|
En 925,
nous l'avons vu, la région-mosellane, comme tout ce qui subsistait de
l'ancienne Lotharingie, se trouvait, moitié de gré, moitié de force, soumise
à l'autorité d'Henri Ier (l'Oiseleur). La Germanie et l'ancienne Austrasie
mérovingienne, se trouvaient donc unies à nouveau, mais dans des conditions
qui ne rappelaient en rien celles de leur vie commune d'avant 840. Jadis
Francs et Gallo-Francs de la Moselle, de la Meuse, de l'Escaut, avaient
soumis, après de longues luttes, Alamans, Bavarois, Thuringiens, Saxons et
les avaient initiés par des procédés un peu rudes aux bienfaits de la
civilisation chrétienne ; maintenant ils voyaient leur patrie, déchue de sa
grandeur passée, devenir une simple dépendance des contrées d'outre-Rhin et
tomber au rang de province frontière ! Certes, à bien des égards, la
Lotharingie conservait une grande supériorité sur sa voisine de l'est, qui ne
pouvait que gagner au contact d'un pays plus riche et beaucoup plus civilisé
qu'elle-même. Toutefois l'Allemagne avait, il faut le reconnaître, l'avantage
de posséder encore en grand nombre des hommes libres, et de ne pas connaître
cette féodalité à qui les troubles du IXe et du Xe siècle avaient permis de
naître et de se développer dans les contrées qu'arrosent la Moselle et la
Meuse. La royauté allemande, un moment menacée de
disparaître, devait, avec la maison de Saxe, retrouver assez de force
matérielle et de prestige pour empêcher le pays de se démembrer et pour lui
rendre un peu de cohésion. La
Lotharingie, qui restera, durant de longs siècles, rattachée politiquement à
l'Allemagne, fera comme elle, depuis 962, partie du Saint-Empire romain
germanique. Cette situation qui, pour certaines parties du pays, prendra fin
dès le début du XIVe siècle, se prolongera pour quelques autres jusqu'au
XVIIe siècle, et pour le reste jusqu'au XVIIIe. Toutefois, les liens qui
unissent à l'Allemagne ou à l'Empire les territoires mosellans de ces deux
dernières catégories, ne cessent depuis le milieu du XIIIe siècle de se
desserrer, en attendant qu'ils se dénouent ou qu'on les tranche. Seuls,
l'électorat de Trêves et quelques principautés moins importantes restent,
jusqu’à la fin, étroitement rattachés au corps, germanique. Du Xe
au XIIIe siècle, c'est-à-dire durant la période où la région lorraine se
trouve, dans son ensemble, intimement mêlée à la vie politique de l'Allemagne
celle-ci, bien qu'elle ait connu des moments critiques, n'en est pas moins le
plus puissant des Etats de l'Europe, tandis que la France des derniers
Carolingiens et des premiers Capétiens reste faible. Au XIIIe siècle, les
situations respectives des deux pays se modifient. Des luttes intestines, les
guerres entre papes et rois des Romains ou empereurs affaiblissent
l'Allemagne ; le grand interrègne achève de la désorganiser, d'y ruiner le
pouvoir central, d'y assurer l'indépendance des princes. Anarchie au-dedans,
impuissance an dehors, voilà en quelques mots l'état de l'Allemagne à la fin
du XIIIe siècle. Au contraire, la royauté française se fortifie avec les
conquêtes de Philippe-Auguste et de Louis VIII sur le domaine continental des
Plantagenets et sur le comté de Toulouse. Les vertus de saint Louis donnent
en outre à cette royauté le prestige d'une grande autorité morale ; elle se
fait respecter et de ses feudataires, et des princes étrangers. Ces
transformations de l'Allemagne et de la France entraîneront de graves
conséquences pour la Lorraine. Celle-ci du reste se laisse pénétrer, dès le XIIe
siècle, par la civilisation française, alors très brillante. Comme nous le verrons, la Querelle des Investitures acheva de désorganiser la Mosellane ; aussi l'année 1122, qui marque la fin de cette grande lutte, sépare-t-elle en deux phases l'histoire de la région lorraine durant la période allemande. |