HISTOIRE DU ROYAUME D'AUSTRASIE

TOME TROISIÈME

 

CHAPITRE XV. — DAGOBERT II (674-679). - SIGISBERT V.

 

 

Il n'est pas facile de parler avec exactitude du règne de Dagobert II. Les historiens proprement dits font complètement défaut, et on est réduit, quand on veut tracer le tableau de cette triste période, à glaner les renseignements perdus en quelque sorte dans les diplômes et dans les hagiographes. Nous espérons toutefois en avoir réuni un assez grand nombre pour donner au lecteur une idée suffisante d'un règne qui, pendant longtemps, n'a pas même figuré dans les annales de la monarchie française.

Les hagiographes et les diplômes nous apprennent que Dagobert résidait habituellement dans la civitas de Strasbourg, où les rois d'Austrasie possédaient divers palais. Il les avait souvent habités, principalement ceux de Kircheimum et d'Isemburgum, à l'époque où son royaume ne comprenait que la civitas de Strasbourg et une partie de la Grande Germanie, et il y fit encore de fréquents séjours après qu'il eut succédé à Childéric[1].

C'est pendant les cinq ou six années qu'il y passa que Mathildis, son épouse, mit au monde plusieurs enfants ; mais, selon toutes les vraisemblances, c'est avant son arrivée dans la Gaule qu'elle était accouchée d'un prince, auquel le roi donna, pour se conformer à un usage que nous avons déjà signalé, le nom de Sigisbert, qui était celui de son propre père. Le biographe de saint Arbogastus, évêque de Strasbourg, nous apprend, en effet, que du temps de ce prélat, dont l'épiscopat ne doit pas s'être prolongé au-delà du 21 juillet 678[2], le jeune prince, chassant, un jour, à cheval dans la forêt de Novientum, près du palais d'Isemburgum, rencontra un sanglier vivement poursuivi par les serviteurs de Dagobert. A la vue de l'animal, le cheval se cabra et renversa Sigisbert, que l'on crut mort. On le rapporta dans le palais, et l'on songeait déjà à ses funérailles, lorsque saint Arbogastus, qui était par hasard dans les environs, accourut et demanda à voir le roi, auquel il désirait suggérer quelques consolations. Arbogastus était un aquitain qui était venu se fixer sur le territoire de Strasbourg, où il avait embrassé la vie érémitique. Sa réputation de sainteté était devenue telle, que, après la mort de Rotharius, arrivée en 673, Dagobert l'avait forcé d'accepter l'évêché de Strasbourg. Arbogastus, ayant parlé au roi, se mit en prières près de l'enfant, et soit que Dieu ait opéré en cette circonstance un véritable miracle, soit que Sigisbert fût seulement évanoui, il ne tarda pas à donner signe de vie, et le prélat le rendit à son père[3]. Au comble de la joie et ne doutant pas qu'il ne dût la vie de son fils aux prières de saint Arbogast, le roi lui témoigna sa gratitude de la manière la plus éclatante. Il offrit à la cathédrale de Strasbourg plusieurs reliquaires, un calice d'or et un évangéliaire, garni d'or et de pierres précieuses[4]. En même temps, il lui céda à perpétuité la maison royale d'Isemburgum, où le miracle s'était accompli, et d'autres riches domaines[5], et il voulut aussi doter les deux monastères fondés par Arbogastus. Lorsque ce dernier vivait dans la forêt que l'on appela depuis, et à cause de lui, Heiligenforst, c'est-à-dire la forêt sainte, il avait vu accourir une foule d'hommes, qui s'étaient placés sous sa direction, et il avait construit, pour les recevoir, un monastère, auquel on donna le nom de Surbour. Aussitôt après la guérison de Sigisbert, l'évêque créa, dans le lieu même où le jeune prince avait été renversé de cheval, une autre abbaye, laquelle fut désignée indifféremment par le nom de Novientum, qui était celui de la forêt, et par celui d'Apri monasterium ou Ebersmünster, qui conservait le souvenir du miracle[6].

Quelque temps après, saint Florentius, ce scot qui avait accompagné Dagobert II lorsqu'il revint de l'Ile de Bretagne, et qui s'était retiré, pour y vivre en solitaire, dans une vallée des Vosges, au pied de la montagne que l'on appelle maintenant le Ringelsberg, saint Florentius guérit miraculeusement une des filles du roi, laquelle était privée à-la-fois de l'ouïe et de la vue. Dagobert lui témoigna plus tard autant de reconnaissance qu'il en avait montré pour saint Arbogastus et lui céda la maison royale de Kircheimum et ses dépendances, dans l'une desquelles Florentius bâtit un monastère[7].

Ces donations ne furent pas les seules que Dagobert fit à des établissements religieux. On lui attribue la fondation des abbayes de Weissembourg et de Blidenvelt ou Clingenmünster, situées toutes deux dans le diocèse de Spire[8], et on possède encore le diplôme par lequel il assura à la première la propriété de thermes placés dans le pagus Auciacensis, au-delà du Rhin, et créés, dit le roi, par les empereurs Antonin et Hadrien[9]. Divers écrivains ont aussi prétendu qu'il avait doté les monastères de Kœnigsbrück, de Saint-Marc, et quelques autres ; mais l'ignorance où l'on est resté pendant longtemps au sujet de son règne, et la ressemblance des noms ont fait rapporter parfois à Dagobert u de fondations dues à Dagobert Ier ou à Dagobert III, et réciproquement[10]. C'est ainsi que l'on a faussement attribué à Dagobert II les présents considérables faits à la cathédrale de Toul par Dagobert Ier[11] ; toutefois, c'est bien au fils de Sigisbert IV, et non à Dagobert III, qu'il faut donner le diplôme qui confirme aux religieux de Stavelo et de Malmédy la possession de la villa nommée Germiniacum[12].

Ces fondations nombreuses occupèrent Dagobert II pendant une partie de son règne. C'était un prince doux et pieux, comme son père Sigisbert IV ; son unique désir eût été de vivre tranquille dans un des plus riants cantons de l'Austrasie, et de s'occuper de la propagation du christianisme chez les peuples germains et de l'accroissement de l'ordre monastique. Il eût volontiers laissé, à Wulfoad le rôle que Grimoald avait joué près de saint Sigisbert. Mais la rivalité de Wulfoad et d'Ebroïn ne lui permit pas de jouir de cette paix, qui lui eût été si chère. Le pouvoir d'Ebroïn ne s'était pas affermi sans contradictions. Beaucoup de leudes détestaient sa tyrannie, et, ne voulant pas s'y soumettre ou craignant ses ressentiments, plusieurs avaient pris le parti de s'exiler. Les uns se retirèrent chez les Wascones, toujours en armes au pied des Pyrénées, et ne reparurent plus[13] ; d'autres avaient cherché un asile en Austrasie et y avaient été accueillis avec faveur. On les réclama ; mais Wulfoad, loin de les livrer à leur persécuteur, le somma de rendre immédiatement à Dagobert toutes les civitates qui avaient autrefois dépendu de son royaume. Refus d'Ebroïn. Cet homme, dont les succès avaient encore accru l'orgueil, ne se contentait plus de gouverner, à peu près sans contrôle, la Neustrie et la Bourgogne ; il voulait renverser Dagobert et Wulfoad, soumettre l'Austrasie à l'autorité nominale de Thierry III et régner lui-même, comme ministre de ce faible prince, sur toute la monarchie des Francs.

Entre deux maires du palais animés de pareils sentiments, la paix ne pouvait être de longue durée. Aussi, vit-on bientôt une guerre cruelle éclater entre l'Austrasie et les royaumes de Neustrie et de Bourgogne.

La lutte dut commencer en 676 ; mais il n'est pas possible d'en déterminer la date d'une manière plus précise. Il parait que les Austrasiens obtinrent d'abord des succès et qu'ils reprirent possession des civitates de Reims et de Châlons-sur-Marne[14]. Les Neustriens et les Bourguignons ne marchaient qu'avec répugnance à une guerre dont l'injustice était évidente, et dans un placitum du roi Childebert III il est fait mention d'une amende de six cents solidi aurei infligée à un leude, appelé Ibbo, qui avait formellement refusé de prendre les armes[15]. L'année suivante, les choses changèrent de face ; les Austrasiens furent chassés des diocèses de Reims et de Châlons, et le théâtre de la guerre se trouva transporté dans la partie occidentale de la civitas de Toul. C'est ce qu'établit un passage de la vie de sainte Salaberga, dans lequel il est dit qu'elle agit très-prudemment en transférant dans la ville de Laon son abbaye, qui était primitivement au milieu de la campagne, en un lieu sans défense, sur les limites des diocèses de Toul et de Langres ; car, ajoute le biographe, cette contrée fut ravagée par les armées de Thierry et de Dagobert. Les villœ, les fermes, les églises elles-mêmes furent la proie des flammes, et on porta la fureur au point de ne pas respecter les reliques des saints[16].

Les Austrasiens une fois repoussés vers Metz et Verdun, Thierry III vint s'établir dans le palais de Morlacas ou Morlacum (aujourd'hui Morlay), à l'extrémité occidentale de la civitas de Toul[17]. Deux diplômes de ce prince démontrent qu'il s'y trouvait au mois de septembre 677[18], et c'est dans ce palais qu'il réunit un concile, composé d'évêques neustriens et bourguignons, lesquels déposèrent saint Leodegarius et Chramlinus métropolitain d'Ebrodunum ou d'Embrun[19]. Un fait rapporté par le Père Benoît Picart[20] semble même prouver que, dans ce temps, Thierry s'avança jusqu'au palais de Gondreville, à une lieue de Toul, vers l'orient, sans doute afin d'être plus près du théâtre des hostilités.

La guerre, commencée en 676, durait encore à la fin de 677, malgré les efforts que l'on avait faits pour y mettre un terme. L'empereur Constantin III, dont le roi d'Austrasie avait probablement réclamé l'intervention, fit alors parvenir au roi de Neustrie et de Bourgogne une lettre, qui, malgré la fragilité de sa matière, a échappé aux ravages des ans ; Conservée avec soin dans l'abbaye de Saint-Denys, elle a été publiée, pour la première fois, par Montfaucon, qui, se fondant sur la forme des caractères, l'attribua à l'empereur Constantin IV (Copronyme), et crut qu'elle avait eu pour but d'empêcher le roi Pépin-le-Bref de continuer la guerre par lui entreprise contre les Lombards. Montfaucon, avec cette modestie qui caractérise toujours le vrai savoir, ne donnait cette attribution que pour une conjecture[21]. Il ne pouvait se dissimuler, en effet, la faiblesse de l'argument tiré de l'aspect de l'écriture, et de son temps on connaissait si peu la cursive grecque des VIIe et VIIIe siècles, qu'il était bien difficile de déterminer à la simple vue l'âge d'une lettre ou d'un diplôme. D'un autre côté, on ne voit pas pourquoi l'empereur Constantin IV aurait tenté d'arrêter Pépin-le-Bref et de sauver les Lombards. Il était, au contraire, fort irrité contre ces derniers, qui avaient récemment enlevé à l'Empire l'exarchat de Ravenne, et lorsque Pépin les eut forcés à lui livrer ce territoire, Constantin le somma non pas de laisser en paix les Lombards, mais de restituer l'exarchat aux officiers impériaux[22].

Les caractères intrinsèques de la lettre ne sont pas moins favorables à notre hypothèse. En effet, l'empereur Constantin IV n'aurait jamais donné les titres de φιλοχρίστος et de τέκνον, au roi des Lombards, qui était son ennemi ; tandis que l'on comprend très-bien que Constantin III les ait accordés à Dagobert II, roi des Francs fédérés ; et nous sommes même tenté de voir dans le mot φιλοχρίστος un emploi très-ancien du titre de christianissimus, que les rois Francs s'attribuèrent quelque temps après. Quant à l'épithète de τέκνον ou de fils, on ne doit pas être étonné de ce que Constantin III la décerne au jeune Dagobert II ; mais elle serait ridicule appliquée au vieil Aistwlfus roi des Lombards par Constantin IV, qui n'avait pas plus de vingt-six ans à l'époque où la lettre aurait été écrite. Il faut aussi remarquer que l'empereur a signé en latin, Constantinus ; ce qui est une preuve d'ancienneté ; et il est vraisemblable que, au VIIIe siècle, les empereurs signaient en grec. Si l'on allègue que la lettre elle-même est rédigée en langue grecque, ce qui pourrait la faire juger postérieure au règne de Constantin III, nous répondrons que l'usage d'écrire en grec certaines missives impériales était fort ancien, et que l'on voit déjà dans la Notitia dignitatum Imperii figurer, au nombre des officiers du palais, un magister epistolarum grœcarum.

L'empereur, engagé, comme ses prédécesseurs, dans des luttes continuelles contre les Sarrasins et les Lombards, qui attaquaient l'Empire à l'orient et à l'occident, ne pouvait pas songer à aider Dagobert Il autrement que par les voies diplomatiques. La lettre dont nous venons de parler fut écrite dans ce but ; mais elle n'eut aucun résultat, et la résistance opiniâtre qu'Ebroïn rencontra en Austrasie fut plus efficace pour déjouer ses desseins ambitieux. Quelques évêques profitèrent de son découragement pour lui offrir d'entamer des négociations avec Dagobert et Wulfoad. Saint Audoënus (saint Ouën), métropolitain de Rouen, se rendit à Cologne, où le roi d'Austrasie résidait alors, et eut avec lui plusieurs entrevues, dans lesquelles on jeta les bases d'un traité de paix. Charmé du succès de sa négociation, le vénérable prélat reprit le chemin de la Neustrie, traversa la ville de Verdun, gagna le palais de Compendium (Compiègne), où se trouvait Thierry III, et lui exposa l'état des négociations[23]. Le voyage de saint Aude-nus doit avoir été fait dans l'été de l'année 678, et il est vraisemblable que la paix fut conclue peu de temps après. Du reste, on n'en connaît pas mieux les conditions que la date, et l'on peut seulement assurer que Thierry III conserva non seulement les civitates du centre, de l'ouest et du midi qui avaient précédemment appartenu à l'Austrasie, mais encore les diocèses de Reims, de Laon, de Châlons et de Trajectum-ad-Mosam, en sorte que la limite de l'Austrasie fut, pendant quelque temps, voisine du cours de la Meuse, comme nous le prouverons dans un des chapitres suivants.

Cette guerre malheureuse affligea profondément Dagobert II, d'autant plus qu'il regardait, et avec raison, le maire de Neustrie comme décidé à recourir aux moyens les plus abominables pour exécuter des desseins qu'il feignait d'avoir abandonnés. Le roi d'Austrasie n'avait guère éprouvé que des contradictions et des malheurs, depuis qu'il était monté sur le trône, et ses souvenirs se reportaient avec regret sur les années de sa jeunesse, où il avait trouvé dans l'île de Bretagne sinon le bonheur, au moins la tranquillité. Il avait conservé la plus vive reconnaissance pour saint Wilfridus, métropolitain d'Eboracum ; et l'idée nous est venue souvent que les trientes, d'origine certainement austrasienne, portant la légende EBORACVM plus ou moins altérée[24] ont été frappés dans une maison royale à laquelle Dagobert II avait donné ce nom, pour perpétuer la mémoire de la généreuse hospitalité que saint Wilfridus lui avait offerte dans sa ville épiscopale.

Le roi d'Austrasie eut en 679 la satisfaction de revoir le vénérable prélat et de pouvoir lui témoigner sa gratitude. En 678, saint Wilfridus avait été chassé de son siège métropolitain par les intrigues d'Erminethrudis, épouse d'Egfrid roi du Northumberland, dont il reprenait la conduite, avec une liberté évangélique, et, après avoir séjourné peu de mois dans le pays des Frisiones ou Frisons, il avait pris la détermination d'aller invoquer la protection du souverain-pontife. Dagobert II le reçut avec les plus grands honneurs, le retint près de lui pendant quelque temps et voulut même l'y fixer pour ; toujours, en lui offrant le siège épiscopal de Strasbourg, qui était vacant par suite de la mort de saint Arbogastus arrivée le 21 juillet 678. Mais saint Wilfridus refusa et fit connaître au roi qu'il avait formé la résolution irrévocable de se rendre à Rome. Dagobert, voyant que ses efforts étaient infructueux, voulut au moins que le prélat fit ce long voyage avec sécurité et agrément, et il lui donna pour guide Adeodatus évêque de Toul[25].

A cette époque, l'empereur Constantin III et le souverain-pontife travaillaient avec ardeur à l'extinction du monothélisme. Le pape avait résolu de réunir un concile dans la ville de Rome, et il avait disposé que les évêques des différentes contrées tiendraient d'abord des conciles particuliers, dans lesquels ils nommeraient des délégués chargés de les représenter dans l'assemblée générale. A cet effet, les évêques gaulois, sans avoir aucun égard à la différence des royaumes dans lesquels ils siégeaient, se réunirent, dans l'été de l'année 679, et choisirent pour leurs députés Félix métropolitain d'Arles, Adeodatus évêque de Toul et Taurinus diacre de l'église de Toulon. Adeodatus et saint Vilfridus se mirent en route, vers le mois d'août 679, et dès le mois d'octobre, suivant les uns[26], en janvier ou février 680, selon les autres, le pape Agathon présida un synode, où figura, l'évêque de Toul, et dans lequel, après un mûr examen, on décida que saint Wilfridus avait agi d'après les canons et les lois de l'Evangile[27]. Au mois de mars 680, le pape tint un concile, auquel Adeodatus assista, et on y condamna les erreurs du monothélisme ; enfin, l'empereur Constantin III, que l'on regardait toujours comme le seul maître du monde romain, demanda au pape de convoquer à Constantinople, pour en finir avec cette hérésie, un concile œcuménique, dans lequel on verrait les évêques des pays les plus éloignés, comme au temps des premiers empereurs chrétiens. L'assemblée dont il s'agit, et que l'on regarde comme le sixième concile général, eut lieu, en effet, à Constantinople, à la fin de l'année 680 et au commencement de 684[28], et parmi les souscriptions on rencontre celles de Félix, d'Adeodatus[29] et de Taurinus, qui n'avaient pas hésité à se rendre dans la ville de Constantinople.

Saint Wilfrid n'avait pas jugé à propos de les suivre jusque-là. Il avait repris le chemin de l'Austrasie dans les premiers mois de l'année 680, et il trouva ce pays en pleine révolution. Depuis longtemps des pressentiments sinistres tourmentaient Dagobert II. Il ne pouvait ignorer qu'il était en butte à la haine d'Ebroïn, et la connaissance qu'il avait du caractère de cet homme était peu propre à le rassurer. Ce fut, sans doute, la crainte d'être frappé à l'improviste par quelque sicaire aux gages d'Ebroïn qui lui inspira la résolution d'associer au trône son fils Sigisbert. Ce prince devait avoir alors dix ou onze ans, et Dagobert espérait probablement que, s'il venait à périr lui-même, son fils pourrait, appuya de l'expérience et de la valeur de Wulfoad, continuer à régner sur l'Austrasie. Cette association de Sigisbert à la royauté de Dagobert a passé à peu près inaperçue ; mais son existence est établie par un texte de la continuation de Frédégaire que nous rapporterons tout-à-l'heure, et par un passage de la vie de sainte Aldegundis ou Aldegonde, où il est fait mention expresse d'un roi Sigisbert, lequel ne peut être que Sigisbert V[30].

Le roi d'Austrasie se trompait dans la dernière partie de ses prévisions. L'année 679 touchait à son terme, et Dagobert résidait dans la maison royale de Sathanacum ou Stenay, où il devait passer les fêtes de noël, lorsque, le 25 décembre, il partit, avec une suite assez nombreuse, pour aller chasser dans la vaste forêt de Wepria ou de Voivre, qui s'étend sur la rive droite de la Meuse, au sud-est de la ville que nous venons de nommer. Vers le milieu du jour, le roi, fatigué de la chasse, s'assit, pour prendre quelque repos, près d'une fontaine, qui coulait au pied d'un gros chêne. On l'appelait alors Arphays[31], et le canton de la forêt où elle se trouve portait le nom de Scortias[32]. En ce moment, un des serviteurs de Dagobert, appelé Grimoald, et dont ce prince lui-même était le parrain, s'approcha et frappa le roi d'un coup mortel.

Les conjurés, car Grimoald n'était que l'instrument d'hommes puissants qui l'avaient soudoyé, coururent à la villa de Sathanacum, où on les laissa entrer sans défiance, et massacrèrent le jeune roi Sigisbert V et le maire Wulfoad.

Les savants ne se sont pas accordés lorsqu'ils ont voulu faire connaître quels étaient- les auteurs de ce crime audacieux. Appliquant au cas particulier la règle : Is fecit cui prodest, les uns n'ont pas hésité à faire retomber la responsabilité de l'assassinat de Dagobert II sur Pépin d'Héristal', lequel en profita, et ils ont fait observer qu'un de ses fils portait le nom de Grimoald, qui était celui du meurtrier. Mais pour se convaincre que ce dernier ne peut être le fils de Pépin d'Héristal, il suffit de rappeler que l'assassin était filleul de Dagobert. Or, le roi d'Austrasie n'était revenu de l'île de Bretagne que depuis neuf années environ ; par conséquent, s'il avait consenti à être le parrain d'un fils de Pépin, ce fils n'aurait pu être le meurtrier, puisqu'en 679 il aurait à peine atteint sa dixième année, l'usage d'administrer le baptême peu de temps après la naissance ayant déjà prévalu dans la seconde moitié du VIIe siècle[33]. D'ailleurs, lorsque Grimoald fils de Pépin mourut en 714, il était encore assez jeune ; tandis que s'il avait été en état de tuer Dagobert en 679 — action qui suppose bien un âge de vingt ans —, il aurait eu au moins cinquante-cinq ans au moment de son décès. Nous pensons que le meurtrier devait être quelque serviteur de race germanique, peut-être un saxon, qui avait embrassé ou feint d'embrasser la religion chrétienne, à un âge déjà un peu avancé, et auquel Dagobert II avait daigné servir de parrain. Ajoutons que le nom de Grimoald était commun chez les peuples germains[34], et que, d'après tin martyrologe de Liège, l'assassin de Dagobert s'appelait également Joannes, nom que le roi lui avait, sans doute, imposé au moment du baptême, conformément à un usage pieux, dont on connaît plusieurs exemples[35].

Enfin, et ceci achèverait seul de disculper la famille de Pépin d'Héristal, le moine Edd ou Eddius, compagnon et biographe de saint Wilfridus, attribue formellement l'assassinat du roi d'Austrasie au duc Erfruïnus[36]. Or, ce nom, quoique estropié, désigne certainement le maire du palais de Neustrie. Edd l'emploie deux fois dans d'autres passages de son livre, où il est question de ce redoutable ministre[37] ; on sait, d'ailleurs, que le nom d'Ebroïn a été diversement écrit, et l'on trouve même la forme Ebremerdus dans les deux biographes de saint Léger[38]. Il n'est donc pas étonnant qu'un moine anglo-saxon, écrivant dans le fond de la Britannia, ait légèrement altéré le nom d'un homme que les Romains, ses compatriotes, appelaient les uns d'une façon, les autres d'une autre.

Bien que la chose soit peut-être superflue, nous ferons encore observer, à la décharge de Pépin d'Héristal, qu'il vécut toujours en bonne intelligence avec les enfants de Dagobert ; ce qui ne serait pas arrivé, si on avait pu lui attribuer quelque part dans l'assassinat du roi d'Austrasie. C'est ainsi que nous voyons Adhela fille de Dagobert échanger un domaine contre une terre appartenant à Pépin[39]. C'est ainsi que la même princesse visita avec dévotion, dans le monastère de Nivialla, le tombeau de sainte Gerthrudis, fille de Pépin de Landen et sœur du fameux Grimoald. C'est ainsi encore que Pépin d'Héristal et ses descendants, devenus maîtres de la monarchie des Francs, respectèrent scrupuleusement les biens que Dagobert avait laissés à sa postérité[40].

C'est donc bien gratuitement que certains historiens, donnant carrière à leur imagination, ont raconté, et même avec détails, que Pépin d'Héristal était l'auteur de la conjuration formée contre le malheureux roi d'Austrasie ; que ce dernier s'était rendu odieux par ses débauches et ses exactions ; qu'un nouvel impôt dont il voulait surcharger les peuples avait été l'occasion d'un soulèvement général ; que ce prince, jugé régulièrement par les évêques d'Austrasie assemblés en concile, avait entendu prononcer contre lui une sentence de déposition, et enfin que le meurtre commis sur sa personne n'était guère que l'exécution d'un arrêt prononcé par les seigneurs, fatigués de sa tyrannie.

La cause de tant de suppositions étranges n'est autre que la destruction de presque tous les monuments historiques qui auraient pu jeter quelque jour sur ces temps ténébreux. L'auteur de la seconde continuation de Frédégaire ne dit qu'un mot de la catastrophe qui termina le règne de Dagobert : Defunctis (ou decedentibus) regibus[41]. Nous avons montré plus haut quel parti on peut tirer de ce membre de phrase pour établir que le roi d'Austrasie avait partagé le trône avec son fils ; mais tout le monde avouera que nous n'y apprenons rien sur la révolution qui survint alors et sur ses causes. Le continuateur n'est pas plus explicite au sujet de Wulfoad ; il écrit seulement : mortuo Vulfoaldo duce[42], et comme cet historien était un serviteur dévoué des Carlovingiens[43], on a pensé, bien à tort, que ces derniers l'avaient empêché de raconter le meurtre de Dagobert. Nous disons bien à tort, car le chroniqueur n'était pas contemporain et a pu ignorer les détails de l'événement. La publication de la vie de saint Wilfridus, dans les Acta sanctorum ordinis sancti Benedicti, jeta un jour inattendu sur les faits qui précédèrent et suivirent la mort du roi d'Austrasie ; mais l'absence de ce document précieux n'aurait pas empêché les historiens modernes d'arriver à la découverte de la vérité. La critique s'exerçant sur les diplômes de Dagobert II, faussement attribués aux rois du même nom, aurait fini par démêler la vérité, et, d'un autre côté, il était resté, en plusieurs endroits de l'Austrasie, des traces du règne et de la mort violente de Dagobert. Le martyrologe manuscrit de la cathédrale de Verdun présentait la mention suivante : Quarto idus septembris, natale sancti Dagoberti, regis et martyris ; et la même phrase se retrouvait, avec un changement de date, dans un livre d'heures fort ancien, qui passait pour avoir appartenu à la reine Emma, et que l'on conservait à Reims, dans la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Remi[44]. Une addition faite à un exemplaire du martyrologe d'Adon, qui était la propriété de l'abbaye de Saint-Laurent, à Liège, offrait une mention analogue, mais avec des détails importants[45], et on rencontrait des phrases du même genre dans plusieurs autres calendriers et martyrologes, qu'il est inutile de désigner d'une manière plus précise[46]. La collégiale de Haslach gardait, dans ses archives, un ancien office de saint Dagobert, et les leçons de matines renfermaient un abrégé de la vie du saint roi[47]. Enfin, le cartulaire de l'abbaye de Gorze contient une sorte de relation de la mort de Dagobert[48] ; et bien que cette relation ne remonte pas au-delà du XIe siècle, elle est digne de foi, parce qu'elle a été rédigée évidemment sur un document plus ancien, et que le prieuré de Saint-Dagobert de Stenay, où reposait le corps du roi d'Austrasie, était une dépendance de l'abbaye de Gorze.

C'est dans la basilique de Sathanacum, alors dédiée à saint Remi, que le corps de Dagobert II reçut la sépulture. Il ne faut pas croire, comme deux historiens modernes[49], trompés par un biographe de saint Audoénus, métropolitain de Rouen[50], qu'Ebroïn ait d'abord refusé un tombeau au roi d'Austrasie, qu'il donnait pour un imposteur, et que le saint évêque ait eu bien du mal à obtenir la remise du corps, qu'il aurait ensuite inhumé simplement, mais honorablement, dans la basilique de Saint-Pierre, une des églises de sa ville épiscopale. L'obscurité qui enveloppa promptement l'histoire des derniers mérovingiens a égaré le biographe de saint Audoënus, et c'est le petit prince Dagobert, fils aîné de Childéric II, qui fut déposé, par les soins du prélat, dans la basilique dont nous venons de parler.

Les hommes restés fidèles â Dagobert furent obligés de se disperser momentanément pour sauver leur vie ; car Ebroïn et ses partisans furent, pendant quelques mois, maîtres absolus de toute la partie occidentale de l'Austrasie. Sur ces entrefaites, c'est-à-dire au mois de mars ou d'avril 680, saint Wilfridus, retournant de Rome dans l'île de Bretagne, se présenta sans défiance sur les frontières de l'Austrasie, où il espérait trouver auprès de Dagobert une honorable hospitalité. Il n'ignorait pas que les divers royaumes des Barbares fédérés, et la capitale de l'Empire elle-même, avaient plus d'une fois été le théâtre de révolutions sanglantes ; mais il était loin de se douter des crimes qui venaient d'anéantir la postérité de saint Sigisberl. Au lieu d'être reçu, à la frontière, par les officiers d'un prince pieux et ami de la paix, il tomba entre les mains d'une troupe de révoltés, commandés, chose honteuse à dire, par un évêque, dont Eddius n'a pas jugé â propos de nous apprendre le nom et la résidence, mais qui ne peut être que Faramundus, lequel, avec l'aide d'Ebroïn, avait chassé saint Landebertus du siège épiscopal de Trajectum-ad-Mosam. Les révoltés menacèrent les -compagnons de saint Wilfridus de la mort ou de l'esclavage, et déclarèrent qu'ils réserveraient â Ebroïn le jugement du prélat lui-même. En ce moment, le misérable évêque qui était à leur tête, interpellant saint Wilfridus, s'écria : « Tu es bien audacieux d'oser encore paraître dans le pays des Francs, toi qui mérites la mort pour leur avoir envoyé de ton île un roi prodigue et orgueilleux, semblable à Roboam fils de Salomon, écrasant les peuples sous le poids des impôts, méprisant l'Eglise et les évêques. En expiation de tant de crimes, il a reçu la mort, et son cadavre est dans les entrailles de la terre. » Saint Wilfridus, un peu intimidé d'une pareille apostrophe, répliqua : « Je vous dis en vérité dans Notre Seigneur Jésus, et, par saint Pierre, je ne mens pas, que, voyant ce prince exilé et manquant de tout, j'ai cru, selon le précepte du Dieu d'Israël, devoir l'aider et le nourrir ; mais je désirais qu'il fût, selon sa promesse, le père des peuples, le consolateur des pauvres, l'exécuteur des volontés des sages, le défenseur de l'Eglise. Ô très-juste évêque, comment aurais-je pu agir autrement ? Et si l'héritier d'un roi de mon pays venait vous demander l'hospitalité, lui répondriez-vous par un refus ? »

Ces paroles si simples touchèrent cependant le malheureux auquel elles s'adressaient, et il laissa aller saint Wilfridus, qui, craignant toujours la colère d'Ebroïn, se hâta de traverser l'Austrasie et de regagner la Bretagne[51]. L'ordre ne tarda pas, du reste, à se rétablir dans le premier de ces deux pays. Les évêques et les seigneurs qui n'avaient pris aucune part au meurtre de Dagobert se concertèrent, se réunirent et nommèrent Pépin d'Héristal maire du palais d'Austrasie. Nous reparlerons de ce grand évènement dans un des chapitres qui vont suivre ; mais nous devons dire ici que la vénération des peuples ne tarda pas à mettre Dagobert II au nombre des saints ; l'église où reposait sa dépouille mortelle devint l'objet d'un pèlerinage, et l'on y fonda plus tard un collège de chanoines, dont l'existence ne fut pas de longue durée[52].

Pépin d'Héristal, non content de s'associer à la reconnaissance des Austrasiens, protégea toujours d'une manière efficace les enfants de Dagobert. Ce prince en avait eu cinq : Sigisbert, qui périt en même temps que lui, et quatre filles : Irmina, Adhela[53], Rathildis ou plutôt Bathildis et Ragnethrudis. Cette dernière, à laquelle le roi d'Austrasie avait donné le nom de son aïeule paternelle, fut guérie miraculeusement, comme nous l'avons dit plus haut, par saint Florentius ; et le roi, pour témoigner taule sa gratitude au vénérable solitaire, ne se contenta pas de lui céder la villa royale de Kircheitnum, mais le plaça sur le siège épiscopal de Strasbourg, après la mort de saint Arbogastus et le refus de saint Wilfridus (679). L'histoire ne nous apprend rien du sort de cette princesse, qui cependant vécut assez longtemps ; car sa sœur Adhela, dans un diplôme de l'année 732, fait mention d'un domaine qu'elle avait acheté à Ragnethrudis[54].

On en sait moins encore relativement à Rathildis ou Bathildis, et Grandidier croit, mais à tort, que c'est elle qui fut guérie par saint Florentius[55].

Les deux autres filles de Dagobert sont mieux connues. Irmina, qui parait avoir été l'aînée .de toutes, était néanmoins très-jeune à la mort de son père. Aussi faut-il ranger au nombre des fables un projet de mariage arrêté entre elle et un comte Hermannus, du vivant même de Dagobert ; la mort prématurée du premier, et le désespoir d'In-alita, qui prit alors le parti d'embrasser la vie religieuse dans le monastère appelé Horrea et situé dans l'enceinte de Trèves[56]. Elle entra, en effet, dans cette abbaye, mais sans y avoir été déterminée par les évènements romanesques dont il vient d'être question. Quelques écrivains ont cru qu'Imita avait fondé le monastère des Horrea, d'Horréen ou d'Oëren, comme on l'a nommé plus tard ; toutefois, il semble bien prouvé qu'il avait été établi antérieurement par saint Modoaldus, métropolitain de Trèves, qui aurait obtenu du roi Dagobert Ier la cession des horrea ou magasins et greniers dépendant du palais impérial de cette ville[57] ; et clans la vie de sainte Gerthrudis, abbesse de Nivialla, il est fait mention d'une autre abbesse, nommée Modesta, qui gouvernait le monastère de Trèves[58]. Mais si la princesse Irmina ne créa pas l'abbaye des Horrea, on ne peut rai refuser de l'avoir augmentée et enrichie, et les religieuses reconnaissantes la mirent à leur tête. C'est également à sa générosité que l'on dut, la fondation d'Epternach, que nous nous bornons à rappeler ici, parce que nous aurons occasion d'y revenir ailleurs avec quelques détails.

Adhela, qui était probablement la seconde fille de saint Dagobert, et qui naquit assez peu de temps après que celui-ci fut revenu de l'île de Bretagne, se maria avec un seigneur, dont l'histoire ne nous apprend pas le nom. Elle était veuve dès l'année 700, à l'âge de vingt-neuf ou trente ans, et avait un fils appelé Albéric[59], lequel se maria aussi et donna le jour à Gregorius, dont nous aurons occasion de parler, lorsque nous retracerons les travaux apostoliques de saint Boniface dans la Grande Germanie. Adhela, devenue libre, prit le mème parti que sa sœur. Elle entra dans le monastère de Palatiolum (Pfaltz), que saint Modoaldus avait fondé et placé sous la direction d'une abbesse appelée Basilissa[60]. Le domaine de Palatiolum[61], dont le nom indique la destination, avait été donné partiellement à saint Modoaldus par Dagobert Ier[62] ; mais le monastère était pauvre. Adhela lui céda une partie de ses grands biens, et acquit, au moyen d'un échange, dans lequel le maire Pépin d'Héristal intervint, comme représentant du fisc, la portion du domaine de Palatiolum que Dagobert Ier s'était réservée[63]. Elle réunit une communauté nombreuse, et fut élevée, comme Irmina, à la dignité abbatiale. Nous pouvons ajouter qu'elle vécut jusqu'en 735, et que les religieuses de Palatiolum, qu'elle avait édifiées pendant trente-cinq ans, lui décernèrent le titre de sainte et la regardèrent toujours comme la protectrice de leur monastère.

 

 

 



[1] V. Grandidier, Histoire de l'église de Strasbourg, t. I, p. 20.

[2] V. idem, ibid., p. 217 ; v. cependant Gallia Christiana, t. V, col. 781 et 782.

[3] V. Vita sancti Arbogasti, Argentoratensis episcopi, n° 2-6, dans les Bollandistes, au 21 juillet.

[4] V. Schadée, Descriptio templi Argentinensis, p. 9.

[5] V. Vita sancti Arbogasti, n° 8 ; Henschenius, Diatriba de tribus Dagobertis, p. 84 et 85 ; Gallia Christiana, t. V, col. 831 et 832.

[6] V. Historia Novientensis monasterii, auctore anonymo, dans Martène, Thesaurus anecdotorum, t. III, col. 1127 et 1128 ; Gallia Christiana, t. V, col. 855 et 856 ; Mabillon, Annales Benedictini, lib. XV, n° 60. V. la note XXXIII, à la fin du présent volume.

[7] V., sur tous ces faits, Grandidier, Histoire de l'église de Strasbourg, t. I, p. 203-205, 207, 208, 213, 227, 228, 230 et 231.

[8] V. idem, ibid., p. 203.

[9] V. le diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 167.

[10] V. Mathæus Marianus, Topographia archiepiscopatus Moguntiacensis, passim ; Bérain, Mémoire historique sur le règne des trois Dagobert, au sujet des Fondations de plusieurs Eglises d'Alsace faites par le saint roi Dagobert II, et particulièrement de la Fondation de la Collégiale d'Hazelach.

[11] V. Benoît Picart, Histoire de Toul, p. 257-260 et 263.

[12] V. le diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 176 et 177.

[13] V. Fredegarii continuat., I, c. 96 ; Vita sancti Leodegarii, auctore Ursino, c. 10, dans les Bollandistes, au 2 octobre.

[14] C'est ce qu'il est permis d'induire de quelques mots contenus dans un texte ancien, dont l'auteur est qualifié antiquissimus scriptor par le Gallia Christiana (t. IX, col. 943).

[15] V. ce placitum, qui est de l'année 695, dans Pardessus, t. II, p. 233 et 234.

[16] V. Vita sanctœ Salabergœ, abbatissœ Laudunensis, n° 13, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.

[17] V. la note XVIII, à la fin du tome II.

[18] V. ces diplômes, dans Pardessus, t. II, p. 178-180.

[19] V. un diplôme de Thierry, ibid., p. 178-180 ; Vita sancti Leodegari auctore anonymo, n° 44 ; Vita sancti Leodegarii, auctore Ursino, c. 14.

[20] V. Histoire de Toul, p. 271.

[21] V. Palœographia grœca, p. 15, 265-268, et les deux planches placées entre les p. 266 et 267.

[22] V. Anastase le Bibliothécaire, Vita Stephani III, dans Muratori, Scriptores rerum Italicarum, t. III, part. I, p. 170 et 171.

[23] V. Vita sancti Audoëni, Rotomagensis episcopi, c. 3, dans les Bollandistes, au 24 août.

[24] V. Etudes numismatiques sur une partie du nord-est de la France, par M. Robert, p. 151 et 152, pl. VII, an 14, et pl. VIII, n° I.

[25] V. Vita sancti Wilfridi, Eboracensis episcopi, auctore Eddio, n° 27, dans Mabillon, Acta ss., sæc. IV, part. I, à la fin.

[26] Cette opinion est la mieux appuyée ; car, d'après Guillaume de Malmesbury (De gestis pontificum Anglorum, lib. III), le synode se tint au mois d'octobre, indiction VIIe, et cette indiction tombe précisément sur l'année 679.

[27] V. Vita sancti Wilfridi, n° 28-50.

[28] V. Labbe, Concilia, t. VI, col. 387 et suiv.

[29] La souscription d'Adeodatus est ainsi conçue : Adcodatus, humilis episcopus sanctœ ecclesiœ Leticorum, legatus venerabilis synodi per Galliarum provincias constitutœ, in hanc suggestionem, quam pro apostolica nostre fide unanimiter construximus, similiter subscripsi. V. ibid., col. 697.

[30] V. Vita sanctœ Aldegundis, abbalissœ Malbodii, n° 5, dans les Bollandistes, au 30 janvier.

[31] Nous serions bien tenté de voir dans ce nom une corruption des mots ad fay, qui signifieraient aux hêtres.

[32] Ce qui veut dire aux écorces. Cette désignation a disparu, et le canton du bois où coule la fontaine, appelée aujourd'hui fontaine Saint-Dagobert, se nomme les Woëvres. Il ne peut y avoir aucun doute sur l'identité de cette source et de la fontaine Arphays, et il n'existe dans la forêt de Voivre qu'une autre source peu importante, appelée la fontaine de fer. Nous devons les renseignements qui précèdent à l'obligeance de M. Antoine, garde-général des forêts à Dun.

[33] V. l'article 19 d'un capitulaire de Charlemagne (année 789), dans Baluze, Capitularia regum Francorum, édit. Chiniac, t. I, col. 253.

[34] On peut citer Grimoald fils de Pépin de Landen, Grimoald fils de Pépin d'Héristal, Grimoald roi des Lombards, Grimoald orfèvre (de Metz probablement), dont le musée lorrain conserve un petit ouvrage, et un autre Grimoald qui a donné son nom i un lieu appelé Grimoaldo-Villare, mentionné dans un diplôme mérovingien. V. Pardessus, t. II, p. 243-245.

[35] V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. VIII, c. 22, lib. X, c. 28 ; Vitœ Patrum, c. VIII, n° 1.

[36] V. Vita sancti Wilfridi, n° 31.

[37] V. ibid., n° 24 et 26.

[38] V. Vita sancti Leodegarii, auctore anonymo, n° 15 ; Vita sancti Leodegarii, auctore Ursino, c. 12, dans les Bollandistes, au 2 octobre.

[39] V. un diplôme d'Adhela, dans Pardessus, t. II, p. 364 et 365.

[40] V. un diplôme d'Irmina, autre fille de Dagobert II, ibid., p. 250 et 251.

[41] V. Fredogarii continuat., II, c. 97.

[42] V. ibid.

[43] V. ibid., c. 103 et 105.

[44] V. l'édition de Grégoire de Tours par Ruinart, col. 665 et 666. Voici le texte : Decimo kal. Januarii, sancti Dagoberti, regis et martyris.

[45] Nous la transcrivons : Passio sancti Dagoberti, regis Francorum, qui, quadam die, pergens venatum in saltu Wavrensi, in loco qui dicitur Scortias, tribus millibus distante a fisco Sathaniaco, in quo ipso morabatur, a filiolo Joanne, decimo hatendas Januarii, martyrisatus est.

[46] V. Mabillon, Annales Benedictini, lib. XVII, n° I ; Eckhard, Commentarii de rebus Franciœ Orientalis, t. I, p. 263 ; Bérain, Mémoire historique sur le règne des trois Dagobert, p. 32.

[47] V. Grandidier, Histoire de l'église de Strasbourg, t. I, p. 226.

[48] Il existe, à notre connaissance, trois copies du cartulaire de Gorze ; l'une, qui est ancienne, appartient à la bibliothèque publique de Metz ; la seconde se trouve dans la bibliothèque impériale, n° 5436, et la troisième, qui vient de l'abbaye d'Etival, est conservée dans la bibliothèque du grand séminaire de Nancy. Dom Calmet a publié la relation dont nous parlons dans son Histoire de Lorraine, 1re édit., t. I, preuv., col. 469 ; 2e édit., t. II, preuv., col. CCCXLI.

[49] V. Grandidier, ibid., p. 226 ; Abrégé de l'Histoire du roy Dagobert II, du nom fils de saint Sigisbert, par le P. Vincent, p. 43 et 44 ; Nancy, René Charlot et Pierre Deschamps, 1702, petit in-8°, de 64 pages, plus 1 feuillet non chiffré.

[50] V. Vita sancti Audoëni, Rotomagensis episcopi, auctore Fridegodo, n° 32, dans les Bollandistes, au 24 août. Ce biographe est loin d'élu contemporain.

[51] V. Vita sancti Wilfridi, n° 31 et 52.

[52] V. la note XXXIV, à la fin du volume.

[53] Elle est appelée Adula dans la vie de son petit-fils Gregorius, évêque de Trajectum-ad-Rhenum, et c'est elle qui paraît être désignée sous le nom d'Addolana dans une lettre qu'Elfreda, abbesse anglo-saxonne, écrivit pour recommander une autre abbesse anglo-saxonne, qui se rendait à Rouie. V. cette lettre, dans Epistolœ sancti Bonifacii, 51.

[54] V. ce diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 364 et 365.

[55] V. Histoire de l'église de Strasbourg, t. I, p. 230 et 231.

[56] V. Abrégé de l'histoire du roy Dagolert II, du nom, par le P. Vincent, p. 20-25.

[57] V. Gesta Treviroram, c. 37, dans Calmet, Histoire de Lorraine, 1re édit., t. I, preuv., col. 13.

[58] V. Vita sanctœ Gertrudis, abbatissœ Nivialensis ; Virtutes, c. 1, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II. On sait, d'ailleurs, qu'il existait, depuis longtemps, à Trèves un monastère de femmes différent de l'abbaye d'Horréen.

[59] V. un diplôme d'Adhela dans Pardessus, t. II, p. 364 et 365. Elle appelle son fils dulcissimus filius, exactement comme dans l'Antiquité.

[60] V. Gesta Trevirorum, c. 57.

[61] Ce lieu est situé sur la rive gauche de la Moselle, un peu au-dessous de Trèves.

[62] Il semble résulter d'une lettre adressée par Constantius à saint Desiderius, évêque de Cahors (dans Du Chesne, t. I, p. 886) que les rois d'Austrasie avaient conservé la propriété de la maison royale, qui avait fait donner à ce domaine le nom de Palatiolum ou petit palais.

[63] V. le diplôme cité plus haut.