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L'occupation
de Metz, de Toul et de Verdun par Henri II n'entraîna pas tout de suite les
conséquences qu'on en pouvait espérer pu craindre. Paralysés par les luttes
religieuses qui ensanglantèrent la France pendant plus de trente ans, les derniers
Valois furent incapables d'agrandir les conquêtes de leur père. D'autre part,
telle était la faiblesse du Saint-Empire qu'il ne sut pas mettre à profit
l'anarchie où se trouvait plongée la France, pour reprendre les trois villes
épiscopales. Vainqueur des chefs de la Ligue et du roi d'Espagne, Henri IV
consolida son pouvoir sur Metz, Toul et Verdun et tenta de préparer par des
mariages l'annexion des duchés à la France. Quand Richelieu revint à la
politique d'expansion, c'est la manière forte qu'il employa vis-à-vis de
Charles IV. Comprenant le péril qui le menaçait, le jeune duc se rejeta vers
l'Empire et vers l'Espagne. Ferdinand II, Ferdinand III et Philipe IV furent
aussi impuissants les uns que les autres à sauver la Lorraine et le Barrois
de l'occupation française. En 1648 Ferdinand III, bien loin de pouvoir
imposer à la France la restauration de Charles IV dans ses Etats, dut
formellement reconnaître à Louis XIV la possession en toute souveraineté de
Metz, de Toul et de Verdun, ainsi que du temporel des évoques de ces trois
villes. Quand Philippe IV signa en 1659 avec Louis XIV la paix des Pyrénées,
il obtint simplement la restitution de la Lorraine à un allié, qu'il tenait
d'ailleurs en prison depuis cinq ans. Il se vit en outre obligé d'abandonner
une partie du Luxembourg à son futur gendre. Ce fut de son plein gré qu'en
1661 Mazarin rendit à Charles IV, le Barrois avec la Lorraine elle-même.
Chassé par Louis XIV de ses Etats en 1670, Charles reprit la lutte contre
l'ennemi héréditaire ; mais ni lui, ni son neveu Charles V ne réussirent à
reconquérir les duchés. Si Léopold remonta en 1697 sur le trône de ses pères,
ce fut parce que Louis XIV Je voulut bien ; le roi de France gardait
l'arrière-pensée, comme les moyens, d'enlever, quand bon lui semblerait, la
Lorraine et le Barrois à leur souverain légitime. Louis XV, impuissant à
maintenir son beau-père sur le trône de Pologne, lui fit donner les deux
duchés, qui devaient, après la mort de Stanislas, revenir à la France ;
François III reçut la Toscane en dédommagement. La Lorraine et le Barrois,
après avoir conservé, sous le règne de Stanislas, un semblant d'autonomie,
tombèrent en 1766 au rang de province française. Une des
conséquences naturelles de l'occupation de Metz, de Toul et de Verdun par la
France fut pour ces villes la perte de leur autonomie municipale. Henri IV,
Richelieu, Mazarin et Louis XIV firent disparaître petit à petit les vieilles
institutions républicaines et imposèrent aux trois cités épiscopales le
régime auquel étaient soumises les villes, du royaume. Les habitants, après
avoir résisté de leur mieux, durent finalement subir la loi du plus fort.
L'émigration, volontaire ou forcée, des éléments les plus actifs et les plus
énergiques de la population messine, qui fut la conséquence de l'occupation
de la ville par Henri II, du siège de i552 et delà révocation de l'Edit de
Nantes, explique que les descendants des républicains qui jadis avaient si énergiquement
conquis ou défendu leurs libertés contre évêques, ducs, rois ou empereurs,
aient fini par se résigner à devenir les sujets des Bourbons. Imitateurs
des rois de France, les ducs lorrains adoptèrent depuis Charles III une
politique à tendances absolutistes, qui ne triompha que sous Charles IV.
Etats généraux et Assises furent alors supprimés. C'était de la part de nos
princes une faute, très grave, qui dénote chez eux un réel manque de
clairvoyance et la méconnaissance de leurs vrais intérêts. Bien entendu,
Louis XV, devenu maître des duchés, ne leur rendit pas les Etats généraux
qu'ils avaient perdus. Si la Lorraine et le Barrois avaient encore, sous ;
Charles III et sous Henri II, connu d'heureux jours, la guerre de Trente ans
et les deux occupations françaises ruinèrent et dépeuplèrent te pays. Malgré
sa prodigalité, Léopold sut rendre à ses Etats quelque prospérité. La
situation s'aggrava de nouveau à partir de 1787. Dès le règne de Stanislas,
le gouvernement de Louis XV traita la Lorraine et le Barrois comme des
provinces françaises, y leva des hommes et des impôts, les soumit à la Ferme
générale. Pourtant les duchés conservèrent, ainsi que les Trois-Évêchés, leur
autonomie douanière. Toujours respectueux du pouvoir, Lorrains et Barrois
subirent sans révolte la domination des Bourbons. L'alliance conclue en 1756
entre la France et l'Autriche, puis le mariage en 1770 du dauphin, le futur
Louis XVI, avec Marie-Antoinette de Lorraine, fille de François III et de
Marie-Thérèse, réconcilièrent, un peu nos ancêtres avec le nouvel ordre de
choses. D'autre part, la noblesse trouvait son avantage à l'union des duchés
avec la France. Un de ses membres, Choiseul, devint principal ministre sous
le règne de Louis XV ; d'autres prirent du service dans l'armée du roi
Très-Chrétien. Toutefois,
si l'on met à part ceux des membres delà noblesse ou de la bourgeoisie qui
avaient obtenu en France des emplois largement rétribués, ni les habitants
des Trois-Évêchés, ni ceux des duchés n'avaient à se féliciter d'être devenus
les sujets des Valois ou des Bourbons. L'indépendance perdue, les impôts
devenus plus lourds, l'administration plus tracassière, telles étaient, pour
les uns comme pour les autres, les conséquences de l'annexion de leur pays à
la France. L'avènement de Charles IV (1624), le traité de Rijswijck (1697) et celui de Vienne (1735-1738) marquent les limites des différentes phases de cette histoire. |