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Les
lecteurs qui savent combien de place les fondations monastiques occupent et
doivent occuper dans l'histoire des VIe et VIIe siècles se sont étonnés, sans
doute, du silence presque complet que nous avons gardé è cet égard ; mais ce
silence n'était pas l'effet d'un oubli, et si nous avons tardé longtemps è
tracer le tableau du développement de la vie religieuse, c'est que nous
voulions qu'un pareil tableau ne fût pas trop incomplet. On a
vu, dans un des volumes précédents, que les progrès des ordres monastiques
avaient été lents et difficiles au nord de la Loire et de la chaîne des
Vosges. Tandis que l'on comptait deux cent quatorze abbayes dans la
Bourgogne, la Provincia et les contrées qui formèrent plus tard le
royaume d'Aquitaine, on en trouvait quarante-quatre seulement dans la
Neustrie, et il n'y en avait pas plus d'une dizaine dans le royaume
d'Austrasie ; mais la proportion ne tarda pas à changer, et les établissements
religieux se multiplièrent au nord comme au midi des Vosges et de la Loire.
Les vies des saints qui vécurent au VIe siècle mentionnent, à chaque instant,
les abbayes que l'on voyait naître de tous côtés. La biographie de saint Jean
de Réomé rapporte que, avant d'embrasser la vie religieuse, il visita une
grande quantité de monastères gaulois, afin d'en étudier les règles[1] ; et saint Ebrulfus seul fonda
quinze maisons d'hommes ou de femmes[2]. Plusieurs de ces communautés
naissantes étaient fort nombreuses. Une maladie contagieuse enleva
soixante-et-onze moines et beaucoup de famuli dans le monastère
qu'habitait saint Ebrulfus[3], et saint Severus comptait
trois cents religieux dans son abbaye d'Agde ou d'Agatha[4]. Au VIe
siècle, comme au Ve, les communautés gauloises suivaient presque toutes,
ainsi que nous l'avons remarqué, soit les institutions des moines égyptiens[5], soit la règle tout orientale
de saint Basile. Cette dernière était observée dans le monastère fondé par
saint Aridius[6] ; le biographe de saint Severus
donne aux moines d'Agatha le nom de calogeri[7] ; ce qui nous porte à croire
qu'ils avaient adopté le même institut ; et, dans une lettre de Florianus à
saint Nice-tins, métropolitain de Trèves, l'abbé du monasterium Romanum
(Romain-Moutier) est désigné sous le titre
d'archimandrite[8], dont l'origine grecque est
connue. Nous
avons déjà cité quelques-uns des principaux monastères créés en Austrasie
pendant les premières années du Vie siècle. Celui de Reims, fondé par saint
Remi lui-même, datait peut-être de la fin du siècle précédent. Il eut pour
premier abbé saint Theodericus ou Thierry, disciple de l'illustre
métropolitain. Theodericus était né dans une villa des environs de. Reims,
nommée curtis Alamannorum, et ses parents semblent avoir été des
gallo-romains. Saint Remi, qui connaissait son mérite, le plaça à la tête de
la communauté qu'il venait de réunir sur une montagne éloignée de trois
milles de sa ville métropolitaine, et nous avons parlé, dans notre premier
volume, des relations que le saint abbé entretint avec le roi Thierry Ier,
dont il avait guéri la fille, et qui eut pour lui une vénération si profonde,
qu'il voulut aider à transporter les restes mortels du saint dans le
sarcophage qu'ils devaient occuper[9]. Plus
tard, un second monastère d'hommes fut fondé à Reims même, sur le tombeau de
saint Remi ; on ne peut indiquer, d'une manière précise, la date de sa
création[10] ; mais il existait déjà dans la
seconde moitié du VIe siècle, puisque Grégoire de Tours mentionne Epiphane
qui en était abbé[11]. Bientôt, d'autres
établissements du même genre se formèrent dans le voisinage de Reims. Tel
était le monastère de Viriziacum ou Verzy, placé au sud-est de cette
ville, sur la lisière de la forêt de la Route, qui portait alors le nom de Rigetium.
Saint Basolus, qui fit profession de la vie monastique à Viriziacum,
en devint abbé, y réunit un grand nombre de moines, entr'autres saint
Sindulfus[12], et obtint une riche donation
d'un seigneur Franc, appelé Atela, Attila ou plutôt Attolus[13]. On voyait aussi à l'ouest de
Reims un quatrième monastère habité par saint Bertaldus et ses disciples, et
à l'est une cinquième communauté occupée par saint Gibrianus et des religieux
pour la plupart irlandais, comme ceux de Viriziacum[14]. Nous
avons parlé, et plus d'une fois, du monastère de Glannafolium ou
Glanfeuil, qui remonte au règne de Théodebert Ier, et nous avons dit un mot
de saint Fridolinus, que plusieurs abbayes reconnaissaient pour leur
fondateur. Ce célèbre religieux, qui avait reçu le jour en Irlande, fut
d'abord moine, puis abbé du monastère de Saint-Hilaire, à Poitiers. Il
parcourut ensuite une partie de la Gaule, s'arrêtant plus ou moins longtemps
dans divers lieux, et y construisant des basiliques, qu'il dédiait invariablement
à saint Hilaire. Il en éleva dans le diocèse de Metz, à Strasbourg, dans la
partie de la chaine des Vosges qui se prolonge vers Mayence, dans la Rhétie
et enfin à Secania (aujourd'hui Seckingen), dans une île formée par deux
bras du Rhin. Ce fut là qu'il termina sa longue et aventureuse carrière[15]. Ajoutons que le monastère
qu'il avait établi dans le diocèse de Metz porta d'abord le nom d'Hilariacum
(et
par contraction Helera) ; qu'il prit plus tard celui de monasterium Sancti-Naboris,
lorsque les reliques de saint Nabor y eurent été déposées, et que cette
dénomination a donné naissance à celle de Saint-Avold, sous laquelle l'abbaye
a été longtemps connue. Le
monastère de Longeville ou Longa-villa ou Glandariœ, qui était
peu éloigné du précédent, fut fondé vers la même époque, mais sans que l'on
sache par qui, ni à quelle occasion. C'est postérieurement, mais avant la fin
du VIe siècle, qu'un moine, nommé Leobardus ou Leopardus, et dont l'origine
est inconnue, établit ou peut-être reconstruisit en Alsace, non loin de
l'ancienne station romaine de Tabernœ (Saverne), une abbaye, à laquelle il
donna pour patrons saint Pierre, saint Paul et saint Martin. Le roi Childebert
Ier, qui résidait souvent dans le palais de Marilegium, à deux lieues
de cette communauté naissante[16], voulut la doter et lui céda un
vaste prœdium domanial, la marcha Aquileiensis, dont les
limites sont indiquées dans une inscription fort ancienne que nous avons déjà
citée, et que l'on voyait autrefois dans l'intérieur de l'église de
Marmoutier (Mauri-monasterium) ; car tel est le nom moderne de cet établissement,
nom emprunté à celui de saint Maurus, quatrième successeur de Leobardus[17]. Il
n'est pas possible de déterminer d'une manière plus précise l'époque de la
fondation de l'abbaye de Moyen-Vic (Medianus-Vicus), que nous croyons devoir
confondre avec le monastère de Salicis ou plutôt de Salinis,
dont il a été question précédemment[18]. Selon nous, c'était dans ce
lieu que le moine Marculfus, le compilateur des Formules, remplissait les
fonctions de cellérier, et nous avons pensé plusieurs fois que c'est là aussi
que fut rédigée la regula Magistri, un de ces codes monastiques dont
la règle de saint Benoît devait prendre la place. On sait que la regula
Magistri, qui est la plus ample de toutes, comprend quatre-vingt-quinze
chapitres, une préface et une explication de l'oraison dominicale. Elle est
plus sévère que la règle bénédictine, dont elle s'est approprié quelques
passages, et tous les savants s'accordent à en placer la rédaction dans les
dernières années du Vie siècle ou au commencement du VIIe. Son antiquité est,
en effet, suffisamment établie par diverses particularités que l'on y trouve[19] ; et, d'un autre côté, on peut
faire observer 1° qu'elle était bien connue en Austrasie, puisque Smaragde,
abbé de Saint-Mihiel, la cite dans son Commentaire sur la règle de saint
Benoit ; et 2° que, si elle est l'ouvrage d'Antimundus évêque de Toul,
auquel on attribue une part dans la fondation de l'abbaye de Moyen-Vic, ce
prélat a dû tout naturellement prendre le titre de magister, indice de la
dignité épiscopale. Nous ne
reviendrons pas sur ce que nous avons dit au sujet de saint Wlfilaïcus et de
son monastère, et relativement aux abbayes de Saint-Maximin et de
Saint-Mathias ou Saint-Euchaire de Trèves ; mais nous signalerons la
fondation faite dans la même ville, avant l'année 600, par le métropolitain
saint Magnericus, d'une troisième abbaye, qui prit le nom de Saint-Martin[20]. Le
diocèse de Toul ne possédait, au VIe siècle, d'autre abbaye que celle de
Saint-Epvre, établie par les évêques saint Aper (Epvre) et Albaudus, vers le
commencement du siècle[21]. On y adopta plus tard la règle
suivie dans le monastère d'Agaune, et ces deux abbayes, unies à celle de
Saint-Bénigne de Dijon, formaient même une sorte de congrégation, si l'on
peut employer une expression semblable quand il s'agit de temps aussi reculés[22]. Le diocèse de Metz, au
contraire, comptait un assez grand nombre de monastères ; sans parler d'Hilariacum,
de Longa-villa et de Medianus-Vicus, on voyait une abbaye à
Merkingen, sur les rives de la Sarre, â une faible distance d'Hilariacum[23], et dans la ville même de Metz,
ou plutôt près de ses murailles, le monastère des Saints-Apôtres, lequel prit
plus tard le nom de Saint-Arnoul[24], et dont les abbés ne nous sont
pas connus avant Romulus, qui vivait dans le dernier tiers du VIIe siècle[25]. C'est au commencement de ce
siècle, ou vers la fin du VIe, que la même cité vit naître deux abbayes de
femmes. Sainte Glodesindis ou Glossinde, fille du duc de Campania
Winthrio, dont il a été question plus d'une fois, établit un monastère, où
elle réunit jusque cent religieuses, et qui, dédié d'abord à saint Sulpitius,
finit par prendre le nom de sa fondatrice[26]. Quelques années après,
l'abbaye que l'on appelait ait moyen-âge Saint-Pierre-aux-Nonnains fut dotée
par le duc Eleuthevius et par sainte Waldrada, sa nièce, qui en fut la
première abbesse[27]. Reims
avait aussi une communauté de femmes, laquelle paraît avoir été distincte de
l'espèce de refuge ouvert par saint Remi aux filles qui voulaient pleurer
leurs fautes dans la solitude[28]. Enfin, le biographe de saint
Chlodulfus nous apprend qu'il y avait au moins un monastère de femmes dans la
ville de Trèves[29]. L'arrivée
de saint Colomban, et ses premières fondations sur les frontières de
l'Austrasie et de la Bourgogne, opérèrent une sorte de révolution dans les
institutions monastiques de la Gaule. La réputation du moine irlandais et la
singularité même de sa règle firent adopter cette dernière dans une foule de
communautés, où l'on avait d'abord suivi d'autres prescriptions. Luxovium
devint, en peu d'années, chef-d'ordre des abbayes gauloises, et
l'expulsion de saint Colomban ne ralentit que faiblement les progrès de son
institut. Saint Eustasius, qui lui avait succédé comme abbé de Luxovium,
et saint Wolaricus ou Valery, un de ses disciples les plus célèbres,
réussirent à empêcher la ruine des monastères qu'il avait créés ; ils
obtinrent même bientôt la restitution des domaines que Thierry II avait
adjugés au fisc[30], et saint Walbertus, troisième
abbé de Luxovium, acheva, par sa prudence et son activité, d'assurer
la prédominance à la doctrine de son maitre[31]. Saint
Eustasius vivait encore lorsque l'on établit, dans le voisinage même de Luxovium
ou Luxeuil, plusieurs grandes abbayes. Quelques-unes finirent par devenir
plus célèbres et plus importantes que l'ancienne demeure de saint Colomban,
et leur histoire nous reporte set cesse aux souvenirs de la Thébaïde. Lorsque
saint Eustasius s'était rendu en Italie, sur l'ordre du roi Clotaire II, pour
engager saint Colomban à revenir dans la Gaule, il avait, sur sa route,
demandé l'hospitalité aux religieux d'Agaune, et là il avait entendu parler
avec admiration d'un solitaire, nommé Amatus (saint Amé), qui, depuis trois années déjà,
s'était retiré dans une caverne, cultivant un petit coin de terre où il
récoltait le grain nécessaire à sa nourriture, écrasant lui-même ce grain
avec un moulin à bras, et se contentant pour toute boisson d'un peu d'eau qu'un
moine lui apportait tous les trois jours. On racontait au sujet de ce
solitaire des choses merveilleuses, et on disait notamment que le démon, pour
le tenter de quitter son désert, lui était apparu sous la forme d'un corbeau,
qui avait enlevé le pain destiné au repas du saint religieux, après avoir
renversé le vase qui contenait sa provision d'eau. Ces prodiges de
mortification semblaient d'autant plus extraordinaires, que saint Amatus
était fils d'Héliodorus, riche gallo-romain de la cité de Gratianopolis
ou Grenoble, et qu'il avait dû vaincre toutes les séductions du monde. Saint
Eustasius le visita et lui fit promettre de l'accompagner à Luxovium.
Saint Amatus, attiré par la réputation d'austérité des Colombanistes, y
consentit, et il donna, dans ce monastère comme dans celui d'Agaune,
l'exemple de toutes les vertus. Saint Eustasius, ne voulant pas qu'une
lumière aussi éclatante restât cachée sous le boisseau, prescrivit à Amatus
de parcourir l'Austrasie et de prêcher la pénitence dans les villes les plus
importantes[32]. A Metz, il logea chez
Romaricus, dont nous avons souvent parlé, et qui, malgré la faveur dont il
jouissait à la cour, mûrissait le projet d'embrasser la vie monastique. Il
avait même formé, avec son ami saint Arnulfus, évêque de cette ville, le
projet de se retirer dans la célèbre abbaye de Lérins[33]. Amatus l'en dissuada et
l'engagea, au contraire, à l'accompagner à Luxovium[34]. En conséquence, Romaricus
affranchit tous ses esclaves et prit, avec beaucoup d'entr'eux, le chemin de
ce monastère. Saint Amatus et son nouvel ami n'y restèrent pas longtemps, et,
vers l'année 624, ils allèrent fonder une communauté d'hommes et une communauté
de femmes[35], selon l'usage des
Colombanistes, dans une villa dont Romaricus s'était réservé la
propriété, avec l'intention d'en faire un emploi pieux. Cette villa,
située au milieu des Vosges, près du confluent des divers cours d'eau qui
forment la Moselle, portait le nom d'Habendum ou Avendum[36]. On y ajoutait parfois
l'épithète de castellum[37] ou de castrum, et une
pareille désignation a fait penser à divers érudits que l'on voyait, près de
la villa de Romaricus, une maison royale où les mérovingiens d'Austrasie se
rendaient, de temps en temps, pour y goûter le plaisir de la chasse et de la
pèche[38] ; mais cette hypothèse n'est
guère soutenable. Amatus et Romaricus confièrent le gouvernement de la
communauté de femmes à une religieuse, nommée Mactefledis, que l'on regarde[39], sans doute à tort, comme la
fille de ce dernier, el, après sa mort, arrivée au bout de deux ans, on
choisit pour la remplacer Gegoberga, qui avait quitté ce nom barbare pour
prendre celui de Cœcilia, au moment où elle entra en religion ; puis, après
Cæcilia, la communauté fut gouvernée par Tetta, Thecla ou Gerthrudis, dont il
est parlé dans la vie de saint Adelphius[40]. A la
différence de ce qui se pratiquait dans plusieurs monastères doubles, où les
abbesses semblent avoir gouverné les, hommes comme les femmes, Amatus s'était
réservé l'administration des hommes, dont la demeure était, du reste, fort
éloignée de celle des femmes ; car la première était dans la plaine, non loin
de la Moselle, tandis que la seconde était placée sur la haute colline que
l'on appelle maintenant le Saint-Mont. Les
commencements de l'administration de saint Amatus ne répondirent pas à l'idée
que l'on s'était faite de sa sagesse. Saint Eustasius avait reçu au nombre
des moines de Luxovium un gallo-romain, nommé Agrestius ou Agrestinus,
qui avait rempli les fonctions de notarius près de Thierry II, roi de
Bourgogne, et dont le frère Abellenus était évêque de Genève. Ce personnage
remuant fut bientôt las de son nouvel état. Il se mit à déclamer contre la
règle colombaniste, et, quittant brusquement saint Eustasius, qu'il avait
accompagné dans une mission chez les Bajuvarii, il se rendit dans la
ville d'Aquilée, où il se laissa gagner par les partisans de l'erreur dite
des Trois. Chapitres. Saint Colomban lui-même avait eu un malheur semblable,
et il avait écrit au pape Boniface IV pour défendre Agilulfus roi des
Lombards et Theodelindis, sa femme, qui partageaient l'erreur dont il s'agit[41]. Agrestius revint ensuite dans
la Gaule, où il se mit à dogmatiser, avec l'appui et les encouragements de
Warnacharius maire du palais de Bourgogne[42]. En même temps, il continuait à
déclamer contre la règle colombaniste. Les évêques de Bourgogne, fatigués de
toutes ces clameurs et pressés par Warnacharius, tinrent, près de la cité de
Mâcon, un concile, dans lequel la' règle et la doctrine de saint Colomban
furent justifiées des reproches que leur adressait Agrestius. Celui-ci
feignit d'abord de se réconcilier avec saint Eustasius ; puis, sachant que
saint Amatus et Romaricus étaient mécontents de quelques avertissements de
l'abbé de Luxeuil, il se réfugia dans le monastère d'Habendum, et, à
force d'adresse et d'hypocrisie, parvint à séduire les deux fondateurs de
cette abbaye, qui se mirent en lutte contre saint Eustasius ; mais la colère
divine ne tarda pas à éclater contre les fauteurs de cet esprit dangereux.
Plus de cinquante religieux d'Habendum périrent misérablement dans
l'espace de peu de mois, et Agrestius lui-même fut tué d'un coup de hache par
un esclave, qui l'accusait d'avoir commis un adultère avec sa femme[43]. Saint
Amatus et saint Romaricus, honteux et repentants de s'être laissé tromper par
un pareil homme, prièrent saint Eustasius de leur pardonner ; mais saint
Amatus, voulant faire une pénitence plus sévère, quitta l'abbaye et se retira
dans une caverne fort étroite, d'où il ne sortait que le dimanche pour
expliquer l'Ecriture Sainte aux habitants des deux monastères. Enfin, sentant
que ses forces diminuaient de jour en jour, il se revêtit d'un cilice, se fit
coucher sur la cendre, confessa ses fautes à haute voix et attendit ainsi la
mort, qui ne le frappa qu'au bout d'un an, le 13 septembre 627. Il demanda
par humilité qu'on l'enterrât sous le seuil de la basilique de Sainte-Marie,
et que l'on gravât sur la muraille voisine une inscription, composée par lui-même,
dans laquelle il implorait des prières pour le repos de son âme. Le biographe
de saint Amatus entre dans quelques détails sur l'inhumation du premier abbé
d'Habendum, et son récit nous apprend qu'il y avait déjà une
population assez nombreuse dans les environs de l'abbaye. On se conforma
d'abord scrupuleusement aux instructions de saint Amatus relativement à sa
sépulture ; mais, une année après, on exhuma ses restes et on les transporta
respectueusement dans l'intérieur de la basilique. A l'occasion de cet
évènement, le roi Dagobert Ier remit deux cents solidi aurei aux
religieux d'Habendum, et ils reçurent également soit du prince, soit
de divers particuliers, plusieurs donations importantes[44]. Saint
Romaricus fut élu pour succéder à saint Amatus, et, trois années plus tard,
il eut la joie d'amener dans le monastère d'Habendum son meilleur ami,
saint Arnulfus évêque de Metz. Au grand étonnement de Romaricus, Arnulfus ne
voulut pas rester dans le monastère, et, rassemblant quelques hommes désireux
de mener une vie plus dure encore que celle des Colombanistes, il s'établit à
une faible distance de l'abbaye, construisit des cellules et organisa, dans
ce lieu, une sorte de petite communauté, dont il était le chef[45]. Il avait aussi réuni plusieurs
lépreux, qu'il servait de ses propres mains. Ne trouvant pas ce genre de vie
assez sévère, ii s'enferma dans sa cellule et y demeura longtemps,
presqu'entièrement privé du commerce des hommes. Enfin, non content de si grandes
austérités, il se retira seul sur une montagne sauvage et abrupte, voisine du
Saint-Mont, et s'y livra, sans contrainte, à toutes les pratiques de la
pénitence. Lorsqu'il sentit que la mort approchait, il fit appeler saint
Romaricus et ses religieux, leur recommanda de ne pas l'oublier dans leurs
prières, disant qu'il n'avait rien fait pour mériter le ciel, et s'endormit
dans le Seigneur, le 16 août 640. On l'enterra d'abord dans une des églises
d'Habendum ; mais, au bout d'un an, saint Garicus, son successeur,
accompagné des évêques de Toul et de Verdun, et d'un certain nombre de
prêtres et de laïques, vint chercher ses restes vénérés et les transporta
dans l'abbaye des Saints-Apôtres, qui prit le nom d'abbaye de Saint-Arnoul.
Les habitants de Metz, qui n'avaient pas oublié les vertus et la sage
administration d'Arnulfus, marchèrent à la rencontre du cortège, avec les
croix et des cierges, et, un peu plus tard, saint Chlodulfus, ayant été élu
évêque de cette ville, enjoignit à un moine, dont le nom nous est inconnu,
d'écrire la vie du vénérable prélat[46]. Saint
Romaricus survécut plus de treize ans à son ami. Il employa ce temps à
consolider l'existence de son double monastère. Il obtint du pape Jean IV un
privilège, dont l'authenticité a été vainement contestée[47], et par lequel le
souverain-pontife, prenant les deux communautés d'Habendum sous sa
protection spéciale, les exemptait de la juridiction des évêques de Toul.
Antérieurement, Romaricus avait fait confirmer sa fondation par le roi
d'Austrasie[48], et même, si l'on en croit les
écrivains qui ont défendu l'indépendance temporelle que les chanoinesses de
Remiremont revendiquaient au moyen-tige et jusque dans les temps modernes, il
aurait obtenu de l'empereur Héraclius un diplôme destiné à placer les deux
monastères d'Habendum sous la sauvegarde de l'autorité la plus
respectée qu'il y eût alors au monde[49]. Pendant
les treize dernières années de sa vie, Romaricus ne quitta son abbaye qu'une
seule fois : ce fut pour aller visiter Grimoald, le fils de son ancien ami
Pépin de Landen, et le conjurer de renoncer aux ambitieux desseins qu'on lui
prêtait. En retournant à Habendum, il en visita toutes les dépendances
rurales ; ce qui semble établir que les défrichements s'étendaient déjà fort
loin, ou que l'ancien domaine de Romaricus était plus vaste qu'on ne l'a
pensé. Le saint homme tomba malade vers la fin de l'année 653, mourut le 8
décembre et fut enfermé dans le sarcophage qui avait déjà reçu le corps de
saint Amatus[50]. Les moines d'Habendum lui
donnèrent pour successeur Adelphius, qui, malgré son nom grec, passe pour
avoir été le neveu de Romaricus ; mais il ne demeura pas longtemps dans le
monastère, et, résignant ses fonctions abbatiales, il se retira à Luxovium,
que les Colombanistes regardaient toujours comme la métropole de leur ordre.
En 670, ses restes furent rapportés avec vénération dans l'abbaye qu'il avait
abandonnée, et plusieurs circonstances relatées par son biographe confirment
ce que nous avons dit relativement à la formation d'une population assez
considérable dans les environs de Remiremont[51]. Pendant
que saint Adelphius gouvernait le monastère d'Habendum, on avait vu
arriver dans une autre vallée des Vosges un évêque, lequel venait, accompagné
de peu de monde, fonder une nouvelle communauté. Saint Deodatus ou saint Dié,
évêque de Nevers, avait renoncé à son titre, vers l'année 650. La renommée
lui avait appris les prodiges que les disciples de saint Colomban opéraient
dans les Vosges, et, suivi de trois personnes seulement, il en avait pris le
chemin, avec le dessein d'y construire un monastère. Il s'établit
successivement dans différents endroits, sans pouvoir rester dans aucun, et,
ce ne fut qu'après de nombreux et pénibles changements de résidence, qu'il se
fixa dans la vallée supérieure de la Meurthe, en un lieu nommé Juncturœ,
parce que cette rivière y reçoit le Raurobaccum (Robache) et d'autres ruisseaux. Deodatus
donna à cette vallée, alors presque solitaire, le nom mystique de vallis
Galilœœ ou val de Galilée, pour se conformer à la pieuse coutume de
plusieurs religieux qui assignaient à leurs résidences des dénominations
empruntées à l'Ecriture. Saint Theodericus avait appelé Hor, en
mémoire du mont Hor ou Horeb, dont il est fait mention dans l'Exode[52], la colline sur laquelle
s'élevait le monastère nommé plus tard Saint-Thierry[53] ; et lorsque saint Audanus et
ses frères fondèrent l'abbaye de Resbacis ou Rebais, ils lui
imposèrent le nom de Hierusalem ou Jérusalem, pour marquer
qu'il devait être le séjour de la concorde[54], parce que le mot hébreu Jerusalem
signifie vision de paix. C'est encore la même idée que saint
Bercharius voulut exprimer, en donnant au plan du monastère d'Altum-villare
la forme d'une colombe qui vole[55]. Les monastères construits
autour de Reims, pendant le VIe siècle, figuraient une croix, dont la ville
était le centre : au nord, on rencontrait saint. Theodericus et ses religieux
; à l'est, saint Gibrianus et ses moines irlandais ; au sud, l'abbaye de Viriziacum,
et à l'ouest, saint Bertaldus et ses disciples. Nous verrons bientôt que la
même disposition fut adoptée par les fondateurs des monastères voisins de
Saint-Dié ; et, s'il était permis d'emprunter des exemples à l'histoire
moderne, nous rappellerions que le plan du palais de l'Escurial fut tracé en
forme de gril, pour conserver le souvenir du supplice de saint Laurent. Le lieu
où saint Deodatus s'établit avec ses disciples appartenait au fisc ; mais,
sur la demande du saint homme, Childéric II, qui régnait alors, s'empressa de
lui en abandonner la propriété. Il y avait très-peu d'habitants dans cette
vallée, que les forêts de sapins couvraient presque tout entière, et qui est
désignée par le mot eremus dans un diplôme de Numerianus métropolitain
de Trêves. Saint Deodatus donna à ses religieux la règle de saint Colomban
mitigée par quelques-unes des prescriptions de l'institution bénédictine ;
dédia son monastère à la Sainte-Vierge, ainsi qu'aux saints Pierre, Paul,
Eueharius, Maternus, Maximinus, Maurice, Exuperius et Candidus, et
construisit plusieurs basiliques — ce qui nous porte à penser qu'il avait
adopté l'usage de la psalmodie perpétuelle, laus perennis —. Il avait
obtenu précédemment de Numerianus, métropolitain de Trèves, un privilegium[56], exemptant la nouvelle abbaye
de la juridiction épiscopale[57]. Saint
Deodatus ne tarda pas à avoir de nombreux voisins. Bodo-Leudinus, frère de
sainte Salaberga, renonça au monde, sur la fin de sa carrière, entra dans la
communauté d'hommes annexée au monastère que sa sœur avait bâti à Laon, et,
soit à cette époque, soit un peu plus tard, lorsqu'il fut monté sur le siège
épiscopal de Toul, il employa ses richesses, qui étaient considérables, à
construire et à doter trois abbayes. L'une, celle d'Offonville (Offonis-villa), a disparu depuis tant de
siècles, que l'on ignore son emplacement. On sait seulement qu'elle était sur
la petite rivière de Plaine, qui se jette dans la Meurthe à Raon-l'Etape, et
le village de Fenviller ou Fonviller, près de Badonviller, semble, d'après la
remarque de Dom Calmez, conserver quelque trace des mots Offonis-villa.
La seconde abbaye ne porta d'abord d'autre nom que celui de son fondateur. On
l'appelait Bodonis-monasterium, et elle était peu éloignée de
Badonviller ; mais, dans la suite, elle fut reconstruite à quelque distance,
sous le vocable de Saint-Sauveur, et enfin on la transféra à Domêvre, près de
Blâmont, où elle subsista jusqu'à la Révolution. La troisième abbaye était
beaucoup plus rapprochée du val de Galilée ; elle fut bâtie sur un domaine
appartenant à Bodo-Leudinus, et portant le nom de Stivagium (Etival). L'histoire ne nous apprend, au
reste, que très-peu de choses sur les premiers siècles de son existence[58]. Vers le
temps où les trois monastères de Bodo-Leudinus commençaient à se peupler, on
vit arriver dans le val de Galilée un autre prélat, saint Gundelbertus (Gondelbert), chorévèque du diocèse de Senones
(Sens). On ne sait rien des motifs qui
l'engagèrent à résigner ses fonctions[59] ; mais on peut supposer qu'il
fut principalement attiré dans les Vosges par les merveilles que l'on
racontait de la vie des Colombanistes. On ne connaît pas davantage la date
précise de son arrivée ; toutefois, il est probable qu'elle est antérieure de
peu d'années au diplôme que Gundelbertus obtint du roi Childéric II, et qui
doit avoir été donné vers 663 ou 664, car il est sans date lui-même. Ce
diplôme nous apprend que Gundelbertus avait construit un monastère, à l'est
du val de Juncturœ, près d'une petite rivière appelée Rabado (aujourd'hui
Rabodo), et qu'il y
avait assemblé un grand nombre de religieux. Il nous apprend aussi 1° que le
val de Galilée et les vallées voisines étaient sillonnés par plusieurs voies,
dont l'une portait le nom de strata Sarmatorum (sans doute
pour Sarmatarum)
; 2° que les ruisseaux, les fontaines et les montagnes avaient des
dénominations spéciales et bien connues ; 3° que l'on voyait de loin en loin
des métairies et des maisons forestières, destinées probablement au logement des
officiers préposés à l'administration et à la garde des forêts ; toutes
circonstances qui prouvent que le pays n'était pas complètement privé
d'habitants ; 4° enfin, que saint Gundelbertus ou d'autres personnes avaient
cédé au nouveau monastère des biens, plus ou moins considérables, dans les pagi
Calvomontensis, Suentensis et Salinensis. Le diplôme, dans lequel
nous puisons ces divers renseignements, n'est pas, comme beaucoup d'autres
pièces de ce temps, une simple confirmation de la fondation de saint
Gundelbertus : Childéric accorde à l'abbaye une immunité à peu près complète
à l'égard de la juridiction civile[60], et un pareil privilège a causé
tant de surprise à plusieurs érudits, qu'ils ont contesté l'authenticité du
diplôme lui-même ; mais leurs doutes ne peuvent subsister en présence de deux
autres actes de Dagobert Ier et de Childéric II concédant de semblables
privilèges aux monastères de Rebais et de Montiérender[61]. Saint Gundelbertus, voulant
perpétuer le souvenir de son lieu natal, donna à l'abbaye qu'il avait fondée
le nom de Senones, qui se conserve encore aujourd'hui, avec une simple
différence dans la prononciation. Néanmoins, il n'y termina pas sa carrière,
et, pour des motifs qui nous sont inconnus, il se retira dans le monastère de
Medianus-Vicus, où il mourut à une époque indéterminée. Son corps ne
fut pas rapporté à Senones, et (chose extraordinaire) l'on n'y a même jamais possédé
aucune de ses reliques[62]. Saint
Gundelbertus devait être encore au milieu de ses religieux, lorsque saint
Hidulfus (ou
plutôt Hildulfus),
métropolitain de Trèves[63], abandonna son diocèse et vint
chercher, au milieu des abbayes vosgiennes, un emplacement propre à
l'établissement d'un monastère nouveau. Saint Hidulfus était originaire du
Norique, ancienne province romaine, alors occupée par les Bajuvarii ou
Bavarois, sujets du roi d'Austrasie, et son biographe assure que le saint
homme appartenait à une famille distinguée. Il naquit vers l'année 612. On ne
sait trop quelle carrière il suivit d'abord, et on peut croire qu'il est le vir
venerabilis Hildulfus mentionné dans la vie de saint Gislenus[64], et dont l'épouse, Aja, était
parente de sainte Waldethrudis. Il est vraisemblable toutefois que saint
Hidulfus était déjà dans les ordres, lorsqu'il fut nommé métropolitain de
Trèves, après la mort de Numerianus, c'est-à-dire à la fin de l'année 658 ou
au commencement de 659. Ce qu'on peut assurer, c'est qu'il occupait le siège
épiscopal au mois de mars de cette dernière année, puisque le 18, ou le
lendemain de la mort de sainte Gerthrudis, il visita un monastère de femmes
existant dans la ville de Trèves[65]. Il remplit pendant douze ou
treize années environ les fonctions de métropolitain, et il signala son
administration par le rétablissement de la célèbre abbaye de
Saint-Jean-l'Evangéliste, située sous les murs de Trèves, et qui commençait à
tomber en ruine. Non content de la rebâtir, il y transféra le corps de saint
Maximin, un de ses prédécesseurs, lui donna le nom de ce vénérable prélat et
y rassembla jusqu'à cent religieux. Saint Deodatus lui demanda, comme à
Numerianus, d'accorder à l'abbaye de Juncturœ une exemption de la
juridiction épiscopale, et saint Hidulfus y consentit[66]. C'est peut-être à la suite de
ces relations avec les solitaires des Vosges que lui vint l'idée de s'y
retirer lui-même. Ceux-ci l'accueillirent avec le plus grand empressement, et
chacun des monastères lui céda une portion de son territoire. Saint Hidulfus
construisit une abbaye, à laquelle on imposa le nom de Medianum-monasterium
(Moyen-Moutier), parce qu'elle se trouvait au
milieu des autres et contribuait, avec elles, à former une croix. En effet, Senones
était à l'est, Stivagium à l'ouest, Juncturœ au sud et Bodonis-monasterium
vers le nord. Le
nombre des moines qui reconnurent saint Hidulfus pour abbé devint promptement
si considérable (ils étaient trois cents), que l'on fut obligé de bâtir plusieurs celle pour
les recevoir, et, dispersés de la sorte au milieu des campagnes, ils
poussèrent avec vigueur les travaux de défrichement. Saint Hidulfus n'avait
pas tardé à se lier d'une étroite amitié avec saint Deodatus. Celui-ci, plus
âgé que l'abbé de Moyen-Moutier, sentit bientôt que le terme de son
pèlerinage était proche, et, sans abandonner le gouvernement de sa
communauté, il s'enferma dans une cellule isolée. Enfin, attaqué d'une
maladie grave et se voyant réduit à la dernière extrémité, il fit appeler
Hidulfus, lui recommanda ses religieux, reçut de sa main le saint viatique et
expira le 19 juin 679. Désirant remplir les intentions de son ami, saint
Hidulfus réunit dans ses mains l'administration des deux abbayes. Chaque
année, il allait, suivi de tous les moines de Moyen-Moutier, visiter ceux de Juncturœ.
Ces derniers venaient au-devant de lui jusqu'à moitié chemin, portant avec
honneur la tunique de leur ancien abbé. Hidulfus baisait le vêtement de
Deodatus et se rendait à Juncturœ, accompagné seulement des religieux
de ce monastère. Quand il voulait retourner à Moyen-Moutier, les moines de Juncturœ
le reconduisaient jusqu'au lieu où ils l'avaient rencontré, et ceux de
Moyen-Moutier, -qui étaient venus le chercher, le ramenaient dans son
monastère. Saint
Hidulfus survécut vingt-huit ans à son ami et mourut le 11 juillet 707, après
avoir désigné pour lui succéder à Moyen-Moutier et à Juncturœ les
moines Regimbertus et Marcinannus. Les habitants des deux monastères, pleins
de vénération pour la mémoire de leurs fondateurs, conservèrent pendant
longtemps une coutume touchante. Tous les ans, les bénédictins de
Moyen-Moutier et les chanoines de Saint-Dié se rendaient, portant les
tuniques, puis les restes mortels de saint Hidulfus et de saint Deodatus, dans
le lieu où le premier quittait autrefois les religieux de l'une des deux
abbayes pour suivre ceux de l'autre. Ils échangeaient alors leurs précieux
fardeaux ; on célébrait, dans une chapelle construite en ce lieu, une messe
solennelle, à laquelle assistaient tous les paysans des environs ; et, après
l'office divin, les bénédictins et les chanoines reprenaient les corps de
leurs patrons et s'en retournaient, les uns à Moyen-Moutier, les autres à
Saint-Dié[67]. Les
monastères dont nous venons de rappeler la fondation ne furent pas les seuls
que l'on vit naître dans les Vosges pendant le VIIe siècle. Saint Deicolus en
établit un dans un lieu nommé Lutra (aujourd'hui Lure), sur le versant méridional des
montagnes. Il est assez peu éloigné de Luxovium, et l'on y trouvait
une basilique isolée, dédiée à saint Martin, dans laquelle on offrait de
temps en temps le saint sacrifice[68]. Des moines italiens, disciples
de saint Grégoire-le-Grand, avaient, comme nous l'avons dit, créé, sur le
versant oriental, une abbaye[69], qui ne porta guère d'autre nom
que celui de Monasterium (en allemand Münster), quoique le lieu où elle fut
bâtie s'appelât alors Confluens. Vers le même temps, un solitaire,
saint Amarinus, s'était fixé plus au midi, dans un endroit que les Francs
nommaient Doroangus, et qui porte maintenant la dénomination de
Saint-Amarin[70]. Saint Germanus ou Germain,
fils d'Optardus sénateur de Trèves, et frère de Numerianus métropolitain de
cette ville, fonda, dans le diocèse de Basilia (Bâle), l'abbaye de Grandval (monasterium
Grandivallense).
Elevé, avec grand soin, par saint Modoaldus, Germain fit profession dans le
monastère d'Habendum. Il habita ensuite Luxovium, où il fut
ordonné prêtre. Walbertus, abbé de ce dernier lieu, le voyant trop peuplé,
chercha à conduire des colonies au dehors, et Gundonius duc d'Alesatia
lui ayant cédé un emplacement convenable, quoique fort sauvage, Walbertus y
envoya une troupe de colombanistes, dont saint Germain fut élu abbé, en même
temps que l'on plaçait sous sa direction deux petites communautés
colombanistes — monasteriolum Werdense ou Werdunense et monasteriolum
Sancti-Ursicini —, situées dans la Maxima Sequanorum, et dont la
dernière avait été établie par saint Wandregisilus, plus tard abbé de
Fontenelle[71]. L'abbaye de Grandval était
devenue très-florissante, lorsque le duc Gundonius mourut et eut pour
successeur un personnage connu indifféremment sous les noms romain et barbare
de Bonifacius et d'Athicus. Quelle que fût son origine, c'était un homme dur,
impitoyable, et bien différent de la plupart des hauts dignitaires de ce
temps, qui cherchaient à imiter la politesse des mœurs romaines. Il
maltraita, sous prétexte qu'ils n'avaient jamais voulu obéir à son
prédécesseur, les habitants de la contrée où s'élevait le monastère de
Grandval. Accompagné du comte Ericus et suivi d'une troupe d'alamanni
païens, le duc pénètre sur le territoire dont il s'agit et le livre au
pillage et à l'incendie. A cette nouvelle, saint Germain sort de Grandval,
avec Randoaldus prévôt du monastère. Ils portaient le livre des évangiles et
les reliques des saints, et ils marchent hardiment à la rencontre d'Athicus.
Maltraités par quelques alamanni qu'ils rencontrent, ils parviennent
cependant à joindre le duc, et celui-ci, touché de leurs prières, promet
d'arrêter le désordre ; toutefois, les violences continuent, et le saint
abbé, désespérant d'en arrêter le cours, reprend le chemin de son monastère ;
mais, avant de l'avoir atteint, il rencontre d'autres alamanni, qui le
massacrent, ainsi que son compagnon. Les moines de Granval, inconsolables
d'une telle perte, recueillirent les restes de leur abbé et l'inhumèrent dans
une basilique dédiée à saint Pierre[72] ; et l'on peut croire que
sainte Odilia, fille d'Athicus, se proposa plus tard, dans ses fondations
monastiques, d'expier la part indirecte que le duc d'Alesatia avait
prise au meurtre de saint Germain. Athicus avait épousé Berswinda, tante
maternelle de saint Leodegarius, évêque d'Autun, et il en eut plusieurs
enfants. Odilia était née aveugle, et son père, furieux d'un pareil malheur,
ne voulut pas voir la jeune fille, que l'on conduisit, ou, pour mieux dire,
que l'on cacha dans une des cellœ appartenant à l'abbaye de
Moyen-Moutier. Au bout de quelques années, saint Erardus, frère de saint
Hidulfus et évêque de Regina (Ratisbonne), dans la Vindélicie, visita le monastère dont nous
venons de parler, et les deux prélats, ayant vu la jeune Odilia, lui
administrèrent le baptême. Elle recouvra miraculeusement la vue, pendant la
cérémonie, et son père consentit non seulement à la recevoir chez lui, mais à
lui faire part de ses biens. Elle en profita pour fonder la célèbre abbaye de
Hohenbourg, sur le sommet d'une montagne terminant un des contreforts des
Vosges, et un autre monastère, que sa position dans un lieu moins élevé fit
nommer Nidermünster[73]. L'abbaye
de Weissembourg, dans la civitas de Nemetes ou Spire, est un
peu plus ancienne[74]. Le
diocèse de Metz, voisin des diocèses de Toul et de Strasbourg, vit naître,
pendant le VIIe siècle, outre l'abbaye de Saint-Martin, fondée par Sigisbert
IV, les monastères des Saints-Innocents (plus tard de Saint-Symphorien) et de Saint-Clément, tous deux
situés à Metz même, et dont le premier au moins, établi par l'évêque
Pappolus, était occupé par des colombanistes[75]. Le
diocèse de Trèves acquit deux abbayes nouvelles : celle de Metloc, bâtie,
près de la rive droite de la Sarre, par Ludwinus, neveu et successeur du
métropolitain saint Basinus, et celle de Tholey, qui fut longtemps comme la
pépinière des évêques de Verdun. Cette dernière abbaye avait été construite
et dotée par le diacre Adalgise ou Grimon, qui la donna à l'église épiscopale
de Verdun, à laquelle il était attaché[76]. Elle eut pour-premier abbé un
scot, ou plutôt un irlandais, que l'on connaît sous le nom de saint Wendel.
Le testament d'Adalgise mentionne aussi un monastère qui existait alors dans
le vicus de Longagio ou Longuyon. Sa dédicace à sainte Agnès
nous fait présumer qu'il était occupé par des femmes, et, quoique l'église de
Verdun ait disputé en vain à l'église de Trèves le territoire de Longuyon, il
est vraisemblable qu'elle ne l'avait pas encore perdu à cette époque.
Ajoutons que, vers le même temps, saint Modoaldus, métropolitain de Trèves,
avait établi dans cette ville une nouvelle communauté de femmes, à la tête de
laquelle il plaça Severa, sa propre sœur. Le
diocèse de Reims vit aussi fonder plusieurs abbayes. Telles furent les deux
communautés de femmes que saint Guntbertus et sainte Berta, son épouse,
créèrent, l'une à Reims, auprès de la porte Basilica, l'autre dans la villa
d'Avennacum ou Avenniacus (Avenai), à deux lieues de la cité métropolitaine[77]. Tel fut le monastère d'Altum-villare
(Hautvillers), dont nous avons déjà parlé
plus d'une fois, et que saint Nivardus dota, sur la demande de saint
Bercharius, qui en fut le premier abbé[78]. Tel fut le monastère de Waslogium
(plus
tard Beaulieu),
dont la fondation a été rappelée ci-dessus[79]. Telles furent enfin l'abbaye
de Montfaucon bâtie, dans la forêt d'Argonne, par saint Baldericus, et la
communauté de femmes que sainte Bova établit dans la ville même de Reims[80]. Dans le
diocèse de Châlons-sur-Marne, on trouve les monastères fondés par saint
Bercharius, au milieu du saltus Dervensis[81] ; et dans le diocèse de Laon,
les deux communautés que sainte Salaberga avait d'abord formées près du vicus
de Mosa, non loin de la limite septentrionale de la civitas de
Langres, et qu'elle transféra dans l'enceinte de Laon, afin de les mettre
plus en sûreté[82]. Les
diocèses occidentaux de la Belgica Secundo, dont plusieurs dépendirent
momentanément de l'Austrasie, virent naître aussi nombre d'abbayes célèbres ;
mais nous rappellerons seulement ici celles de Nivialla (Nivelles), d'Andana (Ardenne) et de Malbodium (Maubeuge), établies par sainte Gerthrudis
fille de Pépin de Landen, par Begga sœur du maire Grimoald et par sainte
Aldegundis ou Aldegonde[83] ; le monastère d'Ursidongus
ou de Saint-Ghislain, près de Cambray, bâti par saint Gislenus[84], et celui de Mons. Le
diocèse de Trajectum-ad-Mosam acquit, au VIIe siècle, 1° l'abbaye de
Lobbes, ou Laubia, que saint Landelinus construisit dans un lieu
désert, sur les bords de la Sambre[85] ; 2° le monasterium Cellense,
fondé, près de Dinantis ou Dinant, par saint Hadalinus, et richement
doté par Pépin d'Héristal, par un gallo-romain appelé Triclinus et par une
gallo-romaine nommée Aquila[86] ; 3° l'abbaye de Foss (monasterium
Fossuense), à
peu de distance de Liège, bâtie, grâce aux largesses d'Itta et de sainte
Gerthrudis, par l'irlandais Foillanus, frère de saint Fursœus[87] ; 4° celle d'Hasteriœ ou
Hastières, près de Namur, et dont les fondateurs ne sont guère connus[88] ; 5° enfin, le monastère de
Saint-Trudo ou Saint-Trond, un des plus importants de l'Austrasie. Saint
Trudo était un jeune ripuaire d'une naissance illustre, qui, touché de la
grâce, voulut se dépouiller de ses biens en faveur de l'Eglise et des
pauvres. Par le conseil de saint Remaclus, il donna à la cathédrale de Metz
tout ce qu'il possédait[89], et saint Chlodulfus, évêque de
cette ville, accepta la donation. La plupart de ces biens étaient situés dans
un canton de la civitas de Trajectum que l'on appelait Hasbania.
L'église de Metz y fonda un monastère et chargea saint Trudo d'administrer
les possessions lointaines qu'elle devait à sa générosité[90]. Cette
énumération rapide, dans laquelle nous n'avons fait entrer ni plusieurs
abbayes dont nous avions précédemment raconté la fondation, telles que Stabulaus,
Malmundarium, Congidunum, Apri-monasterium, etc. ; ni celles qui furent
établies hors de l'Austrasie par des religieux sortis des monastères existant
sur son territoire, telles que l'abbaye de Jumièges ou Fontenelle, qui dut sa
naissance à saint Wandregisilus, lequel avait appris la vie monastique dans
la communauté de Montfaucon, sous la direction de saint Baldericus[91], et l'abbaye de Leucanaüs
ou Saint-Valery, bade par saint Walaricus[92] ; ni les petites réunions qui
se formaient autour de quelques solitaires, mais sans prendre la consistance
nécessaire à de véritables monastères[93] ; cette énumération,
disons-nous, doit suffire pour faire voir combien étaient conformes à la
vérité les expressions du biographe de saint Audanus, lorsqu'il écrivait : «
Sous le règne de Dagobert, la Gaule produisit une multitude d'hommes
vénérables, aussi nombreux que les essaims des abeilles, et dans leur
assemblée bienfaisante saint Audanus brillait comme l'astre le plus lumineux[94]. » Le biographe de saint
Richarius ne s'exprime pas autrement : « En ce temps, de saints religieux se
mirent à construire quantité de monastères, et l'on ne rencontrait pas moins
de vertu sous l'habit séculier[95] » ; et on lit dans la vie
de saint Eustasius : « Combien d'hommes, animés de l'amour de saint
Colomban et de sa règle, bâtissent des abbayes, rassemblent des disciples et
augmentent le troupeau de Jésus-Christ ![96] » C'est,
en effet, la règle de saint Colomban que l'on introduisait dans presque
toutes les fondations nouvelles. Quelquefois, cependant, la règle à suivre
était empruntée à-la-fois aux institutions de saint Colomban et à celles de
saint Benoît[97] ; la règle d'Agaune fut imposée
aux moines de Waslogium ou Beaulieu[98] ; et on lit dans le diplôme de
Sigisbert IV pour l'abbaye de Congidunum que les religieux vivaient,
et devaient vivre, secundum ordinem et monita antiquorum Patrum[99]. Il
n'entre pas dans notre plan d'exposer en détail toutes les prescriptions de
la règle de saint Colomban. C'est une liche qui a été accomplie par plusieurs
historiens, et, d'ailleurs, la règle colombaniste a été imprimée dans
diverses collections[100]. Elle est partagée en dix
chapitres : de obedientia, de taciturnitate, de cibo et potu, de
cupiditate calcanda, de vanitate calcanda, de castitate, de cursu, de
discretione, de mortificatione, de perfectione monachi. A la suite vient
le pénitentiel, qui, dans quelques éditions, est divisé en quinze chapitres
ou paragraphes, et qui, dans d'autres éditions, forme le dernier chapitre de
la règle. Il
suffit de jeter les yeux sur celle-ci pour comprendre combien elle diffère de
la règle bénédictine, et combien elle ressemble aux institutions des moines
de la Thébaïde. Saint
Benoît, se conformant aux recommandations des papes, et aux injonctions de
l'empereur Justinien Ier, avait sévèrement prescrit d'éloigner les abbayes
d'hommes des communautés de femmes ; et nous voyons, au contraire, que la
plupart des monastères colombanistes étaient doubles, c'est-à-dire que près
d'une abbaye d'hommes, ou du moins à une faible distance, se trouvait une
abbaye de religieuses. Ce n'est pas, au reste, saint Colomban lui-même qui
avait introduit dans la Gaule cette pratique singulière ; elle y avait été
importée, assez longtemps auparavant, par d'autres religieux irlandais. Ce
fut saint Fridolin qui engagea sainte Radegonde à bâtir le premier monastère
double que l'on eût vu dans la Gaule, et cette création doit être placée
entre l'année 556, date de l'arrivée à Poitiers du missionnaire irlandais, et
l'année 559, pendant laquelle il partit pour l'Austrasie[101]. Peu de temps après, trois
autres monastères doubles furent fondés dans le royaume de Neustrie[102], et il est très-probable que
ceux qui furent établis en Austrasie par saint Fridolin étaient du même
genre, bien que l'on n'ait de certitude à cet égard que relativement à
l'abbaye de Secania ou Seckingen[103]. Malgré
l'usage de sa nation, saint Colomban refusa de laisser les femmes se fixer
près des monastères qu'il habita lui-même, et il ne voulut pas même admettre
des laïques dans l'intérieur de ses communautés ; mais ses premiers disciples
n'éprouvèrent pas les mêmes scrupules. Saint Gallus construisit, dans la
Rhétie, un monastère double, noyau de la ville de Saint-Gall[104]. Chagnoaldus et sa sœur
Burgundofara en bâtirent un autre, lequel devint la célèbre abbaye de
Faremoutier[105]. Le double monastère de Jotrum
ou Jouarre fut doté par saint Ado, frère de saint Audoënus[106]. L'abbaye d'Habendum ou de Remiremont, fondée par
saint Amatus et saint Romaricus, était double[107], ainsi que celles de Laon[108], de Nivialla[109], de Malbodium[110], de Troclar[111], de Hohenbourg, de
Nider-münster, de Cala ou Chelles, de Camelaria, et bien
d'autres ; et l'institution franchit même le Rhin, car c'est un monastère
double que saint Rupertus ou Rudbertus établit dans le pays des Bajuvarii
ou Bavarois[112]. Une
question curieuse, mais difficile à résoudre, est celle de déterminer à qui
appartenait le gouvernement des monastères doubles. On ne peut guère admettre
que l'abbé dirigeât les religieuses. A cette époque, les moines, à de rares
exceptions près, ne recevaient pas les ordres sacrés et ne pouvaient par
conséquent donner aucune direction aux femmes. D'un autre côté, est-il
possible de supposer que les abbesses administraient les communautés
d'hommes, comme celles de femmes, ainsi que la chose se pratiqua plus tard
dans l'ordre de Fontevrault ? Un passage de la vie de sainte Gerthrudis, où
on la voit, à son lit de mort, désigner pour lui succéder sa nièce
Wlfethrudis, après avoir pris l'avis des moines et des religieuses, ce
passage, disons-nous, pourrait faire croire qu'il en était quelquefois ainsi[113], et on est en droit de tirer la
même induction d'un fait concernant l'abbaye de Malbodium. Mais, à
Laon, nous voyons les religieuses procéder seules à l'élection de sainte
Ansthrudis, fille de sainte Salaberga[114] ; ce qui semble indiquer que
les moines ne devaient pas lui obéir. Il est bien certain aussi que les trois
premiers abbés d' Habendum : saint Amatus, saint Romarieus et saint
Adelphius, n'étaient pas soumis aux abbesses qui gouvernaient la communauté
de femmes ; et il est vraisemblable que dans la plupart des lieux l'abbé et
l'abbesse dirigeaient, chacun de son côté et sans dépendance réciproque, le
premier les moines et la seconde les religieuses, à l'exemple de ce qui se
passait en Irlande, notamment à Kildare, où une véritable ville cénobitique,
fondée par sainte Brigitte, contenait une double communauté administrée par
un évêque et une abbesse. En
général, les religieux étaient maitres de choisir leur abbé ; cependant, ils
prenaient fréquemment l'avis de l'évêque diocésain, celui du comte et des
laïques les plus notables[115] ; et il est arrivé plus d'une
fois que les rois eux-mêmes n'ont pas dédaigné de dicter certaines élections.
C'est ainsi que saint Ebrulfus (saint Evrolt), abbé du monastère de Beauvais,
fut désigné par les principaux dignitaires du palais de Neustrie, sur l'ordre
de Frédégonde[116]. Les
fonctions des abbés étaient multipliées, souvent fort gênantes, et nous
lisons même dans la biographie de saint Rodingus qu'il passait une partie des
nuits à rôder autour du monastère de Waslogium, pour s'assurer
qu'aucun religieux ne s'en écartait, et qu'aucune femme n'osait s'en
approcher[117]. Les abbés prirent donc pour
aide un de leurs religieux, qui fut décoré du titre de prœpositus.
Celui de l'abbaye de Grandval est mentionné dans la vie de saint Germain[118], et, dans la vie de sainte
Salaberga, il est parlé d'Italus prœpositus du monastère de Laon[119]. Un
autre caractère qui distinguait les communautés colombanistes des sociétés
bénédictines était l'usage de la psalmodie perpétuelle ou laus perennis.
Cet usage était originaire de la Thébaïde, ainsi que nous l'avons déjà
remarqué. Il est dit dans la vie de sainte Marie Egyptienne, à propos d'un
monastère situé dans la vallée du Jourdain : Psallentia inibi erat,
incessabiles totius noctis habens stabilitates... et in ore psalmi divini
absque diminutione[120]. Les cénobites irlandais
pratiquaient la psalmodie perpétuelle ; mais elle s'était aussi introduite
dans la Gaule par d'autres voies. Elle existait dans le célèbre monastère
d'Agaune[121], et c'est de là, et non de Luxovium,
que saint Amatus l'apporta dans l'abbaye d'Habendum. Les religieuses
furent divisées en sept troupes ou turmœ, qui chantaient
alternativement les louanges de Dieu, dans sept églises différentes[122]. Les moines furent partagés de
même, et un pareil arrangement n'avait rien de difficile dans des communautés
nombreuses. Or, telles étaient celles d'Habendum. Nous avons cité un
fait prouvant combien on voyait de moines dans ce lieu, et il y avait
également beaucoup de religieuses, puisque cent d'entr'elles moururent avant
saint Romaricus[123]. Nous trouvons aussi la
psalmodie perpétuelle établie dans les deux monastères de sainte Salaberga[124], à Saint-Martin de Tours, à
Saint-Denys[125], et ailleurs encore ; mais
toujours, ou presque toujours dans des abbayes colombanistes. Nous ne
rangeons pas au nombre des différences que l'on observait entre les disciples
de saint Colomban et les Bénédictins, la prétention de célébrer la fête de
pâques selon l'usage d'Irlande, c'est-à-dire le quatorzième de la lune,
lorsqu'il tombait le dimanche, au lieu de la fixer, avec toute l'Eglise, au
dimanche après le quatorzième jour. Saint Colomban avait d'abord vivement
défendu la coutume de ses compatriotes, en s'appuyant surtout (chose à
remarquer) sur les
écrits de saint Anatole de Laodicée, qui avaient reçu l'approbation de saint
Jérôme[126] ; mais ses disciples ne
montrèrent pas la même obstination ; ils consentirent à célébrer la tête de
pâques comme tout le monde, et le concile qui fut réuni près de Mâcon, en
627, pour examiner les accusations dirigées par Agrestius contre la règle de
saint Colomban, la déclara digne de l'approbation de l'Eglise[127]. Cette
modification ne fut pas la seule que les idées du célèbre irlandais reçurent
de la part de ses disciples, plus raisonnables que lui. Ainsi, les abbés
colombanistes permirent aux femmes d'entrer dans l'atrium des monastères,
comme cela se pratiquait antérieurement[128]. Ainsi encore, ils autorisèrent
les moines et les religieuses qui héritaient de leurs parents à disposer par
testament des biens qu'ils venaient de recevoir. Nous possédons encore les
testaments 1° de saint Bercharius, abbé de Montiérender, en faveur du
monastère de Puteolus[129] ; 2° de sainte Odilia,
fondatrice d'Hohenbourg et de Nider-münster[130] ; 3° d'Irmina, abbesse
d'Horréen[131] ; 4° de deux religieuses
nommées Bertilendis et Ernienoara[132], et quelques autres[133]. Le
costume des Colombanistes ne les distinguait pas moins des Bénédictins que la
différence des deux règles. Tandis que ces derniers étaient vêtus de noir,
les premiers portaient des robes blanches, et leur tonsure avait une forme
particulière. Les religieuses colombanistes avaient aussi des habits blancs,
auxquels elles ajoutaient un voile de couleur noire[134]. Les
vies des saints appartenant à l'ordre de saint Colomban prouvent que la
plupart des prescriptions de la règle étaient appliquées avec rigueur : C'est
ainsi que tous les religieux couchaient dans un dortoir commun[135]. C'est ainsi encore qu'ils
étaient obligés de donner, chaque jour, au travail des mains le nombre
d'heures déterminé par la règle. Nous avons cité déjà plusieurs
particularités relatives aux travaux agricoles des moines de Luxovium
et de Fontanœ, et nous ne les reproduirons pas. Au reste, il suffit de
rappeler les immenses défrichements entrepris et conduits à bonne fin par les
habitants des abbayes des Vosges. Les moines d'Habendum travaillaient non
seulement pour leur subsistance, mais encore pour les religieuses, dont la
demeure était sur la montagne[136], et ces religieuses elles-mêmes
élevaient des abeilles. Elles frottaient avec du lait et des herbes
aromatiques les ruches destinées à recevoir les essaims[137] ; et c'est vraisemblablement
dans un monastère austrasien que l'on a composé une formule intitulée : Ad
revocandum examen apum dispersum[138]. Une partie du miel recueilli
dans les ruchers était directement employée à la nourriture ; l'autre servait
à la fabrication de la cervisia ou cervoise, dont on faisait une
grande consommation dans les monastères. Les religieux la préparaient
eux-mêmes[139], et l'on trouvait ordinairement
dans les abbayes des hommes initiés à la pratique de tous les métiers et de
tous les arts. Quelquefois cependant, on était obligé d'appeler des ouvriers
étrangers, et il est fait mention dans la vie de saint Romaricus des operarii
laïques qui bâtissaient des maisons et traçaient des routes pour les
religieux d'Habendum[140]. Grâce à
leur travail, grâce aux riches donations des rois et de particuliers
favorisés des dons de la fortune, les religieux de plusieurs abbayes finirent
par acquérir d'assez grandes richesses. Le roi Childebert, fils de Clovis,
avait fait présent de quatre-vingt-dix-neuf métairies ou Wace à saint
Ebrulfus, abbé d'Ousche[141]. L'abbaye de Waslogium
ou Beaulieu possédait, du vivant même de saint Rodingus, son fondateur,
jusqu'a sept cent soixante-et-dix familles de serfs[142]. Le monastère de Senones avait
des domaines dans des pays assez éloignés[143], et saint Bercharius avait
donné à ses religieux des biens situés en Aquitaine[144]. Mais d'autres communautés
étaient très-pauvres, et les moines de Grandval notamment eurent, pendant
quelque temps, bien du mal à se procurer une misérable subsistance[145]. La
difficulté d'administrer des possessions lointaines obligea, de bonne heure,
les monastères et les églises à désigner des agentes, qui percevaient
leurs revenus. Parfois, les rois nommaient eux-mêmes les agentes, en
demandant néanmoins l'agrément des évêques ou des religieux[146] ; mais le plus souvent les
parties intéressées procédaient à ce choix, sauf à le faire ratifier par
l'autorité royale. Les abbayes s'adressaient fréquemment à des hommes riches
et puissants, dans l'espérance, pinson moins bien fondée, qu'elles rencontreraient
une protection efficace ; mais cet usage déplut aux évêques, pour lesquels
l'intervention des agentes était assez gênante[147]. Ces derniers s'occupaient de
toutes les affaires temporelles des monastères ; ils administraient leurs
biens en régie ou leur trouvaient des locataires ; ils envoyaient dans les
abbayes les fonds qu'ils avaient pu recueillir ; ils se présentaient pour plaider
devant le tribunal du comte ou du vicarius, lorsqu'il survenait
quelque procès, et ils faisaient enregistrer par le comte les donations
immobilières que les monastères avaient reçues[148]. La
protection d'un homme puissant n'était pas, tant s'en faut, inutile à une
abbaye ; car il y eut bientôt des tentatives d'usurpations à l'égard des
biens ecclésiastiques, et très-souvent les moines étaient hors d'état de se
défendre eux-mêmes. On voyait, de temps en temps, des personnes appartenant
aux premiers rangs de la société entrer dans des monastères, où leur
réception était toujours considérée comme un grand avantage[149] ; mais, en général, la
population des abbayes était composée de coloni et d'esclaves
affranchis. Nous n'en voudrions d'autre preuve que les noms romains de
beaucoup de religieux ; toutefois, nous n'en sommes pas réduit là, et les
hagiographes nous fournissent une foule de renseignements directs. Saint
Romaricus amena avec lui, pour peupler le monastère d'Habendum,
quantité d'esclaves qu'il venait d'affranchir[150], et saint Germain en conduisit
quelques autres dans le même lieu[151]. Quand les fondateurs de
monastères n'avaient pas d'esclaves à affranchir, ils priaient les riches
propriétaires du voisinage de leur donner ceux qui avaient du goût pour la
vie monastique, et les premiers se faisaient fréquemment un devoir
d'obtempérer à de pareilles demandes. Si cette ressource manquait aux abbés
(et ils tenaient la plupart à ce que leurs communautés fussent nombreuses),
ils achetaient eux-mêmes des esclaves et les plaçaient dans les maisons
qu'ils avaient fondées. Saint Bercharius, ayant bâti dans le saltus
Dervensis un monastère destiné à des femmes, y mit pour premières
habitantes huit jeunes captives, achetées à des marchands qu'il avait
rencontrés près de la forêt ; et il peupla de même le monastère de Puteolus
en y faisant entrer huit captifs que ces marchands lui avaient également
vendus[152]. Sainte Bathildis, épouse du
roi Clovis II, et qui avait elle-même passé une partie de sa jeunesse dans la
servitude, consacrait des sommes immenses à acheter des esclaves
anglo-saxons, ses compatriotes, et elle les distribuait entre les abbayes
qu'elle voulait favoriser. C'est, peut-être, à des religieux de cette origine
que Numerianus, métropolitain de Trèves, fait allusion dans son diplôme pour Juncturœ,
lorsqu'il dit que saint Deodatus avait construit cette maison pour y recevoir
des monachi et des peregrini[153]. Parfois même, on était plus
indulgent encore pour les admissions. Saint Ebrulfus, abbé d'Ousche, ayant
converti une bande de voleurs, consentit à en recevoir plusieurs au nombre de
ses moines, et, peu de temps après, il accorda la même faveur à d'autres
brigands, qui voulaient changer de vie[154]. Il paraît que, dans certains
monastères, on recevait des famuli ou domestiques, chargés, moyennant
une rétribution, d'exécuter les ouvrages qui auraient trop éloigné les moines
du service de Dieu. Il est parlé de ces famuli dans la vie de saint
Ebrulfus[155], et il y en avait aussi dans
l'abbaye d'Habendum[156]. Il
résulte de ce qui précède que les monastères renfermaient alors des éléments
bien hétérogènes, et la nécessité de procurer quelque instruction à des
hommes souvent illettrés, et appartenant à des races différentes, obligea de
créer partout des écoles, où l'on enseignait aux novices les éléments de la
grammaire, et où ils apprenaient à réciter le cursus ou office divin. Ce
n'est pas que saint Colomban attachât beaucoup de prix à l'étude de
l'Antiquité, ni qu'il tâchât d'inspirer à ses disciples le désir d'en
conserver les monuments littéraires. Au Xe siècle, l'abbaye de Bobbio, où
mourut le célèbre irlandais, possédait sept cents manuscrits, dont Muratori a
publié le catalogue, et qui se retrouvent en partie dans la bibliothèque du
Vatican. Une pareille collection était bien considérable pour le temps ; mais
quantité de ces manuscrits étaient palimpsestes ; c'est-à-dire que les
ouvrages des Pères avaient remplacé sur leurs pages les écrits de
l'Antiquité, et on sait que le fameux manuscrit qui nous a rendu une partie
du traité de Cicéron de Republica vient de Bobbio, et contient une
copie du commentaire de saint Augustin sur les psaumes, copie que l'on croit
avoir été exécutée vers le commencement du IXe siècle. Cependant,
beaucoup de colombanistes aimaient les livres, surtout les écrits des Pères,
et se plaisaient à en multiplier les exemplaires. Saint Eustasius, abbé de Luxovium,
employait une partie de ses moines à transcrire les ouvrages des auteurs
ecclésiastiques[157] ; et, avant la Révolution, on
voyait dans l'abbaye de Saint-Pierre, à Beauvais, un manuscrit en lettres
onciales, venant de Luxovium et contenant neuf homélies de saint
Augustin sur la première épître de saint Jean[158]. Il y avait aussi une
bibliothèque dans l'abbaye d'Habendum ; car saint Atnatus, quelques heures
avant de rendre le dernier soupir, ordonna d'apporter et de lui lire l'épître
du pape saint Léon à saint Flavien[159]. Le monastère de Saint-Remi, à
Reims, avait également une bibliothèque ; mais nous n'en connaissons pas la
composition[160]. A cette époque, on tirait
encore beaucoup de livres d'Italie, où les copistes étaient apparemment plus
nombreux et plus habiles. Le pape saint Grégoire-le-Grand donna, ainsi que
nous l'avons dit, quantité de manuscrits à saint Augustin et à ses collaborateurs
; saint Benoit Biscop en apporta aussi un bon nombre d'Italie dans l'île de
Bretagne, et sainte Gerthrudis en acheta une multitude à Rome, pour former
une bibliothèque dans son monastère[161]. Au VIIe
siècle, comme précédemment, on employait les notes tironiennes pour rendre
plus rapide la transcription de certains ouvrages, et l'on a prétendu à tort
que ces notes n'étaient revenues à la mode que pendant la période
carlovingienne. Il n'y a eu aucune interruption dans leur usage, et si l'on
s'en est servi au IXe siècle et au Xe, c'est que l'on avait continué à
pratiquer cette espèce de sténographie. Les dictionnaires de notes
tironiennes ne se sont perpétués que par des copies faites de siècle en siècle,
et dans Grégoire de Tours, ainsi que dans les hagiographes, il est
fréquemment fait mention des notœ et des notarii qui les
traçaient[162]. La
digression que nous venons de faire au sujet des livres et des bibliothèques
nous a un peu éloignés des écoles monastiques ; nous nous hâtons d'y revenir,
et nous parlerons en même temps des écoles épiscopales. C'est
au VIIe siècle que l'on trouve pour la première fois des renseignements sur
l'école épiscopale de Trèves, quoiqu'elle existât certainement depuis bien
des années. Le métropolitain saint Modoaldus s'occupait lui-même, avec
sollicitude, de l'éducation et de l'instruction des jeunes gens qu'on lui
confiait. Saint Germain, depuis abbé de Grandval, fut du nombre, et c'est là
qu'il acquit cette connaissance des arts libéraux à laquelle il dut une
partie de sa réputation[163]. L'école de l'abbaye de Tholey,
qui fut pendant longtemps comme la pépinière des évêques de Verdun, était
alors assez célèbre. On a même prétendu que le nom de Theolegium, ou Theolegia,
ou monasterium Theolegiense, lui avait été donné parce que
l'enseignement de la théologie y jetait un grand éclat[164]. Mais une pareille étymologie
est inadmissible, et, sans nous prévaloir d'un passage de la vie de saint
Paul, évêque de Verdun, où il est dit que Tholey fut d'abord appelé Tabuleium,
parce que cette abbaye était construite en pierres de taille (tabulœ)[165], nous ferons seulement observer
qu'elle est nommée Teulegium dans le testament du diacre Adalgise, son
fondateur[166] ; que cette dénomination n'a
rien de commun avec la théologie, et qu'elle offre, au contraire, de
l'analogie avec le mot Marilegium, lequel servait à désigner un palais
des rois d'Austrasie. Saint Paul, qui fut évêque de Verdun, avait d'abord été
abbé de Tholey. Il y enseignait, en même temps, avec un tel succès, que,
d'après une tradition dont nous n'examinerons pas la valeur, des membres de
la famille royale lui auraient envoyé leurs enfants pour les élever, malgré
la juste réputation dont jouissait l'école du palais[167]. Entr'autres élèves, il forma
Gisloaldus, qui occupa, après lui, le siège épiscopal de Verdun ; et nous
pouvons ajouter que saint Paul s'était livré à l'étude non seulement de
l'Ecriture Sainte et des Pères, mais encore des poètes profanes, qu'il savait
citer à propos[168]. L'école
épiscopale de Metz n'avait guère moins de renom que celle de Tholey. Lorsque
saint Trudo manifesta à saint Remaclus le désir qu'il éprouvait d'embrasser
la vie religieuse, celui-ci lui conseilla d'aller d'abord étudier dans
l'école de Metz, et c'est le parti auquel Trudo s'arrêta[169]. Plus tard, il ouvrit
lui-même-une école dans l'abbaye qu'il avait fondée[170], et on y vit, entr'autres
élèves, saint Hucbertus ou Hubert, qui transféra à Liège le siège épiscopal
de Trajectum[171]. Un des
biographes de saint Basolus mentionne l'école établie dans le monastère de Viriziacum
ou Verzy, ainsi que le maître Komarcus qui la dirigeait alors[172], et celle de l'abbaye de
Saint-Vincent (à Laon)
est rappelée dans la vie de saint Humbertus[173]. Les
laïques étaient admis, aussi bien que les novices et les clercs, dans les
écoles monastiques et épiscopales ; mais, comme le régime de ces
établissements ne convenait pas à tout le monde, il y avait encore des écoles
privées dans quelques villes importantes. Des grammairiens, des rhéteurs et
des jurisconsultes y enseignaient la langue latine, les belles-lettres et la
législation romaine. Saint Bonitus fut élevé dans une école de ce genre que
possédait la ville de Clermont[174] ; saint Landebertus fut élevé
de la même manière, avant d'être confié à saint Theodardus[175] ; il est aussi parlé de maîtres
particuliers dans les biographies de saint Ansbertus[176] et de saint Eligius ou Eloy[177]. Enfin, il existait de petites
écoles jusque dans les moindres vici. L'enseignement
donné dans ces différentes écoles était plus complet que l'on n'est tenté de
le supposer, et offrait de l'analogie avec celui des collèges actuels. Il
débutait par les éléments les plus simples, qui suffisaient aux écoles
rurales. On enseignait d'abord la lecture. Pour apprendre à connaître les
lettres, on se servait ordinairement de cailloux plats, sur lesquels étaient
tracés les différents caractères de l'alphabet, et les maîtres chargés de
cette partie de l'instruction se nommaient calculatores, du latin calculus,
caillou[178]. Les éludes proprement dites
commençaient habituellement vers l'âge de dix ans. Elles se divisaient en
deux séries, suivant le programme tracé par Martianus Capella, rhéteur
africain du Ve siècle. La première série remplissait deux années, pendant
lesquelles on apprenait la grammaire, la rhétorique et la dialectique[179] ; et comme la plupart des
monastères austrasiens suivaient la règle colombaniste, on devait employer,
dans l'enseignement de la grammaire, la Glosa de partibus orationis
que saint Colomban avait composée pour l'instruction de ses disciples. Dans
le cours de rhétorique, on expliquait ordinairement les principaux classiques
latins, et même des poètes aussi peu connus que Nemesianus et Calpurnius[180]. La seconde série d'études se
prolongeait pendant trois années. Elle embrassait l'arithmétique, la
géométrie, l'astronomie et la musique. Quand les jeunes gens avaient
entièrement parcouru ce programme scientifique, qui était commun à tous,
chacun désignait la carrière dans laquelle il voulait entrer, et alors
commençaient les études propres aux différentes professions. Les uns, et
c'étaient les plus nombreux, choisissaient la théologie et lisaient
l'Ecriture, les ouvrages des Pères, et un peu plus tard les collections de
canons, dont quelques-unes sont très-anciennes. D'autres élèves étudiaient la
législation romaine, qui avait, ainsi que nous l'avons vu, conservé son
empire en Occident. Dans plusieurs monastères, on ne se bornait pas à
professer ; mais on avait établi des conférences théologiques et littéraires,
auxquelles les étudiants prenaient part, et il est parlé de cet utile
exercice dans la vie de saint Geremarus ou Germer[181]. Les
femmes elles-mêmes ne négligeaient pas les études. Nous avons déjà mentionné
les abbayes de Valenciennes et d'Eika, où les religieuses apprenaient
la liturgie, la musique, l'écriture et la peinture[182]. Sainte Gerthrudis, non
contente de former des bibliothèques dans les divers monastères qui la
reconnaissaient comme fondatrice, avait appelé des îles britanniques des
maîtres habiles dans tous les genres[183] ; et sainte Aldegundis, abbesse
de Malbodium, cultivait elle-même les lettres avec un certain succès,
puisqu'elle fut en état d'écrire un livre de ses révélations[184]. Il
sortit de ces écoles un bon nombre d'élèves distingués, et quoique le
flambeau des sciences et des lettres eût notablement pâli, le VII° siècle
posséda encore une assez grande quantité de savants et d'écrivains. Parmi les
théologiens, nous rappellerons seulement saint Bonitus, évêque de Clermont,
qui composa un bon traité contre l'hérésie de Novatien et de Jovinien,
laquelle essayait de s'étendre dans la Gaule[185]. Les hagiographes sont fort
nombreux. Il faut d'abord citer Jonas, disciple de saint Colomban. Il écrivit
la biographie de son maitre et de quelques autres saints d'une manière qui
n'est pas sans analogie avec celle de l'Antiquité ; mais ses ouvrages doivent
avoir été composés en Italie, et nous nous bornerons à les mentionner. Deux
moines d'Habendum, qui ont soigneusement gardé l'anonyme, ont rédigé,
le premier une vie de saint Arnulfus, évêque de Metz, à la demande de son
fils Chlodulfus ; le second les vies des saints Amatus, Romaricus[186] et Adelphius ; et ces quatre
compositions ne sont pas sans mérite, à cause de la noblesse du style et de
la clarté /lu récit. Nous en dirons autant de la vie de sainte Salaberge,
écrite par un moine de l'abbaye de Saint-Jean, qu'elle avait fondée, et de la
biographie de sainte Aldegundis, due à un moine de Malbodium. La vie
de saint Germain de Grandval, composée par le moine Bobolenus, n'est pas
exempte de défauts, mais elle offre cependant des qualités précieuses[187]. Nous portons le même jugement
des biographies de sainte Gerthrudis, écrite par un religieux anonyme ; de
saint Theodulfus, abbé de Saint-Thierry ; de saint Amandus, évêque de Trajectum,
par le moine Baudemundus ; de l'alain saint Goar, et de saint Gaugericus,
évêque de Cambray. La vie de saint Filibertus, fondateur du monastère de Gemmeticum
ou Jumièges, et celle de sainte Austreberta, première abbesse de Pavilly,
sont tellement remplies d'assonances, ainsi que la chronique d'Isidore de
Béja et d'autres écrits du même temps, que l'on serait tenté de les regarder
comme ayant été primitivement composées en vers. Il ne serait pas impossible
que, à force de transcriptions successives et de remaniements, le mètre se
fût complètement altéré ; mais on ne pourrait, sans beaucoup de restitutions
arbitraires, rétablir dans quelques-uns de ces ouvrages la coupure des vers,
et rendre à ces vieux poèmes leur physionomie primitive. Bonnes
ou mauvaises, les productions des hagiographes sont précieuses pour
l'histoire du VIIe siècle ; car il ne reste guère pour cette époque d'autre
annaliste que Frédégaire. Son ouvrage est divisé en cinq livres : les trois
premiers renferment une histoire ancienne tirée de différentes chroniques ;
le quatrième, plus connu sous le nom de Gregorii Turonensis historia
Francorum epitomata, n'est, en effet, comme le titre l'indique, qu'un
abrégé de Grégoire de Tours ; le cinquième livre, qui s'étend depuis l'époque
à laquelle s'arrête cet historien jusqu'à l'année 641, nous offre seul un
récit original des évènements dont l'Europe occidentale a été le théâtre
pendant une cinquantaine d'années. D est divisé en quatre-vingt-dix
chapitres, et l'auteur, qui a vécu jusque vers 658, a fait quelques additions
à sa rédaction primitive. Dans le prologue de son livre, il énumère lui-même
les sources où il a puisé : les chroniques de saint Jérôme, d'Idace, de saint
Isidore, et une quatrième, dont il ne nomme pas l'auteur, et qui peut bien
être celle de Marius évêque d'Aventicum ou Avenche ; l'Historia
ecclesiastica Francorum de Grégoire de Tours ; les diplômes des rois, et
diverses relations soit de guerres, soit d'autres évènements, relations assez
nombreuses, mais sur lesquelles nous n'avons pas de renseignements précis ;
et cette énumération fait voir que Frédégaire n'était pas complètement
ignorant de la véritable manière d'écrire l'histoire. On suppose qu'il était
bourguignon de naissance, et ce serait pour ce motif qu'il parle si
fréquemment de la Bourgogne ; néanmoins, on peut admettre que, en écrivant,
il avait sous les yeux une chronique composée dans ce royaume, et dont il a
fait entrer beaucoup de fragments au milieu de sa compilation[188]. On a signalé depuis longtemps
toutes les imperfections de cette dernière, et nous sommes loin de les nier ;
mais, malgré sa médiocrité, la chronique de Frédégaire est indispensable pour
connaître les règnes de Théodebert II, Thierry II, Sigisbert III, Clotaire
II, Dagobert I, Sigisbert IV et Clovis II. Il a eu plusieurs continuateurs.
Le premier, dont le travail est extrêmement faible, va de l'année 641 à
l'année 680. Cette continuation remplit les chapitres 91 à 97, et nous ne
parlerons que d'elle ici, car les trois autres n'ont été rédigées que dans le
siècle suivant[189]. C'est
en cet endroit qu'il faut rappeler 1° un écrit que nous avons déjà mentionné
: la relation du voyage entrepris en Orient par le chorévèque Arculfus ; 2°
les débris d'un chant populaire sur la défaite des Saxons par Clotaire II,
débris conservés dans la vie de saint Faron ; et 3° un fragment appartenant à
une sorte de prologue, qui a dû précéder la représentation d'une comédie de
Térence[190] ; d'où nous sommes porté à
conclure que, pendant le VIIe siècle, il y avait encore des spectacles, sinon
sur les anciens théâtres des villes, au moins chez les riches particuliers. Si l'on
trouve que l'inventaire des Productions littéraires du VIIe siècle est bien
peu considérable, il faut se rappeler que beaucoup de livres composés à cette
époque ne sont pas venus jusqu'à nous ; et quand on aura parcouru la liste
que les auteurs de l'Histoire littéraire de la France en ont donnée[191], on pensera que les écrivains
n'ont pas été moins nombreux et moins féconds pendant le VIIe siècle qu'aux
deux siècles précédents. La
plupart de ces écrivains se sont formés dans les monastères, où les sciences
et les lettres étaient cultivées avec plus de tranquillité que dans le monde.
C'est également des abbayes que sortaient, en foule, les saints, les évêques
et les missionnaires qui achevèrent de déraciner le paganisme dans le nord de
la Gaule, et qui commencèrent la conversion de la Grande Germanie. Nous ne
parlerons pas ici des saints qui vécurent alors en Austrasie, et nous
rappellerons seulement que jamais la Gaule n'en posséda un aussi grand
nombre. Le biographe de saint Austreberta, frappé du spectacle qu'offrait
alors cette contrée, s'écrie : Cujus tempore, velut palma, in Galliis
sancta mater refloruit Ecclesia, diversis sanctorum, monachorumque virtutibus
adornata, ac Deo dicatarum virginum[192]. Les biographes de saint
Modoaldus[193] et de saint Remaclus[194] tiennent le même langage, et
Mabillon, qui venait de lire et d'annoter toutes les vies des saints de cette
époque, ne peut s'empêcher de dire : Aureum vere sceculum ! Dum
prœfacta gratiœ virtutumque semina, quœ in se ipso divinitus recondita habuit
Vir omnium justorum spiritu plenus, calamitosis tembus erupuerunt in flores,
ac demum orbi christiano tractus uberrimos protulerunt[195]. Beaucoup
de saints furent alors revêtus de la dignité épiscopale, et la plupart
avaient passé dans les cloîtres la première partie de leur vie. On vit sortir
de Luxovium Donatus métropolitain de Besançon, Chagnoaldus évêque de
Laon, Autbertus de Cambray, Acharius de Tournay, Audomarus de Boulogne et
Ragnacharius de Bâle ou Basilia. L'abbaye de Teulegium, fondée
par le diacre Adalgise, fournit au siège de Verdun plusieurs de ses évêques.
Strasbourg en tira six de l'abbaye de Confluens ou Münster, pendant
les VIIe et VIIIe siècles : Ansoaldus, Justus, Maximinus, Heddo, Remigius et
Rachio ; et l'abbaye de Weissembdurg donna trois évêques au diocèse de Nemetes
ou Spire : Principius en 650, Tragebodo en 673 et David en 742. La
plupart de ces prélats et de ceux qui remplissent les catalogues épiscopaux
du VIIe siècle furent choisis par les rois. On a vu plus haut que les
Mérovingiens s'étaient depuis long. temps rendus maîtres des élections
épiscopales, et le concile tenu à Paris, sous le règne de Clotaire II, avait
sanctionné, en quelque manière, ce factieux état de choses. C'est pour y
faire allusion que saint Desiderius, nommé par Dagobert Ier à l'évêché de
Cahors, lui disait, en parlant de son église : Cui, Deo auctore, ex jussu
vestro prœsedeo[196]. Néanmoins, les rois
affectaient de respecter les formes des élections. Celle de saint Desiderius
lui-même fut censée faite par le clergé et le peuple, et seulement confirmée
par le roi[197]. Dagobert avait même déclaré
qu'il ne s'immiscerait plus dans le choix des évêques, et l'on n'en finirait
pas si l'on voulait mentionner tous les textes desquels il semble résulter
que les élections étaient parfaitement libres[198]. Au reste, plusieurs rois
veillèrent à ce que les sujets nommés aux sièges épiscopaux fussent, en
général, des gens vertueux et capables, et les catalogues prouvent que, loin
de donner la préférence aux Francs, leurs compatriotes, les Mérovingiens
choisissaient le plus souvent des gallo-romains d'un mérite éprouvé. Ils
désiraient, en effet, voir le clergé gaulois conserver la réputation qu'il
avait acquise pendant les deux siècles précédents, et qui faisait dire au
pale Arator : Sunt
quia pontifices in relligione magistri, Gallia
quos multos dat studiosa bonos. Les
hommes les plus distingués furent élevés à l'épiscopat, et le pape saint
Martin avait une telle estime pour eux que, voulant faire publier dans la
Gaule les canons du concile tenu à Rome, en 649, il jugea inutile de confier
cette mission à des légats spéciaux, et qu'il en chargea saint Amandus,
ancien évêque de Trajectum-ad-Mosam. En même temps, il pria le roi
Sigisbert IV d'envoyer à Rome des évêques, qui, en qualité de légats du
Saint-Siège, porteraient en Orient les actes du concile, après qu'ils auraient
été revêtus de l'approbation de l'épiscopat gaulois[199]. Les
progrès de la religion auraient, sans doute, été plus rapides encore, si les
prélats avaient pu tenir fréquemment des conciles. Mais les rois voyaient ces
assemblées avec défiance et ne les autorisaient que rarement. Il ne faut pas
croire cependant, comme certains écrivains l'ont dit, qu'il n'y en ait eu
pour ainsi dire aucune pendant le VIIe siècle. En effet, sans parler des
conciles de Paris et de Reims, et d'un troisième qui fut tenu dans un endroit
inconnu, les monuments historiques mentionnent au moins neuf assemblées de ce
genre ouvertes à Châlons-sur-Saône, dans une villa de la cité de Mâcon, dans
le palais de Clippiacum (il y en eut deux en ce lieu), à Orléans, à Nantes, à Rouen,
à Autun et dans le palais de Mortacum ; et il y en eut probablement
d'autres que nous ne connaissons pas. A part
cette restriction, les évêques jouissaient d'une liberté absolue pour
l'exercice de leur ministère. Les rois se permirent quelquefois de les exiler
arbitrairement ; mais pour l'ordinaire on recourait aux formes canoniques, et
les prélats n'étaient bannis ou déposés qu'après avoir été régulièrement
condamnés dans un concile. Nous en avons cité plusieurs exemples, et nous
pourrions en ajouter quelques autres[200]. Les biens des cathédrales
s'accrurent dans la même proportion que le pouvoir des évêques. Au VIIe
siècle, l'église de Reims avait des domaines dans toute la Gaule. Dagobert
Ier en donna de considérables à l'église de Toul. Celle de Metz obtint de
saint Trudo la cession d'un district tout entier. Celle de Verdun, que des
circonstances inconnues avaient réduite à la pauvreté[201], fut enrichie pour toujours par
la libéralité du diacre Adalgise[202]. Une constitutio de
Clotaire II nous apprend que les églises possédaient déjà quelques dîmes à
cette époque[203]. Les richesses des cathédrales
s'augmentèrent encore par la bonne administration de certains prélats. Lando
métropolitain de Reims établit un ordre admirable dans la gestion des
domaines de son église[204], et saint Rigobertus, un de ses
successeurs, régla minutieusement tout ce qui concernait les services dus par
les coloni ou les tributarii[205]. Les évêques faisaient
administrer les possessions lointaines de leurs églises par des économes,
auxquels on donnait les noms de missi discussores et de judices.
Les premiers étaient plus spécialement des comptables ; les seconds rendaient
la justice aux tributurii et maintenaient l'ordre et la paix dans les
vastes domaines dont il s'agit[206]. Les
prélats avaient organisé dans leurs villes épiscopales des tribunaux d'une
nature fort différente. Dans l'un, ils jugeaient les affaires ecclésiastiques
proprement dites[207] ; dans l'autre, ils terminaient
les contestations civiles qui étaient portées devant eux par des clercs ou
des laïques, et ils se faisaient alors assister par les citoyens les plus
notables et les plus habiles dans la science du droit[208]. Il faut cependant faire
observer que, au VIIe siècle, les fonctions de defensor, jusqu'alors
exercées par les évêques, avaient un peu perdu de leur importance. On les
voit même parfois entre les mains de laïques, et ce sont bien certainement
des defensores de ce genre qui figurent dans la suscription d'une
lettre écrite par saint Desiderius, évêque de Cahors[209]. Nous
avons parlé ailleurs des chorévêques et des archidiacres, qui aidaient les
évêques dans le gouvernement de leurs diocèses ; ici, nous dirons un mot des
prêtres chargés de l'administration des paroisses ou tituli. Ces
prêtres commençaient à devenir assez nombreux. Les biographes de saint
Amandus[210] et de saint Remaclus[211] remarquent qu'il y en avait
beaucoup dans le diocèse de Trajectum. Le premier des deux biographes
ne fait pas un grand éloge de plusieurs d'entr'eux, et le second canon du
concile de Reims prononça des peines canoniques contre ceux qui
s'entendraient pour résister à leur évêque[212]. L'augmentation du nombre des
prêtres était en raison directe de la multiplication des paroisses rurales.
Cette multiplication est attestée par les diplômes[213] et par les vies de saints[214]. Ajoutons que la plupart des
basiliques construites au milieu des campagnes étaient dédiées à saint Martin
ou à saint Hilaire, dont la renommée croissait de jour en jour. Quelques
prêtres étaient chargés d'autres soins que la desserte des églises rurales.
Le biographe de sainte Salaberga parle d'un prêtre, appelé Italus, qui était prœpositus
du monastère de femmes fondé par la sainte[215]. D'autres, comme saint Trudo,
remplissaient les fonctions d'économes des cathédrales. Mais ce dernier
emploi était ordinairement le partage des diacres. C'étaient aussi, au moins
très-fréquemment, les diacres qui rédigeaient les diplômes épiscopaux et les
testaments des ecclésiastiques[216], et qui administraient les
matricules et les hôpitaux. Ces
établissements devenaient, d'année en année, plus nombreux et plus riches.
Saint Remi fit un legs à la matricule de Reims, et aux pauvres qui recevaient
leur distribution devant le portail de la cathédrale[217] ; le diacre Adalgise mentionne,
dans son testament, une maison qu'il avait achetée de la matricule de Trèves[218] ; ce qui prouve que ces
établissements pouvaient aliéner leurs biens ; et il est parlé dans la vie de
saint Arnulfus des matricutarii nourris par la cathédrale de Metz[219]. Les
hôpitaux de cette époque n'avaient, pour la plupart, que peu d'analogie avec
les maisons qui portent maintenant un nom semblable. Un xenodochium,
comme on disait alors, était, ainsi que le mot l'indique[220], un établissement dans lequel
on recevait gratis, et pour un jour ou deux, les étrangers et les voyageurs.
Si l'on en croit Flodoard[221], un habitant de Reims, nommé
Attolus, et qui était ami de saint Remi, fonda douze xenodochia.
Sainte Consortia en établit un[222] ; saint Florentins, évêque de
Strasbourg, en ouvrit un autre, près des murs de sa ville épiscopale[223] ; le testament d'Adalgise
rappelle celui de Longagio ou Longuyon, et le même diacre en créa un
pour douze pauvres dans la villa de Marciacum ou Mercy[224]. Cette dernière fondation
prouve que certains xenodochia étaient de véritables hôpitaux, tels
que ceux d'aujourd'hui ; et il en faut dire autant de celui que dota saint
Prœjectus, évêque de Clermont. On devait y recevoir vingt pauvres malades ;
de bons médecins attachés à l'établissement les soignaient gratis, et dès que
l'un des malades était guéri, un autre venait le remplacer[225]. A côté
des xenodochia s'élevaient des hôpitaux destinés à abriter les
lépreux. On a cru pendant longtemps que la lèpre ne s'était introduite, ou du
moins' développée, en Occident qu'à la suite des croisades ; mais c'est une
erreur ; cette hideuse maladie avait fait irruption dans la Gaule plusieurs
siècles auparavant, et il ne faut pas s'en étonner, car les relations avec la
Syrie et l'Egypte étaient journalières pendant les premiers siècles de l'ère
chrétienne. Les Pères d'un concile tenu en 549, dans la ville d'Orléans,
décidèrent que l'on prendrait sur les revenus des cathédrales de quoi fournir
aux besoins les plus urgents des lépreux[226]. Grégoire de Tours parle d'un
gallo-romain, nommé Johannes, qui fut guéri de la lèpre en se baignant dans
le Jourdain[227], et il mentionne deux hôpitaux
destinés à recevoir les individus attaqués du même mal ; l'une de ces
maisons, que l'historien qualifie seulement d'hospitiolum, et qui
contenait neuf lépreux, était située près du mont Jura[228] ; l'autre, sans doute plus
importante, avait été fondée dans les environs de Châlons-sur-Saône, par
Agrœcula évêque de cette ville[229]. Il y avait des lépreux en
Austrasie, comme dans le reste de la Gaule. Un jour, saint Gaugericus
rencontra un de ces malheureux, auquel il promit une guérison complète, s'il
consentait à recevoir le baptême[230]. Un autre ayant imploré
l'assistance de saint Arnulfus, évêque de Metz, le prélat le fit conduire
dans l'hospitium de cette ville[231]. Quand saint Arnulfus se fut
retiré près d'Habendum, il rassembla plusieurs lépreux, qu'il servait
lui-même[232]. Enfin, les hospitia ou
léproseries de Metz, de Verdun et de Trajectum-ad-Mosam figurent dans
le testament du diacre Adalgise[233]. Le
titre troisième du livre premier du Code Justinien, dont les dispositions
devaient être appliquées aux établissements que nous venons de passer en
revue, contient quelques règlements pour les orphanotrophia et les brephotrophia
(hospices
d'orphelins et d'enfants trouvés) ; mais on ne voit pas qu'il ait existé rien de pareil en
Austrasie. Le biographe de saint Goar nous apprend que les enfants abandonnés
étaient exposés dans une cuvette de marbre, à la porte de l'église, pendant
trois jours, afin de donner aux acheteurs le temps de se présenter. Si
quelqu'un voulait acheter ou adopter l'enfant, les ecclésiastiques chargés de
l'administration de la matricule le livraient, après avoir dressé une sorte
de contrat[234] ; dans le cas contraire,
l'enfant devait être élevé aux frais de la matricule, et probablement par les
diaconesses ; car il y en avait encore au VIIe siècle, et le diacre Adalgise
rappelle, dans le testament tant de fois cité, sa sœur Ermegundis, qu'il qualifie
de diacona[235]. On
verra, dans un des chapitres suivants, que certains monastères ou certains hospitia,
fondés à la fin du VIIe siècle ou au commencement du VIIIe, étaient
spécialement destinés à abriter momentanément les missionnaires qui avaient
entrepris d'implanter le christianisme dans la Grande Germanie. Peut-être les
peregrini dont il est question dans le privilegium de
Numerianus pour Juncturœ étaient-ils quelques-uns de ces
missionnaires, qui venaient, de temps en temps, prendre un peu de repos dans
le val de Galilée. L'extirpation
du paganisme dans la Germanie était le moyen le plus efficace d'assurer la
tranquillité de la Gaule et de prévenir le retour des invasions. On ne
cessait donc de penser à une affaire aussi grave, et la politique des rois
était d'accord avec le zèle des apôtres. Mais,
avant d'aller attaquer le paganisme germanique dans le centre même de sa
puissance, il importait de ne pas laisser l'ennemi derrière soi et d'effacer,
dans la Gaule même, les derniers vestiges du polythéisme. On y travailla
activement pendant la première moitié du VIIe siècle. Des Pères du concile de
Reims, considérant que la plupart des païens étaient des gens ignorants et
souvent misérables, avaient recommandé de les instruire avec bonté[236]. Pour rendre plus facile la
conversion de ces malheureux idolâtres, on construisit des basiliques ou des
oratoires, selon la recommandation du pape saint Grégoire-le-Grand[237], dans les lieux où ils avaient
coutume de se réunir, et on plaça sons le patronage des saints les fontaines
près desquelles les rites du paganisme se pratiquaient encore. En même temps,
des missionnaires zélés et même des évêques parcouraient les campagnes,
annonçant l'Evangile et renversant les idoles que l'on rencontrait de loin en
loin. Saint Lupus, métropolitain de Sens, exilé dans la Belgica Secunda
par Clotaire II, prêcha le christianisme aux païens du canton qu'il habitait[238]. Tout le monde connaît les
travaux apostoliques de saint Eligius, évêque de Noyon[239], et de saint Amandus, évêque de
Trajectum[240]. Saint Remaclus, successeur de
ce dernier, détruisit une statue de Diane et d'autres simulacres païens, que
l'on voyait près de Malmundarium, dans la forêt des Ardennes[241]. Saint Ursmarus, abbé de
Lobbes, acheva de convertir les Menapii et les peuplades du voisinage,
chez lesquelles le paganisme comptait encore un grand nombre de partisans[242]. On rapporte aussi que saint
Paul, évêque de Verdun, précipita dans le lit de la Moselle une statue
d'Apollon, qui se trouvait sur une hauteur peu éloignée de Trèves ; et on
ajoute qu'il faut voir une sorte de mémorial de ce fait dans la coutume
conservée à Trèves, jusqu'à la Révolution, de faire rouler dans la rivière,
depuis la colline appelée Paulsberg, une roue enflammée, symbole du
polythéisme expirant[243]. Les nouveaux chrétiens se
confondirent avec les anciens ; toutefois, ce fut, pendant quelque temps
encore, un titre de recommandation d'être issu d'une famille convertie dès
l'origine de la prédication chrétienne, et la biographie de saint Landebertus
fait observer qu'il était longa prosapia christianus[244]. Le
paganisme une fois anéanti dans la Gaule, on s'occupa plus activement de la
Grande Germanie, et cette nouvelle tâche fut principalement dévolue à de
simples prêtres et à des moines ; car les évêques gallo-romains ne pouvaient
guère quitter leurs villes épiscopales pour aller évangéliser les Barbares. Les
premiers que l'on amena dans l'église chrétienne furent les Warasci,
qui s'étaient fixés, on ne sait trop à quelle époque, sur les bords du Doubs,
dans la Maxima Sequanorum. Les uns étaient encore païens ; les autres,
convertis par des hérétiques, étaient imbus des erreurs de Bonose et de
Photin. Saint Eustasius, abbé de Luxovium[245], qui n'était pas fort éloigné
des cantons habités par ces barbares, alla les trouver, baptisa les païens et
fit abjurer aux hérétiques les erreurs qu'ils avaient jusqu'alors partagées,
plutôt par ignorance que par obstination[246]. L'œuvre
de la conversion des Alamanni, dont le pays touchait à celui des Warasci,
fut, en grande partie, l'ouvrage de saint Gallus et de quelques autres
disciples de saint Colomban. Les Alamanni n'avaient pu résider pendant tant
d'années sur le territoire de l'Empire, au milieu de l'ancienne population
depuis longtemps convertie, sans connaître le christianisme. Beaucoup
d'entr'eux avaient même été baptisés, ainsi que nous en avons fait la
remarque[247] ; mais ils mêlaient à leurs
nouvelles croyances une foule de pratiques superstitieuses, et même païennes.
Les autres étaient encore idolâtres[248] et ne semblaient pas disposés à
changer. Néanmoins, saint Gallus, qu'une maladie empêcha d'accompagner saint
Colomban à Bobbio, resta au milieu des Alamanni, et, malgré toutes les
traverses qu'il eut à subir, réussit à les convertir presque tous. Il fut
vivement secondé dans ses prédications par un autre colombaniste, appelé
Sigisbertus, qui fonda le monastère de Disentis, pendant que saint Gallus
lui-même établissait, sur un terrain que lui avait donné le comte Talto, la
célèbre abbaye de Saint-Gall, aujourd'hui transformée en évêché[249]. Une
troupe de barbares connus sous la dénomination de Breones s'était
établie également dans la Rhétie. Elle imita l'exemple des Alamanni, ses
voisins. Les Bajuvarii ou Bavarois, qui occupaient la partie orientale
de la Rhétie et le Norique, reçurent, à leur tour, la visite des
missionnaires chrétiens. Il ne faut pas s'imaginer cependant que les contrées
que les Bavarois habitaient fussent tout-à-fait étrangères au christianisme
et à la civilisation. Nous avons déjà dit, et nous aurons encore occasion de
reconnaître que l'ancienne population romaine n'avait pas disparu, et que les
villes autrefois bâties sur les bords du Danube et de ses affluents
méridionaux n'avaient pas cessé d'exister, Lorsque saint Emmeramnus arriva
dans la ville de Regina ou Ratisbonne, il y trouva des remparts, un
palais et des basiliques[250]. Les habitants des cités
romaines de la Germanie étaient tous ou presque tous chrétiens ; et on ne
peut expliquer que de cette manière un passage d'une lettre, du roi
d'Austrasie Childebert Ier à Jean-le-Jeûneur, patriarche de Constantinople,
dans laquelle le prince lui dit que sa réputation est répandue en tous lieux,
et même dans la Germanie[251]. Mais les erreurs d'Arius, de
Bonose et de Photin s'étaient glissées dans la vallée supérieure du Danube,
comme ailleurs, et ceux des Bajuvarii qui s'étaient décidés à abjurer
le paganisme n'avaient embrassé qu'un christianisme incomplet et défiguré.
Aussi, après avoir évangélisé les Warasci, saint Eustasius voulut-il
aller combattre les erreurs de Bonone et de Photin jusque chez les Bajuvarii.
Il en convertit un certain nombre, et, quand il reprit le chemin de Luxovium,
il laissa dans le Norique des missionnaires, chargés de continuer son œuvre[252]. Leurs efforts ne furent pas
infructueux, et, dans la seconde moitié du VIIe siècle, cette contrée fournit
deux saints évêques : Hidulfus, qui fonda le Medianum-monasterium,
après avoir été métropolitain de Trèves, et son frère saint Erardus, lequel
semble avoir rempli les fonctions épiscopales dans la ville de Regina[253], quoique les historiens
allemands regardent le siège de Ratisbonne comme créé par saint Boniface,
vers le milieu du siècle suivant. Au
nombre des missionnaires qui travaillèrent activement à la conversion des Bajuvarii,
il faut ranger saint Emmeramnus de Poitiers, qui, ayant formé le dessein
d'aller annoncer l'Evangile à la nation des Abares, avait suivi la vallée du
Danube pour se rendre dans leur pays. Touché du triste état des bajuvarii
chrétiens, qui étaient encore livrés à mille superstitions, il résolut de
rester pendant quelque temps au milieu d'eux. Le duc le retint le plus qu'il
lui fut possible, et il y avait déjà trois ans que saint Emmeramnus exerçait
son zèle, lorsqu'il fut assassiné en 652. L'église de Regina
recueillit ses restes[254] ; mais ce malheureux évènement
ralentit les progrès du christianisme. Enfin, vers les dernières années du
VIIe siècle, saint Rudbertus ou Rupertus, évêque de Worms (Vangiones), abandonna sa ville épiscopale
et se rendit dans le pays des Bajuvarii, sur l'invitation de leur duc
Theodo. Il le baptisa, ainsi que les principaux de la nation, dans la ville
de Regina, qui portait déjà le nom de Ratisbona ; puis, descendant le
Danube, il alla prêcher l'Evangile jusque dans la Pannonie. Au retour de
cette excursion, il apprit que la ville de Juvavum ou Juvava
existait encore, et qu'elle avait conservé une partie de sa population. Il
visita cette cité antique, et, frappé de la beauté de ses environs, il
résolut de s'y établir. Le duc lui donna les terres dit fisc, et saint
Rupertus, rassemblant tous les habitants de la contrée, fonda la ville de
Saltzbourg, à peu de distance de Juvavum. Il retourna ensuite dans la
Gaule, en ramena douze missionnaires et créa deux monastères : l'un d'hommes
et l'autre de femmes, à la tête duquel il plaça une vierge, nommée
Ehrenthrudis, qui appartenait, comme lui, à la famille mérovingienne. On ne sait pas positivement si saint Rupertus exerça jusqu'à sa mort les fonctions épiscopales chez les Bajuvarii, ou s'il retourna dans la ville de Worms, comme le dit formellement son biographe, que Mabillon juge avoir été presque contemporain[255]. Mais il est certain que, au moment où saint Rupertus disparaît de l'histoire, c'est-à-dire vers l'année 718, la physionomie de la Rhétie et du pays des Bavarois ou de la Bavaria, comme on disait déjà[256], avait presque complètement changé. Les anciennes villes romaines : Vindonissa, Constantia, Curia, Regina, Juvavum, Lauriacum, Walarium, continuaient à être habitées et voyaient réparer leurs édifices croulants[257] ; les noms antiques de Rhœtia, de Noricum, de Pannonia étaient d'un usage vulgaire, comme au Ve siècle ; des sièges épiscopaux existaient à Curia, à Constantia, à Juvavum, et probablement à Regina ; de tous côtés, on élevait des basiliques[258] et on construisait des abbayes. Sans parler du monastère double que saint Rupertus avait fondé à Juvavum, selon l'usage des Colombanistes ; sans mentionner les abbayes de Seckingen, de Saint-Hilaire, de Di-sentis et de Saint-Gall, on doit rappeler que la Germanie méridionale vit naitre alors plusieurs monastères, qui furent le berceau de quelques villes importantes. L'anachorète Trudpertus bâtit, dans la Forêt-Noire, un ermitage, autour duquel s'éleva plus tard Fribourg-en-Brisgau[259]. Un prince anglo-saxon, appelé Offa, vint chercher une retraite dans la même forêt et y fonda l'abbaye de Schütteren (Schütteranum-monasterium, Offunis-cella), près d'Offenbourg[260]. Un irlandais, nommé Findanus, enlevé par des pirates, parvint à s'échapper et forma, dans une île du Rhin, une petite communauté, germe de la célèbre abbaye de Rheinau[261]. Deux frères, appelés Ruprechtus et Wikardus, établirent, le premier sur les bords du lac de Turicum, le second près d'un lac plus sauvage encore, deux monastères, qui donnèrent naissance aux villes de Zurich et de Lucerne. Enfin, deux disciples de saint Gallus : Magnus et Theodorus fondèrent les abbayes de Fuessen, près d'Augsbourg, et de Kempten, à l'est du lac de Constance. |
[1]
V. Vita sancti Joannis, abbatis Reomaensis, auctore coœvo, n° 3, dans
Mabillon, Acta ss., sæc. I.
[2]
V. Vita sancti Ebrulfi, abbatis Uticensis, n° 16, ibid.
[3]
V. ibid., n° 19.
[4]
V. Vita sancti Severi, abbatis Agathensis, n° 16, ibid.
[5]
V. Vita sancti Joannis, abbatis Reomaensis, n° 8 et 9, ibid. ; Chronica
Sancti-Benigni Divionensis, dans D'Achéry, Spicilegium, édit, in-f°,
t. II, p. 363.
[6]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. X, c. 29.
[7]
V. Vita sancti Severi, n° 16, dans Mabillon, ibid.
[8]
V. cette lettre, dans Du Chesne, t. I, p. 851 et 852.
[9]
V. Vita sancti Theoderici, abbatis, dans Mabillon, ibid.
[10]
V. Gallia Christiana, t. IX, col. 220 ; Histoire ecclésiastique de la
province de Trèves, par M. l'abbé Clouet, t. I, p. 216 et 217.
[11]
V. Hist. Franc., lib. X, c. 19.
[12]
V. Vita sancti Sindulfi, confessoris, dans Mabillon, ibid.
[13]
V. Vita sancti Basoli, confessoris, n° 4 et 10, ibid., sæc. II ; Secunda
vita sancti Basoli, n° 15 et 23, ibid.
[14]
V. Marlot, Metropolis Remensis Historia, t. I, p. 200-205.
[15]
V. Vita sancti Fridolini, abbatis, dans les Bollandistes, au 6 mars ;
Grandidier, Histoire de l'église de Strasbourg, t. I, p. 165 et 414 ; Histoire
de Metz, t. I, p. 435 et 448.
[16]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. IX, c. 36, lib. X, c. 18.
[17]
V. Grandidier, Histoire de l'église de Strasbourg, t. I, p. 350-533.
[18]
V. la note XIV, à la fin du tome II.
[19]
V. notamment les chapitres 81 et 93, dans l'édit d'Holstenius.
[20]
V. Vita sancti Magnerici, Trevirensis episcopi, dans les Bollandistes,
au 25 août.
[21]
V. Benoît Picart, Histoire de Toul, p. 233, 234 et 244.
[22]
V. Chronica Sancti-Benigni, dans le Spicilegium, édit. in-f°, t.
p. 363.
[23]
V. Histoire de Metz, t. I, p. 332.
[24]
V. ibid., p. 213 et 214.
[25]
V. un diplôme de Pépin d'Héristal et de Plecthrudis, son épouse, dans
Pardessus, t. II, p. 212 et 213.
[26]
V. Vita sanctus Glodesindis, abbatissœ, dans Mabillon, Acta ss.,
sæc. II.
[27]
V. Histoire de Metz, t. I, p. 367-371.
[28]
V. Vita sancti Theoderici, abbatis Remensis, n° 6, dans Mabillon, ibid.,
sæc. I.
[29]
V. Vita sancti Chlodulfi, Metensis episcopi, n° 2, ibid., sæc. II.
[30]
V. Vita sancti Walarici, abbatis Leuconaënsis, n° 11-13, ibid.
[31]
V. Vita sanctœ Salabergœ, n° 7, ibid.
[32]
V. Vita sancti Amati, abbatis Habendensis, auctore coœvo, n° 2, 12 et
13, ibid.
[33]
V. Vita sancti Arnulfi, Metensis episcopi, n° 6, ibid. ; Vita
sancti Remacli, Trajectensis episcopi, dans les Bollandistes, au 3
septembre.
[34]
V. Vita sancti Amati, n° 14, dans Mabillon, ibid.
[35]
V. ibid., n° 15, 20 et 22.
[36]
V. Vita sancti Romarici, abbatis Habendensis, auctore coœvo, n° 4 et 5,
ibid.
[37]
V. Vita sancti Germani, abbatis Grandivallensis, n° 5, ibid.
[38]
V. notamment Dom Calmet, Notice de la Lorraine, t. II, col. 283.
[39]
V. les n° 7 et suivants du commentarius prœvius des Bollandistes sur la Vita
sancti Adelphii, au 11 septembre.
[40]
V. Vita sancti Adelphii, abbatis Habendensis, n° 7, dans Mabillon, ibid.
[41]
V. Sancti Colambani Epistolœ, 4 ; dans la Maxima bibliotheca veterum
Patrum, t. XII, p. 28-31.
[42]
Mabillon ne croit pas que le Warnacharius partisan d'Agrestius soit
Warnacharius le Jeune maire du palais de Bourgogne ; mais les expressions
employées par Jonas (Vita sancti Eustasii, n° 10, dans Mabillon, ibid.)
ne semblent pas pouvoir s'appliquer à un autre que ce dignitaire.
[43]
V. Vita sancti Eustasii, n° 6-17, ibid.
[44]
V. Vita sancti Amati, n° 20, 22-26, 28 et 29, ibid.
[45]
Le lieu où saint Arnulfus établit sa communauté se nommait Horenbergeum,
V. Vita sancti Germani, abbatis Grandivallensis, n° 5, ibid.
[46]
V. Vita sancti Arnulfi, n° 19-23, 25, 26 et 31, ibid.
[47]
V. la note XXXVI, à la fin du volume.
[48]
On ne possède plus le diplôme que Dagobert Ier ou son fils Sigisbert IV fit
délivrer à cette occasion ; mais on ne peut douter que saint Romaricus, se
conformant à l'usage du temps, n'ait pris une aussi sage précaution.
[49]
V. la note XXXVII, à la fin du volume.
[50]
V. Vita sancti Romarici, n° 11-14, dans Mabillon, ibid.
[51]
V. Vita sancti Adelphii, abbatis Habendensis, n° 5-7, ibid.
[52]
V. c. XVII, v. 6. Le mot hébreu Hor signifie montagne.
[53]
V. Vita sancti Theoderici, abbatis Remensis, n° 8, dans Mabillon, ibid.,
sæc. I.
[54]
V. Vita sancti Agili, abbatis Resbacensis, n° 18, ibid., sæc. II
; diplôme de Dagobert Ier dans Pardessus, t. II, p. 33 et 34.
[55]
V. Vita sancti Bercharii, abbatis Dervensis, dans les Bollandistes, au
16 octobre.
[56]
V. la note XXXVIII, à la fin du volume.
[57]
V. ce privilegiurn, dans Calmet, Hist. de Lorraine, 1re édit., t.
I, preuv., col. 259 et 260 ; Vita sancti Deodati, Nivernensis episcopi,
dans les Bollandistes, au 19 juin.
[58]
V. Vita sanctœ Salabergœ, abbatissœ Laudunensis, n° 16, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. II ; Adso, Historia episcoporum Tullensium, c. 32, dans
Calmet, ibid., col. 128.
[59]
V. Gallia Christiana, t. XII, col. 10.
[60]
V. le diplôme dans Calmet, Hist. de Lorraine, 1re édit., t. I, preuv.,
col. 258 et 259, ou dans Pardessus, t. II, p. 119-121 ; v. aussi Calmet, Histoire
de l'abbaye de Senones, manuscrite dans les bibliothèques publiques
d'Epinal et de Saint-Dié.
[61]
V. ces diplômes, dans Pardessus, t. II, p. 33, 34, 157 et 158.
[62]
V. Chronicon monasterii Senoniensis, auctore Richerio, lib. I, c. 3,
dans Calmet, ibid., 1re édit., t. II, preuv., col. IV et V.
[63]
V. la note XXXIX, à la fin du volume.
[64]
V. Vita sancti Gisleni, confessoris, n° 12, dans Mabillon, Acta ss.,
sæc. II.
[65]
V. Virtutes sanctœ Gertrudis, abbatissœ Nivialensis, n° 2, ibid.
[66]
On n'a plus le privilegium de saint Hidulfus. V. Hontheim, Historia
Trevirensis diplomatica et pragmatica, t. I, p. 84 et 85.
[67]
V. Vita prima sancti Hidulfi, abbatis Mediani-monasterii, dans Belhomme,
Historia Mediani-monasterii, p. 50-65 ; Vita sancti Deodati,
Nivernensis episcopi, dans les Bollandistes, au 19 juin ; Bulletins de
la société d'archéologie lorraine, t. VI, p. 1-33.
[68]
V. Vita sancti Deicoli, abbatis Lutrensis, dans Mabillon, Acta ss.,
sæc. II.
[69]
V. Grandidier, Histoire de l'église de Strasbourg, t. I, p. 197 et 198 ;
v. aussi l'analyse d'un diplôme de Childéric Il dans Pardessus, t. II, p. 121.
[70]
V. Vita sancti Prœjecti, Arvernorum episcopi, dans les Bollandistes, au
25 janvier.
[71]
V. Vita sancti Wandregisili, abbatis Fontanellensis, n° 8, dans
Mabillon, ibid.
[72]
V. Vita sancti Germani, abbatis Grandivallensis, ibid.
[73]
V. Grandidier, Histoire de l'église de Strasbourg, t. I, p. 302, 541 et
suiv., et XLII-L. Nous ne pouvons
même mentionner ici toutes les discussions auxquelles la généalogie de sainte
Odilia a donné lieu.
[74]
V. Gallia Christiana, t. V, col. 741.
[75]
V. Histoire de Metz, par deux bénédictins, t. I, p. 247, 248, 343, 346
et 347.
[76]
V. son testament, dans les Mémoires de la société philomatique de Verdun,
t. III, p. 529 et suiv.
[77]
V. Marlot, Metropolis Remensis Historia, t. I, p. 287 et suiv.
[78]
V. un fragment du diplôme de saint Nivardus, dans Pardessus, t. II, p. 128 et
129 ; Vita et passio sancti Bercharii, abbatis, dans les Bollandistes,
au 16 octobre.
[79]
V. Histoire ecclésiastique de la province de Trèves, par M. l'abbé
Clouet, t. I, p. 611-615.
[80]
V. Marlot, ibid., t. I, p. 252 et suiv.
[81]
V. deux diplômes de saint Bercharius et de Reolus métropolitain de Reims, dans
Pardessus, t. II, p. 159-160 et 200-202.
[82]
V. Vita sanctœ Salabergœ, abbatissœ Laudunensis, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. II ; v. aussi Vita sancti Agili, abbatis Resbacensis, n°
11, ibid.
[83]
V. Vita sanctœ Aldegundis, abbatissœ, ibid.
[84]
V. Valois, Notitia Galliarum, p. 234.
[85]
V. Vita sancti Landelini, abbatis Laubiensis, dans les Bollandistes, au
15 juin. Dans les derniers siècles, l'abbaye de Lobbes dépendait pour le
spirituel du diocèse de Cambray ; mais il est vraisemblable qu'elle était
autrefois dans celui de Trajectum.
[86]
V. Vita sancti Hadalini, confessoris, n" 4, 5, 6 et 10, dans
Mabillon, ibid.
[87]
V. Vita sanctœ Gertrudis, abbatissœ Nivialensis, c. 7, ibid.
[88]
V. cependant Histoire de Metz, t. I, p. 419.
[89]
V. Vita sancti Remacli, Trajectensis episcopi, n° 5-8, dans les
Bollandistes, au 3 septembre.
[90]
V. Vita sancti Trudonis, confessoris, dans Mabillon, ibid. Voir
la note XL, à la fin du volume.
[91]
V. Vita sancti Wandregisili, abbatis Fontanellensis, dans Mabillon, ibid.
[92]
V. Vita sancti Walarici, abbatis Leuconaënsis, n° 17, ibid.
[93]
V. Vita sancti Goaris, confessoris, ibid. ; Vita sancti Wandregisili,
n° 11, ibid. ; Histoire ecclésiastique de la province de Trèves, par M.
l'abbé Clouet, t. I, p. 616-619.
[94]
V. Vita sancti Audoëni, Rotomagensis episcopi, dans les Bollandistes, au
24 août. L'Austrasie dut à saint Audoénus la fondation des deux prieurés de
Marville et de Vaux-les-Moines, dont l'un appartenait à l'abbaye de Rebais, et
l'autre à l'abbaye de Saint-Ouen (de Rouen).
[95]
V. Vita sancti Richarii, abbatis Centulensis, c. 1, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. II.
[96]
V. Vita sancti Eustasii, abbatis Luxoviensis, n° 17, dans Mabillon, ibid.
[97]
V. la note XLI, à la fin du volume.
[98]
V. Vita sancti Rodingi, abbatis, n° 10, dans les Bollandistes, au 17
septembre.
[99]
V. ce diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 83 et 84.
[100]
Notamment dans la Maxima bibliotheca veterum Patrum, t. XII, p. 3-5, et
dans le Codex regularum d'Holstenius, Rome, 1661, part. II, P. 147-176.
[101]
V. Vita sanctœ Radegundis, reginœ Francorum, auctore Baudonivia, n° 5 et
19, dans Mabillon, Acta ss., sæc. I.
[102]
V. Vita sancti Martini, abbatis Vertavensis, n° 14 et 15, ibid.
[103]
V. Vita sancti Fridolini, abbatis, dans les Bollandistes, au 6 mars.
[104]
V. Vita sancti Galli, abbatis, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.
[105]
V. Mabillon, Annales Benedictini, t. I, p. 504.
[106]
V. Vita sancti Agili, abbatis Resbacensis, n° 14, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. II.
[107]
V. Vita sancti Amati, abbatis Habendensis, n° 15, 48 et 20, ibid.
; Vita sancti Romarici, n° 12 et 13, ibid. ; Vita sancti Adelphii,
n° 5-7, ibid.
[108]
V. Vita sanctœ Salabergœ, n° 20 et 21, ibid.
[109]
V. Vita sanctœ Gertrudis, c. 6, ibid.
[110]
V. Vita sanctœ Aldegundis, ibid.
[111]
V. Vita sanctœ Segolenœ, abbatissœ, prol., dans les Bollandistes, au 24
juillet.
[112]
V. Vita sancti Ruperti vol Rudberti, Saltzburgensis episcopi, n° 5, dans
Mabillon, ibid., sæc. III, part. I.
[113]
V. Vita sanctœ Gertrudis, abbatissœ Nivialensis, c. 6, ibid.,
sæc. II.
[114]
V. Vita sanctœ Anstrudis, abbatissœ Laudunensis, n° 4, ibid.
[115]
V. notamment Vita sanctœ Anstrudis, ibid., et Vita sancti Erminonis
abbatis Laubiensis, n° 6, ibid., sæc. III, part. I.
[116]
V. Vita sancti Ebrulfi, abbatis Bellovacensis, n° 5, ibid., sæc.
I.
[117]
V. Vita sancti Rodingi, abbatis, dans les Bollandistes, au 17 septembre.
[118]
V. Vita sancti Germani, n° 11-14, dans Mabillon, ibid., sæc. II.
[119]
V. Vita sanctœ Salabergœ, n° 20 et 28, ibid.
[120]
V. Rosweyde, Vitœ Patrum, p. 383.
[121]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. III, c. 5.
[122]
V. Vita sancti Amati, n° 20, dans Mabillon, ibid.
[123]
V. Vita sancti Romarici, n° 10, ibid.
[124]
V. Vita sanctœ Salabergœ, n° 16, ibid.
[125]
V. Frédégaire, Chronic., c. 79.
[126]
V. Epistolœ, 2, dans la Maxima bibliotheca veterum Patrum, t.
XII, p. 24 et suiv.
[127]
V. Vita sancti Eustasii, abbatis Luxoviensis, n° 6-12, dans Mabillon, ibid.
[128]
V. Translationes et miracula sancti Joannis, abbatis Reomaënsis, n° 9, ibid.,
sæc. I.
[129]
V. ce testament, dans Pardessus, t. II, p. 159 et 160.
[130]
V. la note XLII, à la fin du volume.
[131]
V. ce testament, dans Pardessus, t. II, p. 251 et 252.
[132]
V. ces deux testaments, ibid., p. 284, 299 et 300.
[133]
V. notamment ibid., p. 291.
[134]
V. Vitœ sanctorum Harlindis et Reinulœ, abbatissarum Eikensium, n° 11,
dans Mabillon, Acta ss., sæc. III, part. I.
[135]
V. Vita sancti Landeberti, Trajectensis episcopi, 5, ibid.
[136]
V. Vita sancti Romarici, abbatis Habendensis, n° 4, ibid., sæc.
II.
[137]
V. Vita sancti Amati, abbatis Habendensis, n° 22, ibid.
[138]
V. cette formule, dans Baluze, Capitularia regum Francorum, édit.
Chiniac, t. II, col. 663.
[139]
V. Vita sancti Romarici, n° 8, dans Mabillon, ibid.
[140]
V. ibid., n° 7.
[141]
V. Orderic Vital, Historia ecclesiastica, lib. VI.
[142]
V. Vita sancti Rodingi, dans les Bollandistes, au 17 septembre.
[143]
V. le diplôme de Childéric II pour Senones, dans Pardessus, t. p. 119-121.
[144]
V. Vita et passio sancti Bercharii, dans les Bollandistes, au 16
octobre.
[145]
V. Vita sancti Germani, abbatis Grandivallensis, n° 6, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. II.
[146]
V. Chronicon Bezuense, dans D'Achéry, Spicilegium, édit. in-f°,
t. II, p. 403.
[147]
V. le 15e canon du concile tenu, en 650, à Châlons-sur-Saône, dans Sirmond, Concilia
antiqua Galliœ, t. I, p. 492.
[148]
V. Appendix ad Formulas Marculfi, n° XLIII, dans Baluze, Capitularia,
t. II, col. 458 et 459. M. l'abbé Clouet a traité cette matière avec beaucoup
de soin et d'étendue dans son Histoire ecclésiastique de la province de Trêves
(t. II, p. I-XLVI), à laquelle nous
renvoyons le lecteur.
[149]
V. Vita sancti Germani, abbatis Grandivallensis, n° 5 et 6, dans
Mabillon, Acta ss., sæc. II.
[150]
V. Vita sancti Romarici, n° 4, ibid.
[151]
V. Vita sancti Germani, n° 5, ibid.
[152]
V. Vita et passio sancti Bercharii, dans les Bollandistes, au 16
octobre.
[153]
V. ce diplôme, dans Calmet, Hist. de Lorraine, 1re édit., t. I, preuv.,
col. 259 et 260.
[154]
V. Vita sancti Ebrulfi, abbatis Uticensis, n°, 11 et 14, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. I.
[155]
V. ibid., n° 19.
[156]
V. Vita sancti Romarici, n° 13, ibid., sæc. II.
[157]
V. Vita sancti Eustasii, ibid.
[158]
V. Histoire littéraire de la France, t. III, p. 537.
[159]
V. Vita sancti Amati, n° 24, dans Mabillon, ibid.
[160]
V. Mabillon, Traité des études monastiques, édit. in-12, t. I, p. 55.
[161]
V. Vita sanctœ Gertrudis, c. 3, dans Mabillon, ibid.
[162]
V. notamment Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. IX, c. 26, lib. X, c.
19 ; Miracula sancti Martini, lib. IV, c. 10 ; Vita sancti Eustasii,
n° 6, dans Mabillon, ibid.
[163]
V. Vita sancti Germani, n° 2, dans Mabillon, ibid.
[164]
V. Brower, Annales Trevirenses, t. I, p. 346.
[165]
V. Vita sancti Pauli, Virdunensis episcopi, n° 3, dans les Bollandistes,
au 8 février.
[166]
V. ce testament, dans les Mémoires de la société philomatique de Verdun,
t. III, p. 342.
[167]
Le biographe de saint Paul (v. n° 6) parle seulement d'enfants appartenant à
des familles de la plus haute distinction.
[168]
V. deux lettres de saint Paul à saint Desiderius, évêque de Cahors, dans Du
Chesne, t. I, p. 885 et 886.
[169]
V. Vita sancti Trudonis, c. 9, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.
[170]
V. ibid., n° 15.
[171]
V. Liber de miraculis et translatione sancti Landeberti, Trajectensis
episcopi, n° 6, ibid., sæc. III, part. I.
[172]
V. Vita sancti Basoli, auctore Adsone, n° 15, ibid., sæc. II.
[173]
V. Vita sancti Humberti, abbatis Maricolensis, n° 1, 2 et 4, ibid.
[174]
V. Vita sancti Boniti, Arvernorum episcopi, n° 3, dans les Bollandistes,
au 13 janvier.
[175]
V. Vita sancti Landeberti, Trajectensis episcopi, n° 2, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. III, part. I.
[176]
V. Vita sancti Ansberti, Rotomagensis episcopi, n° 3, ibid., sæc.
II.
[177]
V. Vita sancti Eligii, prol., lib. I, dans D'Achéry, Spicilegium,
édit. in-f°, t. II, p. 76 et 77.
[178]
V. Saint Isidore, Origines, lib. I, n° 3.
[179]
V. Vita sancti Pauli, Virdunensis episcopi, n° 1, dans les Bollandistes,
au 8 février.
[180]
V. Hincmar, Opera, t. II, p. 482.
[181]
V. Vita sancti Geremari, abbatis Flaviacensis, n° 15, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. II.
[182]
V. Vitœ sanctarum Harlindis et Reinulœ, abbatissarum Eihensium, n° 5, ibid.,
sæc. III, part. I.
[183]
V. Vita sanctœ Gertrudis, c. 3 et 5, ibid., sæc. II.
[184]
V. Vita sanctœ Aldegundis, n° 18, ibid.
[185]
V. Vita sancti Boniti, n° 18, dans les Bollandistes, au 15 janvier.
[186]
La vie de saint Romaricus e été écrite à la prière de Gegoberga ou Cæcilia
seconde abbesse d'Habendum, et la vie de saint Adelphius sur l'ordre de
Tetta, troisième abbesse.
[187]
M. Trouillat a donné récemment, dans ses Monuments de l'évêché de Bâle,
t. I, p. 49 et suivantes, une version de la Vita sancti Germani bien
préférable à celle que l'on trouve dans Mabillon et dans les Bollandistes.
[188]
V. notamment le chapitre 38.
[189]
Nous sommes entièrement de l'avis de Ruinart sur le partage de la continuation
de Frédégaire entre les quatre écrivains qui l'ont composée, et nous regardons
comme inadmissible la division proposée par M. Breysig, dans l'opuscule
intitulé : De continuato Fredegarii scholastici chronico ; Berlin, 1849,
in-8°.
[190]
V. Bibliothèque de l'école des chartes, 1re série, t. I, p. 515-534.
[191]
V. t. III, p. 452.
[192]
V. Vita sancta Austrebertœ, abbatissœ Pauliacensis, dans les
Bollandistes, au 10 février.
[193]
V. Vita sancti Modoaldi, Trevirensis episcopi, auctore Stephano dans le
même recueil, au 12 mai.
[194]
V. Vita sancti Remacli, Trajectensis episcopi, auctore Notgero, dans le
même recueil, au 5 septembre.
[195]
V. Acta ss., sæc. II, prœf., p. I.
[196]
V. une lettre de saint Desiderius à Dagobert dans Du Chesne, t. I, p. 877.
[197]
V. un prœceptum de Dagobert Ier dans Pardessus, t. II, p. 3.
[198]
M. Raynouard a réuni une partie de ces textes dans son Histoire du droit
municipal en France, t. II, p. 70-128.
[199]
V. Suppletio libello vitœ sancti Amandi, n° 3-5, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. II ; Labbe, Concilia, t. VI, col. 383-385.
[200]
V. la réflexion que fait le biographe de saint Amatus, métropolitain de Sens,
au sujet de l'exil du prélat. V. Vita sancti Amati, Senonensis episcopi,
n° 4, dans les Bollandistes, au 13 septembre.
[201]
V. Vita sancti Pauli, Virdunensis episcopi, n° 11, dans le même recueil,
au 8 février.
[202]
V. le testament d'Adalgise, dans les Mémoires de la société philomatique de
Verdun, t. III, p. 329 et suiv.
[203]
V. l'art. 11 de cette constitutio, dans Pardessus, t. I, p. 121.
[204]
V. Flodoard, Historia Remensis ecclesiœ, lib. II, c. 6.
[205]
V. Vita sancti Rigoberti, Remensis episcopi, dans les Bollandistes, au 4
janvier.
[206]
V. l'art. 19 d'un edictum de Clotaire II dans Pardessus, t. I, p. 196.
[207]
V. le canon 6 du concile de Reims, dans Sirmond, Concilia antiqua Galliœ,
t. I, p. 481.
[208]
V. Vita sancti Drausii, Suessionensis episcopi, dans les Bollandistes,
au 5 mars.
[209]
V. cette lettre, dans Du Chesne, t. I, p. 881.
[210]
V. Vita sancti Amandi, Trajectensis episcopi, n° 17, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. II.
[211]
V. Vita sancti Remacli, Trajectensis episcopi, n° 4, dans les
Bollandistes, au 3 septembre.
[212]
V. ce canon, dans Sirmond, Concilia antiqua Galliœ, t. I, p. 480.
[213]
V. notamment le fragment d'un diplôme de saint Nivardus, dans Pardessus, t. II,
p. 128 et 129, et le testament du diacre Adalgise.
[214]
V. Vita sanctœ Consortiœ, virginis, dans Mabillon, ibid., sæc. I
; Vita sancti Deicoli, abbatis Lutrensis, n° 5, ibid., sæc. II ; Vita
sancti Germani, abbatis Grandivallensis, n° 12, ibid. ; Vita
sancti Amalfi, n° 25, ibid. ; Vita sanctœ Salabergœ, n° 13, ibid.
; Vita sancti Landeberti, n° 6, ibid., sæc. III, part. I. V.
aussi Adso, Historia episcoporum Tullensium, passim, dans Calmet, Hist.
de Lorraine, 1re édit., t. I, preuv. ; Libellus de successoribus sancti
Hidulfi, c. 2, dans Belhomme, Historia Median Monasterii, p. 148 et
149.
[215]
V. Vita sanctœ Salabergœ, n° 20, dans Mabillon, ibid.
[216]
V. notamment le testament du diacre Adalgise, dans les Mém. de la société
philomatique de Verdun, t. III, p. 338.
[217]
V. le testament de saint Remi, dans Pardessus, t. I, p. 82.
[218]
V. ce testament, dans le recueil cité, p. 339.
[219]
V. Vita sancti Amalfi, n° 14, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.
[220]
Xenodochium vient des mots grecs ξένος,
étranger, voyageur, et δοχός, qui reçoit.
[221]
V. Historia Remensis ecclesiœ, lib. I, c. 23.
[222]
V. Vita sanctœ Consortiœ, virginis, dans Mabillon, ibid., sæc. I.
[223]
V. Grandidier, Histoire de l'église de Strasbourg, t. I, p. 255.
[224]
V. son testament, dans le recueil cité, p. 338 et 341.
[225]
V. Vita sancti Prœjecti, Arvernorum episcopi, dans les Bollandistes, au
25 janvier.
[226]
V. le canon 21 de ce concile, dans Sirmond, Concilia antiqua Galliœ, t.
I, p. 283.
[227]
V. De gloria Martyrum, c. 19.
[228]
V. Vitœ Patrum, c. 1, n° 4.
[229]
V. De gloria Confessorum, c. 86.
[230]
V. Vita sancti Gaugerici, Cameracensis episcopi, n° 20-22, dans les
Bollandistes, au 11 août.
[231]
V. Vita sancti Arnulfi, n° 11, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.
[232]
V. ibid., n° 21.
[233]
V. ce testament, dans le recueil cité, p. 341-343.
[234]
V. Vita sancti Goaris, confessoris, n° 13-15, dans Mabillon, ibid.
[235]
V. ce testament, dans le recueil cité, p. 344.
[236]
V. le canon 14 de ce concile, dans Sirmond, t. I, p. 482.
[237]
V. Epistolœ, lib. II, 76.
[238]
V. Vita sancti Lupi, Senonensis episcopi, n° 12 et 13, dans les
Bollandistes, au 1er septembre.
[239]
V. Vita sancti Eligii, Noviomensis episcopi, lib. I, c. 10, lib. II, c.
8, dans le Spicilegium de D'Achéry, édit. in-f°, t. II, p. 81 et 93.
[240]
V. Vita sancti Amandi, Trajectensis episcopi, n° 12, 18 et 24, dans
Mabillon, Acta ss., sæc. II.
[241]
V. Vita sancti Remacli, Trajectensis episcopi, c. 12, dans les
Bollandistes, au 3 septembre.
[242]
V. Vita sancti Ursmari, abbatis Laubiensis, dans le même recueil, au 18
avril.
[243]
V. Trithème, De viris illustribus ordinis sancti Benedicti, lib. IV, n°
201 ; Hontheim, Prodromus Historiœ Trevirensis, t. I, p. 22. Le même
usage se conservait dans d'autres lieux.
[244]
V. Vita sancti Landeberti, Trajectensis episcopi„ n° 2, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. III, part. I.
[245]
V. les canons 16 et 17 du concile tenu dans la ville d'Arles, en 42 ; dans
Sirmond, t. I, p. 105.
[246]
V. Vita sancti Eustasii, n° 5, dans Mabillon, ibid., sæc. II ; Vita
sanctœ Salabergœ, n° 2 et 7, ibid. ; Vita sancti Agili, abbatis
Resbacensis, n° 9, ibid.
[247]
V. notre tome deuxième.
[248]
V. Agathias, liv. I, édit, du Louvre, p. 13.
[249]
V. Vita sancti Galli, abbatis, auctore Walafrido-Strabone, dans
Mabillon, Acta ss., sæc. II ; Alia vita hucusque inedita, dans
Pertz, Monumenta Germaniœ historica, Scriptores, t. II, p. ; Mabillon, Annales
Benedictini, lib. II, n° 20.
[250]
V. Vita sancti Emmeramni, episcopi, n° 4, dans les Bollandistes, au 22
septembre.
[251]
V. cette lettre, dans Du Chesne, t. I, p. 874.
[252]
V. Vita sancti Eustasii, n° 3, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II ;
Vita sancti Agili, n° 9, ibid. ; Vita sanctœ Salabergœ, n°
2 et 7, ibid.
[253]
V. Vita sancti Hidulfi, dans Belhomme, Historia Mediani Monasterii,
p. 59 et suiv.
[254]
V. Vita sancti Emmeramni, n° 6 et suiv., dans les Bollandistes, au 22
septembre.
[255]
V. Vita sancti Rudberti, episcopi Saltzburgensis, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. III, part. I ; Vita sanctœ Erendrudis, abbatissœ, ibid. ;
Rettberg, Rirchengeschichte, t. II, p. 193 ; Blumberger, Mémoire sur
la question de savoir si saint Rupert a exercé son apostolat en Bavière jusqu'à
sa mort, dans les Archives pour la connaissance des sources historiques
autrichiennes, t. XVI, p. 225-238.
[256]
V. Vita sancti Rudberti, n° 2.
[257]
V. ibid., n° 2, 3 et 4 ; Paul Diacre, De gestis Langobardorum,
lib. VI, c. 21, dans Muratori, Scriptores rerum Italicarum, t. I, le
part., p. 498.
[258]
V. Vita sancti Rudberti, n° 6.
[259]
V. Lorentz, Acta sancti Trudperti, martyris ; Strasbourg, 1774.
[260]
V. Grandidier, Histoire de l'église de Strasbourg, t. I, p. 337 et 338.
[261]
V. Vita sancti Findani, dans Goldast, Scriptores regum Alamannicarum,
t. I, p. 205-206.