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Les
changements qui s'opèrent dans les dépositaires du pouvoir sont fréquemment
accompagnés d'une transformation dans la constitution même de l'Etat. Mais
une pareille transformation n'eut pas lieu dans le royaume d'Austrasie, et
l'examen attentif de tous les textes contemporains nous a démontré qu'aucune
des institutions que nous avons énumérées, dans les volumes précédents, n'a
péri dans la période de soixante-et-dix années environ qui s'étend de la mort
de Dagobert II à l'avènement de Pépin-le-Bref. Ainsi,
l'autorité nominale des empereurs continue à être reconnue dans la Gaule.
Tous ou presque tous les trientes frappés par les Mérovingiens portent
le buste impérial. A l'exemple des souverains-pontifes, qui dataient toujours
du règne des empereurs[1], on emploie encore parfois dans
la Gaule cette manière de marquer le temps ; et nous en trouvons un exemple[2] dans l'indiculus du
serment que saint Boniface, sujet du roi Thierry IV, prêta au pape Grégoire
II, indiculus qui est ainsi daté : Imperante Leone a Deo coronato,
anno iv post consulat. ejus, et Constantino anno iv, indict. vj[3]. Nous soupçonnons que sainte
Odilia mit ses fondations monastiques sous la protection de Léon III[4], et nous avons rapporté, dans
les chapitres précédents, plusieurs faits desquels il résulte que les
empereurs considéraient encore la Gaule comme faisant partie intégrante de
l'Empire. Quant à
l'autorité royale elle-même, nous n'y remarquons aucune augmentation, ni
aucune diminution ; seulement l'exercice en est accaparé par les maires Pépin
d'Héristal, Charles Martel et Pépin-le-Bref, qui, du reste, n'affichent pas
la prétention d'en jouir comme d'une conquête ou d'un héritage. Ils ont
toujours soin de prendre des titres dont l'usage n'implique aucunement la
possession du pouvoir souverain. On les appelle quelquefois principes
; mais nous avons vu que le mot est pris ordinairement, à cette époque, dans
un sens vague et indéterminé, pour marquer la personne jouissant de la plus
grande part dans l'autorité après le roi lui-même ; il en faut dire autant du
titre de subregulus, que le pape Grégoire III donne à Charles Martel[5], et dont les maires du palais
se décoraient déjà au VIIe siècle[6] ; le titre de consul
qu'Isidore, évêque de Pax-Julia, attribue au même Charles[7] n'a pas une autre signification
; enfin, on a remarqué — la chose est peut-être un effet du hasard — que les
maires se qualifient d'inluster vir, et non de vir inluster
comme les rois. L'organisation
du palais était au VIIIe siècle telle que nous l'avons vue au VIIe. On y
retrouve 1° le cancellarius ou chancelier, dont les fonctions étaient
remplies en 722 par Chaldo[8], peu après par Candidianus[9], et en 746 par Hildradus[10] ; 2° l'école palatine et son rector[11] ; 3° les comtes du palais, dont
nous pourrions rétablir la suite presque complètement ; car, après
Badefridus, Wandregisilus et Adalgisus, qui en exerçaient les fonctions sous
les règnes de Dagobert I et de Sigisbert IV, nous rencontrons Ansoaldus en 691
et Audramnus en 693, sous le règne de Clovis III[12] ; Hocioberchtus en 697, du
temps de Childebert[13] ; Bero et Grimberchtus en 710,
sous le règne du même prince[14] ; et nous devons encore
rappeler Chrodobertus et saint Hucbertus, qui furent comtes du palais de
Neustrie avant la mort de Thierry III. L'administration
centrale n'est pas moins bien organisée que le palais lui-même, et on trouve
mentionnés continuellement les duces ou patricii, les comices,
les vicarii, les centenarii et les agentes en général[15]. Le système des impôts est le
même que pendant les deux siècles précédents. Le fisc est toujours appelé,
comme du temps des empereurs, sacratissimus fiscus[16]. Les biens qui en dépendent
continuent à être gérés par les intendants ou domestici, dont
quelques-uns sont nommés dans les documents historiques du VIIIe siècle[17]. Nous
voyons encore figurer parmi les fonctionnaires de ce temps : 1° les tribuni,
dont nous avons précédemment détaillé les attributions[18] ; 2° les missi discurrentes,
lesquels portèrent plus tard le titre de missi dominici, et qui
étaient de véritables inspecteurs, chargés de parcourir les civitates,
de contrôler les divers services administratifs et de rédiger des rapports
sur tout ce qu'ils avaient observé[19] ; et 3° les judices[20], dans lesquels on doit voir
tantôt les comites, tantôt les vicarii. On n'avait pas plus
innové, en effet, dans la législation que dans le reste. Le droit romain
continuait à être appliqué aux anciens habitants de la Gaule, et les Barbares
eux-mêmes aimaient à en suivre les règles. C'est ainsi que dans un diplôme de
Bertrada, aïeule paternelle de Berta, épouse de Pépin-le-Bref, on trouve une
disposition littéralement empruntée au Code Théodosien[21]. C'est ainsi encore que
Charlemagne[22] ordonna de suivre la procédure
romaine dans un fameux procès entre le fisc et Asoarius abbé de Prum,
relativement à la cella Sancti-Goaris. La justice était toujours rendue par
les comtes dans les chefs-lieux des civitates, et par les vicarii
dans les pagi ou subdivisions de la cité. Les comtes et les vicarii
ne prononçaient sur les affaires portées devant eux que dans l'édifice
destiné à cet usage, et le testament de sainte Odilia mentionne le lieu dans
lequel le duc d'Alesatia avait coutume d'entendre les plaideurs et de
juger les causes criminelles[23]. Quoique
la plupart des affaires fussent terminées en première instance, plusieurs
étaient jugées par les rois, ou du moins par un tribunal suprême qu'ils
étaient censés présider. Ce tribunal suprême était saisi d'une affaire soit
par un appel interjeté régulièrement[24], soit par une évocation directe
du roi, sur la demande d'une des parties[25]. Il connaissait également de
toutes les causes sur lesquelles les comtes et les vicarii avaient
refusé de statuer pour un motif ou sous un prétexte quelconque[26]. Il nous reste encore
quelques-uns des placita, c'est-à-dire des jugements rendus par le
tribunal suprême, et on y trouve nombre de particularités curieuses pour
l'histoire de la législation qui régissait la Gaule au VIIIe siècle. Deux de
ces placita remontent au règne de Clovis III. Le premier, qui est un
arrêt prononcé dans un procès entre un leude nommé Chuneberchtus et le diacre
Chrotcharius, n'offre que peu d'intérêt[27] ; mais le second est, au
contraire, d'une certaine importance. On y voit d'abord que le tribunal,
présidé par le roi lui-même, était composé de cinquante-et-un juges, sans y
comprendre le monarque ; savoir : douze évêques, Ansoaldus, Godinus,
Ansoberchtus, Protadius, Severicus, Wlfochramnus, Chaduinus, Turnoaldus,
Constantinus, Abbo, Steranus et Gribo ; douze optimates ou seigneurs,
Godinus, Nordoberchtus maire de Neustrie, Sarroardus, Ragnoal dus, Gunduinus,
Blidegarius, Magnecharius, Waldramnus, Ermecharius, Chagnericus, Buccellenus
et Sigolenus ; huit comtes (comites), Angliberchtus, Ogmirechterius,
Chillo, Adreberchtus, Adalricus, Ghislemarus, Jonathan et Modeghiselus ; huit
grafiones, Chrodmundus, Godinus, Sigofridus, Ghiboinos, Ermentheus,
Madlulfus, Arrigius et Aurilianus ; quatre domestici, Raganfredus,
Maurilio, Ermenricus et Leudoberchtus ; quatre referendarii,
Wlfolaïcus, Aiglo, Chrodberchtus et Waldramnus ; deux seniscalci,
Chugoberchtus, qui pourrait bien être le beau-père de Pépin d'Héristal, et
Landricus ; et enfin le comte du palais, que l'on appelait Audramnus. On
remarquera, en parcourant cette liste des juges, que les grafiones ne
sont pas confondus avec les comites, bien que l'on soit dans l'usage
de regarder les deux termes comme synonymes, contrairement à ce texte et à un
diplôme de Pépin-le-Bref, qui ne place pas les grafiones au nombre des
comites, mais dans un rang intermédiaire entre les domestici et
les vicarii[28] ; et 2° que l'usage ou, pour
mieux dire, la mode de prendre des noms germaniques faisait des progrès
très-sensibles, puisque, sur cette liste de cinquante-un noms, douze à peine
peuvent être rattachés à des racines grecques, latines ou syriaques : résultat
auquel on arrive également en parcourant les autres listes du même genre qui
sont venues jusqu'à nous. Il n'en faut pas conclure néanmoins, comme on en
serait tenté, que les Gallo-Romains fussent presque généralement exclus des
honneurs et des emplois, mais seulement que beaucoup d'entr'eux portaient des
noms d'origine germanique. Quant au litige terminé par le placitum, il
s'agissait d'une contestation entre deux leudes relativement à la propriété
d'une curtis ou ferme, et la question avait déjà dû être décidée en
première instance[29]. Nous possédons aussi trois placita
datés du règne de Childebert III. L'un d'entr'eux confirme à l'abbaye de
Saint-Denys la propriété d'un lieu nommé Hordinius, au sujet de laquelle il y
avait eu procès, et il n'offre, du reste, rien de bien intéressant ; mais un
autre, qui est de l'année 697, est très-curieux. On y apprend d'abord que le
tribunal était composé de vingt-un membres, savoir : sept évêques, Ansoaldus,
Savaricus, Turnochaldus, Ebarcius, Grimo, Constantinus et Ursinianus ; le
maire Pépin d'Héristal ; quatre optimales, Agnericus, Antenerus, Magnecharius
et Grimoaldus (c'est un des fils de Pépin) ; trois comices, Ermentbeus, Adalricus et Jonathan
; trois domestici, Wlfolaecus — probablement un des referendarii du placitum
de 693 —, Arghilus et Madlulfus ; deux seniscalci, Benedictus et
Ermedramnus, et Hocioberchtus comte du palais. Mais la rédaction du placitum
dit que, outre ces vingt-un personnages et le roi, qui les présidait, on
voyait encore figurer dans le tribunal plusieurs fideles, c'est-à-dire
des seigneurs du second ordre ; on n'explique pas, il est vrai, s'ils avaient
ou non voix délibérative. Le fond du procès était une réclamation formée par
Magnoaldus abbé de Tussonval, au diocèse de Beauvais, qui revendiquait un
domaine autrefois donné à ce monastère par le roi Thierry III. Il accusait
Drogon, fils aîné de Pépin d'Héristal, de s'en être indûment emparé, et il
ajoutait que les agentes de ces deux personnages avaient pris tout ce
qu'ils avaient trouvé à leur convenance. Drogon alléguait, pour sa défense,
que ce domaine avait, par suite d'un échange, passé dans les mains du maire
Bertharius, puis d'Adalthrudis, sa femme, du chef de laquelle Drogon le
possédait. Mais, n'ayant pu prouver cette allégation, il fut condamné à
restituer le domaine à l'abbaye de Tussonval, et à payer des
dommages-intérêts pour les dégâts commis par ses agentes. Il se soumit, et ce
curieux procès prouve, comme nous l'avons dit, que les faibles avaient des
garanties réelles, puisqu'un obscur abbé obtint aisément justice contre le
fils du puissant maire du palais, et contre le maire lui-même, devant un
tribunal où siégeaient ce personnage ainsi qu'un de ses fils[30]. On tire une semblable
conclusion d'un autre placitum également rendu sous le règne de
Childebert. La possession du moulin de Cadolaïcum (ou Chailly) y fut confirmée à l'abbaye de
Saint-Denys, et on voit que la décision fut prise malgré l'opposition de
Grimoald maire du palais de Neustrie[31]. Ajoutons qu'un placitum
rédigé en 719, sous le règne de Clotaire IV, rappelle que le tribunal,
présidé par le maire d'Austrasie Charles Martel, était composé d'un grand
nombre de membres — una cum pluribus personis —, et que ce placitum,
dans lequel on trouve d'intéressants détails sur la procédure, eut, encore
pour but de faire restituer à deux abbayes des domaines qu'on leur contestait[32]. N'oublions
pas d'ajouter, avant de passer à un autre sujet, que les villes conservaient,
au VIIIe siècle comme précédemment, leur ancienne organisation municipale et
leurs tribunaux. Dans nombre de formules rédigées à cette époque figurent l'ordo
ou la curia et le defensor, et on rencontre fréquemment la
mention des gesta municipalia, registres où s'opérait la transcription
des actes auxquels on voulait donner un caractère public. Les Francs
eux-mêmes ne négligeaient pas ce moyen de communiquer à leurs transactions
plus de force qu'elles n'en auraient eu par elles-mêmes ; il nous reste un
diplôme d'Eberhardus, fils du duc Adalbertus, portant donation d'un domaine à
l'abbaye de Murbach, et on y lit la phrase suivante : Prœsentem vero
donationem neguaguam vilitate gestis municipalibus alligare curavimus et
omnino decernimus, ne aliquando in eam, ob hune casum, quisquam valent
repetere[33]. Trajectum-ad-Mosam est
encore qualifié de municipium dans un capitulaire de
Charles-le-Chauve, et l'on pourrait citer ici beaucoup de documents
carlovingiens établissant l'existence des curies pendant le IXe siècle[34]. Cependant, à partir de
l'époque à laquelle notre récit est parvenu, des dénominations nouvelles
commencent à être appliquées à des institutions antiques. Les curiales
ou decuriones de la législation impériale portent parfois les noms de rachimburgii,
de scabini, de prudentes homines et de boni homines[35]. Cette
espèce de prédominance des formes germaniques sur les formes latines, que
nous avons déjà signalée pour les noms d'hommes, n'est pas néanmoins, comme
on pourrait le croire, le résultat de la prépondérance toujours croissante
des Francs sur les Gallo-Romains. L'amalgame des deux peuples était accompli
vers le milieu du VIIIe siècle, et même auparavant[36]. En parcourant les monuments
historiques des mairies de Pépin d'Héristal, de Charles Martel et de
Pépin-le-Bref, on trouve continuellement mêlés et confondus des évêques, des
abbés, des ducs, des comtes, des grafiones, des domestici et
des référendaires Francs ayant des noms germains, et des dignitaires ou
fonctionnaires des mêmes ordres, gallo-romains de naissance, et portant les
uns des noms latins, les autres des noms d'origine germanique. On voit même
des gallo-romains occuper des emplois que l'on doit regarder comme de
provenance Franque, et dans le placitum de 693 on rencontre parmi les grafiones
trois personnages appelés Ermentheus, Arrigius et Aurilianus (Aurelianus), dont la race n'est pas
difficile à deviner[37]. Tous
les riches et les grands avaient adopté, quelle que fût leur nation, les
mœurs et les coutumes des Romains. Il n'y avait pas jusqu'à leur calendrier
dont les Francs ne fissent usage[38] ; et, si le fait rapporté par
le moine de Saint-Gall au sujet du lion décapité par Pépin-le-Bref doit être
considéré comme véritable, les jeux du cirque n'étaient pas tombés en
désuétude[39]. La
classe élevée de la société, la noblesse pour employer le terme propre,
tendait alors, plus que jamais, à se séparer du reste de la population, et
ses efforts pour acquérir une grande importance dans l'état furent couronnés
d'un plein succès. Bien que les bénéfices fussent toujours de droit viagers
et amovibles, la plupart passaient aux enfants des possesseurs, qui savaient
habilement se prévaloir de la faiblesse des rois, ou du besoin que ceux-ci
avaient de leurs secours. Plusieurs actes de donation offrent même une clause
spéciale établissant l'hérédité[40]. Aussi, beaucoup de seigneurs
finirent-ils par acquérir des richesses immenses, qui leur permirent de
rivaliser de faste avec les monarques eux-mêmes. Nous avons dit que
Pépin-le-Bref n'avait pas dédaigné de transformer en palatium
l'habitation du comte Wulfoad, et, un diplôme, de l'année 728 nous apprend
que de simples leudes avaient des gynécées, organisés probablement comme ceux
des rois[41]. Leur richesse et leur
puissance obligèrent les maires du palais à bien des ménagements, et nous
avons dit que Pépin-le-Bref, sur le point de ceindre la couronne, ne crut pas
pouvoir se dispenser de demander l'assentiment des principaux seigneurs. La
classe moyenne de la nation se composait alors, comme précédemment, de Francs
et de Gallo-Romains, possédant quelque fortune ou exerçant une profession
libérale. C'est à cette classe qu'appartenaient plusieurs individus
mentionnés dans les diplômes de la première moitié du VIIIe siècles soit
comme ayant cédé, par vente ou échange, les biens donnés à diverses églises,
soit comme leur ayant personnellement fait des présents ou des donations.
Tels étaient le gallo-romain Fidentius et son épouse Primigenia, qui
abandonnèrent à l'abbaye de Gorze des domaines situés dans le pagus
Scarponnensis[42]. Cette classe moyenne n'était
pas très-nombreuse, et parfois, dans le langage ordinaire et même officiel,
les personnes qui la formaient se trouvaient rangées, d'après l'étendue de
leurs ressources, dans la catégorie des nobles et des hommes puissants, ou
dans celle des individus qui ne jouissaient pas d'une liberté complète et
absolue. C'est pourquoi on rencontre dans un diplôme de Thierry IV le passage
suivant : Quidquid.... successorum quilibet potens vel vilis persona
memorato loto tradidisset[43]. Mais, malgré ces manières de
parler, il y avait bien certainement une classe moyenne dans la Gaule, et
cette classe se recrutait continuellement au moyen des affranchis, auxquels
on accordait même le titre d'ingenui[44], ainsi que nous en avons fait
la remarque. Les
colorai et les autres individus placés sur la même ligne, ou à peu près,
n'étaient pas rangés dans la classe dont nous venons de parler. Ils
jouissaient néanmoins d'une certaine considération, surtout quand ils étaient
parvenus à acquérir de l'aisance. A partir de la première moitié du VIIIe
siècle, on leur donne quelquefois dans les diplômes le titre de herimanni,
qui avait autrefois été réservé aux propriétaires libres ou possessores[45] ; et saint Chrodegangus, évêque
de Metz, ne dédaigna pas de consulter les hommes (homines) de l'église de Metz avant de
fonder le monastère de Gorze[46]. La
condition des servi ou mancipia n'était pas elle-même bien
dure, au moins en général. Ceux de l'Eglise étaient traités avec bonté ; ils
pouvaient parvenir aux plus hautes dignités ecclésiastiques, et Bertaire nous
apprend que Madalveus 'évêque de Verdun devait le jour à un serf de cette
église[47]. Ils contractaient des mariages
légitimes, et dans la plupart des diplômes du VIIIe siècle leurs femmes sont
désignées par le mot uxores[48]. On voit aussi, et même assez
fréquemment, des servi exploiter des manses colonaires ou ingenuiles ;
et on sait que si les redevances à payer par les possesseurs de ces manses
étaient plus fortes, parce qu'ils étaient composés d'une plus grande quantité
de terres, d'un autre côté les possesseurs étaient tenus à des services de
corps beaucoup moins pénibles. Par compensation, on rencontre des manses
serviles tenus par des coloni, et cette confusion préparait l'égalité
future de tous les habitants des campagnes. Au VIIIe siècle, toutefois, une
pareille confusion n'était pas encore accomplie, et les diplômes de ce temps
rappellent les coloni, les liti, les vassalli, les accolœ,
les liberti, les conliberti, les epistolarii —
c'est-à-dire les serfs qui avaient été mis en liberté au moyen d'une lettre
d'affranchissement, mais qui étaient encore obligés à certains services —,
les ancilli, les servi et les mancipia[49]. Les individus appartenant à
ces diverses catégories, et désignés dans les diplômes, portent presque tous
des noms d'origine germanique[50]. Nous sommes bien persuadé
néanmoins que la plupart descendaient des anciens habitants de la Gaule ;
mais il est également sûr que plusieurs étaient les fils des Francs et des
Barbares établis depuis longtemps sur le sol de l'Austrasie. Nous
nous perdrions dans des détails infinis si nous énumérions ici les nombreuses
espèces de services et de redevances, auxquels étaient tenues les différentes
classes des personœ debiliores[51]. Remarquons seulement que les
redevances en vin sont assez communes ; d'où il faut naturellement conclure
que la culture de la vigne, loin d'être négligée, prenait, au contraire,
chaque année, un nouvel accroissement. En fondant l'abbaye de Gorze, saint
Chrodegangus lui donna la dîme de quelques vignes, la propriété de plusieurs
autres, et, pour cultiver ces dernières, six vinitores ou vignerons,
avec leurs femmes[52]. A cette
époque, comme précédemment sans doute, une surveillance active protégeait les
récoltes contre le maraudage. On lit dans la vie de saint Willibrordus que ce
vénérable personnage, ayant, un jour, pris un sentier qui traversait un champ
de blé, non loin du monastère de Swestra, rencontra le messier (custos
segetum), qui
le contraignit à retourner sur ses pas[53] ; et cette police sévère
n'était pas inutile dans les campagnes, où, comme on l'a vu plus haut, la
population devenait assez nombreuse. La
grande quantité de vin que l'Austrasie produisait alors n'empêchait pas d'y
fabriquer aussi beaucoup de bière. Dans le diplôme du comte Boso pour
l'abbaye de Gorze, il est parlé de deux brasseries (cambœ) existant près de Quinciacum,
village du pagus Wabrensis, et de deux redevances de brasium
payables à ce monastère[54]. On sait que le brasium
était l'orge, germé ou non, employé par les brasseurs[55], et les marchands de Verdun qui
faisaient commerce de cette denrée sont appelés par Bertaire bracenses
negotiatores[56]. La
fabrication du sel continuait à occuper bon nombre d'ouvriers dans la vallée
supérieure de la Salia. Plusieurs monastères possédaient des salines dans ce
canton. Wulfoad en avait donné une à l'abbaye de Castellio, comme nous
l'avons dit ; Chrodegangus en céda une autre, également construite dans la
ville de Marsa', à l'abbaye de Gorze, qu'il venait de fonder[57] ; et Fulradus, abbé de de
Saint-Denys, mentionne, dans son testament, des salines situées dans le même
lieu, et dont il avait fait présent à son monastère[58]. Il est évident que les moines
ne se bornaient pas à faire cuire le sel nécessaire à leur consommation, et
qu'ils en vendaient des quantités plus ou moins fortes. D'un autre côté, il y
avait à Marsal et dans les vici voisins beaucoup de salines
appartenant au domaine et à divers particuliers, et alors, comme maintenant
encore, le sel de cette contrée était l'objet d'un trafic considérable. L'exportation
n'en était pas difficile. Les anciennes voies romaines étaient toujours bien
entretenues, et il existait dans les campagnes une multitude de routes
secondaires, qui permettaient aux négociants et aux laboureurs de se rendre
aisé ment d'un lieu à un autre. La charte-notice relative aux donations
faites à l'abbaye de Marmoutier par le roi Childebert Ier rappelle deux de
ces voies : la strata publica Tabernensis (ou la voie
publique de Saverne),
qui était peut-être cependant la grande route de Metz à Strasbourg décrite
dans les itinéraires anciens, et la strata Margelensis, laquelle était
moins importante, puisqu'elle n'est pas décorée de l'épithète de publica[59]. Aimoin dit que de son temps (le Xe siècle) les voies romaines étaient
nombreuses et en bon état[60], et son assertion n'a rien
d'extraordinaire ; car les grands travaux entrepris en France, depuis vingt
ans, pour l'établissement des routes, des canaux et des chemins de fer, ont
amené la découverte d'une étonnante quantité de voies antiques. Il semble résulter
d'un passage du Gesta Trevirorum, relatif à la mort du métropolitain.
Milon, que les bornes milliaires existaient encore le long des routes[61]. Aussi, continuait-on à
employer le mille comme mesure itinéraire[62]. Un canon du concile de Metz
prouve que l'on trouvait partout des ponts et des bacs, sur lesquels on
traversait les rivières moyennant un léger péage, dont on exemptait même les
pèlerins[63]. Les
pèlerinages, si fréquents pendant les VIe et VIIe siècles, ne furent pas
interrompus au VIIIe ; seulement les voies changèrent. Les Sarrasins, maîtres
de la Syrie, de l'Egypte, de l'Afrique et de l'Espagne, avaient couvert la
Méditerranée de leurs pirates et intercepté presqu'entièrement le commerce
maritime entre les deux partages de l'Empire. Les négociants et les pèlerins
qui voulaient se rendre à Constantinople ou à Jérusalem furent donc obligés
de prendre la voie de terre, soit par l'Italie, soit par la vallée du Danube,
souvent fermée par les Bulgares et d'autres nations ennemies. Néanmoins, les
communications étaient encore assez promptes. Si l'on examine les calendriers
et les martyrologes abrégés, à l'usage des diocèses de la Gaule, publiés par
les Bollandistes[64] et par d'autres savants, on
voit que l'on connaissait et que l'on vénérait dans cette contrée les saints
orientaux ; ce qui démontre que les relations anciennes entre les églises
d'Orient et d'Occident n'avaient pas cessé d'exister. En effet, les prélats,
les prêtres et les simples fidèles qui visitaient l'Orient ne pouvaient
manquer d'en rapporter, avec des reliques, les vies des saints les plus
célèbres, que l'on traduisait immédiatement en latin. Une lettre du pape
Grégoire II à l'empereur Léon III nous apprend qu'il y avait alors à
Constantinople une multitude d'hommes de marque originaires de la Gaule, de
l'Espagne et de l'Afrique[65]. Nous connaissons les noms de
quelques-uns des prélats qui firent le pèlerinage de Jérusalem. Tel fut saint
Willibaldus, premier évêque d'Aischstadt, dans le pays des Bajuvarii.
Il partit avec sept compagnons et resta plusieurs années en Orient. Son
biographe raconte même que le vénérable prélat fut emprisonné à Emèse par les
Musulmans, mais qu'il recouvra la liberté par l'intermédiaire d'un espagnol,
qui se trouvait dans cette ville[66]. Tel fut aussi Madalveus évêque
de Verdun, qui rapporta, à son église des objets très-précieux, notamment un
magnifique calice en cristal[67]. Mais c'était surtout à Rome
que l'on voyait une affluence extraordinaire de pèlerins. Jacobus évêque de
Toul fut du nombre et mourut à Dijon, en revenant d'Italie[68]. Saint Corbinianus, évêque de
Freising en Bavière, se rendit deux fois à Rome[69], et le comte Wulfoad dut
également visiter cette ville, lorsqu'il se dirigeait vers le mont Garganus.
Ajoutons que la Gaule était continuellement sillonnée par les Anglo-Saxons,
qui allaient souvent à Rome, mais qui n'en revenaient pas toujours ; et c'est
probablement à cette nation qu'appartenait un pèlerin nommé Arnulfus, lequel
fut assassiné près de Mosomum (Monzon), et dont l'église de cette ville gardait les
reliques dans une châsse ornée d'un distique latin[70]. Les
renseignements relatifs aux relations commerciales de la Gaule avec l'Orient
sont bien moins nombreux pour le VIIIe siècle que pour les précédents.
Toutefois, on ne peut douter que les importations de marchandises et de
denrées étrangères ne fussent considérables, et nous n'en voulons d'autre
preuve qu'un diplôme du roi Chilpéric II pour l'abbaye de Corbie, dans lequel
on voit que ce prince avait donné au monastère dont il s'agit des épices de
plusieurs sortes et en assez grande quantité[71]. C'était aussi de l'Orient que
l'on tirait divers produits, naturels ou fabriqués, que l'on employait dans
les arts, et particulièrement les couleurs dont on se servait pour décorer
les églises et celles qui embellissaient les manuscrits. Les premières étaient
l'auri-pigmentum, qui devait être une couleur d'or délayé ; le minium
ou vermillon ; l'azur — on disait alors lazur —, que l'on fabriquait
en Perse ; le folium Indicum, dont le nom indique suffisamment la
provenance ; le prasinum, vert très-éclatant, qu'on tirait
principalement de la Cyrénaïque[72], et une dissolution d'argent,
que l'on appelait vivum-argentum[73]. Si l'on
employait pour orner les églises des couleurs d'aussi grand prix, il est
évident que, pour les construire, on recherchait les matériaux les plus
convenables. Le biographe des saintes Harlindis et Reinula assure, à la
vérité, que la première église du monastère d'Eika était en bois[74] ; mais il ne faut voir là
qu'une exception. On sait que Charlemagne fit enlever de Trèves une
prodigieuse quantité de colonnes et de marbres précieux pour décorer les
basiliques et le palais d'Aix-la-Chapelle, et qu'il enjoignit aux missi
dominici de visiter les églises et de veiller à ce qu'elles fussent ornées de
peintures. Malgré
les guerres civiles et étrangères si fréquentes depuis le commencement de la
mairie de Pépin d'Héristal jusqu'à l'avènement de Pépin-le-Bref, on
construisit dans la Gaule un nombre prodigieux de basiliques et de
monastères, et il nous serait impossible de rappeler ici toutes les mentions
qui les concernent. L'abbaye d'Epternacum, fondée par la princesse
Irmina, fut pourvue de plusieurs églises, conformément à un usage qui
existait alors[75]. On lit dans un placitum
de Childebert III qu'il y avait des églises (le nombre n'est pas spécifié) dans un lieu ou village nommé
Hordinius[76]. Saint Willibrordus en bâtit
beaucoup dans le diocèse de Trajectum-ad-Rhenum[77]. Les abbayes de Castellio[78] et de Montfaucon[79] en possédaient chacune au moins
deux ou trois. Il devait aussi y en avoir plusieurs dans le monastère de
Gorze, et on remarque, en lisant les diplômes de cette époque, qu'il y avait
au milieu des campagnes une multitude d'églises, sans doute de petites dimensions,
et dédiées pour la plupart à saint Martin, dont la popularité, si l'on peut
employer cette expression, était extraordinaire[80]. Saint Ludwinus, métropolitain
de Trèves, passe pour s'être activement occupé d'embellir les monastères de
cette ville. On ne doit pas, toutefois, attacher à ce terme d'embellir
l'idée de la beauté absolue ; car, au VIIIe siècle, les formes générales des
modèles sont seules conservées, et la plupart des sculpteurs, ne pouvant
exécuter avec succès des bas-reliefs et même des feuillages, simplifièrent
extrêmement l'ornementation. On vit succéder aux colonnes romaines de lourds
piliers quadrangulaires, sans moulures, recevant sur des chapiteaux
grossièrement taillés, et souvent presque cubiques, la retombée d'un arc en
plein-cintre. Les murailles ne sont plus formées que d'un blocage assez
négligé, quelquefois revêtu de l'opus reticulatum des architectes
romains. Enfin, les basiliques sont faiblement éclairées par des fenêtres
cintrées, étroites, sans décoration et percées dans le haut des murs. Mais,
après avoir fait ces réserves, on peut ajouter que l'on avait gardé, en
général, les procédés et les dispositions de l'architecture romaine, et, pour
s'en convaincre, il suffit de jeter un coup-d'œil sur le plan de l'abbaye de
Saint-Gall tracé, dans le premier tiers du IXe siècle, par Frotharius évêque
de Toul[81]. On ne se bornait pas, au
reste, à élever des bâtiments nouveaux ; on entretenait ceux que l'Antiquité
avait légués à la période mérovingienne, et qui avaient un caractère
d'utilité publique ou particulière, et, par exemple, il semble résulter d'un
texte ancien que le superbe aqueduc menant jusqu'à Metz les eaux de Gorze
existait encore, tout entier et en bon état, vers le milieu du VIIIe siècle[82]. Nous
avons parlé tout-à-l'heure de la multitude des monastères que ce siècle vit
naître, et les fondations nouvelles ne furent, en effet, guère moins
nombreuses que celles du VIIe siècle. Le diocèse de Trèves, qui possédait
déjà plusieurs abbayes importantes, en acquit deux autres : Epternach, dont
nous indiquerons plus bas là destination, et Prum ou Prumia, qui
reconnaissait pour fondateurs Bertrade et Charibertus, aïeule paternelle et
père de Berta femme de Pépin-le-Bref. Cette création remontait à l'année 720
ou 721[83] ; mais Charles Martel avait,
pour des motifs qui sont restés inconnus, empêché l'accomplissement des
volontés de Bertrade, et c'est seulement en 762 que Pépin et son épouse,
devenus roi et reine des Francs, firent dédier solennellement le monastère de
Prum, qu'ils offrirent à Dieu comme un témoignage de leur reconnaissance, et
auquel ils donnèrent le nom de Saint-Sauveur. Le roi combla l'abbaye de
richesses et de privilèges, afin, dit la relation originale, qu'elle
ressemblât au tabernacle de Moïse et au temple de Salomon ; et il voulut que
le diplôme qu'il fit expédier à cette occasion fût signé par tous les membres
de la famille royale, par le métropolitain de Trèves, par huit autres prélats
et par onze comtes[84]. Deux
religieuses, élevées dans la communauté colombaniste de Valenciennes,
fondèrent un monastère double à Eika, dans le diocèse de Trajectum-ad-Mosam[85]. Le
diocèse de Metz vit aussi établir deux monastères nouveaux : celui de
Saint-Pierre, dont la situation n'est plus connue, car nous ne pouvons, comme
Dom Calmet[86], le confondre avec l'abbaye de
Saint-Nabor ou Saint-Avold construite par saint Fridolinus ; et celui de
Gorze, qui fut richement doté par saint Chrodegangus, évêque de Metz[87]. Le diocèse de Verdun n'obtint
qu'une seule fondation, mais très-importante, celle.de l'abbaye de Castellio
ou Saint-Mihiel. Jacobus évêque de Toul ou, pour mieux dire, sa sœur Liliosa
créa, dans son domaine de Bertiniacum, un petit monastère, qui fut
cédé à l'abbaye de Saint-Bénigne de Dijon[88] et devint le prieuré de
Saint-Blin (Sanctus-Benignus). Le diocèse de Reims acquit une communauté nouvelle (Thin-le-Moutier), qui fut transférée plus tard
dans la ville de Monzon[89], et peut-être aussi un
monastère de femmes, pour l'établissement duquel le métropolitain Reolus
avait donné le domaine de Gaugiacum[90]. Les
fondations furent beaucoup plus nombreuses encore dans la vallée du Rhin.
Pépin d'Héristal et Plectrude avaient bâti, à Cologne, l'abbaye de
Sainte-Marie-du-Capitole et le monastère de Saint-Martin, dans lequel ils
introduisirent des religieux irlandais. Le diocèse de Strasbourg seul vit
créer ou rétablir six ou sept abbayes. Saint Mourus, quatrième successeur de
saint Leopardus ou Leobardus, restaura celle de la marca Aquileiensis,
et, par reconnaissance, les religieux donnèrent à leur établissement le nom
de Mauri-monasterium, dont nous avons fait Marmoutier[91]. Le monastère de Neuwiller, qui
avait eu beaucoup à souffrir, fut remis en état par Sigibaldus évêque de
Metz, à l'église duquel cette maison appartenait, bien qu'elle fût dans le
diocèse de Strasbourg. Dans cette dernière ville, Adalbertus, duc d'Alsace et
frère de sainte Odilia, fonda, vers 717, l'abbaye de Saint-Etienne, où l'on
adopta non la règle de saint Colomban, ni celle de saint Benoît, mais la
règle des chanoines, qui commençait à faire des conquêtes[92]. Peu de temps après, le comte
Ruthardus dota le monastère de Schwartzach, situé dans une île du Rhin, près
du village actuel de Drusenheim, et, plus tard, Pépin-le-Bref, devenu roi,
confirma la fondation de cette abbaye, qui se nomma d'abord Arnulfo-auga
ou Arnulfi-auga, c'est-à-dire l'île d'Arnulfus[93]. Enfin, Widegernus évêque de
Strasbourg construisit, dans la partie de son diocèse qui s'étendait au-delà
du Rhin et était occupée par les Alamanni, l'abbaye d'Ettenheim-münster,
laquelle, ayant été ruinée peu de temps après, fut rétablie par Heddo
troisième successeur de Widegernus[94]. C'est entre Arnulfi-auga
et la ville de Strasbourg, dans une île du Rhin nommée Honaugia (Hanow ou
Honau), que
Adalbertus duc d'Alsace avait fondé une autre abbaye, principalement destinée
à abriter, pendant un temps plus ou moins long, des moines irlandais ou
écossais qui s'occupaient de missions dans la Grande Germanie, et que
dirigeait un abbé appelé Benedictus. Bientôt après, la dotation primitive de
cette maison fut considérablement augmentée par Luitfridus fils et successeur
d'Adalbertus, par le domesticus Ebrohardus, autre fils d'Adalbertus,
par leur sœur Eugenia, qui était abbesse, et par divers particuliers[95]. En
rappelant sommairement les différentes fondations monastiques qui furent
faites en Austrasie pendant la première moitié du VIIIe siècle, nous avons
omis à dessein les créations de saint Pirminus. On ignore complètement tout
ce qui concerne la naissance, la patrie et les premières années de cet
illustre missionnaire. Vers l'année 724, nous le trouvons prêchant l'Evangile
aux alamanni qui habitaient la vallée supérieure du Rhin, et
construisant dans une île du lac de Constance un monastère, lequel prit le nom
d'Augia-dives, et en Allemand celui de Reichenau. Un peu plus tard, il
fut expulsé, comme partisan et espion des Francs, par Theodebaldus duc des
Alamanni. Cependant, celui-ci ne détruisit pas l'œuvre de Pirminus. En effet,
nous voyons Heddo, son successeur, envoyer des colonies monastiques à
Pfeffers, en Rhétie, et à Nider-Altaheim, en Bavière[96], et gouverner sagement l'abbaye
d'Augia jusqu'au moment où Theodebaldus élevant contre lui les mêmes
accusations, car il était alsacien et proche parent (neveu
probablement) de
sainte Odilia, le relégua dans une contrée appelée Urania (le canton
d'Uri), au milieu
des Alpes. Pendant ce temps, Pirminus avait cherché un refuge en Alsace, avec
quelques-uns de ses religieux. Il habita successivement différentes abbayes,
où il introduisit une réforme sévère ; ce qui l'a fait regarder comme le
fondateur de plusieurs monastères, bien qu'il en soit seulement le
restaurateur ; dans la basse-latinité, le verbe fundare signifiant
ordinairement restaurer ou augmenter d'une manière notable[97]. Le domesticus
Ebrohardus ou Eberhardus, dont nous avons déjà parlé, fut un de ceux qui
accueillirent le mieux saint Pirminus. Il lui permit de choisir dans ses
terres patrimoniales un endroit propre à l'établissement d'un monastère, et
il lui procura l'autorisation royale nécessaire pour une pareille création[98]. Le diplôme de Thierry IV, qui
est de l'année 727, nous apprend que le lieu où Pirminus se fixa était dans
les déserts du mont Vosagus — in heremi vasta quœ Vosagus
appellatur —, qu'il portait le nom de Muorbach (Murbach), mais que le saint abbé lui
avait imposé la dénomination de Vivarium-peregrinorum, d'après
laquelle il était, comme le monastère de Honaugia, destiné à servir de
lieu de repos et de retraite aux religieux qui allaient évangéliser la Grande
Germanie. Cette interprétation du nom de l'abbaye de Murbach résulte aussi
d'un diplôme de l'évêque diocésain, Widegernus de Strasbourg[99], qui qualifie de peregrini
les compagnons de saint Pirminus, et même d'un passage du diplôme de Thierry
IV, où le mot peregrinatio est employé comme synonyme de prédication
de l'Evangile chez les païens[100]. Ebrohardus, avec le
consentement de son frère Luitfridus et de l'épouse de celui-ci, abandonna
tous ses domaines au monastère de Murbach[101], et l'évêque Widegernus en
confirma canoniquement la fondation et lui accorda de grands privilèges[102]. Mais lorsque plusieurs des
diplômes relatifs à l'établissement de cette abbaye furent expédiés, saint
Pirminus n'y résidait plus. Poussé par le désir de gagner des âmes à Dieu, et
peut-être par un peu d'inconstance naturelle, il avait remis le gouvernement
de Murbach à un saint religieux, appelé Romanus, et il était parti pour aller
prêcher ailleurs. Enfin, il se fixa dans un lieu qui se trouvait sur les
confins des quatre diocèses de Trèves, Metz, Spire et Strasbourg, et que l'on
nommait alors Meltis (aujourd'hui Metlesheim). Il y trouva ou il y
construisit une basilique, dans laquelle il instruisait les peuples de cette
contrée encore assez sauvage. A peu de distance, et dans un endroit que l'on
appelait Gamundias, parce qu'il est au confluent (en allemand guemunb) de la Sarre et de la Blise, il
fonda une grande abbaye, qui porta plus tard le nom d'Hornbach. Il y
rassembla beaucoup de religieux et leur donna la règle de saint Benoît.
Revêtu du caractère épiscopal, il remplit, pendant longtemps, les fonctions
de chorévêque dans la partie orientale du diocèse de Metz, et il mourut, dans
le monastère de Gamundias, le 3 novembre 754[103]. Ses reliques, transportées à
Insprück, à l'époque de la réformation, ont été perdues pour l'Austrasie[104] ; mais il nous a laissé, sous
la forme d'une homélie, un excellent abrégé de la doctrine qu'il avait
prêchée dans tant de contrées différentes[105]. Le
monastère de Gamundias posséda bientôt des domaines considérables, et
il importe de remarquer ici que la plupart des abbayes fondées pendant les
VIe et VIIe siècles reçurent, au VIIIe, des dons nouveaux, qui augmentèrent
leur opulence. C'est ainsi que saint Ludwinus, métropolitain de Trèves, fit
plusieurs donations à l'abbaye de Saint-Euchaire[106] ; c'est ainsi que Pépin
d'Héristal céda la villa de Lethernau aux monastères de Stabulaus
et de Malmundarium[107] ; c'est ainsi encore que le
leude Bodalus, neveu de sainte Odilia, fit présent à l'abbaye de
Saint-Grégoire ou Münster de tout ce qu'il possédait à Hodulsesheim[108]. Ajoutons que la nécessité
d'administrer tant de domaines, souvent fort éloignés du chef-lieu de la
communauté, obligea d'envoyer dans ces propriétés lointaines de petites
colonies monastiques, et que de pareils établissements, d'abord désignés par
le mot de cellœ[109], lequel indiquait leur
destination, finirent par se transformer en prieurés. Il ne serait pas
impossible toutefois de recueillir ici quelques exceptions. Le biographe de
saint Pirminus, racontant la création du monastère de Murbach, assure que
l'on n'y voyait d'abord qu'un hospitium couvert de chaume, entouré des
cabanes occupées par les solitaires, et que, pendant quelques années, ceux-ci
furent obligés, pour vivre, de cultiver péniblement les terres stériles qui
environnent l'abbaye[110]. On apprend aussi, eu
consultant les auteurs originaux, que les constructions de certains
monastères, même des abbayes d'Hahendum et de Castellio,
étaient plus que modestes et ne ressemblaient guère aux espèces de palais que
nos pères ont encore vus. Ce
n'étaient pas seulement des biens que les communautés monastiques acquéraient
alors ; elles obtenaient aussi de la bienveillance des évêques et des rois
certains privilèges spirituels et temporels, que l'on jugeait indispensables
à leur existence. En fondant l'abbaye de Castellio, le comte Wulfoad
lui assura l'exemption de la juridiction épiscopale, et même de la
juridiction laïque, après avoir obtenu, à cet égard, l'autorisation de
l'évêque de Verdun et celle du roi[111] ; et, si l'on jette les yeux
sur les nombreux diplômes qui concernent les abbayes créées vers la fin du
VIIe siècle et pendant la première moitié du VIIIe, on rencontre une telle
quantité d'exemptions de même nature qu'il serait fastidieux de les mentionner
ici. Les fruits de ces privilèges et de ces richesses ne furent pas également
bons. Les moines exempts jouissaient du droit de nommer les curés des
paroisses rurales qui se formaient sur les domaines des abbayes, et il leur
arriva, plus d'une fois, de désigner des ecclésiastiques peu dignes de ces
fonctions, et que l'évêque diocésain ne pouvait ni surveiller, ni punir. De
plus, quelques monastères furent gouvernés par des abbés revêtus du caractère
épiscopal, qui ordonnaient les prêtres nécessaires à la communauté, et il
s'organisa, de la sorte, dans nombre de diocèses de petites sociétés
ecclésiastiques tout-à-fait indépendantes des évêques, et toujours disposées
à déjouer les efforts que ceux-ci faisaient pour rentrer dans l'exercice de
leur autorité. D'un
autre côté, les églises et les abbayes, ne pouvant défendre efficacement les
propriétés qu'elles avaient acquises, souvent dans des provinces
très-éloignées, furent obligées d'en confier la garde à des seigneurs
puissants, qui prirent le titre d'advocati ou d'avoués[112]. Mais, comme nous l'avons déjà
dit, ces advocati, qui faisaient chèrement payer leurs soins, furent
assez fréquemment les premiers à piller et à dissiper les biens qu'ils
avaient promis de protéger. On peut voir dans la chronique du monastère de
Fontenelle quelle était la grandeur du mal et l'inefficacité des remèdes[113], et l'église de Reims perdit
elle-même, à cette époque et probablement de cette manière, le beau domaine
de Sparnacum (Epernay), qu'elle ne recouvra que sous le règne de
Charles-le-Chauve[114]. La
richesse de la plupart des monastères les exposa encore à un autre genre de
péril. Plusieurs individus y entrèrent pour se procurer une vie douce et
tranquille, et l'on vit des gens, chargés de famille, y conduire quelques-uns
de leurs enfants, qu'ils apportaient, pendant la messe, avec le pain et le
vin du sacrifice[115], et que l'on élevait, sous le
nom d'oblati. Les uns devinrent d'excellents religieux ; mais les
autres n'eurent jamais l'esprit de leur état et se livrèrent même parfois à
des écarts regrettables. Il en résulta pour quelques abbayes une décadence
prématurée, et l'institution monastique elle-même rencontra dès lors des
détracteurs. Un des biographes de saint Boniface s'écrie : O mores pravi
cunctis omnino dolendi ! O miseranda nimis morum mutatio talis !... Tam
clerici quam laïci plurimi dicere solent : « Quid prosunt tot cœnobia,
vel tanta monachorum agmina ? Mullo enim melius esset ut prœdia quibus iidem
monachi saginantur, servitio nostro prœstarentur. » Hœc quidem multi
verbis, sed multo plures operum suorum attestatione ita esse fatentur, quasi
malitia et irreligiositas eorum minus a Domino puniatur si nullus monachus
vel religiosus in hoc sœculo inveniatur ![116] Certaines communautés
monastiques étaient, en effet, très-nombreuses au VIIIe siècle, et, sans
rappeler les indications que nous avons déjà données à cet égard, nous dirons
qu'il y avait à Epternach une turma monachorum[117], et que l'abbaye des
Saints-Apôtres (à Metz)
renfermait une norma plurima clericorum, c'est-à-dire une foule de
moines[118]. Le
clergé séculier, dont plusieurs membres se montraient si sévères à l'égard de
ces derniers, était loin d'être lui-même à l'abri de tout reproche. Saint
Boniface fait une triste peinture, dans une lettre adressée au pape Zacharie,
de quelques-uns des ecclésiastiques qu'il avait vus près de Charles Martel[119]. Diverses épîtres des papes
Grégoire II et Grégoire III semblent indiquer que dans les campagnes on
rencontrait parfois des prêtres tellement ignorants ou corrompus, qu'ils ne
rougissaient pas de prêter leur ministère pour l'accomplissement de cérémonies
païennes ou superstitieuses[120] ; et nous verrons plus loin
qu'il y avait encore, sinon des païens, au moins des traces de leurs
croyances dans le nord de la Gaule. L'hérésie
s'y était montrée également, pendant l'administration de Charles Martel. Les
erreurs des manichéens avaient été introduites dans les provinces
méridionales de la Gaule, et jusque dans la vallée supérieure du Danube, par
des africains, prêtres ou laïques, fuyant les persécutions des Sarrasins ; et
il s'y forma des réunions de ces sectaires, qui prohibaient l'usage des
viandes et se désignaient eux-mêmes par le mot grec καθαροι,
lequel signifie purs, et d'où est venu le terme de cathares, employé, au
moyen-âge, pour désigner des hérétiques du même genre. Un gallo-romain,
appelé Adalbertus, qui se donnait peut-être faussement pour revêtu du
caractère épiscopal, était devenu l'agent le plus actif et le plus adroit des
manichéens. Il trouva même moyen de s'introduire dans l'espèce de cour dont
Charles Martel était entouré, et celui-ci, qui était fort peu au fait des
matières théologiques, le laissa d'abord dogmatiser tout à son aise. On peut
voir, dans la lettre 135e de saint Boniface[121], les ruses qu'Adalbertus
employa pour établir sa pernicieuse doctrine, les succès qu'il obtint,
l'aveuglement des coloni et des esclaves, qui le suivaient en foule et
l'écoutaient comme un prophète et un envoyé de Dieu, avec lequel l'imposteur
disait avoir des communications directes. On recueillait même, comme des
reliques, ses cheveux et les rognures de ses ongles, et on poussa la
profanation jusqu'à lui dédier des oratoires. C'était surtout dans la
Neustrie qu'Adalbertus avait d'abord travaillé à se créer des partisans et
des protecteurs ; mais, après la mort de Charles Martel, les évêques
neustriens s'assemblèrent à Soissons, en 744, et frappèrent d'anathème le
novateur et ses disciples[122]. La plupart de ceux-ci
l'abandonnèrent alors, et Adalbertus se rendit en Austrasie, près du maire
Carloman, qui, malgré sa piété, fut momentanément ébranlé par les discours
insidieux et les prestiges de ce misérable[123]. En même temps, un autre
sectaire, nommé Clemens et breton d'origine, répandait en Austrasie une
doctrine qui n'était peut-être pas sans analogie avec celle des manichéens.
Saint Boniface, qui venait d'être élevé sur le siège métropolitain de
Mayence, écrivit au souverain-pontife pour le conjurer d'intervenir
promptement auprès du maire d'Austrasie, dont on connaissait la faiblesse. Le
pape excommunia les deux hérésiarques ; mais l'attitude de leurs partisans
devint tellement menaçante que Carloman n'osa pas employer la rigueur, et ce
fut seulement en 748 que Pépin-le-Bref, seul maire du palais depuis la
retraite de son frère, fit arrêter Adalbertus, au sortir d'une conférence que
ce malheureux avait eue avec saint Boniface. On le dégrada du sacerdoce et on
l'enferma dans le monastère de Fulda, d'où il ne s'échappa que pour être
assassiné par des brigands, qui le rencontrèrent pendant la nuit[124]. Cette triste fin découragea
les autres prédicateurs de l'hérésie. Ils se soumirent ou disparurent. On
prit néanmoins les plus grandes précautions pour prévenir le retour de
pareilles scènes, et le souverain-pontife recommanda notamment à saint
Boniface d'admettre difficilement les Africains aux ordres sacrés, parce que
l'on rencontrait souvent parmi eux des fauteurs, plus ou moins cachés, du
manichéisme. Cependant, malgré les efforts des papes et des évêques, il resta
dans l'Occident des traces de cette doctrine perverse. L'hérésie des
iconoclastes, toute grossière qu'elle était, mais favorisée par les empereurs
Léon III et Constantin IV, ne laissa pas d'avoir également des partisans dans
la Gaule et dans la Germanie ; et tout le monde sait qu'un concile, réuni à
Paris, en 825, sous le règne de Louisle-Pieux, promulgua sur la question des
images, à la vérité plutôt par ignorance qu'autrement, une décision
contraire, jusqu'à un certain point, aux doctrines de l'Eglise[125]. La
corruption des mœurs avait suivi de près l'affaiblissement des croyances
religieuses, si toutefois elle ne l'avait pas précédé et préparé. Le
biographe de saint Livinus, un des apôtres de la Frise, dit que, parmi les
habitants de la Gaule septentrionale, beaucoup subissaient, suivant
l'expression du Psalmiste, le mors et le frein de Satan ; qu'ils étaient
livrés à l'adultère, à la rapine, au brigandage, au parjure, à l'homicide ;
qu'ils se mordaient les uns les autres, comme des chiens furieux ; qu'ils se
dressaient continuellement des embûches, et qu'ils se décimaient par
l'assassinat[126]. Vers le même temps, saint
Boniface, écrivant à saint Cuthbertus, métropolitain de Canterbury, lui
disait que l'on voyait dans presque toutes les villes gauloises des femmes,
de race anglo-saxonne, qui exerçaient le métier de prostituées[127]. Dans une lettre au pape
Zacharie, le même saint rapporte qu'il n'était pas impossible de trouver des
ecclésiastiques entretenant publiquement une demi-douzaine de concubines[128] ; et le souverain-pontife,
répondant à saint Boniface, lui dit qu'il est instruit de ces désordres, et
que même des prêtres, connus pour leur libertinage, sont parvenus à
l'épiscopat[129]. Quoique,
à cette époque, le clergé se recrutât principalement parmi les Gallo-Romains,
quelques évêques avaient adopté les mœurs des Barbares. Tel était Savaricus
évêque d'Auxerre, dont nous avons parlé. Tel était aussi Milon ou Milo,
métropolitain de Trèves et de Reims. A Basinus métropolitain de la première
de ces deux villes, qui abdiqua, en 695, pour finir ses jours dans la
solitude[130], avait succédé son neveu
Leodowinus ou Ludwinus, qui siégea jusqu'en 713. Il avait été marié, avant
d'entrer dans les ordres, et il laissait un fils, appelé Milo, qui figure,
avec le titre de diacre, dans un diplôme de Ludwinus[131] ; et nous ferons
remarquer, en passant, que cette mention renverse complètement l'assertion de
divers historiens, d'après lesquels Milo n'aurait jamais été que clerc
tonsuré[132]. Le clergé de Trèves, plein
d'admiration pour les vertus et la sagesse de saint Basinus et de saint
Ludwinus, crut ne pouvoir les remplacer plus heureusement qu'en choisissant
le fils de ce dernier, et Pépin d'Héristal, abusé comme les autres, ratifia l'élection.
Mais le nouveau métropolitain ne tarda pas à tromper toutes les espérances
que l'on avait fondées sur lui. Entièrement livré au plaisir de la table et
de la chasse, il semblait n'avoir de la dignité épiscopale autre chose que le
nom. Il se déclara, un des premiers, en faveur de Charles Martel, combattit
vaillamment dans les rangs de son armée et devint le favori du maire du
palais. Aussi, lorsque saint Rigobertus commit l'imprudence de refuser à
Charles l'entrée de la ville de Reims, celui-ci forma-t-il le projet de lui
donner Milo pour successeur. Il ajourna néanmoins l'exécution d'un pareil
dessein ; mais lorsque sa puissance fut bien affermie, il chassa Rigobertus
de sa ville métropolitaine, l'exila au-delà de la Loire et contraignit le
clergé et le peuple de procéder à un simulacre d'élection, après lequel Milo
prit possession du siège de Reims, tout en conservant celui de Trèves[133]. Il lâcha dès lors entièrement
la bride à ses passions. Entouré d'hommes aussi corrompus et aussi méchants
que lui, il leur livra les biens d'une multitude de basiliques et de
plusieurs monastères, et il laissa périr la discipline, en confiant les églises
à des prêtres indignes de les posséder. Le désordre s'introduisit également
dans diverses abbayes, à cause du manque absolu de surveillance, et, le mal
était arrivé à son comble, lorsque le prélat, poursuivant un sanglier, dans
une forêt voisine du monastère de Patatiolum[134], fut blessé par l'animal
furieux et expira, quelques jours après (753). En ce moment, il n'était plus guère reconnu que
dans le diocèse de Trèves. Saint Rigobertus avait obtenu la permission de
revenir dans son diocèse, mais sans y exercer les fonctions épiscopales ; et,
onze ou douze ans après sa mort arrivée le 4 janvier 732 ou 733, les Pères du
concile de Soissons avaient élu pour métropolitain de Reims un saint
irlandais, appelé Abel, qui, rebuté par les traverses que Milon lui suscitait
continuellement, finit par retourner dans son pays[135]. Pendant,
ce temps, les diocèses de Mayence et de Worms n'étaient guère mieux
administrés par un évêque nommé Gewilieb, lequel était aussi une créature de
Charles Martel. Cet indigne prélat finit par être déposé et, enfermé dans un
monastère, en 745, sur l'ordre du pape Zacharie, et à cause d'un meurtre
qu'il avait commis. Saint Boniface, qui le remplaça sur le siège de Mayence,
conjura le souverain-pontife de montrer la même vigueur à l'égard de Milo ;
mais, comme il avait été régulièrement élu métropolitain de Trèves, et que,
d'ailleurs, Pépin-le-Bref n'avait pas oublié les services rendus à Charles
Martel, le pape n'osa pousser les choses à l'extrémité. Il se contenta
d'engager saint Boniface à rappeler à Milo les devoirs que sa charge lui
imposait ; et ce fut seulement après la mort de ce malheureux que l'on put
élire canoniquement pour métropolitains de Reims et de Trèves Tilpinus et
Weomadus, qui travaillèrent activement à rétablir la discipline
ecclésiastique. Il ne
faut voir heureusement dans les faits qui précèdent autre chose que des
exceptions à la règle ; et si des hommes tels que Milo, Gewilieb et Savaricus
déshonorèrent le caractère sacré dont ils étaient revêtus, la plupart des
sièges épiscopaux de l'Austrasie étaient occupés par des prélats de mœurs
irréprochables. Tels étaient saint Willibrordus de Trajectum-ad-Rhenum
; saint Landebertus et saint Hucbertus de Trajectum-ad-Mosam ; saint
Sigibaldus et saint Chrodegangus de Metz ; Garibaldus, Godo et saint Jacobus
de Toul ; Poppo, Walchisus et Madalveus de Verdun ; Heddo de Strasbourg ;
Agilulfus de Cologne, et plusieurs autres, qu'il serait trop long de
rappeler. Ces
vertueux prélats ne négligèrent rien pour maintenir la discipline
ecclésiastique dans leurs diocèses, et ils s'assemblèrent plus d'une fois en
concile pour déraciner les abus qui renaissaient continuellement.
Malheureusement, ces réunions furent beaucoup plus rares à la fin du VIIe
siècle et pendant la première moitié du VIIIe qu'aux époques antérieures, et
saint Boniface, dans une lettre écrite en 742, remarque même, avec douleur,
que l'on n'avait pas tenu de conciles dans la Gaule depuis plus de quatre-vingts
ans, c'est-à-dire depuis l'année 660[136]. Mais une pareille assertion
n'est pas fondée, et, sans insister sur le fait que les traces de
quelques-unes de ces assemblées ont bien pu disparaître, nous sommes en état
d'en mentionner plusieurs. 1° Il y eut à Sens, vers l'an 670 et sous le règne
de Clotaire III, un concile auquel assistèrent trente-six évêques, dont
quelques austrasiens[137]. 2° Labbe a publié les canons
d'un concile tenu, dans la ville d'Autun, par saint Leodegarius, peu de temps
après celui de Sens[138]. 3° Nous avons parlé plus haut
d'une assemblée générale des évêques gaulois, laquelle eut lieu, dans l'été
de 679, avant le troisième concile général de Constantinople, et afin d'y
nommer des délégués, qui furent Félix métropolitain d'Arles, Adeodatus évêque
de Toul et Taurinus diacre de l'église de Toulon[139]. 4° On assembla dans la ville
de Rouen, en 682 d'après Sirmond[140], en 689 selon Mabillon[141], et en 692 au jugement du Père
Labbe[142], un concile, auquel assistèrent
trois prélats austrasiens : Reolus métropolitain de Reims, Bertandus évêque
de Châlons et Armonius évêque de Verdun. 5° Enfin, saint Willibrordus tint un
synode, en 697, dans la ville de Trajectum-ad-Rhenum[143]. Saint Boniface, qui n'ignorait
pas quelle était la puissance des conciles pour la réforme des mœurs, en
convoqua plusieurs : en 742 dans une ville de la Germanie dont on ignore le
nom ; en 743 à Liptinœ ou Leptines, et en 744 à Soissons ; mais ces
grandes assemblées sont trop connues pour que nous en parlions ici. Ajoutons
seulement que, en l'absence de ces réunions, les papes exercèrent
ordinairement les droits appartenant an corps des évêques. Ceux-ci
furent également secondés, d'une manière heureuse, par les chorévêques, dont
ils augmentèrent le nombre et qui les aidèrent puissamment dans
l'administration de leurs vastes diocèses. Nous en rencontrons dans ceux de
Strasbourg[144], de Metz[145], de Verdun[146], de Reims[147], et ailleurs encore. Les
évêques continuèrent aussi à entretenir dans les cloîtres de leurs
cathédrales des écoles, où se formèrent beaucoup de prêtres pieux et
éclairés. L'école de la cathédrale de Metz jeta un grand éclat pendant
l'épiscopat de saint Chrodegangus, et ce vertueux prélat ne cessa de la
fournir d'excellents maîtres pour la théologie, la liturgie et le chant
ecclésiastique[148]. Il y avait d'autres écoles
dans l'abbaye des Saints-Apôtres ou de Saint-Arnoul[149] et dans celle de Gorze, où le
moine Norgaudus eut des élèves distingués, notamment Angelramuus évêque de
Metz et l'évêque de Toul Frotharius, qui se rendit recommandable par sa piété
et sa science[150]. Au VIIIe siècle comme au VIIe,
l'école de Verdun était placée dans une communauté de clercs qui desservaient
la basilique dédiée à Saint Vanne. La biographie de saint Madalveus rapporte
que ses parents confièrent son éducation à des maîtres pieux et savants,
lesquels doivent avoir été les chefs de la communauté de Saint-Vanne, et
Hugues de Flavigny ajoute que Madalveus se rendit très-habile dans les arts
libéraux. Ce saint fut nommé lui-même abbé des clercs de Saint-Vanne et donna
une meilleure direction aux études. Enfin, sa réputation étant devenue
très-grande, il fut placé sur le siège épiscopal de Verdun, vers l'année 733,
et il continua, sans doute, à veiller sur les écoles qu'il avait illustrées[151]. L'histoire ne nous a conservé
presqu'aucun renseignement sur l'abbaye de Tholey, qui était alors la
pépinière des évêques de Verdun ; nous savons cependant que l'évêque Abbo,
lequel gouverna cette église au commencement du VIIIe siècle, avait enseigné pendant
plusieurs années dans ce monastère, et qu'il jouissait d'une certaine
renommée[152]. Il y avait une école
épiscopale à Trajectum-ad-Mosam, puisque saint-Landebertus, qui en fut
évêque, y fit ses études[153]. L'abbaye de Saint-Trudo,
située dans le diocèse de Trajectum, mais appartenant à l'église de
Metz, avait une école célèbre, de laquelle sortit saint Chrodegangus, qui
était originaire de cette contrée. On voyait aussi des écoles dans les pays
nouvellement conquis au christianisme : saint Willibrordus en établit une à Trajectum-ad-Rhenum[154], et il y en avait une aussi
dans l'abbaye de Fulda, au milieu des forêts de la Grande Germanie[155]. Les monastères de femmes
eux-mêmes n'en étaient pas dépourvus, et nous avons parlé de l'enseignement
que recevaient les religieuses de l'abbaye d'Eika. Plusieurs
monastères possédaient des bibliothèques assez considérables pour le temps.
Les religieuses d'Eika employaient une grande partie de leurs loisirs
à transcrire et orner des livres, que l'on admirait encore au siècle suivant,
et dont les couvertures étaient éblouissantes d'or et de perles[156]. Saint Boniface pria une
abbesse de lui écrire, en lettres d'or, les épîtres de saint Pierre[157]. L'abbaye d'Epternacum
avait une collection de livres, et Dom Calmet rapporte que l'on y voyait, de
son temps, de beaux et anciens manuscrits, notamment un martyrologe apporté
de l'île de Bretagne par saint Willibrordus lui-même, et qui est cité par les
Bollandistes sous le nom de martyrologe d'Epternach[158]. Le monastère de Castellio
devait aussi renfermer une bibliothèque ; car Smaragdus, qui en devint abbé
vers la fin du VIIIe siècle, cite, dans ses commentaires sur les épîtres et
les évangiles, au moins vingt auteurs tant grecs que latins. Pélage est du
nombre de ces auteurs ; mais Smaragdus a soin de dire qu'il s'en est servi
avec précaution, et il fait la même remarque à l'égard d'Origène[159]. N'oublions pas, puisque nous
parlons de Smaragdus, de rappeler qu'il composa, étant encore simple
professeur ou scholastique dans l'abbaye de Castellio, une grammaire
destinée probablement à remplacer, dans les monastères où l'on introduisait
la règle de saint Benoît, l'ouvrage de saint Colomban intitulé : Glosa de
partibus orationis, qui avait été adopté, pour l'enseignement de la
grammaire, dans une multitude d'abbayes colombanistes. Les
écoles épiscopales et monastiques ne laissèrent pas, malgré le malheur des
temps, de former un certain nombre de savants et de littérateurs. La
théologie fut représentée par saint Pirminus et quelques autres, et
l'hagiographie fut cultivée par plusieurs écrivains. C'est au VIIIe siècle,
en effet, que les meilleurs juges rapportent la rédaction des vies de sainte
Consortia ; de sainte Ansthrudis, fille de sainte Salaberga et abbesse du
monastère double de Laon ; de saint Balduinus, frère de sainte Ansthrudis ;
de sainte Gerthrudis, abbesse de Nivialla, biographie composée par un
religieux du monastère double que l'on voyait dans ce lieu ; de sainte
Waldethrudis, abbesse de Mons, et de sainte Segolena, abbesse de Troclar et
sœur de saint Sigibaldus, évêque de Metz. Vers le même temps, un moine de
Murbach, qui a gardé l'anonyme, donnait une vie bien médiocre, à la vérité,
de saint Leodegarius, évêque d'Autun, et Godescalcus, diacre de l'église de Trajectum-ad-Mosam,
écrivait une biographie de saint Landebertus, sur les renseignements que lui
fournit Theodanus, qui avait accompagné le prélat dans son exil. Saint
Hucbertus, successeur de saint Landebertus, trouvait, à son tour, un
biographe, lequel n'était pas sans mérite. Un moine de l'abbaye de
Saint-Trudo composait la vie de saint Eucherius, évêque d'Orléans, mort dans
ce monastère, où il avait été relégué par Charles Martel, et c'est à la même
époque bien certainement que remontent les plus anciennes rédactions des
actes de saint Rupertus, évêque de Juvava, et du martyr saint
Kilianus. Les
historiens sont moins nombreux que les hagiographes, et nous ne pouvons guère
citer que les trois derniers continuateurs de Frédégaire, l'auteur du Gesta
regum Francorum et Erchanbertus. Nous avons parlé plus haut de la
première continuation de Frédégaire ; la seconde s'étend de l'année 680 à
736, et va du chapitre 97 au milieu du chapitre 109 ; la troisième, qui a été
composée pai ordre de Childebrand, frère de Charles Martel, forme la fin du
chapitre 109 et les chapitres 110 à 117, comprenant les années 736 à 752 ;
enfin, la quatrième, qui conduit l'histoire de la monarchie des Francs
jusqu'à la mort de Pépin-le-Bref, a été rédigée par les soins du comte
Nibelung, fils de Childebrend, et remplit les chapitres 118 à 157. On ignore
les noms de ces trois continuateurs de Frédégaire ; mais on sait que le
second et le troisième étaient des austrasiens. L'auteur du Gesta regum
Francorum est également anonyme, et les savants ne s'accordent pas sur
l'époque à laquelle il a écrit son livre ; toutefois, il nous semble résulter
d'un passage de cette compilation qu'elle a dû être rédigée vers l'année 750,
puisque l'auteur dit qu'au moment où il allait quitter la plume Thierry IV
régnait encore[160] ; or, ce prince, qui était
monté sur le trône en 720, mourut au mois d'avril 737. Ajoutons que le
compilateur du Gesta a puisé dans plusieurs chroniques d'assez peu de
valeur, à la vérité, et que nous ne possédons plus. On en peut dire autant[161] d'Erchanbertus, dont la
chronique, du reste fort sèche, ne nous est pas arrivée dans son intégrité.
Nous rangerons encore dans la classe des compositions historiques un court
traité sur la dignité de maire du palais, que Du Chesne a fait imprimer pour
la première fois[162]. Après cette énumération, nous
n'avons plus guère à citer que le recueil des lettres de saint Boniface et de
quelques-unes des personnes avec qui il était en relation, et qu'un petit
nombre de poésies assez barbares, entr'autres un ouvrage en vers sur les
vertus de saint Ursniarus, abbé de Lobbes, composé par saint Ermino, son
successeur, et divisé en autant de sections qu'il y a de lettres dans
l'alphabet[163]. Les
écoles épiscopales et monastiques ne produisirent pas seulement des poètes,
des chroniqueurs et des hagiographes, qui empêchèrent le flambeau des
sciences de s'éteindre, et qui ont sauvé de l'oubli l'histoire du VIIIe
siècle ; il sortit également de ces écoles une Coule d'hommes remarquables
par la sainteté de leur vie et par leurs travaux apostoliques. Nous en avons
déjà mentionné quelques-uns ; mais nous devons encore rappeler les
chorévèques Lando, de Reims[164], et Amalbertus, de Verdun[165] ; saint Beregisus, abbé
d'Andaïn, et saint Mono, solitaire, dont les reliques étaient conservées dans
l'église de Nassogne ou Nassonacum[166] ; saint Ursmarus et saint
Ermino ou saint Erme, tous deux abbés de Lobbes. Le premier, se sentant
défaillir après une longue administration de cet important monastère, pria
Madelgarius évêque de Laon de lui envoyer comme coadjuteur le jeune Ermino,
dont il avait eu occasion d'apprécier le mérite. Bientôt après, il se démit
de ses fonctions ; Ermino fut élu à sa place, et les soins de ces deux saints
ne contribuèrent pas peu à assurer à l'abbaye de Lobbes la grande réputation
dont elle jouit pendant des siècles[167]. A côté de ces saints
personnages, tous moines ou ecclésiastiques, il faut inscrire un laïque, dont
le nom a traversé les Ages avec l'épithète de martyr, qui ne devait pas lui
être décernée. Saint Gengulfus (Gengoult), né dans le pagus
Bassiniacensis, sur les confins des diocèses de Langres et de Toul,
appartenait à une famille distinguée. Il servit avec honneur dans les armées,
pendant l'administration de Charles Martel et sous le règne de Pépin-le-Bref
; mais il se fit surtout remarquer par sa piété et ses largesses envers
l'Eglise et les pauvres. Malheureusement, il avait épousé une méchante femme,
qui, après avoir manqué à ses devoirs, le fit assassiner par le complice de
ses désordres. Il y eut, d'après la tradition, tant de miracles au tombeau de
Gengulfus, qu'il fut mis au nombre des saints ; ses reliques furent
conservées avec vénération dans la basilique de Varennes, puis dans la
cathédrale de Langres[168], et aujourd'hui encore nombre
d'églises paroissiales le reconnaissent pour patron[169]. La nature de sa mort lui a
procuré une autre clientèle : celle des maris trompés ; et il ne tarda pas à
en résulter des abus. A Langres, la fête de saint Gengoult, qui tombe le 11
mai, était célébrée par le peuple avec quelques-unes des cérémonies des jours
gras, mais sans indécence[170]. En Lorraine, les jeunes
villageois ont coutume, pendant la nuit du 10 au 11 mai, de tracer des tètes
munies de cornes formidables sur la façade des maisons dont les propriétaires
passent, à tort ou à raison, pour être malheureux en ménage, et les femmes,
même les plus honnêtes, ont coutume de se lever de grand matin afin d'effacer
ces dessins accusateurs, avant le réveil de leurs maris. Quelques-uns de
ceux-ci prennent, du reste, la chose en bonne part, et, ce jour-là, ils
attachent au-dessus de leur porte un énorme bouquet de fleurs jaunes, duquel
sortent deux cornes de bœuf. Cette
petite digression sur la vie et le culte de saint. Gengulfus nous a un peu
éloignés des institutions monastiques, et il est temps d'y revenir afin
d'ajouter à ce qui précède un mot sur les établissements destinés à servir,
en quelque sorte, de séminaires pour les missions. On a déjà vu que le
monastère de Murbach, fondé par saint Pirminus, était un de ces
établissements, et qu'on lui avait même donné le nom de Vivarium
peregrinorum, dont la signification n'est pas douteuse. Saint
Willibrordus construisit ou du moins organisa plusieurs maisons pour une
destination semblable. Tel était le monastère de Notre-Dame-des-Martyrs,
situé aux portes mêmes de Trèves, et où l'on a longtemps conservé l'autel
portatif, sur lequel le zélé missionnaire célébrait le saint sacrifice,
pendant ses courses apostoliques[171]. Tel était le monasterium
Swestrense (ou de Susteren), que Pépin d'Héristal et Plectrude avaient cédé[172] à saint Willibrordus, après lui
avoir assuré les revenus indispensables pour l'entretien d'un certain nombre
de missionnaires (fratres peregrini). Tel était surtout le monastère
d'Epternacum ou d'Epternach, dont nous avons parlé plus d'une fois. Il
renfermait beaucoup de missionnaires et de religieux, et les services qu'il
rendit, pour l'affermissement du christianisme dans la Germanie et dans la
Frise, portèrent une foule de personnes riches à lui faire des donations plus
ou moins considérables, qui permirent d'augmenter encore son importance[173]. Saint
Willibrordus venait, de temps en temps, s'y reposer de ses travaux. Il
entretenait aussi des relations avec d'autres monastères austrasiens. Nous
savons qu'il visitait, pour les encourager à persévérer dans la pratique des
vertus chrétiennes, les religieuses de l'abbaye des Horrea, et il
allait parfois prêcher dans le monastère d'Eika, fondé par les saintes
Harlindis et Reinula. Saint Boniface demandait également l'hospitalité dans
cette maison[174], ainsi que dans l'abbaye de Palatiolum,
où Adhela fille de Dagobert II remplissait les fonctions d'abbesse. C'est
lors d'une de ses visites dans ce monastère, en 722, qu'il eut occasion rie
voir, pour la première fois, un enfant de quatorze ans, nommé Gregorius ou
Grégoire, que. Adhela, son aïeule[175], faisait amener près d'elle, de
loin en loin, pour juger de ses progrès. Il lut, un jour, à haute voix,
devant saint Boniface un passage d'une Bible latine, mais il se trouva hors
d'état de le comprendre, et le vénérable missionnaire l'expliqua avec tant de
force et d'onction que l'enfant supplia immédiatement Adhela de lui permettre
de suivre le merveilleux étranger pour se consacrer aux mêmes travaux.
L'abbesse y consentit, non sans peine, et Grégoire, ayant pris un cheval ;
partit avec saint Boniface pour les forêts de la Grande Germanie. Il y
convertit une multitude de païens. Lorsque son maître accepta, en 745, le
siège métropolitain de Mayence, il renonça à l'évêché de Trajectum-ad-Rhenum,
qu'il avait été forcé d'administrer depuis la mort de saint Willibrordus, et
il le céda à Grégoire ; et c'est au zèle de ce dernier que l'on doit
attribuer la conversion entière des Frisons, chez lesquels le paganisme
comptait encore un certain nombre de partisans déclarés[176]. L'établissement
définitif du christianisme sur le sol de la Frise ne précéda que de bien peu
d'années la conversion des peuples qui habitaient le centre et le nord de la
Grande Germanie. Mais, avant de parler de saint Boniface, auquel on dut
surtout de voir ces peuples entrer dans la société chrétienne, il est bon de
rappeler brièvement les missionnaires qui les avaient évangélisés, à la fin
du VIIe siècle et au commencement du VIIIe. Les Alamanni
étaient tous ou à peu près tous chrétiens dès les premières années du VIIIe
siècle, et il existait chez eux trois sièges épiscopaux : à Curia (Coire), à Constantia (Constance) et à Augusta Vindelicorum
(Augsbourg). Les titulaires des trois,
sièges achevèrent d'affermir l'empire du christianisme dans cette contrée, et
les progrès de la civilisation y furent désormais rapides. Les Bajuvarii
ou Bavarois étaient moins avancés, mais leurs ducs étaient devenus chrétiens,
et ils ne mirent aucun obstacle à la prédication de l'Evangile. Theodo, qui
régnait en 746, fit un pèlerinage aux tombeaux des apôtres saint Pierre et
saint Paul, et le pape Grégoire II, enchanté de la piété de ce prince ;
envoya dans le pays des Bajuvarii trois délégués, chargés d'en
compléter l'organisation ecclésiastique[177]. A partir de ce moment, il y
eut en Bavière quatre sièges épiscopaux : ceux de Juvava ou
Saltzbourg, de Regina ou Ratisbonne, de Batava-Castra[178] ou Passau et de Sabio ou Seven.
Peu de temps après, un missionnaire gallo-romain, nommé Corbinianus, ayant
reçu la consécration épiscopale des mains de Grégoire II, fonda un cinquième
évêché dans un castrum appelé Frisingas ou Freising et situé
sur l'Isara ou l'Isar[179]. Ce vénérable personnage était
né dans le diocèse de Paris. Ayant pris la résolution de travailler dans les
missions, il voulut d'abord visiter Rome, et le souverain-pontife, charmé de
son mérite, le sacra lui-même, comme nous venons de le dire. Corbinianus
exerça d'abord son zèle dans la Gaule ; puis, il se rendit dans le Norique et
y prêcha l'Evangile, avec un grand succès. Les Bajuvurii étaient déjà
cependant presque tous chrétiens ; mais ils avaient conservé une foule de
pratiques superstitieuses, qu'il importait de faire disparaitre. Le duc
Theodo fit de vains efforts pour retenir près de lui Corbinianus, qui visita
Rome une seconde fois, dans le but d'obtenir du pape les instructions et les
pouvoirs qui lui étaient nécessaires. Lorsqu'il revint dans le pays des Bajuvarii,
le duc Theodo était mort, et Grimoald, un de ses fils, avait pris pour femme,
malgré les lois ecclésiastiques, Bilithrudis veuve de son frère Theodoaldus.
Saint Corbinianus l'engagea à la quitter, et Grimoald, pour récompenser le
missionnaire, céda à l'église que celui-ci avait élevée, en l'honneur de la
Sainte Vierge, dans le castrum de Frisingas, un domaine
immense, qui s'étendait presque jusqu'aux Alpes et comprenait des terres
arables, des prés et des vignes. Corbinianus construisit alors une autre
basilique, qu'il dédia à saint Valentin et au bienheureux Zénon. De plus,
désirant augmenter les revenus de ses terres, afin de pouvoir donner
davantage aux pauvres et de fournir plus largement aux frais des missions, il
planta des vignes et des arbres fruitiers ; et comme il était encore
possesseur d'une somme de neuf cents solidi aurei dont Pépin
d'Héristal lui avait fait présent autrefois, il l'employa judicieusement à
acheter les biens qu'une romaine, appelée Fatista, avait cédés au duc
Grimoald. En même temps, il reçut plusieurs donations considérables, et de la
sorte le nouvel évêché de Frisingas se trouva fondé et doté
convenablement. Tout allait pour le mieux, lorsque Bilithrudis, qui ne
pouvait pardonner au saint homme une répudiation qu'elle regardait, avec
raison, comme son ouvrage, tenta de le faire assassiner. Corbinianus fut
obligé de chercher son salut dans la fuite ; mais Hucbertus, que Charles
Martel avait créé duc des Bajuvarii, en 728, après la défaite et la
mort de Grimoald, rappela honorablement le saint évêque. Corbinianus revint à
Frisingas, et ce fut pour peu de temps ; car, usé par les fatigues et
les soucis de l'épiscopat chez un peuple encore à demi-barbare, il mourut le
8 septembre 730, et, après avoir été momentanément inhumé dans la ville de Magiœ,
il fut rapporté, comme en triomphe, dans son église cathédrale. Il eut pour
successeur son frère Erimbertus, qui continua son apostolat[180]. Il fut secondé par un
missionnaire irlandais, appelé Alto, dont la cellule devint le berceau de
l'abbaye d'Allenmünster, située près de Frisingas, et par un autre
missionnaire de la même nation, Dobda, surnommé le Grec, probablement parce
qu'il connaissait très-bien la langue hellénique. C'était aussi d'Irlande que
venait le moine Virgilius, qui monta sur le siège épiscopal de Juvava,
construisit dans cette ville une superbe basilique en l'honneur de saint
Rupertus, un de ses prédécesseurs, et convertit les peuplades encore païennes
qui habitaient les Alpes Carniques[181]. D'autres monastères furent
fondés, à cette époque, dans les mêmes contrées. Tel était celui d'Altaha-Inferior
(Nider-Altaich), dans le diocèse de Batava-Castra[182] ; telle était aussi l'abbaye
d'Ettenheim-münster (d'abord appelée Cella monachorum), que Widegernus évêque de
Strasbourg éleva près du tombeau de saint Landelinus, ermite écossais ou
irlandais, qui s'était retiré dans le pays des Alamanni[183]. C'est encore dans la même
contrée que le comte Ruthardus bâtit, à la demande de saint Pirminus,
l'abbaye de Gengenbach[184] ; et, vers le mime temps,
Heddo, qui avait été exilé dans les Alpes par Theodebaldus duc des Alamanni,
vint, sur l'invitation de Charles Martel, reprendre possession de son
monastère d'Augia-dives, qu'il devait quitter bientôt après pour
monter sur le siège épiscopal de Strasbourg[185]. Enfin, mais plus tard, mi
fonda l'abbaye de Lorscheim ou Lauresham, dont le nom primitif de Laurissa
parait rappeler celui de laure, que l'on donnait et que l'on donne
encore aux monastères grecs[186]. Le
christianisme était donc devenu la religion des peuples qui habitaient les
pays arrosés par le Mein, le Necker et te Danube supérieur. Mais il n'en
était pas de même dans les contrées situées plus au nord. Non seulement les
Saxons étaient encore presque tous païens, bien que Pépin d'Héristal, Charles
Martel et Pépin-le-Bref eussent toujours soigneusement stipulé, dans leurs
traités avec cette nation, que les missionnaires chrétiens auraient une
liberté entière. Sous l'administration du premier, les frères Ewald, prêtres
anglo-saxons, avaient été martyrisés par des païens, sur la rive droite du
Rhin, à une faible distance de Cologne[187]. Quelque temps auparavant,
saint Kilianus, évêque régionnaire, avait été massacré par les Thuringiens[188]. Cependant, les ducs qui
gouvernaient ces derniers faisaient profession du christianisme, et nous
possédons encore un diplôme qui rappelle une donation faite à saint
Willibleordus par un vir inluster appelé Hedenus, lequel résidait dans
la forteresse de Virteburh ou Würtzbourg[189], et que le docte Eckhard croit
être le fils de Gozbertus duc de Thuringe[190]. Toutes
les missions entreprises dans ces contrées pendant les soixante-et-dix années
que remplissent les mairies de Pépin d'Héristal, de Charles Martel et de
Pépin-le-Bref, furent puissamment encouragées par eux. Ils avaient repris,
pour le compte de la monarchie des Francs, et en définitive au profit de
l'Empire, une œuvre souvent commencée par les empereurs, et quelquefois
réalisée partiellement : la conquête de la Grande Germanie. Les Francs
réussirent mieux que les Romains, d'abord parce que le pays dont nous parlons
avait vu, depuis le commencement du Ve siècle, sa population diminuer
notablement ; ensuite et surtout parce qu'ils trouvèrent dans le
christianisme un puissant auxiliaire, qui avait manqué aux empereurs. Aussi,
la politique des maires du palais fut-elle uniforme, et Charles Martel
lui-même, bien qu'il ne fût pas fort religieux, ne laissa pas d'agir
exactement comme son père. Nous avons encore la lettre de protection (litterœ
protectoriœ)
qu'il donna, en 724, à saint Boniface partant pour la Germanie[191], et il résulte d'une épître du
pape Grégoire III qu'il n'y eut pas moins de cent mille germains convertis
pendant l'administration de Charles Martel[192]. C'est à
saint Boniface que revient principalement l'honneur d'avoir achevé un aussi
grand ouvrage. Cet homme illustre, dont le véritable nom était Winfried,
naquit, vers l'an 680, à Kirton, dans le royaume des
anglo-saxons-occidentaux. Il entra fort jeune dans le monastère
d'Adescancastre ou d'Exeter, d'où il passa dans celui de Nuiscelle. Il y
acquit des connaissances tellement étendues, qu'il fut chargé des fonctions
de scholastique ou de professeur. Ses leçons attirèrent un concours immense
dans l'abbaye de Nuiscelle, et on le consultait non seulement sur les points
les plus obscurs de la science, mais encore dans toutes les affaires
difficiles. Il fut élevé à la prêtrise, à l'âge de trente ans, et dès lors il
mûrissait le projet de passer sur le continent, pour y étendre le royaume de
Dieu. Enfin, ne pouvant plus résister à ses désirs, il s'embarqua à Londinium,
en 715, et se rendit dans la Frise. II y arriva dans un mauvais moment :
Pépin d'Héristal venait de mourir, et Radbodus duc des Frisons, qui était
toujours attaché au paganisme, se préparait à secouer le joug des Francs.
Aussi, la position des prêtres chrétiens devint si difficile, que Winfried
fut obligé, après quelques mois de prédication, de retourner dans l'île de
Bretagne[193]. Il n'y resta pas longtemps.
Dès l'année 718 nous le trouvons à Rome, où le pape Grégoire II le confirma
dans la résolution d'aller prêcher t'Evangile chez les païens[194]. Winfried, traversant alors
l'Italie, la Bavière et la Thuringe, se rendit en Austrasie, et, ayant appris
la mort de Radbodus, il pénétra de nouveau dans la Frise, se mit à la
disposition de saint Willibrordus et travailla pendant trois ans dans cette contrée.
Il réussit alors à détruire plusieurs sanctuaires païens et à bâtir diverses
églises, et il se serait peut-être fixé dans le pays des Frisons, si
Willibrordus n'eût voulu l'élever à l'épiscopat. La modestie de Winfried s'en
émut, et, quittant la Frise presque clandestinement, il s'enfonça dans la
Germanie et pénétra jusqu'en Thuringe. Il convertit un grand nombre
d'individus appartenant à l'ancienne peuplade des Catti, dont une fraction
avait continué à habiter les vallées de la Lahn, de l'Eder et de la Fulda, et
il construisit une basilique et un monastère dans un lieu qu'il nomma
Amöneburg ou Amœnum-burgum[195]. Il fit un second voyage à
Rome, en 722, et rendit compte de ses travaux au souverain-pontife, qui le
contraignit à accepter le titre d'évêque régionnaire, lui confia des pouvoirs
illimités pour toute la partie de la Grande Germanie non comprise dans les
diocèses précédemment fondés, et changea son nom de Winfried en celui de
Bonifacius. Charles Martel, de son côté, prit le nouvel évêque sous sa garde
spéciale et lui accorda les litterœ protectoriœ dont il a été question
plus haut. Libre désormais de ses mouvements, saint Boniface retourna dans la
Germanie, rassembla les chrétiens et renversa les arbres sacrés, notamment un
chêne immense que l'on appelait, au dire d'Othlonus, l'arbre de Jupiter
(arbor
Jovis), mais
qui devait être consacré au dieu Thor. Il le dépeça, et avec les poutres et
les planches qu'il en tira, il construisit un oratoire dédié à saint Pierre[196]. Il ramena à la pratique des
devoirs du christianisme les Thuringiens convertis antérieurement et baptisa
lui-même un nombre infini de païens. Il bâtit alors, près du bourg actuel
d'Altenberga, une église, qu'il plaça sous le patronage de saint Jean, et,
sur les bords de la rivière d'Ohra, une seconde basilique, dédiée à
l'archange saint Michel, et autour de laquelle se forma la ville d'Ohrdruff[197]. D'autres églises, élevées un
peu plus tard, devinrent le noyau des villes de Fritzlar[198] et d'Erfurth. Saint
Boniface n'avait eu jusqu'alors autour de lui qu'un très-petit nombre de
disciples ; mais, voyant l'énormité de la moisson qu'il avait à recueillir,
il écrivit dans l'île de Bretagne pour demander un renfort d'ouvriers
évangéliques. Sa lettre fit accourir dans la Germanie une troupe de moines
anglo-saxons, entr'autres le prêtre Lullus, qui fut, dans la suite,
métropolitain de Mayence. II vit aussi arriver près de lui un pannonien,
nommé Sturmius, et une colonie de religieuses anglo-saxonnes, qu'il employa,
avec succès, à la conversion des femmes, et dans laquelle figuraient
Chunihilt, mère de Lullus, et Lioba, dont la réputation surpassa la renommée
de toutes ses compagnes[199]. Les prêtres et les moines
anglo-saxons firent des conquêtes bien autrement rapides que celles dont les
missionnaires irlandais avaient pu se vanter, et la chose n'a rien qui doive
surprendre ; car les Germains voyaient dans les disciples de saint Boniface
des compatriotes, parlant la même langue et conservant, malgré une séparation
de trois siècles, les mêmes idées et les mêmes mœurs. D'un autre côté
l'église anglo-saxonne avait repoussé les austérités surhumaines des
institutions colombanistes, et admis les sages adoucissements de la règle
bénédictine, qui s'introduisit de bonne heure dans les cloîtres de la
Bretagne. Les
succès toujours croissants de l'apostolat de saint Boniface engagèrent, en
738 ou 739, le pape Grégoire III à lui confier une délégation qui s'étendait
non seulement à la Grande Germanie, mais encore à la partie septentrionale de
la Gaule. Elle lui conférait tous les pouvoirs nécessaires pour réformer le
clergé séculier et les monastères, compléter l'organisation ecclésiastique et
même instituer de nouveaux évêchés[200]. Saint Boniface reçut, en même
temps que la délégation apostolique, le titre de métropolitain régionnaire ou
d'archiepiscopus[201], et il mit immédiatement la
main à l'œuvre. Il partagea le territoire de la Bavière entre les diocèses de
Juvava ou Saltzbourg, de Frisingas, de Regina et de Batava-Castra,
qui existaient déjà, et s'il ne fut pas question de celui de Sabio, c'est
qu'il était probablement occupé alors par les Lombards, qui avaient conquis
une portion de la Rhétie et du Norique. Quant à la Thuringe et à la contrée
qui l'avoisinait vers l'ouest et le sud-ouest, et à laquelle on a donné plus
tard le nom de Franconie, il y établit quatre siéges épiscopaux : ceux de
Würtzbourg, de Burabourg, d'Aischstadt et d'Erfurth. Il ne changea rien à
l'organisation de l'Alamannia, et il conserva provisoirement la
direction générale des affaires religieuses de la Germanie, sans attacher son
autorité à aucune église particulière. Au reste, le territoire de ces divers
diocèses ne s'étendait pas jusqu'au Rhin, et si l'on jette les yeux sur une
ancienne carte ecclésiastique d'Allemagne, on voit que les évêchés de
Cologne, de Mayence, de Worms, de Spire et de Strasbourg, dont les
chefs-lieux étaient tous sur la rive gauche du fleuve, pénétraient plus ou
moins dans la Germanie. On avait, en effet, rattaché à chacun de ces évêchés
les cantons dont les habitants avaient été convertis par les évêques et les
prêtres des cinq diocèses dont il s'agit. Ajoutons que Carloman, maire
d'Austrasie, ratifia les arrangements pris par saint Boniface[202], et que le pape donna, de son
côté, son approbation aux décisions du légat[203]. Celui-ci
continuait cependant ses travaux apostoliques dans le centre de la Germanie,
et, tandis que son disciple Sturmius fondait le célèbre monastère de Fulda[204], dans un canton où se trouvait
déjà une population chrétienne[205], saint Boniface achevait la
conversion de la Thuringe et y construisait un si grand nombre d'églises, que
les Saxons en brûlèrent une trentaine au moins dans une excursion qu'ils
firent en 752. A cette
époque, saint Boniface ne résidait plus dans la Grande Germanie. Comprenant
l'impossibilité d'exercer, d'une manière efficace, les fonctions de légat
dans le nord de la Gaule tant qu'il n'y occuperait pas un siège épiscopal un
peu important, il avait, en 745, accepté celui de Mayence, que le pape
Zacharie éleva immédiatement à la dignité de métropole, non seulement à
l'égard des évêchés fondés plus ou moins récemment au-delà du Rhin et dans la
Frise, mais aussi pour les deux provinces romaines dites Germania Prima et
Germania Secunda. A l'égard de celle-là, la chose était toute naturelle ; car
les trois évêchés de Vangiones ou Worms, de Nemetes ou Spire et
d'Argentoratum ou Strasbourg relevaient primitivement de Moguntiacum
ou Mayence, métropole de la Germania Prima ; mais il n'en était pas de même
de la Germania Secunda, qui avait longtemps formé à elle seule une
province ecclésiastique sous la métropole de Cologne. Il est vrai que, à la
suite des malheurs causés par les invasions des Barbares, Cologne semblait,
aussi bien que Mayence, avoir perdu le rang de métropole. Cependant, certains
faits bien constatés prouvent que les évêques de Cologne ne se regardaient
pas comme privés des droits que leurs prédécesseurs avaient exercés. C'est
ainsi que l'on vit un de ces prélats, saint Chunibertus, instituer Theodardus
comme évêque de la ville de Trajectum-ad-Mosam, laquelle était
coin-prise dans la Germania Secunda. C'est ainsi encore que le même
Chunibertus est qualifié de metropolitanus Agrippinœ par le biographe
de saint Remaclus[206]. Aussi, lorsqu'il fut question
de rétablir une métropole sur les bords du Rhin, songea-t-on d'abord à
Cologne, qui était une cité très-importante[207] ; mais le siège de cette ville
était alors occupé par un prélat d'une éminente vertu, Ragenfridus, et comme
le pape destinait la dignité de métropolitain à saint Boniface, on fut obligé
d'attacher cette dignité au siège de Mayence, qui était devenu vacant par la
déposition de Gewilieb[208]. Ce fut
à partir de ce moment que le légat travailla avec un véritable succès à la
réforme du clergé séculier et des monastères, et à l'anéantissement du
paganisme et des superstitions qui en découlaient. Il n'avait pas attendu ce
moment pour commencer un pareil ouvrage, et il fut puissamment secondé par
Carloman, et ensuite par Pépin-le-Bref. Un des moyens que l'on employa, pour
donner au clergé séculier la régularité désirable, fut d'engager les nombreux
clercs attachés à la desserte des cathédrales et des tituli ou
paroisses urbaines et rurales à se constituer en congrégations, auxquelles on
imposa le nom de chapitres. Cette organisation du clergé, qui faisait
disparaître tous les dangers produits par l'isolement, n'était pas
entièrement nouvelle, et il résulte du testament du diacre Adalgise ou Grimon
que la vie commune se trouvait établie dans la cathédrale de Verdun dès la
première moitié du VIIIe siècle[209]. Saint Rigobertus,
métropolitain de Reims, l'introduisit dans son église, au commencement du
VIIIe siècle[210]. Vers le même temps, nous la
voyons également en vigueur dans les cathédrales de Toul[211] et de Metz, dont l'évêque saint
Chrodegangus allait bientôt publier une règle canoniale, qui fut adoptée dans
une foule de diocèses, et qui a été reproduite en analyse dans toutes les
histoires de l'Eglise. Il parait même (telle était au moins l'opinion de
Mabillon) que,
pendant le VIIIe siècle, l'église de Toul était desservie par une véritable
communauté monastique, comme il y en eut plus tard près de quelques
cathédrales ; et il est certain que le biographe de sainte Berlendis emploie
les termes monachus cœnobii Sancti-Stephani Tullensis pour désigner un
des clercs de cette église[212] ; mais il est bien possible que
chez l'hagiographe les mots cœnobium et monachus soient
synonymes de capitulum et de canonicus. Pendant
que l'on s'occupait ainsi à donner au clergé des principales églises une
organisation qui ressemblait à celle des communautés religieuses, plusieurs
de ces dernières faisaient tous leurs efforts pour se transformer en
chapitres séculiers. Cette tendance avait pour cause principale la dureté de
la règle colombaniste. Le premier moment de ferveur passé, les prescriptions
de cette règle, importées de la Thébaïde, avaient paru incompatibles avec le
climat de l'Europe septentrionale et le tempérament des peuples qui
l'habitent. Les hommes sages, et notamment saint Boniface, comprirent que le
seul moyen véritablement efficace de prévenir la ruine des monastères gaulois
et germains était d'y introduire, le plus promptement possible, la règle de
saint Benoît, laquelle, bien que rédigée en Italie, était appropriée à la
nature et aux besoins des hommes du nord. Aussi, la suivait-on déjà dans
quelques abbayes, à Palatiolum par exemple[213]. Vers l'année 740, on résolut
de la substituer partout à la règle de saint Colomban. Le septième canon d'un
concile tenu en Germanie, au mois d'avril 742, en ordonna l'adoption dans les
monastères d'hommes et de femmes qui existaient dans cette contrée[214]. La prescription dont il s'agit
fut ratifiée par les Pères du concile de Liptinœ (743), et, à partir de ce temps, les
institutions colombanistes firent place dans une foule de monastères à la
règle bénédictine[215]. Il ne faut pas toutefois
prendre à la lettre les assertions que l'amour de leur ordre a parfois
inspirées à Mabillon[216] et à d'autres bénédictins. La
règle de saint Colomban ne fut pas immédiatement abandonnée partout, et son
anéantissement dans le nord de la Gaule fut en partie l'œuvre du temps.
Fulradus ou Fulrad, abbé du monastère de Saint-Denys, fit de grands efforts
pour la bannir des monastères austrasiens. Il était lui-même originaire
d'Austrasie, et son abbaye avait d'immenses possessions dans ce royaume ; ce
qui explique, à-la-fois, et l'intérêt qu'il prit à des monastères aussi
éloignés du sien, et les succès qu'il obtint dans plusieurs ; mais
l'adoption, à peu près générale, de la règle bénédictine dans les abbayes de
la Gaule fut principalement due à Charlemagne, à Louis-le-Pieux et à saint
Benoit d'Aniane ; et encore, malgré tant de soins persévérants, la règle de
saint Colomban ne disparut-elle complètement de l'Austrasie que pendant le Xe
siècle. Les bénédictins ne prirent possession des abbayes messines de
Saint-Arnoul, de Saint-Clément et de Saint-Symphorien, et de l'abbaye de
Saint-Vanne, à Verdun, que vers l'année 930[217] ; et lorsque, à cette même
époque, saint Gauzelin, évêque de Toul, voulut réformer l'abbaye de
Saint-Epvre, il ne trouva pas dans sa ville épiscopale un seul exemplaire de
la règle de saint Benoit, et il fut obligé d'en faire prendre une copie dans
un monastère éloigné. Tel est, du moins, le récit d'Adso, abbé de
Montiérender, qui était contemporain, et qui avait même rempli les fonctions
de scholastique dans l'abbaye de Saint-Epvre[218]. Saint
Boniface ne se contenta pas de veiller à la réforme spirituelle des
monastères ; il s'occupa aussi de leur temporel et tâcha d'obtenir la
restitution des domaines que les abbayes et les églises avaient perdus,
pendant les troubles dont nous avons retracé le tableau. Le concile de
Germanie (742) en avait ordonné la restitution
immédiate[219], et le maire Carloman se montra
d'abord disposé à prêter main-forte à l'Eglise ; mais les réclamations
devinrent si vives, que, l'année suivante (743), le concile de Liptinœ fut obligé de
décider que l'on ajournerait l'exécution de la mesure décrétée précédemment,
et que l'on se contenterait d'un cens de douze deniers par paires de coloni
ou d'esclaves[220], et le pape Zacharie ainsi que
saint Boniface s'applaudirent d'être arrivés à un pareil résultat[221]. Ce
serait peut-être ici le lieu de parler, avec quelques détails, des conciles
de Germanie, de Liptinœ et de Soissons, tenus par saint Boniface en
742, 743 et 744 ; mais ces détails se trouvent dans toutes les histoires de
l'Eglise, et nous nous bornerons à trois remarques. La première est relative
à la présence des évêques de Germanie aux conciles de Liptinœ et de
Soissons. On en a conclu que saint Boniface se défiait des prélats gaulois,
et que, en amenant dans ces deux assemblées les évêques germains, sur
lesquels il pouvait compter, il avait voulu constituer une majorité en faveur
des réformes qu'il projetait. La chose n'est pas absolument impossible ; mais
il vaut mieux y chercher une preuve de plus en faveur de l'unité de la
monarchie Franque ; et du moment où l'on en considère les diverses parties
comme faisant un seul tout, on ne doit pas être surpris de ce que les prélats
germains assistaient à des conciles en Austrasie et en Neustrie, de même que
l'on avait vu figurer dans le concile de Germanie les évêques austrasiens
Ragenfridus de Cologne ; Heddo de Strasbourg et Dadan ou plutôt Eobanus de Trajectum-ad-Rhenum[222]. Notre seconde remarque
concerne la déclaration d'obédience au Saint-Siège faite par le clergé
d'Austrasie, à la demande de saint Boniface[223], et qui nous révèle combien on
craignait de voir se glisser dans la Gaule des principes d'insubordination et
d'isolement, propagés probablement par les émissaires des empereurs
iconoclastes Léon III et Constantin IV. Enfin, notre troisième remarque portera
sur les canons des conciles de Germanie et de Liptinœ relatifs au
paganisme et aux pratiques superstitieuses, ainsi que sur l'Indiculus
superstitionum et paganiarum rédigé dans la dernière de ces deux
assemblées[224]. Il nous semble que l'on en a
tiré des conclusions fausses et pour le nombre des païens et pour la nature
de leurs croyances. En premier lieu, tous les documents historiques de la fin
du VIIe siècle et du commencement du VIIIe prouvent que les païens étaient
alors fort clairsemés, et les canons du concile de Liptinœ,
applicables seulement à une certaine catégorie d'individus, ne doivent pas
nous engager à croire que beaucoup d'habitants de la Gaule fussent attachés
au paganisme, pas plus que les dispositions de notre code pénal sur les
soustractions frauduleuses ne peuvent nous faire penser que les voleurs sont
extrêmement communs. En second lieu, nous ne rencontrons pour ainsi dire plus
aucune trace du polythéisme gréco-romain, et le mot Jouis que l'on trouve
encore parfois désigne non plus le dieu romain de ce nom, mais une divinité
germanique. Le biographe de saint Landebertus rapporte[225], à la vérité, que le vénérable
prélat parcourut la Toxandria, qui formait la partie septentrionale du
diocèse de Trajectum-ad-Mosam, et qu'il y renversa un grand nombre de
temples et d'idoles (plurima templa et simulacra) ; et saint Hucbertus,
successeur de saint Landebertus, passe pour avoir enfin extirpé le paganisme
dans cette contrée. Mais ce paganisme consistait moins en un corps de
doctrines bien coordonnées, qu'en une multitude de pratiques superstitieuses.
Si on lit dans le quatrième canon du concile de Liptinœ que Charles
Martel condamnait à une amende de quinze solidi aurei les individus
convaincus de s'être livrés à l'idolâtrie, on voit que le rédacteur a
employé, pour la désigner, les mots paganœ observationes, lesquels
peuvent très-bien recevoir le sens que nous leur assignons[226]. Saint Pirminus, qui parle
aussi du paganisme dans son homélie, en désigne l'exercice par les termes ballationes,
cantationes, saltationes, joci et lusa diabolica ; et, vers le même
temps, le pape Grégoire III définissait ainsi les objets des superstitions
populaires : Augures dicuntur qui in volatus avium vel voces intendunt ;
harioli sunt qui circa aras idolorum sacrificant ; auspicia sunt quœ ab
itinerantibus observuntur[227]. Si l'on excepte de
l'énumération précédente les sacrifices idolâtriques, lesquels avaient alors
cessé presque partout, mi retrouve dans ces différentes pratiques l'origine
et la source des superstitions populaires du moyen-âge. On a récemment
découvert à Juvelize, près de Dieuze, dans le tombeau d'un enfant et à côté
d'un triens barbare de Justin Ier, frappé en Austrasie, deux
bractéates en or, véritables amulettes, couvertes de figures qui sont
incontestablement empreintes de paganisme[228] ; et quant aux augures, on sait
que bien des gens ont continué à les consulter. Il est même fait allusion à
cet usage dans le Poème du Cid, où on lit un vers qui rappelle ce
passage de Virgile : Sæpe
sinistra cava prædixit ab ilice cornix. Les
prélats gaulois et germains ne se contentèrent pas de prohiber ces pratiques
et d'autres encore ; ils demandèrent, pour rendre leurs décrets plus
efficaces, l'appui du pouvoir séculier. En conséquence, Pépin-le-Bref, qui
n'avait pas encore saisi la couronne, fit dresser, au nom de Childéric III,
une liste de vingt-sept canons (capitula) relatifs à la discipline
ecclésiastique et les soumit à l'examen du pape Zacharie. Celui-ci les
approuva[229], et ils eurent dès lors force
loi dans toute la monarchie des Francs. Saint Boniface n'eut pas le bonheur de voir arriver à leur maturité les fruits de son zèle et de ses efforts. Il se démit, en 753, de son archevêché de Mayence, en faveur de Lullus, le plus cher de ses disciples, et il se rendit, presque seul, dans les plaines sauvages de la Frise, premier théâtre de ses travaux apostoliques. Il les reprit avec l'ardeur d'un jeune homme, et il se trouvait à Dokkum, près des rivages de la mer du nord, lorsqu'il fut attaqué à l'improviste par une troupe de païens, qui le massacrèrent, avec l'évêque de Trajectum-ad-Rhenum et une cinquantaine de prêtres, de clercs et de domestiques dont il était accompagné. Ce tragique évènement eut lieu le 5 juillet 755[230]. |
[1]
V. Jaffé, Regesta pontificum Romanorum ab condita Ecclesia ad annum post
Christum natum MCXCVIII.
[2]
On peut en voir un autre dans Meurisse, Histoire des évesqves de l'église de
Metz, p. 151 et 152. V. aussi Alcuin, Ecclesiastica historia gentis
Anglorum, lib. I, c. 23, lib. II, c. 1, lib. III, c. 4, lib. IV, c. 17.
[3]
V. cette pièce dans Sirmond, Concilia antiqua Galliœ, t. I, p. 512, ou
dans Labbe, Concilia, t. VI, col. 1438.
[4]
V. la note XLII, à la fin du volume.
[5]
V. deux lettres de ce pape dans Labbe, Concilia, t. VI, col. 1472-1476.
[6]
V. Vita sancti Arnulfi, Metenses episcopi, auctore coœvo, n° 4, dans
Mabillon, Acta ss., sæc. II.
[7]
V. Chronicon Isidori Pacensis, dans Du Chesne, t. I, p. 786.
[8]
V. un diplôme de Charles Martel dans Pardessus, t. II, p. 334 et 355.
[9]
V. un diplôme de saint Chrodegangus dans l'Histoire de Metz, par deux
bénédictins, t. III, preuv., p. 6-8.
[10]
V. un diplôme de Carloman, maire du palais, dans Pardessus, t. II, p. 402 et
403.
[11]
V. Vita sancti Gregorii, abbatis, n° 3, dans Mabillon, Acta ss.,
sæc. III, part. II.
[12]
V. deux placita de ce roi dans Pardessus, t. II, p. 217, 229 et 230.
[13]
V. un placitum de ce prince, ibid., p. 241 et 242.
[14]
V. un placitum de Childebert III, ibid., p. 286 et 287.
[15]
V. notamment divers diplômes, ibid., p. 343, 344, 351, 352, 412 et 415,
et Vita sancti Salvii, episcopi, n° 13, dans Bouquet, t. III, p. 647.
[16]
V. un fragment du testament de la matrone Erminethrudis, dans Pardessus, t. II,
p. 255.258 ; ainsi que deux diplômes, ibid., p. 332, 553 et 408 ; v.
aussi le 4e canon du concile tenu, à Metz, en 753, dans Labbe, t. VI, col.
1660.
[17]
V. notamment Vita sancti Salvii, n° 13, dans Bouquet, t. III, p. 647, et
un diplôme de l'année 722, dans Pardessus, t. II, p. 537 et 338.
[18]
V. Vita sancti Salvii, ibid. ; diplôme de Widegernus évêque de
Strasbourg, dans Pardessus, t. II, p. 352-355.
[19]
V. un diplôme de Pépin-le-Bref, maire du palais, ibid., p. 418-420. V.
aussi Code Théodosien, lib. VI, tit. XXX, c. 1.
[20]
V. Vita sancti Salvii, ibid.
[21]
V. lib. Il, tit. IX,
c. 8. Le diplôme est dans Pardessus, t. II, p. 328 et 329.
[22]
V. un diplôme de ce prince dans Hontheim, Historia Trevirensis diplomatica
et pragmatica, t. I, p. 144.
[23]
V. le testament d'Odilia, dans Pardessus, t. II, p. 316-318.
[24]
V. le 7e canon du concile de Metz, dans Labbe, Concilia, t. VI, col.
1661.
[25]
V. Vita sanctœ Anstrudis, n° 17, dans Mabillon, Acta ss., sæc.
II.
[26]
V. un diplôme de Pépin-le-Bref dans Pardessus, t. II, p. 412 et 413.
[27]
V. ce placitum, ibid., p. 217.
[28]
V. ce diplôme, ibid., p. 418-420.
[29]
V. ce placitum, ibid., p. 229 et 230.
[30]
V. ce placitum, ibid., p. 241 et 242.
[31]
V. ce placitum, ibid., p. 286 et 287.
[32]
V. cette pièce, ibid., p. 315 et 316.
[33]
V. ce diplôme, ibid., p. 355-357.
[34]
Savigny les a réunis dans son Histoire du droit romain au moyen-âge. V.
la trad. franç., t. I, p. 210 et suiv.
[35]
V. idem, ibid., p. 214.
[36]
On ne peut, en effet, se prévaloir raisonnablement, pour soutenir l'opinion
opposée, d'un diplôme de la princesse Irmina (dans Pardessus, t. II, p. 252 et
253), où on lit les mots suivants : ... vel quantumcunque in memorata villa
Montis, tempore prœsenti, possidere videor, seu et peculii promiscuo utriusque
generis nationum vobis... trado. Il est évident que l'on doit voir ici la
répétition d'une ancienne formule, et rien de plus.
[37]
V. ce placitum, dans Pardessus, t. II, p. 229 et 250 ; v. aussi un
diplôme de l'année 715, ibid., p. 500 et 501.
[38]
Nous en pourrions citer de très-nombreux exemples, même à l'époque de la
prétendue réaction austrasienne.
[39]
V. Chronicon monachi Sancti-Galli, lib. II, c. 23, dans Bouquet, t. V,
p. 131.
[40]
V. De l'état des personnes en France sous les rois de la première race,
par M. Naudet, dans les Mém. de l'acad. des inscriptions, 2e série, t.
VIII, p. 445 et suiv. V. aussi un placitum de Childebert III, dans
Pardessus, t. II, p. 241 et 242.
[41]
V. ce diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 555-537.
[42]
V. le diplôme, dans l'Histoire de Metz, t. III, preuv., p. 12 et 13.
[43]
V. ce diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 342 et 343.
[44]
V. un diplôme de la princesse Irmina, ibid., p. 250 et 251.
[45]
V. Du Cange, Glossarium mediœ et infimœ latinitatis, v° Henimanni.
[46]
V. le diplôme de fondation, dans l'Histoire de Metz, t. III, preuv., p.
6.
[47]
V. Historia episcoporum Virdunensium, dans Calmet, Hist. de Lorraine,
1re édit., t. I, preuv., col. 197.
[48]
V. divers diplômes dans Pardessus, t. II, p. 284, 291, 293, 294, 332 et 333, et
dans l'Histoire de Metz, t. III, preuv., p. 7 et 8.
[49]
V. divers diplômes dans Pardessus, t. II, p. 284, et dans l'Histoire de Metz,
t. III, preuv., p. 7, 8, 11, 19 et 20.
[50]
V. notamment un diplôme de saint Chrodegangus dans l'Histoire de Metz, ibid.,
p. 7 et 8.
[51]
V. notamment un diplôme du comte Boso, ibid., p. 44.
[52]
V. le diplôme pour la fondation de Gorze, ibid., p. 7 et 8.
[53]
V. Vita sancti Willibrordi, episcopi Trajecti-ad-Rhenum, c. 15, dans
Mabillon, Acta ss., sæc. III, part. I.
[54]
V. ce diplôme, dans l'Histoire de Metz, t. III, preuv., p. 14.
[55]
V. Du Cange, Glossarium, v° Bracium.
[56]
V. Historia episcoporum Virdunensium, dans Calmet, Hist. de Lorraine,
1re édit., t. I, preuv., col. 198.
[57]
V. un diplôme de Chrodegangus dans l'Histoire de Metz, ibid., p.
12.
[58]
V. le testament de Fulradus, dans Félibien, Histoire de l'abbaye à
Saint-Denys, pièces justificatives, p. XXXVIII et XXXIX.
[59]
V. Volcyr, Lhistoire et Recueil de la triumphante et glorieuse victoire
obtenue contre les seduyctz et abusez Luteriens mescreans du pays Daulsays,
f° LXXVI r°.
[60]
V. Historia Francorum, lib. IV, c. 1, dans Du Chesne, t. III, p. 99.
[61]
V. c. 39, dans Calmet, Hist. de Lorraine, 1re édit., t. I, preuv., col.
15.
[62]
V. notamment Vita sancti Erminonis, abbatis Laubiensis, n° 11, dans
Mabillon, Acta ss., sæc. III, part. I.
[63]
V. le canon 4, dans Labbe, Concilia, t. VI, col. 1660.
[64]
V. le tome VII de juin.
[65]
V. cette lettre, dans Labbe, Concilia, t. VII, col. 10.
[66]
V. Vita sancti Willibaldi, episcopi Eystadii, c. 2 et 3, dans les
Bollandistes, au 7 juillet.
[67]
V. Vita sancti Magdalvei, Virdunensis episcopi, c. 2, dans le même,
recueil, au 4 octobre.
[68]
V. Adso, Historia episcoporam Tullensium, dans Calmet, Histoire de
Lorraine, 1re édit., t. I, preuv., col. 128 ; Benoît Picart, Histoire de
Toul, p. 277 et 278.
[69]
V. Vita sancti Corbiniani, Frisingensis episcopi, c. 5, 11 et suiv.,
dans Mabillon, Acta ss., sæc. III, part. I.
[70]
V. Histoire ecclésiastique de la province de Trèves, par M. Clouet, t.
I, p. 749.
[71]
V. ce diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 308-310.
[72]
V. Isidore de Séville, Origines, lib. XIX, n° 17.
[73]
V. la lettre de Frotharius évêque de Toul à l'abbé Aglemarus, dans Du Chesne,
t. I, p. 720. V. aussi la note XLV, à la fin du présent volume.
[74]
V. Vita sanctarum Harlindis et Reinulœ, abbatissarum Eihensium, n° 23,
dans Mabillon, Acta ss., sæc. III, part. I.
[75]
V. un diplôme de cette princesse dans Pardessus, t. II, p. 250 et 251.
[76]
V. ce placitum, ibid., p. 233 et 234.
[77]
V. Vita sancti Willibrordi, c. 8, dans Mabillon, ibid.
[78]
V. De l'Isle, Histoire de l'abbaye de Saint-Mihiel, p. 7, et preuv., p.
426.
[79]
V. Flodoard, Historia Remensis ecclesiœ, lib. IV, c. 39 et 40.
Quelques-unes des églises de Montfaucon avaient été construites au VIIe siècle.
[80]
V. notamment le diplôme pour la fondation de Gorze, ainsi qu'une charte du
comte Boso dans l'Histoire de Metz, t. III, preuv., p. 6-8 et 14, et
d'autres diplômes dans Pardessus, t. II, p. 332 et 333.
[81]
V. la note XLV, à la fin du présent volume.
[82]
V. une notice sur la fondation du monastère de Gorze dans Calmet, Hist. de
Lorraine, 1re édit., t. I, preuv., col. 275 et 276. Cette relation n'est
pas aussi ancienne que le pensait Dom Calmet.
[83]
V. le diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 328 ou 329.
[84]
V. Testamentum Sancti-Saluatoris, quod Pippinus rex abbatiœ Prumiensi fieri
jussit, dans Hontheim, Historia Trevirensis diplomatica et pragmatica,
t. I, p. 122.
[85]
V. Vita sanctarum Harlindis et Reinulœ, abbatissarum Eikensium, n° 6-8,
dans Mabillon, Acta ss., sæc. III, part. I.
[86]
V. Histoire de Lorraine, 1re édit., t. I, col. 509 ; Notice de la
Lorraine, t. I, col. 40.
[87]
V. différents diplômes relatifs à cette fondation dans l'Histoire de Metz,
t. III, preuv., p. 6 et suiv.
[88]
V. Calmet, Notice de la Lorraine, t. I, col. 138 ; Benoît Picart, Histoire
de Toul, p. 279.
[89]
V. Histoire ecclésiastique de la province de Trèves, par M. l'abbé
Clouet, t. II, p. 129 et 130.
[90]
V. son diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 200-202.
[91]
V. Grandidier, Histoire de l'église de Strasbourg, t. I, p. 333.
[92]
V. idem, ibid., p. 164, 392 et 394.
[93]
Il ne prit le nom de Schwartzach qu'après avoir été transféré sur la rive
gauche du Rhin, par Louis-le-Pieux.
[94]
V. Grandidier, ibid., p. 248 et suiv., 280 et suiv., 419 et 424.
[95]
V. idem, ibid., p. 398, et t. II, preuv., n° 70 ; v. aussi divers
diplômes dans Pardessus, t. II, p. 337, 338, 341, 346, 347, 408, 411 et 412.
[96]
V. Hermann-le-Contract, Chronicon, à l'année 731.
[97]
V. Mabillon, De re diplomatica, p. 92.
[98]
V. le diplôme de Thierry IV, dans Pardessus, t. II, p. 351 et 352.
[99]
V. ce diplôme, ibid., p. 352-355.
[100]
On peut voir aussi deux diplômes de la princesse Irmina et de Pépin d'Héristal,
ibid., p. 20, 251, 298 et 299.
[101]
V. deux de ses diplômes, ibid., p. 555-357, 363 et 364 ; v. aussi
d'autres diplômes relatifs au même monastère, ibid., p. 359, 368 et 369.
[102]
V. son diplôme, ibid., p. 352-355.
[103]
V. Vita sancti Pirmini, episcopi et abbatis, dans Mabillon, Acta ss.,
sæc. III, part. II ; Grandidier, Histoire de l'église de Strasbourg, t.
I, p. 252 et suiv. ; Histoire de Metz, t. I, p. 442 et suiv.
[104]
V. Sudanus, Basilea Sacra, p. 94.
[105]
Cette homélie a été publiée par Mabillon, dans ses Vetera Analecta, t.
IV, p. 569-601.
[106]
V. son diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 268 et 269.
[107]
V. un placitum du maire Carloman, ibid., p. 405.
[108]
V. son diplôme, ibid., p. 406.
[109]
V. Le mot cella, en français celle, en allemand jell, est
entré dans la composition de nombreux noms de lieux.
[110]
V. Vita sancti Pirmini, dans Mabillon, Acta ss., sæc. III, part.
II.
[111]
V. le diplôme, dans De l'Isle, Histoire de l'abbaye de Saint-Mihiel,
preuv., p. 421-425.
[112]
V. un placitum de Pépin-le-Bref dans Pardessus, t. II, p. 403.
[113]
V. Chronicon Fontanellense, c. 10 et 15, dans D'Achéry, Spicilegium,
édit. in-f°, t. II, p. 272 et 277.
[114]
V. Flodoard, Historia Remensis ecclesiœ, lib. III, c. 4.
[115]
V. d'anciennes formules de cette oblation dans Mabillon, Acta ss., sæc.
IV, præf., n° 53.
[116]
V. Vita sancti Bonifacii, Moguntini episcopi, auctore Othlono, ibid.,
sæc. III, part. II.
[117]
V. un diplôme de Pépin d'Héristal et de Plectrude dans Pardessus, t. II, p. 274
et 275.
[118]
V. le diplôme de Chilpéric Il pour cette abbaye, ibid., p. 313 et 314.
[119]
V. Sancti Bonifacii Epistolœ, 5, dans la Maxima bibliotheca veterum
Patrum, t. XIII, p. 71 et 72.
[120]
V. ces lettres, dans Sirmond, Concilia antiqua Galliœ, t. I, p. 513 et
522.
[121]
V. Sancti Bonifacii Epistolœ, 135, dans la Maxima bibliotheca veterum
Patrum, t. XIII, p. 126-128.
[122]
V. les actes de ce concile, dans Sirmond, ibid., t. I, p. 543 et suiv.
[123]
V. Supplementum ad vitam sancti Bonifacii, auctore presbytero Moguntino,
c. 1, dans les Bollandistes, au 5 juin.
[124]
V. Sancti Bonifacii Epistolœ, 3 et 135, dans la Maxima bibl. veterum
Patrum, t. XIII, p. 71,72 et 126-128 ; Supplementum ad vitam sancti
Bonifacii, c. 1, dans les Bollandistes, au 5 juin.
[125]
V. les actes de cette assemblée, dans Labbe, Concilia, t. VII, col. 1543
et suiv.
[126]
V. Vita sancti Livini, episcopi, dans l'édition que Serrarius a donnée
des lettres de saint Boniface, auquel on a longtemps attribué cette biographie.
[127]
V. Sancti Bonifacii Epistolœ, 105, dans la Maxima bibl. veterum
Patrum, t. VIII, p. 113-115.
[128]
V. ibid., 132, p. 125 et 126.
[129]
V. cette lettre, dans Labbe, Concilia, t. VI, col. 1499.
[130]
Il signa toutefois postérieurement à 695, et de concert avec Ludwinus,
plusieurs diplômes, que l'on peut voir dans Pardessus, t. II, p. 250-253.
[131]
V. ce diplôme, ibid., p. 268 et 269.
[132]
Ces historiens se sont appuyés principalement sur un passage de Flodoard (Historia
Remensis ecclesiœ, lib. II, c. 12), et sur une lettre du pape Adrien Ier,
citée par le biographe de saint Rigobertus ; mais la mention du diplôme suffit
pour détruire ces deux autorités.
[133]
V. Vita sancti Rigoberti, Remensis episcopi, n° 19 et suiv., dans les
Bollandistes, au 4 janvier ; Flodoard, Historia Remensis ecclesiœ, lib.
II, c. 12.
[134]
Cette forêt prit le nom de Meilenwald ou bois de Milon. V. Gesta
Trevirorum, c. 39, dans Calmet, Hist. de Lorraine, 1re édit., t. I,
preuv., col. 15.
[135]
V. Vita sancti Rigoberti, n° 20, dans les Bollandistes, au 4 janvier ;
Flodoard, Historia Remensis ecclesiœ, lib. II, c. 16.
[136]
V. Epistola 32, dans la Maxima bibl. veterum Patrum, t. XIII, p.
82.
[137]
V. Chronicon monasterii Sancti-Petri-Vivi Senonensis, auctore Clario,
dans D'Achéry, Spicilegium, édit. in-f°, t. II, p. 464.
[138]
V. Concilia, t. VI, col. 535 et 536.
[139]
V. ibid., col. 697 et 698.
[140]
V. Concilia antiqua Galliœ, t. I, p. 509.
[141]
V. Acta ss., sæc. II, p. 1056, note b.
[142]
V. Concilia, t. VI, col. 1240 et 1241.
[143]
V. ibid., col. 1376.
[144]
V. Grandidier, Histoire de l'église de Strasbourg, t. I, p. 175.
[145]
V. ce que nous avons dit plus haut de saint Pirminus.
[146]
V. Bertaire, Historia episcoporum Firdunensium, dans Calmet, Hist. de
Lorraine, 1re édit., t. I, preuv., col. 197.
[147]
V. Gallia Christiana, t. IX, col. 27.
[148]
V. Chronicon episcoporum Metensium, dans D'Achéry, Spicilegium,
édit, in-f°, t. II, p. 227.
[149]
V. un diplôme de Hugo et d'Arnulfus, petit-fils de Pépin d'Héristal, dans
Pardessus, t. II p. 301 et 302. On y lit le passage suivant : Clericis vel
pauperibus alimoniam accipientibus, aut lectoribus inibi deservientibus.
Les lectores sont évidemment les professeurs de l'abbaye.
[150]
V. Frotharii Epistolœ, 10, dans Du Chesne, t. II, p. 715 et 716 ; Histoire
littéraire de la France, t. IV, p. 173.
[151]
V. Roussel, Histoire de Verdun, p. 112-114.
[152]
V. idem, ibid., p. 126 et 127.
[153]
V. Vita sancti Landeberti, Trajectensis episcopi, n° 2 et 3, dans
Mabillon, Acta ss., sæc. III, part. I.
[154]
V. Vita sancti Willibrordi, ibid.
[155]
V. Mabillon, Observationes prœviœ ad Vitam sancti Sturmii, abbatis Fuldensis
primi, ibid., sæc. III, part. II.
[156]
V. Vita sanctarum Harlindis et Reinulœ, abbatissarum Eihensium, n° 12, ibid.,
sæc. III, part. I.
[157]
V. Epistola 28, dans la Maxima bibl. veterum Patrum, t. XIII, p.
81.
[158]
V. Notice de la Lorraine, t. I, suppl., col. 138 et 139.
[159]
V. De l'Isle, Histoire de l'abbaye de Saint-Mihiel, p. 29.
[160]
V. Gesta regum Francorum, dans Du Chesne, t. I, p. 720.
[161]
Hugues de Flavigny (Chronicon Virdunense, dans Bouquet, t. III, p. 364)
assure que Charles Martel avait eu des biographes, dont les écrits ne sont pas
venus jusqu'à nous.
[162]
V. son t. II, p. 1 et 2.
[163]
V. Vita sancti Ursmari, abbatis Laubiensis, n° 9, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. III, part. I.
[164]
V. Gallia Christiana, t. IX, col. 27.
[165]
V. Bertaire, Historia episcoporum Virdunensium, dans Calmet, Hist. de
Lorraine, 1re édit., t. I, preuv., col. 197.
[166]
V. Bertholet, Histoire du duché de Luxembourg, t. II, p. 147 et suiv.,
185 et 186.
[167]
V. Vita sancti Ursmari, abbatis Laubiensis, passim, et Vita sancti
Erminonis, n° 2-6 et 13, dans Mabillon, Acta ss., sæc. III, part. I.
[168]
V. Vita sancti Gengulphi, martyris, et Historia miraculorum Florinis
factorum, dans les Bollandistes, au 11 mai. Il y a aussi d'intéressants
détails dans la chronique d'Albéric de Trois-Fontaines.
[169]
Notamment à Trèves et à Toul.
[170]
V. Le Beuf, Observation tirée de la vie de saint Gengoul, contre une
altération des anciens manuscrits, dans le Journal de Verdun, mars
1754.
[171]
V. Hontheim, Prodromus Historia Trevirensis, t. I, p. 357.
[172]
V. le diplôme, dans Calmet, Hist. de Lorraine, 1re édit., t. I, preuv.,
col. 267 et 268.
[173]
V. les diplômes, dans Pardessus, t. II, p. 250-253, 264, 275.275 ; et dans
Calmet, Hist. de Lorraine, 1re édit., t. I, preuv., col. 268. V. aussi
l'analyse du Codex aureus de l'abbaye d'Epternach, dans les Publications
de la société pour la recherche et la conservation des monuments historiques du
grand-duché de Luxembourg, année 1860, t. XVI, p. 4-8.
[174]
V. Vita sanctarum Harlindis et Reinulœ, n° 15, dans Mabillon, Acta ss.,
sæc. III, part. I.
[175]
On sait que cette princesse avait été mariée, avant d'embrasser la vie
religieuse.
[176]
V. Vita sancti Gregorii, episcopi Trajecti-ad-Rhenum, ibid., sæc. III,
part. II.
[177]
V. Anastase-le-Bibliothécaire, Vita Gregorii II dans Muratori, Scriptores
rerum Italicarum, t. III, part. I, p. 154 ; Paul Diacre, De gestis
Langobardorum, lib. VI, c. 44, dans le même recueil, t. I, part. I, p. 504
et 505. V. aussi une lettre de Grégoire II dans Labbe, Concilia, t. VI,
col. 1470 et 1471.
[178]
Cette ville est nommée Patavium par le biographe de saint Corbinianus.
[179]
V. Hartzheim, Concilia Germaniœ, t. I, p. 55.
[180]
V. Vita sancti Corbiniani, Frisingensis episcopi, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. III part. I.
[181]
V. Mabillon, Annales Benedictini, liv. XXI, n° 58 et 59 ; Canisius, Lectiones
antiquœ, t. III, p. 2.
[182]
V. Bibliothèque de l'école des chartes, 4e série, t. II, p. 486.
[183]
V. Grandidier, Histoire de l'église de Strasbourg, t. I, p. 248, 249 et
251.
[184]
V. idem, ibid., p. 421.
[185]
V. idem, ibid., p. 269.
[186]
V. Du Cange, Glossarium mediœ et infirmœ grœcitatis, v°
Λαϋρα.
[187]
V. Bède, Historia eccles. gentis Anglorum, lib. V, c. 11.
[188]
V. Vita sancti Kiliani, episcopi et martyris, dans Mabillon, Acta ss.,
sæc. II.
[189]
V. ce diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 263 et 264.
[190]
V. Commenterii de rebus Franciœ Orientalis, t. I, p. 312.
[191]
V. cette lettre, dans Labbe, Concilia, t. VI, col. 1446.
[192]
V. cette épître, ibid., col. 1474.
[193]
V. Vita sancti Bonifacii, Maguntini episcopi, auctore Othiono, lib. I,
c. 1, 2, 6 et 7, dans Mabillon, Acta ss., sæc. III, part. II.
[194]
V. une lettre du pape dans Labbe, Concilia, t. VI, col. 1437.
[195]
V. Vita sancti Bonifacii, lib. I, c. 12.
[196]
V. ibid., c. 22.
[197]
V. ibid., c. 23.
[198]
V. Vita sancti Wigberti, abbatis Fritislariensis, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. III, part. I.
[199]
V. Vita sancti Bonifacii, n° 25. V. aussi Vita sancti Burchardi,
Wirtziburgensis episcopi, dans Mabillon, Acta ss., sæc. III, part.
I.
[200]
V. trois lettres du pape Grégoire III dans Labbe, Concilia, t. VI, col.
1470 et suiv. V. aussi col. 1446.
[201]
V. notamment Labbe, ibid., col. 1545 et 1546.
[202]
V. le prologue du concile de Liptinœ, dans Sirmond, Concilia antiqua
Galliœ, t. I, p. 537.
[203]
V. une lettre de Grégoire III dans Labbe, Concilia, t. VI, col. 1474 et
1475.
[204]
V. Vita sancti Sturmii, abbatis, dans Mabillon, Acta ss., sæc.
III, part. II.
[205]
V. un diplôme de saint Boniface, fixant le territoire du nouveau monastère,
dans Pardessus, t. II, p. 404.
[206]
V. Vita sancti Remacli, episcopi Trajecti-ad-Mosam, n° 9, dans Mabillon,
Acta ss., sæc. II.
[207]
V. une lettre du pape Zacharie dans Labbe, Concilia, t. VI, col.
1515-1517. V. aussi De initio metropoleos ecclesiasticœ Coloniœ Augustœ
Agrippinensium disquisitio ; Cologne, 1736, in-4°.
[208]
V. la bulle d'érection, dans Labbe, ibid., col. 1527 et 1528.
[209]
V. ce testament, dans les Mémoires de la société philomatique de Verdun,
t. III, p. 340, et Bertaire, Historia episcoporum Virdunensium, dans
Calmet, Hist. de Lorraine, 1re édit., t. I, preuv., col. 197.
[210]
V. Vita sancti Rigoberti, Remensis episcopi, dans les Bollandistes au 4
janvier.
[211]
V. Adso, Historia episcoporum Tullensium, dans Calmet, ibid., col. 127.
V. aussi Benoît Picart, Histoire de Toul, p. 274.
[212]
V. Vita sanctœ Berlendis, virginis, n° 16, dans Mabillon, Acta ss.,
sæc. III, part. I.
[213]
V. le diplôme de fondation, dans Pardessus, t. II, p. 364 et 565. Il résulte
cependant de ce diplôme que le monastère de Palatiolum était double.
[214]
V. ce canon, dans Sirmond, Concilia antiqua Galliœ, t. I, p. 539.
[215]
Telle est l'opinion des Bollandistes et du Père le Cointe (Annales
ecclesiastici Francorum, ann. 640, n° 36, ann. 667, n° 5 et 20, ann. 675,
n° 2).
[216]
V. Acta ss., sæc. II, præf.
[217]
V. Histoire ecclésiastique de la province de Trêves, par M. l'abbé
Clouet, t. II, p. 254 et 255.
[218]
V. Historia episcoporum Tullensium, c. 33, dans Calmet, Hist. de
Lorraine, 1re édit., t. I, preuv., col. 151.
[219]
V. le canon 1, dans Sirmond, Concilia antiqua Galliœ, t. I, p. 538.
[220]
V. le canon 2, ibid., p. 540.
[221]
V. diverses lettres du pape Zacharie à saint Boniface, ibid., p.
558-580, ou dans Labbe, Concilia, t. VI, col. 1515, 1517 et 1526.
[222]
V. les souscriptions des Pères du concile, dans Sirmond, ibid., p. 373.
[223]
V. Sancti Bonifacii Epistolœ, 103, dans la Maxima bibl. veterum
Patrum, t. XIII, p. 113-115.
[224]
V. ces divers canons, dans Sirmond, ibid., p. 539 et 1141, et l'Indiculus
dans le supplément, p. 75.
[225]
V. Vita sancti Landeberti, episcopi Trajecti-ad-Mosam, n° 8, dans
Mabillon, Acta ss., sæc. III, part. I.
[226]
V. ce canon, dans Sirmond, ibid., t. I, p. 541.
[227]
V. Judicia congrua pœnitentibus, n° 12, dans Labbe, Concilia, t.
VI, col. 1481.
[228]
Ces deux bractéates sont déposées au musée lorrain.
[229]
V. sa lettre, dans Labbe, Concilia, t. VI, col. 1506.
[230]
V. Vita sancti Bonifacii, auctore Othlono, lib. II, c. 20 et suiv. ; alia
vita, auctore Willibaldo, n° 33 et suiv., dans Mabillon, Acta ss.,
sæc. III, part. II. On peut aussi consulter Ozanam, La civilisation
chrétienne chez les Francs, p. 171 et suiv., et le travail de M. Mignet
intitulé : Comment l'ancienne Germanie est entrée dans la société civilisée
de l'Europe occidentale (Mémoires de l'académie des sciences morales et
politiques, 2e série, t. III, p. 715 et suiv.).