HISTOIRE DE FRANCE

 

LIVRE II. — MARIE DE MÉDICIS ET LOUIS XIII.

CHAPITRE IV. — LUYNES ET LA POLITIQUE CATHOLIQUE[1].

 

 

I. — LE GOUVERNEMENT DES BARBONS.

L'HÉRITIER du pouvoir de Concini fut Luynes. C'était un fort petit gentilhomme provençal dont le père, officier de fortune et né, dit méchamment Richelieu, d'un chanoine de Marseille, D'Albert, et d'une chambrière, possédait la maison de Luynes près d'Aix, le vignoble de Brantes sur un roc, et Pilot de Cadenet en plein Rhône ; autant de seigneuries qui, à défaut de revenus, fournirent un nom à ses fils. L'aîné, Charles d'Albert de Luynes, commença par être page du comte du Lude et fut placé ensuite par Henri IV auprès du Dauphin. Il était beau et bien fait, adroit dans tous les exercices du corps, comme ses deux frères, Brantes et Cadenet.

Les vainqueurs de Concini se partagèrent ses dépouilles : Vitry fut fait maréchal de France et Déageant, contrôleur général des finances, mais la plus grosse part resta à Luynes : lieutenance générale de Normandie, gouvernement de Pont-de-l'Arche, domaine d'Ancre, hôtel à Paris, etc. Il fit faire le procès de Léonora Galigaï. Le Parlement qui, dans ses remontrances de 1615, dénonçait les Juifs et les magiciens de l'entourage de la Reine-mère, la condamna comme juive et sorcière pour avoir dressé des nativités et fait bénir les pigeonneaux qu'elle appliquait sur sa tête malade. Elle mourut très courageusement le 8 juillet.

Louis XIII avait rappelé aux affaires les anciens ministres de son père, le chancelier Sillery, Villeroy, le président Jeannin, et même le garde des sceaux, Du Vair, qui gouvernèrent sous le contrôle de jour en jour plus exigeant du favori. Les barbons, comme on disait, voulurent faire mieux que les hommes de Concini. Ayant appris que les Espagnols avaient brusquement attaqué Verceil, le boulevard du Piémont sur la Sesia, ils envoyèrent des troupes à Charles-Emmanuel et permirent à tous les sujets du roi qui y voudraient aller.... de le faire. Verceil étant de plus en plus serré, le Roi résolut d'expédier Lesdiguières en Italie, puis, sur la promesse que le roi d'Espagne, content d'avoir humilié le duc de Savoie, rendrait la place à la paix, il laissa faire.

Mais quand les Espagnols eurent pris Verceil (juin), ils projetèrent de s'emparer d'Asti. Louis XIII s'aperçut enfin qu'on le jouait ; il commanda à Lesdiguières de marcher. La Cour de Madrid consentit alors à admettre le roi de France au règlement des affaires italiennes, qu'elle avait essayé d'accaparer. Le Chancelier, le Garde des Sceaux, Villeroi et Jeannin réglèrent avec les ambassadeurs d'Espagne, de Venise et de Savoie les conditions de la paix entre Philippe III et Charles-Emmanuel et entre l'archiduc Ferdinand et les Vénitiens ; ce qui fut fait et conclu vers la fin du mois d'août (à Paris), au grand honneur et réputation du roi et de la France.

Pendant les négociations, Lesdiguières resta sans ordres. En septembre, il se décida brusquement à rejoindre les Piémontais. Mais il reçut l'ordre de revenir. La paix fut signée à Pavie (9 octobre 1617) selon les articles... résolus à Paris et qui rétablissaient l'état d'avant la guerre.

La réunion d'une Assemblée de notables à Rouen fut une concession faite à l'opinion publique.

Le roi avait mandé les archevêques et évêques, 13 nobles, dont 2 protestants (Du Plessis-Mornay et La Noue), 27 procureurs et premiers présidents des parlements, chambres des comptes et cours des aides.

Louis XIII ouvrit l'Assemblée le 4 décembre, puis désigna, pour présider les délibérations, son frère, les deux cardinaux Du Perron et de La Rochefoucauld, le duc de Montbazon et le maréchal de Brissac. Comme les gentilshommes se plaignaient de la place assignée aux membres des Cours souveraines, il déclara, pour couper court aux querelles de préséance, qu'aux États généraux le premier rang (après le Clergé) appartenait à la Noblesse, mais qu'en cette réunion de notables il voulait que selon la nature des questions : religion, guerre, finances, justice, le Clergé, la Noblesse, les gens des comptes et les membres des parlements, opinassent tour à tour les premiers.

Une autre originalité de cette assemblée fut que le gouvernement prit l'initiative des propositions. Il avait arrêté lui-même les vingt articles, sur lesquels les notables eurent à donner un avis. La réforme émanait donc du pouvoir lui-même et, à ce titre, elle mérite d'être examinée. Dans le projet de réorganisation du Conseil, il est question d'un Conseil chargé du maniement des affaires secrètes de l'État. C'est le même Conseil de gouvernement qui, suivant les époques, s'appela Conseil de la Chambre, Conseil des affaires, Conseil de Cabinet et que le secrétaire d'État, Pontchartrain, appelle en 1617 Conseil principal et secret. Il s'appellera un peu plus tard Conseil d'en Haut.

Le titre de Conseil des affaires était départi à un Conseil où seraient lues les dépêches du dedans et du dehors et délibérées les réponses, où seraient dressées les instructions aux ambassadeurs et arrêtées les plus grandes affaires soit pour la paix ou pour la guerre. Les notables approuvèrent aussi la création d'un Conseil de guerre, siégeant une fois par mois et composé d'aucuns de MM. les princes, des maréchaux de France, des officiers de la Couronne, d'autres seigneurs, anciens capitaines expérimentés, et du secrétaire qui a le département de la guerre[2], pour traiter de tout ce qui touche au fait des armes et de la guerre. Il n'est pas fait mention du Conseil de Direction des finances, qui s'était probablement fondu avec le Conseil d'État et des Finances.

L'Assemblée était d'avis, comme le gouvernement, de rendre aux juridictions compétentes la plupart des affaires évoquées au Conseil privé ou des parties. Mais elle aurait voulu, en outre, restreindre la compétence juridique du Conseil d'État et des finances, laisser aux cours souveraines, aux gouverneurs et lieutenants généraux, aux baillis et sénéchaux, la répression des délits contre l'État et l'ordre public, attribuer enfin à la juridiction ordinaire les contestations entre les fermiers des impôts et les simples particuliers, en réservant uniquement au Conseil d'État les différends entre le roi et les fermiers touchant l'interprétation des articles et des baux.

Les notables montrèrent même défiance à l'égard des martres des requêtes envoyés en mission, qui ne se bornaient plus à faire des enquêtes et à rapporter les faits au Conseil du roi ou à les dénoncer aux cours compétentes, mais prétendaient eux-mêmes, en bien des cas, prononcer l'arrêt. Derrière le maître des requêtes, dont les anciennes ordonnances faisaient, avant tout, un Enquêteur, l'Assemblée voyait poindre l'intendant, administrateur et juge, et qui s'appliquerait à annihiler les pouvoirs provinciaux. Comme le roi, pour remédier à la corruption et aux partialités des tribunaux inférieurs, voulait charger des martres de requêtes d'instruire contre les présidiaux, prévôts des maréchaux et autres coupables, qui seraient traduits devant les parlements de leur ressort pour être jugés toute affaire cessante, elle le supplia de renoncer à ce projet qui semble porter dès maintenant, ou pouvoir produire à l'avenir, un nouvel établissement de justice extraordinaire en toutes les provinces du royaume. Elle lui recommandait d'observer, en ce qui regarde la fonction des maîtres de requêtes et leurs chevauchées, les ordonnances d'Orléans, Moulins et Blois. S'il déléguait des maîtres des requêtes pour recevoir les plaintes des peuples et informer contre les juges inférieurs, il fallait que ces maîtres des requêtes présentassent leurs lettres de commission aux parlements dans le ressort desquels ils devaient agir.

Malgré les ordonnances, il y avait, dans le même parlement, des magistrats, parents ou alliés, qui s'assuraient à eux-mêmes et assuraient à leurs proches l'impunité. Nul recours n'était possible contre certains coupables qui, ayant, d'un côté, par le moyen de leurs parents (magistrats) un grand support,... pratiquent de l'autre, et à cause mesme des dites alliances, des récusations en tel nombre qu'il ne reste plus de juges ou, pour le moins, il ne demeure que ceux qui sont favorables. Le roi proposait de faire juger les magistrats prévaricateurs par une Chambre ambulatoire composée de conseillers de tous les parlements, et qui irait partout recevoir les plaintes, juger les magistrats prévenus, nonobstant le prétendu privilège que les officiers ne puissent être jugés que par leurs compagnies et les chambres assemblées. Les notables, qui étaient en majorité des membres des cours souveraines, supplièrent le roi, tout en avouant les abus, de maintenir le privilège.

Le plus souvent ils approuvèrent les propositions du roi. Ils l'engagèrent à réduire la dépense de sa maison, l'entretien des garnisons et gens de guerre, à démanteler les châteaux et. places fortes inutiles, à réduire les troupes et à payer les soldats régulièrement.

Ils l'encouragèrent à modérer les décharges de tailles, comme il le proposait, lui demandant de supprimer les lettres d'anoblissement, vendues depuis trente ans, et les exemptions, les abonnements à la taille, les réductions de tailles, accordées gratis ou à prix d'argent aux Élus, aux archers des prévôts des maréchaux, etc. Ils le prièrent de ne plus anoblir les maires et consuls des villes, de ne plus créer d'officiers exempts de la taille et de réduire les officiers des maisons du roi, de la reine, des princes, etc., au nombre où ils étaient au temps du roi François Ier. On voit combien l'effort d'Henri IV avait été vain.

Ils conseillèrent de réduire les pensions, qui étaient de plus de six millions, à trois millions ou moins s'il se peut. Ils louèrent la sainte intention du roi d'abolir les commendes et de ne plus accorder d'abbayes qu'à des religieux dignes de ce nom. Ils déclarèrent comme lui honteux de mettre en vente les charges militaires et celles de sa maison, les gouvernements de provinces et des villes, mais comme il leur demandait une somme équivalente au Droit annuel pour lui permettre de supprimer la vénalité des charges de justice, ils l'engagèrent à les réduire d'abord au nombre fixé par l'ordonnance de Blois en 1579 — et, en cas de suppression de la paulette, lui laissèrent le soin de se procurer les 1.500.000 livres qu'elle rapportait, selon qu'il verra pour le mieux, sans néanmoins mettre ni imposer aucune nouvelle surcharge. C'était hypocritement demander le maintien de la vénalité.

Il n'y eut qu'une vive discussion ; le gouvernement proposait de défendre aux sujets du roi de communiquer avec les ambassadeurs des princes étrangers. Une partie de l'assemblée voulait ajouter : même avec les nonces des papes. On s'en rapporta au roi, qui n'en fut d'avis, et l'amendement fut écarté.

Le 26 décembre, les notables présentèrent le cahier des réponses. Le Roi partit le 29. Il les manda à Paris, et les reçut au château de Madrid, le 29 janvier 1618. Le Chancelier les remercia, leur permit de se retirer en leurs maisons, et, parlant pour le roi, leur donna sa parole royale qu'il envoyeroit incontinent en ses parlemens un édit sur les cahiers des États. En effet, en juillet 1618, il fut dressé un édit en 243 articles, qui ne fut jamais publié. Le gouvernement ne fit aucune des réformes qu'il avait lui-même proposées. La suppression de la paulette fut décidée par arrêt du Conseil, mais les magistrats crièrent tant qu'il fallut la rétablir.

 

II. — LUYNES ET MARIE DE MÉDICIS.

LA mort de Villeroy, survenue quelques jours avant la réunion des notables (12 nov.), affaiblit le groupe des vieux conseillers. Le crédit de Luynes allait croissant ; il possédait le roi et dirigeait l'État. Son gouvernement bénéficia pendant quelque temps de l'impopularité du maréchal d'Ancre. Les grands se tenaient tranquilles. Le favori, par son mariage avec Mademoiselle de Montbazon, s'était assuré l'appui de la maison de Rohan.

Seul, le duc d'Épernon ne s'était pas pressé de venir le saluer. C'était une puissance que ce Colonel général. Quand il se décida à se rendre à la Cour, les mestres du camp et les officiers, tant des régiments en garnison à Paris, que de ceux qui étaient en Picardie et Champagne, furent au devant de luy jusques à Estampes. Cet homme, hautain et très chatouilleux sur ses droits, disputa la préséance au Conseil au garde des Sceaux, Du Vair, et même, le jour de Pâques, dans l'église Saint-Germain, il l'ôta de force de la place qu'il avait prise près du Roi. Blâmé pour cette violence, il se retira dans sa maison de Fontenay-en-Brie et de là dans son gouvernement de Metz.

Luynes avait surtout à craindre l'opposition de la Reine-mère. Aussi surveillait-il son entourage. Richelieu, son conseiller le plus avisé, fut relégué dans un prieuré près de Mirebeau, et, de là, exilé à Avignon, avec son frère et son beau-frère (7 avril 1618).

Marie était comme prisonnière au château de Blois. On lui interdisait toutes relations avec les personnes de la Cour. Cependant Luynes, inquiet du départ de D'Épernon, envoya le P. Arnoux, jésuite, à Marie, qui, conseillée par un autre jésuite, le P. Suffren, consentit à signer une déclaration (3 nov. 1618) où elle jurait devant Dieu et ses anges de se soumettre en tout aux volontés du Roi, et de l'avertir aussitôt des rapports et ouvertures contraires à son service. Nous finirons, disait-elle, par une vérité tirée de notre cœur, qui est que si la conservation du Roi, notre dit seigneur et fils, dépendoit de notre perte, nous y consentirions, pour lui témoigner que nous l'honorons plus que nous ne nous aimons nous-même. Rien de plus touchant, de plus chrétien et de moins sincère.

Luynes continuait à l'offenser. Le cardinal de Savoie, Maurice, vint, à la fin de 1618, demander en mariage Christine, sœur cadette de Louis XIII, pour le prince de Piémont, fils aîné de Charles-Emmanuel. Marie ne fut pas consultée ; on se borna à l'avertir des fiançailles. Le contrat fut signé le 11 janvier 1619, et le mariage célébré le 10 février sans qu'elle y fût conviée.

Après ce traitement plus cruel qu'aucun qu'elle eût reçu jusqu'alors, elle fut plus résolue que jamais à fuir. D'Épernon, qui s'était mis en relations avec elle, partit de Metz, le 22 janvier 1619, et vint l'attendre en Angoumois. Elle s'échappa de Blois, dans la nuit du 22 février, et se rendit à Angoulême. Le 23, elle écrivait à Louis XIII qu'elle s'était mise en lieu sûr pour lui faire connaître plus librement les remèdes qu'il était urgent d'apporter au mauvais état des affaires.

Luynes commença à se rassurer lorsqu'il vit que Mayenne, Nevers, Rohan et que Bouillon même ne remuaient pas. Il aurait pu accabler le duc d'Épernon, mais il n'aimait pas la guerre ; il envoya le cardinal de La Rochefoucauld et le P. Bérulle prêcher la paix à Marie de Médicis et enfin se décida à lui rendre Richelieu, seul capable d'adoucir son esprit. Richelieu, rappelé d'Avignon, fut très mal accueilli par l'entourage de la Reine, mais il la ressaisit.

Il signa avec le cardinal de La Rochefoucauld le traité d'Angoulême (30 avril 1619), qui autorisait Marie à disposer des charges de sa maison, à demeurer où elle voudrait — et lui donnait, en échange du gouvernement de Normandie, celui d'Anjou, avec le château d'Angers, les Ponts-de-Cé et Chinon. D'Épernon recouvrait ses charges et appointements. Sans qu'il y ait eu, semble-t-il, de promesse formelle, Richelieu croyait pouvoir compter sur le chapeau de cardinal. Après deux ans d'abandon, la fortune recommençait à le servir.

La réconciliation entre le favori et la Reine était si peu franche qu'il fallut négocier six mois une entrevue entre le Roi et sa mère. Ils se virent à Couzières, firent leur entrée à Tours (5 sept.), et passèrent quinze jours ensemble. Le Roi s'en retourna à Paris, la Reine alla s'établir à Angers. S'il faut en croire Richelieu, Louis XIII montra, pendant ces deux semaines de vie en commun, une tendresse incroyable pour sa mère. Luynes, inquiet, mit en liberté le prince de Condé (20 octobre 1619) et fit enregistrer au Parlement une déclaration de son innocence, injurieuse pour Marie de Médicis qui l'avait fait emprisonner.

Luynes aurait dû au moins ménager les grands. Mais, par ambition ou simplement par instinct de préservation, il cherchait, comme tous les autres favoris, à fonder une maison et à se créer un parti. Il se fit nommer duc et pair de Luynes. Il s'attribua le gouvernement de la Picardie et donna celui de l'Île-de-France à son beau-père, le duc de Montbazon. Il maria ses deux frères à de très riches et illustres héritières, fit de Cadenet un maréchal de France et un duc et pair de Chaulnes, et de Brantes, un duc et pair de Luxembourg-Piney. Des cousins pauvres arrivèrent, par batelées, d'Avignon et eurent part à ses largesses.

Richelieu, qui n'agit pas autrement, reproche à Luynes et à ses frères d'avoir voulu accaparer les ressources de la France et la puissance de l'État.

... Il n'y en a aucune [place forte] qu'ils ne marchandent ; ... si elles ne sont pas à pria d'argent, ils les ravissent par violence, jusques-là qu'ils en prennent par ces voies jusqu'au nombre de dix-huit des plus importantes... Ils se fortifient de gens de guerre entretenus dans la Cour, tiennent le régiment de Normandie, commandé par le sieur de Chaulnes, et créé en sa faveur, sur pied dans le bois de Vincennes, acquièrent le plus de compagnies qu'ils peuvent dans le régiment des gardes ; achètent la compagnie de chevau-légers du roi.... En un mot, si la France était tout entière à vendre, ils achèteroient la France de la France même.

Par des alliances de famille, Luynes s'assurait l'appui de Lesdiguières, de Condé et de tous les Guise (sauf le cardinal).

Mais il avait beaucoup d'ennemis. Un prince du sang, Soissons, Mayenne, les Vendôme, D'Épernon et presque toute la noblesse se déclaraient contre lui. Ils étaient indignés du bruit qu'il allait être nommé connétable. Le favori mit aussi contre lui le Parlement, en faisant enregistrer de puissance absolue, dans un lit de justice, des édits bursaux qui créaient de nouveaux offices (18 février 1620).

La Reine-mère correspondait avec tous les mécontents et Richelieu lui servait de secrétaire. Les princes quittèrent la Cour : Mayenne était parti le 29 mars 1620 ; le duc de Vendôme rejoignit en Normandie le duc de Longueville, qui y avait commencé ses menées ; le comte de Soissons et sa mère sortirent de Paris (30 juin 1620) ; puis le grand prieur de Vendôme.

C'était leur façon de déclarer la guerre. Leurs forces, composées de noblesse volontaire et de soldats enrôlés, étaient considérables et réparties en trois groupes ; au sud-ouest, Mayenne et D'Épernon, dans leurs gouvernements de Guyenne et de Saintonge ; Marie de Médicis et Vendôme, au centre ; le duc de Longueville, en Normandie. Il n'y avoit là (en Normandie), et partout ailleurs que les villes qui se maintenoient tellement quellement, et assez foiblement en leur devoir. Mais les confédérés ne s'entendaient pas. Richelieu, pour garder Marie de Médicis en tutelle, ne voulait pas qu'elle allât rejoindre D'Épernon et Mayenne ; Vendôme, pour avoir le premier rang à l'armée, détournait D'Épernon et Mayenne de se rapprocher d'Angers.

Louis XIII résolut de pacifier la Normandie et partit le 7 juillet. Il fit son entrée dans Rouen, que le premier président du parlement avait maintenu dans le devoir. De là, il alla à Caen, dont la citadelle n'osa pas résister au roi en personne.

Créquy marcha alors rapidement sur Le Mans. La Reine-mère, qui s'était avancée jusqu'à La Flèche, fut obligée de rétrograder. Elle occupait Angers, et par les Ponts-de-Cé gardait le passage de la Loire et ses communications avec D'Épernon et Mayenne. Les troupes royales, se portant entre Angers et les Ponts-de-Cé, attaquèrent si vivement qu'ils mirent en fuite, en perdant seulement quelques hommes, cette cohue de grands seigneurs et de jeune noblesse. Aussi le combat s'appela-t-il la Drôlerie des Ponts-de-Cé (7 août). Marie pouvait encore se réfugier au sud de la Loire, mais Vendôme, le duc de Retz, la comtesse de Soissons, ne parlaient plus que de traiter. Luynes se montra accommodant. Richelieu et le Cardinal de Sourdis signèrent la paix (10 août 1620) sans autres conditions pour la Reine que de maintenir ceux qui l'avoient servie dans leurs charges et dignités et elle dans la liberté d'approcher le Roi son fils. D'Épernon et Mayenne désarmèrent. Le Roi avait la route libre vers le Béarn et la Navarre, où les protestants remuaient.

 

III. — RENAISSANCE CATHOLIQUE.

SOUS la régence et le gouvernement de Marie de Médicis, le catholicisme, tout-puissant à la Cour, s'était étendu et fortifié dans le pays. Des guerres de religion, il était sorti plus ardent et plus actif. Il travaillait à regagner les masses par les missions, l'enseignement et les confréries, à moraliser le Clergé et les fidèles ; il se manifestait par les œuvres, par les ordres religieux qu'il créait, les églises qu'il édifiait. C'est une véritable Renaissance religieuse.

Jamais le Clergé n'eut autant de crédit. Au XVIe siècle, les rois ne prenaient conseil ni de Rome ni de leur confesseur. Marie inaugura des pratiques nouvelles. Comme dans les Cours espagnoles et italiennes, le confesseur fut un conseiller occulte, mais qui changeait à chaque changement de favori. En 1617, après le meurtre de Concini, le P. Coton, qui n'avait pas su rompre à temps avec la Reine-mère, fut disgracié et remplacé par un autre Jésuite, le P. Arnoux. On ne vit jamais en France tant de prêtres et de moines occupés de tant d'affaires. Les nonces Ubaldini, Bentivoglio, Corsini intervenaient dans le gouvernement du dedans et du dehors, le premier si indiscrètement que le Tiers-État, en 1615 et 1617, voulut interdire aux sujets du roi tout rapport avec les représentants du pape. L'avènement de Luynes n'enraya pas l'ingérence cléricale. Les prélats ont séance et préséance au Conseil des affaires. Le cardinal de Retz en est le président ; lui mort, le cardinal de La Rochefoucauld y entre, et l'évêque de Luçon y vise.

Les masses étaient généralement croyantes, et aussi les classes élevées. Il ne faudrait pas croire, sur le dire de Silhon, un des premiers académiciens, que le déisme fût la religion des honnêtes gens, et que ceux-ci approuvassent, seulement pour le bien de la société humaine et la fermeté du repos public, de suivre le culte et les cérémonies extérieures... et laisser cette bride au peuple. Silhon généralisait avec excès, comme le P. Garasse, jésuite, et comme le fameux minime, le P. Mersenne, qui voyaient partout des athées. Les époques de foi sont naturellement exigeantes ; tel est simplement distrait par ses affaires ou ses plaisirs qui passe pour avoir renié Dieu ou l'Église.

Il y a eu, en ce premier quart de siècle, quelques impies de marque, mais combien rares : l'italien Vanini, qui enseignait l'identité de Dieu et de la nature, le poète Théophile de Viau, à qui le procureur général Mathieu Molé reprochait d'establir... par sa poésie... qu'il ne faut recognoître autre Dieu que la nature, à laquelle il se faut abandonner entièrement et oubliant le christianisme, la suivre en tout comme une bête, — et encore d'avoir composé un Traité de l'Immortalité de l'âme, où, sous couleur de traduire un païen, il avait, par une très insigne malice, cherché à découvrir les foibles raisons qu'ont eues les anciens pour appuyer cette croyance.

Le libertinage n'était le plus souvent qu'un feu de jeunesse, une pratique plus qu'une doctrine. La masse de la bourgeoisie et l'aristocratie parlementaire étaient très chatouilleuses sur les matières de foi. Vanini fut brûlé par le parlement de Toulouse (1618) et Théophile de Viau, emprisonné par celui de Paris, n'échappa au supplice que par la protection des Montmorency.

Pour instruire le peuple des vérités du christianisme, un protestant converti, Jean-Baptiste Romillion (1553-1622), avait commencé à prêcher dans le Comtat Venaissin, en Vivarais, en Provence ; il s'était adjoint César de Bus (1544-1607) et d'autres compagnons qui se vouèrent à l'enseignement et à la prédication. Cette libre association de bonnes volontés fut le début de la Congrégation de la Doctrine Chrétienne. Romillion a groupé aussi en Congrégation des jeunes filles, qui avoient conçu le dessein de faire la doctrine chrétienne aux personnes de leur sexe. Ainsi se fondèrent les Ursulines d'Avignon et de L'Isle (1599), qui en 1600 furent appelées à Paris.

Les Jésuites visaient la bourgeoisie et l'aristocratie. Après avoir réussi sous Henri IV à rentrer à Paris, ils obtinrent de Luynes, en 1617, le droit d'enseigner les enfants dans leur Collège de Clermont. En 1626, ils comptaient dans leur seule Province de Paris 13.195 élèves, répartis entre 12 Collèges et une École où il ne se faisait que des études de grammaire. Peut-être avaient-ils, dans les autres Provinces de leur Ordre, à Lyon, Tournon, Bordeaux, Avignon, Aix, Poitiers, Angers, Angoulême, Fontenay-le-Comte, etc., une clientèle scolaire aussi nombreuse.

Dans ces collèges, le culte de la Vierge groupait les jeunes gens les plus pieux en congrégations vouées à la Vierge, à la Purification de la Vierge, à l'Assomption de la Vierge, à la Vierge et aux Anges. Les congréganistes servaient de modèle à leurs camarades ; leurs dévotions, leurs austérités, leurs efforts pour le salut des âmes et la conversion des hérétiques étaient consignés, publiés, célébrés. En 1624, le P. Coton fit parattre pour l'édification du monde catholique et à la gloire de ces associations, dont il était l'ardent promoteur, un livre où il avait recueilli leurs plus beaux traits de piété et de vertu ou, comme il disait, un bouquet spirituel formé des plus douces fleurs du jardin de leur auguste Reine (la Vierge).

Ainsi les jeunes gens sont enrôlés, dirigés, excités ; au sortir du collège, ils entrent dans les congrégations d'hommes, toujours sous le vocable de la Vierge. En 1627, la congrégation des Messieurs de La Flèche compte 130 membres ; celle de Rouen, 100 ; celle de Rennes, 160. Quelquefois les écoliers et les personnes de la ville étaient groupés ensemble.

Même dans les villes ou ils n'ont pas de collège, les missionnaires jésuites réunissaient en congrégations les fidèles les plus remarquables par leur vertu, les liaient les uns aux autres par une communauté de pratiques.

Pour assurer le recrutement de bons prêtres, le Concile de Trente avait ordonné l'établissement de séminaires dans tous les diocèses. Rien n'avait été fait ni sous les Valois ni sous Henri IV. En 1583, le Concile provincial de Tours avait décrété que des séminaires seraient établis partout, dans trois ans. Et les choses en étaient restées là. L'initiative vint des particuliers.

Pierre de Bérulle, né en 1575 au château de Sérilly en Champagne, de Claude de Bérulle et de Louise Séguier, fille du président Séguier, était un prêtre d'une piété ardente et agissante. Il fonda la congrégation, si rapidement prospère, de l'Oratoire pour l'instruction des clercs destinés à la prêtrise. Mais le pape, par la bulle du 10 mai 1623, attribua aussi au nouvel Institut l'enseignement de la jeunesse. L'Oratoire fut obligé de se partager et peu à peu inclina à devenir un Ordre enseignant, en concurrence avec les Jésuites. Il fallut attendre encore quelque temps les séminaires.

Avant de fonder l'Oratoire, Bérulle était allé chercher en Espagne, pour l'établir en France, le plus austère des ordres voués à la contemplation et à la prière, les Carmélites réformées de Sainte-Thérèse (1604). Le moment était bien choisi. Avec le nouveau siècle commençait la grande poussée vers les cloîtres. En ce temps, écrivait L'Estoile en octobre 1606, il n'estoit nouvelle, à Paris et partout, que de fils et de filles de bonne maison, hommes et femmes de qualité, qui s'alloient rendre à ces nouvelles religions.... Les écrits de sainte Thérèse enlevèrent à leurs familles et menèrent au convent beaucoup de jeunes filles. Les Ordres les plus austères étaient les plus recherchés.

Les survivants du XVIe siècle étaient surpris et scandalisés ; ils étaient profondément croyants et chrétiens, mais ils ne se croyaient pas tenus, à part quelques rares zélés, de se mortifier et de jeûner plus souvent que ne l'exigeait l'Église. Leur religion était sage, humaine, raisonnable. Ils étaient habitués à se moquer des mœurs des moines et à considérer les abbayes, quand ils les jugeaient avec indulgence, comme des dotations affectées aux cadets de grandes familles et des maisons de retraite honorable, ouvertes aux filles non mariées. Pendant tout le XVIe siècle, il n'avait été fondé qu'un seul ordre de femmes, celui des Feuillantines, en 1557, par Jean Barrière, abbé de Cîteaux. Mais quelle abondance, dans la première moitié du XVIIe siècle : Recolettes, Carmélites, Capucines, Ursulines, sœurs Hospitalières de Saint-Charles, Bénédictines du Calvaire, Hospitalières de la Charité Notre-Dame, Filles de Charité, Darnes du Refuge, religieuses de la Miséricorde et Bénédictines de l'Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement.

Il y a là beaucoup d'ordres nouveaux. Les autres se rattachent aux Ordres anciens, mais, en adoptant une règle nouvelle ou en revenant à l'austérité de la règle primitive, ils se constituent à part en congrégations indépendantes. Il était en effet plus facile de fonder des monastères d'étroite observance que de réformer ceux où la règle n'était plus observée.

La réforme de Port-Royal des Champs (abbaye qui relevait de Cîteaux) est célèbre. L'avocat de l'Université contre les Jésuites, Antoine Arnauld, avait fait nommer, en 1599, sa fille, Jacqueline, coadjutrice de l'abbesse de Port-Royal. En 1600, Jacqueline fit profession et prit le nom d'Angélique. Elle avait alors neuf ans, et l'abbesse, étant morte deux ans après, elle lui succéda. M. et Madame Arnauld administraient l'abbaye ; ils y venaient souvent ; ils y menaient compagnie. Mais quand l'abbesse eut ses dix-huit ans, quelques sermons lui révélèrent une vie chrétienne toute différente de cette vie facile. Elle persuada à ses religieuses et prit la résolution de rompre avec le monde, de rétablir la clôture et la règle. Le jour où M. Arnauld vint visiter sa fille, il trouva portes closes (23 sept. 1609) et ne put lui parler qu'à travers le guichet. Ses prières, ses menaces pour se faire ouvrir la grille furent vaines. Angélique tomba évanouie de sa désobéissance, mais elle l'emporta. C'est par cette résistance aux sentiments les plus chers que s'ouvre l'histoire de Port-Royal.

Les religieuses n'étaient pas partout si faciles. Marie de Beauvilliers, nommée abbesse de Montmartre en 1598, n'y avait ramené les bonnes mœurs qu'au péril de sa vie. Antoinette-Marie d'Orléans-Longueville, veuve d'Albert de Gondi, marquis de Belle-Isle, renonça à réformer Fontevrault et fonda, avec le concours du P. Joseph, un Ordre nouveau, les Calvairiennes.

Nombreux aussi sont, au commencement du XVIIe siècle, outre les Oratoriens, les Ordres d'hommes, ou nouveaux ou sortis d'une réforme. Aussi Paris se peuple de couvents. De la rue Neuve de Saint-Honoré à la porte Saint-Antoine et dans les quartiers de la rive droite, dit, en 1639, un témoin, on a élevé dix-huit couvents en trente ans ; dans le faubourg Saint-Jacques, sept couvents ; dans le faubourg Saint-Germain-des-Prés, depuis vingt six et tant d'années, onze couvents. Et ce n'était pas tout[3]. L'ardeur religieuse se manifestait aussi par la construction de beaucoup d'églises ; en un demi-siècle, 16 grandes églises furent commencées, continuées ou achevées. Contre l'hérésie, le prosélytisme allait s'échauffant. Le Poitou et les pays limitrophes, Aunis et Saintonge, étaient, avec le Languedoc, la partie de la France où les protestants étaient le plus nombreux et le plus puissants. La plupart des villes étaient places de sûreté ; les grands seigneurs protestants, les La Trémoille, les Parthenay-Larchevêque avaient pour sujets beaucoup d'habitants des campagnes ? Sully était gouverneur du Poitou, Du Plessis-Mornay, de Saumur, où il avait fondé une Académie protestante. La Rochelle servait de boulevard et de port.

C'est pourtant cette région, si bien défendue, que les catholiques entreprirent de conquérir. Les Jésuites s'étaient glissés dans Poitiers (1606) et y avaient ouvert un collège. Mais leur action, si sûre, était lente et ne devait s'étendre aux masses que par l'intermédiaire des classes supérieures, bien dressées et bien dirigées. Les Capucins marchèrent au peuple, dont ils avaient les manières et les ardeurs. Leur provincial de Touraine était le P. Joseph (François Le Clerc du Tremblay), né en 1577 d'un président aux enquêtes et d'une noble demoiselle, Marie de La Fayette, et qui avait l'esprit retors d'un procureur avec l'ardeur belliqueuse d'un soldat. Après un séjour en Italie, un court apprentissage de la guerre devant Amiens (1597), et une apparition à la Cour d'Élisabeth dans la suite de l'ambassadeur Hurault de Maisse, il avait quitté la liberté du monde pour la règle austère des Capucins. Il prêcha avec succès, mais il rêvait d'autres triomphes. II alla fonder un couvent de Capucins à Saumur, à côté de Du Plessis-Mornay et de l'Académie protestante (1611). Par d'autres fondations, l'Ordre se cantonna en pays ennemi, à Niort et à Saint-Maixent (1612), à Thouars (1620), à Fontenay-le-Comte.

En même temps, des missions s'organisaient. Les Capucins allaient à pied, vivaient d'aumônes, approchaient les paysans et les ouvriers. Ils prêchaient dans les Églises, sur les places, dans les halles, exposant le Saint-Sacrement ou le promenant en grande pompe. Les populations accouraient à ce spectacle dont les guerres civiles avaient déshabitué même les catholiques. Plusieurs milliers de personnes campaient, priaient, suivaient les moines ; même des protestants de marque, des pasteurs et des anciens, revinrent à la messe. Mais il est douteux que les Capucins, comme ils le publièrent, aient converti cinquante mille personnes.

Même, cet apostolat à l'intérieur ne suffisait plus à l'ardeur des Jésuites et des Capucins ; ils rêvaient d'aller relever en Orient les chrétientés ruinées par la domination des Turcs ou les menées des Grecs orthodoxes.

Le P. Joseph envoyait des missionnaires dans le Levant, pour se consoler de n'avoir pu y envoyer une armée. De concert avec le duc de Nevers, il avait, en effet, essayé d'entraîner la France et l'Europe dans une croisade. Charles de Gonzague, duc de Nevers (et qui fut duc de Mantoue en 1627) était un ardent catholique, qui avait fait campagne en Hongrie contre les Turcs et avait été blessé, en 1602, au siège de Bude. Sollicité par les Grecs de Morée (1609) et par les chefs Albanais, réunis au monastère de Cucci (18 sept. 1614), de prendre le commandement d'une insurrection contre le sultan, il avait cherché des alliés à Rome, à Florence et à la Diète de Ratisbonne. Le P. Joseph, aussi enthousiaste que lui, le seconda de toute ses forces. Il alla, lui aussi, à Rome, à Florence, à Turin, prêcher la guerre sainte. Il mit en mouvement les Capucins errants à travers le monde pour chercher partout des alliés à son héros et des ennemis aux Turcs. En septembre 1617, le Duc fonda un nouvel ordre militaire international, la Milice chrétienne, pour combattre les Infidèles.

Un moment l'on put croire au succès. Le P. Joseph, envoyé en Espagne, crut avoir réussi à gagner la Cour de Madrid (1618). Nevers levait des soldats, armait des chevaliers, faisait construire cinq gros vaisseaux en Hollande. Les Polonais, battus par les Turcs à Cecora (9 sept. 1620), appelèrent l'Europe chrétienne à l'aide. Mais, avant que Nevers eût eu le temps d'accourir, ils furent vainqueurs et se hâtèrent de signer la paix de Choczim (9 oct. 1621). Quelque temps après, le roi d'Espagne refusa de laisser établir la Milice chrétienne dans ses États (1622). L'Empereur avait bien d'autres affaires. Le P. Joseph dut renoncer à son rêve et se borner à écrire contre les Infidèles une Turciade en vers latins ; il n'est pas excessif de supposer qu'il en garda rancune à la maison d'Autriche.

 

IV. — ENTENTE AVEC LA MAISON D'AUTRICHE.

LE crédit du Clergé, la fondation et la réforme des Ordres, les constructions d'églises, les missions, et même ce rêve de croisade montrent le redoublement de ferveur religieuse aux environs de 1620. Dans toute l'Europe, le catholicisme a repris l'offensive ; en France, il apparaît tout-puissant, agissant, et méditant la fin de l'hérésie. Il eût fallu à Luynes la passion, qu'il n'avait pas, de l'intérêt national pour résister à la poussée de la Contre-Réforme.

En 1618, commença en Allemagne, entre protestants et catholiques, la guerre qui devait durer trente ans. L'empereur Mathias (1612-1619) ayant voulu retirer aux protestants de Bohème les concessions que Rodolphe leur avait faites, le 9 juillet 1609, par la Lettre de Majesté, le comte de Thurn et quelques hommes déterminés envahirent le château de Prague, et jetèrent par la fenêtre les gouverneurs de l'Empereur-roi (23 mai 1618) ; c'était leur façon de proclamer la révolte. La Haute et Basse-Autriche, la Silésie, la Lusace et la Moravie, où Mathias avait entrepris la même œuvre de catholicisation, refusèrent d'armer contre les Bohémiens.

Mathias mourut (20 mars 1619). Il avait fait élire roi de Bohême (6 juin 1617) et roi de Hongrie (1618) son neveu Ferdinand de Styrie, l'ancien élève des Jésuites d'Ingolstadt et le destructeur du protestantisme en Styrie, et, par là, l'avait désigné au choix des Électeurs impériaux, habitués depuis près de deux siècles à nommer le chef de la maison d'Autriche. Ferdinand en effet fut élu à Francfort, le 28 août 1619. Mais, quelques jours auparavant (17 août), les Bohémiens l'avaient déposé et avaient nommé à sa place l'électeur palatin, gendre de Jacques Ier d'Angleterre et chef de l'Union Évangélique. Les Hongrois firent comme eux défection et appelèrent à l'aide le prince de Transylvanie, Bethlen Gabor, ardent calviniste, qui s'empara de Presbourg (14 octobre 1619) et donna rendez-vous sous les murs de Vienne à Thurn et aux Bohémiens. L'Empereur fut sauvé par l'arrivée de quelques régiments. Mais les révoltés hongrois choisirent pour roi Bethlen (23 août 1620).

En Allemagne, l'Union Évangélique et la Sainte Ligue Catholique s'étaient, suivant leurs sympathies religieuses, déclarées, l'une pour l'Empereur, l'autre pour l'Électeur Palatin et les Bohémiens. Ferdinand reçut des secours d'hommes et d'argent du pape, du grand-duc de Toscane, du roi d'Espagne. Il s'adressa aussi au roi de France, dont il lui importait encore plus de s'assurer le concours ou simplement la neutralité. L'issue de la guerre était douteuse si Louis XIII, conformément à la politique traditionnelle de la France, prenait parti pour les protestants.

Malgré la pression du parti catholique, le secrétaire d'État, Puisieux, fils du chancelier Sillery, et qui, depuis la mort de Villeroy, dirigeait les affaires étrangères, était d'avis de se désintéresser de la lutte. Mais le Jésuite Arnoux, le jour de Noël 1619, prêchant devant le jeune Roi, lui fit un devoir de conscience de soutenir l'Empereur contre les hérétiques. Le soir même, Louis XIII déclarait au comte de Furstemberg, ambassadeur de Ferdinand, qu'au mois de mars prochain, il rassemblerait une armée en Champagne et marcherait au secours de son maître. Le président Jeannin, dans le rapport qu'il fit au Conseil sur les affaires d'Allemagne, expliqua que si les rois précédents avaient eu raison de combattre les Habsbourg, quand ils étaient tout-puissants, le roi régnant pouvait les favoriser, maintenant qu'ils étaient faibles ; leur ruine serait funeste au catholicisme allemand et encouragerait les huguenots de France. Il conclut, et le Conseil fut d'avis, d'envoyer en Allemagne, pour négocier la paix entre les partis, trois ambassadeurs extraordinaires, personnages de marque, le duc d'Angoulême (Charles de Valois, comte d'Auvergne), le comte de Béthune et Charles de l'Aubespine, sieur de Préaux.

L'Union évangélique et la Ligue catholique étaient sur le point d'en venir aux mains. De la part des catholiques, Maximilien de Bavière avait proposé que les deux ligues s'abstinssent de toute hostilité, l'une contre l'autre, en Allemagne, tout en restant libres d'agir en Bohème. Les protestants avaient demandé qu'en retour, Maximilien barrât la route du Bas-Palatinat aux Espagnols, qui se disposaient à l'envahir, et, sur son refus, ils avaient rompu les pourparlers. A ce moment, arriva l'ambassade française, qui décida les princes protestants à reprendre les négociations et à traiter (Ulm, 3 juillet 1620) aux conditions que la Sainte Ligue leur avait offertes.

Comme les ambassadeurs l'écrivirent à Louis XIII, cet accord établissait une bonne paix parmi les États de la Germanie sans priver toutes fois l'Empereur de porter ses armes et celles de ses parents et amis dans le Palatinat, et en lui laissant cette faculté d'estre secouru en Bohême de toutes les forces de la Ligue catholique. Sans doute les Espagnols entreraient dans le Palatinat, mais le seul moyen d'obliger l'Électeur palatin à céder est un prompt et effectif attaquement dans ses pays patrimoniaux. Ainsi rassuré, l'archiduc Albert donna l'ordre à Spinola de marcher (sept.). Le gouvernement, suivant la même politique que ses représentants, refusait, sous divers prétextes, de payer les sommes qu'il devait à l'Électeur palatin depuis les guerres de religion, faisant, écrivait Louis XIII, tous ces offices en faveur de l'Empereur et de sa maison. Rarement on vit pareille insouciance des intérêts nationaux et pareille inconscience ; la diplomatie française en fut tout à fait discréditée. Bethlen Gabor accueillit mal l'offre de médiation que les ambassadeurs lui firent porter. Il ne l'accepta qu'après la défaite des Bohémiens à la Montagne Blanche (8 nov. 1620), et encore ne traita-t-il avec l'Empereur qu'un an après (6 janvier 1622) et sans l'intermédiaire de la France.

En Italie, D. Pedro de Tolède, gouverneur de Milan, le duc d'Osuna, vice-roi de Naples, et le marquis de Bedmar, ambassadeur d'Espagne à Venise, avaient juré de ruiner la Savoie et Venise. Après la paix de Pavie, Osuna entra (ou resta) en rapports avec un corsaire normand, Jacques Pierre, qui était passé de son service à celui de la République et qui offrait de soulever les mercenaires, très nombreux à ce moment à Venise, d'assaillir le Grand Conseil, d'incendier l'Arsenal et de mettre la ville à sac. Bedmar était au courant du complot, l'encourageait et le favorisait. Le Conseil des Dix, prévenu par deux officiers français, parents de Lesdiguières, condamna à mort les principaux coupables (12 mai 1618)[4]. La Cour de Madrid rappela Bedmar, et quelque temps après, le duc d'Osuna lui-même, qui, ruiné par ses menées, s'entendait, dit-on, avec Lesdiguières, Charles-Emmanuel et Luynes pour se rendre indépendant à Naples.

Le successeur de D. Pedro de Tolède à Milan, le duc de Feria, se tourna contre les Grisons, dont il lui importait tant de s'assurer les passages en raison des événements d'Allemagne et des Pays-Bas. La route militaire de la Savoie à la Franche-Comté pouvait être barrée ; le Saint-Gothard, ouvert aux Espagnols, ne menait qu'au lac des Quatre-Cantons, aux abords des cantons protestants, Berne et Zurich. Bien plus directes étaient les communications par les Grisons et la Valteline (haute vallée de l'Adda), entre les Habsbourg de Vienne et de Madrid. De Milan au Tyrol (par le Stelvio) et à Innsbruck, d'Innsbruck au Danube et à Vienne, il fallait à une armée dix jours ; elle en mettait quinze au moins, et vingt-cinq au plus, de Milan en Flandre par Coire, Fedkirch, le Rhin, Cologne et Liège.

La politique espagnole avait ce très grand avantage, que son intérêt se confondait ici avec la cause catholique. Feria envahit la Valteline, peuplée de catholiques, sujets des Grisons, et qui supportaient mal leur domination. Les Valtelins, encouragés par la présence des troupes espagnoles, exterminèrent les protestants de la vallée tant étrangers que du pays. Luynes envoya en Espagne, comme ambassadeur (fév. 1621), Bassompierre, qui signa avec Philippe III le traité de Madrid (15 avril 1621). Les Espagnols s'engageaient à restituer le pays qu'ils avaient occupé, mais ils avaient introduit des articles vagues et équivoques, qui obligeaient les Grisons à jurer les conventions adoptées et constituaient comme garants du serment le roi de France, les Valaisans et les Treize Cantons Suisses, ou tout au moins la majorité d'entre eux. Aussi, le traité signé à Madrid dépendait non seulement de l'adhésion des Grisons, mais de celle des Cantons Suisses. C'était ouvrir la porte à mille difficultés.

Les Suisses catholiques, travaillés par les agents espagnols, refusèrent de donner la caution qu'on leur demandait. Feria trouva de bons prétextes pour garder la Valteline. De leur côté, les Habsbourg d'Autriche attaquaient les Grisons par le Tyrol ; l'archiduc Léopold prit Mayenfeld et autres villes des Dix-Droitures (octobre 1621).

A l'ambassadeur vénitien, Priuli, qui lui faisait observer que les Espagnols garderaient la Valteline, si on ne les forçait pas d'en sortir, et que les Grisons, si on ne les secourait, seraient réduits à se soumettre au roi d'Espagne, Luynes répondait d'un air grave :

Voyons venir les événements, et, si l'on ne peut faire autrement, nous conclurons une bonne alliance, afin d'obtenir la restitution par la force (18 nov. 1621).

C'était l'ajournement indéfini de toute politique énergique.

 

V. — GUERRE CONTRE LES PROTESTANTS.

LUYNES, qui, en agissant ou en s'abstenant, servait si bien au dehors la cause catholique, avait les moyens de la servir encore mieux au dedans. Le rétablissement du catholicisme dans le Béarn était une des conditions que Clément VIII avait mises à son absolution. Mais Henri IV n'avait tenu qu'à moitié parole ; il s'était borné à nommer des évêques à Lescar et à Oloron et à les payer de ses deniers ; à rétablir la messe en beaucoup d'endroits ; à admettre les catholiques aux charges et dignités à condition qu'ils ne pourraient excéder le nombre des réformés. Les deux nouveaux évêques demandèrent vainement qu'on leur rendit les biens ecclésiastiques attachés autrefois à leurs fonctions ; mais, sous le gouvernement de Luynes, ils avaient chance d'être écoutés. Le favori, dans la joie de sa victoire sur Concini, avait fait vœu de travailler à la ruine des huguenots tout autant qu'il pourroit et jusques à leur faire la guerre, s'il en trouvoit l'occasion.

L'occasion n'était pas difficile à trouver. Le 2 juin 1617, à l'ouverture de l'Assemblée générale du Clergé, à Paris, l'évêque de Macon, Dinet, réclama, au nom de son Ordre, les anciennes terres d'Église du Béarn. Louis XIII, par arrêt du Conseil du 25 juin 1617, ordonna cette restitution et, en même temps, assigna les fonds nécessaires à l'entretien des ministres, des régents et des écoliers protestants sur le plus clair revenu de son domaine. Les protestants, appuyés par le maréchal de La Force, vice-roi du Béarn, firent des remontrances. Le roi confirma, le 7 septembre, sa décision de juin.

Les trois États du Béarn appelèrent à eux, à Orthez, les députés des Églises du Haut-Languedoc et de la Basse-Guyenne et invoquèrent l'appui de tout le parti. L'Assemblée générale des Églises protestantes, réunie à Loudun (septembre 1619), évoqua l'affaire du Béarn ; elle fit défense aux Jésuites et autres religieux de prêcher dans les villes de sûreté.

Les chefs du parti, plus accessibles aux influences de Cour, ne se montraient pas aussi résolus que les bourgeois et les ministres. Lesdiguières et Châtillon négocièrent un accord entre le roi et les Églises ; le roi promit, si les députés se séparaient, de prolonger de quatre ans le privilège des places de sûreté — et de pourvoir à l'affaire du Béarn dans quatre mois, mais au fond il était résolu à ne pas céder sur ce point, et ne voulait que se débarrasser de l'Assemblée.

Aussitôt après sa réconciliation avec sa mère (traité d'Angers, 10 août 1620), Louis XIII marcha vers le Sud. Le Conseil souverain de Pau, qu'il somma d'enregistrer l'Édit, refusa d'obéir. Il faut, dit Louis XIII, aller à eux. Il entra à Pau, et prit la place forte de Navarreins. Il commanda de rétablir le culte catholique dans le Béarn et la Navarre, restitua au Clergé ses biens et ses prérogatives, prononça la réunion de la Navarre et du Béarn à la Couronne, fit un seul Parlement, siégeant à Pau, des Conseils souverains de Pau et de Saint-Palais et rentra triomphant à Paris (7 nov. 1620).

Les protestants ne se résignèrent pas à ce coup d'autorité. Ils tinrent partout des assemblées et décidèrent de réunir à La Rochelle une Assemblée générale du parti, qui s'ouvrit le 25 décembre 1620. Bouillon, Sully et Lesdiguières, quoique itérativement invités à s'y rendre, ne s'y firent pas représenter, mais La Force, Châtillon, La Trémoille et Rohan y déléguèrent.

L'Assemblée ordonna des levées d'hommes et mit la main sur les caisses publiques. Elle divisa la France en huit départements, véritables circonscriptions militaires ayant chacune un chef général, (10 mai 1621). Bouillon, choisi comme chef du premier département (Île-de-France, Anjou, Touraine, etc.) devait commander en chef toutes les forces protestantes. Pour avoir ainsi fortement organisé la défense, les réformés furent accusés par les catholiques d'avoir établi une république dans l'État. Lesdiguières profita de ce prétexte pour abandonner la cause commune. La plupart des seigneurs réformés firent comme lui : seuls, Rohan, Soubise et La Force restèrent fidèles. Même, en dehors des grands, la France protestante n'était pas unanime. Le Midi (et pas tout entier) prit les armes ; le reste de la France ne remua pas.

Pour vaincre l'hérésie, Luynes se fit donner l'épée de connétable. L'armée royale occupa Saumur, prit Saint-Jean-d'Angély et assiégea Montauban (18 août 1621), qui fut héroïquement défendu par La Force, et le ministre. Charnier (sept.-nov.). Lorsque le Connétable, qui passait pour se tenir assez loin des coups, vit le mauvais succès de l'attaque, il négocia avec Rohan. Tant de faiblesse faisait scandale. La guerre était populaire parmi les catholiques. A Paris, quand on apprit la mort de Mayenne, tué devant Montauban, la populace s'ameuta, tua des réformés qui revenaient du prêche de Charenton, alla brûler et raser le temple. Les dévots étaient furieux. Le P. Joseph employait le cardinal de Retz et l'archevêque de Sens à redonner du cœur au Connétable. Le P. Bérulle gémissait, il répétait qu'il ne croyait pas que Dieu voulût exterminer les hérétiques par un si mauvais instrument (Luynes). Le confesseur du roi, le P. Arnoux, s'était depuis longtemps tourné vers Richelieu, qui apparaissait aux zélés comme l'homme de la Providence et, dès le 2 juin 1621, il lui écrivait : Quand un nouveau chevalier fait aux faubourgs de Saint-Jean-d'Angély (Luynes) vous aura donné sa place définitivement, personne n'en sera plus aise (je n'excepte pas même le P. Joseph, à qui je cède dans vos affections) que moy. Il excitait Louis XIII contre son favori.

Luynes eut encore assez de crédit pour faire renvoyer le confesseur, mais il fut obligé de lever le siège de Montauban, et le jeune Roi lui en voulut. Peut-être allait-il être disgracié, quand il mourut de la fièvre pourpre devant la petite place de Monheur (15 déc. 1621).

Le doux Bérulle, dans une lettre à Richelieu (26 déc.), qualifiait cette mort de coup de justice et de miséricorde. Les dévots ne se souvenaient que de leurs mécomptes ; ils oubliaient les services que Luynes leur avait rendus. Par faiblesse, par incapacité ou par zèle, il avait aidé au triomphe du catholicisme européen, et personne ne lui en savait gré.

 

 

 



[1] SOURCES : [Mayer], Des États généraux et autres assemblées nationales, XVIII. Mémoires de Mathieu Molé, p. p. Aimé Champollion-Figeac, I, Soc. H. F. Mercure français, V, VI et VII. Recueil des pièces les plus curieuses qui ont esté faites pendant le règne du connestable M. de Luyne, éd., 1624. Lettres, instructions diplomatiques et papiers d'État du cardinal de Richelieu, I et VII, Coll. Doc. inéd. Mémoires de Richelieu, Mich. et Pouj., 2e série, VII. Mémoires de Pontchartrain ; Mémoires de Fontenay-Mareuil, M. et P., 2e série, V. Déageant, Mémoires, 1668. Arnauld d'Andilly, Journal inédit, 1614-1620, p. p. Achille Halphen, 1857. Bentivogllo, La Nuriziatara di Francia del cardinale Gaido Bentivoglio. Lettere e Scipione Borghese, cardinal, nipote e segretario di Stato di Paolo V, p. p. Luigi de Steffaci, Florence, I-IV, 1863-1870. Mémoires d'Estat de Villeroy, 1665, III. Œuvres mêlées du président Jeannin, faisant suite à ses Négociations, Panthéon littéraire, éd. de 1875. Maréchal de Bassompierre, Journal de ma vie, S. H. F., II, 1873. Barozzi et Berchet, Relazioni dagli ambasciatori veneti... nel secolo decimosettimo, Serie II, Francia, I. A. de Barthélemy, Actes de l'assemblée générale des églises réformées de France (1620-1622), Archives historiques du Poitou, 1976. Barthélemy de Gramond, Historia prostratae e Ludovico XIII sectariorum in Gallia rebellionis, Tolosae, 1623. [Claude Malingre], Histoire de la rébellion excitée en France par les rebelles de la religion prétendue réformée des années 1621-1622, Paris, 1622. Charles Bernard, Histoire du roy Louis XIII, 1646. Mémoires du duc de Rohan, M. et P., 2e série, V. Mémoires de J. de Bouffard-Madiane sur les guerres civiles du duc de Rohan, p. p. Ch. Pradel, 1610-1629, Archives historiques de l'Albigeois, Fasc. V, 1898. Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, Duc de La Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnau, p. p. le marquis de La Grange, 1843, II et IV.

OUVRAGES A CONSULTER : Le Vassor, Histoire de Louis XIII, 1757, I et II. Le P. Griffet, Histoire du règne de Louis XIII, roi de France et de Navarre, 1758, I. G. Picot, Histoire des États généraux, 2e éd., 1888, IV. Victor Cousin, Le duc et connétable de Luynes, Journal des savants, mai, juin, juillet, sept., oct., nov., 1861 ; mai, juin, août, sept., oct., nov., 1862 ; janvier, 1863. Berthold Zeller, Le connétable de Luynes. Montauban et la Valteline d'après les Archives d'Italie, 1879. G. Hanotaux, Histoire du cardinal de Richelieu, L. II, 2e partie : Richelieu rebelle. La crise européenne de 1621. Richelieu cardinal et premier ministre (1617-1624), s. d. E. Pavie, La guerre entre Louis XIII et Marie de Médicis, 1899. Léon Geley, Fancan et politique de Richelieu de 1617 à 1627, 1884. Gustave Fagniez, Le Père Joseph et Richelieu, 1894. L. Dedouvres, De patrie Josephi Turciados libris quinque, 1894. Le P. Prat, Recherches... sur la Compagnie de Jésus en France du temps du P. Coton, IV et V, 1876-1878. Fortunat Strowski, Saint François de Sales, 1898. Félix Robiou, Essai sur l'histoire de la littérature et des mœurs pendant la première moitié du XVIIe siècle, L. I. (le seul paru) : La France de la paix de Vervins à l'avènement de Richelieu, 1858. Moritz Ritter, Deutsche Geschichte im Zeitalter der Gegenreformation und des Dreissigjährigen Krieges, 1555-1648, II (1586-1618), Stuttgart, 1895. Friedrich Hurter, Geschichte Kaiser Ferdinands bis zu dessen Krönung in Frankfurt, 1854, VII ; du même, Geschichte Kaiser Ferdinands II, 1857, I. Italo Raulich, La congiura spagnaola contra Venezia, 1883. Ernest Denis, Fin de l'indépendance bohème, II. Les premiers Habsbourg, La Défenestration de Prague, 1890. E. Charvériat, Histoire de la guerre de Trente Ans, I, 1878. A. Laugel, Henry de Rohan. Son rôle politique et militaire sous Louis XIII (1579-1638), 1889 ; du même, Le duc de Bouillon d'après des documents inédits, R. des D. M., janvier 1877. Abbé Puyol, Louis XIII et le Béarn, 1872. Henry de La Garde, Le duc de Rohan et les protestants sous Louis XIII, 1884. Anquez, Histoire des assemblées politiques des réformés de France (1573-1622), 1859 ; du même, Un nouveau chapitre de l'histoire politique des réformés de France (1623-1626), 1865.

[2] On voit que les services des secrétaires d'État commencent à se spécialiser et qu'il n'est pas tout à fait exact de dire qu'il n'y a eu de secrétaire d'État de la guerre qu'à partir de Richelieu.

[3] Henry Lemonnier, L'art français au temps de Richelieu et de Mazarin, 1893, p. 222.

[4] Sur la réalité de ce complot, voir Italo Raulich, qui dans sa Congiura spagnuola, résume et discute les différents systèmes et apporte des documents nouveaux inédits.