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l'empire,
mais dont l'ambition louable brûlait de prouver, comme ses frères, par une
vie noblement et laborieusement remplie, son zèle et son dévouement pour
l'empereur ? Telles
furent les considérations qu'Hermengarde dut faire valoir pour servir les
vues de son fils et son ambition de mère. Quoi
qu'il en soit, Louis, aux premiers bruits de la fermentation nouvelle qui se
manifestait en Lombardie, se montra plus que jamais disposé à lui choisir un
roi, laissant entrevoir la pensée que son choix se porterait sur Lothaire. Mais un
événement inattendu vient suspendre l'effet de cette espèce d'engagement pris
avec la révolte, cette fois légitime ; un moment la face des choses est
changée, et Lothaire dont l'attention se détourne de son premier but, berce
son esprit d'un rêve plus brillant encore. La mort
vint inopinément enlever Hermengarde à l'affection de l'empereur. Louis
frappé par ce coup imprévu, débordé par les vicissitudes de la souveraine
puissance, courbé sous le faix de tant de charges et abreuvé des dégoûts incessants
que lui attiraient de toutes parts les querelles religieuses, Louis cède
enfin au poids de ses soucis et de sa douleur ; il manifeste l'intention
d'abdiquer et d'embrasser la vie monastique. A cette
annonce, les conseillers de la couronne et les courtisans s'effrayèrent de
voir approcher le terme de leur faveur ; incertains s'ils retrouveraient,
auprès des fils, les avantages et les honneurs que leur accordait le père,
peu rassurés, d'ailleurs, sur les conséquences pour l'empire lui-même, de
l'ambition des trois frères rivaux, ils combattirent ouvertement la
résolution de leur maître. L'Europe resta spectatrice attentive de ce drame,
dont le dénouement, en cas d'abdication, semblait devoir être le point de
départ d'une ère de troubles et de collisions sanglantes. La
Lombardie dut apporter plus d'intérêt que tout autre peuple à ce spectacle,
puisque le prince qui lui était destiné pour roi, allait peut-être prendre en
main le sceptre impérial ; elle en attendit dans le calme, mais non sans
anxiété, le dénouement qui fut tel qu'on devait l'attendre du caractère
irrésolu de Louis et de l'incessante obsession des courtisans menacés dans
leur cupidité d'abord, puis dans leur dévouement plus ou moins sincère à la
chose publique. Le
projet d'abdication fut abandonné. L'isolement où la mort d'Hermengarde avait
plongé l'empereur, ayant ; plus que tout, contribué à amener une-résolution
dont on s'était si vivement ému, les courtisans virent, dans un nouveau
mariage de Louis, un gage de sécurité contre le retour de pareilles
inquiétudes. Sur leurs pressantes sollicitations, Judith, fille de Welf ou
Guelfe, duc des Bavarois, fut acceptée comme épouse par l'empereur. Mais
cette union, qui plus tard devint si fatale à l'empereur et à l'empire, ne
cicatrise qu'une seule plaie de ce cœur abattu. Une pensée fixe, un remords
poignant obsèdent l'esprit faible du monarque. Louis se souvient trop tard
d'avoir promis, par serment, à son père, d'être le protecteur de ses sœurs,
de ses frères, de ses neveux. Comment
a-t-il tenu cette promesse faite près du lit d'un père mourant en échange de
la couronne impériale ? Qu'a-t-il fait du fils de Pepin, de son malheureux
neveu, de Bernard que pleure la Lombardie ? Comment réhabiliter la mémoire de
cette royale victime et réparer le mal qu'il a fait au peuple lombard dans
son aveugle colère ? Dans leur repentir comme dans leurs fautes, les esprits
faibles se préservent rarement de l'exagération. Satisfaire
au vœu de la Lombardie en lui envoyant un roi, ou au moins un prince de son
sang pour la gouverner ; confier cette importante mission à l'aîné de ses
fils[1] ; donner à Lothaire, pour
conseiller, l'illustre Walla[2], ancien ministre de Bernard, et
en cette qualité victime, lui aussi, des rigueurs impériales ; amnistier tous
ceux que la sévérité de ses sentences avait enveloppés dans la disgrâce du
jeune roi ; les rappeler de l'exil, les faire rentrer dans leurs biens
confisqués. Si là, se fussent bornés les effets du repentir de l'empereur, la
réparation aurait paru noble et complète. Mais combien la dignité impériale
n'eut-elle pas à souffrir de cet abaissement où la traîna la pusillanimité de
Louis dans la trop fameuse assemblée d'Attigni ! Combien cette amende
honorable, cette pénitence publique en expiation du supplice infligé à
Bernard ; combien ces sanglots, ce front dans la poussière, en présence du
clergé, des grands et du peuple, ne durent-ils pas dégrader, aux yeux de
tous, cette tête qui avait osé ceindre l'éclatant diadème de Charlemagne ! Tel fut
cependant le déplorable spectacle que donna au monde Louis-le-Débonnaire,
dans un moment où sa couronne avait plus que jamais besoin de s'entourer d'un
prestige de force et de dignité. Bien
que désigné pour le gouvernement de la Lombardie, en février 821, Lothaire ne
se rendit auprès de ses nouveaux sujets que dans le cours de l'année suivante[3]. Le pape
Pascal occupait alors le Saint-Siège, Il ne put voir, sans ombrage, Lothaire
exercer l'autorité en Italie avant d'avoir reçu l'onction sainte à Rome.
L'exemple de Louis, qui n'avait été sacré empereur qu'en France, lui
paraissait dangereux pour ce qu'il considérait comme les prérogatives du
Saint-Siège. Il engagea donc Lothaire à profiter de son séjour dans la
Péninsule pour se faire couronner à Rome à l'exemple de son aïeul
Charlemagne. Louis
permit que son fils cédât aux instances du pontife qui reçut Lothaire avec
une grande pompe, et le proclama empereur et roi, le 5 avril 823, jour de
Pâques[4]. Lothaire
retournait de Rome à Pavie, quand il apprit que Liutwide, duc de la Pannonie,
battu deux fois par les armées impériales, s'était de nouveau révolté. Le
nouveau roi envoya aussitôt une armée lombarde contre Liutwide qui, retranché
dans la ville de Siscia (aujourd'hui Sissek), près de l'embouchure de la
Save, ne s'y croit plus en sûreté à l'approche de l'ennemi, et se réfugie
chez un prince dalmate. Le perfide Liutwide, d'après le récit de l'astronome,
dans sa Vie de Louis-le-Pieux, récit que reproduit Muratori sans le
contredire[5], paie par l'assassinat sa dette
de reconnaissance envers le prince qui l'a accueilli dans sa fuite, et se
rend ainsi maître de la ville que la pitié de sa trop confiante victime lui a
offerte pour refuge. Ce crime, ajouté à ses fautes, ne fait que compliquer sa
situation déjà si mauvaise, et qu'animer d'une nouvelle ardeur les troupes
envoyées pour le combattre. Le danger était imminent : Liutwide demande à se
soumettre ; il envoie à Louis et à Lothaire quelques-uns de ses officiers
dévoués, chargés de les assurer de son repentir et d'invoquer leur clémence :
les empereurs n'eurent pas le temps de lui adresser leur réponse. Cet homme,
qui avait attiré tant de maux sur la Pannonie, et dont la main s'était
lâchement teinte du sang de l'hôte hospitalier qui l'avait accueilli dans
l'adversité, ce duc rebelle et félon périt sous le poignard d'un de ses
propres soldats. Sa mort désarma la colère des deux empereurs contre la
Pannonie, et les troupes italiennes rentrèrent en Lombardie sans coup férir. Pendant
cette heureuse expédition, Lothaire marquait sa présence en Italie, par la
publication de plusieurs règlements ou capitulaires empreints d'un profond
esprit de sagesse et d'équité. Ce fut sans doute à cette époque que parut son
mémorable décret relatif au rétablissement des lettres dont le jeune empereur
signale à regret la décadence[6]. Ici,
nous ne pouvons nous empêcher de faire ressortir certains rapprochements très
remarquables. Quelques
édits de Lothaire sont datés d'une résidence royale, située non loin de
Pavie, près du lieu où la rivière d'Olona se jette dans le Pô. Cette
résidence, où séjourna Charlemagne, s'appelait villa d'Olona ou corte
d'Olona ; le bourg qui occupe la place où elle était située, porte
aujourd'hui, par altération, le nom de Cortellona[7]. C'est
probablement pour rappeler ces vieux souvenirs où domine le grand nom de
Charlemagne, que Napoléon, mille ans après, quand il réunit, par la victoire,
la Lombardie à l'empire français, donna le nom de département d'Olona à la
province dont Milan était le chef-lieu. Il est
un autre rapprochement non moins singulier. Giulini,
dont l'ouvrage a été publié en 1760, fait observer qu'au retour d'un de ses
voyages à Rome (825),
Lothaire data un de ses diplômes de la FAMEUSE résidence ROYALE de MARENGO : nella villa FAMOSA di MARENGO, corte Reale[8], « peu loin, ajoute cet
auteur, du Tanaro et de l'emplacement qu'occupe aujourd'hui la ville
d'Alexandrie[9]. » Giulini,
en écrivant ces lignes au milieu du XVIIIe siècle, était loin de prévoir
qu'un demi-siècle après lui, et dix siècles après l'invasion de la Lombardie
par les guerriers de Charlemagne, un autre grand capitaine, un autre
Charlemagne, à la tête des descendants de ces mêmes guerriers, rendrait bien
autrement FAMEUX
le site et le nom de MARENGO. MARENGO n'est qu'un hameau de quelques
maisons ; près de là est un bourg considérable du nom de Spinetta, qui fut,
aussi bien que Marengo, témoin et théâtre de la grande bataille. On devine
aisément le motif qui a fait choisir à Bonaparte le nom du hameau pour en
baptiser son immortelle victoire, et pour donner, au département dont
Alexandrie fut le chef-lieu, le nom de département de Marengo, Lothaire,
après avoir, comme nous venons de le dire, pourvu la Lombardie de lois et de
décrets propres à y assurer une bonne administration, se rendit à la cour de
son père[10]. Les
vieilles chroniques de l'époque racontent que le jeune empereur, passant dans
le bourg de Grabadona, aujourd'hui Grabadona, sur le lac de Como, alla y
visiter une église dédiée à saint Jean-Baptiste. On voyait dans le chœur, une
image de la sainte Vierge, ayant sur ses genoux l'Enfant-Jésus à qui les
mages venaient offrir leurs présents ; cette peinture, usée par le temps,
était dans le plus misérable état : à l'approche de l'empereur, la figure de
la Vierge et celle de l'Enfant-Dieu apparurent sous des couleurs vives dont
la fraîcheur le disputait aux fresques les plus brillantes. Les mages
restaient dans l'ombre, les présents qu'ils apportaient au divin Enfant
avaient pris le même éclat que les figures principales : ce prodige, ajoute
la chronique, dura deux jours. L'historien
Tatti dit qu'on n'a conservé à Gravedona aucun souvenir de ce tableau,
comme aucune tradition de cet événement. Giulini
affirme, au contraire, avoir vu lui-même, dans l'église de ce bourg, un très
ancien baptistaire où l'on montre une peinture complètement semblable à celle
décrite par les vieilles chroniques italiennes que nous citons. Ce tableau, à
cause de cette même ressemblance, ajoute Giulini qui du reste, se refuse
gravement à croire que ce soit celui sur lequel s'est opéré le prodige, est
soigneusement conservé sous verre, et orné d'une lampe toujours allumée. Cette
peinture, dit encore l'historien milanais, n'est pas à la place indiquée par
les chroniques. « Dailleurs, » poursuit assez naïvement le savant écrivain,
pour justifier son refus de croire à l'identité des deux tableaux, « comment
une peinture usée déjà dans ces temps reculés, et qui n'a repris son
premier éclat que pendant deux jours, ne serait-elle pas aujourd'hui
complètement détruite ? » Si le
fait est vrai, quant au retour des couleurs dans leur fraîcheur première,
miracle qui peut s'obtenir par des moyens purement humains et à l'aide du
pinceau de quelqu'artiste, ne pourrait-on pas croire à quelque pieuse
supercherie qui, jetant une lumière éclatante sur les dons offerts par les
mages, faisait ainsi un appel aux offrandes charitables des fidèles et
surtout à la munificence de l'empereur ? Les
chroniques ne disent point par quel présent Lothaire répondit à cet innocent
appel. Le
séjour de Lothaire à la cour de France ne fut que de courte durée ; les
affaires, sinon de la Lombardie laissées en bonnes et sûres mains, mais de
Rome livrée à des vicissitudes toujours renaissantes, rappelèrent bientôt ce
prince au-delà des Alpes. Théodore,
prémicier de l'Église romaine, qui avait assisté au concile d'Attigni, et.
Léon, nomenclateur, son gendre, ayant été mis en jugement pour un crime que
l'on tenait secret, avaient eu la tête tranchée. Par un surcroît de cruauté
usitée dans ces temps barbares, on avait crevé les yeux aux deux condamnés
avant de leur faire subir le dernier supplice. Il fut
dit à la cour de France que ces exécutions avaient eu lieu par ordre du pape
; il y fut encore dit que Théodore et Léon n'avaient été mis à mort que pour
s'être montrés trop dévoués aux empereurs francs. « Il
paraît, dit à ce sujet l'historien de l'Église souvent cité par nous, que la
souveraineté sur cette capitale du monde était déjà contestée aux nouveaux
empereurs, au moins par voie de fait ; et que, sous prétexte d'éviter dans
les affaires le péril du retard, on les terminait souvent avec une
précipitation affectée : ou bien, ajoute Bérault-Bercastel, ces faits et
autres semblables prouvent que les papes ne reconnaissaient déjà plus les
empereurs que comme seigneurs suzerains et protecteurs, et non point comme
maîtres et justiciers dans Rome. « Le
pape voulut se justifier, au moins quant à l'exécution de Théodore à laquelle
il protesta, avec serment, qu'il n'avait point eu de part, quoiqu'il fût
coupable, ajouta-t-il, du crime de lèze-majesté. « L'empereur
ne jugea point à propos d'éclairer davantage ce mystère[11]. » La
mission de Lothaire à Rome eut, pour le moment, un résultat négatif, la
faiblesse de l'empereur Louis ayant reculé devant l'éclat qu'aurait amené
cette affaire si l'enquête avait été suivie, et si l'on avait soulevé le
voile mystérieux qui l'enveloppait. Le
jeune empereur, sur l'ordre de son père, retourna dans sa capitale lombarde
sans avoir sévi, attendant quelque occasion favorable de manifester son
mécontentement sur cette sanglante et ténébreuse intrigue. On
osait contester à Rome l'autorité des empereurs ! On persécutait les
partisans de la France dont on invoquait cependant l'assistance à chaque
nouveau péril ! Lothaire profita de son séjour à Pavie pour préparer quelques
décrets où devait ressortir la souveraineté des empereurs francs sur les
domaines de l'Église et sur Rome. La sage expérience de Walla ne dut pas
rester étrangère à la rédaction de ces actes fameux. Comme
on l'avait prévu à Pavie, les affaires de Rome ne tardèrent pas à réclamer de
nouveau l'intervention du jeune empereur. Le pape
Pascal étant mort peu de temps après le départ de Lothaire, un certain Zizime[12], romain de naissance, était
parvenu à gagner une partie du peuple et à s'en faire élire pape. En même
temps Eugène, archiprêtre de Sainte-Babine, était élu canoniquement par le
clergé. Zizime, qu'une faction soutenait, entretint le schisme pendant
quelques mois ; mais Louis ayant ordonné à Lothaire de se rendre à Rome pour
la défense d'Eugène II, Zizime se hâta de prendre la fuite à l'approche des
Lombards. Lothaire,
cette fois, agit en souverain maître à Rome ; sa parole sévère[13] fit sentir au clergé de la
ville des pontifes, tout l'odieux des sanglantes persécutions auxquelles
avaient été' récemment en butte les partisans de la domination française ; il
s'éleva avec autorité contre l'espèce d'oppression dont on rendait victimes
ceux qui avaient échappé à la mort, et dont les plaintes, il ne le savait que
trop, étaient dirigées contre les juges de Rome et les pontifes eux-mêmes ;
il fit restituer à plusieurs habitants les biens dont on les avait
injustement dépouillés ; il se plaignit de l'incurie et de l'ignorance de
quelques papes qui avaient toléré trop d'abus, et signala l'insatiable
avarice des juges, et déclara que désormais, selon les antiques usages,
les juges seraient nommés par l'empereur. Ceux qui avaient prévariqué dans
l'octroi de la justice, ou dans la gestion des affaires publiques, furent
envoyés en exil. Cette mesure de rigoureuse équité fut un sujet de vive
allégresse pour le peuple romain[14]. Enfin,
pendant ce glorieux séjour à Rome, et pour prévenir de nouveaux abus dont il
n'empêcha pas le retour, Lothaire publia sa célèbre constitution en neuf
articles que rapportent Baronius et Holsténius. Ce
décret frappait d'exil quiconque troublerait l'élection régulière d'un
souverain pontife. Des
commissaires, nommés par l'empereur et le pape, devaient faire à l'empereur
leur rapport sur la manière dont la justice était administrée par les juges,
les comtes et les ducs. Tous
les Romains, soit du sénat, soit du peuple, devaient déclarer selon quelle
loi ils voulaient vivre, c'est à dire qu'on leur donnait l'option, les lois
des Goths ou des Lombards, et le droit romain étant également tolérés en
Italie ; et, on devait les juger selon la législation de leur choix, par
l'autorité de l'empereur et du pape. Le même
décret ordonnait la remise au clergé des biens lui appartenant et qui
pouvaient être injustement retenus par autrui ; enfin, l'empereur ne
promettait sa bienveillance qu'à celui qui rendrait obéissance et respect au
souverain pontife. Le
clergé et le peuple prêtèrent serment à cette constitution en présence du
pape et de l'empereur. Nous
trouvons, dans l'Histoire de l'Église, la formule de ce serment : «
Nous promettons fidélité aux empereurs Louis et Lothaire, franchement et sans
arrière-pensée, sauf la foi que nous avons promise au pape ; nous ne
souffrirons pas que l'élection du pape se fasse autrement que selon les
canons, et que celui qui aura été élu soit consacré avant qu'il ait fait, en
présence du peuple et de l'envoyé de l'empereur, un serment semblable à celui
que le pape Eugène a fait, de son plein gré, pour l'intérêt commun. » Ce
serment, tout équivoque qu'il puisse paraître, la constitution publiée par
Lothaire, l'intervention continuelle des empereurs dans les affaires
intérieures de Rome, sont, nous le répétons, des preuves évidentes pour nous,
que Pepin et Charlemagne, dans les donations par eux faites ou sanctionnées
en faveur du Saint-Siège, s'étaient réservé les droits, non pas seulement de
seigneurs suzerains, mais de souveraineté. Ces mêmes prérogatives, que nous appelons des droits de la conquête, furent d'abord attaquées sourdement, et puis hautement qualifiées d'abus par les pontifes romains, lorsque la cour de Rome voulut, elle aussi, prendre sa part et une large part encore, de la dépouille de ces mêmes rois ou empereurs de qui les papes tenaient leur puissance temporelle. |
[1]
Ce choix eut lieu le 7 février 821.
Quelques historiens contestent cette date, mais sans
fondement, comme le prouve Giulini, lib. III, anno 821.
[2]
Ann. Fr., EGINHARD.
— MURATORI, Ann.
d'Ital., t. IV, p. 455. — GIULINI, t. Ier, Storia di Milano.
L'histoire nous montre le comte Walla, sous l'habit
monastique, occupé avec son vertueux frère Adelhard, à fonder, dans le pays des
Saxons, sur les bords du Weser, cette communauté (nouvelle Corbie), puissant
foyer de lumière, qui éclaira longtemps l'Allemagne de ses rayons.
Il est probable que le comte Walla ne quitta Lothaire
pour rejoindre Adelhard qu'après le second voyage du jeune empereur à Rome. Ce
séjour de Walla en Italie nous semblerait démontré par les lumineux édits qui
parurent dans les premières années du règne de Lothaire ; comme aussi, les
décrets imprudents promulgués plus tard par ce prince, dénoteraient l'absence
de l'illustre ministre.
[3]
GIULINI. Cet
écrivain fait observer* qu'il n'y parut qu'avec le titre d'empereur ; il
ajoute que les Annales Italiennes donnent cette seule dénomination à
Lothaire et à ses successeurs à l'empire sans l'adjonction du titre de roi
d'Italie. BÉRAULT-BERCASTEL** dit,
au contraire, que le pape couronna Lothaire, empereur, et roi de Lombardie.
D'autres historiens l'affirment comme lui. La suite de cette histoire nous
montrera plus tard Lothaire, privé de son titre d'empereur et réduit à sa seule
royauté de Lombardie ; ce qui nous paraît être en contradiction manifeste avec
l'assertion de Giulini, ordinairement si bien informé.
L'église de Milan reçut, lors de l'arrivée de Lothaire
en Italie, de riches présents qu'elle dut à la munificence des deux empereurs.
Giulini parle entr'autres et donne le dessin d'une croix d'or massif de la
hauteur de deux brasses milanaises***, enrichie de pierres précieuses et
de reliques remarquables.
Cette croix se trouvait encore du temps de l'historien
milanais (qui n'a pu s'expliquer cette translation) dans le monastère de Chiaravalle
ou de Caravalle, dont la fondation ne remonte pas au-delà du XIIe
siècle.
* Storia di Milano, t. Ier, anno 821
** BÉRAULT-BERCASTEL,
Histoire de l’Église, t. IV. p. 319.
*** Une brasse-milanaise correspond à
soixante-seize centimètres.
[4]
On dit que le pape obtint du jeune empereur la promesse de faire dater son
règne du jour de son sacre à Rome. Quelques pays de l'Italie adoptèrent cette
date, d'autres s'y refusèrent. Lothaire, comme nous le verrons, reprit bientôt
l'ancienne, par suite de quelques démêlés avec le Saint-Siège. (GIULINI, t. I, Storia
di Milano.)
[5]
MURATORI, Ann.
d'Ital., t. V, pages 456 et 457.
[6]
Au reste, la Lombardie n'était pas le seul pays rebelle à la salutaire
impulsion donnée aux études par les premiers empereurs francs.
L'Histoire de l'Église rapporte, pour preuve du
déplorable état où les lettres étaient tombées, que, dans un concile tenu en
826 par le pape Eugène II, on dut, tant était grande alors la difficulté de
s'énoncer ou de composer, copier, d'un concile réuni sous Grégoire II, le petit
discours qui devait servir de préface au concile que l'on célébrait.
[7]
Le comte Giulini semblerait vouloir indirectement attribuer, à la proximité de
Pavie et de cette résidence royale, la préférence donnée par l'empereur, pour
le siège de l'Université, à Pavie sur Milan.
L'historien milanais ne veut pas avouer et cherche à
faire oublier qu'à cette époque sa chère ville natale était effacée du nombre
des cités riches et importantes ; et que Pavie, capitale des rois lombards,
continua à l'être longtemps encore sous les successeurs de Charlemagne.
Le comte Verry, milanais comme Giulini, mais moins
travaillé d'amour-propre pour la gloire ou la gloriole de la ville où il a reçu
le jour, ne craint pas d'offrir le tableau de la triste situation de Milan à
cette époque, situation telle qu'aucun des empereurs ou rois qui, après
Charlemagne, régnèrent en Lombardie, ne fit sa résidence de cette ville, et que
pas un de leurs édits n'en porte la date. * Giulini, pour s'en consoler,
trouve un singulier motif dont nous aurons l'occasion de nous occuper plus tard.
* Comte VERRY, Storia di Milano, t. Ier, p.
105.
[8]
GIULINI, t. Ier,
anno 825. — Comte VERRY, t. Ier, p. 106.
[9]
Le Tanaro va se jeter dans la Bormida qui sépare le territoire d'Alexandrie du
champ de bataille de MARENGO,
et qui va, un peu plus bas, se mêler aux eaux du Pô.
[10]
D'après Giulini, l'empereur Louis aurait chargé Adelhard, comte du
palais, et Mauringo, comte de Brescia, de diriger les affaires du royaume,
pendant l'absence de son fils.
Il pourrait y avoir une erreur dans cette assertion, ou
au moins, cet Adelhard ne saurait être le frère de Walla. Le saint homme,
ancien ministre de Pepin et de Bernard, était, à cette époque, occupé de sa
pieuse fondation dans le pays des Saxons. Ce dut être plutôt Walla qu'on
chargea de l'administration du royaume au départ de Lothaire.
[11]
BÉRAULT-BERCASTEL, Histoire
de l'Église, t. IV, p. 319.
[12]
Selon le P. Pinchinat, Zinzime, Dict. de l'Idol., etc., art. Antipapes,
IXe siècle.
[13]
L'auteur anonyme de la Vie de Louis-le-Pieux. — MURATORI.
[14]
MURATORI, Ann.
d'Ital., p. 460 et 463.