HISTOIRE DES JUIFS

DEUXIÈME PÉRIODE — APRÈS L’EXIL

Deuxième époque — L’apogée

Chapitre IX — Jean Hyrcan — (135-106).

 

 

Jean Hyrcan, qui avait si heureusement échappé aux embûches de son beau-frère, forme en quelque sorte le point culminant et la limite extrême de cette période. Il continua l’œuvre de son père et il eut la gloire de l’achever. Sous ses prédécesseurs, la Judée avait été resserrée dans des limites fort étroites et, même à l’intérieur de son territoire, elle comptait des enclaves occupées par une population étrangère. Hyrcan étendit les frontières au sud et au nord et délivra ainsi le pays des liens qui l’étreignaient. Ces heureux résultats, il les dut autant à des circonstances favorables qu’à ses talents militaires. Mais si le règne de Hyrcan rappelle la splendeur de celui de Salomon ; il lui ressemble aussi par les troubles qui en signalèrent le commencement et la fin. C’est le milieu de ces deux règnes qui en fut l’apogée.

Salomon, à son avènement, avait trouvé dans Adonias un rival, un prétendant, qu’il fallut réduire à l’impuissance. Hyrcan, de même, eut à soutenir une lutte très vive contre des compétiteurs. Parmi eux se trouvait son beau-frère Ptolémée,le meurtrier de son père, qui avait attenté à sa propre vie. Cependant celui-ci n’était redoutable que parce que la Syrie le soutenait. Le soin de sa sûreté personnelle, autant que le devoir, commandait donc à Hyrcan de châtier ce déloyal adversaire. Aussi se hâta-t-il de prendre les devants avant qu’Antiochus pût réunir des troupes pour venir à son secours. Nous ne savons pas avec précision de quelle manière le siège fut mené et quelle en fut l’issue. Suivant une relation évidemment embellie, Hyrcan n’aurait pu pousser les opérations du siège avec toute la vigueur désirable. Ptolémée faisait amener sur la muraille la mère de Hyrcan, d’autres ajoutent : ses frères, et les torturait en sa présence. Elle, en digne femme de la famille des Hasmonéens, suppliait, son fils de ne pas s’inquiéter de ses souffrances et de ne pas retarder pour elle la vengeance des siens. Tiraillé en sens contraire par le devoir et par la pitié, Hyrcan se retira sans avoir obtenu de résultat, devant l’approche du roi de Syrie, qui s’avançait avec une armée pour profiter de l’embarras des Judéens. On prétend qu’après le départ des assiégeants, Ptolémée fit massacrer la mère (et les frères) de Hyrcan. Après quoi, il s’enfuit à Rabbat-Ammon, l’antique capitale des Ammonites, qui avait reçu le nom de Philadelphie et dont le prince, Zénon Kotylas, l’accueillit avec bonté. Il disparut sans laisser d’autres traces dans l’histoire.

Cependant Hyrcan se vit bientôt menacé de dangers plus graves. Antiochus Sidétès, qui avait à cœur de venger sa défaite récente, vint en Judée avec une armée nombreuse (automne de 135), dévastant le pays sur son passage. Il arriva devant Jérusalem, où Hyrcan, se jugeant incapable dé lui résister en rase campagne, alla se renfermer, espérant trouver un sûr abri derrière ses fortes murailles. Antiochus entreprit un singe en règle. Il entoura la ville de sept camps ; du côté nord, oit le sol était uni, il établit cent tours à triple étage, du haut desquelles ses troupes pouvaient battre en brèche les murailles de la ville. Pour rendre les sorties des assiégés plus difficiles, il fit creuser une double tranchée autour du camp. Cependant les assiégés n’en firent pas moins de fréquentes sorties et repoussèrent vaillamment les attaques des assaillants, de sorte que le siège traîna en longueur. Le manque d’eau, dont soufrait l’armée syrienne, y produisit de nombreuses maladies. De leur côté, les assiégés, qui avaient de l’eau en abondance, manquaient de vivres. Hyrcan se vit dans la cruelle nécessité de commettre un acte inhumain en chassant de la cité les bouches inutiles.

Cependant l’été se passa et les assiégeants n’avaient pas encore chance de prendre la ville. De leur côté, les assiégés, voyant Ies vivres y diminuer de plus en plus et s’approcher l’époque de la fête des Tabernacles, songèrent à demander la paix. Hyrcan fit les premiers pas et sollicita d’Antiochus un armistice de sept jours. Antiochos l’accorda et même il envoya, pour les sacrifices de la fête, des bêtes aux cornes dorées et des cassolettes d’or. Des négociations furent entamées pour la paix. Les conseillers du roi, lui rappelant la politique d’Antiochus Épiphane, qui ne connaissait d’autre moyen d’extirper du cœur des Judéens leur haine du genre humain que de les forcer à renoncer à leurs lois particulières, l’engagèrent à user de la plus grande sévérité. Si Antiochus avait écouté ses conseillers qui, imbus des préjugés de leur temps, ne voyaient dans les lois séparatistes du judaïsme que la haine de l’humanité, les luttes sanglantes pour la conservation de sa loi et de ses coutumes auraient recommencé pour Israël. Heureusement Antiochus n’était ni assez tenace ni assez fort pour oser se lancer dans une telle aventure. Les conditions de paix qu’il offrit étaient à peu près acceptables. Il demandait aux Judéens de lui remettre leurs armes, de lui payer un tribut pour Joppé, Gazara et les autres villes qui avaient appartenu à la Syrie et de recevoir une garnison syrienne dans Jérusalem. Pressé par la nécessité, Hyrcan acquiesça aux deux premières clauses ; mais il refusa de se soumettre à cette dernière condition, persuadé que le contact avec les Syriens dans la ville sainte amènerait inévitablement des conflits incessants. Il offrit en échange des otages et cinq cents talents. Antiochus accepta cette proposition avec empressement, car cette somme devait lui permettre d’entreprendre la guerre contre les Parthes. Il prit donc les otages — parmi lesquels se trouvait un frère de Hyrcan — et un acompte de trois cents talents, que celui-ci avait soi-disant tirés du tombeau de David. Quant à la ville de Jérusalem, Antiochus se contenta de détruire les créneaux des murs. Ainsi se dissipa le sombre nuage qui avait menacé l’indépendance de la Judée : les dommages qu’il avait causés furent bientôt réparés.

En effet, Hyrcan envoya une ambassade au sénat romain, les priant de renouer avec la Judée l’alliance qu’il accordait si bénévolement aux plus petits États. En même temps, les ambassadeurs se plaignirent d’Antiochus Sidétès, qui s’était emparé de Joppé et de son port, de Gazara et d’autres villes fortes de la Judée. Le sénat les accueillit avec faveur et émit un décret enjoignant à Antiochus de rendre aux Judéens les places fortes qu’il avait prises. Défense lui fut faite de faire passer ses troupes à travers la Judée et d’en traiter les habitants comme ses sujets (vers l’an 133). Antiochus parait avoir obéi à cet ordre et il dut même montrer bon visage à Hyrcan. En effet, il projetait une expédition contre les Parthes, qui avaient fait partie de son royaume et qui s’en étaient détachés. Son frère Démétrius Nicator, qui avait également entrepris une expédition contre ce peuple, avait essuyé une défaite et était resté prisonnier des Parthes pendant dis ans. Antiochus espérait être plus heureux. Or, malgré l’armée considérable qu’il rassembla, il ne pouvait se passer du concours des guerriers judaïtes et des autres peuples voisins. Il sollicita donc Hyrcan de venir avec son armée, pour faire campagne avec lui. Le roi de Syrie témoigna beaucoup d’égards à l’armée judaïte, durant cette expédition. A la prière de Hyrcan, au lendemain d’une victoire remportée près du fleuve Zab, il fit reposer les troupes le jour de la fête de la Pentecôte et la veille, qui était un sabbat (129).

Antiochus mourut dans cette expédition et laissa la Syrie en proie à de grands troubles. Plusieurs prétendants à la couronne se disputèrent le pouvoir. Hyrcan sut profiter de cet état de faiblesse où la Syrie se trouva pendant plusieurs années, pour agrandir les limites de la Judée et leur donner l’étendue qu’elles avaient eue dans des temps plus heureux. Aussitôt après la mort d’Antiochus, Hyrcan rompit les liens de vasselage qui enchaînaient la Judée à la Syrie depuis le siège de Jérusalem. Il ne voulut même pas conserver avec ce pays de traité d’alliance. Son rival s’estima assez heureux d’être reconnu par lui comme roi de Syrie. Vers cette époque (124), les Judéens de Jérusalem, et surtout les membres du Grand Conseil, adressèrent, pour la seconde fois, une missive aux communautés d’Égypte et à leur chef, Juda Aristobule, de la famille des grands prêtres, qui avait été le maître du roi, les exhortant à célébrer également les jours de la consécration du temple, en souvenir du triomphe remporté sur les infidèles. Ils rappelaient la délivrance miraculeuse que Dieu avait envoyée à son peuple, aux mauvais jours du règne d’Antiochus, et qui avait permis de rétablir le sanctuaire dans sa pureté primitive. Par cette lettre, on invitait, en quelque sorte, la communauté si importante d’Alexandrie à reconnaître le nouvel ordre de choses établi à Jérusalem.

Après la mort de l’usurpateur syrien Alexandre Zebina (123), Jean Hyrcan, qui jusqu’à ce moment s’était tenu sur la défensive, prit une attitude agressive à l’égard de la Syrie. La Judée était enserrée de trois côtés par des peuplades étrangères : au sud, par les Iduméens ; à l’est par les Samaritains, cette nation odieuse qui s’était toujours montrée hostile aux Judéens ; et sur les côtes de la mer Méditerranée ainsi qu’au delà du Jourdain, par les demi Grecs, dont les dispositions n’étaient guère plus amicales.

Hyrcan considérait comme un devoir qui s’imposait à lui de rendre tous ces territoires à la Judée et d’en chasser la population ou de la fondre avec les Judéens. Pour atteindre un but si important, il lui fallait déployer toutes ses forces et surtout disposer de moyens d’action suffisants. Hyrcan se vit obligé de prendre à son service des troupes de mercenaires. On raconte que, pour payer ces soldats, Hyrcan employa de l’argent tiré du prétendu trésor trouvé dans le tombeau de David.

Hyrcan tourna d’abord ses armes vers l’est, c’est-à-dire vers la contrée du Jourdain et principalement contre le bourg de Médaba. Sichem, la capitale des Samaritains, et le temple du Garizim, qui avait toujours été un objet d’horreur pour la nation judaïque, furent détruits (21 kislew). On célébrait chaque année le souvenir de cet événement (Yom har-Garizim). De ce jour date la décadence des Samaritains ; car si, pendant des siècles, ils ont encore conservé leur caractère propre, s’ils ont survécu jusqu’à nos jours et continué d’apporter des sacrifices sur le Garizim, ils s’affaiblissent de plus en plus par suite de l’absence d’un centre religieux.

Après sa victoire sur les Samaritains, Hyrcan marcha contre les Iduméens. Cette nation, quoique fortement abaissée par les vicissitudes des diverses dynasties asiatiques et macédoniennes qui se succédèrent, et chassée de ses demeures par les Nabatéens, était la seule des peuplades de même souche qu’Israël qui eût su se maintenir, conservant sa haine contre Israël. Hyrcan se vit donc obligé de les réduire à l’impuissance. Il assiégea leurs deux villes fortes, Adora et Marissa (Marèscha), dans le district de Gabalène, qu’il rasa entièrement, après quoi il laissa aux Iduméens le choix entre l’émigration et la conversion au judaïsme. Ils prirent ce dernier parti. Naturellement les temples consacrés aux idoles furent détruits ; cependant les prêtres continuèrent à rester attachés secrètement à leur culte. Ainsi les deux frères ennemis, Jacob et Ésaü, divisés par une haine dix fois séculaire, s’étaient rapprochés, le plus âgé des deux, Édom, s’étant soumis au plus jeune. Pour la première fois, le judaïsme, en la personne de son prince, Jean Hyrcan, se montrait intolérant vis-à-vis d’autres cultes et s’imposait par la violence. Mais il devait bientôt reconnaître à ses dépens le danger qu’il y a à pousser l’esprit de conservation jusqu’au prosélytisme. La fusion des fils d’Édom avec les fils de Jacob n’apporta à ces derniers que des malheurs. Ce furent des Iduméens et des Romains qui détrônèrent la dynastie des Hasmonéens et causèrent la ruine de l’État judaïque.

La guerre avec l’Idumée et la conversion des Iduméens amenèrent une nouvelle expédition de Hyrcan contre Samarie, qui était habitée, en grande partie, par des Macédoniens et des Syriens. Près de cette ville, il avait transplanté des colons iduméens, enlevés au district de Marissa. Ceux-ci se virent inquiétés et maltraités par leurs voisins, à l’instigation d’Antiochus Cyzicène, un des prétendants au trône de Syrie. Ce dernier avait hérité d’Antiochus Épiphane sa haine pour les Judéens, et cherchait à leur susciter mille embarras. Ses généraux faisaient des incursions en Judée ; ils s’emparèrent de quelques places fortes dans le voisinage de la côte et mirent une garnison dans Joppé. Hyrcan s’en plaignit au sénat romain, qui avait promis autrefois à la Judée la libre possession de ce port et des autres villes fortes. Cinq ambassadeurs allèrent porter à Rome les doléances de Hyrcan. Le sénat lui donna raison avec force paroles mielleuses. Un décret enjoignit à Antiochus, fils d’Antiochus Cyzicène, de ne pas traiter en ennemis les Judéens, alliés de Rome, et de leur rendre les villes fortes et les districts qu’il leur avait enlevés. Enfin les Judéens eurent le droit d’exporter librement des marchandises par leurs ports, et la garnison syrienne de Joppé dut se retirer. Était-ce par soumission à la volonté de Rome ou pour toute autre raison ? C’était toujours un avantage pour Hyrcan de ne pas avoir Rome contre lui et de la voir protester contre les empiétements d’Antiochus Cyzicène.

Mais lorsque Hyrcan, voulant châtier Samarie de son hostilité envers les colons de Marissa, ceignit la ville de fossés et de retranchements et l’assiégea si étroitement que, toutes ses communications se trouvant coupées, la famine commença à s’y faire sentir, Antiochus vint à son secours. Battu dans une rencontre par Aristobule, le fils aîné de Hyrcan, qui dirigeait les opérations du siège avec son frère cadet Antigone, Antiochus dut s’enfuir à Bethsan (Scythopolis). Se sentant trop faible pour vaincre les Judéens, il appela à son aide un des princes régnants d’Égypte, Ptolémée VIII Lathuros. Celui-ci se laissa facilement entraîner ; car il haïssait les Judéens. Sa mère Cléopâtre, que le peuple avait forcée de partager le pouvoir avec lui, lui faisait sourdement la guerre. A l’exemple de ses parents, elle favorisait les Judéens. Elle avait à ses côtés deux fils d’Onias IV, Helcias et Ananias, qu’elle avait nommés gouverneurs du district d’Onion. Ce fut là précisément le motif de l’aversion que son fils avait conçue pour le judaïsme en général. Aussi se rendit-il à l’invitation d’Antiochus, de combattre Hyrcan et de faire lever le siège de Samarie. Malgré l’opposition de sa mère, Ptolémée se rendit en Judée avec une armée de 6.000 hommes. Se sentant trop faible pour oser se mesurer en rase campagne avec l’armée judaïque, il dut se borner à dévaster le pays, espérant par là arracher les Judéens au siège de Samarie. Mais ceux-ci ne levèrent pas le siège et, par un coup de main, ils forcèrent Antiochus à quitter le théâtre de la guerre. Une voix sortie du Saint des saints annonça à Hyrcan, dit-on, la victoire remportée sur Lathuros, au moment même où ses fils venaient de gagner la bataille. Il entendit ces mots prononcés en langue araméenne : Les jeunes princes ont vaincu Antiochus.

Callimandre et Épicrate, les deux lieutenants que Lathuros laissait en Judée pour continuer les hostilités, ne furent pas plus heureux que leur maître. Callimandre succomba dans une rencontre ; Épicrate, gagné à prix d’argent, livra aux princes judéens Bethsan et les villes de la plaine, de Jezréel jusqu’au mont Carmel, qui avaient appartenu aux Grecs ou aux Syriens. Les habitants païens de ces villes en furent aussitôt expulsés. Les jours où les Judéens avaient repris Bethsan et la plaine, les 15 et 16 sivan (juin 109), furent mis au nombre des jours de victoire. Au bout d’un an, les Samaritains, n’ayant plus de secours à attendre du dehors, durent capituler et rendre la ville aux vainqueurs. Soit désir de vengeance, soit mesure de précaution, Hyrcan fit détruire Samarie de fond en comble, y creusa des fossés et des canaux, n’y laissa pas subsister trace de son ancienne splendeur. Le jour où elle tomba aux mains des Judéens (25 marhesvan, novembre 109) devint un jour de fête. C’est ainsi que Hyrcan réalisa les vastes projets des Hasmonéens et acheva leur œuvre. Il avait assuré l’indépendance de la Judée et l’avait mise au niveau des États voisins. Grâce à lui, les ennemis qui la menaçaient de tous côtés, Syriens, Iduméens, Samaritains, étaient vaincus pour la plupart, et le pays était délivré des entraves qui arrêtaient son essor. Les beaux jours des règnes de David et de Salomon semblaient revenus : des étrangers obéissaient au sceptre judaïque. La vieille haine entre ces races sœurs, la Judée et l’Idumée, avait disparu ; Jacob et Ésaü étaient réconciliés. La Moabie, fille de l’Arnon, dut envoyer de nouveau des présents vers la montagne de la fille de Sion. La rive du Jourdain, les côtes de la mer, les routes qui conduisaient les caravanes d’Égypte en Syrie étaient entièrement au pouvoir de la Judée. Hyrcan eut même la joie de voir l’abaissement de son ennemi Ptolémée Lathuros. Celui-ci, qui vivait en mésintelligence avec sa mère, se rendit à la fin si insupportable à cette dernière, qu’elle souleva contre lui la population d’Alexandrie et le fit chasser de la ville (108). Comme il fuyait sur un vaisseau à destination de Chypre, Cléopâtre envoya une armée à sa poursuite, mais les soldats se rangèrent de son côté ; seule la troupe judaïque du district d’Onion, commandée par les lieutenants Helcias et Ananias, fils d’Onias, resta fidèle et essaya de le chasser de l’île. A Alexandrie comme en Palestine, les Judéens jouaient alors un grand rôle, se prêtant un appui mutuel, combattant ensemble l’ennemi commun, Lathuros, et son allié Antiochus Cyzicène.

Hyrcan, lui aussi, eut ses monnaies avec des inscriptions en vieil hébreu. Mais il n’imita point la retenue de son père et il y mit son titre : Johanan, grand prêtre. Toutefois, une partie de ses monnaies porte cette addition à la légende ordinaire : et la communauté des Judéens, comme s’il avait senti la nécessité d’indiquer qu’il n’exerçait le droit de battre monnaie qu’au nom du peuple. D’autres monnaies portent une inscription différente : Johanan, grand prêtre et chef de la communauté des Judéens. Quant à l’emblème, ce n’était pas le lis des monnaies de son père Siméon. A l’imitation des princes macédoniens, celles de Hyrcan portaient une corne d’abondance.

Vers la fin de son règne, Hyrcan prit de plus en plus des allures de prince temporel. Tous ses efforts tendirent à agrandir son territoire et à fortifier son pouvoir. Il paraît même avoir jeté des regards de convoitise sur la vaste contrée qui commande la route de Damas. La conquête de l’Iturée (à l’est de l’Hermon), conquête achevée par son successeur, avait été préparée par lui. Un mouvement puissant qui se produisit à l’intérieur et qu’il ne put maîtriser, puis sa mort qui suivit de près, l’empêchèrent de mettre son projet à exécution. Ce mouvement, peu apparent à son début prit une tournure si malheureuse que l’édifice péniblement construit par les Hasmonéens en fut ébranlé. Pour la seconde fois, l’État judaïque, parvenu à son plus haut degré de puissance, dut voir que le pouvoir matériel lui échapperait toujours.