HISTOIRE SECRÈTE DU DIRECTOIRE

TOME PREMIER

 

CHAPITRE III.

 

 

Entrevue de Bonaparte et de Menou. — Dénombrement den défenseurs de la convention. — Mesures mises par le générai Bonaparte. — Contrastes avec les dispositions du sectionnaire. — Comment les postes sont placés. — Le général Danican. — Sa nullité. — Le comité du gouvernement hésite à donner Le signal de l'attaque. — Les sections envoient un parlementaire. — Discussion au sein de la convention. — Le combat s'engage le 13 vendémiaire. — Qui a tiré le premier coup de fusil. — Victoire remportée par Bonaparte sur les sections de Paris. — Barras fait le rapport de s'affaire. — Proclamation pacificatrice.

 

Le général Bonaparte trouva Menou assis sur un fauteuil et la tête appuyée clans ses mains ; il réfléchissait ou dormait peut-être ; il lui, frappa doucement sur l'épaule, Menou tressaillit et se leva précipitamment. Oh !... Qui est-ce ? demanda-t-il d'un ton de surprise. — C’est moi, général, qui viens causer avec vous. Menou connaissait peu le jeune Corse ; cependant, en ce moment, il lui fit une sorte d'accueil. Vous voyez, lui dit Menou, un nouvel exemple de la justice des républiques : je suis puni pour ne pas avoir voulu verser le sang de mes concitoyens. — Et vous avez eu tort, général, répondit Bonaparte, et grand tort, dans cette circonstance : il est des instants dans la vie où c'est plus que faiblesse de ne pas frapper à propos ; des ménagements ne valent plus rien là où la révolte est flagrante ; la tolérer est un crime. Savez-vous où elle s'arrêtera ?

Menou, piqué de cette réplique, de la part surtout d'un jeune homme, se contenta de dire : Je ne veut pas recommencer Henriot ou Santerre. Au reste, général, je présume que le tribunal qui doit me juger et me punir est prêt. Me voilà, on peut m'y conduire. — Je ne suis pas un gendarme, répartit Bonaparte non sans dépit ; et, si je viens à vous dans cette circonstance, c'est seulement pour tirer de vous quelques lumières dont je crois avoir besoin pour me conduire là où vous avez volontairement échoué. — Ah ! c'est vous qui me remplacez ? à la bonne heure. Dans peu de temps je vous demanderai des nouvelles d'un pouvoir soumis au contrôle de trois conventionnels encore plus poltrons qu'arrogants. — Je me serais bien gardé, dit Bonaparte, d'accepter un commandement que ces bavards auraient dirigé. J'ai voulu, dès d'abord, me débarrasser d'eux ; aussi l'ai-je fait. Barras est mon supérieur, il fait semblant de donner des ordres, mais je n'en reçois de personne. Je dirigerai les troupes, selon ma fantaisie. Sans cette carte blanche, je briserais mon épée.

A la suite de ce débat, Bonaparte interrogea Menou sur les ressources effectives de la convention, sur te moral des soldats, sur la quantité de munitions disponibles, en un mot, sur tout ce qui pouvait le servir. Menou, avec une franchise digne d'éloge, ne montra que de la sin rit et pas de jalousie. Ses propos convainquirent le nouveau général qu'il n'y avait, de sa part, aucune trahison dans les détails de sa conduite pendant la journée ; circonstance que, plis tard, il fit valoir, lors de la mise en jugement du général, et qui valut à celui-ci son acquittement. Cela terminé, il courut donner des ordres et rassembler% ceux qui pouvaient le seconder..

Le nombre des défenseurs de la convention était peu considérable : il formait à peine cinq à six mille hommes soit de troupes réglées, soit de grenadiers de la convention, qui en faisaient la garde, soit de la légion de police ; le tout renforcé d'un bataillon de la garde nationale du faubourg Saint-Antoine, qui n'avait pas suivi le mouvement sectionnaire ; et enfin de ce fameux bataillon des jacobins de 1793, moins redoutable par le chiffre des soldats que par la colère dont il était animé contre les honnêtes gens. Ce qu'il y avait de meilleur, sans doute, était l'artillerie, qui consistait en trente pièces environ, stationnées alors dans la plaine des Sablons, d'où il importait de les retirer au plus vite, dans la crainte que les parisiens ne s'en emparassent les premiers. 13onaparte désira trouver un officier ferme et habile, auquel il pût donner la commission d'aller chercher cette artillerie avec quelque certitude de l'amener. Le général Delmas, à qui il s'adresse, appelle Joachim Murat, officier dans le 21e chasseur, et le présente à Bonaparte qui, le voit pour la première fois. Il reçoit ses ordres et part pour les exécuter. Il était temps ; des commissaires des sections arrivaient sur les lieux, et déjà faisaient mettre en marche les pièces. Murat, quoique mal accompagné, les leur dispute, s'en empare devant eux, et les ramène rapidement à Paris.

Pendant ce temps, et nu milieu d'une confusion sans exemple et d'une anxiété cruelle, un seul homme est tranquille, c'est le nouveau général : il prévoit tout et suffit à tout ; songe aux munitions, aux vivres, à l'ambulance, etc. De nouvelles positions sont prises ; il ne faut pas que, le lendemain, les ennemis retrouvent rien de pareil à ce que leurs espions ont pu signaler la veille. Bonaparte est déjà plus qu'un chef militaire : on ne voit pas encore où il se placera ; mais déjà on devine que ce sera hors de la ligne de ses plus braves camarades. Barras, qui a néanmoins le commandement suprême, et au nom duquel tout est censé être fait, Barras est éclipsé par ce second, dont le coup-d'œil ne laisse rien échapper, qui n'accorde rien au hasard, et qui dispose, comme pour une retraite, tout ce qu'il prépare pour assurer la victoire.

Je suivis de près les mouvements de cette nuit merveilleuse, et là je pus comprendre l'instinct du génie ; je vis, dans les dispositions arrêtées, la déroute des sections. Les Tuileries furent environnées d'une double ligne de défense, l'une du côté des quais de la Seine, l'autre du côté de la ville ; l'une liée à l'autre par des points intermédiaires et par des postes de communication. Cela se faisait sans aucun tumulte, sans embarras ; il y avait une tête en avant de ce grand corps : autour de Bonaparte se groupaient des généraux inactifs et lassés la veille encore, et qui, maintenant, apprenaient.de lui que l'on peut vaincre partout.

Le général Brune, ayant sous ses ordres k général Gardanne, doit commander dans les rues de Rohan et Sain t-Nicaise les rues de l'Échelle et Saint-Louis sont sous le commandement des généraux Loison et Dupont-Chaumont, celui-ci qui, plus tard, et en vertu de sa capitulation honteuse de Baylen deviendra le premier ministre de la guerre nommé par Louis XVIIL Les généraux Berruyer et Vachot gardent les portes du Manège qui donnent dans la rue du Dauphin et au passage des Feuillants. Carteaux, le funeste général de Toulon et de Marseille, prend position sur le quai du Louvre et étend sa ligne jusqu'au Pont-Neuf ; celle des généraux Verdières et Lestrange embrasse le cours de la Seine entre les ponts Royal et Louis XVI. Une réserve, sous les ordres des généraux Montchoisy et Duvignaux, est stationnée sur la place Louis XV ; elle veille à la grande entrée des Tuileries, et doit, en cas de besoin, faciliter à la convention sa retraite sur Saint-Cloud, où déjà des poltrons parlent de conduire la représentation nationale.

Des batteries non moins habilement placées dominent les points principaux : elles s'étendent sur les quais, et, du côté de la ville, des canons battent la prolongation de toutes les rues qui débouchent dans celle Saint-Honoré. La nuit entière est employée à prendre ces dispositions savantes. Barras parcourt la ligne de défense, ne trouve plus rien, à faire, et, néanmoins, pour faire quelque chose, fait avancer ou reculer les hommes, les chevaux, l’artillerie, de quelques pas.

Dès six heures du matin, Bonaparte, monté sur le cheval de louage qu'on lui avait amené, visita jusqu'à neuf heures tous les postes, afin de s'assurer par lui-même si ses ordres avaient été exécutés. Pendant ce temps, la convention, renfermée dans la salle et toujours en permanence, continuait à délibérer ; elle n'attendait plus rien de la persuasion. Les tambours sectionnaires n'avaient, durant la nuit, cessé de battre l'appel, et leur audace était telle qu'ils s'étaient avancés jusque sur la place du Carrousel ; mais c'était de la jactance, et pas autre chose. Le chef du mouvement insurrectionnel, le général Danican, ne possédait aucune des qualités de Bonaparte son adversaire, présomptueux, incapable d'agir, il donnait à l'aventure des ordres dont il ne s'occupait plus, et souvent de contraires arrivaient un instant après. Il était. mal obéi, parce qu'il commandait mal ; ses subordonnés voulaient agir à leur guise c'était une anarchie armée, la partie ne pouvait être égale.

Mais, en revanche, si on n'employait rien de ce qui prépare la victoire, on ne ménageait rien de ce qui devait la suivre : les sectionnaires royalistes dressaient des tables de proscription ; la majorité de la convention, les comités, les généraux qui leur obéissent, sortirais hors la loi. La section Lepelletier, prenant l’initiative, usurpe la souveraineté, et tente d'établir dans le couvent des Filles-Saint-Thomas un gouvernement provisoire, fantôme que

fit disparaître k premier coup de canon. On s'empare de la Trésorerie intercepte les armes que Barras envoie au faubourg Saint. Antoine ; la garde nationale débouche en plusieurs colonnes dans la rue Saint-Honoré et environne la vaste enceinte des Tuileries.

Peut-être eût-il été prudent au général Bonaparte de ne pas attendre l'attaque dont les sectionnaires le menacent, et de commencer à démoraliser celles-ci en tombant sur elles à. l'improviste ; maris il n'est pas libre complètement d'agir à sa guise. La convention a cessé sa permanence vers cinq heures du matin ; à midi elle doit rentrer en séance ; mais un comité général, la remplace, composé de douze du comité militaire, de douze du comité de sûreté générale et de seize de celui de salut public, présidé par Cambacérès. Ce comité a tous les pouvoirs ; il ne cesse de recommander la modération ; il ne voudrait rien entreprendre de ce qui pourrait commencer la guerre civile.

Bonaparte s'indigne de cette pusillanimité, elle attiédit le zèle des troupes, elle enhardit les sectionnaires ; ceux-ci, ont fait déjà, reculer Carteaux depuis le Pont Neuf jusques en-deçà du Louvre. L'église de Saint-Roch et les degrés de son péristyle sont envahis, le portique du théâtre de la République, au Palais-Royal, est occupé par la garde nationale, qui est prête à s'élancer vers le Carrousel. Danican va, vient, sans trop savoir ce qu'il fait : ïl parle, ordonne, sans but, sans pensée supérieure ; les royalistes sont là comme ils seront toujours, braves individuellement, et incapables de diriger des masses ; toujours agissant à l’extérieur, en contradiction avec leur pensée secrète, et promettant à haute voix au peuple ce qu'en secret ils sont très-décidés à ne pas lui tenir. La foule obstrue le passage ; les curieux se mêlent aux t ; on entend des personnes dire avec calme : Plaçons-nous bien pour voir la bataille à notre aise.

Un parlementaire s'avance précédé d'un trompette ; il demande à parler aux ennemis de la part du général en chef du gouvernement provisoire. On consent à l'entendre, et il est conduit, les yeux bandés, au comité des quarante. Là il demande, au nom des sections, que la convention nationale se remette à la bonne foi du peuple de Paris ; qu'elle éloigne les troupes de ligne, et enlève les armes aux bataillons des jacobins de 1793. Ces propositions ne sont pas d'abord rejetées avec véhémence ; il y a, dans, le comité du gouvernement, une sorte de majorité, qui voudrait éviter une lutte dangereuse. On propose d'envoyer lieux commissaires à chacune des quarante-huit sections. Tallien fait observer que ce serait quatre-vingt-seize représentants envoyés en otage s'ils étaient choisis parmi les proscrits par les sectionnaires, ou qui amèneraient, dans les rangs de ceux-ci, le noyau d'une nouvelle représentation nationale.

D'une autre part, il y a dans l'assemblée des députés qui demandent un accord. Chénier se charge de la réponse. ci Je suis étonné, dit-il, que l'on s'inquiète de ce que veulent des sections en révolte ; je suis étonné qu'on vienne proposer à la convention nationale de faire une transaction avec des rebelles : elle doit faire son devoir ; elle représente le peuple français, elle a en main sa puissance, elle doit la faire respecter. Il est possible que des assassins, sous quelques prétextes, puissent égorger des représentants comme Ferraud l’a été ; mais il n'y a d'autre honneur à la convention

que dans la victoire ou la mort... Quand la convention aura vaincu, elle saura distinguer les coupables des hommes égarés. — Je vois la guerre civile, elle est à nos portes, dit Lanjuinais. Garan Coulon lui réplique : Ce que tu devrais voir, Lanjuinais, c'est qu'on vent nous décimer c'est uni nouveau trente-un mai en sens inverse. La constitution nous impose à tous de ne céder qu'à la force ; elle nous déclare responsables de tous les actes de faiblesse.

La discussion se prolonge, elle devient confuse ; on s'irrite, on s'accuse réciproquement. Le tumulte est à son comble ; les tribunes l'augmentent par leurs vociférations... Tout-à-coup une fusillade s'engage ; elle est suivie d'une décharge d'artillerie... Moment de silence, occasion é par la stupeur. Legendre monte à la tribune, Citoyens, c'est du calme qu'il faut ici, et la patrie est sauvée ! La fusillade se fait toujours entendre autour des Tuileries. La délibération continue dans la salle. Quelqu'un entre et s'écrie Du secours pour les blessés ! Plusieurs députés médecins ou officiers de santé sortent à cet appel. Bientôt arrivent deux soldats, porteurs d'un drapeau enlevé déjà aux sectionnaires ; on les félicite et on les renvoie au comité de sûreté générale. Un grand nombre de femmes, placées aux tribunes, sont invitées à aller soigner les blessés ; elles y courent, d'autres font des bandages et de la charpie.

Il est six heures, la fusillade dure encore..... Qui l'avait commencée ? On a dit, dans la convention, que c'étaient les sectionnaires, et on n'a pas dit vrai. Le comité du gouvernement continuait à temporiser ; ses hésitations peuvent tout perdre. Bonaparte s'approche de Barras. Citoyen, dit-il, nous serons battus si nous restons les bras croisés. La ligne, en présence des citoyens, doit agir sur-le-champ ; si elle fait un pas en arrière, elle est vaincue.

Barras, de mauvaise humeur, jure contre la faiblesse de ses collègues, Donneront- enfin le signal ? lui demande Bonaparte. — Je l'ignore. — Agissons à leur place. — La responsabilité est grande. — Qu'un coup de fusil s'en charge.

Barras sourit, Bonaparte s'éloigne..... Peu après, ce coup de fusil demandé partit on ne sait d'où ; mais enfin ce fut assez. D'autres lui répondirent, et, dans le comité, on délibérait encore lorsque le combat s'engageait déjà ; il s'étend sur toute la ligne. Bonaparte commande, et la victoire le suit. Le canon tonne contre les sectionnaires dans la rue Saint-Honoré et sur les marches de Saint-Roch. Au premier choc, Danican détourne la tête et se retire ; son état-major l'imite. La garde nationale n'a plus de chef, mais sa bravoure personnelle ne cède pas encore ; elle résiste cependant déjà plus qu'elle n'attaque. Les rôles sont intervertis.

Sur le Pont-Royal, l'ancien colonel Lafond de Soubé ex-officier de la garde de Louis XVI, tente de forcer la troupe de ligne avec autant de valeur que de ténacité. Trois fois la colonne sectionna ire se rallie malgré la mitraille ; elle ne cède qu'à l'impossibilité bien reconnue da succès. Barras combat à la rue de l'Échelle, Bonaparte à la rue du Dauphin c'est là que le choc principal a lieu, là aussi que les Parisiens sont le plus maltraités ; le champ de bataille est jonché de morts et de blessés. Les sections, vaincues luttent encore ; elles se retranchent dans l'église, dans le clocher de Saint-Roch, sous le péristyle du théâtre de la République. Vains efforts, elles n'ont ni chef ni ensemble ; il n'y a plus que des attaques individuelles ; chaque légionnaire agit à part et selon sa propre inspiration. La bravoure isolée ne peut rien ; l'enthousiasme patriotique ou royaliste diminue ; les tambours, qui battaient naguère la charge avec tant de zèle, se taisent ou se disposent à battre la retraite. On cède sur tous les points. Barras voit l'état des choses, il rentre alors dans la convention nationale, monte à la tribune et dit :

Citoyens ! la guerre civile est étouffée dans le sang de ceux. qui Vont voulue. Il est douloureux pour vos cœurs d'avoir à écouter le récit d'une victoire achetée aux dépens de la vie de tant de Français égarés, et à moi de vous l'annoncer ; mais il fallait aujourd'hui montrer une vigueur inaccoutumée, sous peine de périr tous. Vous savez que la convention devait être égorgée, et qu'on devait proclamer un roi dans Paris ; mais la bravoure de nos frères d'armes a déjoué ce complot infâme et sanguinaire. Les rebelles sont vaincus, un roi n'a pas été proclamé ; car il y a, dans Paris, une masse de républicains qui ne transigera jamais avec les royalistes. J'ai partout opposé la force à la force : il fallait bien combattre ceux qui s'avançaient obstinément pour s'asseoir sur vos sièges. Maintenant il ne s'agit plus que de dissoudre les restes de la rébellion. Les assaillants de Saint-Roch se sont retranchés dans l'église, ceux de la rue de l'Échelle et Saint-Nicaise se sont repliés sous les galeries du Palais-Royal ; ils sont encore trop voisins, et voici les dispositions qui termineront la journée : Duvigreau et Montchoisy, qui ne sont plus nécessaires à la place de la République (Louis XV), se sont mis en marche avec deux pièces de canon ; ils tournent la place Vendôme par le boulevard de la Madelaine ; en rhème temps Berruyer débouche des passages des Feuillants sur la place Vendôme ; Brune sort du défilé de la rue Saint-Nicaise, pousse devant lui des obusiers qui achèvent de balayer la rue Richelieu ; et Canaux, qui n'a plus rien à faire sur le quai du Louvre, passe sur la place du Palais-Royal pour dégager la rue Saint-Honoré jusqu'à l'Oratoire. Le succès n'étant pins contesté, on ne tire plus qu'à poudre.

Des applaudissements que la majesté de la convention cesse de réprimer éclatent dans les tribunes, Et moi, mesdames et messieurs, qui ai tout vu, je suis venu vous conter les événements de cette journée mémorable.

LA HARPE. Mais, monsieur, vous ne vous êtes donc pas battu avec les sectionnaires ?

MOI. Pas plus que vous, monsieur ; pas plus que vos amis.

LA HARPE. Et où étiez-vous donc ?

MOI. Partout, car je suis curieux de ma nature.

MADAME D’ESPARBÈS. Et nous sommes vaincus ! Ah ! il y a de la trahison là-dedans.

MOI. Non, madame ; mais bien de l'inhabileté, de la rodomontade, de la jactance, enfin de tout ce qui perd les états une fois, deux fois, cent fois.

Je me tus. Un dernier coup de canon se fit entendre nous frémîmes tous ; bientôt la Place-Royale fut illuminée par des torches, et une foule de peuple la remplit ; cette foule accompagnait des fonctionnaires publics qui lurent une proclamation pacificatrice ; des cris de vive' la république répondirent, et tout rentra peu après dans le silence et dans l'obscurité.