HISTOIRE DE LORRAINE

TOME PREMIER. — DES ORIGINES À 1552

TROISIÈME PARTIE

LIVRE UNIQUE. — LA PÉRIODE ALLEMANDE (925-1270).

 

CHAPITRE V. — L'ENSEIGNEMENT, LA LITTÉRATURE ET LES ARTS.

 

 

L'instruction, une instruction à plus d'un égard très incomplète, continue d'être donnée, dans les écoles épiscopales et monastiques, à de nombreux élèves par des maîtres, les uns indigènes, les autres étrangers, dont bien peu ont connu la célébrité. Des quelques œuvres latines ou romanes qu'a vues naître la région lorraine, une seule est vraiment remarquable ; il convient d'ajouter que plusieurs des autres ont pour auteurs des Bourguignons ou des Liégeois. Quant à l'art qui n'est point, quoi qu'on en ait dit, une imitation de l'art germanique, nous ne pouvons nous en faire qu'une idée imparfaite, la plupart des édifices romans de notre pays ayant au moyen âge ou dans les temps modernes fait place à des monuments d'un autre style. Enseignement, littérature et arts sont également soumis à l'influence prépondérante de l'Eglise ; elle seule dirige les diverses manifestations de la vie intellectuelle. Professeurs, écrivains et même beaucoup d'artistes sont des clercs ou des moines.

 

I. — L'ENSEIGNEMENT.

L'Etat, qui continue de rester étranger à l'enseignement, laisse à l'Eglise le soin de le répandre, de fournir à la fois les maîtres, les locaux et le matériel.

Les écoles, ressuscitées ou nées sous l'impulsion de Charlemagne, disparues ou tombées en décadence à la fin du ixe siècle ou au commencement du x% se relèvent ensuite en même temps que l'Eglise elle-même, grâce aux efforts heureux d'évêques et de moines lorrains de la période ottonienne. Mais la Querelle des Investitures sera peu favorable à la prospérité des écoles de la région qui, une fois : la tourmente passée, ne retrouveront plus leur ancienne splendeur.

Nous ne savons rien des petites écoles que dirigeait le clergé paroissial des villes et des villages. Beaucoup de prêtres dans les campagnes étaient incapables, vu leur ignorance, d'instruire les enfants. Nous avons plus de renseignements sur les écoles épiscopales de Trêves, de Metz, de Toul et de Verdun, et sur les écoles adjointes aux monastères importants de la région. Citons parmi les plus réputées l'école épiscopale de Toul, qui eut au XIe siècle un maître renommé, Eudes, et qui compta pour élèves Hugues Metel et Albéron de Montreuil, les écoles de Saint-Mathias, de Saint-Maximin, de Prüm et d'Echternach, de Gorze, de Saint-Arnoul et de Saint-Vincent, de Saint-Evre, de Moyenmoutier et de Senones, de Saint-Vanne et de Saint-Mihiel. C'est à l'abbaye de Saint-Vincent que professa le célèbre Sigebert de Gembloux.

A la tête de chacune de ces écoles se trouvait un écolâtre, chanoine de la cathédrale ou moine. C'est dans le clergé séculier ou régulier que se recrutaient les maîtres ; la grande majorité de leurs auditeurs se composait de futurs clercs et de futurs moines, qui appartenaient à toutes les classes de la société ; on comptait aussi parmi eux des jeunes gens qui ne se destinaient pas à l'Eglise, surtout des bourgeois. Non seulement les paysans, mais la plupart des nobles, quand ils devaient vivre dans le monde, n'allaient pas à l'école et n'apprenaient ni la lecture, ni l'écriture.

L'enseignement était presque toujours gratuit. A cette époque où l'on ignorait nos divisions actuelles en écoles primaires, collèges ou lycées, universités, les écoles épiscopales et monastiques distribuaient les trois enseignements, primaire, secondaire et supérieur. Les plus jeunes élèves apprenaient à lire et à écrire, ceux qui poursuivaient leurs études recevaient avec le trivium (grammaire, rhétorique, dialectique) et le quadrivium (arithmétique, géométrie, astronomie, musique), un enseignement à-la fois secondaire et supérieur. Enfin, la théologie et le droit représentaient le haut enseignement. L'école épiscopale de Toul offre cette particularité que le droit commença d'y être professé dès le x1° siècle. L'enseignement ne se donnait qu'en latin. En ce qui concerne les études littéraires, les élèves commentaient des écrivains latins, en particulier des grammairiens, apprenaient par cœur des morceaux extraits de ces auteurs ou des explications du maître, faisaient des devoirs. Les quatre règles en arithmétique et la géométrie plane constituaient à elles seules le programme scientifique des écoles épiscopales ou monastiques. A tous les points de vue, cet enseignement laissait à désirer. Pas de grec, aucune, langue vivante, pas même la langue nationale, pas d'histoire, pas de géographie, des méthodes défectueuses, des exercices conventionnels, qui développaient la mémoire, mais non le jugement, ni la réflexion, ni l'esprit d'observation, qui, par : conséquent, ne formaient pas de bons esprits, voilà en quelques mots les lacunes et les défauts de cet enseignement.

Maîtres et élèves avaient besoin de livres, c'est-à-dire de manuscrits. Les églises et les monastères avaient leurs bibliothèques, dont l'importance alla sans cesse croissant. Nous connaissons le catalogue des manuscrits que possédait, à la fin du XIe siècle ou au début du XIIe, l'abbaye touloise de Saint-Evre. Les ouvrages de théologie tenaient naturellement la plus grande place dans cette bibliothèque ; mais il s'y trouvait aussi des historiens et des poètes latins.

 

II. — LES LANGUES ET LA LITTÉRATURE.

1° Les langues.

C'est, nous l'avons dit, en latin que professent les maîtres. D'ailleurs, du Xe au XIIe siècle, l'Eglise, la littérature sérieuse et même la littérature légère, enfin les chancelleries ne connaissent que la langue latine. Dans le courant du XIIe siècle, elle commence à être dépossédée de son monopole par les langues vulgaires ; pour la région lorraine, nous n'avons de renseignements que sur le roman, qui devient au XIIe siècle une langue littéraire ; les chancelleries l'emploient depuis le début du XIIIe siècle, d'abord concurremment avec le latin, puis presque seul un peu plus tard.

2° La littérature latine.

La littérature de langue latine ne se distingue ni par le nombre, ni par la qualité des œuvres. Encore quelques-uns des meilleurs écrivains que nous avons à citer ne sont-ils même pas des indigènes.

A. — La prose.

Les clercs et les moines lorrains, c'est là un trait du caractère positif de notre race, avaient, semble-t-il, peu de goût pour les spéculations théologiques ou philosophiques. Quand nous aurons cité le Libellus de Antichrisio du Bourguignon Adson qui, avant d'être abbé de Montier-en-Der, passa plusieurs années à Saint-Evre, quelques lettres de Hugues Metel, quelques libelles qui se rattachent à la Querelle des Investitures, et dont l'un a été écrit ou inspiré par l'évêque Thierry de Verdun, nous aurons épuisé la liste des travaux -qui se rapportent aux questions religieuses.

L'histoire davantage intéressé le clergé de notre pays. Un moine de Saint-Maximin a continué la chronique de Réginon ; un Bourguignon, Hugues de Flavigny, quelque temps moine à Saint-Vanne de Verdun, a écrit une chronique intéressante, mais trop partiale, l'auteur, d'abord grégorien, ayant ensuite passé dans le camp impérialiste. Les églises épiscopales et les abbayes ont leurs chroniques, les unes sèches, les autres détaillées, les unes sérieuses, les autres pleines de fables. Citons parmi elles les Gesta Treverorum et en particulier les Gesta Alberonis, de Baudry de Liège, les Gesta episcoporum Virdunensium, œuvre d'un autre Liégeois, Laurent, moine de Saint-Laurent — chronique très intéressante pour l'histoire de la Querelle des Investitures à Verdun —, le Libellus de sancti Hildulfi successoribus in Mediano monasterio, du moine bourguignon (?) Humbert, devenu plus tard cardinal ; les Gesta Senoniensis ecclesiæ, du moine Richer de Senones, œuvre sans chronologie ni critique, mais remplie d'anecdotes curieuses sur le XIIIe siècle ; les Primordia calmosiacensia, de l'abbé Séhére, fondateur de Chaumousey ; enfin le Chronicon sancti Michaelis. Mentionnons aussi quelques biographies d'évêques, comme celle de Thierry Ier, évêque de Metz, par Sigebert de Gembloux ; de son successeur Adalbéron, par Constantin, abbé de Saint-Symphorien de Metz ; de saint Gérard, évêque de Toul, par Widric, abbé de Saint-Evre, ou d'abbés comme la Vita Johannis Gorziensis, par Jean de Saint-Arnoul, document du plus haut intérêt, par malheur inachevé, et la Vita Richardi abbatis, d'un moine de Saint-Vanne.

L'hagiographie n'a pas été non plus négligée. Nous avons en grand nombre des vies de saints de la province de Trêves, des miracles et des translations de reliques, œuvres d'inégale valeur, où il est souvent difficile de démêler la vérité de la légende, mais qui n'en contiennent pas moins de curieux détails sur la géographie historique, ainsi que sur les mœurs de l'époque à laquelle elles ont été compilées.

La littérature légère est représentée en prose par le Roman de Dolopathos, écrit à la fin du XIIe siècle et au début du XIIIe par Jean, abbé de Haute-Seille, qui dédia le livre à Bertram, évêque de Metz. Cette histoire, dont Jean n'a nullement inventé le fonds, est un conte venu de l'Orient et rapporté en Lorraine par un croisé ; elle nous retrace les mésaventures du jeune prince Luscinien, que sa marâtre avait faussement accusé d'avoir voulu la séduire ; Dolopathos, père du jeune prince, le condamne au dernier supplice, et Luscinien va périr, quand par bonheur pour lui interviennent successivement sept sages et le poète Virgile, son ancien précepteur, qui racontent une série d'histoires, quelques-unes assez curieuses. Dolopathos se laisse fléchir, fait grâce de la vie à Luscinien, et mis au courant de la vérité, envoie sa femme à la mort. Jean de Haute-Seille, en ajoutant des réflexions de son cru, a donné une teinte chrétienne à un conte des mille et une nuits.

B. — La poésie.

Deux œuvres poétiques de cette période méritent seules d'être citées, l’Ecbasis Captivi et le Concile de Remiremont. L'Ecbasis est une épopée animale — et l'une des premières en date — écrite au Xe siècle en vers léonins par un moine de Saint-Evre, originaire des Vosges. Un jeune veau, qui veut vivre libre loin du troupeau, tombe au pouvoir du loup ; celui-ci le mangerait, si l'intervention de ses serviteurs, la loutre et le hérisson, ne donnait au taureau et au chien du troupeau, ainsi qu'au troupeau lui-même, avertis et guidés par le renard, de venir assiéger le ravisseur ; le veau s'échappe et le loup est mis à mort. L'Ecbasis est un poème allégorique ; le veau représente l'auteur lui-même qui, mécontent de la réforme opérée dans l'abbaye de Saint-Evre, la quitte, mais tombe dans les griffes du démon, d'où son abbé et ses anciens frères, les moines de Saint-Evre, réussissent à le retirer. Sans aucun doute, l’Ecbasis contient des allusions à des faits réels, que nous ne pouvons plus saisir. L'auteur connaissait bien Horace, qu'il a souvent imité.

Plus curieux encore est de poème que l'on appelle aujourd'hui Concile de Remiremont ou Concile d'amour. Inutile de feuilleter Labbe ou Mansi pour trouver les actes de ce concile, on les y chercherait en vain. Ce ne sont point des évêques ni des abbés qui ont pris part à ce concile, et l'on n'y a discuté aucune question de dogme ou de : discipline. Les pères du concile de Remiremont sont en réalité des mères, religieuses ou chanoinesses du lieu, et l'amour : profane a fait l'objet de leurs entretiens. On sait qu'il y a : quelques années on se plaisait à opposer l'intellectuel à l'homme d'action. Le concile de Remiremont aborde : déjà cette question délicate, il l'étudié à un point de vue très spécial, en recherchant qui, d'un homme d'Eglise ou d'un chevalier, les religieuses doivent prendre pour amant. Quelques chanoinesses plaident pour le chevalier, d'autres, plus nombreuses, pour le clerc ; finalement c'est à ces dernières que l'assemblée donne gain de cause. L'auteur de ce badinage n'a pas voulu se faire connaître, moins par modestie que par prudence. Au reste, on se tromperait grandement si l'on voyait en lui un ennemi de l'Eglise, un anticlérical ; à n'en pas douter, il appartenait au clergé : la langue qu'il emploie et la préférence qu'il manifeste pour les gens d'Eglise nous en fournissent : les preuves. Un laïc aurait écrit en langue romane, et c'est au chevalier qu'il n'eût pas manqué de donner l'avantage.

3° La littérature romane.

Le morcellement du pays et la séparation des villes d'avec les principautés laïques expliquent, à notre avis, la pauvreté relative de la littérature romane. Si Metz avait été la résidence des ducs lorrains, elle serait devenue un foyer littéraire qui eût rayonné sur tout le pays.

A. — La prose.

En prose nous ne pouvons mentionner que des chartes et quelques fragments d'une traduction de la Bible à l'usage des Vaudois du pays messin.

B. — La poésie.

Si, comme semblent l'indiquer la langue de ce poème et le beau rôle donné à la famille lorraine des ducs de Metz, la chanson de geste des Loherains a vraiment pour auteur un de nos compatriotes, c'est sans contredit l'œuvre la plus importante qu'ait produite notre pays durant tout le moyen âge. Les érudits croient aujourd'hui que Jean de Flagy n'a pas écrit, comme on l'a cru longtemps, le poème de Garin le Loherain ; il faudrait voir en lui non un poète, mais un copiste, à qui l'on devrait simplement un des manuscrits qui nous font connaître Garin. Les romanistes distinguent dans cette geste, longue d'environ 120.000 vers, trois parties, les poèmes de Garin et de Girbert, composés au XIIe siècle, celui d’Hervis qui appartient au XIIIe, enfin celui d'Yon, de date encore plus récente. Bien qu'Hervis soit le père de Garin, le poème qui le concerne est postérieur à celui dont son fils est le héros[1].

La geste des Loherains nous montre les descendants de Hervis, duc de Metz, Garin, Bègue, Girbert, etc., aux prises avec ceux du Bordelais Hardré, Fromont, Guillaume de Monclin, Fromondin, etc. Durant plusieurs générations les querelles de ces deux puissantes familles troublent et ensanglantent toute la monarchie franque.

Garin, le plus ancien et le plus original des poèmes de la geste des Loherains, chante les débuts de cette lutte séculaire, qui commence avec Garin et Fromont. L'œuvre a de la vie, de la couleur ; chacun des personnages a sa physionomie propre, son caractère particulier. Le poète décrit avec beaucoup de force quelques-unes des passions humaines, l'honneur, la fidélité, l'amitié, l'amour paternel. Si les récits de batailles ont du mouvement, leur répétition trop fréquente finit par engendrer la monotonie.

Très rudes sont les mœurs que nous dépeint le poète. Les héros se jettent à la face les plus grossières injures, puis en viennent très vile aux coups ; des banquets, des fêtes se terminent par de véritables batailles. Les personnages de Garin, fort peu sentimentaux, ne partent jamais en guerre pour gagner le cœur d'une dame ; en général ils respectent la femme et se montrent maris fidèles ; pourtant, en un moment de mauvaise humeur, le roi Pépin frappe au visage sa femme Blanchefleur. Cette absence de délicatesse se remarque encore dans la façon dont on console ceux qui pleurent un père, un mari, un fils : qu'ils ne se consument pas en regrets, leur dit un parent ou un ami, à quoi bon ? c'est du temps perdu.

Les héros de Garin sont religieux, mais nullement dévots ; ils connaissent d'ailleurs fort mal l'Evangile, ignorent surtout le pardon des injures ; la geste des Loherains, nous le disions plus haut, raconte les vengeances que tirent les uns des autres les descendants d'Hervis et ceux d'Hardré. Si grande est leur inconscience qu'il leur arrive de demander à Dieu de les assister dans l'assouvissement de leurs rancunes ! Une fois la guerre commencée, ils pillent, brûlent, massacrent sans le moindre scrupule.

Voyons-les à l'œuvre. Le château de Naisil, fief lorrain, a pour détenteur le comte Bernard, un Bordelais qui, appelé à choisir entre ses devoirs de vassal et ses obligations familiales, ne manque jamais de donner la préférence à celles-ci ; Bernard est d'ailleurs le type du baron sans foi, sans honneur, toujours prêt à violer sa parole et à se jeter sur les terres de ses ennemis, bref, un vrai brigand féodal. Aussi, quand Garin s'est emparé de Naisil,

« Il ne veut pas s'en aller tant qu'il n'a pas fait jeter bas les murs du château. Lorsqu'il les eut renversés, il y fait mettre le feu ; les salles brûlent et la flamme en jaillit ; le château est réduit en cendres ».

Quant aux défenseurs, nous apprenons un peu plus loin « qu'ils furent pris par force, maltraités et écorchés tout vifs[2] ».

 

Puis les Lorrains marchent sur Verdun, ville lorraine, mais dont l’évêque Lancelin appartient, comme Bernard, à la famille des Bordelais. Une fois entrés sur ses terres,

« Ils mettent le feu à Samogneux, après s'en être emparés, brûlent les villes et gâtent le pays. Les pauvres gens ne savaient où fuir et demandaient à Dieu qu'il eût pitié d'eux ».

 

Enfin après une victoire sous les murs de Verdun, Garin réussit à pénétrer dans cette ville :

« Les Lorrains s'élancent pour détruire le bourg. Vous les auriez vus briser mainte chambre, effondrer et percer mainte huche ; ils trouvent des robes, de l'argent, de l'or pur. Grand fut le butin que les Lorrains ont gagné ce jour-là. Ils font charger sur des voitures tout ce qu'ils prennent. Garin ordonne de bouter le feu à la ville. Là vous auriez vu allumer tant de salles, brûler tant de moutiers, se renverser et tomber tant de crucifix ! Les enfants brûlent, parce qu'on ne peut les retirer de ces moutiers, où on les avait fait porter. Là vous auriez entendu tant de dames pleurer et tant de bourgeois regretter leurs enfants. Alors la poussière commence à s'élever ; il n'y a homme sous le ciel qui puisse l'endurer[3]. »

 

Pourtant on ne peut refuser aux Lorrains de la loyauté, le respect de la parole donnée, du désintéressement, des sentiments familiaux très profonds. Ils sont même capables de remords. Un peu avant de périr en trahison,

« Garin se repent et déclare qu'il est un misérable, il pleure ses péchés matin et soir, regrette d'avoir tué et pris tant d'hommes. Par saints abbés, par prêtres bénis, il demande au marquis Fromont une trêve, il promet de reconstruire Monclin, tel qu'il était le jour où il le fit renverser[4] ».

 

Il tient sa parole et demande à Fromont, à Guillaume de Monclin une entrevue. On se réunit au val Gelin, où s'élevait une chapelle desservie par un ermite, et voici comment parle Garin à ses anciens ennemis :

« Entendez-moi, francs chevaliers gentils, sire Guillaume damoiseau de Monclin, vous êtes mon homme, puisque Vous tenez de moi un fief, vous êtes mon compère et mon riche ami ; pour mes péchés, beau sire, j'ai pris la croix pour aller combattre les Sarrasins. Si jamais je vous ai fait quelque tort, je vous en demande pardon pour l'amour de Dieu. Mon fils Girbert restera ici ; s'il se trouve dans l'embarras, comme il est encore jeune, venez-lui en aide, sire, vous agiriez gentiment. Si Dieu m'accorde la grâce de revenir, je ferai vos volontés et vos plaisirs[5]. »

 

On ne se montre pas plus conciliant. Par malheur, si les Bordelais ont, comme leurs adversaires, le sentiment de la solidarité familiale, ils manquent de loyauté ; l'un d'eux, Guillaume de Monclin, celui-là même dont le duc a relevé le château, provoque à dessein une querelle, d'où sort une mêlée générale entre Lorrains et Bordelais. Le combat tourne à l'avantage de ces derniers, plus nombreux et mieux armés que leurs adversaires, qui sont venus sans haubert à l'entrevue. Garin renvoie à Metz son fils et ses neveux, dont il veut sauver la vie. Il a, quant à lui, fait le sacrifice de la sienne.

« Le Loherain Garin s'en va vers la chapelle que fit l'ermite ; il marche l'épée tirée, l'écu mis en avant, tout à pied, défendant son parti. Le duc entre en courant dans le moutier ; il Ya offrir son écu sur l'autel et réclame l'assistance de Dieu qui ne mentit jamais : « J'ai péché envers vous, Seigneur, cela me cause du chagrin ; de même que vous pardonnâtes vraiment à Longis le coup mortel dont il vous avait frappé, de même gardez-moi de mort et de péril. Si je l'avais pu, je serais allé vous servir en juste croisade contre les Sarrasins. » Mais voici là-dessus l'évêque Lancelin, avec lui Guillaume l'orgueilleux de Monclin, le comte Fromont et son fils Fromondin. Ils font remplir le moutier des gens de leur parage. Le comte Guillaume frappe son compère, lui donne un grand coup de l'épieu poitevin, dont il lui enfonce tout le fer dans le corps, il lui brise deux des côtes du milieu ; le coup fut violent ; Garin tombe à terre. Le Loherain s'est relevé sur ses pieds et tire l'épée dès qu'il a senti la mort ; il frappe de terribles et merveilleux coups ; que de blessés, que de tués ! Le baron en a mis à mal plus de quatorze. Enfin l'évêque Lancelin le frappe, ainsi que le vieux Fromont et son fils Fromondin ; ils ont fait mourir le duc, que Dieu lui fasse merci ! Garin gît parmi ceux qu'il a tués comme un chêne au milieu de petits arbres[6]... »

 

Pouvons-nous considérer les barons que nous font connaître les documents historiques comme les prototypes des personnages du poème de Garin ? On peut signaler plus d'un trait de ressemblance entre les uns et les autres, l'esprit vindicatif, la cruauté par exemple ; mais la générosité, le sentiment de solidarité qui tient si étroitement unis entre eux les descendants d'Hervis ou ceux d'Hardré ; nous ne les retrouvons pas ou nous ne les retrouvons que très affaiblis chez les féodaux lorrains du XIIe et du XIIIe siècle. En définitive, Garin et les membres de sa famille valent — au point de vue moral — les ducs et les comtes que nous voyons évoluer dans l'histoire ; on peut même prétendre qu'ils leur sont quelque peu supérieurs.

La condition de la femme, dans le poème qui ne fait que suivre la réalité, nous apparaît comme très dépendante ; un père dispose de ses filles, un frère de ses sœurs sans les consulter. Epouses fidèles, tendres mères, les femmes ne jouent dans Garin qu'un rôle effacé. Seule la reine Blanchefleur se mêle de façon active à la politique, le plus souvent pour aider Garin qu'elle aurait voulu épouser, et a qui, au fond du cœur, elle garde toujours une véritable tendresse. Ne demandez pas non plus aux femmes de pratiquer le pardon des offenses. Dans Girbert, Ludie, sœur de Fromondin, et femme du Lorrain Hernaud, fait assassiner par ses fils Girbert, son beau-frère, meurtrier de Fromondin.

Quelques-uns des prélats et des religieux du poème ne réalisent pas, il s'en faut de beaucoup, l'idéal de l'homme d'Eglise vertueux et saint. Que penser de cet archevêque de Reims qui fait attester à deux moines par un faux serment la parenté de Garin et de Blanchefleur, dont il veut empêcher le mariage ? De Lancelin, évêque et comte de Verdun, guerrier, chasseur et l'un des meurtriers de Garin ? De Lietris, abbé de Saint-Amand, qui ne parle de rien moins que de troquer le froc contre le haubert, pour venger l'assassinat de son oncle Bègue ? Qu'on ne se hâte pas de crier à l'invraisemblance. L'époque franque et l'époque germanique ne nous offrent-elles pas de nombreux exemples de gens d'Eglise batailleurs, débauchés, ne reculant ni devant un faux, ni même devant un assassinat ?

Si le merveilleux, qui joue un rôle important dans beaucoup de chansons de geste, est tout à fait absent de ce poème, on y trouve par contre un élément comique représenté par Rigaud, fils du vilain Hervis et cousin par les femmes des ducs lorrains. En particulier les passages où le poète décrit la chevalerie de Rigaud sont assez amusants : Rigaud commence par refuser de prendre le bain qu'on impose à tout chevalier avant de l'armer ; il coupe le bord du manteau d'hermine qu'il trouve trop long ; peu s'en faut qu'il ne tire son épée contre son cousin Bègue de Belin qui, en l'adoubant, lui a donné la colée un peu rudement. Quels éléments l'histoire a-t-elle fournis à l'auteur de Garin ? Peu de chose en somme. L'action se passe au temps de Charles Martel et de son fils Pépin ; mais celui-ci ressemble beaucoup plus à un roi du Xe siècle, incapable de se faire obéir de ses vassaux, qu'au père de Charlemagne. Tandis que certains personnages, certains faits nous font remonter au Ve siècle, d'autres nous ramènent à la fin de l'époque carolingienne ou même à la période capétienne ; en ce qui concerne les mœurs et les relations féodales, elles rappellent en général celles du XIe et du XIIe siècle.

Pour en venir à la région qui nous intéresse, la Lorraine de la geste des Loherains est le grand-duché de ce nom, constitué comme il l'était au temps de Giselbert, d'Otton et de Conrad le Roux. Mais il n'y a aucun duc lorrain, ni avant ni après 959, qui se soit appelé Hervis ou Garin. Girbert, fils de Garin, porte un nom qui se rapproche de celui de Giselbert, sans que du reste l'on remarque aucun trait de ressemblance entre les deux personnages. On peut dans Thierry d'Aussay reconnaître le fils ou le petit-fils de Gérard d'Alsace ; un comte de Toul appelé Renaud apparaît dans les documents historiques ; Bernard de Naisil s'identifie peut-être avec un comte du même nom, qui en 870 administrait un des deux comtés du pagus Odornensis.

Quant aux événements que raconte le poème, ils ont peu de rapport avec ceux dont l'histoire fait mention à propos de la Lorraine. Rien par exemple qui rappelle les révoltes dé Giselbert ou de Godefroy le Barbu, ni les luttes contre le comte Eudes II, ni la Querelle des Investitures, qui avaient pourtant si profondément troublé le pays. Pourtant, le siège et la prise de Verdun par Garin font, à plus d'un égard, penser aux luttes de Gozelon et de son fils Godefroy contre deux des évêques de cette ville, Rambert et Thierry. Garin nous montre aussi une Lorraine féodale telle qu'elle n'a existé à aucune époque. Si, par exemple, le duc lorrain avait aux Xe et XIe siècles autorité sur les comtes du pays, ceux-ci n'étaient pas ses vassaux, comme ils le sont dans Garin. Le poète fait de l'évêque de Verdun Lancelin un comte de sa ville épiscopale, mais c'est la seule allusion au pouvoir temporel des évêques. Il ne semble pas non plus que, dans la réalité, aucun duc lorrain ait eu Metz pour résidence comme Hervis ou Garin. C'est donc, au point de vue historique, une Lorraine imaginaire que met sous nos yeux la geste des Loherains.

En revanche le poème de Garin présente un intérêt particulier au point de vue géographique ; on voit, à l'exactitude des descriptions, qu'il a été écrit par un homme qui connaissait fort bien la Lorraine, et, d'une façon plus générale, toute la Gaule franque. L'auteur semblé également être très au courant de tout ce qui a trait aux relations féodales et à la guerre, telles qu'elles se pratiquaient de son temps.

Jusqu'ici nous n'avons parlé que des poèmes de Garin et de Girbert ; celui d'Hervis nous introduit dans un monde assez différent par les mœurs de celui que dépeint le poète de Garin. L'importance du rôle de la femme, la place faite à l'amour parmi les mobiles qui font agir les personnages, révèlent tout de suite l'influence de la littérature courtoise française.

L'auteur de ce poème donne aussi des descriptions très intéressantes des foires de Champagne. De plus, tandis que, dans Garin, les bourgeois ne jouaient qu'un rôle très effacé, Hervis au contraire nous les représente comme des personnages de quelque importance ; c'est que les habitants des cités épiscopales, ceux de Metz en particulier, sont au XIIIe siècle, date de la composition d'Hervis, devenus les maîtres de leur ville.

Un Messin nommé Gautier ou Gossuin a écrit une Image du monde qui, sous sa forme primitive, comptait sept mille vers de huit syllabes, et deux ans plus tard, en 1247, il en donnait une nouvelle édition, qui ne comprenait pas moins de onze mille vers. C'est une encyclopédie cosmographique, géographique et astronomique ; la partie consacrée à la géographie est de beaucoup la plus intéressante, malgré les fables qu'elle contient. L'œuvre n'a d'ailleurs qu'une médiocre valeur littéraire. Notons que Gautier place en Lorraine Metz, sa ville natale.

Nous n'avons pas la preuve que le Roman du Renard soit d'origine lorraine, mais le fait ne présente rien d'invraisemblable, surtout si l'on songe à l'Ecbasis captivi, dont nous parlions plus haut.

Un Lorrain du nom de Herbert traduisit, non sans talent, en treize mille vers, le Dolopathos de Jean de Haute-Seille.

Peut-être est-ce Agnès de Champagne, femme de Renaud II, qui introduisit la poésie courtoise dans le Barrois, et qui la fit aimer à ses fils, les comtes Henri Ier et Thiébaut Ier. Agnès de Bar, femme de Ferry II, apporta ces goûts littéraires en Lorraine et les transmit à son fils Thiébaut Ier. Comme poètes courtois dont nous possédons encore des œuvres on peut citer Gautier d'Espinau ou d'Epinal[7] et le comte de Bar Thiébaut II. Gautier, qui eut pour protecteurs le comte de Flandre Philippe d'Alsace et le comte Henri Ier de Bar, a célébré une noble dame champenoise. On a de lui environ vingt chansons, où l'on relève des comparaisons heureuses et quelque connaissance de l'astronomie. Le comte Thiébaut II, fait prisonnier à la bataille de Westcappel, écrivit durant sa captivité, qui semble avoir été de longue durée, un poème en trente-cinq vers de dix syllabes répartis en cinq couplets, adressés à cinq personnages différents. Colin Muset, dont l'origine lorraine n'est d'ailleurs que probable, a célébré dans ses chansons le plaisir qu'il éprouvait à regarder une jolie fille, à danser, à faire un bon repas.

Dans certaines provinces françaises il existe, dès le XIIe ou le XIIIe siècle, des chansons de mai. Les trimazos de la Lorraine, sous leur forme actuelle, datent d'une époque beaucoup plus récente ; nous ne pouvons affirmer qu'on en ait composé durant la période qui nous occupe.

 

III. — LES BEAUX-ARTS.

Comme l'enseignement, comme la littérature, l'art se trouve alors sous la direction et sous l'influence de l'Eglise. Seuls les monuments de l'art religieux ont pour la région lorraine de l'importance et de l'intérêt. Ceci est vrai en particulier de l'architecture, les maisons ayant disparu et les châteaux n'étant plus représentés que par des ruines informes.

1° L'architecture.

Cette période voit se développer un art, nouveau, l'art roman, qui dérive de l'art carolingien. Comme la région lorraine était alors politiquement rattachée à l’Allemagne, beaucoup d'érudits ont admis que son architecture avait subi l'influence germanique. Il ne reste pas dans notre pays assez d'édifices religieux des débuts de l'époque romane pour que l'on puisse démontrer là fausseté de cette opinion, mais on a le droit de dire qu'elle pèche contre la vraisemblance. N'est-ce pas en Lorraine qu'a pris naissance l'art carolingien ? La Lorraine, malgré sa décadence aux IXe et Xe siècles, ne possède-t-elle pas une civilisation très supérieure à celle de l'Allemagne ? Il y a donc tout lieu de supposer que l'art roman de la Lorraine dérive, par une évolution naturelle, de l'art carolingien, et que l'Allemagne, au lieu d'avoir servi de maîtresse à la Lorraine, a été simplement son élève. Tout au plus admettrions-nous un développement parallèle de l'art roman en Lorraine et en Allemagne. D'ailleurs, au XIIe siècle, des différences notables dans le plan, la construction et la décoration distinguent les églises romanes des deux pays. Quant à la France, elle n'exerce, jusqu'à la fin du XIIe siècle, aucune influence en architecture sur notre pays.

En Lorraine, la voûte en berceau et la voûte d'arête, qui caractérisent l'architecture romane, n'apparaissent qu'au XIIe siècle et pour recouvrir les nefs latérales des églises et les absides. La grande nef, d'abord plafonnée en bois, recevra seulement au milieu ou dans la seconde moitié du XIIe siècle soit une voûte d'arêtes, soit une voûte sur croisée d'ogives. Les petites églises ne possèdent qu'une seule nef, les moyennes et les grandes en ont trois, que coupe perpendiculairement le transept et que terminent des absides demi-circulaires. On trouve dans quelques grandes églises, dans celle de Verdun par exemple, jusqu'à six absides, les trois nefs en ayant une à leurs deux extrémités. Il n'y a jamais de déambulatoire autour de l'abside. Les voûtes sont soutenues non par des colonnes, mais par des piliers rectangulaires ou par des pilastres de dimensions différentes, que terminent à leur partie supérieure des chapiteaux cubiques, pyramidaux ou sphériques. Les fenêtres, souvent accouplées, sont en général rares, petites, peu ou point décorées ; les portes, de formes diverses, ont parfois un tympan. Peu d'églises lorraines ont reçu des façades monumentales. Les contreforts extérieurs n'offrent qu'une saillie très faible. Le plus souvent une tour unique s'élève au-dessus de la croisée du transept ou de la façade occidentale. L'église de Verdun possédait quatre tours, deux à chacune de ses extrémités. En Lorraine, les tours affectent presque toujours la forme carrée.

La décoration, souvent originale, se distingue par une grande sobriété, qui peut s'expliquer par le caractère de la population lorraine. ; les plantes et les animaux, presque jamais l'homme, ont fourni aux artistes lorrains de cette époque des motifs de décoration. Au début, les architectes de notre pays ne connaissaient que l'arc en plein cintre ; l'arc brisé apparaît seulement au XIIe siècle.

Durant ce même siècle on construit quelques absides polygonales, comme celle de Blanzey ; on donne aux contreforts une saillie plus prononcée ; la décoration des chapiteaux et des portails se fait plus variée, plus riche.

Au XIIIe siècle, alors que l'influence de la France, en particulier celle de la Champagne, commence à rayonner au dehors, les architectes lorrains font des emprunts à l'art gothique, qui s'épanouit dans le royaume capétien, mais traditionalistes comme ils le sont, ils continuent, pendant quelques années encore, d'élever des églises romanes.

Enfin, vers le milieu du XIIIe siècle apparaissent de véritables églises gothiques, dont nous parlerons en étudiant l'art de la première période d'influence française.

Dans les églises qui appartiennent à l'époque de transition, des pilastres, formés de faisceaux de colonnettes, supportent les voûtes ; les fenêtres, plus grandes, sont séparées en deux par un meneau ; l'arc brisé, l'arc en tiers-point, remplace peu à peu l'arc en plein cintre. Nous n'en disons pas davantage, renvoyant à l'époque suivante l'étude de l'art gothique en Lorraine.

Les cathédrales, ainsi que les abbatiales des anciens monastères bénédictins, avaient toutes été rebâties en style roman ; c'est d'après le même style qu'au XIIe siècle cisterciens et prémontrés construisirent les églises de leurs abbayes. Par malheur, il reste peu de chose de cette floraison artistique ; à Metz, à Toul et dans de nombreux monastères, des édifices gothiques se sont substitués aux églises romanes ; ailleurs celles-ci, détruites durant la guerre de Trente Ans, ont fait place, au XVIIIe siècle, à des monuments de style rococo. Parmi les anciennes églises qui subsistent encore, plusieurs offrent un mélange de roman et de gothique comme la cathédrale de Trêves, la cathédrale et Notre-Dame de Saint-Dié, Saint-Maurice d'Epinal, les églises de Longuyon et de Laître-sous-Amance ; c'est le rococo qui se trouve juxtaposé au roman dans la cathédrale de Verdun, commencée au XIIe siècle par l'évoque Albéron de Chiny, rebâtie et défigurée au XVIIIe, à la suite d'un incendie. Bien peu d'églises se présentent sous leur aspect primitif ou très légèrement modifiées, comme Laach dans le diocèse de Trêves, Olley, Mont-devant-Sassey, Marlanges, Marsal, Champ-le-Duc et Relanges.

2° La sculpture et la peinture.

La sculpture et la peinture, alors étroitement subordonnées à l'architecture, concourent à la décoration des édifices consacrés au culte. La sculpture funéraire est plus indépendante et l'on en possède quelques spécimens du XIIe siècle, très frustes, très barbares, comme le tombeau de Gérard de Vaudémont et de Hedwige de Dachsbourg, aujourd'hui dans l'église des Cordeliers de Nancy. Le monument d'un sire de Blâmont et de sa femme, conservé au Musée lorrain, œuvre du XIIIe siècle, dénote, malgré quelque rudesse, un art plus avancé, une technique plus sûre d'elle-même.

Enfin, la décoration des églises comportait des fresques peintes sur les murs et des vitraux en couleur aux fenêtres ; par malheur, il n'en subsiste que bien peu de chose aujourd'hui.

3° Les arts mineurs.

La miniature est en décadence, sauf à Trêves et à Echternach, où l'on continue, durant le Xe et le XIe siècle, d'enluminer des manuscrits, remarquables moins par le dessin que par le coloris.

Des orfèvres indigènes exécutent pour les églises ou pour les abbayes du pays des autels, des reliquaires, des châsses. On doit à un Messin nommé Gobert la châsse, aujourd'hui perdue, de saint Mansuy, à Nicolas de Verdun, artiste qui vivait à la fin du XIIe siècle, plusieurs œuvres, dont un retable que l'on admire aujourd'hui à Klosterneuburg en Autriche. C'est de la Lorraine que Suger fit venir des orfèvres qui travaillèrent à Saint-Denis. L'orfèvrerie lorraine a des caractères qui la rapprochent de l'orfèvrerie allemande, ce qui ne veut nullement dire qu'elle s'inspire de cette dernière. Dans la région lorraine, l'orfèvrerie a eu, comme l'architecture, un développement autonome et semble n'avoir subi, avant le XIIIe siècle, aucune influence étrangère.

Nous ne savons rien des autres arts mineurs.

 

 

 



[1] Pour l'analyse et l'appréciation de la geste des Loherains nous devons beaucoup à un cours professé durant l'hiver 1913-1914 par notre distingué collègue, M. CH. BRUNEAU, maître de conférences de langue et de littérature romane à l'Université de Nancy.

[2] La mort de Garin le Loherain, vers 3070-3074 et 3158-3159, p. 145 et 149.

[3] La mort de Garin le Loherain, vers 3602-3619, p. 168-169.

[4] La mort de Garin le Loherain, vers 4605-4618, p. 213.

[5] La mort de Garin le Loherain, vers 4639-4651, p. 214-215.

[6] La mort de Garin le Loherain, vers 4729-4753, p. 218-219.

[7] Ne doit-on pas identifier le poète avec l'un des Gautier que l'on trouve au XIIe et au XIIIe siècle dans la famille des voués d'Epinal ?