Mesures de
gouvernement. — Nouveaux ministres. — L'Ère Nouvelle. — Traité signé
entre M. de Montholon et M. E. Masseras. — Programme conservateur et libéral
du nouveau journal. Instructions de l'Empereur à son ministre d'État et aux
préfets politiques. — Commissaires impériaux. — Registres de l'état civil
laissés au clergé. — Création d'un Conseil d'État. — Nouveaux exploits de
l'armée française. — Le maréchal renvoie une brigade en France. — Elle est
remplacée par la légion belge. — Nécessité pour le commandant en chef de
diminuer l'effectif suivant le traité de Miramar. — Instructions du maréchal
Randon. — Craintes de l'Impératrice Charlotte. — Éloignement des généraux
Miramon et Marquez. — Echos d'Europe. — Paroles de l'Empereur d'Autriche au
Reichsrath (14 novembre). — Protestation de Maximilien.
— Le 12
juin, Maximilien a pris possession du trône ; le 30 octobre, il vient prendre
possession du gouvernement. Telle
était la formule que les partisans de l'empire faisaient circuler au moment
de la seconde entrée de l'Empereur dans Mexico. Et, comme, sous une apparence
respectueuse, elle exprimait moins un fait que le désir universel, elle était
fréquemment répétée. C'était
bien le dessein de Maximilien de gouverner ; mais le malheur voulait qu'il ne
se pénétrât pas des nécessités d'un gouvernement. Ainsi il avait été nommé
empereur par une réunion de notables choisis par le ministre français : cette
élection avait été ratifiée, — il tenait la ratification pour bonne, — par
les votes d'une partie du peuple exprimés dans les actes d'adhésion qu'on
avait mis sous ses yeux : il y puisait son droit de régner. Mais pour
gouverner il fallait autre chose. Maximilien devait à ce peuple qu'on venait
arracher à la barbarie ce qui fait la force des nations civilisées : une
constitution. Il n'y pensa même pas, et personne n'y pensa pour lui. Donc il
n'y eut ni chambres, ni délégation populaire, ni contrôle quelconque des
citoyens, ni participation des contribuables ; rien. ! L'Empereur concentrait
en ses mains tous les pouvoirs. Cette
situation n'eût point été sans avantages si Maximilien avait été un autre
homme. Les pouvoirs dictatoriaux sont parfois bons pour tirer un peuple de
l'état de décomposition et d'anarchie où des années de troubles et de
révolutions l'ont plongé ; mais il faut que la main qui tient la barre
gouverne sans faiblir, sans dévier ; il faut enfin que la tête qui guide la
main renferme ce quelque chose que les hommes admirent et maudissent sous le
nom de génie. Les fondateurs d'empire sont des despotes : tant mieux si la
liberté vient ensuite l Maximilien,
sans corps élus autour de lui, restait donc seul exposé aux responsabilités
du pouvoir : il se borna à prendre des agents d'exécution, des ministres. On
a vu qu'il avait confié les Affaires étrangères à M. Ramirez : il appela au
ministère de la Guerre et à la Marine M. Peza ; au ministère des Travaux
publies, du Commerce et de l'Industrie, M. Robles Pezuela. C'étaient de bons
choix : l'un et l'autre avaient été, sous la Régence, sous-secrétaires d'État
dans les mêmes postes dont ils devenaient titulaires. Quelques jours plus
tard il complétait son ministère en nommant M. Escudero y Echanove à la
Justice, et M. Cortès Esparza à l'Intérieur. Tous appartenaient à ce nouveau
parti qui représentait assez bien l'opinion moyenne. Là
était l'avenir : tout au moins le pensait-on parmi les représentants de la
France. Pour donner à cette politique un appui efficace, M. de Montholon,
notre ministre plénipotentiaire, avait résolu (l'ajouter au poids de nos
armes celui de cette autre puissance qui s'est développée avec tant de
rapidité dans notre siècle et qui possède une force qui pénètre partout : la
presse. Il y
avait bien à Mexico divers journaux, parmi lesquels l'Estafette,
rédigée par un Français ; mais l'Estafette ne représentait point la
politique de l'intervention. M. de Montholon travailla à la création d'un
nouveau journal, dont il confia la direction à un de nos compatriotes. Le
titre du journal, l'Ère Nouvelle, était excellent ; le choix du
directeur, M. E. Masseras, était heureux. Écrivain
distingué, M. Masseras était alors rédacteur en chef du Courrier des
États-Unis. Il ne se trouvait point, par conséquent, un étranger sur une
terre étrangère. Il avait suivi de près, et en bonne place, toutes les
péripéties qui avaient amené la France et Maximilien à Mexico. Il était de
ceux qui croyaient à la possibilité du succès, et c'est une justice à lui
rendre qu'il a fait, dans la sphère de son action, les plus louables efforts
pour y contribuer. Le
traité passé avec lui à cette occasion est curieux à plus d'un titre ; nous
le reproduisons ici d'après une copie certifiée conforme par M. de Montholon
lui-même : TRAITÉ RELATIF A L'ÉTABLISSEMENT
D'UN JOURNAL FRANÇAIS À MEXICO. Entre les soussignés, 1° M. le marquis de Montholon, envoyé
extraordinaire, ministre plénipotentiaire de France au Mexique, résidant à
Mexico, d'une part ; 2° M. Emmanuel Masseras, rédacteur en chef du Courrier
des États-Unis, d'autre part, A été dit, convenu, arrêté et réciproquement
accepté ce qui suit : Exposé : L'expédition française a eu pour résultat de
développer un nouvel ordre de choses au Mexique. Le résultat, important pour la civilisation des
deux mondes, établit un lien particulier entre la France et le Mexique. Pour ne pas se désintéresser de son rouvre, la
France doit faire succéder à l'action de l'intervention par les armes
l'influence morale par la presse. M. Masseras a offert de consacrer sa plume, avec
l'indépendance qui fait la force, avec le dévouement et la fidélité qui
honorent les convictions, à la mission de soutenir, au Mexique, dans un
intérêt international désormais solidaire, le drapeau politique du
gouvernement de la France. DISPOSITIONS : ARTICLE PREMIER.
— En conséquence, M. Masseras s'oblige à établir à Mexico et à diriger
personnellement un journal quotidien, sur le plan du Courrier des
États-Unis, voué à la politique, aux intérêts et à l'influence légitime
de la France. ART. 2. — Pour concourir au but proposé, M. le ministre de France
s'engage à payer à M. Masseras : 1° Cinquante mille francs à lui acquis comme
indemnité de la position qu'il abandonne aux États-Unis et du déplacement de
sa famille ; 2° Cent mille francs, remboursables par lui, en
quatre annuités de vingt-cinq mille francs chacune, d'année en année, à
partir du 1er janvier 1866, et garanties par une hypothèque sur la propriété
et le matériel du journal. Ces sommes seront payées, savoir : Cinquante mille francs aussitôt après l'apparition
du journal ; cent nulle francs en versements partiels, et au fur et à mesure
des besoins de l'entreprise. ART. 3. — Le premier numéro du journal, dénommé l'Ere Nouvelle,
paraîtra, pour continuer sans interruption, dans le courant du mois d'octobre
au plus tard. ART. 4. — M. Masseras ne pourra se trouver affranchi des obligations
ci-dessus contractées que par suite d'événements de force majeure tout à fait
indépendants de sa volonté. Fait double et de bonne foi à Mexico, le 24 août
1804. Le ministre de France, Signé. : MONTHOLON. Signé : E. MASSERAS. Le général en chef, Signé : BAZAINE. Vu
et approuvé. Signé : CORTA. Pour copie conforme Le ministre de France au
Mexique, MONTHOLON. L'Ère
Nouvelle parut
le 1er octobre. Le programme du journal était naturellement conservateur et
libéral. Malgré ses origines, il ne séparait pas la cause de l'intervention
de celle de l'empire, et il travailla à répandre les doctrines d'égalité
devant la loi, d'abolition des privilèges du clergé et de la noblesse, qui
correspondaient aux doctrines de 1789. C'était pour l'intervention un
auxiliaire précieux et utile. Dès son
retour à Mexico, Maximilien, ébloui par les acclamations recueillies sur son
passage, enivré de sa popularité, ne songeait qu'à détruire ce qu'il croyait
les derniers restes de rébellion. ... Mes devoirs de souverain, écrivait-il le 3
novembre à son ministre d'État, m'obligent à protéger le peuple avec un bras
de fer ; et, pour répondre aux besoins hautement exprimés en tous lieux, nous
déclarons, comme chef de la nation, en pleine connaissance de notre mission
sacrée et du devoir qui nous est imposé, que toutes les bandes armées qui
parcourent encore quelques points de notre belle patrie, et répandent la
désolation, le trouble et les menaces contre la liberté et le travail des
citoyens laborieux, doivent être considérées comme des rassemblements de
bandits, et tomber par conséquent sous les rigueurs inflexibles et
inexorables de la loi... ... Si notre gouvernement respecte toute opinion
politique, il ne peut tolérer les criminels qui violent la première des
libertés qu'il est appelé à garantir, celle des personnes et des propriétés. Aux
préfets politiques il donne des instructions analogues, leur recommandant
surtout de se montrer sévères contre le vol et le pillage, qui ont discrédité
le Mexique dans l'opinion du monde entier. Puis, avec cette imagination qu'il
ne savait ni maîtriser ni régler, il embrasse, dans ses recommandations, tous
les sujets qui se présentent à son esprit : l'entretien des routes, la salubrité
publique, le développement de l'instruction publique et de l'agriculture,
l'élevage des bestiaux, l'amélioration de la race chevaline, la recherche des
mines de charbon, de mercure, de cuivre, l'état des terrains abandonnés, etc. Pour
stimuler le zèle des préfets, et dans l'espoir d'être mieux renseigné, il
emprunte à Charlemagne l'institution des missi dominici, et il crée des
inspecteurs chargés de tout voir, de tout entendre, et de rapporter à
l'Empereur ce qu'ils auront vu et entendu. Il
n'oublia dans les attributions de ses préfets que la tenue des registres de
l'état civil. Il la laissa aux mains du clergé, en lui imposant seulement
l'obligation d'en remettre une copie tous les mois à l'administration civile. Il
compléta ces mesures de gouvernement par la création d'un conseil d'État,
auquel il donna comme attributions la rédaction des projets de lois et
règlements, le jugement du contentieux administratif et de tous les cas de
responsabilité des hauts fonctionnaires qui lui seraient soumis par
l'Empereur. La
composition de ce Conseil portait la marque des dispositions de Maximilien,
c'est-à-dire que les conseillers étaient pris aussi bien parmi les cléricaux,
comme MM. Elguerro (Hilario), Théodosio Lacés, Fonseca (Urbano), que parmi les libéraux, comme
MM. Lacunza (le président),
Lopez Portillo, Ortigoza, Silicio (Manuel), complétés par un prélat affichant des idées
libérales, Mgr Hamirez, et le général Uraga, dernier rallié. Il
portait surtout la marque des dispositions de l'entourage de l'Empereur, en
ce que presque tous ces conseillers étaient hostiles à la France. Ces
choix étaient d'autant moins justifiés que, si le gouvernement de Maximilien
avait le loisir de légiférer et de créer un conseil d'£tat, c'était
précisément aux armes de la France qu'il le devait. Chaque jour de nouveaux
succès auraient dû le lui rappeler. Ainsi
le colonel Dupart battait le 20 novembre le général juariste Quezada, sur les
limites de Durango et de Chihuahua. Le 22 novembre, c'était le colonel
Clinchant qui, dans le sud-ouest de l'état de Guadalajara, dispersait les
forces imposantes du général Arteaga. Maximilien en témoignait, du moins par
lettre, sa satisfaction : Encore un nouveau et brillant succès de votre brave
armée à enregistrer, mon cher maréchal : je vous en félicite de tout cœur, et
vous prie de m'adresser, le plus tôt possible, vos propositions de
récompenses. Si les journaux de demain pouvaient porter en
Europe le récit de cette belle journée, je vous en serais reconnaissant. Votre tout affectionné, MAXIMILIEN. Toutes
ces victoires, en même temps qu'elles témoignaient de la bravoure de l'armée
française et des services qu'elle rendait à l'empire, ne montraient que trop
combien peu au fond le pays était pacifié et quel besoin on avait encore de
notre coopération militaire. Aussi lorsque, dans les deux derniers mois de
cette année 1864, le maréchal, obéissant au désir si souvent exprimé par
Napoléon III, fit rentrer en France les premières troupes arrivées au Mexique
avec le général de Lorencez, la batterie de la Garde impériale, le 2e
zouaves, le 99e de ligne et le 1er bataillon de chasseurs à pied, le
gouvernement mexicain ne vit cette mesure qu'à regret. L'arrivée de la légion
belge, sous les ordres du colonel Van der Smissen, parut insuffisante à compenser
ce départ. L'Impératrice
Charlotte se lit l'écho de cette impression dans une lettre adressée en
Europe : Il faut des troupes : les Autrichiens et les Belges
sont, très bons en temps de calme ; mais, vienne la tempête, il n'y a que
les pantalons rouges. S'il m'est permis de dire toute ma pensée, je crois
qu'il nous sera très difficile de traverser toutes les premières crises
vitales si le pays n'est pas plus occupé qu'il ne l'est. Tout est fort
disséminé, et il me semble qu'au lieu de rien rappeler, il aurait fallu
augmenter. Je crains fort que le maréchal ne se repente de n'avoir pas écrit
au mois d'octobre ce que nous lui avions demandé ; il a craint du
mécontentement en France, et a, je crois, échangé un petit désagrément contre
un plus grand. Cette
lettre reflète le sentiment, que beaucoup avaient alors et que beaucoup ont
encore, qui consiste à croire que le maréchal Bazaine était le maître absolu
de faire ce qu'il voulait, et à lui attribuer conséquemment l'initiative de
tous les actes de son administration. Cette erreur s'explique par l'ignorance
où l'on était jusqu'à ce jour de la correspondance secrète que n'ont jamais
cessé d'entretenir avec lui Napoléon III et le maréchal Randon. Napoléon III
avait bien, dans une de ses lettres, déclaré qu'il lui donnait carte blanche
: il n'en est pas moins certain qu'en toute circonstance le maréchal obéit
aux ordres venus (le Paris, et, pour le cas spécial qui nous occupe, voici un
extrait d'une lettre du maréchal Randon (31 octobre) qui prouve surabondamment
que, s'il renvoya des troupes, c'est qu'il ne pouvait faire autrement : Je vous remercie de l'assurance que vous me donnez
que le rapatriement des troupes que vous avez désignées pour rentrer en
France n'éprouvera aucun retard, car, s'il en avait été autrement, la
question du budget de la Guerre eût été compromise, et l'on aurait
difficilement compris qu'à la suite des succès répétés que nos troupes
obtiennent sur tous les points, et en raison de l'arrivée de ces 9.000 Belges
et Allemands, la convention arrêtée avec l'empereur Maximilien éprouvât un
sursis d'exécution. D'ailleurs
le maréchal avait un motif excellent de diminuer le corps d'occupation
français : les Belges et les Autrichiens qui venaient au Mexique n'étaient
point autant à dédaigner que paraissait le faire l'Impératrice Charlotte, et
ils montrèrent en plusieurs rencontres qu'ils étaient « très bons » en
d'autres temps que les « temps de calme ». Dans
cette même fin d'année, deux faits se passèrent dont les conséquences, plus
tard, eurent une singulière gravité. D'abord,
dans la crainte que le parti clérical, tenu à l'écart, ne cherchât à lui
susciter des difficultés, Maximilien songea à éloigner les cieux chefs
militaires dont le nom pouvait servir de ralliement et guider l'opposition
contre son gouvernement : c'étaient les généraux Miramon et Marquez. On
connaît leur histoire : Miramon avait occupé quelque temps le poste de
président de la République mexicaine ; puis, exilé, il n'était rentré au
Mexique qu'avec l'armée française. Quant à Marquez, général de nom, mais
quelque peu bandit de caractère, il avait été, jusqu'à ce jour, l'homme à
tout faire du parti clérical ; il ne reculait devant aucune violence, voire
même aucune cruauté. De Leonardo, son prénom, la voix populaire avait
fait Leopardo. Il avait rejoint les Français à Orizaba en 1862, et il
est juste de reconnaître que pendant tout le temps oh il avait servi à côté
de nos troupes il n'avait manqué ni de discipline ni de loyauté ; mais
c'était chez lui une attitude trop nouvelle pour qu'on s'y fiât complètement.
Par prudence, on l'expédia au loin. Maximilien le nomma envoyé extraordinaire
auprès de l'empereur des Ottomans, et inventa pour lui une mission non moins
extraordinaire pour Jérusalem et le Saint-Sépulcre. Quant à Miramon, on le
pria d'aller étudier à Berlin l'art des fortifications. Il est
à croire qu'ils ne furent dupes ni l'un ni l'autre de ces prétextes ; mais,
jugeant sans doute que les temps n'étaient pas favorables pour eux au
Mexique, ils obéirent et partirent, toutefois avec l'idée arrêtée de revenir
quand les circonstances seraient plus propices. On ne le vit que trop, et
leur retour précipita les événements tragiques qui devaient accompagner
l'agonie de l'empire de Maximilien. L'autre
fait, qui passa presque inaperçu en Europe grâce au tact du ministre des
Affaires étrangères d'Autriche, n'est point à l'honneur de Maximilien, et il
éclaire même d'un jour pénible la conduite qu'il tint plus tard lorsqu'il
sembla s'obstiner à rester au Mexique après le départ des troupes françaises.
Il montre que l'Archiduc, en signant le pacte de famille, avait entouré son
adhésion de réserves mentales, et que, même au Mexique, sur le trône accepté
par lui, il avait les yeux toujours tournés vers un autre trône... Le 14
novembre, à l'ouverture des séances du Reichsrath, François-Joseph avait
prononcé ces paroles : «
L'acceptation qu'a faite, avec mon consentement, de la couronne impériale du
Mexique mon frère, l'archiduc Maximilien ter, exigeait nécessairement un
règlement des droits d'agnation qui ont dû être pris en considération. C'est
pour cela qu'un pacte de famille a été fait à Miramar, et mon gouvernement
est chargé de vous le communiquer. » Maximilien
répondit à ces paroles si simples et si naturelles par une protestation
véhémente, adressée à son représentant près de la cour de Vienne : « Il
est à peine croyable qu'un pacte de famille puisse être l'objet d'une
communication officielle, soumise à la discussion d'un parlement, sans le
consentement préalable des deux Empereurs. Néanmoins nous pouvons assurer que
l'Empereur du Mexique n'a pas été le moins du monde consulté. Sans nul doute
il eût été plus prudent que l'Empereur d'An-triche couvrît directement du
voile le plus épais tout ce qui se rapportait à une convention intime arrachée
à son frère dans un moment suprême. On ne doit pas perdre de vue que c'est
sur l'initiative de l'Empereur d'Autriche que le trône du Mexique a été
offert à l'archiduc Maximilien ; que l'acceptation de celui-ci a été
subordonnée à la certitude donnée que la majorité de la nation l'appelait à
l'empire ; que pendant les négociations, dont les délais impatientaient la
députation mexicaine, aucune demande ni allusion d'aucune sorte n'a été faite
relativement à l'aliénation des droits de la fortune privée de l'archiduc
Maximilien, et que ce fut seulement aux derniers moments, lorsque déjà des
promesses avaient été faites à l'Empereur et à la députation elle-même,
lorsque des conventions avaient été contractées avec la France, et lorsqu'un
refus aurait nécessairement entraîné les plus graves complications politiques
en Europe, et compromis surtout la situation de l'Autriche, ce fut alors que
l'Empereur François-Joseph, quittant sa capitale, accompagné de ses
conseillers les plus intimes, vint précipitamment, à Miramar, demander à son
frère la renonciation complète et générale à tous ses droits, de quelque
nature qu'ils fussent. « En
souscrivant cette inqualifiable convention, même sans vouloir s'inquiéter de
son contenu, l'Empereur Maximilien donnait à sa nouvelle patrie adoptive le
témoignage le moins équivoque, et à l'Europe entière la preuve la plus
évidente que rien « ne pouvait l'arrêter, quand il s'agissait d'une promesse
faite par lui. Toutefois, les diplomates les plus distingués et les
jurisconsultes les plus experts qui ont, depuis étudié froidement ce pacte de
famille s'accordent unanimement à déclarer qu'il doit être considéré comme
nul et dérisoire. « Sans
vouloir nous étendre sur la légitimité et la validité des moyens employés
pour arracher une signature sous l'influence d'événements dont nous pourrons
faire ressortir la gravité en temps opportun, il nous suffira, pour le
présent de noter que les diètes, après avoir obtenu le consentement des deux
Empereurs, sont seules compétentes pour régler les droits d'agnation qui
modifient un acte de la Pragmatique-Sanction, et cela, quand elles sont
convoquées pour cet objet et d'accord avec les princes intéressés, lesquels,
dans le cas actuel, n'ont pas même été consultés. » Les
journaux rendirent à Maximilien le mauvais service de reproduire cette
protestation. Sans
relever nombre d'erreurs de fait, telles que l'affirmation attribuant à
l'initiative de l'Empereur d'Autriche l'offre de la couronne du Mexique, ou
la déclaration que l'Archiduc avait signé le pacte de famille sans
s'inquiéter de son contenu, nous demanderons : Que voulait Maximilien en
rouvrant ce triste débat de famille ? Insinuer qu'il n'était sûr ni de son
droit ni de son avenir au Mexique ? montrer qu'il ne faisait nul cas de sa
signature ? laisser soupçonner que, après avoir rêvé un empire dans le
Nouveau-Monde, il en rêvait un autre dans l'Ancien ?... Tristes
conjectures, dont aucune n'est à son honneur. Le
comte de Rechberg, ministre des Affaires étrangères d'Autriche, déclara que,
s'il recevait la moindre communication officielle de cette protestation, il
avait ordre d'y répondre en envoyant immédiatement ses passeports au ministre
mexicain. On se le tint pour dit, et la rupture n'eut rien d'officiel. |