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Carloman
se trouvait probablement dans le palais de Carisiacum au moment de la
mort de son père, et ce dut être lui qui présida à ses funérailles. Un
passage de la continuation de Frédégaire nous autorise, en effet, à penser
que Pépin-le-Bref avait été obligé de se rendre en Bourgogne, vers le milieu
de l'été, peut-être seulement au commencement de l'automne, pour prévenir ou
comprimer une nouvelle révolte. On crut même que le danger était assez grave,
car Pépin se fit accompagner de son oncle Childebrand et d'une armée
considérable[1]. Les historiens ne nous disent
pas quelle fut l'issue de cette affaire ; mais il résulte de leur silence et
de la suite des évènements que la présence du jeune maire de Neustrie et de
ses troupes suffit pour faire rentrer les Bourguignons dans le devoir. Carloman
et Pépin ne tardèrent pas à avoir des embarras plus sérieux. Leur frère
Grippo ou Griffo réclama une part dans la succession de son père. Il paraît
que, à son lit de mort, Charles avait promis de donner quelque chose à ce
jeune homme ; ce qui ne pouvait se faire qu'au préjudice des arrangements
pris antérieurement en faveur de ses deux fils aînés[2]. N'ayant nulle envie de
partager avec Griffo, qu'ils regardaient de mauvais œil comme enfant d'une
seconde femme, et connaissant parfaitement son humeur ambitieuse et remuante,
Carloman et Pépin refusèrent catégoriquement de lui remettre ce qu'il disait
lui appartenir. Outré d'un pareil refus et cédant aux conseils de
Sonichildis, Griffo réunit ses partisans, surprit la ville de Laon et s'y
enferma. Carloman se hâta de l'y assiéger, le contraignit â se rendre sans
conditions, et, de concert avec Pépin alors retenu en Bourgogne, le fit
enfermer dans une forteresse, située au milieu de la forêt des Ardennes et
appelée Novum-castrum, pendant que l'on conduisait Sonichildis dans
l'abbaye de Chelles[3]. Carloman
et Pépin délibérèrent ensuite sur le parti qu'ils devaient adopter au sujet
de la royauté. Le trône était vacant depuis près de cinq ans, et les
partisans nombreux que les Mérovingiens conservaient encore murmuraient d'un
pareil état de choses, qui semblait annoncer chez ses auteurs l'intention
secrète, mais bien arrêtée, de faire oublier l'ancienne dynastie pour prendre
sa place eux-mêmes. Les deux fils de Charles Martel, croyant, malgré leur
ambition, que ce moment n'était pas encore venu, se décidèrent à mettre un
mérovingien sur le trône. Parmi tous les membres plus ou moins obscurs et
plus ou moins incapables dont la famille de Clovis était alors composée, ils
choisirent Childéric (III), fils de Chilpéric II, ce roi que les Neustriens avaient
proclamé en 715, et que Charles Martel avait fini par reconnaître. Quelques
savants ont pensé que la proclamation de ce prince était l'ouvrage de Pépin
seulement, et que Carloman avait continué à gouverner son partage avec
le titre de maire du palais ou celui de duc, sans s'inquiéter de ce fantôme
de roi[4]. Mais il est facile d'établir
que Childéric III fut reconnu en Austrasie, comme en Neustrie et en
Bourgogne. Le diplôme de Chrodegangus évêque de Metz pour la fondation de
l'abbaye de Gorze ou Gorzia (745) présente la mention suivante : Actum apud
Andernacum, in palatio, publice... anno iv Childerici regis[5]. Un neveu de sainte Odilia,
Bodalus, donnant (747) à
l'abbaye de Saint-Grégoire ou de Münster, située en Alsace, ce qu'il
possédait dans la villa Hodulseshaim, s'exprime ainsi : Datum xv kal.
januarias, anno sexto regni domini nostri Childerici regis[6]. Deux diplômes en faveur de
l'abbaye de Hanaw ou Honau, émanant le premier de Hugo père de Bodalus (ann.
747), le second de Bodalus lui-même (748), sont ainsi datés : Datum sub die quarto
kalendas junias, anno sexto reg ni domini nostri Hilderici regis, et Actum
Suraburgo monasterio, publice. Datum.... anno septimo regni domini nostri
Hilderici regis[7]. En 748, Heddo évêque de
Strasbourg faisait mettre au bas d'un diplôme pour le monastère d'Augia
: Actum.... sub die quinto ante kalend. octubris, anno septimo regni
domini nostri Helderici regis[8]. Nous possédons deux diplômes
de Carloman lui-même établissant, de la manière la plus formelle,
l'exactitude de notre assertion. Dans le premier, qui est de l'année 746 et
concerne les abbayes de Stabulaus et de Malmundarium, Carloman
s'exprime de la sorte : Idcirco ego Karlemannus, major domus... regnante
Hildrico rege[9]. On lit dans le second — il est
de l'année suivante et contient le résultat d'un placitum en faveur
des mêmes monastères — : Inluster Karlemannus, major domus,..... in anno
quinto regnante Hilderico rege[10]. Enfin, on a même conservé un
diplôme dans lequel Childéric III, s'adressant viro inclito Karlomanno
majore (sic)
domus, lui
intime ses ordres relativement aux abbayes de Stabulaus et de Malmundarium,
situées toutes deux en Austrasie[11]. Nous reconnaissons néanmoins
que ces ordres ne se donnaient que pour la forme, et que toute l'autorité
résidait dans la personne des deux maires. Ils le faisaient fréquemment
sentir à Childéric. Les peuples, qui comprenaient parfaitement la situation, leur
décernaient déjà le titre de principes, autrefois réservé aux rois[12], et Carloman se qualifia
lui-même de princeps dans le préambule du concile de Liptinœ ou
Leptines tenu en 743[13] ; mais il ne faut pas attacher
aux mots regimen[14] et regnum[15], que l'on rencontre parfois, un
autre sens que celui de gouvernement. Tous
ces arrangements, en quelque sorte intérieurs, étant terminés, Carloman et
Pépin se mirent en devoir de soumettre les ennemis extérieurs de leur famille
ou de la monarchie. Hunaldus, fils et successeur du duc Eudes, avait profité
de la mort de Charles Martel pour se rendre complètement indépendant, et,
croyant que les fils du maire n'avaient pas hérité de ses talents, il les
brava et s'empara de l'Aquitania Prima et de l'Aquitania Secunda,
étendant ainsi son duché jusqu'aux rives de la Loire. Les deux maires, à
peine délivrés des embarras qui environnent toujours un pouvoir nouveau,
rassemblèrent une armée et se dirigèrent vers l'Aquitaine. Ayant traversé la
Loire sur le pont d'Orléans, ils pénétrèrent dans les vastes plaines qui
séparent cette ville de celle de Bourges, et firent subir un échec
considérable à un corps de troupes ennemies, principalement composé de
gallo-romains, si l'on doit prendre à la lettre les expressions d'un
continuateur de Frédégaire. Ils poursuivirent les fuyards jusque sous les
murs de Bourges, dont ils dévastèrent les environs ; mais ils ne paraissent
pas avoir réussi à entrer dans la ville. Après avoir mis en fuite Hunaldus,
qui s'était avancé pour la secourir, ils tournèrent vers l'ouest,
assiégèrent, prirent, rasèrent la forteresse de Lucca (aujourd'hui
Loches), qui
incommodait beaucoup les civitates voisines, et revinrent l'un en
Neustrie, l'autre en Austrasie, avec un immense butin et une multitude de
captifs[16]. Cette
expédition heureuse, mais qui n'eut aucun résultat décisif, se termina dans
l'automne de l'année 742, et, quelques semaines après, nous retrouvons
Carloman et Pépin à la tête de leur armée. Cette fois ils prirent le chemin
de la Grande Germanie, qui était en combustion depuis la mort de Charles
Martel. Au nord, les Saxons recommençaient leurs courses dans la Thuringe et
dans les pays situés entre l'Elbe et le Rhin ; au sud-ouest, les Alamanni
avaient proclamé de nouveau leur indépendance, et au sud-est, les Bajuvarii,
sans rompre tout-à-fait avec les Francs, ne semblaient guère mieux disposés
que les autres germains. Ils
avaient alors pour duc un personnage appelé Odilon, qui ne manquait ni
d'ambition, ni d'habileté, et dont toutes les démarches tendaient à
l'affranchissement de son peuple. Il venait cependant de s'allier aux deux
maires du palais par un mariage, que ceux-ci avaient vu de mauvais œil. Nous
avons dit que Charles Martel avait laissé une fille illégitime nommée
Chilthrudis ou Hilthrudis. Cédant aux perfides conseils de Sonichildis,
seconde femme de Charles, qui cherchait à susciter de toutes parts des embarras
et des ennemis à Carloman et à Pépin, Chilthrudis quitta clandestinement le
lieu de sa résidence, franchit le Rhin, se retira dans le pays des Bajuvarii,
et, malgré l'opposition de ses frères, épousa Odilon. Celui-ci se regarda
désormais comme l'égal de Carloman et de Pépin, et s'imagina que son mariage
lui donnait droit à une indépendance absolue[17]. Les
maires attaquèrent d'abord les Alamanni, qui étaient les plus rapprochés.
Ayant traversé le Rhin, entre Strasbourg et Mayence, ils vinrent camper, près
du Danube, dans un lieu que la continuation de Frédégaire appelle Usquequo.
Il n'est pas aisé d'en déterminer la position, et Freher a même soutenu que
ce mot n'est autre chose qu'un adverbe latin, introduit dans le texte de la
continuation par l'erreur d'un copiste ; mais le passage du chroniqueur est
trop précis (in loto nuncupante Usquequo), pour qu'une pareille hypothèse soit admissible,
et il vaut mieux voir dans ce mot, certainement estropié par les écrivains du
moyen-âge, un nom germain, ayant quelqu'analogie de prononciation, comme par
exemple celui de la petite ville d'Ehingen, dont la situation paraît répondre
assez bien à celle du lieu mentionné dans le troisième continuateur de
Frédégaire. Quoiqu'il en soit, déconcertés par la marche rapide des deux
maires, et effrayés de les sentir au cœur même de leur territoire, avec une
armée victorieuse, les Alamanni n'opposèrent qu'une faible résistance,
donnèrent des otages aux Francs et reconnurent leur suprématie. Mais leur
unique but était de gagner du temps, et nous les verrons bientôt se révolter
une seconde fois[18]. L'année
suivante (743), les maires entreprirent de
soumettre Odilon, et, ayant franchi le Rhin et traversé le pays des Alamanni,
ils s'avancèrent jusque dans la vallée du Lieus (que l'on appelait déjà le
Lech), un des affluents méridionaux du Danube. Ils campèrent sur la rive
gauche. Odilon, avec les Bajuvarii, occupait la rive droite et mettait
obstacle à toute tentative de passage. Les deux armées restèrent en présence
pendant quinze jours. Les Bajuvarii, se croyant suffisamment protégés
par le cours de la rivière, qui est assez rapide, insultaient continuellement
les Francs, qu'ils accusaient de lâcheté. Enfin, Carloman et Pépin,
impatientés de ces invectives, sortirent de leur camp, pendant la nuit, et
gagnèrent un gué, que les ennemis n'avaient pas jugé à propos de garder, à
cause de la difficulté de ses abords ; puis, ayant divisé leur armée en
plusieurs colonnes, ils fondirent, à la pointe du jour, sur le camp des Bajuvarii.
Réveillés en sursaut et ne sachant ce qui arrivait, ceux-ci ne purent opposer
une résistance efficace. Le combat fut sanglant toutefois ; mais la défaite
des Bajuvarii finit par devenir complète, et Odilon se trouva trop
heureux de pouvoir, accompagné seulement de quelques soldats, mettre l'Œnus[19] entre lui et les Francs qui le
poursuivaient[20]. Cette
victoire n'était pas tout-à-fait décisive ; mais les Bajuvarii étaient
trop découragés pour continuer la guerre, et les fils de Charles Martel
furent, en 744, libres de tourner leurs armes contre d'autres ennemis,
notamment contre les Saxons, dont les incursions devenaient, de jour en jour,
plus fatigantes. Carloman se chargea de repousser ces derniers avec les
Austrasiens, et la campagne ne fut ni longue ni pénible. Les Saxons, effrayés
des préparatifs que l'on avait faits contre eux, se retirèrent dans leurs
déserts, et les Austrasiens revinrent, après avoir réuni à leur royaume les
portions de la Saxe les plus voisines de l'Elbe, et obligé plusieurs barbares
à recevoir le sacrement de baptême[21]. Pendant
ce temps, Pépin marchait, avec les armées de Neustrie et de Bourgogne, contre
un autre ennemi, que le troisième continuateur de Frédégaire désigne par les
mots Theudebaldus filius Godefredi ducis. Or, ce Theudebaldus ne peut
être que Theodebaldus fils de Gothefridus duc des Alamanni. Nous avons
vu plus haut que, après la mort de ce dernier arrivée en 708, les Alamanni
avaient pris pour chef un personnage nommé Wilicharius ; que celui-ci se
révolta contre les Francs ; que Pépin d'Héristal le défit, le chassa et lui
donna, en 712, pour successeur Theodebaldus fils de l'ancien duc Gothefridus.
Trente-deux années s'étaient écoulées depuis ce moment, et Theodebaldus avait
presque toujours conservé un certain respect pour les Mérovingiens, ou plutôt
pour Pépin d'Héristal et Charles Martel, leurs représentants. Nous sommes
même en droit de penser qu'il était resté à peu près étranger à l'espèce de
rébellion qui, en 742, avait attiré au cœur même de l'Alamannia les
armées de Carloman et de Pépin. Les maires l'avaient, en effet, laissé alors
à la tête de son peuple ; mais, cette fois, il fut le principal auteur de la
révolte des Alamanni, et le maire de Neustrie et de Bourgogne résolut d'en
finir avec lui, le poursuivit de retraite en retraite jusqu'au-delà des
Alpes, et le contraignit à chercher un asile dans un pays éloigné, d'où il ne
revint plus. Le titre même de duc des Alamanni fut momentanément supprimé, et
Pépin réserva à son frère et à lui le gouvernement direct de cette petite
nation[22]. Les
derniers mois de la même année 744 furent employés à une nouvelle expédition
contre les Wascones et leur duc Hunaldus, qui ne pouvaient se résigner
au repos. L'armée des Francs était déjà parvenue sur les bords de la Loire et
se disposait à franchir le fleuve, lorsque Carloman et Pépin virent arriver
dans leur camp des ambassadeurs de Hunaldus, qui, à force de prières et de
présents, obtinrent que les deux maires n'iraient pas plus loin[23]. L'hiver
se passa tranquillement, mais dès le printemps de l'année 745 on fut obligé
de reprendre les armes. Humiliés par la double défaite qu'ils avaient
éprouvée et par la suppression de l'espèce de petite royauté qui avait
jusqu'alors existé chez eux, les Alamanni s'étaient révoltés encore une fois.
Carloman envahit leur pays, et, croyant qu'un exemple terrible était
nécessaire pour dompter enfin ce peuple remuant, il le traita avec la
dernière rigueur et fit périr une multitude d'individus qui furent pris les
armes à la main[24]. Cette
terrible exécution ne tarda pas à lui causer de vifs remords, et, soit pour
expier une action qu'il regardait comme un crime, soit pour s'occuper
uniquement de son salut, il résolut de renoncer au pouvoir et aux honneurs et
de passer le reste de sa vie dans un monastère. Les historiens s'accordent,
en général, pour fixer à l'année 746 l'annonce et la réalisation de ce
projet. Néanmoins, il nous semble résulter de divers diplômes que, s'il fut
rendu public en 746 et même plutôt, il ne fut exécuté qu'en 747.
Pépin-le-Bref était dans le palais d'Andernach (Andernacum) le 20 mai 745[25], c'est-à-dire dans un moment où
l'expédition contre les Alamanni était peut-être déjà terminée, et on peut
conjecturer qu'il s'était rendu dans ce palais pour conférer avec Carloman au
sujet de la résolution dont il s'agit. Mais elle n'avait pas cessé d'être à
l'état de projet le 6 juin 746 ; car nous possédons un diplôme de Carloman,
daté de ce même jour, et dans lequel il se qualifie de major domus. On
y voit aussi qu'il résidait alors dans la villa Wasidium, au milieu de
la forêt des Ardennes[26]. D'un autre côté, Pépin, qui
devait être pressé d'aller prendre possession de la succession de son frère,
était encore en Neustrie le 11 février 747. Ce jour-là, il présidait, dans le
palais de Vernum, entre Paris et Compiègne, un placitum, dont nous
avons le résultat[27] ; et même, on a conservé celui
d'un autre placitum qui, si la date n'est pas altérée, aurait été tenu
dans la maison royale de Dunavilla, près de Liège, par Carloman en
personne le 15 août 747[28]. C'est
donc seulement en septembre ou octobre que le maire d'Austrasie résigna ses
fonctions, entre les mains de son frère, et partit pour Rome, où il voulait
voir le souverain-pontife, avant de se retirer dans un monastère. Il alla se
jeter aux pieds du pape Zacharie, qui siégeait alors, le pria de lui couper
les cheveux, déposa de magnifiques présents sur le tombeau de saint Pierre,
embrassa la vie monastique chez les bénédictins du mont Soracte, puis finit
par se faire recevoir parmi les religieux de l'abbaye du Mont-Cassin,
autrefois gouvernée par saint Benoît lui-même. Il y donna l'exemple de toutes
les vertus, et son humilité était si profonde qu'il dissimula avec soin sa
qualité, et qu'il se laissa, un jour, frapper, pour une faute légère, par des
rustres qui remplissaient les fonctions de domestiques dans le monastère. Avant
de partir pour l'Italie, Carloman avait eu une entrevue avec son frère Pépin
et lui avait recommandé : 1° de traiter avec affection ses fils à lui
Carloman, et de leur procurer plus tard un établissement digne de leur
naissance ; 2° de mettre en liberté leur frère Griffo, qui était détenu
depuis la prise de Laon, et de lui donner une indemnité pour le gouvernement
dont ils l'avaient dépouillé ; 3° enfin de ne pas déposséder la famille des
Mérovingiens, dont les droits étaient trop évidents pour être méconnus[29]. Pépin fit une partie des
promesses que son frère exigeait ; mais il les oublia bientôt. Ainsi, loin
d'accorder aux enfants de Carloman, dont rainé se nommait Drogo, ce que leur
père avait demandé pour eux, Pépin les fit enfermer et élever dans des monastères,
où l'on tâcha de leur inspirer le goût de la vie religieuse ; et on ne peut
guère le blâmer d'avoir pris ce parti ; car la division de la Gaule en deux,
trois ou quatre monarchies avait eu des suites tellement funestes et avait
causé tant de guerres civiles et de malheurs de tout genre, que la raison
d'état prescrivait impérieusement de ne plus partager l'autorité. Quant à
Grille), Pépin lui rendit la liberté et lui céda des domaines considérables,
qui en faisaient un des plus riches particuliers du royaume. Enfin, nous
verrons, dans un instant, la manière dont le maire du palais tint les
promesses qu'il avait pu faire relativement aux Mérovingiens. Il
était, du reste, l'homme le plus capable de relever la royauté et d'assurer à
la Gaule la prépondérance qui devait lui appartenir dans le partage
d'Occident. Saint Willibrordus, évêque de Trajectum-ad-Rhenum, qui lui
avait administré le sacrement du baptême, avait, pendant la cérémonie, prédit
la grandeur future du jeune prince[30] ; et on ne peut douter que
Pépin n'ait fait valoir cette prophétie pour autoriser le dessein qu'il
poursuivait. Elevé dans le monastère de Saint-Denys, il avait acquis toutes
les connaissances qui pouvaient alors convenir au chef d'un grand état[31]. Arrivé à l'âge viril, il avait
épousé Berta, dont le père, nommé Charibertus, était peut-être un
mérovingien, et dont l'aïeule paternelle, appelée Berta, Bertrada et même
Bertradana, avait doté le monastère de Prum[32]. Ainsi, la famille de
Pépin-le-Bref se rattachait, tant par lui que par sa femme, à des races
honorées pour leur sainteté et leur amour de l'Eglise et de ses institutions
les plus chères ; et l'évêque Carthwulfus n'était que l'organe de l'opinion
publique lorsqu'il écrivait à Charlemagne : « Ô mon roi, si le Souverain
Maître t'a élevé en honneur et en gloire au-dessus non seulement de tes
contemporains, mais encore de tes prédécesseurs, tu le dois en partie aux
vertus de ton père, surtout à celles de ta mère, et c'est à leurs prières,
principalement à celles de la reine, que le monde est redevable de ta
naissance[33]. » A Pépin n'avait garde
de combattre de pareilles idées, et il tint toujours à l'égard de l'Eglise
une conduite propre à les justifier. Aussitôt
après le départ de son frère, il se rendit en Austrasie pour prendre
possession des fonctions de maire du palais de ce royaume, et il ne tarda pas
à reconnaître qu'il y trouverait aucune chose qu'une sinécure. Les Saxons
venaient, en effet, de recommencer leurs courses, et il fallut marcher
immédiatement contre eux. Ayant envoyé aux chefs des Frisons et des Winides
l'ordre de lui amener leurs contingents, Pépin s'avança jusque dans la vallée
de l'Elbe, défit les Barbares et les contraignit à payer le tribut de cinq
cents vaches auquel ils étaient soumis autrefois. Le troisième continuateur
de Frédégaire ajoute que beaucoup d'entr'eux consentirent à recevoir le
baptême[34]. Cette
campagne, qui fut très-courte, avait été terminée avant le Ier janvier 748,
et le maire du palais allait probablement poursuivre l'exécution de ses
grands desseins, lorsqu'il apprit que son frère Griffe, trompant l'active
surveillance dont il était l'objet, s'était réfugié chez les Saxons, avec
plusieurs de ses partisans. Pépin marcha aussitôt vers la Saxe et rencontra
son frère retranché, avec les individus qui l'avaient suivi et un assez grand
nombre de barbares, derrière la rivière alors appelée Obacra —
aujourd'hui l'Ocker, un des affluents de l'Elbe. Il offrit aux Saxons de leur
pardonner leur infraction à la paix nouvellement conclue, s'ils lui livraient
Griffo. Dès lors, celui-ci, ne se jugeant plus en sûreté au milieu d'eux,
alla chercher un asile chez les Bajuvarii. Là, se prévalant d'un
prétendu testament de Charles Martel, qui lui aurait assuré une part dans sa
succession, il travailla sans relâche à soulever les Alamanni, les Bajuvarii,
les Thuringiens et d'autres peuples encore, qui ne cherchaient qu'une
occasion favorable pour se remettre en liberté. Pépin alla les combattre dans
l'été de 748 ; il attaqua d'abord les Bajuvarii, qui, après avoir
éprouvé plusieurs échecs, prirent le parti de se réfugier au-delà de l'Inn,
avec leurs femmes et leurs enfants. L'armée Franque campa sur le bord
septentrional de la rivière, et, comme il n'y avait pas moyen de la traverser
à gué, le maire fit construire des barques pour transporter ses troupes sur
le bord méridional. A la vue de cette flottille, les Bajuvarii,
perdant complètement courage, envoyèrent à Pépin une députation, chargée de
riches présents, pour lui annoncer qu'ils renonçaient à toute idée de
résistance ; et, après s'être fait livrer un certain nombre d'otages, et
avoir confirmé le titre de duc au jeune Tassillon ou Tassillo, fils d'Odilon
et de Chilthrudis, il tourna ses armes contre les Thuringiens. Griffo était
alors au milieu d'eux, et il était parvenu à se rendre tellement maître de la
partie centrale de la Grande Germanie, que, au risque de déplaire à Pépin,
saint Boniface se crut obligé d'écrire à Griffo pour lui recommander les
prêtres et les moines qui travaillaient à la conversion de la Thuringe, et le
prier de les mettre à l'abri de tonte violence de la part des païens[35]. Le jeune prince avait été
élevé avec soin dans la religion chrétienne, et il avait même été guéri
miraculeusement, dans son enfance, par saint Leutfridus ou Leufroy[36] ; mais la témérité de son
entreprise le forçait à ménager extrêmement les païens, qui formaient encore
la grande majorité de la nation thuringienne. La lutte fut plus longue que
Pépin ne l'avait pensé. En 749, Carloman et Optatus abbé du Mont-Cassin supplièrent
le pape d'interposer son autorité pour y mettre fin ; et Zacharie, qui voyait
également avec douleur ces déchirements de la famille de Charles Martel,
écrivit aux évêques gaulois une lettre circulaire, afin de les exhorter à
user de toute leur influence dans l'intérêt de la paix et de la concorde[37]. Mais il n'entrait pas dans les
vues de Pépin de reconnaître les droits vrais ou prétendus de son frère, ni
de transiger avec lui, et, à force de menaces et de promesses, il engagea les
Germains à le lui livrer. Il le traita, du reste, avec douceur, le nomma
comte de la civitas du Mans et le plaça, pour l'empêcher de faire
quelque nouvelle folie, sous la garde de gens qui lui étaient dévoués à
lui–même. Mais Griffo parvint, une seconde fois, à tromper la surveillance
dont il était l'objet, et, franchissant la Loire, il alla demander un asile à
Hunaldus, duc de Toulouse, qui l'accueillit, et chez lequel Pépin le laissa
d'abord fort tranquille[38]. La
guerre dont nous venons de parler dut être terminée au plus tard au mois de
juillet 749 ; car le maire du palais tint un placitum le 17 août
suivant, dans la maison royale d'Attiniacum ou Attigny[39] ; et ce qui prouve qu'il
séjourna assez longtemps en Austrasie, c'est qu'il présida un autre placitum
dans le même lieu le 20 juin 750[40]. Au reste, la Gaule jouissait
alors de la tranquillité la plus parfaite, et le troisième continuateur de
Frédégaire fait observer, comme une chose digne de remarque, que la terre se
reposa pendant deux ans[41]. Pépin
employa ces deux années à tout préparer pour la révolution qu'il méditait
depuis longtemps, et dont l'heure lui semblait enfin venue. Au moment même
d'en donner le signal, il ne changeait rien aux formes antiques, et il
continuait à être, du moins en apparence, le serviteur dévoué de la dynastie
mérovingienne. Il se qualifie seulement de major domus dans plusieurs
diplômes datés de 748, 749 et 751 ; et on lit dans ces actes et dans quelques
autres du même temps les formules suivantes : anno inj regni domini nostri
Hilderici regis ; anno viij regni gloriosissimi Childerici regis, etc.[42]. On trouve, à la vérité, dans
des diplômes plus anciens que les précédents certains mots ou certaines
phrases annonçant que Pépin et son frère Carloman se regardaient bien comme
les véritables maîtres de la Gaule. Ainsi, et pour nous borner à deux exemples,
on voit[43] dans un placitum de
Pépin (747) : Ermenaldo comite palatii nostro (lisez nostri), et dans un placitum de
Carloman (même
année) : Hugberto
comite palatio nostro (lisez palatii nostri). Ainsi, on rencontre parfois,
comme nous l'avons fait observer, les expressions princeps, principatus,
regnum et regimen. Mais, en somme, on peut dire que la dynastie
mérovingienne était toujours entourée des mêmes honneurs et des mêmes
respects, et cet état de choses semblait devoir durer encore longtemps. L'ambition
de Pépin lui fit prendre un parti décisif vers le milieu de l'année 751. Son
embarras n'était pas médiocre ; car, pour opérer un changement de dynastie,
il était obligé d'obtenir l'agrément de l'empereur, le consentement des
Francs et l'appui du clergé. Il ne
négligea rien pour apaiser les prélats que certaines mesures de Charles
Martel avaient mécontentés ; il dota les rares églises que son père avait
ruinées, à la suite des troubles dont la Gaule fut le théâtre pendant les
premières années de sa mairie, et il témoigna constamment au clergé une
vénération et une déférence sans bornes. Quant à
l'empereur Constantin IV, qui régnait alors, on ne pouvait pas supposer qu'il
dût attacher un grand intérêt à la révolution projetée ; les Mérovingiens lui
étaient complètement étrangers ; il n'avait, d'ailleurs, pas oublié que
Charles Martel avait envoyé des secours à Léon III, pendant le siège de
Constantinople, et il pensait probablement que le fils ne serait pas moins
empressé, si les Lombards tentaient d'enlever à l'Empire les provinces qu'il
possédait encore en Italie. La
tâche la plus difficile était par conséquent d'obtenir le consentement des
Francs. Bien que, en réalité, Pépin d'Héristal, Charles Martel et ses deux
fils eussent gouverné avec un pouvoir presqu'absolu, ils n'en étaient pas
moins considérés légalement comme les ministres des rois mérovingiens,
auxquels ils devaient même prêter serment, ainsi que cela résulte du récit de
l'historien grec Théophane[44]. Pépin-le-Bref fut donc obligé
d'assembler la nation Franque, ou plutôt les évêques et les seigneurs, qui
étaient censés la représenter, pour demander un consentement dont il ne
pouvait se passer ; car on comprend facilement que, si l'empereur était libre
de transférer d'une famille à une autre le principatus ou la
délégation impériale sur les Gallo-Romains, les Francs, qui avaient autrefois
donné la couronne aux Mérovingiens, avaient seuls qualité pour la leur
enlever et la remettre à une dynastie nouvelle. Ne se dissimulant pas que
cette translation pourrait rencontrer plus d'un obstacle, si l'on allait trop
vite, le maire résolut de préparer le terrain, et, dans ce but, il communiqua
secrètement son dessein à l'apôtre de la Germanie, saint Boniface, auquel ses
talents et ses vertus avaient valu une très-grande renommée. Le prélat
approuva les projets du maire du palais et se chargea de sonder le pape
Zacharie, dont Pépin regardait l'autorisation comme indispensable. En
conséquence, saint Boniface dépêcha à Rome un prêtre nommé Lullus, avec une
lettre, dans laquelle on lit, après des détails sur différentes affaires, que
le porteur entretiendra le souverain-pontife d'un objet dont la prudence ne
permettait pas de parler ouvertement. Il s'agissait du changement de
dynastie, et le pape, après avoir entendu les explications de Lullus, lui
remit pour saint Boniface une longue lettre, où il dit avoir donné
verbalement à l'envoyé la réponse que le prélat demandait[45]. Cette réponse était favorable,
et, manifestant alors ce qu'il méditait depuis nombre d'années, Pépin envoya
au pape Zacharie une ambassade solennelle, composée de l'anglo-saxon
Burchardus évêque de Würtzbourg et de Fulradus abbé de Saint-Denys. Le souverain-pontife
les accueillit avec les plus grands honneurs, et, sur leur demande, il
déclara que, à son avis, l'homme qui jouissait du pouvoir de la royauté et en
remplissait toutes les fonctions devait aussi en avoir le titre. Pépin ne
pouvait désirer une réponse plus favorable, et, sûr désormais d'être appuyé
par l'Eglise dans la personne du pape et des évêques, il n'hésita plus à
convoquer la nation pour prononcer sur le changement de dynastie. Cette
assemblée, où ne figurèrent certainement que les prélats et les seigneurs[46], bien que le troisième
continuateur de Frédégaire et un copiste de Grégoire de Tours[47] semblent dire qu'elle se
composait de toute la nation, cette assemblée, disons-nous, se tint dans la
ville de Soissons, au mois de mars 752, prononça la déchéance des
Mérovingiens, pour cause d'incapacité notoire, et appela au trône
Pépin-le-Bref et ses descendants. Le
nouveau roi ne se contenta pas d'une pareille déclaration et voulut être
sacré, pour donner à son pouvoir la sanction de la religion. Les
Mérovingiens, que les Francs considéraient et qui se regardaient eux-mêmes
comme des chefs militaires, avaient toujours négligé cette cérémonie ; tandis
que les monarques wisigoths avaient eu soin de se faire sacrer, afin
d'imprimer à leur royauté un caractère plus respectable. Pépin aurait désiré,
sans doute, que l'onction sainte lui fût donnée par le pape lui-même ; mais
comme Zacharie ne pouvait quitter Rome, et que le roi des Francs se trouvait
dans l'impossibilité d'y aller, il invita saint Boniface à remplacer le
souverain-pontife, et le métropolitain de Mayence accomplit, en effet, la
cérémonie[48]. Telle
est l'opinion la plus générale ; car quelques historiens ont prétendu, et
leur système a été récemment exposé de nouveau avec talent par M. l'abbé
Clouet[49], que saint Boniface ne joua
aucun rôle dans toute cette affaire ; que le prêtre Lutins n'était chargé
d'aucune mission secrète pour le pape Zacharie ; que l'on ne peut trouver
dans la réponse de ce dernier la moindre allusion à la consultation de Pépin ;
que le fait même de l'ambassade de Fulradus et de Burchardus n'est pas établi
d'une manière authentique ; que la déclaration du souverain-pontife ne repose
pas sur de meilleures preuves, et enfin que rien ne démontre que saint
Boniface ait consenti à sacrer le nouveau roi. L'argumentation de ces
historiens est basée principalement sur cette observation que tous les faits
et toutes les particularités, dont ils révoquent en doute la réalité ou
l'exactitude, ne sont connus que par le récit des premiers chroniqueurs
carlovingiens. Mais il est, à notre avis, facile de répondre à ces diverses
objections. Ainsi, les deux lettres de saint Boniface et du pape Zacharie
font évidemment allusion à une affaire très-importante que l'on négociait
alors dans le plus grand secret, et cette affaire ne peut être que le
changement de dynastie. S'il avait été question d'une consultation relative,
par exemple, aux missions de la Germanie, objet continuel des pensées de
saint Boniface, il n'aurait pas craint de s'exprimer librement, lui qui
redoutait si peu les puissances de la terre, et qui entre dans de si
minutieux détails sur les incidents de sa prédication évangélique. Ainsi
encore, l'autorité des écrivains qui ont parlé de l'avènement de Pépin ne
souffre aucune atteinte de ce qu'ils ont rédigé leurs ouvrages sous le règne
de ce prince ou de son fils ; car ils étaient contemporains, ils
travaillaient pour des contemporains, et ils n'ont pu ni se tromper
relativement à des faits qui s'étaient accomplis sous leurs yeux, ni avoir le
dessein d'en imposer à la Gaule tout entière, laquelle savait parfaitement
comment les choses s'étaient passées. Les chroniqueurs dont il s'agit, et qui
sont, du reste, en assez grand nombre[50], se trouvent parfaitement
d'accord entr'eux non seulement sur le fond, mais sur les moindres
circonstances de la narration, accord impossible si une pareille narration
avait été fabriquée de toutes pièces. De plus, leur récit respire la
sincérité et la bonne foi, dont le caractère est presque toujours facile à
reconnaître. Enfin, il ne faut pas oublier 1° que saint Boniface était l'ami
et l'obligé de Pépin-le-Bref ; que par conséquent il n'a pu songer à lui
refuser son assistance dans une conjoncture aussi délicate ; 2° que l'on
n'avait pas, à cette époque, relativement à la légitimité des rois les idées
que les théologiens gallicans ont préconisées dans la suite ; et 30 que la
lettre adressée à Pépin par le métropolitain de Mayence, et dans laquelle on
a cru découvrir, malgré les artifices du langage, l'expression de son
mécontentement, est tout simplement un billet, montrant que l'apôtre de la
Germanie aurait bien voulu pouvoir se dispenser d'assister, non à l'assemblée
de Soissons, où il joua un des rôles principaux, mais à un simple placitum
auquel le roi des Francs l'avait convoqué[51]. II ne
suffisait pas cependant à Pépin d'avoir obtenu l'agrément de la plupart des
prélats et des seigneurs, et d'avoir placé la couronne sur sa tête ; il était
encore obligé de faire disparaître les derniers représentants de la dynastie
mérovingienne, et de vaincre la résistance que ses partisans pouvaient lui
opposer. Childéric III lui-même était entre les mains de Pépin, qui le
relégua dans le monastère de Sithiu (Saint-Bertin), où il fut rasé et revêtu de
l'habit religieux. U mourut en 754 et laissa un fils, nommé Theodericus, qui
fut enfermé et élevé dans l'abbaye de Fontenelle, d'où il ne sortit jamais.
Quant aux mérovingiens obscurs, dont nous avons eu si fréquemment à signaler
l'existence, ils ne furent pas inquiétés par le nouveau roi, qui se contenta
de les faire oublier de plus en plus, en leur ôtant soigneusement toutes les
occasions de se produire[52]. En même
temps, il ne négligea rien pour accréditer l'opinion que les Mérovingiens
n'étaient plus depuis longtemps en état de tenir le sceptre, et que leur
incapacité avait même fait place à une sorte d'abrutissement. En 749, comme
nous l'avons vu, le maire comptait encore par les années du règne du très-glorieux
roi Childéric, et dès l'année 752 on osait dater un diplôme de la manière
suivante : Vesano Childerico regali sede ejecto, atgue Pipino rege
piissimo a Francis in eodem regno pro eo constituto[53]. Le troisième continuateur de
Frédégaire ne mentionna même pas le règne de Childéric, comme si la Gaule
avait eu à en rougir, et les premiers chroniqueurs carlovingiens, notamment
Eginhard et le moine d'Angoulême, peignirent les derniers rois de la dynastie
comme de véritables insensés. Pépin ne les ménagea pas davantage dans ses
relations officielles, et, pour achever de bien disposer Constantin IV en sa
faveur, il fit ou laissa dire que ces malheureux princes étaient tellement
déchus, qu'ils conservaient à peine apparence d'hommes, et que leur dos était
couvert de soies pareilles à celles des porcs[54]. D'un
autre côté, sachant combien les peuples ont toujours de respect pour
l'Antiquité, il tâcha de rattacher sa propre famille à celle de Clovis ; il
trouva des généalogistes complaisants, et on lit dans un de leurs écrits : Ansbertus
senator, qui ex Plithil filia secundi Chlotarii genuit Arnoldum, patron
sancti Arnulfi, Mettensis episcopi, qui Anchisem genuit, Anchises Pippinum[55]. Cependant,
et malgré tant de précautions, les Mérovingiens rencontrèrent quelques
défenseurs, sur lesquels, du reste, les détails n'abondent pas ; car les
chroniqueurs carlovingiens, sans exception, ont gardé le silence relativement
à ces tentatives de résistance, et c'est à d'autres sources qu'il faut
recourir pour en avoir une légère connaissance. Voici ce que nous avons
recueilli. Il y avait alors dans la civitas de Verdun un comte nominé
Wulfoadus ou Wulfoad, qui devait être le petit-fils du célèbre Wulfoad, maire
du palais d'Austrasie sous les règnes de Childéric II et de Dagobert II. Il
avait pour père un seigneur appelé Gislaramnus[56]. Rien n'établit, à la vérité,
que ce Gislaramnus fût fils du maire du palais ; mais la chose est
vraisemblable ; car on avait alors l'habitude d'imposer au petit-fils le nom
de son aïeul. Nous savons également que le comte Wulfoad était proche parent,
probablement neveu, de Garibaldus évêque de Toul, lequel, dans cette
hypothèse, aurait été fils du maire du palais et frère de Gislaramnus. On
sait aussi qu'il y avait des rapports de parenté, plus ou moins étroits,
entre cette famille et celle du leude Gundoinus, père de sainte Salaberga et
dé Bodo-Leudinus évêque de Toul ; mais toutes ces questions sont obscures et
présentent des difficultés chronologiques[57]. Une
autre question non moins difficile à résoudre est celle de savoir si le maire
Wulfoad, son fils Gislaramnus et son petit-fils le comte Wulfoad
appartenaient à la famille des Mérovingiens, et descendaient d'une de ces
concubines royales que l'on trouve mentionnées si souvent. Deux indices nous
portent cependant à le croire. Le premier est l'élévation presque subite du
premier Wulfoad à la dignité de maire du palais d'Austrasie, sous le règne de
Childéric II. Ce prince, non content de lui confier des fonctions alors si
importantes, le nomma également maire de Neustrie et de Bourgogne, lorsque
les trois royaumes furent réunis. Nous avons vu que les assassins de
Childéric avaient aussi voulu faire périr Wulfoad, dont la fidélité leur
avait paru inébranlable ; que le maire, s'étant réfugié en Austrasie, y fit
reconnaître Dagobert II, et qu'il fut enfin enveloppé dans la catastrophe qui
termina le règne et la vie de ce vertueux monarque. Sous le gouvernement de
Pépin d'Héristal, les fils de Wulfoad ne purent s'élever à une position égale
à celle qu'il avait occupée : Garibaldus fut évêque de Toul, et Gislaramnus
eut le titre de comte, que son fils, le second Wulfoad, obtint aussi plus
tard. Celui-ci prenait le titre de vir inluster[58], que Charlemagne lui donne
aussi dans un diplôme de l'année 771 ; et Louis-le-Pieux, dans un des siens,
lui attribue le titre de dux, qu'il ne paraît pas avoir eu[59]. Mais les grandes richesses que
possédait cette famille lui assuraient un crédit et une considération, dont
Pépin d'Héristal' et Charles Martel devaient être jaloux, eux qui songeaient
déjà à substituer leur dynastie à celle des Mérovingiens. Le second indice
qui nous induit à penser que le comte Wulfoad appartenait à la dernière est
la longue chevelure qu'il portait, privilège réservé, comme on sait, à la
race royale ; et nous verrons un peu plus loin que l'examen de sa sépulture
ne peut laisser aucun doute sur ce point important. Quoiqu'il
en soit, le comte Wulfoad devait être né du vivant même de son aïeul ; car
nous rencontrons avant la fin du VIIe siècle une mention qui le concerne
évidemment. On fit dans la vie de sainte Ansthrudis que Madelgarius évêque de
Laon ayant voulu s'attribuer sur le monastère qu'elle gouvernait des droits
dont les évêques de cette ville n'avaient jamais joui, l'abbesse envoya son
parent Wulfoad (Wulfoldus)
porter ses plaintes à Pépin d'Héristal, qui les prit en considération[60]. Wulfoad devait être alors fort
jeune, et nous le retrouvons seulement en 708[61]. Il était alors décoré du titre
de comte, et il administrait, sans doute, la civitas de Verdun. Il
avait, quelque temps auparavant, entrepris un voyage en Italie et visité le
mont Garganus, célèbre par une des apparitions de l'archange saint Michel. La
troisième et dernière venait d'avoir lieu (le 16 octobre 706) sur un rocher voisin du rivage
de la Gaule, et qui est devenu le fameux mont Saint-Michel. Wulfoad résolut
aussitôt de fonder, sur le territoire de la civitas de Verdun, un
monastère dédié à l'archange, et il ne perdit pas de temps pour exécuter ce
dessein. Dès l'année 708, nous le voyons faire un échange avec Sigibaldus
évêque de Metz, pour se procurer un domaine qui lui était indispensable[62] ; et, l'année suivante, il créa
dans la finis Vindiniaca, sur une petite hauteur appelée Castellio,
à une lieue de la rive droite de la Meuse, un monastère, qui prit le nom de
cette colline, et qui fut transféré plus tard, au bord même du fleuve, dans
un lieu nommé Godonis-curtis (Godonecurte), et maintenant Saint-Mihiel. Il
y plaça un bon nombre de religieux et leur donna, tant pour leur subsistance
que pour les frais du culte et l'entretien des bâtiments, plusieurs domaines
dont on trouve l'énumération dans le diplôme que le fondateur fit rédiger à
cette occasion. Il leur céda également une saline dans le vicus de
Marsal, et il prit toutes les précautions qu'il jugea convenables pour
assurer l'indépendance du monastère qu'il venait d'établir[63]. On a
fait figurer dans le diplôme Adalsinda épouse de Wulfoad, et nous y lisons
qu'elle était fille d'un seigneur appelé Adalbertus, que nous ne connaissons
pas autrement ; mais nous ne pouvons nous dispenser de faire observer que ce
nom d'Adalsinda avait été porté, dans la seconde moitié du siècle précédent,
par une religieuse du monastère de sainte Salaberga[64]. Elle en devint même abbesse,
après la mort d'Ansthrudis, et, comme on voyait assez souvent, à cette
époque, des veuves embrasser la vie religieuse, nous ne sommes pas éloigné de
penser que l'épouse de Wulfoad était la petite-fille de l'abbesse de Laon,
dont elle avait pris le nom, suivant l'usage. L'histoire
ne nous fournit de 709 à 752 aucun renseignement relatif au personnage dont
nous parlons. Seulement nous trouvons sa signature, figurée ainsi : † Wuolfoaldo
comite, au bas d'un diplôme de Widegernus évêque de Strasbourg,
concernant l'abbaye de Murbach et remontant à l'année 728[65]. Mais, en 752, Wulfoad joua un
rôle très-important. Ses richesses, son origine, le dévouement de sa famille
à la dynastie mérovingienne, tout en un mot le rendait propre à diriger la
résistance que l'on se proposait d'opposer à l'espèce d'usurpation de Pépin-le-Bref.
Son grand âge même, qui ne lui avait rien ôté de son activité et de sa
vigueur, le recommandait au choix des partisans de l'ancienne dynastie.
Wulfoad, qui avait depuis longtemps deviné les projets du fils de Charles
Martel, avait, on ne sait sous quel prétexte, fait construire, près de Castellio,
une véritable forteresse, propre à servir de base et d'appui à une
insurrection, et à fournir un asile en cas de défaite, Il n'est resté, comme
nous l'avons dit, que bien peu de traces de la révolte dont Wulfoad fut, en
quelque sorte, le chef et la chose n'a rien d'étonnant, car les chroniqueurs
qui écrivirent pendant la seconde moitié du VIIIe siècle, et pendant le IXe,
étaient presque tous partisans des Carlovingiens, et ceux qui regrettaient
l'ancienne dynastie jugèrent prudent de garder le silence. On entrevoit
néanmoins, au milieu de tant de réticences, que Wulfoad parvint à entraîner
dans son parti la civitas de Verdun, qu'il administrait, et celle de
Toul, dans laquelle il possédait des domaines considérables. Adso, dans son Historia
episcoporum Tullensium, écrite au Xe siècle, comme nous l'avons remarqué,
mais sur des documents anciens, nous apprend que la ville de Toul fut
incendiée, sous l'épiscopat de Godo, et que la cathédrale perdit tous les
diplômes relatifs aux domaines qu'elle tenait de la générosité des rois et
des particuliers[66] ; Bertaire rapporte que, vers
le même temps, le feu dévora la cathédrale de Verdun[67] ; et on ne peut guère douter,
comme le Père Benoît Picart en a déjà fait l'observation, que ces deux
malheurs n'aient été les suites de la guerre amenée par l'insurrection des
derniers partisans des Mérovingiens[68]. Après divers incidents, dont
l'histoire ne nous a pas conservé le souvenir, Wulfoad fut obligé de mettre
bas les armes et de se livrer à la générosité de Pépin, qui le traduisit
devant un tribunal (placitum) composé de Francs. Le gnmte y fut jugé et condamné
à mort ; mais, sur ces entrefaites, Fulradus, abbé de Saint-Denys et rector
de l'école du palais, se jeta aux pieds du roi et obtint la grâce du
condamné. Néanmoins, Wulfoad fut contraint de céder à Pépin, en toute
propriété, le riche domaine qu'il possédait près du monastère de Castellio,
et sur le sol duquel il avait construit la forteresse dont nous avons parlé.
L'habitation de Wulfoad était d'une telle magnificence que le roi la
convertit en palais ; on voit dans le diplôme, qui nous apprend ces
particularités, qu'il y avait dans cette habitation une chapelle desservie
par plusieurs clercs (clirici), et nous savons, effectivement, que dans ses
voyages le comte Wulfoad était ordinairement accompagné d'un clerc ou
aumônier, lequel portait une petite châsse contenant des reliques[69]. Mais, trois ans après les
évènements que nous venons de raconter, Pépin, qui ne cessait d'employer
Fulradus dans les affaires les plus importantes et les plus délicates, voulut
lui accorder une récompense, et, dans ce dessein, il céda au monastère de Saint-Denys
le domaine de Wulfoad, et fit dresser, à cet effet, un diplôme renfermant des
détails curieux[70]. On peut
ajouter que le diplôme dont il s'agit a donné lieu à de longues discussions
entre les savants. Les historiens de l'abbaye de Saint-Denys ont prétendu que
Pépin lui avait donné non seulement la demeure de Wulfoad et le domaine qui
en dépendait, mais encore l'abbaye même de Castellio. Dom Calmet
adopta cette opinion, tout en reconnaissant que l'assujettissement du
monastère de Saint-Mihiel à celui de Saint-Denys n'avait pas été de longue
durée[71]. Dom Joseph de l'Isle soutint,
au contraire, que Pépin n'abandonna à cette dernière abbaye que la demeure de
Wulfoad, laquelle était construite sur la colline où s'éleva plus tard le
château de Trognon, et que le monastère de Castellio, situé à une
lieue et demie de distance, ne fut pas compris dans la donation faite aux
religieux de Saint-Denys[72]. Les arguments de Joseph de
l'Isle ont été ébranlés à leur tour par M. l'abbé Clouet[73], et le docte écrivain a appuyé
la thèse qu'il défend 1° sur les expressions : Monte Sancto Micaelo
arcangelo, super fluvio Marsupiœ, que l'on rencontre dans le diplôme de
755, et qui semblent désigner le monastère de Castellio plutôt que la
demeure de Wulfoad ; 2° sur un diplôme de l'empereur Lothaire (840), replaçant l'abbaye de
Saint-Mihiel dans son ancienne dépendance envers l'abbaye de Saint-Denys, et
offrant la phrase suivante : abbatia S. Michaelis, quœ... olim ad
prcefatum (S. Dionysii)
locum delegata esse dinoscitur[74] ; et 3° sur cette circonstance
que l'on a retrouvé dans les archives de Saint-Denys plusieurs actes
confirmant les privilèges du monastère de Saint-Mihiel, notamment un diplôme
de Charles-le-Chauve[75], et que l'on avait transcrit
dans le cartulaire de cette dernière abbaye le diplôme de Charlemagne
établissant les droits de Saint-Denys sur le prieuré de Salone. On ne peut se
dissimuler la force de ces trois arguments ; mais il est néanmoins difficile
de se prononcer, d'une manière absolue, pour l'une ou pour l'autre thèse,
quand on considère : 4° que le terme de monasterium n'est pas écrit
une seule fois dans le diplôme de Pépin-le-Bref, et que les mots locus
et castellum paraissent bien désigner le domaine et la forteresse de
Wulfoad ; 2° que les expressions : ipsi clirici qui ibidem deservire
videntur ne peuvent s'appliquer à des moines, mais seulement à des clercs
attachés à la chapelle domestique de ce puissant personnage ; et 3° que le
diplôme de Charles-le-Chauve, cité tout-à-l'heure, ainsi qu'un diplôme de
Louis-le-Pieux (845),
confirmant les privilèges du monastère de Saint-Mihiel[76], ne font aucune mention de la
sujétion dans laquelle il se serait trouvé à l'égard de Saint-Denys, et
paraissent même supposer que cette dépendance n'a jamais existé. Ne
pourrait-on pas admettre que la donation faite par Pépin-le-Bref ne
comprenait autre chose que l'habitation (locus) et la forteresse (castellum) de Wulfoad ; mais que les
religieux de Saint-Denys, se regardant comme subrogés par le diplôme royal
dans tous les droits que le fondateur avait pu conserver sur l'abbaye de Castellio,
tentèrent, avec des succès variés, d'assujettir l'abbaye elle-même à leur
autorité directe ? Ils y parvinrent sous le règne de Pépin-le-Bref, qui ne
pouvait oublier les services de Fulradus ; mais, dès l'année 772, Charlemagne
avait rendu à l'abbé Ermengaudus et à ses religieux leur ancienne
indépendance[77]. Ces derniers la conservèrent
jusqu'en 840, époque où elle leur fut ravie, un instant, par l'empereur
Lothaire, et ils la recouvrèrent ensuite pour ne plus la perdre. L'importance
et les richesses du monastère de Castellio ne furent pas étrangères,
sans doute, aux tentatives faites par l'abbaye de Saint-Denys. On voit
effectivement, en lisant le diplôme de fondation, que Wulfoad n'avait pas
donné aux moines de Castellio, sans parler d'une saline à Marsal,
moins de vingt grands domaines, situés tous ou presque tous dans le diocèse
de Verdun, et même à une assez faible distance de l'abbaye ; car il en est
ainsi des villœ dont les noms ont pu être rapprochés avec certitude
des dénominations actuelles, et il en est probablement de même des terres que
l'on n'a pu reconnaître jusqu'à présent. Les
religieux de Castellio, reconnaissants de tant de bienfaits, restèrent
toujours attachés au comte Wulfoad, et lorsque cet homme de bien termina sa
longue carrière, peu d'années après la révolution qui déposséda les
Mérovingiens[78], il reçut une honorable
sépulture dans une petite église construite entre la principale basilique du
monastère et une autre basilique, de forme quadrilatérale, qui servait de
paroisse aux habitants de Woinville. La petite église bâtie pour recevoir les
restes de Wulfoad et de son épouse se composait d'une nef, assez allongée, et
d'une abside, presque carrée, dans laquelle le comte et Adalsinda avaient été
inhumés, le premier du côté de l'évangile, la seconde du côté de l'épître. A
la translation du monastère à Godonis-curtis ou Saint-Mihiel, on
laissa quelques religieux à Castellio, qui prit plus tard le nom de
Vieux-moutier, et la tradition avait conservé le souvenir des deux
sépultures, bien qu'aucune inscription n'en fît connaitre précisément le
lieu. Seulement, à une époque assez reculée, vers le XIIe siècle
probablement, on avait peint sur les murailles latérales de l'abside deux
figures grossières, représentant Wulfoad et Adalsinda. Le comte était vêtu
d'une toge et d'un manteau ; une longue chevelure s'échappait de dessous une
espèce de toque, et il soutenait des deux mains une église romane, composée
d'une nef et d'une abside. La comtesse, couverte d'une robe et d'un manteau,
portait, de la main droite, une église romane, où l'on distinguait une abside,
une nef centrale et deux nefs latérales. On n'en savait pas plus relativement
aux tombeaux de Wulfoad et d'Adalsinda, lorsque, le 10 septembre 1734, des
maçons, occupés à réparer le pavé de la petite église, levèrent, sans
autorisation, les dalles qui passaient pour couvrir ces tombeaux, et
trouvèrent deux caveaux, longs d'environ sept pieds, sur une profondeur de
trois pieds et demi. Celui qui était du côté de l'évangile renfermait le
squelette d'un homme de haute taille, couché sur le côté droit, et la tête
appuyée sur la main. Il était encore couvert des débris d'une robe de soie
pourpre ; vers le haut de la poitrine on voyait deux plaques d'or, de forme
ronde, ornées d'émaux rouges et de pierreries et destinées à fermer un
manteau ; à un des doigts était passé un gros anneau d'or, ayant pour chaton
une cornaline antique représentant Minerve, et près du corps étaient les
restes d'un glaive, des forces (forcipes) et un peigne en ivoire. Le
corps de la comtesse avait la même position que celui de son mari, et son
vêtement paraissait à peu près semblable. Au surplus, les ossements et les
étoffes tombèrent en poussière, dès qu'on les eut mis en contact avec l'air extérieur[79], et l'on n'a rien sauvé de
cette importante trouvaille. Nous ne
pouvons terminer cette longue digression sur la sépulture du dernier partisan
des Mérovingiens sans mentionner un bas-relief, récemment découvert, et qui
nous semble relatif à la révolte et à la défaite de Wulfoad. Ce bas-relief a
été trouvé, à Metz, au pied de la colline de Chèvremont, que couronnait
autrefois le palais des rois d'Austrasie, et il est aujourd'hui déposé dans
le musée de cette ville. Sa largeur est d'un mètre vingt-huit centimètres, et
sa hauteur de quatre-vingt-cinq centimètres ; on l'a taillé dans un bloc
appartenant aux couches blanches de la grande-oolithe des environs de Metz,
employée, d'une manière presqu'exclusive, pour la sculpture, pendant la
période gallo-romaine. Le relief des figures est considérable et l'exécution
d'un bon style. Malgré tous ces indices d'une antiquité assez reculée, M.
Georges Boulangé, qui, le premier, a décrit le petit monument dont nous
parlons, ne l'a fait remonter qu'au Xe siècle et a cru y reconnaître un
évènement du règne de Charles-le-Simple : la soumission du duc Gislebert[80]. Mais le travail est trop bon
pour être du Xe siècle, époque à laquelle les représentations d'hommes et
d'animaux sont toujours extrêmement grossières[81] ; les costumes des personnages
sont encore ceux des Romains ; enfin, au Xe siècle, on ne sculptait plus dans
les palais, ni dans les églises, de scènes historiques comme celle qui nous
occupe. Frappé de ces différentes considérations, un membre de l'académie de
Metz, M. Victor Simon, a essayé de démontrer que le bas-relief représente le
roi d'Austrasie Théodebert II amené devant son frère Thierry II, roi de
Bourgogne, après la défaite de son armée à Tolbiacum[82]. Dans cette hypothèse, on ne
voit pas quel peut être l'ecclésiastique présent à la scène en question ; de
plus, le captif est beaucoup trop âgé pour qu'on y reconnaisse Théodebert,
qui n'avait pas au moment où cet évènement s'est passé plus de vingt-sept ans
; d'ailleurs, Thierry a survécu peu de temps à sa victoire, et il n'a pas eu,
bien certainement, le loisir de faire exécuter une pareille sculpture. Au
contraire, si l'on admet notre supposition, tout s'explique aisément.
Wulfoad, dont le visage annonce la vieillesse, est traîné, par le général
(duc ou comte) entre les mains duquel il est tombé, devant Pépin-le-Bref, qui
semble vouloir le frapper de son bras droit mutilé aujourd'hui.
L'ecclésiastique, sculpté au second plan, et qui relève devant ses yeux un
pan de son manteau, pour ne pas voir cette triste scène, doit être, selon
nous, l'abbé de Saint-Denys, Fulradus, lequel intercéda en faveur de Wulfoad
et parvint à lui sauver la vie. Ajoutons que les quatre personnages sont à
cheval, et que le bas-relief présente une particularité qui pourrait engager
diverses personnes à lui assigner une date plus récente. Il s'agit de la
présence des étriers attachés à trois au moins des quatre selles. On a cru,
en effet, pendant longtemps que les étriers n'étaient pas connus au VIIIe
siècle ; mais ils sont mentionnés formellement dans un traité de tactique
composé sous le règne de l'empereur Maurice, c'est-à-dire au plus tard dans
les premières années du VIIe siècle[83] ; et on a découvert récemment
dans les ruines d'une villa gallo-romaine, à Saint-Marc, près de Namur, un
étrier, dont la partie inférieure était assez longue pour permettre au
cavalier d'y appuyer la moitié du pied[84]. Tels
sont les derniers et faibles vestiges d'une résistance dont plusieurs de nos
historiens n'ont pas jugé à propos de parler. Bien que légère et facilement
vaincue, elle suffit toutefois pour nous expliquer la temporisation et les
incertitudes de Pépin d'Héristal, de Charles Martel et de Pépin-le-Bref
lui-même, et on entrevoit la raison qui arrêta, pendant si longtemps, les
premiers carlovingiens sur les marches d'un trône qu'ils convoitaient. Malgré
la régularité de son élection, malgré son sacre, malgré la défaite de Wulfoad
et de ceux qui l'avaient imité, le nouveau roi se croyait encore mal affermi,
et lorsque le pape Etienne II, qui avait succédé à Zacharie, mort le 14 mars
752, vint chercher un asile dans la Gaule contre les menaces et les violences
d'Aistwlfus roi des Lombards, Pépin-le-Bref le pria de le sacrer une seconde
fois. Etienne y consentit, et, le 28 juillet 754, dans l'église abbatiale de
Saint-Denys, il versa l'huile sainte sur la tête du roi, de son épouse et de
ses deux fils, Charles et Carloman. Puis, après avoir béni solennellement le
royaume des Francs, le pape excommunia et maudit à jamais tous ceux qui
entreprendraient de détrôner Pépin ou ses descendants[85]. Tant de
précautions suffisaient à peine pour rassurer le roi des Francs. Aussi,
fit-il de nouveaux efforts pour se concilier la faveur du clergé et pour
égaler la gloire militaire de Pépin d'Héristal et de Charles Martel. Non
content de rendre à la papauté les services immenses que nous rappellerons,
dans le dernier chapitre de cet ouvrage, il protégea, autant que cela lui fut
possible, le clergé de son royaume. Nous possédons encore une des
lettres-circulaires qu'il adressa aux évêques gaulois, et on peut voir, en la
parcourant, avec quelle vénération il leur parlait[86]. Il fit des fondations
considérables, que nous signalerons plus loin ; il favorisa la réforme des
chapitres et des monastères entreprise par saint Chrodegangus, évêque de
Metz, et il indemnisa largement les églises qui avaient souffert, soit des
incursions des Barbares, soit de l'espèce de guerre civile causée par le
changement de dynastie. Nous savons notamment qu'il s'empressa de délivrer à
Godo évêque de Toul des diplômes destinés à remplacer ceux qui avaient péri
dans l'incendie de sa cathédrale[87]. D'un
autre côté, ses armes ne furent pas moins heureuses que celles de ses
prédécesseurs. Dès l'année 752, immédiatement après son élévation à la
royauté, il avait envahi la Narbonensis Prima, où un seigneur
wisigoth, appelé Ansemundus, lui livra les villes de Nimes, Agde, Maguelone
et Béziers, que les Sarrasins avaient occupées de nouveau, puis abandonnées à
la garde des gens du pays[88]. Pépin dirigea alors tous ses
efforts contre Narbonne, qui était le boulevard des Sarrasins dans le midi de
la Gaule ; mais, obligé de se rendre sur les bords du Rhin, il chargea
Ansemundus de bloquer la ville, avec un corps de troupes. Ce général se laissa
attirer dans une embuscade par les Sarrasins, qui le tuèrent. Le blocus
continua néanmoins, et les habitants chrétiens de Narbonne, ayant enfin
obtenu du roi des Francs la promesse de conserver chez eux la Lex
Wisigothorum, massacrèrent la garnison musulmane et ouvrirent leurs
portes à Pépin-le-Bref[89]. Ce
prince avait, dès le commencement de son règne, envoyé des ambassadeurs à
Waifarius duc de Toulouse ou d'Aquitaine, pour le sommer de lui livrer
Griffe, qui avait, comme nous l'avons vu, cherché un asile chez les Wascones.
Le duc fit une réponse évasive ; mais, en 753, Griffe, craignant une
trahison, quitta le lieu de sa retraite, avec les individus qui s'étaient
attachés à sa fortune, et se dirigea vers l'Italie, où il pensait trouver un
refuge assuré. Il parvint à franchir le Rhône, et il allait atteindre le mont
Cinisius (Cenis),
en remontant la vallée de l'Arboris (Arc), un des affluents de l'Isère,
lorsqu'il rencontra, près de Maurienna (Saint-Jean-de-Maurienne), Theodo comte de la civitas
de Vienne et Fredericus comte de la Bourgogne Trans-Jurane. Il y eut en ce
lieu un sanglant combat, dans lequel Griffo perdit la vie, délivrant ainsi
son frère de toute inquiétude pour l'avenir[90]. Pendant
que ces évènements s'accomplissaient au midi, Pépin s'était dirigé vers le
pays des Saxons, qui avaient recommencé leurs courses dans la Grande
Germanie. Il ravagea les contrées habitées par ce peuple indomptable,
réduisit en captivité une multitude d'hommes, de femmes et d'enfants, et fit
un immense butin. Les Saxons lui demandèrent de nouveau la paix, et le roi
des Francs consentit à la leur accorder, à condition qu'ils lui payeraient un
tribut plus fort, qu'ils jureraient de ne pas sortir des limites de leur
pays, et qu'ils y laisseraient prêcher librement le christianisme[91]. Les autres guerres qu'il entreprit furent toutes glorieuses pour la monarchie des Francs ; mais, afin de ne pas sortir de notre sujet, nous les passerons sous silence, à l'exception de celles qu'il soutint contre les Lombards, et dont nous dirons un mot dans le dernier chapitre de ce livre. En effet, à partir des premières années du règne de Pépin, l'Austrasie, bien qu'elle joue un rôle prépondérant, perd presque complètement son individualité, et la Gaule ne constitue plus qu'une seule et puissante monarchie. On parle encore de l'Austrasie, de la Neustrie, de la Bourgogne, de l'Aquitaine et de la Provence ; mais tous ces pays sont confondus et soumis à une administration unique et centrale ; il n'y a plus de royaumes, ni même de duchés ; le roi ne reconnaît que des civitates ou diocèses, gouvernés par des comtes. Néanmoins, le souvenir du royaume d'Austrasie ne se perdit jamais. Dans- la seconde moitié du IXe siècle, on en vit renaître une ombre, sous le titre de Lotharii regnum (royaume de Lothaire), puis de Lotharingia, puis enfin de Lorraine. Cet état, considérablement réduit, ne fut plus qu'un duché au moyen-âge. A la fin du XVIe siècle et au commencement du XVIIe, les ducs de Lorraine Charles III et Charles IV tentèrent, mais en vain, de ressusciter, à leur profit, l'ancien royaume d'Austrasie[92]. Un peu plus tard, Louis XIII reprit, pour son compte, les mêmes projets, et il fit gravir, en 1642, par Melchior Tavernier[93], une grande carte de ce pays, à laquelle on donna le titre suivant : Le vrai et primitif héritage de la Couronne de France ; ce qui signifiait que Louis XIII, déjà possesseur de la Neustrie, de la Bourgogne et de l'Aquitaine, allait revendiquer l'Austrasie, sans tenir aucun compte des changements survenus en Europe depuis Pépin-le-Bref, c'est-à-dire, depuis neuf cents ans. |
[1]
V. Fredegarii continuat., III, ibid. ; Appendix ad Gesta regum
Francorum, ibid. ; Annales Metenses, ibid.
[2]
L'auteur des Annales Metenses (ibid.) dit, en effet, que le gouvernement
destiné à Griffo devait être formé de plusieurs civitates appartenant
les unes à l'Austrasie, les autres à la Neustrie, et les dernières à la
Bourgogne.
[3]
V. Annales Metenses, ibid. Les historiens et les antiquaires ne
s'accordent pas relativement à la situation de Novum-castrum, que
plusieurs d'entr'eux croient être Neufchâteau, dans le grand-duché de
Luxembourg.
[4]
V. notamment le Père Daniel, Histoire de France, t. I, p. 495.
[5]
V. ce diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 397-399.
[6]
V. son diplôme, ibid., p. 406.
[7]
V. ces deux diplômes, ibid., p. 408, 411 et 412.
[8]
V. cette pièce, ibid., p. 408-411.
[9]
V. ce diplôme, ibid., p. 402 et 403.
[10]
V. cette pièce, ibid., p. 405.
[11]
V. ce diplôme, ibid., p. 387-389.
[12]
V. notamment Appendix ad Gesta regum Francorum, dans Du Chesne, t. I, p.
720.
[13]
V. ce préambule, dans Sirmond, Concilia antiqua Galliœ, t. I, p. 537 ;
v. aussi deux diplômes de Pépin dans Pardessus, t. II, p. 382, 383 et 387.
[14]
V. Pardessus, t. I, p. 253.
[15]
V. Fredegarii continuat., III, c. 111, et passim.
[16]
V. Fredegarii continuat., III, ibid. ; Appendix ad Gesta regum
Francorum, ibid. ; Annales Metenses, à l'année 742, dans Bouquet, ibid.
[17]
V. Fredegarii continuat., III, ibid. ; Appendix ad Gesta regum
Francorum, ibid. ; Annales Metenses, à l'année 743, ibid.
[18]
V. Fredegarii continuat., III, ibid. ; Appendix ad Gesta regum
Francorum, ibid.
[19]
Le troisième continuateur de Frédégaire et l'auteur de l'Appendix ad Gesta
regum Francorum nomment Ignis, Igni ou Igne cette rivière,
qui est l'Inn ; mais le biographe de saint Corbinianus l'appelle encore Ænus
ou Ænum, comme du temps des Romains. V. Vita
sancti Corbiniani, Frisingensis episcopi, c. 42, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. III, part. I.
[20]
V. Fredegarii continuat., III, c. 112 ; Appendix ad Gesta regum
Francorum, ibid.
[21]
V. Fredegarii continuat., III, c. 113 ; Appendix ad Gesta regum
Francorum, dans Du Chesne, t. I, p. 720 et 721.
[22]
V. Fredegarii continuat., III, ibid. ; Appendix ad Gesta regum
Francorum, dans Du Chesne, t. I, p. 721.
[23]
V. Fredegarii continuat., III, c. 114 ; Appendix ad Gesta regum
Francorum, ibid.
[24]
V. Fredegarii continuat., III, c. 115 ; Appendix ad Gesta regum
Francorum, ibid.
[25]
V. le diplôme de Chrodegangus évêque de Metz pour la fondation de Gorze, dans
Pardessus, t. II, p. 397-399.
[26]
V. ce diplôme, ibid., p. 402 et 403.
[27]
V. ce placitum, ibid., p. 403.
[28]
V. ce placitum, ibid., p. 405.
[29]
V. Fredegarii continuat., III, c. 116 ; Appendix ad Gesta regum
Francorum, ibid. ; Annales veterrimi Francorum, à l'année 746, dans
Labbe, Bibliotheca manuscriptorum, t. II, p. 734.
[30]
V. Vita sancti Willibrordi, c. 23, dans Mabillon, Acta ss., sæc.
III, part. I.
[31]
V. un diplôme de Pépin-le-Bref (ann. 765) dans Félibien, Histoire de
l'abbaye royale de Saint-Denys, pièces justif., p. XXV et XXVI.
[32]
V. un diplôme de Bertrada ou Berta dans Pardessus, t. II, p. 528 et 329.
Eckhart (Commentarii de rebus Franciœ Orientalis, lib. XXI, n° 2) tâche
de prouver que Bertrada était sœur de Charles Martel ; mais ses raisons n'ont
rien de démonstratif.
[33]
V. le texte latin de cette lettre, dans Bouquet, t. V, p. 634. Nous avons
adopté dans la traduction une correction proposée par M. Ch. Lenormant.
[34]
V. Fredegarii continuat., III, c. 117 ; Appendix ad Gesta regum
Francorum, ibid.
[35]
V. Sancti Bonifacii Epistolœ, 26, dans la Maxima bibiotheca veterum
Patrum, t. XIII, p. 81.
[36]
V. Vita sancti Leutfridi, abbatis, n° 20, dans les Bollandistes, au 21
juin.
[37]
V. cette lettre, dans Labbe, Concilia, t. VI, col. 1529.
[38]
V. Fredegarii continuat., III, ibid. ; Appendix ad Gesta regum
Francorum, ibid. ; Annales Metenses, aux années 747 et 748, dans
Bouquet, t. II, p. 687-689 ; Le Cointe, Annales ecclesiastici Francorum,
ann. 748, n° 85, t. V, p. 203.
[39]
V. le résultat du placitum, dans Pardessus, t. II, p. 414 et 415.
[40]
V. le résultat de ce placitum, ibid., p. 415 et 416.
[41]
V. Fredegarii continuat., III, c. 117.
[42]
V. tous ces diplômes, dans Pardessus, t. II, p. 411-415 et 418.
[43]
V. ces deux pièces, ibid., p. 403 et 405.
[44]
Théophane emploie, en effet, en parlant de la conduite de Pépin le mot
πιορκία, qui est significatif.
[45]
V. Sancti Bonifacii Epistolœ, 141 et 142, dans la Maxima bibliotheca
veterum Patrum, t. XIII, p. 133-135.
[46]
V. De l'état des personnes en France sous les rois de la première race,
par M. Naudet, dans les Mém. de l'accad. des inscriptions, 2e série, t.
VIII, p. 506.
[47]
La note de ce copiste a été publiée par Ruinart, dans son édition de Grégoire de
Tours, col. 991 et 992. Elle se trouve à la fin du livre De gloria
Confessorum dans un manuscrit qui, de l'abbaye de Saint-Denys, a passé dans
la bibliothèque des Bollandistes.
[48]
V. Fredegarii continuat., III, c. 117 ; Appendix ad Gesta regum
Francorum, ibid. ; Annales Metenses, à l'année 752, dans Bouquet, t.
V, p. 335 ; Théophane, Chronographie, édit. du Louvre, p. 337.
[49]
V. Histoire ecclésiastique de la province de Trèves, t. II, p. 225 et
suiv. ; v. aussi Prolegom. Vitœ sancti Bonifacii, dans les Bollandistes,
au 5 juin, p. 487 et suiv. ; Le Cointe, Annales ecclesiastici Francorum,
à l'ann. 752, n° 1 et suiv., t. V, p. 319 et suiv. ; Rettberg, Rirchengefchichte
Deutflands, t. I, p. 380.
[50]
Nous en avons cité seulement quelques-uns, afin d'abréger.
[51]
V. Sancti Bonifacii Epistolœ, 104, dans la Maxima bibliotheca veterum
Patrum, t. XIII, p. 113.
[52]
V. Annales Metenses, à l'année 752, dans Bouquet, t. V, p. 335 ; Chronicon
Fontanellense, c. 14, dans D'Achéry, Spicilegium, édit. in-f°, t.
II, p. 276 et 277.
[53]
V. Pardessus, t. I, p. 255.
[54]
Théophane, Chronographia, édit, du Louvre, p. 337. Cedrène dit la même
chose ; v. l'édit. du Louvre, t. I, p. 455.
[55]
V. Genealogia regum Francorum, dans Du Chesne, t. I, p. 795.
[56]
V. le titre de fondation du monastère de Castellio (ou Saint-Mihiel),
dans l'Histoire de la célèbre et ancienne abbaye de Saint-Mihiel, par
Dom Joseph de l'Isle, preuves, p. 421.
[57]
V. la note XLIV, à la fin du volume.
[58]
V. le titre de fondation de l'abbaye de Castellio, dans De l'Isle, Histoire
de l'abbaye de Saint-Mihiel, preuv., p. 425.
[59]
V. ibid., p. I-III.
[60]
V. Vita sanctœ Anstrudis, abbatissœ Laudunensis, n° 17, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. II.
[61]
V. De l'Isle, Histoire de l'abbaye de Saint-Mihiel, preuv., p. 425.
[62]
V. l'acte, dans Pardessus, t. II, p. 278.
[63]
V. le diplôme, dans De l'Isle, ibid., preuv., p. 421-425. V. aussi deux
autres diplômes relatifs à la même fondation, ibid., p. 425 et 426.
[64]
V. Vita sanctœ Anstrudis, n° 20 et 33, dans Mabillon, Acta ss.,
sæc. II. On peut conjecturer sans témérité que cette Adalsinda est la même
personne que Adalsendis fille d'Adalbaldus et de sainte Ricthrudis. V. Vita
sanctœ Rictrudis, abbatissœ Marchianensis, n° 10, dans les Bollandistes, au
12 mai.
[65]
V. ce diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 355.
[66]
V. Historia episcoporum Tallensium, dans Calmet, Histoire de Lorraine,
1re édit., t. I, preuv., col. 127 et 128 ; v. aussi les Epitaphia
episcoporum Tullensium, ibid., col. 170.
[67]
V. Historia episcoporum Virdunensium, n° 12, ibid., col. 197.
[68]
V. Histoire de Toul, p. 276.
[69]
V. Chronicon monasterii Sancti-Michadis, dans Mabillon, Vetera
Analecta, 1e édit., t. II, p. 373 ; De l'Isle, Histoire de l'abbaye de
Saint-Mihiel, p. 6.
[70]
V. ce diplôme, dans Félibien, Histoire de l'abbaye royale de Saint-Denys,
pièces justif., p. XXV
et XXVI.
[71]
V. Histoire de Lorraine, 1re édit., t. 1, col. 470 et 471, et preuv.,
col. 274 ; Notice de la Lorraine, t. I, col. 879.
[72]
V. Histoire de l'abbaye de Saint-Mihiel, p. III-V.
[73]
V. Histoire ecclésiastique de la province de Trèves, t. II, p. 266-268.
[74]
V. ce diplôme, dans Calmet, Hist. de Lorraine, 1re édit., t. I, preuv.,
col. 303 et 304.
[75]
V. ce diplôme, ibid., col. 304 et 305.
[76]
V. ce diplôme, ibid., col. 296 et 297.
[77]
V. le diplôme de Charlemagne, dans De l'Isle, ibid., preuv., p. 426 et
427.
[78]
Quelques savants, ne comprenant pas bien un passage du diplôme de Charlemagne,
ont cru que Wulfoad vivait encore en 772 ; mais il est évident que la copie de
cette pièce a été légèrement altérée par une distraction du scribe, et qu'il
faut lire : Cam itaque venerabilis vir Hermengaudus, abbas sive episcopus de
monaslerio Castellionis... quod illuster vir Wolfandus, et sua conjux
Adalsinda, in corum proprietate, et in honore sancti archangeli Michaelis, vel
cœterortim domnorum, noscitur contruxisse ; ubi ipse, cum norma plurima,
conversari videtur. Tout lecteur familiarisé avec les textes mérovingiens
comprendra que les sept derniers mots du fragment se rapportent à Hermengaudus,
et non à Wulfoad.
[79]
V. Calmet, Notice de la Lorraine, t. I, col. 879-882, et planche VI ; De
l'Isle, Histoire de l'abbaye de Saint-Mihiel, p. 417 et 418.
[80]
Le mémoire de M. Boulangé est intitulé : Bas-relief carlovingien trouvé à
Metz.
[81]
Elles l'étaient en Lorraine comme ailleurs ; et il suffit de rappeler le font
baptismal de Mousson et le portail de Laitre-sous-Amance, qui sont du XIe
siècle.
[82]
V. Mémoires de l'académie impériale de Metz, ann. 1857-38 p. 391-395.
[83]
V. Art de vérifier les dates, t. I, p. 414.
[84]
V. Annales de la société archéologique de Namur, t. III, p. 284.
[85]
V. dans l'édition de Grégoire de Tours de Ruinart, col. 991 et 992, une note
contemporaine rédigée par un copiste de l'Historia Francorum ; Annales
Metenses, à l'année 753, dans Bouquet, t. V, p. 336 ;
Anastase-le-Bibliothécaire, Vita Stephani III, dans Muratori, Scriptores
rerum Italicarum, t. III, part. I, p. 168 et 169 ; Théophane, Chronographie,
édit. du Louvre, p. 337 et 338.
[86]
V. cette lettre, dans Du Chesne, t. II, p. 663.
[87]
V. Adso, Historia episcoporum Tullensium, dans Calmet, Hist. de
Lorraine, 1re édit., t. I, preuv., col. 127 et 128.
[88]
V. Chronicon Moissiacense, à l'année 752, dans Bouquet, t. V, p. 68.
[89]
V. ibid., aux années 752 et suiv., dans Bouquet, t. V, p. 68 et 69 ; Annales
Metenses, à l'année 752, ibid., p. 335.
[90]
V. Fredegarii continuat., IV, c. 118 ; Annales Metenses, à
l'année 751, dans Bouquet, t. V, p. 555.
[91]
V. Fredegarii continuat., IV, c. 118 ; Annales Metenses, à
l'année 753, ibid., p. 336.
[92]
V. notre Histoire de Lorraine, t. IV, p. 284 et 285, t. V, p. 250.
[93]
Cet artiste avait gravé, quelques années auparavant, le plan du siège de Nancy.