Organisation militaire
; Timar et Ziamet. — Guerre de Serbie et de Bulgarie (1389) : bataille de
Kossovo, mort de Murad (1389). — Bayezid. Abaissement des Grecs. Conquête de
l'Asie-Mineure. — Annexion de la Bulgarie (1394). Bataille de Nicopolis
(1396). — Timour-Leng. Bataille d'Angora. Mort de Bayezid (1402).
Organisation militaire ; Timar et Ziamet.
Les
dernières conquêtes des musulmans les avaient donnés pour voisins aux Serbes,
aux Bulgares et aux Albanais. Les chrétiens de l'autre côté des Balkhans
prirent l'alarme et le pape Urbain V fit prêcher une croisade. Mais sans
attendre les secours de l'Occident, Ourosch V, roi de Serbie, renforcé par les
voïvodes de Bosnie, de Valachie et par un corps auxiliaire de Hongrois,
marcha sur Andrinople, pendant que Murad était retenu au siège de Bigha, dans
la Mysie. Hadji-Ilbeki, que le chroniqueur appelle le lion du combat, marche
contre les Serbes et les joint sur les bords de la Maritza. Profitant de la
négligence avec laquelle les chrétiens se gardaient, il surprend leur camp
par une nuit obscure et leur inflige un désastre sanglant. La plaine porte
encore aujourd'hui le nom de Sirb-Zandughi (défaite des
Serbes) 1363. Cette
victoire donne Yénidjé (Kizil-Agadech) et Yamboli à Timourtach pendant que
Lala-Chahin occupe Ichtiman et Samakow.
Murad surpassant ses lieutenants en bravoure et en activité, conquiert
Karin-Abad, Aïdos, Sizéboli (Appolonia), Kirk-Kilissa
(1365-1370). Ourosch était mort assassiné,
Lazare Greblianowitch, après une guerre civile, s'empare de l'autorité
suprême ; il se ligue avec Sisman, prince de Bulgarie, et après quelques
hostilités sans importance les deux princes achètent la paix au prix d'un
tribut annuel et Murad épouse la fille de Sisman (1379), Timourtach, nommé Béylerbey, après la mort de Lala-Chahin, continue la
tradition d'Ala-Eddin et s'occupe activement de l'organisation de l'armée.
Les sipahis sont divisés en escadrons sous le commandement de Beuluk-Bachi.
Le commandant en chef, Sipahi Agha, a sous lui quatre officiers généraux. Le
prophète avait choisi la couleur jaune pour ses étendards[1], les Ommiades, le blanc[2], les Fathimites, le vert[3], les Abassides, le noir[4], les descendants d'Osman
prirent la couleur du sang : l'étendard des sipahis fut rouge. Chaque sipahi
reçut un fief militaire, cultivé par des paysans chrétiens ou mahométans
(rayas) propriétaires du sol, mais qui payaient la dîme au feudataire. Les
fils du raya héritaient de leur père ; à défaut d'héritier direct, un
collatéral ne pouvait hériter qu'avec la permission du sipahi et après avoir
payé un droit. A défaut d'héritiers directs ou indirects, le fonds passait à
un voisin sans que le sipahi put en disposer. Les sipahis étaient astreints à
la résidence dans leurs terres en temps de paix : en temps de guerre, ils
fournissaient un djebeli (cuirassier), par somme de trois mille
aspres de revenu. Tout fief qui produisait moins de vingt mille aspres
s'appelait timar ; le fief dont le revenu excédait cette somme portait le nom
de ziamet. Ces
fiefs étaient héréditaires dans la ligne masculine directe ; dans le cas
d'extinction de la postérité mâle du feudataire, ils faisaient retour au
domaine, et étaient alors attribués à un autre sipahi ou à un ancien
militaire. Cette institution rendit de grands services à l'empire jusque sous
le règne de Suleyman Ier ; mais après la mort de ce grand homme, les
possesseurs de fiefs se dispensèrent, peu à peu, de fournir le contingent
indiqué par la loi. Pour se
ménager des intelligences parmi les princes de l'Asie-Mineure, tous ennemis
acharnés des Ottomans, Murad maria son fils, Bayezid Ildérim, avec la fille
du prince de Kermian, alliance qui lui donna Kutahia et une autre ville de la
Phrygie, dot de la princesse. Guerre de Serbie et de Bulgarie : bataille de Kossovo, mort de Murad (1399).
L'ambition
du sultan croissait avec ses succès ; il força le prince de Hamid à lui
vendre ses États, tandis que Timourtach, sous prétexte que le tribut était en
retard, attaquait la Bulgarie et les Serbes, s'emparait de Monastir, Pirilpa, Istip et que Indjé-Balaban entrait dans Sophia après un long siège (1381-1383). Un complot fomenté contre le
sultan, par son fils Saoudji, se dénoue par la défaite et la mort du rebelle. Thessalonique
tomba au pouvoir du grand vézir, Kaireddin qui
termine, par ce dernier exploit, une longue vie de gloire et de succès.
Khalil-Djedberèli, le bras droit d'Ala-Eddin, avait
successivement servi Osman et Orkhan, il avait été grand-vézir pendant
dix-huit ans. La dignité de grand-vézir fut héréditaire dans sa famille
jusqu'après la prise de Constantinople. La mort
de Kaireddin-Pacha ranime les espérances des ennemis de Murad. Le prince de
Karamanie se met, en Asie, à la tête d'une ligue contre les Ottomans, pendant
que Lazare, entraînant la Bulgarie avec lui, envahit les possessions
ottomanes en Europe. Murad fait face à tous ses ennemis. Ala-Eddin prince de
Karamanie est écrasé dans la plaine d'Iconium par Timourtach (1386) et tombe au pouvoir du
vainqueur. Grâce à l'intervention de sa femme, fille du sultan, il garde sa
capitale et son royaume sous condition de payer tribut. Laissant ses
lieutenants pacifier l'Asie, Murad court en Europe où les événements
réclamaient sa présence. Une armée ottomane avait été détruite par les Serbes
: 20 000 Ottomans étaient restés sur le champ de bataille (1387) et Lazare s'apprêtait à donner
la main à Sisman, kral de Bulgarie. Pour empêcher la jonction des deux
armées, le vézir Ali-Pacha marche contre les Bulgares : Tirnova,
Schoumla tombent en son pouvoir et Sisman se réfugie dans Nicopolis (1388). Il tente une dernière fois la
fortune des armes, mais en vain : vaincu et fait prisonnier, il voit la
moitié de ses Etats passer sous le joug ottomans (1389). Murad épargna sa vie
et lui accorda un revenu digne de son rang. Son fils n'est plus que l'humble
feudataire du sultan. Pendant
que son allié succombait, Lazare poursuivait ses succès, mais à l'approche de
Murad, il recule pour attendre des renforts et opérer sa jonction avec les
princes de l'Albanie. Le choc eut lieu dans la plaine de Kossovo (champ des
merles). La lutte fut longue et acharnée, Bayezid s'y couvrit de gloire ; la
victoire était en suspens, lorsque le gendre de Lazare, Vouk-Brankovitch,
dans l'espoir de devenir prince de Serbie avec l'aide du sultan, fit
défection à la tête de 10 000 cavaliers. Dès lors tout était perdu pour les
Serbes : Lazare, blessé fut fait prisonnier, pendant que les débris de son
armée fuyaient en désordre. Après
la bataille, le sultan visitait le champ de carnage et se félicitait de son
triomphe, quand tout à coup un des corps sanglants qu'il foulait aux pieds,
se relève, lui plonge un poignard dans le cœur. Le meurtrier tombe sous les
coups des janissaires non sans avoir chèrement vendu sa vie, et content
d'avoir immolé l'oppresseur de sa race et de son pays. Les
poésies serbes célèbrent encore l'héroïsme de Milosch Kobilovitch, tandis que
le nom de Brankovitch est voué à l'exécration et au mépris (1389). Murad blessé à mort, vécut
encore assez pour le voir supplice de Lazare et mourut enseveli dans son
triomphe. Les
chroniques serbes et les historiens byzantins donnent une autre version de la
mort de Murad : « La
veille de la bataille, le roi étant à boire avec ses nobles, dans des coupes
appelées stravizas : « Vide cette coupe à ma
santé, dit Lazare à Milosch, quoique tu sois accusé de nous trahir. » — «
Merci, répondit Milosch, la journée de demain prouvera ma fidélité. » Le
lendemain matin, Milosch se rendit, sur un puissant coursier dans le camp
ennemi et demanda comme transfuge à être admis à baiser les pieds du sultan,
ce qui lui fut accordé[5]. » C'est alors que
Milosch, saisissant le moment favorable aurait poignardé Murad. Bayezid. Abaissement des Grecs. Conquête de l'Asie-Mineure.
A peine
Murad avait-il rendu le dernier soupir que l'armée acclamait son fils aîné
Bayezid que sa brillante valeur avait fait surnommé
Ildérim (l'éclair). Le
nouveau prince inaugura son règne par l'assassinat de son frère Yacoub. Il
n'avait pu voir sans dépit, ce rival de gloire partager avec lui l'affection
des soldats ; craignant qu'il ne tentât de lui ravir la couronne en invoquant
l'exemple d'Orkhan, préféré à son frère aîné, il fit étrangler le jeune
prince avec une corde d'arc[6]. L'exemple de Bayezid porta ses
fruits : et tous ses successeurs marchèrent sur ses traces : l'assassinat ou
du moins la captivité du frère du sultan devint une loi d'État. Lorsqu'on
consentait à épargner ces jeunes princes on avait soin de ne composer leur
harem que d'esclaves rendues stériles par des breuvages préparés ad hoc.
Si malgré cela elles accouchaient, l'enfant était impitoyablement mis à mort. La
puissance et l'indépendance de la Serbie étaient tombées à Kossovo, cependant
le nouveau sultan, craignant de pousser au désespoir ces fières peuplades, se
contenta de réduire Étienne, fils de Lazare, au rôle de prince vassal et
épousa sa sœur. Le despote de Serbie dut payer un tribut annuel et fournir un
contingent déterminé de troupes. Les
Paléologues se disputaient, les armes à la main, l'empire grec réduit à une
seule province. Ils n'eurent pas honte de mendier tour à tour la protection
de leur puissant voisin. Pour l'acheter ils prodiguèrent l'or et ne
reculèrent devant aucune bassesse devant aucune lâcheté. Il ne
restait aux Grecs, en Asie, qu'une seule ville Ala-Schehir
(Philadelphie) le gouverneur refusa d'en
ouvrir les portes à un barbare. Bayezid furieux ordonna aux empereurs Jean et
Emmanuel Paléologue de la réduire eux-même. Les
deux princes étaient descendus à ce degré d'abjection qu'ils n'eurent pas
honte de monter à l'assaut de leur propre ville et de livrer ses ruines
fumantes à leur terrible allié. Le
prince d'Aïdin abandonne ses états au sultan et se retire à Tyra ; les
seigneurs de Meutesche et de Saron-Khan vont
chercher un asile chez le prince de Sinope et de Kastamouni.
En même temps fut confisquée la principauté de Tekieh. Ala-Eddin,
prince de Karamanie, pour sauver sa couronne, cède à Bayezid une partie de
ses états et prend pour limite la rivière de Tcheharchembé.
Tout pliait devant Bayezid : il repasse le Bosphore, attaque Manuel
Paléologue, ravage l'Eubée, l'Attique, puis laissant une armée bloquer
Constantinople, il court sur le Danube et envahit la Valachie. Le duc (dux belli) Manès, un des vaincus de Kossovo, est contraint d'accepter un
traité par, lequel le sultan force « la principauté soumise à ses lois
invincibles, à payer le tribut, et consent qu'elle continue à se gouverner
par ses propres lois » (1373). Ala-Eddin, croyant l'occasion favorable reprend les armes pour
tenter un dernier effort, fait prisonnier le Beyllerbey Timodtach
et s'avance jusqu'à Angora. Bayezid, par sa promptitude, déjoue tous les
plans de l'ennemi. Il traverse l'Hellespont, joint Ala-Eddin, à marches
forcées, dans la plaine d'Ak-Tchaï, et le fait
prisonnier avec ses deux fils. La Karamanie est réunie à l'empire. Kazi
Bourhan-Eddin, prince de Tokat, de Sivas, est également dépouillé par
l'insatiable conquérant. Des
principautés élevées sur les ruines de l'empire Seldjoukcide, il n'en restait
plus qu'une seule qui n'eût pas subi le joug ottoman, Keuturum-Bayezid,
prince de Kastamouni, à la cour duquel les victimes
de Bayezid-Ilderim avaient trouvé asile, ne pouvait espérer d'éviter
longtemps le sort de ses voisins. Le sultan réclama les fils des princes de
Mentèsche et d'Aïdin ; sur le refus de Keuturum de
les livrer, Bayezid envahit ses Etats, s'empare de Samsoun, Djanik, Osmandjik. Hors d'état
de résister, le prince de Kastamouni[7], se réfugia avec ses protégés
auprès du Khan des Mongols, Timour-Leng. Annexion de la Bulgarie (1394).
Bataille de Nicopolis (1399).
Tant de
prospérités avaient porté l'orgueil du sultan au plus haut degré : tout
entier aux suggestions du grand-vézir, Ali-Pacha, il s'abandonne, sans
contrainte, à l'usage immodéré du vin et à de hideuses orgies. L'exemple
du sultan eut de tristes résultats : la dépravation, partie de haut, ne fut
pas longue à démoraliser la nation. Les remontrances hardies de son gendre,
Emir-Seïd, rappelèrent pourtant le sultan à ses devoirs. Emir-Seïd
visitait un jour avec Bayezid, la mosquée que ce prince faisait élever à
Brousse. Interrogé par le sultan s'il trouvait la mosquée à son goût : « Oui,
répondit-il.... mais il manque une chose à sa
perfection, alors l'ouvrage aura un tout autre prix aux yeux de votre
Hautesse. — Quoi
donc reprit vivement Bayezid. « Il
me parait, répliqua l'émir, qu'il faudrait aux quatre coins de la mosquée
quatre beaux cabarets, ils relèveraient l'élégance du bâtiment et engageraient
votre Hautesse à y venir souvent avec les amis de sa table. » Bayezid
accepta la leçon et fit vœu de ne plus boire de vin. S'il ne tint pas son
serment, du moins il ne s'enivra plus. Il
réprima la vénalité qui avait été la conséquence de la corruption des mœurs.
Les traitements des juges augmentés et réglementés, leur assurèrent un revenu
suffisant (1396). Pour
réparer les scandales qu'il avait causés, il prend pour guide le scheik
Bokhari, plus connu sous le nom d'Émir-Sultan. Les débauches du sultan
n'affaiblissaient en rien son ardeur guerrière ; il menait de front les
plaisirs et les affaires de l'État. Le
blocus de Constantinople durait toujours ; Bayezid juge le moment venu
d'incorporer la Bulgarie à l'empire. Le kral de Bulgarie, Sisman, est égorgé
et son fils n'échappe à la mort qu'en se faisant musulman : pour prix de sa
lâcheté, il obtient le gouvernement de Samsoun (1394). Le roi
de Hongrie, Sigismond, intervient alors et demande au sultan de quel droit il
s'empare de la Bulgarie. Bayezid sans rien dire, montre aux envoyés hongrois
un trophée d'armes, enlevés aux vaincus. Cette réponse décida la guerre.
Sigismond implore le secours des princes chrétiens et le pape fait prêcher la
croisade. Le puissant duc de Bourgogne fait prendre la croix à son fils, le
comte de Nevers et l'envoie à la tête de six mille hommes au secours de la
Hongrie. L'armée croisée se grossit des seigneurs de la Bavière et de la
Styrie et des chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem. Le
comte d'Eu, connétable de France, les ducs de Bourbon, Henri et Philippe de
Bar, cousins du roi de France, l'amiral Jean de Vienne, le maréchal de
Boucicault, les sires de La Trémoille, de Coucy étaient à la tête de la plus
brillante noblesse de France. L'armée
confédérée, forte de soixante mille hommes, passe le Danube et met le siège
devant Nicopolis. Bayezid accourt pour sauver la place et une terrible
bataille s'engage. L'armée
ottomane s'élevait à deux cent mille hommes et comptait dans ses rangs, à la
honte des schismatiques, autant de Serbes, de Bosniaques et de Grecs que
d'Osmanlis. Méprisant
les conseils de Sigismond et les représentations de Coucy et du grand-maître
de Rhodes, sans même attendre le gros de l'armée, les chevaliers français
fondent sur les troupes ottomanes, dispersent l'avant-garde, enfoncent les
sipahis, mais entourés de tous côtés, ils sont repoussés, rejetés sur l'armée
hongroise. Au moment où l'on vit les chevaliers français reculer en désordre,
l'aile droite commandée par le traître Lazkovitch, voïvode de Transylvanie,
s'enfuit ; Manès, qui formait l'aile gauche, bat en retraite avec les
Valaques. Restait le centre, composé des Hongrois et des Allemands, douze
mille hommes. Ils marchèrent bravement en avant. Le combat reprit avec fureur
et la victoire, malgré l'énorme disproportion du nombre, fût peut-être restée
aux chrétiens, sans l'intervention des Serbes. Étienne Lazarovitch, fils du
vaincu de Kossovo, resté jusqu'alors, sur les bords de l'Osma, spectateur du
combat, se rua avec vingt mille Serbes, au secours de celui dont le père
avait fait périr le sien. Le
désastre des croisés fut complet ; mais c'était une victoire chèrement
achetée. Soixante mille musulmans couvraient le champ de bataille. Bayezid
jura par le prophète de tirer vengeance : dix mille captifs furent égorgés
sous les yeux du vainqueur. Le comte de Nevers, qui gagna à cette bataille le
surnom de Jean sans Peur, et vingt-quatre seigneurs des premières familles de
France furent seuls épargnés dans l'espoir d'une grosse rançon. Lorsque le
comte de Nevers, après avoir payé sa rançon et celle de ses compagnons
d'armes, fut rendu à la liberté, Bayezid lui dit : « Je te
remets ton serment de ne plus porter les armes contre moi, car tu ne peux
m'être plus agréable qu'en m'opposant toutes les forces de la chrétienté, et
en me préparant ainsi de nouveaux triomphes. » L'empereur
grec, Jean Paléologue, achète la paix, moyennant une somme annuelle de dix
mille écus d'or, et s'engage à bâtir, dans sa capitale, un djami et un mekkémé
(cour
de justice),
auxquels seraient attachés un imam et un kadi. Timour-Leng. Bataille d'Angora. Mort de Bayezid.
«
L'arbre de la fortune du sultan, dit un historien grec, rompait sous les
fruits qui mûrissaient chaque jour au chant des oiseaux. » Retiré à Brousse,
il jouissait de ses triomphes et se reposait de ses fatigues, au milieu des
voluptés de toutes sortes. Son nom répandait au loin la terreur, il s'était
vanté de faire manger l'avoine à son cheval dans Rome, et l'Italie tremblait
; mais l'orage s'amoncelait et la foudre n'allait pas tarder à frapper
l'orgueilleux monarque : Timour-Leng approchait. Timour
avait reconstruit l'empire de Djenghis-Khan, auprès de lui s'étaient réfugiés
les princes spoliés par Bayezid, qui accueillit à son tour Ahmed-Djelaïr,
prince de Bagdad et de l'Irak, dépossédé de ses États par le souverain
mongol. Celui-ci somma le sultan de livrer le fugitif ; au message de Timour,
Bayezid ne répondit que par des paroles de mépris et n'interrompit pas un
instant le cours de ses plaisirs. Tout à
coup le sultan apprend que l'armée mongole a envahi ses États ; ses troupes
ont été écrasées, Sivas tombé au pouvoir du vainqueur a été noyé dans le sang
; son fils Erthogrul, pris au milieu du combat, a eu la tête tranchée. A ces
nouvelles, le lion se réveille : réunissant toutes ses forces, Bayezid court
au-devant du conquérant tartare et lui livre bataille dans les plaines
d'Angora. La lutte commencée à six heures du matin ne finit qu'à la nuit.
Jamais Bayezid ne fut plus digne de son nom Ilderim ; jamais il ne déploya une
aussi brillante valeur ; mais il avait lassé la victoire. Dès le début de
l'action, les troupes d'Aldin, de Mentèsche, de Saroukhan, de Kermian dont
les princes combattaient avec Timour, passèrent à l'ennemi. A la tête de dix
mille janissaires et des auxiliaires serbes, le sultan lutta toute la
journée, ce ne fut que lorsqu'il eût vu tomber les derniers soldats de sa
garde fidèle que l'intrépide guerrier se décida à fuir. Mais une chute de son
cheval le fit tomber au pouvoir de l'ennemi (20 juillet 1402). De ses cinq fils présents à la
bataille, Moussa partagea la captivité de son père, Suleyman, Mohammed et Iça parvinrent à s'échapper ; Mustapha disparut dans la
déroute. Timour
accueillit son prisonnier avec égards, ce ne fut qu'après trois tentatives
d'évasion, qu'il usa de rigueur et fit enchaîner son captif. L'histoire de la
cage de fer où aurait été enfermé Bayezid est un conte forgé à plaisir. Voici
ce qui a pu donner lieu à cette anecdote : comme la vue des Tartares irritait
au dernier point le fougueux sultan, Timour le fit voyager dans une litière,
dont les fenêtres étaient grillées, et qu'on appelle kafess,
or ce mot signifie littéralement cage ; des historiens étrangers trompés par
ce vocable ont propagé la légende de la fameuse cage de fer. Le
chagrin minait le captif et ne tarda pas à le conduire au tombeau (9 mars 1403). Timour-Leng
permit à Moussa de porter le corps de son père à Brousse, où il fut inhumé
dans le turbé de Tchekirgué auprès de Murad Ier. Le règne de Bayezid vit commencer la corruption des mœurs ; la vénalité des juges devint telle que le sultan ordonna en un jour la mort de quatre-vingts juges prévaricateurs. Mais l'homme qui doit surtout en porter la responsabilité honteuse, c'est le grand vizir, Ali-Pacha, qui mit tout en œuvre pour flatter, exciter et développer les passions fougueuses de son maitre. |
[1]
Couleur du Soleil.
[2]
Couleur du jour.
[3]
Couleur de la Terre.
[4]
Couleur de la nuit.
[5]
Jean Ducas.
[6]
La strangulation avec une corde d'arc est le genre de supplice le plus
honorable et réservé aux grands de l'empire ; c'est le dernier de leurs
privilèges. De même autrefois les gentilshommes avaient seuls le droit d'être
décapités.
[7]
C'est une des plus riches provinces de l'Asie ; Samsoun embellie par
Mithridate, Amassia dans l'ancien pays des Amazones ;
Osmandjik sur les rives du Kizil-Ermak (Halys) ou on
voit un pont de dix-neuf arches, ouvrage de Bayazid II ; Kastamouni
remarquable par ses mosquées à l'architecture capricieuse et légère ; Sinope,
port important et commerçant sur la mer Noire, en sont les principales villes.