HISTOIRE DE LORRAINE

TOME PREMIER. — DES ORIGINES À 1552

DEUXIÈME PARTIE

LIVRE UNIQUE. — L'ÉPOQUE FRANQUE (511-925).

 

 

 

Durant l'époque franque, au moins jusqu'en 840, la région mosellane se trouva dans une situation toute différente de celle qu'elle avait eue auparavant et dont elle ne retrouvera pas l'équivalent dans la suite. Elle n'est pas un pays frontière, sans cesse exposé aux invasions et aux annexions. Plus d'incursions des Germains, qui sont désormais tenus en respect et soumis. Si des guerres fréquentes mettent aux prises durant un siècle et demi l'Austrasie et la Neustrie, elles n'ont pas l'ancienne première Belgique pour théâtre. De 511 à 840, l'histoire militaire de notre pays ne peut mentionner qu'une seule grande bataille, livrée près de Toul, en 612. D'un autre côté, la région de la Moselle est alors un centre politique. A l'époque mérovingienne, le royaume franc d'Austrasie à Metz pour capitale. Sous les Carolingiens, Metz reste, après Aix-la-Chapelle, l'une des villes les plus importantes de la monarchie ; un de ses évêques, saint Chrodegang, se trouve à un moment donné le seul archevêque du pays franc, et dans une certaine mesure le continuateur de saint Boniface. Un peu plus tard, Louis le Pieux donne le siège de Metz à l'un de ses frères naturels, Drogon qui, lui aussi, recevra le titre d'archevêque et même celui de vicaire du pape en Gaule et en Germanie. Le couronnement, à Metz, de Charles le Chauve en 869, apporte une nouvelle preuve de l'importance qu'avait gardée cette ville. On s'explique très bien, du reste, le rang que Metz occupait sous les Carolingiens : ceux-ci n'avaient-ils pas pour ancêtre saint Arnoul, un évêque messin ?

A l'époque de Pépin et de Charlemagne, la région mosellane nous apparaît comme une pépinière de prélats, de hauts fonctionnaires et même de rois ; dans la seconde moitié du ixe siècle, un comte né dans la région ardennaise, Boson, fondera en 879 le royaume de Provence ; Guy et Lambert, de la maison de Spolète, originaires du pays de la Blies dans le diocèse de Metz, deviendront rois d'Italie et recevront même la couronne impériale.

Ainsi, pendant plus de trois siècles, la région lorraine jouira de l'indépendance, de la sécurité, de la tranquillité intérieure ; elle possédera même aux temps carolingiens une prépondérance marquée. Circonstances heureuses pour notre pays, mais qui ne se renouvelleront plus dans son histoire !