CATHERINE DE MÉDICIS

 

CHAPITRE IX. — CAMPAGNE DE PACIFICATION À L'INTÉRIEUR.

 

 

CATHERINE avait couru après le duc d'Anjou, fugitif, de peur qu'il fist encore le fou. Elle le trouva resoleu hà (à) ne rien fayre, à cet qu'il m'a dist, qui puise desplayre au Roy son frere et alterer le repos de cet royaume, mais il refusa de revenir à la Cour. Elle souhaitait, sans trop y croire, qu'il se tint tranquille pour leser paser ten (tant) de fiers (italien feri, sauvages) humeurs qui sont aujourd'hui en cet royaume. Mais cette fois il disait vrai. Il ne pensait pas à troubler, comme elle put s'en convaincre quand elle retourna le voir en mai à Bourgueil et lui demanda[1] : si l'on [ne] l'avoit pas recherché pour le faict des ligues et du bien publicq. Il m'a, écrivait-elle à Henri III, franchement respondu que ouy et que l'on luy en avoit présenté des requestes, mais qu'il avoit renvoyé ceulx qui luy en avoient parlé et fait parler et qu'il ne luy adviendroit jamays, comme il leur avoit faist clairement entendre et congnoistre, de faire aulcune chose au prejudice de vostre service et de ce royaume, s'estant estendu sur cela et m'en a parlé, ce me semble fort franchement, se laissant entendre avoir bien congneu qu'il y a quelque chose de messieurs de Guyse meslé en ceci, et m'a dit que quasy tous les gouverneurs et lieutenans generaulx des provinces estoient mal contens et qu'ilz estoient [tous] ou la pluspart d'intelligence en cecy et qu'il estoit d'advis que leur fissiez quelque bonne demonstration pour les asseurer et maintenir en la bonne affection qu'ils vous doibvent[2].

Le plaisir que causaient à la Reine-mère ces déclarations de fidélité n'était pas sans mélange. Ce moricau, qui tout petit était et n'avait cessé d'être guerre et tempeste en son cerveau[3], avait repris pour son compte le projet de Coligny sur les Pays-Bas. Il invoquait les mêmes raisons : l'ancienne suzeraineté de la France sur les Flandres[4], la prétention de l'Espagne à la monarchie du monde, le devoir de protéger les opprimés, la nécessité de divertir contre l'étranger les forces qui déchiraient l'État. Mais son principal mobile, c'était l'ambition de jouer un rôle. Il allait courir d'aventure en aventure pour échapper à sa condition de sujet. Le duc d'Albe n'avait pas réussi à exterminer les rebelles des Pays-Bas ni son successeur, don Luis de Requesens, à les regagner par des concessions. En mars 1576, après la mort de ce dernier, les troupes espagnoles, que Philippe II laissait sans solde, pillèrent avec fureur les campagnes et les villes. Les provinces du Sud, catholiques et qui jusque-là étaient restées fidèles, s'unirent contre cette soldatesque aux provinces du Nord, en majorité calvinistes, dont le prince d'Orange, Guillaume de Nassau, avait organisé et dirigeait la révolte. Les États généraux, chargés de la défense commune, cherchèrent assistance en Angleterre, en France et même auprès des Habsbourg d'Autriche. Après la paix de Monsieur, Henri III n'avait rien eu à la teste qu'une revanche sur les huguenots. Il méprisa les sollicitations des communautés et seigneurs des Pays-Bas, dont Mondoucet, ancien résident de France à Bruxelles, était venu l'entretenir. Mais le duc d'Anjou, qui du vray naturel de Pyrrus n'aymoit qu'à entreprendre choses grandes et hazardeuses[5], envoya sa sœur, la reine de Navarre, s'enquérir, sous prétexte d'une cure à Spa, des dispositions de l'aristocratie (mai 1577). A Cambrai, à Valenciennes, à Mons, où elle s'arrêta, Marguerite entendit des plaintes contre la domination espagnole et gagna quelques grands seigneurs à la cause de son frère. Aussitôt qu'il se fut enfui du Louvre (février 1578), le Duc, apprenant que les troupes des États généraux avaient été battues à Gembloux (30 janvier) par le nouveau gouverneur général, Don Juan d'Autriche, offrit ses services aux vaincus en des termes qui n'admettaient pas de refus. Les États, qui venaient de traiter le 7 janvier avec Elisabeth d'Angleterre, étaient très embarrassés de ce nouveau protecteur.

Ils se résignèrent pourtant à requérir, comme ils disent, le secours que le ducq d'Alenchon (Anjou) nous prétend faire, afin qu'il ne nous soit contraire, voires qu'il nous assiste, mais sans vouloir lui livrer aucune ville ou place[6]. Le Duc commença des levées. Le prince de Condé, beaucoup d'autres huguenots, par esprit de prosélytisme, et même des catholiques lui promirent leur concours. Son grand favori, Bussy d'Amboise, était de feu pour cette conquête. Marguerite travaillait à rapprocher son mari et son frère bien-aimé[7].

Mais la reine d'Angleterre ne voulait pas de Français dans les Pays-Bas. Elle avait soudoyé le comte palatin, Jean Casimir, ce condottière du protestantisme, pour défendre les intérêts anglais et entretenir la révolte, et jugeait que c'était assez. Le comte de Stafford alla de sa part signifier au Duc que s'il ne se départait de son entreprise, elle mettrait peine de l'en empescher, en même temps qu'elle lui laissait entrevoir l'offre de sa main comme prix d'un renoncement[8]. L'ambassadeur d'Espagne à Paris déclara que si les Français entraient en Flandre, son maitre entrerait en France. Don Juan menaçait. Henri III s'indignait des projets d'agression de son frère contre un souverain ami.

Catherine était perplexe. S'opposer au dessein de l'ancien chef des huguenots et des catholiques unis, c'était l'induire en tentation de révolte ; l'aider ou simplement le laisser faire, c'était courir le risque d'une brouille avec l'Angleterre et d'un conflit avec l'Espagne. Pour conjurer le danger d'une guerre civile ou d'une guerre étrangère, elle ne voyait d'autre moyen que d'amener le Duc à renoncer de lui-même à l'expédition. C'est à cette fin qu'elle était allée le trouver à Bourgueil. L'argument dont elle attendait le plus, c'était que les rebelles des Pays-Bas réclamaient son concours sans lui offrir de récompense.

Quand Lavardin, le favori du roi de Navarre, lui avait fait confidence au Lude[9], comme le tenant de Bussy, que ceulx des Estatz.... bailleroient à son fils neuf villes, elle avait répliqué : Voire (oui vraiment) en papier. Pas même sur le papier, ainsi qu'elle put le conclure du refus de François de lui montrer leurs lettres. Après bien des pourparlers (7-9 mai 1578), elle lui fit signer l'engagement d'abandonner ses projets d'intervention à moins que tous les États ne consentissent à le faire leur Prince et Seigneur et pour cest effect à lui remectre franchement et sans aulcune feintise les principales villes et places d'icellui pais qu'ils tiennent. Auquel cas le Roi et elle promettaient de ne pas le contrecarrer et même, en attendant, l'autorisaient à entretenir 2.400 hommes de guerre sur la frontière de la Normandie (9 mai)[10].

Pour l'assagir, elle pensait bourgeoisement à le marier. Elle lui expédia le maréchal de Cossé, l'un des chefs des politiques, avec un mémoire où elle passait en revue les princesses de la chrétienté qu'il pouvait épouser. Il y en avait quelques-unes qu'elle ne citait que pour mémoire : la fille d'Auguste, électeur de Saxe, un prince mal disposé pour la Maison de France et qui d'ailleurs, étant un luthérien, ne saurait empêcher la formation des armées allemandes d'invasion, en général calvinistes ; — la princesse de Clèves dont le père, ayant un fils malsain et deux autres filles mariées, pourrait donner le pais de Gueldres, mais peut-être pas tout de suite, et d'ailleurs la Gueldre était bien loin ; — la princesse florentine, qui n'aurait pour tout apport que de l'argent. Mais elle recommandait une autre Italienne, la fille du duc de Mantoue. Outre qu'elle était fort belle, elle recevrait peut-être en dot le Montferrat, et le Montferrat joint au marquisat de Saluces dont le Roi gratifierait le Duc en le mariant, constituerait à celui-ci un bel Etat, qu'il pourrait agrandir grâce aux alliances de sa femme avec tous les princes et potentats d'Italie, surtout advenant la mort du roi d'Espagne qui était avancé en age et moribond[11]. Mais le parti de beaucoup le plus avantageux serait une des infantes, si Philippe II bailloit à son gendre la Franche-Comté et s'engageait à lui céder en échange les Pays-Bas ou le duché de Milan dès qu'il aurait des enfants, te qui veut dire des garçons dans la langue de Catherine. Henri III et elle embrasseront même fort volontiers l'idée d'un mariage avec la sœur du roi de Navarre[12].

De tous ces projets le plus tentant était une pure chimère. La Reine-mère pouvait-elle croire que le roi d'Espagne, qui avait tant de fois repoussé ses combinaisons matrimoniales avec ou sans dot, consentirait maintenant à établir un de ses fils et ferait à ce prince français la part d'autant plus belle que la naissance d'un petit-fils lui aurait fait perdre à lui-même toute chance de ravoir le bien dotal. Au vrai, elle cherchait à désarmer le Duc, en lui faisant entrevoir l'espérance d'obtenir gratuitement ce qu'il aurait de la peine à se procurer par force. En désespoir de cause, elle alla le trouver à Alençon avec la reine de Navarre et fit un dernier effort pour l'arrêter (fin juin). Henri III, de loin, jouait même jeu. Il lui proposa d'échanger les terres de son apanage voisines de Paris, Meulan, Mantes, Château-Thierry, etc., contre le marquisat de Saluces, offrant, pour élargir cette principauté d'outremonts, de négocier avec le pape la cession d'Avignon et du Comtat Venaissin et promettant de le marier avec une infante ou avec la princesse de Mantoue et de travailler, quand il en aurait les moyens, à son agrandissement en Italie et en toutes les autres occasions où il verrait que ce sera pour sa grandeur et advancement[13]. Il mettait tant de conditions à son assistance et escomptait si légèrement la complaisance du pape et du roi d'Espagne que, chance pour chance, le duc d'Anjou aima mieux tenter celle d'une conquête aux Pays-Bas ; il poursuivit ses armements, Henri III protesta dans toutes les Cours de sa bonne volonté impuissante et commanda aux gouverneurs et lieutenants-généraux de courir sus aux bandes qui s'autorisaient du nom de son frère[14].

Catherine, elle aussi, désavoua l'agression, assurant à la reine d'Angleterre que le Roi et elle ne désiraient rien tant que de demeurer en paix, amitie et bonne voisinance avec tous leurs voisins[15]. Elle écrivit à Philippe II le grand regret qu'elle avait des jeunese de son fils[16], mais ce n'étaient que paroles. Pouvait-on raisonnablement lui demander de risquer une guerre civile pour protéger les possessions espagnoles ? Elle ordonna, dit-on, sous main, aux gouverneurs de laisser passer les forces qui se dirigeaient vers la frontière. Le Duc répondit ironiquement au secrétaire d'État, Villeroy, qui le priait et même le pressait de renoncer à son voyage en Flandres : Je m'assure que vous ne serés des derniers à me venir trouver ; vous serés le très bien venu[17]. Au nonce, qui tout effaré alla prévenir Catherine du départ de son fils, elle aurait répondu avec humeur : Tâchez donc de le rattraper[18].

Elle ne croyait pas à une riposte du roi d'Espagne, mais elle prit à tout hasard ses précautions. Elle recommanda au surintendant des finances, Bellièvre, d'assurer le paiement des 500.000 livres destinées aux Suisses et de pourvoir à la solde des garnisons de Piedmont et Ytalie ainsi qu'à l'entretien des citadelles villes et forteresses de deça[19].

Mais la meilleure sauvegarde contre une attaque, c'était l'union du royaume. Catherine résolut d'aller pacifier le Midi, qui était de toutes les régions de la France la plus troublée par les haines religieuses, les conflits des ordres, les agitations sociales, les habitudes d'indépendance des gouverneurs et les velléités absolutistes d'un monarque sans volonté. Henri III, à qui Damville restait suspect malgré ses services récents, le poussait à se démettre du gouvernement du Languedoc, lui proposant en échange celui du maréchal de Bellegarde : Saluces et les pays d'outremonts. Damville avait refusé l'offre et Bellegarde, qui s'était trop pressé de résigner son commandement, s'étonnait que le Roi différât de l'y rétablir. Il méditait d'y rentrer de force avec l'aide du chef des réformés dauphinois, Lesdiguières, la connivence du duc de Savoie et l'argent des Espagnols du Milanais. Les lieutenants de Damville, Châtillon, gouverneur de Montpellier, fils de Coligny, ardent huguenot, qui ne lui pardonnait pas sa défection dans la dernière guerre, et le capitaine Parabère qui tenait la ville et la citadelle de Beaucaire et voulait s'en rendre maitre, profitaient des mauvaises dispositions de la Cour pour s'insurger contre leur chef[20]. Des bandes huguenotes que la paix laissait sans emploi commettaient en Languedoc tant de pilleries et de meurtres qu'un seul de leurs capitaines, Bacon, avait, disaient les États de la province, volé pour plus de cent mil escus et fait espandre tant de sang innocent qu'il n'est pas creable que Dieu n'en veuille tirer vengeance[21].

En Provence, le parti des Communautés de villes, ou, comme on disait, les Razats (les Rasés), que soutenait le Parlement d'Aix, était en lutte avec le comte de Carcès, chef de la noblesse. Le comte de Suze, que le Roi avait nommé à la lieutenance générale, ne savait se faire obéir ni des uns ni des autres. En Dauphiné, les divisions entre réformés et catholiques s'aggravaient d'un conflit entre le tiers état et la noblesse sur la question de la taille et de vagues aspirations de nivellement social parmi les paysans.

De la Guyenne au Dauphiné, les chefs protestants restaient en armes, et, sous prétexte ou pour la raison que la paix de Bergerac ne serait pas appliquée, ils refusaient, malgré leurs engagements formels, de restituer les places fortes qu'ils avaient occupées pendant les deux dernières guerres. Le roi de Navarre se plaignait de n'être gouverneur de Guyenne qu'en titre et accusait le maréchal de Biron, lieutenant général de la province, de n'agir qu'à sa guise ou par ordre de la Cour, sans le consulter jamais. Il réclamait, non par amour, mais par dignité, sa femme, qu'Henri III, depuis sa fuite, retenait comme une sorte d'otage.

Catherine décida son fils à laisser partir Marguerite et elle partit avec elle pour travailler à la réconciliation des partis et à la pacification du royaume.

Elle était assistée d'un secrétaire d'État, Pinart, et de conseillers du Roi, choisis parmi les plus capables : Saint-Sulpice et Paul de Foix, celui-ci ancien ambassadeur à Rome, et celui-là en Espagne, et Jean de Monluc, l'heureux négociateur de l'élection de Pologne. Le cardinal de Bourbon l'accompagnait et le duc de Montpensier la rejoignit en cours de route. Sa vieille amie, la duchesse d'Uzès, la jeune duchesse de Montpensier, la princesse douairière de Condé lui tinrent quelque temps compagnie. Elle emmenait, entre autres dames et demoiselles d'honneur, Atri, une Italienne, Dayelle, une Grecque, et l'ensorceleuse Mme de Sauve. C'était une Cour de France en raccourci qui allait refaire en sens contraire, et pour les mêmes fins de consolidation monarchique, le grand tour de France entrepris en 1564 après la première guerre de religion.

De Bordeaux, une de ses premières étapes, elle écrivait à Bellièvre, son homme de confiance, d'empêcher à tout prix, c'est-à-dire en y mettant le prix, une invasion de Jean Casimir ; elle, de son côté, s'efforcerait de lever le roy de Navarre et ceulx de sa religion ors (hors) de defiense en quoy l'on lé met que le Roy les veult tous ruyner. Ainsi, en ôtant à Casimir la tentation de venir et au roi de Navarre celle de l'appeler, on éviterait l'orage. Velà pourquoy je panse fayre ysi plus de service au Roy et au Royaume que de ne luy cervir auprès de luy que de dire (que je ne pourrais lui servir en disant) un mauvés avis. Un mauvais avis ! Elle veut dire un bon avis qui ne serait pas agréable. On a l'impression que, parmi les raisons de s'éloigner, il y en a une qu'elle ne dit pas : celle de regagner, à force de dévouement, la confiance et l'affection de son fils quelque peu altérées par les désaccords des derniers temps. Elle se disait résolue à ne repartir du Midi, où elle venait d'arriver, qu'après y avoir rétabli la paix. Je playndré infiniment ma pouine (peine) d'estre ysi venue et m'an retourner corne un navire désanparé et set (si) Dieu me fayst la grase de fayre cet (ce) que je désire, j'espere que cet royaume cet santiré de mon traval (se sentira de mon travail) et que le repos y dureré[22] (durerait, durera). Un de ses premiers actes fut la dissolution d'une confrérie qui, groupant les catholiques zélés de Bordeaux, attisait leur fanatisme[23]. Quelques jours après, en la salle de l'évêché d'Agen, elle harangua fort grand nombre et des plus grands de la noblesse de Guyenne sur les occasions de sa venue. La première était que Dieu ayant fait la grâce au Roi de mettre fin à la dernière guerre par la paix qu'il avait donnée à ses sujets, il (le Roi) vous prie par moy... d'embrasser de cœur et d'affection l'union à laquelle je vous appelle. L'autre occasion... a esté pour mener sa sœur, ma fille, au Roy de Navarre, lequel il aime, tient et estime pour son proche parent et allyé ; il le vous a baillé pour son lieutenant en ceste Guienne et vostre gouverneur, veult et entend que vous luy obéissiez comme vous estant donné de luy, espérant qu'il sera tousjours bien avecques luy, le recognoistra pour son Roy et vous traictera comme ses subjectz. Elle leur recommandait en leurs doutes et leurs difficultés de recourir à sa fille, qu'elle avait cherement nourrye et instruicte à honnorer et recognoistre le Roy son frère, laquelle y pourvoirait pour leur bien et conservation selon qu'elle sçait estre de la vollunté du Roy son frère. Et solennellement elle protestait que s'il advenoit (ce que Dieu ne veuille et que je ne pourroys jamais penser) qu'elle eust aultre intencion et moy mesure quand Dieu n'oubliroyt (lire m'oublierait) tant que d'estre envers le Roy qui est le vostre et le myen aultre que je ne doibtz, je vous prie ne vous (nous) tenyr ne elle [ne] moy pour ce que nous sommes et me préférer le service de vostre Roy à toutes autres considérations[24]. C'était se proclamer, elle et sa fille, déchues, en cas de désobéissance, des privilèges de leur rang pour faire mieux sentir à ces gentilshommes la vertu de la fidélité.

Le roi de Navarre était allé au-devant de sa belle-mère et de sa femme jusqu'à La Réole. La première entrevue fut cordiale[25]. On se mit facilement d'accord sur le principe : observation de l'Édit de Poitiers et du traité de Bergerac, restitution des places fortes indûment occupées. Mais quand il en fallut venir à l'application, les difficultés commencèrent. Les protestants détenaient plus de deux cent neuf villes, villettes ou châteaux forts, dont ils ne voulaient pas se dessaisir[26]. Le roi de Navarre était disposé à exécuter loyalement les articles de la paix et il savait bien pour quelles raisons très intéressées tant de capitaines huguenots, et par exemple Merle, qu'il qualifiait de larron, se montraient si difficiles. Mais il devait compter avec son parti, qui était ardent et soupçonneux, et lui-même n'était pas sans griefs et sans rancunes. Quand il se trouva en présence du maréchal de Biron, il lui parla plus brusquement, écrit la Reine-mère, que nous ne pensions, ma fille et moi, dont ledict sieur mareschal monstra d'estre fort en collere. Les deux Reines et le cardinal de Bourbon eurent de la peine à les accorder tellement quellement[27], c'est-à-dire plutôt mal que bien. Catherine appréhendait par-dessus tout que son gendre, dont elle mésestimait l'intelligence et le patriotisme, ne s'entendît avec le roi d'Espagne par peur du roi de France. Elle n'était pas trop surprise qu'il eût envoyé un de ses serviteurs les plus confidents, Clervant, à Casimir. Mais elle se préoccupait beaucoup d'une lettre qu'il avait écrite à D. Sancho de Leyva, vice-roi de la Navarre espagnole, et des visitations qu'il avait envoyé faire en Espagne[28]. Elle avait hâte de couper court à toutes ces trames par une prompte paix.

Mais des deux parts on perdait le temps à chercher un lieu de rendez-vous qui ôtât les défiances. Catherine, impatientée, alla s'installer à Auch, où son gendre finit par la rejoindre. Les pourparlers commencèrent parmi les fêtes et les plaisirs. Les dames et les demoiselles d'honneur négociaient à leur façon. Mais, loin d'encourager cette diplomatie galante, la Reine-mère, affirme Marguerite sa fille, en montrait de l'humeur, persuadée que son gendre, très épris de Dayelle, et les gentilshommes huguenots qui avaient pareilles attaches tiraient les affaires en longueur pour voir plus longtemps ses filles[29]. Des coups de main interrompaient la trêve. Un soir, pendant le bal, un courrier vint dire au roi de Navarre à l'oreille que les catholiques avaient surpris La Réole (mi-novembre). Sans rien laisser paraître de ses-sentiments, il avertit Turenne, son meilleur lieutenant, s'esquiva du bal avec lui et alla se saisir de Fleurance, petite ville catholique. Catherine ordonna de rendre La Réole aux protestants.

Ce fut seulement le 3 février 1579 que commencèrent à Nérac les discussions sérieuses. Les députés des Églises, après s'être fait attendre plusieurs. mois, étaient enfin arrivés. Ils réclamèrent, contrairement aux articles de Bergerac, le libre exercice du culte dans tout le royaume et l'octroi d'environ soixante places de sûreté. Paul de Foix, Saint-Sulpice, le cardinal de Bourbon s'élevèrent contre cette prétention. Mais les députés tinrent ferme sur la question des lieux de refuge, alléguant, écrit Catherine à Henri III, une seule raison, qui leur a esté par infiniz aultres solue (réfutée)... que sans la retraite qu'ils eurent à La Rochelle lors de la Sainct Berthèlemy, ilz estoient tous perdus, commes les aultres qui moururent en ce temps là[30]. Lorsqu'ils eurent épuisé cet argument, ils allèrent trouver la Reine-mère un soir à son souper et lui demandèrent congé. Outrée de colère qu'ils lui eussent fait perdre le temps sans intention de conclure, elle leur parla royallement et bien hault jusques à leur dire que [elle] les feroit tous pendre comme rebelles ; sur quoy la reyne de Navarre se mist en devoir d'appaiser le tout, mesme plura (pleura) suppliant sa Majesté de leur donner la paix[31]. La délibération continua. Catherine présidait les débats et y intervenait souvent, discutant, marchandant, lâchant les concessions une à une. Les conseillers du Roi tombaient de fatigue ; un jour Monluc se trouva mal ; un autre jour Paul de Foix dut sortir pour gagner son lit. Elle ne paraissait jamais lasse et, dans l'intervalle des conférences, elle faisait venir ses adversaires les plus intraitables et peinait à les convaincre.

Ses arguments, ses caresses, l'intervention de Turenne et du Roi de Navarre qui, eu égard aux événements des Pays-Bas, n'avaient pas intérêt à rompre, amenèrent les intransigeants du parti à rabattre de leurs prétentions. Ils n'obtinrent que quatorze places de sûreté et seulement pour six mois (convention de Nérac, 28 février 1579)[32].

Tout en négociant avec Henri de Bourbon et les réformés, Catherine dirigeait du fond de la France les grandes affaires du royaume et les relations avec les puissances étrangères. Le Roi, à Paris ou dans les environs, légifère,. règle son conseil, crée des taxes nouvelles ou aggrave les anciennes. Il institue l'Ordre du Saint-Esprit, en rédige les statuts et en fixe minutieusement le costume. Il pèlerine à Notre-Dame de Chartres pour avoir des enfants, danse en ville avec la Reine deux fois la semaine, ou villégiature à Ollainville, une jolie résidence dont il a fait cadeau à sa femme. La Reine-mère, à Bordeaux, Agen, Port-Sainte-Marie, Auch, Toulouse, Nérac, travaille à lui procurer la paix. Elle se déplace sans cesse, malgré son catarrhe et ses rhumatismes, campe dans les grandes et les petites villes ou les châteaux. Elle traite ou correspond avec les protestants, avec les catholiques, avec les parlements, les gouverneurs, le clergé, la noblesse, les communautés, avec tout ce qui a une influence et peut la servir en son œuvre. Elle s'entremet auprès de son fils en faveur de Damville, qui s'inquiétait des dispositions de la Cour[33]. Elle conseille à Henri III d'empêcher Châtillon de secourir le capitaine rebelle de Beaucaire ; elle fait intervenir le roi de Navarre comme chef du parti protestant à même fin. Elle voit le gouverneur du Languedoc à Toulouse et achève de le rassurer.

Elle a une police très bien faite, qui l'avertit de tous les remuements ; elle arrête les courriers, lit les lettres, écoute ou sollicite les confidences. Elle sait que les brouilleurs de provinces ont des intelligences dans la région de Toulouse et qu'ils ont délégué quelqu'un à Paris pour se mettre en rapport avec les émissaires de Bourgogne et de Normandie[34]. Elle ne craint pas à l'occasion d'ouvrir une dépêche de l'ambassadeur de France à Madrid pour savoir plus vite le secret des intrigues espagnoles et y aviser[35]. Il n'est, écrit-elle à Henri III, heure du jour ny de la nuict... que je ne pense aux moiens necessaires pour remédier doucement aux mauvaises délibérations et praticques[36].

Elle proposait au Roi, quelquefois sur sa demande, et le plus souvent d'elle-même, les mesures propres à calmer l'agitation ou à la prévenir. Elle constatait que les innovations fiscales soulevaient presque jusqu'à la révolte les peuples surchargés. La plupart des États provinciaux demandaient que les impôts fussent réduits aux chiffres du temps de Louis XII. Les Méridionaux protestaient avec pour le moings aultant de vehemence que les Normands, étant gens plus chauds et coleres[37]. Les Bretons avaient intelligence en aucunes provinces de ce royaume et mesure du costé d'Angleterre pour y avoir secours quant l'occasion s'en presentera. Ils ne voulaient ni payer l'imposition foraine ni souffrir de garnisons royales dans leurs villes, les États du pays s'estant... tous resoluz d'une vive voix de s'y opposer par voye de fait s'ils y sont contraints et d'y exposer vie et biens[38].

Ne serait-il pas possible, suggérait Catherine, de gratifier la Bretagne de quelque allégement pour calmer cette grande crierie[39] ? Elle était aussi d'avis de retirer les édits soumis à la vérification du Parlement, et qui provoquaient tant de colères. L'imposition foraine, elle veut dire évidemment la traite foraine domaniale, cette surtaxe prélevée sur les vins et les blés à la sortie du royaume, frappait les pays agricoles et particulièrement la noblesse du Midi, dont les terres étaient toutes plantées en vignes et en blé.   Elle avait bien représenté aux gens de Guyenne et du Languedoc, que ce qui s'en prend n'est que sur l'estranger [acheteur] et que les deniers sont destinés pour le paiement de ce qui est deu, pour les guerres passées, aux Suisses dont l'alliance est si nécessaire. Mais ils répliquaient qu'ils n'ont aulcun moyen de faire argent et joyr de leur revenu que par le débit de leurs bledz et vins. Aussi elle prie son fils de prendre une bonne resolution pour les costez de deça et prendre en bonne part ce qu'elle lui en dit[40].

Il y a en outre des taxes dont ceux qui les lèvent ont tout le profit. Le Roi, qui n'en touche rien, ne pourrait-il pas les supprimer ? Le clergé s'indigne des aliénations et refuse de payer les décimes. De sa propre autorité, elle fit surseoir aux poursuites, qui ruinaient les ecclésiastiques en frais de justice. Elle craignait les inspirations de la colère et de la misère. Elle ne cessait pas de recommander de modérer toutes choses[41]. Elle se réjouissait que son fils eût consenti une réduction de moitié sur les nouvelles traites et impositions foraines, car si,d'une part, il n'y a aultre meilleur moyen pour satisfaire aux Suisses que par celuy de cesdictes traites et impositions foraines e, d'autre part il faut principalement en ce temps aller retenu et avoir aussy beaucoup de considérations avant que presser telles nouvelles subventions[42]. Comme elle sait Henri III ombrageux et susceptible, elle n'aborde certains sujets qu'avec beaucoup de précaution. Il en voulait à son frère de compromettre la sécurité du royaume par l'invasion des Flandres. Elle avait fait de son mieux pour détourner le Duc de cette aventure et ne s'y était résignée que pour éviter un plus grand mal. Mais quand la nouvelle lui vint, au cours de son voyage, que le roi de Portugal, D. Sebastien, avait été tué dans une bataille contre les Maures (Alcazar Kebir, août 1578), laissant pour successeur un vieillard décrépit, le cardinal Henri, elle jugea que Philippe II, fils d'une infante portugaise, aurait tellement à cœur de réaliser l'unité politique de la péninsule hispanique, ce rêve de ses prédécesseurs, en s'assurant cet héritage, qu'il y emploierait le meilleur de ses forces et se bornerait à se défendre aux Pays-Bas. Elle imagina même, pour avoir l'occasion d'intervenir à son heure dans les affaires du Portugal, de poser sa candidature à la succession du Cardinal, sous prétexte que trois siècles auparavant une princesse de sa famille maternelle, Mathilde, comtesse de Boulogne, avait été la femme — la femme répudiée et sans enfants — d'un roi de Portugal. Probablement l'idée lui vint qu'elle pourrait troquer sa prétention, qui n'était pas petite, du moins elle le croyait[43], contre d'avantageuses compensations.

Le succès des armes françaises dans les Pays-Bas pouvait donner quelque consistance à cette thèse légère. Mais elle n'osait pas conseiller directement au Roi, dont elle savait les dispositions, de soutenir le duc d'Anjou. Ce fut sous le couvert d'un entretien avec le maréchal de Biron qu'elle glissa l'insinuation. Biron lui avait représenté les méchants desseins de Philippe II contre le royaume, et entre autres sa proposition au roi de Navarre de faire ligue contre Henri III, avec le concours certain des princes de la Jarmanie (Germanie), et il avait conclu qu'aussitôt la paix assurée au dedans, il fallait déclarer la guerre au roi d'Espagne ; qu'il n'y avait rien à craindre et beaucoup à espérer, que de cette façon le duc d'Anjou serait s'obligé e et occupé. Vous prendrez en bonne part, monsieur mon fils, ajoute-t-elle en manière d'excuse, que je vous represente mot pour mot tout ce qui s'est passé entre luy (Biron) et moy[44].

Un mois après elle s'enhardit. Elle louait le Roi d'avoir parlé, comme il l'avait fait, à Simier, que le duc d'Anjou lui avait dépêché pour lui dire les offres qu'il avait reçues, probablement des États généraux des Pays-Bas et du prince d'Orange. Il ne se pouvoit mieux ni plus prudemment et à propos respondre.... pour vostre dignité et pour conserver vostre amytié avec le roy d'Espagne. Mais elle le suppliait de gratifier son frère en tout ce qu'il pourrait honnestement, sans toutefois en faire démonstration[45]. Elle ne se départ jamais avec lui de ces ménagements. Elle résout tout et cependant affecte de le consulter en tout. Elle ne prend pas une décision sans l'en prévenir et sans lui demander son approbation. Elle le tient au courant de ses négociations, de ses conversations, de ses déplacements, de sa santé. Elle raconte ce qu'elle a dit et ce qu'on lui a dit avec une telle abondance de détails ; elle rapporte si exactement les débats et les entretiens ; elle fixe avec tant de bonheur la physionomie, le caractère, les façons et l'humeur des gens avec qui elle traite, qu'on croit entendre les propos et voir les personnes. C'est une histoire complète, fidèle et vivante de ce g -and voyage de pacification, et c'est un document capital pour la connaissance de Catherine orateur, diplomate, écrivain.

Quand elle s'aperçut que le règlement des affaires du Midi, au lieu de durer deux mois, comme elle l'avait espéré, s'allongeait indéfiniment et qu'elle put craindre l'effet de l'absence sur l'affection de son fils, elle laissa ou fit partir pour la Cour la duchesse d'Uzès, une amie de toujours, spirituelle, intelligente, qui avait côtoyé comme elle l'écueil enchanté de la Réforme et qui, comme elle, avait pris à temps le large. C'est la Duchesse qui, lors de la rencontre de Théodore de Bèze et du cardinal de Lorraine, quelques jours avant le colloque de Poissy, s'était tant moquée des apparentes concessions du Cardinal au ministre de Genève sur la question de la Cène : Bonhomme aujourd'hui, mais demain ? Turenne, le roi de Navarre et le prince de Condé ne lui en auraient pas fait davantage accroire sur le désintéressement de leur zèle religieux. Elle est la seule personne à qui Catherine ait écrit avec tant de confiance, d'abandon, de bonne humeur et de bonne grâce railleuse. Elle lui annonçait, après son départ, l'arrivée à Nérac des députés des Églises, dont quelques-uns étaient gentilshommes. Mais, dit-elle, ils ressemblent tous à des ministres ou des oyseaulx que vous savés, car ysi je ne les auserès (oserai) nomer par leur nom, mais vous m'entendés[46]. Un des chefs réformés, probablement Chaumont-Quitry, s'étant emparé des chevaux de la Duchesse, Catherine s'amuse de l'embarras de son amie. ... L'oiseau qui les a volés, s'an va cheu luy en Normandie. Je croy qu'il enn avoyt affayre pour son voyage[47]. Ce vol de chevaux et la comparaison des huguenots avec les oiseaux nuisans reviennent plusieurs fois, mais toujours sur un ton de plaisanterie, sans aigreur ni colère. En Languedoc et en Provence : N'i a pas... faulte de oiseaulx nuisans. Set (si) avyés encore de bons cheveaulx, y (ils) les ayment ausy byen que ceulx qui vous prindre (prirent) les vostres, o (au) reste fort.jeans de bien et denset (qui dansent) bien la volte[48]. Elle décrit agréablement le pays. Voici le mois de mars dans la région toulousaine, printemps trop chaud à son gré. Et vous aseure qu'il n'y fest pas plus pleysant que quant en partistes, et les oiseaulx ne vole plus, car la seyson ayt fort avensaye, car dejea les feves sont en floyr (fleur) et les aumende (amandes) dure, les serice (cerises) groce ; nous sommes à l'esté, mais qu'il ne pleust pas cornent yl faist (probablement, sauf qu'il ne pleut pas l'été comme il pleut maintenant)[49]. Le temps change soudain et elle raille l'enthousiasme de Louise de Clermont pour ce Midi où elle avait ses terres : Vous aystes au plus venteulx peys et froit ; n'enn fète plus feste deu chault du Languedoc[50]. On a vu plus haut le rapprochement si drôle des cerveaux et des brusques variations de température du Dauphiné. Elle plaisante sur ses misères physiques, son catarrhe, qui a dégénéré en sciatique et qui l'oblige, comme le maréchal de Cossé, à monter en un petit mulet pour me promener aultant que je volès ; je croy que le Roy ryra, mès qu'yl me voye (quand il me verra) promener aveques luy comme le maréchal de Cosé.... Vous avés la chère (la chaise à porteurs) et moy le mulet car je ayrne myeulx aler louyng (loin)[51]. Elle a la passion du mouvement,

Mais sans aucun doute ce n'est pas pour lui écrire ses impressions de voyage que Catherine s'est séparée de cette confidente. Elle la prie, aussitôt qu'elle aura vu le Roi et la Reine, de lui donner de leurs nouvelles[52]. L'ambassadrice remplit à sa satisfaction le rôle qu'elle lui destinait : Je suys bien ayse, lui écrit-elle, que [vous] gouvernés le Roy, la Royne, son frère et le Conseil ; tenez moy en leur bonnes grases[53]. C'était sa grande préoccupation. Quand elle se crut, faux espoir, à la veille de rentrer à Paris, elle l'interrogeait avec un peu d'inquiétude : Mendé moy cet (si) je suys la bien reveneue et sovent de toute novelle, du Roy surtout et de la Royne et set (si) mon fils (le duc d'Anjou) c'et (s'est) governé sagement[54]. Elle ne reçoit pas de lettre et le lui reproche affectueusement. Je ne sé que panser, car vous n'estes pas encore d'eage de haublyer rien de cet que aimez[55]. Elle ne se plaint que de vivre loin de ce fils qui lui représante mary, enfans et amy[56].

Le travail ni la fatigue ne lui pèsent. Elle n'était pas encore au bout de ses chevauchées qu'elle pensait à une traversée. Pour ajouter un nom de plus à la liste déjà longue de ses prétendants et aussi pour avoir le droit de suivre de plus près les affaires des Pays-Bas, Élisabeth affectait de n'être pas insensible à la recherche du duc d'Anjou. Mais elle voulait le voir avant de se décider — sans promettre de se décider. L'Union des dix-sept provinces n'avait pas survécu à la mort de D. Juan d'Autriche (2 octobre 1578) et à la place s'étaient formées deux ligues ennemies, l'une calviniste, l'Union d'Utrecht, et l'autre catholique, l'Union d'Arras (janvier 1579). Le nouveau gouverneur général, Alexandre Farnèse, duc de Parme, avait profité de la scission. Il avait traité avec l'Union d'Arras et ramené à Philippe H, par d'habiles concessions, la moitié des Pays-Bas. Le duc d'Anjou, abandonné parles provinces qui n'avaient pas lié franchement partie avec lui, et ne recevant aucun secours de son frère, avait été forcé de rentrer en France, et il y revenait aigri et humilié[57]. La mère s'était aussitôt entremise entre ses deux fils. Au Duc, elle affirmait que le Roy l'ayme et qu'il luy aydera en tout ce qu'il pourra à luy mettre une couronne (celle d'Angleterre) sur la teste[58]. Elle avait un si grand désir de le détourner des affaires de France et de l'occuper ailleurs que, sans être du tout convaincue de la sincérité des avances anglaises[59], elle ne laissait pas de lui conseiller d'aller en Angleterre faire sa cour à Élisabeth et lui assurait gravement qu'il en reviendrait content, car elle (la Reine) sayt bien le tort qu'elle se feroit d'abuzer le frere d'un si grand roy, comme le grand Roy de France[60]. Elle parlait de passer elle-même la mer pour aller négocier le mariage. Ma comere, écrit-elle à la duchesse d'Uzès, encore que nostre heage (âge) soiet plus pour set repouser (se reposer) que pour feire voyage, si ese (si est-ce) qu'yl en fault encore feire un ean Engletere[61]. Aucun effort ne lui coûtait pour soustraire le Duc aus mauvés consels et à ceulx qui ont plus d'enbition que de proudomye (prud'homie).

Quand elle apprit qu'il était arrivé subitement à Paris le 16 mars et que le Roi et lui vivaient au Louvre et couchaient ensemble en grande concorde et amitié fraternelle. C'est, écrivait-elle à son amie, une plus grent joye qu'elle ressentit yl i a longtemps[62].

Mère heureuse — et elle l'était à ce moment — elle se louait de sa fille, la reine de Navarre, qui l'avait bien secondée dans ses négociations. Elle la présenta le 5 mars à la noblesse catholique de Guyenne, comme une autre elle-même, qu'elle chargeait de faire exécuter les articles de Nérac. Elle sera tousjours protectrice des catholiques, leur dit-elle, prendra vos affaires en mains et aura soing de vostre conservation ; adressez-vous à elle et asseurez-vous qu'elle y apportera tout ce que vous pourriez desirer[63]. Elle la croyait ayxtrémement bien aveques son mari et se faisait illusion, sinon sur sa bonne volonté, du moins sur sa puissance à bien servir le Roi son frère[64]. Elle était contente d'elle-même. Elle pense avoir à Nérac achevé l'œuvre de l'édit de Poitiers ; elle a paru aux États du Languedoc, assemblés à Castelnaudary (avril), et elle en a obtenu les subsides demandés. Malgré quelques incidents fâcheux : surprises de places et de châteaux par les protestants ou les catholiques, duel de Turenne et de Duras, qui faillit mettre aux mains les gentilshommes des deux religions, elle se persuade qu'elle laisse la Guyenne en paix, comme si l'expérience ne l'avait pas convaincue de la vanités des écritures.

Elle dit adieu à sa fille et à son gendre (mai 1579). Marguerite, infiniment attristée de cette séparation, s'est enfermée toute seule en une chambre où elle a fort pleuré[65]. Mais Catherine, bien que sa fille lui fît grand pitié, se consola vite, trop vite, à la pensée qu'après neuf mois et demi de séparation elle verrait bientôt (en quoi elle se trompait) le Roi son fils. Elle traversa le Languedoc méditerranéen, évitant le rebord des Cévennes, qu'infestaient les bandouliers, et la plaine où sévissait la peste, toujours gaie, malgré sa sciatique, le voyage à dos de mulet et deux nuits passées sous la tente entre les étangs et la mer[66]. Elle obtint par argent ou menace la soumission de Bacon et d'autres capitaines larrons. Elle cueillit au parcage l'hommage de Montpellier, la cité huguenote, s'avançant le long des murailles jusqu'à la porte par un chemin bordé d'arquebusiers, et si étroit que le bout des arquebuses touchait presque à son chariot. Les consuls, en robes rouges et chaperons, vinrent au-devant d'elle avec toute humilité, et le peuple même, admirant son courage, montra quelque peu plus de bonne volonté qu'elle n'espérait (29 mai)[67].

De Beaucaire, sa dernière étape en Languedoc, où elle arriva le 30 mai, elle poursuivit les négociations qu'elle avait engagées, de loin, en Provence. Elle y avait fait nommer gouverneur, malgré les préventions du Roi, le bâtard de son mari et de lady Fleming, Henri d'Angoulême, dont elle vantait l'habileté et le zèle. Tout d'abord elle s'imagina, tant les partis déclaraient de bonne volonté à lui obéir, qu'ils ne l'arrêteraient pas longtemps[68]. Elle rabroua fort l'ancien gouverneur, le comte de Suze, qui s'excusait de son insuccès sur le manque de forces .... Et en sela, écrit-elle au Roi, yl ne fault qu'i (qu'il) cet plaigne que d'avoyr creynt ceulx qu'i falloyt qu'il fist creyndre (si ce n'est d'avoir craint ceux de qui il fallait qu'il se fît craindre) et elle ajoutait fièrement : car de moy (quant à moi) [je] n'ay forces que vynt (vingt) cornettes, quy ne sont que de satin noyr — c'étaient les cornettes de ses dames et demoiselles — mès je m'aseure bien de vous fayre haubéyr et que je leur fayré plustost peur et mal, je antemps (j'entends) par la joustise, qu'ils n'auront la puysance de me fayre sortir, car vous y serés le mestre et haubéy aultant que Roy y feust jeamés[69]. Mais la pacification n'alla pas aussi vite qu'elle l'espérait. Elle fut obligée de pousser jusqu'à Marseille pour faire sentir sa main de plus près. Les Razats, parmi lesquels il y avait des huguenots, roturiers ou nobles, avaient pris Trans (23 mai 1579) et massacré le châtelain, qui était le gendre du comte de Carcès, et la garnison ; les Carcistes, que commandait Hubert de Vins, arrivés trop tard au secours de la place, pillèrent et tuèrent en représailles tout à l'entour[70]. Catherine, par déclaration délibérée dans le petit Conseil qui l'assistait, ordonna aux Razats comme aux Carcistes de poser les armes, ne consentant qu'à cette condition à les recevoir et les entendre. Elle obligea de Vins à licencier ses soldats, Corses, Italiens et Albanais ; les Razats, à ramener à Toulon et Antibes l'artillerie qu'ils y avaient prise[71]. Alors elle manda auprès d'elle, à Marseille, les chefs et les représentants des deux partis. Dix-huit villes envoyèrent de nombreux députés, à qui s'étaient joints entre autres gentilshommes, le chevalier d'Oraison et le baron des Arcs. Devant la Reine et ses conseillers, leur avocat, un jeune Angevin, habitué (établi) à Aix, chargea de Vins et ses gens de guerre des meschancetez les plus inhumaines, vilaines et exécrables que l'on sçauroit jamais penser, de façon que chascun en avoit horreur, c'est Catherine qui le dit. Carcès demanda la communication écrite des faits allégués pour y répondre[72]. Mais il faut croire que sa défense n'était pas facile, car il craignait d'être arrêté et ne trouvait jamais suffisantes les garanties qu'on lui offrait. II se faisait recommander par le duc de Mayenne, frère du duc de Guise, dont la présence en ces quartiers, quoiqu'elle s'expliquât par la cession du comté de Tende au duc de Savoie, ne lassait pas d'inquiéter la Reine-mère[73]. Il alla se plaindre aussi à Henri d'Angoulême que tout le monde inclinoit aux Razats[74]. Les Razats à leur tour, prenant grande jalouzye de cette entrevue, demandèrent que le gouverneur changeât ses serviteurs domestiques et prît d'Oraison pour lieutenant. Ils voulaient que tous les délinquants, sans acception de parti, fussent jugés et punis. Le parlement d'Aix montrait même passion de justice. Mais, écrivait Catherine, c'est chause si malaysaye (malaisée) que je suis après an fayre fayre une partie et le reste un beau pardon general et fayre amis toute la noblesse [ce] qui est le principal[75]. Henri III, tout en laissant sa mère libre d'agir, écrivait à Villeroy, son confident : Je voudrois que Vins feust pendeu et M. de Carces ausy. Les Razats, après avoir accepté le compromis de la Reine-mère, revinrent à leur première intransigeance et repoussèrent le projet d'amnistie. Catherine constatait mélancoliquement que les furyes et rages de ce pays-là étaient encore plus grandes que nul aultre des pais où elle avait passé[76]. Henri d'Angoulême, découragé, parlait de se retirer et elle-même écrivait à son fils que si elle n'était pas sa mère elle serait déjà bien loin[77]. Mais elle se ressaisissait vite. Elle remontra aux Razats qu'elle avait ordonné au gouverneur de composer sa compagnie de Français et de Gascons, e qui ont aussy bien de la teste qu'eux e, qu'il ne ferait d'ailleurs que ce qu'elle lui commanderait pour le service du Roi, et que, ne quittant pas le pays, il rendrait inutile en fait l'office de lieutenant-général que, dans une intention d'apaisement, elle avait décidé de laisser au comte de Carcès[78]. Après une scène très vive entre les chefs des deux partis en sa présence, elle parvint à leur faire jurer de garder la paix et l'ordonnance et puis les fit tous embrasser[79].

Elle croit que ceste reconciliation est si bien faicte que tout ledict pais sera dorénavant en autant de paix, repos et tranquillité comme il estoit en desordre et danger. Mais il faut que là et ailleurs le Roi fasse observer l'Édit de pacification (de Poitiers) et y tienne la main ferme. Qu'il envoie en Provence le président de Morsans, un rude justicier, qu'elle avait déjà employé, en 1564, à châtier les factieux[80]. — Qu'il délègue aussi des juges à Bordeaux. Qu'il n'appréhende pas d'appliquer le même traitement à tous les partis. Il a ordonné au maréchal de Biron de poursuivre les catholiques qui ont tenté de surprendre Langon. Pourquoi laisser impunie l'agression des protestants contre Castillonés[81] ? Il convient de demander au roi de Navarre, qui va tenir ses États de Béarn, d'accorder à ses sujets catholiques la même liberté de religion qu'il a obtenue pour ses coreligionnaires de France, et c'est un devoir de lui remontrer qu'il est contraire à l'Edit de tenir un synode à Montauban[82]. L'observation stricte de l'Édit sans acception de personnes ni de religion, c'est la meilleure sauvegarde de la paix. Les fauteurs de troubles ne manquent pas de part et d'autre ; les catholiques se prévaudraient des manquements des réformés, et les réformés des manquements des catholiques pour recommencer la guerre. Favoriser les uns ou les autres pour des considérations personnelles, refuser ici par caprice et céder là par crainte, c'est la plus dangereuse des politiques.

Elle avait à l'occasion le courage de défendre Henri III contre lui-même. Il n'oubliait ni ne pardonnait rien, aussi rancunier que sa mère, mais au contraire d'elle franc et sincère. Incapable de subordonner ses sentiments à ses intérêts, il décourageait de le servir, par antipathie, prévention ou préjugé, des hommes de mérite et de bonne volonté. Catherine se désolait de ce manque d'esprit pratique et même parfois, mais rarement, elle s'enhardissait à lui faire la leçon. Elle avait eu quelque peine à le décider à nommer au gouvernement de Provence, Henri d'Angoulême, grand prieur de France, à qui elle ne gardait pas rancune de sa naissance. Suze criait à la spoliation ; le maréchal de Retz, qui avait résigné en faveur de Suze, estimait la récompense qu'il avait reçue insuffisante. Les Carcistes dénigraient l'élu de la Reine-mère[83]. La Cour se passionnait pour ces griefs particuliers sans se préoccuper du bon gouvernement de la Provence, Henri III, qui n'aimait pas ce frère naturel, pour une raison qu'on ne sait pas ou peut-être sans raison, renvoyait à sa mère les plaintes dont il était importuné, en la priant d'y pourvoir. Elle finit par perdre patience. Elle avait, lui écrit-elle, choisi le grand prieur pour le bien de son service. Il est vrai qu'autrefois, elle lui avait conseillé de ne pas lui donner de gouvernement, mais je vous dys à ceste heure que non pas icy, mais partout où le mettrez il vous servira fidellement et bien et a de l'entendement (et m'en croyez) pour vous bien servir... enfin il est comme le petit Charles[84] et croyez qu'ils ne fauldront à mon advis ni l'ung ni l'aultre à vous estre fideiz, car ils ne peuvent ny ne sont que ce que les ferez estre. Je les vous recommande tous deulx, l'ung pour estre fils de ce que plus aymois que moy (Henri II) et l'aultre pour l'estre de son fils et du mien[85]. Je vous supplie m'excuser si j'en ay trop dict et [m'] aymer toujours. Les questions dont il s'embarrassait étaient faciles à régler. Quand au Sr. de Suze, si [vous] bailliez au fils du marechal [de Retz] les gallères (le généralat des galères), ne les voullant Suze, les six mille francs demeureroient à Suze.... Voilà mon avis vous en ferez comme il vous plaira et surtout je vous supplye que ne me les renvoyez plus (les plaintes ou les plaignants).... Une bonne abbaye au fils de Suze et tout seroit content[86]. Mais il est probable que tout le monde ne le fut pas. Et prenant la question de plus haut, la Reine-mère exposa au Roi les dangers d'une politique inconsistante, sans programme et sans suite, fluctuant au vent des sollicitations et des influences. Ces passions particulieres qui viennent de vostre Court ruynent toutes nos affayres ; et n'est plus temps de les dissimuler, car cela ne tend que à vouloir chascun avoyr ung coin de vostre royaulme. J'ayme tout le monde, mais je : n'ayme rien quand on brouille noz affayres et à la fin j'espère mettre toutes ces provinces de façon que, au lieu que l'on vous veult tenir tousjour en crainte, vous y tiendrez les aultres ; et en fault venir là ou aultrement vous ne seriez que comme j'ay esté quand n'aviez que dix ans, et, [sous] le feu Roy, vostre frère. Quand à moy, je m'asseure si commandez bien ferme et que faciez observer la paix, que vous vous verrez dans la fin de ceste année hors de paige (page) aussi bien comme disoit le Roy vostre grand pere[87] que s'estoit mis le roy Loys VIII. Et vous supplye faictes vos affayres et après contentez les aultres ; car nous avons tant voullu contenter tout le monde que [vous] en avez cuidé estre mal content. Ce qui conserve le bien de l'Estat, c'est vostre auctorité. Allez devant tout auprès[88], vous aurez moien de fayre tous ceulx qui le méritent et vous ont bien servy contens ; et à ceste heure il semble que ce soit de peur et non pour les contenter ce que vous en faictes. Pardonnez-moy, je vous parle la vérité et d'affection comme je la vous doibz (dois)[89]. Elle raisonne admirablement sur le papier.

Mais si elle se permettait quelquefois de blâmer la politique d'Henri III, elle n'avait que ménagements pour ses inclinations. Elle savait qu'il ne changerait ni de conduite ni de favoris pour lui plaire, et que l'idée même d'une intervention, si discrète qu'elle fût, dans ce domaine réservé, lui était insupportable. Les mignons succédaient aux mignons, toujours écoutés, toujours puissants, toujours bien pourvus, toujours les maîtres de leur maître. Après Quélus, Maugiron et Saint-Mesgrin, c'étaient maintenant d'O, Saint-Luc, Arques, La Valette, qui accaparaient la faveur royale, Le Roi les envoyait souvent en mission auprès de sa mère, et elle, pour lui être agréable, avait dans ses lettres toujours un compliment pour ces messagers. Elle chargeait Arques (le futur duc de Joyeuse) de lui dire de sa part beaucoup de particularités sur les affaires du Midi et le mariage d'Angleterre, sûre qu'il saurait très bien et saigement — ce sagement revient deux fois — les lui représenter. Ainsi s'était-il acquitté envers elle de tout ce que son fils lui avait commandé, dont je suis bien satisfaite et fort aize de veoir qu'il se rende sy discret et capable, comme je voye qu'il est en vos dictes affayres et services[90]. Elle avait une telle opinion de Saint-Luc, qui s'est porté très bien et dignement, qu'elle le signalait spécialement avec le grand prieur au choix du Roi. Employé lé (les) et leur fayte voyr le nombre (?) et les honneurs de ceux qui y commandet (commandent) afin que cet rendet (ils se rendent) aveques l'esperianse, ayant de l'entendement, pour vous povoyr feyre cervise, car lé vieulx s'an vont et yl fault dréser (dresser) des jeunes[91]. Quand elle n'avait pas occasion de louer le favori, elle disait du bien de leurs parents. Le sieur de La Valette, frère du futur duc d'Épernon, t s'est très dignement acquitté de la charge qu'il a plu au Roi de lui commettre auprès du duc de Savoie. Il est fort capable de tout[92]. Maugiron, lieutenant général en Dauphiné, est jugé à sa valeur maintenant que son fils est mort. Combien qu'il soit fort bon homme et très affectionné à vous, [il] n'est aussi redoubté et honoré que je desirerois en ce pays. Elle est d'avis de le faire assister (si le Roi le trouve bon) de quelques seigneurs de la province, auxquels il communiquera les grandes et importantes affaires[93]. Mais Villequier, qui est grand favori et le beau-père d'O, l'un des mignons, obtient d'elle ce témoignage que pendant qu'il a esté icy aupres de moy, j'ay, écrit-elle à son fils, receu beaucoup de consolation, aiant esté bien fort soullagée de luy par son prudent conseil et advis... m'y trouvant quazy comme si j'eusse eu le bien d'estre desja de retour auprès de vous[94]. Elle le voit partir à regret, mais puisque le Roi lui a donné à elle le gouvernement de l'Ile-de-France et à lui la lieutenance générale, il convient, aussi longtemps qu'elle sera absente, qu'il soit là bas pour tous deux. Elle veut être agréable au Roi et se faire des amis de ceux qui le possèdent.

Il lui restait à régler les affaires du Dauphiné et de Saluces. Bellegarde, las d'attendre qu'Henri III le rétablît en son gouvernement, y était rentré avec les forces que Lesdiguières lui avait fait passer et celles qu'il avait levées avec l'argent d'Espagne. Il avait pris Carmagnole et Saluces (juin 1579) et y commandait malgré le Roi. En Dauphiné les huguenots étaient en guerre avec les catholiques, le tiers état en querelle avec la noblesse sur la nature de la taille. Certaines villes prétendaient se garder elles-mêmes contre les protestants et refusaient les garnisons royales. Les paysans promenaient un râteau en signe de nivellement social et s'appelaient de village en village avec des cornets à bouquin, à la mode des libres montagnards suisses. Dans le Vivarais, de l'autre côté du Rhône, ils se liguaient pour refuser les cens et redevances. En la queue gist le venin, écrivait Catherine. Elle ne croyait pas si bien dire ; mais comme elle était la confiance incarnée, elle pensait venir à bout de ces difficultés et vite.

En Provence, elle avait déjà constaté combien les communautés détestaient les gens d'armes pillards et massacreurs, autant dire les nobles. La question de religion était secondaire dans ce conflit, bien qu'elle s'y mêlât. Il y avait des huguenots parmi les Razats, comme il y avait des gentilshommes. Mais c'était avant tout la lutte des villes et des campagnes contre les seigneurs. La secousse religieuse prolongée par les guerres civiles ébranlait tout l'ordre social.

Catherine estimait la noblesse comme classe militaire et le rempart vivant du royaume. Elle la considérait comme l'intermédiaire obligé entre le roi et les peuples dans cet État de centralisation embryonnaire, qui, avant la création des intendants, n'eut point d'agents directs et absolument dociles pour se faire obéir. Elle n'aimait pas les gens du commun, criards, hargneux, défiants, tels qu'elle venait d'expérimenter les huguenots du Midi, une masse d'autant d'opinions que de têtes, sur qui ses belles paroles, ses grandes manières, ses vagues promesses et ses protestations de saintes intentions avaient si peu de prise. Certainement, écrivait-elle à son fils, la licence des dictes communes est de fort grande consequance, non seullement en ce gouvernement [de Provence], mais en celuy de Daulphiné, estant l'une des choses à quoy j'ay le plus souvent pensé et pense encores à toutes heures[95]. Elles ont, lui disait-elle encore, quelques jours après, de très dangereulx et périlleux desseingz, à ce que j'entendz[96]. Elle reconnaissait qu'en Provence il y avait des torts de part et d'autre, car les gentilshommes ont contrainct et voullu contraindre par violence les subjectz de leur payer des redevances plus grandes qu'ils ne les doibvent et lesdicts subjectz aussy se sont d'aultre costé voullu liberer des choses qu'ils doibvent[97]. Elle tint à rassurer la noblesse du Dauphiné, qui s'était peut-être émue de sa condescendance pour les Razats. Maugiron étant allé au-devant d'elle jusqu'à Montélimar avec une bonne troupe de gentilshommes, quelques conseillers du Parlement et l'évêque de Grenoble, elle ne manqua pas de leur déclarer, écrit-elle à son fils, la grande affection et bonne volonté que leur portez à eulx et à tous les aultres de la noblesse, comme les principaulx de vostre Royaume et qui aydent à la manutention d'icelluy et soustien de votre coronne[98].

Elle cause, elle questionne et, par les uns et les autres, apprend la raison du dissentiment des ordres ; c'est qu'aux Estatz particuliers de ce pais qui ont esté naguères tenus, ceulx du tiers estat voullurent comprendre la noblesse au departement, contribution et levée des nouveaux impôts. Elle approuve fort celle-ci de s'être pour ceste occazion fort remuée, veoyant bien la grande et pernicieuse consequence de ceste proposition[99]. Le tiers avait toujours soutenu, contre l'ordre de choses existant, que le Dauphiné n'était pas un pays de taille personnelle, mais un pays de taille réelle, comme le Languedoc, d'où il s'ensuivait que l'impôt pesant sur la terre, d'après sa nature, et non sur les personnes, d'après leur situation sociale, les biens nobles devaient être exempts, quelle que fût la condition des propriétaires, et les biens roturiers taillables quand même ils appartiendraient à des nobles. C'est la thèse qu'il avait reprise aux derniers États à propos de la surtaxe. S'il avait eu gain de cause à cette occasion, de quel droit la noblesse, ayant été imposée une fois pour les biens roturiers qu'elle possédait, se serait-elle à l'avenir refusée à payer les contributions ordinaires sur ces mêmes biens roturiers ? Le précédent aurait entraîné une révolution fiscale.

Mais le moment n'était pas venu de mettre à la raison les communes. Estant les affaires, comme elles sont à présent... il faut bien regarder à les apaiser. A Montélimar, le même jour qu'elle célébrait les mérites de la noblesse, elle prit à part le vice-sénéchal de la ville, Jacques Colas, ancien recteur de l'Université de Valence, l'organisateur d'une Ligue de la paix contre les protestants et l'un des meneurs du tiers aux derniers États du Dauphiné. C'est, dit-elle, ung esprit presumptueux et fol duquel les sieurs de la noblesse ont avec occazion fort grande jalouzie[100]. Mais elle jugeait bon de le ménager à cause de son influence. Les clients de la Cour ne lui prêtaient pas toujours l'aide qu'elle aurait pu attendre d'eux. Un neveu de Monluc, l'évêque de Valence (Charles de Gelas de Léberon), pour craincte qu'il a comme ausy ont tous les principaulx de ce pais desdictes ligues et communes, faict le moins qu'il peut chose qui leur puisse déplaire[101]. Les villes, alarmées de sa déclaration de Montélimar ou de son escorte de gentilshommes, se concertaient et prenaient leurs précautions. A Valence, les gens de guerre au moings ne sortirent pas à sa rencontre et firent une forte garde toute la nuict, ayant quelque peur qu'avec la noblesse elle ne se saisit de la ville[102]. A Romans, où elle coucha, les habitants allèrent au-devant d'elle en nombre et bien armés. Leur capitaine, Pommier, un marc hand drapier, lui fit une sommaire harangue de bienvenue, c'est-à-dire un compliment très sec. Pommier a si grand crédict et autorité parmy ces ligues qu'au moindre mot qu'il dict, il faict marcher tous ceulx de cestedicte ville et des environs[103].

Elle n'a pour toute arme contre ces mauvaises dispositions que sa parole. Depuis son arrivée dans le Midi, elle harangue autant qu'elle cause et elle continue à haranguer à Montélimar, à Valence, à Romans où elle parla deux fois le même jour. Elle n'a pas seulement affaire à des particuliers, mais à des groupes : députés des Églises, assemblées de la noblesse, réunions de bourgeois ou de ligueurs qui, tout amateurs d'éloquence qu'ils soient, ne sont pas faciles à convaincre. Elle a comme orateur de grands dons : une argumentation abondante, beaucoup de charme, une douceur insinuante, le talent de dire à chacun de ses auditeurs ou de ses auditoires ce qui est capable de l'émouvoir ou de le flatter. Au besoin elle sait parler ferme et, comme dit Brantôme, royalement. Elle prêche partout le devoir de l'obéissance et l'avantage de l'union. Elle fait jurer haut la main à la tourbe réunie à Valence— c'étaient les principaux de la ville, mais qui n'étaient pas gentilshommes — de se départir des ligues et associations et de rendre tout devoir à M. de Maugiron, lieutenant général du Roi. Elle a même succès à Romans, le centre d'action du terrible Pommier, et décide les habitants, presque malgré eux, à laisser emmener à Lyon deux canons que M. de Gordes, l'ancien lieutenant général, leur avait confiés[104].

Elle avait donné rendez-vous à Grenoble aux représentants des trois ordres pour les entendre en leurs doléances. Elle reçut à part ceux de la noblesse et du clergé, qui furent fort modestes en leurs remontrances, et leur dit la parfaite amour et dillection que le Roi son fils portait à ses sujets, les preuves qu'il en avait données sans y épargner sa propre vie du temps du feu Roi son frère et les occasions qui l'avaient mû d'apaiser les troubles de son royaume par la douceur[105]. L'orateur du tiers état, un avocat de Vienne, Debourg, fort factieux, demanda que le différend des ordres fût jugé par le Roi en plus grande et aultre compagnie de Conseil que celle qui estoit par deça, mais le premier consul de Grenoble, et les députés de beaucoup de villes prièrent la Reine de le vuider avec les princes et seigneurs du Conseil qui l'accompagnaient. Elle, se sentant soutenue, n'oublia pas de parler à iceluy Debourg ainsy qu'il appartenoit et de luy bien faire congnoistre et à tous les aultres factieux et faiseurs de menées qui avoient introduit ces ligues à si mauvaise intention que l'on voioit (voyait) par effectz [qu'ils] meriteroient grande pugnition[106]. Alors, dit-elle, la plupart des députés montrèrent à l'instant de se voulloir departir des choses mauvaises qui sont cachées sur (plutôt, sous) cela. Mais elle se contentait trop facilement ; elle ne se demandait jamais si l'impression de ses paroles, de sa présence, de ses menaces était bien profonde et prévaudrait longtemps contre les passions, les rancunes, les défiances de toujours. Elle ne tarda pas à s'apercevoir qu'elle ne réussirait pas à faire peur. Elle fit arrêter un chirurgien, qui avait tenu à des gentilshommes des propos tendant à mauvaise fin, et un procureur au Parlement, Gamot, qui avait promené le râteau et propagé l'usage des cornets à bouquin[107], et elle chargea le Parlement de leur faire leur procès. Mais les Communes intervinrent, et elle fut obligée de relâcher Gamot. Non sans peine elle parvint à réconcilier les trois ordres qui étaient a merveilleusement divisez n et à leur faire signer un accord général[108].

Aussi inclinait-elle plus que jamais aux moyens de persuasion ; il sera temps plus tard de punir. Elle n'était pas d'avis d'envoyer une armée contre Bellegarde, comme voulait le faire Henri III, ulcéré de son infidélité ; on n'avait pas de forces suffisantes ni d'argent pour en lever. Surtout l'apparition des troupes royales risquait de provoquer une prise d'armes générale. Lesdiguières, avec les protestants du Dauphiné, leur barrera la route. Le roi de Navarre et le prince de Condé appuieront Lesdiguières, les ligues catholiques armeront pour se défendre. La dextérité valait mieux que la force contre le mal présent. Entretenez doncques bien pour y remédier vostre édit dernier de pacification et les articles de la conferance de Nérac. Asseurez (rassurez) par ce moien les Huguenotz et les conduisez de façon qu'ilz satisfacent de leur part (comme ilz dient tousjours qu'ilz feront) auxdictz édictz de paciffication et articles de conferance, et surtout qu'ilz n'aient aulcune occasion de s'excuser qu'ilz ne rendent les villes, car estant remises en vos mains, comme ilz sont tenuz, dedans peu de temps et qu'ils promettent fayre, vous estes en asseurée paix et repos[109].

Pour amener Bellegarde à se démettre de lui-même du gouvernement de Saluces, Catherine comptait sur le duc de Savoie, Emmanuel Philibert. C'était, elle le savait bien, un courtier intéressé. Il suivait attentivement les affaires de Dauphiné et de Provence. Ce prince là écrivait Villeroy à Henri III, met le nez partout et a intelligence avecque tous ceux de part et d'autre qui troublent vos affaires[110]. De Grenoble, où le Duc était allé la visiter, la Reine-mère donnait à son fils même avertissement. Vous ne craché pas en vostre plus segret lieu que tout ne se sache ysi (ici) et me croyés[111]. Il en voulait à Henri III d'avoir rompu ses desseins sur Genève, contre qui il s'était ligué à Lucerne avec les six cantons catholiques (8 mai 1578). Ce traité préparait à même fin une coalition où l'Espagne était destinée à entrer, et, tel qu'il était, il compromettait l'alliance perpétuelle de la France avec les Suisses. Le Roi très chrétien riposta en s'unissant à Berne et à Soleure pour la défense de la Rome calviniste (8 mai 1579)[112]. En cette circonstance, comme en beaucoup d'autres, il voyait plus juste et plus loin que sa mère, qui, tout entière à son rêve de pacification intérieure et à sa politique d'expédients, aurait voulu s'assurer à tout prix le concours du duc de Savoie .... Si j'eusse sceu, écrivait-elle à son fils, ce que j'ay sceu depuis, je ne vous eusse conseillé la prandre (Genève) en protection, mais que eussiez, comme pussiez bien (vous pouviez bien), si l'on l'eust voullu, achever l'alliance avec les cantons seullement de Berne et de Suryc (Zurich) et de Soleure, mais vous m'en escripvites de façon que je ne vous eusse ozé mander le contraire[113]. Elle l'engageait, pour adoucir le ressentiment du Savoyard, à lui certifier par écrit qu'il n'avait pas eu l'intention de préjudicier aux droits que le Duc prétendait sur Genève, mais au contraire de l'aider à les y maintenir. Mais Emmanuel-Philibert n'était pas homme à se payer de ce billet à long terme. Forcé de renoncer à sa convoitise, il dut penser que Saluces pourrait un jour lui servir de compensation et il ne se soucia plus, s'il s'en était soucié jamais, d'y affermir l'autorité du Roi. On n'en eut que de bonnes paroles. Bellegarde traîna la négociation. Lesdiguières attendit le règlement de l'affaire de Saluces[114].

Catherine était impatiente de revoir après treize mois de séparation ce qu'elle avait le plus cher en cet monde, son fils. Henri III décida d'aller au-devant d'elle jusqu'à Lyon. Quant à la reyne ma mere, écrivait-il à Villeroy, je croys ce qu'elle mande de Daufiné, provinsse byen brouillée, mais j'espère [qu'elle] i (y) donnera ordre.... Je ay veu ce que dit Lesdiguières ; toutes choses byen esloignées de ce qu'il nous fault comme aussy du maréchal de Belleguarde qui mant (ment) comme tous les autres, et, si j'ose dire, M. de Savoye... nous andort si nous le voulons estre. Bref toutes ces paroles et lètres des uns et des autres ne sont que songes et mensonges ; bien abylle (habile) qui s'an peust guarder.... Et plus n'an diz (je n'en dis pas plus) sinon qu'il nous faust resouldre d'aller à Lyon, car la bonne famine (c'est sa mère qu'il veut dire) le veult et me l'escrit trop expressément pour y faillir.... Adieu. Je suis dans le lict de lasseté (lassitude) de venir de jouer à la paulme[115]. Ce mélange de pénétration et de paresse, de connaissance des hommes et de dégoût de l'action, de tendresse filiale et d'irrévérence, n'est-ce pas Henri III peint par lui-même ? Mais, au moment de partir, il fut pris d'une douleur d'oreilles si aiguë que son entourage pendant vingt-quatre heures désespéra de sa vie (10 septembre)[116]. Catherine, avertie de la crise, allait courir à Paris quand elle reçut la nouvelle que tout danger était passé. Ma Comere, écrivait-elle à la duchesse d'Uzès, j'é aysté bien afligée et non sans cause, car c'èt ma vye et san cela je ne veulx ni vyvre ni estre.... Quant je y panse au mal qu'il a eu, je ne sè set [ce] que je suys, je loue mon bon Dyeu de me l'avoir redouné et luy suplye que se souyt (ce soit) pour son temps plus que ma vye et que tant que je vyve [je] ne luy voy mal. Croyés que c'et une extrème pouyne (peine) d'estre louyn de cet (loin de ce) que l'on ayme conne je l'ayme et le savoyr malade, c'est mourir à petyt feu. S'il eût continué d'être non pas en un si grand mal, mais seulement malade, elle eût tout laissé, car je ne povés plus endurer d'uyr (ouïr) dire : yl a mal et ne le voyr[117].

Elle s'imposa de rester pour assurer son repos et la paix du royaume. Henri III alla faire un pèlerinage à Chartres et de là un voyage en Normandie en vue de rétablir l'ordre dans cette province fort troublée[118]. — Elle continua, loin de lui, à négocier pendant un mois avec Bellegarde et Lesdiguières. Mais elle était pressée d'en finir. Son fils lui avait envoyé un pouvoir daté du 13 septembre, autorisant le maréchal de Bellegarde à commander au marquisat de Saluces[119]. C'était une capitulation. Mais elle excellait à sauver la face. Le rebelle n'ayant pas consenti à passer la frontière, elle lui donna rendez-vous à Montluel, dans un château du duc de Savoie. Elle le reçut, entourée des princes et des conseillers de sa suite, en présence d'Emmanuel-Philibert, son hôte (17 octobre). Bellegarde se mit à deux genoux devant elle et déclara qu'il avait extrème regret et déplaisir de sa conduite et qu'il vouldroit avoir perdu la moitie de son sang et que cela ne luy feust advenu. Il la pria d'intercedder envers le Roy de luy pardonner et, en signe d'obéissance, remit à ladicte Dame es mains du Roy ledict marquisat. Elle prit acte de sa soumission, et puisqu'il l'asseurait de la fidélité et affection qu'il vouloit toute sa vie porter au service du Roy son filz, comme son debvoir le luy commandoit, elle lui fit délivrer les lettres-patentes qui le rétablissaient en sa charge. Au prix d'une humiliation de forme, il devenait le possesseur paisible d'un gouvernement usurpé[120].

Quant à Lesdiguières, il persista toujours à refuser les entrevues qu'elle lui proposait même en terre savoyarde[121]. Elle en fut réduite à charger Bellegarde de négocier avec son complice un accord ou plutôt une trêve entre catholiques et protestants, qui fut publiée au commencement de novembre à Monestier de Clermont[122].

Il était temps qu'elle rejoignît son fils. L'agitation, qui semblait apaisée dans le Midi, avait gagné le Nord et l'Est. Pendant la dernière partie de son voyage il lui était venu de ces régions des nouvelles inquiétantes. Il y avait eu des soulèvements de paysans en Basse-Normandie et même une émeute à Rouen[123]. Des grands seigneurs de la province, La Rocheguyon, Cantelou, Pont-Bellenger, étaient compromis dans ces remuements et même suspects d'avoir voulu enlever le Roi à Saint-Germain. Ils avaient pris le large et s'étaient retirés en Lorraine, à Commercy, dont La Rocheguyon était damoiseau[124]. Le bruit courait que le seigneur de La Petite-Pierre, un protestant, poussé sous main, disait-on, par le duc de Guise, projetait une entreprise sur Strasbourg[125]. Des soldats et des gentilshommes en petites troupes se dirigeaient de différents points du royaume vers la Lorraine et la Champagne, où elles se massaient. Quelques-unes de ces bandes envahirent la Franche-Comté, qui appartenait à Philippe II, pillèrent le plat pays et prirent trois châteaux. Catherine a certainement compris que cette attaque était, comme celle de l'an précédent, une simple diversion pour occuper les Espagnols, diviser leurs forces et faciliter au duc d'Anjou l'attaque des Pays-Bas. Mais elle craignait d'irriter les cantons suisses limitrophes de la province espagnole et qui était garants de sa neutralité[126].

Elle écrivit au grand écuyer, Charles de Lorraine, et à Saissac et Du May, qui commandaient sous ses ordres ces batteurs d'estrade, pour leur représenter les conséquences possibles de ces courses  et de ces menées : rupture de l'alliance avec les Suisses, représailles du roi d'Espagne, et, en cas de tentative sur Strasbourg, conflit avec le Corps Germanique[127]. Elle les priait d'y bien réfléchir. Si elle leur parlait si doucement, c'est qu'elle savait leurs liaisons. Charles de Lorraine, grand ami du duc d'Anjou, fut son compagnon de guerre aux Pays-Bas ; La Rocheguyon était le frère de son favori d'alors, La Rochepot. Il n'aurait pas fallu, par une sévérité hors de saison, tourner contre le Roi les forces destinées à combattre Philippe II. Aussi avait-elle bien recommandé à Henri III de fermer les yeux sur les remuements de la noblesse de Normandie. Il avait eu bien raison de châtier les paysans qui s'étaient tant oubliés, gens de peu et sans attaches, mais donner arrêt contre les seigneurs réfugiés à Commercy, c'était chose dangereuse[128]. Ils armeraient pour se défendre et appelleraient leurs amis à l'aide. Mieux valait suspendre l'action de la justice que de risquer une insurrection. Les ménagements lui parurent encore plus opportuns, quand elle apprit ce qu'elle appréhendait par-dessus tout, une nouvelle brouille entre ses deux fils.

En août, le duc d'Anjou était allé visiter la Reine d'Angleterre, qui le reçut à Greenwich dans son intimité, causant longuement avec lui et déclarant, s'il faut en croire l'ambassadeur d'Espagne, qu'elle n'avait jamais vu un homme qui lui plût davantage et qu'elle accepterait plus volontiers pour époux[129]. Les espérances qu'il conçut durent à son retour lui rendre plus sensibles les marques de mépris et de défiance que son frère ne lui épargnait pas. Cependant, lors de la crise d'otite dont Henri III faillit mourir, il se montra — du moins c'est Catherine qui le dit — tel qu'il devoit. Mais quelques jours après (fin septembre), profitant d'un voyage du Roi à Chartres[130], il sortit de Paris et se retira dans son apanage d'Alençon. Bellièvre jugea la situation si sérieuse qu'il pressa la Reine-mère de hâter son retour[131].

Henri III, inconscient du danger ou dédaignant de s'expliquer, laissa tomber la correspondance. La Reine-mère était affolée. Je vous prie, écrivait-elle à Villeroy, que je aye plus sovent des novelles du Roy, car c'et mourir et ouyr cet que j'oye (ouls) et ne rien savoyr de la Court[132].

Aussitôt qu'elle eut réglé l'affaire de Saluces, elle prit la route de Paris. Le Roi s'achemina au-devant d'elle jusqu'à Orléans, et, comme il l'écrivait à son ambassadeur à Venise, Du Ferrier (9 novembre), il la revit avec une extresme joye et contentement, heureux qu'elle eût pu supporter ce long et dangereux voyage et sentant son obligation à la dicte dame du bien qu'elle a semé partout où elle a passé[133]. Cet accueil la payait de ses peines. Après seize mois de séparation (août 1578-novembre 1579), elle retrouvait son fils tel qu'elle le souhaitait, reconnaissant de ses efforts, et peut-être plus affectueux qu'elle ne l'avait quitté. A Paris, le Parlement et le peuple allèrent à sa rencontre à une lieue hors des murs, comme pour lui faire honneur de la pacification du royaume.

Le secrétaire de Lippomano, l'ambassadeur vénitien, qui écrivait sous la dictée de son maître, parlait d'elle avec enthousiasme. C'est, dit-il dans sa Relation, une princesse infatigable aux affaires, faite à point pour prendre de la peine et pour gouverner un peuple aussi remuant que les Français. Puisqu'ils commencent à connaître son mérite, il faut qu'à leur honte, ils la louent et se repentent de ne l'avoir pas appréciée plus tôt[134].

Mais il ajoutait, et la réserve était d'importance, qu'elle avait plutôt assoupi que réglé les différends de la Guyenne, du Languedoc, de la Provence et du Dauphiné.

C'est la vérité même. Le succès de l'œuvre ne répondait pas à l'habileté de l'ouvrière.

 

 

 



[1] Catherine à la duchesse de Nemours, Paris, 20 mars 1578, Lettres, t. VI, p. 9-10.

[2] Lettres, VI, p. 20, 7 mai 1578.

[3] Catherine au duc de Guise, 9 févr. 1563, Lettres, t. I, p. 618.

[4] Droits de suzeraineté que François Ier avait abandonnés à Charles-Quint, héritier de la maison de Bourgogne, par les traités de Madrid (14 janv. 1526) et de Cambrai (5 août 1529).

[5] Mémoires de Marguerite, éd. Guessard, p. 85.

[6] Kervyn de Lettenhove, Les Huguenots et les Gueux, t. V, 2885, p. 43. — Groën van Prinsterer, Archives ou Correspondance de la maison d'Orange-Nassau, Ire série, t. VI, p. 369 et 370.

[7] Catherine à Henri III, 6 mai 1578, Lettres, t. VI, p. 16.

[8] Lettres de Catherine de Médicis, mai, t. VI, p. 12-13. Cf. 6 juin, ibid., p. 28.

[9] Le Lude, à 20 kilomètres de la Flèche (département de la Sarthe).

[10] Lettres de Catherine de Médicis, t. VI, p. 25 et note.

[11] Catherine fait le roi d'Espagne plus malade et plus âgé qu'il n'était pour les besoins de sa démonstration. Philippe II avait, en 1578, cinquante et un ans et il ne mourut que vingt ans après.

[12] Lettres, t. VI, note de la p. 12 à la p. 14 : Mémoire envoyé à M. le maréchal de Cossé.

[13] Lettres, t. VI, app. p. 386-387, 2 juillet 1578.

[14] Lettres, t. VI, p. 34, note 2.

[15] Lettres, t. VI, p. 30.

[16] 8 août 1578, Lettres, t. VI, p. 34.

[17] Kervyn de Lettenhove, t. V, p. 115, note 1.

[18] Kervyn de Lettenhove, t. V, p. 117.

[19] Lettres, t. VI, p. 30-31, 22 juin 1578.

[20] Sur l'affaire de Parabère, Lettres, t. VI, p. 29, note ; p. 57, note ; p. 98, note, et app., p. 402 (lettre de Bellegarde au Roi du 9 sept. 1578), et le livre du comte Jules Delaborde, François de Châtillon, comte de Coligny, Paris, 1886, p. 181, sqq. et p. 187.

[21] Histoire du Languedoc de D. Vaissète, éd. nouv., t. XII, Preuves, col. 2280-2282.

[22] Bordeaux, 18 septembre 5578, Lettres, t. VI, p. 38-39. Cf. p. 63.

[23] 29 septembre, Lettres, t. VI, p. 40. Cf. Brantôme, éd. Lalanne, t. III, p. 382, et t. VII, p. 375.

[24] 15 octobre 1578, Lettres, t. VI, p. 75, et app., p. 398-400. Le copiste a mal lu, mais les passages fautifs sont faciles à comprendre et à rectifier.

[25] Elle eut lieu à Casteras, une maison, d'où la Reine-mère, sa fille et son gendre le même jour gagnèrent La Réole.

[26] Lettres, t. VI, app.. p. 451.

[27] 9 octobre 1578, Lettres, t. VI, p. 64.

[28] 4 octobre 1578, Lettres, t. VI, p. 53. Kervyn de Lettenhove a publié (Les Huguenots et les Gueux, t. IV, p. 579) une lettre du roi de Navarre à Philippe II. Elle est polie, froide, évasive. C'est probablement une réponse à des avances venues de Madrid et elle porte la date du 3 avril 1577. L'historiographe Palma Cayet rapporte qu'en 1578 le roi d'Espagne incita le roi de Navarre à se déclarer contre Henri III (Avant-propos de la Chronologie Novenaire, éd. Buchon, p. 5). La lettre du 3 avril 1577 prouve que ce n'était pas la première fois. Philippe II récidiva en 1580 et 1583 sans plus de succès, quelques avantages qu'il offrit (Palma Cayet, Chronologie septenaire, éd. Buchon, p. 200-202, et Mémoires et Correspondance de Du Plessis-Mornay, Paris, 1824, t. IV, p. 254). Le Béarnais, obligé de ménager tout le monde, ne pouvait rejeter avec mépris les propositions de son redoutable voisin. Mais il n'a jamais sollicité, quoi que suppose Kervyn de Lettenhove, ni accepté les secours de cet ennemi du protestantisme et de la France. Le maréchal de Biron, qui n'avait aucun intérêt à le disculper, disait à la Reine-mère (Lettres, t. VI, p. 71, 22 octobre 1578) que Philippe II avait poussé le roi de Navarre contre Henri III, évidemment en 1577, avant la paix de Bergerac (sept.) et qu'il lui avait même offert de se liguer avec lui. Mais il y avait en France des huguenots moins scrupuleux qu'Henri de Bourbon. Un an et demi plus tard, Bellièvre écrivait à Catherine (Bordeaux, 20 janvier 1582) que le bruit courait que Jean Casimir s'est faict pensionnaire du roy d'Espagne et il faisait remarquer que s ceste mutation dudict Casimir semble estrange, attendu ce qu'il a faict cy devant, mais il ajoutait : Nous avons descouvert en ce pals (la Guyenne où il était) à quoy en pouvoient astre les huguenotz de France avec ledict Sr. roy d'Espaigne, tellement quo je ne veuix [rien] asseurer dudict Casimir qui est d'un estrange naturel. Lettres, t. VII, app., p. 460.

[29] Mémoires de Marguerite, éd. Guessard, p. 158.

[30] Nérac, 12 février 5579, Lettres, t. VI, p. 260. C'est, je crois, la seule allusion directe qui se trouve dans la correspondance relativement à l'odieux massacre. On voit que Catherine en parle tranquillement à son ancien complice Henri III, comme d'un événement auquel ils seraient étrangers.

[31] Récit de la conférence par le secrétaire du maréchal de Damville, dans Lettres, t. VII, app., p. 446.

[32] Lettres, t. VI, p. 282.

[33] Les lettres de Damville à Catherine du 31 octobre, 1577 au 24 mars 1579 montrent que le gouverneur du Languedoc cherchait un appui auprès d'elle (voir Lettres, t. VI, app., p. 464-481). Henri III, à la sollicitation de sa mère, écrivit à Damville (6 déc. 1578), qu'il chargeait sa mère d'agir contre Châtillon (Lettres, t. VI, app. p. 409), et lui témoigna (p. 461) le contentement qu'il avait de la prise de Beaucaire (6 mars 1579). Le roi de Navarre avait désavoué les entreprises de Châtillon (Ibid., p. 67, 101, 246 et passim).

[34] Lettres, t. VI, p. 267, Nérac, 17 février 1579.

[35] Lettres, t. VI, p. 107.

[36] Lettres, t. VI, p. 73.

[37] Lettres, t. VI, p. 178.

[38] Lettres, t. VI, app., p. 403 : avis donné à la Reine-mère et au duc de Montpensier, gouverneur de Bretagne, par le sieur de La Hunaudaye.

[39] Lettres, t. VI, p. 103, 1er novembre 1578, et p. 201.

[40] Lettres, t. VI, p. 125-126.

[41] A Bellièvre, 6 janvier 1579, Lettres, t. VI, p. 178.

[42] Au Roi, 2 février 1579, Lettres, t. VI, p. 248.

[43] Nérac, 8 février 1579, Lettres, t. VI, p. 256.

[44] 6 octobre 1578, Lettres, t. VI, p. 71.

[45] 8 novembre 1578, Lettres, t. VI, p. 111.

[46] Lettres, t. VI, p. 284, févr. 1579.

[47] Lettres, t. VI, p. 292, (3 mars) 1579.

[48] Lettres, t. VI, p. 381, mai 1579.

[49] Lettres, t. VI, p. 325, mars 1579.

[50] Lettres, t. VI, p. 339, avril 1579.

[51] Lettres, t. VI, p. 360, 8 mai 1579.

[52] Février 1579, Lettres, t. VI, p. 285.

[53] Lettres, t. VI, p. 339. Marguerite écrivait aussi en un autre temps à la duchesse d'Uzès : Faites puisque vous gouvernez le Roy que je me ressente de votre faveur. Mémoires, éd. Guessard, p. 215.

[54] Lettres, t. VI, p. 360.

[55] Août 1579, Lettres, VII, p. 65.

[56] 13 février 1579, Lettres, t. VI, p. 338.

[57] C'est probablement alors qu'il a publié à Rouen sa Lettre contenant l'éclaircissement des actions et déportemens du duc d'Anjou, 1578, où il attaque vivement le Roi et la Cour. Catherine ordonna que tous les exemplaires fussent bruslez secrétement pour en ensevelir la mémoire. Lettres, 26 janvier 1579, t. VI, p. 236, et la note.

[58] 20 février 1579, Lettres, t. VI, p. 272.

[59] Au Roi, 25 février 1579, Lettres, t. VI, p. 279.

[60] 24 mars 1579, Lettres, t. VI, p. 316.

[61] 24 avril, Lettres, t. VI, p. 337.

[62] A la duchesse d'Uzès, mars 1579, t. VI, p. 325. — 24 mars 1579, à Damville, Lettres, t. VI, p. 318. — Cf. Mémoires-journaux de L'Estoile, éd. Jouaust, t. I, p. 310 et 313. — Kervyn de Lettenhove, Les Huguenots et les Gueux, t. V, p. 367.

[63] 5 mars 1579, Lettres, t. VI, en app. p. 453.

[64] 8 mai 1579, Lettres, t. VI, p. 360.

[65] Au Roi, 8 mai, Lettres, t. VI, p. 358.

[66] A la duchesse d'Uzès, Lettres, t. VI, p. 360.

[67] 30 mai 1579, Lettres, t. VI, p. 379.

[68] 2 juin 2579, au duc de Nemours, Lettres, t. VI, p. 383 ; ibid., au duc de Nevers.

[69] Lettres, t. VII, p. 7.

[70] Au Roi, 9 juin 1579, Lettres, p. 4, et note 1. Trans, entre les Arcs et Draguignan (Var).

[71] 25-27 juin, Lettres, t. VII, p. 11.

[72] Au Roi, Lettres, t. VII, p. 20.

[73] Le comté de Tende appartenait au beau-père de Mayenne, l'amiral de Villars (Honorat Lascaris de Savoie), qui consentit à le céder au duc de Savoie contre Miribel, Sathonay, etc., sous le bon plaisir du roi Très-Chrétien (maitre de Saluces et suzerain de Tende). La Reine-mère s'entremit pour faciliter cet échange, qui fut conclu le 21 octobre 1579 à Montluel. Décidément, elle faisait trop bon marché des droits du Roi sur les pays d'outremonts et les passages des Alpes. Voir sur cette affaire Pietro Gioffredo, Storia delle Alpi Marittime, Turin, 2839, t. V, p. 574-576 et Comte de Panisse-Passis, Les comtes de Tende de la maison de Savoie, Paris, 1889, p. 173-174, et app., p. 340.

[74] Lettres, t. VII, p. 23.

[75] Au duc de Nevers, 28 juin 1579, Lettres, p. 30.

[76] Lettres, p. 25.

[77] Lettres, p. 23 et 27.

[78] Lettres, p. 27 et passim.

[79] Lettres, 1er juillet 1579, t. VII, pp. 36-37.

[80] Après la première guerre civile et pour mettre les catholiques à la raison. On voit qu'elle n'avait pas de préjugé religieux. Voir ch. V.

[81] Lettres, t. VI, p. 364.

[82] Voir, sur toutes ces contraventions à l'Édit, sa lettre du 20 juillet 1579, Lettres, t. VII, p.52-56.

[83] Catherine était de méchante humeur contre les Provençaux, une race mêlée, dit-elle, fort partisans et surtout mauvais, 18 octobre 1579, Lettres, t. VII, p. 178.

[84] Charles de Valois, bâtard de Charles IX et de Marie Touchet. Catherine l'aimait beaucoup et lui laissa par testament la plus grande partie de ses biens. D'abord comte d'Auvergne, puis duc d'Angoulême, il resta fidèle à Henri III, mais il conspira contre Henri IV, dont sa sœur utérine, Henriette d'Entragues, était la maîtresse.

[85] Elle n'avait point de préjugés contre les bâtards, étant d'une famille où les bâtards abondaient et d'une époque où la descendance illégitime ne passait pas encore pour une tare.

[86] 9 juin 1579, Lettres, t. VII, p. 8.

[87] François Ier. Voilà l'origine d'un mot fameux. Mais est-il possible que François Ier ait attribué le mérite de l'émancipation royale au père de saint Louis, qui rie régna que trois ans et n'eut pas le temps de donner sa mesure ? Il est vraisemblable qu'il faut lire Louis XI au lieu de Louis VIII.

[88] Lettres, t. VII, p. 18. Il faut lire probablement : Allez devant tout, après....

[89] Lettres, t. VII, p. 27-28.

[90] 14 avril 1579, Lettres, t. VI, p. 339.

[91] 18 octobre 1579, Lettres, t. VII, p. 178.

[92] 19-18 septembre 1579, Lettres, t. VII, p. 137.

[93] 12 septembre 1579, Lettres, t. VII, p. 126.

[94] 7 octobre 1579, Lettres, t. VII, p. 159. On sait que Villequier avait en 1577 poignardé de sa main sa femme, qui était enceinte, par jalousie.

[95] 24 juin 1579, Lettres, t. VII, p. 24.

[96] 9 juillet 1579, Lettres, t. VII, p. 40.

[97] Lettres, t. VII, p. 24.

[98] Lettres, t. VII, p. 49.

[99] Lettres, t. VII, p. 50. Dans les pays où la taille était personnelle, elle était perçue sur le travail, le capital, les propriétés, en un mot sur tous les revenus, biens-fonds y compris. Les nobles en étaient exempts et quand ils acquéraient une terre par achat ou héritage, ils lui communiquaient leur privilège.

[100] Lettres, t. VII, p. 49. Cf. p. 29, note 1. Jacques Colas, catholique très ardent, aima mieux se faire Espagnol que de se rallier à Henri IV. Voir Ed. Colas de La Noue, Le comte de La Fère, Angers, 1892.

[101] Lettres, t. VII, p. 49.

[102] Lettres, t. VII, p. 50.

[103] Lettres, t. VII, p. 50. Le document publié par J. Roman, dans le Bulletin de la Société d'archéologie de la Drôme, année 1877, sous le titre assez inexact de La Guerre des paysans en Dauphiné, p. 29-50 et 149-171, est le récit par un témoin des événements de Romans en 1579 et 1580. Pommier (ou Paulmier), à la tête des ouvriers drapiers et avec l'aide des paysans des environs, fit la loi dans la ville pendant deux ans et fut tué par les bourgeois. Sa rencontre avec la Reine est racontée pages 46-47.

[104] Lettres, t. VII, p. 55 ; Bulletin, p. 47-48.

[105] 5 août 1579, Lettres, t. VII, p. 72.

[106] Lettres, VII, p. 71.

[107] Grenoble, 5 août 1579, Lettres, t. VII, p. 73.

[108] Grenoble, 10 août 1579, Lettres, t. VII, p. 75.

[109] Avignon, 9 juillet, Lettres, VII, p. 41.

[110] Lettres, t. VII, p. 40, note 2.

[111] Lettres, t. VII, p. 83. Cf. 114. Il y a des détails sur le séjour du Duc à Grenoble dans les Mémoires d'Eustache Piémond, notaire royal-delphinal, Valence, 1885.

[112] Ce traité fut négocié par Jean de Bellièvre, sieur de Hautefort, et signé par Nicolas de Harlay, sieur de Sancy, qui était protestant : Ed. Rott, Histoire de la représentation diplomatique de la France auprès des cantons suisses, de leurs alliés et confédérés, Berne et Paris, t. II, 1902, p. 231-234. Sur les prétentions et les projets du Duc, si contraires à la couronne de France, voir p. 225, et sur le traité de Lucerne, voir encore p. 233.

[113] Lettres, t. VII, p. 117-118, 4 septembre 1579.

[114] 12 septembre, Lettres, t. VIII, p. 126.

[115] Lettres, t. VII, p. 77, note 1.

[116] 14 septembre, Lettres, t. VII, p. 129 ; Ibid., 15 septembre, p. 130. Le Roi avait eu une première atteinte le 2 septembre et après une promenade au château de Madrid, une crise d'otite aigué, le 10 septembre. Mémoires-Journaux de L'Estoile, éd. Jouaust, I, p. 332-333.

[117] Lyon, 18 septembre, Lettres, t. VII, p. 134.

[118] Il y aurait eu des troubles assez graves et même une émeute à Rouen, si le secrétaire de Jérôme Lippomano est bien renseigné. Tommaseo, Relations des ambassadeurs vénitiens, t. II, p. 451.

[119] Lettres, t. VII, app., p. 441-442.

[120] Lettres, t. VII, app., p. 438-439.

[121] Actes et correspondances du connétable de Lesdiguières, t. I, Introd., p. XXVIII-XXIX. Lettres, t. VII, p. 192, note. Roman, Catherine de Médicis en Dauphiné, Grenoble, 1883 ; Dufayard, Le connétable de Lesdiguières, 1892, p. 57-61. Bellegarde mourut deux mois après sa réconciliation avec le Roi à Saluces (20 décembre). On a naturellement accusé Catherine de l'avoir fait empoisonner (voir les références de M. le Comte Baguenault de Puchesse, Introd. au t. VII des Lettres, p. XIII et XIV). Bellegarde a pu mourir très bien de la gravelle dont il souffrait depuis longtemps.

[122] Lettres, t. VII, p. 192, note.

[123] Relation du secrétaire de Jérôme Lippomano, l'ambassadeur vénitien. Tommaseo, Relations des ambassadeurs vénitiens, t. II, p. 451. — Floquet, Histoire du Parlement de Normandie, t. III, 1841, règne de Henri III, n'en dit rien.

[124] Damoiseau, nom donné à des vassaux de seigneurs ecclésiastiques. Le suzerain de Commercy, c'était l'évêque de Metz.

[125] La Petite-Pierre ou Lützelstein, châtellenie lorraine dans les Vosges.

[126] Sur la neutralité de la Franche-Comté, voir Lucien Febvre, Philippe II et la Franche-Comté, Paris, 1911, p. 54-57. L'accord conclu en 1511 entre Maximilien d'Autriche et les Suisses et celui de 1522 entre Marguerite d'Autriche et François Ier mettaient la neutralité franc-comtoise sous la protection des cantons. Un an auparavant, les Français avaient envahi déjà la Franche-Comté. Le duc d'Anjou, avouant l'agression, avait écrit à Messieurs des Ligues (2 octobre 1578) qu'il avait en vue le repos et tranquillité des Flandres, mais ils ne voulurent entendre à cette raison de diversion. Ils obtinrent d'Henri III qu'il obligeât son frère (Id., ibid., p. 723 et note 2) à retirer ses troupes. Catherine ne s'exagérait pas les susceptibilités des gens des cantons.

[127] Lettres, 13 octobre 1579, t. VII, p. 168.

[128] Au Roi, Grenoble, 12 septembre 1579, t. VII, p. 128.

[129] Kervyn de Lettenhove, t. V, p. 391-393.

[130] Henri III au duc de Montpensier, 30 septembre 1578, Lettres, t. VII, p. 149, note 2.

[131] Lettres, t. VII, p. 156. La réponse de la Reine-mère où il est fait allusion aux dépêches de Bellièvre est du 6 octobre.

[132] 10 octobre 1579, Lettres, t. VII, p. 163-164.

[133] Lettres, t. VII, p. 194, note 2, et 595, note 1.

[134] Relations des ambassadeurs vénitiens, publiées et traduites par Tommaseo dans la Collection des Documents inédits, t. II, p. 449-451. J'ai, pour plus d'exactitude, changé quelques mots à la traduction de Tommaseo.