HISTOIRE GÉNÉRALE DE L'ÉGLISE

 

PREMIÈRE PARTIE. — LA RENAISSANCE CATHOLIQUE

CHAPITRE III. — LES DÉBUTS DE LA RENAISSANCE CATHOLIQUE EN FRANCE. - SAINT FRANÇOIS DE SALES ET LE PÈRE COTON.

 

 

I

La France qui, en 1560, avait été plus qu'à moitié protes. tante, se trouvait, en 1600, catholique d'inspiration générale. L'influence de l'Espagne et de l'Italie était pour beaucoup dans cette évolution des esprits. Le renom des grands saints qui avaient illustré ces pays pendant le XVIe siècle, pénétrait en France. Les biographies de sainte Térèse, de saint Jean de la Croix et de saint Louis de Gonzague se répandaient parmi les pieux fidèles. Les assemblées du clergé, préoccupées de régulariser la vie des clercs, cherchaient des directions dans la vie et les écrits de saint Charles Borromée et de saint Philippe de Néri. Mais là n'étaient pas les seules causes du retour au catholicisme qui se manifestait dans notre pays. Le roi Henri IV avait beau ménager ses anciens coreligionnaires, l'esprit français, une fois passée la fièvre qui l'avait emporté dans la mêlée des luttes religieuses, se déprenait de cette religion prétendue réformée, qui ne lui avait apporté que l'anarchie politique avec l'anarchie intellectuelle[1]. L'esprit d'ordre et de bon sens, constitutif de la race, triomphait de l'esprit de cabale et d'intrigue. Les réformes modérées du concile de Trente, que le puritanisme des pays du nord trouvait incomplètes et que l'épicurisme italien jugeait trop lourdes, répondaient, en France, aux aspirations les plus vraies de l'opinion publique[2].

Ce mouvement catholique, si général qu'il fût, manquait, il est vrai, de cet élan mystique, de cette inquiétude intérieure que les calvinistes avaient exploités à leur profit au siècle précédent. Il s'y mêlait, chez beaucoup de Français, de la politique, de la mode et du calcul. Pour ceux-ci, devenir ou rester catholique, c'était professer de se soumettre à des dogmes traditionnels et à une hiérarchie puissante, c'était suivre simplement l'exemple du roi et de la cour, c'était prendre parti pour l'ordre. Chez tels et tels lettrés, le catholicisme se teintait d'épicurisme, comme chez Montaigne, ou de stoïcisme, à la manière de Charron et de Du Vair. Bref, si, dans les diverses impulsions qui menaient les âmes à l'Eglise, certaines tendances conduisaient au catholicisme de Bossuet et de Pascal, d'autres allaient tout droit, malgré les apparences, au naturalisme de Jean-Jacques Rousseau et de Bernardin de Saint-Pierre[3].

Quelles influences, quelles forces nouvelles feraient l'unité et l'harmonie entre les divers éléments qui fermentaient plus ou moins sourdement dans ces débuts du XVIIe siècle ? Ces influences et ces forces se rencontrèrent en la personne de saint François de Sales.

Tout, semble-t-il, prépara ce grand homme à sa providentielle mission. Né à Thorens, en Savoie, l'an 1567, d'une famille noble, qui se rattachait à Genève par de nombreuses traditions domestiques et qui comptait des relations parmi les chefs du calvinisme genevois, François de Sales fut élevé par son père et par sa pieuse mère dans les plus purs principes de l'orthodoxie catholique. Il hérita de ses parents un esprit fin, judicieux et discret, une volonté souple et tenace. Son enfance se passa au pied de ces Alpes grandioses, qui révèlent leur caractère de sublimité sauvage à ceux qui les contemplent de haut et de près, mais qui n'offrent à ceux qu'abritent leurs vallons que des spectacles son éducation. pleins de grâce et de fraîcheur. Son éducation fut celle de l'étudiant cosmopolite du XVIe siècle, voyageant d'université en université, allant chercher aux diverses écoles les leçons du maître qui primait en telle ou telle branche du savoir, élargissant sans cesse son esprit par l'expérience de mœurs, de visages et de langages nouveaux[4]. A ces contacts, la religion de saint François de Sales, sans rien perdre de son austérité foncière, prit je ne sais quoi d'humain, de souple et de spirituellement aimable. En ce temps-là, dit un de ses derniers historiens[5], philosophes, théologiens et controversistes considéraient trop Dieu, les uns comme l'auteur des vérités morales, les autres comme l'auteur des principes de l'esprit et des lois de la nature. Les mystiques, avec plus de chaleur d'imagination, rêvaient Dieu plus vivant, mais ils lui attribuaient une obscurité et une splendeur étranges... François de Sales ne découronnera pas l'idée de Dieu, il lui conservera ses attributs métaphysiques et moraux et son inaccessible perfection, mais l'image qu'il se fera de la Divinité restera aimable et gracieuse autant que grande. Son Traité de l'amour de Dieu s'ouvrira par la glorification de la beauté. L'idée de Dieu, beauté parfaite et amour parfait, ce sera la sainteté de saint François de Sales. Cette idée dominera toute sa vie, en sera l'âme et la lumière.

Avant de s'exercer à Paris, et, de Paris, sur la France entière et sur le monde, le zèle apostolique de saint François de Sales fit ses premières preuves dans une mission prêchée aux protestants du Chablais.

L'œuvre était ardue entre toutes. Les baillages de Thonon et du Chablais occidental, qui, par les vicissitudes des guerres, étaient passés aux mains des Bernois de l'année 1536 à l'année 1564, avaient été entièrement gagnés par leurs nouveaux maîtres à l'hérésie protestante. Des mesures de rigueur, prises en 1589 par le duc de Savoie Charles-Emmanuel, n'avaient abouti qu'à des résultats précaires. Saint François de Sales rapporte lui-même que plusieurs habitants de Thonon et du Chablais, plutost effrayés par le bruict des bombes et des arquebuses, que touschez des prédications qui s'y faisaient, rentrèrent dans le sein de la saincte Eglise romaine ; mais- qu'ensuite, ces provinces ayant été infestées par les courses des Genevois et des François, ils retournèrent à leurs bourbiers[6]. En 1594, l'évêque de Genève et d'Annecy, Claude Granier, fit accepter au duc de Savoie le projet d'une mission toute pacifique, qui n'aurait recours ni aux lois ni à la force, et qui serait remplie par deux prêtres seulement. L'entreprise était difficile. Par suite des derniers évènements, un abîme semblait s'être creusé, dans ces pays, entre catholiques et protestants. Ceux-ci refusèrent obstinément d'entendre un prédicateur catholique, de lire un livre quelconque imprimé pour défendre l'Église romaine. Le premier travail, disait à ce sujet le président Favre, serait de faire le pont. François de Sales, figé de vingt-sept ans à peine, fut chargé de cette importante mission.

Son caractère l'y aida merveilleusement. Les principaux des réformés qu'il fallait convertir, c'étaient les amis de son père, les amis de ses amis. Il sut conserver les rapports d'amitié et de civilité qui lui ouvraient les portes. S'il s'indigna de l'ordonnance publique qui défendait de l'entendre, il sut rester aimable avec les auteurs même de cette ordonnance. Il leur prodigua mille civilités. Il trouva le fort et le faible de chacun, il regarda par quel endroit branlait la foi des gens et la prise qu'on pouvait avoir sur eux. Il ne demanda qu'Un premier succès : Au bout de huit mois, il l'eut enfin.[7]. La conversion d'un des chefs de l'hérésie dans le pays, l'avocat Poncet, bientôt suivie dé celle du baron d'Ayully, président du consistoire, ébranla la ville de Thonon. Ses habitants vinrent, les syndics de la cité à leur tète, écouter un sermon du zélé missionnaire sur l'Eucharistie. Le succès final fut dès lors assuré, et François n'eut plus qu'à intervenir pour empêcher l'autorité civile des ducs de Savoie d'abuser de son triomphe et pour assurer, la persévérance des nouveaux convertis. C'est alors qu'il répandit ces nombreux feuillets ou placards, qui devaient former le livre fameux des Controverses[8]. Etudiant les principes communs aux catholiques et aux protestants, examinant ensuite les lacunes que présentait la doctrine des dissidents, l'auteur s'appliquait à ramener doucement et fermement ces derniers vers la doctriné chrétienne intégrale. Le livre des Controverses préludait par là comme on l'a justement remarqué, à l'Histoire des variations[9]. Ne pourrait-on pas ajouter, que d'une façon plus éloignée, en s'attachant avec amour à l'étude de l'âme vivante et agissante, l'auteur des Controverses préparait aussi l'apologétique de Pascal ?

En 1602, le saint vint à Paris. Très en vue, lié avec les Guise, les Nemours, les Mercœur, les du Perron, avec Henri IV lui-même, il ne tarda pas à se rendre compte des besoins religieux de la société dans laquelle il vivait. On était chrétien, mais on laissait aux moines et aux solitaires les pratiques de la piété. François de Sales avait trouvé désormais le second caractère de son apostolat. Il serait l'apôtre de la piété, de la vie dévote, auprès des gens du monde. Il s'appliquerait à l'accommoder à la vie commune. Sans pencher aucunement vers le naturalisme d'un Charron ou d'un Montaigne, et tout en défendant jalousement le caractère surnaturel de la vie chrétienne, il la présenterait si douce et si aimable, qu'on se sentirait, à son exemple, en la pratiquant, être tant homme que rien plus.

 

II

L'ancien missionnaire du Chablais n'avait pas tardé à comprendre, par ses relations avec le roi de France, l'influence que ce prince était en mesure d'exercer en faveur de l'Eglise.

Jetons un rapide regard sur la situation politique de la France à ce moment. L'autorité du roi Henri IV y est désormais incontestée. Les protestants, qu'il s'attache par des faveurs[10] ; les catholiques de conviction, qu'il rassure par la sincérité de sa foi[11] ; les patriotes, qu'il subjugue par le violent amour qu'il porte à la France ; les courtisans, qu'il éblouit par son esprit ; les mécontents, qu'il désarme par ses boutades ; les politiques tortueux, qu'il déconcerte par ses coups droits ; le peuple, que sa bravoure conquiert ; la noblesse de cour, que sa frivolité fascine et rassure à la fois : tous sont gagnés, captivés, entraînés, et l'unité de la France, si compromise au cours du dernier siècle, se refait autour du séduisant Béarnais. Comme l'archevêque du Perron, comme le jésuite Coton, François de Sales compte sur Henri IV pour relever en France la cause de la religion. Et, de fait, sous le règne de ce prince, aussi avisé dans sa vie publique que frivole dans son existence privée, la renaissance catholique va s'ébaucher : les ordres religieux vont recommencer à refleurir, les clercs se ranger à des habitudes de vie plus réglées, les simples fidèles s'inspirer de maximes plus véritablement chrétiennes.

Un des actes les plus importants de la politique royale, en faveur de la religion, fut le rappel des jésuites, qui d'ailleurs, malgré le bannissement dont les avait frappés le parlement de Paris[12], n'avaient pas tout à fait quitté le royaume. Cet acte ne fut pas accompli sans difficultés.

La Compagnie de Jésus trouvait dans l'entourage d'Henri IV de fortes préventions. On se rappelait que la Ligue avait trouvé en ses religieux ses plus ardents partisans. Si, en 1594, le procès de Jean Chastel n'avait apporté aucune preuve de leur complicité, prochaine ou éloignée, dans la tentative d'assassinat commise contre Henri IV ; quatre ans plus tard, un jésuite espagnol, Mariana, avait presque glorifié le criminel attentat de Jacques Clément sur la personne d'Henri III[13]. Une autre cause de suspicion subsistait, dans l'esprit du roi, contre la Compagnie de Jésus. Les huguenots et les politiques n'avaient jamais cessé de lui représenter les jésuites comme tout dévoués aux intérêts de l'Espagne, dont l'abaissement était alors le principal objectif de la politique française. Le P. Aquaviva, qui gouvernait alors la Compagnie avec une prudence remarquable, résolut de détromper le roi de France. Le 29 mai 1603, deux de ses religieux, le P. Armand et le P. Coton, se présentèrent en son nom à la cour de Fontainebleau. Ce dernier, qui devait bientôt jouer un rôle important auprès d'Henri IV, était né en 1561, d'un secrétaire des commandements de la reine mère. On l'estimait comme un des prédicateurs les plus remarquables de l'Ordre. Il avait converti à la religion catholique Mine de Créqui, fille du maréchal de Lesdiguières, et celui-ci, qui devait faire son abjuration neuf ans plus tard, avait parlé avantageusement de lui au roi de France. Tout prévenait en faveur de l'envoyé d'Aquaviva. Il était alors dans la quarantième année de son âge, dit son historien[14]. D'une riche et belle taille, il portait sur une noble figure une beauté remarquable ; le front développé, la chevelure et la barbe blonde, le nez grand, tirant sur l'aquilin ; un aimable sourire siégeait toujours sur ses lèvres. Un caractère affable, une âme élevée, offraient des attraits rehaussés par un reflet de sainteté douce et grave. Le roi fut bientôt gagné par cet ambassadeur, dont la cause était bonne. Le dimanche suivant, le Père Coton, invité à prêcher dans la chapelle royale, y obtint un plein succès. Ce fut le début de la faveur dont jouit à la cour ce religieux. Il devait bientôt devenir le conseiller très écouté du roi, en même temps que le directeur spirituel de sa conscience[15]. Loin d'être embarrassé de tant d'honneurs, le P. Coton les porta avec aisance. La politesse et le savoir-vivre, dit à ce propos un de ses biographes[16], semblaient être nés avec lui. Dès qu'il eut vu la cour, il y parut comme s'il y avait été élevé ; et il sembla admirable aux courtisans que l'homme de France qui méprisait le plus le monde, fût celui qui le sait le mieux.

Un édit royal, publié à Rouen, au mois de septembre 1603, reconnut officiellement toutes les maisons que la Compagnie de Jésus avaient conservées en Guyenne et en Languedoc, leva l'interdiction qui l'excluait du reste de la France, l'admit à recouvrer ses anciens collèges et à en fonder de nouveaux avec l'autorisation préalable du roi. Cet acte fut regardé comme une preuve non équivoque du crédit, dont le représentant des jésuites jouissait à la cour. Les vues d'Henri' IV étaient sans doute plus hautes. L'intelligent monarque ne voulut pas seulement, par cet édit, témoigner de sa sympathie à un religieux qu'il aimait, s'assurer la reconnaissance d'un grand corps dont il connaissait la puissance ; tout porte à croire qu'Henri IV, très préoccupé de la décadence des études et des mœurs, vit dans le rappel des jésuites le plus sûr moyen de relever les unes et les autres.

Dès l'année 1595, il avait chargé une commission, composée des plus hauts personnages de l'Eglise et de la magistrature, de faire une enquête sur le moyen de relever le niveau dès mœurs et des études dans l'université de Paris. Les abus y pullulaient. Dans les collèges, qui avaient naguère servi de caserne aux régiments étrangers et d'asile aux paysans de l'Ile de France, dans le quartier latin, rempli de musiciens, de spadassins et d'histrions, la corruption et le désordre étaient à leur comble. Les candidats, sans subir d'épreuves, se faisaient inscrire, en payant bedeaux et greffiers, sur le registre des gradués, et gagnaient, à force d'argent, leurs diplômes[17]. Tout autre était la discipline dans lés collèges des jésuites. Grâce à eux, l'harmonie, désirée par tant' de nobles âmes, entre l'esprit chrétien du Moyen Age et la culture humaniste de la Renaissance, semblait définitivement assurée. Personne peut-être, en effet, ne travailla aussi efficacement que les Pères de la célèbre Compagnie, à préparer les splendeurs littéraires du grand siècle. Ils abandonnèrent les compilations du Moyen Age, et leur latin barbare, pour les grands écrivains de l'antiquité. Mais les anciens ne furent pas étudiés pour eux-mêmes ; comme interprètes d'un paganisme aboli. On ne leur demanda que des règles dans l'art d'écrire, que des modèles d'une culture littéraire et grammaticale. Dans ces collèges bien clos, mais qui n'avaient de la prison que les grilles, le maître se mêlait aux jeux des enfants et des jeunes gens, entrait dans leurs confidences. C'était entre les professeurs et les élèves une affection expansive et sincère. Une brillante jeunesse, recrutée dans la noblesse et dans la haute bourgeoisie, sortait chaque année de ces collèges façonnée aux bonnes manières, instruite aux habitudes du monde, la mémoire ornée de beaux vers et de citations élégantes, en même temps que toute prête à recevoir et à suivre avec joie la direction de la Compagnie et les enseignements de Rome[18]. L'Ordre fut bientôt plus puissant et plus florissant que jamais. En 1610, il comptait déjà dans ses quatre provinces françaises, 36 collèges, 5 noviciats, une maison professe, une mission, avec 1.400 membres environ. Ses écoles étaient encore plus fréquentées qu'auparavant. : la plus grande, La Flèche, fondée par Henri. IV, avait 1.200 élèves. L'institut devait, au milieu du siècle, compter collèges, et 64 autres maisons avec, plus de quatre, mille, collaborateurs.

Cependant le P. Coton profitait de la haute considération dont il jouissait auprès du roi, pour y servir de son mieux la cause de l'Eglise. Pendant six ans, chaque dimanche et jour de fête, il fit entendre, à la cour, qui ne se lassait pas d'écouter sa parole, les vérités les plus austères du dogme et de la morale[19]. Il n'est pas douteux qu'on ne doive mettre au compte de l'ascendant du Père Coton sur le roi, le sérieux effort fait par Henri IV, en 1608, pour mettre sa conduite en harmonie avec sa foi, l'édit sévère publié en 1609 contre les duellistes, les démarches faites auprès du Grand Turc, pour la délivrance des prisonniers chrétiens, la sollicitude efficace témoignée par le roi pour le développement des missions étrangères, enfin son attitude déférente et respectueuse, envers la Papauté dans les agitations diverses qui troublèrent l'Italie[20]. Aussi, quand on apprit qu'Henri IV avait voulu, par un sentiment de délicate reconnaissance, léguer son cœur au collège des jésuites de La Flèche, personne ne s'en étonna. Louis XIII, qui avait reçu des leçons de religion du P. Coton pendant deux années entières, lui conserva la même estime et le garda comme confesseur jusqu'en 1617, époque à laquelle le zélé jésuite abandonna la cour et parcourut les provinces comme missionnaire. Il mourut à Paris le 19 mars 1626, après avoir dignement rempli l'importante mission que la Providence lui avait confiée pour le bien de l'Eglise de France.

 

III

Nul ne s'était plus réjoui des succès de la Compagnie de Jésus que saint François de Sales. A peine âgé de quinze ans, il suppliait sa mère de l'envoyer au collège des jésuites, où il apprendrait, disait-il, les sciences et le chemin du ciel tout ensemble[21]. Plus tard, devenu évêque de Genève, il écrivait à ses prêtres : Nous aurions tous été perdus, si la bonté divine n'eût suscité les Pères de la Compagnie de Jésus, ces puissants esprits, ces grands hommes, qui ont un courage infatigable, un zèle intrépide, une doctrine profonde ; qui ont, malgré les calomnies et les outrages, rétabli la vraie foi, et qui, aujourd'hui encore, par leurs grands travaux, remplissent le monde d'hommes doctes, exterminent l'hérésie de toutes parts[22].

L'évêque de Genève ne se contentait pas d'applaudir au bien que faisaient les congrégations existantes. Au moment où il écrivait les lignes que nous venons de citer, il avait lui-même doté l'Eglise d'un nouvel institut, celui de la Visitation de Marie. Depuis longtemps, dit un de ses biographes[23], François avait remarqué qu'un bon nombre d'âmes, appelées à la perfection du divin amour dans la vie religieuse, ne pouvaient réaliser leur désir. Presque tous les monastères imposaient des austérités corporelles que les santés délicates ne pouvaient supporter. Ne serait-il pas possible de remplacer ces austérités par la mortification, accessible à tous, de l'esprit, du cœur et de la volonté ? François de Sales s'ouvrit de son dessein à une sainte veuve, que la Providence avait placée sous sa direction spirituelle, Jeanne-Françoise Frémiot, veuve du baron de Chantal ; il rencontra en elle les mêmes aspirations intérieures, et, le 6 juin 1610, fête de la Sainte Trinité et de saint Claude, la baronne de Chantal et deux demoiselles de qualité, Charlotte de Bréchard et Jacqueline Favre, reçurent du saint évêque un abrégé des constitutions du nouvel institut. Elles commencèrent leur noviciat dans une très modeste maison d'Annecy, la maison dite de la Galerie, dont le nom est religieusement conservé dans les souvenirs de l'ordre de la Visitation.

Le saint n'avait nullement d'abord l'intention de fonder un ordre religieux proprement dit. Organiser une association de charité, pareille à celle que sainte Françoise Romaine avait fondée peu auparavant à la Torre de Specchi, sans vœux solennels, sans clôture, sans récitation du grand office, avec la faculté de recevoir les pieuses veuves et même les femmes mariées qui désireraient s'y retirer pour se livrer quelque temps à la prière loin du tumulte du monde : tel fut son premier projet[24]. Mais l'archevêque de Lyon, M. de Marquemont, à qui il en référa, ayant été d'avis que l'on fondât un véritable ordre religieux, à clôture absolue et à vœux solennels, le saint abandonna humblement sa manière de voir. On m'appelle le fondateur de la Visitation, disait-il plus tard en souriant à l'évêque de Belley ; est-il rien de moins raisonnable ? J'ai fait ce que je ne voulais pas faire, et j'ai défait ce que je voulais. Au fond, son idée maîtresse subsistait : donner à Dieu des âmes d'oraison, toutes vouées à la perfection du divin amour, sans les charger de pratiques corporelles trop pénibles. Quant à la forme, un peu insolite, plus souple et plus libre, que le saint évêque avait rêvée, elle pouvait attendre son heure, qui sonnerait plus tard[25].

Le nouvel institut se répandit avec tant de rapidité, que sainte Jeanne de Chantal eut la consolation, avant sa mort, de voir quatre-vingt-sept maisons de visitandines fondées en France et en Savoie. Ce fut pour ce troupeau béni de Dieu que le saint dépensa, pendant les années qui suivirent, le meilleur de son cœur et de sa doctrine dans les admirables Entretiens que ses filles ont pieusement recueillis.

 

IV

Ces soins toutefois, si doux qu'ils fussent à son cœur, ne pouvaient faire oublier au vigilant pasteur les importants décrets publiés par le concile de Trente, sur la réforme du clergé séculier. En dehors de l'action puissante qu'il exerça sur ses prêtres par l'exemple de sa vie, par ses entretiens et, par sa correspondance, saint François de Sales s'appliqua surtout à mettre en œuvre deux moyens indiqués par le concile : la tenue de synodes diocésains et l'organisation des séminaires. Nous avons le recueil des statuts synodaux, publiés par l'évêque de Genève ; ils sont courts, et substantiels. Tout ce qui regarde l'observation de la résidence, la célébration des offices divins, la bonne tenue des églises et la vie privée des clercs, est indiqué en termes clairs et précis[26]. Le saint évêque ne s'en tint pas là... Il veilla assidument à l'observation de ses ordonnances. Tous les six mois, vingt surveillants, auxquels on donna plus tard le nom d'archiprêtres, lui rendaient compte de ce qui s'était passé dans leur ressort ; et, si dans ce compte-rendu, quelque infracteur lui était signalé, il le rappelait promptement au devoir avec une douce fermeté. De là cette persuasion générale, fondée sur la notoriété des faits, qu'il n'y avait pas lieu d'échapper à son regard ; et de là aussi le bel ordre qu'il parvint à établir dans tout son, diocèse[27].

Le saint prélat, il est vrai, ne put jamais avoir de séminaire proprement dit. Ses efforts les plus persévérants n'aboutirent qu'à des échecs. Tantôt c'étaient les ressources qui manquaient ; tantôt, c'était le personnel qui faisait défaut ; le Saint-Siège sollicité d'accorder l'autorisation de prélever sur les bénéfices de quoi faire face à la dépense, ne répondit jamais[28] ; le cardinal de Bérulle, pressé de fournir des sujets, ne put les envoyer. François de Sales fit alors ce qu'il put pour suppléer à l'absence de séminaire. Il étudia par lui-même les attraits et les aptitudes des jeunes gens qui se présentèrent à lui pour recevoir les saints ordres. Il les instruisit lui-même, autant que possible, des devoirs ecclésiastiques, les anima par ses exhortations ; se prêta même souvent, malgré ses immenses travaux, à les entendre en confession. Les fruits d'un tel zèle furent merveilleux. Pour moi, déposait sainte Chantal au procès de canonisation du saint, je crois qu'il y a peu ou point de diocèse où les ecclésiastiques vivent plus exemplairement et dévotement qu'en celui de Genève et surtout en cette ville d'Annecy[29].

Ces bienfaisants résultats s'étendirent au delà du diocèse gouverné par saint François de Sales ; la France, où le saint évêque eut souvent à prêcher, en bénéficia largement. Henri IV, qui avec tendresse, et qui devenu brebis du grand Pasteur, suivant l'expression de l'aimable saint, rêvait alors de se rendre pasteur de ses peuples[30], fit tout au monde pour retenir en France François de Sales. Cinq fois, au témoignage de sainte Chantal, il revint à la charge. François refusa les offres les plus pressantes ; mais il profita de la confiance que lui témoignait le roi pour exciter son zèle. L'Eglise eut, en général, à se féliciter de la bonne volonté du roi Henri IV dans l'œuvre de la réforme du clergé. En 1606, répondant à une adresse de l'assemblée du clergé, il promit de ne pourvoir les prélatures, abbayes et autres bénéfices soumis à sa nomination[31], que de personnes de mérite, qualité et suffisance requise. — Je suis glorieux, disait-il, de voir ceux que j'ai établis être bien différents de ceux du passé ; le récit que vous en avez fait me redouble encore le courage de mieux faire à l'avenir. Malgré plusieurs nominations regrettables[32], Henri IV devait tenir à peu près sa parole, et préparer la réforme que réclamaient tous les bons catholiques.

 

V

Quand le saint évêque de Genève travaillait avec tant de zèle à la réforme de la vie religieuse et de la vie sacerdotale, c'est au peuple chrétien qu'il songeait. Son esprit clairvoyant avait, en effet, dès le début de son ministère, parfaitement saisi la grave lacune qui existait -alors dans l'enseignement de la dévotion aux fidèles. Il s'en expliqua du reste nettement et sans détours : Ceux qui ont traité de la dévotion, écrit-il[33], ont presque toujours regardé l'instruction des personnes fort retirées du monde, ou au moins ont enseigné une sorte de dévotion qui conduit, à cette retraité. Nul plus que lui n'estimait Le Combat spirituel, La Guide des pécheurs, du Père de Grenade, et les, admirables ouvrages de sainte Térèse. Mais les deux premiers auteurs lui paraissaient sans doute trop absolus dans leurs principes, plus faits pour le cloître ou pour la pieuse confrérie que pour la vie civile et mondaine telle que les temps modernes l'avaient organisée ; et les grandes envolées mystiques de la sainte fondatrice du Carmel ne lui semblaient pas adaptées à ces bonnes-gens qu'il avait coudoyés dans ses missions du Chablais, voire même à la bonne bourgeoisie qu'il fréquentait et à la cour du roi de France où on l'avait admis. Or, pensait-il, n'est-ce point hérésie que de vouloir bannir la vie dévote de la compagnie des soldats, de la boutique des artisans, de la cour des princes, du ménage des gens mariés ?[34] Si l'homme est trop souvent un animal sévère, âpre et rude[35], que la dévotion soit le sucre e le miel qui l'adoucira.

Ce fut en cet esprit, et pour dissiper cette sotte image d'une vertu triste, querelleuse, dépitée, menaceuse, mineuse, placée sur un rocher à l'écart, emmy des ronces, fantôme à étonner les gens[36], que saint François de Sales écrivit son Introduction à la vie dévote. Mais ce fut aussi, hâtons-nous de le dire, pour inculquer aux gens du monde la dévotion la plus solide et la pies profonde, celle qui va, Dar l'effort et par le sacrifice, jusqu'au renouvellement complet du cœur, que le saint évêque prit la plume.

En résumé, le saint demande à son lecteur trois choses : des examens de conscience, des méditations et la pratique consciencieuse des devoirs de son état. L'examen de conscience dissipe les préjugés qui paralysent, et fait ouvrir les yeux sur cette quantité de péchés qui vivent et règnent bien souvent insensiblement[37] dans notre âme. La méditation nous force à revêtir d'apparences concrètes et à faire apparaître devant nous Dieu, la Sainte Vierge, les saints, les perspectives de la vie future, les idées et les modèles les plus vivants de la vertu et de la perfection. Elle nous apprend à remâcher et à ruminer ces idées et ces images, jusqu'à ce que nous arrivions à nous en détremper, à nous en pénétrer, à nous en nourrir[38]. La pratique des devoirs d'état, des plus modestes surtout, fait entrer la dévotion, non plus seulement dans notre esprit et dans notre cœur, mais dans notre vie ; elle tourne l'acte bon en habitude ; et peu à peu, des petites choses l'âme s'élèvera aux choses grandes, à l'héroïsme, s'il le faut, même au martyre.

La doctrine de l'Introduction à la vie dévote se complète par celle du Traité de l'amour de Dieu. L'auteur déclare qu'en écrivant ce livre il a eu en considération la condition des esprits de son siècle, car il importe beaucoup de regarder en quel âge on écrit[39]. Mais c'est une doctrine très ancienne qu'il adapte et qu'il rajeunit.

L'ouvrage débute par une description un peu aride des facultés de l'âme, mais, dès que l'auteur en arrive à parler de l'amour de Dieu, de cette inclination profonde qui, du milieu des choses de la terre, nous soulève puissamment vers les réalités divines, son style s'élève, se colore, s'échauffe, et l'on comprend ce qu'il écrivait, le 5 février 1610, à la Mère de Chantal : Je vais mettre la main au livre de l'Amour de Dieu, et m'essayerai à en écrire autant sur mon cœur comme je ferai sur le papier[40].

Entre les perdrix, écrit-il, il arrive souvent que les unes desrobent les œufs des autres, afin de le couver... Et voicy chose estrange : le perdreau qui aura été esclos et nourry sous les aisles d'une perdrix estrangère, au premier réclame qu'il oyt de sa vraye mère, il quitte la perdrix larronnesse, se rend à sa première mère, et se met à sa suite, par la correspondance qu'il a avec sa première origine... Il en est de mesme, Théotime, de nostre cœur car, quoiqu'il soit couvé, nourry et eslevé emmy les choses corporelles, basses et transitoires, et, par manière de dire, sous les aisles de la Nature ; néantmoins, au premier regard qu'il jette en Dieu, à la première cognoissance qu'il en reçoit, la naturelle et première inclination d'aimer Dieu, qui estoit comme assoupie et imperceptible, se resveille en un instant[41].

L'amour donc est au point de départ du mouvement d'ascet, sion de l'âme vers Dieu ; et au sommet se trouve encore l'amour. Pour décrire cette marche vers la perfection, le saint Docteur n'a donc qu'à décrire la marche de l'amour. C'est à raconter la naissance, les progrès et la décadence de l'amour divin que sont consacrés les livres II, III et IV. Les cinq livres suivants décrivent les exercices ou la pratique de cet amour. Les trois derniers font voir l'excellence de l'amour de Dieu et donnent des avis pour y progresser.

Tout ce que les mystiques les plus qualifiés ont dit sur le sens mystérieux qui nous fait percevoir le divin, sur les états les plus élevés de l'oraison : la quiétude, l'union, le ravissement et l'extase, se trouve exposé dans ce livre en une langue savoureuse et claire, pleine de grâce et de fraîcheur, parfois vibrante de l'émotion la plus profonde.

Plus haut que les sens, que la raison et que la foi, saint François de Sales mentionne en effet cette éminente et suprême pointe de la rayson et faculté spirituelle, qui n'est pas conduite par la lumière du discours ny de la rayson, ains par une simple vue de l'entendement et un simple sentiment de la volonté, par lesquels l'esprit acquiesce et se soumet à la vérité et à la volonté de Dieu[42]. Que l'âme s'abandonne à cette inclination profonde, et Dieu se l'attachera par les liens les plus doux. Voyez, je vous prie, Théotime, ce petit enfant, attaché au col de sa mère ; si on le veut arracher de là pour le porter en son berceau, il marchande et dispute tant qu'il peut ; si on le fait desprendre d'une main, il s'accroche de l'autre, et si on l'enlève du tout, il se met à pleurer... Ainsy l'âme, laquelle, par l'exercice de l'union, est parvenue jusqu'à demeurer prise et attachée à la divine Bonté, n'en peut être tirée presque par force et avec beaucoup de douleur ; on ne la peut faire desprendre[43]. L'amour divin peut même atteindre un tel degré, que ce saint feu dévore et consume ceux qui s'abandonnent à lui. Car, dit le saint, quand l'ardeur du saint amour est grande, elle donne tant d'assautz au cœur, elle le blesse si souvent, elle luy cause tant de langueurs, elle le porte en des extases et ravissemens si fréquens, que, ne pouvant fournir assez d'assistance à la nature, les forces animales et vitales commencent à manquer petit à petit, la vie s'accourcit et le trespas arrive. Ô Dieu, Théotime, que cette mort est heureuse ![44]

Ainsi celui que l'on a pu, pour la finesse de sa psychologie et le charme de son style, appeler le Montaigne et l'Amyot de la spiritualité[45], semble parfois présager la magnificence de Bossuet et le pathétique de Pascal ; mais il ne garde pas longtemps son lecteur dans les hauteurs abstraites ; une comparaison charmante, un proverbe familier le ramènent aussitôt aux réalités de la vie quotidienne. Et le but que s'était proposé le saint Docteur est rempli. Désormais les artisans et les gens de cour n'auront plus de peine, grâce à lui et à ses disciples, pour s'initier aux divers degrés de la vie spirituelle. Nous verrons bientôt les fruits de cet apostolat. Pendant que les Bérulle, les Rancé, les Bourdoise, les Vincent de Paul et les Olier travailleront à régénérer le clergé régulier et séculier, des laïques de toutes les conditions s'uniront à des prêtres et à des évêques pour former une des plus merveilleuses associations de zèle et de piété qui aient paru dans les temps modernes, la Compagnie du Saint-Sacrement.

 

 

 



[1] FORTUNAT STROSWKI, Saint François de Sales, Introduction à l'étude du sentiment religieux en France au XVIIe siècle, p. 1-17.

[2] Les difficultés soulevées à ce sujet par le Parlement et la Sorbonne ne peuvent nous donner le change sur ces dispositions. La pluralité des Français, dit M. Charles Dejob, n'avait de goût ni pour le puritanisme, ni pour le mysticisme, ni pour l'épicurisme. Ils approuvaient le concile de Trente d'avoir maintenu contre les protestants l'invocation des saints, les images, les pompes religieuses ils reconnaissaient au catholicisme l'avantage de s'accorder avec le bon sens populaire en défendant le libre arbitre et la justification par les œuvres. Leur esprit ne se choquait pas des définitions précises, qui bannissaient de la foi le caprice. La France n'avait donc aucun sacrifice à faire pour accepter la contre-réformation. CHARLES DEJOB, De l'influence du concile de Trente sur la littérature et les beaux-arts, p. 341-342.

[3] Cf. STROSWKI, Saint François de Sales, p. 37-50.

[4] E. FAGUET, Le XVIe siècle en France, p. 3.

[5] STROSWKI, Saint François de Sales, p. 78-79.

[6] SAINT-FRANÇOIS DE SALES, Œuvres complètes, éd. Berche et Tralin, t. V, p. 64.

[7] F. STROSWKI, Saint François de Sales, p. 87-88.

[8] S. Dom Mackey a raconté, d'après les documents les plus authentiques, la curieuse histoire du livre des Controverses. Œuvres de S. FR. DE SALES, éd. Lecoffre, t. I, p. CXII et CXXIX.

[9] RÉBELLIAU, Bossuet historien du protestantisme, p. 8.

[10] Dès le début de son règne, il prolonge le privilège, octroyé aux protestants, des places de sûreté ; il laisse les Rochelais augmenter les fortifications de leur ville ; après l'édit de Nantes, il permet aux églises protestantes du Béarn de garder les biens confisqués par Jeanne d'Albret aux catholiques.

[11] Contre ce qui arrive d'ordinaire, dit le P. Coton, on ne s'aperçut jamais que ses passions eussent affaibli sa religion. P. D'ORLÉANS, Vie du P. Coton, Paris, 1688, p. 143.

[12] Le décret de bannissement datait du 7 janvier 1595. A la même date, un jésuite, le P. Guignard, signataire d'un pamphlet publié au temps de la Ligue, avait été pendu. Cette exécution, dit un historien protestant, n'était pas autre chose qu'un assassinat juridique et le bannissement des jésuites ne pouvait pas davantage se justifier juridiquement. Ce n'était pas la justice, mais une passion furieuse et aveugle qui avait dicté ces deux arrêts. BŒHMER-MONOD, Les Jésuites, p. 93.

[13] J. MARIANA, S. I., De rege et regis institutione, lib. III, 1 vol. in-4°, 446 p. Toleti, 1599, apud Petrum Rodericum. Dans cette seule première édition se trouve la phrase : Sic Clemens periit, æternum Galliæ decus, ut plerisque visum est. Cf. SOMMERVOGEL, S. J., Bibliothèque de la Cie de Jésus, au mot Mariana, éd. de 1894, t. V, col. 558. Dans cet ouvrage Mariana dit qu'en cas de tyrannie, s'il est impossible d'assembler les représentants de la nation et qu'il semble cependant que la volonté du peuple est qu'on se défasse du tyran, tout particulier a le droit de tuer le prince, pour satisfaire aux désire du peuple, qui, votis publicis favens, eum perimere sentat, haudquaquam inique eum fecisse existimabo. Mariana, De rege, p. 60.

[14] ROVERIUS (Rouvier), De vita P. Petri Cotoni, Lyon, 1660, liv. III, cap. IX. — PRAT, La compagnie de Jésus en France du temps du P. Coton, Lyon, 1886, t. II, p. 107-108.

[15] Son crédit donna même lieu à des plaisanteries : On disait du roi qu'il avait du coton dans les oreilles.

[16] P. D'ORLÉANS, La vie du P. Coton, p. 225-226.

[17] MARIÉJOL, dans l'Hist. de France de LAVISSE, VI, II, 98-99.

[18] MARIÉJOL, dans l'Hist. de France de LAVISSE, VI, II, 97-98.

[19] PRAT, La compagnie de Jésus en France du temps du P. Coton, III, 25.

[20] PRAT, La compagnie de Jésus en France du temps du P. Coton, t. III, p. 24-232. On voit, dans la correspondance du P. Coton, que la préoccupation de la conduite du roi ne l'abandonne jamais. Grâce à la bénédiction du Souverain Pontife, écrit-il, le 20 janvier 1609 au P. Aquaviva, le roi a mis ordre à sa conscience. Des deux personnes, objets de criminels plaisirs, l'une pense sérieusement à se retirer dans une vie solitaire, l'autre a été envoyée dans un château très éloigné.

[21] HAMON-GONTHIER-LETOURNEAU, Vie de saint François de Sales, Paris, 1909, t. I, p. 35.

[22] HAMON-GONTHIER-LETOURNEAU, Vie de saint François de Sales, t. I, p. 500.

[23] HAMON-GONTHIER-LETOURNEAU, Vie de saint François de Sales, t. II, p. 1-2.

[24] Voir D'AVRIGNY, Mémoires, t. I, p. 62 et HAMON-GONTHIER, t. II, p. 84-85.

[25] Selon le P. d'Avrigny (Mémoires, I, 62), le cardinal Bellarmin, informé par l'évêque de Genève de ses projets et sollicité de les appuyer à Rome, lui promit ses services, mais ajouta que certainement le Pape n'accorderait pas les choses demandées, parce qu'elles ne paraissaient pas compatibles avec la profession religieuse.

[26] Constitutiones synodales diocesis gebennensis a Francisco de Sales latæ, TORON, 1644. Cf. HAMON-GONTHIER, Vie de Saint François de Sales, I, p. 493 et s.

[27] HAMON-GONTHIER, Vie de Saint François de Sales, I, p. 496.

[28] HAMON-GONTHIER, Vie de Saint François de Sales, I, p. 496.

[29] HAMON-GONTHIER, Vie de Saint François de Sales, I, p. 506. Cf. Dom MACKEY, Saint François de Sales et la formation du clergé dans la Revue du clergé français du 1er avril 1901.

[30] Lettre 600, Œuvres complètes, éd. Mackey, t. XIV, p. 309.

[31] En vertu du concordat de 1516, le roi de France nommait aux évêchés et bénéfices majeurs.

[32] Charles de Lévis, nommé en 1604 évoque de Lodève, n'avait que quatre ans, et Henri IV avait la légèreté de plaisanter à ce sujet (Lettre du 24 octobre 1605 à Marie de Médicis). A la mort de Charles de Lorraine, évêque de Metz, en 1607, le sentiment fut plus grand encore. Le roi pria le chapitre de postuler pour évêque son bâtard Henri de Verneuil, âgé de six ans.

[33] Introduction à la vie dévote, Préface.

[34] Introduction à la vie dévote, Ire partie, ch. III.

[35] Introduction à la vie dévote, liv. III, ch. XXXIX.

[36] MONTAIGNE, Essais, liv. I, ch. XXV.

[37] Introduction, liv. II, ch. XIX.

[38] Introduction, liv. I, ch. IX à XVIII.

[39] Traité de l'amour de Dieu, Préface.

[40] Lettre 572, t. XIV, p. 247.

[41] C'est en lisant des pages pareilles à celle-là que Sainte-Beuve ne pouvait, disait-il, de penser au lyrisme de Lamartine. SAINTE-BEUVE, Port-Royal, t. I, p. 225-228.

Cette page ne rappelle-t-elle pas aussi les beaux vers de Dante, lorsque le grand poète florentin chante cette soif naturelle, qui ne s'apaise qu'avec l'eau dont la pauvre Samaritaine demanda la grâce  (Div. Com., Purgatorio, c. XXI, V. 1.-3.)

Cf. THAMIRY, la Méthode d'influence de Saint François de Sales, un vol. in-8°, Paris, 1922.

[42] Traité de l'Amour de Dieu, liv. I, ch. XII.

[43] Traité de l'Amour de Dieu, liv. VII, ch. III.

[44] Traité de l'Amour de Dieu, liv. VII, ch. X.

[45] SAINTE-BEUVE, Port-Royal, t. I, p. 215.