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Tandis
que, de 1270 à 1812, la France n'avait cessé de s'agrandir vers l'Est et le
Nord-Est, de 1812 à 1914 elle perd quelques-unes de ses acquisitions
anciennes ou nouvelles ; des guerres malheureuses l'obligent en 1814, en
1815, en 1871, d'abandonner à la Prusse, à la Bavière ou à l'ensemble des
États allemands, d'abord les territoires d'Empire de la rive gauche du Rhin
qu'elle avait conquis pendant la Révolution, puis des morceaux plus ou moins
importants de la Lorraine et de l'Alsace. En outre, de 1871 à 1914, la France
a dû, par crainte d'une nouvelle guerre, ne pas relever certains mauvais
procédés de sa voisine de l'Est et lui faire des concessions humiliantes. On
peut donc dire que, de 1812 à 1914, la France a reculé matériellement et
moralement devant l'Allemagne. C'est
dans l'ambition démesurée de Napoléon Ier, dans la politique aventureuse et
imprévoyante de son neveu, dans les révolutions trop fréquentes dont la
France a été le théâtre au XIXe siècle, qu'il faut, à notre avis, chercher
les causes de ce recul. Victimes
de la politique étrangère, tantôt agitée, tantôt timide, des hommes qui
gouvernaient la France, nos ancêtres ont d'autre part subi les changemenls.de
régime que leur imposaient la population parisienne, un
Bonaparte ou l'étranger. A aucun moment ils n'ont tenté de réagir
contre les révolutions et contre les coups d'Etat, qui avaient eu la capitale
pour théâtre. Si,
depuis un siècle, bien des choses ont changé en France, nous subissons
encore, après cinquante années de République, la centralisation napoléonienne
! L'opinion
publique dans la région lorraine s'est naturellement modifiée, au cours du
XIXe siècle, sous l'influence de causes permanentes ou transitoires. La masse
de la population est restée attachée à ce que l'on nomme les conquêtes
civiles de la Révolution. D'ailleurs les Lorrains, gens modérés, ennemis des
exagérations, avaient aussi peu de sympathie pour les tenants du passé que
pour les utopistes qui les conviaient à courir de périlleuses aventures. La
monarchie parlementaire, l'Empire et la République ont eu successivement
leurs préférences. Il est bon d'ajouter que les opinions des Lorrains ont été
influencées par la situation de leur pays, placé à la frontière Nord-Est de
la France. Jusqu'en
1870 la population messine s'est montrée, comme elle l'avait fait pendant la
Révolution, accessible aux idées avancées. Il en a été de même des Vosgiens,
tandis que les Meusiens étaient de tendances plus conservatrices. La région lorraine, de 1812 à 1815, puis à l'époque de la monarchie constitutionnelle (1815-1848), ensuite sous les régimes fondés sur le suffrage universel (1848-1870), la guerre de 1870-1871, la Lorraine française au temps de la troisième République (1871-1914), la Lorraine annexée sous la domination allemande (1871-1914), telles sont les divisions que nous adoptons pour l'histoire du pays durant la période d'un siècle qui va de 1812 à 1914. |