NOTE IX. — SUR LE LIEU OÙ MOURUT LA PRINCESSE INGONDE.
Nous
avons dit, dans le texte du présent ouvrage, que la princesse Ingonde, fille
de Sigisbert II et veuve du prince wisigoth Herménégild, fut conduite, avec
son fils Athanagild, dans la ville d'Hippo-Regius ou Hippone, en
Afrique, qu'elle y mourut et qu'elle y reçut la sépulture. Cette assertion ne
sera peut-être pas admise sans difficultés. En effet, Grégoire de Tours, qui
parle d'Ingonde plusieurs fois, dit seulement que les Romains la menèrent en
Afrique ; que, d'après un bruit généralement répandu, elle avait été
transférée ensuite à Constantinople ; mais qu'elle décéda en Afrique et
qu'elle y fut inhumée[1]. Il faut donc chercher ailleurs
la solution de ce petit problème. On possède encore plusieurs lettres écrites
à l'empereur Maurice et à d'autres personnes par Childebert et par Brunehaut.
Deux de ces lettres sont adressées au jeune Athanagild, fils d'Ingonde, et il
semble qu'elles doivent fournir des éclaircissements sur la question qui nous
occupe. Il n'en est rien cependant[2] ; mais on lit dans une lettre
du roi d'Austrasie au patriarche de Constantinople, Jean-le-Jeûneur, que,
après la mort d'Ingonde, Athanagild avait été conduit in urbem Rhegium[3], et, dans une autre lettre
adressée au fils acné de l'empereur, Childebert dit qu'Athanagild avait été
mené ad urbem Rhegium[4]. Nous laissons de côté la
question de savoir si le jeune prince a été conduit dans le lieu dont il
s'agit avant ou après le décès de sa mère ; car il est raisonnable de
supposer qu'on les avait menés tous deux dans la même ville, que la princesse
y resta jusqu'à sa mort, et que son fils continua d'y résider, quand il l'eut
perdue, et en attendant que l'empereur prit une décision définitive à son
égard. Mais que faut-il entendre par urbs Rhegium ? Rapprochant le
passage de Grégoire de Tours, où il est parlé du bruit d'après lequel Ingonde
avait été transférée à Constantinople, d'une phrase que l'on rencontre dans
une lettre de Childebert à Maurice[5], et où il est question d'un
prince mérovingien qui habitait Constantinople — apud Vos, in urbe regia
commorari —, quelques savants ont pensé qu'il fallait lire dans les
lettres adressées à Jean-le-Jeûneur et au fils de Maurice urbem regiam,
au lieu de urbem Rhegium, et qu'il s'agissait de la ville royale,
c'est-à-dire de la capitale de l'Empire. D'autres, notamment Dom Bouquet, ont
songé à la cité de Rhegium (aujourd'hui Reggio), située à la pointe méridionale
de l'Italie, vis-à-vis de la Sicile. Mais on ne voit nulle part qu'Athanagild
ait été transporté en Italie, et, comme on est assuré qu'Ingonde est morte en
Afrique, c'est évidemment dans cette contrée qu'il faut chercher la ville
appelée Rhegium. Cela étant, il nous semble que HippoRegius ou Hippone, une
des cités les plus importantes de la côte septentrionale d'Afrique, doit être
la ville désignée dans les deux lettres rappelées ci-dessus. Elle portait
encore au VIe siècle le nom d'Hippo-Regius, et peut-être parfois
l'appelait-on seulement Regius. C'est sous cette dernière forme que le nom se
présente dans les deux lettres ; car il faut observer qu'il y est employé à
l'accusatif, et que par conséquent la syllabe finale a éprouvé un changement.
Il n'est pas à notre connaissance qu'Hippone figure dans aucune inscription
postérieure à la destruction de la monarchie des Vandales ; mais elle est
mentionnée par Procope[6]. NOTE X. — SUR LA SITUATION DU CASTRUM WABRENSE.
La
véritable situation du castrum Wabrense n'est pas encore connue,
malgré toutes les dissertations qui ont été consacrées à l'éclaircissement de
ce point de géographie ancienne. Hadrien
Valois a prétendu[7] qu'il fallait chercher
l'emplacement du castrum dont il s'agit à deux lieues de l'ancienne ville d'Eposium
ou Epusum (aujourd'hui Ivoy), sur le sommet d'une colline où le diacre Wlfilaïcus avait
construit une vaste basilique, dédiée à saint Martin, et un monastère, qu'il
habitait avec un grand nombre de religieux[8]. Mais l'opinion de ce docte
écrivain n'a pas prévalu, et il suffit, en effet, pour faire voir son erreur
de dire que Grégoire de Tours, qui entre dans de grands détails relativement
à Wlfilaïcus et à son monastère au chapitre 13 du livre VIII de l'Historia
Francorum, n'aurait pas manqué de rappeler qu'il était question de la colline
et de l'église de Wlfilaïcus, lorsqu'il parle du castrum Wabrense et
de la basilique voisine dans les chapitres 9 et 12 du livre IX du même
ouvrage. D'autres
savants ont pensé que le castrum Wabrense était sur la côte des
Heures, près du village de Bonzée, à trois lieues sud-est de Verdun et à
proximité d'un chemin qui conduit de cette ville à Metz ; et on voyait,
effectivement, sur cette hauteur une église dédiée à saint Martin et
dépendant de la paroisse des Eparges. Quelques-uns ont cru que le castrum
dont nous recherchons la situation était sur la montagne où l'on a bâti plus
tard la forteresse d'Hattonchâtel[9]. Enfin, d'autres archéologues
ont placé le castrum à la Tour-en-Voivre et sur la côte de
Watronville. Mais ces divers sentiments n'ont guère rencontré que des
contradicteurs. Un
antiquaire lorrain, M. Denis de Commercy, n'a pas été plus heureux, lorsque,
dans un volume destiné à l'examen de cette question difficile[10], il a tenté de prouver que le castrum
Wabrense s'élevait sur une colline assez ardue que l'on rencontre à douze
kilomètres à l'est de Saint-Mihiel, colline que les gens du pays appellent
Montclin, et sur la pente de laquelle est bâti le village de Montsec. M.
l'abbé Clouet, dans son Histoire de Verdun[11], s'était d'abord décidé pour la
côte des Heures ; mais plus récemment, dans son Histoire ecclésiastique de
la province de Trèves (3)[12], il a indiqué le village de
Châtillon-en-Voivre comme le lieu qui paraît le mieux répondre à la
description de Grégoire de Tours, parce qu'il y a sur le territoire de ce
village une colline assez escarpée ; parce que l'église paroissiale est sous
le vocable de saint Martin, et parce que le nom même de Châtillon-en-Voivre
semble rappeler les mots castrum Wabrense. Du reste, avec la réserve
qui caractérise toujours le vrai savoir, M. l'abbé Clouet ne donne son
attribution que pour une simple conjecture et déclare que, à son avis, il est
impossible de fixer d'une manière certaine la position de ce lieu célèbre. Oserons-nous
maintenant, après avoir déclaré insuffisantes les explications données par
tant d'hommes de mérite, en proposer une à notre tour ? Nous avons pensé
pouvoir le faire ; toutefois, ce sera avec d'autant plus de défiance que,
pour établir notre opinion, nous serons obligé de faire subir une légère
modification au texte de Grégoire de Tours. Mais, avant d'exposer un nouveau
système, il faut placer le texte même de l'historien sous les yeux du
lecteur. Voici ce texte, qui appartient aux chapitres 9 et 12 du livre IX : Sed
(Ursio
et Berthefredus)
audientes quod scilicet tali (Rauchingus) fuisset adfectus interitu,
adaucta adhuc secum multitudine hominum, quia ad eos pertinere videbatur,
infra castrum Vabrense, quod villœ Ursionis propinquum erat, cum rebut omnibus,
se muniunt conscii consilii sui... Erat enim villa in pago Vabrensi, cui
imminebat mons arduus. In hujus cacumine basilica in honore sancti ac
beatissimi Martini constructa habetur. Ferebant enim ibi castrum antiquitus
fuisse ; sed nunc non cura, sed natura tantum munitum erat. Il résulte de ces deux
passages qu'au pied de la montagne se trouvait une villa appartenant à Ursio
; que, d'après une tradition (ferebant), il y avait eu anciennement sur
le sommet de la hauteur un castrum, dont on ne voyait plus aucune trace ; que
la hauteur n'était plus défendue par l'art, mais seulement par la nature, et
que sur le plateau se dressait une basilique, dédiée à saint Martin, et dans
laquelle s'enfermèrent Ursio, Berthefredus et leurs complices. Ceci
posé, nous pensons que la villa Ursionis et la montagne voisine ne
peuvent être que le bourg de Marville et le mont Saint-Hilaire, qui en est
éloigné d'environ six cents mètres. Pour ad mettre cette conclusion, il faut
reconnaître, à la vérité, 1° que les leudes Ursio et Berthefredus ne
suivaient pas, lorsqu'ils apprirent la mort de Rauchingus, une des grandes
voies qui sillonnaient la Belgica Prima ; et 2° que Grégoire de Tours, ou un
de ses copistes, a, par erreur, substitué le mot Martini au mot Hilarii.
Or, toute personne un peu familière avec les œuvres de Grégoire de Tours nous
accordera facilement le second point, car elle sait combien de fautes et de
variantes présentent les nombreuses copies de cet historien. Et quant au
premier point, on conviendra qu'Ursio et ses complices, ne sachant pas encore
quel était le sort de Rauchingus et voulant surprendre Childebert, devaient
éviter les grandes routes sur lesquelles leur présence en armes aurait été
signalée immédiatement, et choisir les chemins détournés ; ce qui leur était
d'autant plus facile, qu'ils ne traînaient pas avec eux ces lourds bagages
qui obligent de véritables armées à suivre les voies bien entretenues. Marville
et le mont Saint-Hilaire ne Se trouvaient pas, d'ailleurs, à une grande
distance de la voie qui conduisait de Verdun à Metz, en passant par les vici
nommés Fines et Ibliodurum. Il n'y a que six lieues de Verdun à
Marville, et quatre lieues seulement séparent ce bourg de l'ancien domaine
royal de Sathanacum (Stenay), dont nous aurons plus loin l'occasion de parler. Différentes
particularités, qu'il serait trop long de rapporter ici, ne permettent pas de
croire que Marville et ses environs fussent déserts pendant la période
gallo-romaine, et à plus forte raison pendant le VIe siècle[13] ; mais il est probable que l'on
n'y voyait alors que la villa d'Ursio et les habitations des colorai qui
cultivaient les campagnes voisines. Quant au mont Saint-Hilaire, l'accès en a
toujours été fort difficile, et c'est seulement de nos jours que l'on a tracé
sur la rampe qui regarde le bourg un chemin commode. Le plateau qui termine
la montagne est, depuis les temps les plus anciens, occupé par un vaste
cimetière, où dorment d'innombrables générations. Au centre même du cimetière
s'élève une église, placée sous le vocable de saint Hilaire et composée d'une
nef et d'une abside carrée. La longueur totale de l'édifice est de vingt-six
mètres (dans
œuvre) ; la largeur
de la nef est de onze mètres, celle de l'abside de cinq mètres environ.
L'abside présente seule une voûte surbaissée ; elle s'ouvre sur la nef par un
cintre également surbaissé et surmonté d'un mur droit qui atteint la toiture.
La nef n'est couverte que d'un plafond, dont les poutres sont à cinq mètres
cinquante centimètres du sol. La nudité des murailles est complète. Cette
circonstance, la forme des baies, le plan de l'abside et les dispositions
générales de l'édifice autorisent à en reporter la construction à la période
carlovingienne, et si l'enduit plus ou moins moderne dont les murs sont revêtus
permettait d'en examiner l'appareil, il ne serait peut-être pas téméraire
d'assigner à l'église Saint-Hilaire une date encore plus reculée, et d'y voir
la basilique dans laquelle Ursio et Berthefredus avaient cherché un asile[14]. Le
cimetière lui-même offre des preuves de sa haute antiquité. Nous ne voulons
rappeler ici ni les tombeaux remontant au moyen-âge, ni les énormes buis qui,
couvrent une partie du terrain et remplacent les cyprès assez rares dans la
Gaule ; mais il est impossible de ne pas mentionner l'ossuaire appuyé contre
le mur du cimetière, vers l'orient, et dont la bâtisse parait fort ancienne.
Il renferme, outre un grand nombre d'ossements divers, environ 20.000 crânes,
dont beaucoup commencent à tomber en poussière, et plusieurs d'entr'eux ont
dû appartenir à des individus morts il y a plus de dix siècles. C'est ce
qu'établit un calcul extrêmement simple. La
population actuelle de Marville est à peu près de 1.250 personnes ; mais on
ne peut pas supposer que, depuis la fin du Vo siècle jusqu'à la dernière
année du XVI IIe (époque à laquelle on a cessé de déposer de nouveaux
ossements dans l'ossuaire du mont Saint-Hilaire), la moyenne de cette
population ait dépassé le nombre de 800 individus, et, comme sur 1.000
enfants 500 à peine entrent dans leur seizième année[15], il ne faut prendre qu'une
population de 400 individus pour base de notre calcul, qui doit porter
exclusivement sur les adultes[16], c'est-à-dire sur les personnes
âgées de plus de quinze ans. La durée moyenne de la vie étant de 25 années,
il s'ensuit que la population d'un lieu quelconque se renouvelle 4 fois dans
1 siècle. Or, 13 siècles se sont écoulés depuis l'an 501 jusqu'à l'année
1800, et, la population de Marville s'est complètement renouvelée 52 fois ;
par conséquent, il a dû y mourir pendant 13 siècles 41.600 individus (52 * 800 = 41.600). Mais comme plus de la moitié
de ces individus (soit 21.600 environ) n'avaient pas atteint l'âge de quinze ans, et que leurs crânes
ne figurent pas dans l'ossuaire, il s'ensuit qu'il n'est mort à Marville
pendant le laps de 13 siècles que 20.000 adultes à peu près, nombre égal à
celui des crânes déposés dans l'espèce de monument dont nous parlons.
Quelques-uns de ces tristes débris ont donc appartenu à des contemporains de
Dagobert, de Pépin-le-Bref et de Charlemagne, et, si l'on ne craignait les
hypothèses audacieuses, on pourrait même supposer, en considérant ces
ossements et ces crânes presque réduits en poussière par l'action du temps,
que l'on a sous les yeux les restes informes des compagnons d'Ursio et des
soldats de Childebert. Nous
ajouterons encore deux remarques à ce que nous venons de dire pour établir
l'identité du castrum Wabrense et du mont Saint-Hilaire. 1° La
position de cette hauteur entre Metz et Verdun est telle, qu'elle rend
très-bien compte de ce que Grégoire de Tours raconte relativement à la fuite
de Berthefredus après la mort d'Ursio[17]. En effet, les troupes de
Childebert, lesquelles venaient de Metz, ont dû gravir le mont Saint-Hilaire
par le versant sud-est, et Berthefredus a pu, sans rencontrer trop
d'obstacles, descendre de la montagne par le versant occidental, pour gagner
Verdun, qui est au sud-ouest de Marville. 2°
Grégoire de Tours rapporte que les biens d'Ursio furent confisqués[18]. Or, Marville, que nous croyons
être la villa Ursionis, appartenait au fisc royal, dans les premières
années du Ville siècle. C'est ce qu'établit un diplôme du roi Chilpéric, daté
du 8 juin 717, et, par lequel le prince donne à l'abbaye de Saint-Arnoul le
domaine fiscal nommé Marte villa[19], dans lequel on ne peut guère
refuser de reconnaître le bourg actuel de Marville. NOTE XI. — SUR LAURENTIUS PATRIARCHE D'AQUILÉE.
On nous
taxera peut-être de témérité pour avoir mis au nombre des patriarches
d'Aquilée le personnage, nommé Laurentius, auquel Childebert, roi
d'Austrasie, adressa une lettre publiée par Du Chesne et Dom Bouquet. On ne
trouve, en effet, le nom de Laurentius dans aucune liste des patriarches
d'Aquilée, et on voit dans tous les catalogues de ces prélats que le
patriarche Elie, qui transféra son siège dans l'île de Grado, eut pour
successeur, en 589, un ecclésiastique appelé Severus, qui vécut jusqu'en 605[20]. Cependant, nous n'hésitons pas
à regarder Laurentius comme le véritable successeur d'Elfe. Ce personnage
n'est autre que le prêtre Laurentius que le pape Pélage II chargea de
présider, en son nom, le concile ouvert (à Grado) le 3 novembre 579, et dans lequel on décida
que le patriarchat d'Aquilée serait transféré dans l'île de Grado. Elle, qui
était alors patriarche, ayant rompu avec le Saint-Siège au sujet de l'affaire
des Trois Chapitres, on doit admettre que Pélage nomma Laurentius patriarche
à la place de ce schismatique, ou peut-être seulement après la mort d'Elie,
laquelle arriva au plus tard en 589 ; désignation qui n'aurait pas empêché
les schismatiques d'élire eux-mêmes Severus, dont le nom figure seul dans les
listes dont nous avons parlé. Le roi d'Austrasie savait apparemment à qui il
écrivait, et comme la suscription de sa lettre est aussi ancienne que la
lettre elle-même, et qu'elle porte les mots ad patriarcham Laurentium,
nous proposons formellement d'introduire Laurentius dans la liste des patriarches
d'Aquilée. NOTE XII. — SUR LA DATE DE LA TRANSLATION DES SAINTS FUSCIANUS, GENTIANUS
ET VICTORICUS.
Les
Bollandistes ont publié, dans leur introduction à la vie de saint Salvius,
évêque d'Amiens[21], un extrait de l'opuscule
intitulé : Historia inventionis ss. Fusciani, Gentiani et Victorici.
D'après ce fragment, Childebert, qui, in illo tempore, Francorum gentem
principali regimine gubernabat, apprit, pendant un séjour qu'il faisait à
Paris, la découverte des reliques des trois saints nommés plus haut, et qui
avaient été inhumés près d'Amiens. Aussitôt il ordonna aux évêques dont il
était accompagné de partir pour Amiens, de procéder à la levée des corps et
de les transférer à Paris, afin de leur faire rendre les honneurs
convenables. La translation eut lieu, en effet, et Childebert construisit une
basilique, dans laquelle ces précieux restes furent déposés. De plus, il
donna à l'église d'Amiens, et à titre d'indemnité, un domaine appelé Megium,
qui était situé à peu de distance de cette ville. Tels
sont les faits sur lesquels nous nous appuyons pour avancer que Childebert
exerçait une espèce de suprématie dans le royaume de Clotaire II, et ces
faits sont concluants. On a
prétendu, à la vérité, que la translation dont il s'agit est d'une date
antérieure au règne de Childebert Ier, roi d'Austrasie, et qu'elle fut faite
par ordre de Childebert fils de Clovis Ier. Mais il est facile de prouver le
contraire. 1° Le
royaume de Childebert fils de Clovis, lequel renfermait plusieurs cités du
centre, de l'ouest et du midi, ne s'étendait pas vers le nord-ouest. Clotaire
Ier possédait cette partie de la Gaule, et il était trop jaloux de son
autorité pour avoir laissé Childebert agir en maitre dans un royaume qui
n'aurait pas été le sien. 2° La
translation des saints Fuscianus, Gentianus et Victoriens eut lieu pendant
que saint Honoratus était évêque d'Amiens ; or, il résulte de la vie de ce
prélat, publiée par les Bollandistes[22], qu'il vivait sous le
pontificat du pape Pélage II, qui gouverna l'Eglise de 578 à 590, et sous le
règne de l'empereur Maurice, lequel va de 582 à 602. Tout concourt même à
démontrer que l'épiscopat de saint Honoratus s'est prolongé jusqu'aux
premières années du VIIe siècle, puisque saint Salvius, qui fut son
successeur immédiat, vivait pendant la première moitié de ce siècle. 3°
Enfin, quand on examine quelle opinion les savants ont embrassée relativement
à la question dont nous nous occupons, on voit que, si le P. Labbe[23] et Dom Bouquet[24] se sont prononcés en faveur de
Childebert fils de Clovis, les Bollandistes[25] et les auteurs du Gallia
Christiana[26] ont admis qu'il était question
de Childebert Ier, roi d'Austrasie. NOTE XIII. — SUR LE DUCATUS
DENTELINI.
La
plupart des écrivains qui ont traité de l'histoire et de la géographie de la
Gaule, pendant la période mérovingienne, ont cherché à déterminer, sans y
parvenir, quelle était la situation de ce ducatus Dentelini, mentionné
par Frédégaire, et il peut paraître bien téméraire de notre part de proposer
une nouvelle hypothèse pour la solution de cette question. Il faut
d'abord faire observer que Frédégaire est le seul auteur original et
contemporain qui ait nommé le ducatus en question ; mais il en parle
quatre fois : 1° dans le chapitre vingtième de sa chronique, à l'occasion de
la cession que Clotaire en fit à Théodebert II ; 2° dans le chapitre
trente-septième, lorsqu'il rapporte le traité conclu entre les rois de
Neustrie et de Bourgogne ; 3° dans le chapitre trente-huitième, au sujet du
différend que la possession de ce duché souleva entre les deux rois ; 4° enfin,
dans le chapitre soixante-seizième, lorsque le duché tut définitivement
séparé de l'Austrasie. Cette dernière mention est fidèlement reproduite dans
le Gesta domni Dagoberti, regis Francorum[27]. Le
texte de Frédégaire est loin de jeter une lumière bien vive sur la situation
de la circonscription dont il s'agit. On lit, en effet, dans le chapitre
vingtième : ... per Sigonam et Isaram Ducatum, integrum Dentelini
usque Oceanum mare Theudebertus reciperet. Des paroles aussi vagues
devaient, on le comprend aisément, donner lieu à différentes interprétations.
Il serait trop long de les rapporter toutes, et nous rappellerons seulement
que, dans un mémoire récemment publié[28], un ancien élève de l'école des
chartes, M. Jacobs, a proposé, à cause d'une apparente ressemblance de noms,
d'identifier le ducatus Dentelini avec le pagus Tellau, qui
était peu éloigné de Rouen ; mais une pareille opinion ne peut évidemment se
soutenir, puisque le ducatus comprenait une partie de la vallée de
l'Oise (Isara). Ruinart,
dans son édition de Grégoire de Tours, avoue qu'il ignore l'origine et le
sens du mot Dentelini, lequel se présente, dans les divers manuscrits de
Frédégaire, sous les formes Denzelini, Danzileni et Dentileni,
et, dans le Gesta Dagoberti, sous la forme Dentilonis,
variantes qui proviennent toutes du mot Dentelini, généralement adopté par
les savants. Plus hardi que Ruinart, nous n'hésitons pas à regarder ce mot
comme un nom d'homme, et il existait précisément sous le règne de Clotaire II
un personnage assez proche parent du maire d'Austrasie Pépin de Landen, et
appelé Dentelinus. Nous sommes loin de prétendre toutefois que ce
personnage ait donné son nom au ducatus Dentelini ; mais nous pensons
qu'un autre individu de la même famille, peut-être son père ou son aïeul, a
administré le pays en question, et que, dans l'usage habituel, le nom du
gouverneur a été associé à celui du gouvernement. On sait, en effet, que,
après la mort de Chilpéric Ier, Childebert enleva à la Neustrie quelques civitates,
notamment la cité de Soissons, dont il forma un duché particulier, qui fut
successivement administré par Rauchingus, par Magnovaldus et par le prince
Théodebert. Selon nous, Dentelinus fut un des gouverneurs de ce pays,
probablement celui qui était en fonctions lorsque les Neustriens, vainqueurs
à Trucciacum, reprirent les villes dont ils avaient été dépouillés par
Childebert ; et l'on comprend ainsi comment le duché avait conservé le nom de
son dernier administrateur. Il est
peut-être plus difficile de déterminer avec précision quelles étaient les
limites du ducatus Dentelini. Néanmoins, comme, d'après Frédégaire, il
se prolongeait dans la vallée de l'Oise, puis dans celle de la Seine
jusqu'aux rivages de l'Océan, il devait renfermer les civitates de
Soissons et de Silvanectes (Senlis), qui avaient appartenu à la Belgica Secunda ; celles de
Paris et de Meldi (Meaux), autrefois comprises dans la Lugdunensis Quarta ; enfin le vaste
diocèse de Rotomagus (Rouen), lequel allait jusqu'à la mer et faisait
anciennement partie de la Lugdunensis Secunda. Le ducatus Dentelini,
tel que nous le supposons, répond parfaitement aux indications fournies par
le texte de Frédégaire. Ce chroniqueur dit que le duché s'étendait le long de
l'Oise et de la Seine jusqu'à l'Océan. Or, les diocèses de Soissons, de
Senlis et de Paris étaient limités au nord-ouest par le cours de l'Oise, qui
les séparait des civitates de Noyon et de Beauvais ; le diocèse de
Meaux était situé entre ceux de Soissons et de Paris ; ce dernier occupait
les deux rives de la Seine[29] ; enfin, le diocèse de Rouen,
alors fort vaste, car il renfermait les anciens territoires des Velocasses
et des Caleti, n'était borné au nord-ouest que par la mer. Le ducatus
Dentelini présentait par conséquent une superficie assez compacte,
quoiqu'irrégulière ; il était contigu au territoire primitif de l'Austrasie,
et il était borné à l'est par les trois civitates de Laon, de Reims et
de Châlons. On comprend, dans notre hypothèse, les regrets-que causa aux
Austrasiens la perte d'un si vaste pays, lorsque Clotaire II en reprit
possession, et que Dagobert Ier le réunit définitivement à la Neustrie[30]. NOTE XIV. — SUR LE CELLÉRIER MARCULF.
L'histoire
ne nous a conservé aucun renseignement sur le moine Marculf ou Marculfus
compilateur d'un fameux recueil de formules imprimé nombre de fois, et rempli
de renseignements précieux pour les hommes qui étudient l'organisation
administrative et la législation des royaumes Francs. Divers savants ont
pensé que ce compilateur pouvait être le même personnage que Marculfus
cellérier du monastère de Salicis, mentionné par Jonas dans la vie de
saint Colomban. L'hagiographe rapporte, en effet, que Caramtocus abbé de ce
monastère, 'ayant appris la détresse dans laquelle se trouvaient Colomban et
ses disciples, ordonna au cellérier Marculfus de charger de provisions
quelques chariots et de les conduire dans la solitude habitée par les
religieux irlandais[31]. L'opinion
des savants que nous citons ne plut pas à l'abbé le Beuf, qui l'attaqua
vivement[32] ; mais ses arguments ne nous
ont pas semblé péremptoires, et nous essayerons dans cette note d'appuyer,
sinon de nouvelles preuves, au moins de nouvelles probabilités, la thèse que
Le Beuf a combattue. Nous tâcherons de prouver :1° que le compilateur des Formules
était moine, comme le cellérier de l'abbaye de Salicis ; 2° que ce
dernier a pu être en relation avec les évêques Clidulfus et Landericus, qui
ont été connus par le premier ; 3° que le monastère de Salicis était
situé en Austrasie ; 4° que le cellérier a vécu précisément à l'époque où
vivait le compilateur ; 5° et enfin que le recueil des Formules a été
rédigé dans le royaume dont nous venons de parler. Si nous réussissons à
établir ces cinq points, nous aurons à peu près démontré que l'on a eu tort
de regarder le cellérier et le compilateur comme des personnages différents. 1°
Quelques historiens ont avancé que le compilateur des Formules était un
référendaire, et qu'il avait rédigé son recueil pour l'usage d'une des
chancelleries mérovingiennes ; mais cette assertion ne repose absolument sur
rien, et, pour la renverser, il suffit de transcrire le premier titre de
l'ouvrage, qui est ainsi conçu : Marculfi Monachi Formularum Liber I.
Cette mention est péremptoire, et Le Beuf n'a pu s'empêcher de reconnaître
que le compilateur était un moine, bien qu'il sentît combien cette concession
était nuisible à son système[33]. Que si l'on s'étonne de voir
un moine s'occuper d'un semblable travail, nous répondrons qu'un cellérier,
c'est-à-dire l'administrateur du temporel d'une grande abbaye, devait tenir à
former, tant pour lui que pour ses confrères, un recueil de ce genre, parce
que les monastères étaient fréquemment en relations d'affaires avec les
laïques ; et la rédaction du recueil n'a pu présenter de grandes difficultés,
puisque Marculf s'est bien certainement borné à copier, pour en faire un
formulaire, les diplômes de son abbaye et ceux qui lui tombaient sous la
main. 2° Un
des plus anciens manuscrits des Formules[34] est dédié à l'évêque Clidulfus.
Le Beuf a cru que ce prélat devait être saint Ilidulfus, métropolitain de
Trèves et fondateur de Moyen-Moutier, lequel mourut seulement en 707 ; mais
l'assertion du docte écrivain est complètement dénuée de preuves, et nous
aimons bien mieux reconnaître ici le fils de saint Arnoul, saint Chlodulfus,
qui monta sur le siège épiscopal de Metz en 650. Son nom est ordinairement
écrit Chlodulfus ; mais on trouve aussi les formes Flodulfus
dans un diplôme de Sigisbert IV[35], et Childulfus dans un privilegium
de Numerianus, métropolitain de Trèves[36], et l'orthographe adoptée par
Marculfus ne s'éloigne pas beaucoup de cette dernière. Un
autre manuscrit très-ancien[37] est dédié à l'évêque
Landericus, qui, d'après le manuscrit, administrait le diocèse dans lequel
était situé le monastère habité par Marculf[38]. Or, il nous semble que ce
prélat ne peut être que saint Landericus ou Landry, fils de saint Vincent
Madelgarius et de sainte Valdrada ou Valdrée, lequel exerça les fonctions
épiscopales dans le diocèse de Metz. Il ne figure pas, à la vérité, dans le
catalogue des évêques de cette ville, et il serait même impossible de l'y
faire entrer, à moins que son épiscopat n'ait été extrêmement court. Mais Le
Beuf conjecture, et avec raison selon nous, que saint Landericus était
seulement chorévêque[39], et dès lors rien ne s'oppose
plus à ce qu'il ait administré une partie du diocèse de Metz, vers le milieu
du VIIe siècle. Il quitta plus tard ce diocèse, pour aller prendre le
gouvernement de l'abbaye de Soignies, dont son père avait été abbé après
avoir renoncé au monde. La tradition qui atteste la présence de saint
Landericus dans le diocèse de Metz est, d'ailleurs, corroborée par un fait
incontestable et incontesté. Nous voulons parler du long séjour que fit dans
cette ville sainte Valdrada, mère de Landericus. Elle avait embrassé la vie
religieuse, en même temps que son mari, et elle devint abbesse du monastère
de Saint-Pierre, où elle mourut et fut inhumée[40]. 3°
Cette double dédicace à saint Clidulfus, évêque, et à saint Landericus,
chorévêque de Metz, nous oblige à chercher dans ce diocèse le monastère
habité par le compilateur des Formules, et, comme selon nous, le
compilateur n'est autre que le cellérier Marculf, il faut prouver que le
monastère de Salicis était dans le diocèse de Metz. La situation de
cette abbaye n'a pas été déterminée jusqu'à présent. Mabillon a supposé, il
est vrai, qu'il pouvait être question de Salins, petite ville de
Franche-Comté, qui possédait, au XVIIe siècle, un prieuré de l'ordre de Cluny[41]. Cette assertion timide, la
seule que l'on ait jamais hasardée, n'est guère propre à inspirer de la
confiance, destituée qu'elle est de toute espèce de preuve ; et, s'il faut
absolument, comme nous le pensons, trouver le monastère de Salicis
dans le diocèse de Metz, nous ne voyons que l'abbaye de Moyen-Vie qui puisse
être identifiée avec ce monastère. C'était, d'ailleurs, la seule qui existât
à cette époque dans la partie méridionale du diocèse, dont nous parlons. On
alléguera, sans doute, pour renverser notre opinion, que l'abbaye de
Moyen-Vic est trop éloignée de Luxeuil pour que l'abbé ait pu songer à
envoyer des provisions de bouche aux Colombanistes, et de plus que ce
monastère a porté ensuite le nom de saint Pient, un de ses fondateurs. Mais
la première objection atteint la ville de Salins comme celle de Moyen-Vie, et
il suffit de répondre que la distance qui sépare cette petite ville et
Luxeuil n'est pas tellement considérable que Caramtocus ait pu regarder comme
une entreprise difficile de faire parvenir quelques secours à saint Colomban. Notre
hypothèse n'a, de plus, rien qui ne cadre avec le peu que l'on sait
relativement aux origines du monastère de Moyen-Vic. On croit, sur des
renseignements bien vagues, qu'il fut fondé, vers le milieu du VIe siècle, et
grâce aux libéralités d'une matrone gallo-romaine, nommée Prætoria, par saint
Pientius et saint Agentius, auxquels la même tradition associe une femme
appelée Columba[42]. Il ne faut donc pas s'étonner
si le monastère dont il s'agit ne portait pas encore, au commencement du VIIe
siècle, le nom de son fondateur, et si on le désignait par une appellation
tirée de sa position au milieu des salines et du pagus Salinensis.
Nous croyons, en effet, et nous suivons ici l'exemple de Mabillon, que Jouas
ou un de ses copistes a mal transcrit le nom du monastère, et que, au lieu de
Salicis, mot qui n'a aucune signification, étant un ablatif pluriel,
on doit lire Salirais, désignation parfaitement appropriée à l'abbaye de
Moyen-Vic. A cette
époque, cinquante années environ s'étaient écoulées depuis la fondation du
monastère, et, selon toutes les apparences, il était alors gouverné par un
religieux irlandais, peut-être ami de saint Colomban. Le nom de Caramtocus
est bien certainement d'origine irlandaise ou bretonne. Il a été porté par un
breton de Démétie, disciple de saint Patrice[43], et il offre de l'analogie avec
le nom de Caractacus, roi breton vaincu par A. Plautius et Ostodus[44], et avec celui de Galgacus,
chef des Calédoniens, qui fut défait par Agricola[45]. 40 Si
rien dans les noms des prélats auxquels le recueil des Formules est dédié, si
rien dans la situation des lieux ne s'oppose à ce que l'on adopte notre
hypothèse, la chronologie ne parait pas non plus de nature à la faire
repousser, bien que l'abbé le Beuf ait été empêché, par une prétendue
différence des temps, de regarder le compilateur et le cellérier comme un
seul personnage. Jonas ne fixe pas, en effet, la date du voyage que le
dernier fit à Luxeuil pour amener des provisions à saint Colomban, et nous
pouvons placer cet incident vers l'an 600, et même un peu plus tard,
c'est-à-dire en 603 ou en 604. D'un autre côté, le recueil des Formules
a été rédigé à l'époque où saint Chlodulfus était évêque, et saint Landericus
chorévêque de Metz. Un demi-siècle environ sépare donc le voyage du cellérier
et la publication de son livre ; mais ce laps de temps ne peut nous causer
aucun embarras. Marculf était probablement très-jeune dans le temps où il se
rendit à Luxeuil ; car on choisissait ordinairement des hommes peu avancés en
Aga pour remplir les fonctions de cellérier, qui exigent beaucoup de santé et
d'activité ; et le compilateur des Formules dit expressément qu'il a composé
son livre à l'âge de soixante-et-dix ans, et même plus[46]. Or, si Marculf avait
vingt-cinq ans en 604, il a dû, atteindre sa soixante-et-dixième année en
649, c'est-à-dire précisément vers l'époque où tous les renseignements que
nous possédons fixent la publication du recueil des Formules. 5° Ce
recueil lui-même nous fournit encore certaines indications de nature à
prouver qu'il a été composé dans le royaume d'Austrasie. Ainsi, Grégoire de
Tours, mentionnant la nomination du référendaire Charimeres comme évêque de
Verdun, dit : Cum consensu civium, regalis auctoritas decrevit (ilium) fieri sacerdotem[47]. Or Marculf donne la formule de
la requête que les habitants d'une ville épiscopale devaient présenter au roi
pour obtenir la confirmation d'une élection épiscopale, et cette formule est
précisément intitulée Consensus civium[48]. Ainsi, Marculf parle souvent
de patrices[49] ; or, nous savons qu'il y en
avait en Austrasie, tandis que l'on n'en vit jamais en Neustrie, et cette
particularité ne permet pas d'admettre que le recueil des Formules ait été
compilé dans ce dernier royaume. On a de plus la certitude qu'il était d'un
usage fréquent en Austrasie. Lorsque saint Chrodegang, évêque de Metz, fonda,
vers le milieu du Ville siècle, la célèbre abbaye de Gorze, il énuméra les
donations qu'il lui accordait dans un diplôme, lequel est exactement copié
sur une des formules de Marculf[50]. Enfin, nous avons vu dans la
bibliothèque du docte et vénérable M. Michel, curé de la cathédrale de Nancy,
un très-ancien manuscrit des Formules, qui se trouvait à Metz au XVIe
siècle et avait bien certainement appartenu à quelque monastère austrasien[51]. Telles
sont les raisons qui ont engagé l'abbé le Beuf à croire que Marculf avait
momentanément résidé en Austrasie, et qui nous portent à admettre qu'il a
toujours vécu dans ce royaume. NOTE XV. — SUR L'EMPLACEMENT DE LA VILLA COLOBROSA.
Aucun
des historiens de Reims n'a pu jusqu'à présent indiquer l'emplacement de la villa
Colobrosa[52], où mourut saint Theodulfus, et
dans l'église de laquelle on suspendit, comme une relique, la charrue du
saint abbé. Toutefois, il ne nous paraît pas impossible de fixer cet
emplacement d'une manière satisfaisante. Saint Theodulfus, étant abbé du
monastère de Hor ou de Saint-Thierry, ne devait pas vivre dans une
villa fort éloignée de son abbaye ; et, d'un autre côté, le mot Colobrosa
signifiant le repaire des couleuvres, il doit s'être conservé quelque
dénomination locale qui rappelle ce nom. Le territoire de la commune actuelle
de Saint-Thierry, qui représente l'ancien monastère, n'offre aucune
dénomination de ce genre. Mais à côté du village de Saint-Thierry on trouve
la commune de Courcy, dont le territoire a été augmenté, lors de la
confection du cadastre, par l'adjonction d'une autre commune : celle de la
Neuvillette. Or, le vocable de cette dernière dénote évidemment la
reconstruction d'une ancienne villa, détruite par quelque accident ; de plus,
on rencontre sur son territoire, section C, un canton dit la couleuvre,
qui occupe les n° 527 à 596 dans l'état de section, et dont le nom est
la traduction de Colobrosa ; ainsi que trois cantons (renfermant les
n° 597 à 975) dits
les hautes-coulemelles, les coulemelles et les basses-coulemelles,
désignations qui semblent indiquer que l'on voyait en ce lieu des fûts de
colonnes ou des colonnes (columellœ), provenant, sans doute, de la villa gallo-romaine.
Ajoutons que la présente note fait voir quel parti on peut tirer, pour
l'éclaircissement de la géographie ancienne, des noms de lieu soigneusement
enregistrés par les rédacteurs du cadastre. NOTE XVI. — SUR LES PAGI
COLERENSIS, SUENTENSIS, TURENSIS, ETC., MENTIONNÉS PAR PRÉDÉGAIRE.
La
question qui fait l'objet de la présente note a toujours été considérée comme
très-difficile ; ce n'est pas sans une certaine hésitation que nous
l'abordons, et nous n'espérons la résoudre qu'en faisant subir au texte de
Frédégaire quelques légères modifications. Il ne faut pas, quand il s'agit
des noms de lieux que l'on trouve dans ce chroniqueur, se laisser arrêter par
de puérils scrupules ; on sait qu'il a estropié une multitude de
dénominations géographiques, et, pour s'en assurer, il suffit de comparer sa
nomenclature à celle de Grégoire de Tours et aux renseignements fournis par
les monuments anciens. Les pagi
dont nous allons entreprendre de déterminer la situation sont mentionnés
trois fois dans la chronique de Frédégaire. En parlant, dans le chapitre 33,
de l'entrevue projetée entre Bilichildis et Brunehaut, il dit qu'elle devait
avoir lieu inter Colerensem et Suentensem ; et les différents
manuscrits fournissent pour le premier nom les variantes Colcunse,
Colocensi et Colerense, et pour le second les formes Soitense,
Segintense, Solnitenzi et Sogintense. Dans le chapitre 37,
Frédégaire rapporte que Thierry roi de Bourgogne fut obligé de céder à
Théodebert II non seulement Alesaciones et Alsacios, mais
encore Suggentenses, Turenses et Campanenses ou Campianenses.
Enfin, on trouve rappelé dans le chapitre 87 Ænovalaüs comes Sogiontensis,
Sogotinsis ou Sigiontensis ; car les manuscrits offrent ces trois
variantes. L'explication
de ces différents termes a causé bien de l'embarras soit aux éditeurs de
Frédégaire, soit aux historiens de plusieurs provinces. Le Père le Cointe a
supposé que le mot Campanenses désignait les habitants de la partie de
la Champagne qui s'étendait, sur les deux rives de la Seine, dans la
direction de Troyes. Ruinart pense que par Suggentenses il faut
entendre le Suntgau ou Alsace méridionale, et par Turenses le Turgau,
qui est une portion peu considérable de la Maxima Sequanorum[53]. Quant au pagus Colerensis
ou Colecensis, personne, à notre connaissance, n'a osé en fixer la
position, et Valois avoue qu'il l'ignore d'une manière absolue[54]. Dom Bouquet, dans ses
annotations sur Frédégaire, s'est rangé à l'opinion de Ruinart ; enfin, le
docte Schœpflin a pris le même parti[55]. Malgré
des autorités aussi imposantes, nous proposerons une autre explication des
quatre mots dont il s'agit. 1° Campanenses
nous parait, comme au Père le Cointe, désigner une partie de la Champagne ;
seulement nous présumons qu'il s'agit non pas des environs de Troyes, mais
des civitates de Reims, de Laon et de Châlons, que le second des
continuateurs de Frédégaire appelle ducatus Campanensis[56], et que Grégoire de Tours nomme
simplement Campania[57] ; tandis que si lui-même et
Frédégaire emploient parfois le mot campania avec le sens de plaine ou
de territoire, ils y joignent toujours un adjectif indiquant de quel lieu ils
veulent parler. Il faut, à la vérité, pour admettre notre explication, reconnaître
que, sans doute en vertu d'arrangements faits par Childebert Ier, quelques
portions de l'Austrasie avaient été détachées de ce royaume et cédées à la
Bourgogne. La chose n'a rien d'invraisemblable. Nous savons même avec
certitude que la civitas de Strasbourg avait été l'objet d'un pareil
démembrement, et cette circonstance rend parfaitement raison des réclamations
de Théodebert II. 2° La
même hypothèse, si l'on peut employer cette expression en parlant d'une chose
extrêmement probable, nous servira encore à expliquer ou, pour mieux dire, à
rectifier les noms qui accompagnent le mot Campanenses. En effet, le
diocèse de Châlons-sur-Marne, que nous croyons avoir été détaché de
l'Austrasie, était borné à l'est par le diocèse de Toul, et nous rencontrons
dans ce dernier, précisément dans la portion qui confinait à la civitas
de Châlons, trois pagi dont les noms se retrouvent, légèrement altérés,
dans le texte de Frédégaire. Ainsi, le pagus que les divers manuscrits
appellent Colerensem, Colcunse, Colerense et Colecensi
(forme
que nous préférons aux précédentes) doit être le pagus Solocensis, désigné sous
le nom de Solocense dans le partage qui eut lieu, en 870, entre
Charles-le-Chauve et Louis roi de Germanie[58]. Il est appelé comitatus
ou pagus Solocinsis dans un diplôme de l'empereur Otton Ier, relatif à
l'abbaye de Saint-Martin-lès-Metz[59], et comitatus Solecencis
dans un diplôme accordé à l'abbaye de Remiremont en 1033[60], et il porte encore aujourd'hui
le nom de Soulossois. Il avait eu pour chef-lieu le vicus de Solimariaca,
lequel est représenté maintenant par le village de Soulosse. Ajoutons que la
ressemblance, nous allions dire la conformité, des mots Colecense et Solecense
ne permet guère de conserver de doutes sur l'attribution que nous proposons. 3° La
ressemblance est plus grande encore entre le nom du pagus que Frédégaire
appelle Suentensis, Segintense ou Sogintense, et la
dénomination ancienne du Saintois, pays voisin du Soulossois. Ce pays est
nommé Suetensis pagus dans un diplôme de Childéric II, en faveur de
l'abbaye de Senones[61] ; Sugentensis pagus dans
un diplôme du comte Wulfoad (709), pour l'abbaye de Saint-Mihiel[62] ; pagus Suggentinsis
dans une charte d'Angelramne, évêque de Metz, datée de l'année 770[63] ; pagus Suggentensis
dans un diplôme de Charlemagne (788), portant confirmation d'un échange fait entre le
prélat qui vient d'être nommé et Bornon évêque de Toul[64] ; pagus Sungintensis
dans une donation du comte Valcrifidus (vers 805) en faveur de l'église de Toul[65] ; comitatus Suentisiorum
dans les Annales de Saint-Bertin[66] ; Suentisium dans le
partage de 870 ; comitatus Seginthensis dans la vie de Berthold évêque
de Toul[67], et pagus Segintensis
dans le Liber miraculorum sancti Apri[68]. 4°
Enfin, il nous semble que le pagus Turensis, qui était nécessairement
voisin des deux précédents, ne peut être que le pagus Tulensis ou Tullensis,
lequel avait pour chef-lieu Tullum (Toul), la capitale même de la civitas. Comme on
ne doit pas douter que le reste du diocèse n'ait continué à faire partie de
l'Austrasie, nous sommes obligé d'admettre qu'il a été momentanément partagé
entre les deux royaumes. Ces démembrements des civitates n'étaient pas
très-rares pendant la période mérovingienne, et on verra plus loin que le
diocèse de Toul lui-même fut l'objet d'une division de la même nature, sous
le règne de Dagobert II. NOTE XVII. — SUR LE CULTE ET LES RELIQUES DE SAINT ROMULFUS ET DE SAINTE
ROMULINDIS.
Nous ne
nous appuyons que sur un indice, peut-être trompeur, pour avancer que saint
Romulfus appartenait à la famille du duc Lupus. Cet indice est l'existence
dans la famille dont il s'agit du nom de Romulfus, qui fut porté par un fils
de Lupus, Romulfus métropolitain de Reims. D'après
une tradition recueillie par Mabillon[69] et par Dom Calmet[70], Romulfus et Romulindis, père
et mère de saint Romaricus, auraient été mis à mort par ordre de Thierry II,
puis inhumés dans l'église paroissiale de Remoncourt, à deux lieues et demie
de Mirecourt. Il paraît qu'ils étaient propriétaires de ce lieu[71], où on leur rendait autrefois
une sorte de culte. Aujourd'hui il n'en existe plus aucune trace. M. l'abbé
Deblaye, curé d'Imling, dont on connaît les importantes recherches sur les
reliques, a vu dans l'église de Grandvillers, près de Bruyères, un os provenant
de l'abbaye de Remiremont, et indiqué comme ayant appartenu à sainte
Romulindis. Mais cette relique ne présente aucune espèce d'authenticité, et
les anatomistes qui l'ont examinée se sont même trouvés d'accord pour
déclarer que l'os en question est un os d'homme et non de femme. Nous avons
eu récemment l'occasion de lire un parchemin constatant la consécration d'un
autel dans l'église de Xermaménil (village situé entre Lunéville et
Gerbéviller) par
Jean d'Ivoy, évêque de Christopole et suffragant de Toul, le 17 juillet 1463
; et ce parchemin porte que le prélat consécrateur a placé dans l'autel des
reliques des bienheureux Romulfus et Romulindis[72] martyrs. Les reliques se
trouvaient effectivement enfermées dans une botte en plomb, ainsi que le
certificat ; et nous avons jugé à propos de rapporter ces particularités, peu
intéressantes en elles-mêmes, pour démontrer que la vénération des peuples
avait mis au nombre des martyrs deux personnages dont la mort n'avait eu
d'autre cause que la politique. Ajoutons que les os contenus dans la boite
paraissent être des fragments de crânes rompus en très-petits morceaux, et
cette remarque est peut-être de nature à jeter quelque jour sur la nature de
supplie infligé à Romulfus et à Romulindis. NOTE XVIII. — SUR LES PALAIS DES ROIS D'AUSTRASIE.
On
connaît aujourd'hui, par des diplômes, des légendes de monnaies ou des
renseignements historiques, les noms de plus de trois cent cinquante maisons
royales qui appartinrent soit aux Mérovingiens, soit aux Carlovingiens ; et
il est inutile de faire observer que la plupart de ces maisons royales
n'étaient pas des palais, mais simplement des métairies domaniales, où les
rois se rendaient alternativement pour se livrer à l'exercice de la chasse.
Telles étaient, par exemple, la villa d'Amblava (Amblef), dans la forêt des Ardennes[73], et la villa de Campus
(Champ-le-Duc), dans la vallée de la Vologne,
à l'entrée de la silva Vosagus. Nous ne
pouvons songer à mentionner dans la présente note toutes ces résidences, et,
d'ailleurs, l'emplacement de beaucoup d'entr'elles n'est pas même connu. Nous
laisserons aussi de côté, du moins en général, toutes les maisons royales
dont l'existence ne nous est révélée que par des diplômes carlovingiens, bien
que plusieurs fussent, sans doute, très-anciennes ; et nous prévenons le
lecteur que nous suivrons dans cette nomenclature la division par provinces. I. Le
palais principal des Mérovingiens était bien certainement celui de Metz, dont
nous avons déjà parlé, et dans lequel ils résidaient assez rarement, appelés
qu'ils étaient sur les différents points du territoire par les guerres, si
fréquentes à cette époque, et par d'autres évènements que nous avons
rapportés ou qui prendront place successivement dans notre récit. II.
Vient ensuite le palais de Trèves, qui, dévasté par les Barbares, avait été
soigneusement réparé, et que Dagobert Ier et d'autres rois habitèrent de
temps en temps[74]. L'auteur de la vie de saint
Aridius parle de ce palais, qu'il désigne par les mots aula regalis.
Il était situé sur une place (platea), que saint Aridius devait
traverser pour aller du palatium à la maison du métropolitain, qui
était certainement voisine de l'église principale[75] ; et cette particularité
démontre que la demeure royale occupait l'emplacement du palais des
électeurs, qu'une place sépare encore aujourd'hui de la cathédrale, et parmi
les dépendances duquel on voit une basilique de construction romaine. III.
Les Mérovingiens possédaient une habitation plus ou moins somptueuse, à peu
de distance de Trèves, sur la rive gauche de la Moselle. Elle se nommait
simplement Palatium ou Palatiolum (aujourd'hui
Pfalz), et la
seconde de ces dénominations semble indiquer que l'habitation royale avait
peu d'importance. Hontheim, qui a fait des recherches si étendues et si
profondes sur l'histoire de Trèves, prétend que les Mérovingiens avaient des
palais à Decima (Detzem), près de cette ville ; à Epternacum (Epternach), qui n'en est pas fort éloigné,
et à Prumia (Prum), sur la lisière de la forêt des Ardennes[76]. Toutefois, l'existence du
palais de Decima ne repose que sur un diplôme de Dagobert Ier, publié
d'abord par Nicolas Zillers[77], et dont la fausseté est
reconnue depuis longtemps[78] ; la villa Prumia est
mentionnée dans un diplôme de l'année 721[79] ; mais rien ne prouve qu'il y eût
dans ce lieu une maison royale ; enfin, malgré l'autorité de Mabillon, il
n'est pas mieux démontré qu'il y en ait jamais eu à Epternach. Quoiqu'il en
soit, il est bien évident que les prétendus palais de Decima, d'Epternacum
et de Prumia ne pouvaient être que des villœ appartenant au
fisc, et dans lesquelles les rois auraient momentanément résidé. Nous sommes
assez porté à en dire autant de Sathanacum (Stenay), et d'y voir une simple villa
domaniale, que les Mérovingiens habitaient quelquefois, comme le prouve
l'exemple de Dagobert II[80]. IV. Il
n'en est pas de même de Gondreville (Gundulfi villa), qui est situé sur la rive
droite de la Moselle, à cinq kilomètres de Toul, vers l'orient. Il est
probable, comme le pense Valois[81], que ce lieu tire son nom de
Gundulfus qui fut maire du palais d'Austrasie, sous le règne de Théodebert II
; mais on ne peut savoir par suite de quelles circonstances la splendide
résidence de ce fonctionnaire était devenue propriété du fisc. Quoiqu'il en
soit, le roi Thierry IV y demeura dans le cours de l'année 727[82] ; Louis-le-Pieux y fit
construire, sous la direction de Frotharius évêque de Toul, une galerie qui
conduisait du palais à l'église[83], et les premiers carlovingiens
y séjournèrent fréquemment. On a cru jusqu'à présent que cet édifice occupait
l'emplacement du château que les ducs de Lorraine possédaient à Gondreville,
pendant le moyen-âge, et qui a lui-même complètement disparu ; mais les
renseignements que nous avons pris sur les lieux nous font penser que le palatium
mérovingien était plus à l'ouest, et qu'il couvrait une sorte de promontoire
dont la Moselle baigne le pied. On y jouit d'une vue admirable, et la bêche
des vignerons ne cesse de ramener au jour des fragments de briques, de tuiles
et même de marbre, qui démontrent qu'un édifice vaste et somptueux s'est
élevé autrefois sur ce promontoire. V. Le
palais de Gondreville n'était pas le seul que l'on rencontrât dans la civitas
de Toul. Il y en avait un autre à Morlacas, Morlacum ou Marlacum
(aujourd'hui
Morlay), près de la
limite occidentale de cette cité, et presque sur la frontière des Catalauni.
L'abbé le Beuf, dont l'autorité est si grande en matière d'érudition, ne
croyait pas que Morlacas fût Morlay, parce que, disait-il, ce
dernier lieu est situé en Austrasie, et que le palais dont il s'agit de fixer
l'emplacement appartenait au roi de Neustrie[84] ; et Mansi, allant plus loin
que cet illustre savant, a cru qu'il fallait reconnaître dans Morlacas
le lieu qu'on appelle depuis longtemps Marly, et qui est voisin de
Saint-Germain-en-Laye[85]. Cependant, l'opinion de
Mabillon et de Dom Michel Germain[86] n'avait pas cessé d'être
partagée par bon nombre d'historiens, et, pour en établir l'autorité, il
suffit de faire observer : 1° que, pendant la période mérovingienne, Marly se
nommait non pas Morlacum ou Morlacas, mais bien Mairilacum,
ainsi que le prouve un diplôme relatif à un échange de divers terrains situés
dans ce lieu, échange intervenu, en 697, entre Waldromarus, abbé de
Saint-Germain, et un particulier appelé Adalricus[87] ; et 2° que si Thierry III, roi
de Neustrie, était maître, en 677, du palais de Morlacas[88], il faut l'attribuer à ce que
les Neustriens, alors gouvernés par le maire Ebroïn, avaient, à la faveur des
troubles dont la mort de Childéric II fut l'occasion, occupé quelques
portions du territoire de l'Austrasie. Nous verrons plus loin que, vers cette
époque, ils possédèrent, pendant plusieurs années, les civitates de
Reims et de Châlons-sur-Marne ; et il paraît qu'ils avaient pénétré bien
au-delà de Morlay, puisque, d'après un ancien manuscrit de la cathédrale de
Toul, cité par le P. Benoît[89], Ermentheus évêque de cette
ville profita d'un séjour que Thierry III fit dans le palais de Gondreville
pour obtenir la restitution de la villa Ociaca (Ochey ?), usurpée par un laïque. Si l'on
adoptait les conjectures de quelques savants, on placerait encore dans la civitas
de Toul trois autres maisons royales : celles de Silviacum, de Stirpiacum
et de Brocariaca. Nous dirons un mot de chacune. 1°
Mabillon et Dom Michel Germain ont mis le palais ou, pour mieux dire, la villa
de Silviacum, Silviacus, Silvacus et Silvagium dans le diocèse
de Laon, au lieu appelé aujourd'hui Servais, dénomination qui n'offre aucune
analogie avec le mot latin[90]. Le P. Benoît a prétendu, au
contraire, qu'il faut reconnaître cette maison royale dans le village de
Sauvoy, situé à très-peu de distance de Void[91], et il appuie son opinion sur
diverses preuves, dont aucune n'est péremptoire, mais qui, réunies, ne
laissent pas d'avoir une certaine force. Ainsi, d'après le docte religieux,
Sauvoy porte dans des titres anciens le nom de Silviacus, duquel sa
dénomination actuelle est dérivée de la manière la plus régulière ; sur le
territoire de l'ancienne paroisse de Sauvoy il existe un hameau appelé
Villeroi (Villa regia), qui occupe, selon toutes les apparences, l'emplacement de la
maison royale ; de Villeroi partaient d'anciens chemins, dont on voit encore
des vestiges, et qui conduisaient au palais de Morlacas et à Tusey (Tusiacum), où les Carlovingiens
possédèrent un palais ; la silva Vedogii, laquelle était voisine de Silviacum,
peut bien être la vaste forêt qui s'étend au midi de Sauvoy, et que traverse
le ruisseau nommé autrefois Vidus, et maintenant la Méholle ; enfin,
le village de Sauvoy appartenait au domaine, puisque l'empereur Henri Il
accorda à Berthold évêque de Toul le droit de chasse dans la forêt dont il
vient d'être parlé. 2°
D'autres savants ont soutenu que la villa royale de Stirpiacum
est le même lieu que Crépey, village situé à cinq lieues de Nancy, entre Toul
et Vézelise, au milieu d'un pays riant et fertile ; mais cette opinion ne
peut se soutenir un instant. Crépey porte, en effet, dans les plus anciens
diplômes le nom de Crepiacum, Crepicum et Cripiacum[92], et le diplôme de l'empereur
Charles-le-Gros qui appelle Crépey Crepicum a même été daté de
Stirpiacum[93] ; ce qui démontre que ces deux
endroits sont bien distincts. Mabillon cite[94], à la vérité, un diplôme de
Charlemagne, daté de la villa de Dripio, et comme elle était
bien certainement en Austrasie, et que, d'un autre côté, on n'a pu jusqu'à
présent en déterminer la position, on a pensé témérairement qu'il faut lire Cripio,
au lieu de Dripio, dans le diplôme de Charlemagne, et que cette villa
doit représenter Crépey. Mais le nom Dripio ou Cripio, qui est
de la troisième déclinaison, n'a jamais pu être confondu avec le mot Crepicum
ou Crepeium, lequel appartient à la seconde ; et, malgré les doutes de
Mabillon et de Dom Germain[95], nous n'hésitons pas à
identifier Stirpia,cum avec le village d'Estrepy, situé près du confluent de
la Saulx et de l'Ornain, dans l'ancien diocèse de Châlons, et non loin du
palais de Pontico. 3° On
ne peut admettre non plus que la maison royale de Brocariaca ou Brucariacum,
dans laquelle Brunehaut présenta à saint Colomban les enfants de Thierry II[96], soit Bruyère-en-Vosge, qui
portait autrefois le nom de Brocariœ ou Brocaria, ou bien la villa
de Campus (Champ-le-Duc),
qui en est fort peu éloignée. La maison royale de Campus, à laquelle
on a pu donner parfois, à raison de la proximité, le nom de Brocaria,
est mentionnée, à la vérité, dans plusieurs annalistes de l'époque
carlovingienne[97] ; mais les recherches de Valois
et d'autres érudits ont démontré que la villa de Brucariacum ou
Brocariaca est le lieu appelé maintenant Bourcheresse, entre Autun et Châlons-sur-Saône. VI. La Belgica
Prima ne renfermait donc, d'une manière incontestable, que cinq
résidences royales, et nous allons voir qu'elles n'étaient guère plus
nombreuses dans la portion de la Belgica Secunda qui dépendait de
l'Austrasie. La plus importante de ces dernières était certainement le palais
de Reims, lequel fut souvent habité par les premiers rois d'Austrasie, et qui
n'était autre que l'ancien palais des empereurs[98]. VII. On
doit placer ici la villa d'Attiniacum (Attigny), située sur la rive gauche de
l'Aisne et dans la civitas de Reims. Mabillon et Dom Germain croyaient
que cette villa n'existait pas avant la seconde moitié du VIIe siècle[99] ; mais on a publié depuis les
articles organiques rédigés pour assurer l'exécution du traité conclu entre
Childebert Ier et Clotaire II, et l'on y voit que le texte des deux premiers
articles a été arrêté dans une assemblée tenue au palais d'Attigny, pendant
le mois de mars 593[100]. A
l'extrémité orientale du diocèse de Reims, on voyait, d'après quelques
antiquaires, une autre maison royale : celle de Duziacum ou Duodeciacum
(Douzy). Leur assertion est assez mal
appuyée. Toutefois, Hincmar assure, dans sa vie de saint Remi[101], que ce domaine avait été donné
à l'église de Reims par saint Clodoaldus, fils de Clodomir et petit-fils de
Clovis ; d'où il semble résulter que les premiers mérovingiens en furent
momentanément possesseurs. VIII.
On n'éprouve pas le même embarras au sujet de Brennacum, qui est
souvent mentionné par les historiens, mais qui appartint plus longtemps aux
rois de Neustrie qu'à ceux d'Austrasie. Mabillon et Dom Germain le plaçaient
à Draine, sur les bords de la Vesle, à trois lieues et demie au nord de
Soissons[102]. L'abbé le Beuf soutint plus
tard qu'il était à Bergni, à treize lieues et demie de Paris, sept de
Soissons et cinq de Meaux ; mais les recherches d'un érudit contemporain ont
établi que Mabillon ne s'était pas trompé. Il
parait qu'il y avait aussi une villa royale à Erchrecum (Ecry-sur-Aisne), lieu qui faisait partie de
l'Austrasie. Nous parlerons plus loin d'un évènement qui s'y accomplit sous
le règne de Thierry III, roi de Neustrie, et la villa d'Erchrecum
figure parmi celles que possédaient les Carlovingiens[103]. X et XI.
Au sud-est, c'est-à-dire sur le territoire de Châlons, on rencontrait le
palais de Pontico ou Pontigo (Ponthion), mentionné par Grégoire de
Tours[104]. Ce palais, qui était sur la
rive gauche de l'Ornain, se trouvait par conséquent à une très-faible
distance de Stirpiacum, qu'il faut, comme nous en avons fait la
remarque, reconnaître dans le village d'Estrepy, situé près du confluent de
la Sada et de l'Ornain. XII. La
Germania Prima parait avoir compté un plus grand nombre de palais que
la portion austrasienne de la Belgica Secunda. Nous nommerons d'abord
celui de Strasbourg. Il fut reconstruit sous l'administration de
Charles-Martel, par les soins d'Adalbertus duc d'Alsace[105], et il y a toute apparence que
ce palais était situé dans le lieu appelé aujourd'hui Kœnigshofen, à l'ouest
et à une demi-lieue de Strasbourg. Des documents de la période carlovingienne
prouvent qu'il y avait un palais à Kœnigshofen[106], dont le nom est, du reste,
très-significatif. Mais c'est à tort, selon nous, que Schœpflin a voulu
identifier cette habitation royale avec celle que Grégoire de Tours dit
avoir, été infra terminum urbis quam Strateburgum vocant[107]. XIII.
D'autres passages du même historien établissent, en effet, que l'habitation
dont il parle n'est pas Kœnigshofen, mais bien Marilegium, où
Childebert Ier et Brunehaut résidèrent souvent, afin de s'éloigner de
Frédégonde, ou pour surveiller avec plus de facilité les mouvements de la
Grande Germanie[108]. XIV. A
peu de distance de Marilegium, on rencontrait la villa royale
appelée Kircheimum, Kirkeim et Chirich-heim. Elle fut
momentanément habitée par Dagobert II, qui la donna ensuite à saint
Florentins, et Nicolas Hertius dit que, de son temps, les ruines de cette
villa étaient encore appelées par les habitants du pays Daberts-Saal
ou maison de Dagobert[109]. XV. Brocomagus
— aujourd'hui Brumath, petite ville située à quatre lieues au nord de
Strasbourg — possédait également une résidence royale. Elle est mentionnée
sous le nom barbare de Brocmagad palatium dans un diplôme du roi
Carloman[110], et la date du diplôme (770) prouve à elle seule que le
palais de Brocomagus existait déjà vers la fin de la période
mérovingienne[111]. XVI.
Mayence, ancienne capitale de la Germania Prima, ne pouvait manquer
d'avoir un palais. Cette résidence royale est, en effet, rappelée dans un
diplôme de Dagobert Ier, daté du 30 septembre 627, et portant confirmation
des biens de la cathédrale de Worms et donation à cette église de quelques
terres situées dans le pagus de Laudemburgum[112]. XVII.
Le même diplôme établit qu'il y avait une villa royale à Laudemburgum —
Laudembourg, Ladenbourg ou Lobedunbourg, près de Worms, mais au-delà du Rhin,
et au nord du Nicer ou Necker —, et ce lieu est qualifié de civitas,
quoiqu'il n'eût pas, sans doute, une bien grande importance. XVIII.
Worms (Warmatia
ou Wormatia)
possédait aussi un palais, dans lequel Brunehaut se retira pendant quelque
temps, après la mort de Thierry II[113]. XIX. Le
palais de Mayence n'était pas le seul que l'on trouvât dans la civitas
dont cette ville était le chef-lieu. Il y en avait un à Antunnacum ou
Andernach. Il est cité dans Fortunat[114] ; Clotaire II y reçut les
députés de Brunehaut, lorsqu'il envahit l'Austrasie[115], et ce palais est encore
mentionné dans le diplôme de Chrodegang, évêque de Metz, pour la fondation de
l'abbaye de Gorze[116]. XX.
Enfin, il y avait également une résidence royale à Confluentes (Coblentz). Fortunat[117] et Grégoire de Tours[118] en parlent tous deux. XXI. La
Germania Secunda se composait des deux civitates de Colonia
Agrippina et de Tungri[119], et chacune renfermait
plusieurs palais. Celui de Cologne remontait à la période gallo-romaine[120] ; les rois des Ripuaires
l'habitèrent pendant une partie du Ve siècle et les premières années du VIe,
et c'est encore lui qui parait être nommé dans le Gesta regum Francorum[121]. XXII et
XXIII. Celui de Tolbiac (Tolbiacum castrum publicum) est rappelé dans un diplôme de
Charles Martel[122], dont l'authenticité n'a pas
été révoquée en doute ; et l'existence de la résidence royale de Dura
ou Duria — anciennement Marcodurum, et maintenant Duren — est
établie par un passage du quatrième continuateur de Frédégaire[123], où on lit que, en 761,
Pépin-le-Bref tint dans ce lieu une assemblée générale. XXIV.
Nous plaçons à la suite des palais situés dans la civitas de Colonia
le palatium de Sentiacum (Sintzich), qui était sur l'extrême
frontière de la Germania Secunda, et peut-être même dans la Germania
Prima. Il est cité pour la première fois dans les chroniques
carlovingiennes[124] ; mais il existait
antérieurement, et l'on conjecture même qu'il avait été bâti par C. Sentius
Saturninus, qui, sous le règne d'Auguste, fut consul et gouverneur de la
Germanie[125]. XXV. La
civitas de Tungri ne renfermait aucun palais vraiment important
; mais on y trouvait plusieurs villœ regales mentionnées par les
historiens ou dans les diplômes. Telle était la villa de Longolarium
ou Longolare, que Clotaire II habitait lorsque son fils Dagobert Ier
lui fit demander des secours contre les Saxons, qui l'avaient vaincu[126]. XXVI et
XXVII. Telles étaient encore les villœ de Dispargum (Duysborch,
près de Louvain),
nommée par Grégoire de Tours[127], et de Jopila ou Jupila
(près
de Liège),
qualifiée villa publica dans un diplôme de Dagobert III[128]. Telles
étaient peut-être aussi la villa d'Heristallium, où la famille
qui devait remplacer les Mérovingiens possédait cependant un vaste domaine,
et la villa de Choa (Huy), dont le nom est écrit diversement. Il y avait
dans ce lieu un atelier monétaire pendant la période mérovingienne, et un triens
qui en est sorti porte, au revers, les lettres ΡΑΓΙΤΗ, où l'on croit reconnaître les
débris de la légende EX OFFICINA PALATINA[129]. Il est,
sans doute, inutile d'ajouter que ces palais et ces villœ regales ont
entièrement péri, à l'exception du palais de Metz, dont on garde
soigneusement quelques débris, et de la basilique de Trèves, qui est encore
presque intacte. Mais un savant, qui a visité l'emplacement de plusieurs
ville mérovingiennes, dit qu'il a observé presque partout un vaste
quadrilatère, tracé par un fossé large et profond[130] ; et les constructions devaient
couvrir une partie du terrain compris dans cette enceinte. NOTE XIX. — SUR QUELQUES GYNÉCÉES MÉROVINGIENS.
Les
expressions que Grégoire de 'tours emploie en parlant du-gynécée de Marilegium
ou Marlenheim[131] sont de nature à faire penser
qu'il existait dans la Gaule, à la fin du VIe siècle, une certaine quantité
d'établissements du même genre. Toutefois, celui de Marilegium est le
seul qui soit mentionné dans les documents historiques de la période
mérovingienne, et leur silence nous a inspiré l'idée de rechercher si l'on ne
pourrait pas découvrir par quelqu'autre moyen le nombre et la situation des
établissements dont il s'agit. La Notice
de l'Empire désigne nominativement trois gynécées existant clans les
provinces qui formèrent plus tard l'Austrasie, ceux de Reims, de Trèves et de
Metz, et il est probable qu'ils continuèrent à subsister pendant les Ve, Ve
et VIIe siècles ; mais l'on n'en trouve aucune trace dans l'histoire, et il
nous a semblé que les noms de quelques lieux pouvaient seuls nous fournir les
lumières qui nous manquent. Le
moine de Saint-Gall qui a écrit l'histoire du règne de Charlemagne parle de
deux bâtards (nothi),
que ce prince distingua et honora à cause de leur fidélité, bien qu'ils
dussent le jour à des femmes esclaves enfermées dans le genitium (sic) Columbrense[132]. Schœpflin estime que ce mot,
évidemment altéré, désigne Colmar, qui, dans divers diplômes, porte des noms
à peu près pareils[133], et dérivant tous soit de Columbarium,
soit de Columbaria ; et ce dernier mot servit, en effet et pendant
longtemps, à désigner le chef-lieu du département du Haut-Rhin[134]. Si
cette ville a quitté son ancien nom d'Argentovaria pour prendre celui
de Columbaria ou Columbarium, un tel changement a dd avoir un
motif quelconque, et il ne serait peut-être pas téméraire de chercher
l'origine de ce changement dans la création d'un gynécée, dont l'importance
effaça aisément celle d'une bourgade, presque ruinée, et qui était même
tombée au rang de simple villa[135]. On n'a
pas encore dit, à la vérité, que les gynécées aient porté le nom de
Columbarium ; mais l'observation, bien que nouvelle, n'est pas nécessairement
absurde, et, pour comprendre qu'ils ont pu être appelés ainsi, il suffit de
se rappeler quelle était leur organisation. Un
gynécée était, comme nous l'avons vu, un vaste établissement, appartenant au
fisc, et dans lequel des femmes esclaves étaient occupées, sous les ordres
d'un intendant, à fabriquer diverses étoffes, du savon, des peignes, etc.
Mais il est arrivé trop souvent que les intendants des gynécées, et parfois
les rois eux-mêmes, frappés de la beauté de quelques-unes des femmes
enfermées dans ces établissements, abusèrent de leur pouvoir et entretinrent
avec elles des relations coupables. Nous avons cité tout-à-l'heure le passage
dans lequel le moine de Saint-Gall parle de deux bâtards nés dans le gynécée
de Columbaria, et les désordres auxquels nous venons de faire allusion
furent si fréquents, que le mot gynœceum finit par devenir synonyme de
lupanar. Le dominicain Jean de Gênes, qui écrivait dans le XIIIe siècle,
donne la définition suivante : Genœceum, lupanar, vel textrinum : quia ibi
conventus feminarum ad meretricandum, vel opus lanificii exercendi causa
conveniunt[136]. On lit dans la Loi des
Alamanni : Si cum puella de genecio priore concubuerit aliquis, contra
voluntatem ejus, cum sex solidis componat[137] ; et dans la Loi des
Lombards : Statuimus, ut si femina quœ vestem habet mutatam, mœcha
deprehensa fuerit, non tradatur gynœceo, sicut usquemodo ne forte quœ prius
in uno, postmodum cum pluribus locum habeat mœchandi, etc.[138] Si,
comme on n'en peut douter, les gynécées étaient devenus, dès la période
mérovingienne, le théâtre de bien des désordres, on ne doit pas être surpris
de leur voir donner le nom ou le surnom de Columbarium ou Columbaria.
On sait que la colombe était l'oiseau favori ou, pour mieux dire, le symbole
de Vénus ; et il n'est pas étonnant que les femmes de mauvaise vie aient
reçu, par plaisanterie ou par mépris, la qualification de columba, que
l'on trouve déjà dans une comédie de Plaute avec un sens presqu'analogue. Ce
n'est donc pas une témérité de penser que le mot Columbaria, si commun
dans les documents qui concernent la géographie de la France au moyen-âge,
désignait un gynécée. Nous
n'essayerons pas de rechercher les traces que les établissements de ce genre
ont pu laisser dans tous les lieux qui se nommaient ou qui s'appellent encore
Colombe, Colombes, Colombette, Colombey, Colombie, Colombier, Colombière,
Colomby, et Coulommiers. Cependant nous ne pouvons résister à la tentation de
consigner ici quelques-unes de nos conjectures, après avoir fait observer que
les gynécées étaient ordinairement assez voisins des maisons royales, dont
ils formaient pour ainsi dire une dépendance, comme le prouve l'exemple des
gynécées établis à Trèves, à Reims, à Metz et à Marilegium, à côté des
palais que les rois habitaient le plus souvent. Nous ne
reviendrons pas sur ce que nous avons dit du gynécée de Colmar ; mais nous
rappellerons que, si les Mérovingiens n'avaient pas de palais dans ce lieu,
ils en possédaient deux qui n'étaient pas fort éloignés : le palatium
Scladistadense (Schélestadt), dont l'existence doit remonter au moins au VIIe
siècle, et le palatium Isemburgense[139]. Coulommiers,
désigné dans des documents fort anciens sous les noms de Columbari,
Columbarii, Columbarium et Columberium[140], dut probablement aussi sa
naissance à un établissement de même nature, dépendant de quelques maisons
royales placées à peu de distance. Enfin,
nous n'hésitons pas en attribuant la même origine au bourg de
Colombey-aux-belles-femmes, situé dans la partie occidentale de la civitas
de Toul. Ce lieu est appelé Columbarium dans un diplôme de l'année 836[141], et dans un autre diplôme
émanant de Charles-le-Chauve et donné en 870[142]. Nous ne nous prévaudrons pas
toutefois de son surnom (aux-belles-femmes), que rien malheureusement ne
justifie plus aujourd'hui, mais qui remonte probablement à une haute
antiquité, et où on peut entrevoir un souvenir des puellœ palatinœ,
autrefois enfermées dans cette maison. Colombey était, d'ailleurs, voisin
d'un ancien palais mérovingien (Gondreville, Gundulfi villa), et, selon quelques
antiquaires, plus voisin encore d'un autre palais, celui de Stirpiacum
; mais nous avons prouvé, dans la note XVIII, que ce dernier lieu ne peut
être identifié avec le village de Crépey, comme ces antiquaires l'avaient
prétendu. NOTE XX. — SUR QUELQUES CENTAINES AUSTRASIENNES.
Nous
avons dit dans le texte de notre livre que l'on retrouve jusqu'au XIVe siècle
des traces de plusieurs centaines austrasiennes ; mais, à cette époque, la
centaine n'avait plus rien de commun que le nom et l'origine avec les
anciennes divisions administratives : dans les titres et les chroniques du
moyen-âge, le mot centena désigne une redevance féodale ; elle était
payée au centenier, et le droit, plus vivace que l'institution dont il
découlait, lui a longtemps survécu. Nous avons néanmoins jugé à propos de réunir
ici les mentions de cette nature que nous avons pu découvrir ; car toutes ou
presque toutes conservent le souvenir de subdivisions qui remontent à la
période mérovingienne. Dadon
évêque de Verdun, qui écrivit, vers la fin du IXe siècle, la vie de ses
prédécesseurs Hatton et Bérard[143], cite la centaine de Bras[144] : In basilica sancti Petri
et sancti Vitoni posuit (Berhardus) canonicos veto et dedit illis.... decimam arietum, qui ad
nostrum opus de Brasensi centena, congruis temporibus, accipiuntur[145]. La même centaine est rappelée
dans la confirmation des biens de l'abbaye de Saint-Vanne par l'empereur
Otton Ier[146]. Le
moine anonyme qui composa, dans le Xie siècle, une continuation de l'Historia
episcoporum Virdunensium de Bertaire emploie deux fois le mot centena.
1° Dans la vie de l'évêque Heimon, et à l'occasion du comte Frédéric, il dit
: Comes Fredericus, cum esset adhuc in laïcali habitu, prœbendœ Fratrum
Sanctœ Mariœ omnes centenas eorum potestatum qui bus multum inquietabantur,
ob remedium anima sua, Hierosolymam pergens, reddidit. 2° On lit dans
l'article concernant l'évêque Richard, qui siégea de 1040 à 1046 : Fuit
suis diebus magna dissensio inter Henricum regem et ducem Godefridum, qui cum
rege pacem aliter habere non potuit donec centenam de Wandelinicurte[147], et alia jura quœ, tunc
temporis, in hac civitate tenebat, eidem episcopo et ecclesia reddidit[148]. Le mot centena
est répété plusieurs fois dans une bulle que le pape saint Léon IX accorda,
en 1049, à l'église de Verdun[149], et dans une lettre d'Hérimann
évêque de Metz, relative à la translation des reliques de saint Clément[150]. On le rencontre aussi dans l'Historia
episcoporum Virdunensium par Laurent de Liège, qui, parlant du duc
Godefroy, lequel vivait vers le milieu du XIe siècle, s'exprime ainsi : Dux,
iram Dei metuens, pacem cum episcopo (Theoderico) fecit, centenas potestatum
Ecclesiœ et prœdia quœ, invaserat reddidit[151]. La
centaine du bourg Saint-Arnoul est mentionnée dans une charte donnée à
l'abbaye du même nom par Etienne de Bar, évêque de Metz[152]. La centaine de Pont-à-Mousson,
ou plutôt de Mousson, est rappelée dans d'autres titres[153] ; la sentainne de
Pagny-sous-Prény est indiquée dans une pièce datée de 1329[154], et celle de Norroy dans un
titre de 1360[155]. Enfin, il existait dans les
villages de Bouvron et de Thuilley des fiefs appelés la Centaine[156]. NOTE XXI. — SUR LES NOMS DES GALLO-ROMAINS ET DES BARBARES.
La
confusion des noms gallo-romains et des noms d'origine germanique, dont nous
devons nous occuper dans la présente note, remonte au moins au Vo siècle. En
effet, Arbogast Qui gouvernait la civitas de Trèves en qualité de
comte, vers l'année 475, était fils d'un Franc qui portait le nom romain
d'Arigius[157], et qui était lui-même fils du
fameux Arbogast, lequel joua un rôle si important sous les règnes de Théodose
Ier et de Valentinien II. Une des plus célèbres contemporaines du comte de
Trèves, sainte Genovefa (Geneviève), avait un nom d'origine barbare, et cependant tout
le monde sait, et M. Amédée Thierry lui-même en convient[158], qu'elle devait le jour à deux
gallo-romains, appelés Severus et Gérontia[159]. Saint Gaugericus (Géry), natif d'Ivodium, et qui
devint évêque d'Arras et de Cambray, avait pour père et mère Gaudentius et
Austridiola[160]. Nous avons déjà mentionné,
dans le texte de notre ouvrage, trois gallo-romains, qui vécurent au VIe
siècle et qui portèrent des noms barbares : Gundulfus, lequel remplit
successivement les fonctions de domesticus, de dux et de major
domus, quoiqu'il fût genere senatorio et même parent de Grégoire
de Tours[161] ; 2° Richomeris, patrice de
Bourgogne sous le règne de Thierry II[162], et 3° Bodegisilus, fils de
Mummolenus, qui fut envoyé en ambassade à Constantinople[163]. On en
peut dire autant 1° de saint Agericus (Airy), évêque de Verdun, qui, au rapport de l'historien
des Francs, était quidam e civibus hujus urbis[164] ; 2° d'un citoyen de Tours (civis
Turonicus)
appelé Wistrimundus[165] ; 3° d'un autre citoyen de la
même ville nommé Gundulfus[166] ; 4° de Blidericus, civis
Carnoteni territorii[167] ; 5° de Dado, pagensis
de la civitas de Bourges[168] ; 6° de sainte Monegundis,
laquelle était, pour employer les propres paroles de l'historien, indigena
Carnotenœ urbis[169] ; 7° de Baudolenus, quidam ex
parrochianis Dunensis pagi[170] ; 8° d'une femme appelée
Baudo-Feifa, qui habitait la villa Sene-Corbiacum[171] ; 9° d'Abbo père de saint
Eligius ou Eloy ; 10° d'un indigena urbis Turonicœ nommé Lithomeris[172] ; 11° de Sadregisilus, qui
gouvernait, en qualité de duc, quelques civitates de l'Aquitaine[173] ; 12° d'un senator arvernus
nommé Dodo[174] ;13° de Sunniulfus, lequel
était citoyen de la même civitas et devint abbé du monasterium
Randanense[175] ; 14° d'un defensor
appelé Gerefredus, qui signa le testament de Widradus, abbé de Flavigny[176] ; et 15° de Leudastes comte de
Tours, dont le père était gaulois et de race servile[177]. Nous
conjecturons aussi, et non sans de bonnes raisons, que Ansemundus et
Ansleubana, son épouse, qui dotèrent un monastère dans la ville de Vienne[178], et saint Bercarius ou
Bercaire, fondateur de l'abbaye d'Altum-villare (Hautvillers), étaient tous trois d'origine
gallo-romaine. On ne
peut pas davantage refuser de ranger dans la population gauloise quantité
d'individus qui jouissaient d'une grande réputation de science ou de
sainteté, et qui, malgré leurs noms germains, n'étaient bien certainement ni
des saliens, ni des ripuaires. Nous citerons seulement 1° les célèbres
solitaires rémois Theodericus et Bertaldus ; 2° Theodemirus, clerc d'Orléans,
qualifié vir bonœ gravitatis et inter suos magnas reverentice par le
biographe de saint Maximinus, abbé de Micy[179] ; 3° un prêtre de Chartres,
appelé Chirmirus, qui passait pour être un savant[180] ; 4° Ansebaldus, lequel,
d'après le biographe de saint Maur, était chancelier sous le règne de
Théodebert Ier[181] ; 5° Bodillo, notarius
de Grégoire de Tours[182] ; 6° enfin, le chroniqueur
Frédégaire lui-même. Il faut
avoir parcouru les vies originales des saints qui ont vécu pendant le Ve
siècle et le Via pour savoir combien d'évêques, de prêtres et de solitaires
portaient à cette époque des noms d'origine germanique ; et comme il est
évident que presque tous ces personnages étaient gallo-romains de naissance,
la conclusion se tire d'elle-même. Nous en
dirons autant au sujet des esclaves ou des coloni rappelés dans les
testaments et dans d'autres actes rédigés au VIe siècle, ainsi que des
mendiants dont parlent les hagiographes ; car on ne peut supposer que tant
d'individus réduits à une position si malheureuse aient tous appartenu à la
tribu des Saliens ou à celle des Ripuaires. Une inscription funéraire,
découverte à Briord et datée du consulat de Boëce, mentionne six affranchis,
dont quatre avaient des noms barbares. Une autre inscription funéraire,
retrouvée dans le même lieu, mais datée du consulat d'Avienus Verus, relate
l'affranchissement par une matrone appelée Arenberga d'un esclave nommé
Manno. Marileifus, premier-médecin du roi Chilpéric, était de race servile[183]. Il est question dans un
ouvrage de Grégoire de Tours[184] d'un esclave appartenant à un
citoyen de la ville d'Angers, et portant toutefois un nom germain (celui de Leomeres). L'historien lui-même possédait
deux esclaves appelés Dagobaldus et Laudovaldus[185]. Il en mentionne d'autres qui
se nommaient Leudovaldus, Leudard us et Baudegisilus[186], et Fortunat parle d'un esclave
du fisc (famulus fiscalis) qui s'appelait Gildomeris[187]. Saint Remi, métropolitain de
Reims, avait un grand nombre d'esclaves ou de servi, dont il disposa par son
testament, et on est surpris, en le parcourant, de voir que beaucoup
d'entr'eux portaient des noms barbares : Dagaudus, Baudeleifus, Albovichus,
Dagalaïphus, Baudovicus, Uddulfus, Dagaredus, Monulfus, Mellovicus,
Vindragasius, Viteredus, Aregildus, Marcovicus, Alaricus, Manacharius,
Britobaudes, Gibericus, Leuberedus, Marcolcifus, Leudocharius et Friaredus ;
et parmi les femmes : Teudoresena, Teudovinia, Edoveifa, Sunnoveifa[188], Dagaresena, Haudoresena,
Flavaresena, Saparagildis, Modoresena et Leudovera[189]. Un diplôme du roi Clovis III,
portant ratification d'un échange fait, quelque temps auparavant, par
Childéric II et saint Remacle, nous présente aussi les noms de quelques
coloni, et tous portent des noms barbares : deux Radefridus, Bertrannus,
Gisflobertus, Aganulfus, Sigofridus, Rigobertus, Athelinus, Albodus et Vinegarius[190]. On en peut dire autant de
plusieurs vignerons de condition servile et de leurs femmes qui sont rappelés
dans le diplôme donné par saint Chrodegang, évêque de Metz, pour la fondation
de l'abbaye de Gorze Harduinus, Erlofridus, Ernulfus, Wandelbertus, deux
Adelfridus, Anglifridus, et les femmes Ragalindis, Amelbergana, Rigobertana,
Gaucia, Eminana et Wandelbergana[191]. Quantité d'autres noms
d'origine germanique nous sont offerts également par des esclaves ou des
coloni mentionnés dans un diplôme de Sigisbert IV pour la fondation de
l'abbaye de Congidunum ou Cugnon[192] ; dans le testament de la
princesse Irmina, fille de Dagobert II[193], et dans tin diplôme relatif à
un échange fait entre le comte Wulfoad et Sigibaldus évêque de Metz[194]. Voici les noms dont il s'agit
: Arnulfus, Prebardus, Bobo, Cumboaldus, Achildis, Theodfridus, Alfridus,
Clodoaris, Raocaris, Vazelindis, Bacelindis, Grauceleba, Gundulfus,
Alithfredus, Leubigisus, Adoinus, Gerelindis, Autaldus, Haërvinus, Bertridus et
Madalhundus. Le testament de la matrone Erminethrudis cite[195] aussi une foule de colons et de
lides, dont les noms sont germains pour la plupart ; nous rappellerons
seulement Sumthulfus, Ilicchicio, Sinderedus, Angilo, Leudefredus, Wandilo,
Theodacharius, Agio, Daigisilus, Chrodulfus, Munegisilus, Baso, et les femmes
Medibergana, Gundileubana, Chioberga, Chaideruna et Thrasteberga[196]. Si les
noms barbares sont communs chez les esclaves et les coloni, on peut
dire qu'ils ne le sont guère moins chez les pauvres et les mendiants. La
plupart des misérables en faveur desquels saint Martin, saint Julien et les
saints du Ve siècle et du VIe opérèrent quelque miracle ont des noms
d'origine germanique[197]. Les
mentions qui précèdent sont, à notre avis, plus que suffisantes pour établir
que beaucoup de gallo-romains portaient des noms germains ; nous allons voir
maintenant que certains individus appartenant à la tribu des Saliens ou à
celle des Ripuaires avaient, au contraire, des noms d'origine romaine et même
sémitique. Chilpéric et Frédégonde donnèrent à un de leurs fils le nom de
Samson[198] ; Thierry II, roi de Bourgogne,
avait un fils appelé Corbus[199], et saint Licinius, évêque
d'Angers, était de la famille des Mérovingiens et cousin du roi Clotaire II[200]. Le père du comte Arbogast
s'appelait Arigius. Le leude Arnulfus, qui épousa Scariberge nièce de Clovis
Ier, avait pour père et mère Rogatianus et Euphrasia, lesquels avaient adopté
ces noms après avoir été baptisés par saint Remi et n'étaient probablement
pas des gallo-romains[201]. Sainte Salaberge fut mariée à
un jeune seigneur Franc, dont le véritable nom était Baso, mais que l'on
appelait ordinairement Blandinus[202]. Enfin, saint Goar — dont le
nom était usité chez les Alains — devait le jour à Georges et à Valérie, qui
pouvaient bien être des alains, auxquels on avait imposé de nouveaux noms au
moment de leur baptême[203]. Le
mélange des dénominations gallo-romaines et barbares dans la même famille est
plus significative encore, et les exemples en sont tellement nombreux qu'il
nous sera impossible de les citer tous. Le gallo-romain Florus, fondateur de
l'abbaye de Glanfeuil, avait un fils nommé Bertulfus[204]. Un gallo-romain, Caletricus,
mentionné par un hagiographe, avait une sœur germaine appelée Mallegundis[205]. Un des oncles de Grégoire de
Tours se nommait Gundulfus[206]. Il est question dans le
testament de saint Remi[207] du vigneron Enias (nom romain) et de son fils Monulfus (nom barbare), du colon Vernunanus (nom romain) et de son fils Vindragasius (nom barbare), du servus Merumuastes (nom r.) et de son fils Marcovicus (nom b.), du servus Amantius (nom r.) et de sa fille Dasovinda (nom b.). Florianus (nom r.), un des premiers abbés de
Glanfeuil[208], était fils de Haderardus (nom
b.). Le gallo-romain Lupus, duc de la Campania, donna[209] à l'un de ses fils un nom
biblique (Johannes) et à l'autre un nom barbare (Romulfus). De plus, il avait un frère[210] qui s'appelait Magnulfus (nom b.). Le duc Bobo (nom b.), que Chilpéric chargea de
conduire sa fille en Espagne, et Bodegisilus (nom b.), qui fut envoyé comme
ambassadeur à Constantinople, étaient tous deux fils du gallo-romain
Mummolenus, un des principaux habitants de la ville de Soissons[211]. Severus, beau-père de
Gontran-Boson, avait deux fils[212] nommés Bursolenus et Dodo (noms b.). Le prêtre arverne Eufrasius,
fils du sénateur Ennodius[213], était parent du côté paternel (cognatus) d'un individu appelé
Beregesilus (nom b.).
Baudegisilus (nom b.),
évêque du Mans, était frère[214] de Nectarius (nom r.). Le leude Sicharius (nom b.) était fils[215] de Johannes (nom biblique). Grégoire de Tours parle[216] d'une religieuse appelée
Constantina, laquelle avait pour père Burgolinus (nom b.), et d'un gallo-romain, nommé
Eustochius[217], qui était parent (cognatus) d'un personnage appelé
Baudulfus (nom b.).
Il mentionne aussi[218] deux frères, originaires de la
cité de Limoges, et dont l'un portait un nom romain (Aredius), tandis que l'autre avait un
nom barbare (Renosindus).
Saint Goéricus (nom b.),
évêque de Metz, était[219] frère germain de Gedenus (nom r.). Le Gesta Trevirorum
parle[220] de deux frères qui avaient
embrassé la vie érémitique aux environs de Trèves ; l'un s'appelait Banto (nom b.) et l'autre Beatus (nom r.). Nous possédons un diplôme de
Dagobert Ier[221] confirmant un partage fait
entre deux frères germains, dont l'un se nommait Ursinus (nom r.) et l'autre Beppolenus (nom b.) Ils étaient fils d'un
personnage appelé Chrodelenus (nom b.), et ils avaient eu un autre frère nommé Chaimedes (nom b.). Il est question dans un
fragment du testament de Dagobert Ier[222] d'une femme nommée Ursa, dont
le père s'appelait Aldericus (nom b.). La matrone Erminithrudis (nom b.), qu'Irmina fille de Dagobert II qualifie de dulcissima
consobrina mea, dans un diplôme en faveur de l'abbaye d'Epternacum[223], était fille du leude Pantinus (nom r.). Dans le testament d'une femme
appelée Erminethrudis, que Martène et Bréquigny croient être la même que la
précédente, on retrouve un semblable mélange de noms romains et barbares[224] : le gallo-romain Patricius a
pour filles Fedana, Ausegundis, Agnechildis et Bacciona ; l'ancilla
Iveria (nom
r.) a pour fils
Leudinus (nom
b.) ; Coccio (nom r.) a un fils appelé Daigisilus (nom b.), et le fils de Vigilius porte
le nom de Gibulfus. Deux seigneurs austrasiens, Luitfridus et Eberhardus ou
Ebrohardus (noms b.),
dont le premier était duc d'Alsace et le second domesticus, avaient
une sœur appelée Eugenia[225]. Abbo (nom b.), un des bienfaiteurs du
monastère de Novalèse[226], était fils de Félix et de
Rustica (noms
r.). Presque tous
les individus mentionnés dans la charte de fondation du monastère de
Castellio (ou Saint-Mihiel) portent des noms barbares, quoiqu'ils fussent gallo-romains pour
la plupart ; et le comte Wulfoad parle, dans cette pièce, de quatre de ses
parents, dont deux avaient des noms romains et les autres des noms barbares[227]. Les
vies des saints, auxquelles nous avons déjà fait plusieurs emprunts, nous
fournissent autant d'arguments que les diplômes. Saint Loup ou Lupus,
métropolitain de Sens, était fils du leude Beppo (nom b.) et d'Austregildis (nom b.) ; cette matrone avait pour
frères saint Austrenus et saint Aunacharius, évêques d'Orléans et d'Auxerre,
qui, malgré leurs noms barbares, devaient être des gallo-romains[228]. Saint Præjectus, évêque de
Clermont, lequel avait la même origine[229], était parent d'un homme appelé
Gudo (nom
b.). Saint Drausius
(nom
r.), évêque de
Soissons, était fils[230] de Leudomarus et de Rachildis (noms b.). Waldelenus, qui gouvernait,
avec le titre de duc, une partie de la Maxima Sequanorum, ayant obtenu de
Dieu, par les prières de saint Colomban, la naissance de deux fils, imposa[231] au premier un nom romain (Donatus), et au second un nom barbare (Ramelenus). Saint Rigobertus (nom b.), métropolitain de Reims, était
fils d'un gallo-romain, appelé Constantinus[232]. Saint Modoaldus (nom b.), métropolitain de Trèves, avait[233] une sœur nommée Severa. Dodo (nom b.) frère d'Alpaïde, mère de
Charles Martel, avait des parents appelés Gallus (nom r.) et Rioldus (nom b.). Saint Landebertus (nom b.), évêque de Trajectum-ad-Mosam[234], était fils du gallo-romain
Aper et avait des neveux qui se nommaient Petrus et Audolecus (noms r.). Eusebia, abbesse de Hamaticum,
était fille[235] d'Adalbaldus et de Ricthrudis (noms b.). Saint Elafius (nom grec), évêque de Châlons-sur-Marne,
eut pour successeur[236] son frère Leudomarus (nom b.). Un des biographes de saint
Wandrille mentionne un leude appelé Waningus (nom b.), dont le fils portait le nom
romain de Desideratus[237]. Saint Adelphius (nom grec), troisième abbé d'Habendum ou
de Remiremont, était le neveu[238] de saint Romaricus (nom b.), fondateur de ce monastère.
Saint Corbinianus, un des apôtres de la Grande Germanie, était fils du Franc
Waldekisus et d'une gallo-romaine appelée Corbiniana. Cette femme lui fit
donner, au baptême, le nom de Waldekisus, qu'elle changea ensuite pour celui
de Corbinianus, qui désignait sa propre famille ; mais elle avait un autre
fils qui conserva, toute sa vie, le nom barbare d'Erimbertus[239]. Remigius ou Remedius (nom r.) évêque de Strasbourg était
parent de Heddo (nom b.),
son prédécesseur. Celui-ci était[240] neveu de sainte Odile ou
Othilia (nom
b.), petit-fils du
duc d'Alsace Athicus (nom b.) et frère du comte Bodolus (nom b.). Il est parlé dans la vie de sainte Austreberta
d'un Franc appelé Amalbertus (nom b.), qui avait imposé à sa fille le nom romain d'Aurea[241]. Ajoutons que Boso ou Blandinus
et sainte Salaberge eurent cinq enfants[242] : trois filles, qui reçurent
des noms barbares, et deux fils, dont l'un fut appelé Eustasius (nom grec) et l'autre Baldoënus ou
Balduinus (nom b.). Ce
mélange de noms appartenant aux deux langues se remarque même dans les
familles les plus puissantes. Erchinoaldus maire du palais de Neustrie, sous
le règne de Clovis II, donna à son fils le nom de Leudesius, qui parait
d'origine gallo-romaine[243]. Saint Chlodulfus (nom b.), fils de saint Arnulfus, avait
eu, avant d'entrer dans les ordres, un fils qui fut appelé Martinus (nom r.). Pépin d'Héristal,
cousin-germain de Martinus, était parent d'Armonius (nom r.) évêque de Verdun, et celui-ci
eut pour successeur son propre neveu Agrebertus (nom b.). Charles Martel, fils de Pépin
d'Héristal, laissa quatre enfants naturels, et deux d'entr'eux reçurent des
noms romains : Hieronymus, père de Fulradus abbé de Saint-Quentin, et
Remigius, qui fut métropolitain de Rouen[244]. Il est
tellement vrai que la forme des noms ne pouvait révéler l'origine de ceux qui
les portaient, que les historiens et les agio-graphes prennent parfois le
soin de nous faire connaître la nationalité des individus dont ils parlent.
Grégoire de Tours, en rapportant que Childebert Ier envoya à Constantinople
une ambassade dans laquelle figurait le spatharius Grippo, s'empresse
d'ajouter que ce dignitaire était genere Francus[245]. Un des biographes de saint
Ebrulfus (saint
Evroult) a soin de
remarquer que ce personnage était genere Francorum exortus[246]. Le moine contemporain qui nous
a laissé la vie de saint Arnulfus, évêque de Metz, dit qu'il était prosapia
genitus Francorum[247]. Le biographe de sainte
Salaberge, parlant de Gundoinus père de cette abbesse, fait observer qu'il
était Francorum ortus[248]. Enfin, l'auteur de la vie de
saint Trudo a inséré dans son récit une remarque semblable[249]. La
confusion dont nous venons d'établir l'existence sur des preuves que personne
ne sera tenté de renverser, n'a rien cependant qui doive nous surprendre.
Elle est même assez naturelle. D'un côté, beaucoup de barbares, éblouis par
la splendeur de la civilisation romaine, avaient adopté avec empressement les
mœurs et le costume de la grande nation sur le territoire de laquelle ils
s'établissaient. Quelques-uns cultivaient même la littérature latine, et il
n'est pas étonnant que plusieurs d'entr'eux aient pris ou donné à leurs
enfants des noms d'origine romaine. D'un autre côté, la présence de noms
barbares chez les Gallo-Romains tenait à deux causes bien distinctes, mais
également puissantes :1° l'existence sur le sol de la Gaule d'une multitude
de tribus germaniques, dont l'établissement remontait à trois, à quatre et
même à cinq siècles[250], et d'un grand nombre de
colonies létiques, composées de Francs, de Sarmates, etc. ; 20 l'amour de la
nouveauté, qui porta une foule de gallo-romains proprement dits à choisir
pour leurs fils et leurs filles des noms appartenant aux langues germaniques,
et dont beaucoup (il faut le reconnaître) ne manquaient ni d'élégance, ni d'harmonie. On
agit de même aujourd'hui, et combien ne voit-on pas de Français qui, ne
trouvant pas assez de choix parmi les saints du calendrier, donnent à leurs
enfants des prénoms russes, allemands, suédois, espagnols, portugais et même
arabes, quoique ces nations ne soient pas établies au milieu de nous !
Combien d'enfants s'appellent Olga, Frédéric, Adolphe, Gustave, Fernand,
Alphonse, Elvire, Inez, Léocadie et même Zoraïde ! A
partir du milieu du VIIe siècle, on ne trouve plus guère de noms
gallo-romains chez les seigneurs, ni même chez les serfs et les coloni.
L'usage de prendre des noms barbares prévalait peu à peu ; mais les évêques,
les prêtres, les moines, les leudes, les citadins et les cultivateurs, bien
qu'affublés de dénominations germaniques, n'en étaient pas moins pour la
plupart des gallo-romains ; et même ils ne pouvaient l'ignorer, car trop peu
de temps s'était écoulé depuis l'établissement des Saliens et des Ripuaires
pour que les généalogies fussent complètement embrouillées. Nous ne
terminerons pas cette longue note sans dire un mot de deux usages, dont la
connaissance peut être indispensable à la solution de quelques petits
problèmes historiques. Le
premier de ces usages était celui de porter parfois deux noms : ordinairement
un nom romain et un nom barbare ; et l'ignorance où divers écrivains se sont
trouvés à cet égard leur a fait prendre un seul et même personnage pour deux
individus bien différents. Les preuves établissant l'existence de cette
coutume abondent dans les écrivains et les diplômes du VIe siècle et du VIIe
; mais nous citerons seulement les exemples suivants : Grégoire de Tours
mentionne un duc qui portait les noms de Dracolenus et d'Industrius[251], et quatre autres individus qui
s'appelaient Avus et Vedastus[252], Ægila et Calumniosus[253], Wistrimundus et Tatto[254], Gyso et Cardegisilus[255]. Saint Goëricus ou Godericus, évêque
de Metz, se nommait aussi Abbo[256] ; saint Paul, évêque de Verdun,
Godo[257] ; saint Audoënus, métropolitain
de Rouen, Dado[258] ; saint Leudinus, évêque de
Toul, Bodo[259] ; Austrasius, autre évêque de
Toul, Theutfridus[260] ; Adalgyselus, diacre de
l'église de Verdun, Grimo[261] ; Hadericus, prêtre de la même
église, Bestilo[262] ; Fidentius, un des
bienfaiteurs de l'abbaye de Gorze, Herneraudus[263] ; sainte Gegoberga, seconde
abbesse de Remiremont, CœciIia, et sainte Gerthrudis, troisième abbesse du
même monastère, Tetta ou Tecta[264]. Nous avons déjà parlé du leude
Blandinus, mari de sainte Salaberge, lequel s'appelait aussi Baso, et du duc
Bonifacius, que plusieurs regardent comme le même personnage que Athicus ou
Ethico duc d'Alsace[265]. On sait que saint Madelgarius
portait aussi le nom de Vincent[266]. Enfin, personne n'ignore que
les noms barbares de saint Boniface et de Paul Diacre étaient Winfried et
Warnfried. Le
second usage auquel nous avons fait allusion était la coutume, assez
répandue, d'imposer au petit-fils ou à la petite-fille le nom de l'aïeul ou
de l'aïeule ; et il est facile de comprendre qu'en usant de cette observation
avec réserve, on peut, dans quelques circonstances, rétablir la généalogie de
certains individus. Les Mérovingiens eux-mêmes se conformèrent souvent à
cette espèce de règle. C'est ainsi que Chilpéric Ier, fils de Clotaire Ier,
donna à son propre fils le nom de Clotaire. Celui-ci, qui est connu sous le
nom de Clotaire II, imposa à son fils aîné le nom de Dagobert, qui n'était
pas celui de son aïeul ; mais Dagobert, qui laissa deux fils, eut soin de
donner à l'un d'eux le nom de Clotaire, quoiqu'il soit ordinairement désigné
par les historiens sous le nom de Clovis II. Le fils aîné de Dagobert Ier,
qui fut appelé Sigisbert pour des motifs que nous indiquons dans le texte de
notre ouvrage, nomma son fils Dagobert, et celui-ci donna à soir propre fils
le nom de Sigisbert. Il est vrai que le second fils de Dagobert Ier, que l'on
appelait Clotaire ou Clovis, comme on vient de le voir, imposa à son fils
aîné le nom de Clotaire, et que son second fils fut Childéric II, dont le
fils porta le nom de Chilpéric II ; mais celui-ci eut un fils appelé
Childéric, comme son aïeul. Thierry III, dernier fils de Clovis II, donna à
un de ses fils le nom de Clovis, et son autre fils, Childebert III, eut un
petit-fils qui fut Thierry IV. Les exemples du même genre tirés de l'histoire
des simples particuliers doivent être assez nombreux ; mais nous en citerons
deux seulement. 1° Le comte Arbogast, dont nous avons déjà parlé plus d'une
fois, était fils d'Arigius, fils lui-même du célèbre Arbogast[267]. 2° Sainte Salaberge, ayant eu
plusieurs enfants de son mariage avec Blandinus, eut soin de donner à l'aînée
de ses filles le nom de Sarethrudis, qui était celui de son aïeule[268]. Quant aux facilités que la
connaissance de cet usage peut fournir pour débrouiller certaines
généalogies, nous nous bornerons à les signaler et à en donner deux exemples.
10 Il n'est pas téméraire de supposer, d'après la ressemblance du nom, que le
célèbre Lupus, duc de la Campania, appartenait à la même famille que
saint Loup ou Lupus, évêque de Troyes, lequel était originaire de la civitas
de Toul. 2° Il y a toute apparence que le leude Martinus, qui figure dans un placitum
tenu, en 715, par Charles-Martel, était le petit-fils du duc Martinus
cousin-germain de Pépin d'Héristal, et que le maire Ebroïn fit périr après la
bataille de Lucofao[269]. NOTE XXII. — SUR LA LANGUE QUE L'ON PARLAIT DANS LES GAULES, À LA FIN DU VIe
SIÈCLE.
Il est
peu de questions plus faciles à résoudre, et cependant plus embrouillées que
celle-ci. Afin de ne pas nous égarer, comme plusieurs des écrivains qui nous
ont précédé, nous rechercherons : 1° quelle était la langue employée par les
Gallo-Romains ; et 2° quelle est celle dont les Francs se servirent après
leur établissement sur le sol de la Gaule. 1° On
ne peut douter que les Gaulois ne parlassent latin, au commencement du Ve
siècle. Opera data est, dit saint Augustin, ut imperiosa civitas (Roma) non solum jugum, verum etiam
linguam suam domitis gentibus, per pacem sociatis, imponeret[270]. Les empereurs tinrent la main
à ce que la langue officielle devînt, autant que possible, celle de tout le
monde. On sait que Claude priva du titre de citoyen romain un député de la
Lycie, homme d'ailleurs illustre par sa naissance et ses emplois, et l'empereur
ne donna d'autre raison de sa conduite, sinon qu'il était honteux à un
citoyen romain de ne pas connaître la langue du peuple auquel il appartenait[271]. Ces efforts furent couronnés
de succès ; il ne nous reste pas une seule inscription celtique postérieure à
la conquête de la Gaule, ou du moins au règne d'Auguste, et, dans la seconde
moitié du Ve siècle, Sidoine Apollinaire félicitait le comte Arbogast,
gouverneur de la cité de Trèves, de conserver intactes les traditions de la
pure latinité[272]. Cependant,
la langue celtique n'avait pas entièrement péri. Nous avons cité le passage
dans lequel saint Jérôme dit que l'idiome des Treviri offrait la plus
grande analogie avec celui des Galates. Justinien a fait entrer dans les Pandectes[273] un fragment d'Ulpien (écrit vers
l'année 230), dans
lequel il est dit qu'un fidéicommis peut être valablement rédigé dans la
langue celtique (gallicana) ; et Sidoine Apollinaire parait désigner ce même
idiome par les mots Celtici sermonis squama[274]. D'un autre côté, la langue
germanique était usitée chez le peuple, ou du moins chez une partie du
peuple, dans plusieurs cités, dont le territoire avait été colonisé par des
tribus venues de la Germanie. Enfin, dans toutes les provinces, on parlait,
non pas la langue de Virgile et d'Horace, mais un latin vulgaire que les
Romains appelaient sermo quotidianus, rusticus, pedestris, vulgaris,
militaris, etc. La grammaire de cet idiome populaire était bien
différente de la grammaire officielle. Les substantifs se déclinaient et les
verbes se conjuguaient tantôt d'une façon, tantôt d'une autre. On faisait un
usage continuel des prépositions, que l'on plaçait non seulement devant les
noms de lieux, mais encore devant les ablatifs[275]. De plus, on employait
fréquemment une foule de mots que l'on ne rencontre pas dans les auteurs
classiques, tels que battuere, battre ; minare ou menare,
mener ; carricare se, se charger ; remediare ou remediari,
remédier, guérir ; sermonari, sermonner, discourir ; tornare,
tourner ; detornare, détourner, et bien d'autres que l'on peut voir
dans le Glossaire de Du Cange. A côté de ces expressions, qui
appartenaient réellement au latin, figuraient des mots empruntés à la langue
celtique. Tel est le mot acum, que l'on fit entrer dans la composition
de plusieurs noms de lieu comparativement récents. Les Mérovingiens et les
Carlovingiens possédaient un palais à Sentiacum, dénomination dont la
première partie vient du mot latin Sentius ; à peu de distance se
trouvait Tiberiacum ; on possède un triens mérovingien frappé
dans un lieu appelé Theodoberciacum ; un autre triens est sorti
de l'atelier de Theodericiacum[276], et saint Fridolin, ayant fondé
un monastère dans le territoire de la cité de Metz, le dédia à saint Hilaire
et lui donna le nom d'Hilariacum[277]. Il est bien évident que la
finale de ces différents mots est celtique[278], et on en doit conclure que
l'ancienne langue était encore comprise dans quelques lieux. Il est
non moins évident que, à l'exception des barbares établis dans les deux
Germanies et dans certaines civitates des deux Belgigues, les
habitants de la Gaule entendaient et parlaient le latin, et qu'ils
continuèrent à s'en servir après l'arrivée des Ripuaires et des Saliens. Les
preuves de cette assertion sont tellement nombreuses, qu'il est impossible de
les énumérer toutes, et nous nous contenterons d'en rappeler quelques-unes.
Saint Thierry, abbé de Reims, ayant reçu de grands présents de Thierry roi
d'Austrasie, lui dit que, par humilité et par reconnaissance, il ne porterait
plus le même nom que lui, et que le peuple (populus) appelant le prince Theodericus
rex, il se nommerait désormais lui-Même Théoderic[279]. Le biographe de saint
Droctoveus, après avoir décrit la superbe basilique élevée, auprès de Paris,
en l'honneur de saint Vincent, et qui fut plus tard dédiée à saint Germain,
ajoute que, dans son admiration, le vulgaire (valgus) la désignait sous le nom d'Inaurati
Germani aula[280]. Grégoire de Tours, racontant
la translation des restes de saint Trojanus, rapporte les exclamations du
peuple, et ces exclamations sont en latin[281]. Nous voyons tous les
prédicateurs employer la même langue, en s'adressant à la foule[282]. On possède encore les
fragments de deux chants populaires, composés l'un au VIe, l'autre au VIIe
siècle, et ces fragments sont en latin[283] ; ainsi qu'un prologue écrit à
cette dernière époque pour être récité avant la représentation d'une comédie
de Térence[284] ; ainsi que toutes les
inscriptions, funéraires et autres ; ainsi que toutes les lettres ; ainsi que
tous les ouvrages en prose et en vers[285] ; ainsi que toutes les légendes
des saints, destinées, on n'en saurait douter, à être lues devant le peuple.
Enfin, une dernière preuve, qui pourrait nous dispenser des autres, c'est que
le français dérive du latin, comme l'italien et l'espagnol, et qu'une
pareille langue n'aurait pu naître dans la Gaule si on n'y avait pas parlé
l'idiome qui lui a donné naissance. 2° Mais
si le latin est resté la langue des Gallo-Romains, est-il devenu celle des
Francs, on ceux-ci ont-ils continué à se servir de la langue germanique ?
Ici une distinction est nécessaire. Selon nous, les saliens et les ripuaires
qui demeurèrent toujours dans les cantons où ils s'étaient fixés d'abord,
c'est-à-dire dans la Seconde Germanie et dans les civitates
septentrionales des deux Belgiques, où ils étaient en nombre, et d'ailleurs
entourés de peuplades germaines[286], qui avaient la même langue,
ces saliens et ces ripuaires continuèrent à se servir de l'idiome que leurs
ancêtres avaient parlé ; mais on ne peut douter qu'ils ne comprissent le
latin tous ou presque tous. En effet, les villes situées dans les cantons qu'ils
habitaient étaient remplies de gens qui ne savaient que le latin, et les
fréquentes expéditions militaires des Francs dans le centre de la Gaule, et
même en Espagne et en Italie, les mettaient perpétuellement en contact avec
des populations latines. Enfin, on a fait observer, avec beaucoup de raison,
que jamais les Saintes Ecritures et les offices de l'Eglise n'ont été
traduits dans la langue des Francs[287]. Quant
aux saliens et aux ripuaires qui se fixèrent dans le centre de la Gaule,
quant aux rois, aux grands et aux fonctionnaires, il est certain que, sans
oublier peut-être le germain, ils ne firent plus usage que de la langue
latine, et cette assertion n'est pas difficile à démontrer. On connaît les
manies littéraires du féroce Chilpéric. Son frère Charibert se piquait aussi
de purisme, et Fortunat ne craignait pas de lui adresser les vers suivants : Cum
sis progenitus clara de gente Sicamber, Floret
in eloquio lingua latine tuo[288]. Nous
parlons dans le texte de notre ouvrage de divers Francs qui cultivèrent, avec
plus ou moins de succès, la littérature latine, et nous devons nous borner
ici à ce qui concerne la langue. D'après Grégoire de Tours[289], Clovis Ier, se préparant à
livrer une bataille aux Wisigoths et désirant en connaître l'issue, chargea,
selon l'usage du temps, quelques-uns de ses officiers d'aller écouter quel
verset on chantait dans la basilique de Saint-Martin de Tours. Ce qui suppose
qu'ils entendaient la langue latine. Le messager qui vint annoncer à
Sigisbert II la naissance de son fils Childebert, pendant que le roi
assistait à un office solennel, s'exprima en latin, et non seulement le
prince, mais tous les assistants comprirent ce que disait le messager et
s'écrièrent : Gloria Deo omnipotenti[290]. Le traité d'Andelot, dont nous
avons encore le texte, et qui est rédigé dans cette langue, fut lu, par ordre
de Gontran, en présence des grands qui l'entouraient, et dont beaucoup, sans
doute, étaient des Francs et des Bourguignons[291]. Les détails que fournit
Grégoire de Tours[292] sur les négociations qui eurent
lieu entre ce prince et Childebert, au sujet d'une expédition que le second
devait faire en Italie pour le compte de l'empereur, démontrent que les
seigneurs Francs et Bourguignons entendaient parfaitement la langue latine.
On doit tirer une conclusion semblable d'une anecdote que le même historien
rapporte, à l'occasion du départ de la princesse Rigunthis pour l'Espagne[293]. Dans le récit des aventures
d'Attale, on voit que les Gallo-Romains et les Ripuaires se comprenaient à
merveille[294], et comme on ne peut supposer
que les premiers avaient étudié la langue germanique, il faut admettre que
les derniers parlaient latin. Lorsque saint Arnulfus, évêque de Metz, quitta
son siège épiscopal pour embrasser la vie solitaire, il adressa un discours à
la multitude que le bruit de sou départ avait réunie, et il s'exprima en
latin, bien que beaucoup de ses auditeurs fussent d'origine germanique[295]. Tecta ou Gerthrudis, troisième
abbesse d'Habendum, qui était barbare de naissance, ordonna d'écrire
en latin la vie de saint Adelphe[296]. Il est
probablement inutile de rappeler que les lois des divers peuples barbares ont
été rédigées dans cette langue, et qu'il en est de même de tous les diplômes
des rois et des inscriptions funéraires des Francs. Ainsi, on conserve dans
le musée lapidaire de Trèves l'épitaphe d'un vicarius, nommé Hlodericus,
qui était vraisemblablement un ripuaire, et cette épitaphe n'a rien que de
romain[297]. Ainsi encore, on a récemment
découvert dans le cimetière mérovingien de Pompey, au confluent de la Meurthe
et de la Moselle, une plaque de ceinturon en argent, fabriquée par un orfèvre
qui devait appartenir à la même nation, et on y lit les mots GRIMOALDVS
FICIT[298]. Les lettres adressées à des
barbares par d'autres barbares sont également en latin[299]. Ajoutons que l'on n'a retrouvé
aucune trace de l'écriture des Francs ; que les prétendues runes ou
caractères théotisques, dont quelques savants ont parlé, ne sont autre chose
que des lettres latines mal figurées ; que les Germains n'avaient pas de littérature,
et que le plus ancien ouvrage dans la langue théotisque — qui était celle des
Saliens et des Ripuaires — est la version interlinéaire de la règle
bénédictine écrite, vers l'année 720, par Kero, moine de Saint-Gall[300]. Le moine Ottfried de
Weissembourg, qui traduisit les évangiles en vers allemands, dans le courant
du IXe siècle, semble même avoir ignoré le travail de Kero et dire que l'on
n'avait pas encore essayé d'écrire la langue théotisque, tant l'entreprise
paraissait difficile[301]. Il est
bon cependant de faire observer que si la langue latine était seule employée
dans les compositions littéraires, elle n'était pas maniée par tout le monde
avec un égal succès. Les nombreux écrits que nous ont laissés les VIe et VIIe
siècles peuvent, effectivement, être partagés en deux classes bien
distinctes. Beaucoup d'écrivains, pleins d'admiration pour les monuments de
la littérature classique, cherchaient à les imiter jusque dans leurs défauts
; et, comme l'a dit un auteur moderne, « s'ils manquent quelquefois de
savoir, de verve ou de goût, ils ne s'affranchissent presque jamais des
règles de la grammaire[302] ». On doit ranger dans
cette classe Fortunat, Grégoire de Tours et quelques hagiographes, la plupart
anonymes. Mais, à côté de la littérature savante et régulière, il en existait
une autre, qui empruntait ses formes au langage vulgaire. De nombreux
diplômes royaux, des testaments, des actes que nous appellerions aujourd'hui
notariés, des hymnes et des inscriptions funéraires nous font connaître
quelles étaient les formes de cette langue. Quand on a parcouru l'Hymnarium
Vaticanum publié par Ozanam, et surtout l'hymne de saint Flavien, on
reste convaincu que pour beaucoup de poètes de cette période les règles de la
prosodie et de la grammaire étaient désormais une lettre morte ; et le
désordre est encore bien plus grand dans les diplômes, dans les testaments et
dans les actes civils. Les
savants qui ont recherché les causes de cette décadence de la langue latine
ne sont pas tombés d'accord. Plusieurs, oubliant que la barbarie et les
ténèbres n'ont jamais régné ni dans la Gaule, ni dans l'Italie, ni dans
l'Espagne, ont prétendu que la dégradation dont il s'agit fut le résultat de
l'invasion des Barbares, et le produit de l'ignorance qui se serait partout
répandue à leur suite. Cette manière de résoudre la question leur a fourni
une ample matière à déclamations contre la barbarie mérovingienne, et parfois
même contre l'Eglise, qui est cependant fort étrangère à la chose, et ils
semblent ne pas voir que de nos jours, au milieu de la paix la plus profonde
et de la prospérité la plus complète, nombre de journalistes, d'avocats et
même d'écrivains de profession, qui ne sont pas des barbares, travaillent,
avec un déplorable concert, à corrompre la langue française. D'autres
érudits, pensant que la transformation des langues est une loi
providentielle, n'ont accusé ni les Francs, lesquels n'ont réellement exercé
aucune influence sur la décadence du latin, ni les écrivains des VIe et VIIe
siècles, qui, pour être entendus de tout le monde, ont jugé à propos
d'employer dans leurs ouvrages l'idiome que chacun comprenait et parlait.
Frédégaire nous fournit un exemple frappant de cette manière d'agir. Sa
préface, écrite exclusivement pour les gens instruits, est d'un style correct
et assez élevé, tandis que le corps même de sa chronique, qu'il destinait aux
ignorants comme aux savants, est rédigé d'une façon toute différente. Saint Ouen
(Audoënus) fait remarquer, en commençant
la vie de saint Eloy, qu'il a écrit de manière à satisfaire à la fois les
partisans de l'antiquité classique et le simple peuple, qui n'était pas
familier avec les règles de la grammaire : Lectorem obsecro ut utilitatem
nostri sermonis non usquequaque despiciat, quia, etsi utcumque eloquenter possit
oratio promi, ita stilum placuit corrigere, ut nec simplicibus quibusque
grammaticorum sectando fumos displiceat, nec scolasticos etiam, nimia contentus
rusticitate, offendat[303]. Comme
on le voit dans ce fragment, chacun savait alors faire la distinction des
deux langues, et l'on donnait à celle que parlait le peuple l'épithète de rustica,
qui la définissait de la manière la plus convenable. L'anonyme qui a raconté
la translation (754)
des restes de saint Germain, évêque de Paris, rapporte qu'un sourd- muet de
naissance, ayant été guéri par l'intercession du saint, apprit non seulement
la langue rustique, mais encore les choses nécessaires pour entrer dans le
clergé : Unde factum est ut, tam auditu quam locutione, in brevi non solum
ipsam rusticam linguam perfecte loqueretur, sed etiam litteras in ipsa
Ecclesia, clerus effectus, discere cœpit[304]. Le biographe de sainte
Salaberge mentionne aussi l'idiome vulgaire, qu'il nomme lingua communis[305], et il serait facile de
recueillir d'autres autorités établissant la même distinction. Nous
sortirions de notre sujet, si nous tentions de rechercher ici quelle a été la
marche de la dégénérescence du latin et de la naissance de la langue romane.
Remarquons seulement que l'on voit, dans cette transformation, les
particularités qui, dès le Haut-Empire, séparaient du latin classique
l'idiome populaire prendre, chaque jour, une force nouvelle. L'inversion
disparaît presque complètement ; la syntaxe n'est plus celle des classiques ;
l'emploi des prépositions devient plus fréquent ; les verbes se conjuguent
tous ou presque tous sur le même modèle ; il n'y a plus guère qu'une
déclinaison pour les substantifs ; les cas sont réduits à deux ou trois, et
encore l'un est-il quelquefois employé pour l'autre. On voit même poindre au VIIe
siècle, surtout dans la nomenclature géographique, des mots qui semblent déjà
appartenir à la langue romane. Dans les légendes des trientes, Metz
s'appelle Mettis, Mittis ou Metes ; Reims Remus (comme Paris Parisius), et Maëstricht Triecto[306]. Dans un diplôme de l'année 706[307], Etain, qui était alors une
sorte de village, ne porte plus son ancien nom de Stagnum, mais celui
de Stain, où l'on trouve, presque sans aucune différence, la forme
moderne Estain ; et Longeau, qui a dû s'appeler primitivement Longa-Aqua,
se nomme Longawa — mot dans lequel on remarque une des formes romanes
du substantif eau : awa, ève, aigue, etc. —. Le monastère de Stavelo
est appelé Stabulau (forme évidemment romane) dans un diplôme de Grimoald,
maire du palais d'Austrasie (650), et dans un second diplôme donné à la même abbaye, en 667, par
le roi Childéric II[308]. Certains lieux sont désignés
par des substantifs employés à l'accusatif ou à l'ablatif : l'endroit où
saint Colomban construisit un de ses premiers monastères est nommé Fontanas
dans l'ouvrage de Jonas[309] ; le village de Testry est
appelé Textricio dans la vie de saint Ursmarus[310], et plusieurs autres lieux
portent déjà, au VIIe siècle et au VIIIe, des dénominations semblables à
celles que l'on emploie de nos jours[311]. Cependant
les exemples de ce genre sont assez rares ; la transformation de la langue
latine s'opérait lentement, et il est certain qu'elle n'a cessé d'être
vulgaire dans les Gaules que sous la dynastie des Carlovingiens[312]. On peut même ajouter à ce qui
précède deux observations, qui ne sont pas sans importance : 1° la langue
romane — et par ces mots nous entendons à la fois la langue d'oc et la langue
d'oïl — a plus de ressemblance avec le latin que l'italien et l'espagnol ;
d'où il faut conclure que le latin s'était conservé dans les Gaules mieux et
plus longtemps qu'en Italie et en Espagne[313] ; et 2° le roman a fait peu
d'emprunts au germain : dans les serments de Louis de Germanie et des sujets
de Charles-le-Chauve (842), serments composés de plus de cent mots, il n'y en a aucun, à
l'exception des noms Lothaire, Louis et Charles, qui n'ait une origine latine
ou ne soit même purement latin[314]. La
langue française a gardé le même caractère ; son vocabulaire est
presqu'entièrement emprunté à la langue latine, et même plusieurs mots, que
l'on avait voulu faire dériver de racines germaniques, viennent plus
probablement du latin, et parfois du grec : telle est l'expression bourg, qui
parait dériver du grec μύργος, employé
fréquemment par les ingénieurs romains ; tel est aussi le substantif hère,
lequel vient non du germain herr, mais du latin herus, qui a,
du reste, la même signification. NOTE XXIII. — SUR LE MOT BANSATRICES.
La constitutio
de Childebert citée dans le texte renferme le passage suivant : Noctes
pervigiles cum ebrietate, scurrilitate, vel canticis, etiam in ipsis sacris
diebus, Pascha, Natale Domini, et reliquis festivitatibus, vel adveniente die
dominico, bansatrices per villas ambulare. Le mot bansatrices a
beaucoup embarrassé, et, tout en reconnaissant qu'il devait signifier des
danseuses, chacun l'a interprété à sa manière. Cependant, en général, on
incline assez à croire que le mot a été légèrement altéré par la faute d'un
copiste ignorant, et qu'il faut lire dansatrices. Cette expression
peut alors être rattachée à une racine qui existe dans les langues
indo-germaniques, et qui a notamment donné naissance au verbe allemand tanzen
(et
à tous ses dérivés),
lequel a produit, à son tour, notre verbe danser, dont le sens est le même.
Mais on n'est guère plus avancé pour cela ; car 1° ni les écrits en langue
théotisque, ni les plus anciens lexiques allemands n'offrent aucun mot qui
ait de l'analogie avec le substantif dansatrices ; et 2° les Germains,
Francs et autres, étaient très-sévères à l'égard des femmes de leur nation,
et l'on ne peut admettre qu'il se soit formé dans la Gaule, sous les yeux des
princes, et malgré les, idées contraires de la nation, des troupes de
danseuses germaines de naissance, et qui auraient exercé de la sorte un
métier misérable et bien propre à conduire aux plus grands désordres. Ces
deux réflexions nous portent à croire que les dansatrices de la constitutio
de Childebert n'étaient pas des germaines. Il n'est guère probable non plus
qu'elles fussent gallo-romaines ; car elles auraient nécessairement porté un
nom emprunté à la langue latine, et le mot dansatrix (dansatrices
au pluriel) ne
provient d'aucune racine appartenant à cet idiome. Le docte Sirmond, qui a le
premier formé une conjecture sur l'origine de l'expression dont il s'agit, a
fait observer que les dansatrices ou bansatrices de la constitutio
devaient être des danseuses nomades comme les Bohémiennes[315]. On lui a répondu qu'au Vie
siècle les Bohémiens n'étaient pas encore dispersés sur la surface de
l'Europe, et il est vrai, en effet, que c'est seulement pendant la première
moitié du XVe siècle qu'ils se sont montrés en nombre considérable dans
plusieurs contrées[316]. Mais si on ne peut faire
remonter plus haut l'apparition du gros de cette nation errante, s'ensuit-il
que beaucoup de bohémiens ne se fussent pas déjà glissés en Europe, isolément
ou par petites bandes ? On sait que ce misérable peuple a été fixé, pendant
quelques siècles, dans le voisinage du mont Caucase, et des émigrations
partielles ont pu avoir lien de là dans les pays voisins, puis de proche en
proche jusque dans la Gaule. Ce qui donne quelque ombre de vraisemblance à la
conjecture de Sirmond, c'est que le mot dansatrices se rattache à une
racine sanscrite : tad ou tand. Ce mot a le sens de danser, et
il a pu former dans l'idiome des Bohémiens, qui est dérivé du sanscrit, un
substantif signifiant danseuses, substantif que les Gallo-Romains auront
latinisé sous la forme dansatrices. FIN DU DEUXIÈME VOLUME
|
[1]
V. Hist. Franc., lib. VIII, c. 18 et 28.
[2]
V. ces lettres, dans Du Chesne, t. I, p. 867.
[3]
V. cette lettre, ibid., p. 874.
[4]
V. cette lettre, ibid., p. 873.
[5]
V. cette lettre, ibid., p. 875.
[6]
Guerre des Vandales, liv. II, c. 4 ; v. aussi Cellarius, Notitia
orbis antiqui, t. II, p. 901.
[7]
V. Notitia Galliarum, p. 579.
[8]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. VIII, c. 15.
[9]
V. Calmet, Notice de la Lorraine, t. II, col. 910.
[10]
V. L'illustration restituée à la montagne de Montsec, département de la
Meuse, canton de Saint-Mihiel, etc., Commercy, 1844, 1 volume in-8°.
[11]
V. p. 176-180.
[12]
V. t. I, p. 473-478.
[13]
V. Calmet, Notice de la Lorr., t. I, col. 760 et 761 ; Le mont
Saint-Hilaire, par MM. Tihay a Liénard, dans les Mém. de la société
philomatique de Verdun, t. IV, p. 83 et suiv.
[14]
Un des autels de la basilique Saint-Hilaire est formé d'une table de marbre
noir, presque brute, encastrée d'un côté dans la muraille et appuyée en avant
sur trois colonnettes. Cette table, longue de deux mètres cinquante-cinq
centimètres, large d'un mètre trente-cinq centimètres et épaisse de vingt
centimètres, remonte probablement à la période gallo-romaine.
[15]
V. Buffon, Histoire naturelle, édit. de l'impr. royale, in-4°, t. II, p.
589 et suiv.
[16]
Tous les crânes de l'ossuaire ont appartenu effectivement à des adultes.
[17]
V. ibid., lib. IX, c. 12.
[18]
V. ibid., lib. IX, c. 12.
[19]
V. ce diplôme, dans Calmet, Hist. de Lorr., de édit., t. I, preuv., col.
268 et 269, ou dans Pardessus, Diplomata, t. II, p. 313 et 314.
[20]
V. notamment l'Italia Sacra d'Ughelli.
[21]
Au 11 janvier.
[22]
Au 16 mai.
[23]
V. Annales eccles. Francorum, à l'année 580, n° 48 et suiv.
[24]
V. Rerum Gallic. et Franc. scriptores, t. III, p. 472.
[25]
Au 11 janvier.
[26]
V. t. X, col. 1152-1154.
[27]
V. n° 32, dans Du Chesne, t. I, p. 582.
[28]
V. Revue des sociétés savantes, 2e série, t. II, p. 322-328.
[29]
Un passage de la vie de saint Colomban par Jonas établit que les civitates
de Paris et de Meaux appartenaient à Théodebert II, vers l'année 610. V. Vita
sancti Colambani, abbatis Bobiensis, n° 49, dans Mabillon, Acta ss.,
sæc. II.
[30]
V. Frédégaire, Chronic., c. 76.
[31]
V. Vita sancti Columbani, auctore Jona, n° 14, dans Mabillon, Acta ss.,
sæc. II.
[32]
V. Dissertations sur l'histoire ecclésiastique et civile de Paris, t.
II, p. LXIX et
suiv.
[33]
V. Dissertations sur l'histoire ecclésiastique et civile de Paris, t.
II, p. LXIX.
[34]
Ce manuscrit, qui provient de la collection Colbert, où il portait le n° 1655,
est aujourd'hui conservé à la bibliothèque impériale, sous le n° 4240, 7.
[35]
V. ce diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 88 et 89.
[36]
V. cette pièce, dans Calmet, Hist. de Lorraine, 1re édit., t. I, preuv.,
col. 259 et 260.
[37]
Il est conservé à la bibliothèque impériale, sous le n° 5189.
[38]
V. l'édition des Formules donnée par Baluze dans ses Capitularia
regum Francorum, édit. Chiniac, t. II, col. 571.
[39]
V. Dissertations, etc., t. II, p. 337 et 558. V. aussi les notes du P.
Henschenius sur la Vita sancti Landerici, abbatis, dans les Acta
sanctorum, t. II d'avril, p. 489.
[40]
On célébrait sa fête le 5 mai. V. Histoire de Metz, par deux religieux
bénédictins, t. I, p. 367-371 ; y. aussi l'ancien cérémonial de la cathédrale
de cette ville, p. 241. Le culte de sainte Waldrada est aujourd'hui presque
éteint en Lorraine. Il existe encore cependant à une lieue de Nancy, près du village
de la Neuveville, une petite chapelle qui lui était dédiée.
[41]
V. sa note sur le n° 14 de la Vita sancti Columbani.
[42]
V. Benoît Picart, Hist. de Toul, p. 249 ; Cedulo cujuslibet episcopi
Tullensis, dans Calmet, Hist. de Lorraine, 1re édit., t. I, preuv.,
col. 169. Nous ne pouvons partager l'opinion du Père le Ceinte, qui fait vivre
au VIIe siècle Pientius et ses compagnons, ni celle de M. l'abbé Marchai
(Quelques remarques sur les saints patrons de la paroisse de Moyen-Vic), lequel
ne veut voir dans les trois bienheureux dont il s'agit que des saints honorés
dans l'église de Sens, et dont le culte aurait été introduit à Moyen-Vic par
saint Gondelbert.
[43]
V. Usserius, Britannicarum ecclesiarum antiquitates, 1re édit., p. 441.
[44]
V. Dion Cassius, Hist. romaine, liv. LX ; Tacite, Annales, lib.
XII, n° 31.
[45]
V. Tacite, Agricolœ vita.
[46]
V. Baluze, Capitularia, t. II, col. 369.
[47]
V. Hist. Franc., lib. IX, c. 23.
[48]
V. Formulœ, lib. I, n° 7.
[49]
V. notamment lib. I, n° 8 et 35.
[50]
La 1re du livre I. V. le diplôme de Chrodegang dans l'Hist. de Metz, t.
III, preuv., p. 9-11. On a dit aussi que la bulle accordée par Jean IV à
l'abbaye de Remiremont n'était qu'une pièce fausse, copiée sur la même formule
; mais nous démontrerons, dans une autre note, l'authenticité du diplôme
pontifical, et nous pensons que Marculf a tiré sa formule d'une bulle de même
nature qui se trouvait, de son temps, soit dans le monastère dont il était
cellérier, soit dans une autre abbaye austrasienne.
[51]
Ce manuscrit précieux a été acheté par la bibliothèque impériale, après le
décès de M. Michel.
[52]
Flodoard la nomme villa Colubrosa.
[53]
Notes sur les chap. 35 et 37 du Chronicon de Frédégaire.
[54]
V. Notitia Gall., p. 148.
[55]
V. Alsatia illustrata, t. I, p. 640 et 641.
[56]
V. Fredegarii continuat., II, c. 101.
[57]
V. Hist. Franc., lib. III, c. 15, lib. V, c. 5, lib. IX, c. 9 et 14.
[58]
Ce traité a été imprimé nombre de fois. On peut le voir dans Calmet, Hist.
de Lorr., 1re édit., t. I, preuv., col. 510.312, et 2e édit., t. II,
preuv., col. CCLXIII-CCLXV.
[59]
V. ce diplôme, dans l'Hist. de Metz, par deux religieux bénédictins, t.
III, preuv., p. 65 et 66.
[60]
V. ce diplôme, dans Calmet, ibid., 1re édit., t. I, preuv., col. 410 et
411.
[61]
V. ce diplôme, ibid., col. 258 et 259.
[62]
V. ce diplôme, ibid., col. 267.
[63]
V. cette charte, ibid., col. 288-290.
[64]
V. ce diplôme, dans l'Hist. de Metz, t. III, preuv., p. 17 et 18.
[65]
V. Benoît Picart, Hist. de Toul, p. 282.
[66]
A l'année 839, dans Bouquet, t. VI, p. 202.
[67]
V. Calmet, ibid., 2e édit., t. II, col. 145.
[68]
V. ce livre, dans Calmet, ibid., 1re édit., t. I, preuv., col. 113, et
2e édit., t. I, preuv., col. CLII.
[69]
V. Acta ss., édit. de Venise, t. II, p. 399, note a.
[70]
V. Notice de la Lorraine, t. II, col. 320.
[71]
Saint Romaricus, leur fils, est resté patron de l'église de la Neuveville, qui
était primitivement une dépendance de Remoncourt. V. Benoît Picart, Pouillié
du diocèse de Toul, t. II, p. 196.
[72]
Romulindis est nommée Romulanda sur l'attestation de Jean d'Ivoy.
[73]
V. Valois, Notitia Galliarum, p. 16.
[74]
V. Mabillon, De re diplomatica, p. 331.
[75]
V. Vita sancti Aridii, abbatis Lemovicensis, n° 5, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. I.
[76]
V. Historia Trevirensis diplomatica et pragmatica, t. I, p. 24.
[77]
V. Defensio abbatim imperialis Sancti-Maximini, part. III, p. 8.
[78]
V. ce diplôme, et la note qui l'accompagne, dans Pardessus, t. II, p. 17 et 18.
[79]
V. ce diplôme, ibid., p. 328 et 329.
[80]
Valois a en tort de confondre Sathanacum (v. Notitia Galliarum,
p. 48) avec Astenidum. Ce dernier lieu est mentionné, dans les
capitulaires de Charles-le-Chauve, comme une villa regia, chef-lieu du pagus
Stadinisus ou Astenidensis, qui était situé entre les pagi
Dolomensis et Pertensis, appartenant aux diocèses de Reims et de
Châlons. Sathanacum dépendait de la civitas
de Verdun pendant la période mérovingienne.
[81]
V. Notitia Galliarum, p. 238 et 239.
[82]
Comme le démontre un diplôme de ce prince en faveur de l'abbaye de Murbach. V.
ce diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 351 et 352.
[83]
V. une épître de Frotharius à l'abbé Hilduinus, dans Bouquet, t. VI, p. 390.
[84]
V. Dissertations sur l'histoire ecclésiastique et civile de Paris, t.
II, p. CXXI et
suiv.
[85]
V. Collectio conciliorum maxima, t. IX, col. 171.
[86]
V. De re diplomatica, p. 297-299, 469 et 470.
[87]
V. ce diplôme dans Pardessus, t. II, p. 428.
[88]
V. deux diplômes de ce prince, ibid., p. 178-180.
[89]
V. Histoire de Toul, p. 271.
[90]
V. De re diplomatica, p. 324 et 325. D'ailleurs, on ne trouve à Servais
aucun débris de l'Antiquité.
[91]
V. Histoire de Toul, p. 83-85.
[92]
V. des diplômes de Frotharius évêque de Toul, de Charles-le-Gros et de
l'empereur Otton Ier, dans Calmet, Hist. de Lorraine, 1e édit., t. I,
preuv., col. 302, 318 et 353.
[93]
V. ibid., col. 319.
[94]
V. De re diplomatica, p. 280 et 281. Ce diplôme est imprimé
intégralement dans l'Histoire de l'abbaye de Saint-Mihiel, par Dom Joseph de
l'Isle, p. 426 et 427.
[95]
V. De re diplomatica, p. 327.
[96]
V. Frédégaire, Chronic., c. 36 ; Jonas, Vita sancti Columbani, n°
32, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.
[97]
V. Annales Francorum, dans Du Chesne, t. II, p. 43 ; Vita Caroli
Magni, ab incerto auctore, ibid., p. 61 ; Vita Caroli Magni, per
monachum Egolismensem scripta, ibid., p. 82.
[98]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. IV, c. 22, et la dernière note
de Ruinart sur ce chapitre.
[99]
V. De re diplomatica, p. 248.
[100]
V. ces articles, dans Pardessus, t. I, p. 171 et 172.
[101]
V. Vita sancti Remigii, dans les Bollandistes, au 1er octobre.
[102]
V. De re diplomatica, p. 253 et 254.
[103]
V. Annales Bertiniani, à l'année 880.
[104]
V. Hist. Franc., lib. IV, c. 23, lib. VI, c. 37 ; Miracula sancti
Martini, lib. IV, c. 41 ; v. aussi un diplôme du roi Thierry IV (726) dans
Pardessus, t. II, p. 345 et 346.
[105]
Fragment d'un diplôme du duc Adalbert pour le monastère de Honaugia
(722), dans Pardessus, t. II, p. 337.
[106]
V. Schœpflin, Alsatia illustrata, t. I, p. 701.
[107]
V. Hist. Franc., lib. IX, c. 56.
[108]
V. ibid., lib. IX, c. 38, lib. X, c. 18 ; v.,
aussi Frédégaire, Chronic., c. 43.
[109]
On sait que saal (latinisé sous la forme sala, qui a produit
notre mot salle) veut dire une maison, une habitation. V. Veteris Francorum
regni Notitia, c. III, § 38.
[110]
V. ce diplôme, dans Martène, Amplissima collectio, t. I, col. 55.
[111]
Nous ne parlons pas ici d'Isemburgum, parce que, à notre avis du moins,
ce n'était pas un palais, mais une simple villa.
[112]
V. ce diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 228 et 229.
[113]
V. Frédégaire, Chronic., c. 40.
[114]
V. Fortunat, Carmina, lib. X, 12.
[115]
V. Frédégaire, ibid.
[116]
Ce diplôme, qui est de l'année 745, a été imprimé dans l'Histoire de Metz,
t. III, p. 6-8. Andernach, qui se nommait Antunnacum, Antunacum, Antonacum,
Andrenacum et même Anternacum pendant la période gallo-romaine, est
appelé Andernacum dans ce diplôme, et Anternacha dans le
géographe de Ravenne (lib. IV, n° 24), forme qui se rapproche beaucoup du nom
actuel.
[117]
V. Carmina, lib. X, 12.
[118]
V. Hist. Franc., lib. VIII, c. 13.
[119]
Le chef-lieu de cette dernière était alors Trajectum-ad-Mosam.
[120]
V. Ammien Marcellin, lib. XV, n° 5.
[121]
V. le passage, dans Du Chesne, t. I, p. 715.
[122]
V. ce diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 347 et 348. Il est de l'année 726.
[123]
V. c. 125. V. aussi Mabillon, De re diplomatica, p. 281.
[124]
V. Annales Fuldenses, à l'année 842 ; Annales Metenses, à l'ann.
885 ; Annales Bertiniani, à l'ann. 876 ; Nithard, lib. III, ad finem.
[125]
V. Suétone, Tiberius, n° 16 ; Velleius Paterculus, lib. II, n° 92 ;
Dion-Cassius, liv. LV.
[126]
V. Gesta Dagoberti regis, n° 14, dans Du Chesne, t. I, p. 576. Cette villa
était dans la forêt des Ardennes, près de Saint-Hubert.
[127]
V. Hist. Franc., lib. II, c. 9.
[128]
V. ce diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 291-293. L'authenticité du diplôme a
été contestée.
[129]
V. Revue numismatique, année 1850, p. 326 et suiv., et pl. XII.
[130]
V. Bulletin de la société des antiquaires de France, année 3858, p. 166.
[131]
V. Hist. Franc., lib. IX, c. 38.
[132]
V. De gestis Caroli Magni, a quodam cœnobii Sancti-Galli monacho, lib.
II, c. 5, dans Du Chesne, t. II, p. 123.
[133]
Notamment celui de Columbra, qui a donné naissance à l'adjectif Columbrense.
[134]
V. Alsatia illustrata, t. I, p. 695 et 696.
[135]
V. Schœpflin, ibid., p. 695.
[136]
V. Summa vel Catholicon, v° Genœceum.
[137]
V. tit. LXXX,
art. 4.
[138]
V. lib. II, tit. XXXVII,
art. 6.
[139]
V. Mabillon, De re diplomatica, p. 289 et 323. Nous n'avons pas
mentionné ces deux maisons royales dans la note XVIII, parce que c'étaient de
simples villœ.
[140]
V. Histoire des ducs et comtes de Champagne, par M. II. d'Arbois de
Jubainville, t. II, pièces justif., p. XCI.
[141]
Il s'agit du diplôme par lequel Frotharius évêque de Toul rétablit l'ordre
monastique dans l'abbaye de Saint-Epvre. Ce diplôme est imprimé dans Calmet, Hist.
de Lorraine, 1re édit., t. I, preuv., col. 301-303.
[142]
Ce diplôme, portant confirmation des biens de la même abbaye, est imprimé dans
Benoit Picart, Hist. de Toul, preuv., p. I-III.
[143]
V. Histoire littéraire de la France, t. VI, p. 196 ; Calmet, Bibliothèque
lorraine, col. 519.
[144]
Bras, Meuse, arrondissement de Verdun, canton de Charny.
[145]
V. le fragment de Dadon, dans Roussel, Histoire de Verdun, preuv., p. 1.
[146]
V. le diplôme de l'empereur, dans Calmet, Hist. de Lorraine, 1re édit.,
t. I, preuv., col. 362.
[147]
Wandelaincourt, ancien village près de Verdun.
[148]
V. cette continuation, dans Calmet, ibid., col. 203 et 204.
[149]
V. cette bulle, dans Roussel, Hist. de Verdun, preuv., p. 3-5. Il y est
fait mention de neuf centaines, situées toutes dans les environs de Verdun.
[150]
V. cette lettre, dans Calmet, ibid., col. 393-395.
[151]
V. cet ouvrage, ibid., col. 210.
[152]
V. Meurisse, Histoire des évesqves de l'église de Metz, p. 403 et 404.
Le bourg Saint-Arnoul, détruit au XVIe siècle, était situé hors et près des
murs de Metz.
[153]
V. Calmet, Notice de la Lorraine, t. II, col. 222 et 223.
[154]
Pagny, Meurthe, arrondissement de Nancy, canton de Pont-à-Mousson. — V. Trésor
des chartes de Lorraine, layette Prény, n° 10.
[155]
Norroy, Meurthe, arrondissement de Nancy, canton de Pont-à-Mousson. — Archives
du département de la Moselle, fonds de l'abbaye de Saint-Pierre-
aux-Nonains.
[156]
Bouvron, Meurthe, arrondissement et canton-nord de Toul. —
Thuilley-aux-Groseilles, Meurthe, arrondissement de Toul, canton de
Colombey-aux-belles-femmes. — V. Benoît Picart, L'origine de la
très-illustre maison de Lorraine, p. 3.
[157]
V. l'épître en vers adressée au comte de Trèves par saint Auspice, évêque de
Toul, dans Du Chesne, t. 1, p. 864 et 865.
[158]
V. Histoire d'Attila et de ses successeurs, t. I, p. 153.
[159]
V. Vita sanctœ Genovefœ, virginis, dans les Bollandistes, au 3 janvier.
[160]
V. Vita sancti Gaugerici, Cameracensis episcopi, ibid., au 11 août.
[161]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. VI, c. 11.
[162]
V. Frédégaire, Chronic., c. 29.
[163]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. X, c. 2.
[164]
V. ibid., lib. III, c. 35.
[165]
V. ibid., lib. X, c. 29.
[166]
V. Grégoire de Tours, Miracula sancti Martini, lib. III, c. 15.
[167]
V. idem, ibid., lib. IV, c. 11.
[168]
V. idem, Vitœ Patrum, c. VIII, n° 11.
[169]
V. idem, ibid., c. XIX,
n° 1.
[170]
V. Vita sancti Leobini, Carnotensis episcopi, n° 24, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. I ; Grégoire de Tours, De gloria Confessorum, c. 24.
[171]
V. Fortunat, Vita sancti Germani, episcopi urbis Parisiacœ, dans
Mabillon, ibid.
[172]
V. Grégoire de Tours, De gloria Confessorum, c. 21.
[173]
V. Gesta Dagoberti regis, n° 6 et 35, dans Du Chesne, t. I, p. 575 et
582.
[174]
V. Vita sancti Prœjecti, Arvernorum episcopi, dans les Bollandistes, au
25 janvier.
[175]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. IV, c. 53.
[176]
V. ce testament, dans Pardessus, t. II, p. 326.
[177]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. V, c. 49.
[178]
V. ce diplôme, dans Pardessus, t. I, p. 107.
[179]
V. Vita sancti Maximini, abbatis Miciacensis, n° 28, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. I.
[180]
V. Vita sancti Launomari, abbatis Curbionensis, n° 5 et 4, ibid.
[181]
V. Vita sancti Mauri, abbatis, dans les Bollandistes, au 15 janvier.
[182]
V. Grégoire de Tours, Miracula sancti Martini, lib. IV, c. 10.
[183]
V. idem, Hist. Franc., lib. VII, c. 25.
[184]
V. Miracula sancti Martini, lib. I, c. 22.
[185]
V. ibid., lib. IV, c. 9 et 47.
[186]
V. ibid., c. 17, 20 et 27. Leudardus appartenait à un diacre
gallo-romain appelé Emnerius.
[187]
V. Vita sancti Germani, episcopi urbis Parisiacœ, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. I.
[188]
Saint Remi fait observer, dans son testament, que cette femme était bonis
parentibus nata, et comme on ne peut supposer qu'elle appartînt à la nation
des Francs, son nom vient à l'appui de ce que nous avons dit au commencement de
la présente dissertation.
[189]
V. le testament de saint Remi, dans Pardessus, t. I, p. 81-84.
[190]
V. ce diplôme, ibid., t. II, p. 224 et 225.
[191]
V. ce diplôme, dans l'Histoire de Metz, par deux bénédictins, t. III,
preuv., col. 6-8.
[192]
V. ce diplôme, dans Calmet, Hist. de Lorraine, 1re édit., t. I, preuv.,
col. 257.
[193]
V. ce testament, dans Pardessus, t. II, p. 251 et 252.
[194]
V. ce diplôme, dans l'Histoire de l'abbaye de Saint-Mihiel, par Dom de
l'Isle, p. 425, ou dans Pardessus, ibid., p. 278.
[195]
V. ce testament, dans Pardessus, ibid., p. 255-258.
[196]
V. aussi un diplôme de saint Amandus, évêque de Trajectum-ad-Mosam, ibid.,
p. 133 et 134 ; Translationes et miracala sancti Joannis (Reomensis), n°
5, dans Mabillon, Acta ss., sæc. I ; Vita sancti Landeberti, episcopi
Trajecti-ad-Mosam, n° 10, ibid., sæc. III, part. I.
[197]
V. Grégoire de Tours, Miracula sancti Juliani, c. 12 ; Miracula
sancti Martini, lib. I, c. 7, 8 et 39, lib. II, c. 5, 7, 13 et 40, lib.
III, c. 44 et 51, lib. IV, c 14 ; Vitœ Patrum, passim.
[198]
V. idem, Hist. Franc., lib. V, c. 23.
[199]
V. Frédégaire, Chronic., c. 24.
[200]
V. Vita sancti Licinii, Andecavorum episcopi, auctore Daniele, quodam ejus
discipulo, dans les Bollandistes, au 13 février.
[201]
V. Vita sancti Arnulfi, dans les Bollandistes, au 18 juillet.
[202]
V. Vita sancti Salabergœ, abbatissœ Laudunensis, n° 9, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. II.
[203]
V. Vita sancti Goaris, dans les Bollandistes, au 6 juillet.
[204]
V. Vita sancti Mauri, abbatis, dans le même recueil, au 15 janvier.
[205]
V. Vita sancti Leobini, episcopi Carnotensis, n° 25, dans Mabillon, ibid.,
sæc. I.
[206]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. VI, c. 11.
[207]
V. ce testament, dans Pardessus, t. I, p. 82.
[208]
V. Vita sancti Mauri, dans les Bollandistes, au 15 janvier.
[209]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. X, c. 19.
[210]
V. Fortunat, Carmina, lib. VII, 10.
[211]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. VI, c. 45, lib. X, c. 2 ; v. aussi
Fortunat, Carmina, lib. VII, 14. Les noms Bodegisilus et Bobo désignent
peut-être cependant un seul et même personnage.
[212]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. V, c. 26.
[213]
V. idem, ibid., lib. IV, c. 35.
[214]
V. idem, ibid., lib. VII, c. 15.
[215]
V. idem, ibid., c. 47.
[216]
V. ibid., lib. IX, c. 40.
[217]
V. Miracula sancti Martini, lib. I, c. 30.
[218]
V. ibid., lib. II, c. 39.
[219]
V. une lettre de saint Gericus à saint Desiderius, évêque de Cahors, dans Du
Chesne, t. I, p. 886.
[220]
V. c. 57, dans Calmet, Hist. de Lorr., 1re édit., t. I, preuv., col. 16.
[221]
V. ce diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 2 et 5.
[222]
V. ce fragment, ibid., p. 38 et 39.
[223]
V. ce diplôme, ibid., p. 252 et 253.
[224]
V. les fragments de ce testament, ibid., p. 255-258.
[225]
V. un diplôme de ces seigneurs en faveur de l'abbaye de Honaugia, ibid.,
p. 557 et 338 ; v. aussi Grandidier, Hist. de l'église de Strasbourg, t.
I, p. 599.
[226]
V. un diplôme d'Abbo pour ce monastère dans Pardessus, ibid., p. 370.
[227]
V. cette charte, dans De l'Isle, Hist. de l'abbaye de Saint-Mihiel, p.
422 et 423.
[228]
V. Vita sancti Lupi, Senonensis episcopi, dans les Bollandistes, au 1er
septembre.
[229]
V. Vita sancti Prœjecti, Arvernorum episcopi, dans le même recueil, au
25 janvier.
[230]
V. Vita sancti Drausii, Suessionum episcopi, dans le même rec., au 5
mars.
[231]
V. Vita sancti Columbani, auctore Jona, n° 22, dans Mabillon, Acta ss.,
sæc. II.
[232]
V. Vita sancti Rigoberti, Remensis episcopi, n° 1, dans les
Bollandistes, au 4 janvier.
[233]
V. Gesta Trevirorum, dans Calmet, Hist. de Lorr., 1re édit., t.
preuv., col. 13.
[234]
V. Vita sancti Landeberti, episcopi Trajecti-ad-Mosam, n° 9 et 10, dans
Mabillon, Acta ss., sæc. III, part. I.
[235]
V. Vita sanctœ Rictrudis, auctore Hucbaldo, dans les Bollandistes, au 12
mai. Leur fils reçut le nom de Maurontus, qui paraît romain.
[236]
V. Gallia Christiana, t. IX, col. 862.
[237]
V. Vita sancti Wandregisili, abbatis Fontanellensis, auctore monacho coœvo,
n° 16, dans Mabillon, ibid., sæc. II.
[238]
V. Vita sancti Adelphii, abbatis Habendensis, ibid.
[239]
V. Vita sancti Corbiniani, Frisingensis episcopi, auctore Aribone, c. 1,
26 et 29, ibid., sæc. III, part. I.
[240]
V. Grandidier, Hist. de l'église de Strasbourg, t. I, p. 302 et 303.
[241]
V. Vita sanctœ Austrebertœ, abbatissœ Pauliacensis, dans les
Bollandistes, au 10 février.
[242]
V. Vita sanctœ Salabergœ, abbatissœ Laudunensis, n° 11, dans Mabillon, ibid.,
sæc. II.
[243]
V. Gesta regum Francorum, dans Du Chesne, t. I, p. 717.
[244]
V. Art de vérifier les dates, t. I, p. 547 et 550.
[245]
V. Hist. Franc., lib. X, c. 2.
[246]
V. Vita sancti Ebrulfi, abbatis Bellovacensis, n° 1, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. I.
[247]
V. Vita sancti Amalfi, Metensis episcopi, n° 2, ibid., sæc. II.
[248]
V. Vita sanctœ Salabergœ, n° 5, ibid.
[249]
V. Vita sancti Trudonis, auctore Donato diacono, c. 1, ibid.
[250]
Ces tribus avaient conservé leurs anciens noms, et peut-être même quelque chose
de leurs antiques mœurs. Nous avons mentionné, dans le premier chapitre de cet
ouvrage, l'établissement des Condrusi sur la lisière de la forêt des
Ardennes, et, dans un diplôme de Carloman, fils de Pépin-le-Bref (v. dans
Pardessus, t. II, p. 402 et 405, ce diplôme qui est de l'année 746), on
mentionne différents individus lesquels étaient ex genere Condrustensi.
Nous ajouterons que tous ces individus portaient des noms barbares.
[251]
V. Hist. Franc., lib. V, c. 26.
[252]
V. ibid., lib. VII, c. 5.
[253]
V. ibid., lib. VIII, c. 30.
[254]
V. ibid., lib. X, c. 29.
[255]
V. Miracula sancta Martini, lib. III, c. 51.
[256]
V. Gesta Dagoberti regis, n° 40, dans Du Chesne, t. I, p. 584.
[257]
V. Roussel, Hist. de Verdun, p. CXLVII. Ce passage est de l'abbé le Bœuf.
[258]
V. Geta Dagoberti regis, n° 39, dans Du Chesne, t. I, p. 584 ; Vita
sancti Eligii, Noviomensis episcopi, auctore sancto Audoëno, dans Surins,
au 1er décembre.
[259]
V. Vita sanctœ Salabergœ, n° 5, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.
[260]
V. Vita sancti Desiderii, Cadurcensis episcopi, dans Labbe, Bibliotheca
manuscriptorum, t. I, p. 707.
[261]
V. le testament de ce diacre, dans les Mem. de la société philomatique de
Verdun, t. III, p. 337.
[262]
V. le même testament, ibid., p. 345.
[263]
V. une charte de ce personnage dans l'Hist. de Metz, par deux
bénédictins, t. III, preuv., p. 12 et 13.
[264]
V. Benoît Picart, Hist. de Toul, p. 256 et 257.
[265]
V. un diplôme de Childéric II dans Pardessus, t. II, p. 121 ; Schœpflin, Alsatia
illustrata, t. I, p. 753 et 754.
[266]
V. les Bollandistes, au 14 juillet.
[267]
V. l'épître en vers de saint Auspice, citée plus haut.
[268]
Ex aviœ vocabulo. V. Vita sanctœ Salabergœ, n° 11, dans Mabillon,
ibid.
[269]
V. le texte de ce placitum, dans Pardessus, t. II, p. 315 et 316.
[270]
V. De civitate Dei, lib. XIX, c. 7.
[271]
V. Suétone, Claudius, n° 16 ; Dion-Cassius, lib. LX.
[272]
V. Epistolœ, lib. IV, 17.
[273]
V. lib. XXXII, tit. I,
fr.11.
[274]
V. Epistolœ, lib. III, 3. Le français, qui est formé du latin, a même
conservé plusieurs mots celtiques.
[275]
V. Mémoires de l'académie des inscriptions, 1re série, t. XXIV, p. 588,
589, 596, 597 et 616.
[276]
V. Revue numismatique, année 1839, p. 188-190 ; année 1850, p. 27.
[277]
V. Vita sancti Fridolini, abbatis, auctore Balthoro, lib. I, c. 5, dans
les Bollandistes, au 6 mars.
[278]
On peut ajouter à ces exemples plusieurs autres noms dont la première partie
est empruntée à la langue latine ou au germain, et qui se terminent par les
syllabes aco, acas, ago, aga, etc., évidemment dérivées d'acus ou
acum.
[279]
V. Vita sancti Theoderici, abbatis Remensis, n° 15, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. I.
[280]
V. Vita sancti Droctovei, abbatis, n° 10, ibid.
[281]
V. De gloria Confessorum, c. 60.
[282]
V. notamment Vita sancti Columbani, n° 11, dans Mabillon, Acta ss.,
sæc. II.
[283]
Le premier de ces chants a été rétabli par M. Ch. Lenormant d'après la Vita
sancti Droctovei, citée plus haut, et publiée dans la Bibliothèque de
l'école des chartes, le série, t. I. Le second se trouve dans la Vita sancti
Faronis, Meldensis episcopi, n° 78 (Mabillon, ibid.).
[284]
V. ce fragment, dans la Biblioth. de l'école des chartes, ibid.
[285]
V. aussi Dom Liron, Singularités historiques et littéraires, t. III, p.
113-115.
[286]
En effet, les habitants des campagnes étaient germains pour la plupart dans les
civitates d'Argentoratum, de Nemetes, de Wormatia,
de Moguntiacum, de Colonia Agrippina, et dans les cantons
orientaux des civitates des Treviri, des Mediomatrici et
des Tungri. Au contraire, les rustici étaient presque tous
gaulois dans la portion occidentale de ces trois cités et dans celles des Remi,
des Catalauni, de Verodunum, de Tullum et de Lugdunum-Clavatum.
[287]
V. Histoire littéraire de la France, t. III, p. 15.
[288]
V. Carmina, lib. VI, 4.
[289]
V. Hist. Franc., lib. II, c. 37.
[290]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. VIII, c. 4.
[291]
V. ibid., lib. IX, c. 20.
[292]
V. ibid., lib. IX, c. 20.
[293]
V. ibid. ; lib. VI, c. 45.
[294]
V. ibid., lib. III, c. 15.
[295]
V. Vita sancti Arnulfi, Metensis episcopi, n° 18, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. II.
[296]
V. Vita sancti Adelphii, abbatis Habendensis, n° 13, ibid.
[297]
V. Inscriptions chrétiennes de la Gaule, par M. le Blant, t. I, p. 369
et 370.
[298]
Cette plaque se trouve dans le musée lorrain, à Nancy.
[299]
V. notamment, dans Du Chesne, t. I, p. 850, une lettre adressée par le ripuaire
Gogo au duc Chamingus ou Hamingus, qui était bien certainement un barbare.
[300]
V. Schilter, Thesaurus antiquitatum Teutonicarum, t. I, vers la fin.
[301]
Theotiscæ linguæ barbaries, ut est inculta et indisciplinabilis, atque
insueta capi regulari freno grammaticæ artis, sic etiam in multis dictis
scriptu est, propter litterarum aut congeriem aut incognitam sonoritatem,
difficilis. — Cité par Schœpflin, Alsatia illustrata, t. I, p. 815.
[302]
V. Journal des savants, année 1858, p. 89.
[303]
V. Vita sancti Eligii, Noviomensis episcopi, præf., dans D'Achéry, Spicilegium,
édit, in-f°, t. II, p. 76 et 77.
[304]
V. Historia translationis sancti Germani, Parisiensis episcopi, n° 12,
dans les Bollandistes, au 28 mai.
[305]
V. Vita sanctœ Salabergœ, abbatissœ Laudunensis, n° 19, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. II.
[306]
V. la liste des ateliers monétaires mérovingiens dans la table de la Revue
numismatique.
[307]
V. ce diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 269.
[308]
V. ces deux diplômes, ibid., p. 92, 145 et 146.
[309]
V. Vita sancti Columbani, auctore Jona, n° 17, dans Mabillon, ibid.
Le mot fontana est déjà employé pour fons dans les Agrimensores.
[310]
V. Vita sancti Ursmari, abbatis Laubiensis, dans les Bollandistes, au 18
avril.
[311]
On voit aussi paraître, à cette époque, des noms nouveaux, quoique décorés
d'une terminaison latine. Tels sont les mots Flandri (les Flamands), et Andocerpenses
(les Anversois), que l'on rencontre dans saint Ouen. V. Vita sancti Eligii,
lib. II, c. 8, dans le Spicilegium de D'Achéry, édit. in-f°, t. II, p.
93.
[312]
V. Dom Liron, Singularités historiques et littéraires, t. I, p. 116.
[313]
V. Journal des savants, année 1858, p. 602 et 603.
[314]
V. Mémoires de l'académie des inscriptions, 1re série, t. XXIV, p. 584.
[315]
V. le glossarium qui se trouve à la fin du supplément aux Concilia
antiqua Galliœ.
[316]
V. Grellmann, Histoire des Bohémiens, trad. franç., p. 201 et suiv.