HISTOIRE DE LA CONQUÊTE DE LOMBARDIE PAR CHARLEMAGNE

PREMIÈRE ÉPOQUE. — LIVRE DEUXIÈME

 

CHAPITRE QUATRIÈME.

 

 

Sciences et arts. — Ecrivains. — Alcuin. — Saint Jean Damascène. — Raban. — Félix d'Urgel. — Claude de Turin. — Saint Agobard. — Dungal. — Etienne. — Théophilacte. — Jonas. — Saint-Paulin. — Théodulfe. — Odelbert. — Hincmar. — Loup de Ferrières. Paul Diacre. — Smaragde. — Anségise. — Eginhard. — Anastase. — Florus. — Saint Addon. — Saint Aldric. — Luithprand. — Landolfo. — Le panégyriste de Bérenger. — Rosweda. — Charlemagne. — Alfred-le-Grand. — Etablissement d'écoles diverses. — Abandon des sciences exactes. — Architecture. — Peinture. — Médecine. — Langue et idiome. —Commerce. — Orgues. — Chants d'église. — Rit romain. — Rit ambroisien. — Costume. — Monnaie. — Poids et mesures. — Succès infaillible de notre système métrique.

 

Nous avons vu avec quelle sollicitude Charlemagne s'efforça de répandre les lumières dans son empire.

Nous avons vu Louis et Lothaire suivre ce noble exemple. Secondés par le pape Eugène, ces deux empereurs rendirent plusieurs édits pour l'encouragement des sciences et des arts. De nouvelles écoles furent créées en Lombardie et dans les États romains.

A cette époque de renaissance intellectuelle, quelques hommes montrèrent une érudition profonde, un talent supérieur pour la dialectique, surtout dans les matières de théologie si souvent remises en question.

La poésie ne fut pas complètement négligée ; on professa la grammaire avec succès ; il y eut des légistes distingués pour ces temps barbares, et des historiens dont les œuvres, de nos jours même, sont lues avec intérêt.

On comprend qu'à cette époque, les hommes de science les plus marquants aient appartenu au clergé.

ALCUIN, ce disciple célèbre du vénérable Bède, fut peut-être plus remarquable par son zèle ardent pour le rétablissement des sciences, que par son talent comme écrivain. On lui reproche de manquer de pureté, d'élégance dans son style ; d'avoir plus d'érudition que de génie, plus de discernement que d'invention, plus de diffusion et d'abondance que de nerf et de justesse dans la dialectique.

SAINT JEAN DAMASCÈNE a laissé, entre autres écrits, un excellent traité de la foi orthodoxe qui a servi de modèle aux théologiens des temps postérieurs, pour la méthode scolastique.

RABAN, archevêque de Mayence, fut célèbre par un grand nombre d'ouvrages d'une doctrine saine et profonde.

L'hérésie de FÉLIX D'URGEL et de CLAUDE DE TURIN, fit briller au milieu de la réprobation générale dont elle fut l'objet, une grande force de raisonnement, une chaleur, une précision remarquables de style dans SAINT-AGOBARD, archevêque de Lyon. Nous avons eu l'occasion de signaler le talent et la vigueur déployés dans cette lutte, par DUNGAL, par les évêques italiens, ÉTIENNE et TÉOPHILACTE, par JONAS, évêque d'Orléans, et SAINT-PAULIN d'Aquilée.

Quelques traités théologiques fort estimés sont dus à THÉODULFE, évêque d'Orléans. Ce prélat composa quelques poésies, entr'autres l'hymne Gloria laus et honor, qui se chante le jour des Rameaux.

On lit dans l'Histoire de l'Église, par Bérault-Bercastel, que cette hymne, d'après plusieurs vieilles chroniques, valut la liberté à son auteur, qui la composa dans les prisons d'Angers où il avait été renfermé durant les troubles du règne de Louis-le-Débonnaire. Théodulfe l'ayant chantée d'une fenêtre, comme ce prince passait, Louis en fut si charmé qu'il fit sur-le-champ élargir le prisonnier. Le caractère du prince, ajoute l'écrivain, rend au moins ce fait vraisemblable.

ODELBERT, archevêque de Milan, à l'époque où l'infortuné Bernard arriva comme roi de Lombardie, fut chargé en 811 par Charlemagne, d'écrire un livre sur le sacrement du baptême : cet ouvrage, en vingt et un chapitres, a été cité depuis avec de grands éloges par de doctes écrivains.

HINCMAR, archevêque de Reims, a laissé un grand nombre d'écrits où il se montre aussi chaleureux de style qu'érudit et profond canoniste.

LOUP DE FERRIÈRES fut, selon Mabillon, un des principaux ornements de l'ordre monastique, pour les connaissances variées et la correction de son style.

PAUL, diacre d'Aquilée, Lombard de nation, a écrit l'histoire des rois lombards et des évêques de Metz. Il a continué l'histoire d'Eutrope, depuis Julien l'Apostat jusqu'à Justinien : il se fit moine à la fin de ses jours, et mourut au mont Cassin dans un âge avancé et en grande réputation de sainteté.

L'abbé SMARRAGDE a laissé, entr'autres ouvrages, des pages d'histoire intéressantes.

EGINHARD a écrit l'histoire de Charlemagne et les Annales de France depuis 741 jusqu'à 829.

ANSÉGISE a recueilli les capitulaires de Charlemagne et de Louis-le-Débonnaire.

Le savant bibliothécaire de l'Église romaine ANASTASE, a laissé des traductions estimées du septième et du huitième concile général ; on croyait que Paul Diacre était l'auteur de la Vie des Papes ; aujourd'hui on attribue généralement cet ouvrage à Anastase.

FLORUS, diacre de Lyon, a laissé, entr'autres œuvres, une collection des lois ecclésiastiques.

La Chronique universelle et le Martyrologe qu'on doit à SAINT-ADDON de Vienne, sont fort estimés pour la saine critique et la justesse d'aperçus qu'on y remarque.

SAINT-ALDRIC, évêque de Meaux, a laissé un recueil de canons et de décrétales sur la discipline ecclésiastique.

On doit à LUITHPRAND, contemporain du fameux Hugues que nous verrons roi de Lombardie, une histoire de son époque, d'un style plein de sel et d'esprit, et riche de détails curieux. On a raison de reprocher à cet historien de la partialité dans beaucoup de ses jugements, soit qu'il prodigue l'éloge, soit qu'il déverse le blâme.

Le vieux LANDOLFO, souvent cité par Giulini, vivait peu de temps après Luithprand ; il a écrit sur les événemens qui vont bientôt nous occuper. Son ouvrage, où se révèlent de patientes études, est par trop empreint toutefois de bonhomie, de crédulité et hérissé d'incroyables anachronismes.

Un poète ANONYME, contemporain de Guy et de Bérenger, a chanté, dans des vers qui ne manquent ni de force, ni d'élégance, ni d'inspiration, la lutte brillante de ces deux rivaux fameux.

La vie romanesque de l'impératrice Adélaïde a inspiré tout un poème plein d'intérêt et de verve, à ROSWEDA, jeune poétesse condamnée aux austérités du cloître, et dont l'âme s'est exhalée, aimante et poétique, dans des vers chaleureux.

Nous voyons, en tête de ce cortége imposant, et le flambeau des lettres à la main, marcher Charlemagne, le grand empereur. Nous le voyons, ce fier conquérant qui dota le monde de ses immortels Capitulaires, courber, sous l'autorité de la science, un front que couronnent les lauriers de la victoire, donner lui-même à son empire l'exemple de l'étude, suivre les leçons de maîtres habiles, composer enfin une grammaire et quelques autres ouvrages utiles.

Ce noble précédent ne fut pas perdu, et profita au même siècle qui reçut un éclat nouveau de la venue de cet autre souverain, si justement surnommé le Grand, comme Charlemagne, son modèle pour le zèle religieux, pour les exploits de guerre et, les travaux de législation.

Ce fut, sans nul doute, ce mémorable exemple qui fit que le petit-fils d'Egbert, qu'Alfred-le-Grand, roi de la Grande-Bretagne, voulut, lui aussi, joindre à toutes ses gloires la gloire non moins belle de l'homme instruit et du patient écrivain.

Malgré les efforts tentés en faveur des sciences par Charlemagne et son fils, il résulte du fameux décret de Lothaire, que nous avons déjà mentionné, et dont nous reportons la date au temps où le jeune empereur comptait Walla parmi ses conseillers, que les lettres et les sciences étaient retombées à cette époque au dernier degré d'oubli et de décadence.

De nouveaux maîtres furent envoyés dans les diverses provinces du royaume pour y répandre le bienfait de l'instruction[1].

Le célèbre Dungal, l'un des reclus de Saint-Denis, fut appelé à PAVIE. Les étudiants de Milan, Brescia, Lodi, Bergame, Novare, Vercelli, Tortone, Acqui, Gênes, Asti et Cômo, durent se rendre dans cette ville pour y suivre ses leçons[2].

TURIN devint aussi le centre d'une école qui réunit la jeunesse d'Albenga, de Vado et d'Albe ;

CRÉMONE réunit celle de Reggio, Plaisance, Parme et Modène ;

FLORENCE celle de toute la Toscane ;

FERMO les étudiants du duché de Spoletti ;

VÉRONE ceux de Mantoue et de Trente ;

VICENCE réunit la jeunesse de Padoue, Trévise, Feltre, Ceneda et Asolo ;

FORO DI GIULIO, aujourd'hui CIVITA DI FRIULI, réunit les jeunes gens de toutes les villes de cette partie du royaume lombard.

« Ce beau document (le décret de Lothaire), dit Muratori, fait connaître toutes les provinces formant la partie occidentale du royaume d'Italie ; il n'y est point question du duché de Bénévent, parce que ses ducs ou princes, sauf le tribut qu'ils payaient aux rois de Lombardie, exerçaient une souveraineté presqu'absolue dans cet État. Il n'y est pas non plus question des villes dépendantes de l'Église romaine, par la raison que ces villes, qui à la vérité étaient soumises à la souveraineté des empereurs, ne faisaient point partie du royaume d'Italie.

« Il faut remarquer encore, ajoute Muratori, que les professeurs de ces écoles n'enseignaient que la grammaire, dénomination qui du reste avait une acception assez large, et qui comprenait l'étude de la langue latine, l'explication des anciens auteurs et poètes latins, quelque teinture des Saintes-Écritures, un peu de calcul et d'astronomie[3]. »

Plusieurs branches des sciences exactes étaient tombées dans le plus complet état d'abandon et d'oubli.

On n'avait plus en Europe, à cette époque, la moindre notion de l'algèbre ; les œuvres de Diophante, d'Archimède, d'Apollonius, n'y devaient être reproduites et commentées que deux siècles après.

L'architecture, le dessin, la peinture, privés des hardiesses, des formes et de l'élégance de l'antiquité, étaient condamnés à végéter quelque  temps encore, avant de rallumer leur flambeau éteint dans ces belles contrées où devaient briller d'un si grand éclat les noms du Giotto, de Perugin, de Michel-Ange, de Palladio et de Raphaël.

On a cru généralement que le genre d'architecture et de dessin qui a reçu le nom de gothique, datait de la domination des Goths ; mais il est démontré aujourd'hui que cette dénomination de gothique est impropre, qu'elle implique un anachronisme dans la nomenclature des arts ; ce ne fut qu'après l'apparition des Arabes dans le monde occidental, et sous leur domination, que ce genre importé d'Orient prit naissance et se développa en Europe, d'abord en Espagne, puis dans quelques contrées méridionales de la France, plus tard en Italie.

On pense que c'est de ce moment rapide de renaissance dans les arts, opérée par Charlemagne, que date la forme actuelle des nefs de la vieille basilique de Saint-Ambroise à Milan, aussi bien que le beau don re qui précède l'église, et qui lui forme un vestibule si parfaitement en rapport avec le style du monument[4].

La médecine, la chirurgie, étaient négligées, ou plutôt complètement abandonnées à des étrangers vagabonds ; le sortilège était, dans les maladies, plus souvent invoqué que l'expérience et le savoir. La plupart des rois, comme nous le verrons, étaient réduits à s'entourer de médecins venus des Indes et de l'Arabie.

 

A l'époque de la conquête de la Lombardie par les Francs, la langue latine commençait à s'altérer. Les écrits de ces temps reculés, remplis de barbarismes et de fautes grossières, portent, dit Giulini, les premiers indices de la transformation graduelle et successive de la langue latine en langue italienne[5]. Cet écrivain pense que la corruption du latin a donné naissance, en même temps, à deux idiomes dans chaque province d'Italie. L'un, parlé par le peuple, aurait pris une âpreté d'expression toujours croissante ; ce serait le langage grossier, multiforme, particulier à chaque contrée et que l'on appelle patois.

L'autre, employé dans les écrits des poètes et des prosateurs, serait devenu cette langue harmonieuse et douce dont s'enorgueillit l'Italie[6].

D'après le comte Verry, la langue latine était encore la langue écrite en Lombardie, lors de l'invasion des Francs ; mais déjà, depuis longtemps, on y parlait habituellement[7] un patois qui différait peu du dialecte milanais de nos jours. Verry voit, dans ce dialecte, une émanation, non de la langue latine, mais de la langue des Gaulois, les premiers fondateurs de Milan.

Cet historien fait observer que les Milanais prononcent encore, dans leur idiome, les voyelles u et eu comme les Français, et que le patois milanais a plus de rapport avec celui des provinces méridionales de France qu'avec le dialecte des autres États italiens. Les Espagnols, qui, dans les derniers siècles, occupèrent aussi Milan, ont à peine laissé, dit toujours le comte Verry, trois ou quatre mots qui rappellent leur domination ; et quoique les Lombards aient prolongé leur occupation plus longtemps que les Gaulois et les Français, cependant peu de mots milanais doivent leur origine à la langue allemande. Ce raisonnement sert de base à l'historien que nous venons de citer, pour établir que les Milanais ont conservé l'idiome de leur origine ; que cet idiome, dérivé du Gaulois et qui est venu jusqu'à nos temps modernes, sans trop d'altération, a précédé la langue italienne ; qu'il a même servi, avec les autres dialectes des diverses contrées d'Italie et la corruption du latin, à la formation de cette langue épurée depuis, et devenue, par le secours des lettres et de la poésie, la langue maîtresse en Italie.

MUSIQUE. — Il parait qu'à cette époque on ne connaissait en fait de musique que celle d'église. Les orgues étaient connues en France et en Italie vers le milieu du VIIIe siècle ; on s'en servait à la fin du même siècle dans plusieurs églises ; mais l'Occident était, à cet égard, comme pour tant d'autres objets d'art et d'industrie, tributaire de l'Orient, qui seul savait les confectionner. Un moine vénitien, venu d'Orient avec la connaissance de cet art, s'étant chargé d'initier dans son secret plusieurs élèves, reçut en 826, des empereurs Louis et Lothaire, une riche récompense et fut pourvu d'une abbaye. Quarante-sept ans plus tard, le pape Jean VIII fait demander à l'évêque de Frisinga (sans doute Freisengen en Bavière), des orgues et un artiste pour jouer de cet instrument[8]. On voit, par-là, que l'Allemagne s'était plus empressée que l'Italie de s'approprier la confection des orgues, et qu'on y avait fait, dès cette époque, pour la musique, plus de progrès que dans la Péninsule. Si l'Italie était moins avancée dans cet art que l'Allemagne, la France l'était moins encore que l'Italie.

Les églises de France avaient des chantres que l'on appelait chantres gaulois ; les Romains avaient voulu introduire dans les Gaules le chant grégorien, musique attribuée à Grégoire-le-Grand, et qui, simple et grave, avait un cachet de dignité religieuse ; mais les chantres gaulois n'ayant pas l'usage des anciennes notes alphabétiques, avaient corrompu ce chant en voulant l'embellir. Charlemagne, au retour d'un de ses voyages en Italie, exigea que ces chantres revinssent à la méthode de leurs maîtres. Il obtint du pape Adrien des livres de chant notés ; deux musiciens italiens furent établis pour enseigner la note alphabétique, l'un à Metz, l'autre à Soissons[9].

Le chant de l'Église milanaise qui suivait le rite ambroisien, différait de celui de l'Église romaine. Le chant romain est plus doux, plus grave ; l'ambroisien, qui se conserve encore à Milan, est plus fort et plus aigu[10].

Nous avons eu l'occasion de mentionner l'engagement qu'avait pris Charlemagne de ne permettre que le rite romain dans ses États, et la résistance qu'il rencontra en Lombardie où le rite ambroisien était en usage.

Voici ce que l'abbé Richard dit au sujet de ce dernier rite : « Le fond de la liturgie, selon le rite ambroisien, est le même que celui de l'office romain ; mais la distribution des psaumes pour les parties de l'office, les prières et les cérémonies dans le sacrifice de la messe, y sont différentes. C'est encore suivant le rite ambroisien, que le carême ne commence à Milan que le dimanche de la Quadragésime, les quatre jours qui le précèdent n'ayant été ajoutés pour compléter les quarante, que dans le VIIe siècle : usage qui attire une multitude d'étrangers à Milan, où les théâtres ne sont fermés et les plaisirs du carnaval ne cessent que le samedi au soir.

« Il en est de même, ajoute l'abbé Richard, de l'abstinence et des processions des Rogations, ou qui n'avaient jamais été observées dans l'Église, ou qui n'y étaient plus en usage[11].

« Saint Charles les rétablit, et pour conserver les libertés de son Église, il les plaça huit jours plus tard que dans l'Église romaine, Cette cérémonie pieuse commence par la distribution des cendres, qui ne se fait point dans cette église le premier jour du carême, comme dans l'Église romaine[12]. »

COSTUME. — Les membres du clergé étaient rigoureusement tenus de porter l'habit ecclésiastique, même hors des églises. Giulini dit que les comtes qui rencontraient des prêtres en habit séculier, étaient autorisés à les traiter comme les laïques libres, que l'on appelait exercitales, par l'obligation où ils étaient de prendre les armes et de servir dans l'armée quand l'ordre leur en était donné.

L'habit des ecclésiastiques, de ces temps-là, consistait en une tunique blanche appelée alba, qu'ils portaient dans les églises et au dehors.

D'après Giulini, c'était le costume qu'avaient conservé de son temps les chanoines d'Italie, qui le portent probablement encore.

Les ecclésiastiques qui n'étaient point dignitaires, se rasaient la tête, et ne conservaient qu'une espèce de couronne de cheveux courts, comme les capucins de nos jours. Ils ne portaient pas de barbe.

Les évêques avaient les cheveux courts et retournés autour de la tête, comme un bourrelet, avec une tonsure. C'est ainsi que se coiffaient nos prêtres il y a peu d'années encore.

Bien que Puricelli, dans une description minutieuse de ce qui fut trouvé dans la tombe où l'archevêque Anselme et le roi Bernard avaient été inhumés l'un près de l'autre, parle d'une mitre ornant le front du prélat, Giulini croit et établit que les évêques au IXe siècle ne portaient pas de mitre, mais un berret de forme conique ; ils se servaient de la crosse comme les évêques de nos jours, et avaient à peu près le même costume pour les grandes solennités pontificales.

Les habitants de la Lombardie portaient, avant l'arrivée des Francs, la barbe longue et pointue à l'exemple des vieux Lombards. Bientôt après la conquête de Charlemagne, fut adoptée la mode des Francs, qui ne laissaient pousser qu'une petite barbe autour du menton ; plusieurs Francs ne portaient que des moustaches[13].

Les hommes, en Lombardie, coupaient leurs cheveux très courts et se coiffaient d'un petit chapeau rond et noir dont le bord, un peu relevé tout autour de la tête, était orné d'un petit galon d'or. Leur corps était recouvert d'une tunique à manches très étroites ; cette tunique ne dépassait pas les genoux et était serrée autour des reins par une ceinture ; ils portaient des bas collants sur la jambe, et des souliers en brodequins, en pointe et sans talons[14].

Les femmes lombardes mariées se coupaient les cheveux. Les jeunes filles non mariées conservaient toute leur chevelure : restare in CAPILLO, signifiait conserver sa virginité.

Les fiancées portaient une couronne sur la tête : cet usage, dit Giulini, se continua longtemps, et l'on en voit des indices encore dans des monuments de 1216. Aujourd'hui, ajoute cet auteur, les jeunes vierges qui prennent le voile, sont dans l'usage de se couronner : peut-être cet usage vient-il des anciens temps, nos jeunes novices se considérant comme fiancées du Seigneur.

Nous ajouterons que de nos jours encore, dans le Milanais, les villageoises forment, quand elles sont fiancées, et longtemps même avant le mariage, une couronne sur leur tête, avec une grande quantité d'épingles en argent, longues, plates et terminées généralement sur le haut, en forme de raquette ou de poire. C'est le cadeau du fiancé, qui se distingue d'autant plus que le nombre des épingles est grand. Nous ne serions pas éloignés de penser que cet usage villageois eut aussi son origine dans la coutume des anciennes fiancées lombardes.

Le vêtement des femmes différait peu de celui des hommes seulement leur tunique, beaucoup plus large, descendait du cou jusqu'aux pieds. Des manches très larges aussi, partant des épaules, se terminant et s'ouvrant aux mains, laissaient voir au-dessous, la manche d'un autre vêtement plus étroit. A l'un de ces deux vête-mens était fixé un petit capuchon bien étroit qui I recouvrait le derrière de la tête ; de dessous ce capuchon sortait un bandeau qui ceignait tout le front jusqu'à la hauteur des yeux[15].

« Le linge, dit Voltaire[16], était peu commun dans ces temps-là en Europe.

« Saint Boniface[17], dans une lettre à un évêque d'Allemagne, lui mande qu'il lui envoie du drap à longs poils pour se laver les pieds. Probablement ce manque de linge était la cause de toutes ces maladies de la peau, connues sous le nom de lèpre, si générales alors. Les hôpitaux nommés léproseries étaient déjà très nombreux. »

COMMERCE. — Les vieux Romains, occupés de gloire et de conquêtes au dehors, de brigues et de dissensions à l'intérieur, avaient peu de goût pour le commerce.

Le commerce a pour but d'acquérir des richesses ; la dépouille des peuples vaincus paraissait aux Romains le plus noble et le plus fructueux moyen de s'enrichir.

Devenue maîtresse du monde, Rome, pour séparer les peuples soumis à sa domination tyrannique des nations barbares qu'elle n'avait pu dompter, défendit de commercer avec ces nations.

Le négoce des Indes et celui de l'Arabie-Heureuse furent les deux branches et presque les seules du commerce extérieur. Rome porta chez les Indiens et les Arabes, son or et son argent en échange de leurs marchandises ; elle y employait, d'après Strabon, cent vingt navires, et y envoyait cinquante millions de sesterces.

La branche principale du commerce intérieur était celle des blés qu'on faisait venir pour la subsistance du peuple de Rome, ce qui était, dit Montesquieu, une matière de police plutôt qu'un objet de négoce.

Négligé sous la puissance romaine, et de plus décrédité pour les altérations successives que plusieurs empereurs firent subir aux monnaies, le commerce fut anéanti en Europe par l'invasion des Barbares. Il y reparut quand ces hordes commencèrent à se civiliser. Charlemagne le fit fleurir parce qu'il était le maître des mers. Ce prince avait, à l'embouchure de tous les grands fleuves de son empire, des bateaux, soit pour protéger le commerce, soit pour arrêter les inondations des Barbares, les chasser de ses rivages, et les refouler dans leurs climats ou brûlants ou glacés.

Sous ce règne glorieux, les marchands des côtes de la Toscane et ceux de Marseille, allaient chez les chrétiens de Constantinople et chez les musulmans d'Alexandrie en Égypte, échanger l'or et les produits de leur industrie renaissante contre les richesses de l'Asie.

Venise et Gênes, si florissantes depuis, commencèrent dès lors à poser les bases de cette prospérité qui fit longtemps de ces deux villes, deux reines rivales se disputant le sceptre du commerce et de la mer.

Des manufactures d'étoffes de laine s'établirent à Tours, à Lyon, Arles, Ronce, Ravenne, Milan. Cette dernière ville se rendit plus tard célèbre par ses ateliers d'armes. On damasquina le fer à l'exemple de l'Asie ; on fabriqua le verre. Les étoffes de soie n'étaient encore tissues dans aucune ville de l'empire d'Occident ; Charlemagne, peu porté pour le luxe, semble avoir voulu laisser à d'autres le soin ou la gloire de cette conquête. Sous son règne, les Vénitiens, commencèrent à tirer les soieries de Constantinople ; mais, comme le fait observer Voltaire, ce ne fut qu'environ quatre cents ans après cet empereur, que les princes normands établirent à Palerme une manufacture de soie[18].

MONNAIE. — Sous les rois de la première race, il y avait des hôtels des monnaies dans les principales villes du royaume : ils étaient établis sous l'autorité des ducs et des comtes de ces villes, et soumis en outre à l'inspection de l'intendant et des généraux maîtres de ces monnaies. « La surveillance de ces officiers n'ayant pu empêcher l'altération des espèces, Charlemagne, dit le manuel monétaire[19], pour arrêter le désordre que causait le faux monnayage, supprima tous les hôtels des monnaies, et ordonna qu'on n'en frapperait plus que dans son palais. Cette restriction cependant ne passa pas la durée de son règne ; on rétablit bientôt après lui les ateliers monétaires. »

Nous ne croyons pas pouvoir appliquer cette observation au régime monétaire de la Lombardie ; on se rappelle que le droit de battre monnaie fut reconnu à Grimoald, duc de Bénévent, par Charlemagne, quand il l'investit du duché laissé vacant par la mort d'Aréchis, son père.

Les villes d'Italie ayant, vers la fin du VIIIe siècle et dans le cours du IXe, le droit de battre monnaie, d'après Giulini, Muratori et d'autres historiens, étaient : Rome, Pavie, Milan, Lucca, pour la Toscane, Trévise, pour le Frioul, Bénévent, Venise et Naples [20].

On lit encore dans l'ouvrage déjà cité[21], que les pièces de monnaie n'étaient pas, sous la deuxième race, frappées à l'effigie des princes régnants. Il pouvait exister d'autres empreintes sur certaines monnaies, mais nous ne pouvons admettre cette observation dans un sens trop absolu, et nous nous bornerons à rappeler qu'une des conditions imposées par Charlemagne à Grimoald, fut que le jeune prince ne frapperait sa monnaie qu'à l'effigie du vainqueur de Desiderio.

Il est reconnu par tous les économistes[22] et autres écrivains, que, sous la première race de nos rois, la monnaie avait à peu près la même valeur que celle de l'empire romain depuis Constantin. Le sou d'or était le solidum romanum, qui équivalait à quarante deniers d'argent, lequel pesait, l'un portant l'autre, trente grains.

Ce fut Charlemagne qui, le premier, changea l'ancien numéraire romain, en instituant un denier de vingt à l'once, à la place du denier ou drachme du sixième de ce poids, « à l'effet de quoi, dit Germain Garnier, il partagea la livre en vingt solides, ou cylindres, ou sous d'argent, dans chacun desquels il fit tailler douze deniers, c'est à dire autant de deniers que la livre contenait d'onces. »

On voit dans Giulini, que ces changements s'opérèrent aussi en Lombardie, par suite de la conquête des Francs.

On voit aussi, dans le même auteur, qu'en Lombardie, outre ces monnaies réelles d'or et d'argent, on se servait, comme en France, dans les calculs, d'une autre dénomination.

On s'exprimait souvent en monnaie de compte, monnaie fictive ou idéale, selon l'expression de Montesquieu[23], et qui n'était, comme aujourd'hui, qu'une manière de compter. « Pendant deux siècles, dit Voltaire[24], les monnaies restèrent sur le pied où Charlemagne les avait mises ; mais petit à petit les rois, dans leurs besoins, tantôt chargèrent le sou d'alliage, tantôt en diminuèrent le poids, de sorte que, par un changement qui est presque la honte des gouvernements de l'Europe, le sou d'argent, qui était autrefois ce qu'est à peu près un écu, n'est plus qu'une légère pièce de cuivre avec un onzième d'argent tout au plus ; et la livre, qui était le signe représentatif de douze onces d'argent, n'est plus en France que le signe représentatif de vingt de nos sous de cuivre. Le denier, qui était la deux cent vingt-quatrième partie d'une livre d'argent, n'est plus que le tiers de cette vile monnaie qu'on appelle un liard. »

La connaissance des variations qu'a subies le prix de l'or et de l'argent à diverses époques, étant indispensable dans l'étude de l'histoire pour apprécier, le plus exactement possible, les forces des peuples, leurs richesses, leur commerce et, leur économie, on a beaucoup écrit sur ce sujet.

Nous nous bornerons à quelques observations sur cette matière féconde.

On a remarqué, par le prix du blé dans l'antiquité, dans la double période des mérovingiens et des carlovingiens, et jusqu'au règne de Charles VII, époque de la découverte de l'Amérique, que l'or et l'argent ont graduellement augmenté de valeur, et que, depuis 1452, il y a eu dans ces mêmes espèces une dépréciation progressive jusqu'à nos jours.

Voltaire[25], comparant le prix du pain aux deux époques, apprécie la différence de cette valeur, depuis Charlemagne jusqu'à la moitié du XVIIIe siècle, à ¹/₈.

Giulini a pris un autre objet de comparaison, et est arrivé, pour la même époque et pour la Lombardie, à la différence de ¹/₁₂.

Nous basant sur la moyenne du prix de l'hectolitre du blé en France, depuis 1797 jusqu'à 1835[26], laquelle a été de 19 fr. 58 c., et la comparant à la moyenne du prix du blé à l'époque où Voltaire écrivait, et qui était de 13 f. 97[27], nous trouvons que 13 f. 97 : 19 f. 58 : : 8 : 11 f. 21, ce qui ferait à peu près le chiffre de Giulini.

Maintenant, réunissant les trois périodes, savoir :

De 1756 à 1790[28] avec une moyenne de 13 fr. 97

De 1797 à 1813 avec une moyenne de 20 fr. 25

De 1814 à 1835 avec une moyenne de 19 fr. 10

Nous trouvons un prix moyen de 16 fr. 77 c. par hectolitre de froment. Poursuivant la proportion, nous obtenons : 13 f. 97 : 8 f. : : 19 f. 58 : 11 fr. 21 : : 16 fr. 77 : 9 fr. 60. À ce compte, la dépréciation, depuis Charlemagne, de l'or et de l'argent appliqués aux choses les plus nécessaires à la vie, serait dans la proportion de 1 à 9,60, c'est à dire d'un peu plus qu'un 9e ½ pour les cent dernières années qui viennent de s'écouler.

Nous nous trouverions entraîné au-delà du cadre que nous nous sommes tracé, si nous recherchions cette dépréciation relativement à des choses d'une nécessité moins rigoureuse, moins surveillée par le gouvernement, enfin à des objets de luxe.

POIDS ET MESURES. — La loi cent onzième de Charlemagne ordonnait l'emploi des mêmes poids et des mêmes mesures dans toute l'étendue de l'empire.

Malgré ce décret, les diverses contrées de la Lombardie, nous dit Giulini, ne tardèrent pas à reprendre leurs anciens errements ou plutôt elles n'y renoncèrent jamais ; elles ne firent en cela qu'imiter ce que faisaient les Francs eux-mêmes dans les Gaules.

Cet abus devint tel, que non seulement les villes, mais les bourgs et les villages finirent, au grand détriment du commerce, par avoir des poids divers et leurs mesures particulières.

Les poids et les mesures ont conservé de nos jours, en Lombardie, à quelques légères subdivisions ou altérations près, les mêmes dénominations, emplois et capacités déterminés par les lois et règlements du nie siècle.

Comme aujourd'hui :

Le jugis et la pertica étaient la mesure linéaire ;

Le fascio ou centenajo et leurs divisions servaient à peser les objets volumineux et encombrants, tels que le bois, le foin, la paille, etc. ;

Le stajo était la mesure de capacité pour les liquides : seulement la Lombardie a, de nos jours, une mesure trois fois plus forte que le stajo, que l'on appelle la brenta, et dont le stajo n'est plus qu'une division ;

Le moggio est encore la plus forte mesure pour les grains et le charbon.

Mais ces poids, mais ces mesures continuent, comme autrefois, à recevoir une application différente, quoique sous les mêmes dénominations, dans les diverses villes de la Lombardie. Là et ailleurs un tel état de choses, profitable aux ruses de l'industrie et nuisible au développement loyal des relations commerciales de province à province et de peuple à peuple, aura un terme tôt ou tard. Seulement, pour la complète réussite de cette grande entreprise, il faut, chez les gouvernants, de la patience et une grande longanimité contre les obstacles incessamment suscités soit par la routine, soit par l'appât de gains frauduleux.

Les idées d'uniformité, quand on veut les appliquer indistinctement à tous les peuples, sans égard à leurs lois, à leurs plus ou moins de lumières, et à leurs coutumes, ne sont trop souvent que les rêves dangereux de quelques novateurs qui, sous prétexte d'établir l'égalité entre les hommes, ne veulent que les niveler tous au-dessous d'eux. Dût cette uniformité dans les lois civiles, dans les lois criminelles, dans les lois de commerce, devenir un bienfait pour tous les peuples, ce bienfait ne pourra que tourner en calamité publique toutes les fois qu'on voudra l'imposer à la façon brusque, impérieuse et brutale de nos procustes modernes.

Comme le dit Montesquieu : « Il y a de certaines idées d'uniformité qui saisissent quelquefois les grands esprits (car elles ont touché Charlemagne), mais qui frappent infailliblement les petits . . . . . . . . . . . . . . .

« La grandeur du génie ne consisterait-elle pas à savoir dans quel cas il faut l'uniformité, et dans quel cas il faut des différences ? »

On peut dire en toute assurance, que l'uniformité dans les poids et mesures serait une des idées les plus fécondes en bons résultats. Charlemagne tenta vainement de l'établir.

Mille ans après, l'homme géant, qui a fait revivre un moment le grand empire carlovingien, a tenté, lui aussi, d'assurer le triomphe de cette idée qu'on reprend de nos jours avec une ardeur nouvelle. Si, à travers toutes les incertitudes des choses de ce monde, il est permis de prévoir le succès général d'un système quelconque, certes rien ne nous semble mériter plus de confiance que l'avenir de notre admirable système métrique.

Ce système, à base fixe et rationnelle, à résultats évidens, matériels, positifs, doit tout attendre du temps et des progrès de la raison humaine. On le verra partout sortir triomphant de cette double épreuve, mortelle pour toutes les folles utopies modernes d'un philosophisme que le temps démasque et que la raison tue.

 

 

 



[1] Concile tenu à Rome en 826.

[2] Giulini dit qu'il ne faut pas chercher, dans cet établissement de Lothaire, l'origine de la célèbre Université de Pavie, encore si fréquentée de nos jours par toute la jeunesse de Lombardie, et qui, ajoute cet historien, ne fut fondée que plusieurs siècles après.

[3] MURATORI, Ann. d'Ital., t. IV, pages 479 et 480.

On lit, dans l'Histoire de la Législation, par M. GUIZOT :

« Quelquefois on repoussait les sciences profanes quel qu'en pût être l'objet. A la fin du VIe siècle, saint Dizier, évêque de Vienne, enseignait la grammaire dans son école cathédrale. Saint Grégoire-le-Grand l'en blâme vivement. Il ne faut pas, lui écrit-il, qu'une bouche consacrée aux louanges de Dieu s'ouvre pour celles de Jupiter. Je ne sais trop, ajoute M. Guizot, ce que les louanges de Dieu ou de Jupiter pouvaient avoir à démêler avec la grammaire. »

L'observation de Muratori, si elle avait été connue du savant professeur, l'eût peut-être aidé à résoudre cette question. Cette interprétation du mot grammaire, rapprochée de la réprobation dont cette science est l'objet de la part de Grégoire-le-Grand, nous paraît un argument de plus en faveur de l'opinion émise par M. Guizot, sur l'abandon et même la proscription des sciences profanes au vi' siècle. Sans cette signification, le blâme porté par le pontife serait un non-sens, pour ne rien dire de plus.

[4] Caractère général des arts dans la Lombardie, REVUE BRITANNIQUE, t. XVIIIe, IVe série, année 1838.

[5] Dans un concile de Tours, tenu en 813, pour le rétablissement de la discipline, on avertit les évêques de faire en sorte que chaque prêtre eût par devers lui les Homélies des Pères, traduites en langue romane rustique, ce qui donnerait lieu de penser que le latin avait aussi cessé en France d'être la langue vulgaire.

[6] GIULINI, t. Ier, pages 84, 85, 109 et 110.

[7] Comte VERRY, t. Ier, pages 134 et suivantes.

[8] GUILINI, tome Ier, page 348. — VERRY, tome Ier, page 137.

[9] VOLTAIRE, Histoire générale, chap. XV.

[10] Description historique et critique de l'Italie, par l'abbé RICHARD, t. Ier, Milanais, § 16.

[11] On sait que, par suite des désastres occasionnés, en 800, par le tremblement de terre qui, entre autres dommages, fit écrouler presque toute la toiture de la basilique de Saint-Paul, le pape Léon institua, à Rome, les Rogations pour les trois jours qui précèdent la fête de l'Ascension.

Il paraît que cette cérémonie existait en France depuis le Ve siècle. Giulini en fait remonter l'établissement aussi à cette époque pour Milan. Ce qui ferait penser qu'elle fut fondée par saint Ambroise.

[12] Le même écrivain (l'abbé Richard) fait observer, dans une note, que l'usage, à Milan, n'est point de sonner les cloches à grandes volées comme ailleurs, qu'elles sont suspendues de façon qu'on ne peut que les tinter. C'est encore sans doute, ajoute-t-il, une des singularités du rit ambroisien (t. Ier, Milan., § 16, note a).

[13] GIULINI, t. Ier, lib. III, page 189.

[14] GIULINI, t. Ier, lib. III, page 191.

[15] GIULINI, t. Ier, lib. III.

[16] Histoire générale, t. Ier, chap. XV, page 163, art. Commerce.

[17] Saint Boniface, premier évêque de Mayence, vivat dans la première moitié du VIIIe siècle.

[18] VOLTAIRE, Histoire générale, chap. XV.

[19] Par BONNET, 1810, page 11.

[20] MURATORI, Antiq. d'Ital., dissert. XXVII, et dans ses Ann. d'It., t. IV, page 403, année 806.

Cet historien pense que Spoletti devait jouir du même privilège, bien que, jusqu'à lui, on n'ait trouvé aucune monnaie de ce duché se rapportant à cette époque.

[21] Manuel monétaire, publié par BONNET, 1810, in-4°.

[22] DUPRÉ DE SAINT-MAUR, Essai sur les monnaies. — Le comte GERMAIN GARNIER, Mémoire sur la valeur des monnaies de compte, chez les peuples de l'antiquité. — SAY, Traité d'économie politique. — VOLTAIRE, que Germain Garnier cite en cette occasion. — GIULINI, Storia di Milano.

[23] Esprit des Lois, liv. XXII, chap. III.

[24] Histoire générale, chap. XV.

[25] Nous nous permettons de citer Voltaire, puisque le comte Germain Garnier a invoqué cette autorité, même dans ses mémoires sur les monnaies.

[26] Nous avons fait ce relevé sur les documents officiels recueillis dans la statistique dressée, en 1837, par ordre du ministre des travaux publics.

[27] Ce qui résulte des mêmes documents officiels.

[28] Nous négligeons les sept années du règne de la terreur, des assignats et de la banqueroute. Il est curieux de remarquer que, pendant les trente et une années qui ont précédé la révolution de 89, le prix moyen de l'hectolitre de froment a été de 13 francs 97 centimes, et que, pendant les trente et une années qui font suivie, ce prix s'est élevé à 19 francs 58 centimes ½.