HISTOIRE DU ROYAUME D'AUSTRASIE

TOME QUATRIÈME

 

CHAPITRE XX. — MAIRIE DE CARLOMAN ET DE PÉPIN-LE-BREF (741-752). - CHILDÉRIC III.

 

 

Carloman se trouvait probablement dans le palais de Carisiacum au moment de la mort de son père, et ce dut être lui qui présida à ses funérailles. Un passage de la continuation de Frédégaire nous autorise, en effet, à penser que Pépin-le-Bref avait été obligé de se rendre en Bourgogne, vers le milieu de l'été, peut-être seulement au commencement de l'automne, pour prévenir ou comprimer une nouvelle révolte. On crut même que le danger était assez grave, car Pépin se fit accompagner de son oncle Childebrand et d'une armée considérable[1]. Les historiens ne nous disent pas quelle fut l'issue de cette affaire ; mais il résulte de leur silence et de la suite des évènements que la présence du jeune maire de Neustrie et de ses troupes suffit pour faire rentrer les Bourguignons dans le devoir.

Carloman et Pépin ne tardèrent pas à avoir des embarras plus sérieux. Leur frère Grippo ou Griffo réclama une part dans la succession de son père. Il paraît que, à son lit de mort, Charles avait promis de donner quelque chose à ce jeune homme ; ce qui ne pouvait se faire qu'au préjudice des arrangements pris antérieurement en faveur de ses deux fils aînés[2]. N'ayant nulle envie de partager avec Griffo, qu'ils regardaient de mauvais œil comme enfant d'une seconde femme, et connaissant parfaitement son humeur ambitieuse et remuante, Carloman et Pépin refusèrent catégoriquement de lui remettre ce qu'il disait lui appartenir. Outré d'un pareil refus et cédant aux conseils de Sonichildis, Griffo réunit ses partisans, surprit la ville de Laon et s'y enferma. Carloman se hâta de l'y assiéger, le contraignit â se rendre sans conditions, et, de concert avec Pépin alors retenu en Bourgogne, le fit enfermer dans une forteresse, située au milieu de la forêt des Ardennes et appelée Novum-castrum, pendant que l'on conduisait Sonichildis dans l'abbaye de Chelles[3].

Carloman et Pépin délibérèrent ensuite sur le parti qu'ils devaient adopter au sujet de la royauté. Le trône était vacant depuis près de cinq ans, et les partisans nombreux que les Mérovingiens conservaient encore murmuraient d'un pareil état de choses, qui semblait annoncer chez ses auteurs l'intention secrète, mais bien arrêtée, de faire oublier l'ancienne dynastie pour prendre sa place eux-mêmes. Les deux fils de Charles Martel, croyant, malgré leur ambition, que ce moment n'était pas encore venu, se décidèrent à mettre un mérovingien sur le trône. Parmi tous les membres plus ou moins obscurs et plus ou moins incapables dont la famille de Clovis était alors composée, ils choisirent Childéric (III), fils de Chilpéric II, ce roi que les Neustriens avaient proclamé en 715, et que Charles Martel avait fini par reconnaître. Quelques savants ont pensé que la proclamation de ce prince était l'ouvrage de Pépin seulement, et que Carloman avait continué à gouverner son partage avec le titre de maire du palais ou celui de duc, sans s'inquiéter de ce fantôme de roi[4]. Mais il est facile d'établir que Childéric III fut reconnu en Austrasie, comme en Neustrie et en Bourgogne. Le diplôme de Chrodegangus évêque de Metz pour la fondation de l'abbaye de Gorze ou Gorzia (745) présente la mention suivante : Actum apud Andernacum, in palatio, publice... anno iv Childerici regis[5]. Un neveu de sainte Odilia, Bodalus, donnant (747) à l'abbaye de Saint-Grégoire ou de Münster, située en Alsace, ce qu'il possédait dans la villa Hodulseshaim, s'exprime ainsi : Datum xv kal. januarias, anno sexto regni domini nostri Childerici regis[6]. Deux diplômes en faveur de l'abbaye de Hanaw ou Honau, émanant le premier de Hugo père de Bodalus (ann. 747), le second de Bodalus lui-même (748), sont ainsi datés : Datum sub die quarto kalendas junias, anno sexto reg ni domini nostri Hilderici regis, et Actum Suraburgo monasterio, publice. Datum.... anno septimo regni domini nostri Hilderici regis[7]. En 748, Heddo évêque de Strasbourg faisait mettre au bas d'un diplôme pour le monastère d'Augia : Actum.... sub die quinto ante kalend. octubris, anno septimo regni domini nostri Helderici regis[8]. Nous possédons deux diplômes de Carloman lui-même établissant, de la manière la plus formelle, l'exactitude de notre assertion. Dans le premier, qui est de l'année 746 et concerne les abbayes de Stabulaus et de Malmundarium, Carloman s'exprime de la sorte : Idcirco ego Karlemannus, major domus... regnante Hildrico rege[9]. On lit dans le second — il est de l'année suivante et contient le résultat d'un placitum en faveur des mêmes monastères — : Inluster Karlemannus, major domus,..... in anno quinto regnante Hilderico rege[10]. Enfin, on a même conservé un diplôme dans lequel Childéric III, s'adressant viro inclito Karlomanno majore (sic) domus, lui intime ses ordres relativement aux abbayes de Stabulaus et de Malmundarium, situées toutes deux en Austrasie[11]. Nous reconnaissons néanmoins que ces ordres ne se donnaient que pour la forme, et que toute l'autorité résidait dans la personne des deux maires. Ils le faisaient fréquemment sentir à Childéric. Les peuples, qui comprenaient parfaitement la situation, leur décernaient déjà le titre de principes, autrefois réservé aux rois[12], et Carloman se qualifia lui-même de princeps dans le préambule du concile de Liptinœ ou Leptines tenu en 743[13] ; mais il ne faut pas attacher aux mots regimen[14] et regnum[15], que l'on rencontre parfois, un autre sens que celui de gouvernement.

Tous ces arrangements, en quelque sorte intérieurs, étant terminés, Carloman et Pépin se mirent en devoir de soumettre les ennemis extérieurs de leur famille ou de la monarchie. Hunaldus, fils et successeur du duc Eudes, avait profité de la mort de Charles Martel pour se rendre complètement indépendant, et, croyant que les fils du maire n'avaient pas hérité de ses talents, il les brava et s'empara de l'Aquitania Prima et de l'Aquitania Secunda, étendant ainsi son duché jusqu'aux rives de la Loire. Les deux maires, à peine délivrés des embarras qui environnent toujours un pouvoir nouveau, rassemblèrent une armée et se dirigèrent vers l'Aquitaine. Ayant traversé la Loire sur le pont d'Orléans, ils pénétrèrent dans les vastes plaines qui séparent cette ville de celle de Bourges, et firent subir un échec considérable à un corps de troupes ennemies, principalement composé de gallo-romains, si l'on doit prendre à la lettre les expressions d'un continuateur de Frédégaire. Ils poursuivirent les fuyards jusque sous les murs de Bourges, dont ils dévastèrent les environs ; mais ils ne paraissent pas avoir réussi à entrer dans la ville. Après avoir mis en fuite Hunaldus, qui s'était avancé pour la secourir, ils tournèrent vers l'ouest, assiégèrent, prirent, rasèrent la forteresse de Lucca (aujourd'hui Loches), qui incommodait beaucoup les civitates voisines, et revinrent l'un en Neustrie, l'autre en Austrasie, avec un immense butin et une multitude de captifs[16].

Cette expédition heureuse, mais qui n'eut aucun résultat décisif, se termina dans l'automne de l'année 742, et, quelques semaines après, nous retrouvons Carloman et Pépin à la tête de leur armée. Cette fois ils prirent le chemin de la Grande Germanie, qui était en combustion depuis la mort de Charles Martel. Au nord, les Saxons recommençaient leurs courses dans la Thuringe et dans les pays situés entre l'Elbe et le Rhin ; au sud-ouest, les Alamanni avaient proclamé de nouveau leur indépendance, et au sud-est, les Bajuvarii, sans rompre tout-à-fait avec les Francs, ne semblaient guère mieux disposés que les autres germains.

Ils avaient alors pour duc un personnage appelé Odilon, qui ne manquait ni d'ambition, ni d'habileté, et dont toutes les démarches tendaient à l'affranchissement de son peuple. Il venait cependant de s'allier aux deux maires du palais par un mariage, que ceux-ci avaient vu de mauvais œil. Nous avons dit que Charles Martel avait laissé une fille illégitime nommée Chilthrudis ou Hilthrudis. Cédant aux perfides conseils de Sonichildis, seconde femme de Charles, qui cherchait à susciter de toutes parts des embarras et des ennemis à Carloman et à Pépin, Chilthrudis quitta clandestinement le lieu de sa résidence, franchit le Rhin, se retira dans le pays des Bajuvarii, et, malgré l'opposition de ses frères, épousa Odilon. Celui-ci se regarda désormais comme l'égal de Carloman et de Pépin, et s'imagina que son mariage lui donnait droit à une indépendance absolue[17].

Les maires attaquèrent d'abord les Alamanni, qui étaient les plus rapprochés. Ayant traversé le Rhin, entre Strasbourg et Mayence, ils vinrent camper, près du Danube, dans un lieu que la continuation de Frédégaire appelle Usquequo. Il n'est pas aisé d'en déterminer la position, et Freher a même soutenu que ce mot n'est autre chose qu'un adverbe latin, introduit dans le texte de la continuation par l'erreur d'un copiste ; mais le passage du chroniqueur est trop précis (in loto nuncupante Usquequo), pour qu'une pareille hypothèse soit admissible, et il vaut mieux voir dans ce mot, certainement estropié par les écrivains du moyen-âge, un nom germain, ayant quelqu'analogie de prononciation, comme par exemple celui de la petite ville d'Ehingen, dont la situation paraît répondre assez bien à celle du lieu mentionné dans le troisième continuateur de Frédégaire. Quoiqu'il en soit, déconcertés par la marche rapide des deux maires, et effrayés de les sentir au cœur même de leur territoire, avec une armée victorieuse, les Alamanni n'opposèrent qu'une faible résistance, donnèrent des otages aux Francs et reconnurent leur suprématie. Mais leur unique but était de gagner du temps, et nous les verrons bientôt se révolter une seconde fois[18].

L'année suivante (743), les maires entreprirent de soumettre Odilon, et, ayant franchi le Rhin et traversé le pays des Alamanni, ils s'avancèrent jusque dans la vallée du Lieus (que l'on appelait déjà le Lech), un des affluents méridionaux du Danube. Ils campèrent sur la rive gauche. Odilon, avec les Bajuvarii, occupait la rive droite et mettait obstacle à toute tentative de passage. Les deux armées restèrent en présence pendant quinze jours. Les Bajuvarii, se croyant suffisamment protégés par le cours de la rivière, qui est assez rapide, insultaient continuellement les Francs, qu'ils accusaient de lâcheté. Enfin, Carloman et Pépin, impatientés de ces invectives, sortirent de leur camp, pendant la nuit, et gagnèrent un gué, que les ennemis n'avaient pas jugé à propos de garder, à cause de la difficulté de ses abords ; puis, ayant divisé leur armée en plusieurs colonnes, ils fondirent, à la pointe du jour, sur le camp des Bajuvarii. Réveillés en sursaut et ne sachant ce qui arrivait, ceux-ci ne purent opposer une résistance efficace. Le combat fut sanglant toutefois ; mais la défaite des Bajuvarii finit par devenir complète, et Odilon se trouva trop heureux de pouvoir, accompagné seulement de quelques soldats, mettre l'Œnus[19] entre lui et les Francs qui le poursuivaient[20].

Cette victoire n'était pas tout-à-fait décisive ; mais les Bajuvarii étaient trop découragés pour continuer la guerre, et les fils de Charles Martel furent, en 744, libres de tourner leurs armes contre d'autres ennemis, notamment contre les Saxons, dont les incursions devenaient, de jour en jour, plus fatigantes. Carloman se chargea de repousser ces derniers avec les Austrasiens, et la campagne ne fut ni longue ni pénible. Les Saxons, effrayés des préparatifs que l'on avait faits contre eux, se retirèrent dans leurs déserts, et les Austrasiens revinrent, après avoir réuni à leur royaume les portions de la Saxe les plus voisines de l'Elbe, et obligé plusieurs barbares à recevoir le sacrement de baptême[21].

Pendant ce temps, Pépin marchait, avec les armées de Neustrie et de Bourgogne, contre un autre ennemi, que le troisième continuateur de Frédégaire désigne par les mots Theudebaldus filius Godefredi ducis. Or, ce Theudebaldus ne peut être que Theodebaldus fils de Gothefridus duc des Alamanni. Nous avons vu plus haut que, après la mort de ce dernier arrivée en 708, les Alamanni avaient pris pour chef un personnage nommé Wilicharius ; que celui-ci se révolta contre les Francs ; que Pépin d'Héristal le défit, le chassa et lui donna, en 712, pour successeur Theodebaldus fils de l'ancien duc Gothefridus. Trente-deux années s'étaient écoulées depuis ce moment, et Theodebaldus avait presque toujours conservé un certain respect pour les Mérovingiens, ou plutôt pour Pépin d'Héristal et Charles Martel, leurs représentants. Nous sommes même en droit de penser qu'il était resté à peu près étranger à l'espèce de rébellion qui, en 742, avait attiré au cœur même de l'Alamannia les armées de Carloman et de Pépin. Les maires l'avaient, en effet, laissé alors à la tête de son peuple ; mais, cette fois, il fut le principal auteur de la révolte des Alamanni, et le maire de Neustrie et de Bourgogne résolut d'en finir avec lui, le poursuivit de retraite en retraite jusqu'au-delà des Alpes, et le contraignit à chercher un asile dans un pays éloigné, d'où il ne revint plus. Le titre même de duc des Alamanni fut momentanément supprimé, et Pépin réserva à son frère et à lui le gouvernement direct de cette petite nation[22].

Les derniers mois de la même année 744 furent employés à une nouvelle expédition contre les Wascones et leur duc Hunaldus, qui ne pouvaient se résigner au repos. L'armée des Francs était déjà parvenue sur les bords de la Loire et se disposait à franchir le fleuve, lorsque Carloman et Pépin virent arriver dans leur camp des ambassadeurs de Hunaldus, qui, à force de prières et de présents, obtinrent que les deux maires n'iraient pas plus loin[23].

L'hiver se passa tranquillement, mais dès le printemps de l'année 745 on fut obligé de reprendre les armes. Humiliés par la double défaite qu'ils avaient éprouvée et par la suppression de l'espèce de petite royauté qui avait jusqu'alors existé chez eux, les Alamanni s'étaient révoltés encore une fois. Carloman envahit leur pays, et, croyant qu'un exemple terrible était nécessaire pour dompter enfin ce peuple remuant, il le traita avec la dernière rigueur et fit périr une multitude d'individus qui furent pris les armes à la main[24].

Cette terrible exécution ne tarda pas à lui causer de vifs remords, et, soit pour expier une action qu'il regardait comme un crime, soit pour s'occuper uniquement de son salut, il résolut de renoncer au pouvoir et aux honneurs et de passer le reste de sa vie dans un monastère. Les historiens s'accordent, en général, pour fixer à l'année 746 l'annonce et la réalisation de ce projet. Néanmoins, il nous semble résulter de divers diplômes que, s'il fut rendu public en 746 et même plutôt, il ne fut exécuté qu'en 747. Pépin-le-Bref était dans le palais d'Andernach (Andernacum) le 20 mai 745[25], c'est-à-dire dans un moment où l'expédition contre les Alamanni était peut-être déjà terminée, et on peut conjecturer qu'il s'était rendu dans ce palais pour conférer avec Carloman au sujet de la résolution dont il s'agit. Mais elle n'avait pas cessé d'être à l'état de projet le 6 juin 746 ; car nous possédons un diplôme de Carloman, daté de ce même jour, et dans lequel il se qualifie de major domus. On y voit aussi qu'il résidait alors dans la villa Wasidium, au milieu de la forêt des Ardennes[26]. D'un autre côté, Pépin, qui devait être pressé d'aller prendre possession de la succession de son frère, était encore en Neustrie le 11 février 747. Ce jour-là, il présidait, dans le palais de Vernum, entre Paris et Compiègne, un placitum, dont nous avons le résultat[27] ; et même, on a conservé celui d'un autre placitum qui, si la date n'est pas altérée, aurait été tenu dans la maison royale de Dunavilla, près de Liège, par Carloman en personne le 15 août 747[28].

C'est donc seulement en septembre ou octobre que le maire d'Austrasie résigna ses fonctions, entre les mains de son frère, et partit pour Rome, où il voulait voir le souverain-pontife, avant de se retirer dans un monastère. Il alla se jeter aux pieds du pape Zacharie, qui siégeait alors, le pria de lui couper les cheveux, déposa de magnifiques présents sur le tombeau de saint Pierre, embrassa la vie monastique chez les bénédictins du mont Soracte, puis finit par se faire recevoir parmi les religieux de l'abbaye du Mont-Cassin, autrefois gouvernée par saint Benoît lui-même. Il y donna l'exemple de toutes les vertus, et son humilité était si profonde qu'il dissimula avec soin sa qualité, et qu'il se laissa, un jour, frapper, pour une faute légère, par des rustres qui remplissaient les fonctions de domestiques dans le monastère.

Avant de partir pour l'Italie, Carloman avait eu une entrevue avec son frère Pépin et lui avait recommandé : 1° de traiter avec affection ses fils à lui Carloman, et de leur procurer plus tard un établissement digne de leur naissance ; 2° de mettre en liberté leur frère Griffo, qui était détenu depuis la prise de Laon, et de lui donner une indemnité pour le gouvernement dont ils l'avaient dépouillé ; 3° enfin de ne pas déposséder la famille des Mérovingiens, dont les droits étaient trop évidents pour être méconnus[29]. Pépin fit une partie des promesses que son frère exigeait ; mais il les oublia bientôt. Ainsi, loin d'accorder aux enfants de Carloman, dont rainé se nommait Drogo, ce que leur père avait demandé pour eux, Pépin les fit enfermer et élever dans des monastères, où l'on tâcha de leur inspirer le goût de la vie religieuse ; et on ne peut guère le blâmer d'avoir pris ce parti ; car la division de la Gaule en deux, trois ou quatre monarchies avait eu des suites tellement funestes et avait causé tant de guerres civiles et de malheurs de tout genre, que la raison d'état prescrivait impérieusement de ne plus partager l'autorité. Quant à Grille), Pépin lui rendit la liberté et lui céda des domaines considérables, qui en faisaient un des plus riches particuliers du royaume. Enfin, nous verrons, dans un instant, la manière dont le maire du palais tint les promesses qu'il avait pu faire relativement aux Mérovingiens.

Il était, du reste, l'homme le plus capable de relever la royauté et d'assurer à la Gaule la prépondérance qui devait lui appartenir dans le partage d'Occident. Saint Willibrordus, évêque de Trajectum-ad-Rhenum, qui lui avait administré le sacrement du baptême, avait, pendant la cérémonie, prédit la grandeur future du jeune prince[30] ; et on ne peut douter que Pépin n'ait fait valoir cette prophétie pour autoriser le dessein qu'il poursuivait. Elevé dans le monastère de Saint-Denys, il avait acquis toutes les connaissances qui pouvaient alors convenir au chef d'un grand état[31]. Arrivé à l'âge viril, il avait épousé Berta, dont le père, nommé Charibertus, était peut-être un mérovingien, et dont l'aïeule paternelle, appelée Berta, Bertrada et même Bertradana, avait doté le monastère de Prum[32]. Ainsi, la famille de Pépin-le-Bref se rattachait, tant par lui que par sa femme, à des races honorées pour leur sainteté et leur amour de l'Eglise et de ses institutions les plus chères ; et l'évêque Carthwulfus n'était que l'organe de l'opinion publique lorsqu'il écrivait à Charlemagne : « Ô mon roi, si le Souverain Maître t'a élevé en honneur et en gloire au-dessus non seulement de tes contemporains, mais encore de tes prédécesseurs, tu le dois en partie aux vertus de ton père, surtout à celles de ta mère, et c'est à leurs prières, principalement à celles de la reine, que le monde est redevable de ta naissance[33]. » A Pépin n'avait garde de combattre de pareilles idées, et il tint toujours à l'égard de l'Eglise une conduite propre à les justifier.

Aussitôt après le départ de son frère, il se rendit en Austrasie pour prendre possession des fonctions de maire du palais de ce royaume, et il ne tarda pas à reconnaître qu'il y trouverait aucune chose qu'une sinécure. Les Saxons venaient, en effet, de recommencer leurs courses, et il fallut marcher immédiatement contre eux. Ayant envoyé aux chefs des Frisons et des Winides l'ordre de lui amener leurs contingents, Pépin s'avança jusque dans la vallée de l'Elbe, défit les Barbares et les contraignit à payer le tribut de cinq cents vaches auquel ils étaient soumis autrefois. Le troisième continuateur de Frédégaire ajoute que beaucoup d'entr'eux consentirent à recevoir le baptême[34].

Cette campagne, qui fut très-courte, avait été terminée avant le Ier janvier 748, et le maire du palais allait probablement poursuivre l'exécution de ses grands desseins, lorsqu'il apprit que son frère Griffe, trompant l'active surveillance dont il était l'objet, s'était réfugié chez les Saxons, avec plusieurs de ses partisans. Pépin marcha aussitôt vers la Saxe et rencontra son frère retranché, avec les individus qui l'avaient suivi et un assez grand nombre de barbares, derrière la rivière alors appelée Obacra — aujourd'hui l'Ocker, un des affluents de l'Elbe. Il offrit aux Saxons de leur pardonner leur infraction à la paix nouvellement conclue, s'ils lui livraient Griffo. Dès lors, celui-ci, ne se jugeant plus en sûreté au milieu d'eux, alla chercher un asile chez les Bajuvarii. Là, se prévalant d'un prétendu testament de Charles Martel, qui lui aurait assuré une part dans sa succession, il travailla sans relâche à soulever les Alamanni, les Bajuvarii, les Thuringiens et d'autres peuples encore, qui ne cherchaient qu'une occasion favorable pour se remettre en liberté. Pépin alla les combattre dans l'été de 748 ; il attaqua d'abord les Bajuvarii, qui, après avoir éprouvé plusieurs échecs, prirent le parti de se réfugier au-delà de l'Inn, avec leurs femmes et leurs enfants. L'armée Franque campa sur le bord septentrional de la rivière, et, comme il n'y avait pas moyen de la traverser à gué, le maire fit construire des barques pour transporter ses troupes sur le bord méridional. A la vue de cette flottille, les Bajuvarii, perdant complètement courage, envoyèrent à Pépin une députation, chargée de riches présents, pour lui annoncer qu'ils renonçaient à toute idée de résistance ; et, après s'être fait livrer un certain nombre d'otages, et avoir confirmé le titre de duc au jeune Tassillon ou Tassillo, fils d'Odilon et de Chilthrudis, il tourna ses armes contre les Thuringiens. Griffo était alors au milieu d'eux, et il était parvenu à se rendre tellement maître de la partie centrale de la Grande Germanie, que, au risque de déplaire à Pépin, saint Boniface se crut obligé d'écrire à Griffo pour lui recommander les prêtres et les moines qui travaillaient à la conversion de la Thuringe, et le prier de les mettre à l'abri de tonte violence de la part des païens[35]. Le jeune prince avait été élevé avec soin dans la religion chrétienne, et il avait même été guéri miraculeusement, dans son enfance, par saint Leutfridus ou Leufroy[36] ; mais la témérité de son entreprise le forçait à ménager extrêmement les païens, qui formaient encore la grande majorité de la nation thuringienne. La lutte fut plus longue que Pépin ne l'avait pensé. En 749, Carloman et Optatus abbé du Mont-Cassin supplièrent le pape d'interposer son autorité pour y mettre fin ; et Zacharie, qui voyait également avec douleur ces déchirements de la famille de Charles Martel, écrivit aux évêques gaulois une lettre circulaire, afin de les exhorter à user de toute leur influence dans l'intérêt de la paix et de la concorde[37]. Mais il n'entrait pas dans les vues de Pépin de reconnaître les droits vrais ou prétendus de son frère, ni de transiger avec lui, et, à force de menaces et de promesses, il engagea les Germains à le lui livrer. Il le traita, du reste, avec douceur, le nomma comte de la civitas du Mans et le plaça, pour l'empêcher de faire quelque nouvelle folie, sous la garde de gens qui lui étaient dévoués à lui–même. Mais Griffo parvint, une seconde fois, à tromper la surveillance dont il était l'objet, et, franchissant la Loire, il alla demander un asile à Hunaldus, duc de Toulouse, qui l'accueillit, et chez lequel Pépin le laissa d'abord fort tranquille[38].

La guerre dont nous venons de parler dut être terminée au plus tard au mois de juillet 749 ; car le maire du palais tint un placitum le 17 août suivant, dans la maison royale d'Attiniacum ou Attigny[39] ; et ce qui prouve qu'il séjourna assez longtemps en Austrasie, c'est qu'il présida un autre placitum dans le même lieu le 20 juin 750[40]. Au reste, la Gaule jouissait alors de la tranquillité la plus parfaite, et le troisième continuateur de Frédégaire fait observer, comme une chose digne de remarque, que la terre se reposa pendant deux ans[41].

Pépin employa ces deux années à tout préparer pour la révolution qu'il méditait depuis longtemps, et dont l'heure lui semblait enfin venue. Au moment même d'en donner le signal, il ne changeait rien aux formes antiques, et il continuait à être, du moins en apparence, le serviteur dévoué de la dynastie mérovingienne. Il se qualifie seulement de major domus dans plusieurs diplômes datés de 748, 749 et 751 ; et on lit dans ces actes et dans quelques autres du même temps les formules suivantes : anno inj regni domini nostri Hilderici regis ; anno viij regni gloriosissimi Childerici regis, etc.[42]. On trouve, à la vérité, dans des diplômes plus anciens que les précédents certains mots ou certaines phrases annonçant que Pépin et son frère Carloman se regardaient bien comme les véritables maîtres de la Gaule. Ainsi, et pour nous borner à deux exemples, on voit[43] dans un placitum de Pépin (747) : Ermenaldo comite palatii nostro (lisez nostri), et dans un placitum de Carloman (même année) : Hugberto comite palatio nostro (lisez palatii nostri). Ainsi, on rencontre parfois, comme nous l'avons fait observer, les expressions princeps, principatus, regnum et regimen. Mais, en somme, on peut dire que la dynastie mérovingienne était toujours entourée des mêmes honneurs et des mêmes respects, et cet état de choses semblait devoir durer encore longtemps.

L'ambition de Pépin lui fit prendre un parti décisif vers le milieu de l'année 751. Son embarras n'était pas médiocre ; car, pour opérer un changement de dynastie, il était obligé d'obtenir l'agrément de l'empereur, le consentement des Francs et l'appui du clergé.

Il ne négligea rien pour apaiser les prélats que certaines mesures de Charles Martel avaient mécontentés ; il dota les rares églises que son père avait ruinées, à la suite des troubles dont la Gaule fut le théâtre pendant les premières années de sa mairie, et il témoigna constamment au clergé une vénération et une déférence sans bornes.

Quant à l'empereur Constantin IV, qui régnait alors, on ne pouvait pas supposer qu'il dût attacher un grand intérêt à la révolution projetée ; les Mérovingiens lui étaient complètement étrangers ; il n'avait, d'ailleurs, pas oublié que Charles Martel avait envoyé des secours à Léon III, pendant le siège de Constantinople, et il pensait probablement que le fils ne serait pas moins empressé, si les Lombards tentaient d'enlever à l'Empire les provinces qu'il possédait encore en Italie.

La tâche la plus difficile était par conséquent d'obtenir le consentement des Francs. Bien que, en réalité, Pépin d'Héristal, Charles Martel et ses deux fils eussent gouverné avec un pouvoir presqu'absolu, ils n'en étaient pas moins considérés légalement comme les ministres des rois mérovingiens, auxquels ils devaient même prêter serment, ainsi que cela résulte du récit de l'historien grec Théophane[44]. Pépin-le-Bref fut donc obligé d'assembler la nation Franque, ou plutôt les évêques et les seigneurs, qui étaient censés la représenter, pour demander un consentement dont il ne pouvait se passer ; car on comprend facilement que, si l'empereur était libre de transférer d'une famille à une autre le principatus ou la délégation impériale sur les Gallo-Romains, les Francs, qui avaient autrefois donné la couronne aux Mérovingiens, avaient seuls qualité pour la leur enlever et la remettre à une dynastie nouvelle. Ne se dissimulant pas que cette translation pourrait rencontrer plus d'un obstacle, si l'on allait trop vite, le maire résolut de préparer le terrain, et, dans ce but, il communiqua secrètement son dessein à l'apôtre de la Germanie, saint Boniface, auquel ses talents et ses vertus avaient valu une très-grande renommée. Le prélat approuva les projets du maire du palais et se chargea de sonder le pape Zacharie, dont Pépin regardait l'autorisation comme indispensable. En conséquence, saint Boniface dépêcha à Rome un prêtre nommé Lullus, avec une lettre, dans laquelle on lit, après des détails sur différentes affaires, que le porteur entretiendra le souverain-pontife d'un objet dont la prudence ne permettait pas de parler ouvertement. Il s'agissait du changement de dynastie, et le pape, après avoir entendu les explications de Lullus, lui remit pour saint Boniface une longue lettre, où il dit avoir donné verbalement à l'envoyé la réponse que le prélat demandait[45]. Cette réponse était favorable, et, manifestant alors ce qu'il méditait depuis nombre d'années, Pépin envoya au pape Zacharie une ambassade solennelle, composée de l'anglo-saxon Burchardus évêque de Würtzbourg et de Fulradus abbé de Saint-Denys. Le souverain-pontife les accueillit avec les plus grands honneurs, et, sur leur demande, il déclara que, à son avis, l'homme qui jouissait du pouvoir de la royauté et en remplissait toutes les fonctions devait aussi en avoir le titre. Pépin ne pouvait désirer une réponse plus favorable, et, sûr désormais d'être appuyé par l'Eglise dans la personne du pape et des évêques, il n'hésita plus à convoquer la nation pour prononcer sur le changement de dynastie. Cette assemblée, où ne figurèrent certainement que les prélats et les seigneurs[46], bien que le troisième continuateur de Frédégaire et un copiste de Grégoire de Tours[47] semblent dire qu'elle se composait de toute la nation, cette assemblée, disons-nous, se tint dans la ville de Soissons, au mois de mars 752, prononça la déchéance des Mérovingiens, pour cause d'incapacité notoire, et appela au trône Pépin-le-Bref et ses descendants.

Le nouveau roi ne se contenta pas d'une pareille déclaration et voulut être sacré, pour donner à son pouvoir la sanction de la religion. Les Mérovingiens, que les Francs considéraient et qui se regardaient eux-mêmes comme des chefs militaires, avaient toujours négligé cette cérémonie ; tandis que les monarques wisigoths avaient eu soin de se faire sacrer, afin d'imprimer à leur royauté un caractère plus respectable. Pépin aurait désiré, sans doute, que l'onction sainte lui fût donnée par le pape lui-même ; mais comme Zacharie ne pouvait quitter Rome, et que le roi des Francs se trouvait dans l'impossibilité d'y aller, il invita saint Boniface à remplacer le souverain-pontife, et le métropolitain de Mayence accomplit, en effet, la cérémonie[48].

Telle est l'opinion la plus générale ; car quelques historiens ont prétendu, et leur système a été récemment exposé de nouveau avec talent par M. l'abbé Clouet[49], que saint Boniface ne joua aucun rôle dans toute cette affaire ; que le prêtre Lutins n'était chargé d'aucune mission secrète pour le pape Zacharie ; que l'on ne peut trouver dans la réponse de ce dernier la moindre allusion à la consultation de Pépin ; que le fait même de l'ambassade de Fulradus et de Burchardus n'est pas établi d'une manière authentique ; que la déclaration du souverain-pontife ne repose pas sur de meilleures preuves, et enfin que rien ne démontre que saint Boniface ait consenti à sacrer le nouveau roi. L'argumentation de ces historiens est basée principalement sur cette observation que tous les faits et toutes les particularités, dont ils révoquent en doute la réalité ou l'exactitude, ne sont connus que par le récit des premiers chroniqueurs carlovingiens. Mais il est, à notre avis, facile de répondre à ces diverses objections. Ainsi, les deux lettres de saint Boniface et du pape Zacharie font évidemment allusion à une affaire très-importante que l'on négociait alors dans le plus grand secret, et cette affaire ne peut être que le changement de dynastie. S'il avait été question d'une consultation relative, par exemple, aux missions de la Germanie, objet continuel des pensées de saint Boniface, il n'aurait pas craint de s'exprimer librement, lui qui redoutait si peu les puissances de la terre, et qui entre dans de si minutieux détails sur les incidents de sa prédication évangélique. Ainsi encore, l'autorité des écrivains qui ont parlé de l'avènement de Pépin ne souffre aucune atteinte de ce qu'ils ont rédigé leurs ouvrages sous le règne de ce prince ou de son fils ; car ils étaient contemporains, ils travaillaient pour des contemporains, et ils n'ont pu ni se tromper relativement à des faits qui s'étaient accomplis sous leurs yeux, ni avoir le dessein d'en imposer à la Gaule tout entière, laquelle savait parfaitement comment les choses s'étaient passées. Les chroniqueurs dont il s'agit, et qui sont, du reste, en assez grand nombre[50], se trouvent parfaitement d'accord entr'eux non seulement sur le fond, mais sur les moindres circonstances de la narration, accord impossible si une pareille narration avait été fabriquée de toutes pièces. De plus, leur récit respire la sincérité et la bonne foi, dont le caractère est presque toujours facile à reconnaître. Enfin, il ne faut pas oublier 1° que saint Boniface était l'ami et l'obligé de Pépin-le-Bref ; que par conséquent il n'a pu songer à lui refuser son assistance dans une conjoncture aussi délicate ; 2° que l'on n'avait pas, à cette époque, relativement à la légitimité des rois les idées que les théologiens gallicans ont préconisées dans la suite ; et 30 que la lettre adressée à Pépin par le métropolitain de Mayence, et dans laquelle on a cru découvrir, malgré les artifices du langage, l'expression de son mécontentement, est tout simplement un billet, montrant que l'apôtre de la Germanie aurait bien voulu pouvoir se dispenser d'assister, non à l'assemblée de Soissons, où il joua un des rôles principaux, mais à un simple placitum auquel le roi des Francs l'avait convoqué[51].

II ne suffisait pas cependant à Pépin d'avoir obtenu l'agrément de la plupart des prélats et des seigneurs, et d'avoir placé la couronne sur sa tête ; il était encore obligé de faire disparaître les derniers représentants de la dynastie mérovingienne, et de vaincre la résistance que ses partisans pouvaient lui opposer. Childéric III lui-même était entre les mains de Pépin, qui le relégua dans le monastère de Sithiu (Saint-Bertin), où il fut rasé et revêtu de l'habit religieux. U mourut en 754 et laissa un fils, nommé Theodericus, qui fut enfermé et élevé dans l'abbaye de Fontenelle, d'où il ne sortit jamais. Quant aux mérovingiens obscurs, dont nous avons eu si fréquemment à signaler l'existence, ils ne furent pas inquiétés par le nouveau roi, qui se contenta de les faire oublier de plus en plus, en leur ôtant soigneusement toutes les occasions de se produire[52].

En même temps, il ne négligea rien pour accréditer l'opinion que les Mérovingiens n'étaient plus depuis longtemps en état de tenir le sceptre, et que leur incapacité avait même fait place à une sorte d'abrutissement. En 749, comme nous l'avons vu, le maire comptait encore par les années du règne du très-glorieux roi Childéric, et dès l'année 752 on osait dater un diplôme de la manière suivante : Vesano Childerico regali sede ejecto, atgue Pipino rege piissimo a Francis in eodem regno pro eo constituto[53]. Le troisième continuateur de Frédégaire ne mentionna même pas le règne de Childéric, comme si la Gaule avait eu à en rougir, et les premiers chroniqueurs carlovingiens, notamment Eginhard et le moine d'Angoulême, peignirent les derniers rois de la dynastie comme de véritables insensés. Pépin ne les ménagea pas davantage dans ses relations officielles, et, pour achever de bien disposer Constantin IV en sa faveur, il fit ou laissa dire que ces malheureux princes étaient tellement déchus, qu'ils conservaient à peine apparence d'hommes, et que leur dos était couvert de soies pareilles à celles des porcs[54].

D'un autre côté, sachant combien les peuples ont toujours de respect pour l'Antiquité, il tâcha de rattacher sa propre famille à celle de Clovis ; il trouva des généalogistes complaisants, et on lit dans un de leurs écrits : Ansbertus senator, qui ex Plithil filia secundi Chlotarii genuit Arnoldum, patron sancti Arnulfi, Mettensis episcopi, qui Anchisem genuit, Anchises Pippinum[55].

Cependant, et malgré tant de précautions, les Mérovingiens rencontrèrent quelques défenseurs, sur lesquels, du reste, les détails n'abondent pas ; car les chroniqueurs carlovingiens, sans exception, ont gardé le silence relativement à ces tentatives de résistance, et c'est à d'autres sources qu'il faut recourir pour en avoir une légère connaissance. Voici ce que nous avons recueilli. Il y avait alors dans la civitas de Verdun un comte nominé Wulfoadus ou Wulfoad, qui devait être le petit-fils du célèbre Wulfoad, maire du palais d'Austrasie sous les règnes de Childéric II et de Dagobert II. Il avait pour père un seigneur appelé Gislaramnus[56]. Rien n'établit, à la vérité, que ce Gislaramnus fût fils du maire du palais ; mais la chose est vraisemblable ; car on avait alors l'habitude d'imposer au petit-fils le nom de son aïeul. Nous savons également que le comte Wulfoad était proche parent, probablement neveu, de Garibaldus évêque de Toul, lequel, dans cette hypothèse, aurait été fils du maire du palais et frère de Gislaramnus. On sait aussi qu'il y avait des rapports de parenté, plus ou moins étroits, entre cette famille et celle du leude Gundoinus, père de sainte Salaberga et dé Bodo-Leudinus évêque de Toul ; mais toutes ces questions sont obscures et présentent des difficultés chronologiques[57].

Une autre question non moins difficile à résoudre est celle de savoir si le maire Wulfoad, son fils Gislaramnus et son petit-fils le comte Wulfoad appartenaient à la famille des Mérovingiens, et descendaient d'une de ces concubines royales que l'on trouve mentionnées si souvent. Deux indices nous portent cependant à le croire. Le premier est l'élévation presque subite du premier Wulfoad à la dignité de maire du palais d'Austrasie, sous le règne de Childéric II. Ce prince, non content de lui confier des fonctions alors si importantes, le nomma également maire de Neustrie et de Bourgogne, lorsque les trois royaumes furent réunis. Nous avons vu que les assassins de Childéric avaient aussi voulu faire périr Wulfoad, dont la fidélité leur avait paru inébranlable ; que le maire, s'étant réfugié en Austrasie, y fit reconnaître Dagobert II, et qu'il fut enfin enveloppé dans la catastrophe qui termina le règne et la vie de ce vertueux monarque. Sous le gouvernement de Pépin d'Héristal, les fils de Wulfoad ne purent s'élever à une position égale à celle qu'il avait occupée : Garibaldus fut évêque de Toul, et Gislaramnus eut le titre de comte, que son fils, le second Wulfoad, obtint aussi plus tard. Celui-ci prenait le titre de vir inluster[58], que Charlemagne lui donne aussi dans un diplôme de l'année 771 ; et Louis-le-Pieux, dans un des siens, lui attribue le titre de dux, qu'il ne paraît pas avoir eu[59]. Mais les grandes richesses que possédait cette famille lui assuraient un crédit et une considération, dont Pépin d'Héristal' et Charles Martel devaient être jaloux, eux qui songeaient déjà à substituer leur dynastie à celle des Mérovingiens. Le second indice qui nous induit à penser que le comte Wulfoad appartenait à la dernière est la longue chevelure qu'il portait, privilège réservé, comme on sait, à la race royale ; et nous verrons un peu plus loin que l'examen de sa sépulture ne peut laisser aucun doute sur ce point important.

Quoiqu'il en soit, le comte Wulfoad devait être né du vivant même de son aïeul ; car nous rencontrons avant la fin du VIIe siècle une mention qui le concerne évidemment. On fit dans la vie de sainte Ansthrudis que Madelgarius évêque de Laon ayant voulu s'attribuer sur le monastère qu'elle gouvernait des droits dont les évêques de cette ville n'avaient jamais joui, l'abbesse envoya son parent Wulfoad (Wulfoldus) porter ses plaintes à Pépin d'Héristal, qui les prit en considération[60]. Wulfoad devait être alors fort jeune, et nous le retrouvons seulement en 708[61]. Il était alors décoré du titre de comte, et il administrait, sans doute, la civitas de Verdun. Il avait, quelque temps auparavant, entrepris un voyage en Italie et visité le mont Garganus, célèbre par une des apparitions de l'archange saint Michel. La troisième et dernière venait d'avoir lieu (le 16 octobre 706) sur un rocher voisin du rivage de la Gaule, et qui est devenu le fameux mont Saint-Michel. Wulfoad résolut aussitôt de fonder, sur le territoire de la civitas de Verdun, un monastère dédié à l'archange, et il ne perdit pas de temps pour exécuter ce dessein. Dès l'année 708, nous le voyons faire un échange avec Sigibaldus évêque de Metz, pour se procurer un domaine qui lui était indispensable[62] ; et, l'année suivante, il créa dans la finis Vindiniaca, sur une petite hauteur appelée Castellio, à une lieue de la rive droite de la Meuse, un monastère, qui prit le nom de cette colline, et qui fut transféré plus tard, au bord même du fleuve, dans un lieu nommé Godonis-curtis (Godonecurte), et maintenant Saint-Mihiel. Il y plaça un bon nombre de religieux et leur donna, tant pour leur subsistance que pour les frais du culte et l'entretien des bâtiments, plusieurs domaines dont on trouve l'énumération dans le diplôme que le fondateur fit rédiger à cette occasion. Il leur céda également une saline dans le vicus de Marsal, et il prit toutes les précautions qu'il jugea convenables pour assurer l'indépendance du monastère qu'il venait d'établir[63].

On a fait figurer dans le diplôme Adalsinda épouse de Wulfoad, et nous y lisons qu'elle était fille d'un seigneur appelé Adalbertus, que nous ne connaissons pas autrement ; mais nous ne pouvons nous dispenser de faire observer que ce nom d'Adalsinda avait été porté, dans la seconde moitié du siècle précédent, par une religieuse du monastère de sainte Salaberga[64]. Elle en devint même abbesse, après la mort d'Ansthrudis, et, comme on voyait assez souvent, à cette époque, des veuves embrasser la vie religieuse, nous ne sommes pas éloigné de penser que l'épouse de Wulfoad était la petite-fille de l'abbesse de Laon, dont elle avait pris le nom, suivant l'usage.

L'histoire ne nous fournit de 709 à 752 aucun renseignement relatif au personnage dont nous parlons. Seulement nous trouvons sa signature, figurée ainsi : † Wuolfoaldo comite, au bas d'un diplôme de Widegernus évêque de Strasbourg, concernant l'abbaye de Murbach et remontant à l'année 728[65]. Mais, en 752, Wulfoad joua un rôle très-important. Ses richesses, son origine, le dévouement de sa famille à la dynastie mérovingienne, tout en un mot le rendait propre à diriger la résistance que l'on se proposait d'opposer à l'espèce d'usurpation de Pépin-le-Bref. Son grand âge même, qui ne lui avait rien ôté de son activité et de sa vigueur, le recommandait au choix des partisans de l'ancienne dynastie. Wulfoad, qui avait depuis longtemps deviné les projets du fils de Charles Martel, avait, on ne sait sous quel prétexte, fait construire, près de Castellio, une véritable forteresse, propre à servir de base et d'appui à une insurrection, et à fournir un asile en cas de défaite, Il n'est resté, comme nous l'avons dit, que bien peu de traces de la révolte dont Wulfoad fut, en quelque sorte, le chef et la chose n'a rien d'étonnant, car les chroniqueurs qui écrivirent pendant la seconde moitié du VIIIe siècle, et pendant le IXe, étaient presque tous partisans des Carlovingiens, et ceux qui regrettaient l'ancienne dynastie jugèrent prudent de garder le silence. On entrevoit néanmoins, au milieu de tant de réticences, que Wulfoad parvint à entraîner dans son parti la civitas de Verdun, qu'il administrait, et celle de Toul, dans laquelle il possédait des domaines considérables. Adso, dans son Historia episcoporum Tullensium, écrite au Xe siècle, comme nous l'avons remarqué, mais sur des documents anciens, nous apprend que la ville de Toul fut incendiée, sous l'épiscopat de Godo, et que la cathédrale perdit tous les diplômes relatifs aux domaines qu'elle tenait de la générosité des rois et des particuliers[66] ; Bertaire rapporte que, vers le même temps, le feu dévora la cathédrale de Verdun[67] ; et on ne peut guère douter, comme le Père Benoît Picart en a déjà fait l'observation, que ces deux malheurs n'aient été les suites de la guerre amenée par l'insurrection des derniers partisans des Mérovingiens[68]. Après divers incidents, dont l'histoire ne nous a pas conservé le souvenir, Wulfoad fut obligé de mettre bas les armes et de se livrer à la générosité de Pépin, qui le traduisit devant un tribunal (placitum) composé de Francs. Le gnmte y fut jugé et condamné à mort ; mais, sur ces entrefaites, Fulradus, abbé de Saint-Denys et rector de l'école du palais, se jeta aux pieds du roi et obtint la grâce du condamné. Néanmoins, Wulfoad fut contraint de céder à Pépin, en toute propriété, le riche domaine qu'il possédait près du monastère de Castellio, et sur le sol duquel il avait construit la forteresse dont nous avons parlé. L'habitation de Wulfoad était d'une telle magnificence que le roi la convertit en palais ; on voit dans le diplôme, qui nous apprend ces particularités, qu'il y avait dans cette habitation une chapelle desservie par plusieurs clercs (clirici), et nous savons, effectivement, que dans ses voyages le comte Wulfoad était ordinairement accompagné d'un clerc ou aumônier, lequel portait une petite châsse contenant des reliques[69]. Mais, trois ans après les évènements que nous venons de raconter, Pépin, qui ne cessait d'employer Fulradus dans les affaires les plus importantes et les plus délicates, voulut lui accorder une récompense, et, dans ce dessein, il céda au monastère de Saint-Denys le domaine de Wulfoad, et fit dresser, à cet effet, un diplôme renfermant des détails curieux[70].

On peut ajouter que le diplôme dont il s'agit a donné lieu à de longues discussions entre les savants. Les historiens de l'abbaye de Saint-Denys ont prétendu que Pépin lui avait donné non seulement la demeure de Wulfoad et le domaine qui en dépendait, mais encore l'abbaye même de Castellio. Dom Calmet adopta cette opinion, tout en reconnaissant que l'assujettissement du monastère de Saint-Mihiel à celui de Saint-Denys n'avait pas été de longue durée[71]. Dom Joseph de l'Isle soutint, au contraire, que Pépin n'abandonna à cette dernière abbaye que la demeure de Wulfoad, laquelle était construite sur la colline où s'éleva plus tard le château de Trognon, et que le monastère de Castellio, situé à une lieue et demie de distance, ne fut pas compris dans la donation faite aux religieux de Saint-Denys[72]. Les arguments de Joseph de l'Isle ont été ébranlés à leur tour par M. l'abbé Clouet[73], et le docte écrivain a appuyé la thèse qu'il défend 1° sur les expressions : Monte Sancto Micaelo arcangelo, super fluvio Marsupiœ, que l'on rencontre dans le diplôme de 755, et qui semblent désigner le monastère de Castellio plutôt que la demeure de Wulfoad ; 2° sur un diplôme de l'empereur Lothaire (840), replaçant l'abbaye de Saint-Mihiel dans son ancienne dépendance envers l'abbaye de Saint-Denys, et offrant la phrase suivante : abbatia S. Michaelis, quœ... olim ad prcefatum (S. Dionysii) locum delegata esse dinoscitur[74] ; et 3° sur cette circonstance que l'on a retrouvé dans les archives de Saint-Denys plusieurs actes confirmant les privilèges du monastère de Saint-Mihiel, notamment un diplôme de Charles-le-Chauve[75], et que l'on avait transcrit dans le cartulaire de cette dernière abbaye le diplôme de Charlemagne établissant les droits de Saint-Denys sur le prieuré de Salone. On ne peut se dissimuler la force de ces trois arguments ; mais il est néanmoins difficile de se prononcer, d'une manière absolue, pour l'une ou pour l'autre thèse, quand on considère : 4° que le terme de monasterium n'est pas écrit une seule fois dans le diplôme de Pépin-le-Bref, et que les mots locus et castellum paraissent bien désigner le domaine et la forteresse de Wulfoad ; 2° que les expressions : ipsi clirici qui ibidem deservire videntur ne peuvent s'appliquer à des moines, mais seulement à des clercs attachés à la chapelle domestique de ce puissant personnage ; et 3° que le diplôme de Charles-le-Chauve, cité tout-à-l'heure, ainsi qu'un diplôme de Louis-le-Pieux (845), confirmant les privilèges du monastère de Saint-Mihiel[76], ne font aucune mention de la sujétion dans laquelle il se serait trouvé à l'égard de Saint-Denys, et paraissent même supposer que cette dépendance n'a jamais existé.

Ne pourrait-on pas admettre que la donation faite par Pépin-le-Bref ne comprenait autre chose que l'habitation (locus) et la forteresse (castellum) de Wulfoad ; mais que les religieux de Saint-Denys, se regardant comme subrogés par le diplôme royal dans tous les droits que le fondateur avait pu conserver sur l'abbaye de Castellio, tentèrent, avec des succès variés, d'assujettir l'abbaye elle-même à leur autorité directe ? Ils y parvinrent sous le règne de Pépin-le-Bref, qui ne pouvait oublier les services de Fulradus ; mais, dès l'année 772, Charlemagne avait rendu à l'abbé Ermengaudus et à ses religieux leur ancienne indépendance[77]. Ces derniers la conservèrent jusqu'en 840, époque où elle leur fut ravie, un instant, par l'empereur Lothaire, et ils la recouvrèrent ensuite pour ne plus la perdre. L'importance et les richesses du monastère de Castellio ne furent pas étrangères, sans doute, aux tentatives faites par l'abbaye de Saint-Denys. On voit effectivement, en lisant le diplôme de fondation, que Wulfoad n'avait pas donné aux moines de Castellio, sans parler d'une saline à Marsal, moins de vingt grands domaines, situés tous ou presque tous dans le diocèse de Verdun, et même à une assez faible distance de l'abbaye ; car il en est ainsi des villœ dont les noms ont pu être rapprochés avec certitude des dénominations actuelles, et il en est probablement de même des terres que l'on n'a pu reconnaître jusqu'à présent.

Les religieux de Castellio, reconnaissants de tant de bienfaits, restèrent toujours attachés au comte Wulfoad, et lorsque cet homme de bien termina sa longue carrière, peu d'années après la révolution qui déposséda les Mérovingiens[78], il reçut une honorable sépulture dans une petite église construite entre la principale basilique du monastère et une autre basilique, de forme quadrilatérale, qui servait de paroisse aux habitants de Woinville. La petite église bâtie pour recevoir les restes de Wulfoad et de son épouse se composait d'une nef, assez allongée, et d'une abside, presque carrée, dans laquelle le comte et Adalsinda avaient été inhumés, le premier du côté de l'évangile, la seconde du côté de l'épître. A la translation du monastère à Godonis-curtis ou Saint-Mihiel, on laissa quelques religieux à Castellio, qui prit plus tard le nom de Vieux-moutier, et la tradition avait conservé le souvenir des deux sépultures, bien qu'aucune inscription n'en fît connaitre précisément le lieu. Seulement, à une époque assez reculée, vers le XIIe siècle probablement, on avait peint sur les murailles latérales de l'abside deux figures grossières, représentant Wulfoad et Adalsinda. Le comte était vêtu d'une toge et d'un manteau ; une longue chevelure s'échappait de dessous une espèce de toque, et il soutenait des deux mains une église romane, composée d'une nef et d'une abside. La comtesse, couverte d'une robe et d'un manteau, portait, de la main droite, une église romane, où l'on distinguait une abside, une nef centrale et deux nefs latérales. On n'en savait pas plus relativement aux tombeaux de Wulfoad et d'Adalsinda, lorsque, le 10 septembre 1734, des maçons, occupés à réparer le pavé de la petite église, levèrent, sans autorisation, les dalles qui passaient pour couvrir ces tombeaux, et trouvèrent deux caveaux, longs d'environ sept pieds, sur une profondeur de trois pieds et demi. Celui qui était du côté de l'évangile renfermait le squelette d'un homme de haute taille, couché sur le côté droit, et la tête appuyée sur la main. Il était encore couvert des débris d'une robe de soie pourpre ; vers le haut de la poitrine on voyait deux plaques d'or, de forme ronde, ornées d'émaux rouges et de pierreries et destinées à fermer un manteau ; à un des doigts était passé un gros anneau d'or, ayant pour chaton une cornaline antique représentant Minerve, et près du corps étaient les restes d'un glaive, des forces (forcipes) et un peigne en ivoire. Le corps de la comtesse avait la même position que celui de son mari, et son vêtement paraissait à peu près semblable. Au surplus, les ossements et les étoffes tombèrent en poussière, dès qu'on les eut mis en contact avec l'air extérieur[79], et l'on n'a rien sauvé de cette importante trouvaille.

Nous ne pouvons terminer cette longue digression sur la sépulture du dernier partisan des Mérovingiens sans mentionner un bas-relief, récemment découvert, et qui nous semble relatif à la révolte et à la défaite de Wulfoad. Ce bas-relief a été trouvé, à Metz, au pied de la colline de Chèvremont, que couronnait autrefois le palais des rois d'Austrasie, et il est aujourd'hui déposé dans le musée de cette ville. Sa largeur est d'un mètre vingt-huit centimètres, et sa hauteur de quatre-vingt-cinq centimètres ; on l'a taillé dans un bloc appartenant aux couches blanches de la grande-oolithe des environs de Metz, employée, d'une manière presqu'exclusive, pour la sculpture, pendant la période gallo-romaine. Le relief des figures est considérable et l'exécution d'un bon style. Malgré tous ces indices d'une antiquité assez reculée, M. Georges Boulangé, qui, le premier, a décrit le petit monument dont nous parlons, ne l'a fait remonter qu'au Xe siècle et a cru y reconnaître un évènement du règne de Charles-le-Simple : la soumission du duc Gislebert[80]. Mais le travail est trop bon pour être du Xe siècle, époque à laquelle les représentations d'hommes et d'animaux sont toujours extrêmement grossières[81] ; les costumes des personnages sont encore ceux des Romains ; enfin, au Xe siècle, on ne sculptait plus dans les palais, ni dans les églises, de scènes historiques comme celle qui nous occupe. Frappé de ces différentes considérations, un membre de l'académie de Metz, M. Victor Simon, a essayé de démontrer que le bas-relief représente le roi d'Austrasie Théodebert II amené devant son frère Thierry II, roi de Bourgogne, après la défaite de son armée à Tolbiacum[82]. Dans cette hypothèse, on ne voit pas quel peut être l'ecclésiastique présent à la scène en question ; de plus, le captif est beaucoup trop âgé pour qu'on y reconnaisse Théodebert, qui n'avait pas au moment où cet évènement s'est passé plus de vingt-sept ans ; d'ailleurs, Thierry a survécu peu de temps à sa victoire, et il n'a pas eu, bien certainement, le loisir de faire exécuter une pareille sculpture. Au contraire, si l'on admet notre supposition, tout s'explique aisément. Wulfoad, dont le visage annonce la vieillesse, est traîné, par le général (duc ou comte) entre les mains duquel il est tombé, devant Pépin-le-Bref, qui semble vouloir le frapper de son bras droit mutilé aujourd'hui. L'ecclésiastique, sculpté au second plan, et qui relève devant ses yeux un pan de son manteau, pour ne pas voir cette triste scène, doit être, selon nous, l'abbé de Saint-Denys, Fulradus, lequel intercéda en faveur de Wulfoad et parvint à lui sauver la vie. Ajoutons que les quatre personnages sont à cheval, et que le bas-relief présente une particularité qui pourrait engager diverses personnes à lui assigner une date plus récente. Il s'agit de la présence des étriers attachés à trois au moins des quatre selles. On a cru, en effet, pendant longtemps que les étriers n'étaient pas connus au VIIIe siècle ; mais ils sont mentionnés formellement dans un traité de tactique composé sous le règne de l'empereur Maurice, c'est-à-dire au plus tard dans les premières années du VIIe siècle[83] ; et on a découvert récemment dans les ruines d'une villa gallo-romaine, à Saint-Marc, près de Namur, un étrier, dont la partie inférieure était assez longue pour permettre au cavalier d'y appuyer la moitié du pied[84].

Tels sont les derniers et faibles vestiges d'une résistance dont plusieurs de nos historiens n'ont pas jugé à propos de parler. Bien que légère et facilement vaincue, elle suffit toutefois pour nous expliquer la temporisation et les incertitudes de Pépin d'Héristal, de Charles Martel et de Pépin-le-Bref lui-même, et on entrevoit la raison qui arrêta, pendant si longtemps, les premiers carlovingiens sur les marches d'un trône qu'ils convoitaient. Malgré la régularité de son élection, malgré son sacre, malgré la défaite de Wulfoad et de ceux qui l'avaient imité, le nouveau roi se croyait encore mal affermi, et lorsque le pape Etienne II, qui avait succédé à Zacharie, mort le 14 mars 752, vint chercher un asile dans la Gaule contre les menaces et les violences d'Aistwlfus roi des Lombards, Pépin-le-Bref le pria de le sacrer une seconde fois. Etienne y consentit, et, le 28 juillet 754, dans l'église abbatiale de Saint-Denys, il versa l'huile sainte sur la tête du roi, de son épouse et de ses deux fils, Charles et Carloman. Puis, après avoir béni solennellement le royaume des Francs, le pape excommunia et maudit à jamais tous ceux qui entreprendraient de détrôner Pépin ou ses descendants[85].

Tant de précautions suffisaient à peine pour rassurer le roi des Francs. Aussi, fit-il de nouveaux efforts pour se concilier la faveur du clergé et pour égaler la gloire militaire de Pépin d'Héristal et de Charles Martel.

Non content de rendre à la papauté les services immenses que nous rappellerons, dans le dernier chapitre de cet ouvrage, il protégea, autant que cela lui fut possible, le clergé de son royaume. Nous possédons encore une des lettres-circulaires qu'il adressa aux évêques gaulois, et on peut voir, en la parcourant, avec quelle vénération il leur parlait[86]. Il fit des fondations considérables, que nous signalerons plus loin ; il favorisa la réforme des chapitres et des monastères entreprise par saint Chrodegangus, évêque de Metz, et il indemnisa largement les églises qui avaient souffert, soit des incursions des Barbares, soit de l'espèce de guerre civile causée par le changement de dynastie. Nous savons notamment qu'il s'empressa de délivrer à Godo évêque de Toul des diplômes destinés à remplacer ceux qui avaient péri dans l'incendie de sa cathédrale[87].

D'un autre côté, ses armes ne furent pas moins heureuses que celles de ses prédécesseurs. Dès l'année 752, immédiatement après son élévation à la royauté, il avait envahi la Narbonensis Prima, où un seigneur wisigoth, appelé Ansemundus, lui livra les villes de Nimes, Agde, Maguelone et Béziers, que les Sarrasins avaient occupées de nouveau, puis abandonnées à la garde des gens du pays[88]. Pépin dirigea alors tous ses efforts contre Narbonne, qui était le boulevard des Sarrasins dans le midi de la Gaule ; mais, obligé de se rendre sur les bords du Rhin, il chargea Ansemundus de bloquer la ville, avec un corps de troupes. Ce général se laissa attirer dans une embuscade par les Sarrasins, qui le tuèrent. Le blocus continua néanmoins, et les habitants chrétiens de Narbonne, ayant enfin obtenu du roi des Francs la promesse de conserver chez eux la Lex Wisigothorum, massacrèrent la garnison musulmane et ouvrirent leurs portes à Pépin-le-Bref[89].

Ce prince avait, dès le commencement de son règne, envoyé des ambassadeurs à Waifarius duc de Toulouse ou d'Aquitaine, pour le sommer de lui livrer Griffe, qui avait, comme nous l'avons vu, cherché un asile chez les Wascones. Le duc fit une réponse évasive ; mais, en 753, Griffe, craignant une trahison, quitta le lieu de sa retraite, avec les individus qui s'étaient attachés à sa fortune, et se dirigea vers l'Italie, où il pensait trouver un refuge assuré. Il parvint à franchir le Rhône, et il allait atteindre le mont Cinisius (Cenis), en remontant la vallée de l'Arboris (Arc), un des affluents de l'Isère, lorsqu'il rencontra, près de Maurienna (Saint-Jean-de-Maurienne), Theodo comte de la civitas de Vienne et Fredericus comte de la Bourgogne Trans-Jurane. Il y eut en ce lieu un sanglant combat, dans lequel Griffo perdit la vie, délivrant ainsi son frère de toute inquiétude pour l'avenir[90].

Pendant que ces évènements s'accomplissaient au midi, Pépin s'était dirigé vers le pays des Saxons, qui avaient recommencé leurs courses dans la Grande Germanie. Il ravagea les contrées habitées par ce peuple indomptable, réduisit en captivité une multitude d'hommes, de femmes et d'enfants, et fit un immense butin. Les Saxons lui demandèrent de nouveau la paix, et le roi des Francs consentit à la leur accorder, à condition qu'ils lui payeraient un tribut plus fort, qu'ils jureraient de ne pas sortir des limites de leur pays, et qu'ils y laisseraient prêcher librement le christianisme[91].

Les autres guerres qu'il entreprit furent toutes glorieuses pour la monarchie des Francs ; mais, afin de ne pas sortir de notre sujet, nous les passerons sous silence, à l'exception de celles qu'il soutint contre les Lombards, et dont nous dirons un mot dans le dernier chapitre de ce livre. En effet, à partir des premières années du règne de Pépin, l'Austrasie, bien qu'elle joue un rôle prépondérant, perd presque complètement son individualité, et la Gaule ne constitue plus qu'une seule et puissante monarchie. On parle encore de l'Austrasie, de la Neustrie, de la Bourgogne, de l'Aquitaine et de la Provence ; mais tous ces pays sont confondus et soumis à une administration unique et centrale ; il n'y a plus de royaumes, ni même de duchés ; le roi ne reconnaît que des civitates ou diocèses, gouvernés par des comtes. Néanmoins, le souvenir du royaume d'Austrasie ne se perdit jamais. Dans- la seconde moitié du IXe siècle, on en vit renaître une ombre, sous le titre de Lotharii regnum (royaume de Lothaire), puis de Lotharingia, puis enfin de Lorraine. Cet état, considérablement réduit, ne fut plus qu'un duché au moyen-âge. A la fin du XVIe siècle et au commencement du XVIIe, les ducs de Lorraine Charles III et Charles IV tentèrent, mais en vain, de ressusciter, à leur profit, l'ancien royaume d'Austrasie[92]. Un peu plus tard, Louis XIII reprit, pour son compte, les mêmes projets, et il fit gravir, en 1642, par Melchior Tavernier[93], une grande carte de ce pays, à laquelle on donna le titre suivant : Le vrai et primitif héritage de la Couronne de France ; ce qui signifiait que Louis XIII, déjà possesseur de la Neustrie, de la Bourgogne et de l'Aquitaine, allait revendiquer l'Austrasie, sans tenir aucun compte des changements survenus en Europe depuis Pépin-le-Bref, c'est-à-dire, depuis neuf cents ans.

 

 

 



[1] V. Fredegarii continuat., III, ibid. ; Appendix ad Gesta regum Francorum, ibid. ; Annales Metenses, ibid.

[2] L'auteur des Annales Metenses (ibid.) dit, en effet, que le gouvernement destiné à Griffo devait être formé de plusieurs civitates appartenant les unes à l'Austrasie, les autres à la Neustrie, et les dernières à la Bourgogne.

[3] V. Annales Metenses, ibid. Les historiens et les antiquaires ne s'accordent pas relativement à la situation de Novum-castrum, que plusieurs d'entr'eux croient être Neufchâteau, dans le grand-duché de Luxembourg.

[4] V. notamment le Père Daniel, Histoire de France, t. I, p. 495.

[5] V. ce diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 397-399.

[6] V. son diplôme, ibid., p. 406.

[7] V. ces deux diplômes, ibid., p. 408, 411 et 412.

[8] V. cette pièce, ibid., p. 408-411.

[9] V. ce diplôme, ibid., p. 402 et 403.

[10] V. cette pièce, ibid., p. 405.

[11] V. ce diplôme, ibid., p. 387-389.

[12] V. notamment Appendix ad Gesta regum Francorum, dans Du Chesne, t. I, p. 720.

[13] V. ce préambule, dans Sirmond, Concilia antiqua Galliœ, t. I, p. 537 ; v. aussi deux diplômes de Pépin dans Pardessus, t. II, p. 382, 383 et 387.

[14] V. Pardessus, t. I, p. 253.

[15] V. Fredegarii continuat., III, c. 111, et passim.

[16] V. Fredegarii continuat., III, ibid. ; Appendix ad Gesta regum Francorum, ibid. ; Annales Metenses, à l'année 742, dans Bouquet, ibid.

[17] V. Fredegarii continuat., III, ibid. ; Appendix ad Gesta regum Francorum, ibid. ; Annales Metenses, à l'année 743, ibid.

[18] V. Fredegarii continuat., III, ibid. ; Appendix ad Gesta regum Francorum, ibid.

[19] Le troisième continuateur de Frédégaire et l'auteur de l'Appendix ad Gesta regum Francorum nomment Ignis, Igni ou Igne cette rivière, qui est l'Inn ; mais le biographe de saint Corbinianus l'appelle encore Ænus ou Ænum, comme du temps des Romains. V. Vita sancti Corbiniani, Frisingensis episcopi, c. 42, dans Mabillon, Acta ss., sæc. III, part. I.

[20] V. Fredegarii continuat., III, c. 112 ; Appendix ad Gesta regum Francorum, ibid.

[21] V. Fredegarii continuat., III, c. 113 ; Appendix ad Gesta regum Francorum, dans Du Chesne, t. I, p. 720 et 721.

[22] V. Fredegarii continuat., III, ibid. ; Appendix ad Gesta regum Francorum, dans Du Chesne, t. I, p. 721.

[23] V. Fredegarii continuat., III, c. 114 ; Appendix ad Gesta regum Francorum, ibid.

[24] V. Fredegarii continuat., III, c. 115 ; Appendix ad Gesta regum Francorum, ibid.

[25] V. le diplôme de Chrodegangus évêque de Metz pour la fondation de Gorze, dans Pardessus, t. II, p. 397-399.

[26] V. ce diplôme, ibid., p. 402 et 403.

[27] V. ce placitum, ibid., p. 403.

[28] V. ce placitum, ibid., p. 405.

[29] V. Fredegarii continuat., III, c. 116 ; Appendix ad Gesta regum Francorum, ibid. ; Annales veterrimi Francorum, à l'année 746, dans Labbe, Bibliotheca manuscriptorum, t. II, p. 734.

[30] V. Vita sancti Willibrordi, c. 23, dans Mabillon, Acta ss., sæc. III, part. I.

[31] V. un diplôme de Pépin-le-Bref (ann. 765) dans Félibien, Histoire de l'abbaye royale de Saint-Denys, pièces justif., p. XXV et XXVI.

[32] V. un diplôme de Bertrada ou Berta dans Pardessus, t. II, p. 528 et 329. Eckhart (Commentarii de rebus Franciœ Orientalis, lib. XXI, n° 2) tâche de prouver que Bertrada était sœur de Charles Martel ; mais ses raisons n'ont rien de démonstratif.

[33] V. le texte latin de cette lettre, dans Bouquet, t. V, p. 634. Nous avons adopté dans la traduction une correction proposée par M. Ch. Lenormant.

[34] V. Fredegarii continuat., III, c. 117 ; Appendix ad Gesta regum Francorum, ibid.

[35] V. Sancti Bonifacii Epistolœ, 26, dans la Maxima bibiotheca veterum Patrum, t. XIII, p. 81.

[36] V. Vita sancti Leutfridi, abbatis, n° 20, dans les Bollandistes, au 21 juin.

[37] V. cette lettre, dans Labbe, Concilia, t. VI, col. 1529.

[38] V. Fredegarii continuat., III, ibid. ; Appendix ad Gesta regum Francorum, ibid. ; Annales Metenses, aux années 747 et 748, dans Bouquet, t. II, p. 687-689 ; Le Cointe, Annales ecclesiastici Francorum, ann. 748, n° 85, t. V, p. 203.

[39] V. le résultat du placitum, dans Pardessus, t. II, p. 414 et 415.

[40] V. le résultat de ce placitum, ibid., p. 415 et 416.

[41] V. Fredegarii continuat., III, c. 117.

[42] V. tous ces diplômes, dans Pardessus, t. II, p. 411-415 et 418.

[43] V. ces deux pièces, ibid., p. 403 et 405.

[44] Théophane emploie, en effet, en parlant de la conduite de Pépin le mot πιορκία, qui est significatif.

[45] V. Sancti Bonifacii Epistolœ, 141 et 142, dans la Maxima bibliotheca veterum Patrum, t. XIII, p. 133-135.

[46] V. De l'état des personnes en France sous les rois de la première race, par M. Naudet, dans les Mém. de l'accad. des inscriptions, 2e série, t. VIII, p. 506.

[47] La note de ce copiste a été publiée par Ruinart, dans son édition de Grégoire de Tours, col. 991 et 992. Elle se trouve à la fin du livre De gloria Confessorum dans un manuscrit qui, de l'abbaye de Saint-Denys, a passé dans la bibliothèque des Bollandistes.

[48] V. Fredegarii continuat., III, c. 117 ; Appendix ad Gesta regum Francorum, ibid. ; Annales Metenses, à l'année 752, dans Bouquet, t. V, p. 335 ; Théophane, Chronographie, édit. du Louvre, p. 337.

[49] V. Histoire ecclésiastique de la province de Trèves, t. II, p. 225 et suiv. ; v. aussi Prolegom. Vitœ sancti Bonifacii, dans les Bollandistes, au 5 juin, p. 487 et suiv. ; Le Cointe, Annales ecclesiastici Francorum, à l'ann. 752, n° 1 et suiv., t. V, p. 319 et suiv. ; Rettberg, Rirchengefchichte Deutflands, t. I, p. 380.

[50] Nous en avons cité seulement quelques-uns, afin d'abréger.

[51] V. Sancti Bonifacii Epistolœ, 104, dans la Maxima bibliotheca veterum Patrum, t. XIII, p. 113.

[52] V. Annales Metenses, à l'année 752, dans Bouquet, t. V, p. 335 ; Chronicon Fontanellense, c. 14, dans D'Achéry, Spicilegium, édit. in-f°, t. II, p. 276 et 277.

[53] V. Pardessus, t. I, p. 255.

[54] Théophane, Chronographia, édit, du Louvre, p. 337. Cedrène dit la même chose ; v. l'édit. du Louvre, t. I, p. 455.

[55] V. Genealogia regum Francorum, dans Du Chesne, t. I, p. 795.

[56] V. le titre de fondation du monastère de Castellio (ou Saint-Mihiel), dans l'Histoire de la célèbre et ancienne abbaye de Saint-Mihiel, par Dom Joseph de l'Isle, preuves, p. 421.

[57] V. la note XLIV, à la fin du volume.

[58] V. le titre de fondation de l'abbaye de Castellio, dans De l'Isle, Histoire de l'abbaye de Saint-Mihiel, preuv., p. 425.

[59] V. ibid., p. I-III.

[60] V. Vita sanctœ Anstrudis, abbatissœ Laudunensis, n° 17, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.

[61] V. De l'Isle, Histoire de l'abbaye de Saint-Mihiel, preuv., p. 425.

[62] V. l'acte, dans Pardessus, t. II, p. 278.

[63] V. le diplôme, dans De l'Isle, ibid., preuv., p. 421-425. V. aussi deux autres diplômes relatifs à la même fondation, ibid., p. 425 et 426.

[64] V. Vita sanctœ Anstrudis, n° 20 et 33, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II. On peut conjecturer sans témérité que cette Adalsinda est la même personne que Adalsendis fille d'Adalbaldus et de sainte Ricthrudis. V. Vita sanctœ Rictrudis, abbatissœ Marchianensis, n° 10, dans les Bollandistes, au 12 mai.

[65] V. ce diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 355.

[66] V. Historia episcoporum Tallensium, dans Calmet, Histoire de Lorraine, 1re édit., t. I, preuv., col. 127 et 128 ; v. aussi les Epitaphia episcoporum Tullensium, ibid., col. 170.

[67] V. Historia episcoporum Virdunensium, n° 12, ibid., col. 197.

[68] V. Histoire de Toul, p. 276.

[69] V. Chronicon monasterii Sancti-Michadis, dans Mabillon, Vetera Analecta, 1e édit., t. II, p. 373 ; De l'Isle, Histoire de l'abbaye de Saint-Mihiel, p. 6.

[70] V. ce diplôme, dans Félibien, Histoire de l'abbaye royale de Saint-Denys, pièces justif., p. XXV et XXVI.

[71] V. Histoire de Lorraine, 1re édit., t. 1, col. 470 et 471, et preuv., col. 274 ; Notice de la Lorraine, t. I, col. 879.

[72] V. Histoire de l'abbaye de Saint-Mihiel, p. III-V.

[73] V. Histoire ecclésiastique de la province de Trèves, t. II, p. 266-268.

[74] V. ce diplôme, dans Calmet, Hist. de Lorraine, 1re édit., t. I, preuv., col. 303 et 304.

[75] V. ce diplôme, ibid., col. 304 et 305.

[76] V. ce diplôme, ibid., col. 296 et 297.

[77] V. le diplôme de Charlemagne, dans De l'Isle, ibid., preuv., p. 426 et 427.

[78] Quelques savants, ne comprenant pas bien un passage du diplôme de Charlemagne, ont cru que Wulfoad vivait encore en 772 ; mais il est évident que la copie de cette pièce a été légèrement altérée par une distraction du scribe, et qu'il faut lire : Cam itaque venerabilis vir Hermengaudus, abbas sive episcopus de monaslerio Castellionis... quod illuster vir Wolfandus, et sua conjux Adalsinda, in corum proprietate, et in honore sancti archangeli Michaelis, vel cœterortim domnorum, noscitur contruxisse ; ubi ipse, cum norma plurima, conversari videtur. Tout lecteur familiarisé avec les textes mérovingiens comprendra que les sept derniers mots du fragment se rapportent à Hermengaudus, et non à Wulfoad.

[79] V. Calmet, Notice de la Lorraine, t. I, col. 879-882, et planche VI ; De l'Isle, Histoire de l'abbaye de Saint-Mihiel, p. 417 et 418.

[80] Le mémoire de M. Boulangé est intitulé : Bas-relief carlovingien trouvé à Metz.

[81] Elles l'étaient en Lorraine comme ailleurs ; et il suffit de rappeler le font baptismal de Mousson et le portail de Laitre-sous-Amance, qui sont du XIe siècle.

[82] V. Mémoires de l'académie impériale de Metz, ann. 1857-38 p. 391-395.

[83] V. Art de vérifier les dates, t. I, p. 414.

[84] V. Annales de la société archéologique de Namur, t. III, p. 284.

[85] V. dans l'édition de Grégoire de Tours de Ruinart, col. 991 et 992, une note contemporaine rédigée par un copiste de l'Historia Francorum ; Annales Metenses, à l'année 753, dans Bouquet, t. V, p. 336 ; Anastase-le-Bibliothécaire, Vita Stephani III, dans Muratori, Scriptores rerum Italicarum, t. III, part. I, p. 168 et 169 ; Théophane, Chronographie, édit. du Louvre, p. 337 et 338.

[86] V. cette lettre, dans Du Chesne, t. II, p. 663.

[87] V. Adso, Historia episcoporum Tullensium, dans Calmet, Hist. de Lorraine, 1re édit., t. I, preuv., col. 127 et 128.

[88] V. Chronicon Moissiacense, à l'année 752, dans Bouquet, t. V, p. 68.

[89] V. ibid., aux années 752 et suiv., dans Bouquet, t. V, p. 68 et 69 ; Annales Metenses, à l'année 752, ibid., p. 335.

[90] V. Fredegarii continuat., IV, c. 118 ; Annales Metenses, à l'année 751, dans Bouquet, t. V, p. 555.

[91] V. Fredegarii continuat., IV, c. 118 ; Annales Metenses, à l'année 753, ibid., p. 336.

[92] V. notre Histoire de Lorraine, t. IV, p. 284 et 285, t. V, p. 250.

[93] Cet artiste avait gravé, quelques années auparavant, le plan du siège de Nancy.