Lettre du général
Fleury (12 décembre 1863). — Doutes sur l'acceptation définitive de
Maximilien. — Adhésion des populations. — Faiblesse des autorités, — Le
général Bazaine à l'Empereur (27 décembre 1863). — Difficultés relatives aux
biens du clergé. — Complicité de la magistrature. — Désaccord entre les
membres du triumvirat. — Protestation de Mgr Labastida. Émotion profonde. —
Protestation des membres du Tribunal suprême. — Proclamation des généraux
Almonte et Salas. — Décret du 2 janvier 1864. — Menées clandestines du
clergé. — Attitude énergique du général Neigre, commandant supérieur de
Mexico. — Réponse de Mgr Labastida. — Difficultés causées à la régence par le
clergé.
On
ignorait encore à Park les succès du général Bazaine et sa marche hardie à
travers le Mexique. D'autre part, l'insistance de Maximilien à demander
l'adhésion du pays entier à sa candidature faisait naître des doutes sur son
acceptation définitive. A mesure que le temps s'écoutait, cette opinion
prenait plus de force, et l'on en trouve-une preuve irrécusable dans une
lettre particulière adressée le 1er décembre 1863 au général Bazaine par le
général Fleury, aide de camp et premier écuyer de l'Empereur. La
lettre, écrite sous la dito du général, avait pour objet de recommander tout
particulièrement à l'attention du commandant en cher un jeune capitaine
d'artillerie, dont le général Fleury, avec sa perspicacité habituelle et sa
connaissance approfondie des hommes, avait discerné la valeur et présagé
l'avenir. Il est inutile de le nommer ici, mais nous pouvons bien dire qu'il
n'a pas démenti ces espérances favorables, puisqu'il est aujourd'hui à la
tête d'un des corps d'armée les plus importants. La
recommandation faite, le général Fleury prenait la plume lui-même et causait
à cœur ouvert avec le général Bazaine, dans un long post-scriptum : Mon cher Général, Excusez-moi de faire appel à votre bienveillance eu
faveur d'un officier que je connais sous d'excellents rapports, et qui me
parait digne de tout votre intérêt. Je suis en route en ce moment pour Copenhague.
N'ayant pas le temps de vous écrire, ne lettre qui ne fût pas une lettre de
recommandation banale, rai eu recours A mon aide de camp. Vous ne devez pas
moins penser avec quelle sollicitude je suis la marche des évènements
auxquels vous présidez, et combien je m'associe au concert d'éloges que le
Mexique nous renvoie sur votre compte, depuis que vous tenez ses destinées
dans vos mains habiles. Mon avis personnel est que l'archiduc Maximilien
finira par ne pas se décider, — que le gouvernement réactionnaire du maréchal
Forey n'est pas viable, — qu'il est antipathique aux Mexicains comme à la
politique française et que, dans cette occurrence, le plus heureux pour nous
serait de fonder un autre gouvernement plus dans le sentiment libéral
du pays ; de créer un dictateur quelconque, un Comonfort ou autre, pour
opposer à Juarez, et enfin, d que cela sera possible, de revenir en France
avec noire armée. Voilà brutalement mon opinion et elle est celle de beaucoup
d'autres hommes du gouvernement. A vous de tout cœur, Général FLEURY. Nous
demandons pardon au lecteur d'insister ainsi sur la plupart des documents que
nous mettons sons ses yeux ; mais ils sont d'une telle importance que nous
manquerions à notre devoir d'historien en né le faisant point. Or, ces
confidences du général Fleury témoignent du secret désir de ceux qui
entouraient l'Empereur, et, étant donnée la confiance dont jouissait raide de
camp préféré de Napoléon III, l'on y doit voir également un reflet de la
pensée impériale. C'est une nouvelle preuve à l'appui de ce que nous avons
dit, en divers endroits de cet ouvrage, que l'Empereur, désillusionné
maintenant, se fût contenté d'un « Comonfort ou autre », qui lui
eût permis du moins de retirer promptement ses troupes avec une apparence de
satisfaction. Le rêve d'un grand empire latin était déjà loin. Cependant,
et par un retour assez fréquent des choses d'ici-bas, alors qu'à Paris on
jugeait en noir la situation au Mexique, tandis qu'auparavant il en était
tout autrement, les résultats de l'intervention française devenaient de jour
en jour plus satisfaisants. La
campagne du général Bazaine avait eu plein succès, et Juarez qui, depuis six
mois, se croyait en sûreté à San-Luis de Potosi, évacuait cette place le 18
décembre et se retirait à Durango, dans le Nord-Ouest, à 880 kilomètres de
Mexico. Comonfort, dans lequel le général Fleury voyait un nouveau président
possible, était tué dans une rencontre, par le commandant Aguirre, de la
division Mejia. Partout, sur le passage de l'armée, les populations faisaient
adhésion au vote des notables de Mexico en faveur de l'archiduc.
Malheureusement, elles n'osaient désigner elles-mêmes leurs autorités
municipales, par crainte de représailles juaristes, et laissaient à nos
généraux le soin de les désigner d'office. C'était
là le côté faible du mouvement l'énergie manquait. Les villes qui demandaient
des armes pour se défendre demandaient en même temps une garnison française,
ce qu'il était impossible d'accorder à toutes. Le
gouvernement provisoire, de son côté, ne secondait nullement le général en
chef dans sa résolution de constituer l'administration avec tous les éléments
honnêtes et intelligents qui s'offraient. Il ne nommait que des
réactionnaires peu capables ou figés, et refusait tous ceux qui avaient fait
partie de la précédente administration. L'esprit de parti créait ainsi
partout des difficultés, et ravivait des inimitiés si préjudiciables à la
pacification, but de tous nos efforts. Le
commandant en chef signalait cette situation à l'Empereur. Dans sa pensée, il
ne voyait guère que l'acceptation définitive de l'archiduc qui fût capable de
la modifier. J'ai fait, dans la limite du possible, écrivait-il
de Lagos, le 27 décembre, tout ce que j'ai pu pour amener le général Doblado
à notre cause, selon les instructions de Votre Majesté ; mais il voulait
avoir une entrevue dans le genre de celle de la Soledad, et j'ai préféré lui
donner la chasse. Il est aujourd'hui dans la Sierra de Nochistlan, entre
Guadalajara et Zacatecas, cherchant, assure-t-on, à gagner un port du
Pacifique, pour sauver la caisse qui contiendrait an million de piastres ;
cela me semble beaucoup. Il est possible que cette somme soit destinée à
entretenir la guerre civile ; cependant j'en doute, à cause de l'insuccès de
l'appel aux armes que le général Doblado a lancé avant de quitter l'État de
Guanajuato. A
Mexico, Almonte essayait bien de se maintenir dans la politique tracée par le
manifeste du général Forey, mais les difficultés surgissaient chaque jour
autour de lui. Profitant de l'incertitude du lendemain, de l'indécision qui
régnait dans Ies esprits, la cour suprême de justice écartait toutes les
affaires relatives à la vente des biens du clergé, refusait de confirmer les
lois ou décrets qui s'y appliquaient et de prononcer la moindre condamnation
contre ceux qui n'acquittaient point les pagares à leur échéance. A deux
reprises, le gouvernement avait dû intervenir, par des communiqués insérés
dans la Gazette officielle, les 4 octobre et 15 novembre, pour rappeler aux
juges comme aux justiciables, que les tribunaux étaient dans l'obligation de
connaître de toutes les affaires qui leur étaient déférées pour les
propriétés ou les locations des biens nationalisés, En vain, il avait déclaré
de nouveau que les ventes régulières seraient confirmées et que les
transactions frauduleuses seules pourraient être sujettes à révision ; il se
heurtait à une force d'inertie invincible et les intéressés ne pouvaient
obtenir aucun jugement. Le haut
clergé, dont les conciliabules se tenaient ouvertement à l'archevêché,
encourageait les résistances de la magistrature, comme si elles pouvaient
aboutir à lui faire rendre ses biens. Quant à Mer Labastida, il avait
courageusement attendu le départ du général Bazaine pour se séparer de ses
deux collègues du gouvernement et leur faire une opposition acharnée.
Ceux-ci, furieux d'une telle attitude, avaient riposté eu déclarant qu'ils ne
le considéraient plus comme faisant partie de la régence de l'empire. La
querelle ainsi envenimée, Mgr Labastida avait appelé à son aide les
archevêques de Michoacan et de Guadalajara, les évêques de Oaxaca, San-Luis
de Potursi, Léon, Tamaulipas et Tulancingo, et cette façon de synode adressa
aux généraux Almonte et Salas (26 décembre 1863) une protestation qui contenait
ces passages : ... Attendu que personne, ni gouvernement
quelconque ne tient autorité pour s'emparer des biens de l'Église et que,
pour la même raison, les décrets, avis et circulaires, expédiés par ordre de
Vos Excellences, comportant un but attentatoire et tyrannique contre la
propriété sacrée, sont sujets à la censure de l'Église et spécialement à
l'excommunication majeure décrétée (fulminada) par le concile de Trente dans
le chapitre II de
la 22e section de la Réforme. En conséquence sont compris dans cette peine
canonique non seulement les auteurs et exécuteurs des décrets et circulaires
précités, mais encore tous ceux qui, par un moyen quelconque, ont coopéré à
leur accomplissement. Attendu que le changement politique qui s'est opéré
au Mexique à la suite de l'intervention ne peut, en aucune façon, changer les
obligations et les responsabilités morales et cationique, et que pour la même
raison nos protestations, conservant leur vigueur, nos circulaires et
dispositions diocésaines, expédiées contre la constitution et les lois de la
Réforme sont applicables aux circulaires de Vos Excellences précitées et à
celles qui seraient rendues dans le même but ; Ceux qui ont encouru la censure canonique, pour
exécution de la loi du 25 juin 1856 et des décrets publiés à Vera-Cruz par
Juarez en 1859, et depuis à Mexico, et des communiqués et circulaires
expédiés par ordre de Vos Excellences ; les auteurs, exécuteurs, coopérateurs
du dépouillement de l'Église en ses propriétés, maisons, rentes, possessions,
actions, droits ou simples objets contenus dans ceux-ci, sont absolument
obligés à la restitution et à la réparation du scandale, et ne pourront être
absous, pas même à l'article de la mort, s'ils n'ont accompli les préceptes
de l'Église rappelés dans nos circulaires et décrets diocésains. Partout
où ce document fut connu l'émotion fut profonde, et on le comprend de reste :
c'était ni plus ni moins, de la part d'une partie du clergé,
l'excommunication du gouvernement de la régence ainsi que de tous ses
fonctionnaires. On se
demande à la suite de quelle aberration d'esprit tous ces archevêques et
évêques pouvaient se méprendre au point de croire leur attitude, nous ne
disons pas loyale ou correcte ou même habile, mais simplement opportune.
Était-ce au moment où le parti clérical, revenu au pouvoir grâce à
l'intervention française, cherchait à établir un ordre de choses régulier,
qu'il fallait l'ébranler, le discréditer et par contre rendre au parti
juariste toute la force qu'on enlevait au général Almonte ? Était-ce
le moment, lorsque notre armée guerroyait contre les Doblado et autres chefs
hostiles, de jeter, sur nos derrières, la perturbation dans les affaires et
les divisions dans les esprits ? Fallait-il donc, alors que le sort de
l'intervention restait encore incertain, alors que de nouvelles difficultés
pouvaient amener un refus définitif de la part de l'archiduc Maximilien,
achever de ruiner une situation assez compromise déjà ? Évidemment ce n'était
ni patriotique, ni sage, ni politique ; Ce n'était rien de tout cela, et
c'était autre chose, car quel spectacle étrange que celui donné par ces
évêques, mettant tant d'âpreté au service de leurs intérêts et recourant aux
armes spirituelles pour reprendre leurs « propriétés, maisons, rentes,
possessions, actions, droits ou simples objets contenus dans
ceux-ci ! » L'inventaire était complet. Le 31
décembre, les membres de la Cour suprême, entrainés par un si bel exemple, ne
craignirent pas eux aussi, de se mettre en rébellion contre le gouvernement,
en lui adressant une protestation contre les décrets et circulaires publiés
au sujet des biens du clergé. Émus de
cette opposition aussi intempestive que maladroite, mais résolus à parler
ferme cette fois, car ils parlaient au nom des intérêts généraux contre des
intérêts particuliers, les généraux Almonte et Salas firent afficher la
proclamation suivante dans la capitale : Après avoir épuisé tous les moyens de persuasion à
l'égard de ces magistrats d'une époque dont le retour est impossible ;
persuadés que te salut du pays est dans l'adoption des mesures libérales qui
rions sont indiquées par la nation généreuse qui nous prodigue son sang et
son or, sans autre ambition que celle de nous élever à la hauteur des peuples
civilisés, nous avons dû nous résigner au pénible devoir d'écarter des
fonctions publiques les magistrats de la Cour suprême qui nous ont refusé
leur concours. Mexicains, restez calmes et soyez sans inquiétude. Les
régents, investis de l'autorité, d'accord avec les chefs de l'intervention,
veillent sur vos intérêts. Le cours de la justice ne sera pas un instant
interrompu. En
effet, par un décret du 2 janvier 1864, tous les magistrats de la Cour
suprême avaient été révoqués et remplacés sur-le-champ, L'énergie
au service d'une cause juste produit un effet immédiat l'opinion publique
approuva hautement la conduite des généraux Almonte et Salas. Par contre, Mgr
Labastida, qui était entré si légèrement en campagne, se crut menacé de
représailles sévères et jugea prudent de se cacher... Mais on voulait bien le
tancer et non le persécuter. Aucune mesure de rigueur ne fut prise ni contre
lui ni contre les membres du clergé. Mansuétude
peut-être excessive, car, loin de les calmer, elle les enhardit dans leur rébellion.
Ils firent imprimer clandestinement une proclamation au peuple mexicain, qui
fut, pendant la nuit, glissée sous les portes des principales maisons de
Mexico. On
porta quelques exemplaires de ces écrits au général Neigre, commandant
supérieur de Mexico. Il n'hésita pas à s'adresser à l'inspirateur de toute
cette agitation, Mgr Labastida, et il le mit poliment mais fermement en
demeure de renoncer dorénavant à de tels agissements : Mexico, 16 janvier 1864, Monseigneur, On vient de porter à ma connaissance un fait d'une
extrême gravité : j'ai entre les mains des écrits incendiaires que l'on
glisse sous les portes de certaines maisons et qu'on distribue
clandestinement dans le public. Les auteurs de ce coupable manifeste
s'adressent à de vils intérêts matériels que répudie notre sainte religion,
et font appel aux plus détestables passions contre l'armée de S. M.
l'Empereur, qui vient arracher le Mexique au désordre, protéger les pasteurs
des âmes et rendre Ia, liberté à leur saint ministère ; ils oublient que ces
prélats dont ils prétendent se faire les organes et qu'ils représentent comme
humiliés et abandonnés, n'ont jamais été entourés de plus de respect et de
vénération. Je suis persuadé, Monseigneur, que vous ignorez ces
manœuvres criminelles ; je viens vous les signaler et vous adresser une
prière dans l'intérêt de l'ordre public et de ces esprits égarés. Puisque c'est au nom de la religion, dont nous
sommes les fils aines, au nom des prélats que nous couvrons de nos respects,
qu'un parti s'agite pour troubler le repos public, dites à ce parti,
Monseigneur, que nous surveillons ses menées, que les armes de la France
maintiendront la tranquillité, et que, s'il nous répugne toujours d'employer
des moyens de répression, nous saurons cependant, si les circonstances nous
en font un devoir, faire rentrer dans l'ombre, d'où ils sortent pour lancer
leurs diatribes, les véritables ennemis du Mexique. Veuillez leur dire cela, Monseigneur, et s'ils
s'arrêtent devant votre parole évangélique, vous aurez rendu un grand service
au pays ; à défaut de leur reconnaissance, vous aurez la nôtre. Cette
lettre était conforme aux instructions données diverses reprises par
l'Empereur, notamment à celles formulées dans sa note du 3 juillet 1862 au
général Forey : Montrer une grande déférence pour la religion, mais
rassurer en même temps les détenteurs des biens nationaux ; Dans sa
lettre du 14 avril 1863 Il faudra tranquilliser les acquéreurs de biens
nationaux, ceux-là surtout qui ont légitimement acquis les propriétés ecclésiastiques
régulièrement mises en vente... Déclarer que le gouvernement provisoire
protégera le culte catholique ; rappeler les évêques, mais cependant établir,
en principe, la liberté des cultes ; faire assister une partie des troupes le
dimanche à la messe. Il eût
été ridicule, en effet, de la part des Français, de ne pas agir au Mexique
d'après les principes appliqués en France sur ces matières. Quelques
fanatiques seuls pouvaient le trouver mauvais. Par
malheur, Mgr Labastida était de ceux-là et il fit à la lettre du général
Neigre cette réponse insolente : Général, En réponse à votre lettre du 16 de ce mois, j'ai
l'honneur d'affirmer à Votre Excellence que je n'ai jamais eu et n'ai encore,
à cette heure, aucune connaissance des écrits incendiaires qu'Elle me dit
avoir été distribués dans la ville il serait indispensable que je les lise
pour pouvoir en parler ; Votre Excellence me sera donc très agréable si Elle
veut bien m'en envoyer un exemplaire. Ma lettre se terminerait là si Votre Excellence
n'avait formulé contre le clergé mexicain certaines assertions autres que les
écrits précités et dont je suis dans la nécessité de rectifier
l'inexactitude. C'est un fait prouvé et de notoriété publique que
nous avons tous protesté contre ces deux individus qui ont la prétention de
former un gouvernement, et contre les circulaires du 9 novembre et du 15
décembre de l'année passée, et nous déclarons catégoriquement que l'Église
souffre aujourd'hui les marnes attaques contre ses immunités et ses droits
qu'un temps du gouvernement de Juarez, que jamais elle ne s'est vue
persécutée avec autant d'acharnement et que la situation qui nous est faits
est pire que celle de ce temps-là Il semble à Votre Excellence que, dans l'exercice
de leur saint ministère, les pasteurs des âmes jouissent de la plus grande
protection et de la liberté la plus complète, que jamais ils n'ont été
entourés de plus de respect et de vénération. Que Votre Excellence remarque que les deux
documents, notre protestation et votre lettre, contiennent., en ce qui
concerne la situation de l'Église et de ses pasteurs, deux propositions
contradictoires, et que des deux, rune est, nécessairement vraie et l'autre
nécessairement, fausse. Selon l'exposition des faits et les déductions de
la logique, il en résulterait que nous autres, prélats mexicains, nous nous
trouvons, selon l'assertion de Votre Excellence, dans l'alternative de nier
nos écrits ou de les rétracter. Nous ne nous rétracterons pas, parce que nous avons
parlé selon la vérité, réclamé selon la justice, agi selon le droit., et nous
avons la 'conviction qu'on nous a mis dans la triste nécessité d'agir ainsi. Par ce que me dit Votre Excellence, je vois qu'elle
est mal informée sur la situation de l'Église mexicaine ; je suis persuadé
que si elle avait mieux connu les faits, les intérêts et les mobiles qui ont
fixé notre conduite, Votre Excellence nous est rendu justice et se serait
fait une autre opinion. On
reste confondu devant un tel langage. Il était d'autant plus déplacé que Mgr
Labastida avait été reçu à Miramar avant de revenir au Mexique, qu'il s'était
entretenu avec l'archiduc des intérêts du clergé mexicain, et qu'il ne
pouvait ignorer que, le 10 octobre 1863, Maximilien avait donné au conseil de
régence, dont il faisait partie, l'ordre de ne rien décider touchant les
biens ecclésiastiques avant son arrivée au Mexique. Comment
ceux-là mêmes qui avaient le plus vivement désiré, sollicité et préparé
l'acceptation de Maximilien suscitaient-ils tant de difficultés à son futur
gouvernement ? Comment l'archevêque de Mexico, primat du Mexique, osait-il
prendre la triste responsabilité d'accentuer la rupture avec le seul pouvoir
dont le clergé pût attendre appui et protection ? Ce serait là une question
insoluble si, en d'autres temps et en d'autres pays, on n'avait vu les
fanatiques de ce genre agir de la sorte, fatiguer leurs amis de leurs
exigences impossibles et les perdre sûrement en se perdant eux-mêmes. Qu'a
gagné le parti clérical à l'échec de l'empire mexicain ? Il n'a recouvré ni ses maisons, ni ses rentes, mais il a amené le triomphe de Juarez et la consolidation de la République. |