HISTOIRE DU ROYAUME D'AUSTRASIE

TOME DEUXIÈME

 

NOTES.

 

 

NOTE IX. — SUR LE LIEU OÙ MOURUT LA PRINCESSE INGONDE.

 

Nous avons dit, dans le texte du présent ouvrage, que la princesse Ingonde, fille de Sigisbert II et veuve du prince wisigoth Herménégild, fut conduite, avec son fils Athanagild, dans la ville d'Hippo-Regius ou Hippone, en Afrique, qu'elle y mourut et qu'elle y reçut la sépulture. Cette assertion ne sera peut-être pas admise sans difficultés. En effet, Grégoire de Tours, qui parle d'Ingonde plusieurs fois, dit seulement que les Romains la menèrent en Afrique ; que, d'après un bruit généralement répandu, elle avait été transférée ensuite à Constantinople ; mais qu'elle décéda en Afrique et qu'elle y fut inhumée[1]. Il faut donc chercher ailleurs la solution de ce petit problème. On possède encore plusieurs lettres écrites à l'empereur Maurice et à d'autres personnes par Childebert et par Brunehaut. Deux de ces lettres sont adressées au jeune Athanagild, fils d'Ingonde, et il semble qu'elles doivent fournir des éclaircissements sur la question qui nous occupe. Il n'en est rien cependant[2] ; mais on lit dans une lettre du roi d'Austrasie au patriarche de Constantinople, Jean-le-Jeûneur, que, après la mort d'Ingonde, Athanagild avait été conduit in urbem Rhegium[3], et, dans une autre lettre adressée au fils acné de l'empereur, Childebert dit qu'Athanagild avait été mené ad urbem Rhegium[4]. Nous laissons de côté la question de savoir si le jeune prince a été conduit dans le lieu dont il s'agit avant ou après le décès de sa mère ; car il est raisonnable de supposer qu'on les avait menés tous deux dans la même ville, que la princesse y resta jusqu'à sa mort, et que son fils continua d'y résider, quand il l'eut perdue, et en attendant que l'empereur prit une décision définitive à son égard. Mais que faut-il entendre par urbs Rhegium ? Rapprochant le passage de Grégoire de Tours, où il est parlé du bruit d'après lequel Ingonde avait été transférée à Constantinople, d'une phrase que l'on rencontre dans une lettre de Childebert à Maurice[5], et où il est question d'un prince mérovingien qui habitait Constantinople — apud Vos, in urbe regia commorari —, quelques savants ont pensé qu'il fallait lire dans les lettres adressées à Jean-le-Jeûneur et au fils de Maurice urbem regiam, au lieu de urbem Rhegium, et qu'il s'agissait de la ville royale, c'est-à-dire de la capitale de l'Empire. D'autres, notamment Dom Bouquet, ont songé à la cité de Rhegium (aujourd'hui Reggio), située à la pointe méridionale de l'Italie, vis-à-vis de la Sicile. Mais on ne voit nulle part qu'Athanagild ait été transporté en Italie, et, comme on est assuré qu'Ingonde est morte en Afrique, c'est évidemment dans cette contrée qu'il faut chercher la ville appelée Rhegium. Cela étant, il nous semble que HippoRegius ou Hippone, une des cités les plus importantes de la côte septentrionale d'Afrique, doit être la ville désignée dans les deux lettres rappelées ci-dessus. Elle portait encore au VIe siècle le nom d'Hippo-Regius, et peut-être parfois l'appelait-on seulement Regius. C'est sous cette dernière forme que le nom se présente dans les deux lettres ; car il faut observer qu'il y est employé à l'accusatif, et que par conséquent la syllabe finale a éprouvé un changement. Il n'est pas à notre connaissance qu'Hippone figure dans aucune inscription postérieure à la destruction de la monarchie des Vandales ; mais elle est mentionnée par Procope[6].

 

NOTE X. — SUR LA SITUATION DU CASTRUM WABRENSE.

 

La véritable situation du castrum Wabrense n'est pas encore connue, malgré toutes les dissertations qui ont été consacrées à l'éclaircissement de ce point de géographie ancienne.

Hadrien Valois a prétendu[7] qu'il fallait chercher l'emplacement du castrum dont il s'agit à deux lieues de l'ancienne ville d'Eposium ou Epusum (aujourd'hui Ivoy), sur le sommet d'une colline où le diacre Wlfilaïcus avait construit une vaste basilique, dédiée à saint Martin, et un monastère, qu'il habitait avec un grand nombre de religieux[8]. Mais l'opinion de ce docte écrivain n'a pas prévalu, et il suffit, en effet, pour faire voir son erreur de dire que Grégoire de Tours, qui entre dans de grands détails relativement à Wlfilaïcus et à son monastère au chapitre 13 du livre VIII de l'Historia Francorum, n'aurait pas manqué de rappeler qu'il était question de la colline et de l'église de Wlfilaïcus, lorsqu'il parle du castrum Wabrense et de la basilique voisine dans les chapitres 9 et 12 du livre IX du même ouvrage.

D'autres savants ont pensé que le castrum Wabrense était sur la côte des Heures, près du village de Bonzée, à trois lieues sud-est de Verdun et à proximité d'un chemin qui conduit de cette ville à Metz ; et on voyait, effectivement, sur cette hauteur une église dédiée à saint Martin et dépendant de la paroisse des Eparges. Quelques-uns ont cru que le castrum dont nous recherchons la situation était sur la montagne où l'on a bâti plus tard la forteresse d'Hattonchâtel[9]. Enfin, d'autres archéologues ont placé le castrum à la Tour-en-Voivre et sur la côte de Watronville. Mais ces divers sentiments n'ont guère rencontré que des contradicteurs.

Un antiquaire lorrain, M. Denis de Commercy, n'a pas été plus heureux, lorsque, dans un volume destiné à l'examen de cette question difficile[10], il a tenté de prouver que le castrum Wabrense s'élevait sur une colline assez ardue que l'on rencontre à douze kilomètres à l'est de Saint-Mihiel, colline que les gens du pays appellent Montclin, et sur la pente de laquelle est bâti le village de Montsec.

M. l'abbé Clouet, dans son Histoire de Verdun[11], s'était d'abord décidé pour la côte des Heures ; mais plus récemment, dans son Histoire ecclésiastique de la province de Trèves (3)[12], il a indiqué le village de Châtillon-en-Voivre comme le lieu qui paraît le mieux répondre à la description de Grégoire de Tours, parce qu'il y a sur le territoire de ce village une colline assez escarpée ; parce que l'église paroissiale est sous le vocable de saint Martin, et parce que le nom même de Châtillon-en-Voivre semble rappeler les mots castrum Wabrense. Du reste, avec la réserve qui caractérise toujours le vrai savoir, M. l'abbé Clouet ne donne son attribution que pour une simple conjecture et déclare que, à son avis, il est impossible de fixer d'une manière certaine la position de ce lieu célèbre.

Oserons-nous maintenant, après avoir déclaré insuffisantes les explications données par tant d'hommes de mérite, en proposer une à notre tour ? Nous avons pensé pouvoir le faire ; toutefois, ce sera avec d'autant plus de défiance que, pour établir notre opinion, nous serons obligé de faire subir une légère modification au texte de Grégoire de Tours. Mais, avant d'exposer un nouveau système, il faut placer le texte même de l'historien sous les yeux du lecteur. Voici ce texte, qui appartient aux chapitres 9 et 12 du livre IX : Sed (Ursio et Berthefredus) audientes quod scilicet tali (Rauchingus) fuisset adfectus interitu, adaucta adhuc secum multitudine hominum, quia ad eos pertinere videbatur, infra castrum Vabrense, quod villœ Ursionis propinquum erat, cum rebut omnibus, se muniunt conscii consilii sui... Erat enim villa in pago Vabrensi, cui imminebat mons arduus. In hujus cacumine basilica in honore sancti ac beatissimi Martini constructa habetur. Ferebant enim ibi castrum antiquitus fuisse ; sed nunc non cura, sed natura tantum munitum erat. Il résulte de ces deux passages qu'au pied de la montagne se trouvait une villa appartenant à Ursio ; que, d'après une tradition (ferebant), il y avait eu anciennement sur le sommet de la hauteur un castrum, dont on ne voyait plus aucune trace ; que la hauteur n'était plus défendue par l'art, mais seulement par la nature, et que sur le plateau se dressait une basilique, dédiée à saint Martin, et dans laquelle s'enfermèrent Ursio, Berthefredus et leurs complices.

Ceci posé, nous pensons que la villa Ursionis et la montagne voisine ne peuvent être que le bourg de Marville et le mont Saint-Hilaire, qui en est éloigné d'environ six cents mètres. Pour ad mettre cette conclusion, il faut reconnaître, à la vérité, 1° que les leudes Ursio et Berthefredus ne suivaient pas, lorsqu'ils apprirent la mort de Rauchingus, une des grandes voies qui sillonnaient la Belgica Prima ; et 2° que Grégoire de Tours, ou un de ses copistes, a, par erreur, substitué le mot Martini au mot Hilarii. Or, toute personne un peu familière avec les œuvres de Grégoire de Tours nous accordera facilement le second point, car elle sait combien de fautes et de variantes présentent les nombreuses copies de cet historien. Et quant au premier point, on conviendra qu'Ursio et ses complices, ne sachant pas encore quel était le sort de Rauchingus et voulant surprendre Childebert, devaient éviter les grandes routes sur lesquelles leur présence en armes aurait été signalée immédiatement, et choisir les chemins détournés ; ce qui leur était d'autant plus facile, qu'ils ne traînaient pas avec eux ces lourds bagages qui obligent de véritables armées à suivre les voies bien entretenues.

Marville et le mont Saint-Hilaire ne Se trouvaient pas, d'ailleurs, à une grande distance de la voie qui conduisait de Verdun à Metz, en passant par les vici nommés Fines et Ibliodurum. Il n'y a que six lieues de Verdun à Marville, et quatre lieues seulement séparent ce bourg de l'ancien domaine royal de Sathanacum (Stenay), dont nous aurons plus loin l'occasion de parler. Différentes particularités, qu'il serait trop long de rapporter ici, ne permettent pas de croire que Marville et ses environs fussent déserts pendant la période gallo-romaine, et à plus forte raison pendant le VIe siècle[13] ; mais il est probable que l'on n'y voyait alors que la villa d'Ursio et les habitations des colorai qui cultivaient les campagnes voisines. Quant au mont Saint-Hilaire, l'accès en a toujours été fort difficile, et c'est seulement de nos jours que l'on a tracé sur la rampe qui regarde le bourg un chemin commode. Le plateau qui termine la montagne est, depuis les temps les plus anciens, occupé par un vaste cimetière, où dorment d'innombrables générations. Au centre même du cimetière s'élève une église, placée sous le vocable de saint Hilaire et composée d'une nef et d'une abside carrée. La longueur totale de l'édifice est de vingt-six mètres (dans œuvre) ; la largeur de la nef est de onze mètres, celle de l'abside de cinq mètres environ. L'abside présente seule une voûte surbaissée ; elle s'ouvre sur la nef par un cintre également surbaissé et surmonté d'un mur droit qui atteint la toiture. La nef n'est couverte que d'un plafond, dont les poutres sont à cinq mètres cinquante centimètres du sol. La nudité des murailles est complète. Cette circonstance, la forme des baies, le plan de l'abside et les dispositions générales de l'édifice autorisent à en reporter la construction à la période carlovingienne, et si l'enduit plus ou moins moderne dont les murs sont revêtus permettait d'en examiner l'appareil, il ne serait peut-être pas téméraire d'assigner à l'église Saint-Hilaire une date encore plus reculée, et d'y voir la basilique dans laquelle Ursio et Berthefredus avaient cherché un asile[14].

Le cimetière lui-même offre des preuves de sa haute antiquité. Nous ne voulons rappeler ici ni les tombeaux remontant au moyen-âge, ni les énormes buis qui, couvrent une partie du terrain et remplacent les cyprès assez rares dans la Gaule ; mais il est impossible de ne pas mentionner l'ossuaire appuyé contre le mur du cimetière, vers l'orient, et dont la bâtisse parait fort ancienne. Il renferme, outre un grand nombre d'ossements divers, environ 20.000 crânes, dont beaucoup commencent à tomber en poussière, et plusieurs d'entr'eux ont dû appartenir à des individus morts il y a plus de dix siècles. C'est ce qu'établit un calcul extrêmement simple.

La population actuelle de Marville est à peu près de 1.250 personnes ; mais on ne peut pas supposer que, depuis la fin du Vo siècle jusqu'à la dernière année du XVI IIe (époque à laquelle on a cessé de déposer de nouveaux ossements dans l'ossuaire du mont Saint-Hilaire), la moyenne de cette population ait dépassé le nombre de 800 individus, et, comme sur 1.000 enfants 500 à peine entrent dans leur seizième année[15], il ne faut prendre qu'une population de 400 individus pour base de notre calcul, qui doit porter exclusivement sur les adultes[16], c'est-à-dire sur les personnes âgées de plus de quinze ans. La durée moyenne de la vie étant de 25 années, il s'ensuit que la population d'un lieu quelconque se renouvelle 4 fois dans 1 siècle. Or, 13 siècles se sont écoulés depuis l'an 501 jusqu'à l'année 1800, et, la population de Marville s'est complètement renouvelée 52 fois ; par conséquent, il a dû y mourir pendant 13 siècles 41.600 individus (52 * 800 = 41.600). Mais comme plus de la moitié de ces individus (soit 21.600 environ) n'avaient pas atteint l'âge de quinze ans, et que leurs crânes ne figurent pas dans l'ossuaire, il s'ensuit qu'il n'est mort à Marville pendant le laps de 13 siècles que 20.000 adultes à peu près, nombre égal à celui des crânes déposés dans l'espèce de monument dont nous parlons. Quelques-uns de ces tristes débris ont donc appartenu à des contemporains de Dagobert, de Pépin-le-Bref et de Charlemagne, et, si l'on ne craignait les hypothèses audacieuses, on pourrait même supposer, en considérant ces ossements et ces crânes presque réduits en poussière par l'action du temps, que l'on a sous les yeux les restes informes des compagnons d'Ursio et des soldats de Childebert.

Nous ajouterons encore deux remarques à ce que nous venons de dire pour établir l'identité du castrum Wabrense et du mont Saint-Hilaire.

1° La position de cette hauteur entre Metz et Verdun est telle, qu'elle rend très-bien compte de ce que Grégoire de Tours raconte relativement à la fuite de Berthefredus après la mort d'Ursio[17]. En effet, les troupes de Childebert, lesquelles venaient de Metz, ont dû gravir le mont Saint-Hilaire par le versant sud-est, et Berthefredus a pu, sans rencontrer trop d'obstacles, descendre de la montagne par le versant occidental, pour gagner Verdun, qui est au sud-ouest de Marville.

2° Grégoire de Tours rapporte que les biens d'Ursio furent confisqués[18]. Or, Marville, que nous croyons être la villa Ursionis, appartenait au fisc royal, dans les premières années du Ville siècle. C'est ce qu'établit un diplôme du roi Chilpéric, daté du 8 juin 717, et, par lequel le prince donne à l'abbaye de Saint-Arnoul le domaine fiscal nommé Marte villa[19], dans lequel on ne peut guère refuser de reconnaître le bourg actuel de Marville.

 

NOTE XI. — SUR LAURENTIUS PATRIARCHE D'AQUILÉE.

 

On nous taxera peut-être de témérité pour avoir mis au nombre des patriarches d'Aquilée le personnage, nommé Laurentius, auquel Childebert, roi d'Austrasie, adressa une lettre publiée par Du Chesne et Dom Bouquet. On ne trouve, en effet, le nom de Laurentius dans aucune liste des patriarches d'Aquilée, et on voit dans tous les catalogues de ces prélats que le patriarche Elie, qui transféra son siège dans l'île de Grado, eut pour successeur, en 589, un ecclésiastique appelé Severus, qui vécut jusqu'en 605[20]. Cependant, nous n'hésitons pas à regarder Laurentius comme le véritable successeur d'Elfe. Ce personnage n'est autre que le prêtre Laurentius que le pape Pélage II chargea de présider, en son nom, le concile ouvert (à Grado) le 3 novembre 579, et dans lequel on décida que le patriarchat d'Aquilée serait transféré dans l'île de Grado. Elle, qui était alors patriarche, ayant rompu avec le Saint-Siège au sujet de l'affaire des Trois Chapitres, on doit admettre que Pélage nomma Laurentius patriarche à la place de ce schismatique, ou peut-être seulement après la mort d'Elie, laquelle arriva au plus tard en 589 ; désignation qui n'aurait pas empêché les schismatiques d'élire eux-mêmes Severus, dont le nom figure seul dans les listes dont nous avons parlé. Le roi d'Austrasie savait apparemment à qui il écrivait, et comme la suscription de sa lettre est aussi ancienne que la lettre elle-même, et qu'elle porte les mots ad patriarcham Laurentium, nous proposons formellement d'introduire Laurentius dans la liste des patriarches d'Aquilée.

 

NOTE XII. — SUR LA DATE DE LA TRANSLATION DES SAINTS FUSCIANUS, GENTIANUS ET VICTORICUS.

 

Les Bollandistes ont publié, dans leur introduction à la vie de saint Salvius, évêque d'Amiens[21], un extrait de l'opuscule intitulé : Historia inventionis ss. Fusciani, Gentiani et Victorici. D'après ce fragment, Childebert, qui, in illo tempore, Francorum gentem principali regimine gubernabat, apprit, pendant un séjour qu'il faisait à Paris, la découverte des reliques des trois saints nommés plus haut, et qui avaient été inhumés près d'Amiens. Aussitôt il ordonna aux évêques dont il était accompagné de partir pour Amiens, de procéder à la levée des corps et de les transférer à Paris, afin de leur faire rendre les honneurs convenables. La translation eut lieu, en effet, et Childebert construisit une basilique, dans laquelle ces précieux restes furent déposés. De plus, il donna à l'église d'Amiens, et à titre d'indemnité, un domaine appelé Megium, qui était situé à peu de distance de cette ville.

Tels sont les faits sur lesquels nous nous appuyons pour avancer que Childebert exerçait une espèce de suprématie dans le royaume de Clotaire II, et ces faits sont concluants.

On a prétendu, à la vérité, que la translation dont il s'agit est d'une date antérieure au règne de Childebert Ier, roi d'Austrasie, et qu'elle fut faite par ordre de Childebert fils de Clovis Ier. Mais il est facile de prouver le contraire.

1° Le royaume de Childebert fils de Clovis, lequel renfermait plusieurs cités du centre, de l'ouest et du midi, ne s'étendait pas vers le nord-ouest. Clotaire Ier possédait cette partie de la Gaule, et il était trop jaloux de son autorité pour avoir laissé Childebert agir en maitre dans un royaume qui n'aurait pas été le sien.

2° La translation des saints Fuscianus, Gentianus et Victoriens eut lieu pendant que saint Honoratus était évêque d'Amiens ; or, il résulte de la vie de ce prélat, publiée par les Bollandistes[22], qu'il vivait sous le pontificat du pape Pélage II, qui gouverna l'Eglise de 578 à 590, et sous le règne de l'empereur Maurice, lequel va de 582 à 602. Tout concourt même à démontrer que l'épiscopat de saint Honoratus s'est prolongé jusqu'aux premières années du VIIe siècle, puisque saint Salvius, qui fut son successeur immédiat, vivait pendant la première moitié de ce siècle.

3° Enfin, quand on examine quelle opinion les savants ont embrassée relativement à la question dont nous nous occupons, on voit que, si le P. Labbe[23] et Dom Bouquet[24] se sont prononcés en faveur de Childebert fils de Clovis, les Bollandistes[25] et les auteurs du Gallia Christiana[26] ont admis qu'il était question de Childebert Ier, roi d'Austrasie.

 

NOTE XIII. — SUR LE DUCATUS DENTELINI.

 

La plupart des écrivains qui ont traité de l'histoire et de la géographie de la Gaule, pendant la période mérovingienne, ont cherché à déterminer, sans y parvenir, quelle était la situation de ce ducatus Dentelini, mentionné par Frédégaire, et il peut paraître bien téméraire de notre part de proposer une nouvelle hypothèse pour la solution de cette question.

Il faut d'abord faire observer que Frédégaire est le seul auteur original et contemporain qui ait nommé le ducatus en question ; mais il en parle quatre fois : 1° dans le chapitre vingtième de sa chronique, à l'occasion de la cession que Clotaire en fit à Théodebert II ; 2° dans le chapitre trente-septième, lorsqu'il rapporte le traité conclu entre les rois de Neustrie et de Bourgogne ; 3° dans le chapitre trente-huitième, au sujet du différend que la possession de ce duché souleva entre les deux rois ; 4° enfin, dans le chapitre soixante-seizième, lorsque le duché tut définitivement séparé de l'Austrasie. Cette dernière mention est fidèlement reproduite dans le Gesta domni Dagoberti, regis Francorum[27].

Le texte de Frédégaire est loin de jeter une lumière bien vive sur la situation de la circonscription dont il s'agit. On lit, en effet, dans le chapitre vingtième : ... per Sigonam et Isaram Ducatum, integrum Dentelini usque Oceanum mare Theudebertus reciperet. Des paroles aussi vagues devaient, on le comprend aisément, donner lieu à différentes interprétations. Il serait trop long de les rapporter toutes, et nous rappellerons seulement que, dans un mémoire récemment publié[28], un ancien élève de l'école des chartes, M. Jacobs, a proposé, à cause d'une apparente ressemblance de noms, d'identifier le ducatus Dentelini avec le pagus Tellau, qui était peu éloigné de Rouen ; mais une pareille opinion ne peut évidemment se soutenir, puisque le ducatus comprenait une partie de la vallée de l'Oise (Isara).

Ruinart, dans son édition de Grégoire de Tours, avoue qu'il ignore l'origine et le sens du mot Dentelini, lequel se présente, dans les divers manuscrits de Frédégaire, sous les formes Denzelini, Danzileni et Dentileni, et, dans le Gesta Dagoberti, sous la forme Dentilonis, variantes qui proviennent toutes du mot Dentelini, généralement adopté par les savants. Plus hardi que Ruinart, nous n'hésitons pas à regarder ce mot comme un nom d'homme, et il existait précisément sous le règne de Clotaire II un personnage assez proche parent du maire d'Austrasie Pépin de Landen, et appelé Dentelinus. Nous sommes loin de prétendre toutefois que ce personnage ait donné son nom au ducatus Dentelini ; mais nous pensons qu'un autre individu de la même famille, peut-être son père ou son aïeul, a administré le pays en question, et que, dans l'usage habituel, le nom du gouverneur a été associé à celui du gouvernement. On sait, en effet, que, après la mort de Chilpéric Ier, Childebert enleva à la Neustrie quelques civitates, notamment la cité de Soissons, dont il forma un duché particulier, qui fut successivement administré par Rauchingus, par Magnovaldus et par le prince Théodebert. Selon nous, Dentelinus fut un des gouverneurs de ce pays, probablement celui qui était en fonctions lorsque les Neustriens, vainqueurs à Trucciacum, reprirent les villes dont ils avaient été dépouillés par Childebert ; et l'on comprend ainsi comment le duché avait conservé le nom de son dernier administrateur.

Il est peut-être plus difficile de déterminer avec précision quelles étaient les limites du ducatus Dentelini. Néanmoins, comme, d'après Frédégaire, il se prolongeait dans la vallée de l'Oise, puis dans celle de la Seine jusqu'aux rivages de l'Océan, il devait renfermer les civitates de Soissons et de Silvanectes (Senlis), qui avaient appartenu à la Belgica Secunda ; celles de Paris et de Meldi (Meaux), autrefois comprises dans la Lugdunensis Quarta ; enfin le vaste diocèse de Rotomagus (Rouen), lequel allait jusqu'à la mer et faisait anciennement partie de la Lugdunensis Secunda. Le ducatus Dentelini, tel que nous le supposons, répond parfaitement aux indications fournies par le texte de Frédégaire. Ce chroniqueur dit que le duché s'étendait le long de l'Oise et de la Seine jusqu'à l'Océan. Or, les diocèses de Soissons, de Senlis et de Paris étaient limités au nord-ouest par le cours de l'Oise, qui les séparait des civitates de Noyon et de Beauvais ; le diocèse de Meaux était situé entre ceux de Soissons et de Paris ; ce dernier occupait les deux rives de la Seine[29] ; enfin, le diocèse de Rouen, alors fort vaste, car il renfermait les anciens territoires des Velocasses et des Caleti, n'était borné au nord-ouest que par la mer. Le ducatus Dentelini présentait par conséquent une superficie assez compacte, quoiqu'irrégulière ; il était contigu au territoire primitif de l'Austrasie, et il était borné à l'est par les trois civitates de Laon, de Reims et de Châlons. On comprend, dans notre hypothèse, les regrets-que causa aux Austrasiens la perte d'un si vaste pays, lorsque Clotaire II en reprit possession, et que Dagobert Ier le réunit définitivement à la Neustrie[30].

 

NOTE XIV. — SUR LE CELLÉRIER MARCULF.

 

L'histoire ne nous a conservé aucun renseignement sur le moine Marculf ou Marculfus compilateur d'un fameux recueil de formules imprimé nombre de fois, et rempli de renseignements précieux pour les hommes qui étudient l'organisation administrative et la législation des royaumes Francs. Divers savants ont pensé que ce compilateur pouvait être le même personnage que Marculfus cellérier du monastère de Salicis, mentionné par Jonas dans la vie de saint Colomban. L'hagiographe rapporte, en effet, que Caramtocus abbé de ce monastère, 'ayant appris la détresse dans laquelle se trouvaient Colomban et ses disciples, ordonna au cellérier Marculfus de charger de provisions quelques chariots et de les conduire dans la solitude habitée par les religieux irlandais[31].

L'opinion des savants que nous citons ne plut pas à l'abbé le Beuf, qui l'attaqua vivement[32] ; mais ses arguments ne nous ont pas semblé péremptoires, et nous essayerons dans cette note d'appuyer, sinon de nouvelles preuves, au moins de nouvelles probabilités, la thèse que Le Beuf a combattue. Nous tâcherons de prouver :1° que le compilateur des Formules était moine, comme le cellérier de l'abbaye de Salicis ; 2° que ce dernier a pu être en relation avec les évêques Clidulfus et Landericus, qui ont été connus par le premier ; 3° que le monastère de Salicis était situé en Austrasie ; 4° que le cellérier a vécu précisément à l'époque où vivait le compilateur ; 5° et enfin que le recueil des Formules a été rédigé dans le royaume dont nous venons de parler. Si nous réussissons à établir ces cinq points, nous aurons à peu près démontré que l'on a eu tort de regarder le cellérier et le compilateur comme des personnages différents.

1° Quelques historiens ont avancé que le compilateur des Formules était un référendaire, et qu'il avait rédigé son recueil pour l'usage d'une des chancelleries mérovingiennes ; mais cette assertion ne repose absolument sur rien, et, pour la renverser, il suffit de transcrire le premier titre de l'ouvrage, qui est ainsi conçu : Marculfi Monachi Formularum Liber I. Cette mention est péremptoire, et Le Beuf n'a pu s'empêcher de reconnaître que le compilateur était un moine, bien qu'il sentît combien cette concession était nuisible à son système[33]. Que si l'on s'étonne de voir un moine s'occuper d'un semblable travail, nous répondrons qu'un cellérier, c'est-à-dire l'administrateur du temporel d'une grande abbaye, devait tenir à former, tant pour lui que pour ses confrères, un recueil de ce genre, parce que les monastères étaient fréquemment en relations d'affaires avec les laïques ; et la rédaction du recueil n'a pu présenter de grandes difficultés, puisque Marculf s'est bien certainement borné à copier, pour en faire un formulaire, les diplômes de son abbaye et ceux qui lui tombaient sous la main.

2° Un des plus anciens manuscrits des Formules[34] est dédié à l'évêque Clidulfus. Le Beuf a cru que ce prélat devait être saint Ilidulfus, métropolitain de Trèves et fondateur de Moyen-Moutier, lequel mourut seulement en 707 ; mais l'assertion du docte écrivain est complètement dénuée de preuves, et nous aimons bien mieux reconnaître ici le fils de saint Arnoul, saint Chlodulfus, qui monta sur le siège épiscopal de Metz en 650. Son nom est ordinairement écrit Chlodulfus ; mais on trouve aussi les formes Flodulfus dans un diplôme de Sigisbert IV[35], et Childulfus dans un privilegium de Numerianus, métropolitain de Trèves[36], et l'orthographe adoptée par Marculfus ne s'éloigne pas beaucoup de cette dernière.

Un autre manuscrit très-ancien[37] est dédié à l'évêque Landericus, qui, d'après le manuscrit, administrait le diocèse dans lequel était situé le monastère habité par Marculf[38]. Or, il nous semble que ce prélat ne peut être que saint Landericus ou Landry, fils de saint Vincent Madelgarius et de sainte Valdrada ou Valdrée, lequel exerça les fonctions épiscopales dans le diocèse de Metz. Il ne figure pas, à la vérité, dans le catalogue des évêques de cette ville, et il serait même impossible de l'y faire entrer, à moins que son épiscopat n'ait été extrêmement court. Mais Le Beuf conjecture, et avec raison selon nous, que saint Landericus était seulement chorévêque[39], et dès lors rien ne s'oppose plus à ce qu'il ait administré une partie du diocèse de Metz, vers le milieu du VIIe siècle. Il quitta plus tard ce diocèse, pour aller prendre le gouvernement de l'abbaye de Soignies, dont son père avait été abbé après avoir renoncé au monde. La tradition qui atteste la présence de saint Landericus dans le diocèse de Metz est, d'ailleurs, corroborée par un fait incontestable et incontesté. Nous voulons parler du long séjour que fit dans cette ville sainte Valdrada, mère de Landericus. Elle avait embrassé la vie religieuse, en même temps que son mari, et elle devint abbesse du monastère de Saint-Pierre, où elle mourut et fut inhumée[40].

3° Cette double dédicace à saint Clidulfus, évêque, et à saint Landericus, chorévêque de Metz, nous oblige à chercher dans ce diocèse le monastère habité par le compilateur des Formules, et, comme selon nous, le compilateur n'est autre que le cellérier Marculf, il faut prouver que le monastère de Salicis était dans le diocèse de Metz. La situation de cette abbaye n'a pas été déterminée jusqu'à présent. Mabillon a supposé, il est vrai, qu'il pouvait être question de Salins, petite ville de Franche-Comté, qui possédait, au XVIIe siècle, un prieuré de l'ordre de Cluny[41]. Cette assertion timide, la seule que l'on ait jamais hasardée, n'est guère propre à inspirer de la confiance, destituée qu'elle est de toute espèce de preuve ; et, s'il faut absolument, comme nous le pensons, trouver le monastère de Salicis dans le diocèse de Metz, nous ne voyons que l'abbaye de Moyen-Vie qui puisse être identifiée avec ce monastère. C'était, d'ailleurs, la seule qui existât à cette époque dans la partie méridionale du diocèse, dont nous parlons.

On alléguera, sans doute, pour renverser notre opinion, que l'abbaye de Moyen-Vic est trop éloignée de Luxeuil pour que l'abbé ait pu songer à envoyer des provisions de bouche aux Colombanistes, et de plus que ce monastère a porté ensuite le nom de saint Pient, un de ses fondateurs. Mais la première objection atteint la ville de Salins comme celle de Moyen-Vie, et il suffit de répondre que la distance qui sépare cette petite ville et Luxeuil n'est pas tellement considérable que Caramtocus ait pu regarder comme une entreprise difficile de faire parvenir quelques secours à saint Colomban.

Notre hypothèse n'a, de plus, rien qui ne cadre avec le peu que l'on sait relativement aux origines du monastère de Moyen-Vic. On croit, sur des renseignements bien vagues, qu'il fut fondé, vers le milieu du VIe siècle, et grâce aux libéralités d'une matrone gallo-romaine, nommée Prætoria, par saint Pientius et saint Agentius, auxquels la même tradition associe une femme appelée Columba[42]. Il ne faut donc pas s'étonner si le monastère dont il s'agit ne portait pas encore, au commencement du VIIe siècle, le nom de son fondateur, et si on le désignait par une appellation tirée de sa position au milieu des salines et du pagus Salinensis. Nous croyons, en effet, et nous suivons ici l'exemple de Mabillon, que Jouas ou un de ses copistes a mal transcrit le nom du monastère, et que, au lieu de Salicis, mot qui n'a aucune signification, étant un ablatif pluriel, on doit lire Salirais, désignation parfaitement appropriée à l'abbaye de Moyen-Vic.

A cette époque, cinquante années environ s'étaient écoulées depuis la fondation du monastère, et, selon toutes les apparences, il était alors gouverné par un religieux irlandais, peut-être ami de saint Colomban. Le nom de Caramtocus est bien certainement d'origine irlandaise ou bretonne. Il a été porté par un breton de Démétie, disciple de saint Patrice[43], et il offre de l'analogie avec le nom de Caractacus, roi breton vaincu par A. Plautius et Ostodus[44], et avec celui de Galgacus, chef des Calédoniens, qui fut défait par Agricola[45].

40 Si rien dans les noms des prélats auxquels le recueil des Formules est dédié, si rien dans la situation des lieux ne s'oppose à ce que l'on adopte notre hypothèse, la chronologie ne parait pas non plus de nature à la faire repousser, bien que l'abbé le Beuf ait été empêché, par une prétendue différence des temps, de regarder le compilateur et le cellérier comme un seul personnage. Jonas ne fixe pas, en effet, la date du voyage que le dernier fit à Luxeuil pour amener des provisions à saint Colomban, et nous pouvons placer cet incident vers l'an 600, et même un peu plus tard, c'est-à-dire en 603 ou en 604. D'un autre côté, le recueil des Formules a été rédigé à l'époque où saint Chlodulfus était évêque, et saint Landericus chorévêque de Metz. Un demi-siècle environ sépare donc le voyage du cellérier et la publication de son livre ; mais ce laps de temps ne peut nous causer aucun embarras. Marculf était probablement très-jeune dans le temps où il se rendit à Luxeuil ; car on choisissait ordinairement des hommes peu avancés en Aga pour remplir les fonctions de cellérier, qui exigent beaucoup de santé et d'activité ; et le compilateur des Formules dit expressément qu'il a composé son livre à l'âge de soixante-et-dix ans, et même plus[46]. Or, si Marculf avait vingt-cinq ans en 604, il a dû, atteindre sa soixante-et-dixième année en 649, c'est-à-dire précisément vers l'époque où tous les renseignements que nous possédons fixent la publication du recueil des Formules.

5° Ce recueil lui-même nous fournit encore certaines indications de nature à prouver qu'il a été composé dans le royaume d'Austrasie. Ainsi, Grégoire de Tours, mentionnant la nomination du référendaire Charimeres comme évêque de Verdun, dit : Cum consensu civium, regalis auctoritas decrevit (ilium) fieri sacerdotem[47]. Or Marculf donne la formule de la requête que les habitants d'une ville épiscopale devaient présenter au roi pour obtenir la confirmation d'une élection épiscopale, et cette formule est précisément intitulée Consensus civium[48]. Ainsi, Marculf parle souvent de patrices[49] ; or, nous savons qu'il y en avait en Austrasie, tandis que l'on n'en vit jamais en Neustrie, et cette particularité ne permet pas d'admettre que le recueil des Formules ait été compilé dans ce dernier royaume. On a de plus la certitude qu'il était d'un usage fréquent en Austrasie. Lorsque saint Chrodegang, évêque de Metz, fonda, vers le milieu du Ville siècle, la célèbre abbaye de Gorze, il énuméra les donations qu'il lui accordait dans un diplôme, lequel est exactement copié sur une des formules de Marculf[50]. Enfin, nous avons vu dans la bibliothèque du docte et vénérable M. Michel, curé de la cathédrale de Nancy, un très-ancien manuscrit des Formules, qui se trouvait à Metz au XVIe siècle et avait bien certainement appartenu à quelque monastère austrasien[51].

Telles sont les raisons qui ont engagé l'abbé le Beuf à croire que Marculf avait momentanément résidé en Austrasie, et qui nous portent à admettre qu'il a toujours vécu dans ce royaume.

 

NOTE XV. — SUR L'EMPLACEMENT DE LA VILLA COLOBROSA.

 

Aucun des historiens de Reims n'a pu jusqu'à présent indiquer l'emplacement de la villa Colobrosa[52], où mourut saint Theodulfus, et dans l'église de laquelle on suspendit, comme une relique, la charrue du saint abbé. Toutefois, il ne nous paraît pas impossible de fixer cet emplacement d'une manière satisfaisante. Saint Theodulfus, étant abbé du monastère de Hor ou de Saint-Thierry, ne devait pas vivre dans une villa fort éloignée de son abbaye ; et, d'un autre côté, le mot Colobrosa signifiant le repaire des couleuvres, il doit s'être conservé quelque dénomination locale qui rappelle ce nom. Le territoire de la commune actuelle de Saint-Thierry, qui représente l'ancien monastère, n'offre aucune dénomination de ce genre. Mais à côté du village de Saint-Thierry on trouve la commune de Courcy, dont le territoire a été augmenté, lors de la confection du cadastre, par l'adjonction d'une autre commune : celle de la Neuvillette. Or, le vocable de cette dernière dénote évidemment la reconstruction d'une ancienne villa, détruite par quelque accident ; de plus, on rencontre sur son territoire, section C, un canton dit la couleuvre, qui occupe les n° 527 à 596 dans l'état de section, et dont le nom est la traduction de Colobrosa ; ainsi que trois cantons (renfermant les n° 597 à 975) dits les hautes-coulemelles, les coulemelles et les basses-coulemelles, désignations qui semblent indiquer que l'on voyait en ce lieu des fûts de colonnes ou des colonnes (columellœ), provenant, sans doute, de la villa gallo-romaine. Ajoutons que la présente note fait voir quel parti on peut tirer, pour l'éclaircissement de la géographie ancienne, des noms de lieu soigneusement enregistrés par les rédacteurs du cadastre.

 

NOTE XVI. — SUR LES PAGI COLERENSIS, SUENTENSIS, TURENSIS, ETC., MENTIONNÉS PAR PRÉDÉGAIRE.

 

La question qui fait l'objet de la présente note a toujours été considérée comme très-difficile ; ce n'est pas sans une certaine hésitation que nous l'abordons, et nous n'espérons la résoudre qu'en faisant subir au texte de Frédégaire quelques légères modifications. Il ne faut pas, quand il s'agit des noms de lieux que l'on trouve dans ce chroniqueur, se laisser arrêter par de puérils scrupules ; on sait qu'il a estropié une multitude de dénominations géographiques, et, pour s'en assurer, il suffit de comparer sa nomenclature à celle de Grégoire de Tours et aux renseignements fournis par les monuments anciens.

Les pagi dont nous allons entreprendre de déterminer la situation sont mentionnés trois fois dans la chronique de Frédégaire. En parlant, dans le chapitre 33, de l'entrevue projetée entre Bilichildis et Brunehaut, il dit qu'elle devait avoir lieu inter Colerensem et Suentensem ; et les différents manuscrits fournissent pour le premier nom les variantes Colcunse, Colocensi et Colerense, et pour le second les formes Soitense, Segintense, Solnitenzi et Sogintense. Dans le chapitre 37, Frédégaire rapporte que Thierry roi de Bourgogne fut obligé de céder à Théodebert II non seulement Alesaciones et Alsacios, mais encore Suggentenses, Turenses et Campanenses ou Campianenses. Enfin, on trouve rappelé dans le chapitre 87 Ænovalaüs comes Sogiontensis, Sogotinsis ou Sigiontensis ; car les manuscrits offrent ces trois variantes.

L'explication de ces différents termes a causé bien de l'embarras soit aux éditeurs de Frédégaire, soit aux historiens de plusieurs provinces. Le Père le Cointe a supposé que le mot Campanenses désignait les habitants de la partie de la Champagne qui s'étendait, sur les deux rives de la Seine, dans la direction de Troyes. Ruinart pense que par Suggentenses il faut entendre le Suntgau ou Alsace méridionale, et par Turenses le Turgau, qui est une portion peu considérable de la Maxima Sequanorum[53]. Quant au pagus Colerensis ou Colecensis, personne, à notre connaissance, n'a osé en fixer la position, et Valois avoue qu'il l'ignore d'une manière absolue[54]. Dom Bouquet, dans ses annotations sur Frédégaire, s'est rangé à l'opinion de Ruinart ; enfin, le docte Schœpflin a pris le même parti[55].

Malgré des autorités aussi imposantes, nous proposerons une autre explication des quatre mots dont il s'agit.

Campanenses nous parait, comme au Père le Cointe, désigner une partie de la Champagne ; seulement nous présumons qu'il s'agit non pas des environs de Troyes, mais des civitates de Reims, de Laon et de Châlons, que le second des continuateurs de Frédégaire appelle ducatus Campanensis[56], et que Grégoire de Tours nomme simplement Campania[57] ; tandis que si lui-même et Frédégaire emploient parfois le mot campania avec le sens de plaine ou de territoire, ils y joignent toujours un adjectif indiquant de quel lieu ils veulent parler. Il faut, à la vérité, pour admettre notre explication, reconnaître que, sans doute en vertu d'arrangements faits par Childebert Ier, quelques portions de l'Austrasie avaient été détachées de ce royaume et cédées à la Bourgogne. La chose n'a rien d'invraisemblable. Nous savons même avec certitude que la civitas de Strasbourg avait été l'objet d'un pareil démembrement, et cette circonstance rend parfaitement raison des réclamations de Théodebert II.

2° La même hypothèse, si l'on peut employer cette expression en parlant d'une chose extrêmement probable, nous servira encore à expliquer ou, pour mieux dire, à rectifier les noms qui accompagnent le mot Campanenses. En effet, le diocèse de Châlons-sur-Marne, que nous croyons avoir été détaché de l'Austrasie, était borné à l'est par le diocèse de Toul, et nous rencontrons dans ce dernier, précisément dans la portion qui confinait à la civitas de Châlons, trois pagi dont les noms se retrouvent, légèrement altérés, dans le texte de Frédégaire. Ainsi, le pagus que les divers manuscrits appellent Colerensem, Colcunse, Colerense et Colecensi (forme que nous préférons aux précédentes) doit être le pagus Solocensis, désigné sous le nom de Solocense dans le partage qui eut lieu, en 870, entre Charles-le-Chauve et Louis roi de Germanie[58]. Il est appelé comitatus ou pagus Solocinsis dans un diplôme de l'empereur Otton Ier, relatif à l'abbaye de Saint-Martin-lès-Metz[59], et comitatus Solecencis dans un diplôme accordé à l'abbaye de Remiremont en 1033[60], et il porte encore aujourd'hui le nom de Soulossois. Il avait eu pour chef-lieu le vicus de Solimariaca, lequel est représenté maintenant par le village de Soulosse. Ajoutons que la ressemblance, nous allions dire la conformité, des mots Colecense et Solecense ne permet guère de conserver de doutes sur l'attribution que nous proposons.

3° La ressemblance est plus grande encore entre le nom du pagus que Frédégaire appelle Suentensis, Segintense ou Sogintense, et la dénomination ancienne du Saintois, pays voisin du Soulossois. Ce pays est nommé Suetensis pagus dans un diplôme de Childéric II, en faveur de l'abbaye de Senones[61] ; Sugentensis pagus dans un diplôme du comte Wulfoad (709), pour l'abbaye de Saint-Mihiel[62] ; pagus Suggentinsis dans une charte d'Angelramne, évêque de Metz, datée de l'année 770[63] ; pagus Suggentensis dans un diplôme de Charlemagne (788), portant confirmation d'un échange fait entre le prélat qui vient d'être nommé et Bornon évêque de Toul[64] ; pagus Sungintensis dans une donation du comte Valcrifidus (vers 805) en faveur de l'église de Toul[65] ; comitatus Suentisiorum dans les Annales de Saint-Bertin[66] ; Suentisium dans le partage de 870 ; comitatus Seginthensis dans la vie de Berthold évêque de Toul[67], et pagus Segintensis dans le Liber miraculorum sancti Apri[68].

4° Enfin, il nous semble que le pagus Turensis, qui était nécessairement voisin des deux précédents, ne peut être que le pagus Tulensis ou Tullensis, lequel avait pour chef-lieu Tullum (Toul), la capitale même de la civitas. Comme on ne doit pas douter que le reste du diocèse n'ait continué à faire partie de l'Austrasie, nous sommes obligé d'admettre qu'il a été momentanément partagé entre les deux royaumes. Ces démembrements des civitates n'étaient pas très-rares pendant la période mérovingienne, et on verra plus loin que le diocèse de Toul lui-même fut l'objet d'une division de la même nature, sous le règne de Dagobert II.

 

NOTE XVII. — SUR LE CULTE ET LES RELIQUES DE SAINT ROMULFUS ET DE SAINTE ROMULINDIS.

 

Nous ne nous appuyons que sur un indice, peut-être trompeur, pour avancer que saint Romulfus appartenait à la famille du duc Lupus. Cet indice est l'existence dans la famille dont il s'agit du nom de Romulfus, qui fut porté par un fils de Lupus, Romulfus métropolitain de Reims.

D'après une tradition recueillie par Mabillon[69] et par Dom Calmet[70], Romulfus et Romulindis, père et mère de saint Romaricus, auraient été mis à mort par ordre de Thierry II, puis inhumés dans l'église paroissiale de Remoncourt, à deux lieues et demie de Mirecourt. Il paraît qu'ils étaient propriétaires de ce lieu[71], où on leur rendait autrefois une sorte de culte. Aujourd'hui il n'en existe plus aucune trace. M. l'abbé Deblaye, curé d'Imling, dont on connaît les importantes recherches sur les reliques, a vu dans l'église de Grandvillers, près de Bruyères, un os provenant de l'abbaye de Remiremont, et indiqué comme ayant appartenu à sainte Romulindis. Mais cette relique ne présente aucune espèce d'authenticité, et les anatomistes qui l'ont examinée se sont même trouvés d'accord pour déclarer que l'os en question est un os d'homme et non de femme. Nous avons eu récemment l'occasion de lire un parchemin constatant la consécration d'un autel dans l'église de Xermaménil (village situé entre Lunéville et Gerbéviller) par Jean d'Ivoy, évêque de Christopole et suffragant de Toul, le 17 juillet 1463 ; et ce parchemin porte que le prélat consécrateur a placé dans l'autel des reliques des bienheureux Romulfus et Romulindis[72] martyrs. Les reliques se trouvaient effectivement enfermées dans une botte en plomb, ainsi que le certificat ; et nous avons jugé à propos de rapporter ces particularités, peu intéressantes en elles-mêmes, pour démontrer que la vénération des peuples avait mis au nombre des martyrs deux personnages dont la mort n'avait eu d'autre cause que la politique. Ajoutons que les os contenus dans la boite paraissent être des fragments de crânes rompus en très-petits morceaux, et cette remarque est peut-être de nature à jeter quelque jour sur la nature de supplie infligé à Romulfus et à Romulindis.

 

NOTE XVIII. — SUR LES PALAIS DES ROIS D'AUSTRASIE.

 

On connaît aujourd'hui, par des diplômes, des légendes de monnaies ou des renseignements historiques, les noms de plus de trois cent cinquante maisons royales qui appartinrent soit aux Mérovingiens, soit aux Carlovingiens ; et il est inutile de faire observer que la plupart de ces maisons royales n'étaient pas des palais, mais simplement des métairies domaniales, où les rois se rendaient alternativement pour se livrer à l'exercice de la chasse. Telles étaient, par exemple, la villa d'Amblava (Amblef), dans la forêt des Ardennes[73], et la villa de Campus (Champ-le-Duc), dans la vallée de la Vologne, à l'entrée de la silva Vosagus.

Nous ne pouvons songer à mentionner dans la présente note toutes ces résidences, et, d'ailleurs, l'emplacement de beaucoup d'entr'elles n'est pas même connu. Nous laisserons aussi de côté, du moins en général, toutes les maisons royales dont l'existence ne nous est révélée que par des diplômes carlovingiens, bien que plusieurs fussent, sans doute, très-anciennes ; et nous prévenons le lecteur que nous suivrons dans cette nomenclature la division par provinces.

I. Le palais principal des Mérovingiens était bien certainement celui de Metz, dont nous avons déjà parlé, et dans lequel ils résidaient assez rarement, appelés qu'ils étaient sur les différents points du territoire par les guerres, si fréquentes à cette époque, et par d'autres évènements que nous avons rapportés ou qui prendront place successivement dans notre récit.

II. Vient ensuite le palais de Trèves, qui, dévasté par les Barbares, avait été soigneusement réparé, et que Dagobert Ier et d'autres rois habitèrent de temps en temps[74]. L'auteur de la vie de saint Aridius parle de ce palais, qu'il désigne par les mots aula regalis. Il était situé sur une place (platea), que saint Aridius devait traverser pour aller du palatium à la maison du métropolitain, qui était certainement voisine de l'église principale[75] ; et cette particularité démontre que la demeure royale occupait l'emplacement du palais des électeurs, qu'une place sépare encore aujourd'hui de la cathédrale, et parmi les dépendances duquel on voit une basilique de construction romaine.

III. Les Mérovingiens possédaient une habitation plus ou moins somptueuse, à peu de distance de Trèves, sur la rive gauche de la Moselle. Elle se nommait simplement Palatium ou Palatiolum (aujourd'hui Pfalz), et la seconde de ces dénominations semble indiquer que l'habitation royale avait peu d'importance. Hontheim, qui a fait des recherches si étendues et si profondes sur l'histoire de Trèves, prétend que les Mérovingiens avaient des palais à Decima (Detzem), près de cette ville ; à Epternacum (Epternach), qui n'en est pas fort éloigné, et à Prumia (Prum), sur la lisière de la forêt des Ardennes[76]. Toutefois, l'existence du palais de Decima ne repose que sur un diplôme de Dagobert Ier, publié d'abord par Nicolas Zillers[77], et dont la fausseté est reconnue depuis longtemps[78] ; la villa Prumia est mentionnée dans un diplôme de l'année 721[79] ; mais rien ne prouve qu'il y eût dans ce lieu une maison royale ; enfin, malgré l'autorité de Mabillon, il n'est pas mieux démontré qu'il y en ait jamais eu à Epternach. Quoiqu'il en soit, il est bien évident que les prétendus palais de Decima, d'Epternacum et de Prumia ne pouvaient être que des villœ appartenant au fisc, et dans lesquelles les rois auraient momentanément résidé. Nous sommes assez porté à en dire autant de Sathanacum (Stenay), et d'y voir une simple villa domaniale, que les Mérovingiens habitaient quelquefois, comme le prouve l'exemple de Dagobert II[80].

IV. Il n'en est pas de même de Gondreville (Gundulfi villa), qui est situé sur la rive droite de la Moselle, à cinq kilomètres de Toul, vers l'orient. Il est probable, comme le pense Valois[81], que ce lieu tire son nom de Gundulfus qui fut maire du palais d'Austrasie, sous le règne de Théodebert II ; mais on ne peut savoir par suite de quelles circonstances la splendide résidence de ce fonctionnaire était devenue propriété du fisc. Quoiqu'il en soit, le roi Thierry IV y demeura dans le cours de l'année 727[82] ; Louis-le-Pieux y fit construire, sous la direction de Frotharius évêque de Toul, une galerie qui conduisait du palais à l'église[83], et les premiers carlovingiens y séjournèrent fréquemment. On a cru jusqu'à présent que cet édifice occupait l'emplacement du château que les ducs de Lorraine possédaient à Gondreville, pendant le moyen-âge, et qui a lui-même complètement disparu ; mais les renseignements que nous avons pris sur les lieux nous font penser que le palatium mérovingien était plus à l'ouest, et qu'il couvrait une sorte de promontoire dont la Moselle baigne le pied. On y jouit d'une vue admirable, et la bêche des vignerons ne cesse de ramener au jour des fragments de briques, de tuiles et même de marbre, qui démontrent qu'un édifice vaste et somptueux s'est élevé autrefois sur ce promontoire.

V. Le palais de Gondreville n'était pas le seul que l'on rencontrât dans la civitas de Toul. Il y en avait un autre à Morlacas, Morlacum ou Marlacum (aujourd'hui Morlay), près de la limite occidentale de cette cité, et presque sur la frontière des Catalauni. L'abbé le Beuf, dont l'autorité est si grande en matière d'érudition, ne croyait pas que Morlacas fût Morlay, parce que, disait-il, ce dernier lieu est situé en Austrasie, et que le palais dont il s'agit de fixer l'emplacement appartenait au roi de Neustrie[84] ; et Mansi, allant plus loin que cet illustre savant, a cru qu'il fallait reconnaître dans Morlacas le lieu qu'on appelle depuis longtemps Marly, et qui est voisin de Saint-Germain-en-Laye[85]. Cependant, l'opinion de Mabillon et de Dom Michel Germain[86] n'avait pas cessé d'être partagée par bon nombre d'historiens, et, pour en établir l'autorité, il suffit de faire observer : 1° que, pendant la période mérovingienne, Marly se nommait non pas Morlacum ou Morlacas, mais bien Mairilacum, ainsi que le prouve un diplôme relatif à un échange de divers terrains situés dans ce lieu, échange intervenu, en 697, entre Waldromarus, abbé de Saint-Germain, et un particulier appelé Adalricus[87] ; et 2° que si Thierry III, roi de Neustrie, était maître, en 677, du palais de Morlacas[88], il faut l'attribuer à ce que les Neustriens, alors gouvernés par le maire Ebroïn, avaient, à la faveur des troubles dont la mort de Childéric II fut l'occasion, occupé quelques portions du territoire de l'Austrasie. Nous verrons plus loin que, vers cette époque, ils possédèrent, pendant plusieurs années, les civitates de Reims et de Châlons-sur-Marne ; et il paraît qu'ils avaient pénétré bien au-delà de Morlay, puisque, d'après un ancien manuscrit de la cathédrale de Toul, cité par le P. Benoît[89], Ermentheus évêque de cette ville profita d'un séjour que Thierry III fit dans le palais de Gondreville pour obtenir la restitution de la villa Ociaca (Ochey ?), usurpée par un laïque.

Si l'on adoptait les conjectures de quelques savants, on placerait encore dans la civitas de Toul trois autres maisons royales : celles de Silviacum, de Stirpiacum et de Brocariaca. Nous dirons un mot de chacune.

1° Mabillon et Dom Michel Germain ont mis le palais ou, pour mieux dire, la villa de Silviacum, Silviacus, Silvacus et Silvagium dans le diocèse de Laon, au lieu appelé aujourd'hui Servais, dénomination qui n'offre aucune analogie avec le mot latin[90]. Le P. Benoît a prétendu, au contraire, qu'il faut reconnaître cette maison royale dans le village de Sauvoy, situé à très-peu de distance de Void[91], et il appuie son opinion sur diverses preuves, dont aucune n'est péremptoire, mais qui, réunies, ne laissent pas d'avoir une certaine force. Ainsi, d'après le docte religieux, Sauvoy porte dans des titres anciens le nom de Silviacus, duquel sa dénomination actuelle est dérivée de la manière la plus régulière ; sur le territoire de l'ancienne paroisse de Sauvoy il existe un hameau appelé Villeroi (Villa regia), qui occupe, selon toutes les apparences, l'emplacement de la maison royale ; de Villeroi partaient d'anciens chemins, dont on voit encore des vestiges, et qui conduisaient au palais de Morlacas et à Tusey (Tusiacum), où les Carlovingiens possédèrent un palais ; la silva Vedogii, laquelle était voisine de Silviacum, peut bien être la vaste forêt qui s'étend au midi de Sauvoy, et que traverse le ruisseau nommé autrefois Vidus, et maintenant la Méholle ; enfin, le village de Sauvoy appartenait au domaine, puisque l'empereur Henri Il accorda à Berthold évêque de Toul le droit de chasse dans la forêt dont il vient d'être parlé.

2° D'autres savants ont soutenu que la villa royale de Stirpiacum est le même lieu que Crépey, village situé à cinq lieues de Nancy, entre Toul et Vézelise, au milieu d'un pays riant et fertile ; mais cette opinion ne peut se soutenir un instant. Crépey porte, en effet, dans les plus anciens diplômes le nom de Crepiacum, Crepicum et Cripiacum[92], et le diplôme de l'empereur Charles-le-Gros qui appelle Crépey Crepicum a même été daté de Stirpiacum[93] ; ce qui démontre que ces deux endroits sont bien distincts. Mabillon cite[94], à la vérité, un diplôme de Charlemagne, daté de la villa de Dripio, et comme elle était bien certainement en Austrasie, et que, d'un autre côté, on n'a pu jusqu'à présent en déterminer la position, on a pensé témérairement qu'il faut lire Cripio, au lieu de Dripio, dans le diplôme de Charlemagne, et que cette villa doit représenter Crépey. Mais le nom Dripio ou Cripio, qui est de la troisième déclinaison, n'a jamais pu être confondu avec le mot Crepicum ou Crepeium, lequel appartient à la seconde ; et, malgré les doutes de Mabillon et de Dom Germain[95], nous n'hésitons pas à identifier Stirpia,cum avec le village d'Estrepy, situé près du confluent de la Saulx et de l'Ornain, dans l'ancien diocèse de Châlons, et non loin du palais de Pontico.

3° On ne peut admettre non plus que la maison royale de Brocariaca ou Brucariacum, dans laquelle Brunehaut présenta à saint Colomban les enfants de Thierry II[96], soit Bruyère-en-Vosge, qui portait autrefois le nom de Brocariœ ou Brocaria, ou bien la villa de Campus (Champ-le-Duc), qui en est fort peu éloignée. La maison royale de Campus, à laquelle on a pu donner parfois, à raison de la proximité, le nom de Brocaria, est mentionnée, à la vérité, dans plusieurs annalistes de l'époque carlovingienne[97] ; mais les recherches de Valois et d'autres érudits ont démontré que la villa de Brucariacum ou Brocariaca est le lieu appelé maintenant Bourcheresse, entre Autun et Châlons-sur-Saône.

VI. La Belgica Prima ne renfermait donc, d'une manière incontestable, que cinq résidences royales, et nous allons voir qu'elles n'étaient guère plus nombreuses dans la portion de la Belgica Secunda qui dépendait de l'Austrasie. La plus importante de ces dernières était certainement le palais de Reims, lequel fut souvent habité par les premiers rois d'Austrasie, et qui n'était autre que l'ancien palais des empereurs[98].

VII. On doit placer ici la villa d'Attiniacum (Attigny), située sur la rive gauche de l'Aisne et dans la civitas de Reims. Mabillon et Dom Germain croyaient que cette villa n'existait pas avant la seconde moitié du VIIe siècle[99] ; mais on a publié depuis les articles organiques rédigés pour assurer l'exécution du traité conclu entre Childebert Ier et Clotaire II, et l'on y voit que le texte des deux premiers articles a été arrêté dans une assemblée tenue au palais d'Attigny, pendant le mois de mars 593[100].

A l'extrémité orientale du diocèse de Reims, on voyait, d'après quelques antiquaires, une autre maison royale : celle de Duziacum ou Duodeciacum (Douzy). Leur assertion est assez mal appuyée. Toutefois, Hincmar assure, dans sa vie de saint Remi[101], que ce domaine avait été donné à l'église de Reims par saint Clodoaldus, fils de Clodomir et petit-fils de Clovis ; d'où il semble résulter que les premiers mérovingiens en furent momentanément possesseurs.

VIII. On n'éprouve pas le même embarras au sujet de Brennacum, qui est souvent mentionné par les historiens, mais qui appartint plus longtemps aux rois de Neustrie qu'à ceux d'Austrasie. Mabillon et Dom Germain le plaçaient à Draine, sur les bords de la Vesle, à trois lieues et demie au nord de Soissons[102]. L'abbé le Beuf soutint plus tard qu'il était à Bergni, à treize lieues et demie de Paris, sept de Soissons et cinq de Meaux ; mais les recherches d'un érudit contemporain ont établi que Mabillon ne s'était pas trompé.

Il parait qu'il y avait aussi une villa royale à Erchrecum (Ecry-sur-Aisne), lieu qui faisait partie de l'Austrasie. Nous parlerons plus loin d'un évènement qui s'y accomplit sous le règne de Thierry III, roi de Neustrie, et la villa d'Erchrecum figure parmi celles que possédaient les Carlovingiens[103].

X et XI. Au sud-est, c'est-à-dire sur le territoire de Châlons, on rencontrait le palais de Pontico ou Pontigo (Ponthion), mentionné par Grégoire de Tours[104]. Ce palais, qui était sur la rive gauche de l'Ornain, se trouvait par conséquent à une très-faible distance de Stirpiacum, qu'il faut, comme nous en avons fait la remarque, reconnaître dans le village d'Estrepy, situé près du confluent de la Sada et de l'Ornain.

XII. La Germania Prima parait avoir compté un plus grand nombre de palais que la portion austrasienne de la Belgica Secunda. Nous nommerons d'abord celui de Strasbourg. Il fut reconstruit sous l'administration de Charles-Martel, par les soins d'Adalbertus duc d'Alsace[105], et il y a toute apparence que ce palais était situé dans le lieu appelé aujourd'hui Kœnigshofen, à l'ouest et à une demi-lieue de Strasbourg. Des documents de la période carlovingienne prouvent qu'il y avait un palais à Kœnigshofen[106], dont le nom est, du reste, très-significatif. Mais c'est à tort, selon nous, que Schœpflin a voulu identifier cette habitation royale avec celle que Grégoire de Tours dit avoir, été infra terminum urbis quam Strateburgum vocant[107].

XIII. D'autres passages du même historien établissent, en effet, que l'habitation dont il parle n'est pas Kœnigshofen, mais bien Marilegium, où Childebert Ier et Brunehaut résidèrent souvent, afin de s'éloigner de Frédégonde, ou pour surveiller avec plus de facilité les mouvements de la Grande Germanie[108].

XIV. A peu de distance de Marilegium, on rencontrait la villa royale appelée Kircheimum, Kirkeim et Chirich-heim. Elle fut momentanément habitée par Dagobert II, qui la donna ensuite à saint Florentins, et Nicolas Hertius dit que, de son temps, les ruines de cette villa étaient encore appelées par les habitants du pays Daberts-Saal ou maison de Dagobert[109].

XV. Brocomagus — aujourd'hui Brumath, petite ville située à quatre lieues au nord de Strasbourg — possédait également une résidence royale. Elle est mentionnée sous le nom barbare de Brocmagad palatium dans un diplôme du roi Carloman[110], et la date du diplôme (770) prouve à elle seule que le palais de Brocomagus existait déjà vers la fin de la période mérovingienne[111].

XVI. Mayence, ancienne capitale de la Germania Prima, ne pouvait manquer d'avoir un palais. Cette résidence royale est, en effet, rappelée dans un diplôme de Dagobert Ier, daté du 30 septembre 627, et portant confirmation des biens de la cathédrale de Worms et donation à cette église de quelques terres situées dans le pagus de Laudemburgum[112].

XVII. Le même diplôme établit qu'il y avait une villa royale à Laudemburgum — Laudembourg, Ladenbourg ou Lobedunbourg, près de Worms, mais au-delà du Rhin, et au nord du Nicer ou Necker —, et ce lieu est qualifié de civitas, quoiqu'il n'eût pas, sans doute, une bien grande importance.

XVIII. Worms (Warmatia ou Wormatia) possédait aussi un palais, dans lequel Brunehaut se retira pendant quelque temps, après la mort de Thierry II[113].

XIX. Le palais de Mayence n'était pas le seul que l'on trouvât dans la civitas dont cette ville était le chef-lieu. Il y en avait un à Antunnacum ou Andernach. Il est cité dans Fortunat[114] ; Clotaire II y reçut les députés de Brunehaut, lorsqu'il envahit l'Austrasie[115], et ce palais est encore mentionné dans le diplôme de Chrodegang, évêque de Metz, pour la fondation de l'abbaye de Gorze[116].

XX. Enfin, il y avait également une résidence royale à Confluentes (Coblentz). Fortunat[117] et Grégoire de Tours[118] en parlent tous deux.

XXI. La Germania Secunda se composait des deux civitates de Colonia Agrippina et de Tungri[119], et chacune renfermait plusieurs palais. Celui de Cologne remontait à la période gallo-romaine[120] ; les rois des Ripuaires l'habitèrent pendant une partie du Ve siècle et les premières années du VIe, et c'est encore lui qui parait être nommé dans le Gesta regum Francorum[121].

XXII et XXIII. Celui de Tolbiac (Tolbiacum castrum publicum) est rappelé dans un diplôme de Charles Martel[122], dont l'authenticité n'a pas été révoquée en doute ; et l'existence de la résidence royale de Dura ou Duria — anciennement Marcodurum, et maintenant Duren — est établie par un passage du quatrième continuateur de Frédégaire[123], où on lit que, en 761, Pépin-le-Bref tint dans ce lieu une assemblée générale.

XXIV. Nous plaçons à la suite des palais situés dans la civitas de Colonia le palatium de Sentiacum (Sintzich), qui était sur l'extrême frontière de la Germania Secunda, et peut-être même dans la Germania Prima. Il est cité pour la première fois dans les chroniques carlovingiennes[124] ; mais il existait antérieurement, et l'on conjecture même qu'il avait été bâti par C. Sentius Saturninus, qui, sous le règne d'Auguste, fut consul et gouverneur de la Germanie[125].

XXV. La civitas de Tungri ne renfermait aucun palais vraiment important ; mais on y trouvait plusieurs villœ regales mentionnées par les historiens ou dans les diplômes. Telle était la villa de Longolarium ou Longolare, que Clotaire II habitait lorsque son fils Dagobert Ier lui fit demander des secours contre les Saxons, qui l'avaient vaincu[126].

XXVI et XXVII. Telles étaient encore les villœ de Dispargum (Duysborch, près de Louvain), nommée par Grégoire de Tours[127], et de Jopila ou Jupila (près de Liège), qualifiée villa publica dans un diplôme de Dagobert III[128].

Telles étaient peut-être aussi la villa d'Heristallium, où la famille qui devait remplacer les Mérovingiens possédait cependant un vaste domaine, et la villa de Choa (Huy), dont le nom est écrit diversement. Il y avait dans ce lieu un atelier monétaire pendant la période mérovingienne, et un triens qui en est sorti porte, au revers, les lettres ΡΑΓΙΤΗ, où l'on croit reconnaître les débris de la légende EX OFFICINA PALATINA[129].

Il est, sans doute, inutile d'ajouter que ces palais et ces villœ regales ont entièrement péri, à l'exception du palais de Metz, dont on garde soigneusement quelques débris, et de la basilique de Trèves, qui est encore presque intacte. Mais un savant, qui a visité l'emplacement de plusieurs ville mérovingiennes, dit qu'il a observé presque partout un vaste quadrilatère, tracé par un fossé large et profond[130] ; et les constructions devaient couvrir une partie du terrain compris dans cette enceinte.

 

NOTE XIX. — SUR QUELQUES GYNÉCÉES MÉROVINGIENS.

 

Les expressions que Grégoire de 'tours emploie en parlant du-gynécée de Marilegium ou Marlenheim[131] sont de nature à faire penser qu'il existait dans la Gaule, à la fin du VIe siècle, une certaine quantité d'établissements du même genre. Toutefois, celui de Marilegium est le seul qui soit mentionné dans les documents historiques de la période mérovingienne, et leur silence nous a inspiré l'idée de rechercher si l'on ne pourrait pas découvrir par quelqu'autre moyen le nombre et la situation des établissements dont il s'agit.

La Notice de l'Empire désigne nominativement trois gynécées existant clans les provinces qui formèrent plus tard l'Austrasie, ceux de Reims, de Trèves et de Metz, et il est probable qu'ils continuèrent à subsister pendant les Ve, Ve et VIIe siècles ; mais l'on n'en trouve aucune trace dans l'histoire, et il nous a semblé que les noms de quelques lieux pouvaient seuls nous fournir les lumières qui nous manquent.

Le moine de Saint-Gall qui a écrit l'histoire du règne de Charlemagne parle de deux bâtards (nothi), que ce prince distingua et honora à cause de leur fidélité, bien qu'ils dussent le jour à des femmes esclaves enfermées dans le genitium (sic) Columbrense[132]. Schœpflin estime que ce mot, évidemment altéré, désigne Colmar, qui, dans divers diplômes, porte des noms à peu près pareils[133], et dérivant tous soit de Columbarium, soit de Columbaria ; et ce dernier mot servit, en effet et pendant longtemps, à désigner le chef-lieu du département du Haut-Rhin[134].

Si cette ville a quitté son ancien nom d'Argentovaria pour prendre celui de Columbaria ou Columbarium, un tel changement a dd avoir un motif quelconque, et il ne serait peut-être pas téméraire de chercher l'origine de ce changement dans la création d'un gynécée, dont l'importance effaça aisément celle d'une bourgade, presque ruinée, et qui était même tombée au rang de simple villa[135].

On n'a pas encore dit, à la vérité, que les gynécées aient porté le nom de Columbarium ; mais l'observation, bien que nouvelle, n'est pas nécessairement absurde, et, pour comprendre qu'ils ont pu être appelés ainsi, il suffit de se rappeler quelle était leur organisation.

Un gynécée était, comme nous l'avons vu, un vaste établissement, appartenant au fisc, et dans lequel des femmes esclaves étaient occupées, sous les ordres d'un intendant, à fabriquer diverses étoffes, du savon, des peignes, etc. Mais il est arrivé trop souvent que les intendants des gynécées, et parfois les rois eux-mêmes, frappés de la beauté de quelques-unes des femmes enfermées dans ces établissements, abusèrent de leur pouvoir et entretinrent avec elles des relations coupables. Nous avons cité tout-à-l'heure le passage dans lequel le moine de Saint-Gall parle de deux bâtards nés dans le gynécée de Columbaria, et les désordres auxquels nous venons de faire allusion furent si fréquents, que le mot gynœceum finit par devenir synonyme de lupanar. Le dominicain Jean de Gênes, qui écrivait dans le XIIIe siècle, donne la définition suivante : Genœceum, lupanar, vel textrinum : quia ibi conventus feminarum ad meretricandum, vel opus lanificii exercendi causa conveniunt[136]. On lit dans la Loi des Alamanni : Si cum puella de genecio priore concubuerit aliquis, contra voluntatem ejus, cum sex solidis componat[137] ; et dans la Loi des Lombards : Statuimus, ut si femina quœ vestem habet mutatam, mœcha deprehensa fuerit, non tradatur gynœceo, sicut usquemodo ne forte quœ prius in uno, postmodum cum pluribus locum habeat mœchandi, etc.[138]

Si, comme on n'en peut douter, les gynécées étaient devenus, dès la période mérovingienne, le théâtre de bien des désordres, on ne doit pas être surpris de leur voir donner le nom ou le surnom de Columbarium ou Columbaria. On sait que la colombe était l'oiseau favori ou, pour mieux dire, le symbole de Vénus ; et il n'est pas étonnant que les femmes de mauvaise vie aient reçu, par plaisanterie ou par mépris, la qualification de columba, que l'on trouve déjà dans une comédie de Plaute avec un sens presqu'analogue. Ce n'est donc pas une témérité de penser que le mot Columbaria, si commun dans les documents qui concernent la géographie de la France au moyen-âge, désignait un gynécée.

Nous n'essayerons pas de rechercher les traces que les établissements de ce genre ont pu laisser dans tous les lieux qui se nommaient ou qui s'appellent encore Colombe, Colombes, Colombette, Colombey, Colombie, Colombier, Colombière, Colomby, et Coulommiers. Cependant nous ne pouvons résister à la tentation de consigner ici quelques-unes de nos conjectures, après avoir fait observer que les gynécées étaient ordinairement assez voisins des maisons royales, dont ils formaient pour ainsi dire une dépendance, comme le prouve l'exemple des gynécées établis à Trèves, à Reims, à Metz et à Marilegium, à côté des palais que les rois habitaient le plus souvent.

Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit du gynécée de Colmar ; mais nous rappellerons que, si les Mérovingiens n'avaient pas de palais dans ce lieu, ils en possédaient deux qui n'étaient pas fort éloignés : le palatium Scladistadense (Schélestadt), dont l'existence doit remonter au moins au VIIe siècle, et le palatium Isemburgense[139].

Coulommiers, désigné dans des documents fort anciens sous les noms de Columbari, Columbarii, Columbarium et Columberium[140], dut probablement aussi sa naissance à un établissement de même nature, dépendant de quelques maisons royales placées à peu de distance.

Enfin, nous n'hésitons pas en attribuant la même origine au bourg de Colombey-aux-belles-femmes, situé dans la partie occidentale de la civitas de Toul. Ce lieu est appelé Columbarium dans un diplôme de l'année 836[141], et dans un autre diplôme émanant de Charles-le-Chauve et donné en 870[142]. Nous ne nous prévaudrons pas toutefois de son surnom (aux-belles-femmes), que rien malheureusement ne justifie plus aujourd'hui, mais qui remonte probablement à une haute antiquité, et où on peut entrevoir un souvenir des puellœ palatinœ, autrefois enfermées dans cette maison. Colombey était, d'ailleurs, voisin d'un ancien palais mérovingien (Gondreville, Gundulfi villa), et, selon quelques antiquaires, plus voisin encore d'un autre palais, celui de Stirpiacum ; mais nous avons prouvé, dans la note XVIII, que ce dernier lieu ne peut être identifié avec le village de Crépey, comme ces antiquaires l'avaient prétendu.

 

NOTE XX. — SUR QUELQUES CENTAINES AUSTRASIENNES.

 

Nous avons dit dans le texte de notre livre que l'on retrouve jusqu'au XIVe siècle des traces de plusieurs centaines austrasiennes ; mais, à cette époque, la centaine n'avait plus rien de commun que le nom et l'origine avec les anciennes divisions administratives : dans les titres et les chroniques du moyen-âge, le mot centena désigne une redevance féodale ; elle était payée au centenier, et le droit, plus vivace que l'institution dont il découlait, lui a longtemps survécu. Nous avons néanmoins jugé à propos de réunir ici les mentions de cette nature que nous avons pu découvrir ; car toutes ou presque toutes conservent le souvenir de subdivisions qui remontent à la période mérovingienne.

Dadon évêque de Verdun, qui écrivit, vers la fin du IXe siècle, la vie de ses prédécesseurs Hatton et Bérard[143], cite la centaine de Bras[144] : In basilica sancti Petri et sancti Vitoni posuit (Berhardus) canonicos veto et dedit illis.... decimam arietum, qui ad nostrum opus de Brasensi centena, congruis temporibus, accipiuntur[145]. La même centaine est rappelée dans la confirmation des biens de l'abbaye de Saint-Vanne par l'empereur Otton Ier[146].

Le moine anonyme qui composa, dans le Xie siècle, une continuation de l'Historia episcoporum Virdunensium de Bertaire emploie deux fois le mot centena. 1° Dans la vie de l'évêque Heimon, et à l'occasion du comte Frédéric, il dit : Comes Fredericus, cum esset adhuc in laïcali habitu, prœbendœ Fratrum Sanctœ Mariœ omnes centenas eorum potestatum qui bus multum inquietabantur, ob remedium anima sua, Hierosolymam pergens, reddidit. 2° On lit dans l'article concernant l'évêque Richard, qui siégea de 1040 à 1046 : Fuit suis diebus magna dissensio inter Henricum regem et ducem Godefridum, qui cum rege pacem aliter habere non potuit donec centenam de Wandelinicurte[147], et alia jura quœ, tunc temporis, in hac civitate tenebat, eidem episcopo et ecclesia reddidit[148].

Le mot centena est répété plusieurs fois dans une bulle que le pape saint Léon IX accorda, en 1049, à l'église de Verdun[149], et dans une lettre d'Hérimann évêque de Metz, relative à la translation des reliques de saint Clément[150]. On le rencontre aussi dans l'Historia episcoporum Virdunensium par Laurent de Liège, qui, parlant du duc Godefroy, lequel vivait vers le milieu du XIe siècle, s'exprime ainsi : Dux, iram Dei metuens, pacem cum episcopo (Theoderico) fecit, centenas potestatum Ecclesiœ et prœdia quœ, invaserat reddidit[151].

La centaine du bourg Saint-Arnoul est mentionnée dans une charte donnée à l'abbaye du même nom par Etienne de Bar, évêque de Metz[152]. La centaine de Pont-à-Mousson, ou plutôt de Mousson, est rappelée dans d'autres titres[153] ; la sentainne de Pagny-sous-Prény est indiquée dans une pièce datée de 1329[154], et celle de Norroy dans un titre de 1360[155]. Enfin, il existait dans les villages de Bouvron et de Thuilley des fiefs appelés la Centaine[156].

 

NOTE XXI. — SUR LES NOMS DES GALLO-ROMAINS ET DES BARBARES.

 

La confusion des noms gallo-romains et des noms d'origine germanique, dont nous devons nous occuper dans la présente note, remonte au moins au Vo siècle. En effet, Arbogast Qui gouvernait la civitas de Trèves en qualité de comte, vers l'année 475, était fils d'un Franc qui portait le nom romain d'Arigius[157], et qui était lui-même fils du fameux Arbogast, lequel joua un rôle si important sous les règnes de Théodose Ier et de Valentinien II. Une des plus célèbres contemporaines du comte de Trèves, sainte Genovefa (Geneviève), avait un nom d'origine barbare, et cependant tout le monde sait, et M. Amédée Thierry lui-même en convient[158], qu'elle devait le jour à deux gallo-romains, appelés Severus et Gérontia[159]. Saint Gaugericus (Géry), natif d'Ivodium, et qui devint évêque d'Arras et de Cambray, avait pour père et mère Gaudentius et Austridiola[160]. Nous avons déjà mentionné, dans le texte de notre ouvrage, trois gallo-romains, qui vécurent au VIe siècle et qui portèrent des noms barbares : Gundulfus, lequel remplit successivement les fonctions de domesticus, de dux et de major domus, quoiqu'il fût genere senatorio et même parent de Grégoire de Tours[161] ; 2° Richomeris, patrice de Bourgogne sous le règne de Thierry II[162], et 3° Bodegisilus, fils de Mummolenus, qui fut envoyé en ambassade à Constantinople[163].

On en peut dire autant 1° de saint Agericus (Airy), évêque de Verdun, qui, au rapport de l'historien des Francs, était quidam e civibus hujus urbis[164] ; 2° d'un citoyen de Tours (civis Turonicus) appelé Wistrimundus[165] ; 3° d'un autre citoyen de la même ville nommé Gundulfus[166] ; 4° de Blidericus, civis Carnoteni territorii[167] ; 5° de Dado, pagensis de la civitas de Bourges[168] ; 6° de sainte Monegundis, laquelle était, pour employer les propres paroles de l'historien, indigena Carnotenœ urbis[169] ; 7° de Baudolenus, quidam ex parrochianis Dunensis pagi[170] ; 8° d'une femme appelée Baudo-Feifa, qui habitait la villa Sene-Corbiacum[171] ; 9° d'Abbo père de saint Eligius ou Eloy ; 10° d'un indigena urbis Turonicœ nommé Lithomeris[172] ; 11° de Sadregisilus, qui gouvernait, en qualité de duc, quelques civitates de l'Aquitaine[173] ; 12° d'un senator arvernus nommé Dodo[174] ;13° de Sunniulfus, lequel était citoyen de la même civitas et devint abbé du monasterium Randanense[175] ; 14° d'un defensor appelé Gerefredus, qui signa le testament de Widradus, abbé de Flavigny[176] ; et 15° de Leudastes comte de Tours, dont le père était gaulois et de race servile[177].

Nous conjecturons aussi, et non sans de bonnes raisons, que Ansemundus et Ansleubana, son épouse, qui dotèrent un monastère dans la ville de Vienne[178], et saint Bercarius ou Bercaire, fondateur de l'abbaye d'Altum-villare (Hautvillers), étaient tous trois d'origine gallo-romaine.

On ne peut pas davantage refuser de ranger dans la population gauloise quantité d'individus qui jouissaient d'une grande réputation de science ou de sainteté, et qui, malgré leurs noms germains, n'étaient bien certainement ni des saliens, ni des ripuaires. Nous citerons seulement 1° les célèbres solitaires rémois Theodericus et Bertaldus ; 2° Theodemirus, clerc d'Orléans, qualifié vir bonœ gravitatis et inter suos magnas reverentice par le biographe de saint Maximinus, abbé de Micy[179] ; 3° un prêtre de Chartres, appelé Chirmirus, qui passait pour être un savant[180] ; 4° Ansebaldus, lequel, d'après le biographe de saint Maur, était chancelier sous le règne de Théodebert Ier[181] ; 5° Bodillo, notarius de Grégoire de Tours[182] ; 6° enfin, le chroniqueur Frédégaire lui-même.

Il faut avoir parcouru les vies originales des saints qui ont vécu pendant le Ve siècle et le Via pour savoir combien d'évêques, de prêtres et de solitaires portaient à cette époque des noms d'origine germanique ; et comme il est évident que presque tous ces personnages étaient gallo-romains de naissance, la conclusion se tire d'elle-même.

Nous en dirons autant au sujet des esclaves ou des coloni rappelés dans les testaments et dans d'autres actes rédigés au VIe siècle, ainsi que des mendiants dont parlent les hagiographes ; car on ne peut supposer que tant d'individus réduits à une position si malheureuse aient tous appartenu à la tribu des Saliens ou à celle des Ripuaires. Une inscription funéraire, découverte à Briord et datée du consulat de Boëce, mentionne six affranchis, dont quatre avaient des noms barbares. Une autre inscription funéraire, retrouvée dans le même lieu, mais datée du consulat d'Avienus Verus, relate l'affranchissement par une matrone appelée Arenberga d'un esclave nommé Manno. Marileifus, premier-médecin du roi Chilpéric, était de race servile[183]. Il est question dans un ouvrage de Grégoire de Tours[184] d'un esclave appartenant à un citoyen de la ville d'Angers, et portant toutefois un nom germain (celui de Leomeres). L'historien lui-même possédait deux esclaves appelés Dagobaldus et Laudovaldus[185]. Il en mentionne d'autres qui se nommaient Leudovaldus, Leudard us et Baudegisilus[186], et Fortunat parle d'un esclave du fisc (famulus fiscalis) qui s'appelait Gildomeris[187]. Saint Remi, métropolitain de Reims, avait un grand nombre d'esclaves ou de servi, dont il disposa par son testament, et on est surpris, en le parcourant, de voir que beaucoup d'entr'eux portaient des noms barbares : Dagaudus, Baudeleifus, Albovichus, Dagalaïphus, Baudovicus, Uddulfus, Dagaredus, Monulfus, Mellovicus, Vindragasius, Viteredus, Aregildus, Marcovicus, Alaricus, Manacharius, Britobaudes, Gibericus, Leuberedus, Marcolcifus, Leudocharius et Friaredus ; et parmi les femmes : Teudoresena, Teudovinia, Edoveifa, Sunnoveifa[188], Dagaresena, Haudoresena, Flavaresena, Saparagildis, Modoresena et Leudovera[189]. Un diplôme du roi Clovis III, portant ratification d'un échange fait, quelque temps auparavant, par Childéric II et saint Remacle, nous présente aussi les noms de quelques coloni, et tous portent des noms barbares : deux Radefridus, Bertrannus, Gisflobertus, Aganulfus, Sigofridus, Rigobertus, Athelinus, Albodus et Vinegarius[190]. On en peut dire autant de plusieurs vignerons de condition servile et de leurs femmes qui sont rappelés dans le diplôme donné par saint Chrodegang, évêque de Metz, pour la fondation de l'abbaye de Gorze Harduinus, Erlofridus, Ernulfus, Wandelbertus, deux Adelfridus, Anglifridus, et les femmes Ragalindis, Amelbergana, Rigobertana, Gaucia, Eminana et Wandelbergana[191]. Quantité d'autres noms d'origine germanique nous sont offerts également par des esclaves ou des coloni mentionnés dans un diplôme de Sigisbert IV pour la fondation de l'abbaye de Congidunum ou Cugnon[192] ; dans le testament de la princesse Irmina, fille de Dagobert II[193], et dans tin diplôme relatif à un échange fait entre le comte Wulfoad et Sigibaldus évêque de Metz[194]. Voici les noms dont il s'agit : Arnulfus, Prebardus, Bobo, Cumboaldus, Achildis, Theodfridus, Alfridus, Clodoaris, Raocaris, Vazelindis, Bacelindis, Grauceleba, Gundulfus, Alithfredus, Leubigisus, Adoinus, Gerelindis, Autaldus, Haërvinus, Bertridus et Madalhundus. Le testament de la matrone Erminethrudis cite[195] aussi une foule de colons et de lides, dont les noms sont germains pour la plupart ; nous rappellerons seulement Sumthulfus, Ilicchicio, Sinderedus, Angilo, Leudefredus, Wandilo, Theodacharius, Agio, Daigisilus, Chrodulfus, Munegisilus, Baso, et les femmes Medibergana, Gundileubana, Chioberga, Chaideruna et Thrasteberga[196].

Si les noms barbares sont communs chez les esclaves et les coloni, on peut dire qu'ils ne le sont guère moins chez les pauvres et les mendiants. La plupart des misérables en faveur desquels saint Martin, saint Julien et les saints du Ve siècle et du VIe opérèrent quelque miracle ont des noms d'origine germanique[197].

Les mentions qui précèdent sont, à notre avis, plus que suffisantes pour établir que beaucoup de gallo-romains portaient des noms germains ; nous allons voir maintenant que certains individus appartenant à la tribu des Saliens ou à celle des Ripuaires avaient, au contraire, des noms d'origine romaine et même sémitique. Chilpéric et Frédégonde donnèrent à un de leurs fils le nom de Samson[198] ; Thierry II, roi de Bourgogne, avait un fils appelé Corbus[199], et saint Licinius, évêque d'Angers, était de la famille des Mérovingiens et cousin du roi Clotaire II[200]. Le père du comte Arbogast s'appelait Arigius. Le leude Arnulfus, qui épousa Scariberge nièce de Clovis Ier, avait pour père et mère Rogatianus et Euphrasia, lesquels avaient adopté ces noms après avoir été baptisés par saint Remi et n'étaient probablement pas des gallo-romains[201]. Sainte Salaberge fut mariée à un jeune seigneur Franc, dont le véritable nom était Baso, mais que l'on appelait ordinairement Blandinus[202]. Enfin, saint Goar — dont le nom était usité chez les Alains — devait le jour à Georges et à Valérie, qui pouvaient bien être des alains, auxquels on avait imposé de nouveaux noms au moment de leur baptême[203].

Le mélange des dénominations gallo-romaines et barbares dans la même famille est plus significative encore, et les exemples en sont tellement nombreux qu'il nous sera impossible de les citer tous. Le gallo-romain Florus, fondateur de l'abbaye de Glanfeuil, avait un fils nommé Bertulfus[204]. Un gallo-romain, Caletricus, mentionné par un hagiographe, avait une sœur germaine appelée Mallegundis[205]. Un des oncles de Grégoire de Tours se nommait Gundulfus[206]. Il est question dans le testament de saint Remi[207] du vigneron Enias (nom romain) et de son fils Monulfus (nom barbare), du colon Vernunanus (nom romain) et de son fils Vindragasius (nom barbare), du servus Merumuastes (nom r.) et de son fils Marcovicus (nom b.), du servus Amantius (nom r.) et de sa fille Dasovinda (nom b.). Florianus (nom r.), un des premiers abbés de Glanfeuil[208], était fils de Haderardus (nom b.). Le gallo-romain Lupus, duc de la Campania, donna[209] à l'un de ses fils un nom biblique (Johannes) et à l'autre un nom barbare (Romulfus). De plus, il avait un frère[210] qui s'appelait Magnulfus (nom b.). Le duc Bobo (nom b.), que Chilpéric chargea de conduire sa fille en Espagne, et Bodegisilus (nom b.), qui fut envoyé comme ambassadeur à Constantinople, étaient tous deux fils du gallo-romain Mummolenus, un des principaux habitants de la ville de Soissons[211]. Severus, beau-père de Gontran-Boson, avait deux fils[212] nommés Bursolenus et Dodo (noms b.). Le prêtre arverne Eufrasius, fils du sénateur Ennodius[213], était parent du côté paternel (cognatus) d'un individu appelé Beregesilus (nom b.). Baudegisilus (nom b.), évêque du Mans, était frère[214] de Nectarius (nom r.). Le leude Sicharius (nom b.) était fils[215] de Johannes (nom biblique). Grégoire de Tours parle[216] d'une religieuse appelée Constantina, laquelle avait pour père Burgolinus (nom b.), et d'un gallo-romain, nommé Eustochius[217], qui était parent (cognatus) d'un personnage appelé Baudulfus (nom b.). Il mentionne aussi[218] deux frères, originaires de la cité de Limoges, et dont l'un portait un nom romain (Aredius), tandis que l'autre avait un nom barbare (Renosindus). Saint Goéricus (nom b.), évêque de Metz, était[219] frère germain de Gedenus (nom r.). Le Gesta Trevirorum parle[220] de deux frères qui avaient embrassé la vie érémitique aux environs de Trèves ; l'un s'appelait Banto (nom b.) et l'autre Beatus (nom r.). Nous possédons un diplôme de Dagobert Ier[221] confirmant un partage fait entre deux frères germains, dont l'un se nommait Ursinus (nom r.) et l'autre Beppolenus (nom b.) Ils étaient fils d'un personnage appelé Chrodelenus (nom b.), et ils avaient eu un autre frère nommé Chaimedes (nom b.). Il est question dans un fragment du testament de Dagobert Ier[222] d'une femme nommée Ursa, dont le père s'appelait Aldericus (nom b.). La matrone Erminithrudis (nom b.), qu'Irmina fille de Dagobert II qualifie de dulcissima consobrina mea, dans un diplôme en faveur de l'abbaye d'Epternacum[223], était fille du leude Pantinus (nom r.). Dans le testament d'une femme appelée Erminethrudis, que Martène et Bréquigny croient être la même que la précédente, on retrouve un semblable mélange de noms romains et barbares[224] : le gallo-romain Patricius a pour filles Fedana, Ausegundis, Agnechildis et Bacciona ; l'ancilla Iveria (nom r.) a pour fils Leudinus (nom b.) ; Coccio (nom r.) a un fils appelé Daigisilus (nom b.), et le fils de Vigilius porte le nom de Gibulfus. Deux seigneurs austrasiens, Luitfridus et Eberhardus ou Ebrohardus (noms b.), dont le premier était duc d'Alsace et le second domesticus, avaient une sœur appelée Eugenia[225]. Abbo (nom b.), un des bienfaiteurs du monastère de Novalèse[226], était fils de Félix et de Rustica (noms r.). Presque tous les individus mentionnés dans la charte de fondation du monastère de Castellio (ou Saint-Mihiel) portent des noms barbares, quoiqu'ils fussent gallo-romains pour la plupart ; et le comte Wulfoad parle, dans cette pièce, de quatre de ses parents, dont deux avaient des noms romains et les autres des noms barbares[227].

Les vies des saints, auxquelles nous avons déjà fait plusieurs emprunts, nous fournissent autant d'arguments que les diplômes. Saint Loup ou Lupus, métropolitain de Sens, était fils du leude Beppo (nom b.) et d'Austregildis (nom b.) ; cette matrone avait pour frères saint Austrenus et saint Aunacharius, évêques d'Orléans et d'Auxerre, qui, malgré leurs noms barbares, devaient être des gallo-romains[228]. Saint Præjectus, évêque de Clermont, lequel avait la même origine[229], était parent d'un homme appelé Gudo (nom b.). Saint Drausius (nom r.), évêque de Soissons, était fils[230] de Leudomarus et de Rachildis (noms b.). Waldelenus, qui gouvernait, avec le titre de duc, une partie de la Maxima Sequanorum, ayant obtenu de Dieu, par les prières de saint Colomban, la naissance de deux fils, imposa[231] au premier un nom romain (Donatus), et au second un nom barbare (Ramelenus). Saint Rigobertus (nom b.), métropolitain de Reims, était fils d'un gallo-romain, appelé Constantinus[232]. Saint Modoaldus (nom b.), métropolitain de Trèves, avait[233] une sœur nommée Severa. Dodo (nom b.) frère d'Alpaïde, mère de Charles Martel, avait des parents appelés Gallus (nom r.) et Rioldus (nom b.). Saint Landebertus (nom b.), évêque de Trajectum-ad-Mosam[234], était fils du gallo-romain Aper et avait des neveux qui se nommaient Petrus et Audolecus (noms r.). Eusebia, abbesse de Hamaticum, était fille[235] d'Adalbaldus et de Ricthrudis (noms b.). Saint Elafius (nom grec), évêque de Châlons-sur-Marne, eut pour successeur[236] son frère Leudomarus (nom b.). Un des biographes de saint Wandrille mentionne un leude appelé Waningus (nom b.), dont le fils portait le nom romain de Desideratus[237]. Saint Adelphius (nom grec), troisième abbé d'Habendum ou de Remiremont, était le neveu[238] de saint Romaricus (nom b.), fondateur de ce monastère. Saint Corbinianus, un des apôtres de la Grande Germanie, était fils du Franc Waldekisus et d'une gallo-romaine appelée Corbiniana. Cette femme lui fit donner, au baptême, le nom de Waldekisus, qu'elle changea ensuite pour celui de Corbinianus, qui désignait sa propre famille ; mais elle avait un autre fils qui conserva, toute sa vie, le nom barbare d'Erimbertus[239]. Remigius ou Remedius (nom r.) évêque de Strasbourg était parent de Heddo (nom b.), son prédécesseur. Celui-ci était[240] neveu de sainte Odile ou Othilia (nom b.), petit-fils du duc d'Alsace Athicus (nom b.) et frère du comte Bodolus (nom b.). Il est parlé dans la vie de sainte Austreberta d'un Franc appelé Amalbertus (nom b.), qui avait imposé à sa fille le nom romain d'Aurea[241]. Ajoutons que Boso ou Blandinus et sainte Salaberge eurent cinq enfants[242] : trois filles, qui reçurent des noms barbares, et deux fils, dont l'un fut appelé Eustasius (nom grec) et l'autre Baldoënus ou Balduinus (nom b.).

Ce mélange de noms appartenant aux deux langues se remarque même dans les familles les plus puissantes. Erchinoaldus maire du palais de Neustrie, sous le règne de Clovis II, donna à son fils le nom de Leudesius, qui parait d'origine gallo-romaine[243]. Saint Chlodulfus (nom b.), fils de saint Arnulfus, avait eu, avant d'entrer dans les ordres, un fils qui fut appelé Martinus (nom r.). Pépin d'Héristal, cousin-germain de Martinus, était parent d'Armonius (nom r.) évêque de Verdun, et celui-ci eut pour successeur son propre neveu Agrebertus (nom b.). Charles Martel, fils de Pépin d'Héristal, laissa quatre enfants naturels, et deux d'entr'eux reçurent des noms romains : Hieronymus, père de Fulradus abbé de Saint-Quentin, et Remigius, qui fut métropolitain de Rouen[244].

Il est tellement vrai que la forme des noms ne pouvait révéler l'origine de ceux qui les portaient, que les historiens et les agio-graphes prennent parfois le soin de nous faire connaître la nationalité des individus dont ils parlent. Grégoire de Tours, en rapportant que Childebert Ier envoya à Constantinople une ambassade dans laquelle figurait le spatharius Grippo, s'empresse d'ajouter que ce dignitaire était genere Francus[245]. Un des biographes de saint Ebrulfus (saint Evroult) a soin de remarquer que ce personnage était genere Francorum exortus[246]. Le moine contemporain qui nous a laissé la vie de saint Arnulfus, évêque de Metz, dit qu'il était prosapia genitus Francorum[247]. Le biographe de sainte Salaberge, parlant de Gundoinus père de cette abbesse, fait observer qu'il était Francorum ortus[248]. Enfin, l'auteur de la vie de saint Trudo a inséré dans son récit une remarque semblable[249].

La confusion dont nous venons d'établir l'existence sur des preuves que personne ne sera tenté de renverser, n'a rien cependant qui doive nous surprendre. Elle est même assez naturelle. D'un côté, beaucoup de barbares, éblouis par la splendeur de la civilisation romaine, avaient adopté avec empressement les mœurs et le costume de la grande nation sur le territoire de laquelle ils s'établissaient. Quelques-uns cultivaient même la littérature latine, et il n'est pas étonnant que plusieurs d'entr'eux aient pris ou donné à leurs enfants des noms d'origine romaine. D'un autre côté, la présence de noms barbares chez les Gallo-Romains tenait à deux causes bien distinctes, mais également puissantes :1° l'existence sur le sol de la Gaule d'une multitude de tribus germaniques, dont l'établissement remontait à trois, à quatre et même à cinq siècles[250], et d'un grand nombre de colonies létiques, composées de Francs, de Sarmates, etc. ; 20 l'amour de la nouveauté, qui porta une foule de gallo-romains proprement dits à choisir pour leurs fils et leurs filles des noms appartenant aux langues germaniques, et dont beaucoup (il faut le reconnaître) ne manquaient ni d'élégance, ni d'harmonie. On agit de même aujourd'hui, et combien ne voit-on pas de Français qui, ne trouvant pas assez de choix parmi les saints du calendrier, donnent à leurs enfants des prénoms russes, allemands, suédois, espagnols, portugais et même arabes, quoique ces nations ne soient pas établies au milieu de nous ! Combien d'enfants s'appellent Olga, Frédéric, Adolphe, Gustave, Fernand, Alphonse, Elvire, Inez, Léocadie et même Zoraïde !

A partir du milieu du VIIe siècle, on ne trouve plus guère de noms gallo-romains chez les seigneurs, ni même chez les serfs et les coloni. L'usage de prendre des noms barbares prévalait peu à peu ; mais les évêques, les prêtres, les moines, les leudes, les citadins et les cultivateurs, bien qu'affublés de dénominations germaniques, n'en étaient pas moins pour la plupart des gallo-romains ; et même ils ne pouvaient l'ignorer, car trop peu de temps s'était écoulé depuis l'établissement des Saliens et des Ripuaires pour que les généalogies fussent complètement embrouillées.

Nous ne terminerons pas cette longue note sans dire un mot de deux usages, dont la connaissance peut être indispensable à la solution de quelques petits problèmes historiques.

Le premier de ces usages était celui de porter parfois deux noms : ordinairement un nom romain et un nom barbare ; et l'ignorance où divers écrivains se sont trouvés à cet égard leur a fait prendre un seul et même personnage pour deux individus bien différents. Les preuves établissant l'existence de cette coutume abondent dans les écrivains et les diplômes du VIe siècle et du VIIe ; mais nous citerons seulement les exemples suivants : Grégoire de Tours mentionne un duc qui portait les noms de Dracolenus et d'Industrius[251], et quatre autres individus qui s'appelaient Avus et Vedastus[252], Ægila et Calumniosus[253], Wistrimundus et Tatto[254], Gyso et Cardegisilus[255]. Saint Goëricus ou Godericus, évêque de Metz, se nommait aussi Abbo[256] ; saint Paul, évêque de Verdun, Godo[257] ; saint Audoënus, métropolitain de Rouen, Dado[258] ; saint Leudinus, évêque de Toul, Bodo[259] ; Austrasius, autre évêque de Toul, Theutfridus[260] ; Adalgyselus, diacre de l'église de Verdun, Grimo[261] ; Hadericus, prêtre de la même église, Bestilo[262] ; Fidentius, un des bienfaiteurs de l'abbaye de Gorze, Herneraudus[263] ; sainte Gegoberga, seconde abbesse de Remiremont, CœciIia, et sainte Gerthrudis, troisième abbesse du même monastère, Tetta ou Tecta[264]. Nous avons déjà parlé du leude Blandinus, mari de sainte Salaberge, lequel s'appelait aussi Baso, et du duc Bonifacius, que plusieurs regardent comme le même personnage que Athicus ou Ethico duc d'Alsace[265]. On sait que saint Madelgarius portait aussi le nom de Vincent[266]. Enfin, personne n'ignore que les noms barbares de saint Boniface et de Paul Diacre étaient Winfried et Warnfried.

Le second usage auquel nous avons fait allusion était la coutume, assez répandue, d'imposer au petit-fils ou à la petite-fille le nom de l'aïeul ou de l'aïeule ; et il est facile de comprendre qu'en usant de cette observation avec réserve, on peut, dans quelques circonstances, rétablir la généalogie de certains individus. Les Mérovingiens eux-mêmes se conformèrent souvent à cette espèce de règle. C'est ainsi que Chilpéric Ier, fils de Clotaire Ier, donna à son propre fils le nom de Clotaire. Celui-ci, qui est connu sous le nom de Clotaire II, imposa à son fils aîné le nom de Dagobert, qui n'était pas celui de son aïeul ; mais Dagobert, qui laissa deux fils, eut soin de donner à l'un d'eux le nom de Clotaire, quoiqu'il soit ordinairement désigné par les historiens sous le nom de Clovis II. Le fils aîné de Dagobert Ier, qui fut appelé Sigisbert pour des motifs que nous indiquons dans le texte de notre ouvrage, nomma son fils Dagobert, et celui-ci donna à soir propre fils le nom de Sigisbert. Il est vrai que le second fils de Dagobert Ier, que l'on appelait Clotaire ou Clovis, comme on vient de le voir, imposa à son fils aîné le nom de Clotaire, et que son second fils fut Childéric II, dont le fils porta le nom de Chilpéric II ; mais celui-ci eut un fils appelé Childéric, comme son aïeul. Thierry III, dernier fils de Clovis II, donna à un de ses fils le nom de Clovis, et son autre fils, Childebert III, eut un petit-fils qui fut Thierry IV. Les exemples du même genre tirés de l'histoire des simples particuliers doivent être assez nombreux ; mais nous en citerons deux seulement. 1° Le comte Arbogast, dont nous avons déjà parlé plus d'une fois, était fils d'Arigius, fils lui-même du célèbre Arbogast[267]. 2° Sainte Salaberge, ayant eu plusieurs enfants de son mariage avec Blandinus, eut soin de donner à l'aînée de ses filles le nom de Sarethrudis, qui était celui de son aïeule[268]. Quant aux facilités que la connaissance de cet usage peut fournir pour débrouiller certaines généalogies, nous nous bornerons à les signaler et à en donner deux exemples. 10 Il n'est pas téméraire de supposer, d'après la ressemblance du nom, que le célèbre Lupus, duc de la Campania, appartenait à la même famille que saint Loup ou Lupus, évêque de Troyes, lequel était originaire de la civitas de Toul. 2° Il y a toute apparence que le leude Martinus, qui figure dans un placitum tenu, en 715, par Charles-Martel, était le petit-fils du duc Martinus cousin-germain de Pépin d'Héristal, et que le maire Ebroïn fit périr après la bataille de Lucofao[269].

 

NOTE XXII. — SUR LA LANGUE QUE L'ON PARLAIT DANS LES GAULES, À LA FIN DU VIe SIÈCLE.

 

Il est peu de questions plus faciles à résoudre, et cependant plus embrouillées que celle-ci. Afin de ne pas nous égarer, comme plusieurs des écrivains qui nous ont précédé, nous rechercherons : 1° quelle était la langue employée par les Gallo-Romains ; et 2° quelle est celle dont les Francs se servirent après leur établissement sur le sol de la Gaule.

1° On ne peut douter que les Gaulois ne parlassent latin, au commencement du Ve siècle. Opera data est, dit saint Augustin, ut imperiosa civitas (Roma) non solum jugum, verum etiam linguam suam domitis gentibus, per pacem sociatis, imponeret[270]. Les empereurs tinrent la main à ce que la langue officielle devînt, autant que possible, celle de tout le monde. On sait que Claude priva du titre de citoyen romain un député de la Lycie, homme d'ailleurs illustre par sa naissance et ses emplois, et l'empereur ne donna d'autre raison de sa conduite, sinon qu'il était honteux à un citoyen romain de ne pas connaître la langue du peuple auquel il appartenait[271]. Ces efforts furent couronnés de succès ; il ne nous reste pas une seule inscription celtique postérieure à la conquête de la Gaule, ou du moins au règne d'Auguste, et, dans la seconde moitié du Ve siècle, Sidoine Apollinaire félicitait le comte Arbogast, gouverneur de la cité de Trèves, de conserver intactes les traditions de la pure latinité[272].

Cependant, la langue celtique n'avait pas entièrement péri. Nous avons cité le passage dans lequel saint Jérôme dit que l'idiome des Treviri offrait la plus grande analogie avec celui des Galates. Justinien a fait entrer dans les Pandectes[273] un fragment d'Ulpien (écrit vers l'année 230), dans lequel il est dit qu'un fidéicommis peut être valablement rédigé dans la langue celtique (gallicana) ; et Sidoine Apollinaire parait désigner ce même idiome par les mots Celtici sermonis squama[274]. D'un autre côté, la langue germanique était usitée chez le peuple, ou du moins chez une partie du peuple, dans plusieurs cités, dont le territoire avait été colonisé par des tribus venues de la Germanie. Enfin, dans toutes les provinces, on parlait, non pas la langue de Virgile et d'Horace, mais un latin vulgaire que les Romains appelaient sermo quotidianus, rusticus, pedestris, vulgaris, militaris, etc. La grammaire de cet idiome populaire était bien différente de la grammaire officielle. Les substantifs se déclinaient et les verbes se conjuguaient tantôt d'une façon, tantôt d'une autre. On faisait un usage continuel des prépositions, que l'on plaçait non seulement devant les noms de lieux, mais encore devant les ablatifs[275]. De plus, on employait fréquemment une foule de mots que l'on ne rencontre pas dans les auteurs classiques, tels que battuere, battre ; minare ou menare, mener ; carricare se, se charger ; remediare ou remediari, remédier, guérir ; sermonari, sermonner, discourir ; tornare, tourner ; detornare, détourner, et bien d'autres que l'on peut voir dans le Glossaire de Du Cange. A côté de ces expressions, qui appartenaient réellement au latin, figuraient des mots empruntés à la langue celtique. Tel est le mot acum, que l'on fit entrer dans la composition de plusieurs noms de lieu comparativement récents. Les Mérovingiens et les Carlovingiens possédaient un palais à Sentiacum, dénomination dont la première partie vient du mot latin Sentius ; à peu de distance se trouvait Tiberiacum ; on possède un triens mérovingien frappé dans un lieu appelé Theodoberciacum ; un autre triens est sorti de l'atelier de Theodericiacum[276], et saint Fridolin, ayant fondé un monastère dans le territoire de la cité de Metz, le dédia à saint Hilaire et lui donna le nom d'Hilariacum[277]. Il est bien évident que la finale de ces différents mots est celtique[278], et on en doit conclure que l'ancienne langue était encore comprise dans quelques lieux.

Il est non moins évident que, à l'exception des barbares établis dans les deux Germanies et dans certaines civitates des deux Belgigues, les habitants de la Gaule entendaient et parlaient le latin, et qu'ils continuèrent à s'en servir après l'arrivée des Ripuaires et des Saliens. Les preuves de cette assertion sont tellement nombreuses, qu'il est impossible de les énumérer toutes, et nous nous contenterons d'en rappeler quelques-unes. Saint Thierry, abbé de Reims, ayant reçu de grands présents de Thierry roi d'Austrasie, lui dit que, par humilité et par reconnaissance, il ne porterait plus le même nom que lui, et que le peuple (populus) appelant le prince Theodericus rex, il se nommerait désormais lui-Même Théoderic[279]. Le biographe de saint Droctoveus, après avoir décrit la superbe basilique élevée, auprès de Paris, en l'honneur de saint Vincent, et qui fut plus tard dédiée à saint Germain, ajoute que, dans son admiration, le vulgaire (valgus) la désignait sous le nom d'Inaurati Germani aula[280]. Grégoire de Tours, racontant la translation des restes de saint Trojanus, rapporte les exclamations du peuple, et ces exclamations sont en latin[281]. Nous voyons tous les prédicateurs employer la même langue, en s'adressant à la foule[282]. On possède encore les fragments de deux chants populaires, composés l'un au VIe, l'autre au VIIe siècle, et ces fragments sont en latin[283] ; ainsi qu'un prologue écrit à cette dernière époque pour être récité avant la représentation d'une comédie de Térence[284] ; ainsi que toutes les inscriptions, funéraires et autres ; ainsi que toutes les lettres ; ainsi que tous les ouvrages en prose et en vers[285] ; ainsi que toutes les légendes des saints, destinées, on n'en saurait douter, à être lues devant le peuple. Enfin, une dernière preuve, qui pourrait nous dispenser des autres, c'est que le français dérive du latin, comme l'italien et l'espagnol, et qu'une pareille langue n'aurait pu naître dans la Gaule si on n'y avait pas parlé l'idiome qui lui a donné naissance.

2° Mais si le latin est resté la langue des Gallo-Romains, est-il devenu celle des Francs, on ceux-ci ont-ils continué à se servir de la langue germanique ? Ici une distinction est nécessaire. Selon nous, les saliens et les ripuaires qui demeurèrent toujours dans les cantons où ils s'étaient fixés d'abord, c'est-à-dire dans la Seconde Germanie et dans les civitates septentrionales des deux Belgiques, où ils étaient en nombre, et d'ailleurs entourés de peuplades germaines[286], qui avaient la même langue, ces saliens et ces ripuaires continuèrent à se servir de l'idiome que leurs ancêtres avaient parlé ; mais on ne peut douter qu'ils ne comprissent le latin tous ou presque tous. En effet, les villes situées dans les cantons qu'ils habitaient étaient remplies de gens qui ne savaient que le latin, et les fréquentes expéditions militaires des Francs dans le centre de la Gaule, et même en Espagne et en Italie, les mettaient perpétuellement en contact avec des populations latines. Enfin, on a fait observer, avec beaucoup de raison, que jamais les Saintes Ecritures et les offices de l'Eglise n'ont été traduits dans la langue des Francs[287].

Quant aux saliens et aux ripuaires qui se fixèrent dans le centre de la Gaule, quant aux rois, aux grands et aux fonctionnaires, il est certain que, sans oublier peut-être le germain, ils ne firent plus usage que de la langue latine, et cette assertion n'est pas difficile à démontrer. On connaît les manies littéraires du féroce Chilpéric. Son frère Charibert se piquait aussi de purisme, et Fortunat ne craignait pas de lui adresser les vers suivants :

Cum sis progenitus clara de gente Sicamber,

Floret in eloquio lingua latine tuo[288].

Nous parlons dans le texte de notre ouvrage de divers Francs qui cultivèrent, avec plus ou moins de succès, la littérature latine, et nous devons nous borner ici à ce qui concerne la langue. D'après Grégoire de Tours[289], Clovis Ier, se préparant à livrer une bataille aux Wisigoths et désirant en connaître l'issue, chargea, selon l'usage du temps, quelques-uns de ses officiers d'aller écouter quel verset on chantait dans la basilique de Saint-Martin de Tours. Ce qui suppose qu'ils entendaient la langue latine. Le messager qui vint annoncer à Sigisbert II la naissance de son fils Childebert, pendant que le roi assistait à un office solennel, s'exprima en latin, et non seulement le prince, mais tous les assistants comprirent ce que disait le messager et s'écrièrent : Gloria Deo omnipotenti[290]. Le traité d'Andelot, dont nous avons encore le texte, et qui est rédigé dans cette langue, fut lu, par ordre de Gontran, en présence des grands qui l'entouraient, et dont beaucoup, sans doute, étaient des Francs et des Bourguignons[291]. Les détails que fournit Grégoire de Tours[292] sur les négociations qui eurent lieu entre ce prince et Childebert, au sujet d'une expédition que le second devait faire en Italie pour le compte de l'empereur, démontrent que les seigneurs Francs et Bourguignons entendaient parfaitement la langue latine. On doit tirer une conclusion semblable d'une anecdote que le même historien rapporte, à l'occasion du départ de la princesse Rigunthis pour l'Espagne[293]. Dans le récit des aventures d'Attale, on voit que les Gallo-Romains et les Ripuaires se comprenaient à merveille[294], et comme on ne peut supposer que les premiers avaient étudié la langue germanique, il faut admettre que les derniers parlaient latin. Lorsque saint Arnulfus, évêque de Metz, quitta son siège épiscopal pour embrasser la vie solitaire, il adressa un discours à la multitude que le bruit de sou départ avait réunie, et il s'exprima en latin, bien que beaucoup de ses auditeurs fussent d'origine germanique[295]. Tecta ou Gerthrudis, troisième abbesse d'Habendum, qui était barbare de naissance, ordonna d'écrire en latin la vie de saint Adelphe[296].

Il est probablement inutile de rappeler que les lois des divers peuples barbares ont été rédigées dans cette langue, et qu'il en est de même de tous les diplômes des rois et des inscriptions funéraires des Francs. Ainsi, on conserve dans le musée lapidaire de Trèves l'épitaphe d'un vicarius, nommé Hlodericus, qui était vraisemblablement un ripuaire, et cette épitaphe n'a rien que de romain[297]. Ainsi encore, on a récemment découvert dans le cimetière mérovingien de Pompey, au confluent de la Meurthe et de la Moselle, une plaque de ceinturon en argent, fabriquée par un orfèvre qui devait appartenir à la même nation, et on y lit les mots GRIMOALDVS FICIT[298]. Les lettres adressées à des barbares par d'autres barbares sont également en latin[299]. Ajoutons que l'on n'a retrouvé aucune trace de l'écriture des Francs ; que les prétendues runes ou caractères théotisques, dont quelques savants ont parlé, ne sont autre chose que des lettres latines mal figurées ; que les Germains n'avaient pas de littérature, et que le plus ancien ouvrage dans la langue théotisque — qui était celle des Saliens et des Ripuaires — est la version interlinéaire de la règle bénédictine écrite, vers l'année 720, par Kero, moine de Saint-Gall[300]. Le moine Ottfried de Weissembourg, qui traduisit les évangiles en vers allemands, dans le courant du IXe siècle, semble même avoir ignoré le travail de Kero et dire que l'on n'avait pas encore essayé d'écrire la langue théotisque, tant l'entreprise paraissait difficile[301].

Il est bon cependant de faire observer que si la langue latine était seule employée dans les compositions littéraires, elle n'était pas maniée par tout le monde avec un égal succès. Les nombreux écrits que nous ont laissés les VIe et VIIe siècles peuvent, effectivement, être partagés en deux classes bien distinctes. Beaucoup d'écrivains, pleins d'admiration pour les monuments de la littérature classique, cherchaient à les imiter jusque dans leurs défauts ; et, comme l'a dit un auteur moderne, « s'ils manquent quelquefois de savoir, de verve ou de goût, ils ne s'affranchissent presque jamais des règles de la grammaire[302] ». On doit ranger dans cette classe Fortunat, Grégoire de Tours et quelques hagiographes, la plupart anonymes. Mais, à côté de la littérature savante et régulière, il en existait une autre, qui empruntait ses formes au langage vulgaire. De nombreux diplômes royaux, des testaments, des actes que nous appellerions aujourd'hui notariés, des hymnes et des inscriptions funéraires nous font connaître quelles étaient les formes de cette langue. Quand on a parcouru l'Hymnarium Vaticanum publié par Ozanam, et surtout l'hymne de saint Flavien, on reste convaincu que pour beaucoup de poètes de cette période les règles de la prosodie et de la grammaire étaient désormais une lettre morte ; et le désordre est encore bien plus grand dans les diplômes, dans les testaments et dans les actes civils.

Les savants qui ont recherché les causes de cette décadence de la langue latine ne sont pas tombés d'accord. Plusieurs, oubliant que la barbarie et les ténèbres n'ont jamais régné ni dans la Gaule, ni dans l'Italie, ni dans l'Espagne, ont prétendu que la dégradation dont il s'agit fut le résultat de l'invasion des Barbares, et le produit de l'ignorance qui se serait partout répandue à leur suite. Cette manière de résoudre la question leur a fourni une ample matière à déclamations contre la barbarie mérovingienne, et parfois même contre l'Eglise, qui est cependant fort étrangère à la chose, et ils semblent ne pas voir que de nos jours, au milieu de la paix la plus profonde et de la prospérité la plus complète, nombre de journalistes, d'avocats et même d'écrivains de profession, qui ne sont pas des barbares, travaillent, avec un déplorable concert, à corrompre la langue française.

D'autres érudits, pensant que la transformation des langues est une loi providentielle, n'ont accusé ni les Francs, lesquels n'ont réellement exercé aucune influence sur la décadence du latin, ni les écrivains des VIe et VIIe siècles, qui, pour être entendus de tout le monde, ont jugé à propos d'employer dans leurs ouvrages l'idiome que chacun comprenait et parlait. Frédégaire nous fournit un exemple frappant de cette manière d'agir. Sa préface, écrite exclusivement pour les gens instruits, est d'un style correct et assez élevé, tandis que le corps même de sa chronique, qu'il destinait aux ignorants comme aux savants, est rédigé d'une façon toute différente. Saint Ouen (Audoënus) fait remarquer, en commençant la vie de saint Eloy, qu'il a écrit de manière à satisfaire à la fois les partisans de l'antiquité classique et le simple peuple, qui n'était pas familier avec les règles de la grammaire : Lectorem obsecro ut utilitatem nostri sermonis non usquequaque despiciat, quia, etsi utcumque eloquenter possit oratio promi, ita stilum placuit corrigere, ut nec simplicibus quibusque grammaticorum sectando fumos displiceat, nec scolasticos etiam, nimia contentus rusticitate, offendat[303].

Comme on le voit dans ce fragment, chacun savait alors faire la distinction des deux langues, et l'on donnait à celle que parlait le peuple l'épithète de rustica, qui la définissait de la manière la plus convenable. L'anonyme qui a raconté la translation (754) des restes de saint Germain, évêque de Paris, rapporte qu'un sourd- muet de naissance, ayant été guéri par l'intercession du saint, apprit non seulement la langue rustique, mais encore les choses nécessaires pour entrer dans le clergé : Unde factum est ut, tam auditu quam locutione, in brevi non solum ipsam rusticam linguam perfecte loqueretur, sed etiam litteras in ipsa Ecclesia, clerus effectus, discere cœpit[304]. Le biographe de sainte Salaberge mentionne aussi l'idiome vulgaire, qu'il nomme lingua communis[305], et il serait facile de recueillir d'autres autorités établissant la même distinction.

Nous sortirions de notre sujet, si nous tentions de rechercher ici quelle a été la marche de la dégénérescence du latin et de la naissance de la langue romane. Remarquons seulement que l'on voit, dans cette transformation, les particularités qui, dès le Haut-Empire, séparaient du latin classique l'idiome populaire prendre, chaque jour, une force nouvelle. L'inversion disparaît presque complètement ; la syntaxe n'est plus celle des classiques ; l'emploi des prépositions devient plus fréquent ; les verbes se conjuguent tous ou presque tous sur le même modèle ; il n'y a plus guère qu'une déclinaison pour les substantifs ; les cas sont réduits à deux ou trois, et encore l'un est-il quelquefois employé pour l'autre. On voit même poindre au VIIe siècle, surtout dans la nomenclature géographique, des mots qui semblent déjà appartenir à la langue romane. Dans les légendes des trientes, Metz s'appelle Mettis, Mittis ou Metes ; Reims Remus (comme Paris Parisius), et Maëstricht Triecto[306]. Dans un diplôme de l'année 706[307], Etain, qui était alors une sorte de village, ne porte plus son ancien nom de Stagnum, mais celui de Stain, où l'on trouve, presque sans aucune différence, la forme moderne Estain ; et Longeau, qui a dû s'appeler primitivement Longa-Aqua, se nomme Longawa — mot dans lequel on remarque une des formes romanes du substantif eau : awa, ève, aigue, etc. —. Le monastère de Stavelo est appelé Stabulau (forme évidemment romane) dans un diplôme de Grimoald, maire du palais d'Austrasie (650), et dans un second diplôme donné à la même abbaye, en 667, par le roi Childéric II[308]. Certains lieux sont désignés par des substantifs employés à l'accusatif ou à l'ablatif : l'endroit où saint Colomban construisit un de ses premiers monastères est nommé Fontanas dans l'ouvrage de Jonas[309] ; le village de Testry est appelé Textricio dans la vie de saint Ursmarus[310], et plusieurs autres lieux portent déjà, au VIIe siècle et au VIIIe, des dénominations semblables à celles que l'on emploie de nos jours[311].

Cependant les exemples de ce genre sont assez rares ; la transformation de la langue latine s'opérait lentement, et il est certain qu'elle n'a cessé d'être vulgaire dans les Gaules que sous la dynastie des Carlovingiens[312]. On peut même ajouter à ce qui précède deux observations, qui ne sont pas sans importance : 1° la langue romane — et par ces mots nous entendons à la fois la langue d'oc et la langue d'oïl — a plus de ressemblance avec le latin que l'italien et l'espagnol ; d'où il faut conclure que le latin s'était conservé dans les Gaules mieux et plus longtemps qu'en Italie et en Espagne[313] ; et 2° le roman a fait peu d'emprunts au germain : dans les serments de Louis de Germanie et des sujets de Charles-le-Chauve (842), serments composés de plus de cent mots, il n'y en a aucun, à l'exception des noms Lothaire, Louis et Charles, qui n'ait une origine latine ou ne soit même purement latin[314].

La langue française a gardé le même caractère ; son vocabulaire est presqu'entièrement emprunté à la langue latine, et même plusieurs mots, que l'on avait voulu faire dériver de racines germaniques, viennent plus probablement du latin, et parfois du grec : telle est l'expression bourg, qui parait dériver du grec μύργος, employé fréquemment par les ingénieurs romains ; tel est aussi le substantif hère, lequel vient non du germain herr, mais du latin herus, qui a, du reste, la même signification.

 

NOTE XXIII. — SUR LE MOT BANSATRICES.

 

La constitutio de Childebert citée dans le texte renferme le passage suivant : Noctes pervigiles cum ebrietate, scurrilitate, vel canticis, etiam in ipsis sacris diebus, Pascha, Natale Domini, et reliquis festivitatibus, vel adveniente die dominico, bansatrices per villas ambulare. Le mot bansatrices a beaucoup embarrassé, et, tout en reconnaissant qu'il devait signifier des danseuses, chacun l'a interprété à sa manière. Cependant, en général, on incline assez à croire que le mot a été légèrement altéré par la faute d'un copiste ignorant, et qu'il faut lire dansatrices. Cette expression peut alors être rattachée à une racine qui existe dans les langues indo-germaniques, et qui a notamment donné naissance au verbe allemand tanzen (et à tous ses dérivés), lequel a produit, à son tour, notre verbe danser, dont le sens est le même. Mais on n'est guère plus avancé pour cela ; car 1° ni les écrits en langue théotisque, ni les plus anciens lexiques allemands n'offrent aucun mot qui ait de l'analogie avec le substantif dansatrices ; et 2° les Germains, Francs et autres, étaient très-sévères à l'égard des femmes de leur nation, et l'on ne peut admettre qu'il se soit formé dans la Gaule, sous les yeux des princes, et malgré les, idées contraires de la nation, des troupes de danseuses germaines de naissance, et qui auraient exercé de la sorte un métier misérable et bien propre à conduire aux plus grands désordres.

Ces deux réflexions nous portent à croire que les dansatrices de la constitutio de Childebert n'étaient pas des germaines. Il n'est guère probable non plus qu'elles fussent gallo-romaines ; car elles auraient nécessairement porté un nom emprunté à la langue latine, et le mot dansatrix (dansatrices au pluriel) ne provient d'aucune racine appartenant à cet idiome. Le docte Sirmond, qui a le premier formé une conjecture sur l'origine de l'expression dont il s'agit, a fait observer que les dansatrices ou bansatrices de la constitutio devaient être des danseuses nomades comme les Bohémiennes[315]. On lui a répondu qu'au Vie siècle les Bohémiens n'étaient pas encore dispersés sur la surface de l'Europe, et il est vrai, en effet, que c'est seulement pendant la première moitié du XVe siècle qu'ils se sont montrés en nombre considérable dans plusieurs contrées[316]. Mais si on ne peut faire remonter plus haut l'apparition du gros de cette nation errante, s'ensuit-il que beaucoup de bohémiens ne se fussent pas déjà glissés en Europe, isolément ou par petites bandes ? On sait que ce misérable peuple a été fixé, pendant quelques siècles, dans le voisinage du mont Caucase, et des émigrations partielles ont pu avoir lien de là dans les pays voisins, puis de proche en proche jusque dans la Gaule. Ce qui donne quelque ombre de vraisemblance à la conjecture de Sirmond, c'est que le mot dansatrices se rattache à une racine sanscrite : tad ou tand. Ce mot a le sens de danser, et il a pu former dans l'idiome des Bohémiens, qui est dérivé du sanscrit, un substantif signifiant danseuses, substantif que les Gallo-Romains auront latinisé sous la forme dansatrices.

 

FIN DU DEUXIÈME VOLUME

 

 

 



[1] V. Hist. Franc., lib. VIII, c. 18 et 28.

[2] V. ces lettres, dans Du Chesne, t. I, p. 867.

[3] V. cette lettre, ibid., p. 874.

[4] V. cette lettre, ibid., p. 873.

[5] V. cette lettre, ibid., p. 875.

[6] Guerre des Vandales, liv. II, c. 4 ; v. aussi Cellarius, Notitia orbis antiqui, t. II, p. 901.

[7] V. Notitia Galliarum, p. 579.

[8] V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. VIII, c. 15.

[9] V. Calmet, Notice de la Lorraine, t. II, col. 910.

[10] V. L'illustration restituée à la montagne de Montsec, département de la Meuse, canton de Saint-Mihiel, etc., Commercy, 1844, 1 volume in-8°.

[11] V. p. 176-180.

[12] V. t. I, p. 473-478.

[13] V. Calmet, Notice de la Lorr., t. I, col. 760 et 761 ; Le mont Saint-Hilaire, par MM. Tihay a Liénard, dans les Mém. de la société philomatique de Verdun, t. IV, p. 83 et suiv.

[14] Un des autels de la basilique Saint-Hilaire est formé d'une table de marbre noir, presque brute, encastrée d'un côté dans la muraille et appuyée en avant sur trois colonnettes. Cette table, longue de deux mètres cinquante-cinq centimètres, large d'un mètre trente-cinq centimètres et épaisse de vingt centimètres, remonte probablement à la période gallo-romaine.

[15] V. Buffon, Histoire naturelle, édit. de l'impr. royale, in-4°, t. II, p. 589 et suiv.

[16] Tous les crânes de l'ossuaire ont appartenu effectivement à des adultes.

[17] V. ibid., lib. IX, c. 12.

[18] V. ibid., lib. IX, c. 12.

[19] V. ce diplôme, dans Calmet, Hist. de Lorr., de édit., t. I, preuv., col. 268 et 269, ou dans Pardessus, Diplomata, t. II, p. 313 et 314.

[20] V. notamment l'Italia Sacra d'Ughelli.

[21] Au 11 janvier.

[22] Au 16 mai.

[23] V. Annales eccles. Francorum, à l'année 580, n° 48 et suiv.

[24] V. Rerum Gallic. et Franc. scriptores, t. III, p. 472.

[25] Au 11 janvier.

[26] V. t. X, col. 1152-1154.

[27] V. n° 32, dans Du Chesne, t. I, p. 582.

[28] V. Revue des sociétés savantes, 2e série, t. II, p. 322-328.

[29] Un passage de la vie de saint Colomban par Jonas établit que les civitates de Paris et de Meaux appartenaient à Théodebert II, vers l'année 610. V. Vita sancti Colambani, abbatis Bobiensis, n° 49, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.

[30] V. Frédégaire, Chronic., c. 76.

[31] V. Vita sancti Columbani, auctore Jona, n° 14, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.

[32] V. Dissertations sur l'histoire ecclésiastique et civile de Paris, t. II, p. LXIX et suiv.

[33] V. Dissertations sur l'histoire ecclésiastique et civile de Paris, t. II, p. LXIX.

[34] Ce manuscrit, qui provient de la collection Colbert, où il portait le n° 1655, est aujourd'hui conservé à la bibliothèque impériale, sous le n° 4240, 7.

[35] V. ce diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 88 et 89.

[36] V. cette pièce, dans Calmet, Hist. de Lorraine, 1re édit., t. I, preuv., col. 259 et 260.

[37] Il est conservé à la bibliothèque impériale, sous le n° 5189.

[38] V. l'édition des Formules donnée par Baluze dans ses Capitularia regum Francorum, édit. Chiniac, t. II, col. 571.

[39] V. Dissertations, etc., t. II, p. 337 et 558. V. aussi les notes du P. Henschenius sur la Vita sancti Landerici, abbatis, dans les Acta sanctorum, t. II d'avril, p. 489.

[40] On célébrait sa fête le 5 mai. V. Histoire de Metz, par deux religieux bénédictins, t. I, p. 367-371 ; y. aussi l'ancien cérémonial de la cathédrale de cette ville, p. 241. Le culte de sainte Waldrada est aujourd'hui presque éteint en Lorraine. Il existe encore cependant à une lieue de Nancy, près du village de la Neuveville, une petite chapelle qui lui était dédiée.

[41] V. sa note sur le n° 14 de la Vita sancti Columbani.

[42] V. Benoît Picart, Hist. de Toul, p. 249 ; Cedulo cujuslibet episcopi Tullensis, dans Calmet, Hist. de Lorraine, 1re édit., t. I, preuv., col. 169. Nous ne pouvons partager l'opinion du Père le Ceinte, qui fait vivre au VIIe siècle Pientius et ses compagnons, ni celle de M. l'abbé Marchai (Quelques remarques sur les saints patrons de la paroisse de Moyen-Vic), lequel ne veut voir dans les trois bienheureux dont il s'agit que des saints honorés dans l'église de Sens, et dont le culte aurait été introduit à Moyen-Vic par saint Gondelbert.

[43] V. Usserius, Britannicarum ecclesiarum antiquitates, 1re édit., p. 441.

[44] V. Dion Cassius, Hist. romaine, liv. LX ; Tacite, Annales, lib. XII, n° 31.

[45] V. Tacite, Agricolœ vita.

[46] V. Baluze, Capitularia, t. II, col. 369.

[47] V. Hist. Franc., lib. IX, c. 23.

[48] V. Formulœ, lib. I, n° 7.

[49] V. notamment lib. I, n° 8 et 35.

[50] La 1re du livre I. V. le diplôme de Chrodegang dans l'Hist. de Metz, t. III, preuv., p. 9-11. On a dit aussi que la bulle accordée par Jean IV à l'abbaye de Remiremont n'était qu'une pièce fausse, copiée sur la même formule ; mais nous démontrerons, dans une autre note, l'authenticité du diplôme pontifical, et nous pensons que Marculf a tiré sa formule d'une bulle de même nature qui se trouvait, de son temps, soit dans le monastère dont il était cellérier, soit dans une autre abbaye austrasienne.

[51] Ce manuscrit précieux a été acheté par la bibliothèque impériale, après le décès de M. Michel.

[52] Flodoard la nomme villa Colubrosa.

[53] Notes sur les chap. 35 et 37 du Chronicon de Frédégaire.

[54] V. Notitia Gall., p. 148.

[55] V. Alsatia illustrata, t. I, p. 640 et 641.

[56] V. Fredegarii continuat., II, c. 101.

[57] V. Hist. Franc., lib. III, c. 15, lib. V, c. 5, lib. IX, c. 9 et 14.

[58] Ce traité a été imprimé nombre de fois. On peut le voir dans Calmet, Hist. de Lorr., 1re édit., t. I, preuv., col. 510.312, et 2e édit., t. II, preuv., col. CCLXIII-CCLXV.

[59] V. ce diplôme, dans l'Hist. de Metz, par deux religieux bénédictins, t. III, preuv., p. 65 et 66.

[60] V. ce diplôme, dans Calmet, ibid., 1re édit., t. I, preuv., col. 410 et 411.

[61] V. ce diplôme, ibid., col. 258 et 259.

[62] V. ce diplôme, ibid., col. 267.

[63] V. cette charte, ibid., col. 288-290.

[64] V. ce diplôme, dans l'Hist. de Metz, t. III, preuv., p. 17 et 18.

[65] V. Benoît Picart, Hist. de Toul, p. 282.

[66] A l'année 839, dans Bouquet, t. VI, p. 202.

[67] V. Calmet, ibid., 2e édit., t. II, col. 145.

[68] V. ce livre, dans Calmet, ibid., 1re édit., t. I, preuv., col. 113, et 2e édit., t. I, preuv., col. CLII.

[69] V. Acta ss., édit. de Venise, t. II, p. 399, note a.

[70] V. Notice de la Lorraine, t. II, col. 320.

[71] Saint Romaricus, leur fils, est resté patron de l'église de la Neuveville, qui était primitivement une dépendance de Remoncourt. V. Benoît Picart, Pouillié du diocèse de Toul, t. II, p. 196.

[72] Romulindis est nommée Romulanda sur l'attestation de Jean d'Ivoy.

[73] V. Valois, Notitia Galliarum, p. 16.

[74] V. Mabillon, De re diplomatica, p. 331.

[75] V. Vita sancti Aridii, abbatis Lemovicensis, n° 5, dans Mabillon, Acta ss., sæc. I.

[76] V. Historia Trevirensis diplomatica et pragmatica, t. I, p. 24.

[77] V. Defensio abbatim imperialis Sancti-Maximini, part. III, p. 8.

[78] V. ce diplôme, et la note qui l'accompagne, dans Pardessus, t. II, p. 17 et 18.

[79] V. ce diplôme, ibid., p. 328 et 329.

[80] Valois a en tort de confondre Sathanacum (v. Notitia Galliarum, p. 48) avec Astenidum. Ce dernier lieu est mentionné, dans les capitulaires de Charles-le-Chauve, comme une villa regia, chef-lieu du pagus Stadinisus ou Astenidensis, qui était situé entre les pagi Dolomensis et Pertensis, appartenant aux diocèses de Reims et de Châlons. Sathanacum dépendait de la civitas de Verdun pendant la période mérovingienne.

[81] V. Notitia Galliarum, p. 238 et 239.

[82] Comme le démontre un diplôme de ce prince en faveur de l'abbaye de Murbach. V. ce diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 351 et 352.

[83] V. une épître de Frotharius à l'abbé Hilduinus, dans Bouquet, t. VI, p. 390.

[84] V. Dissertations sur l'histoire ecclésiastique et civile de Paris, t. II, p. CXXI et suiv.

[85] V. Collectio conciliorum maxima, t. IX, col. 171.

[86] V. De re diplomatica, p. 297-299, 469 et 470.

[87] V. ce diplôme dans Pardessus, t. II, p. 428.

[88] V. deux diplômes de ce prince, ibid., p. 178-180.

[89] V. Histoire de Toul, p. 271.

[90] V. De re diplomatica, p. 324 et 325. D'ailleurs, on ne trouve à Servais aucun débris de l'Antiquité.

[91] V. Histoire de Toul, p. 83-85.

[92] V. des diplômes de Frotharius évêque de Toul, de Charles-le-Gros et de l'empereur Otton Ier, dans Calmet, Hist. de Lorraine, 1e édit., t. I, preuv., col. 302, 318 et 353.

[93] V. ibid., col. 319.

[94] V. De re diplomatica, p. 280 et 281. Ce diplôme est imprimé intégralement dans l'Histoire de l'abbaye de Saint-Mihiel, par Dom Joseph de l'Isle, p. 426 et 427.

[95] V. De re diplomatica, p. 327.

[96] V. Frédégaire, Chronic., c. 36 ; Jonas, Vita sancti Columbani, n° 32, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.

[97] V. Annales Francorum, dans Du Chesne, t. II, p. 43 ; Vita Caroli Magni, ab incerto auctore, ibid., p. 61 ; Vita Caroli Magni, per monachum Egolismensem scripta, ibid., p. 82.

[98] V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. IV, c. 22, et la dernière note de Ruinart sur ce chapitre.

[99] V. De re diplomatica, p. 248.

[100] V. ces articles, dans Pardessus, t. I, p. 171 et 172.

[101] V. Vita sancti Remigii, dans les Bollandistes, au 1er octobre.

[102] V. De re diplomatica, p. 253 et 254.

[103] V. Annales Bertiniani, à l'année 880.

[104] V. Hist. Franc., lib. IV, c. 23, lib. VI, c. 37 ; Miracula sancti Martini, lib. IV, c. 41 ; v. aussi un diplôme du roi Thierry IV (726) dans Pardessus, t. II, p. 345 et 346.

[105] Fragment d'un diplôme du duc Adalbert pour le monastère de Honaugia (722), dans Pardessus, t. II, p. 337.

[106] V. Schœpflin, Alsatia illustrata, t. I, p. 701.

[107] V. Hist. Franc., lib. IX, c. 56.

[108] V. ibid., lib. IX, c. 38, lib. X, c. 18 ; v., aussi Frédégaire, Chronic., c. 43.

[109] On sait que saal (latinisé sous la forme sala, qui a produit notre mot salle) veut dire une maison, une habitation. V. Veteris Francorum regni Notitia, c. III, § 38.

[110] V. ce diplôme, dans Martène, Amplissima collectio, t. I, col. 55.

[111] Nous ne parlons pas ici d'Isemburgum, parce que, à notre avis du moins, ce n'était pas un palais, mais une simple villa.

[112] V. ce diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 228 et 229.

[113] V. Frédégaire, Chronic., c. 40.

[114] V. Fortunat, Carmina, lib. X, 12.

[115] V. Frédégaire, ibid.

[116] Ce diplôme, qui est de l'année 745, a été imprimé dans l'Histoire de Metz, t. III, p. 6-8. Andernach, qui se nommait Antunnacum, Antunacum, Antonacum, Andrenacum et même Anternacum pendant la période gallo-romaine, est appelé Andernacum dans ce diplôme, et Anternacha dans le géographe de Ravenne (lib. IV, n° 24), forme qui se rapproche beaucoup du nom actuel.

[117] V. Carmina, lib. X, 12.

[118] V. Hist. Franc., lib. VIII, c. 13.

[119] Le chef-lieu de cette dernière était alors Trajectum-ad-Mosam.

[120] V. Ammien Marcellin, lib. XV, n° 5.

[121] V. le passage, dans Du Chesne, t. I, p. 715.

[122] V. ce diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 347 et 348. Il est de l'année 726.

[123] V. c. 125. V. aussi Mabillon, De re diplomatica, p. 281.

[124] V. Annales Fuldenses, à l'année 842 ; Annales Metenses, à l'ann. 885 ; Annales Bertiniani, à l'ann. 876 ; Nithard, lib. III, ad finem.

[125] V. Suétone, Tiberius, n° 16 ; Velleius Paterculus, lib. II, n° 92 ; Dion-Cassius, liv. LV.

[126] V. Gesta Dagoberti regis, n° 14, dans Du Chesne, t. I, p. 576. Cette villa était dans la forêt des Ardennes, près de Saint-Hubert.

[127] V. Hist. Franc., lib. II, c. 9.

[128] V. ce diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 291-293. L'authenticité du diplôme a été contestée.

[129] V. Revue numismatique, année 1850, p. 326 et suiv., et pl. XII.

[130] V. Bulletin de la société des antiquaires de France, année 3858, p. 166.

[131] V. Hist. Franc., lib. IX, c. 38.

[132] V. De gestis Caroli Magni, a quodam cœnobii Sancti-Galli monacho, lib. II, c. 5, dans Du Chesne, t. II, p. 123.

[133] Notamment celui de Columbra, qui a donné naissance à l'adjectif Columbrense.

[134] V. Alsatia illustrata, t. I, p. 695 et 696.

[135] V. Schœpflin, ibid., p. 695.

[136] V. Summa vel Catholicon, v° Genœceum.

[137] V. tit. LXXX, art. 4.

[138] V. lib. II, tit. XXXVII, art. 6.

[139] V. Mabillon, De re diplomatica, p. 289 et 323. Nous n'avons pas mentionné ces deux maisons royales dans la note XVIII, parce que c'étaient de simples villœ.

[140] V. Histoire des ducs et comtes de Champagne, par M. II. d'Arbois de Jubainville, t. II, pièces justif., p. XCI.

[141] Il s'agit du diplôme par lequel Frotharius évêque de Toul rétablit l'ordre monastique dans l'abbaye de Saint-Epvre. Ce diplôme est imprimé dans Calmet, Hist. de Lorraine, 1re édit., t. I, preuv., col. 301-303.

[142] Ce diplôme, portant confirmation des biens de la même abbaye, est imprimé dans Benoit Picart, Hist. de Toul, preuv., p. I-III.

[143] V. Histoire littéraire de la France, t. VI, p. 196 ; Calmet, Bibliothèque lorraine, col. 519.

[144] Bras, Meuse, arrondissement de Verdun, canton de Charny.

[145] V. le fragment de Dadon, dans Roussel, Histoire de Verdun, preuv., p. 1.

[146] V. le diplôme de l'empereur, dans Calmet, Hist. de Lorraine, 1re édit., t. I, preuv., col. 362.

[147] Wandelaincourt, ancien village près de Verdun.

[148] V. cette continuation, dans Calmet, ibid., col. 203 et 204.

[149] V. cette bulle, dans Roussel, Hist. de Verdun, preuv., p. 3-5. Il y est fait mention de neuf centaines, situées toutes dans les environs de Verdun.

[150] V. cette lettre, dans Calmet, ibid., col. 393-395.

[151] V. cet ouvrage, ibid., col. 210.

[152] V. Meurisse, Histoire des évesqves de l'église de Metz, p. 403 et 404. Le bourg Saint-Arnoul, détruit au XVIe siècle, était situé hors et près des murs de Metz.

[153] V. Calmet, Notice de la Lorraine, t. II, col. 222 et 223.

[154] Pagny, Meurthe, arrondissement de Nancy, canton de Pont-à-Mousson. — V. Trésor des chartes de Lorraine, layette Prény, n° 10.

[155] Norroy, Meurthe, arrondissement de Nancy, canton de Pont-à-Mousson. — Archives du département de la Moselle, fonds de l'abbaye de Saint-Pierre- aux-Nonains.

[156] Bouvron, Meurthe, arrondissement et canton-nord de Toul. — Thuilley-aux-Groseilles, Meurthe, arrondissement de Toul, canton de Colombey-aux-belles-femmes. — V. Benoît Picart, L'origine de la très-illustre maison de Lorraine, p. 3.

[157] V. l'épître en vers adressée au comte de Trèves par saint Auspice, évêque de Toul, dans Du Chesne, t. 1, p. 864 et 865.

[158] V. Histoire d'Attila et de ses successeurs, t. I, p. 153.

[159] V. Vita sanctœ Genovefœ, virginis, dans les Bollandistes, au 3 janvier.

[160] V. Vita sancti Gaugerici, Cameracensis episcopi, ibid., au 11 août.

[161] V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. VI, c. 11.

[162] V. Frédégaire, Chronic., c. 29.

[163] V. Grégoire de Tours, ibid., lib. X, c. 2.

[164] V. ibid., lib. III, c. 35.

[165] V. ibid., lib. X, c. 29.

[166] V. Grégoire de Tours, Miracula sancti Martini, lib. III, c. 15.

[167] V. idem, ibid., lib. IV, c. 11.

[168] V. idem, Vitœ Patrum, c. VIII, n° 11.

[169] V. idem, ibid., c. XIX, n° 1.

[170] V. Vita sancti Leobini, Carnotensis episcopi, n° 24, dans Mabillon, Acta ss., sæc. I ; Grégoire de Tours, De gloria Confessorum, c. 24.

[171] V. Fortunat, Vita sancti Germani, episcopi urbis Parisiacœ, dans Mabillon, ibid.

[172] V. Grégoire de Tours, De gloria Confessorum, c. 21.

[173] V. Gesta Dagoberti regis, n° 6 et 35, dans Du Chesne, t. I, p. 575 et 582.

[174] V. Vita sancti Prœjecti, Arvernorum episcopi, dans les Bollandistes, au 25 janvier.

[175] V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. IV, c. 53.

[176] V. ce testament, dans Pardessus, t. II, p. 326.

[177] V. Grégoire de Tours, ibid., lib. V, c. 49.

[178] V. ce diplôme, dans Pardessus, t. I, p. 107.

[179] V. Vita sancti Maximini, abbatis Miciacensis, n° 28, dans Mabillon, Acta ss., sæc. I.

[180] V. Vita sancti Launomari, abbatis Curbionensis, n° 5 et 4, ibid.

[181] V. Vita sancti Mauri, abbatis, dans les Bollandistes, au 15 janvier.

[182] V. Grégoire de Tours, Miracula sancti Martini, lib. IV, c. 10.

[183] V. idem, Hist. Franc., lib. VII, c. 25.

[184] V. Miracula sancti Martini, lib. I, c. 22.

[185] V. ibid., lib. IV, c. 9 et 47.

[186] V. ibid., c. 17, 20 et 27. Leudardus appartenait à un diacre gallo-romain appelé Emnerius.

[187] V. Vita sancti Germani, episcopi urbis Parisiacœ, dans Mabillon, Acta ss., sæc. I.

[188] Saint Remi fait observer, dans son testament, que cette femme était bonis parentibus nata, et comme on ne peut supposer qu'elle appartînt à la nation des Francs, son nom vient à l'appui de ce que nous avons dit au commencement de la présente dissertation.

[189] V. le testament de saint Remi, dans Pardessus, t. I, p. 81-84.

[190] V. ce diplôme, ibid., t. II, p. 224 et 225.

[191] V. ce diplôme, dans l'Histoire de Metz, par deux bénédictins, t. III, preuv., col. 6-8.

[192] V. ce diplôme, dans Calmet, Hist. de Lorraine, 1re édit., t. I, preuv., col. 257.

[193] V. ce testament, dans Pardessus, t. II, p. 251 et 252.

[194] V. ce diplôme, dans l'Histoire de l'abbaye de Saint-Mihiel, par Dom de l'Isle, p. 425, ou dans Pardessus, ibid., p. 278.

[195] V. ce testament, dans Pardessus, ibid., p. 255-258.

[196] V. aussi un diplôme de saint Amandus, évêque de Trajectum-ad-Mosam, ibid., p. 133 et 134 ; Translationes et miracala sancti Joannis (Reomensis), n° 5, dans Mabillon, Acta ss., sæc. I ; Vita sancti Landeberti, episcopi Trajecti-ad-Mosam, n° 10, ibid., sæc. III, part. I.

[197] V. Grégoire de Tours, Miracula sancti Juliani, c. 12 ; Miracula sancti Martini, lib. I, c. 7, 8 et 39, lib. II, c. 5, 7, 13 et 40, lib. III, c. 44 et 51, lib. IV, c 14 ; Vitœ Patrum, passim.

[198] V. idem, Hist. Franc., lib. V, c. 23.

[199] V. Frédégaire, Chronic., c. 24.

[200] V. Vita sancti Licinii, Andecavorum episcopi, auctore Daniele, quodam ejus discipulo, dans les Bollandistes, au 13 février.

[201] V. Vita sancti Arnulfi, dans les Bollandistes, au 18 juillet.

[202] V. Vita sancti Salabergœ, abbatissœ Laudunensis, n° 9, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.

[203] V. Vita sancti Goaris, dans les Bollandistes, au 6 juillet.

[204] V. Vita sancti Mauri, abbatis, dans le même recueil, au 15 janvier.

[205] V. Vita sancti Leobini, episcopi Carnotensis, n° 25, dans Mabillon, ibid., sæc. I.

[206] V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. VI, c. 11.

[207] V. ce testament, dans Pardessus, t. I, p. 82.

[208] V. Vita sancti Mauri, dans les Bollandistes, au 15 janvier.

[209] V. Grégoire de Tours, ibid., lib. X, c. 19.

[210] V. Fortunat, Carmina, lib. VII, 10.

[211] V. Grégoire de Tours, ibid., lib. VI, c. 45, lib. X, c. 2 ; v. aussi Fortunat, Carmina, lib. VII, 14. Les noms Bodegisilus et Bobo désignent peut-être cependant un seul et même personnage.

[212] V. Grégoire de Tours, ibid., lib. V, c. 26.

[213] V. idem, ibid., lib. IV, c. 35.

[214] V. idem, ibid., lib. VII, c. 15.

[215] V. idem, ibid., c. 47.

[216] V. ibid., lib. IX, c. 40.

[217] V. Miracula sancti Martini, lib. I, c. 30.

[218] V. ibid., lib. II, c. 39.

[219] V. une lettre de saint Gericus à saint Desiderius, évêque de Cahors, dans Du Chesne, t. I, p. 886.

[220] V. c. 57, dans Calmet, Hist. de Lorr., 1re édit., t. I, preuv., col. 16.

[221] V. ce diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 2 et 5.

[222] V. ce fragment, ibid., p. 38 et 39.

[223] V. ce diplôme, ibid., p. 252 et 253.

[224] V. les fragments de ce testament, ibid., p. 255-258.

[225] V. un diplôme de ces seigneurs en faveur de l'abbaye de Honaugia, ibid., p. 557 et 338 ; v. aussi Grandidier, Hist. de l'église de Strasbourg, t. I, p. 599.

[226] V. un diplôme d'Abbo pour ce monastère dans Pardessus, ibid., p. 370.

[227] V. cette charte, dans De l'Isle, Hist. de l'abbaye de Saint-Mihiel, p. 422 et 423.

[228] V. Vita sancti Lupi, Senonensis episcopi, dans les Bollandistes, au 1er septembre.

[229] V. Vita sancti Prœjecti, Arvernorum episcopi, dans le même recueil, au 25 janvier.

[230] V. Vita sancti Drausii, Suessionum episcopi, dans le même rec., au 5 mars.

[231] V. Vita sancti Columbani, auctore Jona, n° 22, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.

[232] V. Vita sancti Rigoberti, Remensis episcopi, n° 1, dans les Bollandistes, au 4 janvier.

[233] V. Gesta Trevirorum, dans Calmet, Hist. de Lorr., 1re édit., t. preuv., col. 13.

[234] V. Vita sancti Landeberti, episcopi Trajecti-ad-Mosam, n° 9 et 10, dans Mabillon, Acta ss., sæc. III, part. I.

[235] V. Vita sanctœ Rictrudis, auctore Hucbaldo, dans les Bollandistes, au 12 mai. Leur fils reçut le nom de Maurontus, qui paraît romain.

[236] V. Gallia Christiana, t. IX, col. 862.

[237] V. Vita sancti Wandregisili, abbatis Fontanellensis, auctore monacho coœvo, n° 16, dans Mabillon, ibid., sæc. II.

[238] V. Vita sancti Adelphii, abbatis Habendensis, ibid.

[239] V. Vita sancti Corbiniani, Frisingensis episcopi, auctore Aribone, c. 1, 26 et 29, ibid., sæc. III, part. I.

[240] V. Grandidier, Hist. de l'église de Strasbourg, t. I, p. 302 et 303.

[241] V. Vita sanctœ Austrebertœ, abbatissœ Pauliacensis, dans les Bollandistes, au 10 février.

[242] V. Vita sanctœ Salabergœ, abbatissœ Laudunensis, n° 11, dans Mabillon, ibid., sæc. II.

[243] V. Gesta regum Francorum, dans Du Chesne, t. I, p. 717.

[244] V. Art de vérifier les dates, t. I, p. 547 et 550.

[245] V. Hist. Franc., lib. X, c. 2.

[246] V. Vita sancti Ebrulfi, abbatis Bellovacensis, n° 1, dans Mabillon, Acta ss., sæc. I.

[247] V. Vita sancti Amalfi, Metensis episcopi, n° 2, ibid., sæc. II.

[248] V. Vita sanctœ Salabergœ, n° 5, ibid.

[249] V. Vita sancti Trudonis, auctore Donato diacono, c. 1, ibid.

[250] Ces tribus avaient conservé leurs anciens noms, et peut-être même quelque chose de leurs antiques mœurs. Nous avons mentionné, dans le premier chapitre de cet ouvrage, l'établissement des Condrusi sur la lisière de la forêt des Ardennes, et, dans un diplôme de Carloman, fils de Pépin-le-Bref (v. dans Pardessus, t. II, p. 402 et 405, ce diplôme qui est de l'année 746), on mentionne différents individus lesquels étaient ex genere Condrustensi. Nous ajouterons que tous ces individus portaient des noms barbares.

[251] V. Hist. Franc., lib. V, c. 26.

[252] V. ibid., lib. VII, c. 5.

[253] V. ibid., lib. VIII, c. 30.

[254] V. ibid., lib. X, c. 29.

[255] V. Miracula sancta Martini, lib. III, c. 51.

[256] V. Gesta Dagoberti regis, n° 40, dans Du Chesne, t. I, p. 584.

[257] V. Roussel, Hist. de Verdun, p. CXLVII. Ce passage est de l'abbé le Bœuf.

[258] V. Geta Dagoberti regis, n° 39, dans Du Chesne, t. I, p. 584 ; Vita sancti Eligii, Noviomensis episcopi, auctore sancto Audoëno, dans Surins, au 1er décembre.

[259] V. Vita sanctœ Salabergœ, n° 5, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.

[260] V. Vita sancti Desiderii, Cadurcensis episcopi, dans Labbe, Bibliotheca manuscriptorum, t. I, p. 707.

[261] V. le testament de ce diacre, dans les Mem. de la société philomatique de Verdun, t. III, p. 337.

[262] V. le même testament, ibid., p. 345.

[263] V. une charte de ce personnage dans l'Hist. de Metz, par deux bénédictins, t. III, preuv., p. 12 et 13.

[264] V. Benoît Picart, Hist. de Toul, p. 256 et 257.

[265] V. un diplôme de Childéric II dans Pardessus, t. II, p. 121 ; Schœpflin, Alsatia illustrata, t. I, p. 753 et 754.

[266] V. les Bollandistes, au 14 juillet.

[267] V. l'épître en vers de saint Auspice, citée plus haut.

[268] Ex aviœ vocabulo. V. Vita sanctœ Salabergœ, n° 11, dans Mabillon, ibid.

[269] V. le texte de ce placitum, dans Pardessus, t. II, p. 315 et 316.

[270] V. De civitate Dei, lib. XIX, c. 7.

[271] V. Suétone, Claudius, n° 16 ; Dion-Cassius, lib. LX.

[272] V. Epistolœ, lib. IV, 17.

[273] V. lib. XXXII, tit. I, fr.11.

[274] V. Epistolœ, lib. III, 3. Le français, qui est formé du latin, a même conservé plusieurs mots celtiques.

[275] V. Mémoires de l'académie des inscriptions, 1re série, t. XXIV, p. 588, 589, 596, 597 et 616.

[276] V. Revue numismatique, année 1839, p. 188-190 ; année 1850, p. 27.

[277] V. Vita sancti Fridolini, abbatis, auctore Balthoro, lib. I, c. 5, dans les Bollandistes, au 6 mars.

[278] On peut ajouter à ces exemples plusieurs autres noms dont la première partie est empruntée à la langue latine ou au germain, et qui se terminent par les syllabes aco, acas, ago, aga, etc., évidemment dérivées d'acus ou acum.

[279] V. Vita sancti Theoderici, abbatis Remensis, n° 15, dans Mabillon, Acta ss., sæc. I.

[280] V. Vita sancti Droctovei, abbatis, n° 10, ibid.

[281] V. De gloria Confessorum, c. 60.

[282] V. notamment Vita sancti Columbani, n° 11, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.

[283] Le premier de ces chants a été rétabli par M. Ch. Lenormant d'après la Vita sancti Droctovei, citée plus haut, et publiée dans la Bibliothèque de l'école des chartes, le série, t. I. Le second se trouve dans la Vita sancti Faronis, Meldensis episcopi, n° 78 (Mabillon, ibid.).

[284] V. ce fragment, dans la Biblioth. de l'école des chartes, ibid.

[285] V. aussi Dom Liron, Singularités historiques et littéraires, t. III, p. 113-115.

[286] En effet, les habitants des campagnes étaient germains pour la plupart dans les civitates d'Argentoratum, de Nemetes, de Wormatia, de Moguntiacum, de Colonia Agrippina, et dans les cantons orientaux des civitates des Treviri, des Mediomatrici et des Tungri. Au contraire, les rustici étaient presque tous gaulois dans la portion occidentale de ces trois cités et dans celles des Remi, des Catalauni, de Verodunum, de Tullum et de Lugdunum-Clavatum.

[287] V. Histoire littéraire de la France, t. III, p. 15.

[288] V. Carmina, lib. VI, 4.

[289] V. Hist. Franc., lib. II, c. 37.

[290] V. Grégoire de Tours, ibid., lib. VIII, c. 4.

[291] V. ibid., lib. IX, c. 20.

[292] V. ibid., lib. IX, c. 20.

[293] V. ibid. ; lib. VI, c. 45.

[294] V. ibid., lib. III, c. 15.

[295] V. Vita sancti Arnulfi, Metensis episcopi, n° 18, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.

[296] V. Vita sancti Adelphii, abbatis Habendensis, n° 13, ibid.

[297] V. Inscriptions chrétiennes de la Gaule, par M. le Blant, t. I, p. 369 et 370.

[298] Cette plaque se trouve dans le musée lorrain, à Nancy.

[299] V. notamment, dans Du Chesne, t. I, p. 850, une lettre adressée par le ripuaire Gogo au duc Chamingus ou Hamingus, qui était bien certainement un barbare.

[300] V. Schilter, Thesaurus antiquitatum Teutonicarum, t. I, vers la fin.

[301] Theotiscæ linguæ barbaries, ut est inculta et indisciplinabilis, atque insueta capi regulari freno grammaticæ artis, sic etiam in multis dictis scriptu est, propter litterarum aut congeriem aut incognitam sonoritatem, difficilis. — Cité par Schœpflin, Alsatia illustrata, t. I, p. 815.

[302] V. Journal des savants, année 1858, p. 89.

[303] V. Vita sancti Eligii, Noviomensis episcopi, præf., dans D'Achéry, Spicilegium, édit, in-f°, t. II, p. 76 et 77.

[304] V. Historia translationis sancti Germani, Parisiensis episcopi, n° 12, dans les Bollandistes, au 28 mai.

[305] V. Vita sanctœ Salabergœ, abbatissœ Laudunensis, n° 19, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.

[306] V. la liste des ateliers monétaires mérovingiens dans la table de la Revue numismatique.

[307] V. ce diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 269.

[308] V. ces deux diplômes, ibid., p. 92, 145 et 146.

[309] V. Vita sancti Columbani, auctore Jona, n° 17, dans Mabillon, ibid. Le mot fontana est déjà employé pour fons dans les Agrimensores.

[310] V. Vita sancti Ursmari, abbatis Laubiensis, dans les Bollandistes, au 18 avril.

[311] On voit aussi paraître, à cette époque, des noms nouveaux, quoique décorés d'une terminaison latine. Tels sont les mots Flandri (les Flamands), et Andocerpenses (les Anversois), que l'on rencontre dans saint Ouen. V. Vita sancti Eligii, lib. II, c. 8, dans le Spicilegium de D'Achéry, édit. in-f°, t. II, p. 93.

[312] V. Dom Liron, Singularités historiques et littéraires, t. I, p. 116.

[313] V. Journal des savants, année 1858, p. 602 et 603.

[314] V. Mémoires de l'académie des inscriptions, 1re série, t. XXIV, p. 584.

[315] V. le glossarium qui se trouve à la fin du supplément aux Concilia antiqua Galliœ.

[316] V. Grellmann, Histoire des Bohémiens, trad. franç., p. 201 et suiv.