LES DUCS DE GUISE ET LEUR ÉPOQUE

 

Étude historique sur le seizième siècle

TOME SECOND

CHAPITRE XV. — MORT DU DUC FRANÇOIS.

 

 

1563.

 

Les huguenots pouvaient espérer que les lansquenets feraient meilleure contenance derrière les murs d'Orléans qu'en rase campagne devant les Suisses. D'Andelot s'enferma donc avec ses fantassins allemands, chargés de butin, dans la dernière grande ville que possédait le parti. En même temps, Coligny se dirigea avec les reîtres vers la Normandie, pour se rapprocher des alliés anglais et revenir, s'il obtenait le renfort promis par Elisabeth, à la tête d'une nouvelle armée. Mais les reîtres, ennuyés de cette marche d'hiver, semblaient décidés à ne plus se battre, et se contentaient de brancqueter les villages de Normandie[1]. Si peu actifs durant la bataille, ces fuyards devenaient dangereux pour les villages et les châteaux. Diane de Poitiers, qui faillit être enlevée par eux, écrivait à la connétable : Madame, je vous avise que je suis deslogée d'Anet sans trompette ; car j'en despartis environ sur les quatre heures du soir, monstée à cheval, ayant la pluie sur le dos jusques à quatre heures du matin, dont je me suis ung peu trouvée mal[2].

Peu inquiet de cette singulière armée, le duc de Guise ne voulut pas laisser la sienne dans l'inaction ; il craignit qu'un hiver de repos ne calmât l'ardeur excitée par sa victoire de Dreux, et il espéra finir la guerre d'un seul coup en enlevant brusquement Orléans ; il disait que le terrier estant pris où les regnards se retiraient, après on les courroit à force, par toute la France[3]. C'était assez dans ses habitudes de procéder par coups précipités, et de profiter de l'effet produit par les premiers succès pour mieux assurer les suivants. Mais ses troupes avaient été fort maltraitées pendant la bataille, et les froids du mois de janvier rendaient les marches pénibles. Le duc était saisi de pitié en voyant le soir d'une étape ses propres soldats extresmement pauvres et si mal vestus, qu'ils ne pourroient porter deux de ces mauvaises journées[4]. Il réussit cependant à réorganiser son armée, et il vint s'établir à Olivet, le 5 février 1563. Dès le lendemain, il commençait l'attaque des faubourgs d'Orléans.

Le faubourg du Portereau, sur lequel il porta ses efforts y était fortifié et défendu par des gens de pied gascons et des lansquenets. A l'abordée qui fut du costé des Gascons[5], les catholiques furent rigoureusement repoussés ; ils revinrent à la charge ; mais cependant qu'on s'entretenoit là, quelques soldats écartés rapportèrent que vers le quartier des lansquenets, on n'y faisoit pas trop bonne mine. Le duc fit aussitôt envoyer quelques volées d'artillerie dans cette direction ; les lansquenets, à ce bruit, s'estonnent et se mettent en fuite[6] avec une telle précipitation, qu'ils s'écrasent les uns contre les autres, s'accumulent en désordre et encombrent le pont, seule issue pour rentrer en ville. Au lieu de les poursuivre, les soldats catholiques laissent ce troupeau, et viennent attaquer par derrière les protestants gascons. Ceux-ci, pris entre deux feux, veulent se replier vers le pont ; ils le trouvent obstrué par les lansquenets, et augmentent la confusion. Guise pousse ses soldats vers le même point, et espère entrer dans la place avec les fuyards. On ne sçauroit imaginer un plus grand désordre qu'il y eust là ; car le pont estant embarrassé du bagage qu'on faisoit retirer dans la ville, les fuyants ne se pouvoient sauver, mesme on ne pouvoit fermer la porte des tourelles, ni hausser le pont-levis. Ce n'étaient pas seulement leurs corps et leurs bagages que les lansquenets avaient à sauver, ils traînaient aussi leurs femmes avec des petits pendus aux bras. Je vis des lansquenettes ne pouvant avoir place[7] sur les bateaux qui cherchaient à les recueillir, y lancer leurs enfants ; quelques-uns tombaient à l'eau, d'autres étaient écrasés. Guise, qui poussait tout devant lui, s'inquiétait des dispositions que pourrait prendre d'Andelot. Il s'informa près de quelques prisonniers de ce que faisoit d'Andelot, qu'ils dirent avoir la fièvre quarte. Lors il dit en riant que c'estoit une bonne médecine pour la guarir[8].

Le duc disait vrai. En apprenant que le Portereau, qu'il avait fait barricader et qui devait tenir quatre ou cinq jours, avait été enlevé le premier jour, principalement par la lascheté des lansquenets[9], d'Andelot se leva, se sentit guéri, monta à cheval, reconnut que l'effroy qui fut porté dans la ville fut encore plus grand que le dommage. M. d'Andelot, qui estoit un chevalier sans peur, dit :Que la noblesse me suive, car il faut rechasser les ennemis ou mourir. Sans s'estonner, passa les ponts et parvint jusqu'aux tourelles. Il estoit temps qu'il y arrivast, car desjà ils estoient près du pont-levis pour donner en gros. Il se passa plus d'une grosse demi-heure jusqu'à l'arrivée de M. d'Andelot, que cette porte fut ouverte sans qu'il y eust aucun qui fist teste[10]. Mais les soldats catholiques s'étaient attardés à piller le faubourg et à ramasser ce qu'abandonnaient les lansquenets. Bientôt les murs de la ville se couvrirent de défenseurs qui tiroient force arquebusades, et quelques pièces qui faisoient beaucoup de dommage aux nostres, et où ledit duc mesme n'estoit pas hors de danger. Il donna lui-mesme de sa main de l'argent à quelques soldats blessés, comme c'estoit ordinairement sa coustume[11]. Mais la nuit approchait ; il fut forcé d'ordonner la retraite et de se contenter, pour ce jour, de la prise du Portereau. Il écrivit le lendemain, avec regret, au frère du maréchal de Brissac, le maréchal de Gonnor : Mon bonhomme, je me mange les doigts de penser que si j'eusse heu six canons, ceste ville estoit à nous[12].

Il dut se résigner à commencer un siège en règle. Est-ce pendant les dix jours de ce siège[13], ou bien est-ce au siège précédent devant Rouen[14] qu'il faut placer l'anecdote suivante ? Le duc de Guise aurait entendu deux soldats qui complotaient de le tuer ; il les aurait appelés, et, sur leur déclaration qu'ils étaient huguenots, il leur aurait demandé laquelle des deux religions est plus conforme à l'Évangile. Si la calviniste enseigne au soldat d'assassiner le général qui ne l'a point offensé, la catholique ordonne au duc de pardonner au soldat, encore qu'il confesse son crime. Ce récit, qui a toutes les apparences d'une légende, servit à son tour de thème à une autre légende, qui imagine que le duc aurait reçu son meurtrier à son lit de mort, et lui aurait tenu ce langage pompeux.

Le duc de Guise était assassiné, en effet, onze jours après l'assaut de Portereau, par un aventurier poitevin, qui se faisait appeler Poltrot, seigneur de Méré.

Poltrot avait passé une partie de sa jeunesse en Espagne. A quels métiers il s'était livré, on ne pouvait trop le savoir, car il avoit pour vice la vanterie[15]. Il fut traité moitié en bouffon, moitié en espion, quand il se présenta dans le camp huguenot. Par forfanterie et pour se faire mieux accueillir, il se déclara prêt à tuer de sa main le duc de Guise. Les chefs à qui il communiquoit son dessein lui faisoient des remonstrances[16], mais toutefois sans le rebuter. Les langages qu'on lui tenoit sentoient le refus et donnoient courage. Il y a des manières de repousser une idée en augmentant le désir de la réaliser. Le peuple de Dieu traversait une crise redoutable. Un miracle pouvait encore sauver les élus. N'était-ce pas déjà par la miséricorde de Dieu qu'Holoferne avait été ému en admirant les sandales de Judith ? On parlait de Sisara et de son clou, de Jéhu, d'Églon, de la sanglante poésie de l'Orient. Coligny avait trop de droiture d'âme pour se plaire dans le voisinage d'intrigues de ce genre. Mais il eut le tort de croire que ce misérable lui fournirait des avis utiles sur les forces catholiques ; il lui fit cadeau d'un petit cheval et de quelques écus, se débarrassa de lui, comptant l'utiliser comme espion.

Voilà Poltrot de Méré devant Orléans ; il s'offre au duc de Guise, se vante d'avoir eu la confiance du roi d'Espagne. De même que Coligny, le duc de Guise accueille cet homme, le fait manger à sa table, le laisse galoper à sa suite avec ses autres gentilshommes ; il accompagna souvent M. de Guise avec tous nous autres, de son logis jusqu'au Portereau, où tous les jours mondit seigneur alloit[17].

Le 18 février 1563, Guise rentre d'une reconnaissance : il compte ordonner l'assaut pour le lendemain ; un seul de ses gentilshommes, Tristan de Rostaing, l'accompagne. Il descend de cheval pour passer le bac de Saint-Mesmin, se remet en selle sur l'autre rive, et se dirige à travers un taillis pour atteindre son logement où il doit retrouver sa femme, dont il est séparé depuis le commencement des hostilités, et qui a dû arriver ce jour même. Sous le taillis se tient Poltrot de Méré ; il guette le duc, le laisse passer, et par derrière, à sept ou huit pas de distance, il lui tire un coup de pistolet un peu plus bas que l'épaule droite, au défaut de la cuirasse[18]. Le duc s'affaisse sous le coup, se redresse, rentre à cheval chez lui.

La duchesse de Guise qui arrive pour voir son mari vainqueur, et pour intercéder près de lui afin d'empêcher le pillage et le massacre après l'assaut d'Orléans, le reçoit mourant. Elle peut garder de l'espoir pendant quelques jours. Catherine, qui était accourue aussitôt, écrit deux jours après le coup au cardinal de Lorraine : Le coup n'avoit touché point aux oz ny entré dedans le coffre, ce qui me donne quelque confor ; encores si ese que je suis si troublée que je ne se que je souys[19]. L'agonie dura six jours : spectacle déchirant pour Henri de Guise, âgé de treize ans, qui entendait nommer autour de lui Coligny comme le vrai coupable du meurtre de son père.

C'est Coligny, en effet, que Poltrot de Méré avait eu l'impudence de dénoncer comme son complice. Après avoir tué par derrière l'un de nos deux grands hommes, il s'efforçait de déshonorer l'autre par un mensonge. Après son coup de pistolet, Poltrot s'était enfui. S'il était rentré paisiblement et s'était assis à la table du duc de Guise, comme d'habitude, personne ne l'aurait soupçonné ; mais son crime lui avait ébranlé le cerveau ; il galopa comme un fou toute la nuit : au point du jour, il s'aperçut qu'il avait tourné en cercle et se retrouvait à son point de départ, près du fatal taillis ; il se crut ensorcelé. Son cheval tomba d'épuisement. Il chercha à se cacher dans une grange, si blême, si tremblant, qu'il fut aussitôt questionné par les paysans, saisi, livré aux soldats. Son incurable besoin de se rendre important le fit aussitôt se vanter d'avoir été inspiré par Coligny. Ainsi se perpétuaient les haines ; ainsi le soin des vengeances privées devait prolonger indéfiniment les guerres intérieures.

Le 24 février, le duc de Guise succomba. Si accablés par la douleur, si absorbés par l'idée de la vengeance que fussent la veuve et le jeune duc Henri, ils ne perdirent pas l'occasion de demander aussitôt à Catherine l'estat de grand maistre de France, et le gouvernement de Champagne[20]. Le connétable, à qui cette charge de grand maître avait été enlevée, était prisonnier dans Orléans et ne pouvait venir la revendiquer ; Catherine n'avait nulle répugnance à placer entre les mains d'un enfant de treize ans un office qui donnait tant de pouvoir autour d'elle, et de nourrir en même temps, de rajeunir la rivalité entre les Guises et les Montmorencys ; elle accorda toutes les dignités que réclamait la jeune veuve, comme si les regrets de la perte du Balafré ne permettaient de rien refuser à sa famille.

Ainsi mourut, à quarante-quatre ans, celui que ses contemporains ont nomme Monsieur de Guyse le Grand, le plus heureux de nos capitaines, le plus vigilant pour assurer l'exécution de ses ordres et le bien-être de ses soldats, en toutes ses parties excellent, surtout aux reconnaissances des places,'duquel le naturel se fust porté non à la ruine, mais à l'estendue de la France, en une autre saison et sous un autre frère[21]. Ce frère avait été un fléau pour lui. François avait pu s'en débarrasser quelque temps avant sa mort, en l'envoyant au concile de Trente, et s'était montré, depuis qu'il le tenait ainsi à l'écart, capable de jouir avec une modération robuste et une sage dignité de la puissance absolue que pour la troisième fois il tenait entre ses mains. Tandis que jusqu'alors son frère l'avait entraîné à des maladresses dangereuses, à des cruautés inutiles, et l'avait embarrassé dans des intrigues mesquines, il pouvait maintenant suivre ses projets, il se sentait libre, aimé de son armée ; il approchait de l'heure qui compléterait ses succès, sans s'étourdir de sa fortune, sans abuser de son pouvoir. Cependant que je n'oublie pas que ce ne fut pas peu d'heur pour luy de mourir en ce période, lorsqu'il estoit au dessus du vent et que la fortune journalière ne luy avoit encores joué aucun tour dont elle sçait escorner les plus braves[22]. François de Guise ne dut pas trouver rigoureuse la mort qui lui ôtait Orléans de la main, et l'empêchait d'achever sa campagne, car le triomphe même n'était pas sans amertume. Ceux qu'il combattait étaient ses propres soldats, ses vieux compagnons de gloire. On ne s'étourdit pas sur la répugnance que donnent de telles luttes. Quand les ardeurs patriotiques ne soutiennent plus le soldat, il cherche dans les excitations de la haine ou de la vengeance une fausse, une répugnante animation. Quel orgueil peut donner la prise de Rouen au général qui voit l'une des plus riches villes de France détruite et ruinée sous ses yeux ? Ces sortes de combats où l'on perd à gagner, ce spectacle des vengeances privées, des apostasies sans pudeur, de la rapacité sans pitié, laissaient un tel dégoût, que Coligny préférait, il l'a dit, être déchiré sur une claie plutôt que de vivre dans une guerre civile. Guise, en outre, avait le sentiment qu'il travaillait pour l'étranger. S'il n'avait pu retenir un cri de douleur en voyant le Havre tomber aux mains des Anglais, il devait avoir une honte secrète et comme un remords de ses accointances avec l'Espagne. Fallait-il donc tant d'efforts, de courage, de massacres, pour aboutir à donner la prépondérance à l'Espagne ? François de Guise n'était ni une de ces têtes légères qui s'exaltent et s'irritent dans la lutte, ni une de ces âmes fanatiques qui se mettent au service d'une passion aveugle. Les exagérés qui le regardaient comme leur chef étaient loin de connaître l'élévation de ses sentiments : au plus fort de la guerre civile y il semblait ne pas oublier les avances faites récemment au duc Christophe de Wurtemberg à Saverne, et il réprimait le zèle de ses officiers qui voulaient détruire les huguenots placés à Montargis sous la protection de sa belle-mère la duchesse de Ferrare. Cette fille de Louis XII écrivait à Calvin : C'a esté luy qui a ployé à maintenir ceux de la religion que j'ay en ceste ville, jusqu'à en estre respondant ; il s'estoit encore employé pour empescher qu'on ne confisquast Chastillon qui est à M. l'admiral, et qui ne fust saccagé ni travaillé[23].

Cette clémence, ces complaisances pour les adversaires, prouvent qu'il n'avait ni aveuglement, ni étroit fanatisme. Sa mort frappa tous les esprits de stupeur ; jusqu'alors l'assassinat était rare en France. Cette brutale façon de procurer la solution des difficultés n'était pas encore dans nos mœurs ; depuis le crime du pont de Montereau, on ne voit pas de meurtre bien démontré jusqu'à celui du duc de Guise ; aussi le maréchal de Montmorency s'écria en apprenant cette nouvelle : Est de très pernicieuse conséquence ; car si telles voyes ont lieu, il n'y aura seigneur en France qui soit asseuré[24].

Coligny eut moins de prévoyance et moins d'humanité. Cette mort, dit-il, est le plus grand bien qui pouvoit arriver à ce royaume et à l'Église de Dieu, et particulièrement à moy et à toute ma maison. Ce calme hautain devant la déshonorante accusation d'un Poltrot devait faire croire à une complicité secrète. Au lieu de se révolter contre l'accusation, Coligny ne daignait pas se justifier : il désavouait l'assassin, mais il ne niait pas que le crime lui fût agréable. Cette sérénité procédait assurément des dédains d'une âme supérieure pour les soupçons indignes. De même que le duc de Guise avait préféré être regardé comme le complaisant de ses laquais qui massacraient les paysans de Vassy, plutôt que de les désavouer en flétrissant le crime, de même Coligny aimait mieux se laisser vouer à la haine d'une famille qui regardait la vengeance comme un devoir sacré, plutôt que de se défendre contre une attaque injurieuse. Mais l'apparente maladresse de ses réponses procédait aussi d'un sentiment mauvais ; il voyait les exagérés de son parti se réjouir du coup qui leur promettait la délivrance, et il n'osait pas répudier les éloges de ceux qui avaient des sentiments assez bas pour lui en faire honneur ; c'est à peu près par la même pensée que le duc de Guise n'avait pas su réprimer les acclamations des catholiques exaltés qui le méprisaient assez pour lui savoir gré des massacres de Vassy. Le supplice de tous les chefs de parti est de traîner à leur suite une troupe d'enragés qui les rendent complices de leurs sentiments les plus méprisables et les lient à eux par des suppositions, quand ils ne peuvent les saisir par des actes. Les renier, c'est perdre son pouvoir : triste conséquence des dissensions qui placent les esprits supérieurs et généreux dans la dépendance des avides et des violents. Mais s'il avait tant de faiblesse pour les derniers des siens, alors qu'il montrait tant de roideur en faisant face à ses adversaires, Coligny n'était pas l'homme qui arme un assassin ; sa faute fut de ne pas désavouer la joie immorale de son parti, et non d'avoir cherché le salut dans une trahison.

A tort également, on a voulu comprendre Catherine parmi les complices de l'aventurier poitevin. Ceux de Guise, dit-elle quelques années plus tard, se vouloient faire rois ; je les en ay bien gardés devant Orléans[25]. Elle a voulu par cette puérile vanterie persuader que sa force résultait uniquement de l'habile combinaison de ses projets ; que sans rien devoir aux événements, elle avait su ménager seule les incidents fortuits, les amener, en profiter ; comme si le véritable génie du' gouvernement était d'amonceler des intrigues et non de se tenir toujours prêt à profiter des malheurs ou des fautes de ses adversaires.

Catherine sut du moins, avec une activité admirable, reprendre dans sa main tous les fils qu'on lui avait soustraits un à un, et profiter de la fatalité qui venait de lui enlever en quelques semaines le roi de Navarre et les triumvirs, pour recouvrer son autorité. Elle se hâta de proposer la paix. Coligny, lassé de ses reîtres, accueillit ses offres. En quelques jours, on put croire qu'il n'y avait plus de dissensions religieuses en France, et que ce malheureux essai de guerre civile avait porté tous les esprits vers la concorde. Condé et le connétable, catholiques et huguenots, redevinrent frères d'armes, coururent au Havre et unirent leurs efforts pour en chasser les Anglais.

Pendant ce temps, les obsèques de François de Guise se célébraient aux frais de la ville de Paris, dernière et respectable manifestation de l'amour des Parisiens pour les deux premiers ducs de Guise qui avaient cherché cette popularité, et cru faire oublier leur origine étrangère, en se faisant adopter par eux. Le Parlement assista à l'oraison funèbre. Parmi les chansons insolentes que publièrent les pamphlets huguenots pour parodier ces obsèques, il y en a une qui semble traîner dans notre histoire, et qui a été rajeunie à la nouvelle de la mort de Marlborough, comme une mélopée de raillerie lugubre[26]. Avec la même brutalité, les catholiques prirent plaisir à voir périr Poltrot de Méré dans des souffrances si cruelles, qu'en les contemplant, la jeune madame de Montmorency-Thoré, belle-fille du connétable, tomba morte d'horreur.

 

 

 



[1] CASTELNAU, p. 482.

[2] Lettre du 11 février 1563, conservée au British Muséum (collection Egerton), publiée par H. DE LA FERRIÈRE, Arch. miss. scient., 1869, p. 321.

[3] LA NOUE, p. 609.

[4] GUISE, Mémoires-journaux, janvier 1563.

[5] LA NOUE.

[6] LA NOUE.

[7] D'AUBIGNÉ, p. 173.

[8] CASTELNAU, p. 484.

[9] LA NOUE.

[10] LA NOUE.

[11] CASTELNAU, p. 484.

[12] GUISE, Mémoires-journaux.

[13] VARILLAS, t. I, p. 407.

[14] BOUILLÉ, t. II, p. 213. Cet auteur ajoute foi à la légende.

[15] D'AUBIGNÉ. Poltrot de Méré était né à Aubeterre.

[16] D'AUBIGNÉ.

[17] BRANTÔME.

[18] BRANTÔME et CASTELNAU.

[19] Bibliothèque nationale, Ms. VC. Colbert, vol. 24, fol. 39-43.

[20] CASTELNAU.

[21] D'AUBIGNÉ.

[22] PASQUIER, Lettres, liv. IV, lettre XX.

[23] Archives curieuses de l'histoire de France, t. V, p. 404.

[24] Bibl. nat., Ms. Brienne, v. 205, fol. 319, lettre publiée par BOUILLÉ, t. II, p. 283.

[25] TAVANNES.

[26] TARBÉ, Recueil des poésies calvinistes, Reims, 1867 :

C'est du grand duc de Guise

Qu'est mort et enterré :

Aux quatre coins de la tombe

Quatre écuyers y avoit,

Dont l'un portoit le casque...