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Durant
l'époque franque, au moins jusqu'en 840, la région mosellane se trouva dans
une situation toute différente de celle qu'elle avait eue auparavant et dont
elle ne retrouvera pas l'équivalent dans la suite. Elle n'est pas un pays
frontière, sans cesse exposé aux invasions et aux annexions. Plus
d'incursions des Germains, qui sont désormais tenus en respect et soumis. Si
des guerres fréquentes mettent aux prises durant un siècle et demi
l'Austrasie et la Neustrie, elles n'ont pas l'ancienne première Belgique pour
théâtre. De 511 à 840, l'histoire militaire de notre pays ne peut mentionner
qu'une seule grande bataille, livrée près de Toul, en 612. D'un autre côté,
la région de la Moselle est alors un centre politique. A l'époque
mérovingienne, le royaume franc d'Austrasie à Metz pour capitale. Sous les
Carolingiens, Metz reste, après Aix-la-Chapelle, l'une des villes les plus
importantes de la monarchie ; un de ses évêques, saint Chrodegang, se trouve
à un moment donné le seul archevêque du pays franc, et dans une certaine
mesure le continuateur de saint Boniface. Un peu plus tard, Louis le Pieux
donne le siège de Metz à l'un de ses frères naturels, Drogon qui, lui aussi,
recevra le titre d'archevêque et même celui de vicaire du pape en Gaule et en
Germanie. Le couronnement, à Metz, de Charles le Chauve en 869, apporte une
nouvelle preuve de l'importance qu'avait gardée cette ville. On s'explique
très bien, du reste, le rang que Metz occupait sous les Carolingiens :
ceux-ci n'avaient-ils pas pour ancêtre saint Arnoul, un évêque messin ? A
l'époque de Pépin et de Charlemagne, la région mosellane nous apparaît comme
une pépinière de prélats, de hauts fonctionnaires et même de rois ; dans la
seconde moitié du ixe siècle, un comte né dans la région ardennaise, Boson,
fondera en 879 le royaume de Provence ; Guy et Lambert, de la maison de
Spolète, originaires du pays de la Blies dans le diocèse de Metz, deviendront
rois d'Italie et recevront même la couronne impériale. Ainsi, pendant plus de trois siècles, la région lorraine jouira de l'indépendance, de la sécurité, de la tranquillité intérieure ; elle possédera même aux temps carolingiens une prépondérance marquée. Circonstances heureuses pour notre pays, mais qui ne se renouvelleront plus dans son histoire ! |