recouvra toutefois son rang de capitale de la Lombardie que deux cents ans après[5]. »

Sous l'habile et prévoyante administration d'Ansperto, les couvents, les abbayes, les églises, les hôpitaux, reprirent une nouvelle vie, par l'ordre, l'économie, la discipline qu'il sut y maintenir. Il aimait la justice et se montrait ferme et inébranlable dans ses résolutions : Effector voti, propositique tenax, ainsi que le dit son épitaphe conservée à Milan dans l'église de Saint-Ambroise[6].

Anselme, archidiacre de la métropole, fut le successeur d'Ansperto.

Jean VIII suivit de près au tombeau (décembre 882) son orgueilleux adversaire de Milan. Les annales de Futile disent qu'il fut assassiné à coups de marteau ; l'histoire de l'Église ne parle pas de cette mort violente.

Selon Baronius, la condescendance ou plutôt l'étrange faiblesse de ce pape à l'égard de Basile et de Photius, aurait donné lieu à la fable de la Papesse Jeanne : la légèreté, l'inconséquence des actes de ce pontife, l'auraient fait appeler Jeanne la Papesse. Dans le même sens, les Anglais ont depuis appelé un de leurs rois, la Reine Jacques. De même, mais dans un sens héroïque et conséquemment tout opposé, fut poussé naguère en Hongrie ce cri d'enthousiasme si fameux : moriamur pro rege nostro, Maria-Theresa.

Nous rapportons l'opinion de Baronius, en rappelant toutefois que le plus grand nombre des anciens partisans de cette fable honteuse, ont placé Jeanne entre Léon IV et Benoît III.

L'Italie, après le départ du nouvel empereur, était retombée dans ce déplorable état d'abandon où nous l'avons vue plongée quelquefois, mais à de rares intervalles, depuis Charlemagne. Plus que jamais elle fut délaissée par Charles-le-Gros, que la mort de Carloman de Bavière, de Louis III, et enfin de cet autre Carloman, fils de Louis-le-Bègue, avait rendu maître d'un des plus vastes empires qu'ait jamais réunis sous sa loi la couronne de France.

Un fils de Louis-le-Bègue et d'Adélaïde, sa seconde femme, Charles, âgé seulement de quatre ans, devait être l'héritier de ses frères ; mais les grands du royaume, gagnés par les largesses de Charles-le-Gros, excluent du trône le faible enfant, prétextant non seulement sa trop grande jeunesse, mais encore son état douteux de fils légitime, attendu qu'il est né d'une seconde femme de Louis-le-Bègue du vivant de la première. Les armes et les arguties ne manquent pas quand on veut frapper qui ne peut se défendre. Charles-le-Gros se saisit donc de la couronne de France qui revenait à son neveu et la réunit à ses autres vastes possessions. Triomphe funeste, fortune trop immense pour le faible génie qui osa l'ambitionner. Charles se trouva empereur d'Occident, roi d'Italie, maître de toute la Germanie, de la Pannonie et de la France, à l'exception des provinces usurpées par Boson, mais qui du reste ressortaient encore en quelque sorte de sa souveraineté. La domination de ce monarque s'étendait en outre sur les contrées comprises entre les Pyrénées et l'Èbre.

Il fallait toute la force de Charlemagne pour soutenir le poids d'un tel empire qui écrasa Charles-le-Gros ; et encore, en de semblables conjonctures, tout le génie du grand homme n'y eût peut-être pu suffire.

Dans la tourmente qui va envelopper et engloutir la puissance de Charles-le-Gros, il faut se garder d'attribuer tant de calamités à la seule faiblesse de ce malheureux prince. Il est, par intervalles, pour les peuples, pour les empires, des situations tellement compromises, des tendances tellement entraînantes et irrésistibles, que nul effort humain ne semble capable de maîtriser ces situations et de refouler ce courant envahisseur auquel tout cède. Conquérir est chose moins malaisée que conserver après la victoire. Le génie d'un seul suffit pour la conquête, et encore faut-il que le conquérant n'ait pas de trop longs jours pour ne point survivre à l'éclipse de sa glorieuse étoile.... Après lui, viennent des successeurs plus ou moins à sa taille, sur la puissance desquels le temps et les choses humaines agissent de toute la force de leur action dissolvante. Le char lancé atteint par l'énergie de l'impulsion première, une certaine hauteur, mais au-delà vient la pente où l'on descend, la pente telle que les années et les passions des hommes l'ont faite. On lutte d'une main plus ou moins exercée, parfois on parvient à ralentir un peu la marche, mais on marche, mais on descend toujours ; puis vient un moment où tout moyen de lutte, tout effort pour enrayer, tourne à mal et précipite le char vers l'abîme qui est là, béant, avide, terrible, inévitable. Vienne alors un homme quel qu'il soit : les rênes se brisèrent aux mains du plus habile, du plus fort, et l'on roulera dans le gouffre si Dieu ne dit au char : ARRÊTE. Dieu ne le dit pas toujours, sa sagesse veut que toutes nos passions portent leurs fruits ; elle permet que toutes les utopies humaines aient leurs jours de triomphe, d'essai et de désillusions. Dieu a ses vues, que nous avouons humblement ne pas toujours comprendre ; car, à travers ce long enchaînement de siècles où tout se bouleverse, se relève, se reconstruit et se brise pour se réédifier encore, une chose nous semble rester seule immuable, malgré tant de leçons, d'épreuves et d'amers désenchantements, et cette chose, c'est la folie des hommes et leur stupide engouement pour tout ce qui porte un cachet de nouveauté.

Charles-le-Gros avait imprudemment saisi le sceptre de Charlemagne dans une de ces crises décisives où nulle main ne peut plus le tenir sans péril, et où il échappe promptement à une main débile : situation critique, sans issue, désespérante ; les fautes de ses prédécesseurs, les malheurs du temps et les impérieuses tendances de l'époque ainsi l'avaient faite.

Charles-le-Chauve, en donnant le duché de France à Robert-le-Fort, bisaïeul d'Hugues Capet, et en rendant héréditaires les grandes charges de la couronne, avait non seulement fécondé, comme nous l'avons dit, le germe de l'effroyable confusion et des rivalités ambitieuses qui menacèrent si près de son origine l'œuvre immense de. Charlemagne ; mais encore posé lui-même les premiers fondements de la dynastie qui devait s'établir sur les ruines des carlovingiens. Les ravages toujours croissants exercés par les Normands en France, et par les Sarrasins en Italie, ne purent que compliquer cette désastreuse situation.

Un vent de tempête grondait donc en. France contre la royauté carlovingienne ; là, l'heure du triomphe des grands vassaux était venue ; l'horizon lombard était chargé de nuages non moins menaçants. Déjà Bénévent avait brisé le lien qui, depuis quelque temps, enchaînait en quelque sorte ce duché à l'empire des fils de Charlemagne Les ducs de Bénévent s'étaient enfin ouvertement déclarés vassaux des empereurs grecs.

D'autres ducs ambitieux, forts de l'absence de Charles, s'essayaient par des luttes incessantes contre ses ministres ou ses émissaires, à braver son autorité, à ébranler un trône dont les marches cessaient de paraître infranchissables à leur audace.

Bérenger, duc de Frioul, et Guy (ou Guido), duc de Spoletti, se distinguaient parmi les plus puissants et les plus dangereux seigneurs du royaume de Lombardie. Nous verrons bientôt ces deux rivaux célèbres se disputer et occuper l'un après l'autre le trône impérial.

Guy ouvre le premier la tranchée. Ce n'était plus assez pour ce vassal altier que de tenir sous sa loi les duchés de Spoletti et de Camerino ; sa fougueuse ambition lui marquait, dans un prochain avenir, un grand rôle à jouer au milieu de cet écroulement de l'empire colossal dont il comptait avec orgueil le fondateur parmi ses aïeux[7]. Mais de puissants rivaux pouvaient lui barrer le passage ; il lui fallait pour en triompher, grandir de puissance et de force ; il lui fallait aussi, fût-ce même par des exactions et des scandales, occuper la renommée, pour que son nom, quand l'heure serait venue, eût déjà quelque éclat dans le monde. Les Sarrasins avaient reparu dans la campagne de Rome. Le pape appelle Guy à son secours. Le duc de Spoletti est sourd à la voix du saint Père, et traite, pour son propre compte, avec les Maures, afin de mettre son duché à l'abri de leurs dévastations. Il fait plus, on le voit tout à coup, à la tête d'une armée, fondre sur la Pentapole, et se rendre maître de la presque totalité de ces riches contrées que le pape tenait de la muni-licence des empereurs carlovingiens.

Le souverain pontife demande à Charles-le-Gros vengeance de cette brutale agression[8]. « Ajournant toutes autres affaires de l'empire, hâtez-vous, lui écrit-il, de revenir en Italie. Dieu fasse qu'on vous voie non seulement à Pavie, mais le plus près possible de nous ; car telle est l'urgente nécessité du moment[9]... »

Charles envoie aussitôt des commissaires impériaux à Fano, ville de la Pentapole ; le pape va les y rejoindre. Par ordre de l'empereur, le duc de Spoletti est sommé de venir rendre compte de sa conduite. Guy méprise cet ordre, et brave les menaces d'un empereur dont le vain titre lui paraît désormais sans prestige comme sans autorité.

Charles-le-Gros, pressé par de nouvelles instances du pape, passe lui-même les Alpes ; Guy, accusé d'avoir formé alliance avec les Maures et les Grecs, est mis au ban de l'empire pour crime de lèse-majesté. La présence de l'empereur intimide un moment les grands vassaux d'Italie que Guy croyait pouvoir compter parmi ses plus sûrs alliés, et enhardit en même temps ceux des princes italiens qu'une jalouse rivalité rend ennemis secrets du duc de Spoletti.

Le duc de Frioul, Bérenger, qu'importunent l'ambition et la renommée toujours croissante de Guy, accepte de l'empereur la mission de marcher avec ses troupes et l'armée impériale contre le duc rebelle. Guy, resté seul dans sa révolte audacieuse, quitte la Pentapole et même le duché de Spoletti où sa tête est mise à prix. Bérenger envahit une partie de ses États et se serait emparé de tout le duché, si la peste, qu'il rencontra dans sa course et qui se répandit bientôt dans une grande partie de l'Italie, ne l'avait contraint à la retraite.

Charles se hâte de déposséder Guy de ses États. Bérenger obtient une partie des dépouilles de son rival ; quelques seigneurs, soupçonnés d'être les amis secrets du duc de Spoletti, sont aussi privés de fiefs et de bénéfices qui leur viennent de leurs ancêtres et que se partagent d'avides courtisans[10].

Cette violence qui, en d'autres temps peut-être, eût pris le nom d'acte de vigueur, sema de nouveaux germes d'irritation et de troubles, le bras qui portait ces coups étant trop débile pour en maîtriser les conséquences.

Adalbert, duc de Toscane et beau-frère de Guy, accueille le duc fugitif à sa cour qui devient un foyer de séditions et d'intrigues. De toutes parts l'orage grossit sur la tête de Charles. La rivalité qui divisait naguère les grands vassaux italiens, se fond bientôt dans une haine-commune contre le joug étranger. Charles, effrayé de sa propre audace, parle de clémence et s'efforce d'attirer à sa cour de Pavie le duc de Spoletti. Guy, par un dernier reste de condescendance pour le titre d'empereur que, dans ses secrètes vues peut-être, il ne veut pas trop abaisser, consent à déposer[11] au pied du trône impérial quelques mots de repentir en échange de ses États qu'on a hâte de lui rendre.

De nouveaux ravages, commis par les Normands en Lorraine et dans la basse Germanie, forcent Charles à s'éloigner une fois encore de la Péninsule, et délivrent Guy de cet importun voisinage.

Sur ces entrefaites, le pape Marin Ier vint à mourir ; il eut pour successeur Adrien III. Quelques historiens affirment, sans le prouver, que ce pape, enhardi par l'impuissance des descendants de Charlemagne, osa publier deux bulles, dont l'une défendait aux empereurs de s'immiscer dorénavant dans l'élection des papes ; et l'autre qui, laissant pressentir la mort prochaine de Charles-le-Gros sans descendance masculine, avait pour but de déclarer les grands vassaux d'Italie aptes à prendre les rênes du royaume lombard et même de l'empire. Muratori exprime des doutes sur l'existence de ces deux actes.

Voyant les nombreux embarras suscités à Charles-le-Gros, Guy, qui un moment s'était fait l'ennemi des papes et l'allié des infidèles, sent que le temps n'est pas loin où le concours de Rome pourra devenir utile à son ambition secrète. Son attitude, d'hostile qu'elle avait été, devient obséquieuse et soumise à l'égard d'Adrien, dont il gagne la bienveillance au point que le souverain pontife l'appelle son fils d'adoption[12]. Adrien avait en ce moment besoin de secours contre les Sarrasins qui infestaient les bords du Garigliano ; il demande l'assistance du duc de Spoletti. Guy prend les armes, attaque leurs retranchements qu'il enlève ; il pille leur camp et passe au fil de l'épée tout ce qui n'a pu trouver un refuge dans les montagnes ; de là, le vainqueur marche sur Capoue qui se soumet à ses armes.

Anastase, ce frère barbare que nous avons vu joindre par un crime le titre de duc de Na-pies au titre d'évêque ; Anastase, qu'un traité, lie aux Sarrasins, envoie ravager les environs de, cette place dès qu'il reçoit l'avis que le due de Spoletti s'en est éloigné. Guy revient sur ses pas, son approche suffit pour délivrer les Capouans de ces bandes dévastatrices, dignes alliées des Maures.

Mais les actions de Guy ne sont pas toutes aussi méritoires. Eremperto raconte qu'Aïon, duc de Bénévent, s'étant rendu à Capoue pour conférer avec le duc vainqueur sur quelques difficultés qui avaient refroidi leurs relations, ce dernier eut la perfidie de le retenir prisonnier ; que Guy parut ensuite sous les murs de Bénévent, en compagnie d'Aïon qu'il forçait de se montrer à ses côtés ; que les Bénéventins, voyant ces deux princes ensemble et les croyant en bonne intelligence, se hâtèrent d'ouvrir leurs portes, et que les troupes de Guy, à l'aide de ce stratagème, s'emparèrent de la place sans coup férir. Pendant cette prise de possession, ajoute Eremperto, le duc de Spoletti, ayant toujours Mon à ses côtés, courait employer auprès des habitants de Sipunto, la ruse qui lui avait livré la capitale ; mais Guy n'est pas plutôt maître de cette autre place, que les habitants de Sipunto découvrent sa perfidie ; le tocsin appelle aussitôt aux armes toute la population ; Guy, réfugié dans une église, n'échappe à la mort qu'en remettant le prince Aïon aux mains de cette population fidèle, en promettant l'oubli de l'outrage qu'il reçoit et en prenant l'engagement, par serment solennel, de n'en jamais tirer vengeance[13].

Guy, heureux de se tirer de ce mauvais pas à si bon compte, reprit en toute hâte le chemin de son duché. Si sa gloire eut un peu à souffrir de cette triste mésaventure, son orgueil sut trouver un dédommagement dans l'étrangeté de l'épisode qu'il venait d'ajouter à une vie sur laquelle il voulait à tout prix jeter de l'éclat.

Bérenger, duc de Frioul, n'apportait dans ses desseins, ni moins d'ambition, ni moins d'audace, ni moins de persévérance pour en assurer le succès. Fils du duc Eberhard ou Evrard, et de Ghisla ou Giselle, fille de Louis-le-Débonnaire, il sentait son ambition et son énergie s'accroître de toutes les lâchetés des autres descendants de Charlemagne. Soumis à l'empereur quand il s'était agi d'abaisser un rival et de s'enrichir des dépouilles du duc de Spoletti, il ne larda pas à braver l'empereur lui-même et à l'attaquer clans la personne de son ministre favori, quand le prétexte de venger une injure vint donner un libre cours à son impatience d'un joug que chaque jour lui rendait plus pesant.

Voici, d'après les annales de Fulde, ce qui donna lieu à cette première explosion.

Luitward, que Charles-le-Gros avait élevé des derniers rangs à l'évêché de Vercelli, et à la dignité de ministre archi-chancelier, s'était asservi son maître, au point d'être plus puissant que lui dans l'empire, C'était Luitward que l'empereur avait chargé, dans le temps, d'engager Adrien III à se rendre à une grande diète convoquée à Worms, dans le dessein, dit-on, de faire reconnaître Bernard, son fils naturel, pour son héritier. La mort d'Adrien empêcha seule ce voyage, auquel la persuasive éloquence de Luitward avait déterminé le pontife romain.

Etienne V, successeur d'Adrien, ayant été consacré avant d'avoir obtenu le consentement de l'empereur, Charles s'était irrité de cet oubli de sa prérogative, et ce fut encore Luitward qu'il envoya avec quelques autres évêques home, pour déposer Étienne. Luitward calma l'irritation de l'empereur en lui persuadant, à son retour, que l'élection avait été canonique et unanime, et qu'elle était régulière puisqu'elle avait eu l'approbation de l'archevêque de Milan, ministre impérial. Charles, apaisé par le rapport de Luitward, qui peut-être dans ce conflit s'était plus préoccupé de sa dignité d'évêque que de son caractère d'archi-chancelier de l'empire., se désista de sa menace.

Le crédit de Luitward allait toujours grandissant ainsi que sa puissance. L'envie, cette triste commensale de tous les rangs et de toutes les conditions humaines, l'envie grandit avec la fortune du favori et multiplia contre lui les plus graves inculpations.

On l'accusa, entr'autres griefs, de contraindre les, plus illustres familles d'Italie et d'Allemagne, à donner leurs filles en mariage à ses parents dont il cherchait vainement à voiler la basse origine, par l'éclat de sa faveur. Le rapt et la violence lui faisaient, disait-on, justice des refus.

On raconte qu'une fille d'Unroco, prédécesseur et frère de Bérenger, duc de Frioul, ayant été, par les ordres de ce ministre dictateur, enlevée de force du couvent de Sainte-Julie de Brescia, pour devenir l'épouse d'un neveu de Luitward[14], Bérenger saisit cette occasion pour courir aux armes et se jeter à la tête de ses gens de guerre dans les seigneuries de l'audacieux prélat, et qu'il y porta la dévastation.

Mais, comme pour le duc de Spoletti, l'autorité expirante de l'empereur devait une fois encore obtenir sur le duc de Frioul un stérile triomphe. Bérenger, par l'ordre de Charles-le-Gros, adressa quelques paroles d'excuses à Luitward, après toutefois lui avoir repris sa nièce, et il dut indemniser le puissant ministre par des présents dont l'envie et la haine se hâtèrent de demander compte à l'insolent favori.

Luitward, par l'humiliation qu'il avait fait subir à Bérenger, espérait avoir plus que jamais assuré sa puissance et sa supériorité sur les grands vassaux de l'empire. Cette espèce de triomphe fut le terme de sa fortune. Toutes les rivalités entre les grands vassaux firent trêve et se turent un moment pour faire faisceau contre l'homme qui prétendait tout niveler au-dessous de lui et tout fouler aux pieds ; tous ces orgueils blessés se liguèrent pour faire de cet orgueil dominateur un grand holocauste à leur jalousie toujours croissante et à leur haine longtemps comprimée.

La faiblesse de la santé de Charles et la préoccupation d'esprit qu'exigeait la conduite d'un empire trop vaste pour lui, avaient influé sur les facultés mentales de ce prince. On profita de cette circonstance pour faire parvenir jusqu'à lui des accusations qui touchaient à son honneur et dont s'irrita sa fierté ; on sema des insinuations infâmes à l'occasion de la confiance que l'impératrice accordait à Luitward. Charles, avec cette précipitation et cette brusque violence de tous les hommes faibles quand leur tête s'irrite, chasse son ministre sans rien examiner et le dépouille de ses honneurs.

Peu de jours après il fait comparaître l'impératrice Richarde devant son conseil, et déclare, à la grande surprise de toute l'assemblée, que depuis dix ans il n'a eu aucun commerce avec elle. L'étonnement redouble quand la princesse ajoute à cette déclaration de l'empereur, qu'elle n'a jamais partagé sa couche et qu'elle est restée vierge ; elle fait l'offre, au moins étrange, de le prouver par le duel ou par l'épreuve du feu. L'innocence de Richarde fut reconnue et proclamée ; mais l'impératrice, fuyant une cour où l'on avait voulu la couvrir (l'opprobre, se retira dans un monastère d'Alsace où elle mourut en odeur de sainteté.

L'audacieuse ambition et l'inflexible fermeté de Luitward avaient servi de bouclier à la faiblesse de Charles-le-Gros. Ce rempart tombé, les mille têtes de l'hydre féodale surgissent de ses décombres. La chute du ministre favori enhardit toutes ces ambitions de vassaux, à qui, pour les satisfaire, il faut au moins une couronne de roi. Le péristyle une fois franchi, on envahit le temple et l'on souille le sanctuaire.

Maintenant c'est l'empereur qu'on attaque ; c'est à l'empereur qu'on demande compte de l'honneur de la France, livré aux Normands par un traité honteux ; de cet honneur national si vaillamment soutenu dans les murs de Paris, malgré les horreurs de la famine et une effroyable contagion, par le comte Eudes et l'évêque Goslin, et que Charles a marchandé lâchement à prix d'or avec des barbares.

Tous les cœurs se soulèvent de mépris, la révolte se propage et devient générale. Les grands de la Germanie, profitant de cette fermentation qui agite la France et l'Italie, s'assemblent en diète à Tribur près de Magonça, déposent Charles-le-Gros et élèvent à l'empire Arnould ou Arnolphe, bâtard de Carloman de Bavière[15].

L'empereur, dépossédé et réduit au plus complet isolement, va mourir dans une obscure retraite qu'offre à son infortune la compassion de Luther, archevêque de Mayence.

Ainsi finit misérablement et flétri par le mépris de tous, ce prince qui, pour reculer les limites d'un empire déjà trop vaste pour son étroit génie, froissa l'équité, dépouilla un enfant de l'héritage de son père, et se fraya, par son aveugle ambition, la voie vers l'abîme qui s'ouvrit enfin sous ses pas pour l'engloutir.

 

 

 



[1] Charles de Suabe, appelé d'abord en Italie Carletto.

[2] GIULINI.

[3] PUFFENDORFF, Hist. de l'Univ., Tit. II, l. II, ch. II.

[4] Les Annales de saint Bertin croient que ce couronnement eut lieu le 25 décembre 880, jour de Noël. Le cardinal Baronius le reporte au jour de Noël de l'année suivante 881.

Muratori pense que cette solennité eut lieu dans l'un des deux premiers mois de l'année 881, mais il ne sait préciser ni le jour, ni même lequel de ces deux mois. (Antiq. Italic., dissert. 8 et 41. — Annal. d'It., t. V, p. 133 et suiv., ann. 880 et 881.)

[5] Comte VERRY, t. Ier, p. 3.

[6] GIULINI, t. Ier, p. 366. — VERRY, t. Ier, p. 108.

La famille des Confalonieri de cette ville prétend compter ce prélat illustre parmi ses plus anciens membres.

Le comte Giulini croit la chose possible, probable même ; seulement cet historien ne pense pas que jamais Ansperto ait porté le nom de Confaloniero. Ce n'est que quelque temps après la mort de cet archevêque, que sa famille paraît avoir occupé la place de Confaloniero de père en fils, et en avoir pris le nom, comme nous l'avons remarqué pour les Visconti ; comme le firent aussi les Capitani, les Gastaldi, et plusieurs autres anciennes familles dont le nom, si ce n'est la véritable descendance, est venu jusqu'à nous.

[7] Les annales de Fulde et la chronique de Reginon disent que Guy était fils de Lambert, son prédécesseur comme duc de Spoletti.

C'est une erreur.

Eremperto prouve que Lambert ci Guy-dont nous parlons, étaient tous les deux fils de Guy, duc de Spoletti. A la mort de leur père, Lambert, l'aîné des deux fils, hé-cita de ce duché. Bientôt ce prince mourut sans enfants, et eut pour successeur Guy, son frère *.

Muratori adopte cette opinion.

D'après cet écrivain, la parenté de Guy avec les rois carlovingiens n'est pas douteuse ; mais Muratori ne saurait préciser le chaînon d'où part cette filiation glorieuse qui fait de Charlemagne un des aïeux de Guy.

Le père Daniel dit, sans bien l'établir, qu'il était fils d'une fille de Pepin, roi d'Italie, fils de Charlemagne. (MURATORI, t. V, p. 165, ann. 888).

* Ughelli transcrit un document de l'année 887, émané de Théodose, évêque de Fermo, où sont nommés tous les évêques du duché de Spoletti et de Camerino ; pièce importante à consulter pour se rendre compte du territoire composant ce duché.

Rimini, Fossombrone, Ancona, Camerino, Sinigaglia, Spoletti, Fano, Pesaro, Umana, Perugia, Osimo, Rieti, Cagli, Lodone (non mi che sia, dit Muratori), Urbino, Novera, Terni et Forli. (UGHELLI, Ital. sacr., t. II, in Episc. Firman. — MURATORI, t. V, p. 161, ann. 887.)

[8] Epist. 279, ann. 882.

[9] Le pape écrivait en même temps (epist. 286) à Anselmo, archevêque de Milan :

« Dans ce malheureux pays, nous endurons, de la part des païens aussi bien que des chrétiens criminels, des persécutions telles qu'il m'est impossible de vous les décrire.

« Entre autres actes innombrables de rapines, de déprédations et de cruautés, un scélérat, lombard de nation, agent de Guy, marquis de Spoletti, s'est emparé de quatre-vingt-trois hommes, et leur a fait impitoyablement couper les mains ; plusieurs de ces malheureux en sont morts subitement. »

[10] MURATORI, Ann. d'It., t. V, p. 147, ann. 883.

[11] MURATORI, ann. 885.

[12] Voir la lettre de Foulques, archevêque de Reims, à Adrien III (FRODOARD, Hist. Remens., lib. IV, c. I).

[13] EREMPERT., Hist., cap. LVIII. — MURATORI, Annal. d'It., t. V, p. 157.

[14] Les chroniques de l'époque rapportent que les religieuses du couvent de Sainte-Julie ayant, lors de l'enlèvement de la fille d'Unroco, adressé à Dieu leurs plaintes et leurs prières, le neveu de Luitward, à qui elle devait être livrée, fut frappé de mort la nuit même de ses noces, et que leur jeune compagne rentra innocente et pure dans leur pieux asile.

[15] PUFFENDORFF, Hist. univ., ann. 888.