ÉCONOMIE POLITIQUE DES ROMAINS

 

LIVRE QUATRIÈME — INSTITUTIONS POLITIQUES - ADMINISTRATION - FINANCES

CHAPITRE III. — Des lois liciniennes.

 

Les lois liciniennes tendirent aussi à établir l’égalité permanente des fortunes, si nécessaire dans une république, et par conséquent la frugalité et toutes les vertus qui dérivent de cet ordre de choses.

La seconde loi portait qu’aucun citoyen, sous quelque prétexte que ce fût, ne pourrait à l’avenir posséder plus de cinq cents jugères de terre[1], et qu’on distribuerait gratuitement ou qu’on affermerait à vil prix le surplus aux citoyens pauvres ; que, dans ce partage, on assignerait au moins sept jugères par tête à chaque citoyen ; qu’on ne pourrait avoir sur ces terres pour les faire valoir qu’un nombre déterminé d’esclaves[2] ; que le nombre des troupeaux serait aussi limité et proportionné à la quantité de terres que chacun occuperait ; que les plus riches ne pourraient nourrir ni envoyer dans les communaux et les pâturages publics plus de cent bêtes à cornes et cinq cents moutons ; qu’on nommerait incessamment trois commissaires pour présider à l’exécution de la loi, et que l’auteur de cette loi ne pourrait être compris dans le nombre des triumvirs ; qu’enfin le sénat, les chevaliers et le peuple jureraient solennellement d’observer cette loi, et que ceux qui dans la suite y contreviendraient seraient condamnés à une amende de 10.000 as[3] (environ 1.630 francs).

On sait que la loi agraire fut exécutée, en 397, sur son auteur même. Licinius Stolo, convaincu de posséder mille jugères de terre, contre les dispositions de sa propre loi, fut condamné, à la poursuite de Popilius Lænas, consulaire plébéien[4]. On lui en enleva la moitié, quoiqu’il les eût partagés avec son fils qu’il avait émancipé, dans le but d’échapper à la rigueur de la loi ; et de plus, il fut forcé de payer l’amende de 10.000 as. Cette loi fut observée assez exactement jusqu’au temps de la vieillesse de Caton le Censeur ; car il dit, dans son discours pour les Rhodiens, que nous a transmis Aulu-Gelle (VII, 3) : Nous souhaiterions tous sans doute avoir plus de cinq cents jugères de terre, nous souhaiterions avoir un plus grand nombre de troupeaux ; mais on ne nous punit pas pour nos désirs.

La troisième loi n’ouvrit aux plébéiens que le consulat ; cependant ils arrivèrent bientôt au partage des autres charges que les patriciens s’étaient réservées. L’année 398 vit un dictateur plébéien dans Marcus Rutilus, qui prit pour général de la cavalerie C. Plautius, autre plébéien. Ce même Rutilus fut nommé censeur en 403, et, en 406, il fut arrêté qu’un des censeurs serait toujours pris parmi les plébéiens. Ils furent admis à la préture en 417, et enfin aux sacerdoces[5] en 452.

Mais avant d’exposer les effets des lois liciniennes, jetons un coup d’œil rapide sur l’état de la république, depuis sa fondation jusqu’à l’an 388, époque de la promulgation de ces lois.

Sous Romulus, le gouvernement fut tout despotique. Le chef, pour s’attacher le peuple qui formait sa milice, partagea également les terres conquises, et distribua, dit-on, deux jugères à chaque citoyen : c’est la première loi agraire. Sous Numa et ses successeurs jusqu’à Tarquin le Superbe, la royauté succéda au despotisme. Le peuple et le sénat furent traités avec douceur, quoiqu’ils eussent peu de part au gouvernement.

Sous le dernier Tarquin, la royauté se changea en tyrannie ; le peuple et le sénat furent également opprimés, les grands et le peuple s’unirent pour l’abattre. Mais la révolution fut commencée par les patriciens, qui, dans le nouvel ordre dé choses introduit par eux, s’arrogèrent presque tout le pouvoir. Ainsi s’établit l’aristocratie.

Jusqu’à la mort des Tarquins, le sénat, qui avait tout à craindre de leur retour, maintint les lois agraires, défendit l’usure, rendit dans les jugements exacte justice à chacun ; mais les fils de ces patriciens, affranchis de la crainte d’une contre-révolution, se permirent toutes les injustices qu’ils avaient le pouvoir de commettre. L’aristocratie se changea en oligarchie : c’est la marche naturelle des choses, et les hommes sont toujours disposés à abuser du pouvoir.

Alors le peuple se souleva contre cette injuste domination ; il obtint en 260 l’abolition des dettes usuraires, l’appel au peuple, l’établissement des tribuns. Des commotions continuelles s’élevèrent entre les deux ordres depuis cette époque jusqu’à la promulgation des lois liciniennes.

Mais le peuple accrut successivement son autorité, et les patriciens, à chaque mouvement populaire, perdirent toujours quelques-unes de leurs prérogatives[6]. Enfin les lois liciniennes furent portées, et depuis cette époque (388 de Rome) jusqu’à la destruction de Carthage, en 608, la partie démocratique prédomina un peu, ou plutôt il s’établit un juste équilibre entre les parties monarchiques, aristocratiques et démocratiques qui constituaient le gouvernement.

Cet exposé n’est qu’un abrégé concis, mais fidèle, du traité de Polybe sur le gouvernement de Rome. Outre qu’il me semble confirmé par les faits, l’impartialité de l’historien, qui ne pouvait avoir aucun préjugé de caste ou de nation, l’étendue et la profondeur de ses vues, la connaissance exacte qu’il avait acquise de l’état de la république romaine, sont des présomptions très fortes en faveur de la justesse de ses déductions. Elles se trouvent encore confirmées par cette prévision, pour ainsi dire miraculeuse, qu’il a étendue aux événements futurs et que les faits ont pleinement justifiée. Je n’ai pas besoin de rappeler que Polybe, contemporain de Mummius et de Scipion Émilien, vécut dans le VIe et le VIIe siècle de Rome, à peu près depuis l’an 554 jusqu’à 634. L’historien, qui n’est point prophète, juge de l’avenir par le passé ; écoutons-le lui-même[7].

Tant qu’il resta quelqu’un de ceux qui avaient souffert des gouvernements précédents on se trouva bien du gouvernement populaire ; on ne voyait rien au-dessus de l’égalité et de la liberté dont on jouissait. Cela se maintint quelque temps ; mais, au bout d’une certaine succession d’hommes, on commença à se lasser de ces deux grands avantages ; l’usage et l’habitude en firent perdre le goût et l’estime ; les grandes richesses firent naître dans quelques-uns l’envie de dominer. Possédés de cette passion et ne pouvant parvenir à leur but ni par eux-mêmes ni par leurs vertus, ils employèrent leurs biens à suborner et à corrompre le peuple par toutes sortes de voies ; celui-ci, gagné par les largesses sur lesquelles il vivait, donna les mains à leur ambition, et dès lors périt le gouvernement populaire. Rien ne se fit plus que par la force et par la violence ; car, lorsque le peuple est accoutumé à vivre sans qu’il lui en coûte et à prendre ce qui lui est nécessaire sur le bien d’autrui ; si alors il se présente un chef entreprenant, audacieux, et que la misère exclut des charges, le peuple se porte aux derniers excès, il s’ameute ; ce ne sont plus que meurtres, qu’exils, que partages de terres, jusqu’à ce qu’enfin un nouveau maître, un monarque, usurpe le pouvoir et dompte ces fureurs.

Telle est la révolution des États, tel est l’ordre suivant lequel la nature change la forme des républiques et les ramène au même point. Avec ces connaissances, si on peut se tromper sur le temps en prédisant ce qu’un État deviendra, on ne se trompera guère en jugeant à quel degré d’accroissement ou de décadence il est parvenu et en quelle forme de gouvernement il changera, pourvu qu’on   É porte ce jugement sans passion et sans préjugé. En suivant cette méthode il est aisé de connaître l’établissement, le progrès, le point de perfection de la république romaine ; car il n’y en a point qui se soit plus établie et plus augmentée selon les lois de la nature, et qui doive plus, selon les mêmes lois, prendre une autre forme.

Nous avons vu s’opérer en France, dans l’espace de trente ans, presque tous les changements de forme que décrit Polybe. A la monarchie tempérée de Louis XVI a succédé la démocratie, puis l’ochlocratie, depuis 1789 jusqu’en 1794 ; elles ont été remplacées par l’oligarchie du Directoire, qui, en 1799, s’est changée en despotisme entre les mains de Bonaparte, despotisme qui, en quatorze ans, s’est détruit lui-même et a fait place au gouvernement mixte actuel, composé, quoique avec certaines modifications, des mêmes éléments que ceux de Sparte et de Rome.

On pourrait faire la même observation pour l’Angleterre, qui, depuis Guillaume le Conquérant jusqu’à nos jours, a subi dans la forme du gouvernement presque toutes les mutations regardées par Polybe comme une révolution inévitable et déterminée qui s’opère selon deys lois naturelles et nécessaires.

L’égalité des fortunes et des prérogatives dans les deux ordres de l’État, introduite par les lois liciniennes, fit naître, comme je l’ai dit plus haut[8], une noble rivalité entre les patriciens et les plébéiens. On les voit lutter de modération, d’intégrité, d’honneur, de frugalité, de dévouement à la patrie et de respect pour les lois ; les dissensions civiles cessent ; tous les citoyens sont réunis par le même zèle et le même amour pour la république. C’est le beau siècle des mœurs et des vertus romaines ; c’est l’époque illustrée par les Papirius, les Decius, les Curius, les Fabricius, les Fabius, les Regulus et tant d’autres grands hommes.

C’est le temps où la population s’accroît avec les produits d’une terre cultivée par des mains libres et par des propriétaires intelligents[9].

La liberté politique contenue dans de justes limites, l’harmonie intérieure des parties constitutives du gouvernement, jointe à l’aisance des citoyens, à leur courage, à leurs vertus, assirent la puissance de la république sur des bases solides et la rendirent invincible.

Le résultat des lois liciniennes[10] fut cet admirable équilibre de pouvoir entre les différentes parties du gouvernement, équilibre tant et si justement vanté par Polybe. Le sénat et les consuls eurent presque tout le pouvoir exécutif, toute l’administration des affaires, tant au dedans qu’au dehors de la ville, de sorte qu’aux yeux des étrangers et de tous ceux qui ne l’observaient que superficiellement, le gouvernement paraissait entièrement aristocratique. Le peuple eut néanmoins tous les droits inaliénables de la souveraineté, tels que ceux de nommer aux magistratures, de faire ou de révoquer les lois, de décider de la guerre ou de la paix, de recevoir les appels dans les causes criminelles, de citer à son tribunal les magistrats après l’expiration de leurs charges, pour rendre compte de leur conduite.

L’union des citoyens donna de nouvelles forces à l’État, et la liberté semble avoir inspiré au peuple romain un courage plus élevé, plus infatigable que celui qu’il avait montré jusqu’alors dans la guerre.

Par une suite de victoires, les Romains, dans l’espace de 70 ans, à partir de la bataille contre les Latins en 413, étendirent jusqu’aux dernières limites de l’Italie leur domination, qui n’embrassait d’abord que quelques lieues autour de leur ville, et, quoiqu’ils n’eussent ni amarine ni expérience dans la navigation, leur première guerre au-delà du continent fut contre une république rivale, qui joignait à de plus grandes richesses et à de plus grandes possessions l’empire absolu de la mer. Néanmoins, à force de courage et de constance, ils sortirent vainqueurs de cette lutte périlleuse.

Les lois agraires, maintenant la division des propriétés et encourageant l’agriculture, accroissaient aussi la population libre et fournissaient une pépinière de soldats qui réparait, et au-delà, les pertes causées par les combats, les naufrages, les fatigues et les maladies, suites inévitables de la guerre dans des centrées éloignées. Un article très sage de ces lois était celui qui obligeait d’employer des hommes libres à la culture et qui limitait le nombre des esclaves[11].

Tite-Live (VII, 25) rapporte qu’en 405, c’est environ 17 ans après la promulgation des lois liciniennes, le sénat, voyant l’État menacé de deux guerres étrangères, de la révolte générale de ses alliés, et se trouvant réduit à ses propres forces, forma sur-le-champ jusqu’à dix légions, chacune de 4.200 fantassins et de 300 cavaliers ; cet historien ajoute : Si, dans l’état actuel, pour repousser une invasion, on avait besoin d’une armée extraordinaire, il serait difficile de rassembler tout à coup autant de soldats dans ce même empire, qui s’étend presque aux extrémités de la terre ; tant il est vrai qu’il n’a crû qu’en luxe et en richesses, qui minent et consument nos forces réelles.

La république fit bien d’autres efforts pendant la seconde guerre punique. Ses soldats étaient des citoyens libres, aisés, remplis d’un courage animé par l’amour de leur patrie, infatigables et accoutumés a une discipline exacte et sévère. Ils étaient conduits par des chefs dont la passion dominante était la gloire ; les opérations générales étaient dirigées par un sénat composé d’officiers expérimentés et de politiques habiles, enflammés de l’ambition la plus vive d’étendre leur empire, incapables de plier dans les plus grands revers et ne croyant aucune entreprise au-dessus de leurs farces et de leur courage. Aussi passèrent-ils rapidement de conquête en conquête, et, d’une domination circonscrite autour de leur ville, ils parvinrent à l’empire du monde en moins d’années qu’ils n’en avaient employé, depuis l’expulsion de rois, pour terminer leurs dissensions intestines.

Les triomphes de la république amenèrent la ruine de sa constitution. Après la bataille de Zama et la réduction de la puissance des Carthaginois, le sénat aspira à la domination universelle ; depuis cette époque la mauvaise foi, la perfidie, l’injustice et la cruauté régnèrent dans ses conseils et déshonorèrent les généraux et les ambassadeurs.

La conquête de la Macédoine corrompit ensuite les mœurs du peuple. Ce royaume subjugué, dit Polybe[12], on crut pouvoir vivre dans une entière sécurité et jouir tranquillement de l’empire de l’univers. La plupart vivaient à Rome dans un dérangement étrange ; l’amour emportait la jeunesse aux excès les plus honteux. On s’adonnait aux spectacles, aux festins, au luxe, aux désordres de tout genre, dont on n’avait que trop évidemment pris l’exemple chez les Grecs pendant la guerre contre Persée. Le désordre s’accrut avec la puissance, jusqu’au moment où la destruction de Carthagène, ayant livré aux grands d’immenses possessions porta la corruption au plus haut degré. Salluste nous en fournit (Catilina, X) un témoignage irrécusable : Lorsque la république, dit cet historien, se fut agrandie par de laborieux efforts et par la justice ; que les rois puissants eurent été vaincus dans la guerre, les peuplades sauvages et les grandes nations soumises par la force ; que Carthage, rivale de la puissance romaine, eut été détruite jusqu’en ses fondements ; que, par terre et par mer, tout fut assujetti à l’empire romain, il se fit une révolution étonnante dans tout le corps de l’État. Ceux que ni les travaux, ni les dangers, ni tant d’adversités n’avaient pu vaincre, succombèrent à la douceur du repos et aux attraits de l’abondance et de la prospérité. L’avarice et l’ambition, sources funestes de tous les maux, s’accrurent à mesure que la puissance de Rome prit de nouveaux accroissements. La cupidité abolit la bonne foi, la probité et toutes les autres vertus, mit à la place l’arrogance, la cruauté, apprit à négliger les dieux, à trafiquer de tout ; l’ambition, à son tour, introduisit la dissimulation, la fourberie, la perfidie, et, bientôt après, les violences, les cruautés et les meurtres.

Depuis longtemps, dit Cicéron[13], toutes les richesses de toutes les nations sont tombées entre les mains d’un petit nombre d’hommes ; aucun d’eux ne se cache, aucun ne prend la peine de déguiser les excès de sa cupidité.

Ainsi, d’après le témoignage unanime des historiens, les conquêtes des Romains introduisirent le luxe chez eux et changèrent leurs mœurs. Le luxe, l’ambition et l’avarice qu’il trame à sa suite, amenèrent successivement l’abolition des lois liciniennes, et ces lois étaient si nécessaires pour maintenir la balance des trois pouvoirs, si intimement liées à la constitution de l’État, qu’elle ne put durer après leur abrogation. La loi agraire, qui défendait à chaque citoyen d’avoir plus de 500 jugères de terre et qui enjoignait de se servir d’Italiens et d’hommes libres pour leur exploitation, fût d’abord éludée frauduleusement.

Les riches acquirent des propriétés plus considérables sous des noms empruntés ; ensuite, encouragés par leur nombre, ils levèrent le masque, et continuèrent de les posséder par une violation ouverte et scandaleuse de la loi. Cette sorte de propriété était passible d’une location quinquennale, d’un bail emphytéotique ou d’une possession indéfinie à titre de tolérance. Les grands s’en étaient fait adjuger à vil prix de vastes portions ; ils avaient eu le crédit d’obtenir des baux à rente modique ou des distributions privilégiées dans les diverses colonies de la république[14]. De plus, pour soustraire leurs domestiques aux charges du service militaire, et dans l’espoir d’augmenter leurs revenus, ils firent valoir leurs terres par des esclaves importés des pays étrangers[15], réduisirent par là les hommes des campagnes à la plus grande misère, et les forcèrent à se réfugier au sein des villes pour y trouver leur subsistance dans les largesses des grands. La république ne fut donc plus composée que de riches et de pauvres, les uns et les autres également corrompus, de citoyens opulents qui prétendaient aux places et aux dignités, non plus par leurs talents et leurs vertus, mais par la brigue et la corruption, et de citoyens indigents qui ne cherchaient qu’à vendre leur suffrage au plus offrant[16]. Presque toute la classe moyenne des petits propriétaires, classe qui partout crée la grande masse des produits et de la population des empires, avait disparu, et avait été dépossédée par l’usure, la fraude ou la violence. Le curieux passage d’Appien mérite d’être rapporté tout entier : Les riches, dit-il, se firent adjuger la plus grande partie des terres non distribuées ; se flattant qu’une longue possession serait pour eux un titre inattaquable de propriété, ils achetèrent ou prirent de force les petits héritages des pauvres gens leurs voisins et firent ainsi de leurs champs d’immenses domaines. Le service militaire arrachant les hommes libres à l’agriculture, ils employèrent des esclaves à la culture des terres et à la garde des troupeaux. Ces esclaves mêmes étaient pour eux une propriété des plus fructueuses, à cause de leur multiplication rapide, favorisée par l’exemption du service militaire. Qu’arriva-t-il delà ? Les hommes puissants s’enrichirent outre mesure, et les champs se remplirent d’esclaves ; la race italienne, usée et appauvrie, périssait sous le poids de la misère, des impôts, de la guerre. Si parfois l’homme libre échappait à ces maux, il se perdait dans l’oisiveté, parce qu’il ne possédait rien en propre dans un territoire tout entier envahi par les riches ; et qu’il n’y avait point de travail pour lui sur la terre d’autrui, au milieu d’un si grand nombre d’esclaves.

 

 

 



[1] Appien, Bel. civ., lib. I, c. 8.

[2] Voyez Niebuhr, Hist. Rom., t. V, p. 23 et note 18.

[3] L’as de cuivre pesait alors une livre romaine de douze onces, les deux tiers de la livre française, poids de marc.

[4] Tite-Live, VII, 16. Pline, XVIII, 4.

[5] Voyez les Discours cités sur le gouvernement de Rome, I, 349.

[6] Salluste, Oratio prima ad Cœs. de Republ. ordinanda, c. I, éd. Havercamp.

[7] Polybe, VI, 8, 9.

[8] Voyez le chapitre sur la population servile ci-dessus, liv. II, ch. II.

[9] Il n’y avait pas dans l’Attique plus de cinq mille citoyens sans propriétés foncières après la chute des trente tyrans, et la division des propriétés était grande. (Bœckh, Économie polit. des Athéniens, liv. IV, ch. III, t. II, p. 286, 287.)

[10] Voyez Disc. de M. C., I, 352.

[11] Appien, Bell. civ., I, 8.

[12] Exempl. vit ac virt., c. LXXIII.

[13] In Verr. de Supplic., cap XLVIII.

[14] Plutarque, Tibère Gracchus, ch. 8, t. IV, p. 621, 622, éd. Reiske. Les faits que je viens d’énoncer peuvent encore s’appuyer du passage suivant d’Hyginus : Qui superfuerant agri vectigalibus subjecti sunt, alii per annos quinos, alii vero mancipibus ementibus, id est conducentibus in annos centenos. Plures vert, finito illo tempore, iterum venduntur locanturque, ita ut vectigalibus est consuetudo... Ap. Gœs., p. 205. Ce témoignage, dit M. Giraud, a une grande importance en ce qu’il indique la tacite reconduction comme un des moyeux qui ont facilité t’usurpation de l’ager. Droit de propr., p. 171, note 4.

[15] Appien, Bell. civ., I, 7.

[16] Le discours du vieux Caton contre la loi Oppia (l’an de Rome 540) montre que cet abus existait déjà et qu’on y avait remédié par une loi : Cupiditates prius natæ sunt quam leges quæ iis modum facerent. Quid legem Liciniam excitavit de quingentis jugeribus, nisi ingens cupido agros continuandi ? Quid legem Cinciam de donis et muneribus, nisi quia vectigalis jam et stipendiaria plebs esse senatui cœperat ? (De même que les maladies sont nécessairement connues avant les remèdes qui peuvent les guérir, de même les passions naissent avant les lois destinées à les contenir. Pourquoi la loi Licinia a-t-elle défendu de posséder plus de cinq cents arpents? Parce qu'on ne songeait qu'à étendre sans cesse ses propriétés. Pourquoi la loi Cincia a-t-elle prohibé les cadeaux et les présents? Parce que le sénat s'habituait à lever des impôts et des tributs sur les plébéiens) Tite-Live, XXXIV, 3. Lucain (Pharsale, I, 167 et suiv.) indique et développe toutes les causes de décadence de la république que j’ai rassemblées dans ce paragraphe.