HISTOIRE GÉNÉRALE DE L'ÉGLISE

 

TROISIÈME PARTIE. — LA LUTTE CONTRE L'INCRÉDULITÉ

CHAPITRE IV. — L'ÉGLISE ORIENTALE PENDANT LES XVIIe ET XVIIIe SIÈCLES.

 

 

Telle était la situation de l'Eglise d'Occident. Les grands troubles qui l'avaient agitée n'avaient pas été sans atteindre l'Eglise orientale elle-même. Celle-ci, d'ailleurs, venait de traverser, pendant les XVIIe et XVIIIe siècles, une des périodes les plus mouvementées de son histoire. Il nous reste à en retracer le tableau[1].

 

I

L'événement le plus notable de l'histoire de l'Eglise orientale dans le patriarcat de Constantinople est la résistance aux infiltrations protestantes, et finalement le triomphe indirect obtenu par les novateurs une fois la période des luttes terminée. Avec la question de la rebaptisation des Latins, cet événement domine le XVIIe et le XVIIIe siècle[2].

Dès 1452, des négociations engagées entre les Hussites et les Grecs de Constantinople, peut-être à l'initiative de ces derniers, n'avaient eu aucun succès. En 1559, le patriarche de Constantinople, Joseph II, chargeait le diacre Dimitrios Mysos de faire à Wittemberg même une enquête sur la nouvelle Réforme : l'exemplaire traduit en grec de la confession d'Augsbourg, que Mélanchton remit à l'envoyé patriarcal, suffit à éclairer Joseph II, qui ne continua pas les relations.

D'autre part, un professeur de Rostock, David Chytraeus, ayant eu à Vienne, en 1568, des rapports avec quelques Grecs, publia à Wittemberg, en 1575, son Oratio de statu Ecclesiarum in Græcia, Asia, Africa, Boemia, dans laquelle il cherchait à voir dans les pratiques de l'Eglise grecque une confirmation de la foi luthérienne, tout en attaquant vivement celles qui se rapprochaient trop de la manière d'agir de l'Eglise catholique latine. Cette Oratio, qu'il répandit en Suède, lui valut une polémique avec le célèbre P. Antoine Possevino, S. J., alors occupé à la conversion de ce royaume, mais tout se borna de ce côté à une guerre de brochures[3].

En 1573, le chancelier de l'Université de Tubingue, Jacques Andrea, avec le concours de Martin Crusius (Kraus), professeur à la même Université, envoya à Constantinople un ministre luthérien, Etienne Gerlach, porteur de lettres adressées au patriarche Jérémie II, connu pour sa science théologique et sa valeur peu commune[4].

Gerlach eut une longue conférence avec le patriarche et plusieurs membres de son clergé. Après une longue discussion, on se sépara sans s'être mis entièrement d'accord, malgré les précautions que prenait Gerlach pour atténuer, dans le dogme protestant, tout ce qui pouvait effaroucher les Grecs[5].

Si Jérémie avait arrêté le protestantisme aux portes du patriarcat œcuménique, Cyrille Loukaris allait l'y faire entrer. Né à Candie, en Crète, le 13 novembre 1572, il fit ses études à Venise et à Padoue, où le scepticisme déguisé de ses maîtres lui fit perdre la foi. Prêtre en 1591, revêtu de hautes dignités par le patriarche d'Alexandrie, il fit plusieurs séjours en Ruthénie durant les premiers temps de l'Union de Brest, et contribua à négocier l'entente entre protestants et schismatiques de Pologne pour ruiner cette même Union. Fortement soupçonné de calvinisme, il dut faire, en 1601, une profession de foi contraire, qui, dans la suite, fut victorieusement utilisée par les catholiques ruthènes[6]. En 1602, il succède à Mélèce Pighas sur le siège patriarcal d'Alexandrie, et se fait élire à celui de Constantinople le 4 novembre 1620 : jusqu'à sa mort, arrivée le 27 juin 1638, il occupa jusqu'à sept reprises le trône patriarcal, n'ayant été dépassé en cela par aucun autre titulaire de ce siège où les changements sont pourtant si fréquents.

Les tendances calvinistes bien connues du nouveau patriarche faisaient évidemment courir un grand péril à l'Église grecque. Aussi eut-il contre lui le Saint-Siège, qui ne cessa de le combattre par le moyen des ambassadeurs de Venise, de France et d'Autriche[7], et ces ambassadeurs eux-mêmes, poussés par leurs souverains. Loukaris avait au contraire en sa faveur l'Angleterre et la Hollande. Une première fois, il fut renversé du patriarcat dans les derniers jours d'avril 1623 et remplacé par Grégoire IV d'Amasée. En réalité, il avait déjà été élu en 1612, mais avait dû se retirer presque aussitôt devant l'opposition de nombreux évêques. Grégoire ne put payer entièrement aux Turcs la redevance d'usage : après deux mois de patriarcat, il céda la place à Anthime II d'Andrinople, qui ne resta sur le siège patriarcal que trois mois : l'ambassadeur de Hollande réussit à faire revenir en octobre Cyrille de son exil de Rhodes.

A peine rentré à Constantinople, Loukaris se mit à répandre des catéchismes calvinistes écrits à la main, et prépara une Confession de foi absolument protestante, qui parut en 1629 en latin, probablement à Genève[8]. Réimprimée plusieurs fois de très bonne heure en diverses langues, elle fit beaucoup de bruit et excita nombre de protestations : son authenticité est cependant indiscutable. En 1630, Isaac de Chalcédoine réussit à se faire nommer patriarche : mais Loukaris le fait reléguer à Césarée et reprend le pouvoir jusqu'en octobre 1633. A cette date, Cyrille Kontaris, métropolite de Berrhée en Macédoine, le renverse pour huit jours seulement ; en mars 1631, c'est le tour d'Athanase Patellaros, métropolite de Thessalonique. En juin, Loukaris revient, mais dès mars 1635, Cyrille de Berrhée réussit encore à le chasser. Il eût été facile de transporter le patriarche calviniste en chrétienté, et de l'y tenir sous bonne garde : c'était l'avis de la Propagande. La maladresse de Cyrille de Berrhée fit échouer le plan.

Cependant, Loukaris demeurait exilé. Mais ces changements continuels de patriarche avaient fini par obérer extrêmement le trésor de l'Eglise de Constantinople : un règlement en huit articles avait été élaboré pour y remédier. Cyrille de Berrhée n'avant pas voulu s'y conformer et. ayant déposé Loukaris qui, malgré tout, comptait encore des partisans, le Saint-Synode se révolta contre lui et il lut renversé en juin 1636. L'ambassadeur de Hollande, ne pouvant faire revenir immédiatement Loukaris, fit mettre à la place de Cyrille de Berrhée le métropolite d'Héraclée, Néophyte, qui resta en fonctions jusqu'en mars 1637, date à laquelle Loukaris revint commencer son septième et dernier patriarcat. Grâce aux secours de nome et de l'empereur d'Allemagne, Cyrille de Berrhée parvint à renverser définitivement son compétiteur en juin 1638, et, pour se débarrasser de lui, le fit ou au moins le laissa étrangler par les Turcs le 27 du même mois. Le 21 septembre de la même année, un synode condamna solennellement toutes les erreurs de Loukaris : très incliné vers le catholicisme, Cyrille fit même une profession de foi dans ce sens, mais fut renversé au milieu de quantité d'intrigues et étranglé par ordre de son successeur Parthénios Ier, vers juillet 1639[9].

L'influence de Cyrille Loukaris devait cependant durer encore longtemps dans l'Eglise orthodoxe grecque. Parthénios II (1644-1646) rendit sa faveur aux calvinistes et exila Mélèce Syrigos. Puis les troubles profonds qui agitèrent le patriarcat, et qui firent que, de 1646 à 1657, date de l'élection de Parthénios III, on ne compte pas moins de dix patriarcats successifs, firent perdre de vue tous ces débats. Le protestantisme devait cependant, comme nous le verrons, s'infiltrer lentement dans la théologie orthodoxe, jusqu'à la changer profondément sur bien des points.

En dehors de Constantinople, la lutte continua. En 1668, un synode se tint dans l'île de Chypre sous la présidence de l'archevêque, pour condamner de nouveau les doctrines de Loukaris. Mais l'événement le plus important et le plus célèbre, en dehors des conférences de Iassi et de la lettre collective des patriarches de l'Orient en 1643, est le concile réuni à Jérusalem en 1672, par le patriarche Dosithée, à la suite de la restauration de l'Eglise de la Nativité à Bethléem. Y prirent part, outre Dosithée, l'ancien patriarche Nectaire, et 71 évêques ou clercs grecs. Les actes de ce concile[10] se composent essentiellement de trois parties : une lettre adressée à tous les chrétiens orthodoxes au sujet des erreurs protestantes, une longue exposition des points controversés, divisée en chapitres, et la confession dite de Dosithée, justement réputée comme un des monuments les plus importants de la symbolique grecque. Dosithée eut encore une grande part dans la condamnation prononcée par le patriarche de Constantinople Callinique II en 1691, des erreurs d'un disciple de Théophile Korydaleus, un certain Jean Karyophyllis, qui niait la transsubstantiation, et surtout l'emploi du mot grec μετουσίωσις pour l'exprimer[11].

La tenue du Synode de Jérusalem était due en bonne partie à l'influence du marquis de Nointel, ambassadeur de France auprès de la Porte depuis 1670. Ce fut le même marquis de Nointel, ami des Messieurs de Port-Royal, qui s'employa de tout son pouvoir à obtenir les nombreuses attestations de prélats orientaux qui garnissent les volumes de la célèbre Perpétuité de la Foi. A peu près toutes les communautés de l'Orient y figurent. Ce zèle n'empêcha pas plus tard Nointel d'être plus tard disgracié par le roi[12].

A dire vrai, l'habitude qu'ont prise les clercs orthodoxes d'aller étudier dans les universités protestantes d'Allemagne ou d'Angleterre, l'influence de Pierre le Grand, imbu des principes des réformateurs par son précepteur le Genevois Lefort, l'école de Féofane Procopovitch et de tous ceux qui l'ont suivi, ont fini par réagir sur la doctrine de l'Eglise orthodoxe. Le magistère ordinaire, pour elle, au sens où nous l'entendons nous autres catholiques, est le concile œcuménique : or, pour les orthodoxes, depuis mille ans, il n'y en a pas eu, et les théologiens orthodoxes ne sont pas d'accord sur la valeur qu'il convient d'attribuer aux différentes confessions de foi dont il a été parlé plus haut. Non seulement l'antique conception hiérarchique a été remplacée par des Saints-Synodes en Russie, en Grèce, en Roumanie, en Serbie, absolument calqués sur les consistoires protestants, mais la doctrine a changé : les deutérocanoniques, admis par les Grecs et par les Russes comme inspirés jusqu'au XVIIe siècle, ne le sont plus aujourd'hui[13] ; la notion de la valeur satisfactoire des pénitences imposées par le prêtre lors de la confession a été complètement changée, sans compter nombre d'autres infiltrations dues tant à l'influence protestante qu'à l'intention bien arrêtée de nier tout ce que l'Eglise romaine affirme avec une force de plus en plus grande : l'Immaculée Conception, reçue par les Grecs et les Russes au XVIIe siècle, rejetée de nos jours ; la venue de saint Pierre à Rome, niée aujourd'hui et effacée même des livres liturgiques, au moins par les Grecs, etc.[14]

Le dernier débat théologique de quelque importance qui se soit produit dans le patriarcat de Constantinople au XVIIIe siècle a rapport à la question de la validité du baptême latin et arménien, autrement dit du baptême par infusion, opposé à celui fait par immersion[15]. On sait que la validité du baptême conféré par les hérétiques, niée en Afrique, avait au contraire toujours été admise par l'Eglise romaine, pourvu que la formule trinitaire eût été conservée En Orient, on voit de bonne heure deux courants de doctrine se former : les uns admettent l'enseignement de Rome, tandis que d'autres s'accordent plutôt avec la pratique africaine, et cela dès le IIIe siècle. Cependant, pour ce qui est du baptême des Latins, Photius, bien que rejetant le rite de l'infusion, ne dit rien qui laisse croire qu'il juge nul le baptême ainsi conféré ; Michel Cérulaire non plus. On voit çà et là des textes qui montrent que certains Grecs, après le schisme, rebaptisaient les Latins qui passaient à l'orthodoxie, mais ce sont des faits isolés, comme le prouvent d'autres textes de théologiens grecs du Moyen Age, qui ne touchent même pas la question. Au concile de Florence, celle-ci ne fut pas abordée, preuve qu'elle n'existait pas. De fait, en 1481, le patriarche Siméon de Trébizonde exige seulement l'onction du saint chrême après la profession de foi, et Cyprien de Constantinople (1708-1709) admet sans hésiter la validité du baptême latin ; dans une réponse à Pierre le Grand, Jérémie III (1716-1726) pense de même. Le synode anticatholique de Constantinople, en 1722, n'en parle pas[16].

En Russie, on voit des faits de rebaptisation dès le haut Moyen Age, mais ils sont évidemment dus à l'ignorance de certains prêtres qui confondaient un rite accessoire avec l'essentiel. C'est aussi par fanatisme que le patriarche de Moscou, Philarète Nikititch, dans le synode de 1620, ordonna la rebaptisation de tous les catholiques qui passeraient à l'orthodoxie, qu'ils fussent de rite latin ou de rite oriental. En tout cas, cette décision fut cassée par celle du grand Synode de Moscou de 1667, auquel assistèrent Païsée d'Alexandrie et Macaire III Zalim d'Antioche. Depuis, l'Église russe a toujours admis et admet encore de nos jours la validité du baptême latin. La profession de foi orthodoxe et l'onction du saint chrême suffisent pour être reçu dans l'orthodoxie.

En 1750 un ermite grec, nommé Auxence, qui vivait au petit village de Katirli près Ismidt (Nicomédie), avait acquis un grand renom de sainteté, vraie ou supposée, car sur ce point les sources grecques elles-mêmes ne sont rien moins que d'accord. Voulant augmenter sa popularité, il se mit à prêcher contre les Latins et à enseigner que leur baptême était invalide. Le patriarche Cyrille V (1718-1751) l'appuyait en secret. Son successeur, Païsée II (1751-1752) essaya de réprimer Auxence[17] celui-ci finit par exciter un commencement de sédition. Les Turcs, jugeant qu'il était bon de se débarrasser de lui, le firent mander à Constantinople, et, durant le voyage, le noyèrent dans la Propontide ou mer de Marmara (5 septembre 1752). Quant à Païsée, le peuple exigea sa déposition le sultan fit alors remettre Cyrille V sur le trône patriarcal, qu'il occupa derechef de 1752 à 1757. En janvier 1755, il publia une encyclique par laquelle il déclarait nuls tous les sacrements des Latins[18] ; mais les évêques du Saint-Synode, qui n'étaient pas de son avis, prirent occasion d'une brochure lancée contre le baptême latin par un moine, Christophe l'Etolien, pour la condamner solennellement[19] le 28 avril 1755, et rétablir la vraie doctrine de l'Eglise orthodoxe. Le patriarche Cyrille, furieux, obtint un ordre de la Porte pour renvoyer tous les évêques dans leurs éparchies, et alors lui seul publia en juillet suivant une nouvelle sentence de condamnation du baptême latin, qu'il fit signer par Matthieu d'Alexandrie et Parthénios de Jérusalem[20]. C'est à cette décision que s'en tient encore, au moins officiellement, l'Eglise de Constantinople, malgré les protestations de plusieurs de ses théologiens, comme Nicolas de Céphallénie en 1755 et Ephrem l'Athénien, la même année[21].

Au point de vue intérieur, le fait le plus frappant de l'histoire de l'Eglise grecque de Constantinople est le nombre considérable de patriarches qui se succèdent sur son siège. Avec Mathieu II (1598-1602), nous en sommes, d'après la chronologie établie par le P. Siméon Vailhé[22], au 161e patriarche et au 188e patriarcat, car ce n'est un mystère pour personne que l'on voit des titulaires occuper le trône quatre, cinq, six et même sept fois différentes[23] : cette manière de faire est devenue endémique, et le patriarche actuel, Joachim III, en fonctions depuis dix ans au moment où s'écrivent ces lignes, est une exception à un principe de fait, sinon de droit, qu'un patriarche œcuménique est renversé au bout de quatre ans environ de pontificat. Avec Néophyte VII (1798-1801), qui clôt le XVIIIe siècle, nous en sommes déjà au 213e patriarche et au 278e patriarcat, ce qui fait 90 patriarcats et 52 patriarches dans l'espace de deux cents ans. On trouve peu de sièges d'une pareille mobilité de titulaires.

La juridiction du patriarche œcuménique s'étend aussi loin que vont au nord et à l'ouest les frontières de l'empire ottoman d'alors : le principe qui avait servi de prétexte à la grandeur de l'Eglise de Constantinople est le même qui règle son accroisse ment, puis sa décadence. Aux XVIIe-XVIIIe siècles, le hiérarque de Phanar exerce son autorité sur la Thrace, la Macédoine, l'Albanie et l'Epire jusqu'à Scutari et, au Monténégro, tout ce qui forme aujourd'hui la Grèce, la Serbie, la Bulgarie et la Roumanie, les îles de l'Archipel, Crète, l'Asie-Mineure jusqu'aux limites du patriarcat d'Antioche, c'est-à-dire le Taurus cilicien et l'Anti-Taurus Jusqu'à Diarbékir. Quant aux titres hiérarchiques, à la fin du XVIIe siècle on comptait 63 métropoles, 18 archevêchés autocéphales, c'est-à-dire évêchés exempts relevant directement du patriarche œcuménique sans l'intermédiaire d'aucun métropolite, et de 66 à 70 évêchés suffragants de quelques métropoles, suivant les listes : en tout environ 150 éparchies ou diocèses. La tendance générale, au mépris de toutes les lois canoniques, est de transformer petit à petit tous les sièges épiscopaux ou archiépiscopaux en métropoles : chose à peu près entièrement consommée à l'époque actuelle[24].

 

II

Des quatre patriarcats grecs de l'Orient, celui de Constantinople, malgré son histoire tourmentée, manifeste encore de la vie. L'Eglise d'Egypte a sombré depuis longtemps : les seuls chrétiens du pays, à part quelques Grecs, sont les Coptes monophysites, dont l'histoire est encore enveloppée de trop d'obscurité pour que l'on puisse songer à la résumer d'une manière quelconque. Le patriarcat grec d'Alexandrie n'est guère qu'une titulature, et les prélats qui en sont revêtus sont plus souvent sur les bords du Bosphore que sur ceux du Nil. On a vu de fait leurs noms mêlés à toutes les querelles calvinistes. Dans le pays même, la hiérarchie, qui comptait dix provinces ecclésiastiques au VIe siècle, avec de nombreux, évêchés suffragants, est réduite en 1715 à quatre métropolites sans suffragants, dont un ou deux tout au plus résident par intermittences, et avec une dizaine d'églises pour tout le patriarcat[25]. Il faudra attendre le XIXe siècle pour que l'immigration redonne un peu de lustre à cette Eglise désolée.

A Jérusalem, les trois métropoles et, les 55 évêchés existants au Ve siècle sont réduites en 1709 à six métropolites, à sept archevêques et à un évêque : mais beaucoup de ces prélats résident dans les couvents grecs de la Ville sainte : quatre tout au plus vivent dans leurs éparchies : un autre, celui du Sinaï, à demi indépendant, habite son monastère, qui, avec deux ou trois villages de pêcheurs, forme tout son troupeau[26]. Mais cette Eglise, si elle est pauvre en fidèles, est riche en biens-fonds. Les patriarches et évêques vont souvent quêter en Valachie, en Ruthénie, en Moscovie : ils en rapportent de grosses sommes, et surtout il n'y a pas beaucoup de hospodars phanariotes ou de tsars russes qui ne tiennent à honneur de doter l'Eglise de la sainte Sion de quelque monastère de leurs Etats. Les revenus de cette immense fortune immobilière, qui n'excitera les convoitises des gouvernements que beaucoup plus tard, au XIXe siècle, passent dans les mains de la Confrérie hagiotaphique, espèce d'Ordre religieux oriental, organisée au XVIe siècle et uniquement composée d'Hellènes recrutés dans toutes les îles de l'Archipel, en Grèce, en Europe et en Asie. Les indigènes, les Arabes, comme on les appelle dédaigneusement, c'est-à-dire les Melkites autochtones, en sont impitoyablement exclus ; tous les dignitaires du patriarcat, tous les membres de la hiérarchie, sont pris dans son sein. Les Arabes ne peuvent fournir que des prêtres de village. Depuis lors, la situation n'a pas changé.

Tel était le système inauguré en 1534 par le patriarche Germain II le Péloponnésien (1534-1579), consolidé par Sophrone V (1579-1608), Grec du Péloponnèse comme son prédécesseur Théophane IV (1608-1645), que nous verrons rétablir la hiérarchie schismatique en Ruthénie, et qui sut si bien cependant tromper son monde que l'on crut un instant, à la Propagande, à ses sentiments catholiques. Païsée II (1645-1661), administrateur des biens dédiés de Valachie, n'arriva à se faire reconnaître que par la force, grâce à l'argent qu'il versa aux Turcs. Nectaire (1661-1669), ancien archevêque du Sinaï, ne fit que passer sur le trône patriarcal. Dosithée II (1669-1707) est certainement l'un des prélats les plus remarquables de l'hellénisme au XVIIe siècle. Né en 1611 à Arakhova, non loin de Corinthe, il devint diacre à onze ans, entra au service de Païsée de Jérusalem, puis de Nectaire, et fut consacré par lui en 1666, à vingt-cinq ans, métropolite de Césarée. Le Saint-Synode de Constantinople, appelé par Nectaire, démissionnaire, à lui donner un successeur, choisit Dosithée en 1669 : il n'avait que vingt-huit ans. A. peine élu, il fait un voyage en Valachie et en rapporte de quoi payer une partie des dettes de son siège, reconstruit en 1671 l'église de la Nativité à Bethléem et réunit l'année suivante le synode contre les protestants dont il a déjà été parlé. Il prit une grande part à la lutte séculaire entre Grecs et Franciscains pour la possession des Lieux saints, avec des alternatives de succès et de revers, et combattit les novateurs qui s'élevaient au sein de l'orthodoxie grecque, comme Jean Karyophyllis et autres. IL intervint aussi da-s les affaires de l'Eglise russe. Durant son long patriarcat de trente-huit ans, il vit passer dix-neuf titulaires sur le siège de Constantinople. Cet effacement des premiers hiérarques de l'orthodoxie, sa science réelle, quoique touffue, non moins que son fanatisme indéniable et sa haine profonde contre les Latins, le mirent au premier rang des Grecs de son temps. A sa mort, arrivée à Constantinople le 6 février 1707, il laissait entr'autres quatre gros outrages, dont l'un, l'Histoire des patriarches de Jérusalem, indigeste compilation d'histoire ecclésiastique à peu près universelle, n'a pas moins de 1210 pages in-folio en petits caractères, y compris les additions de son neveu et successeur Chrysanthe. Les généreux hospodars de Valachie pourvurent aux frais de l'impression de tous ces ouvrages, où la haine profonde du schismatique rempli de préjugés et de fiel éclate à chaque page. Ils étaient de plus distribués gratuitement[27].

Chrysanthe (1707-1731) fut aussi un grand adversaire des Latins de Palestine, et, comme Dosithée, il publia plusieurs ouvrages, d'un ton un peu moins violent. Mais, comme on le voit, toute l'activité intellectuelle de ces patriarches était tournée du côté des Grecs : rien n'était fait pour les indigènes. Les séjours fréquents des hiérarques de Jérusalem à Constantinople avaient eu aussi pour résultat de mettre à peu près entièrement leur siège sous la dépendance du Saint-Synode de la capitale. Les successeurs de Chrysanthe, Mélèce (1731-1737), Parthénios (1737-1766), Ephrem (1766-1770) et ainsi de suite jusqu'à la fin du siècle, sont élus à Constantinople et non plus à Jérusalem.

Quant au patriarcat d'Antioche, il résista plus longtemps à Antioche, l'influence hellénique. Les Melkites indigènes, Syriens de race et longtemps de langue, avaient perdu à peu près tout contact avec l'hellénisme et avaient dû traduire en syriaque, puis en arabe, les livres de la liturgie byzantine lorsqu'ils l'eurent adoptée[28]. Après la conquête de la Syrie par les Ottomans (1536), les patriarches d'Antioche abandonnèrent cette ville et vinrent se fixer à Damas. Des quelque cent cinquante métropoles, archevêchés et évêchés du VIe siècle, à la veille de la conquête arabe, restaient en 1715 dix-sept sièges, tous résidentiels, et beaucoup étaient encore occupés par des Melkites indigènes[29].

Cette population, tranquille et douce, était plongée dans le schisme bien plus par l'absence de relations avec Rome que par sa faute formelle. Mélèce Karmé, archevêque d'Alep de 1612 à 1635, devenu patriarche sous le nom d'Euthyme cette même année, reviseur de la version arabe des livres liturgiques qui supplantait à ce moment la version syriaque, entre en relations avec la Propagande à propos de l'impression de la Bible arabe qui se faisait alors à Rome, et finit par envoyer son prêtre Pacôme faire sa profession de foi catholique et accepter en son nom le concile de Florence. Mais il meurt en 1635 même, avant d'avoir pu signer lui-même la formule que Rome lui envoyait.

En 1626, deux Pères jésuites vinrent fonder à Alep une mission dont les débuts furent entravés par de très grandes difficultés, qui leur vinrent surtout, chose curieuse, des missionnaires déjà établis dans le pays. A Euthyme Karmé avait succédé un moine grec originaire de Chio, Eutychios Sâqzî (1635-1648), puis finalement l'archevêque d'Alep, Mélèce Zaïm, sous le nom de Macaire III (1648-1672). Instruit, mais fourbe et sachant tirer parti de tout, Macaire louvoya habilement entre les Jésuites et le parti catholicisant que leurs prédications commençaient à former, et les autres patriarches orientaux. Il alla deux fois en Russie, où il prit part à la condamnation du patriarche de Moscou Nicon, comme nous le verrons, participa à toutes les grandes manifestations de l'orthodoxie de son temps, et réussit cependant à faire croire à ses sentiments prétendus catholiques. Marié avant d'entrer dans les ordres, il réussit à  gagner les bonnes grâces du pacha de Damas, qui, à sa mort, fit monter sur le trône patriarcal son petit-fils Constantin, alors âgé de quinze ans, sous le nom de Cyrille V. Mais le Saint-Synode de Constantinople, auquel les évêques du 'patriarcat en avaient appelé, désigna à sa place Néophyte Sâqzî, évêque de Hâmâ, parent du patriarche Eutychios, et qui paraît être mort en 1636. Le patriarcat fut alors divisé entre Cyrille V Zaïm, qui résida à Damas, et Athanase IV Dabbâs, qui habita Alep. Tous deux cherchaient à se supplanter, et ce n'est qu'à la fin qu'ils convinrent de se partager ainsi le patriarcat.

La mission des Jésuites portait cependant ses fruits, depuis que le P. Queyrot, amené à Damas par Euthyme Karmé, y avait commencé peu à peu à exciter un mouvement de sympathie envers Rome. Ce mouvement était tellement fort que Cyrille V fit sa profession de foi catholique en 1717. Sylvestre Dalem, métropolite de Beyrouth, l'avait précédé en 1701 ; Euthyme Saîfî, métropolite de Tyr, probablement neveu du patriarche Euthyme Karmé, et élève du P. Queyrot, consacré par Cyrille V en 1683, avait toujours été catholique. D'autres évêqùes étaient plus ou moins partisans de l'Union ; aussi lorsque Cyrille V mourut en 1720, et qu'Athanase IV Dabbâs fut seul maître du patriarcat, ce dernier fut-il vivement pressé de se déclarer pour Rome. A Damas et à Alep surtout, le peuple était en majorité Catholique. Athanase IV était convaincu au fond de la vérité du catholicisme : mais, ayant toujours été très mêlé au monde orthodoxe hellène, il louvoya constamment, et signa même volontiers le fameux synode anticatholique de Constantinople en 1722[30], synode réuni surtout à l'instigation de Chrysanthe de Jérusalem. Cependant, à sa mort, arrivée le 28 juillet 1721, il se rétracta et fit profession de foi catholique.

Sans perdre de temps, les catholiques de Damas éliront patriarche le neveu d'Euthyme Saîfî, le prêtre Séraphim Tânâs, sous le nom de Cyrille VI. Le nouvel élu, quoique non dépourvu d'ambition, était sincèrement catholique : il avait été d'ailleurs élevé à Rome, au collège de la Propagande. Mais les Grecs du Phanar mirent tout en œuvre pour le renverser : une sentence synodale de décembre 1721 le déclara intrus, et on choisit à sa place un Grec de Chypre, Sylvestre, animé d'un grand fanatisme contre les catholiques. Cyrille VI dut s'enfuir au Liban, où ses successeurs résidèrent durant cent dix ans.

Une lutte très vive s'engagea entre les deux compétiteurs. La Propagande mit tout en œuvre, par le moyen des ambassadeurs de France et d'Autriche, pour faire reconnaître par le sultan d'abord Cyrille tout seul, puis au moins Cyrille pour les catholiques et Sylvestre pour les schismatiques. Elle ne put y réussir. Le sud de la Syrie, à Moitié indépendant sous la domination des émirs du Liban, en partie convertis au christianisme, inclina vers le catholicisme : le nord, sauf Alep, plus directement sous la main des pachas turcs vendus aux Phanariotes, resta orthodoxe. Une double hiérarchie se constitua : mais, tandis que les patriarches catholiques d'Antioche, successeurs de Cyrille VI, furent tous Melkites indigènes, ceux de Sylvestre furent somme lui des Grecs. Il faudra venir jusqu'à nos jours pour que les Melkites orthodoxes, aidés par l'influence russe, forcent les Grecs à leur rendre la place.

Cependant Cyrille VI, élu en 1724, ne fut confirmé par Rome qu'en 1729, et ne reçut le pallium qu'en 1744. La raison en était jans les modifications arbitraires, introduites dans la discipline et le rite par Euthyme Saîfî, son oncle, et que le neveu avait aussi adoptées. A Rome, on tenait à l'observation exacte du rite grec, et à ne pas donner sur ce point prise aux récriminations des orthodoxes. La constitution de Benoît XIV, Demandatam cælitus, du 24 décembre 1743, rendue à cette occasion, est demeurée aussi célèbre pour l'Orient que la bulle Unigenitus pour l'Occident.

La propagande catholique fut puissamment aidée par l'établissement des deux couvents de Saint-Jean de Choûeîr (1697) et de Saint-Sauveur (début du XVIIIe siècle), dans les éparchies (diocèses) de Beyrouth et de Saîdâ. Les moines adoptèrent la forme des congrégations occidentales, avec un général, des chapitres, la règle de saint Basile, et, au moins pour les Chouérites, des constitutions approuvées. Mais, la période des persécutions passée, ils ne tardèrent pas à tomber en décadence. Le clergé séculier, réduit à des prêtres mariés curés de village, ne devait se relever avec la pratique du célibat que beaucoup plus tard.

Cyrille VI abdiqua sans consulter le Saint-Siège en 1759, désignant pour son successeur Ignace Jauhâr, son neveu, qu'il consacra évêque sous le nom d'Athanase. Lui-même mourut en 1760. Mais Rome refusa de reconnaître l'élection de Jauhâr, et nomma à sa place Maxime Hakim, archevêque d'Alep (1760-1761). A la mort de celui-ci, les évêques choisirent Athanase Dahân, métropolite de Beyrouth, sous le nom de Théodose VI (1761-1788). Athanase Jauhâr essaya encore de s'emparer du patriarcat, mais Rome intervint et parvint à le réduire : il ne réussit à devenir patriarche qu'à la mort de Théodose VI, et siégea de 1789 à 1794. En 1790, il réunit au couvent de Saint-Sauveur un concile qui devait donner à l'Église melkite une législation plus précise ; mais, aussitôt oublié que célébré, ce concile ne fut même pas approuvé à Rome. Après Cyrille VII Sîâj (1794-1796), le siège melkite catholique fut occupé par Agapios III Matâr (1796-1812), sous le pontificat duquel le jansénisme et le gallicanisme réussirent à s'introduire en Syrie, retardant encore pour longtemps le véritable progrès de la communauté melkite.

Le coupable en cette affaire fut Germanos Adam, évêque d'Acre, puis métropolite d'Alep (siège archiépiscopal élevé en 1790 par le concile de Saint-Sauveur à la dignité de métropole). Né à Alep en 1738, il fit ses études à la Propagande de 1754 à 1765 environ : il acquit une instruction très vaste, ce qui lui valut d'être porté sur le siège de Saint-Jean d'Acre en 1774, pour être transféré à Alep en 1777. Il ne résida jamais dans cette ville, à cause des persécutions, mais au Liban, d'où il dirigeait par lettres son éparchie tout en se mêlant activement des affaires ecclésiastiques de Syrie. Il jouissait de la confiance du Saint-Siège, qui le délégua même à un synode maronite. Mais, ayant eu le dessous dans une affaire futile qu'il porta lui-même devant la Propagande, en 1796, il en conçut contre Rome une vive rancune. A son retour, il passa par la Toscane où il se lia intimement avec Scipion Ricci, le fameux évêque de Pistoie et Prato, dont il adopta toutes les idées, ainsi que celles des gallicans français. Ses tendances firent beaucoup de bruit, mais toute la nation melkite le regardait comme un oracle. Des controverses très vives s'engagèrent : toutes les communautés catholiques de la Syrie y furent mêlées. En 1806, le patriarche Agapios Matâr ayant réuni un synode au couvent de Saint-Antoine de Qarqafé, Germanos en fut l'âme et l'imprégna de son esprit. Lui-même mourut en 1809 : toutes ses œuvres, restées en grande partie manuscrites, mais que l'on copiait à la main, furent condamnées par Grégoire XVI en 1835, en même temps que le concile de Qarqafé, lorsqu'il s'agit de confirmer l'élection au patriarcat de son plus cher disciple, Maxime Mazloûm. L'influence d'Adam dura longtemps après sa mort, et les idées d'éloignement de Rome, qu'il n'avait pas peu contribué à conserver ou à répandre, n'ont été fortement battues en brèche que de nos jours[31].

 

III

Les autres Eglises proprement orientales, à l'inverse de l'Eglise melkite, restent encore pour nous plongées dans l'inconnu, si l'on veut avoir une histoire vraiment sérieuse. Aucun ouvrage systématique et réellement critique n'a encore été écrit sur les Maronites, les Syriens, les Arméniens même, quoique cette nation possède une riche littérature ancienne et moderne. Aussi me bornerai-je à dire quelques mots de chacun de ces groupes.

1° Les Maronites, ainsi nommés du couvent de Saint-Maron sur les bords de l'Oronte, devenu au Ville siècle le centre du monothélisme en Syrie, s'étaient séparés à cette époque de l'Eglise orthodoxe d'Antioche, dénommée dès lors Eglise melkite, et s'étaient donné un évêque, puis un patriarche qui, à l'imitation de son collègue jacobite, avait pris, lui aussi, le titre d'Antioche. En relations avec les Croisés, ils avaient embrassé en partie la foi catholique, peut-être même tous en bloc, et paraissent bien être retombés dans leur hérésie, et par suite dans la séparation d'avec Rome. Au XVe siècle avait eu lieu la conversion définitive, grâce en grande partie aux missions du célèbre P. Eliano, S. J. En 1584, Grégoire XIII fonde à Rome le collège maronite, et quelque cinquante ans plus tard un second collège de cette nation est installé par la Propagande à Ravenne. Dans le collège de Rome se formèrent plusieurs hommes distingués, qui rendirent à l'Eglise catholique et aux lettres syriaques et arabes des services éminents : Abraham 'el Haqlâni, plus connu sous son non latinisé de Abraham Ecchellensis, mort à Rome en 1664 dans un âge très avancé, après avoir collaboré à la Polyglotte de Le Jay à Paris, et à la Bible arabe imprimée par la Propagande à Rome en 1671, auteur, en outre, d'une quinzaine d'ouvrages intéressants, mais où le sens critique fait parfois défaut par suite du manque d'une longue préparation première, chose qui peut se dire aussi de beaucoup d'autres savants orientaux de cette époque et même d'une période plus rapprochée de nous[32] — Gabriel Sionita, Victor Scialac, Fauste Nairon, contemporains d'Abraham ; et surtout, au siècle suivant, les membres de Matinani. la célèbre famille des Assémani : Joseph-Simon (1687-1768), préfet de la Bibliothèque vaticane et métropolite titulaire de Tyr, beau type du savant oriental, qui, sous Clément XI, enrichit la Vaticane d'un nombre considérable de manuscrits syriaques, arabes et grecs, et se rendit immortel par la publication de sa Bibliotheca Orientalis, consacrée aux œuvres littéraires des Syriens jacobites, des Syriens melkites, des Syriens maronites et des Syriens orientaux ou Chaldéo-Nestoriens : riche mine où il y a toujours à puiser tout en tenant compte des travaux faits de nos jours. Son neveu Etienne Aouâd (Etienne Evode) fit le catalogue des manuscrits orientaux de la Vaticane et de la Laurentienne de Florence (1709-1782). Un autre neveu du même, Joseph Louis (1710-1782), est l'auteur du Codex liturgicus Ecclesiæ universæ, œuvre restée inachevée, et que notre siècle seul a repris sous différentes formes. Le dernier de la famille est Simon Assémani (1752-1821), savant estimé, quoique moins célèbre que les précédents[33].

Les savants maronites de cette époque, recommandables par bien des mérites, n'ont cependant pas résisté à la tentation d'exalter leur nation outre mesure, défaut d'ailleurs commun à tous les Orientaux sans exception. Ils ont fait tous leurs efforts pour accréditer la légende de la perpétuelle orthodoxie des Maronites, et cette théorie, bien que n'ayant jamais été admise unanimement par tous en Occident, n'a été démontrée absolument fausse que de notre temps[34].

L'histoire intérieure de l'Eglise maronite est assez mal connue. Confinés au Liban, où ils avaient émigré de bonne heure, à moitié

dépendants de la Porte, les Maronites ont dû à cette circonstance de pouvoir conserver leur foi chrétienne sans grandes persécutions, de même de pouvoir donner asile à d'autres, comme nous le verrons. Le XVIe et le XVIIe siècles virent modifier assez sérieusement la liturgie pour la rapprocher, au moins à l'extérieur, du rite latin, et ce fut un grand tort. Il est vrai qu'à cette époque on ne se préoccupait pas de ces questions autant qu'on le fait aujourd'hui. L'état vague et imprécis de la discipline occasionnait des querelles sans fin entre le patriarche et les évêques, ceux-ci n'ayant pas de résidence fixe ni même de diocèses bien délimités, et étant considérés plutôt comme les auxiliaires du patriarche que comme de véritable prélats résidentiels. C'est pour remédier à ces maux et à bien d'autres encore que fut assemblé en 1736 le célèbre Synode libanais, au monastère de Loûaîsé près de Beyrouth, sous la présidence du patriarche et de Joseph Simon Assémani[35].

2° Le XVIIe siècle vit aussi la constitution d'une Eglise syrienne catholique, c'est-à-dire le retour d'une patrie des Syriens jacobites. L'union conclue par ces derniers à Florence n'avait été qu'éphémère : au XVIe siècle, il y eut quelques tentatives qui ne donnèrent aucun résultat sérieux. L'établissement à Alep des Carmes, des Jésuites et des Capucins donna un nouvel essor à la propagande catholique : un groupe nombreux de jacobites se convertit et se donna un évêque dans la personne d'André Akidjian, ancien élève du Collège maronite de Rome, en 166. Lorsque le patriarche jacobite mourut, les convertis, dénommés Syriens catholiques, élurent André patriarche : celui-ci adressa sa profession de foi au Saint-Siège en 1061. Mais les jacobites ne virent pas de bon œil cette promotion, et leur patriarche, Abd 'al Massil, obtint de la Porte un firman contre le successeur d'André, un certain Pierre, ancien évêque jacobite de Jérusalem, que le patriarche André et un Père Jésuite, sot confesseur, avaient converti. Le patriarche Pierre réussit cependant à obtenir un contre-ordre et à être laissé en possession à peu près paisible de l'Eglise d'Alep. Mais, en 1687, à l'instigation d'un nouveau patriarche jacobite, Georges de Mossoul, la persécution recommença, et Pierre mourut en prison en 1701. Durant presque tout le XVIIIe siècle, les Syriens catholiques ne purent, malgré les efforts en ce sens de la Propagande, se donner un chef religieux et durent recourir au ministère des missionnaires latins.

En 1736 naquit à Alep Michel Jaroûé, d'une famille jacobite, lequel, ordonné prêtre hérétique en 1757, se mit à imiter en toutes choses les catholiques avec grand zèle. Le P. François Causset, Jésuite, réussit à le convertir en 1760 : cette conversion fut Urine secrète. Jaroûé, consacré évêque d'Alep par le patriarche jacobite Georges II, mit tout en œuvre pour pouvoir se déclarer ouvertement en entraînant la plus grande partie de son troupeau. Le successeur de Georges II, Georges III, en ayant eu vent, le retint durant quatre ans dans le couvent éloigné de Déîr-az-Zafarân, près de Mardin, résidence des patriarches jacobites. Enfin Jaroûé parvint à s'enfuir, retourna à Alep, renouvela sa profession de foi catholique et fut confirmé sur son siège épiscopal par Rome. Le patriarche jacobite essaya sans y réussir de lui reprendre l'église d'Alep, puis parvint à le faire chasser une première fois. Il travaillait à le faire une seconde lorsqu'il mourut, en 1781. Aussitôt la plus grande partie des évêques rassemblés à Mardîn choisissent Jaroûé comme patriarche : deux opposants forment un parti contraire et une lutte acharnée s'engage : Jaroûé reste seul avec quatre évêques fidèles pendant que le parti contraire élisait un anti-patriarche et recourait à la protection du patriarche, arménien grégorien (non catholique) de Constantinople. Après des péripéties incroyables, Jaroûé, déguisé en Bédouin, put s'enfuir en Syrie : ses évêques gagnèrent Alep et l'Egypte, Jaroûé s'installa, dans la plus grande pauvreté, dans un couvent ruiné du Kesraoûân, et finit par faire l'acquisition de celui de Charfé, non loin de Beyrouth, où il établit le siège patriarcal des Syriens catholiques. Grâce à une indomptable énergie, il parvint à diriger tant bien que mal ses fidèles dispersés, attendant des jours meilleurs[36]. Il mourut le 16 septembre 1800, en odeur de sainteté : il est le vrai fondateur de l'Eglise syrienne catholique.

3° Plus à l'Orient vivaient les Chaldéens, rameau détaché au XVIe siècle des Nestoriens, après quelques relations antérieures avec les Souverains Pontifes. En 1551, à là mort du catholicos nestorien Siméon V, une compétition porta sur le siège de l'Orient — tel était le nom consacré par l'usage — l'archimandrite.4u monastère de Rabban-Hormûz, Jean Soulaka, qui alla se faire consacrer à Rome par Jules III. Il fut mis à mort en 1555 par le pacha de Diarbékir, mais ses évêques lui donnèrent pour successeur 'Abd'Ichô, qui partit aussitôt pour l'Occident afin d'aller chercher, lui aussi, sa confirmation à Rome où il reçut le pallium ; il assista même, le 4 décembre 1563, à la dernière session du Concile de Trente. Jusque vers 1675, la série des catholicos unis è Rome se succède sans interruption : à cette époque, l'Union paraît avoir été abandonnée. L'autre succession de catholicos qui s'était formée en 1551 avec Siméon Bar-Mâmâ, l'adversaire de Soulaka, resta en majorité nestorienne, quoique plusieurs de ses membres, entre 1607 et 1660, aient fait leur profession de foi catholique. Le patriarcat ou catholicosat des Nestoriens s'était donc divisé en deux branches, dont les titulaires résidaient respectivement à Kotchannès et à Alqôch. Le dernier de la série d'Alqôch mourut en 1775 et n'eut pas de remplaçant, car son neveu, qui devait lui succéder, Mar-Hannâ s'était, fait catholique. La série des catholicos de Kotchannès existe toujours : c'est celle des Nestoriens[37].

Un appendice de l'Eglise chaldéenne est formé par les chrétiens de saint Thomas, sur la côte du Malabar, dans les Indes. Les missions nestoriennes avaient été en effet très prospères durant le Moyen Age, et comptaient des chrétientés non seulement clans les Indes et l'île de Ceylan, mais dans ce qui forme aujourd'hui le Turkestan russe et en Chine ; Pékin était le siège d'une métropole, et la célèbre inscription chrétienne de Si-ngan-fou est d'origine nestorienne[38].

4° Bien qu'il y ait eu à différentes époques des patriarches arméniens, soit de Sis, soit d'Etchmiadzin, soit des groupes isolés en communion avec Rome, la fondation d'une Eglise arméno-catholique ne remonte pas au delà du XVIIIe siècle. Le précurseur fut, l'évêque de Mardîn, Tazbaz Melkoun, ancien. élève de la Propagande et mort confesseur : ce fut lui qui inculqua au jeune Abraham Ardzivian, né à Aîn-Tab en 1679, des principes catholiques. Abraham fut ordonné prêtre par le catholicos de Sis, Pierre, en '1606, et consacré évêque par le même en 1710. Catholique dès l'enfance, il put obtenir d'être dispensé de prononcer l'anathème contre le concile de Chalcédoine, ce qui lui valut, à lui et à son consécrateur, de nombreuses persécutions de la part des patriarches arméniens de Constantinople. Délivré, il continua son apostolat à Mardin, Diarbair, Orfa (Edesse) et de nouveau Alep, mais dut se retirer au Liban où, avec l'aide de quelques jeunes Arméniens d'Alep, il fonda au couvent de Kreim l'Ordre des Antonins arméniens, qui prit bientôt de sérieux développements. En 1740, il put rentrer dans Alep et y continuer ses prédications. Avec l'assistance de deux évêques melkites catholiques, il se donna un coadjuteur, puis consacra deux autres évêques pour Killis et Mardîn. En 1737, le catholicos de Sis, Luc, était mort en communion avec Rome : son successeur étant resté hérétique, les trois évêques catholiques lui opposèrent Abraham en 1740 ; deux ans après, Benoît XIV confirmait cette élection et remettait à Rome même le pallium au nouveau patriarche. En quittant Rome, il voulut établir son siège, soit à Constantinople, soit en Egypte, soit même à Damas, mais il ne put y réussir et dut rentrer à Kreîm au Liban. Il y mourut saintement en1749[39]. Son successeur, Jacques IIovsépian, transporta le siège patriarcal à Bzommar, tout près du couvent syrien de Charfé, où il est resté jusqu'en 1867. De Bzommar, les patriarches de Cilicie, province où était située Sis, dirigeaient les diocèses répandus dans l'Asie Mineure, sauf Constantinople. Dans cette ville, les catholiques du rite arménien étaient soumis au vicaire patriarcal latin ; mais les uns et les autres relevaient au civil, devant la Porte, du patriarche grégorien de la capitale : celui-ci ne s'en privait pas pour persécuter les catholiques, et cette situation ne fut pas sans donner lieu à de nombreuses difficultés et à des polémiques pour savoir s'il pourrait être licite aux catholiques de fréquenter les églises hérétiques. Rome se prononça nettement contre, malgré les efforts du célèbre Jean de Serpos. Les Arméniens catholiques n'eurent la paix religieuse qu'en 1831.

Toutes ces persécutions devaient les forcer à chercher un appui pour leurs œuvres en dehors de la Turquie. Mékhitar de Sivas ou Sébaste, né en 1676, fut ordonné diacre à quinze ans, et parait avoir été de très bonne heure catholique. Après de longs voyages, à travers l'Orient, il conçut en 1700, à Constantinople, le dessein d'une congrégation qui serait occupée uniquement de promouvoir la foi catholique parmi les Arméniens. Avec quelques compagnons, il ouvrit une imprimerie, mais dut bientôt quitter la capitale pour se réfugier en pays chrétien. Il choisit la Morée ou Péloponnèse, alors au pouvoir des Vénitiens, et fonda un couvent à Modon. Lors de l'invasion turque (1715), il dut quitter encore une fois le pays, et se réfugia à Venise. En 1717, la Sérénissime République permit aux moines arméniens de s'établir dans l'île de Saint-Lazare qui leur fut cédée à perpétuité. Il put achever lui-même la construction du nouveau monastère, terminée en 1740 et mourut en 1749, à l'âge de 74 ans. Il donna à ses moines, avec le nom d'Antonins, la règle de saint Benoît et des constitutions propres. Les services qu'ils ont rendus à la science et à l'apostolat par la presse sont incalculables. Cependant, une division sur des questions de constitutions monastiques ne tarda pas à se produire, et, vers la fin du siècle (1772-1773), une colonie, sous la conduite de Babik, alla fonder à Trieste d'abord, puis à Vienne en Autriche, une communauté distincte qui garda les mêmes règles et le même nom de Mékhitaristes, mais avec une organisation à part : elle aussi a rendu et rend encore de nombreux services[40].

5° Il n'y a que très peu de choses à dire de l'Eglise copte d'Égypte. L'Union de Florence avait été éphémère pour elle comme pour les autres, quoique plusieurs patriarches aient eu des correspondances avec les Papes sous Pie IV et Grégoire XIII. En 1582, grâce aux missions des, Jésuites, un concile s'assemble à Memphis et le patriarche Jean XIII conclut à nouveau l'union avec l'Eglise romaine, mais, la veille de la signature des décrets, il meurt subitement, probablement empoisonné, et le parti schismatique rend cette tentative vaine. En1593, le patriarche Gabriel VIII, successeur de Jean, fit profession de foi catholique et la renouvela même expressément deux ans plus tard par le moyen d'un envoyé qu'il expédia à Rome. Lorsque les Franciscains s'établirent en Egypte à la fin du XVIIe siècle, il restait cependant encore quelques catholiques. En 1731, Clément XII concéda bien aux moines coptes et éthiopiens le couvent de Saint-Etienne, situé près du Vatican, mais ce fut plutôt un hospice pour les pèlerins qui venaient à Rome qu'autre chose. La même année, ce Pape fit entrer douze jeunes gens au collège de la Propagande, afin de former le noyau d'un clergé indigène. De fait, en 17'I.1, sous Benoît XIV, l'évêque copte de Jérusalem, Athanase, embrassa la foi catholique et fut constitué administrateur des fidèles de son rite en Egypte, fidèles qu'il ne vit d'ailleurs jamais, continuant à résider à Jérusalem et se faisant représenter au Caire par un vicaire. Vers la même époque, Raphaël Touky, consacré évêque titulaire d'Arsinoé, passa la plus grande partie de sa vie à Rome où il publia la première édition imprimée des principaux livres liturgiques. Il mourut en avril 1772. Athanase de Jérusalem disparut à la même époque, et fut remplacé par Jean Farargi, évêque titulaire d'Hypsopolis. L'évêque de Girgeh, Antoine Flaïfel, se convertit, mais il dut venir à Rome où il mourut dans un âge très avancé au début du XIXe siècle. Jean Farargi n'avait jamais reçu la consécration épiscopale : son successeur, Mathieu Righet, vicaire apostolique des Coptes de 1788 à 1822, fut dans le même cas. Cette nation ne devait faire parler d'elle que beaucoup plus tard[41].

6° Il en est de même des Ethiopiens. Depuis que les Coptes les avaient entraînés clans l'hérésie et le schisme, ils n'avaient pas eu de rapports avec la catholicité ; ce ne fut qu'en 1516 que, à la suite de diverses avances faites par les rois du pays, saint Ignace lui-même décida la mission d'Ethiopie. En 1551, le pape Paul IV promut un Jésuite patriarche d'Ethiopie ; mais la mission n'eut guère de succès jusqu'au début du XVIIe siècle, date à laquelle les conversions se multiplièrent : le roi Susnéos fit sa profession de foi solennelle en 1626, mais la polémique avec le parti contraire devint de plus en plus vive et, quelques années plus tard, le successeur de Susnéos, son fils Fâsiladas, chassa les Jésuites. Leur départ laissa cependant dans le pays le goût des discussions théologiques, qui jusque-là n'existaient guère, et deux courants dogmatiques, dont l'un assez voisin du catholicisme, se produisirent. Mais la mission d'Abyssinie ne devait être reprise qu'au XIXe siècle[42].

 

IV

L'époque à laquelle est consacré ce volume a vu se produire d'importants événements dans l'histoire des Églises de l'Europe orientale, où des formations nouvelles ont lieu à côté d'iniques absorptions accomplies par les patriarches de Constantinople appuyés sur les Turcs.

1° Les Serbes, venus du nord des Carpates, installés dans le pays qui prit d'eux son nom dès lé vue siècle, convertis au XIe par des missionnaires byzantins, eurent leur premier archevêque à moitié indépendant dans la personne.de saint Sava ou Sabas, fils du roi Étienne Némania, mort en 1237 : en 1351, le roi Étienne Douchan, dit le Fort, proclama l'indépendance complète de son Église de toute juridiction de la part du patriarche byzantin, qui ne sanctionna cette mesure qu'en 1376[43].

L'archevêché, autocéphale d'Ochrida devait son érection au premier empire bulgare, ruiné par Basile II le Bulgaroctone en 1019 : il avait subsisté tout en restant indépendant de Constantinople, même avec des titulaires grecs, parallèlement au patriarcat bulgare de Ternovo, qui, de 1204 à la conquête turque de 1393, avait régi au spirituel le second empire bulgare ; et il continua de subsister après cette époque. Tant qu'il fut aux mains des indigènes, il put vivre malgré les exactions des Turcs. Mais les Grecs du Phanar ayant réussi, dès la moitié du XVIIIe siècle, à s'y hisser, grâce à des surenchères toujours plus élevées qu'ils offraient aux sultans, ruinèrent complètement le siège, et, lorsqu'il fut ruiné, obtinrent sa suppression pure et simple en 1767, deux ans après la ruine de l'autonomie serbe d'Ipek. Cette conquête, d'ailleurs, était la dernière que devait faire le Phanar : après commence l'irrémédiable décadence[44].

2° Christianisées par des missionnaires latins qui avaient suivi les colons de Trajan, les populations roumaines de la Valachie et de la Moldavie avaient suivi le rite latin jusqu'à leur incorporation dans le premier empire bulgare, au ixe siècle. Celui-ci les avait slavisées au point de vue religieux et fait dépendre de l'archevêché d'Ochrida, sous la juridiction duquel les deux provinces restèrent, en même temps qu'elles devaient plus tard garder leur autonomie vis-à-vis des. Turcs, jusqu'à la fin du XVe siècle, date à laquelle Constantinople réussit à les faire passer sous sa juridiction. Mais le slave resta la langue de l'Eglise et de l'administration, tandis que le peuple parlait roumain, jusqu'au XVIIe siècle. Les Phanariotes, en même temps, obtenaient une large influence politique dans les provinces valachiennes, hellénisèrent les couvents, où était concentrée toute construction. Le slave devenant de plus en plus délaissé, on fut obligé, pour assurer le service religieux dans les campagnes, de traduire les livres de la liturgie en roumain, écrit toutefois avec des caractères slaves. Au milieu du XVIIIe siècle, le travail était complètement achevé, et plus tard l'alphabet latin fut partout substitué à l'alphabet slave, grâce surtout aux Roumains de Transylvanie.

Ceux-ci formaient une très nombreuse population répandue dans un grand-duché autonome réuni à la couronne d'Autriche en 1688, mais qui ne fut complètement absorbé par la Hongrie qu'en 1867. Dès le XVIe siècle, le calvinisme s'y était introduit, et avait amené avec lui un grand relâchement dans la discipline ecclésiastique, 'avec l'ignorance sans nom caractéristique de tous les pays où dominait alors le schisme oriental. Les missions répétées des Jésuites dans le pays avaient fini par incliner nombre d'esprits vers l'union avec Rome : au nombre de ces derniers était l'évêque de Fagaras ou Alba-Julia, Théophile[45].

Le métropolite de Bucarest s'opposa à la conclusion de l'union par Théophile en 1697 ; et les boyards transylvains, pour la plupart gagnés au calvinisme, 'mirent tout en œuvre de leur côté pour la faire échouer sous son successeur Athanase, sans reculer devant les moyens violents[46].

Mais un diplôme impérial du 19 mars 1701 mit les Roumains catholiques sur le même pied que les Latins au point de vue des privilèges et des immunités, et le cardinal Kollonitz, archevêque de Gran et primat de Hongrie, pourvut Athanase d'un théologien-consulteur dans la personne du P. Baranyi, S. J.[47]

Sans se décourager, Kollonitz envoya de jeunes Roumains étudier à Rome, au Collège germanique, au Collège grec, à celui de la Propagande. Malgré de nouvelles tempêtes, Athanase mourut le 19 août 1713, laissant l'Union roumaine solidement établie.

Les protopopes ou archiprêtres de l'éparchie songèrent d'abord, pour le remplacer, à son dernier théologien, le P. Szunyogh, S. J. : celui-ci refusa. Une nouvelle élection fut annulée par la cour de Vienne pour vice de forme, et de fait le siège resta vacant jusqu'en 1721, date à laquelle Rome expédia ses bulles à Jean Pataky, un des Roumains pie le cardinal Kollonitz avait jadis envoyés au Collège germanique. Durant la vacance, plusieurs Pères Jésuites remplirent le rôle d'administrateurs.

Jean Giurgiu, surnommé Pataky, était né en 1682. Elevé à Rome, il y avait été ordonné an rite latin, ce qui, d'après la discipline alors reçue, entraînait le passage ipso facto à ce même rite. Il avait exercé durant plusieurs années le ministère auprès de ses compatriotes. Son élection fut agréée par l'empereur Charles VI et confirmée par Rome malgré l'opposition de l'évêque latin de Transylvanie, qui voulait bien d'un évêque de rite grec, mais à condition qu'il lui fût subordonné, aux termes d'un canon du quatrième concile de Latran. En même temps, Innocent XIII érigeait canoniquement comme indépendant le siège roumain déjà existant de fait de Fagaras ou Alba-Julia, mais comme suffragant du primat hongrois de Gran. Pataky occupa son siège de 1721 à 1727 : il tint un synode très important pour la discipline en 1725, et transporta la résidence épiscopale à Blas ou Balaszfalva. A sa mort arrivée inopinément, le P. Adam Fitter, S. J., administra le siège durant la vacance, et réunit un synode en 1723. L'année suivante, Jean Innocent Micu, plus connu sous le nom allemand de Klein, fut élu et confirmé par Clément XII ; Marie-Thérèse lui conféra le titre de baron de Szad, et Klein en profita pour relever le prestige de sa communauté. Un nouveau synode fut tenu en 1739, mais l'évêque eut à lutter contre le moine serbe Bessarion, envoyé par le patriarche d'Ipek Arsène Tchernoïévitch pour ramener les Roumains à la communion orthodoxe. A ces difficultés assez graves vint s'ajouter la conduite anti-canonique l'évêque Klein, ce qui força le Saint-Siège à ordonner une visite apostolique faite par l'évêque ruthène de Munkacz, Manuel Oslavsky Klein dut renoncer définitivement à son siège et fut remplacé par Pierre Paul Aaron, ancien élève du Collège grec de Rome, avec le titre de vicaire général administrateur. Lui aussi eut à lutter contre les émissaires serbes, mais, à partir de sa consécration épiscopale arrivée en 1752, il donna une vive impulsion aux œuvres de l'Union, réunit un synode la même année, constitua un chapitre cathédral, ouvrit un grand collège à Blas, un séminaire théologique et une imprimerie. Les agissements violents des Serbes de Karlovitz nécessitèrent une intervention armée de la part de la couronne. Au cours d'une tournée pastorale, Pierre Paul Aaron mourut en odeur de sainteté en mars 1764.

C'est à cette époque que, en vertu du même canon du quatrième concile de Latran qui avait failli empêcher la confirmation de Pataky, Benoît XIV établit pour les Roumains répandus dans le diocèse de Nagy-Varad, ou Gran-Varadin, un évêque vicaire dans la personne de Mélèce Kovacs, revêtu du titre d'évêque de Tégée : ce sont là-les débuts de l'éparchie roumaine d'Oradea-Mare, nom roumain de Nagy-Varad.

A Paul Aaron succéda Athanase Rednik (1764-1772), sous l'épiscopat duquel mourut l'ancien évêque Klein, retiré à Rome (1768), et cessa l'institution des théologiens jésuites attachés jusque-là à la personne du titulaire de l'évêché : la jeune Eglise ne pouvait cependant pas encore se gouverner entièrement par ses propres forces. Le grand adversaire de Rednik, Grégoire Major, lui succéda (1773-1782) : la Compagnie de Jésus, supprimée par Clément XIV, put cependant consacrer les travaux de ses derniers membres, sécularisés, au bien des Roumains. Grégoire Major envoya un grand nombre de jeunes gens étudier à Rome, et prépara ainsi la brillante renaissance littéraire de l'âge suivant[48].

4° L'Union se répandit aussi, malgré toute sorte de difficultés, chez les Serbes émigrés sur les terres de l'Empire d'Autriche, et cela tout à fait au début du XVIIe siècle. Ce fut l'évêque latin de Zagreb (Agram), Pierre Dimitrovics, qui concéda au moine serbe Siméon Vratanya, l'un des émigrés, qui avait embrassé l'Union, une église pour y fonder tout auprès un monastère destiné à devenir une pépinière de clercs pour les colonies serbes du rite oriental[49].

En 1777, Marie-Thérèse, malgré la résistance des évêques latins, qui auraient voulu conserver leur juridiction directe sur les Serbes, se mit d'accord avec le Saint-Siège, et Pie VI érigea le 16 juin 1777 la ville de Krijevtsy (en allemand Kreutz, en hongrois Koros) en siège épiscopal serbe du rite oriental. Le premier titulaire fut le vicaire de l'évêque de Zagreb, à savoir Basile Bojitchkovitch[50].

5° Si l'ancien élément hellène de la Sicile et de l'Italie du Sud avait presque entièrement disparu au XVIe siècle et au début du XVIIe sous des influences diverses, des Albanais, étant venus le renforcer dès la fin du XVe, avaient fondé quatre colonies en Sicile et environ vingt-cinq autres en Calabre. Ils étaient restés fidèles au rite grec auquel ils étaient extrêmement attachés. C'était en partie pour eux que Grégoire XIII avait fondé le Collège grec de Rome en 1577, et, dès 1624, Urbain VIII, pour éviter l'intrusion d'évêques grecs, souvent schismatiques, qui venaient de l'Orient ou de l'Archipel s'installer en Calabre ou en Sicile, établit à Rome une prélature métropolitaine du rite grec dont le titulaire devait officier dans l'église Saint-Athanase et ordonner les clercs de son rite. Ces Albanais, dit aussi Italo-grecs, demeurèrent soumis aux évêques latins des diocèses où ils habitaient, et en 1742 Benoît XIV leur donna, dans la constitution Etsi pastoralis, la législation qui les régit encore aujourd'hui. En 1715, le P. Georges Guzzetta, prêtre albanais de Sicile, fond dateur d'une congrégation de l'Oratoire du rite oriental que les, révolutions du XIXe siècle ont ruinée, établit à Palerme un sémi, naine pour l'éducation du clergé albanais, et, en 1736, Clément XlI en fonda un autre à Saint-Benoît d'Ullano pour la Calabre, avec un évêque titulaire à la tête pour conférer les ordinations ; en 1781, un autre évêque titulaire du même genre fut établi en Sicile. Quant aux nombreux monastères grecs de la Sicile et de l'Italie du Sud, ils avaient été réduits en congrégation à l'image des Bénédictins, mais sous la règle de saint Basile, à la fin du XVIe siècle : les uns suivaient le rite latin, d'autres le rite grec, et souvent les moines passaient de l'un à l'autre avec une grande facilité. Bientôt vinrent s'adjoindre à eux des monastères espagnols, tous de rite latin. Ce mélange fut grandement préjudiciable à la pureté du rite grec, qui ne tarda pas à être altéré d'une façon incroyable : le célèbre monastère de Grottaferrata près de Rome, le seul subsistant après les révolutions du me siècle, en a longtemps été un exemple curieux[51]. Ces Basiliens eurent cependant une certaine influence : aux XVIIe-XVIIIe siècles, ils eurent même toute une mission de rite grec dans le district de la Chimère, sur la côte de l'Epire, au nord de Corfou.

6° Pour finir, j'ajoute quelques mots sur l'Église géorgienne du Caucase, soumise d'abord à Antioche, puis indépendante, complètement byzantinisée au XIe siècle par les moines géorgiens des couvents de l'Athos, tombée dans le schisme plutôt par manque de relations avec Rome que pour d'autres motifs. Dans le but de la ramener à l'Union, la Propagande envoya au Caucase, en 1626, des théatins italiens, qui s'établirent dans la Géorgie orientale : en 1663, des capucins leur succédèrent. Mais, soit inaptitude à ces missions auprès de peuples du rite grec, soit par suite de circonstances peu favorables, ils n'obtinrent, somme toute, que des succès partiels. En 1801, l'incorporation de la Géorgie à la Russie vint rendre impossible tout apostolat unioniste, et les quelques catholiques du rite byzantin qui subsistaient encore passèrent au rite latin, ou au rite arménien, pendant que l'Église orthodoxe de Géorgie était incorporée dans le Saint-Synode russe[52].

 

V

La partie la plus intéressante du monde oriental à l'époque où nous sommes arrivés est certainement la vaste région qui forme le royaume de Pologne et l'empire naissant de Russie. Politiquement, ecclésiastiquement, ethnographiquement même jusqu'à un certain point, ces deux pays forment deux mondes absolument tranchés, qu'il convient de traiter séparément tout en tenant compte de leurs rapports mutuels[53].

1° Au moment où s'ouvre le XVIIe siècle, l'Eglise ruthène du royaume de Pologne, répandue surtout dans la Galicie orientale, la Russie rouge, la Russie blanche et le pays autour de Kiev, est lassée de voir que les patriarches de Constantinople, qui y exercent la suprématie religieuse depuis la conversion du peuple ruthène avec saint Vladimir, se bornent à percevoir des taxes sans s'occuper du véritable bien religieux de la population. Toute une fermentation, entretenue par les confréries (bratstvo) fondées par les principaux laïcs, fait demander un changement. Les Jésuites, qui avaient dès lors en Pologne des résidences et des collèges florissants, voient ce mouvement et tâchent d'en tirer parti. Le P. Sharp, l'un des plus fameux orateurs du XVIe siècle, publie en 1576 son livre sur l'Unité de l'Église, et le dédie au plus puissant seigneur de la Pologne d'alors, le prince d'Ostrog, Constantin. Ce livre fit tant de bruit qu'on dut le réimprimer dès 1590[54].

En cette même année, les évêques, réunis à Brest-Litovski, décidèrent de rompre avec les patriarches d'Orient qui ne faisaient rien pour le pays et de ne plus reconnaître d'autre autorité que celle du roi. Sigismond III, souverain pieux et franchement catholique, leur indiqua la seule voie qu'ils eussent pu suivre avec Rome. Sur ces entrefaites, le prince d'Ostrog, pour contrebalancer l'influence de l'évêque de Loutsk, Cyrille Terletsky, avec lequel il venait de se brouiller, fit porter sur le siège de Vladimir son ami, le sénateur Hypace Potsiéy, et s'entendit avec lui pour conclure l'Union.

En juin 1596, le métropolite et quelques évêques rédigèrent leur acte d'union avec Rome que Hypace Potsiéy et Cyrille Terletsky allèrent porter aussitôt à Clément VIII. Dans un consistoire solennel, le Souverain Pontife admit l'Eglise ruthène à la communion du Saint-Siège, en lui garantissant le maintien de son rite et de ses privilèges. Plusieurs millions d'âmes étaient ainsi gagnées[55].

Mais l'agitation des partisans du schisme était telle que la cause de l'union aurait succombé si la Providence ne lui avait envoyé des auxiliaires inattendus.

Ceux-ci ne vinrent pas du clergé latin. Le royaume de Pologne comprenait trois nations, on pourrait dire quatre : polonaise, lithuanienne, ruthène et arménienne. L'élément polonais était certes le plus cultivé, mais aussi le plus pénétré de sa propre valeur, et le moins disposé à ne pas trop le faire sentir aux autres[56].

Le clergé latin ignorait là langue slave ancienne, idiome sacré des Ruthènes, et le pope ou le moine ruthène ne savait pas le latin. Des préjugés invincibles, encore trop vivaces aujourd'hui rhème séparaient ces deux éléments. Tant que les Ruthènes demeurèrent schismatiques, les conséquences ne se tirent pas trop sentir, mais, aussitôt après l'Union, et, à la réserve d'honorables, mais bien trop rares exceptions, l'antipathie nationale se donna libre carrière[57].

Rome fut obligée d'intervenir plusieurs fois, et de déclarer que les évêques ruthènes, bien qu'étant du rite grec, étaient de vrais, évêques, pourvus d'une vraie juridiction, et que le clergé latin+ n'avait pas le droit d'exiger la dîme du clergé ruthène. Celui-ci était marié, ignorant, avait à se défaire de tous les vices engendrés par le schisme : le clergé polonais, vierge, fier de sa valeur réelle, au lieu de tendre une main charitable à ses frères et de les aider à se relever, ne sut la plupart du temps que les accabler de son mépris. Pour la grande majorité des Polonais, les Ruthènes, même catholiques, n'étaient et ne sont encore, hélas, que des demi-schismatiques qu'il fallait catholiciser en les latinisant. Rome eut beau défendre sévèrement les passages arbitraires au rite latin ; le décret rendu à ce sujet en 1626, plusieurs fois renouvelé depuis, ne put être publié à cause de l'opposition du roi, qui craignait à son tour celle du clergé latin. Il y a là une page douloureuse, trop ignorée et trop méconnue, de l'histoire religieuse de la Pologne, et une des causes du châtiment final qui pèse encore sur cette nation livrée aujourd'hui en majorité à une puissance schismatique qui lui a fait payer cher les fautes de jadis.

Au moment où l'Union, fort compromise par ces différents motifs, allait peut-être succomber, Dieu suscita saint Josaphat Kountsévitch et Jean Velamine Routsky. Jean Kountsévitch, né à Vladimir vers 1580, entra en 1601 sous le nom de Josaphat au monastère de la Sainte-Trinité de Vilna, et réussit à gagner à son genre de vie ce jeune gentilhomme d'origine ruthène, mais né dans le calvinisme en 1573, converti à Prague en 1591, dirigé par les jésuites sur le Collège grec de Rome, où il passa quatre ans et fit, par ordre exprès de Clément VIII, le serment qui l'attachait toute sa vie au rite gréco-slave. Après bien des tergiversations, il finit par accepter les conséquences d'un serment fait d'abord à contre-cœur, et fit en 1608, sous le nom de Joseph, sa profession au même monastère de la Sainte-Trinité, où Josaphat l'avait devancé. Deux ans après, le métropolite Potsiéy faisait de lui son vicaire général pour toute la Lithuanie. En 1609, à la suite d'un soulèvement général du parti schismatique et d'une tentative d'assassinat sur le métropolite, le roi Sigismond III et' ses tribunaux rendirent justice aux catholiques : Potsiéy put se donner, dans la personne de Routsky, un coadjuteur capable de continuer un jour son œuvre : il mourut paisiblement en 1613.

Le monastère de la Sainte-Trinité de Vilna, réformé par Routsky et Josaphat, put essaimer et faire de nouvelles fondations. Les religieux de la Compagnie de Jésus aidèrent pour la formation des novices, et, en 1617, Routsky jeta les bases d'une congrégation basilienne, organisée sur le modèle des ordres latins, qui fut à elle seule le salut de l'Union ruthène. Malheureusement, ni alors, ni plus tard, rien de sérieux ne put être réalisé pour le clergé séculier : il faudra venir au début du XVIIIe siècle pour avoir à Léopol le premier séminaire arméno-ruthène, et encore avec le concours des Théatins italiens. Les moines basiliens furent tout dans l'Église ruthène ; ils furent même trop influents, et leur antagonisme avec la hiérarchie, prise cependant exclusivement dans leur sein, et avec le clergé séculier, ne devait pas être plus tard sans conséquences funestes.

La même année 1617, Josaphat Kountsévitch était consacré coadjuteur de Polotsk avec droit de succession. Mais, trois ans plus tard, le patriarche de Jérusalem, Théophane IV, appelé par le parti schismatique resté tout-puissant à Kiev et aux environs, consacra tout d'un coup, en une seule fois, un métropolite, Job Boretsky, et huit évêques qu'il opposa aux prélats catholiques. Le plus instruit et le plus brillant était Mélèce Smotritsky, ancien élève de l'Académie d'Ostrog, polémiste ardent et littérateur de grand talent.

Une lutte acharnée s'engagea, au milieu de péripéties parfois sanglantes. La victime la plus illustre fut l'archevêque de Polotsk. Josaphat Kountsévitch, que les excitations de Smotritsky firent mettre à mort par une foule ameutée à Vitebsk en 1623. Ce martyre fut le salut de l'Union. Les autorités civiles se réveillèrent et punirent sévèrement les coupables, en même temps que le procès de béatification de Josaphat était ouvert. Smotritsky lui-même, après une longue crise morale, se convertit en 1627, retomba un moment par faiblesse, mais se releva aussitôt et mourut saintement en 1633.

La mort de Sigismond III (1632) et l'avènement de son fils Viadyslav IV amenèrent des luttes nouvelles. La diète d'élection fit des concessions importantes aux schismatiques. L'exécution de ces articles de pacification fut une source interminable de procès que la tiédeur du roi encourageait. Prétendant au trône de Moscovie, Vladyslav voulait ménager l'élément dit orthodoxe, mais il posait ainsi, sans s'en rendre compte, la base d'une des causes de la chute de la Pologne[58].

La fin des guerres cosaques et surtout le règne glorieux de Jean Sobieski (1674-1696) permirent, malgré la coupable indifférence du clergé latin, de grands progrès dans l'Eglise ruthène catholique. Sous le métropolite Cyprien Jokhovsky (1671-1693), les éparchies de Léopol et de Peremychl passèrent à l'Union avec leurs évêques ; l'Oukraïne elle-même se convertit presque entière. Mais Kiev restait tout près, sous la domination de la Russie, comme la citadelle du schisme. Le métropolite Léon Zalenski (1691-1708) fut en butte aux persécutions de Pierre le Grand, dont les armées avaient envahi la Pologne pour substituer Auguste II à Stanislas Lechtchynski, et le tsar fit établir, en 1720, un évêché schismatique à Moghilev, dans la Russie Blanche. Cependant Léon Kichka (1714-1728), successeur de Georges Vinnitsky (1708-1713), put convoquer en paix, à Zamosc, en 1720, un concile resté célèbre dans l'histoire de l'Eglise ruthène, quoique son influence latinisante ait été fort exagérée. C'est à partir de cette époque, cependant, que la noblesse ruthène, cédant aux préjugés séculaires des Polonais, passe de plus en plus au rite latin, que l'extérieur des institutions ecclésiastiques s'altère jusqu'à en venir a ne extravagances regrettables, qui plus tard serviront de prétexte la destruction de l'Union dans l'empire russe, après le dernier partage de la Pologne[59].

Ce fut sous les métropolites Florian Ghrebnitsky (1718-1762) et Philippe Volodkoviteh (1762-1778) qu'apparurent les signes avant-coureurs de la ruine totale, d'une partie de l'Union. L'évêque schismatique de Moghi ev, Georges Koninsky, et l'higoumène du monastère de Motréna, sur les rives du Dniéper, près de Kiev, Melchisédech, s'entendirent, avec l'appui du Saint-Synode russe, pour organiser une active propagande anticatholique, avec des recours perpétuels à la 'diète de Varsovie, appuyés par l'ambassadeur russe Repnine. En même temps, les confédérations de Sloutsk, Thorn et Radom, suivies de celle de Bar, préparaient l'intervention étrangère : le premier partage de la Pologne, en 1772, faisait passer sous la domination russe 900.000 Ruthènes catholiques : ceux de 1793 et 1795 accrurent ce nombre à plusieurs millions. Une nouvelle situation commence pour l'Eglise ruthène en Russie et en Autriche, mais son histoire appartient au XIXe siècle[60].

2° Le rameau le plus septentrional de l'Eglise orientale, mais non le moins important, était l'Eglise de Russie, ou plutôt, comme on disait à cette époque, de Moscovie : le nom de Russie était réservé à ce que nous appelons aujourd'hui la Galicie et la Petite-Russie. On a vu, au tome III de cet ouvrage, comment saint Vladimir s'était fait baptiser en 988 : de bonne heure un évêché fut fondé à Kiev, transformé bientôt en métropole, et de nombreux sièges épiscopaux créés au fur et à mesure de la diffusion du christianisme. L'invasion mongole de la fin du XIIIe siècle obligea les métropolites à transférer leur résidence d'abord à Vladimir, puis à Moscou, mais tous continuaient à porter le titre de métropolite de Kiev et de toute la Russie, et relevaient hiérarchiquement de Constantinople. C'est de Moscou que partit Isidore en 1437 pour se rendre au concile de Florence : lorsqu'il rentra, il fit bien accepter l'Union à Kiev, mais non à Moscou. Lorsqu'il dut quitter cette ville pour rentrer en Italie, le grand-kniaz Vassili III déclara son siège vacant, et, le 5 décembre 1448, un concile d'évêques russes, assemblé par ses ordres, nomma à sa place l'évêque de Riazan, Jonas, qui réussit même à se faire reconnaître en 1451 par le roi de Pologne Casimir, qui protégeait l'antipape Félix V. A la mort de celui-ci, Casimir se réconcilia avec Rome, et les neuf éparchies qui ressortissaient au civil du royaume de Pologne furent détachées du groupe moscovite en 1458 par Calixte III, puis par Pie Il son successeur. C'est cette Eglise de Kiev dont on a lu plus haut les vicissitudes.

Jonas mourut en 1461. Ses successeurs gardèrent le titre de Kiev, mais n'y reparurent plus. D'ailleurs, durant les XIVe-XVe siècles, les éparchies proprement russes, soumises à divers princes, connurent de nombreux changements que je n'ai pas à raconter ici. La métropole de Moscou s'accroissait au fur et à mesure que grandissait le domaine des grands-kniaz de la ville, qui bientôt prirent le titre de tsars. Mais tant Moscou que Kiev continuaient à dépendre de Constantinople.

Cela ne faisait pas l'affaire des tsars. En 1586, le patriarche melkite d'Antioche, Joachim V, se rendit en Russie pour quêter. Le tsar Féodor Ier, ou plutôt le conseiller de celui-ci, Boris Godounov, demandèrent à Joachim d'ériger le siège de Moscou en patriarcat. Joachim s'y refusa, mais promit d'en parler à son collègue de Constantinople, Jérémie II, le même que nous avons vu, au début de ce chapitre, en lutte avec les protestants. A son tour, Jérémie II arriva à Smolensk en 1588, et tant Féodor que Boris Godounov lui renouvelèrent leur prière. Le 26 janvier 1589, le métropolite de Moscou, Job, fut consacré évêque une seconde fois, mais avec le titre de patriarche, par Jérémie lui-même. Le nouveau patriarche avait juridiction sur toutes lu terres soumises au tsar, et le siège de Moscou venait aussitôt après celui de Jérusalem, c'est-à-dire au cinquième rang des patriarches orientaux. En 1590, un synode de Constantinople ratifia cette élection : les patriarches d'Antioche et de Jérusalem en souscrivirent les actes, et, en 1593, sur les instances de Moscou, le patriarche d'Alexandrie, Mélèce Pighas, les approuva également.

Le patriarcat russe dura de 1539 à 1700, date à laquelle mourut le dernier titulaire, Adrien. Le possesseur de cette haute charge jouissait d'une immense influence : après l'aventure du faux Dmitri et tous les événements connus dans l'histoire de Russie sous le nom de Smoutnoïé vrémia (le temps des troubles), le patriarche Philarète Romanov, père du tsar Michel Romanov, le fondateur de la dynastie, fut le véritable maître du pouvoir de 1619 jusqu'à sa mort, arrivée en 1633. Ce fut de son temps que l'on commença la correction des livres ecclésiastiques, qui allait amener un schisme terrible, aggravé encore par des complications politiques.

La liturgie byzantine ou grecque n'a été définitivement fixée que par l'imprimerie. Avant, les variantes dans les livres d'offices et même dans le texte de la messe étaient assez nombreuses, et beaucoup d'usages particuliers régnaient çà et là En Russie, il en était de même, et de plus la version slave, reproduite fautivement par les copistes, contenait d'assez grossières erreurs. Le peuple, croupissant dans une ignorance absolue, tenait à ce qu'il voyait et entendait comme à l'essentiel de la religion. Déjà en 1506, un moine de l'Athos, Maxime le Grec, appelé par le tsar Vassili IV, avait expié durement ses tentatives de réforme. Ivan IV le Terrible introduisit l'imprimerie en Moscovie, et les premiers livres imprimés furent des ouvrages liturgiques. En 1618, l'archimandrite Dionysii, coupable d'avoir corrigé plusieurs fautes manifestes, fut jeté en prison. L'idée de la réforme fut alors plus ou moins abandonnée.

Elle fut reprise par le troisième successeur de Philarète Romanov, Nicon (1652-1658), homme énergique, violent même parfois, mais qui eut le tort de vivre à une époque où l'instruction était nulle en Russie. En 1654, il réunit à Moscou un concile qui décida la correction générale des livres d'église d'après les manuscrits grecs qu'on fit venir à grands frais de l'Orient, et aussi en pratique d'après les éditions imprimées par les Grecs à Venise : de sorte qu'aujourd'hui, à part certains offices propres aux Busses, il n'y a entre ceux-ci et les Grecs aucune différence saillante, un certain nombre de détails mis à part.

Cette réforme, non moins que le caractère altier du patriarche, attira à celui-ci-de, nombreux ennemis, tellement qu'il se démit de sa charge en 1658, et essaya vainement par la suite d'en reprendre possession. Il mourut en 1681.

La réforme s'accomplit cependant. Mais les partisans des anciens livres et de quelques cérémonies que l'on avait supprimées soulevèrent un schisme dont le centre fut le couvent de Soloviétz sur la mer Blanche, et le principal promoteur un protopope ou archiprêtre du nom d'Avvacourn. On dut employer les armes pour les réduire, mais ce fut en vain. Les raskolniki ou schismatiques, divisés en deux groupes principaux, suivant qu'ils admettaient ou non la hiérarchie ecclésiastique, n'ont cessé de subsister : les plus nombreux, dit starovières ou vieux-croyants, forment encore aujourd'hui une Eglise à part, plus florissante que jamais. Quant aux sectes asti-hiérarchiques, les réformes civiles de Pierre le Grand augmentèrent le nombre de leurs partisans, malgré la rigueur avec laquelle il les traqua. Livrés, au principe du libre examen, ils sont divisés en une foule de sectes secondaires, parfois extravagantes et cruelles, auxquelles le mysticisme imprécis et fuyant Propre à la race slave contribue à donner un cachet tout particulier.

Le dernier patriarche de Moscou, Adrien, mourut en 1700. Pierre le Grand, ne voulant plus avoir en face de lui un pouvoir presque rival du sien et qui, en tout cas, pouvait le contrebalancer, laissa le siège patriarcal vacant, tout en confiant l'administration de l'Eglise à l'archevêque de Riazan et Mourom, Etienne Iavorsky, avec le titre d'exarque patriarcal. Un peu plus tard, il confiait à un homme de carrière, Féofane Prokopovitch, qu'il avait fait monter sur le siège de Pskov, la rédaction d'un nouveau code ecclésiastique, le Règlement, qui porte le nom de Pierre. Cette situation dura vingt ans. Prokopovitch, très porté vers les idées protestantes, était le docile instrument de Pierre, qui est en réalité le véritable auteur du célèbre Règlement ecclésiastique. Celui-ci prêt, on le fit signer petit à petit par la plupart des évêques et des archimandrites de l'Empire : ils s'exécutèrent avec une complaisance qui montre que l'Eglise russe était mûre pour l'asservissement complet par l'Etat. Le 25 janvier 1721 fut signé le manifeste impérial que l'on lit en tête, et, le 14 février suivant était inauguré officiellement le Très saint Synode dirigeant, sorte de collège ou ministère conçu absolument comme les autres rouages du gouvernement civil, formé d'évêques, d'archimandrites et de prêtres, peu nombreux d'ailleurs, mais qui ne pouvaient rien faire sans le procureur impérial, toujours un laïc : le synode ne pouvait que préparer les matières, les étudier et proposer sa solution : mais la dernière décision appartenait au tsar, qui réunissait ainsi sur sa tête les deux pouvoirs religieux et civil. Le plus curieux est que cette bizarre institution, qui régit encore aujourd'hui l'Eglise russe, et qui s'est étendue à tous les Etats orthodoxes, fut approuvée par les patriarches de Constantinople et d'Antioche en 1723.

Tandis que nous avons vu, au cours de ce chapitre, se former successivement toute une série d'Eglises orientales en communion avec Rome, la Russie demeura obstinément en dehors du mouvement[61]. La mainmise complète du pouvoir civil sur le pouvoir religieux en est la principale cause. Lors du voyage de Pierre-le-Grand à Paris en 1717, la Sorbonne gallicane en prit occasion pour élaborer tout un plan de réunion avec l'Eglise catholique, en faisant au Pape la plus petite place possible. Ce plan échoua, tout naturellement, malgré les efforts d'un janséniste en rapports avec la hiérarchie schismatique de Hollande, l'abbé Jubé de la Cour, qui s'en fit l'apôtre en Russie même, avec un zèle digne d'une meilleure cause. Jusqu'à nos jours, la Russie restera fermée à la propagande catholique, et on peut dire que pratiquement elle l'est encore.

 

FIN DU SIXIÈME VOLUME

 

 

 



[1] Ce chapitre est dû à la collaboration de mon cher ami et ancien élève au séminaire de Saint-Sulpice, le R. P. Cyrille Karalevsky (Cyrille Charon), assistant l'église russe catholique de Rome, auteur de la grande Histoire des patriarcats melkites, en cours de publication, 3 vol. in-8°, Paris, Paul Geuthner, 68, rue Mazarine.

[2] Sur les relations des Grecs avec les protestants, l'ouvrage fondamental pour le XVIe siècle est constitué par les Acta et scripta theologorum  Wittembergensium et patriarchæ constantinopolitani D. Hieremiæ... Wittemberg, 1584. Ce livre est de toute rareté ; il est reproduit partiellement par SCHELSTRATE, Acta orientalis Ecclesiæ contra Lutheri hæresim, Rome, 1739, pars secunda (ou pars prima, suivant les exemplaires : les deux sont identiques), lequel donne aussi la Confession de foi de Pierre MOCHILA, dans la traduction grecque de Mélèce Syrigos et dans le texte latin. Celle de Cyrille Lukaris se trouve, avec la précédente, dans KIMMEL, Monumenta fidei Ecclesiæ Orientalis, pp. 24-44. Les actes du concile de Jérusalem sont dans Hardouin, t. XI, coll. 179-274. Ces trois derniers documents sont facilement accessibles dans J. Michalcescu, Θησαυρός τής όοθοδοξίας, Die Bekentnisse... der griechisch-orientalischen Kirche... Leipzig, 1904, mais en grec seul... Les documents relatifs aux non-jureurs sont dans MANSI, t. XXXVII, coll. 309-624. On trouvera des monographies et une abondante bibliographie dans les articles et ouvrages suivants : D. Paul RENAUDIN, O. S. B., Les Eglises Orientales et le protestantisme, dans la Revue de l'Orient chrétien, t. V (1900), pp. 563-580, et t. VI (1904), pp. 402-418, articles non terminés, rédigés d'après Schelstrate en majeure partie ; V. SEMNOZ, Les dernières années du patriarche Cyrille Lucar, dans les Echos d'Orient, t. VI (1903), pp. 97-107 ; L. PETIT, Entre anglicans et orthodoxes au début du XVIIIe siècle (1716-1725), idem, t. VIII (1905), pp. 321-328 ; A. PALMIERI, Theologia dogmatica orthodoxa (Ecclesiæ greco-russicæ) ad lumen catholicæ doctrinæ examinata et discussa, t. I, Prolegomena, Florence, 1911, pp. 453-476 (surtout au point de vue de la valeur symbolique), et les autres sources citées dans les notes qui tout suivre.

[3] A la même époque, le cardinal de Guise, prédécesseur en cela du marquis de Nointel, faisait adresser à la colonie grecque de Venise, en réalité plus attachée l'orthodoxie qu'au catholicisme, une série de douze questions sur les principaux points controversés avec les protestants. Les réponses des Grecs furent entierement conformes à la doctrine de l'Eglise orthodoxe, qui, en ces matières, ne se sépare pas de la doctrine catholique. Cf. sur les Grecs de Venise, P. PISANI, Les chrétiens de rite oriental à Venise, dans la Revue d'hist. et de litt. relig., t. I (1896), p. 201-204.

[4] Le patriarche reçut bien l'envoyé, mais laissa les lettres sans réponse, tellement que, l'année suivante, Andreæ et Crusius revinrent à la charge en envoyant en outre la confession d'Augsbourg traduite en grec. Jérémie répondit en exhortant les docteurs de Tubingue à garder fidèlement l'enseignement traditionnel des apôtres et des Pères, et en leur recommandant l'obéissance à l'Eglise, sans spécifier d'ailleurs quelle était cette Eglise ni en quoi elle consistait. Cette réponse assez habile, tout en ne sacrifiant rien de la doctrine, laissait la porte ouverte à d'autres négociations. Andreæ et Crusius, menacés de se voir traiter de novateurs, envoyèrent en toute hâte une nouvelle lettre à Constantinople, en mars 1575, plus obséquieuse que la première.

[5] Les protestants de Tubingue ne dédaignèrent pas, d'ailleurs, de gagner à prix d'argent deux Grecs, Jean et Théodose Zygomalas, qui reçurent bien les offrandes qu'on leur faisait, mais en se bornant à rendre à Gerlach quelques bons offices. Gerlach se mit à distribuer des exemplaires grecs de la confession d'Augsbourg, pendant que. Jérémie préparait sa réponse détaillée. Celle-ci, datée du 15 mai 1576, était une réfutation en règle des doctrines protestantes. Malheureusement pour les théologiens de Tubingue, un archimandrite grec, Théoleptos, la communiqua à Stanislas Sokolov, théologien du roi de Pologne Etienne Bathory, et Sokolov, y voyant une arme excellente contre les protestants, qui infestaient aussi la Pologne, s'empressa de la publier en latin en 1582 : on la réimprima à Paris dès 1584. Les théologiens de Tubingue, furieux de se voir rejetés par le patriarche et joués par les catholiques, se décidèrent, eux aussi, à donner au public, en texte grec et traduction latine, toutes les pièces du procès, sous le titre de Acta et scripta theologorum Witternbergensium et Patriarchæ constantinopolitani D. Hieremiæ, à Wittenberg, en 1584.

[6] En voir le texte complet dans la réédition de la vie de Mélèce Smotritsky, faite par le P. MARTINOV, S. J., Bruxelles, 1864, p. 181-186.

[7] Les archives de la Propagande à Rome et celles du ministère des Affaires Etrangères, à Paris, sont pleines de documents sur Cyrille Loukaris : elles n'ont pas encore, que je sache, été étudiées à ce point de vue.

[8] Texte grec dans MICHALCESCU, pp. 267-276.

[9] Outre son catéchisme et sa confession de foi, Cyrille Loukaris avait entrepris de donner au peuple grec la première traduction complète de la Bible en langue vulgaire, se conformant en cela aux idées reçues chez les protestants. La version du Nouveau Testament, faite par Maxime de Gallipoli et revue par le patriarche, parut à Genève, sans notes bien entendu, en 1638, aux frais du gouvernement hollandais. Cyrille de Berrhée et Parthénios Ier condamnèrent cette traduction, et, lorsque Parthénios II eut permis sa diffusion en 1645, le plus fameux théologien de l'Eglise grecque d'alors, le Crétois Mélèce Syrigos, la déchira publiquement ; ce qui lui valut l'exil. Voir Th. XAKTHOPOULOS, Trad. de l'Ecr. Sainte en néo-grec, dans les Echos d'Orient, t. V (1902), p. 326-329. Mélèce avait composé, sous le titre de Antirrhisis, toute une réfutation de la Confession de foi de Cyrille. Parthénios Ier, devenu patriarche, invita Théodose Korydaleus, ancien professeur à Venise, à prononcer le discours d'usage pour son intronisation. Ce discours fut un éloge de la Confession de Cyrille. Devant ce scandale, le patriarche invita Syrigos à répondre : celui-ci, qui avait de vieilles rancunes contre Korydaleus, s'en acquitta si bien que la foule faillit écharper le novateur, ce qui ne l'empêcha pas de devenir métropolite de Naupacte en 1640. Voir J. PARGOIRE, Mélèce Syrigos, dans les Echos d'Orient, t. XII (1909), p. 21. Cependant Pierre Moghila, métropolite orthodoxe de Kiev, ému par le bruit qui se faisait autour des doctrines de Cyrille, rédigea en latin une Confession de foi, qui est an des monuments les plus importants de la symbolique orthodoxe. Ses envoyés se réunirent, en 1642, à fassi, en Moldavie, avec ceux du patriarche Parthénios parmi lesquels était Mélèce Syrigos. Ces simples conférences de Iassi ont été parfois présentées comme un concile : il n'en est rien. La Confession de foi de Moghila, traduite aussitôt en grec vulgaire par Syrigos, fut soumise à l'approbation de Parthénios Ier, qui la donna, ainsi que trois autres patriarches de l'Orient orthodoxe, le 11 mars 1643.

[10] Texte dans MICHALCESCU, ou dans HARDOUIN, t. XI, coll. 179-274.

[11] Texte dans GÉDÉON, Κανονικαι διοταξεις, Constantinople, 1888, t. I, pp. 99-105.

[12] Les rapports entre Grecs et protestants donnèrent encore lieu à plusieurs documents intéressants pour les théologiens, datant de la même époque. Voir MANSI, XXXVII, 453-471. Mais un des épisodes les plus curieux de toute cette polémique, et qui montre bien toutes les illusions que l'on se faisait en Occident sur l'état d'âme des Orientaux, est celui des rapports de l'orthodoxie orientale avec les non-jureurs d'Angleterre, c'est-à-dire avec les membres du clergé anglican qui avaient refusé de prêter serment à la dynastie de Guillaume d'Orange, et plus tard à celle de Georges de Hanovre. Tout commença par une question d'argent : Gérasime Pallidas, patriarche d'Alexandrie, démissionnaire en 1710, avait laissé à son successeur, Samuel Gapasoulis, une situation tellement embarrassée que Samuel envoya partout des quêteurs et en vint même à faire profession de foi catholique, quitte à revenir à l'orthodoxie lorsqu'il vit que Clément XI ne déliait pas assez vite les cordons de sa bourse. En tout cas, les envoyés de Samuel, et à leur tête Arsène, métropolite de la Thébaïde, entrent en rapports à Londres, en 1716, avec les chefs des non-jureurs, et bientôt est ébauché un projet d'union de la fraction dissidente de l'Eglise anglicane avec les orthodoxes d'Orient, sous les auspices du tsar Pierre lei, qui ne savait encore rien de l'affaire, mais qu'Arsène gagnerait à coup sûr. Quiconque est tant soit peu au courant des choses de l'Orient reste ahuri en voyant les anglicans proposer sérieusement aux Grecs de regarder le patriarche de Jérusalem comme le chef de tous les autres évêques, y compris celui de Constantinople, et d'abandonner leurs anciennes liturgies pour faire revivre partout une sorte de messe soi-disant primitive, et qui, en réalité, comme on le vit plus tard, n'était qu'un amalgame des formules du Book of Common prayer avec les anaphores grecques. Voir MANSI, XXXVII, 491-514. Au point de vue de la croyance, il y a bien accord sur certains points, mais les anglicans, en bons protestants, trouvent à redire au culte de la Sainte Vierge, à celui des Saints, à la transsubstantiation, aux marques de vénération données aux images.

Pendant qu'Arsène prenait le chemin de la Russie, son compagnon, le protosyncelle Jacques, allait porter la demande des non-jureurs aux patriarches orientaux. Celui de Jérusalem, Chrysanthe, successeur de Dosithée, tient la plume en leur nom, et, dans une longue épître, réfute toutes les prétentions de.ses correspondants. Nous assistons à une réplique des polémiques entre Jérémie II et les théologiens de Wittemberg. Voir le texte dans MANSI, t. XXXVII, coll. 395-653.

Cette réponse, datée de 1718, parvint en Angleterre seulement en 1721 : l'année suivante, les non-jureurs reprennent la correspondance en insistant sur leur manière de voir. En Russie, le tsar Pierre avait trouvé la chose de son goût, et par son ordre le Saint-Synode demanda aux anglicans de députer deux des leurs, qui viendraient s'entendre avec les prélats russes. A vrai dire, ces deux délégués ne partirent jamais, et la mort de Pierre le Grand, arrivée en 1725, vint supprimer pratiquement toute négociation avec la Russie. Quant aux Grecs, désireux, eux aussi, d'en finir, ils se bornèrent à envoyer en Angleterre, en réponse à la lettre de 1722, une copie des définitions dogmatiques que Dosithée avait mises à la suite des actes du concile de Jérusalem de 1672. Durant toutes ces négociations, la vraie Eglise anglicane, l'Eglise établie, avait tout ignoré : ce ne fut qu'en 1725 que Guillaume Wake, archevêque de Canterbury, fut mis au courant : il s'empressa d'écrire à Chrysanthe pour le mettre en garde : c'était d'ailleurs inutile, et l'échec de cette tentative avait prouvé, une foie de plus, que le protestantisme, sous ses différentes formes, ne saurait s'unir à l'Eglise orthodoxe tant que celle-ci n'est pas complètement protestantisée, c'est-à-dire tant qu'elle n'a pas entièrement renoncé à elle-même.

[13] Voir M. JUGIE, Histoire du canon de l'Ancien Testament dans l'Eglise grecque et l'Eglise russe, Paris, 1909.

[14] Cf. sur toutes ces questions la Theologia dogmatica orthodoxa du P. PALMIERI, déjà citée, et des exemples dans C. CHARON, Le quinzième centenaire de S. Jean Chrysostome, Rome, 1909, pp. 227-232.

[15] Cf. Aurelio PALMIERI, La rebaptisation des Latins chez les Grecs, dans la Revue de l'Orient chrétien, t. VII (1902), pp. 618-646, et t. VIII (1903), pp. 111-132.

[16] MANSI, t. XXXVII, coll. 127-207.

[17] MANSI, t. XXXVIII, coll. 587-605.

[18] MANSI, t. XXXVIII, coll. 605-609.

[19] MANSI, t. XXXVIII, coll. 609-617.

[20] MANSI, t. XXXVIII, coll. 617-621.

[21] MANSI, t. XXXVIII, coll. 621-627 et 629-633.

[22] Art. Constantinople du Dict. de Théologie catholique, t. III, coll. 1311-1312.

[23] Cf. S. VAILHÉ, Les patriarches grecs de Constantinople, dans les Echos d'Orient, t. X (1907), pp. 212-214.

[24] J'ajouterai un mot plus loin sur l'absorption par le patriarcat œcuménique de l'archevêché ou patriarcat gréco-bulgare d'Ochrida, en 1767, et du patriarcat serbe d'Ipek, en 1766. Ces deux annexions rendaient le patriarche œcuménique seul maître en Occident jusqu'aux frontières de l'Empire ottoman. La colonie grecque de Venise, dirigée depuis 1582 par un prélat confirmé par le patriarche et portant le titre d'archevêque de Philadelphie, était cependant catholique de nom, au moins sur les papiers officiels : en réalité, elle était orthodoxe. Après bien des vicissitudes, elle finit par se déclarer ouvertement schismatique : la tradition vénitienne encore vivante rapporte que, à la fin du conclave de 1800, qui se tint à Venise pour l'élection de Pie VII, les Grecs refusèrent de sonner leurs cloches.

Un fait important, qu'il ne faut pas passer sous silence, est celui de l'influence de plus en plus grande que prennent auprès de la Porte les Grecs du Phanar, c'est-à-dire du quartier de ce nom, situé au fond de la Corne d'Or, où s'était refugiée, autour de la résidence patriarcale, toute l'aristocratie hellénique. Dès la seconde moitié du XVIIe siècle, le fameux Panayotis Mamonas Nikousios († 1673), élève de Mélèce Syrigos, devient premier interprète de la Porte. Hospodars en Moldovalachie, interprètes à Constantinople, les Phanariotes commencent à avoir une immense influence, et nous allons la voir l'employer contre le catholicisme qui va s'établir dans les patriarcats du Sud.

[25] Cf. C. CHARON, Histoire des patriarcats melkites, Rome, 1911, t. III, p. 214-221.

[26] C. CHARON, Histoire des patriarcats melkites, t. III, pp. 261-267 et 352-353.

[27] Cf. A. PALMIERI, Dositeo, patriarca greco di Gerusalemme, Florence, 1909.

[28] C. CHARON, Histoire des patriarcats melkites, t. III, pp. 1-54.

[29] C. CHARON, Histoire des patriarcats melkites, t. III, pp. 227-232 et 237-241.

[30] Le texte, dans MANSI, t. XXXVII, coll. 127-207.

[31] Les conciles melkites depuis 1720 sont publiés dans le tome XLVI de Mansi. Pour l'histoire détaillée et l'indication des sources indigènes et autres, voir C. CHARON, Histoire des patriarcats melkites, t. I (VIe siècle-1833), et t. III (histoire des institutions).

[32] Voir l'article Abraham Ecchellensis, du P. Louis PETIT, A.A., dans le Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiques de Mgr BAUDRILLART, t. I, coll. 169-171.

[33] Voir les articles de Dom J. PARISOT, dans le Dictionnaire de théologie catholique de VACANT et MANGENOT, S. V. Assémani, t. I, coll. 2119-2123.

[34] Voir S. VAILHÉ, Origines religieuses des Maronites, dans les Echos d'Orient, t. IV (1901), pp. 96, 154 ; t. V (1902), p. 281 ; voir aussi t. VII (1904), p. 99 ; t. IX (1906), pp. 91, 257, 344.

[35] D'une érudition un peu prolixe, mais toujours intéressante, ce Synode introduisit chez les Maronites nombre de prescriptions du concile de Trente ; approuvé in forma specifica par Benoît XIV en 1741, il reste une source où ont puisé tous les conciles modernes de l'Orient catholique qui ont été jugés dignes de l'approbation du Saint-Siège. L'original arabe, prêté par la Propagande au patriarche maronite pour être imprimé en Orient, n'a jamais été restitué, et l'édition qui en fut publiée en arabe, au Liban, est altérée en certains passages : la seconde édition, faite il y a quelques années par les soins de la délégation apostolique de Beyrouth, est exacte. Le texte latin a été inséré dans toutes les grandes collections. MANSI, t. XXXVIII. En 1742, le bref Apostolica prædecessorum de Benoît XIV sanctionna la division du patriarcat en huit diocèses, auxquels on donna les titres des anciennes métropoles de la Syrie, bien que leurs titulaires aient juridiction surtout au Liban. MANSI, XXXVIII, 346-349. Mais il fallut encore bien longtemps et de nombreux rappels à l'ordre de la part de Rome pour que les dispositions du synode de 1736 fussent observées. Au XVIIIe siècle, l'Eglise maronite fut plusieurs fois troublée par des élections patriarcales tumultueuses, parfois doubles et surtout par l'imposture d'une femme d'Alep, Hendyyé Ajjeymî, qui fonda une congrégation religieuse vouée au culte du Sacré-Cœur, tomba dans de nombreuses erreurs et finit par se prétendre unie hypostatiquement à Notre-Seigneur et exiger l'adoration. Le plus fort est qu'elle se créa tout un parti dans l'épiscopat et gagna même complètement le patriarche Joseph 'Estéfân (1766-1793) : Rome dut intervenir plusieurs fois, et il fallut attendre le début du XIXe siècle pour que tous ces désordres prissent fin : encore la secte de Hendyyé eut-elle des ramifications chez les Melkites d'Alep, d'où elle ne disparut que vers 1850. Cf. C. CHARON, Histoire des patriarcats melkites, t. II, p. 344-394.

[36] Voir l'autobiographie de Jaroûé traduite dans la Revue de l'Orient chrétien, t. V (1901), pp. 379-401.

[37] En 1681, un nouveau schisme se produisit dans la série des catholicos d'Alqôch dont quelques-uns, nous l'avons vu, s'étaient faits catholiques. Un parti, qui désirait rester fidèle à Rome, s'adressa au pape Innocent XI, lequel, en 1681, établit comme patriarche chaldéen de Babylone avec résidence à Diarbékir, Joseph Ier (1681-1685). Ses successeurs, dont la plupart, sinon tous, portèrent le nom de Joseph, résidèrent missi à Diarbékir jusqu'en 1826, date de la mort de Joseph VI.

Mar-Hannâ, neveu et héritier, suivant l'usage nestorien, du dernier catholicos d'Alesch, s'était fait catholique en 1775 : il prétendit succéder quand même à son oncle Elias. Rome refusa de reconnaître cette prétention, vu qu'il y avait déjà un patriarche chaldéen catholique,- mais on lui laissa le titre de métropolite de Mossoul. En 1826, lors de la mort de Joseph VI, Mar-Hannâ voulut de nouveau s'emparer du patriarcat : Rome reconnut la chose en principe, par décret de la Propagande de mars 1827, et Pie VIII préconisa Mar-Hannâ en 1830 ; il fixa sa résidence à Bagdad où sont encore ses successeurs.

[38] L'histoire des chrétientés nestoriennes des Indes est tout ce qu'il y a de plus obscur jusqu'à l'arrivée des Portugais dans ce pays. Tout ce que l'on sait avec certitude, c'est qu'ils relevaient du catholicos nestorien. En 1599, l'archevêque de Gao, Alexis de Ménézez, tint à Diumper un Synode qui, s'il procura à une partie des Nestoriens le bienfait du retour à la foi catholique, fut, par coutre, fatal à leur rite. Celui-ci renfermait évidemment des erreurs, tout comme la liturgie chaldéenne que Grou a parfaitement corrigée de nos jours sans l'altérer. Les théologiens portugais, ignorant complètement le syriaque et ne jugeant pas utile de l'apprendre, firent brûler comme entachés d'hérésie une quantité de manuscrits, et latinisèrent complètement le rite chaldéen des Malabares sous prétexte de le purifier. On leur donna le calendrier latin, un rituel en grande partie traduit du latin, et tout le reste fut modifié de la même manière. C'étaient alors, d'ailleurs, les idées régnantes en Occident, et Rome n'avait pas encore établi la législation précise qui a suivi au sujet des rites. Les Jésuites, auxquels Ménézez confia ces chrétiens, qu'avec des procédés pareils il ne put ramener qu'en partie, furent plus indulgents, et arrêtèrent le mouvement de destruction. Ils administrèrent le Malabar jusqu'en 1660, date à laquelle ils furent remplacés par les Carmes, titulaires du vicariat apostolique de Vérapoly. Mais, en 1663, les Hollandais s'étant emparés de Cranganor et de Cochin, l'évêque carme, Mgr Joseph Sebastiani, dut quitter la mission après avoir consacré évêque le plus digne des prêtres malabares, Alexandre del Campo. Le patriarche jacobite, ayant eu vent d'un schisme qui s'était déclaré dans cette chrétienté dès 1653, envoya aux Indes un évêque qui fit passer les dissidents et ce qui était resté de Nestoriens au monophysisme : cette Eglise séparée s'est maintenue jusqu'à nos jours, formée d'un métropolitain relevant du patriarche jacobite, de plusieurs évêques sans siège bien déterminé et d'au moins cent mille fidèles. Quant aux catholiques, les Carmes ne tardèrent pas à revenir, et l'organisation établie en 1660 a duré jusqu'en 1887, époque à laquelle Léon XIII y fit de nouvelles modifications. Quant à la juridiction des patriarches chaldéens sur le Malabar, bien que Rome en ait reconnu en principe la légitimité au XVIe siècle, les circonstances n'ont jamais permis que l'ancien lien fût rétabli par la Propagande, malgré les efforts tenté› dans ce sens par les Chaldéens.

[39] Voir l'article du P. Tournebize dans le Dict. d'hist. eccl., t. I, coll. 183-186.

[40] Ce n'était pas d'ailleurs la première fois que les Arméniens venaient dans les pays du Nord. Dès le XIVe siècle, on trouve une colonie arménienne à Léopol, dans la Galicie, tantôt unie à Rome, tantôt séparée, avec de nombreuses ramifications dans le pays. En 1626, l'archevêque Nicolas Torosovitch, consacré par un catholicos uni à Rome à condition que lui aussi se ferait catholique, exécuta cette promesse et fut confirmé par le Saint-Siège. Pas plus avec les Arméniens qu'avec les Ruthènes, la Pologne ne sut comprendre sa mission, et le clergé polonais, influencé au-delà de toute mesure par les préjugés de race et de rite, fit tous ses efforts pour latiniser et absorber les Arméniens comme les Ruthènes. Les uns et les autres ne trouvèrent de protection sincère qu'à Rome. La Propagande rangea sous l'autorité de l'archevêque arménien de Léopol, indépendant, comme bien on le pense, du patriarche de Cilicie en résidence au Liban, tous les Arméniens soumis à la couronne de Pologne, dont la plupart se firent catholiques, et les fit aider par des théatins italiens qui fondèrent à Léopol, au milieu du XVIIIe siècle, un collège-séminaire arméno-ruthène pour l'éducation du clergé. L'archevêché arménien de Léopol resta tel quel jusqu'en 1808, date à laquelle les partages successifs de la Pologne nécessitèrent son démembrement. Quant aux colonies arméniennes de Hongrie et de Transylvanie, venues dans le pays à la fin du XVIIe siècle, elles n'obtinrent pas d'organisation propre, et restèrent soumises aux évêques latins, tout en ayant, comme de juste, des paroisses distinctes, organisation qui subsiste aujourd'hui.

[41] Sur les Coptes, on n'a encore que l'Histoire de l'Eglise d'Alexandrie du P. George MACAIRE (depuis Mgr Cyrille Macaire), Le Caire, 1894 ; ouvrage très inférieur et contenant peu de choses malgré sa prolixité.

[42] Voir l'article Abyssinie du professeur I. GUIDI, dans le Dict. d'histoire de Mgr BAUDRILLART, t. I, coll. 210-227.

[43] Le primat serbe, qui reçut le titre de patriarche, établit son siège à Ipek oD Petch, petite ville de la haute Albanie. Mais, en 1459, les Turcs détruisent tout ce qui restait de l'indépendance politique du royaume serbe à la bataille de Smédérévo aussitôt l'archevêque indépendant d'Ochrida étendit sa juridiction sur le pays. Les choses ne changèrent pas notablement, sauf une restauration éphémère en 1525-1531, jusqu'en 1570. A cette date, le grand vizir Mehmet Sokolovitch, renégat chrétien, rétablit le patriarcat d'Ipek en faveur de son frère le moine Macaire, au moins tant qu'indépendant de Constantinople, car le siège avait continué à subsister. Le nouveau patriarcat exista durant deux siècles : en 1765, Samuel Khanzéris de Constantinople et les Phanariotes, alors tout puissants auprès de la Porte, obtinrent du sultan la suppression définitive de cette autonomie au profit des Grecs.

[44] Le patriarcat serbe d'Ipek était détruit, mais il devait se survivre sur la terre étrangère. Les Serbes s'étaient soulevés contre les Turcs durant la guerre que ceux-ci soutinrent contre l'Autriche en 1689. Mais les armes du sultan, d'abord vaincues, ayant repris de sérieux avantages, quarante mille familles serbes, ayant à leur tête le patriarche d'Ipek, Arsène III Tchernoïévitch, allèrent demander asile à l'empereur Léopold Ier, qui, de son côté, n'était pas fâché de les mélanger aux Hongrois pour contenir ceux-ci : ce qui fut fait. En 1738, un des successeurs d'Arsène, et qui`portait le même nom, Arsène IV Ioannovitch Chakabent, rejoignit ses compatriotes de Hongrie avec de nombreuses familles et plusieurs évêques. Les relations hiérarchiques avec le trône d'Ipek étaient déjà de pure forme sous le métropolite Sophrone Podgoritchanine, premier successeur d'Arsène III Tchernoïévitch : l'autonomie ne tarda pas à devenir complète, et elle fut même reconnue par le Phanar lors de la suppression du siège d'Ipek en 1765.

Arsène Tchernoïévitch ne s'était fixé nulle part et était mort à Vienne en 1706. Son successeur résida au monastère de Krouchédal, mais Arsène IV transporta directement la résidence dans la ville de Karlovitz, où elle est encore aujourd'hui. Six éparchies suffragantes ne tardèrent pas à se constituer à Batch, Buda-Pest, Karlstadt, Pakratch, Temechvar et Verchetz : elles comptent aujourd'hui, avec la métropole, plus d'un million d'âmes. Quant à l'Eglise serbe de Dalmatie, elle ne devait commencer à exister qu'au début du XIXe siècle, au moins comme organisation distincte.

Les Serbes de Hongrie obtinrent de l'empereur Léopold Ier cinq diplômes qui s'échelonnent entre les années 1690 et 1695. Joseph Ier les confirma en 1706, Charles VI en 1713, et Marie-Thérèse en 1743. Ces diplômes leur conféraient la liberté de leur culte et de leur foi. Il eût été impossible de les amener en bloc à l'Union avec Rome : il valait mieux laisser le temps faire son œuvre. D'ailleurs, ils n'y étaient guère disposés. Les Synodes réunis pour l'élection du métropolite de Karlovitz développèrent l'œuvre législative des diplômes impériaux, et, en 1769, le gouvernement sanctionna leur premier règlement, sous le titre quelque peu bizarre de Regulamentum constitutionis nationis illyricæ. En 1777, Marie-Thérèse en promulgua un autre plus libéral : celui-ci, à son tour, parut trop étroit et subit une révision en 1779. Il devait durer jusqu'en 1868, date à laquelle des changements plus considérables eurent lieu.

Voir pour plus de détails l'article Bulgarie du Dict. de théol. cath., t. II, coll. 1194-1204 ; Echos d'Orient, t. V (1902), pp. 164-173 ; les diplômes et règlements relatifs aux Serbes de Hongrie dans MANSI, t. XXXIX, coll. 497-956 ; EDLER VON RADICS, Die orthodox-ortentalischen Partikularkirchen in der Laendern der Ungarischen Krone, Budapest, 1886, pp. 11-45.

[45] Dans le Synode éparchial (diocésain) de février 1697, où se trouvaient plus de deux mille prêtres et diacres, on résolut d'en finir une bonne fois avec l'hérésie calviniste, et pour cela d'accepter les offres unionistes de l'empereur Léopold Ier. Le 21 mars 1697, à Alba-Julia, la résolution de se soumettre au Pape fut signée et le cardinal Kollonitx, archevêque de Strigonie (Gran) et primat de Hongrie, pris comme intermédiaire. Les actes du Synode, transmis à Vienne, étaient soumis à l'examen lorsque Théophile mourut, la même année 1697. Son successeur, Athanase, prêtre encore très jeune, fut nommé dans les formes ordinaires sans qu'il fût question de l'Union. Il alla recevoir la consécration épiscopale à Bucarest et en revint après avoir beaucoup réfléchi à l'Union avec Rome, à laquelle il souscrivit dans deux synodes tenus en 1698 et 1700.

[46] Le Synode de 1698 fut confirmé par l'empereur : Athanase se rendit à Vienne après celui de 1700 et renouvela sa profession de foi devant le cardinal Kollonitz, qui demanda à Rome la confirmation apostolique pour le nouveau converti. Athanase amenait avec lui au catholicisme quelque 200.000 Roumains.

[47] Revenu à Alba-Julia et installé, solennellement, Athanase réunit, en 1701, un nouveau Synode éparchial, mais il eut à lutter presque aussitôt contre les agitations des protestants et les intrigues des Grecs : le fameux Dosithée, patriarche de Jérusalem, le fit excommunier par le métropolite de Bucarest et par Callinique de Constantinople.

[48] En 1779, fut définitivement érigé par Pie VI le siège d'Oradea-Mare dont nous avons mentionné plus haut les débuts. Privé des conseils d'un bon théologien, Grégoire Major commit des fautes et dut résigner son siège en 1782 : il mourut trois ans après. Son successeur, Jean Bobu (Babb), occupa la chaire de Fagaras durant quarante-sept ans, de 1783 à 1530 : il fut consacré, fait assez rare, par son propre prédécesseur. Son histoire appartient, de fait, au XIXe siècle.

Pour la bibliographie, voir les ouvrages roumains et autres cités dans C. CHARON, Le XVe centenaire de S. Jean Chrysostome, Rome, 1909, pp. 274-275, en note ; et les introductions aux Synodes de 1725, 1728 et 1732, dans MANSI, t. XXXVII, coll. 253-264, 945-952, 961-966 ; les Synodes de 1738, 1739, 1742, idem, t. XXXVIII, coll. 455, 456-478 et 491-500 ; voir aussi l'article Aaron du Dict. d'hist. eccl., t. I, coll. 4-6.

[49] Le 21 novembre 1611, Paul V érigea l'église et le monastère en archimandrie, ou abbaye du titre de S. Michel Archange, tout en élevant en même temps Siméon Vratanya à la dignité épiscopale avec le titre de vicaire de l'évêque de Zagreb pour tes colonies serbes. Siméon mourut en 1630 : ses successeurs, qui portaient le titre d'évêques de Svidnitz, à savoir Gabriel Prédoiévitch, Basile Prédoiévitch, Sava Stanislasvitch, se laissèrent entraîner à se ranger plutôt sous l'obéissance du patriarche serbe d'Ipek, resté en Turquie, que sous celle de Rome. Même le successeur de Stanislavitch, Gabriel Miakitch, se rendit coupable de haute trahison, fut destitué en 1670, incarcéré en Silésie et remplacé par Paul Zortchitch. Des missionnaires ruthènes, dont le plus célèbre fut Méthode Terletsky, le futur évêque de Kholm, visitaient de temps à autre les Serbes de la part de la Propagande : ils sont désignés, dans les documents de l'époque, sous le nom de Rasciani, Uscochi, ou même Valtacht mentis Felletrii. La série des évêques serbes du rite oriental, vicaires do l'évêque de Zagreb, se poursuit régulièrement jusqu'à Basile Bojitchkovitch (1759-1787). Mais le serment d'obéissance de l'évêque-vicaire serbe à l'évêque latin de Zagreb ne fut vraiment strict que depuis Paul Zortchitch (1671-1689), qui n'eut plus alors juridiction que sur les Serbes dépendants de l'évêque de Zagreb. Comme il y en avait un certain nombre d'autres en Slavonie, et que, par suite des guerres avec les Turcs, les relations avec la Croatie, où était située Zagreb, étaient très difficiles, k cardinal Kollonitch fit consacrer Longin Raïtch évêque de Sirmium ou de la Fruchka-Gora, en 1688, pour qu'il fût le vicaire de l'évêque latin de Sirmium (hongr. Szerem). Le frère de Longin, Job, lui succéda en 1690 ; en 1694, l'évêque Pierre Lioubibratitch eut à subir de nombreuses persécutions de la part du patriarche d'Ipek, Arsène III Tchernoiévitch, émigré en 1690, comme on l'a vu, sur la terre hongroise, et dut même quitter Sirmium ; il mourut en 1705 sans avoir pu relever on L'alise  ruinée par les orthodoxes, qui firent tous leurs efforts pour anéantir aussi le vicariat serbe de Svidnitz. La lutte, très vive, dura jusqu'en 1777.

[50] Le siège de Munkacz, au sud de Pérémychl et de l'autre côté des Carpates, était, lui aussi, un vicariat de l'archevêque-primat de Strigonie, occupé d'abord, liés 1675, par Théophane Mavrocordato, métropolite grec de Paronaxia, fugitif en Hongrie, puis par Jean de Camillis, Grec de Chio, ancien missionnaire en Epira, devenu procureur général des Ruthènes à Rome et finalement évêque titulaire de Sébaste avec juridiction déléguée sur les Ruthènes de Munkacz et environs. Le siège ne devint indépendant que sous Pie VI, en 1791, et un second siège ruthène fat érigé plus tard à Priachev (Epériès), en 1808.

[51] Ces altérations, à la porte même de Rome, étaient devenues tellement choquantes, qu'en août 1881, Léon XIII ordonna une réforme radicale, avec injonctions de reprendre le rite grec dans toute sa pureté. Cette réforme, contrariée par tout l'ancien parti latinisant du monastère, n'est pas encore entièrement achevée.

[52] Voir sur l'Eglise de Géorgie, le livre du P. Michel TAMARATI, L'Eglise géorgienne, Rome, 1910, in-8° : ouvrage intéressant, quoique admettant plusieurs thèses très contestées.

[53] Conformément à l'exemple donné de nos jours par le P. Pierling, Waliszewiski et autres, j'emploie résolument, pour la transcription des noms slaves, le système phonétique, le seul pratique pour les personnes qui ne savent pas la langue polonaise ou le russe, et pour les ouvrages imprimés sans les signes typographiques spéciaux au polonais.

[54] Exerçant le droit de patronage sur environ six cents églises ruthènes situées sur ses domaines, sur de nombreux monastères et même sur l'évêché de Loutsk, fondateur d'une imprimerie slave et d'une académie dans sa ville d'Ostrog, en relation avec les Papes, Constantin conçut de bonne heure l'idée de ramener la métropole de Kiev et les évêchés qui en dépendaient à l'Union avec Rome, qui avait d'ailleurs persévéré, à la suite du concile de Florence, durant presque tout le XVe siècle. Mais cette union, il voulait la conclure seul avec le Pape, d'égal à égal, en entraînant tout le clergé derrière lui. L'échec de cette combinaison toute égoïste le transforma en ennemi irréductible de l'œuvre qu'il avait d'abord encouragée.

En 1588, le patriarche de Constantinople, Jérémie II, revenant de Moscou où il tenait, contre argent sonnant, de se dessaisir de sa juridiction sur la métropole de lette ville en l'érigeant en patriarcat, déposa, à la prière d'Ostrogsky, des seigneurs laïcs et des confréries, l'incapable métropolite de Kiev, Onésiphore Diévotchka Petrovitch, et le remplaça par Michel Ragoza (1588-1599). Ce fut la seule mesure vraiment utile qu'il prit. Ragoza était faible et timide : mais au fond il était honnête bi devait, sinon se mettre en avant, du moins laisser agir les autres.

L'Église ruthène, ayant à sa tête le métropolite de Kiev et Galitch, exarque de toute la Russie, comprenait alors huit éparchies ou diocèses : Kiev, Polotsk, Loutsk, Vladimir, Pérémychl, Lvov ou Léopta, Kholm et Pinsk. Jadis, le hiérarque de Pologne avait dépendu directement de Constantinople, et il en gardait le titre d'archevêque.

[55] Le prince Constantin Ostrogsky, voyant que l'on avait tout fait sans lui, devint le persécuteur le plus acharné de l'Union. Les presses d'Ostrog répandirent partout des pamphlets, et un exarque du patriarche de Constantinople, Nicéphore, appelé par le prince, vint se mettre d'accord avec Cyrille Loukaris, alors professeur à l'académie d'Ostrog, pour semer la discorde. Les évêques de Léopol et de Peremychl firent aussitôt défection. Mais cela n'empêcha pas un Synode réuni à Brest, en octobre 1595, de proclamer solennellement l'Union. Ostrogsky excita une sédition, mais en vain. Il se retourna alors vers les confréries, surtout celles de Vilna et de Léopol, qui furent, durant, trente ans, les foyers de la résistance schismatique. Ragoza disparut obscurément, comme il avait vécu, en 1599. Son successeur fut Hypace Potsiéy (1599-1613).

[56] Depuis le pacte d'Horoldo, en 1413, et surtout la diète de Lublin, en 1569, la Lithuanie, tout en ayant sous un même roi une organisation distincte ressemblant assez à celle du compromis austro-hongrois de nos jours, était placée sur le pied d'égalité avec la Pologne. Mais l'élément ruthène, broyé par les invasions mongoles, absorbé par la Pologne, ne comptait plus politiquement : les color.ies arméniennes n'étaient que des hôtes, et les juifs, pourtant si nombreux, partageaient là comme ailleurs, le mépris dont leur race est demeurée enveloppé depuis le grand déicide du Golgotha. Les évêques latins, riches et puissants, groupés autour de l'archevêque-primat de Gnesen, dont le rôle politique était considérable, n'auraient jamais voulu admettre l'égalité avec les vladykas ou évêques ruthènes.

[57] Les évêques latins étaient, de droit, membres du Sénat : jamais les évêques ruthènes, malgré les efforts de Rome, ne purent obtenir le même privilège : ce n'est qu'à la fin de la République que le métropolite seul put avoir un siège dans cette assemblée ; de simples suffragants latins, sans juridiction aucune, prétendaient passer non seulement avant les évêques ruthènes pourvus d'éparchies et plus anciens qu'eux par la date de consécration, mais même avant le métropolite lui-même.

[58] Routsky mourut en 1637. Son successeur, Raphaël Korsak (1637-1641) ne fit que passer sur le siège métropolitain. Ce fut sous Antoine Siélava (1642-1655) que Josaphat fut béatifié : il ne devait être canonisé que par Pie IX, en 1867. Les guerres cosaques, suédoises et moscovites (1648-1667) furent une période de trouble, non seulement pour la Pologne en général, mais surtout pour l'Union ruthène, tellement que le !métropolite Gabriel Kolenda (1655-1666-1674), d'abord simple administrateur, ne fut confirmé définitivement qu'en 1666, et ne put jamais fixer son siège nulle part. En 1667, la paix d'Androussov faisait passer la ville de Kiev sous le sceptre du tsar Alexis, tandis que le pacte d'Iladiatch, conclu en 1638 avec les Cosaques de l'Oukraïne, sacrifiait l'Union aux exigences des schismatiques, accordait à leur métropolite et à leurs évêques les sièges au Sénat que les Polonais n'avaient jamais voulu donner aux Ruthènes catholiques, et mettaient l'académie de Kiev, fondation du métropolite Pierre Moghila 1633-1647), sur le même pied que l'Université de Cracovie. Heureusement les Cosaques, après avoir tente de ressusciter ainsi à leur profit la nation ruthène, se perdirent par leurs propres excès, et la Russie pacifia la rive gauche du Dniéper.

[59] Athanase Cheptitsky (1728-1746) organisa, en 1739, sous le titre de la Protection de la Sainte Vierge, une nouvelle congrégation basilienne, formée des monastères venus à l'Union dans les pays en dehors de la Lithuanie. Le chapitre général de Doubno, en 1743, la fondit avec l'ancienne, mais en respectant une division en deux provinces.

[60] La bibliographie ruthène est assez considérable : je n'indique ici que des travaux accessibles à des lecteurs français : ils sont malheureusement peu nombreux. Voir Dom GUÉPIN, Un apôtre de l'Union des Eglises au XVIIe siècle, saint Josaphat et l'Église gréco-slave en Pologne et en Russie, la deuxième édition, Paris-Poitiers, 1898, 2 vol. in-8° : ouvrage très consciencieux, exact et impartial, quoiqu'avec quelques exagérations ; — Mgr Edouard LIROWSKI, Union de l'Eglise grecque-ruthène en Pologne avec l'Eglise romaine, trad. française, Paris, Lethielleux, s. d., in-8°, un des rares ouvrages justes pour les Ruthènes, écrits par un Polonais ; — J. BOIS, L'Eglise orthodoxe en Pologne avant le partage de 1772, dans les Echos d'Orient, t. XII (1909), pp. 227 et 292 ; t. XIII (1910), pp. 25, 87,.154 ; — les documents les plus importants dans THEINER, Monumenta historica Poloniæ, t. III-IV, Rome, 1863-1864, 2 vol. in-folio ; — sur le rôle du concile de Zamosc, C. TONDINI DE QUARENCHI, La Russie et l'Union des Eglises, Paris, Lethielleux, s. d., in-12. Voir aussi, en allemand, le Dr Julian PELESZ (auteur ruthène), Geschichte der Union der ruthenischen Kirche mit Rotu von dem æltesten Zeiten bis auf die diellegenwart, Vienne, 1878-1889.

[61] Voir sur les sectes russes et le Raskol, D. K. SCHÉDO-FERROTI (pseudonyme), Etudes sur l'avenir de la Russie, VII : La tolérance et le schisme religieux en Russie, Berlin, 1863 : ouvrage exact et impartial, le plus complet en français sur ce sujet (l'auteur est un luthérien) ; sur l'histoire politico-religieuse de Russie, les livres de M. K. WALISZEWSKI, publiés chez Plon, à Paris, sous le titre général de Les origines de la Russie moderne : travaux excellents au point de vue politique, parfois inexacts quant à l'appréciation au point de vue religieux ; sur les rapports avec Rome, le P. PIERLING, La Russie et le Saint-Siège, surtout le tome IV pour les XVIIe-XVIIIe siècles (Paris, Plon) ; sur le Saint-Synode, Echos d'Orient, t. VII (1904), p. 85 et 151, voir aussi t. IX (1906), p. 232 ; et surtout l'édition du Règlement ecclésiastique de Pierre le Grand, par le P. TONDINI, Paris, 1874, très précieuse à cause des notes ; le texte seul, sans notes, dans MANSI, t. XXXVII, coll. 1-104 ; sur l'Eglise russe en général, A. LEROY-BEAULIEU, L'Empire des Tsars et les Russes, t. III, La religion, avec quelques correctifs qu'un lecteur plus théologien y apportera facilement ; et en italien le très instructif livre du P. PALMIERI, La Chiesa Russa, le sue odierne condizioni ed il suo riformismo dottrinale, Florence, 1908 ; Giovanni MARKOVIC, Slavi ed i Papi, Zagabria (Agram), 1897, 2 vol. in-8° ; sur le césaro-papisme russe, le P. TONDINI, Le Pape de Rome et les Papes de l'Eglise orthodoxe d'Orient, Paris, 1876 : ouvrage contenant de nombreux textes. L'Histoire de Russie, d'Alfred RAMBAUD (Histoire universelle, collection Hachette), est un fort bon manuel d'histoire politique, le meilleur même, mais écrit dans un déplorable esprit au point de vue religieux. Voir aussi les articles intitulés La vie chrétienne en Russie, dans la Revue augustinienne, passim. Sur le catholicisme du rite oriental en Russie, C. CHARON (C. karalevsky), Le quinzième centenaire de S. Jean Chrysostome, Rome, 1909, pp. 283-300.