HISTOIRE DU ROYAUME D'AUSTRASIE

TOME TROISIÈME

 

NOTES.

 

 

NOTE XXIV. — SUR LES TIERS DE SOU PORTANT LA LÉGENDE VICTORIA GOTTICA.

 

Il y aura bientôt deux siècles que Le Blanc a publié, dans son Traité historique des monnoyes de France[1], un triens offrant au droit la légende CLOTHARIVS REX, et au revers un assemblage de lettres, dans lesquelles ce savant a cru lire les mots VICTORIA GOTTICA. Se rappelant que Clotaire Iet avait remporté des avantages considérables dans une campagne entreprise, en 543, contre les Wisigoths, qui finirent cependant par le battre et le repousser ; n'ignorant pas, d'un autre côté, que l'empereur Probus, après avoir vaincu les Goths, fit frapper des monnaies avec la légende VICTORIA GOTH[2], Le Blanc et divers érudits attribuèrent à Clotaire Ier le triens en question, avec d'autant moins d'hésitation que les autres rois du même nom ne furent jamais en guerre avec les Wisigoths. Mais cette monnaie ne peut avoir été frappée vers le milieu du VIe siècle. La barbarie du travail et la présence du type de la croix haussée sur un globe et un degré, type qui ne fut introduit sur les tiers de sou que par l'empereur Tibère II, ne permettent pas, en effet, d'admettre l'attribution proposée par Le Blanc ; et M. Lenormant, soumettant à un nouvel examen le triens en question, proposa d'y lire les mots VICTORIA CLOTARI[3] ; ce qui permet de l'attribuer à un des princes du nom de Clotaire qui ont régné dans le Vile siècle.

Malheureusement, la lecture de M. Lenormant n'est guère admissible, quoique les mots CLOTARI et GOTTICA, écrits en capitales mérovingiennes, aient presque le même aspect, et tout fait présumer que la lecture de Le Blanc est la seule acceptable. Mais, comme le triens ne peut remonter au règne de Clotaire Ier, et que, d'un autre côté, Clotaire II et Clotaire III n'ont jamais vaincu les Wisigoths, il faut donner une autre explication des mots VICTORIA GOTTICA, et nous proposons formellement d'y voir un nom de lieu. M. de la Fontenelle de Vaudoré a publié, en 1838[4], un denier de Guillaume- Guy-Geoffroy, duc d'Aquitaine, offrant au revers le mot VICTORIA, qui a d'abord beaucoup embarrassé certains numismates, lesquels voulaient absolument y trouver la mention d'une victoire remportée par ce prince sur les Maures d'Espagne, près de Barbastro, en l'année 1062. Cependant, sur le denier de ce prince, comme sur notre triens, VICTORIA n'est autre chose qu'un des noms du vicus Brivatensis, aujourd'hui Brioude, petite ville de la civitas des Arverni, qui fut comprise plus tard dans le duché d'Aquitaine[5].

Quant à l'adjectif GOTTICA, nous y voyons une épithète donnée à la Victoria des Arverni, qui fit partie du royaume des Wisigoths, pour la distinguer des lieux portant le même nom. Il y avait effectivement dans la Gaule plusieurs vici appelés Victoria ou Victoriacum[6]. On a même publié, il y a quelques années, un autre triens frappé dans un vicus nommé VICTORIA, et, pour éviter toute confusion, le graveur a fait entrer dans une des légendes le mot FRISIA, servant à indiquer la situation du vicus, lequel devait être dans le pays des Frisons ou dans le voisinage[7]. De semblables additions ne sont pas sans exemple : la ville de Santa-Agata, près de Bénévent, a été appelée Santa-Agata-dei-Goti[8], pour la distinguer d'un autre lieu de même nom, que l'on rencontre dans la Calabre ; la ville de Sant-Angelo, dans la Principauté-Ultérieure, a été appelée Sant-Angelo-dei-Lombardi, afin qu'elle ne fût pas confondue avec trois bourgs qui portent le même nom, et la ville de Lucera, dans la Basilicate, a reçu le vocable de Lucera-dei-Pagani, parce que l'empereur Frédéric II y avait établi une colonie de Sarrasins.

 

NOTE XXV. — SUR LE SYSTÈME MONÉTAIRE DES RIPUAIRES.

 

On a beaucoup écrit, depuis quelques années, sur la question qui va faire l'objet de cette note ; mais on n'a pu tomber d'accord sur les conclusions. Deux savants célèbres, M. Guérard[9] et M. de Pétigny[10], ont soutenu que les Ripuaires, et par conséquent les Austrasiens, n'avaient pas d'espèces en or[11] et employaient, soit dans l'usage ordinaire de la vie, soit dans le règlement des compositions pécuniaires, un denier portant le nom barbare de saïga, et valant la douzième partie d'un solidus argenteus, lequel n'aurait eu qu'une existence fictive et aurait servi de monnaie de compte. Ces deux savants se sont appuyés, pour établir leur opinion, sur différents articles des codes barbares, qui, au premier coup-d'œil, semblent, en effet, leur être favorables.

On lit dans la Lex Ripuariorum, titre XXXVI, article 12 : Quod si cum argento solvere contigerit, pro solido duodecim denarios, sicut antiquitus est constitutum ; et, titre XXIII : Quod si servus servum ictu uno vel duobus seu tribus percusserit, nihil est ; sed tamen, propter paris studium, tremissem, id est quatuor denarios, componat. La Lex Alamannorum, titre VI, article 3, nous offre le passage suivant : Saïga autem est quarta pars tremissis, hoc est denarius unus ; duœ saïgœ duo denarii dicuntur ; tremissus est tertia pars solidi, et sunt denarii quatuor. La Lex Bajuvariorum présente des explications analogues. Enfin, M. de Pétigny a profité habilement, pour accréditer son système, des évaluations d'armes et d'animaux que l'on trouve dans la Lex Ripuariorum[12].

Les idées de MM. Guérard et de Pétigny tendaient à prévaloir, lorsqu'elles ont été combattues, selon nous avec avantage, par M. Cartier fils[13] et par M. Thomas de Rouen[14]. D'après ces deux numismates, le saïga des Ripuaires n'était que l'ancien denier romain, dont le poids était triple du denier frappé vers la fin de la période impériale ; et la seule différence qui existait entre le système monétaire des Ripuaires et celui des Saliens, c'est que les premiers avaient pris pour unité le denier ancien, valant la douzième partie du solidus aureus, tandis que les Saliens avaient choisi le denier impérial, qui ne représentait que la trente-neuvième ou la quarantième partie du solidus.

C'est l'opinion de MM. Cartier et Thomas que nous allons développer dans la présente note, en l'appuyant, nous l'espérons du moins, de preuves nouvelles, assez fortes pour l'établir d'une manière définitive, et nous démontrerons : 1° que les Ripuaires n'ont jamais connu le prétendu solidus argenteus de MM. Guérard et de Pétigny, et se sont toujours servis du solidus aureus et de ses divisions, comme les Saliens et les anciens habitants de la Gaule 2° qu'au lieu d'adopter le denier impérial, dont le titre et le poids laissaient infiniment à désirer, ils ont employé, sinon dans l'usage ordinaire, au moins pour la fixation des compositions, le denier frappé dans les derniers temps de la république et sous les règnes des premiers empereurs ; et 3° que le mot saïga désignait ces deniers antiques, et non les deniers ordinaires.

1° Nous avons dit que les Ripuaires s'étaient toujours servis de solidi aurei et principalement de trientes ou tiers de sou ; la chose n'est pas difficile à prouver, et il suffit de placer sous les yeux du lecteur un certain nombre de textes empruntés aux diplômes ou aux historiens de la période mérovingienne.

Grégoire de Tours parle[15] du coffre dans lequel Sigisbert Ier, roi des Ripuaires, gardait ses monnaies d'or (numismata auri). Lorsque Thierry Ier voulut conduire les Austrasiens contre les Arverni, il leur dit : « Je vous mènerai dans un pays où vous trouverez de l'or et de l'argent autant que vous en pourrez désirer[16]. » Pendant cette expédition, beaucoup d'arverni, réfugiés dans le castrum Meroliacense, donnèrent chacun un triens aux soldats de Thierry, pour avoir la vie sauve[17] ; et nous n'avons pas besoin de remarquer que ces deux passages font voir combien l'or était recherché par les Austrasiens. Vers le même temps, Léon, cuisinier de Grégoire évêque de Langres, se fit vendre à un leude ripuaire, et le prix fut de dix solidi aurei[18]. Saint Desideratus, évêque de Verdun, désirant fournir aux négociants de cette ville le moyen de rétablir leurs affaires, s'adressa au roi Théodebert Ier, qui lui prêta sept mille sous d'or[19]. Ce prince fit lui-même frapper à son nom des monnaies d'or, que nous avons déjà mentionnées. Grégoire de Tours, rapportant un miracle opéré par la vertu des reliques de saint Remi, parle d'un austrasien qui se servait de pièces d'or[20], et, dans un autre ouvrage, d'un courtisan de Sigisbert II, qui possédait deux cents aurei[21]. Vers le même temps, Mappinius métropolitain de Reims écrivit à Villicus évêque de Metz pour le prier de lui acheter un troupeau de porcs, et il lui demanda combien il fallait envoyer de solidi aurei pour en acquitter le prix[22]. Lorsque le duc Rauchingus fut mis à mort par ordre de Childebert Ier, on trouva sur lui et dans sa demeure une grande quantité de monnaies d'or[23]. Il est question de sous d'or et de trientes dans le pactum que le même prince conclut avec Clotaire II, pour le maintien de la paix publique[24] ; et ce traité démontre, de la manière la plus positive, que le système monétaire était le même en Austrasie qu'en Neustrie. Lorsque Childebert Ier promit à l'empereur Maurice d'aller combattre les Lombards en Italie, ce prince lui envoya cinquante mille solidi aurei, à titre de subside[25]. Plus tard, il offrit au roi d'Austrasie une somme de trois mille six cents solidi, à titre d'indemnité pour le meurtre de deux ambassadeurs du roi qui avaient péri dans un tumulte à Carthage[26]. Enfin, Childebert consentit à laisser en paix les Lombards, moyennant le paiement d'un tribut annuel de douze mille sous d'or[27]. Saint Arnulfus, évêque de Metz, ayant vendu, pour secourir les pauvres, un plat d'argent du poids de soixante-et-douze livres qui appartenait à son église, Clotaire II le racheta et le renvoya au prélat, après y avoir déposé cent sous d'or[28]. Il est parlé dans la vie de saint Amatus (saint Amé), premier abbé du monastère d'Habendum, d'un moine qui avait volé un triens ou tiers de sou[29], et lorsque saint Amatus eut rendu son âme à Dieu, le roi Dagobert Ier envoya aux religieux d'Habendum une somme de deux cents solidi aurei[30]. Sous le règne du même prince, un gallo-romain du territoire de Metz, nommé Serenus, qui s'était trouvé compromis dans une sédition, fut vendu comme esclave pour le prix de cinq sous d'or[31]. A la même époque, saint Gericus, évêque de Metz, écrivant à saint Desiderius, évêque de Cahors, fait mention de sous austrasiens, et comme il n'en dit rien de particulier en s'adressant à un aquitain, nous en devons conclure que l'on se servait de sous d'or en Austrasie comme ailleurs[32]. Le diacre Adalgise ou Grimon, contemporain de saint Goêricus, dispose, dans son testament, que l'église de Verdun, à laquelle il donne le monastère de Taulegium ou Tholey, payera, chaque année, au métropolitain de Trèves pour le saint chrême une redevance de trente-un sous d'or[33]. Le biographe de Dagobert Ier rapporte que, après la mort de ce prince, ses trésors furent partagés entre ses deux fils, et que la part échue à Sigisbert IV, et consistant nécessairement en trientes, fut transportée à Metz et remise au ministre des finances[34]. Dans le siècle suivant, un diplôme en faveur du monastère de Honau fait mention de sous d'or[35] ; et Pépin d'Héristal, maire d'Austrasie, donne à saint Corbinianus neuf cents solidi aurei, avec lesquels le saint homme acheta, dans le pays des Bajuvarii, un domaine qui lui était indispensable[36]. Il est inutile, sans doute, de faire observer que, d'après ce témoignage, on employait le sou d'or non seulement en Austrasie, mais encore chez les Bavarois. Enfin, n'oublions pas que, d'après le biographe de saint Wilfridus, la même monnaie avait cours chez les Frisons[37].

On pourrait probablement réunir d'autres mentions du même genre ; mais celles qui précèdent suffisent, et au-delà, pour démontrer notre première proposition, savoir que les Ripuaires se sont toujours servis du solidus aureus, comme les autres barbares fédérés ; et la démonstration parait encore plus péremptoire quand on songe qu'il est impossible d'alléguer un seul texte dans lequel il soit question du solidus argenteus ou sou d'argent.

2° L'erreur des savants qui ont admis l'existence de ce solidus, au moins comme monnaie de compte, vient de ce qu'ils n'ont pas reconnu qu'il y avait alors en circulation, non seulement dans la Gaule, mais dans toutes les provinces du partage d'Occident, deux espèces de deniers d'une valeur fort inégale.

Pour bien comprendre ce que nous avons encore à dire, il faut se rappeler que la monnaie d'or des Romains était le solidus aureus, qui se divisait en demi-sou (semis) et en tiers de sou (triens), et que la monnaie d'argent la plus ordinaire, depuis que les empereurs Arcadius et Honorius avaient retiré de la circulation toutes les grandes pièces de ce métal[38], était le denarius ou denier, lequel se fractionnait en deux oboles. Vers la fin de la République et pendant les premiers temps de l'Empire, le denier pesait 65 grains et valait la douzième partie du solidus aureus ; mais, dès le IIIe siècle, le poids et le titre des deniers subirent de notables altérations, et ceux qui furent frappés au Vo siècle ne pèsent plus, en général, que 21 ou 22 grains, c'est-à-dire le tiers des deniers antiques ; en sorte que le solidus aureus, lequel n'avait pas été sensiblement altéré, valait quarante deniers de 21 ou 22 grains, ou une quarantaine de deniers plus anciens et plus pesants, mais dont le titre est extrêmement bas.

Comme les émissions de ces pièces avaient été fort considérables et fort nombreuses, les Saliens s'en servirent pour la fixation des compositions pécuniaires et des amendes ; mais les Ripuaires aimèrent mieux employer dans la même fixation les deniers de la République et du Haut-Empire, pesant environ 65 grains, et dont une douzaine représentait la valeur d'un sou d'or. Ce choix des Ripuaires, qui n'avait, au reste, rien d'irrégulier puisque tous les deniers, les vieux comme les nouveaux, avaient cours légal dans le partage d'Occident, ce choix ne doit pas nous surprendre, si nous nous rappelons le passage suivant de Tacite : Pecuniam (Germani) probant veterem et diu notam, serratos bigatosque ; argentum quoque magis quam aurum sequuntur, nulla affectione animi, sed quia numerus argenteorum facilior usui est promiscua et vilia mercantibus[39]. Ainsi, d'après Tacite, les Germains préféraient les monnaies d'argent, et parmi celles-ci recherchaient surtout les anciens deniers consulaires, que l'on appelait les uns serrati, parce que la tranche en était dentelée comme une scie, en latin serra[40], et les autres bigati, parce qu'ils offraient le type du bige ou char attelé de deux chevaux[41]. Ces deniers et ceux du Haut-Empire n'étaient pas aussi communs que les deniers de 21 ou 22 grains ; mais il y en avait encore un bon nombre en circulation. On en a trouvé quarante-un dans le tombeau de Childéric[42] ; et, dans beaucoup d'amas de monnaies romaines, dont l'enfouissement peut remonter à la fin du IVe siècle et au Ve, on en rencontre au milieu des deniers de 21 grains, pl forment la plus grande partie de ces amas.

Nous ne voulons d'autre preuve de tout ce qui précède que la singularité des conclusions auxquelles on arrive, en admettant que les Saliens employaient un sou d'or valant quarante deniers, et les Ripuaires un sou d'argent de la valeur de douze deniers seulement. Dans les codes de ces deux tribus, les mêmes délits sont fréquemment rachetés par le même nombre de sous, et par conséquent, si le sou n'était pas le même, les compositions étaient trois fois plus élevées chez les Saliens que chez les Ripuaires. Ainsi, d'après le code des premiers, le meurtre du salien ou du barbare vivant d'après la Loi Salique[43] est racheté par une composition de deux cents solidi aurei, valant environ trente mille francs ; tandis que, d'après la loi des seconds, le meurtre du ripuaire n'aurait donné lieu qu'à une composition de deux cents solidi argentei[44] ou de dix mille francs. Ainsi encore, la réduction en servitude d'un homme, le meurtre d'un cerf marqué et dressé pour la chasse ou d'un cerf domestique, la destruction des haies et clôtures, la non-comparution au mallum du défendeur ou du demandeur, et vingt-six autres délits, plus ou moins graves, sont punis dans la Lex Salica[45] et dans la Lex Ripuariorum[46] d'amendes consistant dans le même nombre de sous, et il en faut conclure que les sous des Saliens n'avaient pas une valeur supérieure à celle des sous des Ripuaires.

On a produit, il est vrai, un manuscrit de la Lex Ripuariorum dans lequel le mot solidi est accompagné du qualificatif argentei ; mais M. Guérard, malgré le parti qu'il aurait pu tirer d'une pareille mention, a fait observer lui-même que l'on ne devait y voir qu'une interpolation de date assez récente, laquelle ne se trouve ni dans la célèbre copie de la Lex Ripuariorum provenant de l'abbaye de Corbion, ni dans trois bons manuscrits des IXe et Xe siècles qui appartiennent à la bibliothèque impériale[47].

On a soutenu également, pour démontrer qu'il y avait eu un solidus argenteus, que Pépin-le-Bref et Charlemagne ont essayé d'en faire prévaloir le système, en substituant la monnaie d'argent à la monnaie d'or. Mais, bien que les Carlovingiens n'aient frappé que des monnaies d'argent, on continuait à se servir des sous et des tiers de sou fabriqués pendant la période mérovingienne. Le capitulaire de 801 parle du solidus aureus, valant quarante deniers[48], et dans le second capitulaire de 803, lequel est intitulé : De debitis regalibus qualiter solvi debeant, le solidus aureus est officiellement désigné comme seul en usage chez les Saliens[49].

On a encore produit un autre argument pour appuyer la thèse que nous combattons. La tribu des Ripuaires étant moins nombreuse, a-t-on dit, que celle des Saliens, et son territoire moins riche, il n'est pas étonnant que les compositions fussent moins élevées chez les premiers que chez les seconds. Cet argument ne repose que sur une erreur. La tribu des Saliens n'avait guère plus d'importance que l'autre, et c'est même cette dernière qui finit par devenir prépondérante. D'un autre côté, les vallées du Rhin, de la Moselle et de la Meuse, dans lesquelles les Ripuaires s'étaient fixés, sont bien certainement plus fertiles et plus riches que les cantons septentrionaux de la Belgica Secunda, où la plupart des Saliens avaient leurs demeures[50].

Les arguments qui précèdent établissent surabondamment que le solidus argenteur n'a jamais existé et ces arguments sont corroborés par les résultats auxquels plusieurs savants sont arrivés en prenant le sou d'argent pour base de divers calculs sur la valeur relative des grains et des bestiaux, pendant la période mérovingienne. On a cru que, à cette époque, le pouvoir de l'argent était comme 1 est à 32,6 ; tandis que, en réalité, il était seulement comme 1 est à 10 ou 10 ½. En effet, d'après la Lex Ripuariorum[51], un bœuf — cornutus, videns et sanus, c'est-à-dire en bon état — valait 2 solidi, une vache (videns et sana) 1, un cheval (videns et sanus) 6, une jument (videns et sana) 3. Le solidus renfermait de l'or pour 15 fr. 40, ou pour 15 fr. en nombre rond, et en multipliant 15 par 10, on voit qu'un bœuf valait, au VIe siècle, 308 fr., une vache 154, un bon cheval 924, et une jument 462 : prix qui ne s'éloignent pas beaucoup des évaluations actuelles. M. Guérard a démontré que, pendant le VIIIe siècle, et sans doute aussi précédemment, le prix du pain était, eu égard aux mercuriales modernes, comme 1 est à 11 ; ce qui s'accorde, d'une manière remarquable, avec les calculs précédents ; et la chose n'a rien d'extraordinaire, car les métaux précieux étaient encore assez abondants dans la Gaule, ainsi que l'attestent le développement du monnayage mérovingien, la grande quantité de bijoux et de meubles en or et en argent que l'on fabriquait alors, et la richesse des trésors des églises. Enfin, la Loi des Ripuaires elle-même nous fournit un dernier et puissant argument. On lit dans le titre XXXVI, article 12 : Quod si cura argento solvere contigerit, pro solido duodecim denarios, sicut antiquitus est constitutum ; et les expressions de la Loi prouvent que les paiements se faisaient ordinairement en or, et que, dans des cas exceptionnels seulement, on employait les anciens deniers que les Ripuaires appelaient saïgas[52].

3° Les savants ne sont pas d'accord sur la signification de ce mot, que les langues d'origine germanique n'ont pas conservé ; mais on ne peut douter qu'il n'ait servi à désigner les deniers antiques, pesant 65 grains, et il suffit pour le prouver de citer un article de la Lex Bajuvariorum[53] : Si unam saïgam, id est tres denarios, furaverit, solus juret secundum legem nostram. Ainsi, d'après les rédacteurs de cette loi, le saïga avait la valeur de trois deniers de 21 ou 22 grains, les plus répandus alors. Donc, le saïga pesait 65 grains ; ce qui est précisément le poids des deniers frappés vers la fin de la République et au commencement de l'Empire.

En résumé, le système monétaire des Ripuaires était le suivant :

Tableaux qui établissent que les systèmes des Ripuaires et des Saliens ne s'éloignaient en aucun point essentiel du système impérial.

Ajoutons encore que le denier ordinaire renfermant de l'argent pour fr. 0,584, et le triens de l'or pour fr. 5,15, il s'ensuit que le rapport entre les deux métaux était à peu près comme 1 est à 10.

 

NOTE XXVI. — SUR UN PASSAGE DU TESTAMENT DE SAINT REMI.

 

On a prétendu que l'église de Reims possédait aussi des domaines dans la partie des Vosges voisine des sources de la Meurthe, et on s'est appuyé sur un passage ainsi conçu du testament authentique de saint Remi : Delego... ecclesiœ... Vongensi agrum apud officinammolinarum, quœ est ibi constituta[54]. Cette phrase a reçu une foule d'interprétations diverses. On a soutenu que saint Remi voulait désigner une église fondée dans le lieu où s'éleva plus tard le monastère d'Etival, et on a supposé que les mots officina molinarum marquaient une ancienne carrière de meules à bras, placée près de ce bourg et offrant une superficie de plus de trente hectares[55]. Mais cette explication n'est pas admissible. En effet, on ne lit pas dans le testament de saint Remi ecclesiœ Vogensi, ce qui signifierait l'église des Vosges, mais bien les mots ecclesiœ Vogensi, lesquels doivent se rapporter, comme on l'a fait observer judicieusement, à l'église de Voncq, bourg situé dans le diocèse de Reims, et à une dizaine de lieues au nord-est de cette ville. En second lieu, les mots officina molinarum peuvent désigner un moulin, aussi bien qu'une carrière à meules, et il est impossible de tirer de ces expressions aucun parti en faveur de l'opinion que nous combattons.

Il est vrai que, pour lui donner un caractère de probabilité plus grand, on a eu recours au testament apocryphe de saint Remi. Cette pièce, fabriquée pendant le Ville siècle, selon toutes les apparences, mais rédigée en général sur des documents beaucoup plus anciens, est en quelque sorte le développement et le commentaire du testament authentique. Le passage de ce testament que nous avons cité y est reproduit mot pour mot, et sans aucune addition qui puisse jeter quelque jour sur la question. Mais on y rencontre un autre passage dans lequel il est parlé de deux domaines (villœ) que saint Remi aurait reçus de Clovis. Ces domaines, appelés Coslo ou Cosle et Gleni, portaient aussi le nom germanique de Bischofsheim (dans le texte Piscofeseim), qui signifie maison de l'évêque. Le testateur ordonne que les habitants de ces deux villœ, qu'il dit être situées dans les Vosges (in Vosago), et les colons des différents domaines dont il a fait l'acquisition, tant en-deçà qu'au-delà du Rhin, fourniront toute la poix nécessaire pour entretenir les vases dans lesquels l'église de Reims conservait ses vins[56].

Si ce testament de saint Remi était authentique, la question serait résolue, et il faudrait reconnaître que l'église de Reims possédait réellement des domaines dans le pays que l'on nommait, au VIIe siècle, le val de Galilée. Mais les objections se présentent en foule, quand on examine le passage plus attentivement. D'abord, il faut se rappeler que le testament apocryphe n'a été composé que dans le Ville siècle, et qu'il a été rendu public pour la première fois par Flodoard, qui vivait dans le Xe. D'autre part, il serait bien extraordinaire que les noms des deux ruisseaux de Cosle et de Gleni, qui auraient été donnés aux domaines arrosés par ces ruisseaux, eussent disparu sans laisser aucune trace. La plupart des cours d'eau qui sillonnent le val de Senones et le val de Saint-Dié ont conservé, sauf quelques altérations, les dénominations qu'ils portaient pendant la période mérovingienne. En troisième lieu, on veut que les domaines de l'église de Reims aient été situés à Etival même ; or, nous verrons, dans le Vile siècle, Bodon-Leudin, évêque de Toul, fonder le monastère d'Etival sur un terrain qu'il tenait de ses parents, et lui céder différents biens, dont l'origine était la même ; et pour faire concorder ce fait, qui n'est pas contestable, avec l'interprétation que nous essayons de renverser, il faudrait admettre que l'église de Reims, laquelle jouissait des domaines de Cosle et de Gleni seulement depuis la première moitié du VIe siècle, les avait perdus dès la fin du même siècle ou le commencement du suivant.

Il vaut donc mieux supposer que les villœ en question étaient placées sur un point ciel-conque et inconnu de cette longue chaîne de montagnes qui, sous le nom de mons Vosagus, fermait, à l'ouest, la vallée du Rhin depuis le coude que le fleuve forme vers Bâle jusqu'aux environs de Mayence.

 

NOTE XXVII. — SUR LES CIMETIÈRES DE L'ÉPOQUE MÉROVINGIENNE.

 

Le sujet qui va nous occuper dans cette note a déjà fourni la matière de plusieurs dissertations curieuses ; mais nous pensons néanmoins qu'il peut encore donner lieu à quelques observations intéressantes. En effet, les auteurs qui nous ont précédé, occupés surtout des sépultures qu'ils avaient eu occasion de fouiller eux-mêmes, n'ont pas fait assez d'usage des textes originaux, et ce sont précisément ces textes qui nous ont présenté nombre de particularités propres à jeter du jour sur certaines questions encore débattues entre les antiquaires.

Après cette remarque, nous entrons immédiatement en matière, et nous allons brièvement examiner ce qui est relatif aux inhuma-lions faites sur le bord des routes, dans les églises, dans les atria, dans les cimetières ruraux ; aux sarcophages et aux cercueils ; à leur arrangement ; aux inscriptions funéraires ; aux objets renfermés dans les sépultures, et aux végétaux employés comme symboles de la douleur.

I. La coutume de brûler les morts, laquelle n'avait jamais été générale, étant presqu'entièrement tombée en désuétude aux IIe, IIIe et IVe siècles[57], les empereurs Hadrien, Antonin, Dioclétien, Maximien, Gratien, Valentinien II et Théodose Ier publièrent divers rescrits qui interdisaient d'inhumer dans l'intérieur des villes. On se conforma alors universellement à un usage déjà ancien : celui de disposer les sépultures le long des grandes voies et des chemins publics. Cet usage était encore en pleine vigueur dans la seconde moitié du Ve siècle. Grégoire de Tours rapporte que saint Aravatius ou Servatius, évêque de Tungri, fut enterré près de cette ville, juxta aggerem publicum[58]. Trente ans plus tard, le roi des Saliens Childéric Ier reçut la sépulture sur le bord d'une des voies qui conduisaient dans la ville de Tornacum ou Tournay[59]. Saint Bibianus et saint Trojanus, évêques de Saintes, furent inhumés en dehors (in suburbano) de leur ville épiscopale[60]. Saint Gibrianus le fut sur le bord d'une grande route[61]. Ces exemples, dont nous pourrions facilement augmenter le nombre, démontrent, d'une manière péremptoire, que les Chrétiens ont, pendant longtemps, déposé leurs morts dans les anciens cimetières païens, et, en effet, les fouilles qui ont été faites en plusieurs lieux ont mis au jour des sépultures de toutes les époques, depuis le Haut-Empire jusqu'au moyen-âge.

II. Cependant, au VIe siècle, on commença à penser que les restes des personnages qui s'étaient fait remarquer par leur sainteté étaient assez mal placés dans ces vastes cimetières, où toutes les générations étaient confondues, et où la trace des sépultures se perdait bien souvent[62]. On prit donc l'habitude d'inhumer dans les églises, et principalement dans celles qui étaient hors de l'enceinte des villes, les évêques dont les vertus avaient jeté un grand éclat[63]. C'est ainsi que le corps de saint Nicetius, métropolitain de Trèves, fut déposé dans la basilique de. Saint-Jean-l'Evangéliste ou de Saint-Maximin, hors des murs de la ville[64]. C'est ainsi que saint Quintianus et saint Gallus, évêques des Arverni, furent enterrés, le premier dans la basilique de Saint-Etienne, au côté gauche de l'autel, le second dans l'église Saint-Laurent[65]. C'est ainsi encore que la basilique de Saint-Jean reçut le corps de saint Grégoire, évêque de Langres[66]. D'autres personnages d'une piété éminente obtinrent le même honneur, et le biographe du vénérable Sindulfus rapporte qu'il fut enterré dans l'église du vicus nommé Alsonsia[67]. Bientôt, toutes sortes d'individus, espérant obtenir plus facilement la rémission de leurs fautes, firent de riches donations à diverses églises, à la condition que leurs restes y trouveraient un dernier abri. Grégoire de Tours parle d'un méchant homme qui avait été inhumé dans une basilique, et que la terre rejeta de son sein[68]. Il mentionne également une matrone dont le tombeau se voyait dans une des églises de Metz[69], et sainte Radegonde demanda à reposer dans la basilique de son monastère, à côté des nombreuses religieuses qui étaient mortes avant elle[70].

Au Vile siècle, l'usage dont nous parlons se généralisa, si l'on peut employer une pareille expression, et il serait fastidieux de rapporter tous les exemples que l'on en rencontre dans les historiens et les hagiographes. Saint Amatus ou Amé, premier abbé du monastère d'Habendum, demanda, par humilité, à être inhumé non dans l'intérieur, mais à la porte de la basilique de Sainte-Marie. On se conforma à cette prescription ; néanmoins, au bout d'un an, on leva de terre lei restes du saint abbé et on les plaça dans l'église elle-même[71]. Itta, veuve de Pépin de Landen, étant morte dans l'abbaye de Nivialla ou Nivelles, dont sa fille Gertrude était abbesse, fut enterrée dans l'église du monastère, et on accorda la même distinction à Wlfethrudis, seconde abbesse de Nivelles[72]. Il nous serait facile, comme nous l'avons dit, de multiplier les mentions du même genre ; mais nous nous bornerons à rappeler que certaines personnes voulaient que leurs restes fussent déposés à l'entrée des basiliques, afin que chacun pût fouler aux pieds leurs tombeaux, ou sous le stillicidium, c'est-à-dire sous les gouttières des toits, place que l'on regardait comme moins honorable encore que la précédente.

III. Comme les églises n'étaient ni très-nombreuses, ni très-vastes, pendant les VIe et Vile siècles, elles ne pouvaient (il est facile de le comprendre) recevoir qu'une assez petite quantité de tombeaux, et il se forma souvent autour d'elles des cimetières, plus ou moins étendus, auxquels on conserva le nom d'atrium (en français aitre), qui servait primitivement à désigner le terrain consacré, précédant et environnant les églises. C'est là que, dans les villes au moins, vinrent s'engloutir, pendant plusieurs siècles, d'innombrables générations. A Reims, le cimetière chrétien entourait la basilique de Saint-Agricola, laquelle porta plus tard le nom de Saint-Nicaise[73]. A Metz, on inhumait hors des murs, dans la plaine du Sablon, près des nombreuses églises, qui valurent à ce lieu le nom de champ des basiliques. A Cologne, on déposait les morts autour du lieu où se trouvaient les restes de plusieurs soldats de la légion Thébéenne[74]. A Trèves, on enterrait, près de l'église Saint-Jean-l'Evangéliste (plus tard Saint-Maximin), dans un terrain qui avait autrefois reçu les corps de beaucoup de martyrs, notamment ceux de quelques soldats de la légion que nous venons de nommer[75]. L'immense quantité de sarcophages et de pierres tombales que l'on a exhumés, et que l'on exhume encore, aux environs de cette basilique fait voir combien l'on tenait autrefois à être enterré dans ce lieu consacré ; néanmoins, il y avait un autre cimetière à côté de l'église Saint-Euchaire (maintenant Saint-Mathias), et l'on y a également découvert une multitude de tombeaux, de cippes funéraires et d'inscriptions.

Il y avait aussi près des monastères des atria destinés à la sépulture des moines, et à celle des personnes qui avaient témoigné le désir de reposer au milieu des serviteurs de Dieu. On y enterrait quelquefois les abbés eux-mêmes, et saint Jean, abbé du monasterium Reomaënse ou de Réomé, fut inhumé sur un terrain qui dépendait de son abbaye[76].

IV. Dans les campagnes, on rencontrait de loin en loin d'immenses cimetières, où l'on apportait les morts de toute la contrée. Quelques antiquaires ont pensé qu'il y en avait un dans chaque paroisse rurale, et nous sommes de cet avis ; mais si le cimetière était parfois autour de la basilique isolée, centre de la paroisse, quelquefois il en était à une grande distance. Il est probable que dans plusieurs cantons on avait continué à inhumer dans les cimetières païens. Ailleurs, on en avait établi de nouveaux dans des lieux consacrés par la mémoire de quelque martyr, dans les loca sanctorum, comme on disait alors ; de même que les chrétiens de Rome voulaient reposer dans les catacombes, où l'on avait placé les restes des saints. Les plus grands éloges que l'on pût-décerner à des défunts étaient des phrases comme celles-ci : qui meruit sanctorum sociari sepulchris ; sanctis.... sociande patrons ; sanctis quœ sociata jacet[77]. Beaucoup d'épitaphes font voir que les fidèles espéraient obtenir la protection des saints, près des tombeaux desquels on déposait leurs corps, et saint Ambroise s'écriait lui-même : Commendabiliorem Deo futurum esse me credam, quod supra sancti corporis ossa quiescam[78]. C'est pour obéir à cette pieuse idée que l'on avait formé près du confluent de la Moselle et de la Meurthe, autour de la place où saint Euchaire fut décapité sous le règne de Julien, un vaste cimetière, où l'on inhuma pendant des siècles, et au milieu duquel s'élevait un sacellum rappelant cet épisode de la lutte du christianisme et du paganisme[79]. On rencontrait des cimetières semblables dans nombre de lieux ; mais nous mentionnerons seulement celui qui entourait l'église de Semita, sur la montagne de Sion[80] ; celui qu'on a récemment découvert sur la colline Sainte-Barbe, près de Pont-Saint-Vincent[81], et celui que l'on voyait au pied de la colline d'Amance, à peu de distance de la basilique de Dommartin[82]. Le dernier a donné son nom au village de Lattre, et nous ferons observer, en passant, que telle est l'origine de ce nom, que beaucoup de villages ou de hameaux portent encore de nos jours ; tandis que d'autres, appelés Cercueil, Serqueux, etc., doivent également ces dénominations aux nombreux tombeaux que l'on a trouvés dans le voisinage.

Assez souvent, les cimetières ruraux avaient été établis sur des collines, malgré les obstacles que devait rencontrer le creusement des fosses. Le tombeau de saint Cassien était sur une hauteur située en face de la ville d'Autun[83]. Saint Remi, qui avait fait construire sur une montagne, au midi de Reims, une chapelle dédiée à saint Germain d'Auxerre, ordonna de l'inhumer lui-même près de cette chapelle[84], dont l'emplacement fut plus tard enfermé dans la vaste basilique de Saint-Remi. Nous venons de mentionner les cimetières de Sion et de Pont-Saint-Vincent, lesquels étaient tous deux sur des hauteurs, et c'est également sur une colline isolée que se trouve le curieux cimetière de Marville, qui doit remonter à la période mérovingienne[85]. Quelquefois, au contraire, les cimetières gallo-romains et mérovingiens étaient à peu de distance des rivières, et dans des terrains d'alluvion, où le creusement des fosses n'offrait aucune difficulté. Tel est le cimetière de Metz, dont l'emplacement s'appelle encore le Sablon. Tel est celui de Pompey, que l'on a établi sur un véritable banc de sable ; tel est aussi le cimetière que l'on a récemment exploré à Cely, près de Melun, au milieu d'une sablière[86].

V. Mais il n'y faut voir probablement qu'un effet du hasard ; car le cimetière de Pompey fut, sans doute, placé près du confluent de la Moselle et de la Meurthe à cause du martyre de saint Euchaire ; et, d'un autre côté, on enterrait alors les morts à une si faible profondeur, que l'établissement des fosses devait être un ouvrage extrêmement facile. Sur la montagne de Sion, les sépultures se rencontrent à vingt-cinq ou trente centimètres de la surface du sol ; à Pompey, on n'est pas obligé, pour les découvrir, de fouiller le sable à une profondeur beaucoup plus grande, et comme ce cimetière a dû être couvert bien des fois par les eaux de la Moselle, pendant les débordements, il est vraisemblable que le sol s'est exhaussé depuis les temps mérovingiens. A Steinfort, dans le grand-duché de Luxembourg, la profondeur des tombes n'est parfois que de vingt centimètres[87], et l'on remarque la même particularité à Metz, à Montois, à Daspick, à Baslieux, à Saint-Privat, à Schlaincourt et dans d'autres endroits du département de la Moselle[88].

Beaucoup d'antiquaires admettent, d'ailleurs, que, à cette époque et pendant la période gallo-romaine, les sarcophages étaient fréquemment en dehors du sol. C'est ce qu'attestent : 1° les inscriptions et les moulures dont ils étaient ornés, et qui auraient été superflues si les tombeaux avaient dû être enfouis ; 2° le choix et le prix des marbres employés par les sculpteurs, et 3° plusieurs passages de Grégoire de Tours, qu'il serait trop long de rapporter ici[89]. Ajoutons qu’en Austrasie, comme dans le reste de la Gaule, les tombeaux étaient généralement disposés en rangées parallèles allant du nord au sud, et que les pieds des morts étaient tournés vers l'orient, conformément à un usage chrétien[90].

VI. Nous venons de dire que les marbres les plus rares et les plus chers étaient employés pour certains tombeaux : On voyait autrefois à Reims celui de saint Nicasius ou Nicaise ; c'était un sarcophage en marbre, et dont un bas-relief décorait la face antérieure. En 1513, on découvrit à Metz, sur l'ancien emplacement de l'abbaye de Saint-Symphorien, la sépulture de Pappolus, qui occupa le siège épiscopal de cette ville, au commencement du Vile siècle, et le sarcophage était de marbre, orné de superbes mosaïques[91]. Le corps de Sigibaldus, évêque de la même ville un siècle plus tard, fut déposé dans un sarcophage de porphyre[92]. Grégoire de Tours mentionne un sénateur de la civitas des Lingones, nommé Marius, dont les restes furent mis dans un tombeau de marbre de Paros[93]. Ceux de saint Willibrordus, évêque de Trajectum ad-Rhenum (Utrecht), furent confiés à un sarcophage du même genre[94], et un hagiographe en dit autant de sainte Wlfethrudis, seconde abbesse de Nivialla[95].

La plupart de ces sarcophages étaient fort amples. Aussi enfermait-on parfois dans un seul tombeau plusieurs membres de la même famille, et le biographe de saint Landebertus ou Lambert rapporte notamment que le corps du prélat fut placé dans le sarcophage de son père[96]. Il arrivait aussi, et même assez fréquemment, que les sculpteurs, ne pouvant se procurer avec facilité les blocs de marbre qui leur auraient été nécessaires, vendaient aux particuliers des sarcophages antiques[97], en sorte que l'on peut rencontrer des symboles païens sur des tombeaux de chrétiens et même d'évêques.

Les sarcophages sculptés pendant le Ve siècle et le VIe offrent la plus grande analogie, sauf un peu de rudesse dans le travail, avec ceux qui remontent au IVe siècle. Les formes et les symboles sont absolument les mêmes, et il suffit, pour s'en convaincre, de jeter les yeux sur la partie antérieure d'un sarcophage en marbre blanc conservée dans l'église de Saint-Denys, et qui remonte au Vie ou au Vile siècle. On y voit, comme sur plusieurs tombeaux des âges antérieurs, une croix posée sur un calice et les rinceaux de la vigne symbolique. A partir du Vila siècle, au contraire, il s'opère un changement notable, non dans la forme de ces petits monuments, mais dans leur décoration, et les curieux tombeaux que l'on voit encore dans les églises souterraines de l'abbaye de Jouarre peuvent donner une idée de la métamorphose dont il s'agit[98].

La difficulté que l'on éprouvait à se procurer du marbre obligea, dans plusieurs lieux, à employer de la pierre ordinaire pour les tombeaux beaux de personnages illustres. Le sarcophage de saint Eutropius, évêque de Saintes, est en pierre[99], et celui de saint Hidulfus, ancien métropolitain de Trèves et fondateur de l'abbaye de Moyen-Moutier, sarcophage que l'on voit encore dans l'oratoire Saint-Grégoire, est tout simplement en grès rouge des Vosges, fort grossier et très-poreux[100].

VII. C'est aussi la pierre que l'on taillait pour les cercueils dans lesquels on inhumait les personnes de condition moyenne. Grégoire de Tours parle en cent endroits de cercueils de ce genre, et les cimetières de la période mérovingienne en sont encore remplis[101]. Il y en avait alors de vastes magasins, et lorsqu'une personne était morte, ses parents ou ses amis allaient acheter un cercueil proportionné à sa taille. Théodoric-le-Grand, roi des Ostrogoths, accorda à un sculpteur, nommé Daniel, le droit exclusif de vendre des cercueils aux habitants de Rome[102], et on a retrouvé dans la Gaule quelques-uns des magasins dont nous parlons. Celui que l'on a exploré à Quarré-les-Tombes, près d'Avallon, contenait environ deux mille tombeaux tout neufs, quoique l'espace fouillé n'eût que six cent soixante pas de longueur et cent soixante de largeur[103]. On a découvert des magasins de la même espèce à Civaux, près de Poitiers[104], dans un hameau des environs de Saintes, dans le voisinage de Nîmes, et dans nombre d'autres lieux, en général rapprochés des carrières où l'on taillait les cercueils, et des rivières qui permettaient de les exporter aisément[105]. Quelquefois même, des personnages riches faisaient commerce de cercueils, et on lit dans la vie de saint Frodobertus que l'on acheta d'un vir illuster, appelé Walbertus, le cercueil de pierre dans lequel on enferma les restes du vénérable abbé[106].

Quand la pierre de taille était rare, et lorsqu'il s'agissait de coloni, de lides ou d'esclaves, on se contentait souvent de leur préparer un tombeau composé de pierres brutes posées de champ et recouverte de pierres plates. Telles sont presque toutes les sépultures que l'on a pu examiner dans le cimetière de Pompey. Ailleurs, on employait les briques[107] ou le plâtre, avec lequel on fabriquait des cercueils dont la durée était assez longue. Ailleurs enfin, on se servait de cercueils en bois, les uns formés de planches[108], les autres creusés dans le tronc d'un arbre. La Loi Salique mentionne ces derniers[109], et le biographe de sainte Berlendis rapporte que l'on enferma son corps dans le tronc d'un chêne, parce qu'il fut impossible de se procurer un sarcophage en pierre[110].

Nous ne voulons pas abandonner ce sujet sans dire un mot d'une expression que l'on trouve employée dans quelques textes du VIIe siècle. On lit dans les vies de saint Arnulfus, évêque de Metz[111], de saint Romaricus, fondateur d'Habendum[112], et de saint Adelphius, troisième abbé de ce monastère[113], que les restes de chacun d'eux furent déposés dans une urna. Certains antiquaires ont pensé qu'il s'agissait d'une urne véritable, et ils auraient pu citer, à l'appui de leur opinion, 1° un passage de la vie de saint Corbinianus, où il est dit que son corps fut transporté dans un vasculum[114], et 2° une sardonyx intaille, provenant de l'abbaye de Remiremont[115], et sur laquelle on voit Reginboldus, comte de Mortagne (seconde moitié du Xe siècle), offrant à Gisla, abbesse de ce monastère, des reliques enfermées dans une urne de forme antique. Mais, pour réfuter cette opinion, il suffit de faire observer que les vies de saint Romaricus et de saint Adelphius sont dues au même auteur, lequel peut bien avoir écrit aussi la vie de saint Arnulfus. Il ne faut donc voir dans le choix du mot urna que le caprice de l'hagiographe. Il a, n'en doutons pas, employé cette expression pour désigner un sarcophage en pierre ; et ce qui le prouve, c'est que dans la vie de saint Arnulfus il parle d'une urne en pierre (urna lapidis), et que dans la biographie de saint Romaricus, il dit que ses restes furent enfermés dans l'urne où reposait déjà le corps de saint Amatus. Or, il était bien certainement impossible de tailler des urnes assez grandes pour contenir deux corps humains. De plus, on lit dans la vie de saint Amatus qu'il demanda d'être inhumé à l'entrée de la basilique de Sainte-Marie[116], c'est-à-dire sous le sol même du porche ; ce qui exclut formellement l'idée d'une urne véritable[117].

VIII. Les inscriptions que l'on rencontre, assez rarement il est vrai, sur les sarcophages et les cercueils en pierre sont toutes en latin, même celles des Saliens et des Ripuaires. On a découvert à Amiens, c'est-à-dire dans une ville où les Francs étaient en grand nombre, des inscriptions funéraires offrant des noms germains : Egrebaldus, Leudelinus, Adalbildis, etc., et toutes sont rédigées en latin et tracées en lettres latines. Des inscriptions du même genre, présentant également des noms germains, ont été trouvées à Mayence, à Worms, à Andernach, où il devait y avoir beaucoup de ripuaires et d'alamanni, et elles sont en latin, assez barbare à la vérité[118]. Au IVe siècle et au Ve, on se servait dans la Gaule, comme dans le reste du partagé d'Occident, de la formule IN PACE pour rappeler que l'individu sur le tombeau duquel elle était inscrite avait fait profession de la religion chrétienne. Les Barbares fédérés adoptèrent cette formule[119], et même les Francs, transportant dans leur langue les mots in pace, en firent le verbe einfriedigen, que l'on emploie encore dans les environs de Trèves pour dire inhumer chrétiennement.

La plupart des inscriptions de la période mérovingienne sont très-courtes. Quelques-unes seulement ont une certaine étendue. Telle est l'inscription funéraire du vicarius Hlodericus, que l'on conserve à Trèves, et qui est composée de six grandes lignes de prose[120]. Telle est l'épitaphe rimée du solitaire Sindulfus[121] ; telle est la longue inscription en prose que saint Amatus ordonna de tracer au-dessus de son tombeau[122]. Ajoutons que les inscriptions mérovingiennes ne mentionnent presque jamais la qualité de servus ou de libertus, contre l'usage de l'épigraphie païenne, mais conformément aux idées d'égalité que le christianisme avait répandues parmi les hommes[123].

IX. Ce n'était pas seulement sur les points dont nous venons de parler que les Barbares avaient adopté les coutumes gallo-romaines relatives aux sépultures. On peut dire, en général, qu'ils se conformèrent à tous les usages qu'ils trouvèrent établis. Ainsi, on rencontre dans leurs tombeaux, comme dans ceux des Gallo-Romains, des vases où l'on avait placé des charbons[124] et de l'encens, et d'autres vases, quelquefois même de petits seaux en bois, qui ont contenu de l'eau bénite[125]. Les vases, en terre blanche, rouge, grise ou noire, sont fréquemment couverts d'ornements, d'une exécution médiocre, mais d'origine romaine, et consistant en imbrications, compartiments, nattes, rubans, entrelacs, brisures, losanges, chevrons, billettes, damiers, zigzags, nébules, étoiles et têtes de clou, presque semblables aux figures du même genre qui décorent les églises romanes[126]. Ainsi, on découvre dans les tombeaux indistinctement les débris de ces lits de feuillage sur lesquels on déposait les cadavres[127]. Dans les provinces du nord, on était souvent obligé, pendant l'hiver, de se servir de gazon, de mousse et même de paille ; mais, dans celles du midi, on employait souvent le laurier, et Grégoire de Tours rapporte que, à l'ouverture du sarcophage de saint Valerius, évêque de Consoranni, on trouva le corps couché sur des branches de laurier, dont les feuilles distribuées à plusieurs malades suffirent pour leur rendre la santé[128]. Ainsi, on rencontre, dans les tombeaux des Gallo-Romains et dans ceux des Barbares, des pièces de monnaie de toutes les périodes de l'Empire. Les unes avaient servi d'ornements aux défunts ; d'autres étaient destinées à conserver le souvenir du prince pour lequel ils avaient combattu ; d'autres enfin nous offrent quelque vestige d'un usage païen, que le christianisme n'avait pu faire disparaître entièrement, même à une époque comparativement récente ; car on a découvert entre les dents d'un squelette, exhumé près de Wichelen (en Flandre), un triens frappé dans l'atelier d'Arles, sous le règne de Childebert III[129].

X. Les bijoux que l'on trouve dans les tombeaux des Gallo-Romains et des Francs sont à peu près les mêmes en Austrasie que dans le reste de la Gaule. Mais chez nous, comme ailleurs, on rencontre dans les cercueils des Francs certains objets, qui permettent de distinguer leurs sépultures de celles des Gallo-Romains. On sait que les derniers n'avaient pas la coutume de porter des armes ; les premiers, au contraire, ne sortaient guère sans en avoir, et on avait l'habitude de les déposer dans leurs tombeaux. On peut donc tenir pour certain que le cercueil dans lequel il y a des armes contient les restes d'un barbare. On a découvert en Austrasie, surtout dans les provinces septentrionales, une très-grande quantité de sépultures que l'on doit attribuer aux Ripuaires et aux Alamanni, et, sans avoir la prétention d'énumérer ici tous les lieux où ces découvertes se sont faites, nous pouvons rappeler Metz, Briey, Daspick, Schlaincourt, Baslieux, Montois, Saint-Privat, Roncourt, Bettelainville, Farébersviller, Kirschnaumen, Rettel, Confins, Bellevesez, Moineville et Richemont, dans le département de la Moselle ; Essey-lès-Nancy, Vandœuvre, Bouxières-aux-Dames, Pompey, la côte Sainte-Barbe, Alain-aux-Bœufs, Rogéville et Lorquin, dans le département de la Meurthe ; Esnes, Verpel, Remennecourt et Varney, dans la Meuse ; Courcelles-lès-Châtenoy, dans les Vosges ; Scrupt, dans la Marne ; Voyenne, dans l'Aisne ; Williers et Neuvelize, dans les Ardennes ; Lorentzen, dans le Bas-Rhin ; Védrin, près de Namur ; Wecker, Greisch, Obden-Greven, Wasserbillig, Hespérange, Emérange, dans le grand-duché de Luxembourg ; Philippsheim, Selzen, Nordendorf, Wiesenthal et Sinsheim, dans les provinces allemandes arrosées par le Rhin et la Moselle.

Les innombrables tombeaux que l'on y a fouillés — nous parlons seulement de ceux qui renfermaient les restes des Barbares — ont offert, plus ou moins bien conservés, des ceinturons de cuir, ornés de clous, terminés par une garniture de bronze et fermant au moyen d'une boucle ou d'une agrafe ; des sabres ou scramasaxes, tranchants d'un seul côté et présentant des cannelures assez profondes, destinées à recevoir une composition empoisonnée qui devait rendre mortelle la moindre blessure ; des poignards ou couteaux, enfermés dans des gaines en cuir ou en bois ; des haches ou francisques d'assez petites dimensions, et des lances, dont le fer était parfois accompagné de deux crochets recourbés. Ajoutons que les armes que nous avons eu occasion de voir ne nous ont pas paru avoir été faussées ou ébréchées, avant d'être déposées dans les tombeaux, comme celles que M. l'abbé Cochet a examinées dans les cimetières mérovingiens de la Normandie.

On a rencontré aussi, mais rarement et seulement dans les tombeaux des leudes, de longues épées tranchantes des deux côtés ; des boucliers plus ou moins élégants ; des débris de fer que l'on a pris pour l'arme qui était appelée angon, et quelques objets précieux, tels que des plaques et des fibules d'or, ornées de pierreries ou d'émaux ; des bagues décorées de pierres antiques ; des boules en cristal ; des peignes d'ivoire ; des forces ou ciseaux, etc.[130]. Les malfaiteurs, parfaitement instruits de la coutume que l'on avait prise de déposer dans les sépultures des objets de grand prix, ne négligeaient rien pour s'en emparer. M. l'abbé Cochet, qui a pu examiner en Normandie un si grand nombre de tombeaux de la période mérovingienne, a observé que la plupart d'entr'eux avaient été violés et dépouillés à une époque fort ancienne, et probablement même au VIIe siècle ou au VIIIe. De grands personnages ne craignaient pas eux-mêmes d'augmenter leurs richesses par ce moyen, et on sait que Gontran-Boson chargea ses esclaves d'aller enlever, pendant la nuit, les bijoux et l'or que renfermait le tombeau d'une parente de sa femme, récemment inhumée dans une des églises de Metz[131].

La présence des armes n'est pas même le seul indice qui permette, dans certaines provinces, de distinguer les sépultures des Francs de celles des Gallo-Romains. Les premiers avaient effectivement, dans plusieurs lieux, la coutume de donner aux morts la position d'hommes assis. On a découvert sur la rive droite de la Kill, vis-à-vis le bourg de Philippsheim, des tombeaux construits en pierres plates, et dont la longueur était d'un mètre seulement, sur une hauteur égale[132]. Dans quelques cercueils exhumés à Pompey, dans une multitude d'autres que M. l'abbé Cochet a étudiés en Normandie, les os des jambes et du bassin étaient parfaitement en ordre et à la place qu'ils devaient naturellement occuper, tandis que le crâne, les vertèbres, les côtes et les os des bras gisaient pêle-mêle et en un morceau, comme s'ils étaient tombés les uns sur les autres, après la dissolution des chairs et des muscles ; et on en a conclu que les morts avaient été inhumés assis : usage qui n'a jamais existé que chez les Barbares[133].

XI. Cet aperçu des usages funéraires, pendant la période mérovingienne, serait incomplet, si nous ne disions un mot d'un arbuste que l'on employait alors pour la décoration des cimetières. Les païens rendaient une sorte de culte au cyprès, qu'ils regardaient comme l'arbre funéraire par excellence, et, pendant les premiers siècles, les chrétiens le figurèrent, à titre de simple symbole, sur les pierres tumulaires et sur les lampes qu'ils plaçaient dans les sépultures. On peut même dire que cet usage n'a jamais péri dans les pays méridionaux, où le cyprès croît aisément, et il est encore employé comme arbre funéraire dans nombre de lieux[134]. Mais comme il était rare dans le nord de la Gaule, on eut l'idée de le remplacer par le buis, qui, avec le temps, atteint, dans ce pays, une hauteur inaccoutumée, ainsi que Pline l'a fait observer[135], et que nous pouvons le remarquer nous-mêmes. L'antique cimetière de Marville, que nous avons déjà cité plus d'une fois, renferme des buis d'un âge et d'une grosseur réellement extraordinaires, et nous ne serions pas éloigné de croire que certains bois entièrement composés de ces arbustes, que l'on voit encore en Austrasie, occupent l'emplacement d'anciens cimetières depuis longtemps abandonnés. On a découvert des tombeaux de l'époque mérovingienne au milieu d'un bois de buis, près de la chartreuse de Rettel, dans le département de la Moselle[136]. On a trouvé d'antres tombeaux de la même époque dans les environs du village de Bouxières-aux-Dames, dont le nom rappelle bien certainement une plantation de buis ; et il est extrêmement vraisemblable que telle est l'origine des noms de Bouxières, de Boixières, de Buxières et de Bessières, encore si communs en France, que l'on ne compte pas dans le seul département de la Meurthe moins de huit lieux ayant porté ou portant encore cette dénomination, sans parler d'une forêt que l'on appelait le bois de Bouxières, quoiqu'il n'y eut, dans le voisinage, aucun village de ce nom[137]. Tous ces mots viennent du latin buxetum, qui signifie un bois de buis, et comme le buis est maintenant à peu près inconnu dans les forêts de la Lorraine, il en faut conclure qu'il y avait autrefois des bosquets composés des arbustes, et ces bosquets devaient couvrir quelques-uns des vastes cimetières ruraux dont il a été question dans la présente note.

 

NOTE XXVIII. — SUR LE VÉRITABLE AUTEUR DU TE DEUM.

 

Mabillon et Dom Ruinart, son compagnon de voyage, visitant, le 26 septembre 1696, l'abbaye de Münster ou de Saint-Grégoire, située dans une des vallées orientales des Vosges, y examinèrent un martyrologe manuscrit, lequel leur parut remonter à la seconde moitié du XIe siècle, mais qui devait être une copie d'un exemplaire beaucoup plus ancien. Ils y trouvèrent la mention suivante : Nonas decembris : Treviris sancti Nicetii, episcopi, qui composuit hymnum TE DEUM LAUDAMUS[138]. Ruinart, rédacteur de l’Iter litterarium, se borna à constater le fait ; mais, revenant sur cette trouvaille dans son édition de Grégoire de Tours, il n'hésita plus à déclarer que l'énonciation dont il s'agit est nécessairement le résultat d'une erreur, et que le Te Deum est plus ancien que saint Nicetius[139]. La plupart des écrivains qui eurent occasion de mentionner cette particularité s'en tinrent au jugement du savant bénédictin. Dom Calmet se borna à transcrire cette décision dans son Commentaire littéral, historique et moral sur la règle de saint Benoît[140], dans son Histoire de Lorraine[141] et dans sa Bibliothèque lorraine[142], et Dom Rivet la reproduisit dans l'Histoire littéraire de la France[143]. Tous ces savants n'alléguèrent, à l'appui de leur opinion, que deux raisons : 1° la tradition qui attribue le Te Deum à saint Ambroise et à saint Augustin[144], et 2° la citation de cet hymne dans le chapitre lie de la règle de saint Benoît[145].

Cependant, plusieurs hommes de mérite — nonnulli viri eruditi, comme dit Ruinart — ne furent pas convaincus et firent honneur à saint Nicetius de la composition du Te Deum. En effet, la tradition qui donne l'hymne en question à saint Ambroise et à saint Augustin est d'origine assez récente, et le Te Deum n'est pas tellement remarquable, sous le rapport de la forme, que sa rédaction ait exigé la réunion du génie de ces deux Pères. Une chronique latine du XIe siècle, faussement attribuée à Datius métropolitain de Milan, rapporte, il est vrai, que saint Ambroise et saint Augustin chantèrent alternativement les strophes de l'hymne, pendant que le dernier recevait le baptême ; mais son biographe Possidius et saint Augustin lui-même décrivent cette cérémonie tout autrement que le chroniqueur. La mention que l'on rencontre dans la règle de saint Benoît serait, nous l'avouons, beaucoup plus embarrassante, si l'on n'était en droit de faire observer que saint Nicetius, né vers 485, était entré fort jeune dans un monastère, dont il devint abbé peu de temps après, et qu'il a pu composer le Te Deum plusieurs années avant que saint Benoît ne songeât à rédiger sa règle. Et si l'on demande comment celui-ci aurait pu avoir connaissance d'un hymne écrite au fond de l'Austrasie, nous répondrons que saint Nicetius entretenait des relations avec les monastères italiens, et qu'il a peut-être connu saint Benoît lui-même. Nous possédons, en effet, 1° deux lettres adressées au métropolitain de Trèves par Florianus religieux du monasterium Romanum, pour le féliciter au sujet de son élection, et le prier de recommander au roi des Francs les Romains qui habitaient l'île de Christopolis, dans le lac Larius ou de Cômo ; 2° une autre lettre écrite au même par Rufus évêque d'Octodurum ou Sion, annonçant le départ des architectes italiens que le métropolitain de Trèves avait demandés pour diriger les grands travaux qu'il projetait ; et 3e une lettre tracée par un anonyme, et montrant de quelle réputation saint Nicetius jouissait en Italie[146].

Les savants qui attribuent le Te Deum à saint Ambroise et à saint Augustin disent encore que, en admettant que cet hymne soit l'ouvrage d'un prélat nommé Nicetius, on pourrait la donner aussi bien à saint Nicetius (saint Nisier) métropolitain de Lyon qu'au métropolitain de Trèves. Mais on peut répondre : 1° que le premier est plus récent que le second ; qu'il n'a pu' composer le Te Deum avant la rédaction de la règle de saint Benoît, et qu'il n'avait pas de relations avec l'Italie ; 2° que saint Nicetius de Lyon est mort le 2 avril, et que sa fête se célèbre ce jour-là (ou le 4 dans quelques endroits) ; tandis que le martyrologe de Münster fixe aux nones de décembre la fête de l'auteur du Te Deum, et que saint Nicetius de Trèves est honoré précisément le 5 décembre ; et enfin 3° que le métropolitain de Lyon n'a jamais rien écrit, au lieu que celui de Trèves est auteur de lettres et de deux petits ouvrages, dont on peut voir l'analyse dans Ceillier ou dans l'Histoire littéraire de la France, et qu'il avait assez de talent pour composer le Te Deum. Remarquons encore, en terminant cette note, que le savant Usserius a eu occasion d'examiner deux psautiers manuscrits du moyen-âge, le premier latin-français, le second latin-irlandais, qui attribuent le Te Deum à saint Nicetius, et l'on ne voit pas pourquoi les copistes de ces deux psautiers et l'auteur du martyrologe de Münster y auraient inséré de pareilles mentions, s'ils n'avaient pas eu sous les yeux des renseignements positifs sur l'auteur de l'hymne dont nous parlons.

 

NOTE XXIX. — SUR GUNDULFUS OU AIGULFUS ÉVÊQUE DE METZ.

 

Lorsque saint Germain ; évêque de Paris, écrivit à Brunehaut pour l'engager à épargner Chilpéric Ier, qui paraissait alors perdu, il fit porter sa lettre par un personnage nommé Gundulfus, qu'il qualifie servum vestrum[147] ; d'où il résulte que cet homme était attaché au roi d'Austrasie. D'un autre côté, on rencontre dans la vie de sainte Radegonde par Fortunat le passage suivant : Æquiter sancti Gundulfi, post facti Mettis episcopi, progressa receptaculo, non minore laboratu nobilitavit synergium[148]. On ne peut guère douter qu'il ne s'agisse dans les deux passages cités d'un seul et même individu, et, de plus, il est certain que cet individu a occupé le siège épiscopal de Metz vers la fin du Vie siècle. Le catalogue des évêques de cette église n'offre aucun prélat portant le nom de Gundulfus ; toutefois, on y voit figurer, précisément à l'époque où l'on doit placer l'épiscopat de ce dernier, c'est-à-dire à la fin du VIe siècle et au commencement du VIIe, Aigulfus ou Agiulfus. Mais le nom et la vie du prélat ne nous sont connus que par des écrits relativement récents, et tout porte à croire qu'il n'est autre que Gundulfus, dont le nom a été légèrement altéré. H est vrai que l'on possède une lettre du pape saint Grégoire-le-Grand dont la suscription est ainsi conçue dans l'édition des Bénédictins : Gregorius Mennœ Telonœ, Sereno Massiliœ, Lupo Cabilloni, Aigulfo Metis, Simplicio Parisus, Melantio Rotomo, et Licinio Episcopis Francorum a paribus[149]. Mais on a fait observer depuis longtemps que cette suscription est extrêmement suspecte[150]. En effet, on lit dans un excellent manuscrit qui appartenait autrefois aux Grands-Augustins de Paris : Mennœ Tolosano et pluribus aliis Episcopis Galliœ ; et toutes les anciennes éditions portent : Mennœ Tolosano et quamplurimis Episcopis per Galliam, de Augustino Episcopo Anglorum etc. Il est donc vraisemblable que la suscription préférée par les Bénédictins a été rédigée par un écrivain du moyen-âge, qui a jugé à propos d'y faire figurer nominativement les évêques auxquels il a supposé que la lettre s'adressait, d'après l'itinéraire présumé de saint Augustin.

 

NOTE XXX. — SUR L'EXHORTATIO AD FRANCORUM REGEM.

 

Cette pièce intéressante a été, comme nous le disons dans le texte, découverte par le cardinal Maï et publiée dans la Nova scriptorum veterum collectio[151]. Le cardinal Pitra l'a fait imprimer de nouveau à la suite de son Histoire de saint Léger, évêque d'Autun. Le docte cardinal croit que l'Exhortatio a été adressée à Clovis II, roi de Neustrie et frère de Sigisbert IV, et qu'il est à peu près impossible de savoir quel en est l'auteur. Mais nous ne pouvons partager ce sentiment, et il nous semble que l'Exhortatio a été composée pour Sigisbert IV, et qu'elle est l'ouvrage de saint Amandus ou Amand, évêque de Trajectum-ad-Mosam.

1° Elle s'adresse, de l'aveu de tout le monde, soit à Sigisbert, soit à Clovis II. Or, si elle avait été destinée à ce dernier, l'auteur n'aurait pas manqué de rappeler la mère du roi, Nantechildis, qui gouvernait le royaume, de concert avec Ega, maire du palais. 2° on lit dans l'Exhortatio : Si in vita juvenili œtate perfectus fueris, omnes gentes tibi adversantes de tuo recto et justo regimine pavebunt. Or, les états de Clovis II ne touchaient guère qu'au royaume d'Austrasie et à celui des Wisigoths ; tandis que Sigisbert avait pour voisins plusieurs peuples barbares : les Saxons, les Winides, etc., et pour sujets d'autres peuples à moitié soumis : les Thuringiens, les Bavarois, etc. 3° L'auteur appelle le roi dulcissime filii (sic), parce qu'il était, en quelque sorte, selon la grâce le père de Sigisbert ; tandis que rien ne l'aurait autorisé à tenir un pareil langage à Clovis II. 4° Enfin, Dagobert Ier, en chargeant saint Amandus d'élever Sigisbert IV, l'avait supplié de le guider dans le sentier de la vertu : ut eum enutrire, atque lege imbuere divina quantocyus assentiret[152] ; et ceci explique très-bien comment le prélat s'est trouvé engagé, comme plus tard Fénelon, à écrire cette direction pour la conscience d'un roi.

 

NOTE XXXI. — SUR LE CULTE ET LES RELIQUES DE SAINT SIGISBERT.

 

Saint Sigisbert reçut la sépulture dans l'église du monastère de Saint-Martin[153], lequel était alors, non pas au bord de la Moselle, comme il y fut au moyen-âge, mais sur la croupe du mont Saint-Quentin : position qui lui valut le nom de Saint-Martin-aux-Champs. On n'a conservé aucune description du tombeau royal ; mais on peut admettre que c'était un de ces riches sarcophages en marbre blanc, sur les parois desquels on sculptait quelques sujets bibliques. On ne sait pas davantage en quoi consistait le culte rendu primitivement au saint roi, et nous serions même porté à croire qu'on ne lui en décerna aucun dans l'origine. Mais il s'opéra bientôt des miracles au tombeau de Sigisbert, et on ne peut douter que, dès ce moment, et en même temps que le concours des fidèles et des pèlerins s'augmentait, on n'ait accordé au saint roi un culte public. A la vérité, ce culte resta d'abord concentré clans l'abbaye de Saint-Martin, et l'on ne voit pas que pendant longtemps il se soit introduit dans aucune église du voisinage. Le nom de Sigisbert fut inséré dans les litanies des saints, comme le prouve un passage d'une de ses biographies[154] ; mais cette insertion n'eut lieu qu'à Saint-Martin même, et peut-être dans les monastères de Stabulaus, de Malmundarium et de Congidunum.

Vers l'année 900, si l'on s'en rapporte à Sigebert de Gemblours, le saint roi apparut à un personnage nommé Wylant et lui révéla que la voûte de la crypte, dans laquelle était son tombeau, allait s'écrouler, et l'on s'empressa de le transporter dans une autre partie de l'église, à droite de l'autel dédié à saint Martin[155]. Ce fut plus d'un siècle et demi après cette translation (en 1063), et par les ordres d'un abbé dont le nom n'est pas venu jusqu'à nous, que l'on ouvrit le sarcophage pour examiner quel était l'état des reliques. Au grand étonnement de tous les assistants, on reconnut que le corps de saint Sigisbert, bien que déposé dans le tombeau depuis quatre cent sept ans, était aussi intact que si l'inhumation eût daté de quelques heures. Un fait aussi extraordinaire augmenta notablement la confiance que l'on avait déjà dans la sainteté du roi d'Austrasie ; néanmoins, le couvercle du sarcophage fut replacé, et les choses restèrent ainsi encore pendant plus d'un siècle. Le bruit courait cependant que le corps avait été dérobé ; mais ce fut seulement en 1170, et après de nouveaux miracles, que l'abbé Letaldus prit la résolution de l'exposer à la vénération des fidèles. En conséquence, on le tira du sarcophage, et, trois ans plus tard, on l'enferma dans une magnifique châsse en argent, qui fut mise sur l'autel-majeur[156]. Il y eut dès lors un grand concours de pèlerins dans la basilique renfermant ce précieux dépôt, et les évêques de Metz Gérard de Relanges et Renaud de Bar accordèrent, en 1299 et en 1304, des indulgences aux fidèles qui, à certains jours de l'année et avec les conditions requises, visiteraient l'église Saint-Martin[157].

Les choses demeurèrent en cet état jusqu'en 1425. Il y eut alors entre la ville de Metz et le duc de Lorraine Charles II, auquel appartenait l'abbaye de Saint-Martin, une guerre acharnée, dont le récit n'appartient pas au présent ouvrage. Les Messins détruisirent complètement l'abbaye, à l'exception de l'église, et il semble résulter d'un passage de la chronique rédigée par un doyen de la collégiale Saint-Thiébaut que Charles II, craignant que les choses n'allassent plus loin, fit transporter momentanément à Nancy la châsse de saint Sigisbert[158]. La paix fut faite en 1430, et les religieux de Saint-Martin commencèrent à reconstruire leur monastère ; mais les travaux marchèrent avec lenteur. Le 26 novembre 1449, Conrad Bayer de Boppart, évêque de Metz, permit à ces religieux de transporter ou faire transporter dans toute l'étendue de son diocèse la châsse du saint roi, afin de recueillir les offrandes des fidèles ; et, le 4 janvier 1474, une semblable autorisation leur fut donnée pour le diocèse de Toul par l'évêque Antoine de Neufchâtel[159].

La reconstruction du monastère fut terminée vers la fin du XVe siècle. Il ne fut pas longtemps debout. En 1652, l'empereur Charles Quint ayant résolu d'assiéger la ville de Metz, dont les Français s'étaient récemment emparés, le duc de Guise, François de Lorraine, à qui la défense de la place était confiée, fit raser complètement les faubourgs et les monastères qui l'entouraient, entr'autres l'abbaye de Saint-Martin, laquelle ne se releva plus de ses ruines. La châsse de saint Sigisbert fut déposée provisoirement dans l'église des dominicains de Metz ; mais, l'année suivante, le prince Nicolas de Lorraine, comte de Vaudémont, qui gouvernait le duché, pendant la minorité de Charles III, réclama la châsse, comme la propriété de son neveu. Le clergé messin l'escorta procession-nettement jusqu'au village de Corny, où bon nombre d'ecclésiastiques lorrains s'étaient rendus. Ils en prirent possession et la transportèrent solennellement à Nancy, où elle fut placée dans l'église du prieuré Notre-Dame. Elle y resta près de cinquante ans, et ce fut seulement en 4602, que le duc Charles III, ayant créé dans sa capitale, avec l'autorisation du souverain-pontife, une collégiale, qui fut décorée du titre de Primatiale, lui donna les reliques de saint Sigisbert, comme il lui avait déjà cédé les domaines de l'abbaye de Saint-Martin. En attendant l'achèvement de l'église primatiale, qui devait être fort vaste, les chanoines célébrèrent leurs offices dans une église provisoire, et l'on y déposa la châsse du roi d'Austrasie[160]. Cette châsse, très-ancienne et par conséquent très-curieuse, ne parut pas assez élégante au second primat, Antoine de Lénoncourt, et ce dignitaire fit venir de Milan, à ses frais, une châsse en ébène, couverte d'émaux et d'ornements en argent. Mais, quoique fort longue, elle se trouva insuffisante pour contenir le corps de saint Sigisbert, lequel était toujours entier et assez bien conservé. On fut obligé de séparer les deux jambes, au moyen d'une scie ; puis, cette mutilation terminée, le corps fut enfermé dans la châsse, et celle-ci fut placée dans le sanctuaire, du côté de l'évangile, sur une haute estrade. Soutenue par des colonnes d'un marbre magnifique, décorée de termes dorés et surmontée d'une espèce de pavillon, « avec quelques figures représentant certains miracles du dict sainct roy », l'estrade devait avoir beaucoup d'analogie avec celle qui avait été construite dans la sainte-chapelle de Paris pour recevoir les insignes reliques dont saint Louis l'avait enrichie. L'auteur auquel nous devons cette description nous apprend aussi que l'on voyait, de son temps, surtout à la fête de l'ascension, un grand concours de pèlerins, qui venaient implorer l'intercession de saint Sigisbert[161] ; mais il ne nous donne aucun renseignement sur le culte dont il était l'objet, ni sur l'office que l'on célébrait en son honneur, et une pareille lacune est très-fâcheuse.

Il faut, en effet, descendre jusqu'à l'année 1663 pour trouver quelques traces de cet office. La Lorraine, après avoir été éprouvée par tous les fléaux à-la-fois, commençait à goûter un peu de repos, et la ville de Nancy, qui avait pris le saint roi pour patron, résolut de donner à son culte plus d'éclat et de solennité. On touchait, d'ailleurs, au millième anniversaire de la mort de saint Sigisbert ; car on croyait alors, par suite d'une erreur, qu'il avait cessé de régner et de vivre en 663. En conséquence, on pria quelques-uns des jésuites de Nancy, qui passaient pour d'habiles gens, de rédiger un nouvel office. Leur travail fut bientôt terminé, et, en 1663, ils présentèrent à Claude Morison doyen, à Jacques le Moleur chantre, à Matthieu de la Réaulté écolâtre et aux chanoines de la Primatiale un projet d'office, accompagné d'une certaine quantité de notes historiques. Il se compose de quatre hymnes fort bien faites pour les premières vêpres, les matines, les laudes et les secondes vêpres, et de trois leçons renfermant un abrégé de toute la vie de saint Sigisbert[162]. Nous ignorons pourquoi le chapitre n'adopta pas dans son entier le projet des jésuites. Il laissa les hymnes de côté, reçut les trois leçons et fit imprimer un livret[163], où nous apprenons que la fête était double (duplex) ; que l'office était celui d'un confesseur non pontife, à l'exception des trois leçons composées par les jésuites, lesquelles reçurent les numéros IV, V et VI, et que la messe était celle de la fête de saint Louis.

Vers le même temps, les bourgeois de Nancy témoignèrent le désir de voir établir, dans la Primatiale, une confrérie « sous le titre et invocation de saint Sigisbert », dont les fidèles des deux sexes pourraient faire partie. Le pape Clément IX se rendit à leurs vœux et donna, le 20 août 1668, une bulle par laquelle il érigeait canoniquement la confrérie et accordait de nombreuses indulgences aux personnes qui s'y feraient agréger[164]. Beaucoup de nancéiens s'empressèrent de demander leur inscription, et lorsque le duc de Lorraine Léopold eut été mis en possession de ses états, il voulut aussi figurer parmi les confrères. Nous tirons cette particularité d'un manuscrit curieux conservé dans les archives de l'évêché de Nancy. C'est un grand in-4°, relié en maroquin rouge et portant le titre de Liure de la confrérie de saint Sigisbert. Le recto du premier feuillet offre le titre suivant : Registre des Associés A la Confrérie de Saint Sigisbert, Erigée En L'église Primasial de Loraine, 1759 ; mais le registre est beaucoup plus ancien, et cette date est seulement celle de la reliure. On rencontre sur les premiers feuillets les réceptions et les signatures du duc Léopold ; de François Taafe, comte de Carlinford, grand-maître de la maison ducale ; de Charles de Lénoncourt, marquis de Blainville, conseiller d'état et premier-gentilhomme de la chambre, et de Georges de Lamberty, maréchal de Lorraine et Barrois et conseiller d'état. On y trouve aussi S. A. S. le prince Anthoine-François de Lorraine, frère de Léopold ; Marc-Anthoine de Mahuet, chevalier, baron du Saint-Empire, conseiller-secrétaire d'état, intendant de l'hôtel et des finances ; Anthoine marquis de Lénoncourt, seigneur de Serres, conseiller d'état, grand-écuyer et grand-bailli du bailliage d'Allemagne, et quelques autres personnages distingués.

L'administration de la confrérie était remise à des conseillers-directeurs, élus par les confrères et confirmés par le chanoine maitre de fabrique. On choisissait parmi les conseillers-directeurs un roi, qui était le véritable chef de la confrérie. La cotisation que l'on devait payer annuellement n'était que de deux sous. La troisième partie du registre, qui contient un répertoire alphabétique des membres, nous apprend qu'elle se soldait fort inexactement, et ceci ne doit pas nous surprendre, car beaucoup de confrères étaient étrangers à la ville de Nancy et n'assistaient, sans doute, aux offices que de loin en loin. Le pape Clément XI avait cependant, le 17 février 1706, accordé aux membres de la confrérie une indulgence applicable, par forme de suffrage, à l'âme d'un confrère défunt pour laquelle un prêtre approuvé célébrerait la messe à l'autel de saint Sigisbert, le jour des Morts ou le lundi de chaque semaine. C'est principalement pour les membres de cette pieuse association qu'un ecclésiastique — que nous croyons être le Père Frizon, jésuite — composa un petit volume intitulé : Neuvaine à l'honneur de s. Sigisbert, roi d'Austrasie, troisième du nom, etc., volume dont il y a eu plusieurs éditions de 1722 à 1790, et dans lequel on trouve, avec beaucoup d'autres choses, des litanies particulières en l'honneur du roi d'Austrasie.

Le 31 octobre 1742, le chapitre de la Primatiale prit possession de son église définitive, qui est aujourd'hui la cathédrale de Nancy. La châsse de saint Sigisbert y fut solennellement transportée et placée au fond du sanctuaire, à une grande hauteur, dans l'intérieur d'un sarcophage, entre deux anges qui semblaient le soutenir, et au-dessous d'un troisième ange, tenant une couronne qu'il paraissait vouloir déposer sur les reliques. Lorsque l'on célébrait quelque cérémonie en l'honneur du saint, on descendait la châsse, au moyen de cordes et de poulies, pour la déposer sur un autel particulier ; et telle est l'origine de la locution familière aux Nancéiens : descendre saint Sigisbert ; ce qui veut dire invoquer sa protection. Plus tard, on crut remarquer que l'humidité de la muraille du sanctuaire endommageait la châsse, et on l'enferma dans l'intérieur du grand-autel, où on pouvait cependant l'apercevoir à travers une glace, sur laquelle était fixé un monogramme en argent ciselé, formé des lettres S et R. Derrière l'autel, une grille magnifique fermait la cavité où reposaient les reliques et permettait de les enlever, quand on le jugeait convenable[165].

Les choses restèrent en cet état jusqu'au moment de la Révolution ; mais, avant de rapporter les indignités commises à cette époque, il est nécessaire de dire un mot des modifications introduites dans l'office de saint Sigisbert. A une date que nous ne pouvons préciser, mais qui est antérieure à 1768[166], la fête du saint roi était passée dans la catégorie des doubles de première classe ou des fêtes les plus solennelles. Lorsque l'évêché de Nancy eut été créé, le culte de saint Sigisbert fut étendu à tout le diocèse, et sa fête fut classée, pour employer les termes de la nouvelle liturgie, parmi les solennelles majeures dans le diocèse, et parmi les annuelles dans la cathédrale elle-même. En même temps, l'évêque et le chapitre décidèrent qu'il serait composé un autre office du saint roi, et ils chargèrent de ce travail l'abbé Maigret, curé d'Agincourt, près de Nancy, qui passait pour écrire le latin avec pureté et pour avoir un certain talent poétique. Il s'acquitta de cette commission avec quelque succès, et le nouvel office fut imprimé dans les formats in-4° et in-12, pour être joint aux différentes éditions du bréviaire de Toul, dont le diocèse de Nancy avait conservé l'usage. L'abbé Maigret rédigea trois leçons, bien différentes des anciennes, et composa une prose et deux hymnes pour les premières et secondes vêpres.

Ajoutons que les chanoines de la Primatiale avaient obtenu, en 1757, l'autorisation de porter une croix pectorale, et que le revers de cette croix offrait l'effigie de saint Sigisbert.

La Révolution, qui a détruit tant de reliques et de monuments précieux, ne devait pas respecter non plus le corps et la châsse du patron de Nancy[167]. Les riches ornements d'argent qui couvraient la châsse furent arrachés par ordre des commissaires du gouvernement et portés à la monnaie. La châsse elle-même fut reléguée dans une des sacristies et livrée, en quelque sorte, à la discrétion de chacun. Le corps de saint Sigisbert se trouvait encore presque tout entier[168], et l'on n'en avait que rarement distribué des parcelles. A une date qui nous est inconnue, on avait détaché un os d'un bras ; on l'avait enfermé dans un reliquaire d'argent, en forme de bras, et l'on exposait habituellement cette relique à la vénération des fidèles. Les religieux de l'abbaye d'Orval avaient obtenu un fragment de côte, en 1696 ; deux parcelles avaient été données, en 1761, à Mesdames Adélaïde et Victoire, filles de Louis XV ; une côte avait été déposée dans la cathédrale de Metz, et un fragment de côte paraît avoir appartenu à la famille de Bassompierre[169]. Mais lorsque les fidèles se crurent libres de prendre ce qui était à leur bienséance, le corps de saint Sigisbert fut promptement disloqué. Il est heureux cependant que ce pieux empressement ait pu se satisfaire ; car bientôt après, en 1793, une troupe de forcenés envahit la sacristie où était la châsse. Ils enlevèrent ce qui restait du corps saint, le portèrent dans la cour d'une maison éloignée et le jetèrent dans les flammes d'un bûcher. Un médecin de Nancy (M. Simonin) obtint, sous prétexte d'études et de comparaisons anatomiques, la remise d'un avant-bras, qu'il sauva de la sorte, et lorsque le bûcher fut consumé, des personnes pieuses parvinrent à retirer des cendres quelques autres os, qu'elles conservèrent avec soin.

Quand l'exercice public du culte eut été rétabli, on rechercha avec soin toutes les portions des reliques de saint Sigisbert. M. le docteur Simonin et d'autres habitants de Nancy remirent les ossements qu'ils avaient sauvés ; et, comme l'ancienne châsse était trop dégradée pour qu'on pût la porter dans les processions et l'exposer décemment sur un autel ; comme elle était, d'ailleurs, beaucoup trop grande, eu égard au peu de reliques qui restaient, M. l'abbé Charlot, curé de la cathédrale, fit fabriquer, à ses frais, une châsse nouvelle, malheureusement bien médiocre, et cette châsse fut placée d'abord dans le tombeau vide, au fond du sanctuaire, puis dans une des chapelles qui s'ouvrent sur le collatéral septentrional.

La châsse contient aujourd'hui quatre côtes entières, trois fragments de côtes, une rotule, un os de la jambe, deux os des bras, un autre os et une omoplate, à laquelle sont attachés des muscles et des filaments charnus. La cathédrale de Metz possède encore la côte qu'elle avait obtenue autrefois. Une autre côte, maintenant rompue en deux morceaux, a été donnée à l'église paroissiale de Langatte par l'abbé Frimont, qui avait sauvé cette relique, au commencement de la Révolution, lorsqu'il remplissait les fonctions de vicaire épiscopal de l'évêque constitutionnel de la Meurthe. Divers fragments d'os et même des morceaux de chair sont gardés chez des particuliers et dans plusieurs églises, notamment à Bouxières-aux-Dames, à Saulxures-lès-Nancy, à Favières, et dans la maison-mère des sœurs de la doctrine chrétienne.

L'office de l'abbé Maigret fut réimprimé dans l'édition du bréviaire de Nancy donnée sous l'épiscopat de Mgr d'Osmond, et le nom de Sigisbert fut inséré clans les litanies des saints, immédiatement après celui de saint Roch. Il est bon d'ajouter que la dévotion envers le saint roi est toujours très-vive tant à Nancy, que dans plusieurs autres parties du diocèse ; on l'invoque principalement pour obtenir la cessation des temps funestes aux biens de la terre[170] ; son nom est imposé comme prénom à beaucoup d'enfants, et les chanoines de la cathédrale ont fait mettre son effigie sur les croix pectorales qu'ils portent maintenant, comme Ies membres de l'ancien chapitre.

La fête de saint Sigisbert fut introduite dans le diocèse de Metz, après le Concordat et sous l'épiscopat de Mgr. Jauffret, mais seulement comme semi-double (semi-duplex), et l'office entier était celui du commun des justes (de communi justorum), à l'exception des seconde et troisième leçons de matines, qui renferment une vie de saint Sigisbert, dont le rédacteur a évité une faute de chronologie commise par l'abbé Maigret[171].

Le rétablissement de la liturgie romaine dans les diocèses de Nancy et de Metz n'a amené que peu de changements relativement à l'office de saint Sigisbert. Sa fête, que l'on célèbre le dernier dimanche de janvier, est double de première classe, avec octave, dans la ville de Nancy, et double de seconde classe dans le diocèse. L'office de l'abbé Maigret a été conservé presqu'intégralement, et on y a même laissé, sans doute par respect pour la mémoire de cet ecclésiastique, la faute de chronologie que nous avons signalée. A Metz, la fête est double, et l'office est celui d'un confesseur non pontife, à l'exception des quatrième, cinquième et sixième leçons de matines, lesquelles sont à peu près les mêmes qu'à Nancy, d'une oraison, et d'un léger changement dans l'hymne Iste Confessor (3)[172].

Cette note sur le culte et les reliques de saint Sigisbert ne serait pas complète, si nous ne mentionnions ses biographies et les principaux tableaux qui le représentent. Nous avons déjà cité les deux opuscules de Sigebert de Gemblours : Vita sancti Sigeberti, regis Francorum ; Historia translationis primœ et miraculorum sancti Sigeberti ; ainsi que l'Historia translationis secundœ, par un anonyme, et nous avons dit que ces trois écrits ont été publiés par les Bollandistes, qui y ont joint une dissertation très-étendue sur le règne du saint roi. Les ouvrages modernes sont au nombre de quatre.

Histoire de la vie de St. Sigisbert roy de Metz et D'austrasie, conprenant Plusieurs singuliaritez du Duché, et de la Ville de Nancy Capitale de Lorraine, par Georges Aulbery Secrétaire à feu son Altesse (Charles III) ; Nancy, Jacob Garnich, 1617, petit in-8° de 241 pages, plus 3 pages et 7 feuillets non chiffrés.

Miracles de s. Sigisbert roy d'Avstrasie (probablement par Aulbery) ; Nancy, 1616, petit in-8° de 14 feuillets non chiffrés.

Histoire fidelle de St. Sigisbert XII. roy d'Austrasie, et IIIe du nom, avec un abregé de la vie du roy Dagobert son fils. Le tout tiré des antiquités Austrasiennes, par le R. P. Vincent de Nancy Religieux du tiers ordre de Saint François ; Nancy, René Charlot et Pierre Deschamps, 1702, petit in-8° de 275 pages, plus 27 pages non chiffrées. Cet ouvrage a donné lieu entre les Pères Hugo et Benoît Picart à une polémique très-vive, que nous nous bornons à rappeler.

Histoire de la vie de saint Sigebert, roy d'Austrasie, troisième du nom, par le R. P. Nicolas Frizon de la compagnie de Jésus ; Nancy, J.-B. Cusson, 1726, petit in-8° de 272 pages.

Les représentations de saint Sigisbert sont assez communes. La cathédrale de Nancy possède deux immenses tableaux de Claude Charles, offrant le couronnement du roi d'Austrasie, et le même prince servant un grand nombre de pauvres assis à une table. On voit aussi dans la même cathédrale, au-dessus de l'autel de saint Sigisbert, un troisième tableau, de moindres dimensions, mais attribué également à Claude Charles, et représentant le saint monarque intercédant pour la ville de Nancy. D'autres tableaux, dont le sujet est le même, sont conservés dans l'église de Sainte-Hélène (diocèse de Saint-Dié) et dans diverses collections particulières. Enfin, on a publié, dans le siècle dernier, une assez grande et belle gravure, qui nous montre saint Sigisbert agenouillé sur un nuage, et suppliant la Sainte Vierge de protéger Nancy, dont on aperçoit, sur le dernier plan, les clochers et les remparts[173].

 

NOTE XXXII. — SUR LE LIEU OÙ DAGOBERT II FUT DÉPORTÉ.

 

Dagobert II ayant été renvoyé dans la Gaule par saint Wilfridus, métropolitain d'Eboracum (Yorck), plusieurs écrivains ont pensé que le jeune prince avait été conduit par Diddo dans le nord de l'île de Bretagne, et non en friande, et ils se sont appuyés, pour défendre leur opinion, sur le mot Scotia que l'auteur du Gesta regum Francorum[174] et Sigebert de Gemblours[175] ont employé pour désigner le lieu de l'exil de Dagobert. Mais le moine Edd, qui a écrit la vie de saint Wilfridus, dont il était contemporain, dit formellement que le prince mérovingien fut déporté en Irlande : Daegbert.... navigando ad Hiberniam insulam, Deo juvante, pervenit[176]. Il faut, d'ailleurs, faire observer que, pendant plusieurs siècles, on s'est servi des mots Scotia et Scoti pour désigner l'Irlande et ses habitants, et si le nom de Scotia a fini par être donné à la partie septentrionale de l'île de Bretagne, cela tient uniquement à ce que cette région a été colonisée par des scoti venus de l'Irlande. Porphyre, cité par saint Jérôme, appelle les habitants de cette contrée Scoticœ gentes[177], et Claudien, parlant de leurs déprédations, s'exprime ainsi :

Me juvit, Stilicho, totam cum Scotus Iernen

Movit, et infesto spumavit remige Tethys[178] ;

et ailleurs :

Scotorum cumulos flevit glacialis Ierne[179].

On lit dans saint Isidore de Séville : Scotia eadem et Hibernia ; cujus partes priores Iberiam intendunt, unde et Hibernia dicta : Scotia autem, quod ab Scotorum gentibus colitur, appellata[180]. Enfin, le vénérable Bède confirme la même vérité, en disant : Hœc autem (Hibernia) proprie patria Scotorum est[181].

 

NOTE XXXIII. — SUR LE NOM DU MONASTÈRE DE SURBOUR.

 

On suppose généralement que le monastère de Surbour fut ainsi appelé parce qu'il était à peu de distance de la petite rivière de Sura, et on croit que Surbour signifie bourg de la Sura. Mais nous ne voyons pas trop pourquoi un monastère aurait pris le titre de bourg, et, d'un autre côté, le nom de cette abbaye s'écrit ordinairement Surbour, et non Surbourg ; d'où on doit conclure qu'il faut lui chercher une autre étymologie. N'est-il pas possible de retrouver dans ce nom, comme dans celui d'Ebersmünter, une allusion à l'évènement qui engagea Dagobert II à faire de riches donations à saint Arbogastus ? On voyait autrefois sur le sommet du Donon, une des hautes montagnes de la chaîne des Vosges, un bas-relief gallo-romain, représentant le combat d'un chien et d'un sanglier[182]. Au-dessous du premier on lit le mot BELLIC°VS, bien propre à caractériser un chien de chasse, et au-dessous du sanglier le mot SVRBVR. Ce dernier terme, lequel n'est pas sans analogie avec le substantif latin sus, que l'on employait en parlant du porc, doit être un mot gaulois, qui servait à désigner le sanglier. Nous ne serions donc pas éloigné de croire que saint Arbogastus a donné à ses deux monastères, Surbour et Ebersmünster, des dénominations rappelant le sanglier qui fut la cause indirecte de la fondation ou de la dotation de ces pieuses retraites.

 

NOTE XXXIV. — SUR LE CULTE ET LES RELIQUES DE SAINT DAGOBERT.

 

L'infortune qui accompagna Dagobert II dans son enfance et sa jeunesse, et qui ne le quitta pas pour ainsi dire pendant son règne court et agité, l'infortune le poursuivit encore après la fin de sa carrière, si toutefois on peut tenir ce langage en parlant d'un homme que la reconnaissance des peuples a placé, avec l'assentiment tacite de l'Eglise, au nombre des bienheureux.

Une relation fort ancienne, copiée dans le cartulaire de l'abbaye de Gorze, nous apprend que le corps de saint Dagobert fut d'abord inhumé dans une petite basilique, construite à Stenay et dédiée à saint Remi. Les choses demeurèrent en cet état pendant cent quatre-vingt-treize ans ; mais en 872 le roi Charles-le-Chauve, accompagné d'Hincmar métropolitain de Reims, fit exhumer les restes mortels du roi d'Austrasie, les enferma dans une châsse et les transporta dans une église, qu'il venait d'élever, et où il établit un collège de chanoines. L'auteur de la relation emploie un terme : le mot inventio[183], duquel il semble résulter qu'à cette époque on ne savait pas trop dans quel endroit de l'ancienne église reposait le corps de saint Dagobert ; néanmoins, il n'est guère vraisemblable que l'on ait jamais oublié le lieu de la sépulture d'un roi dont la mémoire était restée en si grande vénération. Le diplôme que Charles-le-Chauve donna pour la fondation de la collégiale nous aurait, sans doute, fourni les lumières qui nous manquent ; mais ce diplôme est perdu, et nous apprenons seulement dans un autre diplôme, émané de Ragenarius ou Reinier duc bénéficiaire de Lorraine, que Charles-le-Chauve s'était décidé à rebâtir l'église de Stenay et à fonder un chapitre, parce que ce lieu et tout le pays voisin avaient été préservés miraculeusement des ravages des Normands, grâce à la protection du saint roi[184].

Les chanoines ne cherchèrent pas, malheureusement, à marcher sur les traces de Dagobert, et, dans la seconde moitié du XIe siècle, leur vie était devenue si mondaine, que, en 1069, Godefroy-le-Barbu, duc de la Basse-Lorraine, et sa femme Béatrix, auxquels appartenait la petite ville de Stenay, se décidèrent, après avoir pris l'avis de Conrad archevêque de Trèves, à les expulser. Ils donnèrent l'église, avec tous ses biens, à Henri abbé de Gorze, et ils y ajoutèrent même plusieurs possessions nouvelles, entr'autres l'église de Mouzay. Henri s'empressa d'envoyer à Stenay une colonie de ses religieux, et la collégiale Saint-Dagobert se trouva transformée en un prieuré, qui dépendit de l'abbaye de Gorze jusqu'au XVIe siècle[185]. Cette possession ne fut pas cependant toujours paisible ; et, peu d'années après la mort de Godefroy-le-Barbu, Arnulfus ou Arnoul, comte de Chiny, profita du malheur des temps pour s'approprier les domaines du prieuré. Mais, en 1093, Godefroy de Bouillon, neveu de Godefroy-le-Barbu, contraignit l'usurpateur à restituer tout ce qu'il avait pris[186].

Nous n'avons guère d'autres renseignements sur l'histoire du prieuré de Stenay, et nous en savons moins encore sur les honneurs rendus au saint roi. On peut croire que son culte resta d'abord presqu'entièrement concentré dans le prieuré lui-même ; plus tard, il gagna quelques églises voisines, notamment celle de Longwy, qui, à une époque ignorée, choisit saint Dagobert pour patron[187] ; enfin, ce culte fut étendu, mais sous la forme d'une simple mémoire, à tout le diocèse de Verdun. Le missel imprimé en 1554, par ordre de l'évêque Psaulme, offre, au 10 septembre, une mémoire de saint Dagobert, martyr[188] ; et le bréviaire publié, six années après, par les soins du même prélat, marque au 4 avant les ides de septembre (10 septembre) la fête du saint roi, avec la mention 3 lect.[189].

Nous ferons, à cet égard, deux remarques : L'introduction

d'une mémoire ou d'un office de saint Dagobert dans la liturgie verdunoise est un fait de nature à corroborer la prétention des évêques de Verdun, qui ont toujours réclamé les villes de Stenay et de Longwy, comme séparées de leur diocèse au profit de celui de Trèves, dans lequel le culte du roi d'Austrasie ne s'est, en effet, jamais répandu ; 2° la fête de saint Dagobert ne se célébrait pas le 10 avant les calendes de janvier, c'est-à-dire le 23 décembre, mais au mois de septembre. Le missel et le bréviaire que nous citions tout-à-l'heure la marquent au 4 avant les ides de septembre (10 septembre), et la relation contenue dans le cartulaire de Gorze place au même jour l'inventio et la translation du corps de saint Dagobert ; néanmoins, Hadrien de Valois dit formellement que la fête avait lieu dans tout le diocèse de Verdun le 4 avant les nones, c'est-à-dire le 2 septembre[190] ; c'est à ce même jour qu'elle est fixée par la plupart des martyrologes, et le P. Vincent, témoin oculaire, assure que de nombreux pèlerins venaient à Stenay invoquer le roi d'Austrasie, le jour de l'ascension et le 2 septembre[191].

Quoiqu'il en soit, on doit reconnaître que le culte de saint Dagobert n'était pas sans notoriété. Quantité de personnes donnaient à leurs enfants le nom du saint roi ; plusieurs gentilshommes des environs de Stenay demandèrent à être inhumés dans l'église où reposaient ses restes[192] ; et, à une époque inconnue, on substitua à l'ancienne châsse une châsse nouvelle, couverte de plaques d'argent ciselées et de fleurs de lys d'or : genre de décoration qui prouve combien l'on était persuadé que le martyr honoré à Stenay était bien un roi de France, comme on disait alors, et ainsi que l'ont pensé Mabillon[193], le P. Longueval[194] et les Bollandistes[195] et non un personnage obscur, comme Pagi[196] et Dom Bouquet[197] ; l'ont soutenu plus tard.

Telle était la situation du prieuré de saint Dagobert, lorsque la ville de Stenay fut surprise, en 1591, par Henri de la Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, qui venait d'épouser Charlotte de la Marck, duchesse de Bouillon. Ses soldats, qui étaient tous calvinistes, comme lui-même, commirent à Stenay mille profanations. L'église du prieuré fut livrée au pillage ; la châsse fut dépouillée de ses ornements, et les reliques furent jetées, partie dans le feu et partie dans un puits profond. La ville de Stenay fut reprise, en 1593, par le duc de Lorraine, et on s'occupa aussitôt de réparer les dégâts dont le prieuré avait eu à souffrir. L'église fut restaurée ; on rétablit les autels ; quelques habitants fournirent des renseignements sur le sort des reliques, et celles qui avaient été précipitées dans un puits en furent retirées et enfermées dans une nouvelle châsse. On pouvait croire que le prieuré allait renaître, en quelque sorte, de ses ruines ; mais, Charles Ill ayant ordonné de construire une citadelle à Stenay, on fut obligé de démolir l'église bâtie par Charles-le-Chauve. On éleva dans la citadelle une chapelle assez modeste, où la châsse fut transportée. Peu de temps après, le gouverneur fit observer qu'il était contraire aux règles (le la prudence de laisser pénétrer dans cette forteresse de nombreuses processions, en général composées d'inconnus, et, sur sa demande, les reliques furent partagées entre l'église paroissiale et la chapelle de la citadelle, afin que les pèlerins n'entrassent plus dans cette dernière. Quelques années plus tard, le prieuré lui-même fut supprimé par union à la Primatiale de Nancy, et ses biens, dont le revenu était alors d'environ quinze mille livres, contribuèrent à former la dotation du nouveau chapitre[198].

Pendant les XVIIe et XVIIIe siècles, le culte de saint Dagobert n'éprouva aucun changement notable. Les pèlerins devinrent moins nombreux, à mesure que la foi s'affaiblissait ; mais lorsqu'un temps fâcheux mettait les récoltes en péril, on portait processionnellement dans les rues de la ville la châsse du saint roi, comme on en avait l'usage depuis plusieurs siècles. La Révolution n'a pas épargné les reliques de saint Dagobert. Elles disparurent complètement à cette époque ; la chapelle de la citadelle fut vendue comme bien national et entièrement défigurée ; le saint roi n'est l'objet d'aucun culte dans l'église paroissiale de Stenay ; c'est à peine si les personnes âgées en ont gardé quelque souvenir, et nous n'avons pu retrouver son office.

La présente note serait incomplète, si nous ne rappelions que la mémoire de Dagobert II s'était conservée précieusement dans les monastères alsaciens qu'il avait fondés ou dotés, et même que son fils Sigisbert V y avait été mis au nombre des saints. Telle est, du moins, l'opinion de Schœpflin ; Grandidier mentionne le culte rendu à Dagobert dans la collégiale de Haslach, où l'on a longtemps montré le manuscrit d'un ancien office du roi d'Austrasie, et on peut conjecturer qu'il était honoré également dans les abbayes de Surbour, d'Ebersmünster et de Wissembourg[199].

 

NOTE XXXV. — SUR LES EUNUQUES DE VERDUN.

 

Il est impossible de prouver d'une manière directe que les rois Francs aient entretenu des eunuques ; mais si l'on pèse mûrement les considérations suivantes, on ne pourra guère refuser de l'admettre.

Les empereurs romains avaient rempli leurs palais d'eunuques à une époque assez reculée. Ces personnages, regardés d'abord avec mépris, finirent par jouer le rôle le plus important, et Constance leur assura le droit, qu'ils n'avaient pas primitivement, de disposer par testament de leurs immenses richesses. Le gain considérable que la vente des eunuques procurait aux négociants qui s'occupaient d'un pareil trafic avait fini par augmenter notablement le nombre de ces malheureux. D'un autre côté, des hommes puissants ne craignaient pas de soumettre plusieurs de leurs esclaves à une opération cruelle, soit pour les employer à la garde de leurs concubines, soit pour les vendre plus avantageusement. L'empereur Constantin-le-Grand, voulant mettre fin à de pareilles horreurs, prononça la peine de mort contre l'auteur de la mutilation et confisqua l'esclave au profit du domaine[200]. Plus tard, Justinien Ier décida que l'esclave mutilé serait mis en liberté, quand même on alléguerait une maladie comme prétexte de l'opération ; il donna même à cette mesure un effet rétroactif, et il invita les évêques à se concerter avec les magistrats afin d'assurer l'exécution de la mesure[201]. Malheureusement, toutes ces prescriptions ne protégeaient que les esclaves des sujets de l'Empire ; l'importation des eunuques étrangers resta permise, et le fisc continua de percevoir sur eux l'impôt du vingtième[202]. Les empereurs, qui défendaient à leurs sujets de faire des eunuques, en alléguant que l'opération était souvent mortelle, encourageaient indirectement l'importation de ces infortunés, en en faisant acheter un grand nombre pour le service du palais, et il leur est arrivé trop souvent de faire subir une pareille mutilation à leurs ennemis et, à des compétiteurs qu'ils avaient vaincus.

Tous ces faits expliquent comment un trafic, condamné à-la-fois par la religion chrétienne et par la législation impériale, a pu durer si longtemps, et comment nous trouvons, au cœur même de l'Austrasie, des négociants qui, au vu et su de tout le monde, importaient et exportaient des eunuques étrangers. Nous disons étrangers, parce qu'il est, en effet, hors de toute vraisemblance qu'il y ait eu à Verdun même une fabrique d'eunuques, si l'on ose employer une telle expression.

Les marchands verdunois devaient s'approvisionner dans deux contrées, avec lesquelles les Gallo-Romains et les Francs entretenaient alors de fréquentes relations : l'île de Bretagne et le pays des Slaves. Le commerce que la Gaule faisait avec les Anglo-Saxons de la Bretagne est prouvé par un passage de la vie de saint Wilfridus[203], et on voit dans la vie de sainte Bathildis qu'une des branches de ce trafic était l'exportation des esclaves[204]. Au Xe siècle, le commerce de ces misérables était encore en pleine activité entre l'Angleterre et l'Irlande, et le port de Bristol en était l'entrepôt principal. Nous avons parlé, dans le chapitre XII, des relations qui existaient entre les Gallo-Romains et les Slaves, et il est inutile d'y revenir ; mais nous devons placer ici une observation bien propre à jeter du jour sur la nature du négoce dont il s'agit. Les marchands de Verdun, qui, sans doute, approvisionnaient d'eunuques les palais des rois Wisigoths et des principaux seigneurs d'Espagne, continuèrent à en transporter dans ce pays, même après qu'il eut été conquis par les Sarrasins. Or, les auteurs arabes attribuent à presque tous les esclaves une origine slave et les appellent du nom général de saclabi, dont l'étymologie ne laisse aucune incertitude[205].

D'après ces écrivains, le commerce des eunuques était devenu si considérable en Espagne, que l'on faisait présent de l'un d'eux, comme on donne maintenant un cheval ou un objet quelconque, et il suffit, pour se convaincre de l'importance du trafic dont nous parlons, de relire le fameux passage de Luitprand, sur lequel re, pose toute notre discussion. L'historien rapporte que, ayant été envoyé en ambassade vers l'empereur d'Orient Nicéphore-Phocas par Bérenger II roi d'Italie, il offrit à l'empereur les présents de ce dernier, entre lesquels figuraient quatuor carsamatia ; et il ajoute immédiatement — on nous dispensera de traduire — : Carsamatium autem Grœci vocant, amputatis virilibus et virga, puerum eunuchum : quos Verdunenses mercatores, ob immensum lucrum, facere solent, et in Hispaniam ducere[206]. Ce passage mériterait plusieurs observations ; mais nous n'en ferons que deux : 1° Luitprand ne dit pas que l'industrie des marchands de Verdun fût nouvelle, et son silence porte à croire qu'elle remontait déjà à une époque assez reculée ; 2° nous ne sommes nullement disposé à croire qu'ils pratiquassent eux-mêmes l'horrible opération dont il est question dans le texte ; car les mots amputatis virilibus et virga, employés par Luitprand, ne permettent pas de douter que les eunuques dont les négociants de Verdun trafiquaient alors ne fussent absolument privés des organes de la génération, et le mot carsamatium, dont les Grecs se servaient pour les désigner, ne nous en donne pas une idée différente[207].

Du Cange[208] et Ménage[209] reconnaissent que l'on n'a pu jusqu'à présent assigner à ce mot une étymologie satisfaisante. Toutefois, il ne nous semble pas impossible de lui en trouver une. Ainsi que nous l'avons fait observer, les expressions employées par Luitprand ne peuvent s'appliquer qu'à un eunuque complet. Or, un eunuque de cette espèce peut bien avoir été appelé rogné ; car tel paraît être le vrai sens du terme grec καρσαμάτιον, que Luitprand s'est borné à transcrire, en lui donnant la forme latine carsamatium, mais en avertissant que c'est un mot grec. Καρσαμάτιον vient évidemment du substantif ή κάρσις, τής κάρσεως, qui exprime l'action de tondre, de rogner, de couper ; et ce substantif appartient à la même racine que le verbe κείρω, lequel signifie je tonds, je coupe, je retranche. Dans le mot καρσαμάτιον, καρσα est le radical, et μάτιον est un suffixe d'une nature particulière, dont on pourrait citer plusieurs exemples. Nous nous contenterons du suivant : le verbe έω, je revêts, est le radical du substantif τό εϊμα, τού εϊματος, vêtement, lequel substantif donne lui-même naissance à un autre substantif : τό ίμάτιον, τοϋ ίμάτιου, lequel veut dire un vêtement, un manteau. Le mot καρσαμάτιον signifie donc littéralement un coupé, un châtré. C'est évidemment un terme analogue au castratus des Latins, et Luitprand ne l'a employé que pour faire parade de son érudition dans la langue grecque[210].

Cette digression philologique, bien qu'elle ne soit pas étrangère à notre sujet, nous en a un peu écarté, et il est temps d'y revenir, mais pour ajouter un mot seulement. Les écrivains des Ve, VIe et VIIe siècles ne définissent pas d'une manière très-claire les attributions des nombreux eunuques du palais impérial, et ne disent pas quelle était leur organisation. La Notitia Imperii fait figurer, à la vérité, parmi les dignitaires des palais impériaux d'Orient et d'Occident un Castrensis Sacri Palatii, et un antiquaire malavisé, et peu familier avec le latin, avait cru remarquer une certaine analogie entre le mot Castrensis et les expressions employées vulgairement pour désigner les eunuques. Il avait donc supposé que le Castrensis Sacri Palatii était le chef de ces derniers, et que ceux-ci étaient parfois appelés ministeriales, parce que la Notitia Imperii mentionne, au nombre des officiers du palais, les ministeriales dominici, lesquels étaient placés sous les ordres du Castrensis ; et, par une conjecture nouvelle, l'antiquaire dont nous parlons était tout disposé à croire que le terme ministerialis, si souvent usité dans les textes du VIe siècle et du VIIe, devait quelquefois marquer un des eunuques du palais mérovingien. Le même antiquaire citait, à l'appui de son explication du mot castrensis, le vers suivant de Corippus :

Adfuit obsequio castrorum turba virorum[211] ;

lequel prouve seulement que les Romains avaient, pour désigner les eunuques, un mot que les lexicographes ont négligé à tort ; car on ne peut admettre que castrorum tienne la place de l'adjectif castorum.

 

FIN DU TOME TROISIÈME

 

 

 



[1] V. p. 62.

[2] V. Mémoires de l'académie des inscriptions, 1re série, t. XIII, p. 467 et 468.

[3] V. Revue numismatique, année 1854, p. 318, 319 et 359, et planche XIV, n° 8.

[4] V. Revue numismatique, année 1838, p. 432 et suiv.

[5] V. ibid., année 1850, p. 198-202.

[6] V. Valois, Notitia Galliarum, p. 602.

[7] V. Revue numismatique, année 1854, p. 51 et suiv.

[8] Sainte-Agathe-des-Goths.

[9] V. Du système monétaire des Francs sous les deux premières races, dans la Revue numismatique, année 1837, p. 406-437.

[10] V. Etudes sur l'époque mérovingienne, t. III, p. 150 et suiv., et Revue numismatique, passim.

[11] M. Guérard n'est pas cependant d'accord sur tous les points avec M. de Pétigny.

[12] V. Etudes sur l'époque mérovingienne, t. III, p. 193-203.

[13] V. Revue numismatique, année 1855, p. 262-267.

[14] Le mémoire de M. Thomas est inséré dans la Normandie souterraine de M. l'abbé Cochet.

[15] V. Hist. Franc., lib. II, c. 40.

[16] V. Grégoire de Tours, ibid., lib. III, c. 11.

[17] V. idem, ibid., c. 13.

[18] V. idem, ibid., c. 15.

[19] V. idem, ibid., c. 34.

[20] V. De gloria Confessorum, c. 79.

[21] V. De gloria Martyrum, c. 72.

[22] V. la lettre de Mappinius, dans Du Chesne, t. I, p. 860.

[23] V. Grégoire de Tours, ibid., lib. IX, c. 9.

[24] V. ce pactum (art. 6), dans Pardessus, t. I, p. 167.

[25] V. Grégoire de Tours, ibid., lib. VI, c. 42.

[26] V. idem, ibid., lib. X, c. 4.

[27] V. idem, ibid., c. 3.

[28] V. Vita sancti Arnulfi, Metensis episcopi, n° 14, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.

[29] V. Vita sancti Amati, abbatis Habendensis, auctore monac anonymo suppari, n° 21, ibid.

[30] V. ibid., n° 28.

[31] V. Vita sancti Sereni, dans Du Chesne, t. I, p. 655.

[32] V. la lettre de saint Gericus, ibid., p. 886.

[33] V. le testament d'Adalgise, dans les Mémoires de la société philomatique de Verdun, t. III, p. 344.

[34] V. Gesta Dagoberti regis, n° 47, dans Du Chesne, t. I, p. 586.

[35] V. ce diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 408.

[36] V. Vita sancti Corbiniani, episcopi Frisingensis, c. 21, dans Mabillon, Acta ss., sæc. III, part. I. V. aussi Lex Bajuvariorum, tit. III, c. 14, art. 2 et 3.

[37] V. Vita sancti Wilfridi, episcopi Eboracensis, auctore Eddio, c. 26, dans Mabillon, ibid., sæc. IV, part. I, à la fin.

[38] V. Code Théodosien, lib. IX, tit. XXIII, c. 2.

[39] V. Germanie, n° 5.

[40] Quelques numismates ont pensé que cette opération avait été faite à t'aide d'une lime, et à l'effet de reconnaître si les deniers étaient en bon argent ; mais on conserve dans les collections nombre de deniers, consulaires garnis, sur le bord, d'une dentelure ou d'un feston, qui ressemble un peu aux dents d'une scie. Sous le consulat de L. Scipio Asiagenes, on a frappé des deniers de ce genre, dont le poids et le métal ne laissent rien à désirer. V. Description générale des monnaies de la république romaine, par H. Cohen, p. XXXVII, XXXVIII, et passim.

[41] Le type du bige est très-commun sur les deniers consulaires.

[42] V. Chifflet, Anastasis Childerici, p. 38 et 270 ; Le tombeau de Childéric, par M. l'abbé Cochet, p. 412 et suiv.

[43] V. Lex Salica, tit. XLIII, art. 1.

[44] V. tit. VII.

[45] V. tit. I, tit. XXXIV, art. 1, tit. XXXV, art. 2 et 3, tit. XXXVI, et passim.

[46] V. tit. XXXII, art. 1, tit. XLI, art. 1, tit. XLII, art. 2 et 3, tit. XLIII, et passim.

[47] Fonds latin, n° 4404 et 4629 ; supplément latin, n° 215.

[48] V. ce capitulaire, dans les Capitularia de Baluze, édit. Chiniac, t. I, col. 351.

[49] V. ce capitulaire, n° 9, ibid., col. 390.

[50] V. Etudes sur la période mérovingienne, par M. de Pétigny, t. III, p. 359, 384, 385, 445 et 449.

[51] V. tit. XXXVI, art. 11.

[52] C'est ici le lieu de faire observer que les rois d'Austrasie n'ont frappé qu'un très-petit nombre de monnaies d'argent, et dans un amas de cent cinquante-huit deniers mérovingiens découvert, il y a quelques années, à Plassac, près de Blaye, il n'y avait pas un seul denier austrasien. V. Revue numismatique, année 1851, p. 19-26.

[53] V. tit. VIII, cap. 2, art. 3.

[54] V. le testament de saint Remi, dans Pardessus, t. I, p. 83.

[55] V. Histoire de la ville épiscopale et de l'arrondissement de Saint-Dié, par M. Gravier, p. 26-28 et 32.

[56] V. ce passage du testament apocryphe, dans Pardessus, t. I, p. 85, ou dans Flodoard, Historia Romensis ecclesiœ, lib. I, c. 18.

[57] V. Macrobe, Saturnalia, lib. VII, c. 7.

[58] V. Hist. Franc., lib. II, c. 5.

[59] V. Chifflet, Anastasis Childerici ; Le tombeau de Childéric Ier, par M. l'abbé Cochet.

[60] V. Grégoire de Tours, De gloria Confessorum, c. 58 et 59.

[61] V. Marlot, Metropolis Remensis Historia, t. I, p. 202.

[62] V. Grégoire de Tours, ibid., c. 80.

[63] V. idem, Hist. Franc., lib. X, c. 31.

[64] V. idem, De gloria Confessorum, c. 94 ; Vitœ Patrum, c. XVII, n° 5.

[65] V. idem, Vitœ Patrum, c. IV, n° 5, c. VI, n° 7.

[66] V. idem, ibid., c. VII, n° 3.

[67] V. Vita sancti Sindulfi, confessoris, n° 10, dans Mabillon, Acta ss., sæc. I.

[68] V. De gloria Martyrum, c. 89.

[69] V. Hist. Franc., lib. VIII, c. 21 ; v. aussi c. 40.

[70] V. ibid., lib. IX, c. 42.

[71] V. Vita sancti Amati, abbatis Habendensis, n° 25 et 29, dans Mabillon, ibid., sæc. II.

[72] V. Vita sanctœ Gertrudis, abbatissœ Nivialensis primœ, c. 5 et 6, ibid.

[73] V. Marlot, Metropolis Remensis Historia, t. I, p. 114.

[74] V. Inscriptions chrétiennes de la Gaule, par M. le Blant, t. I, p. 470-475.

[75] V. Grégoire de Tours, Vitœ Patrum, c. XVII, n° 4.

[76] V. Vita sancti Joannis, abbatis Reomaënsis, n° 14, dans Mabillon, Acta ss., sæc. I.

[77] V. Inscriptions chrétiennes de la Gaule, par M. le Blant, t. I, p. 298 et 471.

[78] V. De excessu fratris sui Satyri, dans l'édit. des Bénédictins, t. II, col. 1118.

[79] V. différents mémoires relatifs à ce cimetière, dans le Journal de la société d'archéologie lorraine, année 1852, p. 22-63.

[80] Ce cimetière a été découvert au mois de mai 1858, lorsqu'on a fait des fouilles pour agrandir l'église de Sion.

[81] V. le même Journal, année 1857, p. 235-235, année 1858, p. 103 et 104.

[82] V. un diplôme de Pibon évêque de Toul (ann. 1076) dans Calmet, Hist. de Lorraine, 1re édit., t. I, preuv., col. 475 et 476.

[83] V. Vita sancti Germani, episcopi Autissiodorensis, auctore Constantio, lib. II, c. 1.

[84] V. Héric, Miracula sancti Germani, lib. I, c. 46.

[85] V. la note X, à la fin de notre tome II.

[86] V. Bulletin du comité de la langue, de l'histoire et des arts de la France, t. IV, p. 45 et 46.

[87] V. Publications de la société pour la recherche et la conservation des monuments historiques dans le grand-duché de Luxembourg, t. V, p. 45 et suiv.

[88] V. Mémoires de l'académie de Metz, année 1843, p. 12, année 1844, p. 256.

[89] V. notamment De gloria Confessorum, c. 17, 41, 66 et 72.

[90] V. Mém. de l'académie de Metz, ibid.

[91] V. Meurisse, Histoire des évesqves de l'église de Metz, p. 101.

[92] V. Histoire de Metz, par deux bénédictins, t. I, p. 448.

[93] V. De gloria Confessorum, c. 42.

[94] V. Vita sanctœ Willibrordi, episcopi Trajectensis-ad-Rhenum, c. 25, dans Mabillon, Acta ss., sæc. III, part. I.

[95] V. Vita sanctœ Gertrudis, abbatissœ Nivialensis, c. 6, ibid., sæc. II.

[96] V Vita sancti Landeberti, episcopi Trajecti-ad-Mosam, n° 11, ibid.

[97] V. Grégoire de Tours, De gloria Confessorum, c. 102.

[98] V. Cours d'antiquités monumentales, par M, de Caumont, t. VI, p. 242 à 251, et planche LXXXV.

[99] V. Mémoires de l'académie des inscriptions, 2e série, t. XVII, p. 75.

[100] V. Bulletins de la société d'archéologie lorraine, t. VI, p. 21 et suiv.

[101] V. aussi Lex Salica, tit. XVII, art. 4.

[102] V. Cassiodore, Epistolœ, lib. II, 19.

[103] V. Mémoires de l'académie des inscriptions, 1re série, t. III, Hist., p. 273 et suiv.

[104] V. Mémoires de l'académie des inscriptions, 1re série, t. XXV, Hist., p. 129 et suiv.

[105] V. ibid., 2e série, t. I, Hist., p. 19 et suiv. Telle peut être l'origine du nom de quelques-uns des villages appelés Cercueil, Cerqueux et Sercœur.

[106] V. Vita sancti Frodoberti, abbatis Cellensis, c. 6, dans les Bollandistes, au 8 janvier.

[107] V. Mémoires de l'académie de Metz, année 1844, p. 254.

[108] V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. IV, c. 31.

[109] V. tit. XVII, art. 4.

[110] V. Vita sanctœ Berlendis, virginis Merbeccœ, n° 15, dans Mabillon, Acta ss., sæc. III, part. I.

[111] V. Vita sancti Arnulfi, Metensis episcopi, n° 23, ibid., sæc. II.

[112] V. Vita sancti Romarici, abbatis Habendensis, n° 12 et 14, ibid.

[113] V. Vita sancti Adelphii, abbatis Habendensis, n° 6 et 9, ibid.

[114] V. Vita sancti Corbiniani, episcopi Frisingensis, c. 35, ibid., sæc. III, part. I.

[115] Elle est aujourd'hui déposée dans la bibliothèque publique de cette ville.

[116] V. Vita sancti Amati, abbatis Habendensis, n° 25, dans Mabillon, ibid., sæc. II.

[117] Le mot urna est, d'ailleurs, employé dans quelques inscriptions funéraires, notamment dans celle de saint Entropius, évêque d'Arausio (Orange), avec le sens de sarcophage.

[118] V. Inscriptions chrétiennes de la Gaule, par M. le Blant, t. I, p. 426 et suiv., 454, 455, 460 463, 487 et 488.

[119] V. idem, ibid., passim ; Hontheim, Prodromus Historiœ Trevirensis, t. I, p. 208 ; Mémoires de la société philomatique de Verdun, t. III, p. 221. V. aussi le troisième continuateur de Frédégaire, c. 110.

[120] V. Inscriptions chrétiennes de la Gaule, par M. le Blant, t. I, p. 569-571.

[121] V. Vita sancti Sindulfi, confessoris, n° 10, dans Mabillon, Acta ss., sæc. I.

[122] V. Vita sancti Amati, abbatis Habendensis, n° 25, ibid., sæc. II.

[123] V. M. le Blant, ibid., p. 92.

[124] Plusieurs de ces vases en renferment encore.

[125] Ces seaux en bois ont donné naissance à nos bénitiers portatifs, et on peut voir dans les Annales archéologiques de M. Didron, année 1859, p. 106, un bénitier en métal, que l'on fait remonter au XIIe siècle, et qui a exactement la forme des seaux dont il s'agit.

[126] V. La Normandie souterraine et Sépultures gauloises, romaines, franques et normandes, par M. l'abbé Cochet, passim ; Mémoires de l'académie de Metz, année 1844, p. 230, 253, 256 et 257.

[127] V. les ouvrages de M. l'abbé Cochet, passim.

[128] V. De gloria Confessorum, c. 84.

[129] V. Revue de la numismatique belge, 2e série, t. VI, p. 71. V. aussi Journal de la société d'archéologie lorraine, année 1852, p. 28, 29 et 61 ; Mémoires de l'académie de Metz, année 1841, p. 147, année 1844, p. 249 et 260 ; Publications de la société pour la rech. et la conserv. des mon. hist. du Luxembourg, t. VI, p. 57 ; Annales de la société archéologique de Namur, p. 201 et suiv. ; Mémoires de la société philomatique de Verdun, t. III, p. 211, 212 et 236 ; Bulletin monumental, t. XVII, p. 155.

[130] V. notamment dans Calmet, Notice de la Lorraine, t. I, col. 879 et 880, et planche VI, la description et les dessins des objets trouvés dans le tombeau du comte Wulfoad, fondateur de l'abbaye de Saint-Mihiel.

[131] V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. VIII, c. 21.

[132] V. Publications de la société de Luxembourg, t. VIII, p. 58 et 59.

[133] V. Journal de la société d'archéologie lorraine, année 1852, p. 51, 52 et 53 ; Cours d'antiquités monumentales, par M. de Caumont, I. VI, passim ; Mémoires de la société des antiquaires de Normandie, t. XII, p. 324-336.

[134] V. Mémoire sur le culte du cyprès pyramidal, par M. Lajard, dans les Mém. de l'académie des inscriptions, 2e série, t. XX.

[135] V. Historia naturœ, lib. XV, n° 28.

[136] V. Mémoires de l'académie de Metz, année 1851, p. 181-183.

[137] V. Trésor des chartes de Lorraine, layette Fiefs de Nancy, n° 129, aux archives du département de la Meurthe.

[138] V. Iter litterarium in Alsatiam et Lotharingiam, dans Mabillon, Œuvres posthumes, t. III, p. 467.

[139] V. col. 1239 et 1240.

[140] V. t. I, p. 339 et suiv.

[141] V. 1re édit., t. I, col. 514 ; 2e édit., t. I, col. 308 et 314.

[142] V. col. 687.

[143] V. t. III, p. 296 ; v. aussi Dom Ceillier, Histoire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, t. XVI, p. 365 et suiv. ; Dictionnaire des sciences ecclésiastiques, par les PP. Giraud et Richard, t. IV, p. 63.

[144] Cette tradition est loin d'avoir un caractère d'universalité ; car le Te Deum est attribué 1° à saint Hilaire, évêque de Poitiers, par Abbon, abbé de Fleury (v. Martène, In regulam sancti Benedicti, c. 11) ; 2° à saint Abundantius, par un bréviaire manuscrit de la bibliothèque du Vatican, et 3° au moine Sesebut par un mitre bréviaire, également manuscrit, de la même bibliothèque, et par un bréviaire manuscrit de l'abbaye du Mont-Cassin, remontant à l'année 1086.

[145] Le Te Deum est mentionné aussi dans une règle monastique attribuée à Tétradius, neveu de saint Césaire, métropolitain d'Arles (Maxima bibliotheca veterum Patrum, t. VIII, p. 874). Mais cet écrit est plus récent que la règle de saint Benoît et ne prouve pas davantage l'antiquité du Te Deum.

[146] V. ces lettres, dans Du Chesne ; 1. I, p. 851, 852, 863, 865 et 866.

[147] V. la lettre de saint Germain, dans Du Chesne, t. I, p. 855-857.

[148] V. Vita sanctœ Radegundis, reginœ Francorum, n° 13, dans Mabillon, Acta ss., sæc. I.

[149] V. t. II, col. 1144.

[150] V. Le Cointe, Annales ecclesiastici Francorum, à l'année 598, n° 5.

[151] V. t. VI, part, II, p. III-VIII.

[152] V. Vita sancti Amandi, Trajectensis episcopi, c. 4, dans les Bollandistes, au 6 février.

[153] V. Sigebert de Gemblours, Vita sancti Sigeberti, regis Francorum, c. 5, dans les Bollandistes, au 1er février.

[154] V. idem, Historia translationis primœ et miraculorum sancti Sigeberti, c. 2, dans le même recueil.

[155] V. idem, ibid., c. 2 et 3.

[156] V. Historia translationis secundo sancti Sigisberti, auctore anonyme, c. 1, dans les Bollandistes, au 1er février.

[157] Les diplômes de ces deux prélats se trouvent aux archives du département de la Meurthe, fonds de la Primatiale de Nancy, liasse 44.

[158] V. cette chronique à l'année 1429, dans Calmet, Hist. de Lorraine, 1re édit., t. II, preuv., col.

[159] Ces deux autorisations se trouvent dans les archives, le fonds et la liasse précédemment cités.

[160] V. le mémoire d'un chanoine anonyme, dans Calmet, Notice de la Lorraine, t. II, col. 49, 54 et 56.

[161] V. Aulbery, Histoire de la vie de S. Sigisbert roy de Metz et d'Austrasie, p. 166 et 167.

[162] Ce projet, qui est contenu dans un cahier manuscrit de format petit in-4°, se trouve aux archives de la Meurthe, fonds de la Primatiale, liasse 44.

[163] Il doit y en avoir une édition de 1663 ou 1664, mais il nous a été impossible de la découvrir. La plus ancienne que nous ayons rencontrée est de 1734 ; Nancy, François Midon, in-4° de 4 pages ; et encore n'en connaissons-nous qu'un seul exemplaire, lequel se trouve dans la riche collection lorraine de M. l'abbé Marchai. Le livret en question a été réimprimé dans un petit volume intitulé : Officia propria ecclesiœ primatialis Lotharingiœ ; Nancy, Nicolas Charlot, 1768, in-8°. Il en occupe les premières pages, et l'on voit que, à cette époque, l'office de saint Sigisbert était devenu double de première classe (duplex primœ classis).

[164] On trouve aux archives de la Meurthe, fonds et liasse cités, la bulle de Clément IX et deux placards imprimés, intitulés : Indulgences accordées par Notre Saint Père le Pape Clément IX aux confrères de la confrairie de saint Sigisbert, et Sommaire des indulgences perpétuelles concédées par Notre Saint Père le Pape Clément IX à la Confrairie de S. Sigisbert érigée en l'Insigne Eglise N.-Dame de Nancy Primatiale de Lorraine.

[165] V. Lionnois, Histoire des villes vieille et neuve de Nancy, t. III, p. 283.

[166] C'est ce qui résulte d'une mention du livret Officia propria ecclesiœ primatialis Lotharingiœ ; Nancy, Nicolas Charlot, 1768, in-8°.

[167] Mentionnons ici, seulement pour mémoire, que, d'après un bruit qui courut alors, les Messins auraient eu, en 1790, le projet de demander la remise du corps de saint Sigisbert, comme récompense de la part glorieuse que leur garde nationale avait prise à l'affaire du 31 août.

[168] C'est ce qui résulte d'un procès-verbal dressé, le 8 avril 1740, par le sieur Elophe Parmentier, maitre-chirurgien de la ville de Nancy, et publié par M. Henri Lepage, dans une excellente brochure intitulée Histoire de la relique de saint Sigisbert déposée en l'église cathédrale de Nancy, brochure à laquelle nous avons fait plus d'un emprunt.

[169] Ce fragment se trouve aujourd'hui en la possession de M. de Gauvain l'aîné, à Nancy.

[170] V. Ode sur les pluies survenues en 1896, et sur les prières faites à saint Sigisbert, à cette occasion ; Nancy, Barbier, in-12 de 4 pages.

[171] V. Supplementum breviarii Metensis.

[172] V. Officia propria diocesis Metensis, au 31 janvier.

[173] L'église Saint-Epvre de Nancy possède aussi un tableau représentant le roi d'Austrasie faisant l'aumône.

[174] Dans Du Chesne, t. I, p. 717.

[175] V. Chronicon, dans Bouquet, t. III, p. 343.

[176] V. Vita sancti Wilfridi, Eboracensis episcopi, n° 27, dans Mabillon, Acta ss., sæc. IV, part. I, à la fin.

[177] V. Epistolœ, 43, dans l'édit. Martianay, t. IV, 2e partie, col. 481.

[178] V. De laudidus Stilichonis, lib. II, v. 249 et 250.

[179] V. De consulatu quarto Honorii, v. 33.

[180] V. Origines, lib. XIX, n° 123. V. aussi Æthicus, Cosmographie, n° 507, et le géographe de Ravenne, lib. V, n° 32.

[181] V. Ecclesiastica historia gentis Anglorum, lib. I, c. 1.

[182] Ce bas-relief, que l'on a transporté depuis un certain nombre d'années dans le musée d'Epinal, a été publié plusieurs fois, notamment par Dom Calmet (Notice de la Lorraine, t. I, planche 11, n° 17), par Schœpflin (Alsatia illustrata, t. I, planche III de la page 437, n° 3) et par M. Jollois (Mémoire sur quelques antiquités remarquables du département des Vosges, planche XXXIV, n° 1).

[183] On lit, en effet, dans la relation : Anno Domini dccclxxij, quarto idus septembris, inventio, sublevatio, templi cum feretro œdificatio, et canonicorum primas adventus.... Cette relation est imprimée dans Calmet, Hist. de Lorraine, 1re édit., t. I, preuv., col. 469 ; 2e édit., t. II, preuv., col. CCCXLI.

[184] V. le diplôme de Ragenarius, ibid., 2e édit., t. II, preuv., col. CXLIV.

[185] V. le diplôme de Godefroy-le-Barbu, ibid., 1re édit., t. I, preuv., col. 469 et 470 ; 2e édit., t. II, preuv., col. CCCXLII.

[186] V. le diplôme qu'il fit rédiger cette occasion, ibid., 1re édit., t. I, preuv., col. 487 et 488 ; 2e édit., t. III, preuv., col. XVI et XVII.

[187] V. Calmet, Notice de la Lorraine, t. I, col. 684 et 685.

[188] V. Missale secundum usum, ritum, consuetudinem insignis ecclesiœ Virdunensis... novissime per R. P. D. Nicolaum Psaulme, ejusdem ecclesiœ episcopum et comitem, sedulo recognitum ; Paris, Jean Amazeur, 1554, in-f°.

[189] V. Breviarium secundum usum insignis ecclesiœ Authoritate et mandato Rdi in Christo patris et domini Nicolai Psalmœi, episcopi et comitis Virdunensis ; Verdun, Nicolas Bacquenois, 1560, in-8°, pars æstivalis.

[190] V. Notitia Galliarum, p. 283.

[191] V. Abrégé de l'Histoire du roy Dagobert II, du nom fils de saint Sigisbert, p. 58 et 59.

[192] V. ibid., p. 63.

[193] V. Acta ss., sæc. III, part. II, prœf., n° 9.

[194] V. Histoire de l'église gallicane, liv. X.

[195] V. De genealogico stemmate regum Franciœ : prima stirpis, c. 4, dans les préliminaires du t. III de mars.

[196] V. Critica hislorico-chronologica, à l'année 678, n° 19.

[197] V. t. II, p. 450.

[198] V. Abrégé de l'Histoire du roy Dagobert II, du nom, par le P. Vincent, p. 59-62.

[199] V. Histoire de l'église de Strasbourg, t. I, p. 226.

[200] V. Code Justinien, lib. IV, tit. XLII, c. 1.

[201] V. Novelles, CXLII.

[202] V. Code Justinien, lib. IV, tit. XLII, c. 2.

[203] V. Vita sancti Eboracensis episcopi, auctore Eddio, n° 31, dans Mabillon, Acta ss,, sæc. IV, part. I, à la fin.

[204] V. Vita sanctœ Baltbildis, reginœ Francorum, c. 5, dans les Bollandistes, au 30 janvier.

[205] V. Ibn-Haucal, ms. arabe, p. 57 ; Mémoire dans lequel on examine quel fut l'état du commerce des François dans le Levant, avant les Croisades, par De Guignes, dans les Mémoires de l'académie des inscriptions, 1re série, t. XXXVII, p. 485 ; Mémoire sur la relation de Massoudi, par M. Charmoy, dans les Mémoires de l'académie de Saint-Pétersbourg, t. II, p. 370 et suiv.

[206] V. Historia, lib. VI, c. 3, dans Muratori, Scriptores rerum Italicarum, t. II, part. I, p. 470.

[207] V. Buffon, Histoire naturelle, édit. de l'imprimerie royale, in-4°, t. II, p. 482-485.

[208] V. Glossarium mediœ et infimœ latinitatis, v° Carsamatium ; Glossarium mediœ et infimœ grœcitatis, v° Καρτζιμάδες.

[209] V. Dictionnaire étymologique, v° Garçon.

[210] Le mot καρτζιμάδων, employé par le continuateur de Théophane, n'est bien certainement qu'une altération de καρτζιμάτιων, résultant d'une mauvaise lecture de la ligature τι, qui offre une certaine analogie avec la lettre δ.

[211] V. De laudibus Justini, lib. III, vers. 213.