LE MENSONGE CHRÉTIEN - (JÉSUS-CHRIST N'A PAS EXISTÉ)

 

TOME X — BAR-ABBAS

III. — DE JÉSUS À PAUL.

 

 

I. — Péréghérinos fut-il le seul christ du second siècle ? En voici un autre. Celui-là encore, nous ne le connaissons que par Lucien, et par Lucien soumis à la censure ecclésiastique.

C'est à Celsus, l'auteur du livre Contre les Magiciens, que Lucien dédie Alexandre ou le faux prophète. Alexandre est absolument contemporain de Péréghérinos. Il était d'Abonotichos, dans le Pont. Son père, nommé Podalire, était thessalien de Tricca, non loin de l'Hypate de l'Âne d'or[1]. Sa mère disait descendre de Persée, dernier roi de Macédoine, vaincu par les Romains de Paul-Émile[2]. C'était bien le plus rusé de tous les mortels ; nul n'eut jamais plus de pénétration et d'intelligence. Plein de curiosité, doué d'une mémoire prodigieuse, d'une extrême facilité pour apprendre, les plus heureuses dispositions pour toutes les sciences brillaient en lui à un point incroyable. Il avait l'art de persuader et d'inspirer la confiance. Imitateur hypocrite de la vertu, il feignait d'avoir des vues contraires à ses véritables desseins, et quiconque le voyait pour la première fois le croyait le meilleur, le plus doux, le plus véridique, le plus modeste de tous les hommes. Un habitant de Tyane, médecin et magicien, et qui se disait ami du fameux Apollonius, le prit à son école où, parait-il, il lui apprit beaucoup trop de choses. A sa mort, Alexandre s'associe avec un nommé Coconnas, maître de ballets de Byzance, expert en maquillages, en transformations, en trucs de théâtre, et tous deux, liés par un infâme commerce, parcourent la Bithynie, vivant, comme ils le disaient, sur les gens gras. Ayant rencontré une femme de Macédoine, ils la suivirent à Pella, sa patrie et celle d'Ariston, le pêcheur d'hommes auquel nous devons la Dispute de Jason et de Papiscos.

Doué des mêmes facultés que Péréghérinos, Alexandre fit son éducation de charlatan à Pella. Ce fut son séjour en Egypte. Héritier putatif d'une famille qui avait régné sur la Macédoine, il ne lui manquait qu'une Apocalypse et une épée pour être égal à Bar-Abbas. Il fabriqua cette Apocalypse, et dès ce jour il eut une épée qui, pour n'être point celle de David, n'en lançait pas moins des éclairs. Eclairs pacifiques, car ce n'est pas Pour lutter contre les Romains qu'il la tirait, mais pour la briser à leurs pieds.

Alexandre et Coconnas rêvaient une mystification grandiose et lucrative, mais sans péril : l'établissement d'un oracle, par exemple, mais nettement antijuif. Ils ne se souciaient pas d'être contrariés dans son exploitation, comme l'avait été Péréghérinos. Ils achetèrent un serpent apprivoisé, comme il y en avait en ces contrées, pour jouer le rôle de révélateur : c'est ce qu'on appelle un esprit de python dans les Actes des Apôtres. Pour établir l'oracle, Coconnas proposait la Calcédoine, Alexandre la Paphlagonie, le Pont et la Bithynie, comme étant plus stupides encore. L'avis de Coconnas l'emporta. Arrivés à Calcédoine, ils enfouirent dans le temple d'Apollon, le plus ancien du pays, des tablettes d'airain qu'ils avaient faites[3] ; elles portaient que bientôt Esculape, dieu de la médecine, accompagné de son père Apollon, se ferait voir dans le Pont et dans la Bithynie, mais avant tout dans la ville d'Abonotichos, patrie d'Alexandre. Les habitants résolurent d'élever un temple aux dieux qui devaient venir les visiter, et commencèrent à en creuser les fondements ; mais sur ces entrefaites Coconnas mourut subitement à Calcédoine où Alexandre avait eu beaucoup de succès en s'exhibant avec l'épée de Persée.

Alexandre se sentait de taille à faire un dieu, mais il fallait modifier les tablettes qui en annonçaient deux-En conséquence, il fit paraître un oracle rectificatif dans lequel la Sibylle prédisait que, sur les bords du Pont-Euxin, près de Sinope, un prophète naîtrait dans une citadelle, sous l'empire des peuples de l'Italie. La première lettre de son nom désigne une unité, la seconde trois dizaines, la troisième, cinq unités, et la quatrième trois vingtaines (en tout un tétragramme comme celui du Plérôme jehouddique). Du cercle de ces quatre lettres se forme le nom d'un homme qui est l'image du Dieu bon, guérisseur et protecteur de l'Ionie en même temps que de l'Occident.

Précédé de cette Apocalypse, Alexandre arriva dans Abonotichos. Afin de damer le pion à feu Bar-Abbas, il annonça que sa mission durerait mille trois ans[4], — trois ans de plus que celle de Bar-Abbas ; — après quoi il tournerait ses bienfaits vers la Bactriane et les Pays voisins : il voulait que les Barbares pussent jouir de sa présence, les Grecs ayant assez d'oracles. A la différence de Bar-Abbas qui forçait le Père à descendre Pour lui tenir compagnie à partir de l'an de Rome 1789, Alexandre devait être rappelé un jour au ciel dans un coup de foudre : il évitait le voyage à son Père ! D'ailleurs il ne le cédait à personne, pas même à Péréghérinos, il guérissait toutes les maladies et ressuscitait les morts (on ne sait par quel procédé).

Il avait une petite infériorité sur Bar-Abbas, il ne savait pas faire de colombes. Mais il avait appris des gloses hébraïques ou phéniciennes peut-être, dit Lucien, il mâchait de la racine de struthion[5] grâce à laquelle sa bouche se remplissait d'écume. Il avait fabriqué avec de la toile peinte une tête de serpent qui ressemblait à une figure humaine, dont la bouche s'ouvrait et se fermait à volonté, laissant passer une langue noire armée d'un double dard qui rentrait et sortait par le moyen de quelques crins de cheval. Enfin, s'il n'avait pas eu à enfouir sur le Garizim des vases soi-disant enterrés par David et que Bar-Abbas devait découvrir avant de marcher sur Jérusalem, il sut tout au moins se lever la nuit, prendre un œuf d'oie, le vider, y déposer un petit serpent qui venait de naître, entourer l'œuf de boue et le cacher dans les fondements du temple que les gens d'Abonotichos étaient en train d'édifier pour l'Esculape attendu. Le lendemain, dès le point du jour, il arrive sur la place publique, n'ayant pour tout vêtement qu'une ceinture brodée d'or sur les parties honteuses, tenant à la main l'épée de Persée qu'il avait à Calcédoine, agitant sa chevelure et proférant les gloses les plus incompréhensibles de sou répertoire ; il entraîne la foule au temple en construction, descend dans l'eau en chantant un hymne à la gloire d'Apollon et d'Esculape, appelle le dieu, l'invite à venir dans la ville, demande une coupe, la plonge dans l'eau, en tire l'œuf dans lequel il avait renfermé le signe d'Esculape et dont il avait eu soin de fermer l'ouverture avec de la cire blanche et de la céruse, et s'écrie : J'ai trouvé Esculape ! comme André dit à Pierre : Nous avons trouvé le Messie ! Il casse l'œuf dans sa main, le petit reptile sort et s'enroule autour de son doigt. A cette vue, les Abonotichiens poussent des cris de joie, escomptant la félicité qui les attend. Mais Alexandre échappe à leur manifestation, et rentre chez lui, emportant le nouvel Esculape qui venait de naître pour la seconde fois, à la différence des hommes qui ne sortent qu'une fois du sein de leur mère.

Pendant plusieurs jours il ne sortit pas de sa meute C'était pour qu'on en forçât les portes, et lorsque la foule y pénétra, que vit-elle ? Alexandre vêtu comme un pontife (selon l'ordre de Melchisédec ?), couché sur un lit, et tenant l'Esculape de Pella roulé autour de lui, la tête sous son aisselle, tandis qu'il le faisait voir par l'ouverture de sa tunique, coiffé de la tête de toile peinte qu'il lui avait fabriquée ! Que le petit serpent du temple était devenu grand en si peu de jours ! Au pouvoir qu'Alexandre avait sur les êtres, on pouvait juger de celui qu'il aurait sur les choses ! Il millénariserait tout, transfigurerait tout, ferait tout croitre 1 Nul doute qu'il ne fût le Dieu dont ce serpent était le signe !

Pour confirmer la bonne opinion qu'il faisait concevoir, Alexandre s'était lui-même écrié : Je suis Glycon[6], le sang du Père des dieux ! Ah ! si Bar-Abbas avait pu tenir le Zib comme Alexandre tenait le Naasson ![7]

Le but de toutes les machines qu'il avait mises en jeu, c'était de rendre des oracles et de prédire l'avenir à ceux qui venaient consulter le dieu. On peut voir dans Lucien les fraudes dont il usait pour faire ses réponses, les soumettant à son bon plaisir, quand il s'agissait d'espérances, de succès ou d'héritages : Cela viendra, répondait le dieu, quand je le voudrai, lorsque Alexandre, mon prophète, me l'aura demandé, et qu'il aura fait des vœux pour vous. Car de même que l'Abbas des Juifs avait dit de Bar-Jehoudda : Celui-là est mon bar bien-aimé en qui j'ai mis mes complaisances, écoutez-le ! l'Esculape avait rendu cet oracle : Je vous ordonne à tous d'honorer mon prophète, je le préfère à tous vos présents (sans toutefois vous dispenser d'en offrir !)

Cependant Alexandre n'était pas ventriloque comme Bar-Abbas, et il ne pouvait faire parler Esculape que par écrit. On le lui fit sans doute observer, car il annonça bientôt que le dieu répondrait lui-même, sans le ministère de son interprète. A cet effet, il attacha ensemble des trachées-artères de grues qui aboutissaient à la tête du serpent faite à l'image de la figure humaine. Un compère, placé dans une pièce voisine, parlait avec force dans les artères et rendait des oracles qu'Alexandre appelait autophones. Quand il s'était trompé, il rectifiait par des oracles postérieurs aux événements et les insérait dans son recueil, selon la méthode employée par les évangélistes pour masquer la faillite de Bar-Abbas.

Avec le serpent de Pella qui était toute sa fortune, Alexandre fit courir Pont, Paphlagonie, Bithynie, Galatie, Cilicie, Thrace et bientôt Rome elle-même. Il fanatisait toute la région et réunissait autour de sou oracle un immense troupeau d'hommes que Lucien met au-dessus des moutons pour le grouillement et au-dessous pour l'intelligence. Sur les ruses qu'il emploie pour faire le mystère, voyez Lucien. Comme celles d'un Bar-Abbas ou d'un Péréghérinos, elles ne pouvaient tromper que les ignorants ; mais Lucien est de la famille des Démocrite, des Epicure et des Métrodore : Un homme tel que toi, écrit-il à Celse, et si j'ose le dire, tel que moi, eût aisément pénétré le mystère, mais aux yeux de ces morveux, c'était un prodige inouï !

Les apôtres d'Alexandre allaient partout, répandant le bruit de ses miracles. Il avait une Église, des associés, des ministres, des espions, des compositeurs d'oracles, des écrivains, des faiseurs de sceaux, des interprètes. Par eux il travaille l'Italie, Rome, le Sénat, la Cour. Il demande à Marc-Aurèle la permission de changer le nom d'Abonotichos en celui d'Ionopolis[8]. Jérusalem ne devait-elle pas s'appeler Nazireth dans le Royaume des Juifs ? Il battit monnaie, et comme aucune loi ne lui défendait d'y mettre des images, il en fit faire qui portaient d'un côté l'image du Serpent, et de l'autre lui-même tenant l'épée de Persée. Il y avait en lui deux natures comme en Bar-Abbas : la divine et l'humaine.

A l'imitation de Bar-Abbas dans l'Apocalypse, il se forgea une Nativité mi-céleste mi-terrestre et en fit entrer la représentation dans des mystères triennaux qui duraient trois jours. Vous vous rappelez sans doute lu nativité de l'Apocalypse : la femme en couches, le soleil autour d'elle, douze étoiles sur sa tête et la lune sous ses pieds, le Serpent qui la poursuit, et le bar que l'Abbas soustrait à ce méchant par le moyen du Grand aigle jubilaire. Loin d'être persécuteur dans ces mystères, le Serpent était sauveur. Enfin on ne cachait pas le père charnel d'Alexandre comme on cache aujourd'hui celui de Bar-Abbas. Au contraire, le troisième jour, ce représentait le mariage du thessalien Podalire avec la Vierge d'Ionopolis qu'on appelait Dadis[9], — c'est la Marie Magdaléenne de l'affaire, — et qu'on honorait en allumant des flambeaux qui, j'ose le croire, n'étaient Pas inférieurs à douze. On représentait même les amours d'Alexandre avec la Lune, figurée par une femme en blanc, ce qui semble bien une invention de Coconnas, car épouser la Lune, c'est proprement se marier avec l'astre qui marque et renouvelle les semaines, et qui pour cette cause était la divinité de Byzance. On sait d'ailleurs que dans l'Apocalypse le soleil absorbe la lune sous le quatrième signe, — un en deux, deux en un, — et c'est bien ce qu'avait annoncé Alexandre dans sa parodie de la kabbale jehouddique, car à la fin du troisième jour, il apparaissait transfiguré, et laissait voir, n'en pouvant montrer davantage, sa cuisse qui semblait d'or comme si elle eût été celle de Jupiter. Et en effet le roi Glycon, consulté, répondit qu'Alexandre était envoyé ici-bas (c'est le Scilo de cette Apocalypse) pour le bien des mortels, mais qu'un jour — pas avant mille ans toutefois — son Père Jupiter (Ieou-pater, c'est l'Abbas) le rappellerait dans son sein par un coup de tonnerre[10].

Le résultat politique de ces mystères fut qu'une fille lui étant née de ses amours avec la Lune, et Rutilianus, un vieux consulaire, l'ayant consulté pour se remarier, il lui conseilla d'épouser cette demi-déesse. Rutilianus ne balança pas et depuis ce jour il considéra la lune comme sa belle-mère. Les progrès de la jehouddolâtrie étant surtout dus à la prophétie des malheurs publics, Alexandre, sous le couvert de son gendre, annonça par ses apôtres dans tout l'Empire romain des incendies et des tremblements de terre, mais il promettait en même temps de détourner ces malheurs. Moins impudent que Péréghérinos, il n'osait remettre les péchés, et ce qu'il Y a de plus caractéristique dans ses mystères, c'est qu'il n'y introduit pas le baptême d'eau, dont Bar-Abbas avait fait la grande formule de kabbale anti-romaine. Au contraire, il publia un oracle contre les christiens dont le Pont se remplissait et — je me demande si cela est de Lucien — contre les épicuriens qui se joignaient à ceux-ci pour blasphémer contre lui.

On comprend parfaitement le soin qu'il a d'exclure les christiens de ses cérémonies, ils étaient suspects de tous les crimes, et convaincus des plus mauvais sentiments contre Rome, mais on s'étonne que les épicuriens de Paphlagonie et du Pont fussent si nombreux, et surtout si influents, car il n'y a pas de philosophie moins entreprenante !

Loin d'ici, disait-il dans sa proclamation, tout christien ou tout épicurien qui viendrait espionner nos mystères ; mais que les vrais fidèles soient initiés sous d'heureux auspices ! Puis, si l'avertissement ne suffisait pas, il les chassait, menant lui-même le chœur, s'écriant : Loin d'ici, christiens ! Et le peuple lui répondait : Loin d'ici, épicuriens ! Un jour on faillit lapider un de ceux-ci. Les Glyconiens, dit-on, brûlaient les œuvres d'Epicure, mais n'avaient-ils pas plus d'intérêt encore à brûler celles de Bar-Abbas et de Péréghérinos ? Les œuvres d'Epicure étaient-elles si répandues dans Abonotichos ? Peut-on admettre qu'Alexandre ait fait telle guerre à Epicure et que, dans ces provinces Par lui retenues sous l'influence romaine, il ait réservé son privilège aux Paroles du Rabbi et aux compositions de Péréghérinos ? Il est bien vrai qu'il devait beaucoup à Bar-Abbas, le même mensonge les inspirant tous les deux, exclusif et persécuteur. Au système christien Alexandre avait emprunté la malédiction et l'excommunication. Va aux corbeaux ! disait-il à celui qu'il excommuniait, et à l'instant celui-là devenait exécrable, toutes les maisons lui étaient fermées, na lui interdisait le feu et l'eau, il se voyait obligé de fuir de contrée en contrée, comme un athée, un épicurien. Ce dernier nom était sa plus forte injure. C'est sans doute par mépris pour leur maître qu'il ne comprenait pas les jehouddolâtres dans ces proscriptions salutaires. Des gens comme Péréghérinos et Alexandre eussent démoli un Bar-Abbas en un tour de main ; ils redoutaient l'épicurien comme les charlatans redoutent le physicien. Les épicuriens, Alexandre les flétrissait du nom d'athées : cela se conçoit, ils le niaient ! Tant de haine tient au caractère investigateur de cette philosophie inflexible au mensonge. Or Épicure était représenté dans le Pont par Lepidus ; de toutes les villes de cette province, Amastris est celle qu'Alexandre détestait le plus, car Lepidus y résidait, et les amis de celui-ci' avec une hardiesse que n'eurent ni les platoniciens piles pythagoriciens, avaient souvent convaincu Alexandre de fourberie.

Les oracles d'Alexandre étaient faux, mais ils n'avaient pas pour unique objet la chute de Route comme ceux de Bar-Abbas. Si ce bon gaulois de Sévérien marchant contre l'Arménie fut taillé en pièces peur avoir livré bataille sur la foi d'Alexandre (ce n'est évidemment pas cet Alexandre-là qu'il eût fallu !), au moins était-il persuadé que le prophète le menait à la victoire. Les oracles qu'Alexandre envoyait aux Celtes étaient faux, mais favorables. Faux aussi, ceux qu'il envoyait à l'armée engagée contre les Quades et les Marcomans : on perdit vingt mille hommes et on faillit perdre Aquilée, mais on était heureux d'avoir des prophéties qu'on pût opposer à celles de Bar-Abbas. C'est pourquoi Alexandre s'est maintenu pendant si longtemps. En vain Lucien avait-il essayé de détourner Rutilianus d'Alexandre. En vain avait-il mis en mouvement les hommes raisonnables du pays, notamment les disciples du philosophe Timocrate d'Héraclée : il dut cesser ses poursuites, retenu par le gouverneur du Pont et de la Bithynie, qui craignait de punir Rutilianus dans Alexandre, le gendre imbécile dans le beau-père scélérat.

Péréghérinos et Alexandre méritaient beaucoup plus d'être divinisés que Bar-Abbas, ils étaient moins bêtes et moins méchants ; et pour ce qui est de leur immortalité respective, le Mysien et le Pontique ont vécu vingt ans de plus que le Juif. L'auteur de l'Apologie mise sous le nom d'Athénagore n'apprécie pas assez cette différence. Il s'indigne contre le culte de Néryllinos à Troas, de Protée à Parion et d'Alexandre à Abonotichos. Le tombeau d'Alexandre, ce Saint-Sépulcre, et sa statue s'élèvent sur la place publique ! On sacrifie à Alexandre, on célèbre des fêtes en son honneur, on le prie, comme un dieu, d'être propice ! La statue de Potrée, comme celle de Néryllinos, prétend donner des oracles ! Qui suscite de tels prodiges autour de ces statues ? Sont-ce Néryllinos, Protée, Alexandre eux-mêmes ou la matière dont ils sont faits ? Mais cette matière, c'est de l'airain ; et quelle vertu a l'airain par lui-même, quand on peut le transformer comme on veut, à l'instar de cet Amasis dont on fait un bassin dans Hérodote ? D'ailleurs quel secours Néryllinos, Alexandre et Protée apportent-ils aux mortels ? Ce que fait aujourd'hui la statue de Néryllinos, Néryllinos l'a fait étant lui-même vivant et malade... Qu'est-ce donc à dire, sinon que les démons se mêlent de la chose et conspirent contre le bar consubstantiel à l'Abbas ?

Pour Alexandre, l'étrange liberté dont il a joui tient à ce que, sur beaucoup de points, ses apôtres barraient la route à la Révélation antilatine du juif Bar-Abbas. Ce que les Romains ont essayé d'empêcher, au milieu de supplices beaucoup moins nombreux qu'on ne croit et à la suite d'événements qui sont supprimés de toue les martyrologes, c'est moins la glorification de Bar-Abbas par des imposteurs qui ne sont jamais là lors de la répression, que la haine de la civilisation et l'appel à la barbarie qui sont l'essence même du christianisme. Avant de calomnier tout le génie occidental, dont Rome a été le flambeau jusqu'à la venue des Barbares de dehors et au triomphe des Barbares du dedans, il faut, sans pardonner jamais aux erreurs de la force, voir ce que les Juifs nous apportaient dans cette apothéose d'en homme qu'ils avaient eux-mêmes condamné pour ses crimes.

C'est grâce à ce qui resta de paganisme dans la civilisation que l'Occident n'est pas tombé tout à bue dans le plus humiliant esclavage que la raison humaine ait jamais supporté.

 

II. — L'influence de l'Apocalypse sur l'esprit de certaines populations était analysée, non sans quelque verve ironique, dans un petit dialogue intitulé Philopatris et dont on grossit l'œuvre de Lucien. Les coupures, les tripatouillages, les interversions de texte opérées à diverses époques dans ce curieux morceau, font qu'on ne sait plus ni à quelle nationalité ni à quelle religion appartiennent les deux interlocuteurs principaux, Critias et Triéphon. Il plane sur tous les christiens indistinctement une accusation de lèse-patrie qui ne pesait originairement que sur une secte connue et caractérisée par sa haine de Rome.

Nous sommes en Égypte, et, tout nous porte à le croire, sous Septime Sévère[11]. Le fait certain, c'est que l'Évangile du Royaume a été prêché aux habitants Par quelque Péréghérinos. Cette perspective les a ensorcelés, affolés, ils ont littéralement perdu la tête, ils attendent le Siècle d'or pour le mois de mésori prochain[12], sitôt que les Ânes auront cédé la place au Lion.

C'est le matin. Critias allant aux provisions, par la grande rue, rencontre une foule de gens qui se parlent tout bas, les lèvres collées à l'oreille de leurs voisins. Il regarde de tous côtés, porte la main en demi-cercle au-dessus de ses yeux pour voir s'il ne découvrira pas dans cette multitude une figure de connaissance, il aperçoit l'orateur Craton.

Il s'approche, dit le bonjour à Craton, se mêle à la bande. Tous ces gens tiennent les propos les plus singuliers, se flattent des espérances les plus extraordinaires, il n'est question que d'un personnage dont le pouvoir n'a point de bornes : C'est lui, dit un vieillard toussotant, qui abolira les impôts, qui remboursera les créanciers, qui paiera les loyers, acquittera les charges publiques. Il recevra les devins et les prophètes[13], sans s'informer de leur profession. Un autre, en haillons, tête et pieds nus, dit : Un homme assez mal vêtu, qui avait la tête rasée et qui arrivait des montagnes[14], m'a montré le nom de ce Libérateur, gravé sur le théâtre en lettres hiéroglyphiques, ajoutant qu'il couvrirait d'or la voie publique. C'est la richesse pendant mille ans : La Ville était d'un or pur, semblable à du verre très clair[15], et la place de la Ville était d'un or pur comme le verre le plus transparent[16]. Ainsi devait être Jérusalem ; ainsi sera la ville de l'orateur Craton. Quant au nom de ce Libérateur, de ce Sauveur, ce ne peut être qu'Oannès, puisqu'il est écrit en caractères hiéroglyphiques. Oannès, vous le savez, c'est Joannès. L'Oan des Égyptiens, c'est le Zib des Chaldéens, le Dag des Phéniciens, c'est le terme hiéroglyphique de poisson[17]. Nous vous avons dit tout cela, lorsque nous avons établi l'étymologie du nom d'Ioannès donné successivement à Jehoudda et à son fils aîné après leur séjour en Égypte ; et puisque Critias nous a menés au milieu de gens qui appellent le mois du plérôme de son nom égyptien, le nom hiéroglyphique du Sauveur est celui qu'il a conservé dans l'Évangile, c'est Joannès. Pour écrire ce nom sur le théâtre les habitants de la ville ont fait comme ceux d'Assoan sur leur temple : ils ont mis un oan, et tous les initiés ont compris. Ils n'ont que trop compris : au mésori prochain, le songe de Joseph sera réalisé !

Critias essaie de leur faire entendre raison : Vos songes, dit-il, n'auront pas un accomplissement favorable. Vos dettes se multiplieront en proportion de la l'enlise que vous aurez rêvée, et celui qui aura cru posséder beaucoup d'or perdra jusqu'à l'obole qui lui restait. A leur âge, ce songe les rapproche des enfers plus qu'il ne les en éloigne : Vous avez rêvé sur la Pierre blanche ![18] leur dit Critias[19]. Mais il est accueilli par des éclats de rire ; Craton lui assure qu'il se trompe et que le songe de Joseph est vérité : en mésori Ioannès le prouvera. Un autre de ces hommes déguenillés s'accroche à lui, roulant des yeux farouches, et l'entreprend à la demande de Craton : Il me persuade pour mon malheur, dit Critias, de me trouver à l'assemblée de ces fourbes et de faire de ce jour un jour funeste. Fourbes, en effet, car ils abritent leurs mauvais désirs sous le voile de la religion : d'après eux lutes réunions sont innocentes, innocentes leurs pensées : Nous passons dix jours sans manger, disent-ils, nous veillons les nuits en chantant des hymnes. Mais ce qu'ils ne disent plus, c'est ce qui succédait à ces dix journées de jeûnes et d'hymnes... Disons ce dont il s'agissait, puisqu'on l'a enlevé. Ce qui venait après cette longue préparation, c'est la pâque sous une forme qui n'a ni le caractère criminel des pâques molochistes ni le caractère répugnant des pâques sémites menstruelles, c'est la pâque poissonnière des christiens de Thessalie ; ce n'est pas encore la pâque en Jésus ou Eucharistie, c'est la pâque en Joannès. D'orateur Craton est devenu répartiteur[20]. Ce qu'il répartit quand il est dans l'église, c'est l'oan, ou si vous aimes mieux, le Zib, signe de l'Æon dans lequel on entrera sous le Lion, à quatre signes de là ; et la Cène qu'il célèbre a lieu la veille de la pâque juive. A ce point de vue Craton est un quartodéciman. Les sentiments qu'inspirent cette église, — car c'en est une, — sont ironiquement traduits par le nom des personnages : Craton commande et distribue ; Chleuocharme — de kleuè, sarcasme, et de karma, joie insolente ou maligne —, se réjouit des malheurs publics ; Charicène — de charis, grâce, et de koinè, commune — espère qu'en s'incorporant l'oan il aura sa part dans le Royaume.

Voici Critias à la porte de l'église. Il monte les degrés d'un escalier tournant, il pénètre dans un appartement dont la voûte est toute dorée, — image de la ville future, — il aperçoit des hommes pâles dont la tête est tristement penchée. Mais à sa vue une joie bizarre éclate sur leurs visages, on l'entoure, on lui demande s'il apporte quelque fâcheuse nouvelle, car c'est leurr état ordinaire de n'en désirer que de telles, de ne se réjouir que des mauvaises.

Ils avancent la tête les uns vers les autres, ne parlent tout bas, s'enquièrent de ce qui se passe dans la ville, comme s'ils n'en étaient pas, et de la terre, comme s'ils n'y étaient plus. A son tour, Critias leur demande ce qui se passe dans le ciel, sous lequel ils habitent, dans les astres avec lesquels ils conversent. ... Vénus et Mercure seront-ils en conjonction, et produiront-ils beaucoup d'hermaphrodites, dont la naissance vous cause tant de joie ? — C'est en effet l'heureux présage du deux en un, un en deux —. Avons-nous à craindre quelque peste[21] ou quelque famine ?[22] Le vase qui renferme le tonnerre est-il prêt à crever ?[23] Le magasin des foudres est-il bien rempli ? Eux, suivant le cours de leurs pensées, disent que les affaires vont Changer entièrement de face, que la ville sera troublée Par les dissensions, les armées impériales vaincues par les ennemis. Et, en effet, ils ne songent qu'au mal, se berçant d'espérances impies et de prédictions perverses. Critias ne peut contenir son indignation : Ô les plus insensés de tous les hommes, s'écrie-t-il ! Cessez ce langage plein de vanité... Craignez que ces malheurs ne retombent sur vos têtes, vous qui cherchez à détruire votre patrie ! Ce n'est pas en voyageant dans les que vous avez appris ces nouvelles, et vous ne paraissez pas avoir fait assez de progrès dans l'art difficile des mathématiques pour calculer les événements ; et si vous vous laissez tromper à de fausses prédictions, à de misérables impostures, votre ignorance en éclate deux fois davantage ! Ce ne sont que des contes de vieilles, des puérilités, vers lesquelles l'esprit des femmes se porte avec avidité.

Mais eux expliquent que ce sont là les vérités futures qu'ils voient tout éveillés dans des songes qu'ils se procurent par des jeûnes de dix jours. Or la vérité est toute autre : Qu'as-tu répliqué ? demande Triéphon

Critias, la réponse était très embarrassante. Sois tranquille, répond Critias, je l'ai vigoureusement réfutée. e. En effet, il s'est tourné vers eux en s'écriant : Et quand vos prédictions seraient véritables, vous ne pourrez jamais découvrir l'avenir avec certitude ! Dupes de vos visions, vous vous livrez à mille idées extravagantes, qui n'ont et n'auront jamais d'effet. Comment se peut-il que, sur la foi de vains songes, vous débitiez tant d'inepties, ne témoigniez que du mépris pour tout ce qu'il y a d'honnête et de beau ? Vous ne vous plaisez que dans les malheurs, sans tirer aucun fruit de cette aversion pour le bien. Renoncez, croyez-moi, à ces fantômes absurdes, créés par votre imagination, à ces projets détestables, à ces prédictions sinistres, de peur qu'un dieu ne vous fasse périr misérablement, pour punir les imprécations que vous formez contre votre patrie et les discours injurieux que vous répandu contre elle ! Se voyant déjoués, ces hypocrites éclatent en reproches. Critias a de la peine à leur échapper. Il est encore sous le coup de l'indignation, lorsque Triéphon l'aperçoit dans la rue et l'appelle, effrayé et changement qui semble s'être opéré en lui : Aurais-tu vu le monstre à trois têtes ?[24] ou la terrible Hécate[25], sortant des enfers, te serait-elle apparue ? Rufin aurais-tu subitement rencontré quelque dieu ? Rien de tout cela : Critias est encore plein de l'Apocalypse : Je viens, dit-il, d'entendre un discours bien merveilleux, bien obscur, bien incompréhensible[26]. Je repasse dans ma mémoire toutes les inepties dont  il abonde. Je me bouche les oreilles de peur de les entendre encore... Si tu n'eusses appelé à grands cris, j'allais peut-être, saisi de quelque vertige, me précipiter dans un abime ! Pareil au Joannès prenant le livre que lui tend son père[27], il a mangé celui qu'il a pris des mains de Craton, et ses entrailles en sont toutes gonflées. S'il évacue les exécrables fadaises dont il est Plein, Triéphon sera renversé par cet ouragan :

Fuis, dit-il, de peur que l'Esprit ne t'enlève de terre aux yeux de toute la multitude et que, par une chute imprévue, tu n'ailles, comme Icare, donner ton nom à quelque mer nouvelle. Les discours de ces détestables imposteurs m'ont terriblement gonflé le ventre. Fi ! fi ! fi ! fi ! quelles absurdités ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! quels desseins exécrables ! Eh eh ! eh !eh ! quelles ridicules espérances ![28]

Jusqu'ici le dialogue est très compréhensible, à la condition de prendre Critias au sortir de l'église. Mais il est incompréhensible depuis les interversions qu'il a subies. Critias n'est pas encore entré dans l'église qu'une partie de ses répliques se trouve déjà dans la bouche de Triéphon ! C'est Critias qui devait instruire Triéphon ; aujourd'hui c'est Triéphon qui instruit Critias en faisant le procès de la mythologie païenne, au point d'éliminer du ciel Jupiter lui-même.

— Quelle divinité veux-tu donc que j'atteste ? demande alors Critias. Et Triéphon répond en vers, à la façon d'un oracle :

Jure le Dieu puissant qui règne au haut des cieux,

Et le Fils, et l'Esprit qui procède du Père.

Un en Trois, Trois en Un : ineffable mystère !

C'est le vrai Jupiter, il n'est point d'autres dieux.

Critias raille : Ah ! ah ! dit-il, tu veux m'enseigner à compter ? Tu prends l'arithmétique pour un serment, et tu calcules comme Nicomaque de Gerasa. Mais je ne comprends pas trop ce que signifie cet Un en Trois et Trois en Un. Veux-tu parler du quartenaire[29] de Pythagore, du nombre huit[30] ou de trente[31] ?

Que Triéphon parle de ces choses en gnostique, passe encore ! Après tout c'est peut-être ce qu'a voulu l'auteur de Philopatris. Raison de plus pour que, sous aucun Prétexte, Triéphon ne puisse tenir le langage suivant :

Je vais t'apprendre ce que c'est que l'univers, et quel est son système, et quel être[32] existait avant tous les antres. Sache que j'ai eu dernièrement la même aventure que toi[33]... J'ai rencontré un Galiléen à tête rase[34], au nez aquilin qui avait monté jusqu'au troisième ciel[35] où il avait appris les plus belles choses du monde. Il nous a renouvelés par l'eau[36], nous a rachetés de la demeure des impies[37] pour nous faire marcher sur les traces des bienheureux[38]. Si tu m'écoutes, je te rendrai véritablement homme. Il expose alors la théorie de la genèse d'après les Écritures juives, la séparation de la lumière et des ténèbres, l'affermissement de la terre sur les eaux, la création des êtres et de l'homme par la seule parole de Dieu[39], comme l'a écrit le Bègue[40]. Ensuite il annonce le jugement futur : Ce Dieu, du haut des cieux, voit les justes et les pervers, écrit leurs actions dans un livre, et, au jour qu'il a fixé, il rendra à chacun selon ses œuvres. Il conjure donc Critias d'abjurer ses erreurs et, docile catéchumène, — le mot y est, — d'ouvrir son cœur à la persuasion, afin de vivre dans l'éternité. Critias s'étant déclaré converti, Triéphon le presse de dire ce qu'il a vu et entendu à la fameuse assemblée dont il est sorti si bouleversé.

Or si Triéphon n'est pas jehouddolâtre, il est impossible de rien comprendre à ce qu'il vient de dire Critias.

Il s'est reconnu disciple du Galiléen baptiseur, autrement dit christien. Critias a adhéré au dieu de Triéphon, il a juré par le Fils qui procède du Père. Triéphon le prie de parler après en avoir reçu puissance de l'Esprit, voilà deux hommes d'accord sur le renouvellement par l'eau.

La logique veut qu'ayant été amené par Triéphon à renier successivement tous ses dieux, Critias se fasse, lui aussi, renouveler par l'eau, c'est-à-dire baptiser' Il ne lui reste qu'a se proclamer trinitaire comme Triéphon, car celui-ci est bel et bien un trinitaire. Après cela comment admettre que ces deux hommes se livrent contre les christiens de Craton et la pâque en Joannès à une sortie qui peut passer pour une dénonciation en règle ? Il faut absolument qu'il y ait quelque Chose de changé dans le texte et dans les rôles. Un seul homme a pu parler comme vient de le faire Triéphon, c'est Craton, s'il a parlé selon sa foi, ou Critias, s'il a parlé par moquerie. Car, sur le livre qu'on lit aux néophytes dans l'église, Triéphon est du même avis que Critias : Restes-en là, cher Critias, et n'insiste pas sur de telles sottises. Vois comme mon ventre en est déjà gonflé ; il est gros comme celui de la femme enceinte[41]. Tes discours ont agi sur moi comme la morsure d'un chien enragé ; et si je ne prends quelque potion qui me fasse oublier mon mal et me rappelle en mon bon sens, je vais tomber dans quelque maladie fâcheuse ! Mais laissons là ces extravagants ; après quoi, modification évidente : Commençons notre prière par le Père[42], et nous la terminerons par quelque hymne bien remplie d'épithètes...

Sur ces entrefaites, un troisième personnage arrive, dont le nom, Cléolaüs[43], est significatif ; il apporte une grande nouvelle : les Perses sont vaincus, Suse est réduite, l'Arabie conquise. Pauvres tous deux, Critias et Triéphon continueront à être pauvres, sans pour cela rêver la fin de la civilisation romaine et le triomphe de Bar-Abbas. Ils ne s'en réjouissent pas moins du succès des armes impériales. — C'est bien ce que j'ai toujours dit ! s'exclame Critias :

La vertu par les dieux n'est jamais méprisée,

Et toujours leurs bienfaits couronnent ses travaux

Critias est rassuré pour l'avenir de ses enfants : Ce sera assez pour eux que l'Empereur vive ! s'écrie-t-il. Quant à Triéphon, l'héritage qu'il leur laisse, c'est le plaisir de voir Babylone détruite, l'Égypte rangée sous les lois impériales, l'orgueilleux Persan réduit à l'esclavage, les excursions des Scythes réprimées et peut-être finies pour toujours. Pour nous, ajoute-t-il en manière de conclusion, qui avons trouvé le Dieu inconnu aux Athéniens, adorons-le, les mains levées vers le ciel, et rendons-lui grâce de nous avoir trouvés dignes d'être les sujets d'un si grand prince. Laissons les autres se plonger dans leur délire, et tenons-nous en à ce proverbe : Hippoclyde en a peu de souci.

Que le nom de Marcion soit en honneur parmi tous les braves gens. Si le Chrèstos, le Dieu bon qu'il voulait placer dans le cœur des hommes, avait triomphé du Dieu des Juifs, la civilisation eût gagné quinze siècles d'avilissement et de crimes. On n'eût pas vu l'humanité coupée en deux par un Bar-Abbas, on n'eût pas vu afficher comme une vérité d'ordre divin cette distinction monstrueuse entre ceux qui disent être sauvés par ce scélérat et ceux qui ne croient pas l'être.

Marcion était du Pont, et l'affaire d'Alexandre lui était connue. Il ne pouvait être dupe de la mystification évangélique, puisqu'il possédait les Paroles du Rabbi, et il était trop honnête pour se faire le complice des imposteurs juifs ou d'un Péréghérinos. En outre, il était disciple de Cerdon, le gnostique syrien, un de ceux qui les premiers se sont levés contre Bar-Abbas. Cerdon s'était documenté chez les disciples d'Ananias, de Jehoudda Is-Kérioth, d'Apollos et de Ménandre, tous, pour des causes diverses, ennemis des jehouddolâtres. Enfin il avait été témoin des campagnes de Péréghérinos en Syrie. Cette documentation était plus gênante encore dans Cerdon que dans Marcion, car elle ruinait d'avance l'invention de Paul ; et d'autre part elle dérivait des écrits syriaques, araméens, qui avaient spéculé sur ceux du Rabbi. Après avoir supprimé et falsifié Marcion, l'Église a insinué que l'enseignement de Cerdon avait été moins radical sur la question de l'incarnation : Cerdon aurait professé que Jésus serait venu en chair, quoiqu'à la vérité il ne fût point né d'une vierge et qu'il n'eût point été crucifié. Mais Marcion est là qui proteste véhémentement : Cerdon lui avait enseigné que Jésus n'avait point vécu du tout et que le crucifié était Bar-Jehoudda se disant Bar-Abbas. Le premier, le grand dogme des Marcionites, c'est l'inexistence en chair de Jésus et le scandale de Bar-Abbas divinisé. Ils avaient été amenés à cette vérité par les écritures de Cerdon, et ce sont elles qu'on retrouverait tout entières dans les Antithèses de Marcion si, avant d'y répondre, l'Église n'avait pris soin de les détruire.

Fort Gd nombreux, fort honnêtes aussi, — l'Église n'a jamais pu leur reprocher que cela, — les Marcionites ont toujours affirmé que les Évangiles refaits, c'est-à-dire ceux qu'on a mis dans le canon et attribués aux apôtres, étaient pleins de mensonges[44]. Ils avaient la même opinion des Actes des Apôtres, et en cela, pour des raisons tout opposées, ils convenaient avec tous les disciples de Bar-Abbas restés fidèles à la Loi.

Antijuif déterminé, Marcion blasphéma sans pudeur le Dieu annoncé par la Loi et par les Prophètes, disant, professant que ce Dieu-là, c'est Fauteur du mal, l'ami des guerres, mobile, changeant, et en contradiction perpétuelle avec lui-même. Parler ainsi du Père de Bar-Abbas ! Assurément cet homme est hérétique de naissance, comme Cerdan et Basilide ! Le Verbe qu'il annonçait différait donc de Jésus en ceci qu'il parlait pour tous les hommes. Dans Marcion, dit Irénée, le Sauveur est envoyé par le Père qui est supérieur au Dieu Créateur, pour abolir les Prophètes et la Loi et toutes les œuvres de ce Dieu qui a fait le monde[45]. Ceci contre le Jésus de Matthieu, de Marc et de Let qui dit être venu pour accomplir les Prophéties et la Loi jusqu'au dernier iota.

Marcion, c'est là, sa gloire, a fait résolument campagne contre le Dieu des Juifs et Bar-Abbas.

Dans l'Évangile de Marcion le Sauveur n'était point représenté comme Fils de Iahvé, mais du Dieu bon, supérieur à celui-ci. C'était un Sauveur antijuif et anti-millénariste, abolissant le Dieu bête et méchant que les Jehouddolâtres donnaient pour père à Bar-Abbas. Il niait la résurrection. Étant formé de terre, le corps ne pouvait participer au salut. Les âmes seules seraient sauvées, et encore à la condition d'avoir été formées à son école, qui, si je ne me trompe, était celle des Grecs Platoniciens.

C'est dire que, ne reconnaissant pas la divinité des Juifs — car c'est par là qu'il faut commencer pour être Jehouddolâtre —, il repoussait comme indécente la généalogie où Bar-Abbas est dit fils du Dieu créateur par Adam, et toutes les prophéties qui annonçaient sa venue, dit Irénée. Or ces prophéties sont les siennes propres, c'est son Apocalypse, sa divinisation par lui-même.

Personne n'a poussé l'antijudaïsme plus loin que Marcion. Non content de nier la résurrection des corps, le Sauveur de Marcion n'admettait ni patriarches, ni prophètes, ni justes[46] au paradis des âmes. A la fin des temps lorsqu'il descendait aux enfers pour faire sa collection d'élus, il choisissait Caïn, les Sodomites, et les Égyptiens plutôt que Seth et les Séthiens[47]. Et comme ils n'accouraient point assez vite à l'appel, croyant à une tentation de leur Dieu, Noé[48], Abraham[49] et tous ceux qui étaient avec eux restaient aux enfers in perpetuum ; miséricordieux pour tous les pécheurs, le Sauveur de Marcion est impitoyable pour ceux de la kabbale juive. On comprend que l'Église n'ait jamais pardonné à cet homme. Il avait si bien compris l'Évangile du Royaume que, par esprit de représailles, il refusait aux jehouddolâtres le salut que Bar-Abbas refusait indistinctement à tous les goym.

Pour rendre suspect d'inconséquence le témoignage de Marcion, l'Église dans Tertullien n'a pas craint de dire qu'avant de devenir hérétique il adorait Bar-Abbas et que, né dans les dernières années de Trajan, il était fils d'un évêque jehouddolâtre !

Marcion, au contraire, est un de ces hérétiques de naissance dont il y eut tant d'exemples aujourd'hui supprimés de l'histoire religieuse. Comment, antijuif corne il l'était, Marcion eût-il admis comme fils du Dieu bon un fils de David aussi taré que Bar-Abbas ?

Platonicien inclinant au gnosticisme, quand il vint à Rome et qu'il trouva la ville aux prises avec les me chands de christ, Marcion vit le mal et s'indigna. Ce, que l'Église a dû cacher à tout prix, c'est qu'il avait été l'évêque chrestien, anti-millénariste, anti-jehouddolâtre, de Rome à la fin du second siècle. Outre cela, il avait fait scandale, car, riche et généreux, il donnait, au lieu de recevoir comme dans les ordonnances apostoliques de Jésus ![50] En une seule fois il donna cinq cents drachmes d'or. C'est une somme énorme, qui lui aurait permis d'acheter le siège pontifical, s'il y en avait eu un. Ayant été exclu de la société des fidèles à cause de ses doctrines[51], on lui aurait rendu son argent ! Chose si invraisemblable, qu'elle suffit à nous édifier sur l'origine de toutes ces calomnies ! Évêque et fils d'évêque, dit-on, de mœurs bonnes et pures, né dans un milieu troublé depuis un siècle par les prophéties et les impostures jehouddiques, Marcion a laissé derrière lui une secte inébranlablement attachée à la bonne foi.

L'Église, sous le nom de Tertullien, diffame Marcion dans son père, un évêque chassé de l'Église pour avoir débauché une vierge[52]. Elle diffame en même temps Cerdon dans son disciple, car, dit-elle, ils ont démontré l'un par l'autre que, si un bon arbre porte de bon fruit, un mauvais arbre n'en produit que de mauvais. Mais sur le cas particulier des Évangiles, Marcion, qu'elle appelle avec dédain le docteur du Pont, était beaucoup mieux placé qu'un avocat de Carthage pour exprimer une opinion.

On en est réduit à chercher la doctrine des Marcionites dans les écrits que l'Église a forgés contre elle après l'avoir défigurée, les Denys de Corinthe, les Théophile d'Antioche, les Justin, les Irénée, les Hippolyte, les Clément d'Alexandrie, les Tertullien, eux-mêes tripatouillés de siècle en siècle. Mais malgré tout nous savons en quoi consistait l'erreur de Marcion, ou plutôt son tort. Le tort de Marcion était de posséder, outre les Paroles du Rabbi et les ouvrages de Cerdon, la première version des Évangiles zélotes, la version antérieure aux corrections de Valentin, celle qui a été remplacée petit à petit par les Synoptisés. C'est celle dont il s'était servi dans ses Antithèses afin de l'opposer à la version hypocrite que les émules de Péréghérinos pouvaient répandre autour d'eux pelle la tonte et le dégraissage des moutons.

Tu allègues ton erreur pour appui, dit l'Église dans le De Resurrectione[53], tes écrits apocryphes et tes fables toutes pleines de blasphèmes. Quels étaient les écrits apocryphes et les fables blasphématoires dont Marcion faisait usage ? Des Évangiles dans le genre du Proto-évangile de Jacques, le seul où la mère aux sept démons figure dans la Nativité sous le nom de Salomé. Marcion avait donc parfaitement saisi l'identité charnelle du Joannès et de Jésus. C'est le Joannès qui était le Nazir ; et pendant sa gestation sa mère repoussait certaines viandes comme contraires à ce naziréat intra-utérin.

Au point de vue des licences mythologiques, Marcion ne contestait point que Jésus fût capable de descendre du ciel et d'y remonter, comme il le fait dans Cérinthe et dans Valentin, — c'est l'enfance de l'art, — mais il niait qu'il eût pris naissance dans le sein de Salomé : étant éternel, il n'avait pu changer sa nature et sa condition, il était descendu en Bar-Abbas pendant l'année de baptême. Avec plus de précision encore que Valera e' Marcion distinguait entre l'individu qui dans le Jourdain avait remis les péchés, et l'être qui descendait dans la fable pour doubler spirituellement le baptiseur. Dans l'Évangile dont Marcion s'était servi, Bar-Jehoudda, d'abord présenté sous son pseudonyme séméiologique de Joannès, ne devenait Bar-Abbas et Jésus, — c'est-à-dire fils du Père et Sauveur, — qu'à partir du moment où la colombe, image de l'Abbas, descendait sur lui, et où la voix lui disait : Tu es mon bar, je t'ai engendré aujourd'hui. Ainsi, pour les Marcionites, qui venaient du Pont, le Joannès ne s'appelait Bar-Abbas et Jésus qu'après les premiers chapitres généalogiques de Luc[54] ; et pour les Naziréens ou Ébionites, qui demeuraient en Judée, il ne prenait ces deux noms, ou plutôt ces deux qualités, qu'après les chapitres généalogiques de Matthieu[55].

L'Église dans Tertullien demande à Marcion des témoins oculaires de cette descente miraculeuse ; et pour Preuve de la naissance de Jésus en chair, elle produit le cens fait par ordre d'Auguste et conservé dans les archives de Rome[56]. L'Église tire sa réponse à Marcien du faux qu'elle a introduit dans Luc postérieurement à Marcion et à Tertullien lui-même. Car ni l'un ni l'autre n'ont pu voir les registres du cens conservés à Rome, ils étaient brûlés depuis l'incendie du Capitole sous Vespasien. Et puis, s'ils avaient pu les voir, ils n'y auraient pas trouvé le nom de Jésus, ni même celui de Bar-Jehoudda, celui-ci étant encore en Égypte lors du recensement de Quirinius, et Gamala n'étant pas compris dans cette opération. Si Marcion niait que Jésus eût eu chair, c'est que le passage de Josèphe n'existait pas encore. Jamais Marcion n'eût osé soutenir une pareille proposition et dans Rome, dans la ville même où Josèphe était mort, si l'Église, d'un seul coup de pouce à la page intéressée, eût pu lui démontrer sa folie !

Ce qu'on a essayé de dissimuler dans Tertullien et dans Épiphane, c'est que Marcion rejetait tout ce qui avait trait à l'horoscope de Bar-Abbas. Son opposition portait non sur le faux acte de naissance daté de 760 et introduit dans Luc, mais au contraire sur les premiers chapitres de ce même Luc qui, d'accord avec l'Apocalypse, l'Évangile de Matthieu et toute la tradition d'Asie, placent la naissance de Bar-Abbas en 738, vingt et un ans avant le Recensement. En un mot, au troisième siècle, le faux acte n'était pas encore dans les Évangiles dont s'est servi Marcion : ces Évangiles étaient témoins contre l'Église[57].

Il est une chose que Marcion avait très bien vue également, c'est que Saül et ses gens avait été en lutte ouverte avec les apôtres, et que le Jésus de la fable était un personnage inconnu à la fois des uns et des autres. Que ce sentiment lui soit venu à la lecture de l'Évangile dont il se servait ou à celle de Flavius Josèphe, il ne faut en cela considérer que la fin. Marcion avait vu clairement que les Évangiles n'étaient point l'histoire des douze Apôtres, mais bien l'œuvre d'aigrefins qui, quel pour conserver aux Juifs les bénéfices du baptême avaient effacé l'histoire de Jehoudda le Gamaléen et de ses fils et les avaient présentés aux goym sous de faux nez, de faux noms et de faux papiers.

 

III. — Marcion, pour démontrer l'inexistence de Jésus, n'avait qu'un seul Évangile, et il ne pouvait en avoir davantage, parce qu'il n'y en a jamais eu davantage. Il ne faut donc pas s'étonner et surtout s'indigner, comme le fait l'Église dans Irénée, qu'il n'ait pas connu les autres. On l'accuse aujourd'hui d'avoir supprimé du sien tout ce qui a été ajouté dans les autres, notamment dans Luc. Marcion n'avait pas plus d'intérêt à mutiler Luc qu'à négliger Cérinthe, Matthieu ou Marc. Il s'est servi de ce qui circulait dans Rome, et on voit par lui que la Nativité de Bar-Abbas selon Luc, c'est-à-dire en 738, est la seule qu'il y eût à la fin du second siècle. Comme Valentin, il n'en a pas connu d'autre. Les théologiens ont raison de dire que l'hérésie est confirmative de la religion : Marcion a fortifié Jésus en montrant son inexistence. On s'occupa de le réfuter dans les documents mêmes qui l'avaient convaincu : vieille Méthode, infaillible quand on a le temps pour soi, la vocation du faux et l'impunité. Marcion s'appuyait sur les Évangiles pour nier Jésus, on inséra dans celui dont il s'était servi pour sa démonstration, que Jésus était au Recensement de 760. On mit ensuite dans Tertullien[58] que Marcion avait eu un disciple nommé Lucanus, qui avait proféré les mêmes blasphèmes et suivi les mêmes impiétés que Cerdon et Marcion. Ce Lucanus est un mythe, mais la supposition de son existence Pouvait servir au cas où on aurait retrouvé l'Évangile dont Marcion s'était prévalu dans ses Antithèses, c'est-à-dire celui qui ne contient pas l'acte de nais-sauce de Jésus au Recensement. On aurait dit que cet Évangile était la version où Marcion avait biffé cette pièce essentielle !

Pourquoi n'a-t-on inséré cet acte de naissance que dans Luc, sans avoir jamais songé à le reporter dans Matthieu et dans Marc ? Parce que l'Évangile aujourd'hui dit de Luc était celui dont Marcion avait fait usage et qu'on n'en avait encore attribué aucun à Marc et à Matthieu. Ensuite, pour donner à cet Évangile le caractère testimonial qui lui manquait, on lui supposa pour auteur Lucius, frère de ce Simon le Cyrénéen dont les fils, Alexandre et Rufus, nommés dans certaines versions naziréennes, étaient censés avoir assisté à la crucifixion de leur père au Guol-golta. Après quoi, dans le même Évangile, Jésus remit à Saül, sur le Mont des Oliviers, l'oreille droite perdue à Lydda, de manière que cet hérodien pût entendre Bar-Abbas lui demander sur le chemin de Damas : Saül, Saül, pourquoi me persécutes-tu ?

En effet, on avait assis Bar-Abbas à la droite de Dieu dans le ciel, c'est-à-dire à l'orient de Jérusalem, Saül s'étant dirigé vers le nord pour aller à Damas achever la déroute des frères du crucifié, il fallait nécessairement lui remettre son oreille. Est pour qu'il put entendre Bar-Abbas, en vertu de la formule ordinaire de celui-ci : Que celui qui a des oreilles pour entendre entende ! Il fallait aussi que les écailles du Zib de gauche, le piscis sinister auquel les évangélises l'avaient associé, — ils l'avaient logé à la même enseigne qu'Is-Kérioth, — lui tombassent des yeux au bout de trois jours, afin qu'il pût se voir baptiser par Ananias, assassiné deux mois auparavant par Bar-Abbas et ressuscité pour la circonstance[59].

C'est à quoi s'est employé l'auteur des Actes, arec une précision qui s'allie à une intarissable gaieté. Quand il eut achevé, il forgea le très excellent Théophile, à qui il dédia ce chef-d'œuvre. Après un repos bien gagné, d'autres faussaires de la même Église rayèrent le nom de Sani de sa génération, comme le commandait le Psaume de David invoqué par Jacob junior dans Valentin[60], et, une fois rentré en possession des organes de l'ouïe et de la vue, on lui fit écrire les lettres que nous connaissons sous le nom de Lettres de Paul.

Paul à lui seul se chargea de démentir et Marcion et tous ceux qui avant lui avaient connu le secret de la mystification évangélique. Partout, chez les Galates d'abord, ensuite chez les Thessaloniciens, en Macédoine et en Achaïe, à Césarée et à Home, Saül s'écriait : t Je me suis converti en Paul et j'ai prêché Bar-Abbas sous le nom de Jésus ! D'ailleurs, enzôné dans la ceinture du frère Jacob que j'ai lapidé, j'écrirai tout ce qu'il vous plaira. Ne vous gênez pas, donnez-moi des compagnons et des disciples, si cela vous fait

'sir, vous pouvez falsifier, ajouter, retrancher, corriger, canoniser, forger des lettres nouvelles, entasser les Colossiens sur les Ephésiens, et Tite sur Timothée, personne ne protestera ! On fit croire ensuite que Marcion avait parfaitement connu les Lettres de Paul, mais que parmi celles qu'on attribuait à l'Apôtre des nations, il n'en admettait pas plus de dix, et encore à correction. Combien y en eut-il en tout ? A qui adressées ? Comment divisées ? On en produit aujourd'hui quatorze. Il semble qu'il y en ait eu davantage, qu'on en ait substitué de nouvelles à d'anciennes dont on n'était pas content, et qu'on ait répudié la Lettre aux Galates, sinon en totalité, du moins dans certains passages compromettants. Car nous voyons le faussaire jeter la suspicion sur certaines lettres qu'il ne désigne pas et les arguer même de faux, de manière à pouvoir démentir à son gré le tout ou la partie.

Niant l'existence de Jésus, Marcion niait celle des Apôtres, les Douze comme les Soixante-douze. Les Actes des Apôtres sont donc postérieurs à Marcion. Une longue période de temps s'est écoulée pendant laquelle les Gnostiques tiennent tout le théâtre, ne laissant aucune place aux aigrefins qui ont introduit la Nativité de Jésus dans Luc, et dans le monde les Actes des Apôtres et les Lettres de Paul : les trois grands faux que l'Église oppose aux défenseurs de la vérité. De même qu'il n'y avait pas moyen de trouver un seul témoignage sur Jésus, en dehors de l'Évangile, il était impossible de trouver, en dehors des Actes, un seul témoignage sur les rapports apostoliques de Saül avec Joannès, Pierre et Jacques, a fortiori avec les Douze. Les passages où ces rapports sont supposés aujourd'hui dans la Lettre aux Galates, l'entrevue d'Antioche notamment, et la dispute avec Pierre, ne sont invoqués contre les Gnostiques par aucun des avocats d'Église qui s'appuient sur la prescription. Ce moyen de droit est lui-même éliminateur de la preuve.

C'est pourquoi, laissant de côté, sans la répudier complètement, la Lettre aux Galates, embarras perpétuel pour les marchands de christ qui l'ont fabriquée, il a fallu souder Saül à Bar-Abbas, donc Paul à Jésus, par une révélation nouvelle dont Luc aurait été le témoin. De là la nécessité de créer d'abord Luc. On y Parvint en lui attribuant les deux écrits dédiés au très excellent Théophile : un Évangile et les Actes des Apôtres. Aussi lit-on aujourd'hui dans Irénée que Luc fut l'inséparable de Paul, associé à toutes ses tribulations, historien fidèle de toutes ses aventures, et son compagnon de travail dans la prédication. Or, demande Irénée, comment ceux qui n'ont pas été les associés de Paul peuvent-ils se glorifier d'avoir appris de lui des sacrements cachés et inénarrables, alors que Luc, qui ne l'a jamais perdu de vue, ne raconte rien de lui dans les Actes qui ne lui soit en quelque sorte commun avec Pierre ?

Il faut donc croire aveuglément que Luc n'a pas quitté Paul d'une seconde ; il est témoin oculaire et auriculaire de Paul ; oculaire au Mont des Oliviers, quand Jésus remet l'oreille de Saül ; auriculaire, quand il lui rend ses yeux sur le chemin de Damas. Et savez-vous qui a renseigné Irénée ? Luc lui-même, et point d'autre. Il nous a communiqué ce qu'il avait appris, comme il l'atteste lui-même. Appris seulement ? Alors il n'a pas vu, pas entendu ? Irénée ! Irénée ! vous tuez ma foi ! En vain me dites-vous : Qui rejette Luc comme ne connaissant pas la vérité, rejette aussi l'Évangile de celui dont il se dit le disciple ; c'est fini, je ne vous crois plus, je passe sous les enseignes de Marcion et des Marcionites.

L'invention de Paul faillit se retourner contre Pierre, malgré les aigrefins qui lui subordonnaient Paul. Les pauliniens ne voulaient pas qu'il y eût eu d'autre Apôtre. Les millénaristes et les gnostiques ne voulaient pas qu'il l'eût été. Il faut opter, dit Irénée. Ou bien renoncer à l'Évangile dont Luc seul nous a donné connaissance[61], ou bien, si on le reçoit comme les autres, on doit recevoir également le témoignage que Paul a rendu de lui-même, dans les Actes, sur le chemin de Damas. Là, point de doute : c'est bien le Jésus de Luc qui crie à Paul du haut des cieux : Je suis Jésus-Christ que tu persécutes. C'est bien le Jésus de Luc qui donne à Ananias l'ordre de baptiser Paul pour le réunir aux Apôtres. Nier que Paul soit apôtre, c'est se séparer du groupe des Apôtres réguliers. Ceux qui le nient ne peuvent ni prétendre que Paul ne soit pas un Apôtre ni montrer que Luc a menti. Ils doivent s'en rapporter aux Actes où Luc annonce la vérité avec le plus grand soin. N'en déplaise à Irénée, Luc, au contraire, a menti furieusement, et ce qu'on appelle l'apostolat de Paul n'est que le résultat de ses mensonges scripturaires. Il en est ainsi de l'acte de naissance de Jésus. Paul et Jésus sont issus du même sang. Voyons, dit l'Église dans Tertullien[62], ce qu'ont reçu de Paul les Corinthiens et les Galates, ce que lisent les Philippiens, les Thessaloniciens, les Éphésiens, ce qu'annoncent les Romains à qui Pierre et Paul ont laissé les Évangiles signés de leur sang[63]. Nous avons encore les Églises fondées par Jochanan (d'Éphèse). Quoique Marcion rejette son Apocalypse[64], cependant la suite des évêques qui remonte jusqu'à l'origine s'arrête à Jochanan comme à son auteur. C'est ainsi qu'on reconnaît la source de toutes les autres Églises. Or ce ne sont pas seulement les Églises apostoliques, mais toutes les Églises qui leur sont unies par le sceau d'une même foi, qui possèdent l'Évangile de saint Luc dès sa naissance[65].

Après avoir supprimé Marcion pour pouvoir adultérer son témoignage, l'Église dans Irénée l'accuse d'avoir prêché, à la suite de Saturnil, les doctrines rentre nature que prêchait Bar-Abbas et que Jésus reprend dans l'Évangile avec de légères atténuations.

Les sectateurs de Marcion et de Saturnil ont prêché le célibat : c'était violer les droits de la créature et accuser obliquement Dieu qui a fait l'homme et la femme pour la reproduction[66].

Ailleurs, dans Justin, elle donne à entendre que les Marcionites pourraient bien être les vrais coupables des eues commis par les adorateurs du christ asinaire.

Marcion du Pont, qui enseigne encore aujourd'hui, Professe la croyance à un Dieu supérieur au Créateur. Avec l'aide des démons il sema le blasphème à travers le monde, fit nier le Dieu créateur de l'univers, et inspira à ses adeptes la prétention qu'un autre Dieu supérieur a fait des ouvrages plus merveilleux. Tous les sectateurs de cette école, comme nous l'avons dit, sont appelés christiens, de la même manière que, malgré la différence des doctrines, le nom de philosophes est donné à tous ceux qui font profession de philosophie. Se rendent-ils coupables des infamies qu'on met sur le compte des christiens, comme ces extinctions de lumière, ces promiscuités, ces repas de chair humaine ? Nous l'ignorons ; mais ce que nous savons bien, c'est que vous ne les poursuivez pas et que vous ne les mettez pas à mort, du moins à cause de leurs opinions. D'ailleurs nous avons composé un livre sur toutes les hérésies. Si vous voulez le lire, nous vous le donnerons[67].

En effet, Antonin et toi, Marc-Aurèle, à quoi penses-vous ? Pourquoi n'avez-vous pas livré les Marcionites à vos bourreaux ? Est-ce parce qu'ils ne vous ont pas été dénoncés en bonne forme ? Voulez-vous qu'on voue les dénonce dans une apologie que nous datons de votre temps ? Vous verrez que déjà, sous votre règne, ils éteignaient les lumières (à l'aide d'un chien, comme dans Fronton et Minucius Félix), mangeaient les petite enfants et se plongeaient dans les incestes les plus révoltants (toujours comme dans Fronton et Minucius Félix). Pourquoi vous être obstinés à ne poursuivre que ces jehouddolâtres dont les crimes épouvantent l'imagination publique ?

Quand on anathématise Marcion pour la seconde fois dans Justin, ce n'est plus du tout pour les mêmes motifs que la première. Les démons ont suscité Marcion, qui enseigne encore à présent ou plutôt au nom de qui on enseigne encore[68]. Il nie le Dieu créateur du ciel et de la terre et le christ, son fils, annoncé par les prophètes, pour prêcher un autre Dieu à côté du dieu créateur de toutes choses, et un autre fils. Beaucoup acceptent sa doctrine comme vraie et se moquent de nous. Ils ne peuvent rien prouver de ce qu'ils avancent (faute de prophéties évidemment), mais stupides comme des brebis enlevées par le loup (comparaison très évangélique), ils sont la proie de l'athéisme et des démons. Car le seul but de ces démons dont nous parlons est d'arracher les hommes à Dieu leur Créateur et au christ son premier-né !

Si Justin avait été jehouddolâtre et qu'il eût composé un livre contre Marcion, c'est de toute autre façon qu'il parlerait de ce dangereux adversaire. Ce qui l'eût touché en Marcion, ce n'est pas sa théorie sur le Dieu supérieur au Dieu des Juifs, c'est sa négation de l'existence de Jésus. Pour persuader Antonin de cette existence, il lui eût fallu passer sur le corps de plusieurs millions d'hommes. C'eût été la grande bataille (elle ne commença guère que sous Julien). Justin n'eût pu la refuser en écartant Marcion d'un geste dédaigneux, en disant à Antonin : Voyez donc si par hasard les chrestiens de Marcion ne renverseraient pas de lumières dans leurs assemblées et ne mangeraient pas de chair humaine, comme on nous en convainc nous-mêmes. Non, il eût fallu s'expliquer catégoriquement, aborder le fond du débat et prouver Jésus non par prophètes, mais par témoins et par apôtres. Ces témoins existaient, dit l'Église ; outre les Évangiles, si dignes de foi ! il y avait les Actes de Pilate, les Lettres de Paul, celles de Pierre, celles de Clément, de Jacques, frère de Jésus, de Jude, d'autres ! La terre était hérissée d'églises fondées par des hommes qui avaient connu Jésus, occupées par des Papias et des Polycarpe qui avaient joui de la conversation de Jochanan, l'apôtre bien-aimé ! Pourquoi, ayant à convaincre un Empereur tel qu'Antonin et à combattre un hérésiarque tel que Marcion, l'Église ne produit-elle pas ce magnifique ensemble de concordances ? Pourquoi surtout ne dit-elle pas à l'Empereur : Ouvrez Flavius Josèphe ?

 

IV. — Faute d'avoir fait cette preuve, l'Église encouragea les Caïnites non Juifs à suivre l'exemple des Marcionites. Tout à fait opposés à Bar-Abbas, ils ne parlaient de la Loi de Moïse qu'avec le dernier mépris : elle reposait sur une intelligence mauvaise, et c'eut un bonheur que Bar-Abbas n'eût pas été envoyé pour l'accomplir, comme il l'affirmait dans l'Évangile.

Il faudrait savoir également sur quels motifs se fondaient ceux qui, comme les Archontiques, traitaient le Nouveau Testament (l'Ancien aussi) de tissu de mensonges. Épiphane, dans lequel on réfute toutes ces hérésies, ne croit pas devoir donner les arguments de ceux qu'il réfute, il a tort, car c'est par là qu'il aurait fallu commencer.

Qu'est-ce que combattent tous ces hommes ? Est-ce le Jésus des Évangiles ou l'auteur des Paroles du Rabbi ? Demandons-le aux Philosophoumena, œuvre d'Église[69]. Les Philosophoumena ne méritent aucune créance mais l'imposture n'y est pas continuelle, comme dons Irénée et dans Epiphane, par exemple.

On les a d'abord attribués à Origène, puis à Hippolyte ; mais après réflexion on a déchargé ceux-ci d'un livre qui parfois sent le fagot. Ce livre n'en reste pas moins très embarrassant pour l'Église à qui il apporte dans une mesure inégale des secours et des déboires. Lies déboires, ce sont les vilenies qu'il prête à plusieurs Papes ; mais après tout l'Église s'est résignée à n'en avoir pas que de bons. C'est aussi la constatation, et par un écrivain ecclésiastique, de Paroles du christ, paroles écrites que les Philosophoumena donnent comme citées, discutées, combattues par des hérétiques du second siècle. Dès le moment que les hérétiques les citent au cours du second siècle, c'est qu'elles étaient écrites à la fin du premier, telle est la conclusion de l'Église, qui feint de prendre les Paroles du Rabbi pour les quatre Évangiles canoniques.

 

V. — Par les gnostiques de tout ordre qui connaissaient l'inexistence charnelle de Jésus et qui l'avaient affirmée en tout lieu, la Vérité faisait à l'Église un procès accablant. Et qui défendrait le mensonge ? Ce qu'il fallait, c'était un avocat, un homme de sac et de robe, plaidant tout, voire l'absurde. On enzôna Tertullien qui était un montaniste, c'est-à-dire un antichristien, de la première partie du troisième siècle. Quiconque nie que Jésus-Christ soit venu au monde dans un corps de chair, celui-là est l'Antéchrist, dit Tertullien[70]. Deux livres contre Marcion, un livre sur la Chair de Jésus-Christ, un autre sur la Résurrection de la chair, Tertullien répond par quatre ouvrages aux braves gens qui ont refusé de diffamer Dieu. Aucun de ces Pro mendacio qui n'ait été écrit par les gagistes de l'Église. Après s'être adressé à Marcion, comme s'il vivait encore et fût capable de jouer aux dés ou de fréquenter les théâtres, Tertullien combat des écrits qui émanent de ses arrière-disciples ! On voit tout à coup apparaître dans le traité De la résurrection le nom de Jérôme qui est de la fin du quatrième siècle ! Dans les Prescriptions contre les hérétiques, il est question de la décapitation du Joannès baptiseur qui n'est entrée dans les Synoptisés qu'après l'empereur Julien, mort en 363 de l'E. C. !

Pour Tertullien, les témoignages contraires à l'existence de Jésus sont irrecevables. En faveur de Bar-Abbas il y a prescription contre la vérité, prescription contre Dieu, prescription contre l'honneur, prescription contre le bon sens ; c'est l'avocat de Carthage qui doit l'emporter[71]. Que savait-on de particulier à Carthage dont pût arguer un procédurier comme Tertullien ? Rien, la prescription était opposable, voilà tout. — Mais ? Non, il y a prescription. Ceci condamne l'Église. C'est l'aveu qu'il n'y a rien dans les Évangiles, rien dans les Actes, rien dans les Lettres de Paul, par quoi l'on pût conclure contre les Gnostiques.

Tous leurs témoignages restent à flot, toutes les répliques de l'Église coulent à pic. Prescription, c'est : Tarte à la crème ! Tertullien ne dit pas : Tu nies l'existence de Jésus, elle est prouvée par témoins. Non, en droit, — en droit ! — il y a prescription, et d'ailleurs Dieu peut tout : Jésus était à la fois homme et dieu, donc il est né. Tertullien en atteste les prophètes, mais il n'atteste aucun des apôtres, sinon Saül qui a prêché Jésus crucifié, enseveli et ressuscité. Ce n'est pas Pierre, c'est Saül qui a prêché ces choses. Dans le traité De carne christi, l'argumentation est de la plus extrême indigence : Jésus a vécu, parce que l'Église le dit d'après les Évangiles, les Lettres de Paul et les prophètes. Ainsi les prophéties sont considérées comme des témoignages — et si l'on va au fond il n'y en a pas d'autres, puisque les Évangiles ne sont que les prophéties en action —. Les démons eux-mêmes conviennent que Jésus a eu un corps : témoignage éminemment respectable, emprunté aux exorcismes de l'Évangile !

L'Évangile et Paul pour toute preuve, mais chez Tertullien un aiguillon de foi d'une pénétration inouïe : la passion de l'argent. Pour lui Bar-Abbas est né d'une Vierge, et les médecins de Carthage sont du même avis. (Mais les sages-femmes de Judée et d'Égypte ?) Au dessus de tous les arguments, celui-ci : la preuve que Jésus a bien eu un corps, — et pour l'Église ries de plus sûr, elle en vit ! — c'est que les négateurs de son existence le verront apparaitre au jour du jugement avec le même corps qu'il avait sur la terre ! Enfin dernier argument, celui qui a survécu : Credo quia absurdum, je crois parce que c'est idiot, et qui n'a même pas le mérite d'être sincère, personne ne connaissant mieux l'inexistence de Jésus que l'auteur de ces turpitudes.

Disciple de Marcion, Apellès avait composé un livre de Syllogismes dirigé contre les Écritures juives et les Paroles du Rabbi. Pour lui tout ce que Moise a écrit de Dieu est faux, Dieu n'a point élu de peuple. Pour ce qui est des Évangiles, c'est une mystification pure que les corrections et les additions embrouillent chaque jour davantage. Déjà, au temps d'Apellès, Jésus a cessé d'être un fantôme tout à fait indépendant de Bar-Abbas, comme dans les versions primitives ; c'est toujours un esprit, l'Esprit, mais incorporé à l'individu qui e été crucifié : l'opération de la résurrection, telle qu'elle est présentée par les évangélistes, rend à chaque élément que Jésus lui a emprunté ; à la terre sa dépouille charnelle, au ciel l'esprit qu'il en a apporté. Tout cela est supérieurement vu.

Les Révélations que suit Apellès sont intitulées Manifestes de Philumène. Cette Philumène occupe dans le système d'Apellès le rôle d'Hélène dans la Grande exposition de Simon de Chypre, et celui de Sophia dans la Sagesse de Valentin. On a donc agi Simon, la Philumène d'Apellès comme avec l'Hélène de l'Église en a fait une prostituée qui accompagne partout l'infâme Apellès ![72] Apellès n'a pas observé la continence de son maître Marcion, ennemi déclaré de tout ce qui sentait l'impureté[73] ; il s'est laissé aller ana charmes de Philumène, laquelle s'est rendue célèbre Par ses prostitutions ! C'est elle qui lui a soufflé les manifestes anti-jehouddolâtres, que quelques-uns de ses Sectateurs ont encore, dit le pseudo-Tertullien ; mais cette secte est trop postérieure aux apôtres pour que son témoignage puisse leur être opposé. Valentin, Cerdon et Marcion sont les principaux corrupteurs de vérité ; après eux il y a Nigidius, Hermogénès et plusieurs autres. Mais font-ils des miracles comme en faisaient couramment les apôtres ? Non. Alors où est leur autorité ?

Naturellement tous les prédécesseurs de Marcion, et tous ses successeurs pendant un laps de temps considérable, étaient morts sans avoir connu l'extrait de naissance Jésus. Les Apelléens étaient de ceux-là. L'Église dans Tertullien accuse tous ces hérétiques d'avoir biffé ce document dans leurs exemplaires des  Évangiles, elle oppose à Apellès un Évangile antérieur à l'erreur de Marcion et qui fait mention des parents de Jésus à propos de sa naissance au Recensement ![74] Voilà ce que les hérétiques ont retranché de leur Évangile pour étayer leur théorie de la non-existence de Jésus et de son identité charnelle avec Bar-Abbas ![75]

Apellès, en un mot, n'était point dupe, observant et faisant observer que, pour sentir l'inexistence de Jésus, il suffisait du passage où il demande : c Qui est ma nière et qui sont mes frères ? et par où il fait entendre qu'il n'a dans le monde ni père, ni mère, ni frères, ni sœurs' autrement dit qu'il n'a point eu chair. A Apellès l'Église dans Tertullien répond par l'argument qu'elle avait déjà décoché à Marcion. On ne préviendrait pas Jésus que sa mère et ses frères sont là, s'ils n'existaient pas, et 5i par leur existence ils ne confirmaient la sienne. La réponse de Jésus vient de ce qu'il était très occupé en ce moment, que sa pensée était loin d'eux, et c'est à tort que les Apelléens la considèrent comme une preuve de la non-humanité de Jésus. Au surplus on peut avoir perdu sa mère[76], n'avoir pas de frères[77], et exister tout de même. Et c'est pourquoi les imposteurs du genre de Tertullien accusent les hérétiques du genre marcionite et apelléen d'avoir supprimé, à cette occasion et en cet endroit, le passage où il est dit que les disciples connaissaient parfaitement Joseph le charpentier, qui Passait pour être son père, sa mère Marie, ses frères et ses sœurs, de manière à enlever aux lecteurs l'idée qu'il fût né à la façon des hommes. On fait donc à Apellès le même grief qu'à Marcion, celui de ne s'être servi que d'un seul Évangile et encore pas tout entier. Entendez, étant donné l'origine du renseignement[78], qu'Apellès, antijuif déterminé, montrait qu'il n'y avait point quatre Évangiles, mais un seul.

L'épisode de la visite à Salomé et à ses enfants dans leur maison de Kapharnahum[79] était la grande preuve qu'Apellès fournissait de l'identité charnelle de Jésus avec Bar-Abbas. Il n'était pas dans tous les Évangiles, puisqu'à l'heure actuelle il n'est pas dans celui de Cérinthe. Cérinthe se trouve donc parmi les hérétiques accusés de l'avoir supprimé. Mais cet épisode était dans les Évangiles dont Marcion et Apellès se sont servis, sans quoi Tertullien n'aurait pas manqué de les accuser de l'y avoir introduit. Au contraire, il avoue que dans l'Évangile paru avant l'erreur de Marcion, les frères de Jésus selon le monde n'avaient point cru en lui, et ce serait une des raisons qui expliquent la dureté de sa réponse. Sa mère non plus ne le suivait point, mais bien Marthe et Marie, qui ne lui étaient rien[80] ; les crachats, les soufflets, les injures qu'il a reçus témoignent assez qu'il était homme, et disgracié de la nature, voire difforme[81], ainsi que le voulait Isaïe. Tertullien en a même à ceux qui, par une subtilité tenant au sens intime de l'allégorie, entendaient que la chair de Bar-Abbas avait été de la même substance que l'âme. Tertullien veut que Jésus ait été homme, en tout point semblable aux autres hommes, et il cite l'épisode de la Samaritaine, qui n'est précisément qu'une théophanie ! Il ne veut pas qu'il soit ange, comme le soutiennent quelques-uns (parce que d'un ange on ne peut faire un dieu), ni qu'il soit simplement un homme de la lignée de David, et en qui parle un ange supérieur aux prophètes, comme le voulait Ebion[82]. Non, il est vraiment homme, et vraiment dieu, étant fils de Dieu[83]. Cependant il invoque Pierre qui dit dans les Actes : C'est Jésus de Nazareth, celui que Dieu vous a montré et qui est homme.

Ces frères du Marân, qui dans les Lettres de Paul se promènent avec des femmes-sœurs à Antioche et en Asie, ce Jacques, frère du Marin, qui dans les Actes conduit l'église de Jérusalem et morigène toutes les autres, sont donc toujours des frères de Bar-Abbas ? Le passage sur Joannès-baptiseur, le passage sur Jésus-Christ, le passage sur le martyre de Jacques ; frère du christ, ne sont donc pas encore dans Josèphe. La décapitation du baptiseur n'est donc pas encore dans Marc et dans Matthieu ? Il est donc tour' permis de dire, même dans les écritures canoniques que Bar-Abbas a eu des frères qui n'étaient pas des cousins, et des sœurs qui n'étaient pas des cousines ? Cette avalanche de frères et de sœurs tombe sur ceux qui niaient la venue en chair de Jésus ; Matthieu et Luc proclament toujours que Bar-Abbas est le premier-né des sept fils ; Marc, Cérinthe, Paul viennent à la rescousse, et tous, à onze reprises différentes, parlent de ses frères et de ses sœurs. Cela embarrassera bien un Peu ceux qui tiendront pour la virginité de Marie, mais qu'importe ? il faut courir au plus pressé, qui est de démontrer par la nombreuse famille de Bar-Abbas, que Jésus a bien existé en chair et en os.

Comme Apellès, Alexandre professait que Jésus n'avait point eu de corps, n'étant point né, en dépit de l'acte de naissance qui est aujourd'hui dans Luc.

Quand on eut forgé cet acte et qu'on l'eut inséré dans Évangile donné comme antérieur aux Marcion et aux Apellès, il fallut bien inventer des témoins qui eussent vu le portrait de Jésus avant que ces hérétiques 8e fussent permis de nier son existence. Sitôt que cela fut décrété, il se trouva dans Irénée des gens qui, contemporains d'Anicet[84], — cela juge le renseignement, —avaient représenté au vif la figure du Juif consubstantiel au Père, et, chose curieuse, ces gens avaient été Carpocratiens, c'est-à-dire négateurs de l'existence de Jésus ! Ainsi une certaine Marcellina, jadis carpocratienne, était venue à Rome, montrant des images peintes de Jésus, entre lesquelles il y avait un portrait que Pilatus lui-même avait fait d'après nature, lorsque Jésus vivait parmi les hommes ! Comment conserver des doutes sur l'existence de Jésus, quand on avait vu colporter son portrait signé : Pontius Pilatus fecit, pro Cæs. Tiberio imperatore curator apud Judœos, Hierosolymæ, anno christi XXXIII — car il est certain que Pilatus, honteux des fastes consulaires, avait daté son œuvre de l'ère chrétienne —. Ah ! quelle belle chose c'eût été d'entendre crier sur la Canebière du Tibre : Demandez les Acta Pilati avec le portrait de Jésus... presque par lui-même ! Les Marcellinistes ont aussi des statues de Jésus, dit Irénée, ils les couronnent (d'épines juives ou de lauriers romains ?), ils les mettent en belle place avec les images des philosophes, de Pythagore, de Platon, d'Aristote et des autres. Ces statues n'étaient-elles pas dues à Péréghérinos ?

Le portrait de Jésus par Pilatus eut un tel succès que selon l'Église, dans Lampride[85], Alexandre Sévère voulut mettre Bar-Abbas au rang des Dieux. Il va sans dire qu'Alexandre Sévère mourut dans la profession du paganisme, tout comme Tibère, quoique l'un et l'autre, au dire de l'Église, eussent été touchés de la grâce au point que le dernier parlait d'élever un temple au crucifié de Pilatus ! Constantin mourut de même, moitié païen, moitié arien, c'est-à-dire hérétique, quoiqu'il ait été canonisé par l'Église comme jehouddolâtre.

 

VI. — Parmi ceux qui ont nié le plus vigoureusement l'existence de Jésus, les Monarchiens ont d faire valoir plus d'un argument raisonnable. De nombre sont Praxéas et Victorin, deux Asiatiques venus en Italie au troisième siècle. On ne sait plus bien en quoi consistait leur doctrine, mais elle était tellement gênante que l'Église l'a fait entrer parmi celles auxquelles elle oppose la prescription. On croit voir[86] que, combattant la division de l'Être suprême en une trinité, par conséquent niant le Fils et l'Esprit, Praxéas tenait ce raisonnement à bon droit qualifié de perversité par l'Église : Si le crucifié de Pilatus était Dieu, ce n'est pas le Bar qui a souffert, c'est l'Abbas, car Dieu est unique et indécomposable.

Sur l'inexistence de Jésus les Théodotiens conviennent avec tous les Gnostiques. L'Église dans Tertullien feint de croire qu'il y eut deux Théodote, dont l'un était de Byzance et l'autre elle ne sait d'où. Mais Épiphane n'en a connu qu'un seul, l'auteur de la secte que l'Église dit être de l'autre dans Tertullien. Pour expliquer la documentation très abondante, parait-il, de Théodote sur Bar-Abbas, elle dit qu'après avoir été emprisonné Pour lui, il ne cessa de blasphémer contre lui, après sa libération[87]. Ce qu'il y a de certain, c'est que Théodote avait merveilleusement saisi le rôle de Melchisédec dans la kabbale jehouddique. A peine ce rôle est-il esquissé dans Valentin[88]. Mais chez Théodote Melchisédec apparaît ce qu'il était réellement dans les Paroles du Rabbi, l'instrument principal de la grâce céleste opérant en Bar-Abbas. Il appert de Théodote qu'il était dit quelque part de Bar-Abbas : Tu es prêtre à jamais selon l'ordre de Melchisédec. Car cette parole, reprise plus tard et exploitée Per l'auteur de la Lettre de Paul aux Romains, ne pouvait venir qu'à la suite de celle où l'Abbas disait à son Bar en lui dépêchant la joyeuse colombe : Tu es mon Bar, je t'ai engendré aujourd'hui. Et en effet, dans le Royaume tel qu'il devait le réaliser, Bar-Abbas était médiateur des Juifs et leur Prêtre éternel, comme Melchisédec l'est des auges et des puissances dans la kabbale. Théodote faisait remarquer que Melchisédec est dit sans père et sans mère, sans commencement et sans fin, partant sans généalogie, qu'il n'a jamais été compris, qu'il est même incompréhensible, qu'en tout cas il ne s'est point montré pour donner à Bar-Abbas l'onction sacerdotale sous le Lion[89], et qu'en attendant la venue du vrai Messie, c'est lui qui demeure le Grand-prêtre éternel auprès de Dieu.

Sur l'inexistence charnelle de Jésus, Héracléon et Hermogénès s'accordent avec Valentin et Ptolémée. Quant aux différences de leur doctrine avec celle des Valentiniens et des Ptoléméens, elles ne nous intéressent pas-

Honnête gnostique, partant négateur de Jésus en chair, Héracléon est l'auteur de la secte des Héracléonites, citée par Clément d'Alexandrie[90], et il n'a eu, quoiqu'il possédât les écrits de Philippe, de Toâmin et de Mathias, aucune connaissance d'un christ autre que Bar-Abbas. Les Héracléonites avaient une formule do mots barbares, dans le genre de l'Abraxas de Basilide et des gloses éphésiennes, et ils recommandaient de les réciter à l'article de la mort, comme capables de repousser les puissances invisibles mais de mauvais aloi, entendez les démons[91]. Héracléon fut comme honteux pour l'espèce humaine des horreurs inutiles où l'Église précipitait ses dupes. Il soutenait qu'il est Plus utile de vivre saintement que de se sacrifier théâtralement pour Bar-Abbas. Il faisait remarquer que les individus qui ont inséré ces principes de martyroculture dans les Évangiles étaient morts tranquillement dans leur lit. Aujourd'hui, Clément d'Alexandrie, interpolé par les marchands de christ, soutient Contre lui que le martyre est un acte de foi héroïque effaçant tous les péchés, et que les apôtres sont morts comme Jésus-Christ pour les Églises qu'ils avaient fondées[92] !

Hermogénès écrivit contre l'Apocalypse et en même temps contre les Évangiles, déclarant que Jésus n'avait point eu chair et que son tabernacle n'avait Point cessé d'être dans le soleil, en quoi cet Hermogénès se rapprochait des Manichéens. Dans la haine qu'ils portaient à Bar-Abbas, certains Gnostiques en vinrent à soutenir, outrant l'opinion des Marcionites appliquant la sentence de Jésus dans Cérinthe, que le Dieu des Juifs était le Diable en personne et que la Loi émanait de lui. L'Évangile du Royaume, accomplissement de la Loi, tombait sous le coup de cette condamnation. C'est pourquoi l'Église dut marcher avec les Juifs Contre le monde entier, emboiter le pas à Moise et défendre Iahvé attaqué dans Bar-Abbas.

Lee disciples de Marcus et de Colarbaze pensaient comme tous les Gnostiques.

Marcus ne devait ses révélations qu'à lui-même, collaborant avec le ciel pour l'élucidation des mystères. Il en avait fait une dissertation qui allait de l'alpha à l'oméga, car elle était alphabétique, arithmétique, astrologique, cosmique et plus encore. C'était donc un rival de Bar-Abbas, mais il n'était pas dangereux, n'étant pas Juif.

Marcus et Colarbaze disaient dans leurs écrits que Jésus n'avait point eu chair et qu'il n'y aurait point de résurrection[93]. Loin d'avoir introduit un système grammatique nouveau, — ce qui constitue une grave hérésie au sens de l'Église, — Marcus et Colarbaze ont montré ce qu'il y avait de puéril et de vain dans celui de Bar-Abbas, qui prétendait ériger l'alphabet hébreu en une révélation divine enfermant l'énigme du monde, sous le prétexte qu'il commençait par l'aleph pour finir par le thav. Cela prouve qu'ils avaient les Paroles du Rabbi et qu'ils en dénonçaient la prétentieuse ineptie. Ils connaissaient en outre la descente de l'Esprit dans cette Écriture sous la forme d'une colombe, et l'expédient du volatile de terre cuite qui venait sur Bar-Abbas en exécution de cette prophétie. Ils connaissaient même le chiffre enfermé dans le nom hébreu de la colombe : iemona[94], que les évangélistes ont rendu par peristera. Ce nom contient le fameux nombre dont Bar-Abbas parle dans l'Apocalypse[95] et dont Jésus dans Valentin reparle à Philippe, à Toâmin et à Mathias comme s'étant trouvé faux à l'échéance. L'Église prête à Mitions et à Colarbaze tout le système grammatico- numérique de Bar-Abbas, mais elle se garde bien d en démontrer le ridicule par des citations : elle se borne à le traiter de rêveries qu'il est inutile et même dangereux de rapporter !

Marcus prêchait si bien l'inexistence de Jésus qu'on n'a pas craint d'en faire un disciple de Manès[96], quoique Manès soit mort en 274 de l'E. C. Il est vrai qu'en cela Marcus était manichéen. Il ne se borna pas à continuer l'œuvre gnostique à Rome, il vint dans les provinces romaines de la Gaule, et, laissant les Juifs de Lyon annoncer le Royaume de Bar-Abbas selon la formule de Papias et d'Irénée, il répandit la vérité dans tous les pays arrosés par le Rhône et la Garonne, traversa les Pyrénées et passa en Espagne où il put aller prier sur la tombe de Saül. Dépitée par le succès des Marcosites en Occident, l'Église prétend que leur maître s'adressait de préférence aux femmes de riche maison et de noble naissance qu'il séduisait par le mystérieux attrait de sa doctrine. Mais rien n'était moins secret que l'en8eignement de Marcus sur Jésus.

Sa prétention de répandre la grâce est beaucoup mieux justifiée que celle de Bar-Abbas. Pour les sacrements tels que baptême et extrême-onction, il avait des formules d'une origine plus ancienne. Quant à sa communion avec Dieu par le vin eucharistique, si elle est inefficace, au moins a-t-elle l'avantage de ne point être impie. Ce n'est pas le sang d'un criminel qu'il faisait descendre dans le calice, ce n'est pas l'Eucharistie jehouddolâtre qu'il célébrait, puisqu'il niait le salut charnel dont Bar-Abbas est le symbole[97]. La formule de leur Eucharistie, les Marcosites la tenaient d'Anaxilaüs le thessalien, médecin, naturaliste et philosophe pythagoricien, qui florissait sous Auguste et fut banni d'Italie quelque vingt ans avant la crucifixion de Bar-Abbas. Et l'état de grâce répandu par eux sur les fidèles, qui boivent tour à tour à la coupe, ne comporte que du vin, et point de pain-Zib comme dans la Cène et cette grâce, sans pain, matière solide, ne sauve pas la chair, mais seulement l'esprit.

 

VII. — On a par les analyses de Photius[98] la preuve absolue que tous les passages attribués à Pantène, à Clément et à Origène et où il est parlé de Jésus ont été introduits par l'Église dans ces auteurs, tons opposés à l'imposture du Verbe incarné dans Bar-Abbas. Tous s'élèvent de Sérapis à Dieu, aucun ne descend de Iahvé à Bar-Abbas. Les Disputes de Clément détruites, les Principes d'Origène détruits, tous les Gnostiques supprimés, tout ce qui a surnagé d'eux mutilé et falsifié, voilà qui fait pendant aux millénaristes en partie ou totalement supprimés, comme Papias, Irénée, Ariston de Pella et autres. On supprimera de même Eulogius, Eunomius, Méthodius, Agapius, Piérius, Apollinaris, tous les théologiens constitutionnellement négateurs de Jésus. Après quoi, non seulement on leur fera dire tout ce qu'on voudra dans les livres ecclésiastiques, mais on interpolera au bon endroit les écrivains grecs et latins, hier encore muets sur Jésus.

On a souillé la mémoire d'Origène en essayant de le faire passer pour un jehouddolâtre, et on lui en a attribué les œuvres. Origène n'a jamais reconnu la divinité de Bar-Abbas ; et s'il en a parlé, ce n'a pu être que pour combattre la fraude dont ce scélérat bénéficie, car dans son livre des Principes il fait cette déclaration qui indigne le patriarche Photius : Le Fils est une fable ainsi que le Père ; et cette autre déclaration qui renverse Épiphane : Le Fils ne peut jamais voir le Père.

Ce livre des Principes, livre traitant des commencements de tout, était une genèse et pleine de blasphèmes, dit Photius. Sans s'occuper en aucune façon de Bar-Jehoudda, Origène s'occupait du Fils de l'homme selon la kabbale juive, du Sauveur incarné avant la création, et disait que sur ce sujet un même esprit animait Moïse, les prophètes et les apôtres, ce qui est une vérité incontestable. Comme Clément d'Alexandrie[99], son maître, il condamnait absolument cette théorie insensée de l'incarnation du Verbe : à peine concédait-il que le Logos eût pu apparaître en image. Gens tout à fait scandaleux comme on voit, héritiers de Marcion, et qui n'étaient pas constitués pour servir la vérité telle que l'Église l'a faite. Convertissable post mortern, on a mis sous le nom d'Origène une quantité de livres dans lesquels il parle de Jésus, des apôtres et des évangélistes comme s'il avait été jehouddolâtre jusqu'aux dents. Rufin, qui n'avait pas un seul témoignage à taire valoir en faveur de l'ère apostolique, d'invention toute romaine, introduisit dans Origène tout ce qui lui convint là-dessus et insinua ensuite dans Eusèbe que les preuves étaient dans Origène. On put lire désormais dans Origène, jehouddolâtrisé par les plumes les plus orthodoxes, que, dans le partage de la terre entre les Douze apôtres, la Parthique était échue à Thomas, la Scythie à André, l'Asie à Jochacan, le Pont, la Galatie, la Bithynie, la Cappadoce et l'Asie à Pierre, lequel Pierre avait été crucifié à Rome, la tête en bas, tandis que Paul y avait été décapité[100] !

Des écrits de Porphyre[101], défenseur du bon sens et de la nature outragés, pas une ligne qui nous sait parvenue.

Porphyre était de Tyr. Venu à Césarée de la mer, il tenta de faire prévaloir le Logos sur Bar-Abbas. Il fut outrageusement battu par les christiens du lieu, infesté' de millénarisme et de sicariat. Jésus avait encore besoin d'un séjour dans une maison de correction où quelqu'un le pressât de renoncer à ces enseignements contendants. Porphyre écrivit quinze livres contre lui ; et selon Socrate, historien ecclésiastique, ce n'aurait été que pour se venger de ses coups[102]. Les quinze livres de Porphyre sont allés rejoindre dans le feu tous les ouvrages gnostiques. Par l'accueil des christiens de Césarée on devine que Porphyre n'était point favorable à la nation d'où devait sortir un jour le Maître du monde.

L'Église reconnait sous Théodose II, en 1135, que Porphyre a écrit ces livres quand il était en Sicile en 270 et qu'il y combat ceux qui acceptent Bar-Abbas comme Dieu ; mais, dit-elle, il rendait le plus vif hommage à la personnalité morale de ce Juif. Malgré cela, quand elle réussit à s'emparer de son œuvre, sous Théodose II, elle la supprime. Quoi ! soixante-cinq ans s'écoulent parmi lesquels, seul de son espèce, Porphyre S'Incline devant la sainteté de Bar-Abbas, et dès qu'elle Peut mettre la main sur ce témoignage, unique en son genre, elle le fait disparaitre ? Nous savons, nous, que ce témoignage concordait pleinement avec celui des Gnostiques. En même temps, dit l'Église, Porphyre soutenait que les prophéties de Daniel étaient des vaticinia ex eventu[103] faits pour exciter les Juifs à la révolte contre... Antiochus Épiphane ! Entendez que, connaissant l'Apocalypse écrite pour exciter les Juifs à la révolte contre Auguste et contre Tibère, il en avait identifié l'auteur avec le Jésus qui prononce sur le Mont des Oliviers, les vaticinia ex eventu que vous savez[104]. Comment, possédant son casier judiciaire, Porphyre aurait-il proclamé la haute moralité de celui que l'Évangile lui-même qualifie de rebelle, de voleur et d'assassin ?

Loin de là, Porphyre voit dans la magie la clef de tous les miracles de l'Évangile ; c'est du moins ce qu'en dit Cyrille écrivant contre Julien[105]. Il attribue au démon tous les miracles qui se font au tombeau des martyrs ; c'est du moins ce que dit Jérôme écrivant contre Vigilance.

Parmi ceux qui menèrent le bon combat dans des écrits publics, il en est sur lesquels l'Église a passé une telle éponge qu'on ne sait même plus à quel siècle il faut les rattacher. Tels Lucius Charinus, Agapius et Piérius. N'était le patriarche Photius qui les accueille dans sa Bibliothèque pour les anathématiser, à peine connaîtrait-on leur nom[106].

A l'imposture des Actes des Apôtres Lucius Charinus répliqua par la vie authentique des treize personnages que l'Église mettait en ligne contre l'histoire. Le livre a disparu, est-il besoin de le dire ? Photius toutefois en a fait une petite analyse qui suffit à nous édifier, quoiqu'il n'ait pas jugé à propos d'y consacrer plus de dix lignes ecclésiastiquement conçues[107].

C'était un ouvrage extraordinairement curieux que ces Periodoi[108] apostoliques, parmi lesquelles celles d'Andréas, du Joannès, de la Pierre et de Toâmin. Charinus y racontait non seulement que Jésus, n'ayant point vécu, n'avait pas été crucifié, mais qu'il y avait un autre homme sur la croix, Bar-Abbas, tandis que Jésus riait de ses bourreaux. Dans les fables qui le concernaient et auxquelles on a donné le nom d'Évangiles, Jésus n'est qu'une théophanie qui variait au gré du conteur : chez les uns, petit enfant, chez les autres, vieillard[109] et géant dont la tête atteignait le ciel[110].

En un mot, Charinus avait écrit l'histoire des apôtres, telle qu'elle devait l'être : sans Jésus. Le christ était un de ces apôtres-là, tous précurseurs, et au même titre, d'un Être qui n'était pas venu, par la bonne raison qu'il n'existait pas dans la région céleste que l'Apocalypse lui assignait. Qu'on eût crucifié celui qui 8e disait christ, Charinus n'en doutait pas, on en avait crucifié bien d'autres ! Mais que celui-là fût le Christ à la grande lettre, c'est une autre affaire. Ii expliquait très clairement le symbole de la Croix dont il disait des choses que Photius qualifie de légères, ce qui montre à quel point elles étaient fondées. Il triomphait surtout de la carrière d'André. Photius est un naïf, car il y avait un moyen de convertir Lucius Charinus (et l'Église romaine l'a employé), c'était de le faire passer pour avoir dit qu'André n'avait nullement été le premier martyr, puisqu'il était encore vivant lors de la confection du Quatrième Évangile et qu'il avait décidé Jochanan à en entreprendre la composition. D'après l'Église, qui l'a inséré dans le canon de Muratori[111], on aurait pu lire ceci dans les Acta Joannis de Charinus : a Jochanan se leva au milieu des disciples, condisciples et évêques qui l'accompagnaient, et dit : Jeûnons ensemble pendant trois jours[112], et ce qui nous sera révélé, que chacun de nous en fasse part à l'autre ! Et cette même nuit il est révélé à André, au milieu des apôtres (les apôtres étaient là !), que, sur les recognitions (souvenirs) de chacun, Jochanan écrirait le tout sous son nom. Cunctis recognoscentibus. Ô joie ! l'ombre de Clément passe dans cette expression, les mains pleines non de lis, mais de faux !

Savant alexandrin, chrestien de mœurs rigides, proscrivant jusqu'au vin, Agapius fit vingt-trois livres contre l'imposture énorme des Évangiles. Photius en vain a tenté de ruiner son témoignage. Contraire an dieu des Juifs, à Moise, aux prophètes, particulièrement à celui que la mystification donne pour précurseur 8 Jésus, — il s'agit manifestement de l'Apocalypse et de son auteur, — Agapius refusait d'admettre que des constellations comme la Vierge, le Capricorne, le Verseau et les Poissons, voire des planètes comme le Soleil et la Lune, fussent descendus du ciel sur le bourg de Gamala pour s'incarner dans la peau indélicate de quelques fanatiques plus ou moins issus de David. Repoussant le songe de Joseph comme une offense à Dieu, il avait dédié son livre à Uranie, muse de l'Astronomie.

A tout prendre, il préférait honorer directement les astres dans leur substance, à la façon des Manichéens ! Pour ce qui est de la mystification évangélique, de Jésus, de son baptême, de sa croix, de sa résurrection, il en riait comme d'une comédie dont les prétentions sacrées accusaient encore l'inconscience et l'impiété. Il n'était pas dupe des Lettres par lesquelles le bienheureux Paul prêtait au mensonge en cours l'appui d'une intarissable faconde levantine, et il adhérait pleinement aux Actes dits des Douze Apôtres, où Charinus, histoire en main, montrait la véritable vie des douze hommes avec lesquels on avait composé la garde du corps de Jésus, et celle du prince hérodien qu'on avait travesti en tisserand sous le nom de Paul. Il était particulièrement sévère pour la femme que l'Évangile appelle Marie, montrant qu'elle était dite mensongèrement la mère de Jésus et qu'elle portait indûment ce nom de Marie[113]. Or, il ne pouvait démontrer cela qu'en lui restituant son véritable nom de Salomé, qu'elle porte dans le Proto-Évangile de Jacques.

Ce nom réel est, en effet, dans la Nativité selon le Proto-évangile de Jacques, écrit par une secte naziréenne qui niait l'existence de Jésus et tenait vigoureusement pour le Royaume de Bar-Abbas.

Voici la scène. Marie (ou pour mieux dire Myriam, la Millénaire), vient d'accoucher dans la caverne juive qui remplit l'office de la caverne mithriaque[114], lorsque la sage-femme arrive. Celle-ci n'a donc pas assisté à l'opération, mais elle connaît la kabbale de l'une en deux, deux en une, qui permet à Salomé de jouer dans la Nativité le rôle de la Vierge céleste. C'est donc une excellente complice. Elle entre, elle examine Myriam et naturellement elle la trouve Vierge. Au sortir de la caverne, elle rencontre Salomé, la mère selon la chair : J'ai de grandes nouvelles à t'annoncer, dit-elle, une vierge a engendré et elle reste Vierge[115]. — Vive le Seigneur, mon Dieu, répond Salomé, si je ne m'en assure pas moi-même, je ne le croirai pas. La sage-femme rentre alors dans la caverne et dit à Myriam : Couche-toi, car une grande épreuve t'est réservée. Alors Salomé tâte Myriam à l'utérus et sort en disant : Malheur à moi, perfide ! car j'ai tenté le Dieu vivant ! Ma main, brûlée d'un feu dévorant (celui de l'Esprit-Saint), se sépare de mon bras ! Elle tombe genoux, implore le Dieu de ses pères ; mais sur l'avis d'un ange qui lui apparait, elle prend l'enfant entre ses bras (pour être semblable au signe céleste) et lui dit : Je t'adorerai, car un grand roi est né en Israël. Elle sort de la caverne, guérie de son bras et même d'ailleurs, et justifiée de sa souillure ; sur quoi une voir mystérieuse lui dit : N'annonce pas les merveilles que tu as vues jusqu'à ce que l'enfant soit entré à Jérusalem[116].

En effet, cette entrée doit avoir lieu sous les Ânes jubilaires de 789, et à ce moment, on verra que Salomé est la Vierge du Millénium du Zib. Agapius a donc raison de dire que Marie n'est pas le nom véritable de la mère de Bar-Abbas. Jacob junior, autrement dit Andréas, qui est censé avoir composé cet Évangile, doit savoir comment elle s'appelait, puisqu'il est un de ses fils puînés ; il sait également par l'Esprit pourquoi son Évangile est intitulé Proto-évangile, puisqu'il est le premier ressuscité de la bande, ayant été le premier martyr de Saül.

Ainsi Agapius avait percé à fond le mythe de Jésus. L'Évangile et tout ce qu'on appelle aujourd'hui le Nouveau Testament était un tissu de fourberies, comme l'Ancien. Rien ne le faisait tant rire à ses moments perdus que l'histoire du Joannès baptiseur Présenté comme précurseur du christ, et on comprend cela quand on sait qu'il s'agit du même individu. Tout cela, disait-il, est l'œuvre du mensonge, l'œuvre du Démon. En revanche, il prêchait la croix, comme étant la figure ou plutôt le signe du Christos égyptien qu'on nomme Sérapis. Croix, baptême, résurrection, jugement, tout cela il l'a très bien vu, c'est Sérapis, naturalisé juif par le plagiat ; il n'est pas jusqu'à Marie qui ne soit une insupportable parodie de la Vierge-mère, le Vierge du monde, que les Égyptiens révèrent sous le nom d'Isis.

L'analyse de son ouvrage est si obscure, si pleine de réticences, qu'il est absolument impossible de rien comprendre au reproche que lui adresse Photius d'avoir fait une plaisanterie peu décente sur la croix : il aurait osé dire que ce signe était un trait de nature à faire fuir les Juifs ! Si Photius n'avait pas craint de découvrir Salomé en donnant l'origine de la plaisanterie, ce n'est pas Agapius qu'il eût dû accuser, mais le Juif consubstantiel au Père. Car cette origine, c'est la fameuse révélation de Bar-Abbas à sa mère : Mon règne aura lieu quand vous aurez foulé aux pieds le vêtement de la pudeur et que vous serez un en deux, deux en un, ni homme ni femme. Il y a une censure dans la plaisanterie d'Agapius. Pour comprendre la censure, il suffit de savoir que Dieu a protesté cet oracle à l'échéance ; pour comprendre la plaisanterie, de considérer que le recroisement sexuel annoncé par Bar-Abbas n'eût pu se faire sans l'emploi du vase féminin, Χοίρος, mot qui commence par la croix que nous disons de Saint-André et qui signifie également porc[117], auquel mot tous les Juifs auraient pris la fuite !

Aussi Photius appelle-t-il Agapius exécrable, non seulement pour cette raison, mais parce qu'il reçoit ces Actes dits des Douze Apôtres, ceux d'André surtout dont il se prévaut, et il approuve même la métempsycose !

Au commencement du quatrième siècle l'Église fit cet effort très digne de mettre en circulation des Actes véridiques de la Passion, qui comblaient les lacunes, réparaient l'oubli et redressaient l'injustice, car de leur côté les païens avaient fait sur la même Passion des Actes qu'ils disaient authentiques et, où ils déshonoraient Jésus. Or, la seule façon qu'ils eussent de déshonorer Jésus, c'était de lui attribuer les crimes de Bar-Abbas. L'empereur. Maximin Daza les répandit de tous côtés et commanda que les enfants les apprissent Par cœur dans les écoles de grammaire[118]. Dans Eusèbe l'Église prend ces Actes en pitié : conçoit-on qu'ils étaient remplis de fautes de chronologie ? S'il en est ainsi, pourquoi ne nous avoir pas conservé ces monuments de l'ignorance et de la mauvaise foi païennes. Comprenons donc que, dénonçant le mensonge des Évangiles synoptisés où la crucifixion est placée le lendemain de la pâque, et celui des Actes des Apôtres où elle est avancée de sept ans[119], les Actes répandus par Maximin rendaient à l'événement son véritable jour, c'est-à-dire la veille de la pâque, et sa véritable date, c'est-à-dire l'année 789 de Rome[120].

Il faut également féliciter les Blastiens de s'être élevés contre l'effroyable imposture de la pâque célébrée Par Jésus dans les Évangiles fabriqués après celui de Cérinthe. Blastus, leur chef, fit un livre où il montrait à. quel point cette mystification était impossible[121], puisque Bar-Abbas était en croix, lorsque fut mangée la pâque immolée dans la journée du 14 nisan[122]. C'est sans doute le petit livre que Photius possédait dans sa bibliothèque et dont nous avons déjà parlé[123]. Il n'était pas difficile à Blastus de faire sa démonstration, il la faisait par l'histoire ; et si son livre a disparu, c'est apparemment qu'il la faisait aussi par Cérinthe, chez qui Bar-Abbas est en croit depuis la veille, lorsque les Jérusalémites célèbrent la pâque.

Contre les Blastiens et les Quartodécimans l'Église n'a trouvé qu'un seul témoin : Justin. Dans Justin[124] l'Église déclare à l'empereur Antonin que les jehouddolâtres s'assemblent le premier jour de la semaine ou dimanche pour célébrer leurs mystères, parce que ce même jour, Jésus-Christ, notre Sauveur, ressuscita des morts. La veille du jour de Saturne[125], il fut crucifié, et le lendemain de ce jour, c'est-à-dire le jour du soleil, il apparut à ses apôtres et à ses disciples et leur enseigna cette doctrine que nous avons soumise à votre examen[126].

 

VIII. — Sur Bar-Abbas Arius suivit avec la majorité des Egyptiens les opinions de Porphyre, ennemi déclaré de la mystification juive. Et pour expliquer ce fait, Socrate, historien ecclésiastique, imagine que Constantin, un an après la condamnation d'Arius, a ordonné d'appeler dorénavant les ariens des porphyriens. En ce cas, Constantin revendique ce nom pour lui-même : il était avec Porphyre. Que disaient Arius et les ariens, ces derniers gnostiques ? Ils repoussaient le sacrifice mystique de l'Eucharistie. A supposer que la Cène soit authentique, et ils savaient le contraire, Bar-Abbas n'étant qu'une créature morte en croix et décomposée par le temps, à quoi bon s'incorporer sa chair et son sang ?[127] C'était dire aux évêques jehouddolâtres : Vos livres ne sont que fourberie, votre Jésus n'est point venu en chair, il n'a versé son sang pour le salut de personne, vous êtes de purs imposteurs, de simples charlatans, vous jouez devant les fidèles la comédie de la Cène, votre sacrifice n'a d'autre valeur que celle que vous en tirez ! Faire avaler un scélérat par des ignorants est une œuvre démoniaque.

Qu'on tourne et qu'on retourne tant qu'on voudra les textes qui ont trait à sa doctrine, Arius niait la divinité de Jésus parce qu'il en niait l'existence. Les ariens en voyaient dans l'Évangile qu'une fable dont le fond appartenait à la vie d'un criminel. En Egypte, comme partout, ils s'opposèrent énergiquement à ce qu'il fit entrer ce triste héros dans la Trinité divine. Eussent-ils admis l'innocence de Bar-Abbas, ils n'auraient jamais admis qu'un Juif eût incarné le Verbe immuable, inaltérable, impassible, qui a créé le monde selon toutes les définitions reçues jusque-là. Etant homme, Bar-Abbas avait commis le péché, il était donc mortel et ne pouvait racheter personne. Si le concile de Nicée a déclaré Bar-Abbas consubstantiel à Dieu, et relégué Arius pour avoir voté contre, d'où vient que Constantin rappelle Arius, que sa sœur soit arienne, que lui-même meure arien, que Constance son fils gouverne et meure en arien ? Comment l'Église d'Orient presque entière se lève-t-elle contre l'imposteur Athanase, Patriarche d'Alexandrie, et défend-elle l'arianisme pendant tout le siècle, si en 325 elle se l'est interdit elle-même, formellement, par écrit, devant l'empereur ? En un mot qui a fabriqué le canon de Nicée ? Le concile ? ou l'Église un siècle après le concile ?[128]

Si onze évêques, parmi lesquels Grégoire de Nazianze, se portent garants des faux canons de Nicée lesquels on intronise le nouveau Dieu galiléen, hier encore combattu par tous les chrestiens et par la Plupart des christiens, il s'en trouve qui ont refusé de souscrire à cette imposture, dussent-ils perdre leur dans cette révolte de la conscience. Fût-il seul, j'alios, évêque de Cyzique, est par son désintéresse-eut an témoin qui vaut bien les onze complices de la fraude nicéenne. C'était, je le sais, un homme atroce dont la mémoire est à bon droit détestée dans l'Église. Car il avait fait entendre le langage du bon sens et de la bonne foi avec une vigueur qui apparaissait dans le titre même de son livre : titre tel que les éditeurs de Photius n'ont pas même osé le reproduire ! Photius pourtant le donnait : trait de franchise assez curieux chez un homme qui, d'autre part, a tout fait pour que le mensonge prévalait.

A l'exemple des ariens, les Docètes n'ont vu dans Jésus qu'un fantôme. De même Paul de Samosate dont l'imposteur Athanase dit[129] : Que servent les Écritures à Paul de Samosate, s'il nie le Verbe de Dieu et sa venue corporelle, signifiée et montrée par les deux Testaments ?

 

IX. — Bar-Abbas, qui était au plus bas, trouva donc Athanase, évêque d'Alexandrie et patriarche d'Égypte, un champion digne de lui.

Né dans une ville où les fripons n'étaient pas rares, dans une famille riche et considérable, parmi ces courtiers en Dieu, ces commissionnaires en ciel si bien nommés marchands de Christ, aguerri dans l'intrigue par l'esprit souple et retors qui soufflait dans la théologie alexandrine, rompu aux affaires, aux négoces que le génie levantin introduisait dans la politique, aimant le mensonge pour lui-même et n'aimant que lui, ayant le culte de l'argent et incapable d'en concevoir un autre, également apte à l'échauffourée et à la fuite' capable même de simuler l'ordre et la tranquille ; Athanase a plus fait pour Bar-Abbas que cent cancres. Tout le travail des Gnostiques devait échouer contre Athanase. Toutes leurs distinctions entre Jésus et le christ historique furent en pure perte. Athanase s'accrochait à Bar-Abbas comme à la seule planche de saint que l'humaine faiblesse pût lancer sur la mer d'orages. Il fallut à toute force que ce scélérat fût le Verbe, le Fils de Dieu, Dieu même. Sans quoi tout croulait. Le monde serait sans défense lorsque viendrait serin. Si Bar-Abbas n'était qu'un magicien comme il y en avait eu tant d'autres avant et après lui, s'il n'était pas h la fois le Premier et le Dernier, l'Alpha et l'Oméga, le Définitif, le Parfait et le Complet, tout enfin et sans retouche, il n'y avait plus qu'a attendre la mort dans le Pêche- Le péché n'était point effacé, la mort n'était point vaincue, la recette elle-même, but de tant d'efforts, était compromise !

Athanase défendit Bar-Abbas comme si c'eût été son une. Passant par-dessus toutes les objections de la morale et de l'histoire, il prit les choses comme il les fallait prendre, et, mettant Bar-Abbas au-dessus des écritures, il en fit non l'image du Verbe juif comme avaient voulu les Évangélistes, mais le Verbe lui-même ayant vécu parmi les hommes et promis la terre aux plus malins. Exilé à Trèves par Constantin, obligé de fuir en hâte sous Constance, Athanase revenait plus grand de chaque exil. Plein d'astuce, Athanase s'emportait au-delà de sa condition, et d'après des bruits sans cesse répétés, ses efforts aspiraient aux choses extérieures ; l'Empereur lui fut toujours hostile[130].

Athanase avait toujours tracassé pour être roi-prêtre. L'imbécillité des princes autorisait toutes les audaces, justifiait toutes les espérances. Athanase profite de son séjour à Rome pour mettre la jehouddolâtrie au point, d'accord sans doute avec l'évêque du lieu. Les voyages sont instructifs à tout âge. Athanase, même exilé, est encore patriarche d'Alexandrie ; l'évêque de Rome lui soumet les nombreux Évangiles qui forment déjà un respectable corpus de faux témoignages, et l'évêque de Rome lui paraît un bien grand évêque, — après celui d'Alexandrie toutefois. Invité par Constant à disposer en tableaux les divines Écritures, — Constant éprouvait un urgent besoin de voir tout cela en tableaux, — Athanase lui envoie ce travail qui faisait de ce prince le docteur le plus éclairé de l'Église, — après Athanase et l'évêque de Rome. C'est évidemment ce qu'avait voulu Athanase, il cherchait alors son point d'appui en Occident, à Milan, et il apportait son influence à Constant contre Constance, empereur d'Orient qui tenait pour les ariens. Car s'il envoya ces tableaux à Constant il ne les envoya point à Constance. Athanase travaillait surtout pour lui-même. Eustathe, comte des largesses privées, avait l'oreille du prince. Athanase acheta Eustathe. Constant était débile d'esprit, superstitieux craintif, on le menaça doucement de la colère céleste. Pressé par Eustathe, Constant écrit à Constance sou frère : Athanase est venu à nous, il nous a prouvé que l'épiscopat d'Alexandrie lui appartient, fais qu'il en prenne possession, car il l'obtiendrait par mes armes. Constance céda : Mieux vaut, dit-il, la tyrannie l'insupportable Athanase qu'une guerre avec mon frère[131].

Le rappel d'Athanase était à peine dans l'air marin que Grégoire de Cappadoce, évêque arien d'Alexandrie depuis cinq ans, tombait, très proprement assassiné. Athanase rentra donc et connut les honneurs d'un triomphe tout royal. Si nous n'avions d'autre historien qu'Athanase, nous ne serions pas certain que Grégoire de Cappadoce ait été assassiné par les partisans de son adversaire : Grégoire étant mort, dit négligemment Athanase. Sur les horreurs qu'aurait commises Grégoiire rien de circonstancié : il aurait persécuté la tante d'Athanase au-delà de la mort, en défendant qu'on l'ensevelit. Entendez sans doute : qu'on promenât le cadavre jusqu'à émeute. Peut-être Athanase eût-il force l'Empire à compter avec lui, si les dieux n'avaient suscité le bon, le grand, le brave, l'admirable empereur Julien.

 

X. — Julien est sacré pour toute âme française. Nous lui devons de parler de lui comme il parla de nous, de l'aimer comme il nous aima, de le défendre comme il nous défendit. S'il y avait quelque justice en ce monde, Julien aurait sa statue au cœur de Paris, avec ces simples mots sur le socle : Ma chère Lutèce, et son nom. Un sentiment délicieux me remplit, lorsque je le vois Préférant notre petite île, entourée d'eau claire pour tout charme, à la ville d'Antioche pavée de plaisir et de voluptés rares. Un autre sentiment, d'ironie douloureuse, me pénètre, lorsque je pense aux vieilles prophétesses juives et christiennes qui rôdaient autour du tombeau de Bar-Abbas, le suppliant de les débarrasser de cette jeune barbe païenne où fleurissent dans les broussailles la justice et la philosophie de Marc-Aurèle. Ces vieilles souillons font partie de la religion nationale et Julien est connu parmi nous sous le nom de l'Apostat ! Julien défendit qu'Antioche l'appelât Maître, et Paris appelle Bar-Abbas Notre-Seigneur !

Julien n'a jamais eu à apostasier. Encore lui en ferions-nous un mérite, car il est commandé à un homme mûr de revenir sur les erreurs de sa jeunesse et de 5e prononcer contre les crimes de la superstition. Ce fut un sincère ami de la vérité, partant ennemi de Bar-Abbas dont le culte hideux menaçait Rome et la civilisation, peuplant la terre de monstres physiques coule les eunuques, de monstres moraux comme les évêques spoliateurs de la famille, et comme les moines déserteurs de la société. Il fut un des rares hommes de son tee qui appelassent de leurs vœux le règne du Dieu bon, e1 par là il a mérité le nom de chrestien qui convenait. si peu de christiens. Le culte qu'il professa jusqu'à l& mort pour toutes les expressions de la divinité sole montre que l'Évangile ne fut pour rien dans son éducation première, et l'horreur qu'il a toujours témoigne pour les marchands de Christ prouve, — le baptême en Bar-Abbas lui eût-il été infligé dans son enfance ! — qu'il ne s'est jamais fait le complice de cette impiété lorsque la conscience lui fut venue avec l'âge. Athènes l'a poli, les Gaules l'ont durci : au moral comme au physique, c'est un homme de chêne et d'érable, rien de juif n'y pénétra jamais ni par Moïse ni par Jésus[132].

C'est une des plus belles consciences de l'humanité, c'est la plus grande de l'Empire, sans en excepter Marc-Aurèle. Car la tentation eût pu lui venir d'être le Commandeur des croyants, le maître et le pontife de la religion nouvelle, ou de continuer l'arianisme de Constance. Cette ambition, un vulgaire politique l'aurait eue. Le philosophe l'a méprisée.

Julien n'avait pas une seule raison pour tomber dans le piège évangélique, il en avait cent pour le fuir. Il devait tout aux dieux. Longtemps Hélène, mère de Constantin, mégère que la piété rendait chaque jour plus méchante, avait tenu le père de Julien éloigné de la Cour, comme en exil. Constance, pour ses débuts, l'avait fait massacrer avec huit autres de ses parents. Julien sauvé du massacre par des jehouddolâtres et amené au pied d'un autel consacré à Bar-Abbas est une fable absurde inventée pour affaiblir son témoignage philosophique par une accusation d'apostasie. Sorti d'un sein païen, nourri dans une famille païenne, Julien, comme son frère Gallus, demeura obstinément fermé aux idées judaïques. Tout était païen dans la maison natale : l'aïeul, le père, et le précepteur Mardonius. Sa mère accoucha en songeant qu'elle enfantait Achille. Le caractère de Julien, ses mœurs presque ascétiques, ce qu'il appelle sa sauvagerie, sa haine des théâtres et des danses, c'est l'œuvre de trente années qui n'ont point été contrariées par le spectre du crucifié. Mardonius était un barbare, un Scythe anacharsisé, de plus eunuque. Disciple de Socrate et de Platon, nourri dans la famille de Julien pour faire la lecture d'Homère et et d'Hésiode, il n'avait jamais connu qu'eux, leurs dieux et leurs déesses évoluant dans la lumière héliaque. Julien apprit de lui qu'il n'y avait qu'une seule route, éclairée elle aussi, par le soleil, et il le crut. Des compagnons de son enfance on n'en connaît qu'un, Iphiclès, qui se fit cynique par dédain des richesses.

En quelle circonstance eût-il pu être initié à Bar Abbas ? En une seule, quand il était relégué encore enfant à Macellum, en Cappadoce, presque chez le Perses[133], sous la garde des esclaves de Constance. Mais ce n'est point à Bar-Abbas qu'il fut initié sur cette montagne, c'est à Mithra, qu'il appelle son père[134], son maître et son roi. Mithra, voilà son Abbas. C'est le dieu des Perses qui délivra son âme, en promettant la lumière éternelle. Jésus n'avait point parlé sur cette montagne, où le Soleil n'admettait point qu'un scélérat juif fût son rival sur la terre. Julien dans la retraite grandit sous la protection des dieux. Minerve et le Soleil, fils de Jupiter, écartent de son enfance des ténèbres qui la menacent. Que jamais personne ? homme, femme, domestique, étranger, ne t'engage à oublier nos commandements ! Héliocole, il l'est avec reconnaissance. Depuis plus de trois générations au moins, on l'est dans la famille. Le culte du Sole l'avait tellement envahi qu'il semble avoir nié les dieux protecteurs ou médit de leurs offices, et ne s'y être rallié qu'empereur, par considération pour les religions nationales. Les âmes retournent au ciel, ramenées à lui par le Soleil médiateur, tandis qu'en bas les corps se dépouillent lentement de leur matière. Dans ce système où Julien côtoie le gnosticisme, pas un mot dont on puisse induire qu'il eût accepté, même dans la période d'incubation intellectuelle, le principe de la résurrection. De l'astronomie dont il connaît les grandes lignes : il ne tombe jamais dans les grossières inventions de l'astrologie apocalyptique. Mais il savait de l'une et de l'autre tout ce qu'il fallait pour démasquer la supercherie et la fourberie des Évangiles ; il semble y avoir donné un premier coup de lancette dans son Discours sur le Soleil[135].

Tous ses compagnons d'études, — on en connaît deux, Euménius et Pharianus, — étaient païens. Après quatre ans et trois mois d'internement à Macellum, il ben Plus païen que jamais, il écrit à Pharianus et à Euménius : Etudiez les sciences. Le grand travail, c'est l'étude des dogmes d'Aristote et de Platon : c'est l'œuvre par excellence ; c'est la base, le fondement, l'édifice et la toiture[136]. Outre Aristote et Platon, tout son esprit est à Empédotime et à Héraclide de Pont, un physicien et un péripatéticien. Les lois de Platon, voilà le code que Mardonius lui avait mis en main. C'est là qu'il puisa l'idée de sa mission anti-christienne : Honorable est l'homme qui ne commet aucune injustice. Mais celui qui détourne les autres d'un acte injuste mérite deux fois autant et plus d'honneurs que le premier : l'un n'est juste que pour un seul (lui-même), et l'autre l'est pour un grand nombre, en révélant l'injustice des autres aux magistrats. Quant à celui qui s'unit aux magistrats pour châtier de tout son pouvoir les méchants, c'est un grand homme, un homme accompli et qui mérite la palme de la vertu. Et cet honneur qu'on doit rendre à la justice, je l'applique également à la tempérance, à la prudence, à toutes les vertus qu'on peut non seulement posséder par soi-même, mais encore communiquer aux autres[137]. Voilà ce que m'enseignait mon précepteur, croyant que je resterais simple citoyen[138].

Non seulement Julien dans sa jeunesse ne donne aucun gage à Bar-Abbas, mais il faut écarter jusqu'à l'hypothèse d'une faiblesse momentanée. En effet, n'est chez le monstre de Cappadoce qu'il se documenta sur Bar-Abbas, son histoire et sa doctrine. Le monstre de Cappadoce, c'est Georges, plus tard évêque d'Alexandrie, Eunoméen déclaré, ennemi de toute judéolâtrie, en cela digne successeur de Grégoire, jadis envoyé par Constance pour combattre Athanase. Né en Cilicie, Georges, avant d'argumenter contre les jehouddolâtres avait été le fournisseur de porc des armées de Constance. II s'était probablement constitué quelque évêché en Cappadoce, sinon Césarée qui d'ailleurs était ans mains d'un arien, du moins quelque autre ville, s'était policé hors de son commerce, et ce n'est pas lui qu'Athanase, malgré toutes ses roueries, aurait persuadé qu'un Juif, après avoir précipité deux mille pourceaux dans un lac, était mort pour le salut des marchands de cochons !

Georges avait une bibliothèque fournie de toutes sortes de livres, y compris les Paroles du Rabbi dans le texte intégral. Julien, à vingt ans, sortant de Macellum, les vit, les lut, prit copie de quelques-uns. Je connais, pour ma part, les livres de Georges, écrit-il en 362, sinon tous, du moins en grande partie. Il le les a communiqués, lorsque j'étais en Cappadoce, pour prendre copie de quelques-uns et il les a repris ensuite. Georges avait formé cette collection au cours de ses voyages, il avait littéralement tout ce qui concerne Bar-Abbas. Le nom de monstre de Cappadoce que lui donne Grégoire de Nazianze me fait croire qu'il avait les manuscrits mêmes de Bar-Abbas, de Philippe, de Jehoudda Toâmin et de Mathias Bar-Toâmin.

Julien prit le parti qui seul peut conduire à la vérité, celui de tout étudier par lui-même, de remonter aux sources, de ne rien affirmer qui ne fût conforme à l'histoire. Il lut toutes les Écritures juives, depuis la Genèse jusqu'aux Paroles du Rabbi. — Esope aurait fait une fable à ce sujet, dit Libanius[139] : non pas l'âne caché dans la peau du lion, mais le Lion caché dans la peau de l'Âne ! — Nous en avons la preuve dans un passage du Contre les chiens ignorants qu'il composa en 362, sur les rives du Bosphore. S'adressant à un philosophe cynique qui, plus rapproché de Péréghérinos que de Diogène, avait reproché à celui-ci d'avoir mangé un polype : Tu es un Égyptien, toi, non pas de la caste des prêtres, mais de celle qui mange de tout et que la Loi autorise à se nourrir même des légumes du Jardin. Je crois que tu connais les Paroles des Galiléens ! Ce passage a toujours paru obscur, et il l'est, en effet, pour ceux qui ne savent pas que, dans le Jardin aux douze récoltes, les distinctions établies par la Loi entre les aliments purs et impurs tombaient d'elles-mêmes, tout y étant planté de la main de Dieu. Julien suppose que le cynique auquel il s'adresse connaît les Paroles des Galiléens, car celui-ci garde son admiration pour la vie morte de quelques misérables femmes, ce qui ne peut s'entendre que de la vie conventuelle.

De cette lecture Julien emporta la même impression que les Gnostiques. Il en sortit anti-Iaviste, antijuif, anti-christien. D'ailleurs, la personne de Bar-Abbas eût-elle été respectable, que Julien n'en aurait pas voulu. Juifs, Grecs ou Romains, tous ceux qui font des dieux avec des hommes sont des faiseurs de poupées[140] : faiseurs de poupées ceux qui ont façonné la sanglante poupée Jésus ! Celle-là, c'est la pire de toutes. Dès lors, on comprend le mot de Galiléens qu'il décoche comme un trait topographique à la secte des jehouddolâtres. C'est le mot de l'histoire pour flétrir cette chose nouvelle : l'acceptation de Bar-Jehoudda comme dieu, sa punition changée en sacrifice, son sacrifice changé en sacrement, ce scandale énorme d'hommes libre adorant le cadavre d'un prétendant ennemi de ses cou' patriotes mêmes !

Après Macellum, exilé à Nicomédie tandis que son frère Gallus l'était à Éphèse, Julien se mit de lui-même à l'école anti-juive. Édésius de Pergame, Eusèbe de Myndes en Carie, Chrysanthe de Sardes, lui apprirent la philosophie ; Maxime compléta son éducation. Eusèbe le premier le mit en garde contre les fourberies et les jongleries religieuses de ceux qui se détournent de la bonne voie pour recourir à des moyens matériels, et se livrent à des fureurs condamnées par la raison. En pareille matière, selon Eusèbe, il ne fallait tenir compte que de ce qui existe réellement. Eusèbe alla plus loin, il railla tout ce qui dans Maxime, son condisciple et son ami, s'inspirait de la magie, car Maxime était suspect d'illusionnisme, pour avoir organisé dans le temple d'Éphèse une séance où l'on avait vu Diane rire aux éclats et s'allumer les lampes qu'elle tenait à la main[141]. Garde-toi d'admirer rien de semblable, et examine toute Chose extraordinaire à la lumière pure de la raison ![142]

Une autre circonstance vint renforcer l'anti-christianisme de Julien. Travaillés par les vieilles Apocalypses, les Juifs de Galilée se révoltèrent. C'est son frère Gallus, déclaré César en 351, qui fut chargé de la répression par Constance, et il s'acquitta de la besogne avec la même fermeté que Quirinius au Recensement où périt le père de Bar-Abbas. Il y a des faux plus amusants dans la correspondance de Julien que sa Lettre à Gallus, mais il n'y en a pas de plus effrontés. A peine sorti de Macellum, Julien a l'âme pénétrée de douleur. Qu'est-ce qu'il apprend ? Que son frère, égaré par les sophistes, a abjuré la religion de leurs pères (la jehouddolâtrie) ! Julien considère cela comme une injure personnelle, et il hésite entre le désespoir et la vengeance, lorsqu'Aetius, leur père commun, — il y a dans Julien une lettre à cet Aetius, — patriarche des Eunoméens, est venu le voir en Ionie et l'a rassuré : Gallus fréquente assidûment les maisons de prière, il ne se laisse point détourner du souvenir de nos divins athlètes (les apôtres), en un mot il reste fermement attaché à la religion de notre famille. A la bonne heure ! Julien respire, mais il avait été bien inquiet, car la pluralité des dieux n'engendre que discorde et anarchie, tandis que l'unité (celle de l'Église surtout, que le faussaire a uniquement en vue), c'est la puissance et l'empire universel !

Lorsque Julien vint étudier dans Athènes, une pléiade de rhéteurs et de philosophes fit cercle autour de lui, tous saluant le prince ami des dieux et l'homme ami de la justice[143]. Le premier nom qu'on lui octroie, c'est celui de philosophe. A tous, il s'ouvre familièrement de ses projets d'avenir, si quelque jour le Soleil, maître de la lumière, lui donne le pouvoir de replacer dans leurs sanctuaires les images sacrées que Constance laissait à la merci des ariens. Le sang de la Grèce païenne battait dans le cœur de tous ces hommes. Tous sentaient dans quel carcan le monde engageait son cou. Bar-Abbas, si on le laissait faire, allait mettre les menottes à Minerve ! Parmi ceux que cette perspective attristait le plus, il y avait un disciple du fameux rhéteur Libanius, Celse, plus tard préteur en Bithynie et gouverneur de Cilicie, platonicien fervent, et — c'est sa plus grande gloire, — auteur de l'admirable Discours de vérité sur Bar-Abbas et sa secte. Ce fut le meilleur ami de Julien pendant son séjour à Athènes[144]. Il était, je pense, de la grande famille romaine qui a donné tant d'excellents personnages à la civilisation latine. Originaire d'Antioche, il avait à force d'impeccable vertu désarmé la critique et l'envie[145].

Après avoir supprimé l'œuvre de Celse et la trace de ses rapports avec Julien, l'Église a déshonoré celui-ci eu disant qu'il avait été jehouddolâtre dans son enfance. Pauvre grand Julien ! N'ayant point besoin du baptême, — sa conscience était propre sans cela, — comment en aurait-il senti les avantages ? Son mépris de la religion séparée lui interdisait d'accepter un Juif comme Professeur de morale et de philosophie. On voit par ses écrits que Bar-Abbas était encore tout dans le christianisme, et Jésus rien, que Nicée n'avait pas décidé sur 8a divinité, ni même abordé la question de son existence.

Le culte de Bar-Abbas était une nouveauté : le nouveau dieu galiléen, dit Julien écrivant à Photin, évêque de Sirmium. Sur ce point, il est d'accord avec Celse et avec Apollinaris : Il y a très peu d'années qu'on l'enseigne, dit Celse[146]. Vingt ans, disait Apollinaris à la même époque. Le dieu Bar-Abbas semble être sorti tout à coup de la poche d'Athanase, au milieu du quatrième siècle. Où est Clément le Romain ? Où les Lettres d'Ignace ? Où les Apologies de Justin et d'Athénagore ? Où les livres jehouddolâtres de Clément d'Alexandrie, de Théophile d'Antioche, et tout ce que les Patrologies grecque et latine nous donnent aujourd'hui comme ayant occupé le monde ?

C'est, dit-on[147], sur le conseil de Basile que Julien était venu étudier à Athènes. On a une lettre de Julien à ce Basile[148]. On en a fabriqué une autre adressée à

ide, et évêque de Césarée : monument d'imbécillité rare, dans lequel on cite littéralement du Sozomène, historien ecclésiastique du cinquième siècle, et probablement même du pseudo-Sozomène[149]. Le but ? Faire croire que Julien a été jehouddolâtre avec Basile ; mieux encore, que ses prédécesseurs, â partir de Constantin, étaient jehouddolâtres comme lui. Ne sais-tu pas, écrit le faux Julien, que je suis un descendant du grand Constantin ? Si tu me forces de le rappeler, sache également que je n'ai jamais oublié notre commerce d'autrefois, alors qu'étant tous deux à la fleur de l'âge nous nous sommes liés d'une étroite amitié. Julien se qualifie de roi des Romains, tout comme Charlemagne, et pour montrer qu'il est au courant des usages de la papauté : Je te somme de m'envoyer mille livres pesant d'or (soit cinq cents kilogrammes). Pèse et fais bien trébucher l'or susdit dans une balance de Campanie (comment il va falloir que Basile fasse venir sa balance de la province de Naples ?), et puis envoie-le moi si tu as du sens, sous le sceau même de ton anneau !

Qu'au début, pour ne pas déplaire à Constance, pour sauver sa vie en danger, Julien ait incliné vers l'arianisme et mal connu les dieux, c'est possible. L'arianisme n'a rien d'infamant. C'était presque la religion officielle, la religion de l'Empire.

Mais si Julien eût été arien, qui l'empêchait de le rester quand il revêtit la pourpre ? Lorsqu'après la mort de Gallus, son frère aîné, tué par ordre de Constance, il fut enveloppé de suspicions et d'intrigues à la Cour, toute sa défense fut de livrer sa vie privée à ses accusateurs. Et lorsque, déclaré César à son tour, Il alla dans les Gaules, il porta sur lui l'image de Constance : une idole militaire ! Proclamé empereur Par les troupes, il consulta Jupiter.

Les tentatives faites pour le présenter comme ayant été jehouddolâtre avant cette consultation sont de plusieurs sortes : les plus nombreuses sont des Lettres supposées, celle de Gallus, par exemple. Dans son œuvre même on a peu interpolé : la mission d'un certain Epictète, évêque des Gaules, qui aurait été député par Constance pour lui garantir la sûreté de sa personne, est démentie par Ammien Marcellin : c'est Léonas, questeur impérial, qui en fut chargé, honnête homme dont Julien lui-même apprécie le caractère et qui était sans doute un disciple d'Epictète. Epictète, évêque des Gaules, est inconnu de l'histoire, et on ne voit pas de quelle autorité il aurait disposé sur des troupes à ce point païennes que Julien, empereur et souverain pontife, avait célébré des sacrifices pour se les attacher. Julien veut-il dire, au contraire, que cet évêque avait été chargé de le protéger contre ses propres ouailles ? Il avait vu avec humeur, sur les routes des Gaules, ces apotactictes qui, sous couleur de renoncement au Royaume, parcouraient le pays, suivant à la lettre le conseil de Luc : Soyez de bons banquiers, vrais disciples de Péréghérinos, ramassant ci beaucoup ou plutôt tout, de tous les côtés, afin d'être honorés, escortes, choyés, plus exigeants en numéraire que les cyniques, car ils s'eut la collecte qu'ils décoraient du nom d'aumône[150]. Julien ne nie point le prestige qu'ils acquièrent, particulièrement sur les soldats. On les appelle, ils errent autour des camps, ils y portent le trouble. Que prêchent-ils ? On le devine : le Royaume à leur profit, le grand partage dans le monde qui ne viendra jamais, et, un peu plus tard, l'organisation de la mainmorte sous le gouvernement des moines. Comme ils sont loin déjà les dieux de la liberté gallo-romaine ! Ah ! s'écrie la vieille aveugle à l'entrée de Julien dans Vienne, voilà celui qui les rétablira !

 

XI. — De son côté, Constance commençait à s'apercevoir des inconvénients qu'il y avait à laisser un Athanase insinuer en Egypte et ailleurs le culte d'un Juif dont toute la vertu était d'avoir prêché le refus de servir Rome soit d'argent, soit de corps, soit d'esprit. Athanase fut dénoncé pour avoir célébré la Pâque dans la grande église d'Alexandrie qui n'était pas encore achevée. Or il était interdit de célébrer la dédicace d'une église sans l'ordre de l'Empereur. Athanase s'excusa en alléguant que les autres églises étaient peu nombreuses et trop petites, qu'il avait voulu éviter l'exode des fidèles au désert, et que d'ailleurs tous avaient prié pour le salut de l'Empereur. Il n'y avait eu ni dédicace, ni inauguration, mais simple assemblée dans un édifice en construction, placé sous le nom de l'Empereur et qui n'attendait plus que sa présence pour être au gré de tous les fidèles. En réalité, Athanase s'était adjugé la grande église arienne commencée par Grégoire de Cappadoce aux frais de l'Empereur.

Après deux ans d'un patelinage merveilleux, Athanase, qui déclarait ne pas être un assez grand personnage pour résister même aux questeurs de la ville, Athanase était encore en possession de l'église ! Un premier envoyé de Constance fut éconduit. L'année suivante, nouvel envoyé de Constance, et nouvel ordre de sortir d'Alexandrie. L'officier n'insiste pas : sur la mine des partisans d'Athanase, il se retire, redoutant quelque fâcheuse aventure[151]. Enfin, en 356, Syrianus, chef de l'armée, entre dans la ville avec cinq mille soldats, s'empare de l'église, et, pendant qu'Athanase s'enfuit au désert, intronise un nouveau monstre de Cappadoce, Georges, qui d'ailleurs devait finir comme Grégoire. Georges venait pour mâter Athanase qui, retranché derrière le cadavre du roi des Juifs, se croyait déjà roi des Egyptiens. Ce n'est point une figure banale que celle de cet ancien marchand de cochons devenu Patriarche. En allant à Alexandrie il savait à quoi il s'exposait, il pouvait finir comme le bienheureux Grégaire, mais il n'avait pas peur. C'est surtout par sa bibliothèque qu'il était le plus redoutable. Cette bibliothèque et l'amitié de Julien n'avaient pas été étrangères au choir de Constance. On trouvait que le Royaume d'Athanase ressemblait vraiment trop à celui qu'avait rêvé Bar-Abbas. Aussi l'Église dit-elle dans Ammien Marcellin que Constance confondait une superstition sénile avec ce que la religion des christiens a de simple et d'absolu.

Georges et Constance ne confondaient rien du tout, pas plus que Julien. Les Paroles du Rabbi et Josèphe en main, ils ne pouvaient pas confondre Bar-Abbas avec Jésus. Georges ne nous est connu que par les Épiphane et les Athanase. Seul Julien nous a bien dit ce qui distingue Georges des Athanasiens.

Mais il y a un dieu pour les menteurs, et Athanase adorait celui-là. Au désert comme partout, Athanase est toujours roi. Cependant, dit-il, il ne rentrera que si Constance le veut bien. Il faut lire cette prose de renard, elle est superbe. Toute la justification de ce séditieux est fondée sur la bêtise de Constance : fonde ment solide, il est vrai, comme celui des Pyramides. Inondant la terre de lettres forgées par les moines de Lybie et de Thébaïde, mettant les Évangiles en tableaux à l'usage des évêques, déclarant à tous qu'à Nicée on avait proclamé Bar-Abbas consubstantiel à Dieu[152], Athanase, avec un prodigieux mépris de l'intelligence des christiens d'Occident, était à lui seul tout le Concile de Nicée, tout l'Évangile, tout Jésus, et faisait souscrire les évêques à sa communion. Beaucoup venaient se prendre dans la toile qu'il avait tissée. Il leur avait dit qu'Alexandrie était toute l'Église, et que sauf quelques ariens clairsemés et les Eusébiens de la Cour, il était le mandataire de tout l'épiscopat d'Orient. Constance s'était empêtré dans ce réseau savamment ourdi et tendu. Sa couronne y eût pu rester. Telle est la situation que le génie d'Athanase avait créée. Vingt ans de mensonge avaient fait des miracles.

Bas jusqu'à la platitude quand il écrit à Constance, il est insolent jusqu'à l'injure quand il écrit de Constance. Ici, c'est l'impie Constance, l'hérétique Constance, le scélérat Constance, Constance l'Antéchrist. Là, c'est Constance l'ami de Dieu, le très pieux Constance, Constance le fervent des Écritures, c'est Sa Circonspection Constance, Sa Piété, Son Humanité, Athanase eût dit Sa Sainteté s'il n'eût pas cru abdiquer.

Par la vertu de l'Esprit, le fourbe fait passer aux moines une Histoire des ariens qui est moins un pamphlet contre la doctrine d'Arius que contre les actes de Constance : Renvoyez-le moi immédiatement ; ne livrez le manuscrit à personne, et n'en prenez point copie pour vous-mêmes. Comme d'honnêtes changeurs[153], contentez-vous de le lire, eussiez-vous envie de le relire plusieurs fois. Car il n'est pas sûr de laisser passer à la postérité les écrits d'hommes balbutiants et inexpérimentés comme moi. Comme tant d'autres, le livre est d'Athanase mort. Ce qu'on a voulu, c'est pouvoir calomnier sans réplique. Ce livre, dit à la fin le copiste, a été composé tout entier contre Constance par le pape.

Athanase se plaint amèrement des ariens qui pactisent avec Georges de Cappadoce : ce sont surtout Léontius, évêque d'Antioche, Narcisse, évêque de Néroniade, Georges, évêque de Laodicée. Que ces hommes ne pourrait jamais, quoi que l'on dise, traiter comme ils le méritent, nous fassent savoir de qui ils ont appris à persécuter ? Des Saints ? (il vient de parler de Pierre et de Paul d'après la Passio Petri et Pauli) ils ne sauraient le prétendre !.. Le Seigneur a fait un commandement de fuir, et les Saints ont fui, (en effet, à parte Sôrtaba, ils fournissent une belle carrière). Qu'ils (les évêques ariens) répondent ! Vaut-il mieux obéir ale paroles du Seigneur ou à leurs fables ? (sur la fuite de Bar-Abbas après sa condamnation) De qui faut-il imiter les actions ? Des Saints, ou de ceux qu'ils imagineront eux-mêmes ?[154] Mais, puisqu'ils sont peut-être incapables de faire cette distinction.. un de nos christiens passant avec mépris devant eux les confondrait en criant à haute voix : Il vaut mieux obéir au Seigneur que de s'attacher à tout ce radotage : car les paroles du Seigneur donnent la vie éternelle, et les propos de ces hommes sont pleins de méchanceté et de sang[155].

Nous voyons nettement deux choses : d'abord quel justifie la fuite d'Athanase par les évasions de Pierre, Jérusalem et de Paul à Damas, qui sont dans les Actes des Apôtres et ne peuvent être que là ; ensuite, quel accuse les évêques anti-jehouddolâtres d'imaginer des fables dans lesquelles ils comparent ses actes à tees qui ont amené Bar-Abbas, Shehimon, Jacob senior et Ménahem au Guol-golta. Si ce sont autant de radotages, d'où vient que le pape, si expert dans l'art de falsifier les historiens, ne réplique pas à ces gnostiques par le passage de Flavius Josèphe où l'on dit que Bar-Abbas était vraiment le Christ, ne fût-ce que par l'éminence de ses vertus ? Pourquoi donner Pierre et Paul en exemple d'après les Acta Petri et Pauli, œuvre de l'épiscopat romain, et faire fi de Jacques, frère de Jésus surnommé le Christ, martyr avant Pierre et Paul, si on en croit les Josèphe, les Hégésippe et les Eusèbe, parus l'un depuis trois cents ans, l'autre depuis cent trente, l'autre depuis quarante au moment où fuyait Athanase ? Ce martyre, qui a précédé celui de Pierre et Paul et dans lequel Jacques ne fuit pas, n'existait delle Pas encore ? Certes Bar-Abbas fuyait quand il a été arrêté, mais est-ce que Jésus donne l'exemple de la laite sur le Mont des Oliviers ? Comment Athanase ose-t-il écrire : Les Saints m'avaient donné l'exemple (de la fuite) conformément à la divine Écriture[156] ?

 

 

 



[1] Cf. Les Évangiles de Satan, première partie.

[2] Il ne semble pas qu'elle ait prétendu descendre du demi-dieu Persée.

[3] Bar-Abbas préférait les vases. Cf. Le Roi des Juifs.

[4] Il parait bien qu'une main ecclésiastique est revenue sur cette prophétie, à cause de son chiffre millénariste : on l'a remplacée par celle qu'Alexandre avait faite à son gendre Rutilianus et dans laquelle il lui promettait cent quatre-vingts ans de vie. Rutilianus meurt à soixante-dix ans. Alexandre meurt également à soixante-dix ans, et on dit aujourd'hui qu'il ne s'était promis que cent cinquante ans de vie, l'espace de trois jubilés.

[5] Saponaire ou herbe au foulon.

[6] Le doux, le suave, le bon... le jésus !

[7] Serpent.

[8] Contraction d'Iaônopolis, la ville d'Iaô ou Ieou, la ville du tétagramme et du Plérôme dont il se disait le signe. Macrobe dit que c'était le nom du Soleil chez les païens, comme prouve cet oracle d'Apollon : Sachez qu'Iaô est le souverain des dieux.

[9] Littéralement jour des flambeaux nuptiaux.

[10] Il était lui aussi, bar (fils), ner (lumière), regesch (bruit tumultueux, roulement de tonnerre). Jehoudda le Gamaléen et sa femme disaient de leurs sept fils qu'ils étaient bara regesch, que les scribes grecs ont écrit boanerguès dans les Évangiles.

[11] Nous avons donné nos raisons dans Phocapharnès, Paris, 1904, in-8°.

[12] Le mois d'août du calendrier égyptien.

[13] Celui qui est prophète recevra le salaire d'un prophète, dit Jésus.

[14] La chaise libyque sans doute.

[15] Apocalypse, XXI, 18.

[16] Apocalypse, XXI, 21.

[17] La frise du temple d'Ass-oan (on dit aujourd'hui Assouan) est toute composée d'oan. Cf. Rosellini, Monuments historiques d'Égypte, III, p. 26. L'Oannès égyptien est le père d'Osortasen qui lui élève une colonne où on voit le poisson. On compte trois espèces de poissons dans les signes phonétiques de l'alphabet égyptien. Cf. Moreau de Jonnès, Les Temps mythologiques, Paris, 1876, in-12°.

[18] Placée par les poètes à la porte des enfers.

[19] Que t'ont répondu ces gens rasés de cœur et d'esprit, demande Triéphon à Critias.

[20] Exisôtès. C'est l'épiscopos, mais le mot n'existe pas encore.

[21] Cf. l'Apocalypse dans Le Roi des Juifs.

[22] Cf. l'Apocalypse dans Le Roi des Juifs.

[23] Le  Joannès et ses frères étaient dits fils du tonnerre : Seigneur, permets que le feu du ciel tombe sur les Samaritains ! disent Jacob Junior et Joannès à Jésus dans Luc.

[24] Vous vous rappelez sans doute le monstre à trois têtes que ne peut manquer d'engendrer l'Arménienne de Péréghérinos ? Ce monstre, pour être en forme, peut également avoir un corps de poisson, comme la statuette du musée de Saint-Germain, et avoir le Bélier (Bar-Abbas eût dit l'Agneau) dans chaque main.

[25] La triple Hécate représentée avec trois têtes.

[26] On l'a supprimée.

[27] Cf. l'Apocalypse dans Le Roi des Juifs.

[28] Les interjections sont répétées quatre fois chacune et les trois fois, en réplique de la kabbale de ces imposteurs.

[29] La figure du quartenaire a la forme d'un triangle équilatéral qui est lui-même celle du rayon lumineux, et c'est pourquoi les pythagoriciens en usaient comme formule de serment. Chacun des côtés se compose du nombre quatre.

L'addition des points contenus dans le quartenaire donne 10, le décan astronomique, et c'est ce que fait remarquer Pythagore lui-même dans les Sectes à l'encan de Lucien : Pythagore. Comment comptes-tu ?Le marchand. Un, deux, trois, quatre. — Pythagore. Attention ! ce que tu crois être quatre, c'est dix, c'est le triangle parfait, c'est notre serment. — Le marchand. J'en jure par quatre, le grand serment, je n'ai jamais entendu langage plus divin ni plus sacré !

[30] Sur les nombres quatre et huit dans la kabbale christienne, cf. Les Évangiles de Satan, troisième partie.

[31] Le nombre trente se trouve formé par la figure du rayon lumineux trois fois répété et marquant ainsi les trois signes qui précèdent les Ânes. De là les trois vêtements que le Joannès devait revêtir avant de recevoir le baptême de feu.

[32] Le Fils de l'homme, de l'Apocalypse, le Ieou de la Sagesse valentinienne.

[33] Arrangement après coup et manifeste.

[34] On lui a rasé la tête pour qu'on ne puisse plus reconnaître en lui le Joannès à la naziréenne chevelure. On finira même par la lui couper un jour !

[35] Ceci n'est arrivé qu'à l'auteur de l'Apocalypse et par nécessité ecclésiastique à celui des Lettres aux Corinthiens.

[36] Le Joannès de l'Apocalypse est le même homme que le Joannès baptiseur, c'est entendu. Mais ceux qui ont remanié Philopatris auraient bien pu se dispenser d'y maintenir cette preuve.

[37] Le Ghé-Hinnom où le feu ne s'éteint point et où le ver ne meurt point. Encore une fois qui est le sauveur ? qui est le jésus ? qui est le christ ? Joannès baptiseur ou un nommé Jésus ?

[38] Abraham et les patriarches juifs que Joannès prétendait avoir vu au ciel, et qui devaient revenir pour juger la terre avec lui.

[39] Répété en propres termes dans la Lettre de Pierre.

[40] C'est Moïse ; on sait que les Égyptiens ne le connaissent pas sous ce nom, mais sous celui dOsar-seph on ziph (Zib).

[41] La Vierge du monde sous les traits de Salomé, dans l'Apocalypse. Il apparaît bien qu'au temps de Philopatris la mère des fils du Zibdéos était déjà surnommée Marie Magdaléenne, du nom de la sœur d'Osar-Zib (Moïse).

[42] In nomine Patris et Filii et Spiritus sancti. Que manque-t-il à Triéphon pour être pape ?

[43] Kléos, gloire, laos, peuple. Gloire du peuple (romain).

[44] Irénée, Contra hæreses, III, XXV. Épiphane, Contra hæreses, XXVII. Théodoret en son Histoire et Tillemont, Mémoires.

[45] En effet on lit dans Tertullien (Adversus Marcionem, IV, VII) que Marcion avait rayé de son Évangile l'endroit où Jésus disait qu'il était venu pour accomplir la Loi. Conséquent avec lui-même, Marcion refusait de soumettre le Dieu sauveur à Iahvé : il le voulait non juif. Le pseudo-Irénée a donc tort d'insinuer que Marcion aurait admis l'Évangile de Luc, après en avoir retranché la généalogie, supprimé les passages où, par l'organe de Jésus, Bar-Abbas se reconnaissait fils du créateur du monde. Il a tort d'ajouter que Marcion aurait tronqué les Épîtres de Paul, aux endroits où l'Apôtre fait Notre Seigneur Jésus-Christ fils de ce même Cosmocrator juif. Car Paul ne paru qu'après Marcion ; et s'il eût paru avant, Marcion l'aurait rejeté tout entier.

[46] Dans le sens de zélateurs de la Loi, comme les parents de Bar-Abbas dans l'histoire et dans l'Évangile.

[47] Bar-Abbas faisait sa généalogie par Seth, et les Séthiens adoraient l'Âne.

[48] En sa qualité de charpentier, ancêtre du charpentier de l'Évangile et des charpentiers de Phrygie.

[49] En sa qualité d'ancêtre de Bar-Abbas.

[50] Cf. Les Évangiles de Satan, troisième partie.

[51] En 170 de l'E. C., dit cette histoire.

[52] Des prescriptions contre les hérétiques, ch. XXVII. C'est, mais retournée, l'aventure de Péréghérinos devenu patriarche des christiens non circoncis, après avoir enlevé la femme de l'arménien.

[53] Mis sous le nom de Tertullien.

[54] Tertullien, Adversus Marcionem.

[55] Irénée, I, VI, 2.

[56] Adversus Marcionem, IV, VII.

[57] Aussi, dans Irénée, dit-elle que Marcion a laissé à ses disciples non un Évangile, mais un fragment d'Évangile. Nous croyons volontiers qu'au temps où cette phrase fut écrite, il ne restait plus de Marcion qu'un fragment. Le reste avait été sacrifié sur les autels de Bar-Abbas !

[58] Des Prescriptions contre les hérétiques, ch. XXVIII.

[59] Cf. Le Saint-Esprit.

[60] Cf. Les Évangiles de Satan, troisième partie.

[61] En effet il est le seul où l'Église ait donné un corps à Jésus par sa Nativité au Recensement.

[62] Adversus Marciomem.

[63] Pris dans la Passio Petri et Pauli, bien postérieure aux écrits du pseudo-Clément.

[64] Marcion rejetait en effet toute la révélation du Joannès, et il est mort sans avoir entendu parler de Jochanan qui s'appelait encore Cérinthe.

[65] C'est-à-dire dès la naissance que l'Église attribue à l'Évangile où se trouve le faux acte de naissance de Jésus. Elle fait cet Évangile contemporain du pseudo-Jochanan d'Ephèse et Luc disciple du pseudo-Paul.

[66] Ils ont introduit également l'abstinence de ce qu'ils appellent les substances animées, c'est-à-dire des choses ayant eu vie. C'était se montrer ingrat envers Dieu qui a fait toutes choses pour l'homme.

[67] Justin, 1re Apologie, XXVI. Le faussaire est allé trop loin dans ce passage. Personne, ni dans Irénée, ni dans Tertullien, ni dans Épiphane, ni dans les Philosophoumena, n'a ouï dire que Justin eût fait un livre Sur toutes les hérésies, au temps d Antonin le Pieux !

[68] Première Apologie, ch. LVIII.

[69] On ne sait de quel siècle après le cinquième. Découverts au siècle dernier, les Philosophoumena ont été un coup pour l'Église romaine, et parce que deux papes au moins y sont convaincus d'hérésie, et que dans bien des passages relatifs au second siècle, l'auteur cite les écrits évangéliques sans nommer une seule fois les quatre Évangiles présentés par l'Église dans le canon comme contemporains des douze Apôtres. Les Philosophoumena font grand état de Paul, c'est la seule autorité nominale qu'ils invoquent après les écrivains de l'Ancien testament. Là encore, c'est Paul qui remplit toute la scène ecclésiastique. La preuve de l'existence de Jésus, ce n'est pas le collège apostolique dont il est entouré, c'est Paul.

[70] Ceci emprunté aux fausses Lettres de Jochanan.

[71] Au chapitre II du traité De la prescription contre les hérétiques, il y a prescription notamment contre Phygelle, Hermogène, Philète et Hyménée nommés dans les Lettres de Paul. Il y a prescription contre Marcion qui est une victime des philosophes. Il y a prescription contre Apellès, ch. III.

Dieu a un fils qui s'est fait homme dans le ventre de la Vierge et lui qu s'est appelé Jésus-Christ dès sa naissance, ch. II.

Les Écritures dans lesquelles cela est constaté font foi contre tous les témoignages contraires, ch. IX.

La doctrine que prêche l'Église est bien celle qu'ont prêchée les Douze Apôtres, ch. X.

Le Joannès qui repose sur la poitrine de Jésus dans Cérinthe est l'auteur de l'Évangile auquel on a donné son nom ; à ce seul Joannès Jésus a révélé pour le trahirait (pends-toi, Clément !), et il (Jésus) l'a donné à Marie pour lui tenir lieu de fils à sa place, ch. XI.

Paul est réel et ses Lettres, sont authentiques, ch. XIII.

Il n'avait pas de christiens avant Jésus-Christ, ceux qui disent cela sont des imposteurs. Marcion, pilote du Pont-Euxin, et Valentin le platonicien étaient jehouddolâtres avec toute l'Église romaine, quand ils se sont dévoyés sous l'épiscopat du bienheureux Éleuthère : ils ont été chassés deux fois de l'Église, Marcion avec les deux cents sesterces qu'il y avait apportés, pour avoir corrompu quelques frères par leurs folles opinions. Marcion allait rentrer dans le giron de l'Église quand la mort l'a surpris, ch. XIV.

[72] Tertullien, Prescriptions contre les hérétiques, XXVIII.

[73] Prescriptions contre les hérétiques, ch. XIV.

[74] On veut parler de l'Évangile aujourd'hui dit de Luc, le seul où il soit question de cela.

[75] Au contraire, c'est sur la nativité de Bar-Abbas en 738 que les Cerdoniens, les Marcionites, les Valentiniens, les Apelléens, le Ptoléméens, les Alexandréens, tout le monde enfin, à part les faussaires, s'appuyait pour démontrer l'inexistence à côté de lui d'un personnage appelé Jésus, né en 760.

[76] Sans doute, mais Bar-Abbas n'avait pas perdu la sienne, puisqu'elle est au Guol-golta en 789.

[77] Sans doute, mais Bar-Abbas en avait six, plus deux sœurs : Thamar et Salomé.

[78] Épiphane, dans la continuation anonyme du traité Des prescriptions, ch. LI et ch. XXX.

[79] Cf. Les Évangiles de Satan, deuxième partie.

[80] Rien que ses sœurs. Les écrits mis sous le nom de Tertullien datent du temps où les deux sœurs de Bar-Jehoudda étaient déjà travesties en sœurs d'Éléazar.

[81] Il était laid, petit et commun, mais point difforme.

[82] Auteur imaginaire de la secte des Ebionites, dont l'auteur véritable est Jehoudda, père des sept disciples.

[83] Oui, oui, nous le savons, c'est Bar-Abbas. Que celui qui a des oreilles entende !

[84] Porté aux années 155-166 sur la liste des papes.

[85] Lampride, un des auteurs du l'Histoire auguste, est du quatrième siècle.

[86] Dans le traité Adversus Praxeam, mis sous le nom de Tertullien.

[87] Voici qui ressemble au cas de Péréghérinos.

[88] Cf. Les Évangiles de Satan, première partie.

[89] C'est le signe de Lévi, qui en a tiré son nom.

[90] Livre VII des Stromates.

[91] On trouve ces gloses dans Épiphane, Hom. 36.

[92] Clément d'Alexandrie, Stromates, l. IV.

[93] Des prescriptions contre les hérétiques, ch. XXVIII.

[94] Ecrit iemina par la plupart des hébraïsants. Mais c'est iemona, qui contient seul les lettres i, e, o, a, le mot du Plérôme.

[95] Cf. Le Roi des Juifs.

[96] Isidore de Séville citant une Apologie d'Itacius, évêque d'Espagne.

[97] La plupart des sectes gnostiques avaient ce sacrement. Irénée le disqualifie quand il est administré par un de ces hérétiques, comme Marcus, qui veulent un Père indépendant de celui de Bar-Abbas. Qu'ils changent leur système, dit Irénée, et qu'ils s'abstiennent d'offrir le pain et le calice ! Le pain et le vin sont des fruits de la création, ils ne peuvent être offerts que par les christiens pour qui Jésus est le fils du Dieu créateur, ils ne peuvent l'être par des gens qui ne reconnaissent pas l'auteur du pain et du vin pour le Père ou qui lui font presque grief d'avoir créé la terre !

[98] Cf. sa Bibliothèque dans la Patrologie grecque.

[99] Dans les Disputes.

[100] Eusèbe, l. III, ch. I. Il prétend que ces belles choses, fort clémentines, étaient dans Origène, au troisième livre des Expositiones in Genesim.

[101] 233-305 de l'E. C.

[102] Mais, ajoute Socrate, ces livres ont été solidement réfutés par Eusèbe surnommé Pamphile. (Socrate, Histoire de l'Église, l. III, ch. XXIII.)

[103] Prophéties postérieures à l'évènement.

[104] Cf. Les Évangiles de Satan, deuxième partie.

[105] Contre Julien, VI.

[106] Vous le chercheriez en vain dans l'Encyclopédie des sciences religieuses de M. Lichtenberger.

[107] Photius, Bibliothèque, ch. CIV, dans la Patrologie grecque.

[108] Il ne faut pas traduire Periodoi par Voyages, mais par Carrières. La periodos d'un homme, c'est le cours de sa vie, son curriculum vitæ.

[109] Dans le sens d'Ancien des jours, comme les vingt-quatre Vieillards de l'Apocalypse.

[110] Il est tel dans les Sagesses valentiniennes.

[111] Et aussi dans les Acta Petri. Le canon de Muratori est un recueil officiel de faux.

[112] Précepte légué par Jehoudda à ses sept fils, quand il les naziéra. Cf. Le Charpentier.

[113] Photius, Bibliothèque, ch. CLXXIX.

[114] Dans les mystères de Mithra, la naissance du dieu est ainsi représentée.

[115] C'est incontestable. Ainsi le veut l'Esprit.

[116] Proto-évangile de Jacques, ch. XIX et XX.

[117] Et aussi certain poisson du Nil. Rappelez-vous l'explication qu'Apulée fournit de cette rencontre onomastique dans son Apologie.

[118] Eusèbe, Histoire ecclésiastique, l. I, ch. XII.

[119] Cf. Les Marchands de Christ. Et placée sous le consulat des deux Geminus.

[120] Sous le consulat de Sextus Papinius Aliénius et de Q. Plantius.

[121] Tertullien, Des prescriptions contre les hérétiques, ch. XXIX.

[122] Il ne faut pas confondre les Blastiens arec les Quartodécimans, lesquels soutenaient simplement qu'on devait communier avec Bar-Abbas le 14 nisan, contrairement aux jehouddolâtres qui prétendaient le commémorer le lendemain.

[123] Cf. Le Roi des Juifs.

[124] Première Apologie, LXVIII.

[125] Voilà où est le faux. Il était en croix depuis le mercredi.

[126] Socrate, I, 9.

[127] Philostorge, III, 14.

[128] Photius reproche à Eusèbe de ne pas dire ce qu'on a fait au Concile de Nicée, et de passer sous silence les idées de ceux qu'on a voulu condamner. Eusèbe ne pouvait pas.

[129] Discours contre les Hellènes.

[130] Ammien Marcellin, XV.

[131] Philostorge, III, 12.

[132] Aucun des contemporains de Julien ne lui reproche d'avoir été jehouddolâtre. L'Église elle-même dans Cyrille l'appelle athée et nullement apostat.

[133] Épître au Sénat et ou peuple d'Athènes, III.

[134] Julien, Les Césars, in fine.

[135] Voir la coupure faite au chapitre XVI.

[136] Lettre écrite de Cappadoce vers 348, il a dix-huit ans.

[137] Platon, Des lois, V, III.

[138] Julien, Misopogon, XVI.

[139] Libanius, Oratio X.

[140] Julien, Les Césars.

[141] Eunape, Vie des philosophes et des sophistes grecs. — Des philosophes et des rhéteurs ont passé pour des magiciens, à cause des secrets qu'ils connaissaient. Dès sa jeunesse, Porphyre était en relation avec le ciel. A Tyr il chassa du bain un démon que les habitants du pays appelaient Causcathan. Libanius avait dû quitter Constantinople pour échapper à une accusation de magie qui le suivit  jusqu'à Nicomédie d'où il fut également expulsé, si l'on en croit Eunape (Vie des sophistes grecs) mais ce renseignement est controuvé.

[142] C'est le truc de la colombe qui devenait lumineuse en se posant sur Bar-Abbas au Jourdain.

[143] Libanius, Oratio IV et X.

[144] Ammien Marcellin, XXII. 9.

[145] Libanius, Oratio X.

[146] Non valdes paucos annos. Cf. l'Anticelse dans les Œuvres d'Origène.

[147] Libanius, Epistola 143.

[148] Page 365 des Œuvres de Julien, édition Talbot.

[149] C'est l'anecdote au sujet d'Apollinaris, dont Julien aurait dit, lisant ses œuvres : J'ai lu, j'ai compris et j'ai condamné.

[150] Julien, Contre Heraclius.

[151] C'est Sozomène qui parle, IV, 9, mais l'Apologie d'Athanase oublie cet épisode.

[152] L'art du faux était déjà poussé très loin. Athanase en témoigne qui, accusé d'avoir correspondu avec Magnence, dit dans son Apologie à Constance. Mon accusateur prétendrait-il avoir des autographes de lettres ? Eh bien ! qu'il produise des caractères semblables aux miens. Et encore n'est-ce pas infaillible : il est d'habiles faussaires qui plus d'une fois imitèrent jusqu'à l'écriture de vos mains impériales. Aussi la ressemblance des caractères est-t-elle sans autorité, si ceux qui ont l'habitude d'en former de pareils ne viennent aussi rendre témoignage à leurs lettres, (c'est-à-dire si ceux à qui on les attribue ne sont pas appelés à les reconnaître). Apologie, § 11. Cf. le Saint Athanase de M. Fialon, Paris, 1877, in-8°.

[153] Soyez de bons banquiers, dit Jésus. Cela veut dire que le manuscrit autographe n'existe pas.

[154] On veut faire croire que les actes du sicariat jehouddique sont une invention des ariens, ainsi que la fuite de Bar-Abbas après sa condamnation d'abord et après l'affaire du Sôrtaba ensuite.

[155] Ils ne peuvent être autres, étant empruntés à l'histoire. Cf. Athanase, Apologie de sa fuite dans le Saint Athanase de M. Eugène Fialon, Paris, 1877, in-8°.

[156] Fuyez de ville en ville, etc. Cf. Les Evangiles de Satan, troisième partie.