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L'instruction,
une instruction à plus d'un égard très incomplète, continue d'être donnée,
dans les écoles épiscopales et monastiques, à de nombreux élèves par des
maîtres, les uns indigènes, les autres étrangers, dont bien peu ont connu la
célébrité. Des quelques œuvres latines ou romanes qu'a vues naître la région
lorraine, une seule est vraiment remarquable ; il convient d'ajouter que
plusieurs des autres ont pour auteurs des Bourguignons ou des Liégeois. Quant
à l'art qui n'est point, quoi qu'on en ait dit, une imitation de l'art
germanique, nous ne pouvons nous en faire qu'une idée imparfaite, la plupart
des édifices romans de notre pays ayant au moyen âge ou dans les temps
modernes fait place à des monuments d'un autre style. Enseignement,
littérature et arts sont également soumis à l'influence prépondérante de
l'Eglise ; elle seule dirige les diverses manifestations de la vie
intellectuelle. Professeurs, écrivains et même beaucoup d'artistes sont des
clercs ou des moines. I. — L'ENSEIGNEMENT.
L'Etat,
qui continue de rester étranger à l'enseignement, laisse à l'Eglise le soin
de le répandre, de fournir à la fois les maîtres, les locaux et le matériel. Les
écoles, ressuscitées ou nées sous l'impulsion de Charlemagne, disparues ou
tombées en décadence à la fin du ixe siècle ou au commencement du x% se
relèvent ensuite en même temps que l'Eglise elle-même, grâce aux efforts
heureux d'évêques et de moines lorrains de la période ottonienne. Mais la
Querelle des Investitures sera peu favorable à la prospérité des écoles de la
région qui, une fois : la tourmente passée, ne retrouveront plus leur
ancienne splendeur. Nous ne
savons rien des petites écoles que dirigeait le clergé paroissial des villes
et des villages. Beaucoup de prêtres dans les campagnes étaient incapables,
vu leur ignorance, d'instruire les enfants. Nous avons plus de renseignements
sur les écoles épiscopales de Trêves, de Metz, de Toul et de Verdun, et sur
les écoles adjointes aux monastères importants de la région. Citons parmi les
plus réputées l'école épiscopale de Toul, qui eut au XIe siècle un maître
renommé, Eudes, et qui compta pour élèves Hugues Metel et Albéron de
Montreuil, les écoles de Saint-Mathias, de Saint-Maximin, de Prüm et
d'Echternach, de Gorze, de Saint-Arnoul et de Saint-Vincent, de Saint-Evre,
de Moyenmoutier et de Senones, de Saint-Vanne et de Saint-Mihiel. C'est à
l'abbaye de Saint-Vincent que professa le célèbre Sigebert de Gembloux. A la
tête de chacune de ces écoles se trouvait un écolâtre, chanoine de la
cathédrale ou moine. C'est dans le clergé séculier ou régulier que se
recrutaient les maîtres ; la grande majorité de leurs auditeurs se composait
de futurs clercs et de futurs moines, qui appartenaient à toutes les classes
de la société ; on comptait aussi parmi eux des jeunes gens qui ne se
destinaient pas à l'Eglise, surtout des bourgeois. Non seulement les paysans,
mais la plupart des nobles, quand ils devaient vivre dans le monde,
n'allaient pas à l'école et n'apprenaient ni la lecture, ni l'écriture. L'enseignement
était presque toujours gratuit. A cette époque où l'on ignorait nos divisions
actuelles en écoles primaires, collèges ou lycées, universités, les écoles
épiscopales et monastiques distribuaient les trois enseignements, primaire,
secondaire et supérieur. Les plus jeunes élèves apprenaient à lire et à
écrire, ceux qui poursuivaient leurs études recevaient avec le trivium (grammaire,
rhétorique, dialectique)
et le quadrivium (arithmétique, géométrie, astronomie, musique), un enseignement à-la fois
secondaire et supérieur. Enfin, la théologie et le droit représentaient le
haut enseignement. L'école épiscopale de Toul offre cette particularité que
le droit commença d'y être professé dès le x1° siècle. L'enseignement ne se
donnait qu'en latin. En ce qui concerne les études littéraires, les élèves
commentaient des écrivains latins, en particulier des grammairiens,
apprenaient par cœur des morceaux extraits de ces auteurs ou des explications
du maître, faisaient des devoirs. Les quatre règles en arithmétique et la
géométrie plane constituaient à elles seules le programme scientifique des
écoles épiscopales ou monastiques. A tous les points de vue, cet enseignement
laissait à désirer. Pas de grec, aucune, langue vivante, pas même la langue
nationale, pas d'histoire, pas de géographie, des méthodes défectueuses, des
exercices conventionnels, qui développaient la mémoire, mais non le jugement,
ni la réflexion, ni l'esprit d'observation, qui, par : conséquent, ne
formaient pas de bons esprits, voilà en quelques mots les lacunes et les
défauts de cet enseignement. Maîtres
et élèves avaient besoin de livres, c'est-à-dire de manuscrits. Les églises
et les monastères avaient leurs bibliothèques, dont l'importance alla sans
cesse croissant. Nous connaissons le catalogue des manuscrits que possédait,
à la fin du XIe siècle ou au début du XIIe, l'abbaye touloise de Saint-Evre.
Les ouvrages de théologie tenaient naturellement la plus grande place dans
cette bibliothèque ; mais il s'y trouvait aussi des historiens et des poètes
latins. II. — LES LANGUES ET LA LITTÉRATURE.
1° Les langues.
C'est,
nous l'avons dit, en latin que professent les maîtres. D'ailleurs, du Xe au XIIe
siècle, l'Eglise, la littérature sérieuse et même la littérature légère,
enfin les chancelleries ne connaissent que la langue latine. Dans le courant
du XIIe siècle, elle commence à être dépossédée de son monopole par les
langues vulgaires ; pour la région lorraine, nous n'avons de renseignements
que sur le roman, qui devient au XIIe siècle une langue littéraire ; les
chancelleries l'emploient depuis le début du XIIIe siècle, d'abord
concurremment avec le latin, puis presque seul un peu plus tard. 2° La littérature
latine.
La
littérature de langue latine ne se distingue ni par le nombre, ni par la
qualité des œuvres. Encore quelques-uns des meilleurs écrivains que nous
avons à citer ne sont-ils même pas des indigènes. A. — La prose.
Les
clercs et les moines lorrains, c'est là un trait du caractère positif de
notre race, avaient, semble-t-il, peu de goût pour les spéculations
théologiques ou philosophiques. Quand nous aurons cité le Libellus de
Antichrisio du Bourguignon Adson qui, avant d'être abbé de
Montier-en-Der, passa plusieurs années à Saint-Evre, quelques lettres de
Hugues Metel, quelques libelles qui se rattachent à la Querelle des
Investitures, et dont l'un a été écrit ou inspiré par l'évêque Thierry de
Verdun, nous aurons épuisé la liste des travaux -qui se rapportent aux
questions religieuses. L'histoire
davantage intéressé le clergé de notre pays. Un moine de Saint-Maximin a
continué la chronique de Réginon ; un Bourguignon, Hugues de Flavigny,
quelque temps moine à Saint-Vanne de Verdun, a écrit une chronique
intéressante, mais trop partiale, l'auteur, d'abord grégorien, ayant ensuite
passé dans le camp impérialiste. Les églises épiscopales et les abbayes ont
leurs chroniques, les unes sèches, les autres détaillées, les unes sérieuses,
les autres pleines de fables. Citons parmi elles les Gesta Treverorum
et en particulier les Gesta Alberonis, de Baudry de Liège, les Gesta
episcoporum Virdunensium, œuvre d'un autre Liégeois, Laurent, moine de
Saint-Laurent — chronique très intéressante pour l'histoire de la Querelle
des Investitures à Verdun —, le Libellus de sancti Hildulfi successoribus
in Mediano monasterio, du moine bourguignon (?) Humbert, devenu plus tard
cardinal ; les Gesta Senoniensis ecclesiæ, du moine Richer de Senones,
œuvre sans chronologie ni critique, mais remplie d'anecdotes curieuses sur le
XIIIe siècle ; les Primordia calmosiacensia, de l'abbé Séhére,
fondateur de Chaumousey ; enfin le Chronicon sancti Michaelis.
Mentionnons aussi quelques biographies d'évêques, comme celle de Thierry Ier,
évêque de Metz, par Sigebert de Gembloux ; de son successeur Adalbéron, par
Constantin, abbé de Saint-Symphorien de Metz ; de saint Gérard, évêque de
Toul, par Widric, abbé de Saint-Evre, ou d'abbés comme la Vita Johannis
Gorziensis, par Jean de Saint-Arnoul, document du plus haut intérêt, par
malheur inachevé, et la Vita Richardi abbatis, d'un moine de
Saint-Vanne. L'hagiographie
n'a pas été non plus négligée. Nous avons en grand nombre des vies de saints
de la province de Trêves, des miracles et des translations de reliques,
œuvres d'inégale valeur, où il est souvent difficile de démêler la vérité de
la légende, mais qui n'en contiennent pas moins de curieux détails sur la
géographie historique, ainsi que sur les mœurs de l'époque à laquelle elles
ont été compilées. La
littérature légère est représentée en prose par le Roman de Dolopathos,
écrit à la fin du XIIe siècle et au début du XIIIe par Jean, abbé de
Haute-Seille, qui dédia le livre à Bertram, évêque de Metz. Cette histoire,
dont Jean n'a nullement inventé le fonds, est un conte venu de l'Orient et
rapporté en Lorraine par un croisé ; elle nous retrace les mésaventures du
jeune prince Luscinien, que sa marâtre avait faussement accusé d'avoir voulu
la séduire ; Dolopathos, père du jeune prince, le condamne au dernier
supplice, et Luscinien va périr, quand par bonheur pour lui interviennent
successivement sept sages et le poète Virgile, son ancien précepteur, qui
racontent une série d'histoires, quelques-unes assez curieuses. Dolopathos se
laisse fléchir, fait grâce de la vie à Luscinien, et mis au courant de la
vérité, envoie sa femme à la mort. Jean de Haute-Seille, en ajoutant des
réflexions de son cru, a donné une teinte chrétienne à un conte des mille et
une nuits. B. — La poésie.
Deux
œuvres poétiques de cette période méritent seules d'être citées, l’Ecbasis
Captivi et le Concile de Remiremont. L'Ecbasis est une
épopée animale — et l'une des premières en date — écrite au Xe siècle en vers
léonins par un moine de Saint-Evre, originaire des Vosges. Un jeune veau, qui
veut vivre libre loin du troupeau, tombe au pouvoir du loup ; celui-ci le
mangerait, si l'intervention de ses serviteurs, la loutre et le hérisson, ne
donnait au taureau et au chien du troupeau, ainsi qu'au troupeau lui-même,
avertis et guidés par le renard, de venir assiéger le ravisseur ; le veau
s'échappe et le loup est mis à mort. L'Ecbasis est un poème
allégorique ; le veau représente l'auteur lui-même qui, mécontent de la
réforme opérée dans l'abbaye de Saint-Evre, la quitte, mais tombe dans les
griffes du démon, d'où son abbé et ses anciens frères, les moines de
Saint-Evre, réussissent à le retirer. Sans aucun doute, l’Ecbasis
contient des allusions à des faits réels, que nous ne pouvons plus saisir.
L'auteur connaissait bien Horace, qu'il a souvent imité. Plus
curieux encore est de poème que l'on appelle aujourd'hui Concile de
Remiremont ou Concile d'amour. Inutile de feuilleter Labbe ou
Mansi pour trouver les actes de ce concile, on les y chercherait en vain. Ce
ne sont point des évêques ni des abbés qui ont pris part à ce concile, et
l'on n'y a discuté aucune question de dogme ou de : discipline. Les pères du
concile de Remiremont sont en réalité des mères, religieuses ou chanoinesses
du lieu, et l'amour : profane a fait l'objet de leurs entretiens. On sait
qu'il y a : quelques années on se plaisait à opposer l'intellectuel à l'homme
d'action. Le concile de Remiremont aborde : déjà cette question délicate, il
l'étudié à un point de vue très spécial, en recherchant qui, d'un homme
d'Eglise ou d'un chevalier, les religieuses doivent prendre pour amant.
Quelques chanoinesses plaident pour le chevalier, d'autres, plus nombreuses,
pour le clerc ; finalement c'est à ces dernières que l'assemblée donne gain
de cause. L'auteur de ce badinage n'a pas voulu se faire connaître, moins par
modestie que par prudence. Au reste, on se tromperait grandement si l'on
voyait en lui un ennemi de l'Eglise, un anticlérical ; à n'en pas douter, il
appartenait au clergé : la langue qu'il emploie et la préférence qu'il
manifeste pour les gens d'Eglise nous en fournissent : les preuves. Un laïc
aurait écrit en langue romane, et c'est au chevalier qu'il n'eût pas manqué
de donner l'avantage. 3° La littérature
romane.
Le
morcellement du pays et la séparation des villes d'avec les principautés
laïques expliquent, à notre avis, la pauvreté relative de la littérature
romane. Si Metz avait été la résidence des ducs lorrains, elle serait devenue
un foyer littéraire qui eût rayonné sur tout le pays. A. — La prose.
En
prose nous ne pouvons mentionner que des chartes et quelques fragments d'une
traduction de la Bible à l'usage des Vaudois du pays messin. B. — La poésie.
Si,
comme semblent l'indiquer la langue de ce poème et le beau rôle donné à la
famille lorraine des ducs de Metz, la chanson de geste des Loherains a
vraiment pour auteur un de nos compatriotes, c'est sans contredit l'œuvre la
plus importante qu'ait produite notre pays durant tout le moyen âge. Les
érudits croient aujourd'hui que Jean de Flagy n'a pas écrit, comme on l'a cru
longtemps, le poème de Garin le Loherain ; il faudrait voir en lui non un
poète, mais un copiste, à qui l'on devrait simplement un des manuscrits qui
nous font connaître Garin. Les romanistes distinguent dans cette
geste, longue d'environ 120.000 vers, trois parties, les poèmes de Garin
et de Girbert, composés au XIIe siècle, celui d’Hervis qui
appartient au XIIIe, enfin celui d'Yon, de date encore plus récente.
Bien qu'Hervis soit le père de Garin, le poème qui le concerne est postérieur
à celui dont son fils est le héros[1]. La
geste des Loherains nous montre les descendants de Hervis, duc de
Metz, Garin, Bègue, Girbert, etc., aux prises avec ceux du Bordelais Hardré,
Fromont, Guillaume de Monclin, Fromondin, etc. Durant plusieurs générations
les querelles de ces deux puissantes familles troublent et ensanglantent
toute la monarchie franque. Garin, le plus ancien et le plus
original des poèmes de la geste des Loherains, chante les débuts de
cette lutte séculaire, qui commence avec Garin et Fromont. L'œuvre a de la
vie, de la couleur ; chacun des personnages a sa physionomie propre, son
caractère particulier. Le poète décrit avec beaucoup de force quelques-unes
des passions humaines, l'honneur, la fidélité, l'amitié, l'amour paternel. Si
les récits de batailles ont du mouvement, leur répétition trop fréquente
finit par engendrer la monotonie. Très
rudes sont les mœurs que nous dépeint le poète. Les héros se jettent à la
face les plus grossières injures, puis en viennent très vile aux coups ; des
banquets, des fêtes se terminent par de véritables batailles. Les personnages
de Garin, fort peu sentimentaux, ne partent jamais en guerre pour
gagner le cœur d'une dame ; en général ils respectent la femme et se montrent
maris fidèles ; pourtant, en un moment de mauvaise humeur, le roi Pépin
frappe au visage sa femme Blanchefleur. Cette absence de délicatesse se
remarque encore dans la façon dont on console ceux qui pleurent un père, un
mari, un fils : qu'ils ne se consument pas en regrets, leur dit un parent ou
un ami, à quoi bon ? c'est du temps perdu. Les
héros de Garin sont religieux, mais nullement dévots ; ils connaissent
d'ailleurs fort mal l'Evangile, ignorent surtout le pardon des injures ; la
geste des Loherains, nous le disions plus haut, raconte les vengeances
que tirent les uns des autres les descendants d'Hervis et ceux d'Hardré. Si
grande est leur inconscience qu'il leur arrive de demander à Dieu de les
assister dans l'assouvissement de leurs rancunes ! Une fois la guerre
commencée, ils pillent, brûlent, massacrent sans le moindre scrupule. Voyons-les
à l'œuvre. Le château de Naisil, fief lorrain, a pour détenteur le comte
Bernard, un Bordelais qui, appelé à choisir entre ses devoirs de vassal et
ses obligations familiales, ne manque jamais de donner la préférence à
celles-ci ; Bernard est d'ailleurs le type du baron sans foi, sans honneur,
toujours prêt à violer sa parole et à se jeter sur les terres de ses ennemis,
bref, un vrai brigand féodal. Aussi, quand Garin s'est emparé de Naisil, « Il ne
veut pas s'en aller tant qu'il n'a pas fait jeter bas les murs du château.
Lorsqu'il les eut renversés, il y fait mettre le feu ; les salles brûlent et
la flamme en jaillit ; le château est réduit en cendres ». Quant
aux défenseurs, nous apprenons un peu plus loin « qu'ils furent pris par
force, maltraités et écorchés tout vifs[2] ». Puis
les Lorrains marchent sur Verdun, ville lorraine, mais dont l’évêque Lancelin
appartient, comme Bernard, à la famille des Bordelais. Une fois entrés sur
ses terres, « Ils
mettent le feu à Samogneux, après s'en être emparés, brûlent les villes et
gâtent le pays. Les pauvres gens ne savaient où fuir et demandaient à Dieu
qu'il eût pitié d'eux ». Enfin
après une victoire sous les murs de Verdun, Garin réussit à pénétrer dans
cette ville : « Les
Lorrains s'élancent pour détruire le bourg. Vous les auriez vus briser mainte
chambre, effondrer et percer mainte huche ; ils trouvent des robes, de
l'argent, de l'or pur. Grand fut le butin que les Lorrains ont gagné ce
jour-là. Ils font charger sur des voitures tout ce qu'ils prennent. Garin
ordonne de bouter le feu à la ville. Là vous auriez vu allumer tant de
salles, brûler tant de moutiers, se renverser et tomber tant de crucifix !
Les enfants brûlent, parce qu'on ne peut les retirer de ces moutiers, où on
les avait fait porter. Là vous auriez entendu tant de dames pleurer et tant
de bourgeois regretter leurs enfants. Alors la poussière commence à s'élever
; il n'y a homme sous le ciel qui puisse l'endurer[3]. » Pourtant
on ne peut refuser aux Lorrains de la loyauté, le respect de la parole
donnée, du désintéressement, des sentiments familiaux très profonds. Ils sont
même capables de remords. Un peu avant de périr en trahison, « Garin
se repent et déclare qu'il est un misérable, il pleure ses péchés matin et
soir, regrette d'avoir tué et pris tant d'hommes. Par saints abbés, par
prêtres bénis, il demande au marquis Fromont une trêve, il promet de
reconstruire Monclin, tel qu'il était le jour où il le fit renverser[4] ». Il
tient sa parole et demande à Fromont, à Guillaume de Monclin une entrevue. On
se réunit au val Gelin, où s'élevait une chapelle desservie par un ermite, et
voici comment parle Garin à ses anciens ennemis : «
Entendez-moi, francs chevaliers gentils, sire Guillaume damoiseau de Monclin,
vous êtes mon homme, puisque Vous tenez de moi un fief, vous êtes mon compère
et mon riche ami ; pour mes péchés, beau sire, j'ai pris la croix pour aller
combattre les Sarrasins. Si jamais je vous ai fait quelque tort, je vous en
demande pardon pour l'amour de Dieu. Mon fils Girbert restera ici ; s'il se
trouve dans l'embarras, comme il est encore jeune, venez-lui en aide, sire,
vous agiriez gentiment. Si Dieu m'accorde la grâce de revenir, je ferai vos
volontés et vos plaisirs[5]. » On ne
se montre pas plus conciliant. Par malheur, si les Bordelais ont, comme leurs
adversaires, le sentiment de la solidarité familiale, ils manquent de loyauté
; l'un d'eux, Guillaume de Monclin, celui-là même dont le duc a relevé le
château, provoque à dessein une querelle, d'où sort une mêlée générale entre
Lorrains et Bordelais. Le combat tourne à l'avantage de ces derniers, plus
nombreux et mieux armés que leurs adversaires, qui sont venus sans haubert à
l'entrevue. Garin renvoie à Metz son fils et ses neveux, dont il veut sauver
la vie. Il a, quant à lui, fait le sacrifice de la sienne. « Le
Loherain Garin s'en va vers la chapelle que fit l'ermite ; il marche l'épée
tirée, l'écu mis en avant, tout à pied, défendant son parti. Le duc entre en
courant dans le moutier ; il Ya offrir son écu sur l'autel et réclame
l'assistance de Dieu qui ne mentit jamais : « J'ai péché envers vous,
Seigneur, cela me cause du chagrin ; de même que vous pardonnâtes vraiment à
Longis le coup mortel dont il vous avait frappé, de même gardez-moi de mort
et de péril. Si je l'avais pu, je serais allé vous servir en juste croisade
contre les Sarrasins. » Mais voici là-dessus l'évêque Lancelin, avec lui
Guillaume l'orgueilleux de Monclin, le comte Fromont et son fils Fromondin.
Ils font remplir le moutier des gens de leur parage. Le comte Guillaume
frappe son compère, lui donne un grand coup de l'épieu poitevin, dont il lui
enfonce tout le fer dans le corps, il lui brise deux des côtes du milieu ; le
coup fut violent ; Garin tombe à terre. Le Loherain s'est relevé sur ses
pieds et tire l'épée dès qu'il a senti la mort ; il frappe de terribles et
merveilleux coups ; que de blessés, que de tués ! Le baron en a mis à
mal plus de quatorze. Enfin l'évêque Lancelin le frappe, ainsi que le vieux
Fromont et son fils Fromondin ; ils ont fait mourir le duc, que Dieu lui
fasse merci ! Garin gît parmi ceux qu'il a tués comme un chêne au milieu de
petits arbres[6]... » Pouvons-nous
considérer les barons que nous font connaître les documents historiques comme
les prototypes des personnages du poème de Garin ? On peut signaler plus d'un
trait de ressemblance entre les uns et les autres, l'esprit vindicatif, la
cruauté par exemple ; mais la générosité, le sentiment de solidarité qui
tient si étroitement unis entre eux les descendants d'Hervis ou ceux d'Hardré
; nous ne les retrouvons pas ou nous ne les retrouvons que très affaiblis
chez les féodaux lorrains du XIIe et du XIIIe siècle. En définitive, Garin et
les membres de sa famille valent — au point de vue moral — les ducs et les
comtes que nous voyons évoluer dans l'histoire ; on peut même prétendre
qu'ils leur sont quelque peu supérieurs. La
condition de la femme, dans le poème qui ne fait que suivre la réalité, nous
apparaît comme très dépendante ; un père dispose de ses filles, un frère de
ses sœurs sans les consulter. Epouses fidèles, tendres mères, les femmes ne
jouent dans Garin qu'un rôle effacé. Seule la reine Blanchefleur se mêle de
façon active à la politique, le plus souvent pour aider Garin qu'elle aurait
voulu épouser, et a qui, au fond du cœur, elle garde toujours une véritable tendresse.
Ne demandez pas non plus aux femmes de pratiquer le pardon des offenses. Dans
Girbert, Ludie, sœur de Fromondin, et femme du Lorrain Hernaud, fait
assassiner par ses fils Girbert, son beau-frère, meurtrier de Fromondin. Quelques-uns
des prélats et des religieux du poème ne réalisent pas, il s'en faut de
beaucoup, l'idéal de l'homme d'Eglise vertueux et saint. Que penser de cet
archevêque de Reims qui fait attester à deux moines par un faux serment la
parenté de Garin et de Blanchefleur, dont il veut empêcher le mariage ? De
Lancelin, évêque et comte de Verdun, guerrier, chasseur et l'un des
meurtriers de Garin ? De Lietris, abbé de Saint-Amand, qui ne parle de rien
moins que de troquer le froc contre le haubert, pour venger l'assassinat de
son oncle Bègue ? Qu'on ne se hâte pas de crier à l'invraisemblance. L'époque
franque et l'époque germanique ne nous offrent-elles pas de nombreux exemples
de gens d'Eglise batailleurs, débauchés, ne reculant ni devant un faux, ni
même devant un assassinat ? Si le
merveilleux, qui joue un rôle important dans beaucoup de chansons de geste,
est tout à fait absent de ce poème, on y trouve par contre un élément comique
représenté par Rigaud, fils du vilain Hervis et cousin par les femmes des
ducs lorrains. En particulier les passages où le poète décrit la chevalerie
de Rigaud sont assez amusants : Rigaud commence par refuser de prendre le
bain qu'on impose à tout chevalier avant de l'armer ; il coupe le bord du
manteau d'hermine qu'il trouve trop long ; peu s'en faut qu'il ne tire son
épée contre son cousin Bègue de Belin qui, en l'adoubant, lui a donné la
colée un peu rudement. Quels éléments l'histoire a-t-elle fournis à l'auteur
de Garin ? Peu de chose en somme. L'action se passe au temps de Charles
Martel et de son fils Pépin ; mais celui-ci ressemble beaucoup plus à un roi
du Xe siècle, incapable de se faire obéir de ses vassaux, qu'au père de
Charlemagne. Tandis que certains personnages, certains faits nous font remonter
au Ve siècle, d'autres nous ramènent à la fin de l'époque carolingienne ou
même à la période capétienne ; en ce qui concerne les mœurs et les relations
féodales, elles rappellent en général celles du XIe et du XIIe siècle. Pour en
venir à la région qui nous intéresse, la Lorraine de la geste des Loherains
est le grand-duché de ce nom, constitué comme il l'était au temps de
Giselbert, d'Otton et de Conrad le Roux. Mais il n'y a aucun duc lorrain, ni
avant ni après 959, qui se soit appelé Hervis ou Garin. Girbert, fils de
Garin, porte un nom qui se rapproche de celui de Giselbert, sans que du reste
l'on remarque aucun trait de ressemblance entre les deux personnages. On peut
dans Thierry d'Aussay reconnaître le fils ou le petit-fils de Gérard d'Alsace
; un comte de Toul appelé Renaud apparaît dans les documents historiques ;
Bernard de Naisil s'identifie peut-être avec un comte du même nom, qui en 870
administrait un des deux comtés du pagus Odornensis. Quant
aux événements que raconte le poème, ils ont peu de rapport avec ceux dont
l'histoire fait mention à propos de la Lorraine. Rien par exemple qui
rappelle les révoltes dé Giselbert ou de Godefroy le Barbu, ni les luttes
contre le comte Eudes II, ni la Querelle des Investitures, qui avaient
pourtant si profondément troublé le pays. Pourtant, le siège et la prise de
Verdun par Garin font, à plus d'un égard, penser aux luttes de Gozelon et de
son fils Godefroy contre deux des évêques de cette ville, Rambert et Thierry.
Garin nous montre aussi une Lorraine féodale telle qu'elle n'a existé à
aucune époque. Si, par exemple, le duc lorrain avait aux Xe et XIe siècles
autorité sur les comtes du pays, ceux-ci n'étaient pas ses vassaux, comme ils
le sont dans Garin. Le poète fait de l'évêque de Verdun Lancelin un comte de
sa ville épiscopale, mais c'est la seule allusion au pouvoir temporel des
évêques. Il ne semble pas non plus que, dans la réalité, aucun duc lorrain
ait eu Metz pour résidence comme Hervis ou Garin. C'est donc, au point de vue
historique, une Lorraine imaginaire que met sous nos yeux la geste des Loherains. En
revanche le poème de Garin présente un intérêt particulier au point de vue
géographique ; on voit, à l'exactitude des descriptions, qu'il a été écrit
par un homme qui connaissait fort bien la Lorraine, et, d'une façon plus
générale, toute la Gaule franque. L'auteur semblé également être très au
courant de tout ce qui a trait aux relations féodales et à la guerre, telles
qu'elles se pratiquaient de son temps. Jusqu'ici
nous n'avons parlé que des poèmes de Garin et de Girbert ;
celui d'Hervis nous introduit dans un monde assez différent par les
mœurs de celui que dépeint le poète de Garin. L'importance du rôle de la
femme, la place faite à l'amour parmi les mobiles qui font agir les
personnages, révèlent tout de suite l'influence de la littérature courtoise
française. L'auteur
de ce poème donne aussi des descriptions très intéressantes des foires de
Champagne. De plus, tandis que, dans Garin, les bourgeois ne jouaient
qu'un rôle très effacé, Hervis au contraire nous les représente comme
des personnages de quelque importance ; c'est que les habitants des cités
épiscopales, ceux de Metz en particulier, sont au XIIIe siècle, date de la
composition d'Hervis, devenus les maîtres de leur ville. Un
Messin nommé Gautier ou Gossuin a écrit une Image du monde qui, sous
sa forme primitive, comptait sept mille vers de huit syllabes, et deux ans
plus tard, en 1247, il en donnait une nouvelle édition, qui ne comprenait pas
moins de onze mille vers. C'est une encyclopédie cosmographique, géographique
et astronomique ; la partie consacrée à la géographie est de beaucoup la plus
intéressante, malgré les fables qu'elle contient. L'œuvre n'a d'ailleurs
qu'une médiocre valeur littéraire. Notons que Gautier place en Lorraine Metz,
sa ville natale. Nous
n'avons pas la preuve que le Roman du Renard soit d'origine lorraine,
mais le fait ne présente rien d'invraisemblable, surtout si l'on songe à l'Ecbasis
captivi, dont nous parlions plus haut. Un
Lorrain du nom de Herbert traduisit, non sans talent, en treize mille vers,
le Dolopathos de Jean de Haute-Seille. Peut-être
est-ce Agnès de Champagne, femme de Renaud II, qui introduisit la poésie
courtoise dans le Barrois, et qui la fit aimer à ses fils, les comtes Henri
Ier et Thiébaut Ier. Agnès de Bar, femme de Ferry II, apporta ces goûts
littéraires en Lorraine et les transmit à son fils Thiébaut Ier. Comme poètes
courtois dont nous possédons encore des œuvres on peut citer Gautier
d'Espinau ou d'Epinal[7] et le comte de Bar Thiébaut II.
Gautier, qui eut pour protecteurs le comte de Flandre Philippe d'Alsace et le
comte Henri Ier de Bar, a célébré une noble dame champenoise. On a de lui
environ vingt chansons, où l'on relève des comparaisons heureuses et quelque
connaissance de l'astronomie. Le comte Thiébaut II, fait prisonnier à la
bataille de Westcappel, écrivit durant sa captivité, qui semble avoir été de
longue durée, un poème en trente-cinq vers de dix syllabes répartis en cinq
couplets, adressés à cinq personnages différents. Colin Muset, dont l'origine
lorraine n'est d'ailleurs que probable, a célébré dans ses chansons le
plaisir qu'il éprouvait à regarder une jolie fille, à danser, à faire un bon
repas. Dans
certaines provinces françaises il existe, dès le XIIe ou le XIIIe siècle, des
chansons de mai. Les trimazos de la Lorraine, sous leur forme actuelle,
datent d'une époque beaucoup plus récente ; nous ne pouvons affirmer qu'on en
ait composé durant la période qui nous occupe. III. — LES BEAUX-ARTS.
Comme
l'enseignement, comme la littérature, l'art se trouve alors sous la direction
et sous l'influence de l'Eglise. Seuls les monuments de l'art religieux ont
pour la région lorraine de l'importance et de l'intérêt. Ceci est vrai en
particulier de l'architecture, les maisons ayant disparu et les châteaux
n'étant plus représentés que par des ruines informes. 1° L'architecture.
Cette
période voit se développer un art, nouveau, l'art roman, qui dérive de l'art
carolingien. Comme la région lorraine était alors politiquement rattachée à l’Allemagne,
beaucoup d'érudits ont admis que son architecture avait subi l'influence
germanique. Il ne reste pas dans notre pays assez d'édifices religieux des
débuts de l'époque romane pour que l'on puisse démontrer là fausseté de cette
opinion, mais on a le droit de dire qu'elle pèche contre la vraisemblance.
N'est-ce pas en Lorraine qu'a pris naissance l'art carolingien ? La Lorraine,
malgré sa décadence aux IXe et Xe siècles, ne possède-t-elle pas une
civilisation très supérieure à celle de l'Allemagne ? Il y a donc tout lieu
de supposer que l'art roman de la Lorraine dérive, par une évolution
naturelle, de l'art carolingien, et que l'Allemagne, au lieu d'avoir servi de
maîtresse à la Lorraine, a été simplement son élève. Tout au plus
admettrions-nous un développement parallèle de l'art roman en Lorraine et en
Allemagne. D'ailleurs, au XIIe siècle, des différences notables dans le plan,
la construction et la décoration distinguent les églises romanes des deux
pays. Quant à la France, elle n'exerce, jusqu'à la fin du XIIe siècle, aucune
influence en architecture sur notre pays. En
Lorraine, la voûte en berceau et la voûte d'arête, qui caractérisent
l'architecture romane, n'apparaissent qu'au XIIe siècle et pour recouvrir les
nefs latérales des églises et les absides. La grande nef, d'abord plafonnée
en bois, recevra seulement au milieu ou dans la seconde moitié du XIIe siècle
soit une voûte d'arêtes, soit une voûte sur croisée d'ogives. Les petites
églises ne possèdent qu'une seule nef, les moyennes et les grandes en ont
trois, que coupe perpendiculairement le transept et que terminent des absides
demi-circulaires. On trouve dans quelques grandes églises, dans celle de
Verdun par exemple, jusqu'à six absides, les trois nefs en ayant une à leurs
deux extrémités. Il n'y a jamais de déambulatoire autour de l'abside. Les
voûtes sont soutenues non par des colonnes, mais par des piliers
rectangulaires ou par des pilastres de dimensions différentes, que terminent
à leur partie supérieure des chapiteaux cubiques, pyramidaux ou sphériques.
Les fenêtres, souvent accouplées, sont en général rares, petites, peu ou
point décorées ; les portes, de formes diverses, ont parfois un tympan. Peu
d'églises lorraines ont reçu des façades monumentales. Les contreforts
extérieurs n'offrent qu'une saillie très faible. Le plus souvent une tour
unique s'élève au-dessus de la croisée du transept ou de la façade
occidentale. L'église de Verdun possédait quatre tours, deux à chacune de ses
extrémités. En Lorraine, les tours affectent presque toujours la forme
carrée. La
décoration, souvent originale, se distingue par une grande sobriété, qui peut
s'expliquer par le caractère de la population lorraine. ; les plantes et les
animaux, presque jamais l'homme, ont fourni aux artistes lorrains de cette
époque des motifs de décoration. Au début, les architectes de notre pays ne
connaissaient que l'arc en plein cintre ; l'arc brisé apparaît seulement au XIIe
siècle. Durant
ce même siècle on construit quelques absides polygonales, comme celle de
Blanzey ; on donne aux contreforts une saillie plus prononcée ; la décoration
des chapiteaux et des portails se fait plus variée, plus riche. Au
XIIIe siècle, alors que l'influence de la France, en particulier celle de la
Champagne, commence à rayonner au dehors, les architectes lorrains font des
emprunts à l'art gothique, qui s'épanouit dans le royaume capétien, mais
traditionalistes comme ils le sont, ils continuent, pendant quelques années
encore, d'élever des églises romanes. Enfin,
vers le milieu du XIIIe siècle apparaissent de véritables églises gothiques,
dont nous parlerons en étudiant l'art de la première période d'influence
française. Dans
les églises qui appartiennent à l'époque de transition, des pilastres, formés
de faisceaux de colonnettes, supportent les voûtes ; les fenêtres, plus
grandes, sont séparées en deux par un meneau ; l'arc brisé, l'arc en
tiers-point, remplace peu à peu l'arc en plein cintre. Nous n'en disons pas
davantage, renvoyant à l'époque suivante l'étude de l'art gothique en
Lorraine. Les
cathédrales, ainsi que les abbatiales des anciens monastères bénédictins,
avaient toutes été rebâties en style roman ; c'est d'après le même style
qu'au XIIe siècle cisterciens et prémontrés construisirent les églises de
leurs abbayes. Par malheur, il reste peu de chose de cette floraison
artistique ; à Metz, à Toul et dans de nombreux monastères, des édifices
gothiques se sont substitués aux églises romanes ; ailleurs celles-ci,
détruites durant la guerre de Trente Ans, ont fait place, au XVIIIe siècle, à
des monuments de style rococo. Parmi les anciennes églises qui subsistent
encore, plusieurs offrent un mélange de roman et de gothique comme la
cathédrale de Trêves, la cathédrale et Notre-Dame de Saint-Dié, Saint-Maurice
d'Epinal, les églises de Longuyon et de Laître-sous-Amance ; c'est le rococo
qui se trouve juxtaposé au roman dans la cathédrale de Verdun, commencée au
XIIe siècle par l'évoque Albéron de Chiny, rebâtie et défigurée au XVIIIe, à
la suite d'un incendie. Bien peu d'églises se présentent sous leur aspect
primitif ou très légèrement modifiées, comme Laach dans le diocèse de Trêves,
Olley, Mont-devant-Sassey, Marlanges, Marsal, Champ-le-Duc et Relanges. 2° La
sculpture et la peinture.
La
sculpture et la peinture, alors étroitement subordonnées à l'architecture,
concourent à la décoration des édifices consacrés au culte. La sculpture
funéraire est plus indépendante et l'on en possède quelques spécimens du XIIe
siècle, très frustes, très barbares, comme le tombeau de Gérard de Vaudémont
et de Hedwige de Dachsbourg, aujourd'hui dans l'église des Cordeliers de
Nancy. Le monument d'un sire de Blâmont et de sa femme, conservé au Musée
lorrain, œuvre du XIIIe siècle, dénote, malgré quelque rudesse, un art plus
avancé, une technique plus sûre d'elle-même. Enfin,
la décoration des églises comportait des fresques peintes sur les murs et des
vitraux en couleur aux fenêtres ; par malheur, il n'en subsiste que bien peu
de chose aujourd'hui. 3°
Les arts mineurs.
La
miniature est en décadence, sauf à Trêves et à Echternach, où l'on continue,
durant le Xe et le XIe siècle, d'enluminer des manuscrits, remarquables moins
par le dessin que par le coloris. Des
orfèvres indigènes exécutent pour les églises ou pour les abbayes du pays des
autels, des reliquaires, des châsses. On doit à un Messin nommé Gobert la
châsse, aujourd'hui perdue, de saint Mansuy, à Nicolas de Verdun, artiste qui
vivait à la fin du XIIe siècle, plusieurs œuvres, dont un retable que l'on
admire aujourd'hui à Klosterneuburg en Autriche. C'est de la Lorraine que
Suger fit venir des orfèvres qui travaillèrent à Saint-Denis. L'orfèvrerie
lorraine a des caractères qui la rapprochent de l'orfèvrerie allemande, ce
qui ne veut nullement dire qu'elle s'inspire de cette dernière. Dans la
région lorraine, l'orfèvrerie a eu, comme l'architecture, un développement
autonome et semble n'avoir subi, avant le XIIIe siècle, aucune influence
étrangère. Nous ne savons rien des autres arts mineurs. |
[1]
Pour l'analyse et l'appréciation de la geste des Loherains nous devons
beaucoup à un cours professé durant l'hiver 1913-1914 par notre distingué
collègue, M. CH.
BRUNEAU, maître
de conférences de langue et de littérature romane à l'Université de Nancy.
[2]
La mort de Garin le Loherain, vers 3070-3074 et 3158-3159, p. 145 et
149.
[3]
La mort de Garin le Loherain, vers 3602-3619, p. 168-169.
[4]
La mort de Garin le Loherain, vers 4605-4618, p. 213.
[5]
La mort de Garin le Loherain, vers 4639-4651, p. 214-215.
[6]
La mort de Garin le Loherain, vers 4729-4753, p. 218-219.
[7]
Ne doit-on pas identifier le poète avec l'un des Gautier que l'on trouve au
XIIe et au XIIIe siècle dans la famille des voués d'Epinal ?