HISTOIRE DE LA MONARCHIE DE JUILLET DE 1830 A 1848

AVEC UNE INTRODUCTION SUR LE DROIT CONSTITUTIONNEL AUX ÉTATS-UNIS EN SUISSE, EN ANGLETERRE ET EN BELGIQUE

TOME PREMIER

 

PAR VICTOR DU BLED

DOCTEUR EN DROIT, ANCIEN SOUS-PRÉFET

PARIS - E. DENTU - 1877

 

 

INTRODUCTION.

Le droit constitutionnel aux États-Unis, en Suisse, en Angleterre et en Belgique. — Républiques et Monarchies. — Les Républiques ont une tendance naturelle à se transformer en Monarchies. — Républiques italiennes. — Républiques de l'Amérique du Sud. — Obstacles à l'établissement du régime républicain en France. — L'exemple des États-Unis et de la Suisse ne contredit pas les prévisions de l'auteur.
Les États-Unis. — La Suisse. — Angleterre. — Belgique.

CHAPITRE PREMIER. — LES HISTORIENS DE LA MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE.

Guizot la molécule religieuse ; les deux manières de l'historien ; le Richelieu et le théoricien du régime représentatif ; le continuateur des grands constitutionnels de 1789. Les hommes à principes. — Dupin aîné le plus spirituel des esprits communs le jurisconsulte domine et absorbe l'homme politique sa manière d'interpréter la révolution de 1830 un contrat synallagmatique rompu pour inexécution des conditions et refait avec des clauses nouvelles l'homme-kaléidoscope ; ses perpétuelles oscillations du centre droit au centre gauche. Il a fait la guerre de partisans en faveur de la monarchie. Le Dupinisme. — Odilon Barrot la cataracte politique l'hypertrophie du moi poussée jusqu'à ses dernières limites ; un Narcisse politique. Le don Quichotte de la liberté. M. Barrot est mort dans l'impénitence finale. — De Salvandy. — Louis Blanc : les malfaiteurs intellectuels l'apothéose de l'insurrection ; les contradictions de Louis Blanc ; le père Loriquet de la démagogie ; le Tyrtée, le barde du socialisme de chacun suivant sa capacité, à chacun suivant ses besoins ; l'Eliacin du gouvernement provisoire. Un Baudelaire politique. — Crétineau-Joly le radical blanc et le radical rouge. Un historien apocalyptique et théocratique. — D'Haussonville. — De Nouvion. — Duc d'Orléans : l'armée d'Afrique ; la première expédition de Constantine ; la ville du diable, le Gibraltar du désert. Le Jugurtha moderne. — De Cormenin la logique de l'absurde ; le jurisconsulte, l'écrivain et le pamphlétaire ; le Benvenuto Cellini de la littérature. Les inconséquences et les avatars d'un logicien. — De Loménie. — Alphonse Karr : les Guêpes ; l'histoire en robe de chambre et en déshabillé ; les gazelles de M. Thiers : le gouvernement sauvage. — Henri Heine : le moderne Aristophane, le roi de l'esprit, de l'humour et de l'ironie ; deux dilettantes politiques ; les prophéties de Heine sur la Prusse. — Pépin, Vitet, Granier de Cassagnac, de Montalivet, Capefigue, d'Audiffret, Sauzet, Gisquet, Trognon, Duvergier de Hauranne, Lacave-Laplagne, etc.

CHAPITRE II. — LA RESTAURATION.

Napoléon Ier ; un grand homme matériel. Causes réelles de sa chute et du retour des Bourbons. — L'œuvre de la Restauration : l'âge d'or du régime constitutionnel ; la fondation du crédit, cette algèbre de la richesse. Expédition d'Espagne ; une renaissance littéraire. — Obstacles et difficultés que rencontrait la légitimité les émigrés et les acquéreurs de biens nationaux, les blancs et les bleus. Efforts de Louis XVIII et de ses ministres pour nationaliser le royalisme et royaliser la nation. Le parti libéral et l'extrême droite. — Les responsabilités de la gauche : le fantôme de la dîme et des droits féodaux ; conspirations et complots ; la politique des catastrophes et du désespoir ; la gauche renverse M. de Martignac ; la comédie des quinze ans. — Les doctrinaires, le canapé de la doctrine leurs qualités et leurs défauts ; Royer-Collard, le logicien de la Restauration, le Platon et l'Aristophane de la doctrine. Fautes de l'extrême droite la royauté avait autant à craindre de ses amis les plus ardents que de ses ennemis les plus acharnés ; les ultra, leur rôle en 1790 ; en 1815, ils contribuent tout d'abord à fonder le système constitutionnel, objet de leur aversion. Mieux vaut des élections jacobines que des élections ministérielles MM. de Serre, le duc de Richelieu, de Villèle ils sont attaqués et renversés par les pointus. — Le roi Charles X ; le ministère du 8 Août ; MM. de Polignac, de la Bourdonnaye et de Bourmont. — La Charte surnommée par les ultra : l'arbre-poison. — Impression produite en France par la formation du cabinet du 8 Août un effet sans cause ; le Journal des Débats et M. de Chateaubriand ; le National. Le ministère gelé. L'adresse des 221. C'est une vraie fête napolitaine, nous dansons sur un volcan. — Imprévoyance et béate confiance du prince de Polignac ; un illuminé politique. Le paradis des fous de Milton. — L'article 14 la Charte consacrait l'équivoque, elle n'était qu'une formule pour dégager l'inconnu. — Les Ordonnances du 25 juillet 1830.

CHAPITRE III. — LES JOURNÉES DE JUILLET 1830.

Le 26 juillet protestation des journalistes. — 27 juillet : le gérant du journal le Temps. — Le duc de Raguse ; la résistance s'accentue de toutes parts ; les classes moyennes se mêlent aux ouvriers. — 28 juillet ; la bataille ; les baïonnettes intelligentes ; une idée de M. Louis Blanc ; réunions des députés de l'opposition ; leur entrevue avec le maréchal Marmont. — Protestation des députés. — Aveuglement de Charles X ; l'étiquette royale. — 29 juillet ; le peuple au Musée des Antiques. Prise des Tuileries ; un mot du prince de Talleyrand. Le Mané, Thécel, Pharès de la monarchie. — La ville de Paris gouvernée par un pouvoir imaginaire ; L'aventurier Dubourg. — Lafayette à l'Hôtel de Ville. — Le plan de M. de Guernon-Ranville ; le duc de Mortemart, premier ministre. MM. de Sémonville et d'Argout. Le Warwick de l'Orléanisme. — 30 juillet ; la rétractation des Ordonnances. — Charles X ne permet au duc de Mortemart de partir pour Paris que lorsqu'il est déjà trop tard. — L'Hôtel de Ville et la commission municipale ; le dilemme se pose entre la démagogie et la Chambre des députés. — Le duc d'Orléans ; son passé, ses opinions. — M. Thiers à Neuilly. — M. de Sussy. — Le duc d'Orléans proclamé lieutenant général du royaume. — Le général Lafayette : une foudroyante apostrophe de M. de Serre ; le patriarche des Deux-Mondes ; appréciations de ses amis des États-Unis sur son compte son incorrigible candeur. — Le duc d'Orléans à Paris ; le voyage de Reims de la nouvelle monarchie. — Le prétendu programme de l'Hôtel de Ville. — Le découragement s'empare de Charles X ; défection d'une partie de son armée retraite sur Rambouillet. L'abdication. — La démonstration de Rambouillet une armée fantastique. — Le voyage à Cherbourg : un mot de madame la duchesse de Berry ; départ de la famille royale pour l'Angleterre.

CHAPITRE IV. — PARIS RÉVOLUTIONNAIRE ET LA FRANCE CONSERVATRICE.

La querelle du quoique et du parce que. Divergences de vues entre les partisans d'une nouvelle monarchie. La proposition Bérard. La révolution à l'Hôtel de Ville. La séance du 7 août l'inamovibilité de la magistrature et l'hérédité de la pairie. Discours de M. de Chateaubriand à la Chambre des pairs. L'élévation au trône du duc d'Orléans sous le nom de Louis-Philippe Ier. Dangers et difficultés auxquels devait se heurter la nouvelle royauté. Comparaison entre la révolution anglaise de 1688 et la révolution de 1830. Aveux de M. Guizot. Une vérité politique fondamentale : Paris révolutionnaire a toujours été l'obstacle et non le moyen de la liberté. — Étienne Marcel, prévôt des marchands. — Simon Caboche, 1412. — Les violents ont exigé ou dicté, les modérés ont écrit. — Paris et les guerres de religion. — Les deux Frondes. — Le 6 octobre 1789 substitue la tyrannie de la populace parisienne au grand mouvement réformateur de la Constituante. — Conseils de Saint-Priest, de Mirabeau. — La centralisation parisienne. Le 20 juin, le 10 août 1792. Les théoriciens de l'usurpation parisienne. Les forçats de l'histoire. Massacres du 2 Septembre. Les Girondins sont les pédants et les casuistes de la Révolution ; ils reprennent trop tard le plan des Constitutionnels et de Mirabeau. — Le régicide. — Le 31 Mai. — Un mot de Sieyès. — Ce que devinrent sous l'empire les régicides. — La Convention n'a pas sauvé l'indépendance de la France. La Terreur, œuvre de la démagogie parisienne, a créé la plupart des obstacles dont on lui attribue le renversement. Le 9 Thermidor. — 12 Germinal et 1er Prairial. — 13 Vendémiaire, 18 Fructidor. — L'armée fait son apparition sur la scène politique. — Le 18 Brumaire. — Les 24 février, 16 mars, 17 avril 1848. — Les journées de Juin. — Le 16e bulletin de Ledru-Rollin. — Le 18 mars 1871 l'insurrection du matérialisme et du communisme. La démagogie cosmopolite. Le cobra-capel révolutionnaire. — Paris n'a jamais su défendre, non-seulement les droits et la vie de la France, mais même sa propre existence. — Le Parisien. — Le choléra social. — L'armée de la bêtise humaine. — Le Mont-Aventin et la ville sainte de la démagogie.

CHAPITRE V. — LE GOUVERNEMENT DE JUILLET DEVANT L'EUROPE.

Louis-Philippe et la politique de la paix. — Dispositions des puissances du Nord. — L'Angleterre reconnaît la première le nouveau gouvernement. — L'Autriche et M. de Metternich le grand prévôt de l'Europe. Le czar Nicolas. — Attitude hostile du roi d'Espagne Ferdinand VII. — Le duc de Modène. — Le prince de Talleyrand est envoyé à Londres un praticien de la nécessité le pyrrhonisme politique. — La Belgique ; son annexion à la Hollande en 1815. — Causes de la révolution de Belgique. — Le principe de non-intervention. Le comte Molé et le baron de Werther. — Irritation des cours du Nord. La Conférence de Londres. Premières décisions du congrès national belge. Les onzième et douzième protocoles. Les Belges offrent la couronne au duc de Nemours ; refus de Louis-Philippe. Régence de M. Surlet de Chokier. — La Pologne le système de Darwin s'applique aux gouvernements comme aux individus. L'anarchie était la lèpre de la Pologne. La noblesse et les paysans polonais ; le Liberum Veto. Prophéties de Jean Casimir Wasa, de Jean Sobieski, de Stanislas Leczinski. — Les trois démembrements de 1772, 1793, 1795. — Le supplice de l'écartèlement politique. — Les Polonais et le czar Alexandre. — L'insurrection et la défaite de 1831. — Conseils inutiles du gouvernement français. Dieu est trop haut et la France est trop loin. — La politique de Louis-Philippe vis-à-vis de la Pologne a été conforme à la raison, à l'intérêt de la France. — La Piémont et l'Italie. Les Carbonari leur insurrection. M. de Metternich annonce qu'il interviendra en Italie.

CHAPITRE VI. — LE PROCÈS DES MINISTRES DE CHARLES X.

Les sept mois qui s'écoulent du 9 août 1830 au 13 mars 1831 sont remplis par la lutte de Paris contre la France, de la démagogie contre les forces raisonnables et conservatrices de la société. — Le roi des clubs et de la multitude. — La premier ministère de la royauté de Juillet. Dupont de l'Eure, Laffitte. — M. Pasquier président de la Chambre des pairs. Mouvements populaires ; les sociétés secrètes, les clubs. — Les ministres de Charles X sont renvoyés par la Chambre des députés devant la Chambre des pairs. — L'émeute du 18 Octobre. Un aveu de Louis Blanc. Le programme du cabinet du 3 Novembre. Mort de Benjamin Constant. — Le procès plaidoiries de MM. de Martignac et Sauzet ; le jugement. Lafayette et Odilon Barrot secondent les prétentions des élèves des écoles. La Chambre supprime le commandement général des gardes nationales du royaume. — Loi sur la garde nationale ; l'armée de la Révolution la garde nationale est entachée d'un vice originel et endémique ; son rôle depuis 1789 à 1871. — Lois sur le jury, sur l'organisation municipale et électorale. — Situation précaire et effacée du cabinet. Le sac de Saint-Germain l'Auxerrois et de l'Archevêché. Formation du ministère du 13 mars.

CHAPITRE VII. — LA FONDATION DU ROYAUME DE BELGIQUE.

Casimir Périer ; son caractère, sa politique ; son discours du 18 Mars. — Le prince Léopold de Saxe-Cobourg. Son élection par le congrès national ; traité des Dix-huit articles ; la campagne des Dix-Jours. Le traité des Vingt-quatre articles. Guillaume Ier refuse d'y accéder. Résultats de la création du royaume de Belgique. — L'amiral Roussin force l'entrée du Tage et dicte à Don Miguel les volontés de la France. Les niaiseries diplomatiques de l'opposition. Le Saint-Siège et les Légations ; le Mémorandum des puissances ; insuffisance des réformes de Grégoire XVI l'expédition d'Ancône. Attitude énergique de Casimir Périer.

CHAPITRE VIII. — CASIMIR PÉRIER ET LA DÉMAGOGIE.

L'association dite Nationale. — Désordres à Paris et en province. L'insurrection de Lyon. Les acquittements du jury. — L'anarchie des âmes, des idées, des croyances. Tous les novateurs socialistes aboutissent directement ou indirectement au matérialisme pratique. — Saint-Simon ; les producteurs et les non-producteurs ; son système n'est qu'une ploutocratie. Le Saint-simonisme ; Bazard et Enfantin ; le couple-prêtre, la retraite à Ménilmontant. — Charles Fourier le magicien et le Don Quichotte du socialisme ; il repousse l'histoire de l'humanité comme un long contresens la civilisation harmonienne, le Phalanstère ; les confessions d'un mangeur de haschisch. — Le paganisme social. Le communisme pur et simple est l'alpha et l'oméga de tous ces mystiques de l'anarchie il apparaît à l'aube de l'humanité, il est l'apanage des nations ignorantes et barbares. — Les précurseurs du socialisme moderne. — Les savants de l'Ile de Laputa ce qu'il faut enseigner aux ouvriers. — L'abbé Châtel. L'abbé de Lamennais, les Paroles d'un croyant. — Le romantisme devient une des formes du libéralisme révolutionnaire. — Travaux de la Chambre des députés. L'hérédité de la pairie ; Royer-Collard, Thiers et Guizot. — La proposition Bricqueville relative à la branche aînée des Bourbons. — La liste civile. Une tempête dans un verre d'eau. — Le choléra-morbus ; mort de Casimir Périer.

CHAPITRE IX. — MONSIEUR LE DUC DE BROGLIE.

L'égoïsme et l'aveuglement des partis. Sous la royauté de Juillet la conduite des légitimistes n'a pas été celle qu'on devait attendre d'un parti conservateur. La politique du désespoir. La duchesse de Berry en Italie et en Vendée. Le comité royaliste de Paris essaye vainement de la détourner de son projet. Combats d'Aigrefeuille et de la Pénissière. — Le compte-rendu. — Mort du général Lamarque. Insurrection des 5 et 6 juin 1832. — La démarche des députés de l'opposition. — L'état de siège de la ville de Paris. L'arrêt de la Cour de Cassation. Arrestation de MM. de Chateaubriand, Berryer, de Neuville et de Fitz-James. — Nécessité de reconstituer le ministère. Le roi appelle M. Dupin. La question de la présidence du conseil. De quelle manière doit-on concevoir les rapports du roi avec ses ministres, de ceux-ci avec les Chambres ? — Formation du ministère du 11 Octobre. Le duc de Broglie, le Zénon de la Doctrine ; son discours du 25 septembre 1835.

CHAPITRE X. — UN TRIUMVIRAT PARLEMENTAIRE.

Madame la duchesse de Berry à Blaye. — Loi sur les conseils généraux et sur les conseils d'arrondissement. — Loi sur l'expropriation pour cause d'utilité publique. Loi sur les travaux publics. — L'instruction publique avant 1789. L'œuvre de la Révolution, de l'Empire et de la Restauration. — Loi de 1833 sur l'instruction primaire. La royauté de Juillet n'a pas assez parlé au peuple, elle a eu le mérite de s'occuper beaucoup et utilement de lui. — Le véritable amour du peuple. La liberté de l'enseignement. L'instruction gratuite et obligatoire. — La Société de l'histoire de France. M. Guizot rend à l'Institut la classe des sciences morales et politiques. — Abrogation de la loi du 19 janvier 1816. — La Société des droits de l'homme. Le procès de la Tribune. Lois sur les crieurs publics et sur les associations. Le traité des 25 millions. Démission du duc de Broglie. Insurrections du mois d'avril 1834. Loi sur les détenteurs d'armes de guerre. Renvoi des insurgés d'avril devant la Chambre des pairs Insuffisance de ces mesures. Il fallait enlever à la démagogie son foyer, son refuge, son arsenal, arracher à Paris sa suprématie politique — Crises ministérielles répétées. Retraite du maréchal Soult. Le maréchal Gérard. Le maréchal Mortier. Intrigues du tiers-parti. La question de l'amnistie. — Le ministère des trois jours, la nouvelle journée des Dupes. — Le duc de Broglie rentra aux affaires le 12 mars 1835.